.A*2T-'
\ ^^
.n^-'
r^r^)
^'/•ââ M/
'4«sJ/:
f^r^KmK
ly'^^' , ^^
I /''Airv.,-,
1 ^OtÉa a'
mmi 'iwv
fâ^,?^:3:
!^''^'TA}J/f'^V'^^
^AA'ViAÂLl
'^f^
rWSrm
"ÎM
iM
W
''¥wr
S
-i^O'
V^'A^
s,.--^'
S'
^?.ii;>
^mm^^mm^^
^^^^^^^^^^^^^^^^^'k^^^^ ^^,^:^
mmmm^ fichue bt ï'Strt cpEtftn. mm^mm
ÏTWWTWTWWTTTT^f'WTTT^'WTTTTm
ûmt îie l'Qlrt
tfttétien, publiée
eoue la Direction D'un
comité i)'arti0te6 et û'aict)éûloguc0
MiikUisMkUifMii^
S^^ jpïïbellc gfcie. — %oim ni.
^je^jt^jt^jt^jt^
% brcggcr toutes \t$ communications tel atWits à ta ^E^ircC'
tion au J>ccrctaire fac la ïScbuc, rue fiogale 26, %\lit.
S'ocim M gt^ausugtm, apegclfe, SDc 25rôutocrlt 01".
i
:^k};^k^kf^k^k^kf^k9Âk^
11
'_i^i iiiiiVin 1 TTTT?Tri ri ^-rrruTitTi;
Bel3ue îie
rHrt rftréticn
4> jjnrniGsnnt toiiG les trois iiiaiG.
aS™'^ année. — 4"" %!tm.
[Came III (xxxve hc la caïicction).
^ 1"= livraison. — Jantjicr 1883.
Eiiiiiiiniir^i'''*'''*'"nn>J'iif iirni^fiauXftii'rriTriinijLairT:] '■'■«''UTLAjÇCPt'ui^rriTTi^^
1 1 1 1 n 1 1»! [.'^ tru m inir'.'^ rT^tTimir- ittin7 ryT? ' ■ ' iitimiiir-ii iiiimyy^tr-'i iit||^iTir"i rTTVTTirTTrr '
[ÎJ.jiim.' [Îj JiriTTTTT rsi
Iï!e JSj)mboltgme ti)rétten au ICI' mtlt, ti^aprèg
les poèmes îie ©rudence, (Bccmicr article.) ^:3)®^:^$®<^5gx^
E symbolisme est la re-
présentation d'une idée
au moyen d'une image
interposée entre elle et
l'esprit. Le symbole est
autre chose que la com-
paraison. Celle-ci a pour
butd'exprimeruneidéeen plaçant près d'elle
un objet qui, par ses similitudes ou même
par ses différences, aide à la comprendre.
Dans le symbole, au contraire, l'image ne
se sépare pas de l'idée et fait corps avec
elle.. « Jésus-Christ ressemble à un bon
pasteur, et les chrétiens ressemblent à ses
brebis, » — voilà des comparaisons.
«Jésus-Christ est le bon pasteur, nous
sommes ses brebis, » — voici des symboles.
La comparaison suppose deux opérations
de l'esprit, le symbole les ramène à une
seule. Dans le symbole, l'idée et l'image se
confondent, s'appliquent l'une sur l'autre, à
la manière de ces draperies qui moulent de
leurs plis souples et de leur fin tissu les
belles formes des statues grecques. L'image
transparente couvre et révèle à la fois
l'idée, elle en dessine les contours, elle en
tempère l'éclat ; elle lui donne plus de relief
en la voilant.
Le symbolisme est naturel à l'homme :
il supplée aux ressources trop restreintes
du langage, et substitue au mot sec, à
l'expression abstraite et parlois inintelli-
gible une forme concrète, familière et vi-
vante. La comparaison est le plus souvent
le résultat d'un art savant, d'une réflexion
profonde, le symbolisme naît naturellement
sur les lèvres de l'enfant, de l'homme du
peuple, du sauvage. Il faut être déjà familier
avec le travail de la pensée pour comparer
entre elles deux idées : l'image se développe
spontanément dans les cerveaux naïts et
l'idée n'en sort, pour ainsi dire, que vêtue.
iRctiiic De ract cbrcticn.
Le symbolisme n'est pas seulement le
langage naturel des individus et des peuples
enfants : il peut devenir aussi l'un des mo-
des les plus élevés d'exprimer la pensée et
servir à rendre les idées les plus profondes
ou les plus sublimes. De là son rôle con-
sidérable dans la littérature et l'art reli-
gieux. Il est le langage naturel de l'art,
quand celui-ci veut traduire autre chose que
des faits concrets, et devenir le truchement
d'idées abstraites. De même dans la litté-
rature, quand elle doitexprimer par des mots
les mystèresdivinsdevant lesquels l'espritse
prosterne et viennent expirer toutes les
ressources du langage humain, les dogmes
ineffables qui laissent les plus grands génies
muets ou balbutiants. Comme ces mystères
et ces dogmes ne sont point l'apanage
réservé d'un petit nombre de philosophes,
mais le patrimoine du genre humain, il de-
vient nécessaire de les traduire par des
images assez simples pour frapper l'esprit
des petits et des ignorants, tout en demeu-
rant assez nobles pour ne point défigurer
ou dénaturer d'aussi hautes idées. Même
s'ils avaient été destinés à ne point sortir
d'un étroit cénacle de disciples privilégiés,
les dogmes chrétiens eussent dû, en raison
de leur sublimité, se revêtir souvent de
symboles. Platon n'enveloppe-t-il pas d'i-
mages les plus hautes parties de sa philo-
sophie, bien qu'elle ne soit pas destinée au
vulgaire ? A plus forte raison, révélés non
seulement aux théologiens et aux docteurs,
mais à la femme, à l'esclave, à l'ouvrier, à
l'enfant, les mystères encore plus élevés du
christianisme doivent-ils tempérer par le
symbole l'éclat de leurs rayons, rendre sen-
sibles par l'image les abstractions nécessai-
res de leurs définitions, rapprocher ainsi
des plus humbles esprits une religion telle-
ment profonde qu'un saint Augustin, un
saint Thiinias ou un Bossuet consumera sa
vie entière à l'étudier, tellement simple
cependant en son essence qu'un enfant
pourra l'embrasser d'un coup d'œil, si on la
lui présente dans un langage et sous une
forme appropriés à son intelligence.
Telle est une des raisons du rôle considé-
rable joué par le symbolisme dans l'art et
dans la littérature du christianisme : la
profondeur des mystères chrétiens et la
nécessité de les rendre accessibles à tous.
Il en est une autre, qui tient aux origines
historiques de notre religion.
Dans la conception chrétienne de l'his-
toire, le Christ divise en deux les annales
du monde, comme une montagne centrale
dont le double versant regarderait le passé
et l'avenir. D'un côté tout monte vers son
sommet, de l'autre tout en descend. Les
livres sacrés où les chrétiens lisent l'histoire
de leurs croyances se composent de deux
parties ou, selon le terme reçu, deux
Testaments : le premier contient les événe-
ments qui ont préparé ou annoncé la venue
du« Désiré des Nations», le second raconte
sa vie, sa mort, son œuvre. Beaucoup de
faits rapportés dans l'Ancien Testament
peuvent être, bien que réels, considérés
comme la prophétie de ceux du Nouveau.
« Ces choses ont eu lieu en figure de nous, »
dit saint Paul racontant plusieurs événe-
ments de l'histoire du peuple choisi pour
conserver la notion du monothéisme et
préparer une famille au Messie futur. De
là, dans les temps chrétiens, une tendance
des meilleurs esprits à se reporter en
arrière, vers l'Ancien Testament, pour y
trouver des images applicables aux dogmes
cvangéliques et y contempler le Dieu fait
honune dans le miroir des prophéties. La
Bible fournit ainsi aux docteurs, aux lettrés,
aux artistes des premiers siècles de notre
ère les éléments d'un immense symbo-
lisme.
ïLc %|)mt)olismc chrétien au i\i' siècle, D'après les poèmes De PruD
« Le Seigneur nous est apparu deux
« fois, — dit le grand poète du IV^ siècle,
« Prudence, — en premier lieu dans les
« livres, puis réellement ; la foi le vit d'a-
« bord, ensuite il se montra dans la
« vérité de sa chair et de son sang ('). »
Les âmes religieuses et poétiques se plai-
saient à refaire en sens inverse le chemin
parcouru, se servant, pour peindre Jésus-
Christ, des images dont la Bible s'était
servie pour l'annoncer, et, selon un autre
mot de notre poète, « recherchant dans les
« vieux récits et dans les faits antiques les
« types des derniers événements ('). »
Je n'essaierai point de tracer ici, même
à grands traits, l'histoire de l'antique sym-
bolisme chrétien, tel qu'il se développe
dans les écrits des Pères de l'Eglise et
s'épanouit sous la main des peintres, des
sculpteurs, des mosaïstes qui ont décoré les
catacombes et les basiliques. Je me propose
de l'étudier seulement dans les poèmes de
Prudence. Le poète de Théodose et d'IIo-
norius n'a pas enrichi de créations nouvelles
le symbolisme chrétien. Le cycle symbo-
lique déjà formé au IV^ siècle ne se re-
trouve même pas tout entier dans son
œuvre. Des faits de l'Ancien ou du Nouveau
Testament dans lesquels la littérature
sacrée et l'art religieux de son temps
voyaient des symboles, sont racontés par
lui comme de simples épisodes historiques,
dont il se borne à dégager quelquefois une
leçon morale, sans mettre en relief leur
valeur idéale ou typique ('). Mais si Pru-
1. Nos qui Dominum libris et corpore jam bis
\"i(limiis ante fide, mox carne et sanj;uine coram.
Prudence, .Ipot/u-ûsis, 217, 218.
2. Ergo ex futuris prisca jam cepit fabula,
Factoque primo res notata est ultima.
\à.,Hamattigcnia, Praefatio, 25, 26.
3. \'oir Prudence, Cathemerinon, ix, 31, 40, 46, 64, 69 ;
X, 69 ; Apotheosis, 147; Psychomachia, Prxfatio, 1-8,
162; Dictochaeon, 11, 32, 134, 177; Péri Stephaiton, x,
945-
cnce.
dence n'a pas donné place dans ses vers à
tout le symbolisme en vigueur au IV^ siè-
cle, il a toujours marché d'accord avec les
écrivains et surtout les artistes de ce temps,
en ce sens qu'il ne lui arrive jamais de
reprendre et de rajeunir un symbole tombé
en désuétude et abandonné par eux. Ainsi
parmi les images assez nombreuses sous
lesquelles il se plait à représenter la per-
sonne du Christ, n'apparait jamais le
signe arcane du Poisson, l'iXQYC, si célèbre
aux premiers siècles, encore employé quel-
quefois par les Pères de l'Eglise postérieurs
à Prudence, mais abandonné par les artistes
dès la fin du règne de Constantin (').
Même quand il raconte le miracle de la
multiplication des pains et des poissons,
Prudence désigne les pains comme symbole
eucharistique et ne donne aucune valeur
emblématique au.x poissons. Les vers de
notre poète portent donc bien leur date, et,
en matière de symbolisme, ne manifestent
de sa part ni recherche d'archaïsme ni
tentative d'innovation : dans leur clair mi-
roir se reflètent seulement les peintures, les
sculptures, les mosaïques des dernières
catacombes ou des premières basiliques.
C'est un fleuve qui roule majestueusement,
emportant dans ses ondes l'image des mo-
numents que l'art du IV^ siècle élève de
tous côtés à la gloire du Christ. Les sym-
boles particuliers à l'époque des persécu-
tions n'y paraissent pas, si l'âge de la paix
ne les a conservés et rajeunis. Prudence est
l'homme de son temps: il ne faut demander
à ses œuvres que la pensée, l'art, le sym-
bolisme du siècle de Théodose, — et on
ne les y trouvera même pas tout entiers.
Jésus-Christ, — les sacrements, — la
croix, — les apôtres, — les martyrs, —
l'âme, — le corps : — tels sont les princi-
I. De Rossi, De christianis titulis IX0YN exltihcniihus,
p. 4-15. (Paris, 1855; extrait <\\\ Spicil. SoUsm.x. III.)
Eeuue De ract cijrcticn.
paux sujets dont Prudence a parlé dans le
langage voilé du symbole.
I.
DIEU, dit Prudence, ne peut être vu en
lui-même: il se manifeste par sonVerbe.
Toutes les apparitions de la Divinité ont
montré au monde le Verbe divin. « Oui-
« conque raconte avoir vu Dieu, a vu le
« Fils : c'est le Fils qui, splendeur du Père,
« se révèle sous des formes que puisse
« percevoir l'œil de l'homme ('). » D'accord
en ceci avec beaucoup d'anciens Pères de
l'Église ('), Prudence attribue au Verbe
divin les théophanies et même quelques-
unes des plus solennelles apparitions angé-
liques racontées dans l'Ancien Testament.
Ainsi, quand Moïse au désert vit Dieu
dans le buisson ardent, c'est le Verbe qui
se manifeste devant ses yeux sous cette
forme.
Prudence a deux fois décrit cette grande
scène biblique. « Une flamme semblait
« brûler les broussailles : Dieu voltigeait
« parmi les épines aiguës, un feu qui ne
« consume pas s'agitait au milieu de leur
« piquante chevelure, afin de montrer que
« Dieu devait descendre un jour dans la
« chair épineuse de l'homme, couverte des
« épaisses broussailles du crime, et devenue
« douloureuse sous l'aiguillon du péché {^). »
L'apparition qui frappa d'un saint respect
les yeux de Moïse est donc celle de la
1. Quisquis hominum vidisse Deum memoratur, ab ipso
Infusum vidit natum: nam Filius hoc est
Çuod de Pâtre micans se prajstitit inspiciendum
Per species, quas possit homo comprendere visu.
Apothcosis, 22-25.
2. Petau, Dogm. Theol., De Trinitatc, viii, 2. cf. De
Rossi, Bull, diarcheol. crisL, 1883, p. 93.
3 ...... Sentum visa est excita cremare
Flamma rubum : Deus in spinis volutabat acutis,
Vulnificasque comas innoxius ignis agebat,
Ksset ut exemplo Deus inlapsurus in artus
Spinifcros, sudibus quos texunt ciimina densis
Et peccata malis hirsuta doloribus implent.
A-polheosis, 55-60.
deuxième personne de la Sainte Trinité,
<i la lumière image de Dieu, le Verbe Dieu,
« Dieu sous la figure du feu ('). »
« Moïse, dit ailleurs Prudence, a vu dans
« le buisson ardent Dieu tout en flammes,
« entouré d'une éclatante lumière. Heureu.x
<( qui mérita de contempler dans le buisson
« sacré le maître du ciel, et reçut l'ordre de
« dénouer sa chaussure de peur de souiller
« le lieu saint (°) ! » Moïse se déchaussant
pour s'approcher du buisson ardent est
quelquefois représenté dans les monuments
des premiers siècles ('). Plusieurs Pères de
l'Eglise ont vu dans ce trait de la vie du
législateur hébreu une image des renonce-
ments du Baptême, du courage avec lequel
le catéchumène doit se dépouiller de ses
péchés et de ses vices avant d'approcher du
sacrement de la Régénération (f). Cette
interprétation symbolique s'explique aisé-
ment, si l'on reconnaît avec Prudence dans
le buisson ardent une image du Verbe, de
Celui qui a institué le sacrement auquel les
anciens donnaient le nom d'illumination,
'^')\-\,'ju.y. y).
1. Ergo nihil visum est, nisi qiiod sub came videndum,
Lumen imago Deo, verbum Deus et Deus ignis,
Qui sentum nostri peccamen corporis implet.
//'/,/., /I-73.
2. Moyses ncmpe Deum spinifcro in rubo
Vidit conspicuo lumine fiammeum.
Félix qui meruit sentibus in sacris
Cœlestis solii viserc principem,
Jussus nexa pedum vincula solvere
Ne sanctum involucris poUueret locuni.
Cal/icmeriuoil, \, 31-36.
3. IIi^ siècle, catacombe de Domitille (Garrucci, Sloyia
delParte crist., pi. XXD ; — III^ siècle, catacombe
de Calliste (Ibid., pl.XVIII;DeRossi, ^fl;«(î Sotlcrratiea,
t. II, pi. B ; t. III, pi. IX) ; — IV' siècle, catacombe de
Sainte .'\gnes (GaiTucci, pi. LX) ; catacombe de Cyriaque
(De Rossi Bull, dl archcol. crist., 1876, pi. VIII) ; deux
sarcophages du musée de Latran.
4. Martigny, Dict. des antiq. chrét. 2° édition, art.
Moïse, p. 473.
5. S. Justin, Apolog. II ; .S. Grégoire de Nazianze, .SV;-
mo il! siinctii lumina; S. Cyrille de Jérusalem, Pro-
catcchesis, i ; S. Jean Chrj-sostome, /// / Tliess. hoiiiilid
IX, I.
Le sî?mt)olismc chrétien au it)^ siècle, D'après Ic0 poèmes ne PruDence.
C'est encore le Verbe divin qu'il faut
voir dans la colonne de feu pendant la nuit,
de nuée pendant le jour, qui marchait en
tête des Israélites dans le désert, et, selon
l'Exode, était « Dieu lui-même guidant
« son peuple ('). » Prudence en parle après
avoir décrit le buisson ardent. « Ce feu, dit-
il, un noble peuple, protégé par les méri-
tes de ses ancêtres, mais impuissant, accou-
tumé à vivre sous des maîtres barbares,
va, libre désormais, le suivre dans les
déserts : partout où ils portent leurs pas et
leur camp, pendant la nuit azurée, un rayon
plus brillant que le soleil les précède de son
éclat et les conduit {"). » L'art contempo-
rain de Prudence s'est plusieurs fois inspiré
de ce sujet. Des sarcophages chrétiens du
IV<= ou V^ siècle montrent, devançant les
Israélites en marche, une colonne lumineuse,
reconnaissable aux flammes qui couronnent
son chapiteau {^). La colonne a été prise
par l'art chrétien comme symbole de Jésus-
Christ (•'); dans le petit poème attribué à
saint Damase, où sont rassemblés en sept
vers les titres donnés par les anciens au
Verbe fait chair, figure celui de Columna {^).
C'est encore le Verbe, dit Prudence, que
vit Moïse sur le mont Sinaï, quand il monta
y recevoir les tables de la loi. « Celui
« qui devait apporter aux hommes la loi
« divine reçut l'ordre de s'approcher, il s'en-
<{ tretint avec le Seigneur comme avec un
1. Exode, xni, 21.
2. Hune ignem populus sanguinis inclyti
Majorum meritis tutus et inipotens,
Suetus sub dominis vivere barbaris,
Jam liber seqiiiturlonga par avia :
Qui gressum moverant,castraque ca-iul;e
Noctis per médium concita moverant,
Plebem pervigilem fulgure prasvio
Ducebal radiis sole micantior.
Ctitlumoinon, V, 37-44.
3. Edmond Le lîlant, Insct. chrci. de la Gaule, t. I,
p. 167, note; Martigny, Dict., art. Colonne, p. 190.
4. Ou de l'Église; voir Martigny, 1. c.
5. S Damase, Cariii. \'I;*dans Aligne, Patrol. lai.,
t. XIII, col. 378.
1. Prudence, Apot/ieosis, 32-48.
2. Genèse, .\xxii, 24-30.
3. Hoc colluctantis tractarunt bracchia Jacob.
Apot/i., 31.
4. Callitiiniiiioii, 73-80.
5 Ha'c nos docent imagines
Hominem tenebris obsitum,
Si forte non cédai Dco,
Vires rebellis pcrdcre.
Jbùl., S5-S8.
« ami, mêla ses paroles aux discours sacrés,
« et sentit que sous une apparence humaine
« il voyait le Christ : mais, voulant plus
« encore, il tendit son esprit jusqu'à des
« vœux interdits à l'homme, demandant ce
« que ne peuvent les mortels, voir le Christ
« dans toute sa grandeur, dépouillé des
« voiles corporels. Après de longs entre-
« tiens avec son Maître : « Je demande, dit-
•■< il enfin, qu'il me soit permis, ô Dieu, de
« vous connaître tout à fait; » le Seigneur
O
« répondit: «Je permettrai aux justes de me
« voir par derrière, non de me voir tel que
« je suis. » Comment exprimer plus claire-
« ment que le Verbe ne peut être vu .s'il ne
« prend une forme étrangère? qu'il peut,
« quand il le veut, se montrer aux yeux |
« terrestres avec notre figure, tandis que le
« Père demeure invisible? et que souvent
« il a revêtu l'apparence des anges ou des
« hommes, afin de se faire voir sous une
« image (') ? »
C'est ainsi que, selon Prudence, l'ange
qui, dit un mystérieux récit de la Genèse (=),
lutta toute une nuit avec Jacob, n'était autre
que le Verbe divin : « Il fut pressé par les
« bras du lutteur Jacob (s). » Aussi, après
avoir plus longuement raconté ailleurs cette
lutte d'où Jacob sortit affaibli et blessé {'),
le poète ajoute-t-il : «Ces images nous font
« voir que l'homme rebelle, plongé dans les
« ténèbres, perdra ses forces s'il refuse de
« céder à Dieu (=). »
Avant d'éprouver Jacob, le Verbe divin
était déjà apparu à Abraham sous la figure
îRcDiic De l'3rt cïji'Cticn.
d'une v( trinité d'anges ('). » — « Abraham,
« père d'une race généreuse, hôte mortel du
« Christ qui daignait dès lors visiter la
« terre, le vit rayonner dans une triple figu-
« re ('). » Cette théophanie a été rarement
représentée dans l'ancien art chrétien : elle
se rencontre pour la première fois dans les
peintures exécutées par l'ordre de saint /\m-
broise, au milieu du I V*^ siècle, dans une ba-
silique de Milan (^),se retrouve un siècle plus
tard dans les mosaïques de la nef de Sainte-
Marie-Majeure (■•), puis, cent ans après,
dans celles de Saint-Vital de Ravenne [^).
Au contraire, l'art chrétien a souvent
reproduit une apparition non moins mysté-
rieuse racontée au livre de Daniel. Quand
trois jeunes hébreux, après avoir refusé
d'adorer une idole élevée par Nabuchodo-
nosor, eurent été plongés dans une four-
naise ardente, « un ange du Seigneur des-
« cendit avec eux dans les flammes, les
« écarta, fit souffler dans la fournaise com-
« me un vent de rosée, et le feu ne les tou-
« cha point {°). » Nabuchodonosor étant
venu voir ses victimes, les trouva chantant
dans la fournaise; mais, au lieu de trois,
quatre personnes s'y tenaient debout. « Je
vois, s'écria-t-il, quatre hommes marchant
libres au milieu des flammes, et le quatrième
ressemble au Fils de Dieu ('). » Je n'ai
point à rechercher ici quelle signification ce
mot pouvait présenter à l'esprit du roi de
Babylone : l'art chrétien l'entendit dans son
1. Mox et triformis angelorum trinitas
Senis revisit hospitis mapalia.
Prudence, Psychomachia, praîfatio, 45, 46.
2. Hoc vidit princeps generosi seminis Abram,
Jam tune dignati terras invisere Christi
Hospes homo, in tripliceni nunien radiasse figuram.
Apolheosis, 28-30.
3. Dislicha in picturas sacras in basilica .linhrosiana,
dans Biraghi, Inni sinceri di S. Ambroi;io, Rome, 1862.
4. Barbet de Jouy, Les mosaïques chrétiennes de Rome,
p. 12.
5. Ciampini, Vêlera inonumenla, t. I, pi. xx.
6. D.\NiEi,, m, 49, 50.
7. Ibid., 92.
sens littéral, et, sur plusieurs monuments
où un personnage est représenté à côté des
trois hébreu.x — vêtus ordinairement, com-
me le dit Prudence, d'habits orientaux aux
larges plis et coiffés de tiares assyriennes('),
— ce n'est pas un ange, mais Jésus-Christ
qui apparaît. Le personnage qui accompa-
gne les trois martyrs, dans les deux seules
peintures où l'artiste l'ait introduit, n'a aucun
attribut qui le désigne particulièrement pour
un ange (^) : dans un bas relief du IV^ siècle,
il porte même un volume à la main, attribut
souvent donné au Christ , jamais aux
anges; un fond de coupe le montre touchant
les flammes avec la verge du commande-
ment, du geste habituel du Christ multi-
pliant les pains ou guérissant le paralytique,
sujet représenté sur le même verre; un
ivoire du V^ siècle le représente étendant
la croix au dessus de la fournaise ; enfin, dans
une peinture de catacombe, le Sauveur des
jeunes hébreux n'a pas la forme humaine,
mais celle de la colombe, qui, nous le verrons,
était un symbole du Christ ['). « La four-
« naise haletante, fait dire Prudence à Na-
« buchodonosor,a reçu trois hommes seule-
« ment; or, bravant les vapeurs et les feux,
« en voici un quatrième: c'est leFilsdeDieu,
« je le confesse, et, vaincu, je l'adore ("•) ; »
et, plus loin : « Le Fils, ce n'est pas dou-
« teux, est l'auteur de ce miracle; celui que
« je vois est Dieu même, le Fils unique de
« Dieu (5). »
1. Barbaricos... sinus Assyrias... tiaras... Apotheo-
sis, 143, 145-
2. Catacombe de .Saint-Hermis l'Garrucci, pi. I.XXXII,
i); — catacombe de Callixte (Ue Rossi, A'ûina So/ler-
ranea, t. MI. pi. XV).
3. Martigny, Dict.des ant.chr,'t.,7i\\.. He'breux, p. 339,340.
4. Nempe, ait, o procercs, tria vasta incendia anhelis
Accepere vires fornacibus, additus unus
Ecce vapori feros rLdens intersccat ignés.
Filius ille Dei est, fateorque et victus adoro.
Apotheosis, 133-135.
5. Filius, haud dubium est, agit ha:c miracula rerum,
(2uem video, Deus ipse, Dei certissima proies.
Ibid. 138, 139. _J
Le ^pmboUsme chrétien au i\}' siècle, D'après les poèmes De pruDcnce. 7
II.
LE Buisson ardent, la Colonne lumi-
neuse, les Anges qui visitèrent
Abraham, Jacob et les trois martyrs
Hébreux, ne sont pas les seules figures de
l'Ancien Testament dans lesquelles Pru-
dence reconnaisse le Christ. Il considère
encore Moïse et David comme des types
du Sauveur.
Prudencevoit dans l'épisode de Moïse en-
fant,sauvé des eaux quand tous les Juifs de
son âge y périssaient, une image de l'enfant
Jésus échappant à la fureur d'Hérode et au
massacre des innocents. « A quoi a servi ce
« forfait ? en quoi ce crime a-t-il été utile à
« Hérode.'' Seul au milieu de tant de funé-
« railles le Christ est sauvé... Ainsi avait
« échappé jadis aux absurdes édits du Pha-
« raon celui qui était la figure du Christ,
« Moïse, le libérateur de son peuple ('). » Le
poète continue le parallèle entre le chef in-
spiré de la Loi ancienne et le chef divin de la
Loi nouvelle : il montre Moïse faisant passer
le peuple à travers les eaux de la mer Rouge,
comme Jésus-Christ le fera passer à travers
celles du Baptême, et priant les bras étendus
en forme de croix, pendant le combat d' Israël
contre Amalec (-) ; il conclut ainsi : « N'est-
« il pas permis de reconnaître le Christ
« dans les actes de ce grand homme (^) ? »
Plusieurs de ces épisodes de l'Ancien et du
Nouveau Testament ont été reproduits par
I. Quid proficit tantum nefas,
(juid crimcn Herodem juvat.'
Unus tôt inter funera
Impune Christus tollitur.
Sic stulta Pharaonis mali
Edicta qiiondam fugerat,
Chrisii figuram prœferens,
Moyses, receptor civium.
CiitheiHi-riiion, xn, 133-136, 141-144.
2. Cathenierinon, XU, 165-172.
3. Licet ne Christu.m noscere
Tanii per exemplum viri?
Ibid., 157, 157.
l'art chrétien; ainsi, le massacre des Inno-
cents se voit sur un sarcophage ('), et le
passage de la mer Rouge a été assez sou-
vent représenté par les sculpteurs des pre-
miers siècles {^); mais je les trouve tous
groupés, comme dans les vers de Prudence,
sur les tableaux en mosaïque exécutés à
Sainte-Marie-Majeure, peu d'années après
la mort du poète. La zone inférieure du
grand arc est occupée par une vaste compo-
sition représentant, avec une certaine ani-
mation, le massacre des Innocents; parmi
les mosaïques se déroulant autour de la
nef, on reconnaît, entre autres traits de
l'Ancien Testament, Moïse sauvé des eaux,
le passage de la mer Rouge, Moïse priant
sur la montagne les bras étendus pendant
le combat entre les Hébreux et les
Amalécites, Josué traversant le Jourdain
et introduisant le peuple d'Israël dans
la terre promise, — Josué, hic Jésus
verior, image du Sauveur, d'après Pru-
dence (5).
David, vainqueur de Goliath, est aux
yeux des Pères de l'Église un symbole du
Christ vainqueur du démon (^). Il est re-
présenté quelquefois, sa fronde à la main,
dans les peintures, les bas reliefs, les mo-
saïques et les ivoires (^). Mais nulle part
dans l'art primitif n'apparaît la figure de
David assis sur son trône, symbole naturel
de la royauté du Christ. Cependant, si
comme nous le croyons, les quatrains du
1. Martigny, Diction.^ art. Innocents, p. 353.
2. Edm. Le V>\-AX).\.,Sarcoph. chrél.ant. delà ville d'Arles,
p\.XXXl ; Carrucci, Sloriadell' arlecfis/., p\. CCCIX, 4;
RoUer, Ca/acomfies de Rome, pi. L\'I, i ; LXIX, i.
3. Cathemeruion, XU, 173-184.
4. Voir les textes patrologiqiics dans Kraus, Real Encykl.
der christ. Allcrt., art. David, p. 345.
5. Kraus, 1. c; Martigny, art. David, p. 240; Edmond
Le Blant, Sarcoph. chiét. ant. delà ville d'Arles, pi. XX ;
Les Ras Reliefs des sarcophui^es ehrélietis et des liturgies
fuHihûires, dans la Re^>. arc/u'ol., t. X.X.W'III, (1879),
p. 240
8
iacDue De r^rt cbrcticn.
Dittochaeon ont été composés par Prudence
pour servir de légendes aux peintures ou
aux mosaïques d'une basilique inconnue, ce
sujet aurait été représenté une fois au
moins dans les monuments reliçrieux de la
fin du IV= siècle. Un de ces petits poèmes
est intitulé Rcgmim David ; en voici la
traduction : « Voyez étinceler les royaux
« insignes du bon David, le sceptre,
« l'huile, la corne, le diadème, la pourpre,
« l'autel. Tout cela convient au Christ, la
« chlamyde et la couronne, le sceptre de la
« puissance, la corne de la croix, l'autel,
« le rameau d'olivier ('). » Jésus-Christ
est, en effet, le Roi par excellence, et le titre
de Roi figure dans l'énumération des
noms donnés au Sauveur par les premiers
chrétiens (^).
III.
TELS sont les principaux symboles
du Christ, empruntés par Prudence
à l'Ancien Testament ; voyons quels em-
blèmes du Sauveur le poète demande au
Nouveau.
« Je suis la lumière du monde, » a dit
Jésus-Christ if). Les premiers siècles chré-
tiens ont adoré le Sauveur sous ce titre,
1. Regia mitifici fulgentinsignia David ;
Sceptrum, rt/t?«;«, cornu, diadema et ptirpura et ara,
Oinnia conveniunt Chris ro, chlamys atque coroiia,
Virga potestatis, cornu crucis, altar, olivuin.
Dit/ocliacon, XX.
La corne pleine d'huile servant au sacre des rois, ^
laquelle fait ici allusion Prudence (olciim, cornu), c'tait
encore à la fin du IV'' siècle conservée à Jérusalem.
Une relation d'un voyage aux saints lieux en 367,
récemment découverte par M. Gamurrini dans la biblio-
thèque d'Arezzo, dit que pendant l'adoration de la croix
sur le Golgotha, le vendredi r.aint, le diacre tenait la corne
du sacre (Studi e Docuinenti di Storia e Diritio, 1884,
p. 102). Cette corne avait probablement été apportée à K orne
par Titus avec les objets provenant du temple de Jérusa-
lem, et rendue .\ l'église du Martyrium par Constantin.
Elle se voyait encore au temps du voyage vulgairement
attribué h Antonin de Plaisance, peu avant la destruction
des églises de Jérusalem par Cosrhoès.
2. S. Uamase, Carin. vi.
3. S. Jean, vin, 12 ; Cf. ix, 5 ; xn, 35, 46.
auquel les esprits avaient été déjà préparés
par les symboles du Buisson ardent, de la
Colonne de feu. Il n'est pas seulement la
lumière de ceux qui vivent sur la terre, il est
aussi le soleil qui éclaire et réjouit les âmes
de ceux qui l'ont quittée. « Puisse ma mère
« goûter un bon repos, je t'en conjure, ô
« Lumière des morts, » s'écrie l'auteur de la
célèbre épitaphe d'Autun ('). Au début du
petit poème Damasien que j'ai déjà cité, le
titre de « Lumière » est donné à Jésus-
Christ (''). Prudence s'adresse au Sauveur
en ces termes :
« Bon maître, créateur de l'étincelante
« lumière, tu nous apprends à chercher
« le soir une étincelle en heurtant les
« pierres oia reposent les semences du
(i feu; afin que l'homme sache que l'espoir
« de la lumière est pour lui caché dans
« le corps solide du Christ, qui voulut
« être appelé la pierre inébranlable, et
« qui donne naissance à tous nos petits
« feux (3). »
Prudence mélange ici deux symboles.
« Jésus-Christ est la pierre, )y peira mitcin
erat Christîis, a dit saint Paul {■*) et répète
après lui saint Damase (=) ; mais au lieu
que de cette pierre le poète fasse couler
sous la versfe de Moïse l'eau symbole de la
vie divine, sujet si souvent représenté par
1. ET EYAOI MHTHP CE AITAZOVIVI, <l>i2cT0
f-).\j\ONTÛN. Corp. inscr. grac.,ïV, gSgo; Edm.Le lîlant,
liitcr. chrét. de la Gaule, t. I, n° 4.
2. Migne, Patrol. Int., t. XIII, col. 39S.
3. Inventor rutili, dux bone, luminis
Incussu silicis lumina nos tamen
Monstras saxigeno semine qu.'erere:
Ne nesciat homo speni sibi luminis
In CrlKlSTl solido corpore conditam.
Oui dici stabilem se voluit petram,
Nostris igniculis unde genus venit.
Ciithcinerinon, V, 1,7-12.
4. I Cor. X, 4.
5. Virga, columna, manus, /<•/;<», Filius Emmanuelque.
S. Damase, Carm.W.
le %pmôoïisme chrétien au i\i' 0iècle, li'après les poèmes ne Iprun
tnce.
le premier art chrétien (') et chanté par
Prudence lui-même ('), ici c'est l'étincelle de
la grâce, c'est la lumière même du Christ
qu'il en suscite. Par cette hardie coiupéné-
tration de deux symboles, il semble que
Prudence ait eu la pensée de mettre le
dogme chrétien en regard des superstitions
mithriaques, si puissantes encore à l'époque
où il écrit (3), et, aux images du dieu
persan, que ses statues représentent quel-
quefois jaillissant de la pierre mère,
petra genitrix, comme l'étincelle jaillit
du silex (■•), ait opposé le symbole victo-
rieux du Christ, la pierre inébranlable sur
laquelle est fondée l'Eglise et d'où émane
la vraie lumière.
Jésus-Christ n'a pas seulement dit de
lui-même : « Je suis la lumière ; » il a ajouté :
« Je suis le Bon Pasteur (^). » L'antiquité
chrétienne aimait à se le représenter sous
cette naïve et touchante figure. Dans les
peintures des catacombes, sur les sarco-
phages, sur les lampes, dans les rares sta-
tues des premiers siècles (°), le Bon Pasteur
apparaît doux, mélancolique, presque tou-
jours jeune et gracieux ; sur ses épaules il
rapporte la brebis errante, quelquefois
même le bouc impur, et souvent les brebis
1. Vingt-deux fois dans les peintures des catacombes
romaines, du II'-' au V'^ siècle ; vingt et une fois sur les
sarcophages du musi^e de Latran ; très fréquemment sur
les verres à figures dorées.
2. Cathemerinon, V, 89-92 ; Psycliomachia, 371-373.
3. Beugnot, Histoire de la destruction du pagmiisme en
Occident, t. I, p. 155-161, 272-273, 334, 336, 373-375-
4. S. Justin, Apo/., I, 66 ; Dialoi;. cuni Tryph., 70. Cf.
la statuette de la caverne mithriaque découverte sous la
basilique de St-Clémcnt de Rome. Elle a été reproduite
par M. Roller, dans la RcTue arc/u'ol., t. X.XIV( 1872), p. 71.
5. S. Jean, x, 1-17.
6. Cinq statues du Bon Pasteur à Rome, une à Constan-
tinople, une à Séville, une au musée de Patissia ; Bii/l.
di archcol. crist., 1869, p. 47 ; 1870, p. 150 ; Kev. arc/u'ol.,
t. .X.X.XII (1876), p. 297. Eusèbe parle yDe vita Constan-
tini, m, 49J d'une statue du Bon Pasteur en bronze doré,
érigée à Constantinople. Quant aux représentations du
Bon Pasteur dans les peintures, les bas reliefs, etc., je
n'essaie pas de les énumérer : elles sont innombrables.
fidèles se pressent autour de lui, car « il les
connaît et elles le connaissent ('). » La
poésie ne pouvait oublier cette belle image.
Prudence a chanté en vers charmants le
Bon Pasteur allant, à travers l'épaisse forêt,
rechercher la brebis fugitive, dont la toison
s'est accrochée aux ronces du chemin : il la
rapporte à la bergerie ensoleillée, aux
vertes prairies, aux bois de palmiers et de
lauriers (^). Sur une lampe chrétienne trou-
vée dans les ruines d'Ostie, la bersferie
dont parle Prudence est représentée par
une petite hutte, dans laquelle entre une
des brebis, tandis que le Pasteur en porte
une autre sur ses épaules, et qu'une troi-
sième s'approche de lui (^). Les poètes
chrétiens du V^ et du Vie siècle ont, après
Prudence, célébré Jésus-Christ sous la
même figure. « Que le sentier de la vie, dit
Sedulius, me conduise dans l'enceinte où,
sous la conduite du blanc agneau, fils de la
brebis vierge, le candide troupeau entre
tout entier {*). » Fortunat montre le Pas-
teur rappelant ses brebis de peur des loups,
1. S. Jean, X, 15.
2. Ille ovem morbo résident gregique
Perditam sano maie dissipantem
Vellus adfixis vepribus per hirtœ
Uevia sylvie,
Impiger pastor revocat lupisque
Gestat exclusis liumeros gravatus,
Inde purgatam revehens aprico
Reddit ovili :
Reddit et pratis viridique campo.
Vibrât impexis ubi nulla lappis
Spina, necgermen sudibus perarniat
Carduus horrena :
Sedfrequenspalmis nemus et retiexa
Vernat herbarum coma, tum perennis
Gurgitem vivis vitreum fluentis
Laurus obumbrat.
Cathemerinon, vui, 33-4S.
3. Bull, di archcol. crist., 1870, pi. I.
4 Sémite vit;e
Ad caulas me ruris agat, qua servat am(unum
Pastor ovile bonus, qua vellere pni.'vius albo
Virginis agnus ovis, grexque omnis candidus intrat.
Sedulius, Carmen pasc/iale, I, Invocatio
lO
IRcu uc Qc rart cbrcticn.
et celles-ci qui, « reconnaissant sa voix, ac-
courent pleines d'amour auprès de lui ('). »
IV.
PRUDENCE nous fait connaître trois
autres symboles du Christ : l'agneau,
la colombe, le coq.
Célébrant dans une des plus belles
hymnes du Cathemci-inon la réconcilia-
tion universelle qui devait suivre la nais-
sance du Christ, et se souvenant à la fois
d'Isaïe et de Virgile, le poète chrétien
s'écrie :
« L'agneau, ô miracle ! commande aux
« lions, et, tombée du ciel, la colombe pour-
« suit à travers les nuages et les vents les
<3; aigles féroces. Vous êtes pour moi, ô
« Christ, la puissante colombe à laquelle
« cède l'oiseau gorgé de sang, l'agneau
« d'une blancheur de neige qui défend du
« loup la bergerie et soumet le tigre à son
« joug (0- »
Je n'ai pas besoin de rappeler ici les nom-
breux textes de l'Ancien et du Nouveau
Testament désignant le Sauveur du monde
par le symbole de l'agneau, et célébrant
ainsi dans une même image son sacrifice et
sa douceur (^). Depuis les plus anciennes
peintures des catacombes jusqu'aux mosaï-
ques du moyen âge, l'agneau apparaît dans
tous les monuments de l'art religieux, tan-
1. Fortunat, 0pp., I, U, 13.
2. Agnus enim vice mirifica
Ecce leonibus imperitat,
Exagitansque truces aquilas
Per vaga nubila perque notos
Sidère lapsa columba fugat.
Tu mihi, Christe, columba potens,
Sanguine pnsta cui cedit avis,
Tu niveus per ovile tuum
Agnus hiare lupum prohibes
Sub juga tigridis ora premens.
Cathemerinon, III, 1 6 1 - 1 70.
3. Gen., IV, 4; EXOD., xu, 3 ; XXIX, 36 ; Jcrémie,
ni, 7 ; S. Jean, l, 29 ; IPctri, l, 19 ; Apocal., XII, 8.
tôt soutenant la houlette pastorale et le vase
de lait, symbole de l'eucharistie, tantôt de-
bout sur un tertre d'où s'échappent quatre
fleuves, symboles des quatre évangélistes,
tantôt portant le nimbe et la croix, tantôt
couché sur cette croix, une fois même, dans
un bas relief du IV^ siècle, frappant le ro-
cher avec la verge de Moïse, recevant de
Dieu les tables de la Loi, ressuscitant Lazare
et multipliant les pains ('). De même que
l'agneau, la colombe est un des symboles
les plus fréquemment employés par l'art
chrétien, et depuis les peintures de la crypte
de Lucine, datant de la fin du I^i^ siècle ou
du commencement du II ^ jusqu'aux mo-
saïques de la basilique de Saint-Clément,
qui appartiennent au XI 11^ siècle, on la
retrouve sur toute espèce de monuments.
Mais elle y représente le plus souvent soit
le Saint-Esprit, soit l'âme chrétienne ; rare-
ment elle est prise, conune dans les vers
de Prudence, pour un symbole du Christ.
Cependant Martigny cite d'après Cavedoni
l'image, moulée sur une lampe, d'une
colombe dont la tête est surmontée
d'une croix et qui porte dans son bec un
rameau d'olivier: « Il n'est pas douteux,
écrit le savant archéologue, que, se pré-
sentant avec ce double attribut de la croix
et de l'olivier, cette colombe ne soit ici
le symbole de Jksus-Ciikist, de qui
saint Paul a dit (Co/oss., i, 20) qu'il
pacifie par le sang de sa croix la terre et
les cieux ("). »
Prudence a encore comparé Notre-Sei-
gneur au coq matinal. Son cri arrache les
hommes au sommeil ; il a réveillé la cons-
cience endormie de saint Pierre : c'est
l'image du Souverain Juge, devant lequel
tous comparaîtront au sortir du sommeil de
la mort. € L'oiseau messager du jour chante
1. Martigny, Die/., art. Agneau, p. 26-29.
2. Martigny, art. Colombe, p. 187.
iLc %)pmtJOli.smc cbrctien au iw siècle. D'après les poèmes Oe PruDence. 1 1
« la lumière prochaine ; déjà le Christ qui
« réveille les âmes nous rappelle à la vie...
« Cette voix que font entendre les oiseaux,
« debout sur le toit de la maison, un peu
« avant le lever du soleil, est une figure de
« notre Juge ('). » Le coq est souvent
oravé sur les marbres chrétiens, soit à côté
de Pierre, soit seul (-). « Le chant du coq,
« dit encore Prudence, est le signe de
« l'espérance promise, par laquelle, délivrés
« du sommeil, nous attendons la venue
« de Dieu {'^). » Résurrection, envisagée
comme un sujet de crainte, car nous
serons jugés, — d'espoir, car notre Juge
est en même temps notre Sauveur, —
tel est le sens de ce symbole. Mais la
résurrection se fera par la puissance du
Christ; c'est lui, « premier né d'entre les
morts, » qui nous tirera du tombeau, et
voilà pourquoi le coq, emblème de la résur-
rection, est en même temps l'emblème de
celui qui nous ressuscitera. Sur une gemme
publiée par Perret, au-dessus du coq posé
sur un rameau est gravé le monogramme
du Christ (■•).
Un dernier symbole du Christ est
donné par Prudence. « Je suis A et Û, le
« premier et le dernier, le commencement
I. Aies diei nuntius
Lucem propinquam prajcinit :
Nos excitator mentium
Jam Christus ad vitam vocat.
Vo\ ista qua strepunt aves,
Stantes sub ipso culmine,
Paulo antequam lux emicet,
Nostri figura est Judicis.
Cathejuerinon, I, 1-4, 13-16.
2. Aringhi, Roma siib/erranca, t. I, pp. 297, 319, 613 ;
t. II, p. 399; Martigny, Die/., art. Coq, p. 205 ; art. Renie-
ment de S. Pierre, p. 696 ; RoUer, Catacombes de Rome,
pi. VIII, LXXXI, 2, 3; LXXXII, 1,2; LXXXVII, 4.
3. Hoc esse signum prœscii
Norunt repromissit spei,
Qua nos soporis liberi
Speramus adventum Uei.
Calheinerinon I, 45-48.
4. Perret, Catacombes de Rome, t. IV, pi. XVI, 29.
« et la fin, » dit Jésus à saint Jean dans la
vision finale de l'Apocalypse ('). Les Pères
de l'Église ont commenté ce mystérieux
symbole du Verbe fait homme ("). L'art
chrétien l'a reproduit sur toute espèce de
monuments, pierres tombales, peintures,
mosaïques, monnaies {^). Prudence à son
tour l'a chanté dans cette belle prière au
Christ qu'il \n'(\X.\A(t Hynnims omiiis /ions :
« Né du cœur du Père, avant le commen-
« cernent du monde, appelé A et O, il est la
« source et le terme de tout ce qui est, fut
« et sera (*). » Prudence a peut-être pris un
plaisir particulier à célébrer dans ses vers
ce symbole sacré. En efiet, bien qu'on en
puisse trouver des exemples antérieurs au
I Ve siècle, il semble avoir été choisi comme
un signe de ralliement pour les orthodoxes
dans les pays infestés par l'hérésie arienne.
Prudence était Espagnol, et l'Espagne est
un des pays où l'arianisme s'est maintenu le
plus longtemps. Kraus fait remarquer que
sur 288 inscriptions chrétiennes d'Espao-ne
recueillies par Hubner, 43 sont accom-
pagnées de l'A et de l'û, tandis qu'en Angle-
terre, pays qui ne connut pas l'arianisme,
sur 229 inscriptions 5 seulement présentent
ce symbole (=). Prudence, ardent champion
1. Apoc, XXII, 13. Cf. XXI, 6.
2. Voir les te.xtes dans Kraus, Real Encyckl. de>
Christl. Alterth., art. Au, p. 60, 61.
3. Martigny, Dict., art, Aii, p- 50, 51; Smith, Dictio-
nary of Christian antiguities, p. i ; Kraus, Real En-
cyckl., p. 60-62.
4. Corde natus ex Parentis, ante mundi exordium,
Alplia et <2 cognoniinatus, ipse fons et clausula
Omnium quas sunt, fuerunt, quaeque post futura sunt.
Cathemerinon, ix, 10-12.
5. Kraus, p. 6r. — Je dois dire cependant que M. Edm.
Le Blant refuse de voir dans la présence de l'A et
de \W sur les marbres d'Espagne un signe d'orthodoxie :
il rappelle que les monnaies de Constance, l'un des fauteurs
de l'arianisme, portent ce symbole. Journal des savants,
juin 1S73, p. 360. — Contra : Ramurez, dans Burchard,
Epis/. a<l Ciampin. ; Flores, Espagna Sajp-ada, t. XI 11,
p. 169 ; Millin, Voyage dans le midi de la France, t. 111,
p. 167.
12
IRctJue De part cïjtctien.
de la divinité du Christ, à la défense de
laquelle il a consacré tout son poème de
XApotheosis, dut inscrire avec enthousiasme
dans ses vers ces lettres sacrées, que beau-
coup de ses compatriotes ordonnaient de
graver sur leurs tombes en témoignage de
la pureté de leur foi.
Paul Allard. •
(A suivre.)
j «4» •4' •^^ •!? «vt? •$» fi" «1^ ij» ''^■' «4» "î" »>^'> "J" ^^ fi" "^J^" ^'' ^'i '^^'' "^^ "J" «v^^ »>|.'' "!:' rj." "I* «i" •$» »$'> •$» 'i" '«1'* "î" »$' «i" «i" 5
î^^liZîlîTîliiEiZi^
,jr.,jiTiJ«-:
:^^!itirit^::^::iii;
tiiiilîZ^
Hnciens iboires sculptés, s^ïs^i
îit ; ^ :■ it.' :^^t;î^j;^_î^ ^^ :,;^i^^
fTTi -fTr '♦Tr' '♦tT' 'tTr 'TTr -rrr 'tTt' -TTr 'fT*' '♦T*' 'TTT' '•T*' '♦IT' '*ÎT' ''Ï*' 'TEt' ■'T^ 'TTr ''T^'iTr '•T*' 'TT^ 'Wr 'TT'
Jlc triptyque f)p?antin De la collection
BarfaauiUe, à Hrras.
I.
A spécialité de monuments, ob-
jectif de ce travail, est, selon
toute probabilité, une invention
byzantine. Les plus anciens
exemplaires d'icônes triples à
volets mobiles, triptyques, ou mieux (a'^'7'f//^j'-
l'ides (qui a l'aspect des portes saintes
= it'/coç, Sûpa, ûdo;,) sculptées en ivoire, appar-
tiennent à l'art grec médiéval. Les Latins,
qui connurent d'abord les diptyques, puis
les tableaux à compartiments juxtaposés,
adoptèrent assez tard une innovation due au
génie oriental. On rencontre fréquemment
des portions de triptyques byzantins, soit
isolées, soit employées à la reliure des
manuscrits ; d'habiles truqueurs — il y en
a toujours eu, et il y en aura jusqu'à la
consommation des siècles — ont même
reconstruit des agiothyrides au moyen de
débris hétérogènes ; mais il est rare de
trouver un échantillon intact, tel qu'il sortit
de l'atelier : ces pièces-là, on les cite.
J'avais eu depuis longtemps l'heureuse
chance de pouvoir étudier à mon aise le
splendide et très authentique morceau dont
la reproduction phototypée est ci-jointe.
Acquis, vers les premières années du siècle
courant, par un amateur éclairé d'Arras,
M. de Beugny de Pommeras, notre ivoire,
à la mort de celui-ci, passa dans le cabinet
de M. Harbaville ('), l'un de ses gendres :
1. M. Harbaville, décédé en 1866, fut l'un des membres
les plus érudits de l'Académie d'Arras et le président à
vie de la Commission des monuments du Pas-de-Calais.
les héritiers de M. Harbaville possèdent
aujourd'hui l'objet, et, insensibles aux offres
les plus brillantes, ils ne se montrent nulle-
ment disposés à l'aliéner.
Peu de connaisseurs, disons-le en passant,
ont joui du privilège dont on m'a si géné-
reusement gratifié. Hormis Didron aîné et
M. Victor Gay, aucun savant étranger à la
ville d'Arras n'a, que je sache, obtenu l'accès
d'un trésor caché sous le boisseau, et n'a été
mis à même d'en apprécier la haute valeur ;
en conséquence, la présente notice, texte et
planches, peut-elle,sans trop d'amour-propre,
réclamer de justes droits à la nouveauté.
Dès 1867, un habile praticien d'Arras,
M. Charles Desavary, avait photographié
le triptyque à mon intention. Les clichés
ayant souffert d'un accident, la famille Har-
baville a bien voulu m'autoriser à recom-
mencer l'opération, avec les procédés actuels
qui donnent une image plus nette et facilitent
la besogne mécanique du phototypeur (').
Confiés au talent éprouve de M. E. Aubry,
de Bruxelles, les nouveaux clichés ont
produit un résultat, sinon parfait, du moins
très satisfaisant.
Parmi les ouvrages qu'il a publiés, citons en première
ligne le Mémorial historique et archéologique. Aujourd'hui,
malgré les progrès de la science et la continuelle décou-
verte de monuments nouveaux, aucun auteur ne saurait
aborder l'Artois sans recourir au modeste savant, dont
l'œuvre, imprimée en 1S42, étonne par le nombre de re-
cherches qu'elle a nécessitées. Ces recherches, alors assez
difficiles, exigèrent beaucoup de temps et de patience.
I. Je dois des remerciments particuliers à MM. Henri
et Rémi Trannin, petits-fils de M. Harbaville ; tous deux
m'ont prêté un concours des plus efficaces. Le second a
mis à ma disposition son expérience de photographe ;
l'aîné, docteur ès-scienccs et mon collègue à l'Académie
d'Arras, m'a fait remarquer certains menus détails très
importants au fond, et qui, sans lui, m'auraient peut-être
échappé.
1SS5. — 1"^ Livraison.
14
iRetiuc De rart cbrcticn.
Dans quelles circonstances un précieux
monument byzantin prit-il la route del'ouest;
comment vint-il échouer obscurément en
Artois ? A de telles questions on ne saurait
guère répondre que par des hypothèses ;
il eût été préférable de s'en abstenir, mais
je suis obligé d'émettre ici les miennes, car
elles aideraient au besoin à la solution d'un
intéressant problème.
Trois causes motiveraient le transfert de
notre ivoire en Occident : le commerce ; le
pillage de Constantinople, en 1204, par les
Croisés ; l'émigration grecque, à la suite de
la conquête turque, en 1453.
De ces causes, il faudra d'abord éliminer
la dernière qui ne me semble pas même
discutable. Les émigrés du XV*^ siècle
abordèrent tous en Italie, et les menus
objets emportés dans leur fuite, manuscrits,
bijoux, œuvres d'art, ne sont guère sortis
de ce pays que pour enrichir des collections
princières. Alors une pièce aussi remar-
quable que le triptyque Harbaville n'aurait
pu échapper aux investigations de Gori, le
plus ardent dénicheur d'ivoires sculptés qui
fût jamais. Le savant florentin a bien su
trouver, chez un particulier de Todi, une
réplique, très postérieure en date et très
inférieure en style, de la merveille qu'Arras
abrite aujourd'hui ('); il s'est passionné pour
une copie, et il n'aurait pas découvert le
type original au cas où cette pièce eût
reposé dans les régions comprises entre les
Alpes et la Mer Ionienne ? Une telle né-
gligence serait trop invraisemblable pour
que l'on crût à sa possibilité.
La provenance commerciale est au con-
traire parfaitement admissible. Depuis le
VI 11"= siècle jusqu'à la catastrophe inaugu-
ratrice du XI II'^, Constantinople, trait
d'union qui reliait l'Europe à l'Asie, alimenta
I. Voy. Thésaurus vet. diptych., t. III, pi. xxiv et xxv.
Aujourd'hui au Musée chrétien du Vatican.
l'Occident de toutes les superfluités du luxe.
Dans les magasins du Bosphore, à côté des
importations hindoues, persanes, égyptien-
nes, s'entassaient les produits des fabriques
de la ville impériale ; la vogue de ces der-
niers était si grande, qu'alors l'article By-
zance jouait le rôle actuel de l'article Paris.
Les tissus historiés ou brodés, l'orfèvrerie,
la joaillerie, la glyptique, les émaux, les
ivoires, étaient les spécialités attractives de
l'industrie byzantine. A l'instar de Dieppe,
Constantinople avait ses ateliers de tailleurs
d'images en ivoire (èXî^ayrojpyô;), où des
élèves plus ou moins habiles reproduisaient
à nombreux exemplaires, soit une copie
exacte, soit une variante des compositions
du maître. L'ofticine de l'ivoirier byzantin
étalait aux yeux du client des diptyques,
des agiothyrides, des cassettes, et aussi des
panneaux isolés à sujets religieux, que l'on
faisait monter à sa fantaisie, et que l'on
appliqua souvent à la couverture des manus-
crits. Nous savons qu'Halitgaire, évêque
de Cambrai, ambassadeur, en 828, de Louis
le Débonnaire auprès de Michel le Bègue,
rapporta de sa mission des panneaux en
ivoire destinés à servir de reliure (').
Les épisodes du sac de 1 204 doivent
également se prendre en sérieuse considé-
ration. Au milieu de féroces sauvages, dont
l'ineptie et la brutalité dépassaient de fort
loin tout ce que nos guerres modernes —
en Chine et ailleurs — offrent de plus
odieux, émergèrent çà et là des hommes
intelligents, qui parvinrent à soustraire aux
rapaces conquérants beaucoup de reliques
importantes et divers objets de haute valeur
artistique. L'histoire a enregistré les noms
I. Le Glay, Caincraciiin christ., p. 14. Unde ipse multa
et preciosa sanctorum pignora, sancti videlicet protomar-
tyris Stcpliani, CosiTi;c, Anthimi Niconiediensis episcopi
et Theodori martyris, qu;»; in ecclesia B. Mariiu continen-
tur adhuc asportavit, necnon et tabulas eburneas, quibus
libri cooperti ibidem esse spectantur. Baldéric, Chron.
Camer. et Atreb. 1. I, c. 40.
anciens iijoircs sculptes.
15
de quelques sauveteurs et dressé la liste
d'une certaine quantité d'épaves (') ; plu-
sieurs existent encore qui ont été signalées,
mais il en reste assurément d'autres non
déterminées jusqu'à présent : pourquoi le
triptyque Harbaville ne serait-il pas rangé
parmi ces dernières ?
En définitive, la sonmie intégrale des
objets de piété byzantins, que les acquisi-
tions pacifiques ou les violences belliqueuses
amenèrent dans nos régions occidentales,
échut aux églises et aux établissements
monastiques; on ne saurait ailleurs en suivre
la piste.
Ce fait essentiel admis, le sort ultérieur
de notre ivoire devient facile à établir.
Lorsque, à la fin du XVII I^ siècle, la
France et la Belgique virent décréter la
confiscation des propriétés ecclésiastiques,
maintes œuvres d'art, de faibles dimensions,,
ou que leur matière ne condamnait pas trop
directement au creuset, furent adjugées à
vil prix, sinon emportées comme souvenirs
par leurs légitimes propriétaires, chanoines
ou religieux expulsés. Les adjudicataires
étaient pour la plupart des spéculateurs;
quant aux membres du clergé, le butin, que
la nécessité ne les obligea pas d'aliéner eux-
mêmes, se vendit généralement ensuite
après leur décès ('').
J'ai intentionnellement groupé une série
de détails, oiseux en apparence, utiles en
1. Voy. Ernst aus'm Weerth, Das Sieges/c; le comte
Riant, Exiiviœ Const.; l'abbd Lalore, Le trésor de Clair-
vaux j Origines de Vorfevr. cloisonnée, t. I, p. 342; Ex-
posa, rétrosp. en iSSo, p. 88 ; etc. etc.
2. Les exemples sont trop nombreux pour que je m'ar-
rête à en signaler. La grande majorité des objets d'art
médiéval, que possèdent les collections publiques ou pri-
vées, n'a pas d'autre origine que les diverses formes de
spoliation révolutionnaire. — Conjointement avec les bro-
canteurs et les religieux, quelques personnes pieuses con-
coururent au sauvetage; quand le culte catholique fut ofli-
ciellcment rétabli, elles remirent leurs picces, soustraites
ou acquises, soit aux curés, soit à l'évêque diocésain. Ces
restitutions ne touchent aucunement à notre triptyque.
réalité parce qu'ils amènent une conclusion.
N'importe la position sociale de la personne
qui céda le triptyque à M. de Pommeras, il
me semble hors de doute que ce morceau,
avant de tomber au.x mains du dernier
vendeur, séjourna longuement dans un
trésor d'église. Or, il serait contraire à tous
les usages du temps jadis qu'un pareil chef-
d'œuvre eût été omis sur les anciens inven-
taires, documents d'intérêt capital, dont une
partie est publiée, mais dont beaucoup
attendent encore leur mise en lumière : le
cas actuel renvoie au.x textes inédits.
Suivant une probabilité bien voisine de
la certitude, notre monument n'a jamais vu
l'Italie. A l'aube du XIX^ siècle, les bro-
canteurs parisiens avaient trop à faire chez
eux pour exploiter la province. L'Angleterre
et l'Allemagne sont essentiellement conser-
vatrices. Où donc trouver ailleurs qu'en
Belgique et dans la France septentrionale,
si riches et si effrontément dépouillées,
l'asile, peut-être obscur ('), qui abrita le
triptyque jusqu'à la Révolution ? La localité
où M. de Pommeras rencontra son ivoire,
localité sans doute peu éloignée d'Arras, à
supposer qu'elle ne fût pas Arras même,
plaiderait déjà en faveur d'une réponse
affirmative.
D'après mon sentiment personnel, émis
avec toutes les réserves qu'exige une simple
hypothèse, le cercle des recherches pro-
posées à la science s'étendrait, dans sa plus
large expansion, de l'Authie à la Meuse.
Je crois néanmoins qu'on pourrait le res-
treindre davantage et ne pas pousser l'ex-
ploration au delà de la Flandre française,
du Hainaut, de l'Artois et du Ponthieu.
Maintenant qu'une fidèle image de l'objet
I. Il est parfaitement certain que cet asile a échappé
aux investigations des Jésuites, des Bénédictins et aussi
de Gori, qui pourtant s'était mis en relations avec toute
l'Europe savante.
i6
iRctiuc oc rart cbrcticn
est soumise aux érudits, il sera facile à
reconnaître derrière la plus laconique men-
tion (').
II.
DU terrain conjectural, si attrayant à
cultiver mais si fréquemment stérile,
passons au domaine positif; il est vaste,
curieux et assez intelligible pour que nous
y obtenions quelques succès.
Rectangle formé de trois panneaux dis-
tincts, historiés au droit et au revers, notre
triptyque ouvert offre un développement de
of"282. Le panneau central, accru de deux
plinthes rapportées, mesure o'"242 de haut
sur 0^142 de large. Dimensions des volets :
H. o'"2i7 ; L. o™07o. Au Hanc externe du
volet gauche est ménagé un étroit batte-
ment destiné à recouvrir la solution de con-
tinuité lorsqu'on ferme le meuble. Ce batte-
ment est alors maintenu par un taquet
(biguet, tourniquet) d'argent ciselé, pro-
tomes de lion et de chien adossés, fixé à la
plinthe inférieure. Quatre charnières, aussi
d argent, encastrées, sans rivets appréciables,
dans la tranche des panneaux, réunissent
les éléments du système et permettent de
les replier à volonté. Deux petits pitons du
même métal, à têtes polyédriques que tra-
verse un cordon de suspension, sont fichés
aux extrémités de la plinthe supérieure. La
contemporanéité du travail de sculpture et
des accessoires métalliques étant certaine,
il en résulte que l'objet fut, dès son origine,
accroché contre une muraille et qu'il n'eut
jamais d'autre destination.
Un bandeau horizontal divise en deux
registres la face du panneau central. En
haut apparaît le Christ assis, barbu, che-
I. Dans sapins simple expression, l'article del'inven-
taire pourrait être formulé ainsi: « Un petit tableau d'ivoire
avec les images du Sauveur et des saints et des inscrip-
tions grecques. — Tabula eburiicaparTa eu m imaginibiis
Salvatoris et sanetoruin et littcris grœcis. »
velure retombant sur les épaules; sa tête est
ceinte d'un nimbe crucifère orlé de perles;
il a pour vêtements une longue robe et le
palliiDit : des solece à courroies chaussent
ses pieds. De la main droite le Sauveur
bénit à la manière grecque; la gauche sou-
tient un codex richement relié et muni de
fermoirs. La figure repose sur une cathedra
magnifique: dossier arrondi; montants droits,
cylindriques, annelés, ornés de rais de
cœur disposés en étages, avec des bouquets
pour amortissement; coussin brodé; élégant
scabellîiiu (ûttotto'Iiov) décoré d'une arcature à
colonnettes géminées. Au-dessus des épau-
les, les sigles IC XC; à là hauteur de la tête,
deux bustes d'anges, tenant des disques,
émergent de médaillons circulaires, encadrés
d'un bourrelet chargé d'étoiles gravées.
Deux personnages debout, légèrement
inclinés, mains ouvertes et tendues dans
l'attitude de la prière, accostent le Christ.
A droite,saint Jean- Baptiste, 0 A 1(1) O 11P(5)
APOMOC; vestis talai'is ; amictus à limbe
rayé, couvrant le dos ; soleœ. A gauche, la
Sainte Vierge, MP 0V. Elle porte la .y/^/rt; une
sorte de châle frangé voile sa tête, enve-
loppe sa poitrine et ses bras pour descendre
ensuite presque jusqu'à terre ('); aux pieds,
des calceoli. Les seabella consistent en ta-
blettes carrées, tranche garnie d'un filet de
perles.
L'attribution de la gauche à la Vierge
est si fréquente sur les monuments byzan-
tins, quand la Mère de Dieu y figure à côté
du Christ, en face du Précurseur, que le
moine Denys, rédacteur, au XV'= siècle, du
Guide de la peinture, crut devoir prescrire
comme règle absolue cette disposition ico-
I. Il y a là une réminiscence de l'antique. A Rome, les
deux sexes avaient l'habitude de se draper ainsi, particu-
lièrement dans les cdrémonies religieuses ou funèbres, et
lorsqu'ils étaient en deuil. \'oy. Ricli. Dict des untiq.,
p. 604 et 697, fig. : Duru)-, liist. des Romains, nouv. dd.,
t. VI, p. 106, statue de Julia Donina, musée du Louvre.
^
w
V.
4)
t.
•— •
r>
H
S
^
M
<
-ij
f/)
ro
>-
0)
CQ
u
UJ
(^
_!
O.
>-
1—
a.
ai
H
anciens iuoircs sculptes.
17
nographique. «Au centre, le Pantocrator
au milieu des anges; du côté de l'orient (à
gauche), la Sainte Vierge les mains éten-
dues: vis-à-vis d'elle, du côté de l'ouest (à
droite), le Précurseur ('). » Mais les règles
subissent toujours des infractions; de nom-
breux exemples, antérieurs à Denys ou
même ses contemporains, prouvent qu'une
grande latitude était laissée aux artistes
sur le chapitre des préséances célestes.
Les œuvres byzantines, dont suit une liste
dressée au courant de la plume, montrent
la Vierge à droite et le Précurseur à gauche:
Mosaïque du porche, à l'église de Grotta
Ferrata ; Evangéliaire grec de l'abbaye de
Fiorenzuola ; hiérothèque de Cortone : pan-
neau d'ivoire au musée chrétien du V^atican;
autre panneau d'ivoire, collection de M. Du-
rillon, à Lyon; ivoire très ancien publié par
Paciaudi; sculpture en marbre, à Saint-Marc
de Venise ; dalmatique impériale.au trésor de
Saint-Pierre du Vatican ; tableau du XII !«
siècle, jadis à l'abbaye de Sainte-Gene-
viève de Paris ; peinture athonienne, XIV^
ou XVe siècle, musée chrétien, à Rome ;
triptyque et tableau russes d'époques assez
récentes (^). En voilà plus qu'il ne faut
pour s'assurer que la règle formulée par le
Gîiide de la pemture n'était pas de rigueur
avant la rédaction de ce livre, et que, depuis
lors, on s'est au besoin permis de l'en-
freindre.
Le registre inférieur comporte cinq per-
sonnages debout; tous sont barbus, nimbés,
1. Didron, Manuel d'iconographie chrét., p. 424.
2. Gaaelle archéoL, 18S3, pi. Lvni, p. 350; Gori, ouv.
cit<^,t. III, pi. XII, n" 2, XVIII et XI ; J. B. Giraud, L'expos.
r^lrosp. de Lyon en iSyy, pi. lll-iv, fig. 4 ; Paciaudi, De
ci/l/u S. Joannis Bapt. antiqnit. christ., p. 181 et l ;
Annales arclu'ol., 1. 1, pi. à la p. 152; Bayet, L'art byzant.,
fifî. 72, p. 218; Bock, Kieinod. des heil. rihn. Reiches,
pi. XVIII et p. 107 ; Acta SS. Mail, t. I, pi. à la p. LXI;
D'Agincourt, Hist. de Fart, t. V, pi. XCI ; Ch. Lenormant,
Très, de mimism. etdeglypt.. Bas-reliefs et ornem. 2'' part,
pi. III, fig. 4; Rez'. atchéol. 1857; Cahier, Caractéris-
tiques des saints, t. I, p. 33, pi.
chaussés de soleœ, uniformément vêtus, à
l'antique mode grecque, de la robe talaire
(/l'rw TToà'/io/;;) et du pallium {y.-jxzo/.r) drapé
d'une manière différente pour chaque figure.
Au milieu, saint Pierre, O A nGTPOC;
chevelure fournie, barbe taillée en rond. A
la droite du Prince des Apôtres, qui est im-
médiatement placé sous le Christ, saint
Jean l'Évangéliste, O A lûU 0 f-)GOAoruC,
front dégarni, barbe épaisse et pointue. Puis
vient saint Jacques le Majeur, 0 A L\KÛDs
frère du précédent, front couvert, longue
barbe. A gauche de saint Pierre apparaît
saint Paul, O A IIAVAUC, chauve, longue
barbe bifide. Enfin saint André, O A
AAAPGAC, chevelure et barbe élégamment
bouclées ('). Saint Pierre, saint Jacques
et saint André tiennent le volumen ; un
riche codex est l'attribut de saint Jean et
de saint Paul, fondateurs de la théologie
chrétienne. Un chapelet (astragale) court
sur la tranche des scabella ; saint Pierre
a un marche-pied spécial, les autres n'en
ont qu'un pour deux.
Un cordon de trèfles, alternativement
disposés en sens inverse, prolonge le ban-
deau médian; un motif analogue, mais en
feuilles de vigne, terminé et interrompu par
trois médaillons circulaires, décore les plin-
thes extrêmes. En bas, ces médaillons en-
cadrent une rose quadrilobée; en haut, des
bustes barbus dont les noms sont inscrits
sur la tranche : Jérémie, iGpGmIn Elie O A
HAIAC, Isaïe, ICAIAC. Saint Élie (') cor-
1. Les prescriptions du Guide de la peinture ne sont
pas exactement conformes à l'iconographie du triptyque:
« Saint Pierre, vieillard, barbe arrondie : saint Jean, vieil-
lard chauve, grande barbe peu épaisse ; saint Jacques,
jeune, barbe naissante ; saint Paul, chauve, barbe jonci-
forme ; saint André, vieillard, cheveux frisés, barbe bifide.»
Manuel, etc., p. 299 et 300. Tous nos personnages offrent
les caractères de l'âge mûr; aucun n'a le type véritable-
ment sénile, encore moins celui de la jeunesse.
2. L'Eglise grecque place au 20 juillet la fête de saint
Élie ; on devait ce jour-1^ s'abstenir d'œuvres serviles.
Saint Grégoire de Nazianze mentionne une église dédiée
i8
îReuiic De lart chrétien.
respond au Christ; Jérémie, au Précurseur;
Isaïe, à la Vierge.
Les faces des volets sont partagées en
trois registres d'inégales hauteurs; celui du
milieu n'est en réalité qu'un bandeau.
Volet droit, registre supérieur. Deux
saints guerriers debout, nimbés, longue barbe,
cuirasse imbriquée (^-?>io^!«o'-'), jaquette mili-
taire (campestre, iT£,oii;«aa),chlamyde rehaus-
sée d'un lattis clavus orlé de perles(ï"a°^'<'î')('),
bottes molles {zaïicha, z'^x-ffiy). Ces per-
sonnages tiennent la hasta d'une main ;
de l'autre, ils saisissent le fourreau d'une
spatJia, av:y.%, dont la curieuse garde est
recourbée en demi-cercle, les terminaisons
abaissées; un écusson fleuronné descend
entre les quillons. La figure la plus voisine
du Précurseur représente saint Théodore le
Général, 0 A 0EOA(JDP' O CTPATHAAT (y;) C,
martyrisé sous Licinius. Ses restes furent
transportés à Euchaïs, ville du Pont où il
était né, aussi le nomme-t-on encore Eti-
chaïti. Les Grecs l'honorent le 8 février et
le 8 juin; les Latins, le 7 février {^). Le
au prophète de Thesbé ; une autre fut construite par Ba-
sile I^"'. Les Latins honorent saint Elie à la même date
que les Orientaux. Baronius, Sacr. martyrol. Rom., p. 439,
in-4'', Cologne, 1610; Menai, grœc, t. III, p. 175, in-fol.,
Urbin, 1737.
1. Grand carré d'étoffe, cousu sur le manteau des per-
sonnages de rang élevé, à la hauteur de la poitrine. Son
usage paraît fort ancien : WÙy.nyliV tpopo-Jvrcov;i^XaaJ-
(îa; i/vj-ct.;, zy.ôlix poù^jxix. (Chron. Alexandr., Niima.)
Au IV'= siècle, le missorinm d'Almendralejo nous montre
Théodose, Honorius et Arcadius avec un racÀiov qui leur
couvre les genoux comme le grémial des évoques. (Nou-
veaux inél. d'archéoL, t. I, pi. VU.) Les anciens diptyques
offrent de fréquents exemples du talus clavus, mais il faut
recourir aux mosaïques et aux mkiiatures pour se rendre
un compte exact de cet ornement. A Ravenne, chez Jus-
tinien, il est brodé en métal, et appliqué sur une chlamyde
pourpre ; dans le costume de la suite impériale, au con-
traire, il se détache en pourpre unie sur un fond blanc.
Voy. encore Willemin, Monuin. ftanq. inéd., pi. XL,
Nicéphore Botaniate ; Labarte, Hisl. des arls ind., Album,
pi. LXXXII.
2. Afarlyr., cit., p. 1 i6..1/f?ïo/.,cit.,t.ll,p.i72,t.H l,p.i27;
Gori, loc. cit., p. 222;Panciroli, I lesorinascosti nell aima
citta di Roma, p. 906, (in-8°, Rome, 1600) dit que l'église
e Saint-Onuphre possède une relique du Stratélatès,dont
second guerrier, homonyme du précédent,
est saint Théodore Tyron,0 A GEOAÛQps 0
THPs. Soldat de la légion Tyronienne à
l'époque où Maximien, Galère et Maximin
Daza persécutaient les chrétiens, Théodore,
ayant incendié un temple d'idoles à Amasée,
fut jeté dans une fournaise ardente par
ordre du préfet Kringas. Selon la légende,
notre saint avait auparavant débarrassé le
territoire d' Euchaïs d'un énorme dragon.
Ce martyr est en grande vénération chez
les Grecs, qui célèbrent son anniversaire le
1 7 février; à l'aube du V^ siècle, le patri-
cien Sphoracios lui dédia une église à Cons-
tantinople : Justinien et Maurice la restau-
rèrent successivement. Les Latins fêtent
.saint Théodore Tyron le 9 novembre; il
a, à Rome, une église diaconale; on garde
de ses reliques à Saint-Onuphre. Le corps
serait en Asie, soit à Amasée, soit à Eu-
chaïs, ville dont Jean Zimiscès changea le
nom en Théodoropolis, après y avoir érigé
une vaste basilique sous le vocable du bien-
heureux, à l'intercession duquel ce prince
devait une éclatante victoire. Suivant Con-
stantin Porphyrogénète, la cité asiatique de
Dalisand possédait le bouclier de saint
Théodore (-).
le corps était à Héraclée du Pont. Le monastère de Saint-
Denys, au Mont Athos garderait la tête de saint Théo-
dore, d'après le médecin Jean Comnène. (Descript. du
Monl Athos, ap. Montfaucon, Palaogr. Crœca, p. 481.)
I. Martyr., p. 764; Menai, t. II, p. 196; Panciroli, ouv.
cit., p. 792 et go6; Procope, De œdificiis, I, 4; Codin, Ex-
cerpta de aiittq. C. P., p. 82, éd. de 15onn; Constantin
Porphyr., De tlieiiiat., 1. I. — L'image de Théodore Tyron
figurait avec celles des S.S. Démétrius et Procope sur
l'une des six bannières (sXâao'jy'.a) portées par paires
autour de l'empereur dans les grandes cérémonies (Codin,
De flffic. palatii C. P., c. vi) ; Ughelli (Italia sacra, t. 1 1,
p. 1025) relate, d'après une autorité contemporaine, que
le chef de saint Théodore fut apporté à Gacte en 12 10. —
Un grand émail byzantin sur cuivre, passé du cabinet
Pourtalès dans la collection liasilcwsky, représente saint
Théodore combattant le dragon. Cet émail a été figuré
par Labarte ( Rech. sur la peint, en ('mail et Hisl . des
arts indust.), mais la planche en couleurs du Catal. de la
coll. B'jsileii'sky est infiniment supérieure. — Un poids
anciens itjoires sculptés.
19
La zone médiane, limitée par des chan-
freins doubles, offre deux entrelacs circu-
laires inscrivant des bustes nimbés. D'abord
saint Thomas apôtre, O A (:)(D.VI», imberbe et
tenant un voiinnen; ensuite saint Mercure,
0 A MEPKî5Ps, légèrement barbu, armé de la
haste et vêtu de la chlamyde laticlave.
Officier dans l'armée romaine. Mercure, au
temps de Dèce et de Valérien, eut la tête
tranchée pour la Foi, à Césarée de Cappa-
doce; Grecs et Latins célèbrent sa fête le 25
novembre (').
Registre inférieur. Deux saints debout,
nimbés, chevelure épaisse, barbe pointue.
Leur costume identique se compose d'une
robe à larges manches et allant à mi-jam-
bes; d'une ample chlamyde laticlave, agra-
fée sur l'épaule droite par une fibule ronde;
de chaussures closes. La main gauche est
cachée sous le manteau ; ils tiennent dans
l'autre une croix pommetée à longue hampe,
appuyée contre la poitrine. Le premier,
saint Aréthas, O A APgHs, était un noble
éthiopien, massacré par les Arabes Home
rites sous le règne de Justin I^'' (=). Le
second, saint Eustrate,0 A gVClPAT% fut
brûlé en Arménie pendant la persécution
byzantin, de forme carrée, cuivre incruste d'argent
(a'Àt'rpa, i livre), au British Miisciim, représente deux
saints imberbes, en costume militaire ; d'un geste iden-
tique, ils dirigent la pointe de leur lance vers un monstre,
hybride de lîanthère et de dragon. (Revtte numism. nouv.
série, t. VI 11, pi. Il, fig. 4). Sabatier attribue le monument
au VI'' siècle ; peut-être serait-il moins ancien? Malgré
l'absence de barbe, je crois y reconnaître l'association des
deux Théodore, Stratélatès et Tyron. En effet, une pein-
ture grecciue du Xlll'- siècle, au Musée Chrétien du
Vatican, montre les mêmes saints, parfaitement désignés,
mais à cheval et se tenant embrassés.(D'Agincourt, Hisi.
de l'art, PEINTURE, pi. xc, fig i). Les types du GuiJe de
lapeinture diffèrent un peu des nôtres: « Stratélatès, jeune,
cheveux frisés, barbe jonciforme ; Théron, barbe, cheveux
descendant sur les oreilles » : Manuel, p. 321 et 322.
1. Martyr., p. 800 et Soi ; Menol., t. I, p. 212. «Saint
Thomas, jeune, barbe naissante ; Saint Mercure, id. »
Manuel, p. 300 et 322.
2. Saint Aréthas est fêté le 24 octobre en Orient et en
Occident. Martyr., p. 729. Meiiol., t. I, p. 139.
de Dioclétien et de Maximien; son corps
repose à Saint- Apollinaire de Rome; Orien-
taux et Occidentaux placent sa mémoire
au 13 décembre (').
Volei gauche, registre supérieur. Deux
guerriers vêtus et armés absolument comme
leurs symétriques du volet droit. Saint
Georges, 0 A J'H(DPn^ est imberbe ; une
courte barbe orne le menton de saint
Eustathe, 0 A evCTAGR Saint Georges, né
en Cappadoce, 011 il reçut la palme du
martyre en 284, avait le titre de contes ;
Grecs et Latins lui ont de longue date
voué un culte tout spécial, dont la manifes-
tation tombe le 23 avril. Le corps du
glorieux athlète de Jé.su.s-Christ fut trans-
porté à Constantinople ; saint Germain de
Paris, revenant de Jérusalem, traversa la
capitale de l'empire d'Orient et obtint de
Justinien un bras qui échut ensuite à
l'église de Saint-Vincent. A Rome, le
sanctuaire diaconal de Saint-Georses in
vclabro possède le chef de son patron,
retrouvé au Ville siècle par le pape
Zacharie (-), et diverses reliques : d'autres
églises de Rome en conservent éo-ale-
ment ('). Grégoire de Tours mentionne
les miracles opérés en Limousin et dans le
Maine par des reliques de saint Georges (-•).
Les actes de saint Annon, archevêque de
Cologne (1056- 1073), signalent un bras
1. Martyr., p. 837 ; Menol., t. Il, p. 26. Panciroli, ouv.
cit., p. 846. « Saint Eustratius, vieillard, barbe en pointe.»
Manuel, p. 325.
2. In venerabili itaque patriarchio sacratissimum beat!
Georgii martyris isdem sanctissimus papa in capsa recon-
ditum reperit caput, in quo et pictatium invenit pariter
litteris exaratum Grœcis, ipsum esse significantes. Oui
sanctissimus papa in venerabili diaconia ejus nomi-
nis, sita in hac Romana civitate, regione secunda, ad Vé-
lum Aureum, illud dcduci fecit; ubi immensa miracula et
bénéficia omnipotens Dcus ad laudem nominis sui per
eumdem sacratissimum martyrem operari ilignatur. Liber
pont if., 224.
3. Panciroli, ouv. cit., p. 874.
4. MiracuL, 1 I, c. loi.
20
lacune De l'art cljtcticn,
apporté dans cette ville ('). Dresser la liste
des édifices religieux placés sous le vocable
du guerrier cappadocien serait abusif, car
leur nombre est immense ; bornons-nous à
l'église construite à Mayence par l'archevê-
que Sidoine II (vers 546), monument qui
excita la verve poétique de Fortunat.
Mariyris egrcgiis pollens Diicat aula Georgi,
Cujus in hune imitidum spargitur altus honor;
Carcere, cœde,siti, vinclis,fame,frigore,flammis.
Confessas Chris tu m iluxit ad astra caput.
Qui virtute potens Oric7itis axe sepulius,
Ecce sub occiduo cardine prœbct opcni.
Ergo mémento preces et redderc votaviator,
Obtinet hic mentis guod petit aima fides.
Condidit Antistes Sidonius ista decenter,
Proficiant animœ quœ nova templa suœ (•).
Des Etats, des princes, d'insignes ordres
équestres, ont adopté saint Georges pour
protecteur. Le type légendaire, où il figure
en chevalier combattant le dragon devant
une jeune fille suppliante, n'est pas byzan-
tin: Jacques de Voragine l'aurait inventé
sans preuves historiques. Le compilateur
de la Légende dorée a-t-il voulu symboliser
une idée générale, la victoire des martyrs
sur le démon ? A-t-il confondu saint Geor-
ges avec saint Théodore Tyron.'* Les deux
opinions restent en présence (3).
1. Bock, Les trésors sacrés de Colog?!e, ne signale aucune
relique de saint Georges à l'église qui portait son nom avant
de devenir Saint-Jacques. Les dépouilles de cette église
ayant enrichi d'autres paroisses de Cologne, il se pourrait
que l'un des deu.x/>Vrtj anonymes deSaint-Cunibert (p.66ct
pl.xiv, 53)eût, auXIII'-'sièc!e,abritél'ossement en question.
2. Lib. II, Poemat., XI.
3. Martyr., p. 274 à 277; MenoL, t. III, p. 68 ; Du
Cange, Constant, christ., 1. IV, p. 162 et 124 : Hugues de
Campdavesne, comte de Saint- Pol, fut inhumé dans le mo-
nastère de Saint-Georges fondé par Monomaque; plus tard
on transporta le corps à l'abbaye de Cercamps, en Artois.
Procope, De ^Edif., II, 4. — Dès une époque reculée, le
combat du guerrier contre le serpent symbolisa la victoire
du christianisme; Eusèbe, Constantini vita, III, 3, men-
tionne une effigie de son héros perçant le dragon à coups
de lance et le jetant à la mer. Nicéphore Grégoras {Hist.,
V'III, 5), postérieur d'un siècle environ à Jacques de
Voragine, signale une effigie équestre de saint Georges
peinte jadis, "à/ai, par un excellent artiste nommé Paul ;
mais rien du reptile ni de la jeune vierge éplorée. — Le
type de saint Georges est fixé par le Guide tel que nous
l'avons ici : «Jeune imberbe. » Manuel, p. 321.
La popularité de saint Eustathe est
beaucoup moindre. Martyrisé à Ancyre
(Galatie), ses restes y furent déposés; il
avait un sanctuaire à Constantinople. Fêtes
grecque et latine le 28 juillet (').
Zone médiane. Bustes imberbes et nim-
bés, épaules couvertes du pallmin. L'apô-
tre saint Philippe, 0 A 'WAIIUIOC. tient un
volumen ; saint Pantélémon, ou Pantaléon,
0 A nAI\T g A (eyjfXMv), a pour attributs une
lancette et une trousse de chirurgien ; peut
être un scalpel, ou bien une spatule avec
un coffret à médicaments (-). Saint Panté-
lémon, à!\\.\& Ménologe, né à Nicomédie d'un
père païen et d'une mère chrétienne, em-
brassa la profession de médecin. Son maître
en l'art de guérir fut le savant Euphrosinos;
le prêtre Hermolaos lui enseigna la doctrine
du Christ et l'admit au baptême. Dénoncé
à l'empereur Maximien, Pantélémon eut la
tête tranchée après avoir subi la torture (').
Le médecin de Nicomédie compte au
nombre des saints que l'Église orientale
appelle anargyres, sans doute parce que le
mépris des richesse les portait à se mettre
au service de l'humanité avec un désinté-
ressement absolu (^).
1. Martyr., p. 507; Menai., t. III, p. 184; Constant.
christ., I. IV, p. 123.
2. Le cas est douteux ici, vu l'exiguité de l'image. Sur
un diptyque d'argent, au Baptistère de Florence, la spatule
est bien caractérisée ; le saint tient une boite cubique
ouverte, dont l'intérieur offie six compartiments ronds
(Gori, ouv. cité, t. III, Suppl., pl. IV; X'' ou X^' siècle). Une
peinture assez récente du couvent de Rûssicon(Mont Athos)
me montre un scalpel — Didron dit une spatule — et un
coffret à médicaments. Ann.archéol., t. \', pl. à la p. 148.
3. T. III, p. 183.
4. Didron, Manuel, p. 330. — L'initiateur de Pantélé.
mon aux dogmes chrétiens, saint Hermolaos, figure aussi
parmi les .'\nargyres (Jean Comnène, loc. cit., p. 481).
Les Allemands, qui nomment ces personnages Nothhelfer
(auxiliatorcs, libérateurs, sauveurs), en admettent 14, grou-
pés deux h deux sur les gravures de Joseph et Jean Klauber,
d'Augsbourg : SS. Georges et Eustache, SS. \'it et Chris-
tophe, SS. (jilles et Cyriaque, SS. Érasme et Biaise, SS.
Pantélémon et Acace, S. Denys (de Paris) et sainte
Marguerite, sainte Catherine et sainte Barbe. Leurs fêtes
spéciales sont indiquées dans plusieurs bréviaires et
missels du XVI" s\hQ\^.Q3!i\\^x,Caractérisliques des Saints,
t. i, p. 102.
anciens itioircs sculptés
21
Bien que le nom contracté de Pantélémon
ait reçu en Occident des applications singu-
lièrement profanes, notre saint, dont Grecs
et Latins célèbrent l'anniversaire !e 27 juil-
let, n'en jouit pas moins d'une grande
réputation. Son corps reposa dans l'ora-
toire de la Concorde (Ouôvcua) à Constanti-
nople. Vers les premières années du
IX" siècle, Lyon vit arriver d'Afrique quel-
ques ossements du martyr ; l'archevêque
Agobard chanta cet événement dans une
pièce de vers adressée à Charlemagne (').
Rome possède de nombreuses reliques
de saint Pantélémon. A Constantinople,
Justinien lui avait érigé deux sanctuaires ;
on en trouve également deux dans la Ville
éternelle. Une abbaye de Bénédictins à
Cologne, un monastère d'Augustines à
Toulouse, une église de Troyes, portent ou
ont porté le vocable de Saint-Pantaléon (-).
L'iconographie byzantine s'est fréquemment
complue à reproduire l'image de ce bien-
heureux (3).
Les personnages en pied du registre
inférieur, saint Démétrius,0 A AHMHTPIOC, et
saint Procope, 0 A IIPOKOIIIOC, sont imber-
bes, nimbés, et ils portent le même costume
que leurs correspondants du volet droit,
1. Sperati quoque martyris beati,
Necnon Pantaleonis ossa raptim
ToUunt ciincta simul.
Bibl. vet. Patrum, t. XIV, p. 328 et 329.
2. Martyr., p. 505 ; Procope, De /Edif., I, 9, V, 9 ;
Du Cange, Constant, christ., 1. IV, p. 157; Panciroli, ouv.
cité, p. 644, 646, 893; Gallia christ. — Il y a, au Mont
Athos, plusieurs reliques de saint Pantélémon; le couvent
de Docheiaréion garde sa tête. Jean Comnène, loc. cit.,
p. 481 et 491.
3. Le sceau du protonotaire Constantin (X'= siècle)
donne pour attribut à saint Pantélémon un objet carré,
vraisemblablement les tablettes sur lesquelles il inscrivait
ses ordonnances. G. Schlumberger, Sceaux de plomb iné-
dits des fonctio}i. provinc, ap. Rev. archéol ., ]vivci 1883,
pi. X, fig. 2. — Les prescriptions du Guide concordent
avec nos types, du moins en ce qui regarde saint Pantélé-
mon : « jeime, imberbe, cheveux frisés. » Pour saint
Philijjpe, bien qu'il doive être représenté jeune, Denys lui
attribue une barbe naissante dont l'ivoire n'oftrc aucune
trace. Manuel, p. 330 et 300.
seulement la robe est talaire et les chlamydes
offrent des variantes de drapé; saint Démé-
trius lève sa main gauche découverte : iden-
tité complète entre les croix et la façon de
les tenir.
Deux Démétrius martyrs sont invoqués
chez les Grecs; le premier, décapité à Dabu-
dène, figure au Ménologe à la date du 1 5 no-
vembre ; il y est représenté barbu ('). Le
second, proconsul à Thessalonique, fut mis
à mort sous Maximien. La miniature du
Ménologe, au 26 octobre, montrant cet autre
Démétrius imberbe et vêtu absolument
comme l'effigie du triptyque, aucun doute
n'est permis ; nous avons ici le magistrat de
Thessalonique (=). Son corps y reposait ;
une église qui lui était dédiée à Constanti-
nople fut restaurée par Basile I^"" ; un mo-
nastère de la môme ville portait aussi le
vocable de saint Démétrius. Les Latins
honorent ce martyr le 8 octobre, mais il ne
semble pas que ses reliques aient pénétré en
Occident {^).
Saint Procope, fêté le 8 juillet chez les
Grecs et les Latins, est encore une victime
des persécutions qui ensanglantèrent la fin
du 1 1 1" siècle; le Ménologe le qualifie de Aoj^
(dux) et lui attribue des succès militaires.
Une croix d'or commandée à un orfèvre de
Scythopolis, puis arborée ostensiblement,
causa la perte de saint Procope ; il fut dé-
capité à Césarée. Deux anciennes églises de
Constantinople lui étaient consacrées, mais
son culte, très en faveur parmi les Grecs,
n'occupe en Occident qu'un rang tout à f lit
secondaire (■•).
Comme disposition, le revers des volets
1. T. I, p. 190.
2. Ibid., p. 143.
3. Martyr., p. 687; Cedrenus, p. 588 ; Constant, christ.,
1. IV, p. 122.
4. Martyr., p. 459. McnoL, t. III, p. 158. Le Guide
attribue des moustaches à saint Démétrius ; saint Procope
y est désigné comme imberbe : tous deux sont qualifiés
de militaires. Manuel, p. 321.
1885. — 1 '^ Livraison
22
iRctiuc De r3rt cbtéticn.
ne diffère en rien de la face : deux grands
registres et une zone intermédiaire.
Volet droit, registre supérieur. Deux
figures debout, nimbées et barbues. Leur
costume est épiscopal : robe talaire, pcenula
((paivsÀ/;;); étole (^tm-^v.yfX^vj) chargée de
croix; sandales. Ces personnages bénis-
sent de la main droite à la manière grecque ;
la main gauche tient un codex. Dans le plus
voisin du panneau central, on reconnaît saint
Basile le Grand, 0 A BACIAG lOC, métropoli-
tain de Cappadoce ; il a une chevelure épaisse
et les apparences de l'âge mûr. L'autre, vieil-
lard au front chauve, est saint Grégoire de
Nazianze, l'illustre écrivain, 0 A TPHrOPIOC
0 ©EOAOrOC. Basile et Grégoire occupent un
rang élevé entre les Pères de l'Église grec-
que. Le premier fut inhumé à Césarée ; sa
tête et plusieurs reliques notables sont à
Rome, où une église lui est consacrée. Fête
au i" janvier chez les Grecs et les Latins (').
Le corps du second est à Saint-Pierre du
Vatican : dans Rome encore, un bras, quel-
ques ossements, un morceau de tunique (-).
Bandeau intermédiaire. Bustes nimbés,
même costume, mêmes attributs, même atti-
tude que les figures précédentes: saint Pho-
cas, 0 A «|)ÛDtAC; saint Biaise, 0 A BAACIOC.
Saint Phocas, évêque de Sinope, fut déca-
pité sous Trajan, après quoi on livra son
corps aux flammes ; une église de Constan-
tinople lui était dédiée. Les Grecs célèbrent
trois commémorations du martyr : les 6 et
23 juillet, le 22 septembre ; les Latins, une
seule, le 14 juillet (^). Saint Biaise, évêque
1. Martyr., p. lo. McnoL, t. II, p. 75. Panciroli, ouv.
cité, p. 238 et 848.
2. Martyr., p. 319. MenoL, t. II, p. 136. Panciroli, ouv.
citd, p. 878. La fête de saint Grégoire tombe le 25 janvier
cBez les Orecs ; le 9 mai, chez les Latins. — Manuel,
p. 316 : «Saint Basile, jurande barbe, %ieux ; saint Grégoire
de Nazianze, vieillard chauve, large barbe. )>
3. Menot., t. I, p. 60; t. III, p. 156 et 177. Const.
christ., 1. IV, p. 133. Martyr., p. 475. Grégoire de
Tours {Mirac., 1. I, c. 99) mentionne un saint Focas
de Sébaste, mourut pour le Christ au
temps de Licinius; il n'eut qu'une église
à Constantinople, mais Rome lui en consacra
huit, dont San-Biagio deir Anello, pourvue
par Sixte Quint d'un titre cardinalice. Le
corps de saint Biaise serait en Arménie, mais
la capitale du monde chrétien possède
un grand nombre de ses reliques. Fête
grecque, le 1 1 février ; fête latine, le 3 (').
Registre inférieur. Personnages debout,
barbus, nimbés, différemment vêtus. Saint
Nicolas, OAINIKOAs, porte le costume épis-
copal décrit plus haut ; il tient un codex à
deux mains ; son front est dégarni. L'un des
.saints populaires du monde chrétien, Ni-
colas, évêque de Myre (Lycie), est devenu
le patron des jeunes garçons, et, conjointe-
ment avec saint André, le protecteur attitré
de l'Empire russe. Trois sanctuaires de
Constantinople furent dédiés à saint Nicolas;
deux remontaient à Justinien et à Basile I^r;
à Rome, sept églises, dont une diaconale,
San Nicolo in Carcere, témoignent de l'im-
mense dévotion dont il est l'objet. Le corps
du vénérable confesseur a été transporté à
Bari (Pouille) en 1087 ; une insigne Collé-
giale le garde précieusement, et il y attire la
foule des pèlerins. La Ville éternelle pos-
sède plusieurs reliques majeures et mineures
de saint Nicolas ; sa fête tombe le 6 dé-
cembre chez les Grecs et les Latins ; en
martyr, dont le corps reposait en Syrie. — Le triptyque
donne une longue barbe pointue à saint Phocas, dont le
Guide ne parle pas.
I. Menol., t. II, p. 179 ; Martyr., p. 107; Const. christ.
1. IV, p. 120. Panciroli, ouv. cité, p. 245 à 250, 849. —
Le culte de saint Biaise s'étendit au Nord, où deux
abbayes portaient son nom ; l'une, in Silva Nigra
(Constance), l'autre, à Northeim (Maycnce). Le trésor
de la cathédrale de Namur possède une très belle
statuette de saint Biaise, en argent ; il est revêtu du
costume épiscopal, et il a pour attribut un rasicllus ou
liarpago, instrument de son supplice. — Sur le triptyque,
saint Biaise est d'un âge mur, chevelure épaisse, barbe
arrondie ; je trouve dans le Guide : « Saint Biaise
de .Sébaste, vieillard, barbe en pointe, cheveux frisés. »
Matiuel, p. 319.
anciens iijoircs sculptés.
23
outre, ces derniers célèbrent le 9 mai l'anni-
versaire de la translation à Bari. Notre
sculpture est une reproduction serrée du
type suivi au X^-XI"" siècle par les illustra-
teurs du Ménologe, manuscrit auquel je
renvoie si fréquemment, et dont l'exécution
date du règne de Basile 1 1. Le saint Nicolas
byzantin, figuré sur la couverture en ivoire
du Missel de saint Burchard, à la biblio-
thèque de l'université de Wurtzbourg
(Bavière), donne une note différente, mais
on y remarque aussi la barbe ronde et le
front chauve, également indiqués par le
Guide de la peinhire ; une grande plaque
d'émail champlevé, fond bleu, annexée au
ciboriuin de la collégiale de Bari, montre
saint Nicolas couronnant le roi Roger. Les
personnages sont byzantins d'attitude et de
costume, néanmoins l'œuvre dénonce la
main d'un artiste septentrional, peut-être
limousin, sans doute plutôt allemand, qui
travailla, au XI IL siècle, dans le sud de
l'Italie : à Bari, quoique le menton soit im-
berbe, la calvitie du crâne s'accentue vigou-
reusement. L'émailleur limousin qui, vers la
fin du XI I^ siècle, exécuta la châsse de saint
Etienne de Muret pour l'abbaye de Grand-
mont, a représenté saint Nicolas dans des
conditions analogues à celles de Wurtz-
bourg : main droite libre, codex dans la
gauche, antique costume épiscopal modifié
selon les usages latins. La tête barbue est
garnie de cheveux épais recouvrant le front ;
au sommet du crâne, une large tonsure (').
Saint Sévérien, 0 A CGVHPIANOC. Robe
talaire à largesmanches, serrée à la taille par
une ceinture ; chlamyde rejetée en arrière ;
I. Martyr., p. 321 et 821. Menai., t. II, p. 12. Cottst.
christ., 1. IV, p. 130. Panciroli, ouv. cité, p. 629 et sq. 89,
Rev. de Part chrét.. Juillet 1S83, p. 284. Le Moyen Age et
la Renaissance, Diptyques, etc., pi. i. Becker et Hcfner,
Kunst-werke des Miltclalters, pi. I. Schulz, Detikmaeler
der Kunst des Mittelalters in tinter Italien, Atlas, pi. v.
Les arts sontptiiaires, t. I, pi. LXIX. Manuel, p. 316.
croix dans la main droite ; chevelure abon-
dante ; longue barbe bifide. Le Ménologe
enregistre trois Severianus; le Martyrologe
roniaiJi, cinq. Ici nous avons très vraisem-
blablement un compagnon de saint Agatho-
nicos, décapité à Sélymbrie, sous Maximien.
En effet, sur la réplique, citée plus haut, de
l'ivoire Harbaville au Vatican, un saint Seve-
rianus, absolument vêtu comme le nôtre,
correspond à saint Agathonicos. Mémoire
au 22 août chez les Grecs et les Latins (').
Volet gauc/ie, registre supérieur. Deux
saints nimbés, barbus ; costume épiscopal ;
codex. Saint Jean Chrysostome, O A ICQ O XP,
bénit.Sa notoriété est trop considérable pour
qu'il soit besoin d'esquisser les principaux
traits d'une biographie répandue ; mais cette
tête au front large et dégarni, cette physio-
nomie d'une grave maturité sous un accent
d'ineffable douceur, cette barbe taillée en
rond, pourraient bien nous offrir, sinon le
portrait authentique du célèbre patriarche
de Constantinople, du moins son image ap-
proximative avant que des générations de
copistes ne l'eussent entièrement dénaturée.
Une grande peinture du manuscrit 79, fonds
Coislin, de la Bibliothèque nationale, à
Paris, donne à saint Jean Chrysostome un
aspect tout à fait ascétique ; les cheveux et
la barbe sont bien à peu près tels que sur le
triptyque, mais l'air de jeunesse, le nez
busqué, la face amaigrie de la miniature,
s'écartent beaucoup du type plus mûr et
plus substantiel de l'ivoire. Le manuscrit de
Paris date de la seconde moitié duXIf^siècle;
avançons encore. L'effigie de la réplique du
Vatican est chevelue, la barbe s'y aiguise
légèrement en pointe, et, si les planches de
Gori ne m'inspiraient pas une confiance
très limitée, je soupçonnerais que le carac-
I. Menol., t. III, p. 211. Martyr., If. 576. Gori, Thés,
vet. diptych., t. 111, pi. xxv. — Le Guide ne mentionne
que saint Agathonicos dont le signalement ditlcre beau-
coup de celui de notre Severianus. Manuel, p. 324.
24
ïRciJUC Dc rsrt cï)rcticn.
tère général du personnage incline médio-
crement vers la mansuétude. Enfin le saint
Jean Chrysostome du Guide est ainsi défini:
« jeune, peu de barbe » ('). Désaccord
complet.
Saint Clément, évêque d'Ancyre, O A
KAHMEIC Al'KVPAC, fut décapité dans sa
ville épiscopale, sous le règne de Maximien,
après avoir été successivement traîné à
Rome, Nicomédie, Amisus et Tarse; d'où
le surnom de TroX-JaGXo; qu'on lui attribue.
Fête le 23 janvier chez les Grecs comme
chez les Latins (^).
Zone intermédiaire. Bustes nimbés de
deux saints anai'gyres par excellence :Cosme,
0 A ROCMs; Damien, 0 A AAMIAANs (sic).
Drapés dans un palliinn, ils ont les mêmes
caractéristiques que saint Pantélémon ; leur
physionomie accuse l'âge mûr, leur che-
velure est crépue, leur barbe est courte
et arrondie. A trois reprises différentes
(17 octobre, i" novembre, i" juillet), le
Ménologe enregistre une o-jvuyîa de Cosme et
Damien, asiatiques de naissance, ayant à
peu près la même filiation, et toujours prati-
quant l'art de guérir : la date de leur martyre
est placée à la fin du 111*= siècle. Les Latins
réduisent cette triple association à une
seule, dont l'anniversaire tombe le 27 sep-
tembre. La grande coupole en mosaïque de
Saint-Georges, à Thessalonique (V'' ou
VI'' siècle), comporte entre autres les figures
pédestres des saints Cosme et Damien
qualifiés de médecins, KOCMOV lATPOV,
1. Gori, loc. cit., pi. XXV. Manuel,^, ■^là. Une peinture
grecque du XI 11'= siccle, jadis à l'abbaye de Sainte-
Génevicve de Paris, donne à saint Jean Chrysostome les
mêmes traits, mais non le même costume que le triptyque
Harbavillc : un rjx/.y.o;, en stauracin au lieu de la pénule.
Acta SS., Sept., t. IV, p. 693; Mai, t. I, p. LXI. Cons^.
christ. 1. IV, p. 120, fig. 9. — Au Mont Athos, les reliques
suivantes du saint : Grande Laure et Saint- Denys, une
main dans chaque; Vatopédi, la tête. Jean Comnène, loc.
cit., pp. 456, 478, 464.
2. Mcnol., t II, p. 133. ytartyr., p. 73.
AAMIANOV lATPOV. Cosme a la barbe et les
cheveux blancs ; Damien est jeune et im-
berbe. Le Gidde admet naturellement les
trois couples du Ménologe et il les distingue
ainsi : « Cosme et Damien de Rome,jeunes,
barbe en pointe; — d'Asie Mineure, jeunes
et imberbes ; — Arabes, peu de barbe, tête
voilée. » Selon toute vraisemblance, notre
sculpteur a visé les personnages qualifiés
de Romains par l'écrivain du XV" siècle.
Malgré l'obscurité qui semble couvrir
l'origine des deux associés, leur culte re-
monte très haut et parait établi sur des tra-
ditions solides. Ils eurent deux sanctuaires
à Constantinople, le plus ancien élevé par
Théodose 1 1 ; à Rome, outre le vieux titre
diaconal du Campa Vaccino, les saints
Cosme et Damien ont encore imposé leur
nom à deux églises. Les corps et de nom-
breuses reliques à.ç.?,Ajiargyrcs sont vénérés
dans la cité pontificale ; \ç.ux?, sacra pignora
avaient même pénétré à Tours dès le
VP siècle. (■)
Registre inférieur. D'abord un pontife
nimbé, vieillard chauve à barbe courte et
arrondie. Saint Grégoire le Thaumaturge,
O A rPerOPI 0 ©AVMATs, évêque de Néocé-
sarée (Pont), célèbre par ses éclatants mi-
racles, vécut au milieu du 1 1 V siècle ; il
échappa aux bourreaux et, tant chez les
Orientaux que chez les Occidentaux, on
l'honore le 17 novembre en qualité de con-
I. MettoL, t. I, p. 124 et 157 ; III, 147. Martyr., p.664.
Texier, L'architecture byzantine, pi. xxxni. Manuel,
p. 330. Procope, De .^£dif., I, 6. Constant, christ., IV,
p. 121 et 122. Panciroli, ouv. cité, p. 278 à 292 et 855.
Grégoire de Tours, Hist. Franc., X, i et 19 ; Mirac, \,
98. — Une bague byzantine en or, de l'ancienne collection
B. Fillon, porte sur son chaton à facettes la légende :
ArU)(0 ROCMA kAl AAMIIANg 130llfc)(o)I,
entourant un monogramme où M. G. Schlumberger a
déchiffré TPV'l'CDNOC.Le savant byzantiniste croit pou-
voir attribuer au VI" siècle ce monument de la piété de
Tryphon envers les saintsAnargyres. Btilkt. de la Soc.dcs
Aniit]. de France, 1SS2, p. 135, fig. Catal. delà coll. Fillon,
p. 34, n" 39.
O
>
anciens itioitcs sculptés
25
fesseur: ses restes furent inhumés à Néocé-
sarée. Lors du tremblement de terre qui
ravagea cette ville en 503, l'église {•■/m;), où
se trouvait la châsse (Sr/.y,) du bienheureux,
échappa au désastre (').
En dernière ligne vient saint Jacques le
Persan, 0 A IAKÛDBOC O nePCHC. Symé-
trique à saint Sévérien, il a le même costume
et la même attitude que ce dernier: comme
lui, il tient une croix serrée contre la poitrine,
et samaingauche s'ouvre la paumeendehors.
he/ac/es du personnage est étranger, il n'a
rien de commun avecles types gréco-romains
figurés sur le reste du triptyque. Que l'on
examine cette physionomie mélancolique, ce
regard terne, ces cheveux bouclés, enca-
drant le visage et partagés sur un front bas,
ces longues moustaches, cette barbe claire
et bifide . tout caractérise la race slave. Le
saint Jacques de Perse, O A IAKOBAi
nEP:i;n,copiéparDominiquePapety sur une
fresque peu ancienne du couvent à' Ag/im
Lavra (Mont Athos), est également em-
preint du cachet slave qu'accentuent encore
certains détails du costume, tels que la coif-
fure et les bottes molles. Le laconisme
ordinaire du Guide se borne aux termes
vagues « jeune, barbe bifide », mais les mo-
nunlents viennent affirmer que, n'importe
l'habillement, les artistes byzantins em-
pruntèrent toujours à un modèle slave les
traits du grand seigneur perse, qui, après
avoir apostasie, retourna au christianisme
et fut coupé en morceaux par ordre d'Iez-
degherd I", au commencement du V^*" siècle.
Fête le 27 novembre dans les deux rites (").
1. Martyr., p. 7S0. MenoL, t. I, p. 194. Cedrenus, t. I,
p. 358. — Signalement du Guide : « Vieillard, cheveux
frisés, barbe courte. » Manuel, p. 318.
2. Les arts sompt., t. I, pi. Lvni ; t. II, p. 76 : cette
copie est au Louvre. N icépliore Calliste, Hist. eccles., XIV,
20. Meno/., t. I, p. 215. Martyr., p. 803. Manne/, p. 322.
— La reproduction du Ménologe me semble trop fantai-
siste pour que j'invoque son témoignage au sujet du type
de saint Jacques le Persan.
Au centre du revers du panneau central,
surgit une croix à longue hampe, légère-
ment pattée, perlée aux angles saillants et
rehaussée tant aux extrémités qu'au cœur,de
cinq fleurs polypétales qui diffèrent essen-
tiellement de la rose vulgaire. La renoncule
double .s'y montre d'autant plus reconnais-
sable qu'un ornement du même genre est
signalé, dans une église de Rome, sous le
pontificat de Léon IV (847-855) ('). Deux
cyprès accostent l'Instrument du Salut ; la
pointe recourbée de leurs cimes s'incline
vers la renoncule médiane. Un cep de vigne
chargé de raisins enveloppe l'arbre de
droite ; un lierre, caractérisé par son feuil-
lage et ses baies, grimpe autour de celui de
rauche. Au bas, on distinç^ue des arbustes
où nichent des oiseaux, des plantes, des
fruits, des fleurs, une touffe de roseaux ; un
lion repose dans le creux d'un tronc ; un
autre lion guette un lièvre tapi sous les buis-
sons. L'inscription en saillie, IC XC MK.A,
flanque la tête de lacroi.x; au-dessus, un
quinconce de cinq lignes d'asters à six pé-
tales amygdaliformes (oie/les).
L'idée fondamentale du tableau s'expli-
querait au besoin par l'inscription seule : le
triomphe de la croix ; mais la manière dont
cette idée est ici rendue, le galbe du motif
principal et les accessoires qui l'accompa-
gnent, exigent un commentaire développé.
Nos asters sont de véritables étoiles, non
des fleurettes. L'art païen de la décadence
couronne l'image du soleil de rayons amyg-
daliformes, et, au IV" siècle, les verriers
chrétiens cerclent la tête du Christ d'un
I. Et in pergula quje est ante altare suspendit
lilium de argento habens mala de crystallo, et ranuncu-
lum. Liber pontif. n" 527. La virgule, rétablie après cry-
stallo, n'existe pas dans l'édition M igné, mais, le lis étant
mentionné seul au n" 5 28, il me semble qu'on doit con-
clure à la mention de deux fleurs distinctes. J'ignore sur
ce point le sentiment de mon très crudit confrère, M.
l'abbé Duchesne, et je me permets de lui signaler la diffi-
culté.
26
Eeuuc ne l'3rt cïjrcticn.
pareil insigne encore mieux accusé ('). Le
type de notre croix remonte pour le moins
au IV"" siècle; elle est empreinte sur les
monnaies impériales depuis Arcadius jus-
qu'à Justinien II (^). On la rencontre, au V*^
siècle sur l'autel du tombeau de Galla
Placidia, à Ravenne; au VI", sur les
mosaïques byzantines de la même ville
et sur la croix de Justin, au trésor du
Vatican (') : \ eruolpium de la collec-
tion Dzyalinska, à Paris, le reliquaire ç.
dé la Vraie Croix, à Tournai, sont |
établis sur un modèle analogue (*). [^
Toutefois l'un des anciens exemples du
genre, que les proportions relatives
de sa membrure assimilent davantage
à notre objectif, est fourni par une
patène d'argent de la collection Gré-
goire Stroganov, en Russie. La croix,
accostée de deux anges debout dans
l'attitude de l'adoration, repose sur un
disque semé d'étoiles; au bas, quatre
fleuves coulant à travers une prairie
1. Duruy, Hist. des Romains, nouv. éd., t. VII, p. 49,
52, 53. lîg. Garrucci, Pitture veteri, pi. MDCCXIII. Gaz.
archéoL, 1877, p. 83, pi. vill.
2. Voy. Sabatier, Monnaies hyzant.,X. I,pl. iv, 10 ; pi. v
àviii, XXVI et xxix, pass. ; t. II, pi. xxxv et xxxvui.
3. Rohault de Fleury, La Messe, Autels, pi. xxxi.
Ciampini, Vetera vionimenta, t. I, pi. LXV. Bock, Kleino-
dien, pi. XX, fig. 27. Annales archéol., t. XXV et XXVI, pi.
4. Voy. Les Expositions rctrosp. en 18S0, p. 17g et sq.,
pi. VIII, fig. 2. Quant au reliquaire de Tournai, un clichd,
enraciné chez les Belges et un peu aussi en France, lui
attribue une origine mérovingienne. A deu.x reprises, j'ai
fait le voyage de Tournai pour étudier la pièce, on l'a
dessinée et photographiée à mon intention,aussi me crois-
je le droit de rectifier des appréciations passablement
hasardeuses. L'objet, boîte en épaisses lames d'or, a la
forme d'une croix pattée, haute de o'"i4, large de o'"ii5,
non compris le chapelet de grosses perles qui prolonge
l'intégralité du contour ; des perles plus grosses encore,
surgissent à tous les angles saillants ou rentrants. La tête
mesure o"'047 ; les bras, o'"o4i ; la tige, o"'o67. Les deux
faces sont pavées de pierres précieuses multicolores, car-
rées ou arrondies. A lacroisée,d'uncpart un disque d'émail
cloisonné, addition postérieure ; de l'autre, une relique que
garantit un cristal. Le couvercle, emboîté à frottement,
est maintenu par deux goupilles horizontales. A l'intérieur
de la caisse, une cloison étanche suit les parois h la dis-
tance de o'"oo7 ; en outre, à chaque extrémité des bras,
d'autres cloisons déterminent une croisette. Il serait pos-
sible que cette caisse, en dehors de morceaux du Bois
indiquent que la scène se passe dans le Para-
dis Terrestre. Notre illustre maître, M. G. B.
de' Rossi, attribue la patène Stroganov à
l'orfèvrerie byzantine du \TI'' siècle : per-
sonne ne le démentira ('). Deux camées.
Gr~P
G
i?
1 2
I. Croix de l'autel du tombeau de Galla Placidia (d'après Roliault de Fleury).
z. Croix de la patène Stroganov (d'après de 'Rossi).
Sacré motivés par les croisettes, ait renfermé une seconde
croix métallique à l'instar de \cncolpiiim Dzyalinska,
mais je n'oserais le garantir. Assez récemment, une douille
a été introduite dans la tige ; un anneau de suspension
muni de chaînettes a couronné la tête : donc, en dernier
lieu, l'objet se fichait sur un pied quand on ne le portait
pas au cou. Néanmoins je ne serais pas éloigné de penser
que la douille moderne en a remplacé une plus ancienne,
qui s'emmanchait dans une courte hampe. Quoi qu'on ait
dit, le reliquaire de Tournai ne saurait être autre chose
qu'un antique spécimen des croix de bénédiction toujours
usitées chez les Orientaux. Sans manche, nous en trouvons
un original dans la croix dejustin ; une copie, sur les mo-
saïques de Saint- Vital, à Ravenne (fig. de l'évêque Maxi-
mianus).Avec manche, nous aurions les croix de bénédic-
tion du triptyque de la Minerve (Gori, ouv. cité, t. III,
pi. xxvi), prototypes des insignes en bois sculpté garni
de métal, qui proviennent du Mont Athos (Gori, ouv. cité
t. III, suppl., pi. IV ; Bayet, L'art byzantin, p. 273, fig. 8g;
Mitthcilungen der /•. k. central-Comin., t. VI, p. 149, fig. 2).
Rien ici de mérovingien ; forme générale, décor de perles
et de pierreries, sertissure, tout est byzantin sur le reli-
quaire de Tournai.Aux monuments déjà cités en faveur de
ma thèse j'ajouterai les hiérothèques de Constantin, au
\'atican, et de Limbourg-sur-Ia-Lahn (Bock, Kleinodien,
pi. XX, fig. 28 ; aus' m Weerth, Dos Sie^eskretiz). A mon
avis, le reliquaire de Tournai doit être une épave, restée
inconnue, du sac de Constantinople en 1204.
I. Btillet. ifarchéot. chrét., 1871, p. 162, pi. IX, fig. i;
Orig. de Porfcvr. cloisonnée, t. II, p. 364, fig.
anciens itioircs isculptég.
27
aussi byzantins, reproduisent le même sujet;
seulement, le disque n'est pas placé sous la
croix, il la surmonte et il encadre un buste du
Christ. L'une de ces pierres est au Cabinet
des médailles de Paris (') ; l'autre a été dé-
couverte par M. G. Filimonov sur un calice
de la cathédrale, dite de l'Assomption, à
Moscou : on y lit distinctement : CKÇnH
APONTIOV (protection de Léonce) {').
Evidemment l'auteur du triptyque a
exécuté une variante du thème ci-dessus.
En haut, le firmament semé d'étoiles ; en
bas, des animaux, des végétaux, des plantes
aquatiques qui sous-entendent la présence
des fleuves sacrés : un tel ensemble carac-
térise assez convenablement l'Éden pour
qu'il n'y ait pas à s'y méprendre. Mais
pourquoi deux cyprès inclinés remplacent-
ils sur l'ivoire les anges de la patène et des
camées ? Que signifie une pareille substi-
tution ? Quel symbolisme l'inspira ?
Le cyprès et le cèdre furent toujours en
vénération chez les Orientaux ; le premier
ombrage encore aujourd'hui leurs cimetières.
La Bible offre plusieurs comparaisons tirées
du cyprès et du cèdre (^). Les anciens
Perses ont sculpté le cyprès associé au
àaofna sacré sur la rampe du grand escalier
de Persépolis ; ils plantaient un de ces coni-
fères pyramidaux au centre des paradis
ou jardins des résidences royales (■'). Au
point de vue chrétien, la Préface delà Pas-
sion du missel romain s'exprime ainsi :
1 . Chabouillet, Catalogue, n" 261 . Ce camée est ané-
pigraphe.
2. Moniteur de la Soc. de Part antique russe, 1874,
p. 60. Bull, darch. chrét., 1875, pi. X, fig. 2 ; 1876, p. 76.
3. Cant. catitic, V, 15. Ecclesiastic, XXIV, 17 ; L, 11.
4. Flandin et Costa, Voy. en Perse, pi. .\cvni. —
Les paradis orientaux sont mentionnés clans plusieurs
ouvrages de Xénophon, dans le livre d'Esther, I, 5, et par
Ndliifmie, II, 8. Relativement au cyprès, voy. Al. de
Humbold, Cosmos, trad. franc., t. II, p. 113; Lajard,
Méin. de VAcad. des Inscr., nouv. sdrie, t. XX, part. 2,
p. 129 et sq. ; Tuch, Comment, uehcr die Genesis, 2' édit.,
p. 53 et sq.
Detis qui salutem humani generis in ligno
crucis constitîiisti, tit nnde mors oriebatur,
inde vita resurgeret, et qtci in ligno vincebat
in ligno qtwqtie vincerettir. Cette allusion à
la faute de nos premiers parents, commise
au sujet d'un arbre, effacée par un autre
arbre, se trouve déjà dans le Sacramentaire
de saint Grégoire le Grand : Qui per pas-
siotiem criicis fnundttm redeviit, et antiquœ
arboris aniarissimum gtistu^n crticis medica-
viine indulcavit, viorteinqzie quœ per lignum
vetitmn venerat, per ligni trophcsum devi-
cit ('). Saint Jean Chrysostome avait dit
auparavant : « Le premier bois a introduit la
mort, car la mort est venue après la faute,
mais le second nous a donné l'immortalité ;
l'un nous chasse du paradis, l'autre nous
ramène au ciel ('). » La même antithèse
reparaît encore ailleurs dans les écrits des
Pères grecs ou latins (-').
L'opinion, généralement acceptée par les
exégètes modernes, distingue deux arbres
plantés au milieu du ParadisTerrestre. Cette
distinction, que saint Jean Chrysostome et
saint Augustin avaient admise (^), est as-
surément conforme au texte sacré: Lignum
etiavi vita in viedio paradisi. lignuiiique
scicntiœ boni et mali {^). Dans son tableau
1. Préface de l'Invention de la Sainte Croix, Opéra
t. III, p. 86, in fol., Paris, 1705.
2. ^yjS-j') zi lùlo-j OzyxToy EKiL'7-r,yxyî • jUîrà yxp
T7]iJ TZxpy.cxfTLV 6 Ox'jxzoi ïminf^-vj , xû.x to-jto r/jy
àSavâffiav ïyjxplcoiTo • ïy.tlvo -xpxèû'joii ïikoxlXz.
roGro si; ouox^j'j-jz, r,:j.xç, xvr,yxyi. Homil. XVI, in capit.
III Genesis ; Opéra, t. IV, p. 132, in-fol., Paris, 1721.
3. -Saint Cyrille de Jérusalem, Catechesis XII, p. 198,
in fol., Paris, 1720; saint Jean Chrys. Homil. de cœmet. et
cruce, t. II, p. 400, éd. cit.; saint Grégoire le Grand,
Expos, super cant. cantic, c. vu et viii, t. III, p. 452 et 458,
éd. cit.; saint Augustin, Tract. I, in Johanneni Evang., c. i.
4. Kai zh îùloy r/;; '^or,i ïv lAn'.i zvj uxpx^îi'jvj,
y.x\zol;J'kov zo-j îidlvxi yyr.-xjzbv xx/.o-j /.xi -.o-jr,(,o-j.
Homil. XI II, in capit. II (îenes. C'est le texte même des
Septante. Lignum autem vit;ie plantatum in medio para-
disi... signiticat... Ligno autem scientiae boni et mali...
significatur. De Genesi, contra Manich. !. II, c. 9.
5. Gènes., II, 9.
28
IRcuue De l'art chrétien.
de la croix triomphante au centre de l'Éden,
notre sculpteur a-t-il exactement suivi la
Genèse telle que les Pères, dont j'invoque
le témoignage, l'ont comprise ? Au cas affir-
matif, le cyprès de droite, entouré de la
vigne féconde ('), serait le lignum vitœ ;
celui de gauche, avec ses baies impropres à
la nourriture de l'homme, le ligmim scientiœ
bojii et malt. Use pourrait néanmoins que
l'artiste, fidèle à la symétrie, eût dédoublé
le second arbre et placé le bien à droite, le
mal à gauche (^).
L'exemple qu'offre l'ivoire Harbaville
n'est pas unique; d'autres, à Constantinople,
ont traité le même sujet, et chacun l'a rendu
à sa manière. Au revers de la célèbre
hiérothèque de Limbourg-sur-la-Lahn, œu-
vre capitale du X*" siècle, exécutée par
l'ordre de Constantin Porphyrogénète, l'or-
fèvre a ciselé une croix pommetée, perlée
aux angles saillants, et reposant sur un gra-
din de quatre marches en retrait. Deux
étoiles identiques à celles de notre monu-
ment flanquent la tête; deux longues feuilles
d'acanthe, élégamment recourbées, s'é-
chappent en accolades de la marche supé-
rieure; au dos d'une autre hiérothèque by-
zantine en métal (XI^ siècle, église de
Jaucourt, Aube), une croix analogue à celle
de la patène de Stroganov est comprise
entre deux touffes d'acanthe, et les sigles
IC XC accostent la tête (-'): l'intention des
1. Ego quasi vitis fructificavi suavitatem honoris, et
flores mei fructus honoris et honestatis. Kcclesiastic,
XXIV, 23. Uxor tua sicut vitis abundans in latcribus do-
mus tuœ. Ps. CXXVII, 3.
2. D'autres explications pourraient être fournies. Le
bon larron et le mauvais (saint Cyrille, loc. cit.) ; Eve,
puisque la Sainte Vierge forme sur le triptyque la contre-
partie du cyprès vitifère (saint Jean Chrys., Hom. de cœin.,
loc. cit.) : mais alors, l'arbre entoure de lierre symbolise-
rait Adam, dont je ne saisis pas les rapports avec saint
Jean- Baptiste. A cette note, bien entendu, je n'attache
aucune importance ; elle ne vient ici que poui mémoire.
3. Gaussen, PorlefcuilU an/u'ol. de la Champa_^ne,
ORFÈVRERIE, pi. III. E. aus' m Weerth, Das Siegeskreu:,
pi. III.
arbres paradisiaques perce ici sous un motif
emprunté à la flore hellénique. En fait de
types végétaux, les Byzantins poussèrent
très loin la fantaisie; leurs monnaies et leurs
sceaux, tant au X" siècle qu'au XI*", varient
le thème de l'hiérothèque de Limbourg, tout
Revers de 1 hiérothèque de Limbourg-sur-la-Lahn.
(D après aus'm Weerth.)
en demeurant fidèles à une donnée primor-
diale ('). Sur une mosaïque de Sainte-
Sophie, à Thessalonique (VP' siècle), la
I. Sur une monnaie de Justinien II (685-711), la
croix à trois degrés est accostée de deux branches de
laurier issant d'un porte-bouquet. .A.u X" siècle, des pal-
mettes ou des feuilles en crochets remplacent le laurier
auprès de semblables croix ; au XI% les volutes se fleu-
ronnent; au XIII% sous les empereurs latins, les degrés
sont omis, mais l'accolade végétale persiste,plus ou moins
grossièrement rendue : l'idée symbolique était sans doute
alors oubliée. 11 est toutefois certain que, dans l'iconogra-
phie de la période romaine, les plantes à volutes fleuron-
nées représentaient de véritables arbres. Voy. Sabatier,
Monn. byzanl., t. II, pi. xxxvu, 12, LVlll, 15 à 17 ;
G. Schlumbergcr, Sc-eaiix c'/t -plomb des chefs iiianglavites
à Bycance , ap. Antt. de la Soc. franc, de nnmism., 1882,
pi. II, I ; Sceau.v de ploiidi inéd. des fouet, pro-'., ap. Rev.
arcliéol., juin 1883, pi. xi, 26 ; Méiii. de la Soc. des Ant.
de France., t. XLIV, Le Christ., la Vierge et les Saints,
etc., tirage à part, p. 8, fig. ; Clarac, Musée de sculpt., t. II,
pi. cxxvill, n° 172, sarcophagî du Louvre, n" 421. La
croix pattée, fichée sur un disque et coinprise entre deux
branches de feuillages, caractérise encore le revers des
monnaies du négous Armah (644-658) roi d'Ethiopie.
Revue nnmism., nouv. série, t. xiii, pi. ii, 7, et ni, 8.
anciens itioircs sculptes
29
Vierge est accostée de hautes plantes, imi-
tations altérées du haoma perse; des oliviers
ou des cyprès (?) surgissent entre les anges
et les Apôtres qui se développent autour de
la coupole, à la suite de Marie. Le sujet du
tableau est l'Ascension ; les personnages de
l'étage inférieur sont donc absolument ter-
restres, et les haoma de la nouvelle Eve font
allusion à l'Eden, opposé au paradis céleste
dont le Christ vient de rouvrir l'entrée à
l'humanité déchue (').
Au XI'^ siècle, la croix figurée sur les
triptyques et les tablettes d'ivoire conserve
la silhouette des époques antérieures; le
pommetage persiste, mais l'accessoire édé-
nique et les étoiles disparaissent. Tantôt le
champ reste complètement vide (''), tantôt
il offre une simple rosace en bas et, aux côtés,
l'acclamation significative ICTX^C NHCA. (^).
Je ne puis passer sous silence une autre
variante de notre sujet, peinte au X'-
Xl'sièclesur le y//6'/Wi9^<?de Basile II. Saint
Timon, l'un des sept diacres delà primitive
Église, est représenté debout sous une triple
arcature ; chaque baie latérale encadre un
cierge allumé, accosté de deux cyprès incli-
nant vers lui leurs cimes aiguës [*). Il n'y
a pas d'erreur possible : le cierge, remplaçant
la croix, symbolise comme elle le Christ
qui est la véritable lumière. Le cierge rap-
pelle les fonctions du diacre chargé d'an-
noncer l'Évangile, où le Sauveur est qualifié
1. Texier, L'arch. bys., pi. XL.
2. Gori, ouv.cité. t. III, pi. ,\xvii, triptyque de la Mi-
nerve ; pi. XXI, panneau de Lucques.
3. Triptyque du Cabinet des mddailles à Paris (Cha-
bouillet, Cillai., n° 3269). La face a été publiée par Ch.
Lenormant, Didron et M. Bayet ; le revers est inédit :
j'en dois un dessin très exact au talent de M. de Latour,
Altaclié au Département des médailles. Je saisis cette oc-
casion pour remercier mon vieil ami A. Chabouillct,
M. de Latour et M. Omont, Attaché ;\ la section des
manuscrits, .^ la Hibliotlicque nationale, de l'obligeance
toute particulière qu'ils ont mise ^ me communiquer les
trésors confiés à leur garde.
4. T. 11, p. 69.
de lumière (') ; le cierge rend palpable la
comparaison de saint Augustin : Cj'îix
Christi est inagjiiini candelabriim. Qui vult
hicei'e non erubescat ligneo candcUibro ('').
Tout cela est si rigoureusement juste, que
le Christ lui-même
trône, entre deux cyprès
inclinés, sur un émail
byzantin de la couronne
royale de Hongrie (^\
Ce dernier exemple
n'est pas isolé. Deux
assez médiocres pan-
neaux byzantins en
ivoire, à St-Ambroise
de Milan (Xle — XII^
siècle), offrent une série
de tableaux évangélis-
tiques, parmi lesquels
on distingue le Christ
debout entre deux cy-
près, la cime abaissée
vers sa personne divine.
fiamDeau allume entre deux \ * j j o
cyprèsinciinés.cDaprèsieMé- Aux pieds du Sauveur,
noioge de Basile II.) -^ drolte et à gauchc, un
homme et une femme (les donateurs?)
prosternés; légende : TO XgPGTG (pour
■/yXrji ou iyatpî-io-aô;, la salutation). D'après
mon érudit correspondant de Rome, M. le
commandeur Ch. Descemet, un émail li-
mousin du XlVe siècle, au Musée chrétien
du Vatican, représente le Crucifix accosté
de deux hauts arbres tortillés. Une autre
modification du thème ci-dessus se voit au
trésor de la cathédrale de Ravenne. Le
médaillon central de la croix d'argent, dite
de saint Agnellus (Vie siècle), figure, au
1. Lumen ad revelationem gentium. S. Luc. II, 32.
Lux vcra qu;v; illuminât omnem hominem. S. Jean, I, 8.
2. Scrmo CCLX.XI.X, m, in natali Joh. Bapt.
3. Bock, KUin.Miicit, pi. X\I. Ûrig. de Porfivr. dois.,
t. I, p. 328, pi.; Essenwein, KuUurhist. BildcratUis, pi.
XXXIV, fig. 6; Mittluil. t. II, p. 202, tig.; Labarte, Hist.
des arts imiustr., t. II, p. 92, l''-' éd., etc., etc.
Flambeau allumé entre deux
1885. — 1^*^ Livraison
30
îactjuc De rart chrétien.
revers , la \"ierge en Orante , debout,
flanquée de deux cyprès ('). Je pense
que les arbres paradisiaques ont bien été
visés sur le monument de Ravenne, mais
comme j'ai lu ailleurs que l'if, le cyprès
et tous les conifères à verdure persis-
tante, symbolisaient la vie future, mon
opinion est émise à un état purement
hypothétique.
Le triptyque, au revers de son panneau
central, nous a montré, sous une forme
symbolique, le triomphe du Christ sur la
terre. Le Sauveur glorifié dans le ciel et son
cortège de bienheureux, tous en personne
naturelle, occupent les autres parties du mo-
nument : Précurseur, Mère, Apôtres, mar-
tyrs, docteurs, confesseurs, s'y groupent
autour de la majesté du Divin Maître. Ce
thème, varié suivant les exigences du cadre,
apparaît sur les mosaïques de Thessalonique
et de Ravenne, mais il est bien antérieur
au Vl" siècle, car on le rencontre, à la fin du
IV^ sur un grand tableau d'ivoire en cinq
pièces, jadis à l'abbaye de Saint-Michel de
Murano, aujourd'hui au musée de Ravenne.
Au sommet, plane la croix encadrée d'une
couronne que soutiennent deux anges, sui-
vis par les archanges Gabriel et Michel,
l'un à droite, l'autre à gauche. Le panneau
latéral, correspondant à Gabriel, offre la
Guérison de l'avensfle et la Délivrance du
possédé ; l'autre panneau symétrique, la
Résurrection de Lazare et le Paralytique
emportant son lit. Au bas, Jonas sous le
figuier, puis jeté à la mer. Au centre, le
Christ imberbe, sans nimbe, assis sur un
trône, accosté de saint Paul et de saint
Pierre barbus ; derrière le Christ, deux
assesseurs imberbes : le dais à colonnes,
I. Gori, ouv. cité, t. III, pi. xxxil, 4= compartiment
du 2" punudau. C'\a.mp\n'i, Vt'/era monù/i., t. II, pi. Xiv, 1. B.
Cette gravure est très mauvaise ; j'aime mieux renvoyer le
lecteur aux photographies de Ricci, qui sont bonnes et
d'un prix relativement minime.
qui abrite la composition, est flanqué de
croix pattées à longue tige. Au-dessus, la
scène des Trois jeunes hommes dans la four-
naise, secourus par un ange (').
En comparant l'ivoire de Ravenne au
triptyque d'Arras, on reconnaît immédiate-
ment que l'ordonnance générale du second
a été inspirée par une œuvre analogue au
premier. Ce premier lui-même ramène droit
à d'anciens diptyques, où un magistrat, soit
consul, soit fonctionnaire, se présente ac-
costé de personnages allégoriques, ou réels.
Parmi les monuments de la dernière caté-
gorie, un, entre autres, rappelle si bien le
panneau central de notre agiothyride que
leur affinité n'est guère discutable. Le dip-
tyque en question appartient à la biblio-
thèque royale de Berlin, et il remonte
assurément à l'aube du IV"" siècle. Sur cha-
cun des feuillets, divisés en deux registres,
on voit un vicarms tirbis Ronia, Rufius
Probianus, assis, flanqué de deux notarii
debout ; le registre inférieur comporte deux
avocats, également debout et plaidant avec
chaleur. Les sièges, à dossier arrondi et
double gradin, sont exactement pareils. Les
personnages correspondants diffèrent d'atti-
tudes; ils ont, les avocats en particulier, un
mouvement qui eût été peu compatible avec
le style religieux du triptyque : mais il en
est autrement du magistrat. Probianus,
drapé dans sa toge, va prononcer une sen-
tence; sa main droite levée semble bénir à la
manière latine ; sa main gauche tient un
volnnien appuyé sur le genou. Serrez davan-
tage les plis des vêtements, modifiez légè-
rement la position de la main gauche, ajoutez
un nimbe et une barbe, vous aurez une figure
encore plus proche parente du Christ d'Ar-
ras que celui de Murano. L'assimilation ne
va pas au delà du premier feuillet; le second
I. Gori, loc. cit., pi. wiU;\We%i\\ood, Catal. o/the fictile
ivorics in tlic Soutli Keiisim^ton Muscuiii, p. 50 et 360.
anciens itjoires sculptés.
31
montre Probianus déroulant un volumen où
on lit des félicitations à son adresse. Quant
aux avocats, le triptyque leur substitue les
plus hauts dignitaires de la cour céleste
Premier feuillet du diptyque de Rufius Probianus.
(D'après W. Meyer.)
eux-mêmes,secrétaires infaillibles et avocats
sans partie adverse (').
Jusqu'à ce qu'on fasse quelque découverte
contradictoire, Il me semblera démontré
que les Byzantins empruntèrent à Rome,
et non à leur propre fonds, la conception
I. W. Meyer, Zwei antike Elfcnbeintafehi der lUhlio-
t/tek in Miinchen, pi. il (les deux feuillets). IVestwooii,
ouv. citd, p. 13, n" 39-40 : une petite gravure reproduit le
second feuillet.
originelle de l'agiothyride Harbaville et de
ses répliques (').
L'hiérothèque de Limbourg-sur-la-Lahn
offre le thème de notre ivoire, modifié selon
les exigences du cadre et de la destination
du meuble. Au couvercle, un échiqueté de
neuf cases : case centrale, le Christ trô-
nant ; cases latérales, à droite le Précurseur
et l'ange Gabriel, à gauche la Vierge et saint
Michel. Les noms des personnages étant
inscrits à côté d'eux, nous connaissons
maintenant la qualité et la position respec-
tive des bustes anépigraphes d'esprits cé-
lestes qui flanquent la tête du Christ sur le
triptyque Harbaville. Cases supérieure et
inférieure, douze figures appariées: en haut,
saint Jacques et saint Jean l'Evangéliste,
saint Paul et saint Pierre, saint André et
saint Marc ; en bas, saint Matthieu, saint
Philippe et saint Simon (=). A l'intérieur,
d'insignes morceaux du Bois Sacré, disposés
en croix cantonnée des neuf chœurs d'an-
ges ('). Tout ce décor est émaillé : le re-
vers, complètement métallique, a été décrit
plus haut. Supprimez l'encadrement de la
relique, il restera la variante du panneau
majeur, face et revers, de l'ivoire Harba-
ville.
L'agiothyride de la bibliothèque du
couvent de la Minerve, à Rome, déjà men-
tionnée incidemment, constitue une autre
1. Deux peintures des Catacombes offrent une cer-
taine analogie avec le diptyque de Probianus. D'abord,
dans un arcosolium^ le Christ assis et enseignant le
codex en main ; il est flanqué de deux apôtres debout, et
de capsœ pleines de volumina. Un autre arcosolium montre
un magistrat, vohtmen déployé en main, et dans l'action
de prononcer une sentence. Ce personnage a pour siège
une espèce de sella posée sur un sugi^estiim. De chaque
côté, un notarius, ''oliiinen déroulé; en avant un jeune
homme, les bras étendus, probablement un chrétien con-
damné à mort. Bosio, Ronia soltcrranea, p. 565 ; Cahier,
Caract. des Saints, p. 782 ; .\ringhi, Roiiia subterr. noviss.
t. II, p. 213, fig. 2, p. 329,tîg. 2.
2. Das Siegeskreus, pl. I. Ann. archéol., t. XV'II, pi. à
la p. 337; Bayet, ouv. cité, p. 215, fig. 71.
3. Das Siegeskrein, pl. il.
32
Clctjue te rsrt chrétien
variante de notre objectif. Mêmes volets,
sauf de notables changements introduits
dans le costume des figures, et la substitu-
tion de légendes grecques aux bustes des
zones intermédiaires. Le registre inférieurdu
tableau central reproduit les cinq Apôtres,
tels que nous les voyons à Arras ; le supé-
rieur montre le Christ debout entre le Pré-
curseur et la Vierge : aucune trace d'ansfes.
Sur le bandeau de séparation, on lit une
inscription métrique où un personnage
nommé Constantin demande au Christ
et aux bienheureux d'être délivré de toutes
maladies. Si le donateur de cet ex-voto est
un empereur, on aurait le choix entre Cons-
tantin X, le célèbre Porphyrogénète {913-
959), Constantin XI (976-1028), Constantin
Monomaque( 1042-1055), Constantin Ducas
(1059-1067). Malgré la défectuosité des
planches de Gori, on sent que l'ivoire de la
Minerve ne donne pas la note caractéris-
tique du grand style encore dominant au
X" siècle. L'ex-voto pourrait s'attribuer à
Monomaque, dont il existe une couronne
émaillée au musée de Budapest, bien que
les proportions des figures ne s'accordent
guère sur les deux monuments. Néanmoins,
qu'il émane d'un souverain ou d'un simple
citoyen, je crois que le triptyque de la
Minerve date du milieu du XI"" siècle ; les
paragaudce et les calliculœ des tuniques, le
costume civil, hormis l'épée, des saints de
la classe militaire, me dictent une appré-
ciation dont je n'oserais toutefois garantir
l'exactitude (').
I. Thés. vet. dipt., t. III, p. 233 et sq., pi. xxvi et
XXVII ; Mamachi, Orig. et antiq. christ., t. V, part, i,
1. IV, c. 2, § 5; Westwood, ouv. cité, p. 351 à 353 : une
note rectifie la lecture fautive des inscriptions données
dans l'ouvrage de Gori. Toutefois, ce dernier auteur, que
M. Westwood oublie de citer, a publié un monument
complet dont le tableau central, face et revers, est exacte-
ment décrit par le savant anglais sous le n° i des ivoires
de la Minerve. Le n° 2 reprend les volets comme feuillets
d'un diptyque {sic), « apparemment du même artiste que
III.
Revenons, pour ne plus l'abandonner,
à l'ivoire Harbaville. Son battement est
orné d'une guirlande de feuillages imbriqués,
issant, aux extrémités comme au centre, de
bouquets d'acanthe : ce motif relève de l'art
classique. Les nimbes sont bordés d'un filet
de perles que cercle un trait au vermillon
(sac}'u>ii incmtstiun); la même couleur rem-
plit le creux des légendes gravées. Des
traces notables de dorure permettent d'avan-
cer que tous les reliefs, hormis les carna-
tions, ont été recouverts d'une couche
métallique disparue sous les effortscombinés
de la potasse et du chiffon ('). Une fente à
l'angle supérieur droit du panneau central,
la perte des baguettes rapportées sur la
face des volets, d'insignifiantes éraflures,
sont, avec l'enlèvement de la dorure, les
seules avaries que l'objet ait eu à subir.
L'affinité des bandeaux avec la bordure
de l'hiérothèque de Limbourg est palpable.
Deux importants détails nous arrêteront en-
core : le trône du Christ et la garde des
épées.
Un trône à dossier évasé en forme de
lyre semble débuter au V^ siècle ; on l'a
figuré alors sur les mosaïques de Sainte-
Agathe Majeure, à Ravenne. Nous retrou-
vons ce genre de cathedra sur une mo.saïque
de Sainte-Sophie de Constantinople, attri-
buée à Basile I"; sur les monnaies du même
empereur et de ses successeurs, jusqu'à Jean
Zimiscès (969 à 976) : alors un nouveau
siège à dossier rectangulaire surgit à côté
le n'' précédent. » Ces volets, je les reconnais parfaitement
sur les planches de Gori ; le triptyque, je l'ai récemment
appris, aurait été démembré depuis le siècle dernier.
I. Cette destruction de la dorure serait un nouvel ar-
gument h produire en faveur de la circonscription où j'ai
voulu cantonner le triptyque depuis son arrivée d'Orient.
En Artois et en Flandre, on récurait les œuvres d'art,
tableaux et autres, absolument comme des casseroles.
ancicn0 itioircs sculptés.
33
du dossier à montants courbes, qui s'éclipse
après Nicéphore Botaniate ('). Le type du
trône, à dossier arrondi par le haut et à
montants rigides, doit être plus ancien ; on
l'a déjà vu, au IV'^ siècle, sur le diptyque de
Probianus ; le siège épiscopal de Maxi-
mianus, à Ravenne, en fournit un exemple
au VI'' (^). Quant au trône de modèle
analogue, mais à colonnes cylindriques ou
carrées, sommées d'un appendice, il se
montre à Byzance vers la fin du IX^ siè-
cle (5) ; je le rencontre, au milieu du
X^, presque absolument pareil à celui du
triptyque Harbaville, sur le couvercle de
l'hiérothèque de Limbourg. Au X'^-XP, la
mode en semble abandonnée ; on ne le voit
plus ensuite qu'en répliques modifiées au
goût du jour (■•). L'ivoire des XL Martyrs,
au musée de Berlin (=), l'émail de la cou-
ronne de Hongrie, n'attribuent au Christ
qu'un simple tabouret, sella.
La garde des épées mérite toute notre
attention. Le I.iy-'^ g'^'^c et le gladms romain
manquent de garde saillante ; un simple
arrêt transversal limite le bas de la poignée.
Ce type persiste au V" siècle (*) ; à partir
du X'-XP, il devient très rare chez les
Byzantins qui, alors et aux temps posté-
rieurs, n'usent plus que des gardes recti-
lignes, unies ou pommetées, déjà connues
1. Voy. Ciampini, Vct. monùn. t. I, pi. XLVI ; Labarte,
Hisi. des arts induslr., Album, pi. CXVIII ; Sabatiei-, Mann,
byz., t. II, pi. XLIV et sq.; Willemin , Mon. fraiii;. iiu'd.,
pi. XL; Bayet, ouv. cit., p. 169, fig. 53.
2. Agnelli, Li/>. pontif., t. 11, App. pi. à la p. 138; H.
\i!eKs,k'ostiîmhiiide, Mitlclalter, p. 152, fig. 73; A. Essen-
wein, KuUurhist. Bi/d., pi. xii, fig. 10; Du Sommerard,
Les arls au Moyen-âge.
3. Willemin, ouv. cité,pl. xu et xiv.
4. Voy. d'Agincourt, ouv. cit., PEINTURE, pi. LXXXV,
I, et cvi, 12; Triptyque du Vatican, ap. Gori, loc. cit.
5. Gori, Thés. vet. dipt., t. III, Supp!., pi. xi. ; W'est-
wood, ouv. cité, p. 74, n" 166.
6. Diptyque d'.\oste, AVî'. archéoL, nouv. série, t. V,
p. 161, pi.; Dipt. de Monza, ap. Gori, t. II, pi. vu ; Anii.
archéoL, t. X.XI, p. 225, pi.; Labarte, ouw cité, .-Mbum,
pi. n.
longtemps auparavant ('). La garde à an-
tennes recourbées en croissant dont les
pointes, amorties par des sphérules, s'abais-
sent et adhèrent presque au fourreau ;
l'écusson qui surgit au milieu et maintient
strictement la lame dans sagaîne: tout cela
est essentiellement oriental. Pour trouver
un modèle semblable aux poignées du trip-
tyque Harbaville, j'ai dû recourir à l'Inde
plus ou moins moderne (") ; mais, n'im-
porte son lieu d'origine, la garde en question
exista chez les Arabes, où des armes du
XV'' siècle nous la révèlent sous quelques
altérations nécessitées par la richesse du
décor (').
1 2 3
Poignées d'épées.
I, Triptyque Harbaville; z, Inde; 3, Boabdil.
Les remarques ci-dessus induisent à pen-
ser que la garde lunaire à quillons abaissés
ne fut à Byzance qu'un caprice de mode, et
que cette mode, importée de l'Orient vers le
X" siècle, n'eut qu'une très courte durée;
1. Menai., pass. ; Labarte, ouv. cité. Album, pi. LXXXV
et LXXXVI ; Gori, t. III, pi. xxiv; Les ar/s. sompt., t. I,
pi. LVII à LX. Je néglige l'épée de Childéric, jusqu'ici
fautivement restituée ; les éléments de cette arme seront
remis à leur place véritable dans un prochain fascicule du
Glossaire A^ M. Gay.
2. Voy. Wilbraham Egerton. An illustrated handbpok
of indian arms, pi. III, fig. 7 ; Coll. de Tzarkoé Sélo.
Antiq. de la Russie.
3. L'épée, dite de Boabdil, h V Artneria real de Madrid,
Mag. pittor., t. -X.Wl 1 1, p. 376, fig.; l'épée donnée par le
duc de Luynes au Cabinet des médailles de Paris. Cette
dernière est inédite, mais, pour aider mes souvenirs, M.
Ch. Cournault a bien voulu m'otTrir un calque de son ex-
cellent dessin.
34
iRcDue De rart cbtétien.
essayons de fixer l'époque de son introduc-
tion épisodique.
L'empire grec, toujours en rapports quel-
conques avec les Perses, dut suivre la môme
ligne de conduite à l'égard des Arabes leurs
successeurs. Les chances de la guerre ont
certainement amené des armes arabes à
Constantinople, mais, si léger que soit un
peuple, le prix du sang versé ne s'infiltre
guère dans ses usages, surtout quand ce
prix ne résulte pas d'une suite ininterrom-
pue de victoires. La paix, mère de l'industrie
et de la prospérité, favorise au contraire
une réciprocité d'échanges entre voisins,
aussi demanderai-je le mot de l'énigme aux
événements pacifiques qui mirent en contact
la Grèce et l'Islam aux alentours du X"
siècle.
Théophile (829-842), au milieu de grands
revers et de moindres succès, envoyait à
Bagdad son précepteur, Jean le Syncelle :
dans ce voyage, Jean récolta sur l'art mu-
sulman des idées qu'il tâcha d'inculquer à
ses compatriotes ('). Constantin X, en 936,
conclut aussi, à Bagdad, la paix avec le calife
abasside Kaher-Billah ; en 946, le même
empereur recevait, à Constantinople, une
ambassade arabe, à qui l'on fit le plus
brillant accueil, et qui dut laisser une trace
profonde dans les esprits. Les minutieux
détails qu'enregistre l'historiographe de
la réception, les termes caressants, flloi
ly.rjy.y.iyoi, qu'il affecte d'employer, la pompe
du cortège, le luxe étalé dans les apparte-
ments impériaux, les jeu.x du cirque célébrés
en l'honneur des étrangers, prouvent l'im-
portance capitale attachée par la cour de
Byzance à la visite de ces fils de Mahomet.
La princesse russe, Olga, qui vint ensuite,
ne fut pas aussi magnifiquement traitée ('').
1. Vie de Théophile, c. 9.
2. Sabatier, Monn. byz., t. II, p. 121 ; Constantin Por-
phyr., De cœrem. auiœ byz., I. H, c. xv, p. 329 et sq., éd.
Reiske.
Les oisifs et les industriels de la Corne
d'Or n'avaient guère l'habitude des nobles
arabes, dont la tenue et les armes excitèrent
assurément leur curiosité; l'art, mis en éveil,
s'empara de ces dernières dans un but sans
doute plus spéculatif que pratique, autre-
ment il serait resté davantage qu'un échan-
tillon isolé. Quoi qu'il en soit, je pense que
notre poignée à garde exotique est un
souvenir éphémère de l'ambassade de 946.
Les vêtements fournissent moins d'induc-
tions certaines ; ne les négligeons pas ce-
pendant. Du Christ et des Apôtres, il n'y a
rien à dire; ils sont empreints de la tradition
classique admise de tout temps. Le Précur-
seur est un moine oriental ; la Vierge a
\ indumetttum tanagrien : l'art byzantin les
fiofure ainsi dès son origine, et il ne les figfu-
rera jamais autrement. La chlamyde lati-
clave, ample et majestueuse, se montre dès
le VI" siècle à Saint-Vital de Ravenne; au
commencement du X*", elle est telle que nous
la voyons sur le triptyque; vers la fin de la
même période, elle étriqué déjà ses plis (').
L'équipement de nos guerriers diffère peu
des types du X' et du XP siècle, mais, autant
les premiers se distinguent par leur élégante
désinvolture, autant les seconds sont lourds
ou mal bâtis (-). La coupe des pontijïcalia
est bien établie à Saint-Vital; Maximianus
y offre, sous un aspect très large, la forme
qu'une miniature de la dernière moitié du
IX' siècle (Bibliothèque nationale de Paris)
attribue au cidtus episcopalis des saints doc-
1. Labarte, ouv. cité, Album, pi. Lxxxii et Lxxxill. —
La chlamyde courte, drapée sur les épaules, appartenait
au costume militaire; la longue, au costuine civil. Deux
figurines de Tanagra (collection G. Bellon, à Rouen),
montrent, au IV*" siècle avant notre ère, des exemples de
chlamyde longue, mais sans tablion. D'abord un jeune
guerrier debout, cuirassé, la tlwlia pendant sur le dos; sa
chlamyde blanche descend presque jusqu'à la cheville. En
second lieu, un éphèbe assis, coiffé de la tholiu; sa chla-
myde rouge, très ample, l'enveloppe de la tête aux pieds.
2. Labarte, ibid., pi. LXXXV et LXXXVI ; Menol., t. II,
p. 172.
anciens itioircs sculptés.
35
leurs grecs. L'auteur du triptyque interprète
cette forme avec moins de raideur, notamment
dans Xépitrachélion; la peinture le fait tom-
ber droit, la plastique le retrousse sur le
bras en le confondant avec les plis de la
chasuble. Du reste, le Métiologe fourmille
de fantaisies en matière d'épitrachélion,
aussi je soupçonne les artistes postérieurs
à Basile I'-''' d'avoir négligé l'étude d'un in-
signe épiscopal, simple accessoire à leur
point de vue (').
La normale classique de la longueur du
corps humain varie entre 7 et 8 têtes; le
VIII'' siècle monte jusqu'à g; le IX' donne
7 et 8; au X" on trouve 6)^ et 7: ensuite
l'effilement tend à s'accentuer de plus en
plus. La moyenne du triptyque, étant de 6 i^,
s'accorde parfaitement avec les proportions
du X" siècle.
Le système paléographique de notre
monument conclut encore au X" siècle.
Mélanofe d'horizontal et de vertical, la
disposition des légendes est conforme aux
usages épigraphiques de cette période.
L'UJ très ouvert apparaît déjà, au 1 1" siècle,
sur les monnaies impériales d'Égype. Ce
même caractère et le U que l'on rencontre
dès la fin du III"" siècle sur les inscriptions
de Salone ("), le ^ à base prolongée,
l'ancienne abréviation terminale en S,
appartiennent aussi à l'alphabet de l'hiéro-
thèque de Limbourg. Les mêmes types se
montrent certainement aux temps ultérieurs,
mais alors les formes sont en général plus
maniérées, l'orthographe est moins correcte.
En outre, XoDu'ga, sous les deux aspects
ii et LU mélangés, ne se trouve que sur les
bulles de plomb byzantines des \'I1'' et
VI II" siècles, et sur les disques d'or de
même nationalité, découverts à Koniah
1. Bayet, ouv. cité, p. 157, fig. 46. Les arts sompi.,
pi. XXIX ; MenoL, t. I, p. 8 à 116, pass.; t. II, pass.
2. Feurirdent, Niimis. de P Egypte anc. ; Domin. rom.
Miti/ieiL, 1878, p. LXXXI, n" 21"; LXXXIl.
(Iconium de Lycaonie) ("). Les lettres
conjointes M et E de Mépouoioç exhalent
aussi un parfum d'antiquité.
Tous les saints figurés sur le triptyque
sont reconnus par l'Église latine ; plusieurs y
sont en haute vénération ; on peut donc le
regarder comme entièrertient orthodoxe au
point de vue catholique. Bien que l'argu-
ment ne soit guère décisif, il faut pourtant
tenir compte d'un fait. De la fin du IX^
siècle au milieu du XI^^, l'union religieuse de
Rome et de Constantinople ne subit que des
atteintes momentanées ; la rupture défini-
tive ne se consomma qu'en 1053. Photius,
provocateur du schisme en 862, est déposé
en 867. Rétabli en 880, il perd à jamais sa
dignité en 886; bien mieux, en 932, Théo-
phylacte, nommé patriarche, se voit confirmé
par le Saint-Siège, et il reçoit des légats du
pape la consécration épiscopale (-); le milieu
du X" siècle était donc une époque favorable
à la production d'images catholiques.
IV.
Nous avons étudié l'iconographie et le
symbolisme de l'agiothyride Harba-
ville, nous avons minutieusement passé en
revue ses moindres accessoires, et les ca-
ractéristiques du X"^ siècle ont souvent
répondu à nos interrogations. Le style et
l'exécution de l'œuvre, examinés à leur tour,
nous conduiront-ils à la même époque ?
Dominante au VI IL' siècle, encore sou
tenue au IX"= par quelques empereurs, la
secte des iconoclastes entrava le développe-
ment des arts figuratifs sans parvenir à les
supprimer. Le zèle fanatique des briseurs
d'images ne proscrivit pas d'une manière
absolue la représentation humaine, il atta-
1. Sorlin-Dorigny, Plaques byzant. trouvées à Koniah,
ap. Bull, lie la Soc. des Aiiliq. de Fratuc, 1883, p. 126, pi.
2. Sabatier, .l/o««. byz., t. II, p. 105, 106, m, 121.
\'oy. aussi De cœrem. aulœ by::., 1. II, c. 38, p. 167, édit.
Reiske.
36
la cuuc De r 3r t chrétien.
qua surtout les effigies peintes ou sculptées
du Christ et des saints qui lui semblaient
fournir quelque prétexte à un culte idolâtri-
que. Nombre d'artistes, étrangers au do-
maine religieux, furent donc alors tolérés
par le pouvoir, que d'autres, en général des
moines, osèrent braver ouvertement; aussi
connaissons-nous des œuvres figurées con-
temporaines de la persécution. Bien qu'il se
fût montré novateur à son début, l'art byzan-
tin, issu de la décadence romaine, n'en
répudia pas immédiatement toutes les tra-
ditions; chez lui, sous un dessin plus correct,
persistèrent longtemps les formes lourdes
et bouffies du V*" siècle gréco-latin. Le célè-
bre ange d'ivoire du British Mitscînn, sous
les hautes qualités qui le distinguent, reste
néanmoins un peu massif ('). Cet ange date
environ du VI" siècle; au commencement
du X% on retrouve encore les mêmes dé-
fauts sur les figures symboliques de la Sa-
gesse, CO<I>IA, et de la Prophétie, nPO'I)HTIA,
qu'une miniature associe au roi David. Des
draperies largement traitées n'y compen-
sent pas assez la négligence des raccourcis
et la vulgarité des têtes; celles-ci ramènent
aux commères banales, allégorisant Rome
et Byzance sur les diptyques consulaires [^).
Mais déjà la fin du IX^ siècle avait donné
une note sensiblement différente, qu'il est
aisé d'expliquer. La violence, physique ou
intellectuelle, aboutit toujours à une réac-
tion ; l'art endormi par les iconoclastes se
réveilla sous Basile I^"" avec des aspirations
nouvelles. Au lieu de renouer le fil d'une
tradition usée, l'école macédonienne s'éprit
amoureusement du véritable antique dont
les chefs-d'œuvre peuplèrentConstantinople
jusqu'à la catastrophe de 1204. Deux pages
1. Labarte, Hist. des arts iiid., Album, pi. IV; An7i.
archcoL, t. XVIII, p. t,},, pi.; Bayet, ouv. cité, p. 90, fig. 31;
Westvvood, ouv. cité, p. 63.
2. Labarte, loc. cit., pi. Lxxxil ; Gori, ouv. cit., t. I et
II, pass.
du manuscrit 510 G, à la Bibliothèque na-
tionale de Paris, exécuté entre S67 et 886,
témoignent de ce retour vers un passé glo-
rieux. Noblesse des physionomies, attitudes
variées, mouvements naturels, tout est ad-
mirable sur des peintures auxquelles on n'a
guère à reprocher que le maniéré et la sé-
cheresse des plis (').
Peu d'années s'écoulent entre la mort de
Basile et l'avènement de son petit-fils, Con-
stantin X. Sous le long règne du Porphyro-
génète, zélé protecteur des arts et artiste
lui-même, la peinture et la sculpture opèrent
une légère évolution qui les rapproche en-
core davantage de l'antique. Le dessin de-
vient plus correct, les draperies sont plus
sobres et plus savantes, mais les figures
perdent en énergie ce qu'elles gagnent en
élégance. La finesse, la douceur, la sérénité,
l'harmonie, caractérisent les œuvres écloses
au milieu du X" siècle ; au XL, la dureté, la
sécheresse du IX*" reparaissent en s'accen-
tuant plus fort ; l'effilement s'achemine peu à
peu vers une émaciation complète ; les
scènes atroces des Alénologes sont désormais
en faveur (''). Dans les arts décoratifs,
1. Le Moyen Age et la Renaiss., Miniat., pi. vn ;
Labarte, loc. cit., pi. LXXXI ; Bayet, ouv. cité, p. 161,
fig. 48. A la p. 159 (fig. 47) de son excellent petit volume,
M. Bayet reproduit une autre miniature extraite d'un
Psautier contemporain du manuscrit 510 G. Je n'ai point
invoqué une page, argument victorieux en faveur de mon
assertion.parce qu'elle ne me semble pas œuvre originale,
mais bien copie servile d'une fresque antique. Dans cette
idylle on reconnaît un Tityre virgilien chantant ses amours.
Autour de lui, troupeau, chien, maîtresse, rival ; rien n'y
manque, pas même \sfugit ad salices et se cupit ante videri.
Ici le lot du pasticheur se borne à un changement de
noms : Tityre s'appelle David ; Amaryllis, la Mélodie ;
Ménalque personnifie la montagne de Bethléem ; Gala-
thée seule est exemptée du baptême.
2. En signalant comme une dépravation de goût les
sanglantes atrocités dont les Ménologes fourmillent, je ne
prétends pas dire que les Byzantins du -XI" siccle aient été
les créateurs du genre : loin de là. Dans sa remarquable
étude, intitulée Rome au IV" siicle d'après les pohiies de
Prudence (Re7'ue des quest. histor., t. XXXV'I, p. 40, 41,
54) 55). ^^- Paul Allard, armé de textes et de monuments,
cite plusieurs exemples de scènes de martyre figurées, tant
chez les Grecs que chez les Latins, dès le IV' siècle et
anciens idoires sculptes
3/
l'effet se produit en raison directe de la
simplicité d'exécution ; or, aux époques de
décadence, c'est le contraire qui arrive, le
détail absorbe l'ensemble.
Que l'on compare maintenant à notre
triptyque, et l'hiérothèque à date certaine de
Limbourg, et les admirables Évangélistes,
peints en 964, cinq ans après la mort de
Constantin X, sur le manuscrit 70 G de la
Bibliothèque nationale de Paris ('), on res-
tera convaincu que tous ces monuments sont
du même temps et qu'une même école lésa
peut-être même auparavant. J'ai sous les yeux trois de ces
exemples dus à l'art occidental : le supplice bien connu de
saint Laurent ; un chrétien jeté dans un puits et secouru
par un ange ; la flagellation de saint Achillée (voy. de'
Rossi, Bull. cTarchcol. chrét., 1869, pi. m, 8; 1S72, II, i ;
1875, IV). Tout y est empreint de la simplicité et de la
gravité romaines; ni exagération d'attitudes, ni raffine-
ments cruels. Mettons en regard les sujets analogues du
Aléiiolûge de Basile II : saint Oreste couché sur un gril
(t. Il, p. 26), diverses fustigations (t. I, p. 2g, 38, 83, etc.),
saint Chrysante et sainte Daria, plongés vivants dans une
fosse remplie d'ordures, oîi des bourreaux les enfoncent à
coups de pilon (t. 1, p. 122); l'on appréciera la différence.
Encore je me borne aux comparaisons ; il faudrait aller
jusqu'en Chine pour trouver le dépècement de saint Jacques
le Perse (t. I, p. 215), et le réalisme féroce de Ribera se
serait effarouché devant la crudité de certains tableaux
que le lecteur cherchera lui-même s'il en éprouve le besoin.
Mon docte ami Paul AUard produit en original, accom-
pagné d'une élégante traduction, de fort beaux vers où
Prudence décrit, d'après des peintures qu'il aurait person-
nellement examinées, les supplices du maître d'école saint
Cassien, torturé à coups de style par ses jeunes élèves et
de saint Hippolyte que des chevaux sauvages entraînent
au milieu des rochers et des broussailles {Péristépli., IX,
9 à 16; XI, 123 à 152). Une lecture attentive, jointe à
quelque teinture des procédés de l'art chrétien occidental,
suffit pour faire comprendre que Prudence a singulièrement
assombri les choses. L'écrivain espagnol ne rappelle pas
mathématiquement ce qui était tracé sur la muraille des
églises ; son imagination poétique lui a dicté les circonstan-
ces des deux martyres, telles qu'elles durent se passer en
réalité. Hors les Byzantins, aucun peintre n'accepterait les
programmes textuels du récit de Théramène et de la mort
de Jézabel, si admirablement formulés par Racine ; je
n'hésite pas à ranger ici Prudence dans la même catégorie
que notre grand tragique. En figurant un supplice pareil à.
celui de saint Hippolyte, l'illustrateur du Ménologe (t. I,
page 179) a reculé devant la multiplicité des atroces
détails qu'affectionne Prudence : il s'est montré relative-
ment simple, mais il a inventé un raffinement échappé au
Latin. La longe du cheval est arrêtée par d'énormes che-
villes qui traversent les pieds du patient : ailleurs on se
serait contenté du nœud coulant.
I. Labarte, loc. cit., pi. lxxxiv. Les arts soiiipl., t. I,
pi. XXXVI à xxxix.
enfantés. A l'art macédonien revient encore
assurément un délicieux camée en aiguë
marine de la collection Victor Gay; le
Christ debout qui y figure est le cousin ger
main du saint Pierre de l'ivoire Harbaville:
un antique modèle grec inspira les deux (").
Camée byzantin de la collection V. Gay.
(Extrait du Glossaire archéologique).
Le cachet de l'école macédonienne lui est
essentiellement propre ; quand elle disparaît
entièrement vers le milieu du XI" siècle,
ses ivoiriers laissent leur héritage à des
praticiens encore assez habiles, mais pauvres
d'invention, guindés, émaciés, raides, ma
niérés ou vulgaires. Après 1 204, il n'y a
plus absolument que la routine du pasti
cheur maladroit. Didron avança que, du
XI 11^ siècle à nos jours, l'art byzantin est
resté stationnaire; cinquante ans plus tôt,
d'Agincourt entrevoyait, au XIV^, une
lueur de renaissance. Didron ne se trompait
pas ; les variantes, ou même les copies ser
viles, de chefs-d'œuvre perdus induisirent
d'Agincourt en erreur.
Une dernière question se présente à élu-
cider; notre monument est-il un original ou
une simple réplique ? Ici, rapportons-nous
à l'exécution spéciale du sujet, aux procédés
mécaniques employés pour le faire jaillir de
la matière brute.
Nous avons montré le thème primitif où
l'artiste a puisé l'ordonnance générale de sa
conception ; nous savons où il a trouvé l'at
I. Gloss. arcliéol. du moyen âge, p. 258, fig. A. Le
camée de M. Gay me paraît bien supérieur à celui du Ca-
binet de France, qui représente aussi le Christ dans la
même attitude : leurs styles sont très diflférents. Voy,
Chabouillet, Calai., n" 258 ; Duruy, Hisl. des Romains,
nouv. édit., t. \TI, p. 92, fig.
Livraison.
38
Eeuue De l'art chrétien.
titude de son Christ; ses Apôtres debout
dérivent aussi d'un modèle antique. Des
statues analogues au SopJiocle du musée de
Latran, à \ Aristide de la galerie Farnèse,
à un marbre de la bibliothèque de Saint-
Marc, à Venise, ont évidemment inspiré le
saint Pierre et ses quatre assesseurs (') ; la
ronde-bosse a été traduite en bas-relief. La
ressemblance avec \e. Sophocle, et surtoutavec
le marbre gréco-romain de Venise, est frap-
pante; ramenez le bras gauche en avant,
mettez les talons sur la même ligne, vous
aurez à peu près nos images de saint Pierre
et de saint André. Quant aux types d'âge
plus récent, le sculpteur ne les a certaine-
ment pas inventés, mais il a dû y mettre
davantage du sien. J'insisterai peu sur l'ap-
plication des rais de cœur et des bagues
perlées — motif emprunté à l'ancien chapi-
teau ionique — ■ aux montants du trône ;
encore moins sur la transformation, médio-
crement heureuse, de la palmette grecque
en feuilles de vigne et en trèfles. Le lot per-
sonnel de l'artiste ne réside ni dans ces dé-
tails, ni tout à fait dans la correction du des-
sin ou la sobre élégance des draperies; l'ex-
pression variée des têtes qui, sous une petite
échelle, parviennent à égaler la nature, enfin
le coup de ciseau, révèlent plus manifeste-
ment un talent hors ligne, une individualité
primesautière.
Chaque atelier byzantin à'cborai'ii était
dirigé par un maître; celui-ci, après avoir
exécuté sa maquette (pj'otoplasma) en cire
plastique, la livrait à des élèves ou à de
simples ouvriers. Les uns interprétaient le
modèle à leur guise, les autres le copiaient
servilement et pour ainsi dire mécanique-
ment: l'inexpérience, la maladresse, le dé-
faut de compréhension, trahissent les ou-
vrages de seconde et de troisième main. Le
I. Duruy, Hist. des Romains, t. IV, p. 559, fig., éd.
citée; Rich, Dict. des antiq., p. 452 et 650, fig.
travail du triptyque Harbaville est au con-
traire irréprochable; ni faiblesse ni tâtonne-
ment: le maître s'y accuse partout. L'unique
outil des tailleurs d'ivoire consiste en un
ciseau triangulaire, à pointe aiguë et à
lames tranchantes; il y en a de plusieurs
dimensions. Deux des lames sont rectilignes,
la troisième est courbe. La pointe esquisse
les contours et refouille les détails ; les lames
droites creusent; la lame courbe racle les
copeaux et, par une série de grattages,
détermine les divers plans du relief. Les
apprentis ou les copistes abusent en général
de la pointe et de la lame rectiligne ; pourvu
que le pli soit nettement tracé, ils ne se
préoccupent guère du reste, et la savante
dégradation des méplats leur semble in-
connue.Ces méplats sont ici rendus avec une
incomparable souplesse; la transition des
plans est habilement ménagée ; les arêtes
n'affectent pas une vivacité brutale ; le mo-
delé des têtes est ferme, vigoureux, sans
e.xagération musculaire; une incomparable
suavité caractérise la Vierge, on croirait voir
une terre cuite de Tanagra idéalisée; aucune
des répliques qu'on en a faites n'approche
de ce sentiment exquis. Les barbes et les
chevelures sont remarquablement soignées.
Si les costumes militaires offrent des dé-
tails trop minutieux ou trop sèchement trai-
tés, la faute incombe, non à l'artiste, mais à
l'époque où il vécut. Tant de qualités d'ail-
leurs compensent une légère erreur de goût !
Oui donc, le triptyque Harbaville est
vraiment une œuvre originale ; la main y est
inséparable de la pensée. Le maître, auteur
de la maquette, n'a pas voulu laisser à un
praticien vulgaire le soin de la reproduire
sur l'ivoire; il a immortalisé lui-même son
esquisse fugitive en la confiant aune matière
assez résistante pour braver les outrages du
temps. Objet de piété destiné au foyer do-
mestique, notre agiothyride, à mon avis, ne
anciens iijoires sculptés.
39
rentrait pas dans la classe des articles cou-
rants; commandée par quelque riche patri-
cien pour meubler son oratoire ou son cubi-
culiini {y.oizm), elle y demeura suspendue
jusqu'à ce que la violence l'en arrachât. A
une perfection artistique ignorée de l'in-
dustrie routinière, s'ajoute le luxe de la
dorure, souvenir de l'ancienne Grèce, luxe
indifférent à nos yeux, mais qui, au moyen
âee, aug-mentait singulièrement la valeur
vénale des sculptures. Il est fâcheux qu'à
l'exemple de l'hiérothèque de Limbourg,
du triptyque de la Minerve, des deux volets,
l'un passé de Florence au musée de Vienne,
l'autre jadis dans la collection Verdura,
à Padoue ('), une dédicace ne nous ait pas
transmis le nom du possesseur primitif.
Quant à notre magister eborarius, il était
moine sans doute; un aussi profond savoir
en symbolisme pouvait difficilement incom-
ber à des laïques.
V.
DÈS l'exorde de ma notice, le triptyque
Harbaville est résolument proclamé
chef-d'œuvre; la suite tend à justifier cette
opinion et à l'inculquer au lecteur. Depuis
que j'ai abordé l'étude des ivoires byzantins,
beaucoup ont passé devant moi, soit en ori-
ginal, soit en photographie — la gravure est
impuissante à rendre la technique — et nul
d'entre eux n'a pu faire baisser le niveau
d'un enthousiasme toujours croissant pour
mon objectif Je ne veux certes pas l'exalter
aux dépens de morceaux très remarquables,
très appréciés des savants et des artistes ;
mais, si ces morceaux offrent séparément une
I. Goii, ouv. cité, t. III, pi. xxvui et xxix ; West-
wood, ouv. cité, p. 78, n° 178. Le volet de Vienne repré-
sente saint Pierre et saint André ; relui de Padoue, saint
Paul et saint Jean : on ne sait pas où il est actuellement.
Les dessins grandeur naturelle de Gori, tout insuffisants
qu'ils soient, donnent bien la note du yA" siècle, style de
l'ivoire de Romain IV^ et Eudocia ; l'empereur, (îîo-Trdr/]^
}^<>yjirci.vT'vjoz,, mentionné sur l'inscription doit être
Constantin XIII (1059-1067).
ou plusieurs des qualités distinctives de
notre triptyque, lui seul, que je sache, les
réunit toutes en bloc. Ordonnance magis-
trale du sujet, profonde intelligence du sym-
bolisme, correction du dessin, sage modé-
ration du relief ('), supériorité de main,
élégance et attitude naturelle des personna-
ges, rendu moelleux des draperies, exquise
délicatesse des têtes et des extrémités, enfin
conservation intégrale ; où trouver ailleurs
un pareil ensemble ? Ch. de Lixas.
.^^^.^ ;^ppenîiice. -— -^.
ITcs arbres paraDisiaqucs en Hitcmarme.
LA mise en pages de mon travail était
déjà faite, lorsque j'ai reçu le second
volume de l'ouvrage du D'' Heinrich Otte
( Handbuch der KircJilichen Kunst-archdo-
logie des deutschen Mittelalter, 5^ éd., i SS4).
On y trouve, p. 575, une fort curieuse
variante du sujet sculpté au revers de
notre ivoire. Sur les lambris de bois peint,
laqicearia depicta, qui décorent l'église de
Saint-Michel, à Hildesheim, un habile
artiste du XIIc-XIII^ siècle a figuré la
généalogie de Notre-Seigneur dans une
série de 1 1 1 caissons grands et petits. Le
fragment placé sous mes yeux montre,
disposés en double bordure : des bustes de
patriarches antédiluviens reliés entre eux
par des rinceaux ; les quatre fleuves édéni-
ques ; les évangélistes saint Marc et saint
Luc ; les symboles de ces écrivains sacrés.
La composition centrale offre nos premiers
parents aux côtés de XArbi'e de la science du
I. Cette modération est encore un emprunt fait à la
technique des anciens grecs, qui donnaient à leurs bas-
reliefs une très faible saillie : le bas-relief romain, au
contraire, vise presque toujours à la ronde-bosse. Notre
sculpteur ayant pu, avec facilité, obtenir des plaques plus
épaisses de quelques millimètres — nous en avons des
exemples — il faut bien croire .^ un parti pris.
40
îReiJut De rart chrétien.
bien et du mal. Il est chargé de nombreux
fruits ; Adam en tient un, Kve, deux ;
d'autres parsèment le champ du tableau :
nulle trace de serpent tentateur. A droite,
un cep de vigne à haute tige, dont les
sarments encadrent le buste du Christ
bénissant ; à gauche, un végétal de même
espèce, abritant, sous ses larges feuilles,
cinq têtes humaines, jeunes et souriantes.
Doit-on admettre ici l'Auteur de tout bien
mis en opposition avec les esprits du mal .''
Je ne le crois pas. La Genèse mentionne un
seul serpent, non plusieurs, et rien, sur
notre peinture, n'accuse l'intention d'un
reptile polycéphale. J'y reconnaîtrais plutôt
un dédoublement symétrique de \ Arbre de
la vie. D'une part, Jésus-Christ venant
rendre au monde l'existence spirituelle que
le péché d'Adam lui avait ravie ; de l'autre,
la rénovation de l'homme exprimée par les
figures symboliques d'âmes naissant à la
lumière sous l'ombre protectrice de la vigne,
emblème consacré du Sauveur.
Je livre mon interprétation pour ce qu'elle
vaut, et son rejet ne me formaliserait guère;
néanmoins on ne saurait méconnaître les
liens étroits qui rattachent le tableau
d'Hildesheim aux représentations spéciales
d'arbres paradisiaques dont j'ai groupé plus
haut un certain nombre d'exemples. (Voy.
J. Michel Kratz, Ktirze histor.Andeuhtngen,
iiber die St Michaeliskirche îind deren
Deckengem'àlde in Hildesheiin, 1856 ; A.
Woltmann et K. W'ormann, Geschichte der
Malerei, t. I, p. 304, fig. 90, 1879 ; les écrits
de Forster, Kugler, A. Reichensperger, etc.)
ïl'antiquité Du (â\\\\sz De la Bcinture.
EN citant le Guide de laPeinture, manus-
crit trouvé au Mont Athos par Didron,
j'ai adopté la date attribuée jusqu'ici à la
composition de ce livre : le XV^ siècle. Un
mémoire très érudit de M. l'abbé J. Schulz
(Die ôyzanfinisclien Zellen-eniails der
Sammhmg Sivcnigorodskoi, 1884) assigne
au traité du moine Denys un âge bien plus
reculé. En effet, je lis à la p. 44 du volume
indiqué: « Le G^«?'rtfe a, depuis le XI^ siècle,
notoirement (ist notorisch) servi de règle
aux Grecs et aussi aux Russes ; il n'y a
pas fort longtemps qu'on a découvert en
Russie une copie de cet ouvrage, exécutée
au XI Ile siècle et intitulée Podlinnick
(original). On y voit, de la main du trans
cripteur, une série de gloses que le manus
crit du Mont Athos ne renferme pas, mais
le reste est textuellement reproduit sur les
deux exemplaires. »
Les relations de l'auteur avec les savants
russes le mettant à même d'être bien
informé, je m'incline devant sa parole ; lui
faisant néanmoins observer qu'il est un
peu téméraire de conclure d'une copie du
XI 11^ siècle à la rédaction primitive de
l'original au XI'^. Quoi qu'il en soit, l'anti
quité, récemment attribuée au Guide, ne
détruirait aucune de mes assertions, con
cernant l'âge du triptyque Harbaville et
les écarts de l'iconographie byzantine que
j'ai signalés. Ces écarts remonteraient plus
loin, voilà tout ; les thèmes hiératiques,
proposés de meilleure heure aux artistes
grecs ou russes, auraient dès lors, quant
aux détails, été rendus avec une certaine
liberté d'allures qui ne disparut jamais
entièrement. J'ai rapporté ici le fait avancé
par M. Schulz, simplement pour instruire
mes lecteurs d'une circonstance que j'igno-
rais hier, et qui, sans ce nieinorandutn,
échapperait vraisemblablement à beaucoup
d'autres.
C. L.
fkj!^:^L^^. ■^. '^ '^ ^ ^ ^^&j0^ ^ ^ ^ ^ ^ '^. ^^kÉk'^ '^ ^ ^ ^
7.^y.\y<\•/^^y.^c/\•/^y\•/^c/\•Ay\•/AcAyxy^V■^^^.•/^•/\•/^•/\•Ay.\^•/^•y^^ ^
ectuDes ti'arcï)éologîe et îi'l)i6toirc sur XHWtmvCnvXty^
^lîignon. Deuxième article. {W. livraison d'octobre 1884, p. 439.)
^^^^Z^S^S^^^S^S^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^S
iwwwwwwwmww^^^m^m^wwwwmwmwwmwm'
iL'cglisc et le monastère De ^ainte^a^acie
De JFOUrS. (Suite et fin). .^.-...-^.-..,-w.x.^-.v^
II.
'ŒUVREdeMabilia lui survécut
et .se développa rapidement. La
seconde prieure s'appelait Esqui-
va (').C'està ces premières années
du monastère qu'il faut faire remonter la
construction de l'enceinte où l'on utilisa
quelques pans de murailles romaines en
grand appareil, encore debout, la répara-
tion des voûtes de l'église, l'adjonction
de la chapelle du côté de l'évangile et
l'ouverture d'une grande fenêtre sur la
façade occidentale. Esquiva eut la joie de
voir le pape Innocent IV prendre le prieuré
de Fours sous sa protection par une bulle
donnée à Lyon le VII des Ides de septem-
bre 1245. Alzacia remplaça Esquiva dans
le gouvernement du monastère qui fut élevé
par Urbain IV au rang d'Abbaye. Aussi
Alzacia porte le titre d'abbesse dans le
Nécrologe de St-André : « KaL Hlarfis,
depos. Doniinœ Alasaciœ abbatiss<e de Fiir-
7iis ('). » Bertrand Raymbaud, abbé de
St-André, confirma en 1 303, l'élection de Ber-
trande Robert, comme abbesse de Fours(3).
1. Gallia chris/iana, t. I.
2. Gallia christiana, t. I. MM. Bibl. Nat. latins,
N" 12762. Le marquis de Cambis et avec lui M. Blanc
se trompent en disant « que la première abbesse connue
se nommait Faure»et qu'Urbain IV érigea le prieure en
abljaye en 1266. A cette date Urbain IV était mort. On
a bien voulu chercher à la Bibliothèque du Vatican les
bulles d'Innocent IV et d'Urbain IV. Mais on ne les
a pas trouvées. Il n'est pas fait non plus mention de
celle d'Innocent IV dans la partie des Rt-^is/irs de ce
pape, publiée par M. Élie Berger.
3. Gallia christiana, t. I.
Le Nécrologe de .St-André fait mention
de sa mort au mois de janvier. <i VIII I. Kal.
febr. dcposit. Dominœ Bertrandœ abbatissœ
de Fiiniis {'). » Douce de Vedène lui suc-
céda. Nous trouvons son élection confirmée
en 13 10 par Bertrand Raymbaud ("). Elle
appartenait à une famille noble et c'est
sans doute d'un membre de cette famille
qu'il s'agit dans ce passage du Nécrologe :
« IV Kal. februarii obiit Guillclimts de
Vedena Miles (^). » Le même Nécrologe
mentionne au VI Kal. Januarii, la mort
d'une abbesse de Fours appelée Severa:
« VI Kal. /. De p. Dominez Severœ abbatissœ
de Furnis (•*). » Nous ne savons à quelle
époque elle a vécu. Jeanne était abbesse de
Fours en 1322 ; nous la retrouvons encore
en 1344. La présence de la papauté à Avi-
gnon où elle s'était définitivement fixée
avec Jean XXII, jetait un grand éclat sur
toute la contrée. La vie religieuse s'y
épanouit avec une force nouvelle. Mais
cet accroissement de prospérité amena des
difficultés, des tracas et des périls que le
premier âge du monastère de Fours n'avait
pas connus. Heureusement Jeanne était une
femme énergique et quelques documents
nous la font entrevoir parant à tout avec
une sollicitude infatigable. Dès 1323, elle
réclame contre les usurpations des gens
de Ptjjaut, communauté dont le territoire
touchait à celui de l'abbaye (^). L'abbesse
1. MM. Bibl. Nat. latins, N" 12762. '
2. Gallia christiana, t. I.
3. MM. Bibl. Nat. latins, N° 12762.
4. Ibid.
5. Anno ab incarnationc Doniini millosimo trecenle-
simo vigesimo tertio et die decimo tertio mensis maii,
1885.
i'*-" Livraison.
IRctiuc De l'3rt cîncticn
les accusait d'être entrés sans façon « inci-
vilité}' » dans le bois de son monastère,
situé au couchant du chemin allant de Fours
à Avignon, et de s'y être approvisionnés
largement, sans égard aux bornes et termes
fort apparents qui séparaient les biens de la
communauté de Pujaut de ceux de l'ab-
baye. La communauté niait avoir pris du
bois dans la partie appartenant au couvent,
et soutenait que ses biens s'étendaient
illustrissimo Domino Carolo Dei gratia Francorum et Na-
vanas rege régnante. Cum quoestio, lis, controversia et
rancuna multiplex diu est agitata et exorta fuisset et ti-
meretur in posterum tam in judicio quam extra judicium
multo fortius exoriri et ctiam agitari inter Venerabilem
Dominam Dominam Johannam Dei gratia abbatissam
monasterii Sanctre; Maria; de Furnis, Avenionensis diœce-
sis et e|us conventum ex una parte, et imiversitatem homi-
num et personarum dePodio-Alto seu procuratoris dicta;
universitatis ex altéra parte, super eo et pro eo quod dicta
domina abbatissa et ejus conventus, seu earum procurator
nomine ipsarum asseruerat et asserebat prœdictam univer-
sitatem et homines dictce universitatis inciviliter venisse
et intrasse deffensium seu nemus monasterii pra;dicti
juxta iter seu rialum par quod itur de Avenione versus
dictum monasterium a parte occidentis et ibidem magnas
quantitates lignorum coUegisse, emisisse et secum ad-
portasse quamquam devesum et nemus prîedictum cum
patuis dictae universitatis de Podio-Alto terminis lapideis
et bolis magnis et apparentibus plantatis acthenus ad di-
visionem dicti nemoris sui et patui pnïdicit, ut dicebat,
esset terminatum et divisum ; dicta universitate seu procu-
ratore ipsius negante proposita et asserta ex adverse, nec
non dictam universitatem seu personas ipsius universitatis
aliqua ligivi collegisse in deffenso seu nemore dicti mo-
nasterii sed duntaxat in patuis et habedimentis dictte uni-
versitatis de Podio-Alto, cum patuis dicta; universitatis se
extendant, ul decebat, usque ad rialum quo protenditur de
Avenione versus dictum monasterium prout de predictis
constare dicebat per publicum instrumentinii et licet ali-
qui lapides crecti fuerint in dicto patuo de Podio-Alto, illi
non fucrunt plantati seu erecti de conscientia seu voluntate
diclK universitatis seu alterius qui potestatem haberetur a
dicta universitate terminandi dictum patuum cum nemore
seu deffenso monasterii predicti,ot si reperiretur quod non
cred't quod dicti lapides erecti fuerint et plantati pntsen-
tibus aiiquibus hominibusseu personis de Podio-Alto, non
fuerunt erecti seu plantati in dicto patuo ad divisionem
patui dicti loci et devesii seu monasterii pnedicti, sed
dunitaxat quod dictum monasterium seu animalia ipsius
ultra dictos lapides versus dictum patuum se non possunt
extendere neque debcnl, licet ipsa universitas usque ad
dictum rialum jus habeat et habereconsueveritab antique
et tanto temporc, quod de contrario memoria hominum
non habetur, animalia sua immitendi et immissa tenendi
causa depascendi, lignayrandi, ligna colligendi et alia ha-
bedinienta faciendi sicut in alia parte territorii et patui de
jusqu'au chemin d'Avignon. Mais les termes
plantés ? objectait l'abbesse. Les termes,
répondait la communauté, ont été plantés
sans autorisation, et ensuite ils n'ont été
plantés que pour indiquer que les bestiaux
du monastère ne pouvaient paître au-
delà, et non pour marquer une division de
propriété. De tout temps la communauté
avait eu la jouissance de la partie du bois
que l'abbesse et les religieuses lui con-
Podio-Alto, palam et publiée sine impedimento quocum-
que usque ad presens quod dictum monasterium et con-
ventus ejusdem de novo in juribus praîdictis minus juste
impeditet perturbât, quare petebat silentium imponi pro-
curatori dicti monasterii de Furnis et conventus ejusdem ;
tandem partes prœdictx, post multas altercationes etliti-
gia habites et habita inter eos, volontés, ut dicebant, sum-
ptus judiciariosevitare considerantesque quod dubius est
eventus litis, attendentes, ut dicebant, quod per transa-
ctiones et amiabilcs compositiones a lite diceditur et inter
partes pax et concordia refformatur de dicta quaestione et
de pendentibus ex ea, videlicet Guillemus Botini, Domi-
cellus, et Pontius Chaberti de Podio-Alto procuratores et
nomine procuratoris universitatis hominum et personaruin
vilUe de Podio-Alto, prout de dicta procuratione constat
per quodam publicum instrunientum scriptum et signalum
ut in eo legitur manu magistri Johannis de Roverio notai ii
factum subannis Domini millesimo trecentesimo vigcsimo
secundo et vigesimo quarto mensis februarii quod incipit
in secunda linea siimo et linit in cadem arboribns ex una
parte, et Petrus Riperti de Montiliis procurator et nomi-
ne procuratorio venerabilis domins- domina; Johannœ Dei
gratia abbatissœ monasterii Beatas Mariœ de Furnis pra;-
dicti et conventus ejusdem monasterii prout de dicta pro-
curatione constat per quodam publicum instrunientum
scriptumetsignatumutcoUegitur manu magistri Raynnindi
Gervasii notarii quod incipit in secunda \\x\c.-». abbatissa çX.
finit in eadem dicti, lîx altéra, promittentes sibi ad invicem
et vicissim partes ips;e prcL'dictœ omnia et infra scriptaad
requisitionem alterius ipsarum facere,laudari et confirmari,
videlicet dictus Petrus Riperti dominse abbatiss;c et con-
ventus ejusdem et dicti Guillemus et Pontius universitati
et personis ipsius de Podio-Alto gratis et spontanca vo-
luntate et in nullo,ut dicebant, errantes, nominibus quibus
supra et successorum suorum compromiserunt et compro-
missum fecerunt in sapientes et discrètes magistrum Rcy-
mundum Pontii notarium de Rupemaura et magistrum
Johannem Bartholemoi notarium de Sancto Laurentio de
Arboribus, tanquam in arbitres arbitratores et amiabiles
com|)ositorcs seu pacis reformatores quos partes ipsas
communi consensu et concordia ad dictam quiustionem et
dependentia ex ea terminancam elegerunt. Dantes et
concedentes partes ipsœ nominibus quibus supra,pra;diclis
arbitriis arbitratoribus et amiabilibus compesitoribus,
plenam et libcram potestatem et auctoritatem dictam
qu>estioneni ex dependentia ex eadem audicndi, exanii-
nandi, deffiniendi et etiam terminandi, hinc ad quindenam
Ctuoes D'avcficologic et D'bistoirc sur 5iillcncuuc4c?=auignon.
43
testaient injustement. Jeanne continua ses
revendications. Après force altercations et
litiges, les gens de Pujaut et les religieuses
de Fours, voulant, disaient-ils, éviter les
frais d'un jugement, considérant d'ailleurs
que l'issue du procès éiait douteuse, et
qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour
ramener entre les parties la paix et la con-
corde que les transactions amiables, réso-
lurent de nommer des arbitres. On choisit
instantis festi Pentecostes venturi proxime, hoc acto et
expresse convento inter partes, quod dicti arbitrii earum
voluntate et potestate dictum compromissuin prorrogare
possint prout eis videbitur... Actum apud Rupismauram
in curia dicti loci. Testes présentes fuerunt Betrandus
Motœ, Guillemus Gavini, Armandus de Yacono, Bertran-
dus Imberti, Alplionsus Castelli de Rupismaura et plures
alii et ego Reymundus Hugonis Domiiii régis Franciaî N.
publicus qui pricdictis omnibus presens fui et praedicta
omnia scripsi in protocoUo meo reddegi de voluntate et
consensupartium pra-dictorumet permagistrumjoliannem
de Roveria ejusdem domini régis notarium substitutum
meum idoneum et juratum grossari feci et facta coUatione
diligenti cum nota et substituto prœdictis omnibus sub-
scripsi manu propria et signo meo consueto signavi.
Anno ab incarnatione Domini millesimo trecentesimo
vigesimn tertio et die vigesimo Mail, illustrissimo Domino
Carolo Dei gratia Francorum et Navarœ rege régnante
noverint univers! prcesentes pariter ei futuri quod discreti
viri magister Reymundus Pontii de Rupemaura et ma-
gister Johannes Bartholomei de Sancto Laurentio de
arboribus notarii arbitri arbitratores et amicabiles
compositores per partes infra scriptas et prout eodem
fatebant electi et asserebant constare per notam sum-
ptam manu magistri Reymundi Hugonis notarii publici
de Rupemaura super qua'stione scu controversia ver-
tente inter religiosam dominam dominam Joliannamab-
batissam Beatœ Maria; de Furnis Avcnionensis diœcesis
et ejus conventum ex una parte et liomines seu universi-
tatem loci de Podio-Alto ex altéra, prajsentibus ibidem
Petro Riperti procuratore et nominc procuratoris dominas
abbatissiE et conventus praîdictorum, faciente fidem de
mandatoper quodam publicum instrumentum scriptuni et
signatum manu magistri Reymundi Gervasii notarii pu-
blici ut in eo legitur cujus ténor talis est: — Anno Do-
mini millesimo trecentesimo vigesimo tertio et duodecimo
die mensis aprilis, Domino Carolo, Dei gratia Francorum
et Navarre rege régnante, noverint universi quod religiosa
Domina Johanna Dei gratia abbatissa .Monasterii Beatœ
MariiL- de Furnis Avenionensis diœcesis existens in dicto
monasterio in ecclesia cum suo conventu specialiter ad
infra inscripta vocato et congregato more solito, de con-
sensu dicti conventus quarum nomina monialiuni inferius
sunt inserla, ipsa domina abbatissa una cum dicto con-
ventu et conventus cum ipsa simul et concorditer sponte
fecerunt, creaverunt et constituerunt suos ccrtos viros
légitimes et indubitatos procuratores yconomos, scilicct
et on délégua d'abord, des deux côtés, quel-
ques hommes à qui on confia le mandat
d'élire ces arbitres. Les délégués de Pujaut
furent nommés le 24 février 1322. Sur
l'ordre de maître Raymond H ugon, notaire
et clavaire de Roquemaure et sur la réquisi-
tion du bayle Salvator Blaqueri, les habi-
tants furent convoqués aux sons de la
trompette sur la place publique. Ils choisi-
rent pour délégués Raymond Ortolan,
DominumGuillemum de Rupemaura militem de Bellicardo,
Magistrum Reymundum Pontii notarium de Rupemaura,
fratrem Guillemum Vmberti donatum dicti monasterii,
absentes tanquam présentes, et Petrum Riperti de Montiliis
presentem et onus praisentis procurationis gratis in se re-
cipicntem et quemlibet ipsarum in solidum, ita quod non
sit melior conditiooccupantis seu occupantium, sed quod
per unum ex dictis procuratoribus suis incoactum fuerit
per alium seu alios possit et debeat explici mediari finiri
vel etiam terminari, générales ad omnes causas lites et
controversias motas et movendas contra dictum monaste-
riuni et personnas et bona ejusdem movit seu movere in-
tendit contra personnas quascumque ecclesiasticas vel
seculares seu universitatem quamcumque in omni curia
ecclesiastica vel seculari vel judice quocumque ordinario
vel extraordinario, etc.. Nomina vero monialium dicti
monasterii conventum facientium sunt hase ; Domina
Guillema Mascarona priorissa dicti monasterii, Domina
Alezaycia de Novis, DominaConstantia Albarona, Domina
Belinde Gaufride, Domina Sibynda de Meyna, Domina
Beatrix de Sorgia, Domina Belinde de Ponte, Domina
Ermessendis Mascarona, Domina Cecilia Pontiœ, Domina
Alezaycia Garina, Domina Alezaycia Audemare, Domina
Constantia Gisberta, Domina Garcendis de Merindol,
Domina Saura Roberta, Domina Stephana Audemara et
Domina Reynumda Alphanta, de quibus dicta Domina
abbatissaet dictus conventus voluerunt et petierunt dictis
procuratoribus et eorum cuilibet si necesse fuerit unum
vel plura tieri instrumenta. .-Vcta fuerunt anno et die qui-
bus supra in ecclesia Beat;e ^lariœ de Furnis, testibus
presentibus et vocatis Dominis Stephano Pineti et Rey-
mundi Grilhoni priesbyteris, fratre Johanne de Carumbo
donato dicti monasterii et me Reymundo Gervasii publiée
dicti Domini régis notario qui iis omnibus praisens fui et
ad requisitionem dictie dominœ abbatissre et conventus et
ipsarum mandato et consensu hoc presens instrumentum
inscripsi et in forum publicum reddegi et signo meo se-
quenti signavi, et Reymundo Ûrtolani et Bertrando Roca
de Podio-.Alto procuratoribus hominum de Padio Alto
et universitaiis ejusdem facientibus tidem de man-
dato per quodam publicum instrumentum cujus té-
nor talis est : — Anno ab incarnatione Domini millesi-
mo trecentesimo vigesimo secundo et die vigesima quarta
mensis februarii, Domino Carolo Dei gratia FranciiC et
Navar;e illustrissimo rege régnante, noverint universi
présentes et futuri quod liomines infra scripti de Podio-
Alto, scilicct Guillemus Cîarini, Petrus de Arboribus,
44
iRcuuc De rart cïjrcticn.
Guillaume de Toro, damoiseau, Pons Cha-
bert, Pons Roque, Bertrand Roque et
Guillaume Botin.On leur détailla le mandat
qu'on leur confiait pour arriver à terminer
le différend survenu ; on les fit jurer, et
Jean de Roverié, de Sarnachs, du diocèse
de Nîmes, notaire public du seigneur roi
de France, dressa une procuration en bonne
et due forme qui leur fut remise, en pré-
sence des témoins Pierre de Dyons, prieur
Guillemus Botini domicelli, Guillemus Bessoni, bajulus
Domini Rostagni de Podio Alto, Guillelmus Ores, Berin-
garius Arteri, Johannes Baysserii, Reymundus Chaberti,
Petrus Marcelli, Bei trandus Romaria% Reymundus Barjac,
Reymundus Gavigas, Guillelmus Filhortre, Reymundus
Amblardi, Reymundus Romana, Vitalis Borini, Durantus
Audoardi, Guillelmus Meynardi, Guillelmus Tibcrii de
infra villam, Guillelmus Mosselhan, Guillelmus Abrilas,
Johannes Tiberii,Petms de Deo.Bertrandus Sancti Vere-
demii, Guillelmus Tiberii de extra villam, Petrus Cabasse,
Pontius Renidius, Reymundus Tiberii, Poncius Ricardi,
Bertrandus Chaberti, Guillelmus Castellana, Stephanus
de Parvis, Guillelmus Guizo, Pontius Tiberii de infra
villam, Reymundus de Dec, Reymundus Albaretti, Pon-
tius Raybondi, Reymundus P.enedicti, Durantiusde Par-
vis, Guillelmus sancti Veredemii, Pontius Gilii, Vitalis
Rostagni, Guillelmus Mansa junior, Guillelmus Alegre,
Reymundus Salvaterrse, Guillelmus Mansa senior, Guil-
lelmus Belforii, Reymundus Ausilhassii, Johannes Verini,
Petrus Hugonis, Pontius Guillaberti, Jacobus Alegre,
Petrus Barjacii, Reymundus Sancti Veredemii, Reymun-
dus Loncrit, Pontius Barjacii, Johannes Garini, Stephanus
Jacobi, Petrus Salvaterra;, Petrus Davini, Pontius dé-
mentis, Jacobus Salvaterrœ, Imbertus Tiberii, Reymun-
dus Nadal, Reymundus Corcona, Durantius Alegre, Pon-
tius Rostagni, Guillelmus Dalmassii, Bertrandus Baudilii,
Pontius Chaberti, Bertrandus Cabassa, Petrus Gilii, Guil-
lelmus Aimeras, Guillelmus Jacobi, Petrus Bremundi,
Pontius Baudilii, Guillelmus Davini, Guillelmus Barjac,
Pontius Tiberii, Bertrandus Chaberti, Guillelmus Sancti
Martini, Pontius Reymundi, Guillelmus Varini, Reymun-
dus Rocel)', Petrus Barjacii, Pontius Rostagni junior,
Rostagnus Malacary, Petrus Sancti Veredimii, Reymundus
Robert", ad voccm tub;c in platea dicti loci more solito
congregati de mandato discret! viri magistri Hugonis no-
tarii clavarii Rupismaura;, regcntis jurisdiciionem Podii
Alti, ad requisitionem Salvatoris Blagucrii bajuli dicti
loci, nec non Bertrand! Roque et plurium aliarum perso-
narum dicta; universitatis ad infra scripta facienda pro
urgenti necessitate et utilitate dictœ universitatis pr;cno-
minati vencrunt et coniposuerunt coram dicto clavario
et ipso i)resente volente et consenticntc authoritatem et
consensum suum ad infra scripta pr;cstante ubi erant plus
quam du;u partes hominum dicti loci, prout pnudicti asse-
rebant universitatem loci prœdicti facientcs omnes simul
supra scripti homines dicta; universitatis congregati et
convocati ut supra nec non et singuli eoruni per se in so-
du lieu, Pierre Brice de Sauveterre, Ray-
mond Rascassius d'Uzès, Bertrand Barbe
d'Istre, Nicolas Robaud de Tavels, Guil-
laume Crosa de Saint-Sauveur, Jean Ro-
delli de Saint-Geniès.
Le 12 avril les religieuses de Fours,
convoquées au son de la cloche, se réu-
nirent en chapitre dans leur église pour
choisir leurs délégués. Il y avait là Dame
Guillema Mascarona, prieure, Dame Ale-
lidum ex pro toto universitatem Podii Alti représen-
tantes seu majorem partem ipsius pro se ipsis et
nomine dictœ universitatis et communis ejusdem gratis
et scienter et ipsorum nemine discrepante prout melius
et sanius de jure et de facto dici, intelligi, seu excogitari
potest, fecerunt, convenerunt, constituerunt et ordinave-
runt unanimiter et concorditer, suos et dictœ universitatis
certos indubitatos et spéciales procuratores syndicos nun-
tios et actores videliscet discrètes viros Reymundum Or-
tolan!, Guillelmum de Turre domicellos, absentes tanquam
présentes Pontium Chaberti, Pontium Roca, Bertrandum
Roca et Guillelmum Botini prccsentes et quamlibct eorum
in solidum et pro toto, ita quod non sit melior conditio prius
negotium occupantis sed quod unus eorum incieperit per
alium seu alios valeat et possit ad finem perdue! in causa
seu causis qua;st!onis seu quiestionibus quam seu quas
dominfe abbatissœ monasteri! Beatœ Mariic de Furnis seu
ejus conventus movit movet seu movere intendit de mon-
tanea seu patuo dicti loci contra dictam universitatem seu
aliquem de dicta universitate et quam seu quas dicta uni-
versitas movit, movet seu movere intendit contra dictum
monasterium pro patuis seu montaneis prasdictis, dantes,
concedentes omnes universaliter et singulariter singuli
constitucntes dictis procuratoribus suis nuntiis, actoribus
et syndicis et ipsorum cuilibet plenam et liberam potesta-
tem et authoritatem et licentiam componendi, agendi,
defîTendendi, pro ipsis et ipsorum cujuslibet ipsorum no-
mine in omni loco et curia et coram quocumque judice
ecclesiastico et scculari, ordinario vel extraordinario, etc.
Acta fuerunt in platea dicti loci de Podio Alto testes prie-
sentes fuerunt dominus Petrus de Dyons prior dicti loci,
Petrus Bricii de Salvaterra, Reymundus Rascassii de
Utecia, Bertrandus Barbe de Istre, Nicolaus Robaudi de
Tavellis, Guillelmus Crosa de Sancto Salvatore, Johannes
Rodelhi de Sancto Genesio et ego Johannes de Roveria
de Sainachiis diœcesis Nemonsensis publicus dicti domini
nostri régis Francise notarius qui priedictis omnibus et
singulis prasscns fui et hoc instrumentuni ad requisitionem
supra nominatorum manu mea scripsi et signo meo con-
sucto signavi volentibus et patentibus cognitionem suam
ficri nominibus quibus supra dicti in quam arbitri arbitra-
tores et amicabilcs compositores volentilnis et requirenti-
bus partibus supra dictis et scntentiam postulantibus pr.;
bono pacis et coiicordi;i; et suinptibus partis cujuslibet evi-
tandis ad eorum sententiam dictam seu dictiC qu;estionis
et controversiaî declarationem processcrunt in moduin
qui sequitur infra scriptum. Ad hœc nos Reymundus
OBtuDes D'arcbcologic et n'himitt sur 2îiUeneutîe=Ie5=9tiignon.
45
zaycia de Noves, Dame Constance Alba-
rona, Dame Belinde Gaufride, Dame Si-
bynda de Meines, Dame Béatrix de Sor-
gues, Dame Belindede Ponte, Dame Ermes-
sende Mascarona, Dame Cécile Ponti,
Dame Alezaycia Garina, Dame Alezaycia
Audemora, Dame Constance Gisberta,
Dame Garcende de Merindol, Dame Saura
Roberta, Dame Stephana Audemora et
Dame Raymonde Alephante. Elles choisi-
rent pour leurs délé^més, Guillaume de Ro-
quemaure, chevalier de Beaucaire, maître
Raymond Pons, notaire de Roquemaure,
Frère Guillaume Hubert, donatde l'abbaye
Pontii et Johannes Bartholomei arbitri arbitratores seu
amicabiles compositores supra infra scripti electi per testes
praadictos et etiam infra scriptos, auditis quœstionibus et
controversiis pr;edictis, testibusque examinatis et auditis
ab utraque parte productis, loco quœstionis prsdictae nos-
tris et dictorum testium occulis subjecto ; dicimus in et
sub pœna et sacramento in dicto compromisse contentis
cognoscimus, pronuntiamus et declaramus quod in loco
quicstionis prêedictée in cadariera juxta nemus Guillelmus
Cavallerii juxta pedem rocassii quod est subtus furnum
calcis, juxta rialum quo itur de sancto Andréa ad monaste-
rium prœdictum Beatie Maria; de Furnis, ponatur et poni
seu plantari débet unus terminus qui terminet recta linea
a dicto rialo versus occidentem usque id bolas seu ter-
mines veteres, ita quod illud quod est a parte venti se-
quendo dictum rialum versus vcntum subtus dictum rocas-
sium et terminum plantalum ibidem, sit et esse debeat et
pertinere perpétue ad hemines et universitatem loci de
Podio Alto, et a dicto recassie et termine pesite ibidem
usque ad bolas seu termines veteres et a dicto loco seu
termine plantando ibidem, sequendo dictas bêlas seu ter-
mines veteres, ascendendo versus circium usque ad exi-
tum et intreitum dict;u vallis vecata; Fu/ de vase a parte
orientis, sit et esse debeat et pertinere perpétue ad dictam
dominam abbatissam et ejus conventum ; ita quod si
dictae dominre abbatissœ vel ejus conventus habeat ali-
quod jus usus vel preprietatis in parte dictis hominibus de
Pedie Alto et universitati ejusdem adjudicata et e contra
quod illud jus actienem et rationem una pars alteri et e
contra cedat, finidt, remittat penitus et desemparet, ita
quod neutri partium aliquodjus competat contra altcram
in agendo, sed ex nunc in antea sit inter ees perpetuus
pax et finis. Item dicimus, pronuntiamus declaramus et
pra-'cipimus in pœna et sacramento in dicto compromisso
contentis dictis procuratoribus et eorum cuilibet ibidem
pnesentibus quod prsdicta omnia et singula incontincnti
nomine sue proprio et procurateriis nominibus ratificent,
emologent et confirment, item dicimus, pronunciamus et
precipimus in pœna et sacramento pnBdictis et declara-
mus quod dicti procuratores tam dominœ abbatissx et
conventus pra;dictorum quam etiam hominum et univer-
de Fours, comme présents quoique absents,
et Pierre Ripert de Monteils, présent et
acceptant de se charger de la procuration des
religieuses qui fut dressée dans l'église
même par le notaire Reymond Gervais,
en présence des témoins Etienne Pinet et
Raymond Grillions, prêtres, Frère Jean de
Carumbo, donat de l'abbaye. La procura-
tion contenait une longue énumération de
tous les pouvoirs donnés aux délégués.
Pierre Ripert jura de remplir fidèlement
son mandat sur l'âm.e de l'abbesse et des
religieuses de tout le couvent.
Munis de leurs pouvoirs les délégués de
sitatis de Pedio Alto prasdicta omnia et singula emolegari
confirmari et ratificari faciant per dominam abbatissam et
ejus conventum et universitatem de Podio Alto, si et
quandocumque per nos fuerunt requisiti quœ omnia et
singula supra dicta Petrus Riperti praîdictus precurator et
procuratorie nomine Deminœ abbatiss;e et ejus conventus
nec non Keymundus Ortolani et Bertrandus Roca nomi-
nibus eorum propriis et nomine procuratorio hominum et
universitatis de Podio Alto, ut de eorum voluntate facta
laudaverunt, approbaverunt pariter et ratificaverunt pr;c-
dicta omnia et singula ratificari, approbari et confirmari
facere peripsos constituentes promiserunt ad voluntatem
dictorum dominerum arbitrorum arbitraterum et amicabi-
lium compesitorum et requestam. De quibus omnibus
quœlibet pars petiit sibi fieri publicum instrumentum.
Acta fuerunt hiec in loco ipsius quœstionis testibus pr.c-
sentibus Domino Guillelme de Rupemaura milite de Belli-
cadro, Johanneejus filio. Domino Petro de Dyons priera
Sancti V'eredimii, Petro de Montrauri, Guillelme Bempar,
Guillelme Imberti alias candelarii de Rupemaura, Petro
Chienze ferarie, Saturnini de Salvaterra et me Johanne de
Roveria de Sarnachiis diœcesis Nemensensis publiée dicti
demini nostri régis Francorum notarioqui pr;cdictis omni-
bus et singulis praîsens fui et ea ad requisitionem partium
in duabus peciis pargamenis conglutinatis cum in une
commode interesse non possent quorum prima incipit in
ultima Wnccih-gi/ima et fuit in eodem cum principie prinue
lineœ secunda^ pecias rati/icaïuii, scripsi manu mea pro-
pria et ad majorem omnium et singulorum preniissarum
firmitatem et robur signe meo propri- et censueto sequenti
signavi.
(Collationné sur son original escrit ainsi qu'il y est
énonce sur deux peaux de parchemin collées ensemble
déposé dans les archives de la vénérable Chartreuse de
cette ville de \'iIleneuve-lez-.Avignon, sous la cote <ie
Furnis /, à nous exhibé et dessuite retiré par V"'" et re-
ligieuse personne Dem Raphaël Paris, coadjuteur de
ladite Chartreuse, par moi, Pierre-Joseph-François Gui-
raud, notaire royal de ladite ville soussigné, le 29 avril
1780. — Signé: Guiraud, notaire.
(Archives municipales de Ville/u-uvc-les-Avignon,FF.y.)
46
iReioue ne rstt cfjtétien.
Pujaut et de l'abbaye de Fours se réunirent
le 23 mai à Roquemaure in ciiria.
Étaient présents, comme témoins, Ber-
trand Mora, Guillaume Garin, Arnaud de
Yacono, Bertrand Imbert, Alphant Castelli
de Roquemaure et plusieurs autres. Les
délégués nommèrent pour arbitres sages et
discrètes personnes maîtres Reymond Pons,
notaire de Roquemaure et Jean Bartho-
lomée, notaire de St-Laurent-des-Arbres,
auxquels les parties adverses remirent tout
pouvoir pour juger irrévocablement leur
différend. Le jugement devait être rendu
avant la fête de la Pentecôte, qui était
proche, et les parties s'engagèrent à s'y
soumettre entièrement sous peine de 25
livres tournois d'amende. Elles le jurèrent
sur les Saints Évangiles qu'elles touchèrent
de leurs mains. Les deux notaires Rey-
mond Ugon et Jean de Rovérié prirent acte
du tout.
Quatre jours après leur nomination, les
deux arbitres Raymond Pons et Jean
Bartholomée, accompagnés des délégués
Guillaume Botin, damoiseau, et Pons Cha-
bert, pour Pujaut, et de Ripert de Monteils
pour l'abbaye, se transportèrent à Fours.
Après avoir entendu la lecture de la procu-
ration en vertu de laquelle les délégués les
avaient nommés, ils écoutèrent les plaintes
des deux parties, les témoins qu'elles pro-
duisirent, visitèrent les lieux objets de la
contestation et prononcèrent leur jugement
qui délimita d'une manière précise ce qui
appartenait à la communauté de Pujaut et
ce qui appartenait à l'abbaye de Fours. Les
notaires instrumentèrent en présence du
seigneur Guillaume de Roquemaure che-
valier de Beaucaire, de Jean son fils, du
seigneur Pierre de Dyons, prieur de St-Vé-
rédime, de Pierre de Montaux,de Guillaume
Bompar, de Guillaume Imbert chandelier
de Roquemaure, de Pierre Chicnze, forge-
ron, de Saturnin de Sauveterre, et dudit
Jean de Rovérié.
Quelques années après, nous trouvons
l'abbesse de Fours en rapports avec le
chapitre de Sainte-Marie de Villeneuve-
lez-Avignon, récemment fondé par le car-
dinal Arnaud de Via. Le 13 avril 1344, les
chanoines réunis dans leur chœur, en pré-
sence de Bernard de Sancto-Flora, prêtre
bénéficier de ladite collégiale, de Pierre
de Rivis, prêtre du diocèse de Clermont, de
Frère Remond Rocheta, donat du monas-
tère de Fours, donnèrent procuration au
chanoine Jean de Besaco pour traiter avec
l'abbesse de Fours. Jean de Besaco lui
abandonna une maison située à Pujaut
franche de tous droits, moyennant unecen-
sive consistant en une éminée de bon et
beau blé, selon la mesure de Pujaut, à rece-
voir chaque année en septembre, pour la fête
de Saint-Michel. Cette éminée devait être
apportée à Pujaut par Remond Almarici
autrement dit Delsplas, qui la devait aux
religieuses pour une pièce de vigne qu'elles
avaient dans le tenement de Sauveterre, au
quartier appelé Al Bosc de Bosa. La cen-
sive exigée par le chapitre consistait encore
en une éminée et demie de bon et bel orge,
selon la mesure du fort Saint-André, que
servaient chaque année les héritiers de Ber-
trand Goy du dit Saint-André pour une
viene située dans le tenement de Saint-
André au quartier appelé Acabirès.
La vénérable abbesse n'avait point traité
sans avoir consulté son chapitre, et la charte
où cette censive est consignée nous fait
connaître les noms des Religieuses compo-
sant alors le monastère de P"ours. C'étaient
Dame Malavicina Malavicina;, Saura Gui-
berta, Seceilia Pontia, Stephana Audemora,
pitancière, Dulcia Vidalia, Emengana de
Roquemaure, Rixende Corpa, Bertrande
de Merindol, Berengaria Peira, Katherina
(JBmnts D'arcbéologie et D'ôistoire sur 93incncutie4e?=3r)ignon. 47
Garneria, Bermona Grega, infirmière, Ber-
trande Daudela, Bertrande Plasseria,
Jeanne Gilberta, Argentina, jardinière,
Saura de Montolivet, Alassia Augera, Dra-
gonta de Laudun, Pauleta Peyriera et Ala-
seia de Merindolio. Toutes ces religieuses
avaient autorisé leur abbesse à conclure
l'échange proposé, par acte passé en leur
église même par Arnald Stephani, clerc du
diocèse de Mirepoix, notaire public, en pré-
sence des témoins : Pierre Maura prêtre du
diocèse d'Agde, Stéphane Eustachii de
Suse, diocèse de Die, Jean Fromenti de
Saint-Victor-de-Gravière, diocèse d'Uzès,
Matthieu Jossandi de Velorge diocèse de
Cavaillon, et frère Guillaume Imbert, donat
dudit monastère.
La même année, le 26 avril, noble Jean
Durand, Doyen, Ugo Ro, sacristain, Jean de
Besaco, Pierre de Viridario, Bernard Sabate-
rii et Jacques Merterii, chanoines de Sainte-
Marie de Villeneuve, réunis en chapitre,
approuvent la convention du 14 avril (').
Cependant la situation isolée du mo-
nastère de Fours l'exposait à de continuel-
les déprédations. Jeanne réclama et obtint
la protection royale. Philippe de Valois lui
donna des lettres de sauvegarde qui furent
adressées par le Sénéchal de Nîmes au
Viguierde Villeneuve pour les faire exécu-
ter. L'abbesse se transporta en personne à
l'audience du Viguier et le requit de se
rendre à son monastère, d'y faire planter des
pannonceaux royaux, de veiller à l'exécution
de ladite sauvegarde, et de prononcer des
amendes contre les délinquants. Le 2 août
1344, le Viguier se rendit à F"ours avec deux
huissiers. Il fit planter des pannonceaux
aux armes du roi autour des propriétés du
monastère et sur la porte d'entrée où la
plaque de fer existait encore en 1 780 ('').
I. Archives du Gard, G. 1241.
T.. Archives de Villeneuve- lez- Avignon, FF. 17, nié-
Ces déprédations de vulgaires malfaiteurs
n'étaient que le prélude de périls plus
graves, qui allaient menacer l'existence mê-
me du monastère de Fours. — Dès 1357, la
Provence avait été ravagéepar la compagnie
d'aventuriers ou routiers conduits par
Arnaud Cervole dit l'archiprêtre. Inno-
cent VI traita avec ce terrible chef et l'é-
loigna de nos contrées. Mais en 1360, une
autre bande de routiers commandée par
Guiot du Pin, Lamit et le Petit Méchin,
et qu'on appela les Tard- Vernis envahit la
rive droite du Rhône. « Batilier, Guiot du
Pin, Lamit et le Petit Méchin chevauchè-
rent, eux et leurs routes, sur une nuit, bien
quinze lieues, et vinrent sur le point du
jour, à la ville de Pont St-Esprit et la
prirent, et tous ceux et toutes celles qui
dedans étaient ; dont ce fut pitié, car y
occirent maints prud'hommes et violèrent
maintes damoiselles, et y conquirent si
grand avoir que sans nombre, et grandes
pourveances pour vivre un an tout en-
tier('). » De Pont St-Esprit, les Tard-Venus
faisaient des excursions jusqu'aux portes
d'Avignon. Le Pape les menaça des foudres
de l'Église; ils s'en moquèrent, et il dut
faire publier contre eux une croisade dont
la direction fut confiée au cardinal Pierre
Bertrand. Sur la rive gauche du Rhône les
croisés se réunirent àCarpentras, sur la rive
droite à Bagnols : intimidés par ces pré-
paratifs, les routiers firent des propositions
d'accommodement. Le souverain pontife
leur donna 60000 florins et ils consentirent
à suivre en Italie le marquis de Montferrat
« moult gentil chevalier et bon guerroyeur,
qui avoit grand temps tenu guerre contre
les seigneurs de Milan et encore faisoit ('). »
Aux ravages des routiers s'ajoutèrent en
moire pour les consuls et commun.iutc de \'illeneuve-lez-
Avignon contre les consuls de Rotiucniaure, les consuls
de Pujout, et le syndic des Chartreux de Villeneuve, p. 16.
1. Froissart, L. I, part. II, c. 147,
48
ïRetiue De l'att chrétien.
ces années malheureuses les ravages de la
peste : elle décima Avignon et les environs.
Nul doute qu'il faut attribuer à ces circon-
stances le déclin du monastère de Fours. Les
religieuses réduites à un petit nombre, ne
trouvant plus de sûreté dans cette abbaye so-
litaire, au milieu d'une campagne dépeuplée,
songèrent à se transférer dans Avignon
même. Un heureux événement les aida à
réaliser leur projet. Urbain V venait de
remplacer Innocent VI sur la chaire pon-
tificale (1362). Or ce pape avait deux sœurs
religieuses de l'ordre de Saint-Benoît, l'une
au monastère de Saint- Laurent et l'autre au
monastère de Fours. Il avait aussi un frère,
Anglic de Grimoard, chanoine régulier de
Saint-Ruf de Valence, prieur de Digne, qu'il
nomma évêque d'Avignon dont le siège
vaquait depuis longtemps. Il le créa cardi-
nal en 1366. Un historien d'Urbain V fait
ce bel éloge du digne frère de ce saint pon-
tife : <iFuit devotissimus et maximus pattpe-
rum et clericorîtiii relevator ('). » Anglic de
Grimoard construisit ou répara, orna et dota
un grand nombre d'églises et de monastères
dans les diocèses d'Avignon, de Nîmes,
d'Uzès, de Mende et de Montpellier. Nous
avons trouvé (-) un portrait de ce pieux et
charitable Cardinal dans une miniature du
temps dont nous comptons donner la repro-
1. Baluze, Vita paparum avejiionensium, quarta vit a
Urbatti V, attctore Aymerico de Peyraco abbate Mayssia-
censi, t. I, p. 417.
2. Archives de Vauchise. G. Fonds de l'évêché d'Avi-
gnon, G. 10. Terrariiini Avinionense, 1362, fol" 12.
On lit à gauche de la miniature :
« Suscipe dona pia librorum
Virgo Maria,
Presulis Anglici famulari
Quein volinsti
Onis basilicae tune {?) Avini
Virginis Aime
Ipse salutem serves.
Tiitamque perennem.^
Onis est la dernière syllabe <S! Avinionis. Cette bizarrerie
se retrouve identiquement la même dans l'inscription
contemporaine de celle-ci gravée autrefois sur la tour de
Barbantane et reproduite dans les comptes relatifs à cet
édifice. G. Fonds de rÈvéché d' Avignon.
duction dans son riche coloris et au milieu
d'un joli encadrement. Il est représenté à ge-
noux offrant le terrier de l'église d'Avignon
à la sainte Vierge patronne de sa cathé-
drale.
Ce fut Anglic de Grimoard qui opéra en
1363 la translation des religieuses de Fours
dans Avignon. Nous connaissons le motif
particulier de l'intérêt qu'il leur portait. Il
leur fit bâtir une église et un couvent auquel
on conserva le nom de l'abbaye abandonnée.
Le Pape approuva cette translation par une
bulle donnée le XVI des Kal. d'avril la
5™e année de son pontificat ('). Le nouveau
monastère, contigu à celui de Ste-Catherine
des Dames de Cîteaux ('), était situé dans
la Carreria Massarum (aujourd'hui rue du
Collège d'Annecy), presque en face de la
maison qu'habitait Agnès de Beaufort,
veuve de Pierre Obreri, architecte du Palais
des papes (^). L'emplacement avait été vendu
au Cardinal par le chevalier Jean d'Au-
ron (''). L'église fut dédiée à Ste Lucie {^),
car l'évêque d'Avignon y avait placé,
avec plusieurs autres précieuses reliques,
un bras de cette illustre Vierge martyre (^).
Il ne reste plus de ces constructions que
1. Dom Chantelou, Historia Monasterii Sancti An-
dréa, ad an. 1239.
2. MM. de la Bibl. d'Avignon, Cambis-Vellcran, .Iniia.
les d'Avignon , t. II.
3. Testament d'Agnes de Bea/(/ort,Arch\ves de Vaucluse
G. fonds de Saint-l5idier, n" 46. Cette pièce a été retrou-
vée et reproduite par M. Duhamel dans une très intéres-
sante étude sur V/iabitation, la famille et la sépulture de
Pierre Obreri architecte du Palais des papes d' Avignon,
publiée dans les Mémoires de t Académie de Vaucluse,
année 1884, première livraison (Avignon, Seguin, frères).
4. Archives de \^aucluse, Terrier de l'évêché, an. 1362,
N" 7.
5. Archives de Vaucluse, D. 308.
6. «... inAvinione asolo ;Bdificavit('.'\nglicus Grimoardi)
monasterium cum ofificinis et habitationibus necessariis
pro monialibus de Furnis ordinis sancti Benedicti, qua;
prias erant ab extra collocatas in loco campestri etaperto;
deditque eis multa bona et reliquias aliquorum sanctorum,
et specialiter brachium sanct^e Luci;e munitum et in cas-
satum in argento. » (Prima vita Urbani V. Baluze, Vitct
paparum aven. t. I, p. 366.)
CtiiDcs D'arcbcologie et Q'bistoirc sur amcncutic=lC5=atiignon. 49
l'éfiflise transformée en ma<jasin avec ses
murs, ses fenêtres, ses contreforts portant les
signes d'appareil du XIV*^ siècle (la façade
a été refaite à la Renaissance), la porte
d'entrée du couvent et quelques portions du
cloître comprises maintenant dans plusieurs
maisons attenantes. Une chapelle de l'église
porte encore à la clé des nervures de sa voûte
les armoiries des Grimoards : de zueules ati
chef d'or emmenché de quatre pointes.
Le cardinal Anglic ne cessa de protéger
le nouveau monastère qu'il avait fondé.
Son testament nous offre un suprême
témoignasse de sa sollicitude. En même
temps qu'il donne à sa sœur Delphine deGri-
moard, religieuse bénédictine au monastère
de St- Laurent une pension viagère de 1 5 flo-
rins d'or, il lègue dix florins d'or de pension
à une autre sœur Isabelle de Sinzelles reli-
gieuse à Sainte-Marie de Fours. Il lègue en
outre â ce monastère la moitié des livres de
sa grande chapelle où il a l'habitude d'enten-
dre les messes chantées ; l'autre moitié était
attribuée aux religieuses deSte-Croix d'Apt.
Ses exécuteurs testamentaires, Guillaume
Vilate abbé de St-André, Audibert de Sade,
prévôt de Toulouse et Pierre Olivier son
camérier, étaient chargés de faire ce partage.
Eniîn il lui lègue trois cents florins d'or afin
d'acheter des vignes pour fournir aux reli-
gieuses leur provision de vin, sans qu'on
puisse, sous aucun prétexte, appliquer cette
somme à une autre destination (').
I. « Supia qua domo (une maison que le cardinal venait
d'acheter à Raymond Malisanguinis damoiseau de Pa-
ternes du diocèse de Carpintras, située à .'Avignon dans
sa livrée, confrontant à la maison de Jean Cavalier, au
monastère de St-Laurent, à la tour dudit monastère
et à deux rues) lego dilecta; mihi in X" sorori Dalpliinaî
Grimoardi dicti monasterii Sancti Laurentii avinionensis
moniali quindecim tlorenos auri currentes de viginti qua-
tuor solidis monetic avinionensis pensionales et pro annua
pensione eidem Dalphina singulis annis solvendos quam-
diu fuerit in humanis. Item lego super eadem domo
Dilectœ mihi in Christo sorori Isabelli de Sinzellis moniali
beata; Maria; de Furnis avinionensis ejusdem ordinis
decem florenos auri valoris supradicti, videlicet de viginti
quatuor solidis, pensionales et pro annua pensione eidem
Le cardinal Guillaume de Chanac té-
moigna aussi par un legs testamentaire de
son intérêt pour le nouveau monastère de
Fours auquel il légua quatre florins d'or (').
Si la protection du frère du pape et de
quelques autres princes de l'Eglise, valut au
monastère de Fours, transporté à Avignon,
quelque prospérité, elle ne fut pas de lon-
gue durée. Le nombre des religieuses fut
toujours en diminuant, et aussi le revenu
du monastère. En 1423, il n'en restait
plus que quatre, et lorsqu'elles avaient
payé les charges qui grevaient leur bien,
elles n'avaient pour vivre chaque année, que
vingt-quatre livres petits tournois. Ces
quatre dernières religieuses étaient Juaneta
de Sobyreto, prieure, Aiguesia de Scutella,
Clementia de Sancto-Romano et Aluvisia
Urtice (-). C'est avec un respect attendri
que nous recueillons ces noms. Celles qui
les portaient avaient voulu s'ensevelir dans
l'ombre sainteducloitre : leur malheurd'avoir
été les témoins de la ruine totale de leur
maison les a fait passer à la postérité. Cette
maison désolée fut du moins le berceau
d'une institution dont l'histoire forme une
Isabelli singulis annis solvendos quamdiu fuerit in hu-
manis. Obligans et expresse hypothecans ac obligatam et
hypothecatam esse volens eisdem sororibus Dalphina; et
Isabelli perpetuo dictam domuni et loquerium ejusdem
pro dicta pensione eis et cuilibet earum solvenda annis
singulis... — Item lego monasterio B. Mari;i; de Furnis
avinionensis et Sanctœ Crucis de Apta supradicto libres
quos habeo deputatos ad usum et servitium capelke nieœ
magnie, in qua solitus sum Missas audire cum nota, et
volo, jubeo atcjue mando libros hujusmodi ipsis duobus
monasteriis a;qualiter dividi perdictosdominosGuillelmum
abbatem monasterii S. .Andre;e, .-Xudibertum de Sado,
Pra;positum Tolosanum et Petrum Olivarii camerarium
meum superius nominatos. Item lego dicto monasterio
B. M. oe Furnis trecentos tlorenos auri currentes semel
tantum solvendos pro emendis vincis ipsi monasterio ex
quibus suam habeat vini provisionem,et volo, jubeo atque
mando quod hujusmodi pecunia, quacumque necessitate
seu occasione contingente, nullis aliis usibus applicetur. '»
(Testamentum R. in Christo Patris et Domini D. Anglici
episcopi Albanensis cardinalis, anno 13S8, ex archivis
S. AndrecC prope Avenionem. Baluze, Vila Paparum
Aveniensium, t. II, p. 102 1 et sq.)
1. Baluze, Vitce Paparum etc, t. II, p. 956.
2. Archives de V'aucluse, D. 30S.
50
iRcuuc De l'art cîjcéticn.
belle et intéressante page clés annales
d'Avignon. Le cardinal fean de Brogny,
évêque d'Ostie, avait eu la pensée de fon-
der un collège où vingt enfants de la Savoie,
sa patrie, seraient reçus gratuitement : ces
écoliers devaient suivre les cours de l'univer-
sité avignonaise ; il avait déjà préparé cette
fondation, mais la mort le surprit avant
qu'il l'eût menée abonne fin. Il chargea ses
exécuteurs testamentaires d'achever ce qu'il
avait commencé. H ugon, évêque de Vaison,
Gérald, évêque de Coserans, François, évê-
que élu de Mende, Anthoine Virronis,
docteur es lois, Alain Brientii, archidiacre
de Bologne, Chrétien Fabri, prévôt de
Riez, Jean de Nemoribus, archidiacre de
Gap,- Thomas de Burgundia, sacristain de
Glandève, jetèrent les yeux sur les bâtiments
qui constituaient le monastère de Fours.
Ils demandèrent au souverain Pontife,
Martin V, d'affecter cet immeuble à la
fondation projetée du cardinal de Brognac.
Le pape se rendit à leur désir. Il chargea
Jean Dupuy, prévôt de Carpentras et tré-
sorier général de l'Église romaine dans le
Comtat, de supprimer la dignité abbatiale
dans le monastère de Fours et de trans-
porter dans un autre monastère de béné-
dictines les quatre dernières religieuses
avecleursbiens et leurs droits; il le charg-eait
en même temps d'unir au collège du car-
dinal, afin d'en assurer l'existence, le prieuré
bénédictin de Bolène qui dépendait de
l'abbaye de l'île Barbe de Lyon. Le motif
qui détermina Martin V à accepter la pro-
position (jui lui avait été faite, mérite d'être
connu ; il est exposé dans ce beau début de
la bulle adressée à Jean Uujjuy où le Pape
dit qu'il met un soin particulier à ce que les
fidèles puissent chercher la perle de la
science : C'est une gloire de la posséder ;
elle chasse la nuit de l'ignorance, elle fait
resplendir au loin le nom de Dieu et la foi
catholique, elle accroît le culte de la justice
publique et privée, elle enseigne le gouver-
nement si utile de la raison, et elle augmente
heureusement tout ce que les hommes
espèrent de bien. Le Saint-Siège ne sau-
rait donc trop favoriser les fondations
qui assurent la diffusion de la science (').
Jean Dupuy accomplit le mandat Pon-
tifical ; il ordonna aux relisfieuses de F'ours
de se transporter dans l'abbaye bénédictine
deSaint-Véran aux portes d'Avignon, affecta
leur monastère au collège qui porta le nom
de Saint- Nicolas d'Annecy, et auquel il an-
nexa le même jour le prieuré de Bolène.
Le 24 JLiillet [428,1e prévôt adressait l'acte
d'exécution de la bulle de Martin V, aux
évêques d'Avignon et de Saint-Paul-trois
Châteaux, ainsi qu'aux abbés de St-André
de Villeneuve et de l'île Barbe de Lyon (-).
1. Martinus episcopus servus servorum Dei, Dilecto
filio Johanni de Putheo pnçposito ecclesise Carpentora-
ctensis in comitatu Venayssini,thesaurario nostro, salutem
et apostolicam benedictionem. In apostolica: sedis spé-
cule superni dispositione Rectoris, licet immei'ito consti-
tutus, ad universas fidelium regiones nostnu vigilantia;
créditas, eorumque profecta et commoda tanquam univer-
salis giegis dominici pastor, commiss.c nobis specula-
tionis aciem extendentes, fidelibus ipsis ad querendum
litterarum studia et scientiit maigaiitam cujus, dum in-
venitur, gloriosa est possessio, per qiiam ])elluntur igno-
rantiae nubila et divini nominis fideique catholicaî cultus
protenditur, justitia colitiir tam publies quam privata,
ratio geritur utiliter, omnisque spes humanae conditionis
féliciter adaugetur, pastoralem curam studiosius impen-
dimus et ne de hujus modi fonte irrigue tam precelsum
commendabileque exercitium haurire anhelantes reruni
defectus retrahat apostolicœ liberalitatis manus apponi-
mus illaque pia testantiuni vota qu;e pro multiplicandis
hujusmodi doctrin;e fructibus salutaribus prodiisse com-
periraus ut ad debitum producantur efîfcctuni libenter
gratiis et favoribus prosequiniur opportunis (Archives
de \'aucluse. D. 301S, fol. 29.)
2. Keverendis in Chrislo patribus et Dominis Domi-
nis miserationc divina .'\venioncnsi et Trirastrincnsi epi-
scopis ac nionasterii Sancti Andrc;e ordinis sancti Henc-
dicti avenionensis et nionasterii Insiikt Barbar.v ejusdcm
ordinis Lugduncnsis diœcesum abbatibus ac omnibus aliis
universis et singulis pricsentes litteras inspecturis, Jo-
hannes de Puteo prx-positus ecclesi;u Carpentoractensis et
in Comitatu Venaissini pro Domino nostro papaetSancla
Romana Ecclesia Tliesaurarius generalis, judex et coni-
missarius ac executor unicus ad infra scripta a sancla
sede apostolica specialiter dcputatus salutem in Domino
et presentibus fidem in dubium adhibcre Idcirco
Ctuoes D'arcbéologie et D'bistoirc sur îîiUencut)C=Ie5=at)ignon. 51
Quelques jours après, les délégués du
prévôt, munis de l'acte d'exécution de la
bulle de Martin V, se présentèrent au
monastère d'Avignon, pour en prendre
possession au nom des exécuteurs testamen-
taires du cardinal de Brogny. Les religieu-
ses, à genoux, jurèrent obéissance à l'ab-
besse de St-Véran, puis dame Juaneta de
Sobyreto accomplit (avec quels sentiments
tristes et résignés, on l'imagine) son dernier
acte de prieure. Elle conduisit les délégués
à l'église, elle leur en remit les clés, et ils
ouvrirent et fermèrent la porte. Elle leur
présenta la corde de la cloche, qu'ils firent
tinter. Arrivés à l'autel, ils le touchèrent de
la main droite, y déposèrent le missel qu'on
leur donna, l'ouvrirent et le fermèrent. De
la chapelle, le cortège se rendit au réfectoire,
au cellier, à la chambre abbatiale, et aux
autres chambres où eut lieu la même céré-
monie de la tradition des clés, de l'ouver-
ture et de la fermeture des portes. Enfin
auctoritate apostolica nobis commissa et qua fungimur in
hac parte prefatis dominis Hugoni, Geraldo Vasionensi
et Conseranensi episcopis et Francisco olim electo nunc
vero episcopo Gebenensi ac Anthonio Virronis, Alano
Brientii, Cristino Fabri, Johanni de Nemoribus et Thoma;
de Burgundia ac aliis executoiibus dicti bon;E memoriœ
Domini Johannis episcopi ostiensis sacrosantii; Roman;e
EcclesiiçCardinalis et Vicecancellarii memorati collegium
in dicta civitate Avenionensi et apuddictum monasterium
de Furnis pro usu et liabitatione dictorum viginti quatuor
scolarium sive studentium in ipsa civitate pro tempore
vacatLirorum fundandi et erigendi plenam et liberam
largiti fuimus et largimur per prcesentes licentiam et aiic-
toritalem necnon moniales pr;efatas dicti monasterii de
Furnis quatuor in numéro existentes cum facultatibus
aliisque suis et ipsius monasterii de Furnis redditibus
bonis rébus, ad aliud monasterium videlicet ad monaste-
rium Sancti Verani prope Avinionem quod dicti ordinis
Sancti Benedicti existit cum in ipso monasterio Sancti
Verani ipsx- moniales congruentius degere et susten-
tare valeant quam in dicto monasterio de Furnis, eadem
auctoritate apostolica transtulimus et transferimus ac
dignitatcm abbatissalem et ordinem .Sancti Benedicti hu-
jusmodi in eodeni monasterio de Furnis suppressimus et
supprimimus, illiusque monasterii de Furnis donios et
edil'ficia eidem coUegio per ipsos dominos executores fuu-'
dando in perpetuum applicavimus et appropriavimus et
applicamus et appropriamus per présentes Monuimus
insuper auctoritate apostolica predicta qua fungimur in
hac parte et tenore presentium monemus primo secundo
tertio et perhenniter communiter et divisim prefatas olim
on arriva à la salle des archives : la prieure
ouvrit aux délégués les deux cofïres renfer-
mant les titres du monastère ('). Il ne res-
tait plus à dame Juaneta de Sobyreto et à
ses trois religieuses que de dire adieu à ces
murs oi^i elles avaient espéré finir leurs
jours, et à se retirer dans la résidence qui
leur était assignée : le monastère de Fours
était devenu le collège Saint- Nicolas d'An-
necy.
Le vieux monastère de Fours abandon-
né au fond de la V'alergue et les autres
possessions qui restaient aux quatre reli-
gieuses reçues à St-V'éran, devaient être
une charge onéreuse pour leurs nouvelles
sœurs. D'un autre côté les supérieurs du
collège Saint- Nicolas d'Annecy devaient
désirer posséder non loin d'Avignon une
maison de campagne. Quatre ans après
leur translation, les quatre religieuses ven-
daient au collège leur ancien couvent avec
son église et leurs autres terres. « L'acte de
dicti monasterii de Furnis moniales quatuor in numéro
existentes, videlicet religiosas dominas Jaonetam de
Sobyreto olim dicti monasterii priorissam, Aiguesiam de
Scutella, Clementina de Sancto Romano et Aluvisiam
Urtice a dicto olim monasterio de Furnis ejusque
domibus et habitationibus cum bonis et rébus ac fructibus
et redditibus earumdem exeant et recédant et ad dictum
monasterium Sancti Verani se tra.^sferant, possessionem
liberam et vacuam ac expeditam dicti olim monasterii de
Furnis ac domorum et habitationum ejusdem dictis domi-
nis executoribus dicti quondam Domini Cardinalis Ostien-
sis fundatoris prefatis seu eorum procuratoribus ad opus
et utilitatem dicti collegii et scolarium ejusdem, dimittcnt
tradantque et délibèrent, cum efteclu et ipsa: dominLC ab-
batissaj et moniales Sancti Verani predictie easdem qua-
tuor moniales dicti olim monasterii de Furnis prenominatas
in dicto ipsarum monasterio Sancti Veiani cum dictis ea-
rum bonis et rébus ac fructibus et redditibus recipiant
et admittant ac caritative eas tractent... Datum et actum
Carpentoracti, in domo habitationis nostra;, videlicet in
domo dict;c nostric Thesaurari;e officii et in viridario ejus-
dem nobis inibi super quoddam sedile lapideum pro tribu-
nali more majorum, sedentibus, quem locum ad predicta
peragenda nobis elegimus anno a Nativitate Domini mil-
lesimo quadragentesimo vigesimo octavo et die vigesima
tertiamensis Julii indictione sexta, pontificatus dicti Do-
mini nostri Martini divina Proxidcntia papa' C|uinti anno
undccimo...
(.■\rchives de \'aucluse, D. 30S, fol. 92-102.)
I. Archives de Vauclusc, D. 308.
52
iRetiue De l'9rt cïj rétien.
vente en date du 19 août 1428, exprime en
détail tous les biens meubles et immeubles
des religieuses; il fait mention non seule-
ment des biens fonds de ce monastère, mais
encore des lieux où ils étaient situés. Il y est
dit que les religieuses de Fours possédaient
des biens à Villeneuve, Avignon, Pujaut,
Sorgue, à Saumane et à Baume dans le
Comtat... Voici comment le domaine de
Fours y est désigné : et premièrement une
grange ou domaine vulgairement appelé de
Fours, dans lequel était anciennement le
dit monastère de Fours situé dans les appar-
tenances et le district, c'est-à-dire, du terri-
toire de la juridiction du village de Saint-
André-lez-Avignon, avec tout son terroir
culte et inculte formant environ 200 salmées
de terre. Qiioddam viansiini sive grangmm
aiit doiiiuiii, zndgariter de Furiiis iiîuiciipa-
tum in quo antiq2ut»i erat diciuin nionaste-
riuni de Furnis, siiîcainin in pertinentiis ac
districtu seu territorii jurisdictionis castri
sajicti Andrcce prope-Avinioiiem,cum toto ejus
territorio tam ciUto qicam iiicuKo, inieroiimia
circa ducentos smunatas terres ("). » Martin V
confirma, par une bulle du 2g décembre
1430, cette vente. L'an 1435 le concile de
Bâle confirma aussi, à l'instance du duc de
Savoie.protecteur du collège Saint-Nicolas,
l'union du prieuré de Bolène et l'affectation
du monastère avignonais de Fours [^). Enfin
Calixte III, en 1458, ratifia tout ce que ses
prédécesseurs avaient concédé en faveur de
ce collège, soit l'union du prieuré soit l'af-
fectation du monastère (3).
Le collège Saint-Nicolas d'Annecy ne
garda que quelques années la grange et le
domaine de Fours; il les céda, contre une
rente de 50 Horins d'or, à la chartreuse de
Villeneuve. Pie II par une première bulle
1. Archives de ViUeneuve-Iez-Avignon. I-'F. y.
moire pour les consuls, etc., pp. i6, 17.
2. Archives de Vaucluse, I). 308.
3. Archives de Vaucluse, D. 308.
Mé-
chargea en 1459 le cardinal de Foix de pro-
céder à cet arrangement, qu'il confirma par
une seconde bulle en 1460. Entre les mains
des Chartreux, Fours devint une ferme pro-
ductive; ils y créèrent un moulin à huile, un
moulin à blé, une tuilerie. En 1690 cette
ferme leur rapportait 34 salmées de blé (").
En 1732 elle leur fournissait 300 œufs (^);
en 1747 ils affermaient le moulin à blé à
Jean Bouchet au prix de 15 salmées de
blé. Cependant l'antique église de Fours
avait traversé intacte toutes ces vicissitudes.
Le samedi soir un père chartreux arrivait
à la ferme et le dimanche, dès l'aube, il célé-
brait les saints mystères pour les cultiva-
teurs d'alentour. La prière liturgique s'éle-
vait ainsi de loin en loin dans ce vénérable
sanctuaire, qu'avaient rempli jadis les chants
de la psalmodie monastique, et la cendre de
la pieuse fille de Pierre d'Albaron pouvait
tressaillir au contact de la robe blanche du
fils de saint Bruno, qui frôlait sa tombe en
franchissant le seuil sacré. Mais à la Révolu-
tion ce dernier accent de la prière s'éteignit:
la ferme fut vendue et la tombe fut violée.
Du moins la belle église de l'ancien monas-
tère est encore debout, pleurant .sa gloire
passée. Le visiteur peut encore admirer sous
le porche dégradé l'épitaphe de la généreuse
Mabilia. Ce monument rappelle la meilleure
époque de l'architecture romane, ce nom
évoque le souvenir de quelques âmes saintes
qui trouvèrent dans cette pauvre solitude
les joies du divin amour. En faut-il davan-
tage pour que l'humble histoire de Fours
attire sur ces ruines un regard ému de qui-
conque est sensible, au milieu des vaines
agitations de la vie, aux beautés de l'art et
aux parfums de la vertu ?
F". FUZET.
Doyen de Villeneuve-lez-Avignon.
1. Archives du Gard, H. 344.
2. Archives du Gard, H. 352.
■Mk ^Xb flSft ^Xa ^Xa ^Xft ^^M flXft flXft flSft aZa aXb ^Xa ^^m dXft ^B^ ^^w ^^w ^^w ^^m ^^m ^^w ^^m ^^u ^^m ^B^
Des bases et ïies ustensiles eucftartstiques.
(troisième article.) ^^^^^^
§ I. Allemagne et Autriche.
OLOGNE. — A l'église des
Saints-Apôtres, calice en argent
doré, richement orné(XIIIe s.).
Les médaillons en bas-relief du
pied représententrAnnonciation, la Nativité,
le Crucifiement et la Résurrection du Sau-
veur. Il y a d'autres calices remarquables à la
cathédrale, à Saint-André, à l'Assomption,
à Sainte-Catherine, à Saint-Géréon, etc. (").
Gran (Hongrie). — A la cathédrale,
calice en argent doré, du XV^ siècle. Le
pied est disposé en forme de rose à six
feuilles, décorées de filigranes rétiformes ;
l'une d'elles porte dans un écu une double
aigle couronnée.
HiLDESHEiM (Cathédrale d'). — Calice
en or, attribué parla tradition à Bernwald,
treizième évêque d'Hildesheim (►!< 1079),
mais d'un travail qui accuse le XI 1 1<^ siècle.
Au-dessus de la représentation de la Cène,
on lit ces deux vers :
Rex sedet in cœna turba cinctus duodena
Se tenet in manibus se cibat ipse cibus.
La topaze qui en orne le nœud est une
des plus grandes pierres de ce genre qui
soit connue en Europe.
Autre calice attribué à saint Bernwald,
évêque d'Hildesheim {>i> 1146). Toute la
coupe est entourée de filigranes, sauf un
espace en demi-cercle, réservé pour les
lèvres du célébrant.
Francfort-sur-le-Mein. -- A la cathé-
drale, calice d'argent doré du XV^ siècle ;
sur les lobes du pied, fines gravures repré-
I. Cf. Bock, Très, sacr.de Cologne.
sentant le Christ, la Vierge- M ère, saint
Georges, sainte Catherine, sainte Barbe et
la Crucifixion.
Kremsmunster (Autriche). — On con-
serve, à cette abbaye, un grand calice en
cuivre doré, exécuté par ordre de Tassilo,
duc de Bavière, et de sa femme Liutperge,
fille de Didier, roi des Lombards (XTII^ s.),
comme l'indique l'inscription du pied :
Tassilo dvx fortis livperg virgo regalis.
Cinq plaques d'argent niellé, adaptées à la
coupe, représentent le Christ et les quatre
symboles évangélistiques.
Munich. — A la Riche-Chapelle du roi
de Bavière, magnifique calice d'or, aux
armes de Maximilien I^'", duc de Bavière.
Des émaux incrustés à fleur de métal for-
ment une ornementation d'un goût très pur.
OsNABRucK. — Calice en argent doré et
émaillé du XIV^ siècle. Les émaux repré-
sentent la trahison de Judas, la comparution
devant Caiphe, la Flagellation, le portement
de Croix, le Crucifiement, les prophètes, les
apôtres, des anges, le phénix, le pélican,
et les quatre symboles évangélistiques (').
Il y a encore des calices remarquables du
m.oyen âge aux cathédrales d'Aix-la-Cha-
pelle (XV' s.), de Dantzig (XV'= s.), de
Francfort-sur-le-Mein (XV'" s.), de Lubeck,
de Mayence (XL' et XA'^ s.), de Monza
(XV'' s.), d'Osnabrlick (XI IP etXV= s.), de
Paderborn (XI H" s.), de Ratisbonne
(XI I F s.); aux abbayes d'Admont (XIV" s.),
de Klosterneubourg (XIV° s.), de Saint-
I. De Linas, Expos, de DusseUorf, dans la Rev. de
FArt chrét., janv. iSSi, p. 55. Nous avons emprunté quel-
ques autres indications à cet excellent travail.
1885. ^- i'"= Livraison.
54
Eetjue te l'art c&réticn.
Pierre de Salzbourg (XII^ s.), de Wilten,
près d'Inspruck (XII' s.) ; à Saint-Gervais
de Trêves (XI' s.) ; aux églises d'Emmerich
(XP s.), de Fritzlar, de Gladbach, de Wesel,
etc ; à la chapelle du château de Mamberg, en
Bavière (XVI' s.); au musée de Berlin, etc.
§ 2. Belgique.
Namur. — Au couvent des Sœurs de
Notre-Dame, calice du XI 11= siècle, dont
le pied est décoré de dix plaques niellées.
Une inscription fait connaître sa destination
originelle et le nom de l'artiste : >i* Hvgo me
fecit : oraie pro ea : calix ecclesiœ bcati
A^ickolai de Ognies.
Autres calices à Saint-Jacques de Liège
(XV' s.), à Saint-Servais de Maestricht
(XI IP s.), à la chapelle de l'archevêché de
Malines (XV' s.), au musée diocésain de
Bruges, etc.
§ 3- Espagne et Portugal.
AjuDA. — L'exposition universelle de 1867
a fait connaître le calice en vermeil de la cha-
pelle du palais d'Ajuda (Portugal). C'est une
œuvre du XVI' siècle, dont le ciseleur est
resté inconnu. Les douze apôtres sont
groupés, deux par deux, dans les six niches
qui décorent la coupe et d'où pendent des
clochettes. De nombreuses scènes de la
Passion sont figurées dans de petits cadres
qui garnissent la tige (').
BuRGOs. — Calice en or du XV' siècle,
richement décoré de perles et de pierres
précieuses. Le custode m'a affirmé qu'il
valait un million !
Madrid. — Au musée naval, calice fait
du bois du ceiba, à l'ombre duquel fut
célébrée la première messe à la Havane,
le 19 mars 15 19. Au musée archéologique,
on voit un calice décoré d'ivoire et de corail.
Saint-Dominique de Silos. — A cette
abbaye, occupée aujourd'hui par des Béné-
I. Magas. pu/., 1873, p. 169.
dictins de la Congrégation de France, se
trouve un calice du XI' siècle, dont Inscrip-
tion nous apprend qu'il a été fait en l'hon-
neur de saint Sébastien, par un abbé nommé
Domenico. Des arcatures en plein-cintre
sont figurées en filigranes autour de la coupe.
Sarragosse. — A Notre-Dame del
Pilar, calice orné de 1999 pierreries.
Autres calices à la cathédrale de Coïmbre
(XII' s.), à l'Académie royale des Beaux-
Arts de Lisbonne (du XII' au XV' siècle),
au cabinet de don Luis, roi de Portugal, à
la cathédrale de Séville (fausse attribution
au papeClément F"^), etc;calices à clochettes
aux cathédrales de Braga, de Caminha, de
Lamego, de Guimaras, etc.
§ 4. France.
Notre ancienne orfèvrerie sacrée a perdu
la plupart de ses chefs-d'œuvre ; ils ont été
détruits au XV 1 1' siècle par les H uguenots ;
sous Louis XIV, pour battre monnaie au
profit des expéditions guerrières : sous
Louis XV, par mépris de tout ce qui était
gothique, et enfin surtout, pendant la tour-
mente révolutionnaire, où tant d'œuvres
d'art religieuses ont été jetées au creuset.
Depuis, le vandalisme a parfois été en-
couragé par ceux qui auraient dû se montrer
les respectueu.K conservateurs des monu-
ments antiques. C'est ainsi que Mgr Affre,
dans son Traité des /v?(^;7^«<?^-, n'a point hé-
sité à écrire ces lignes stupéfiantes : « Si les
vases sacrés sont d'un goût gothique, le
curé peut exiger du conseil de Fabrique
qu'ils soient remplacés par d'autresd'un goût
plus moderne.»
Amiens. — On conserve à l'Evêché un
calice provenant de Saint-Martin-au-Bourg,
lequel, d'après l'ancienne tradition de cette
paroisse, aurait servi à saint Thomas de
Cantorbéry, alors qu'il y dit la messe en
I 1 70. Le style de ce calice nous semble
Des tiases et Des ustensiles eucbaristiques.
55
démontrer qu'il ne remonte pas plus haut
que le XI II" siècle.
Bar-sur-Aube. — A Saint-Maclou, calice
en vermeil, dont la coupe est frappée au
marteau. Les douze apôtres y figurent avec
Jésus-Christ, ainsi que les animaux évan-
gélistiques et diverses scènes du Nouveau-
Testament.
Bellaing (Nord). — -Calice duXV^I'siècle,
provenant de l'abbaye de Saint-Martin de
Tournai. Sur le pied, douze médaillons circu-
laires représentant des scènes hagiographi-
ques, relatives à sainte Catherine, sainte Mar-
the, saint Vaast, saint Amand, saint Eloi, etc.
BiviLLE (Manche). — On y conserve le
calice du bienheureux Thomas Hélie
(XI II" s.). Il est en argent doré et non pas
en or massif, comme on l'a souvent prétendu.
Sur le pied on lit cette inscription trois fois
répétée : ►$< par amour sui (sic) donné. La
tradition veut que ces paroles fassent allu-
sion au don que saint Louis aurait fait de ce
calice au bienheureux Hélie, par affection
pour lui. On a récemment supposé que ces
paroles doivent être mises dans la bouche de
Jésus-Christ qui se donne par amour dans
l'Eucharistie. Mais cette interprétation paraît
invraisemblable ('). Remarquons d'ailleurs
que cette inscription est très postérieure au
calice; elle aura probablement été regravée
au XV" siècle, alors qu'on fit quelques ré-
parations à ce précieux objet.
Chelles. — Le calice, exécuté par saint
Eloi et donné à l'abbaye de Chelles par
sainte Bathilde, fut envoyé à la Monnaie,
en 1792 ; il n'est donc connu que par
des eravures. On a lonijuement discuté
si certaines décorations de ce précieux
monument étaient en verroteries incrus-
tées à froid ou en émail cloisonné (').
1. Cf. Rev. lie VArt chrét., 2""= série, t. IV, p. 120.
2. Cf. Méiii. des ant. de France, y série, t. VU, p. 203;
BuUet., p. 176; Rev. de C-irt chrét., t. VIII, p. 113,
etc ; t. XXVIII, p. 320.
Cette dernière opinion a fini par prévaloir.
La Rochelle. — Au Grand Séminaire,
on conserve un calice en vermeil, que l'on
dit avoir servi à Richelieu, célébrant une
messe d'actions de o^râces,
dans l'église
Sainte-Marguerite, le jour de l'entrée de
Louis XIII à La Rochelle.
Nancv. — Calice de saint Gozlin (X" s.).
Sa coupe hémisphérique, pourvue de deux
anses, est soutenue par un pied de forme
élégante. Le tout est orné de filigranes, de
pierres précieuses non taillées et de perles
enchâssées.
Paris. — On conserve, au Cabinet des
Antiques, un petit vase d'or, trouvé à Gour-
don, en 1845; ce parait être un calice du
V" ou VI" siècle et non pas une burette,
commel'ont supposé quelques archéologues ;
c'est une coupe, cannelée par le bas, décorée
dans la partie supérieure de six cœurs en
pierres fines, et supportée par un pied coni-
que, sillonné de cannelures à arêtes vives.
Reims. — Calice d'or, dit de saint Rémi,
apporté à Paris en 1 792 et restitué à la cathé-
drale par Napoléon 1 1 1, en 1 861. Sa décora-
tion principale consiste dans une bande d'or,
sur laquelle alternent des pierres fines en-
tourées de perles et de cabochons d'émail.
On y compte 7 émeraudes, 6 grenats, 3
saphirs et 9 agates. Ce magnifique vase a
toujours été désigné sous le nom de calice de
saint Renii,i>2SiS, doute parce qu'il fut exécuté
pour remplacer un vase que saint Rémi avait
légué à son église métropolitaine. On lit sur
le pied l'inscription suivante, qui a dû con-
tribuer, après une absence de soixante-dix
ans, à faire rentrer ce précieux objet dans son
vénérable asile. Quiciinique. hiinc.calicem. in-
vadiave7'it. vel. ab. ecclesia. Rcmensialiquo via
do alianaverit. anatliema. si t. fiai. Amen. — Ce
calice a été attribué par plusieurs archéolo-
gues au XI" ou auXlI"siècle. M.J. Labarte(')
I. Hist. des arts industr., 2° édit., t . I, p. 344.
56
iRetîue De V art chrétien.
croit que c'est l'œuvre d'un des artistes grecs
qui ont suivi en Allemagne l'impératrice
Théophanie, mariée en 972 à Othon II.
Saint-Jean-du-Doigt (Finistère). —
Calice donné, dit-on, par Anne de Bretagne,
en 1506. Il est décoré de rinceaux, d'enroule-
ments, de dauphins et de huit statuettes
d'apôtres.
Saint-Servant (Morbihan). — On y
conserve un calice sur lequel est inscrit, en
lettres gothiques, le nom de sanci Gobrian.
On sait que saint Gobrien, évêque de Van-
nes, se fit ermite dans ces parages.
Sens. — A la cathédrale, calice en ver-
meil du XV'^ siècle. La coupe n'a pour
ornements que des fiammes; le nœud est
décoré de treize médaillons, représentant la
Vierge et les douze apôtres.
Autres calices aux cathédrales de Lyon,
de Pamiers, de Paris (XV L s.), de Troyes
(XII I'^ s.) ; aux églises de Bellignies (Nord),
de Chitry (Yonne), de Genolhac (Gard), de
Gordes (Vaucluse), de Malabat (Gers),
d'Obies (Nord), de Rocamadour (Lot),
de Saillant (Corrèze), de Saint-Marc-sur-
Couesnon (Ille-et-Vilaine), de Saint-Omer,
de Sainte-Radegonde (Gers), de Tintury
(Nièvre); au musée de Cluny, etc.
On voit des calices, plus ou moins re-
marquables, dans des collections particuliè-
res, telles que celles de M. Basilewski, de
M. Odiot, du prince Soltikoff, etc. M. P. du
Chatellier possède une coupe en argent,
trouvée à Plomelin (Finistère), dont le fond
représente la sainte Face de Notre Sei-
gneur, avec cette inscription: Ecce. aiig.
vul. sanctus, c'est-à-dire Ecce augustus vul-
tus sanctus. Cet antiquaire croit que c'était
un vase du XIV"^ siècle, destiné à la distri-
bution du vin consacré, à l'époque où les
fidèles communiaient encore sous les deux
espèces. (< L'image du saint Suaire, dit-il ('),
I. BiilUt. inoHum., t. .KLI, p. 723.
aurait été disposée dans le fond de la
coupe, dans le but de placer, au moment de
la communion, grâce à l'inclinaison du vase,
la Face même du Christ sous les yeux de
celui qui recevait sa chair et son sang. »
M. Poussielgue-Rusand, M. Armand
Cailliat et d'autres orfèvres ont exécuté,
dans le style du moyen âge, de remarqua-
bles calices. Bornons-nous à citer ceux des
cathédrales d'Auch, de Saint- Martin de
Laon, de Notre-Dame de la Délivrande et
de Saint-Didier-sur-Riveric (Rhône).
§ 5. Grande-Bretagne.
Ardagii (Irlande). — - Le calice d'Ardagh,
ainsi nommé du lieu où il a été découvert,
est en argent, pourvu de deux anses, et dé-
coré d'ornements en filigrane d'or et en
émail. On y lit les noms des douze apôtres.
Ce calice, croit-on, est celui dont il est
question dans les annales irlandaises, en
1129, comme étant l'œuvre de la fille de
Roderic O'Conor (').
Autres calices du moyen âge, à l'église
Saint-Chad de Birmingham (XIV^ s.), au
collège Sainte-Marie d'Oscott (XV" s.),
au collège du Corpus Christi à Oxford
(XV^s.).Un certain nombre d'anciens calices
d'Angleterre ont été publiés par Bough
(Sepulclirale Monuments in Grcat Britain,
5 vol. in-f").
i^ 6. Italie.
Assise. — Calice d'argent donné en 1 290,
par le pape Nicolas IV, et exécuté par
Guccio de Sienne. Sur la coupe, des figures
de saints, gravées, se détachent sur un fond
d'émail bleu.
Milan. — - Calice en argent et en ivoire
(XIV'= .s.). Calice d'or, avec figurines, assi-
ses, d'apôtres.
P1STOIA. — A la cathédrale, calice d'ar-
gent exécuté, en 1384, par Andréa Braccini.
I. IhilUt. de la Soc. des antiq. de France, 1879, p. 189.
Des tiascs et Des ustensiles eucharistiques.
57
Rome. — Seroux d'Agincourt a publié
deux calices des Catacombes, dont la coupe
est très allongée (').
Au palais du Vatican, nombreux calices de
diverses époques. L'un des plus curieux est
un vase de verre à anses, d'une forme très
gracieuse, trouvé au cimetière Ostrien (-).
Le calice d'étain qu'on montre à la sacris-
tie de l'église des Saints-Côme et Damien
comme étant celui de saint ¥é\\x II, retiré
dans ces lieux en 360, pendant les persécu-
tions ariennes, ne paraît pas authentique à
Mgr Barbier de Montault (^). — A l'église
Saint-Marc, calice à émaux translucides
(XV" s.). — Au couvent des Oratoriens,
calice dont se servait saint Philippe de Néri.
Venise. — Au Trésor de Saint- Marc,
beaucoup de calices et de patènes de diver-
ses époques, la plupart en matières précieu-
ses. Il y a huit calices à deux anses. On
attribue au X"" siècle un vase de sardoine
monté en argent doré, où 15 médaillons
d'émail cloisonné représentent le Christ,
la Vierge et divers saints, en buste.
Zamon (Tyrol italien). — En 1875, on
y a découvert un calice d'argent du VI^ siè-
cle, pesant 320 grammes. Il est aujourd'hui
conservé dans l'église paroissiale de cette
localité. On y lit cette inscription: ^ De
donis Dei Wrsvs diaconvs satuto petro et
saneto pavlo optvlit. La coupe peut conte-
nir un litre et demi de liquide (^).
§ 7. Pologne et Russie.
Percieslav (Russie). — A la cathé-
drale, calice du XI IP siècle.
Plock (Pologne). — Outre le calice de
Conrad; dont nous avons cité l'inscription,
on voit, à la cathédrale, un calice en or,
donné par le prince Charles-Ferdinand, au
1. Hist. de Part, peint., pi. Xll, n" 28.
2. De Rossi, BtiUeiino, 1879, tav. IV.
3. Les enlises lie Rome, dans la Rev. de PArt chrt't., sept.
1875.
4. Uc Rossi, lUttlct., 1S7S, tav. XU.
milieu du XVIL siècle. Des médaillons en
émail, encadrés, représentent la Cène, l'ap-
parition d'Emmatiset le Jardin des Oliviers.
SouzDAL (Russie). — Au monastère de
Spasso-Effimiev, plusieurs calices d'argent
gravé et ciselé (XVL s.).
Trzemeszno (Pologne). — Sans parler
des calices relativement modernes, nous
devons mentionner trois calices du X^ siè-
cle. L'un est travaillé au marteau ; l'autre
offre un sujet symbolique fort curieux : la
crèche où naquit l'Enfant-jÉsus ; elle est
couronnée de clochers byzantins, en sorte
que l'étable de Bethléem est la figure de la
future Eglise. Le troisième calice, dit de
saint Adalbert, est une coupe en agate dou-
blée en or à l'intérieur et dont la bordure
inférieure est travaillée en forme de Heurs
de lis ('). L'espace ne nous permet pas de
nous occuper des calices des autres pays.
Notons seulement qu'en 1879, on a trouvé,
sur l'emplacement de Kobt, ancienne Cop-
tos, jadis centre du Christianisme dans la
Haute-Egypte, une très belle coupe en
verre, ornée de poissons dorés, et que l'on
croit avoir servi au sacrifice eucharistique.
Cl)eip(tr0 tif. — • Des accessoires
du calice, s^-v-.-^---^-------^-^-^---.-----
article I. — Des pales.
^M^^ — I A pale, qu'on ferait mieux d'écrire
f I (^yjr^ pallc, pour se conformer à l'éty-
vaoXogxQ pal/imii, sert à couvrir le
'calice pendant une grande partie
du Saint-Sacrifice. En France, on lui donnait
souvent le nom de carri',a cause de sa forme.
Primitivement, le corporal s'étendait sur
toute 11 longueur de l'autel et pouvait, à
I. Przezdziecki, Monum. du moyen âge et de la Renais-
sance dans Pancienne Pologne, t. I, pi. iv, v, vi, vu ;
t. II, pi. .\.
l^"' LUKAISON.
58
iRctiiic De r^rt chrétien.
certains moments, se replier sur le calice
pour le protéger. Mais quand le corporal
fut raccourci, on usa d'un second corporal
nommé pale, et qu'aujourd'hui, en France,
nous assujettissons à un carton.
L'abbé Pascal a invoqué à tort un texte
du pape Innocent III ('), pour démontrer
l'antiquité de la pale. Le cardinal Bona
s'est également mépris sur la signification
de ce même passage : Duplex est palla qiiœ
dicitiir corporale, 7ina qjuDn diacomis super
altare totutn extendit, altéra quavi sjiper cali-
ce)uplicatam imponit. Il s'agit ici, non pas de
deux linges séparés, mais des deux parties
du corporal, dont l'une couvre la table de
l'autel, et dont l'autre sert à couvrir le ca-
lice. La preuve, c'est qu'Innocent 1 1 1 ajoute
aussitôt : « La partie qui est étendue (pars
exteiisa) représente la Foi ; celle qui est re-
pliée (pars plicata) figure l'Intelligence.»
Il faut, de plus, remarquer le titre même
du chapitre : « Des corporaux : Pourquoi
une partie est étendue, et l'autre repliée au-
dessus du calice {''). »
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'usage
des pales existait au XIV'^ siècle, en divers
pays, car Raoul de Tongres {') nous dit
que dans toute l'Italie et l'Allemagne on
suivait l'usage de Rome en se servant de
la pale pour recouvrir le calice, mais qu'en
F"rance, on persévérait à n'employer pour
cet usage qu'une partie du corporal.
La pale ne s'introduisit en France qu'au
XVII' siècle et ne fut à peu près univer-
sellement admise qu'au XVI 1 1*=. Avant la
Révolution, les diocèses d'Orléans et de
Rouen, les Dominicains et les Chartreux
continuèrent à replier sur le calice le cor-
poral auquel ils avaient conservé les grandes
dimensions d'autrefois. C'est ce qui se fait
1. De sacrn inysterio altaris, lib. II, c. 55.
2. Du sacre' mysÛre de Pautel, opuscule du pape Inno-
cent III, trad. et annoté par l'abbé Couren, p. 154.
3. In canon, obsetv.
encore aujourd'hui dans le diocèse de Lyon.
A Rome, la pale, ayant environ 15 centi-
mètres carrés, ne couvre la patène qu'en
débordant très peu par ses angles. C'est
une double toile de lin, bordée par une
étroite dentelle. Il en est de même en
Espagne. Dans quelques diocèses d'Italie,
on voit des pales dont la partie supérieure
est en drap d'or. En France, la toile est
fixée à un carton, recouvert d'une étoffe de
soie, de la couleur liturgique du jour, sou-
vent brodée en or, en argent, et même en
perles. On raconte, dit l'abbé Pascal ('),
que pendant le séjour de Pie VII à Paris,
une dame lui offrit une riche pale ornée de
rubis et d'une exquise broderie d'or. Le
pontife, après avoir admiré la beauté du
présent, pria la dame de le reprendre, en
lui faisant observer que l'Eglise romaine ne
se servait que de pales de lin.
Le 10 janvier 1852, la Congrégation des
Rites, vivement sollicitée, a fini, contraire-
ment à ses décrets antérieurs, par tolérer les
palesdont lapartie supérieure serait couverte
de soie, pourvu que la partie inférieure fût en
lin et que la partie supérieure ne fût jr.mais
noire ni marquée d'aucun signe de deuil.
Aucune règle n'exige qu'il y ait une croix
brodée sur la pale, soit au-dessus, soit au-
dessous.
Saint Cajétan introduisit, dans les églises
des Clercs Réo-uliers, l'usage d'une seconde
petite pale, sur laquelle est placée l'hostie
avant et après la consécration, afin de don-
ner plus de facilité pour recueillir les par-
celles détachées et les mettre dans le calice.
Cette coutume ne paraît avoir été approu-
véepar Paul IVque pourcet Ordre religieux.
Cependant nous l'avons vu pratiquer dans
un certain nombre d'églises d'Espagne.
Dans quelques autres, jusqu'au moment de
l'Offertoire, on place sur l'hostie qui doit
I. Orig. de la titur<^. cath., p. 91 5.
Des tjases et Des ustensiles eucharistiques.
59
être consacrée un petit rond en lin fin,
qu'on prend au milieu par une espèce de
houppe ou bouton.
3CtlClC II. — Des voiles de calice.
LE voile du calice (vélum, pep la, suda-
riiun, couverture, volet) a son origine
dans le grand voile (paiinum oblongîi.in),
dont le calice restait enveloppé jusqu'à ce
que le diacre le remît au prêtre. On dut
surtout s'en servir lorsque le corporal, deve-
nant moins ample, ne pouvait plus servir à
couvrir tout à la fois et le pain et le calice.
Dans l'ancien rite gallican, les dons
offerts sur l'autel étaient recouverts d'un
voile de soie, orné d'or et de pierreries. Il
devait être assez épais pour dérober les
choses saintes au.x yeu.x des assistants.
Grégoire de Tours (") dit qu'un homme
ayant donné à une église un voile précieux,
il fut défendu de s'en servir, parce que sa
transparence laissait apercevoir le mystère
du corps et du sang de Jésus-Christ.
Le concile de Clermont-Ferrand (535)
défend de couvrir le corps d'un prêtre, que
l'on porte en terre, du voile qui sert à couvrir
le corps de Jésus-Christ, de peur qu'en
voulant honorer les corps des défunts, on
ne souille les autels.
En France, on iait retomber le voile sur
le devant du calice, parce qu'il n'est pas
assez ample pour le recouvrir tout entier.
En Italie et en Espagne, le voile, très
souple, plus grand, ordinairement sans bro-
deries et sans doublure, tombe également
des quatre côtés.
En Italie, au XIV'' siècle, les voiles
étaient généralement faits d'un tissu tiré de
l'ortie. Un inventaire de la cathédrale de
Sienne (1467) mentionne dix-huit voiles de
calices en ortichaccioi^). D'après les prescrip-
1. Vita Patruin. c. vni, n" 1 1.
2. An/inl. an/u'oL, t. XXV', p. 270.
tions du Missel, considérées seulement
comme directives, le voile doit être en soie;
mais l'usage a prévalu qu'il soit de la même
étoffe que l'ornement dont se sert le célé-
brant. Il y en a en velours, en moire d'or ou
d'argent, etc.
Le voile est garni d'un étroit galon ou
d'une petite dentelle de soie ou d'or. En
France, on marque d'une croix la partie qui
doit retomber devant le prêtre.
Plusieurs rubricistes pensent que le voile
doit toujours être de la couleur du jour ;
quelques-uns prétendent qu'il devrait tou-
jours être en soie blanche. La rubrique se
tait à cet égard (').
En France, on substitue quelquefois,
abusivement, le voile du calice à la nappe,
pour la communion des laïques.
Les Orientaux se servent de trois sortes
de voiles (zy./jy.7.;t), l'un pour couvrir le ca-
lice, l'autre pour couvrir le disque où est le
pain, le troisième, beaucoup plus grand, en-
veloppe le tout. On le désigne sous le nom
d'a/;'p, parce qu'il entoure les espèces comme
l'air environne la terre. Les Syriens le dé-
signent par un mot qui signifie nm'e. Cette
sorte de voile parait avoir été employée
d'abord à Jérusalem.
On connaît un certain nombre d'anciens
voiles de calice, remarquables par la richesse
de leurs broderies et de leurs médaillons.
Citons en particulier ceux de Saint-André
de Lille, de Zermezcelle (Nord), de Nédon-
chel (Pas-de-Calais), des Carmélites d'A-
miens. A l'Exposition des broderies, qui eut
lieu à Londres, en 1S74, on admirait un voile
de calice du XV II" siècle, en dentelle de
Valenciennes, où étaient brodés divers su-
jets religieux, tels que l'Agneau divin, le
Pélican, la sainte Hostie, des Anges adora-
teurs, des cœurs enllammés {^).
1. Rev. théolog., t. III, p. 479.
2. Journ. gi!iu'r. des beaux-arts, n" du 22 août i S74.
6o
IRcDue ne l'art chtttitn.
HctlClC lil. — Des purificatoires.
LE purificatoire est une bande de toile
blanche, repliée plusieurs fois sur elle-
même ; il sert à essuyer le calice, d'abord
avant d'y verser le vin et l'eau, puis après
la communion, à la suite des deux ablutions.
Le purificatoire tire son origine, assez
moderne, du linge que le prêtre portait au
bras gauche, comme aujourd'hui le manipule,
et avec lequel il purifiait les vases du Sacri-
fice et s'essuyait les doigts. Quand ce linge
fut remplacé par le manipule, on employa
de petites serviettes pour purifier le calice.
D'après les écrivains mystiques du moyen
âge, le purificatoire représente l'éponge
pleine de vinaigre et de fiel que les Juifs
approchèrent des lèvres de Jésus mourant.
Dans un certain nombre d'églises, sur-
tout dans les monastères, le même linge,
fixé près de la piscine ou attaché au coin de
l'autel, du côté de l'épître, servait tout à la
fois de purificatoire et de manuterge.
Nous voyons dans le XIV" Ordre ro-
main, qu'à la première messe de la nuit de
Noël, le pape essuyait le calice, non pas
avec un purificatoire, mais avec ses doigts (').
Les Clercs Réguliers ne purifient point le
calice aussitôt après les ablutions, mais
seulement quand ils sont rentrés à la sa-
cristie. Clément VIII ayant approuvé les
usages liturgiques de ces religieux, ils ne
croient pas que la constitution de saint
Pie V çuo pi'innun tempoj'e puisse porter
atteinte à leurs antiques coutumes (').
En Italie, on attache des dentelles aux
deux extrémités du purificatoire, quelque-
fois même tout autour.
Le troisième concile provincial de Milan re-
commande de marquer le purificatoire d'une
croix, pour indiquer sa sainte destination.
1. Cumdigitis bene tergat calicem. (Mabillon, Iter Ha-
lte, i. Il, p. 325.)
2. Pasqualigo, De sacrif. nova Legis,\.. II, quaest. 785.
La Congrégation des Rites, par un décret
du 7 septembre 1816, a approuvé l'usage
d'essuyer avec le purificatoire les gouttes
de vin ou d'eau qui se sont attachées aux
parois du calice, usage que le P. Judde avait
vivement combattu comme étant contraire
aux rubriques.
A Lyon, du moins dans les grandes
églises, le purificatoire dont on s'est servi
pour essuyer le calice n'est point replié
pour resservir d'autres fois. Il est introduit
comme un tampon dans le calice, et ne doit
plus être employéqu'après avoir été blanchi.
Dans la plupart des Églises orientales,
c'est avec une éponge que le diacre purifie
la patène et le calice, en souvenir de celle
de la Passion de Notre-Seigneur. Cet
usage est très ancien, puisqu'il en est ques-
tion dans une homélie de saint Jean Chry-
sostome ('). Hors le temps de la messe,
cette éponge {iy'« TnoyyU'j est conservée
dans un corporal.
Hcticlc iD.
Des couloires.
LA couloire ou passoire était un vase en
argent de forme concave, dont le fond
était percé de petits trous. On la plaçait au-
dessus du calice pour y verser le vin qu'on
épurait ainsi de toute matière étrangère.
Cet ustensile est désigné dans les inven-
taires sous les noms de cωus, cola, colato-
riuin, cohim. colus; conloiiere, stoupi.
On lit dans un ancien rituel de saint
y\.-à.x\!\nàç.ToMï's,:Vimim perSiofi in calicevt
mittatiir. D. Martène (') dit avoir demandé
aux chanoines de cette église ce qu'il fallait
entendre par Sion, et qu'ils l'ignoraient.
C'était probablement un vase analogue à
la couloire.
Les Égyptiens, les Grecs et les Romains
se servaient de couloires en métal pour pas-
1. Hoinil. in épis t. ad E plus.
2. De aniiq. eccles. ritib., lib. I. c. m, art. 9, § 12.
Des ioa0C0 et des ustensiles eucharistiques.
6i
ser le vin qu'ils prenaient à leurs repas, sur-
tout quand il sortait du pressoir. La liturgie
adopta cet ustensile, du moins dans les con-
trées qui produisaient des vins épais. Il est
douteux qu'il ait été employé dans les Gaules,
avant l'introduction de la liturgie romaine.
Mabillon (') n'en a trouvé aucune trace
dans les textes antérieurs à Charlemaorne.
Le moine Théophile nous donne des
détails précis sur ce genre de cuiller perforée.
« Vous ferez, dit-il, la passoire, en or ou en
argent, de cette manière: battez un petit
vase en forme de petit bassin, un peu plus
large que la paume de la main; vous y adap-
terez une queue de la longueur d'un doigt,
de la largeur d'un pouce. Cette queue aura, à
l'extrémité, une tête de lion fondue, conve-
nablement ciselée, qui tiendra la coupe dans
sa gueule. Elle aura aussi, à l'autre bout,
une tête ciselée de même; dans sa gueule,
sera suspendu un anneau, à l'aide duquel, en
y introduisant le doigt, on pourra porter
l'instrument. Le reste de la queue, entre les
deux têtes, doit être orné de nielles partout,
et çà et là sillonné d'un travail de fonte, de
points, de lettres et de versets où il convient.
La coupe sera, au milieu du fond, sur une
largeur circulaire de deux doigts, perforée
de trous très fins, pour couler le vin et l'eau
qu'on met dans le calice. » C'était le sous-
diacre qui, à la messe pontificale, tenait cet
instrument avec le doigt auriculaire de la
main gauche, passé dans l'anneau {'').
Dans certains monastères, l'usage de la
passoire a persévéré jusqu'à la Révolution.
« On voit, au musée Barberini, dit le car-
dinal Bona ('), une petite couloirc, de la
forme d'une cuiller ayant un long manche,
et une autre, également en argent, en forme
de soucoupe, et dont les petits trous for-
ment un dessin admirablement tracé. »
I . De Uturg. gallic.
1. Diiicrs. art. scltediila, lib. III, c. LXi, de cola/oric.
3. De reb. lit. C. XXV.
Kcticlc 13.
Des chalumeaux.
LE chalumeau liturgique est un tube
en métal, qui sert à humer le précieux
sang dans le calice. Pour expliquer son ori-
gine, on a prétendu que cet usage avait été
introduit en faveur des Souverains-Pontifes
âgés; mais pourquoi alors ne s'en servent-ils
que dans les messes solennelles et non
dans les messes privées .? Ange Roca (') dit
qu'on a voulu rappeler par là le roseau qui
portait l'éponge imbibée de fiel, présentée
au divin Crucifié. C'est là une explication
mystique, faite après coup. Évidemment, le
chalumeau fut inventé pour qu'on fût moins
exposé à répandre le précieux sang. Comme
plusieurs antiques usages, ce rite s'est con-
servé, à titre de souvenir traditionnel, dans
les solennités pontificales.
Le sous-diacre, après avoir reçu le baiser
de paix, tirait cet instrument du sac ou du
fourreau qui le renfermait. Après la com-
munion du prêtre, du diacre et du sous-
diacre, le diacre suçait le chalumeau parles
deux bouts et le remettait au sous-diacre ;
celui-ci le lavait avec du vin, en dedans et
en dehors, et le replaçait dans le fourreau
qui devait être déposé avec le calice dans
Xaniiariiiui.
Outre les chalumeaux conservés à l'église
et mis à la disposition des fidèles, il v en
avait qui étaient apportés par ceux qui ne
voulaient pas se servir d'un instrument à
l'usage de tous.
Le bout qui trempait dans le calice était
évasé ou fait en forme de bouton ; l'autre,
qui se mettait dans la bouche, était plus
petit et tout uni. Quelquefois, une rondelle
l'cntouniit du côté de la poignée, pour limi-
ter la longueur de la tige que le communiant
devait mettre dans sa bouche.
Le chalumeau a été désigné sous les noms
1. Opéra, t. I, p. 27.
62
îReUiic De r^rt cî)réticn.
à'aj'imdo, calamus, caitalis, cajina, canncla,
cannula, canola, canuhcm,Jistnla, pipa, pugil-
laris ('), pugillarium, sipho, siphon, sucto-
rium, sugillaris (suçoir), sumptorium, Hibu-
lus, tiielliis, tutellus, tuymc (').
D'après Daillé (^), les chalumeaux n'au-
raient été mis en usage par les moines que
vers la fin du XI" siècle, après que le pape
Urbain II eut interdit l'intinction.
D'autres écrivains (•*) ne les font remon-
ter qu'au XII' siècle. Dom Chardon {^)
croit qu'on s'en servait à Rome dès le VI^
siècle. Il est du moins certain qu'ils étaient
connus au IX^ puisque Paschase Radbert
en parle, ei que Charlemagne offrit à la
basilique Saint-Pierre de Rome un calice et
un chalumeau, après la messe où il fut sacré
par le pape Léon III.
Une inscription de l'église Sainte- Marie in
Cosincdin, à Rome, mentionne queThéobald,
en 902, donna à l'église de Sainte- Valentine
un calice en vermeil avec sa patène et son
chalumeau. Vers cette même époque, le VI*^
Ordreromain prescrit l'emploi duchalumeau.
En 1040, Suppo, abbé du Mont-Saint
Michel, lésafLia à son monastère un chalumeau
d'argent, sur lequel était gravée cette ins-
cription:
Hic Doniini sangiiis nobis sit vita pcreii-
nis {%
Léon d'Ostie (') compte, parmi les
cadeaux que Victor III fit au monastère
du Mont-Cassin, une fistule d'or, à crosse.
Les Statuts de Saint-Benigne de Dijon
(XP s.) nous apprennent que les religieux
de ce monastère aspiraient ie précieux sang
dans le calice avec un chalumeau d'argent.
1. Parce qu'on le tenait à la main
2. En italien, sangiiisuclielloj en allemand, kelch-
r'ohrgen.
3. De Cullii lui. relig., lib. III, c. XXXVni.
4. Quenstedius, Buddœus, etc.
5. Hist. des Sacr., t. II, p. 128.
6. .Mabillon, Annal, hened., t. IV, p. 496.
7. Chion. Cassiti., lib. III, ad calcem.
Chez les Chartreux, au XI P siècle, le
chalumeau était en or.
Un règlement d'Albéric, abbé de Cluny,
mort en 1109, ordonne que les chalumeaux
soient en argent doré et non en or.
Les Us de Citeaux disent qu'on peut se
passer de chalumeau quand il n'y a que le
prêtre et ses ministres qui communient,
mais qu'on doit s'en servir chaque fois qu'il
y a d'autres communions.
L'usage du chalumeau devait disparaître
à peu près en même temps que la commu-
nion sous les deu.x espèces. Il persévéra
jusqu'en 1437 dans l'Ordre de Citeaux, et,
jusqu'à la Révolution, dans les abbayes de
Cluny et de Saint-Denis.
Cette ancienne coutume a survécu pour
la messe papale solennelle. Le Souverain-
Pontife puise le précieu.x sang, avec un cha-
lumeau d'or, dans le calice que le diacre lui
présente. Le diacre et le sous-diacre com-
munient ensuite de la même manière.
Le 20 novembre 1846, Pie IX accorda à
un chanoine du Chapitre de Saint-Jérôme
des lUyriens, qui ne pouvait mouvoir la
tête, la permission de se servir du chalu-
meau pour l'absorption du précieux Sang.
Du Cange a cru que les Grecs se ser-
vaient du chalumeau et lui donnaient le nom
de J.aSi;, mais il s'est trompé à cet égard. Le
'k-j.Qiz, comme on peut le voir dans l'Eucologe
de Goar ('), n'est autre chose que la cuiller
eucharistique. J. Gretzer (^) et V^ogt (3)
disent que l'usage du chalumeau, quoique
rare chez les Grecs, n'y est pas inconnu.
Nous ne croyons pas qu'il en soit fait men-
tion dans les écrits des Orientau.x (^).
L'emploi du chalumeau fut adopté par
les Luthériens et même prescrit, en 1564.
On s'en servait encore au XVI 11° siècle à
1. P. 125.
2. Annot. ad J. Cantacuseni Hist., p. 913.
3. Hist. fistulœ euchar., p. 23.
4. Lamy, De Syror. Jide, p. 188.
Des tiases et Des ustensiles eufîjanstiques.
63
Hambourg et dans quelques autres églises
évangéliques luthériennes (').
Des chalumeaux du moyen âge sont
conservés à l'abbaye de Saint-Pierre de
Salzbourg, à celle de Wilten (Tyrol), etc.
3ttiClC Ui. — Des cuillers eucharistiques.
LES cuillers liturgiques (cochlcar,
cochleare) ont eudiverses destinations
eucharistiques. Les deux principales sont,
en Occident, de puiser dans la burette l'eau
qu'on doit mettre dans le calice, ce qui évite
l'inconvénient d'en mettre une trop grande
quantité ; et, en Orient, de communier les
fidèles avec une petite portion du pain
trempé dans le précieux Sang.
La cuiller à puiser l'eau, en or ou en
argent, est encore usitée aujourd'hui en
Italie, en Espagne, en Belgique et en Alsace;
elle l'était jadis dans les Pays-Bas, en
Flandre, dans un certain nombre de diocèses
de France, à Cluny, à la Chaise-Dieu, chez
les Minimes, etc.; les Chartreux sont restés
fidèles à cette coutume.
La Congrégation des Rites a répondu, le
6 février 1858, que l'emploi de cette petite
cuiller n'est pas défendu.
A la messe pontificale, le sacriste met
quelques gouttes d'eau dans la cuiller d'or,
pour que le sous-diacre en verse le contenu
dans le calice du pape.
Les Orientaux se servent aussi d'une
cuiller eucharistique, mais dans un tout
autre but que les Latins. Avec cette cuiller,
ils prennent dans le calice les particules de
pain consacré, pour les distribuer aux com-
muniants. Ils préviennent ainsi l'effusion du
précieux Sang.
Les Grecs prétendent que saint Jean
Chrysostome invental'usage de cette cuiller,
mais ils ne sauraient en fournir aucune
I. Vogt, op. cit.
preuve certaine. Il n'en est pas moins
démontré que cette coutume est antérieure
au concile d'Éphèse, puisque les Nestoriens,
qui se séparèrent de l'Eglise à cette époque,
donnent la communion de cette manière,
ainsi que les Jacobites-Syriens, les Cophtes,
les Ethiopiens, et presque tous les Chrétiens
du rite oriental.
Un très ancien diptyque grec, publié par
Paciaudi ('), nous montre le saint abbé
Zozime communiant sainte Marie l'Égyp-
tienne à l'aide d'une cuiller.
Les Grecs modernes donnent à cette cuil-
ler le nom de /aci;, par allusion au forceps
avec lequel l'ange, dans la vision d'Ezéchiel.
saisit le charbon ardent sur l'autel, pour
en purifier les lèvres du prophète.
Les Arabes appellent cette cuiller labidan
ou mulaubet ; les Cophtes, cochlear criicis,
parce que cet ustensile est ordinairement
terminé en forme de croix.
La cuiller eucharistique des Orientaux
est consacrée avec un grand apparat. Voici
la bénédiction qu'on trouve dans la liturgie
cophtede saint Cyrille: « Dieu, qui as rendu
ton serviteur Isaïe digne devoir le chérubin
dans la main duquel était la pincette avec la-
quelle il enleva un charbon de l'autel et l'ap-
procha de la bouche du prophète, maintenant
encore, ô Dieu, Père tout-puissant, étends la
main sur cette cuiller, dans laquelle doivent
être reçus les membres du corps saint qui
est le corps de ton Fils unique, .Seigneur,
Dieu, et Notre Sauveur Jésus-Christ.
Bénis-la et sanctifie-la, donne-lui la vertu et
la gloire de la pincette qui est dans la main
du chérubin, parce que à toi appartient la
puissance, la gloire et l'honneur, avec ton
Fils unique Jésus-Christ, Notre Seigneur,
et l'Esprit-Saint, maintenant et toujours. >>
Renaudot ('') se trompe quand il croit
1. Antit]. christ., p. 389.
2. Perpét. de la Foi, t. VIII.
64
Hetiuc ïje l'art chrétien.
que les Arméniens se servent de la cuiller,
pour distribuer le pain eucharistique. Il est
certain que le prêtre prend ce pain dans le
calice, avec le pouce et l'index, pour le dé-
poser dans la bouche des communiants (").
En dehors des deux usages principaux
que nous venons de signaler, il en était
quelques autres qui ont disparu.
Il y avait des cuillers qui servaient au
prêtre pour prendre les oblations du pain
et les poser sur la patène. C'est pourquoi,
dans divers inventaires, nous voyons des
mentions de cuillers accompagnant celles
des patènes.
D'après M. de Rossi, certaines cuillers
auraient servi pour puiser dans le scyphns
la quantité de liquide nécessaire pour le
calice. Elles ont pu être employées égale-
ment pour verser dans le scyp/ms, déjà
presque rempli de vin, une petite quantité
du précieux Sang, mélange qui devait servir
à la communion des fidèles (').
Peut-être aussi, quand on ne faisait pas
usage du chalumeau, se servait-on de la
cuiller pour donner au communiant une
petite portion du précieux sang.
1. Lebrun, Explic. des céréni., t. V, diss. X, p. 339.
2. Bulle/., nov. 1S68, p. 82. k
En Italie, au sacre des évêques, l'élu
communiait sous l'espèce du vin dans une
grande cuiller d'or.
Un certain nombre d'antiques cuillers,
conservées dans les églises, dans les musées
et dans les collections particulières, sont
décorées de sujets religieux. Quelques-unes
ont été publiées par M. de Rossi (') et par
le P. Garucci (') ; mais il est bien difficile de
reconnaître celles qui ont eu certainement
une destination eucharistique, attendu que
les cuillers de table étaient fréquemment
ornées de sujets chrétiens.
Nous aurions pu ranger parmi les acces-
soires du calice le flabcllnm, puisque son
principal emploi était de chasser les mouches
qui auraient pu s'approcher des calices et
des scyphi. Mais le travail si complet et si
approfondi que M. Ch. de Linas vient de
publier sur ce sujet dans la Revue de l Art
chrétien nous dispense de parler de cet
instrument liturgique, encore usité aujour-
d'hui dans l'Orient, surtout chez les Armé-
niens et les Maronites.
L'abbé J. Corblet.
(A suivre.)
1. Ibid.
2. Storia delCarte cristiana, pi. CCCCLXII.
-rfy^ .gAl /A^ ^-{, jA;^ ^cAy ^'Av jyVy ,rftv j-f^^ jVH -^^^^ -'A-. .rAg .gAj. /Ai. jftx
SL-X-
■>:^>S2Sï5
CCorre0pont)ance*
w^'i^^e.^-.
< ^x y> »^x /^
NOUS donnons, dans l'ordre où elles
nous sont parvenues, les communi-
cations et rectifications suivantes:
Më"" Barbier de Montault, nous prie d'in-
sérer l'extrait suivant d'une lettre de M.
Ernest Rupin, président de la société ar-
chéologique de la Corrèze, au sujet de son
ouvrage sur l'église royale de Saint-Nicolas
à Bari :
C'est là un livre d'une profonde érudition, dont la
lecture apprend bien des choses.
Je ne vois pas, à la page 82, sur quoi peut se fonder
la Revue religieuse de Rodez et de Mende, pour affirmer
que le reliquaire de la Circoncision, à Conques, ren-
fermait « des cheveux de la Très Sainte Vierge ».
Un inventaire du X\'II'^^ou du XVIIIisièclequi re-
late les reliques conservées dans la célèbre abbaye, men-
tionne bien à l'article 9:« de capillis beata; Dei genitricis
Marise à, mais il ne fait pas connaître dans quel reli-
quaire l'on conservait cette précieuse relique. D'un
autre côté le Liber mirabilis (ouvrage concernant Con-
ques) décrit ainsi les reliques conservées dans le reli-
quaire dit de la Circoncision : « Quod dictum locum
(Conchas) adamarat (Pippinus),quem visitavit,reliquiis
auro et argento et ornamentis infinitis prœdictum mo-
nasterium ditavit et Christi umbilicum in eo posuit...
et, ut in dicto monasterio dicitur,circumcisionem,quam
sibi avunculus portavit, Conchas misit et in quodam
vasculo, cum umbilico vocato, capsa magna réser-
va tu r.
Je vous adresserai une photographie de ce reli-
quaire, qui est en or. J'ajouterai que le père Thomas
d'Aquin, prieur de Conques, m'a assuré que ce reli-
quaire n'avait jjas été ouvert depuis très longtemps et
qu'on ne pouvait affirmer que son contenu y fût encore;
c'est aussi ce qui me fait suspecter l'assertion de la
Revue relii^ieuse de Rodez.
(lîrive, 12 juillet 1884.)
Notre collaborateur ajoute :
Le Chapitre de Saint-Nicolas de liari me demande
de vouloir bien rectifier un passage de mon étude sur
son insigne basilique. Je le fais d'autant plus volontiers,
que, me tenant dans une stricte impartialité, je n'ai |
point à discuter les documents invoqués ni à prendre
un parti quelconque, là où la question est si ardem-
ment controversée. J'ai cité les leçons du Propre de
l'archidiocèse de Bari, approuvé par la S. C. des Rites,
relativement à la translation du corps de saint Nicolas,
de Myre à Bari. Il parait que la « prétention de la
cathédrale est sans fondement, ne s'appuyant pas sur
des documents certains et indiscutables. » Le Chapitre
de Saint-Nicolas a fait reproduire dans son Ordo une
version différente, qu'il a empruntée au « chroniqueur
Nicéphore, moine dont l'autorité ne peut être suspec-
tée, car il ne faisait pas partie du clergé ni de la ca-
thédrale ni de Saint-Nicolas. » La bulle d'exemption
donnée parle pape Pascal II, en 1106, vient en con-
firmation de ce dernier document, car elle établit pé-
remptoirement que « la basilique de Saint-Nicolas fut
élevée dans un lieu public, non privé, concédé par le
duc Roger : in locojuris publia per ducis Rogerii chiro-
graphuvi. » D'où suit que « le clergé attaché à la basili-
que étant placé sub tutela Apostolicœ sedis, est exempt
de la juridiction de l'ordinaire diocésain. Léon XIII,
par rescrit du 22 décembre 18S2, a reconnu et confir-
mé le droit du grand Prieur de la basilique royale de
Saint-Nicolas en qualité d'ordinaire du lieu, en confor-
mité de la bulle de Pascal II et du diplôme de Char-
les II d'Anjou (20 juillet 1304). » '^
La querelle, ancienne déjà, porte sur un seul point,
à savoir que la leçon du Propre contient ces mots :
consensu archiepiscopi. « Ici l'archidiacre de Bari est
dans l'erreur, car l'église ne fut pas bâtie sur un terrain
appartenant à l'archevêque, mais bien sur le domaine
du duc Roger, qui en fit donation à cet effet. On ne
voulut pas précisément, lora du débarquement du
corps, qu'il fût déposé à la cathédrale, mais dans iine
église bâtie exprès et digne d'un si précieux trésor. Le
tumulte que ce débat occasionna, obligea de le mettre
en sûreté dans le palais du Catapan, qui fut ultérieu-
rement donné aux marins pour l'église projetée.
Tout autre document est apocryphe. »
X. B. DE M.
— D'autre part, I\I. le chanoine Chabau
d'Aurillac, l'auteur d'une intéressante étude:
L'église d' Ydes cl son sy»ibolis)iu\ nous
adresse la correspondance qui suit :
Dans la Revue de l'Art Chrétien., 3" livraison, M^
Barbier de Montault a donné un travail sur les cheveux
de la Sainte Vierge et les reliques des Saints Innocents.
Voici quelques nouvelles indications sur des reliques
de ce genre vénérées autrefois à i\Liuriac (Cantal), et
dont l'existence n'a pas été signalée jusqu'ici.
Le monastère de Mauriac a été fondé, dans la pre-
mière moitié du VI= siècle, par sainte l'héode-
■ i^*-' Livraison.
66
iRetJue De l'art cîiréticn.
childe, vierge, fille de Clovis (voir Sainle Théodeclnlde,
etc., librairie Saint-Paul) et a duré jusqu'à laRévolution.
Il fut enrichi dès le principe de reliques précieuses ap-
portées de Rome. Voici ce que dit un chroniqueur du
XVIe siècle.
« Le roi Clovis étant à Rome (?) et sur le point du
retour, demanda des reliques pour la chapelle d'Au-
vergne (N.-D. des Miracles de Mauriac), au pape Sym-
maque, successeur d'Anastase. Le saint pontife le con-
duisit à Saint-Pierre in Vaticano et, ayant ouvert le
tabernacle de Saint-Pierre, il prit le petit doigt de
Monseigneur saint Pierre, du bois de la croix de N.-S.,
descMtv/.vet du/(7/Vde la B'^' Vierge Marie, des cheveux
de sainte Catherine, des os de Monsieur saint Antoine,
saint Barthélémy et plusieurs autres. Puis, ils s'en al-
lèrent à l'église de Saint-Vital ad MarceUos, et le pape
lui donna des reliques de trois iniiocenis martyrs et puis
le congé pour revenir en Auvergne. »...
... « l\ (Clovis) fit construire la croix de Monsieur
saint Pierre (pour le monastère de Mauriac) telle
qu'elle est à présent, et le reliquaire du même saint,
ainsi que plusieurs calices et reliquaires d'or et d'ar-
gent... Il plaça le bois de la croix de N.-S., les cheveux
et le lait de N.-D. et autres reliques dans la même
croix. Pour les trois innocents, ils furent placés à part
en leur ordre et sainteté, comme elles sont à présent
honorablement tenues au du Monastère. » (Chronique
de Montfort, 1564.)
Sauf le voyage de Clovis à Rome, tous les autres
détails ont un caractère d'authenticité, puisijue on
trouve les inèmes reliques mentionnées dans d'autres
documents.
Dans une lettre de Dom Placide de Vaulx, béné-
dictin de Mauriac, à Dom Grégoire Terrine, supérieur
général de la congrégation de Saint-Maur, 2 décembre
1631, il est dit (jue dans l'église du monastère de
Mauriac, il y a quatre chapelles dont l'une est dédiée
aux Saints Innocents.
Il y avait dans le même monastère une vicairie ou
chapellenie des Saints-Innocents.
Les huguenots s'étant emparés de Mauriac, le 16
avril 1574, « ils enlevèrent une croix d'argent surdorée
et enrichie de beaucoup de reliques et de pierres pré-
cieuses d'une insigne grandeur qu'on appelait la croix
de Saint-Pierre, qui étoit une des plus précieuses et
des plus riches croix ciui soient es monastères de
France, la châsse du même saint qui étoit de la gran-
deur quasi d'un homme et vindrent à disperser
icelles (reliques) par cy par là s'en jouans entre eux et
finalement tous les meubles et trésors... Les susdites
reliciues furent recueillies et cachées par des gens de
bien et remises par après dans le monastère entre les
mains des religieux lorsque cette vermine et racaille
eut quitté la ville. » (Chronique de Louis Mourguyos,
1630.)
« Ensuite avons visite les saintes reliques et première-
ment avons visité un reliquaire d'argent fait en ovale
ayant un cercle dans lequel sont des reliques de plusieurs
saints avec les inscriptions apposées dessus... Les autres
inscriptions sont S" Fulgentii ep. conf. SS. Innocen-
tium etc..
((.Ensuite avons visité un autre reliquaire d' argent au-
quel les reliques sont portées par deux figures d'anges
dans un cristal défigure oblongue enchâssé d'argent. Le
paquet des reliques porte cette inscription : de vestimen-
tis beatœ Marix Virginis et aliorum sanctorum. » (Procès
verbal de visite de Louis d'Estaing, évéque de Clermont,
du ij Juillet 16 j 2.)
Dans le piédestal d'un buste de saint dans l'église de
Mauriac, existent encore quelques parcelles d'osse-
ments des saints Innocents.
Les c/ieveux de la sainte Vierge durent disparaître à
l'époque des guerres de religion,
B. CH.\B.-iU,
Chanoine honoraire,
Aumônier de la Visitation d'Aurillac.
— - Nous avons reçu successivement les
deux lettres que voici :
Chambly, 15 novembre 1884.
Monsieur,
Dans le dernier fascicule de la Revuf de l'Art chré-
tien, vous annonciez sur la foi du Bulletin monumental,
que l'on a découvert à Beauvais la dalmatique de
Thibault de Nanteuil. Permettez-moi de vous dire, dans
l'intérêt de la vérité, que c'est là une seconde décou"
verte. Le vêtement en question parait avoir été oublié
même, je pourrais dire surtout, de la l'abrique de la ca-
thédrale, mais il est connu depuis longtemps. Il appar-
tenait à un respectable chanoine, savant archéologue,
M. l'abbé Barraud. C'est sans doute après sa mort que
ce précieux vêlement a été transporté à la cathédrale
pour y rester dans l'oubli jusqu'à ce qu'il en fut tiré
par mon savant ami M. l'abbé Pihan, secrétaire de
l'évêché.
La Revue de I Art chrétien a déjà décrit ce vêtement.
Je lis en effet dans le numéro de décembre 1S60 un
article fort intéressant de votre dévoué collaborateur
M. de Linas, où ce précieux vêtement est décrit et
représenté dans une planche dessinée par M. de Linas
Corresponoancc
67
lui-même. Permettez-moi de remettre l'anicle sous vos
yeux.
« Mon savant collègue, M. le chanoine Barraud,
avec la complaisance qui le caractérise et dont je veux
le remercier ici, a bien voulu me confier une autre
dalmatique provenant de Thibault de Nanteuil, évêque
de Beauvais (1283-1300). Ce vêtement, qui porte l'in-
scription : « Theobaldus de Nantolio quondam Belva-
censis episcopus, » tracée sur un morceau de velin,
cousu à la doublure du pan antérieur de la jupe (voir
la planche ci jointe C), mesure une longueur de i'"44"=
(A). Large à la taille de o'"89'=, au pied de i^ig^, ses
manches carrées ont o™35'^ sur o'"34= et ses flancs
s'ouvrent jusqu'à 0,09' de l'aisselle. Le passage de la
tête, échancré en rond par devant, est légèrement fendu
de chaque côté. Un galon d'environ o'",o3'^, dont les
traces sont parfaitement visibles, garnissait les manches
et le col, en même temps qu'il retombait en angusti-
clave sur les deux faces. L'élément principal de la dal-
matique de Beauvais, est une étoffe de soie gommée,
couleur safran, à laquelle je crois pouvoir donner le
nom de bougran; un mince cendal rouge la double et
un effilé polychrome à crête rouge en borde le flanc
et la manche gauche (o'"4o'-' et 0^25"^). »
J'ai pensé que ces détails pouvaient vous intéresser.
Je vous les transmets et vous prie d'agréer l'assurance
de mes sentiments dévoués,
L. Marseaux,
Curé-doyen de Chambly,
Membre du comité archéologique de Senlis.
Chambly, i décembre 1S84.
Monsieur le Secrétaire,
Puisque vous voulez bien faire les honneurs de l'in-
sertion à ma communication relative à la tunique de
Thibault de Nanteuil évêque de Beauvais, vous pouviez
ajouter que Monsieur l'abbé Pihan, qui vient de l'e.'c-
humer de l'oubli, doit la placer dans le musée diosésain
récemment fondé à l'évèché de Beauvais. Elle sera
ainsi soustraite à l'incurie de la fabrique et plus facile
à voir pour l'archéologue.
Monsieur l'abbé Pihan, conservateur du musée et
secrétaire de l'évèché, est à la disposition des visiteurs.
Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments
dévoués en N. S.
L. Marseaux,
Curé-doyen de Chamiily
M. de Linas lui-même nous fournit la
note suivante :
Ir'cmail De coiticrs et la Dalmatique De
Bcautiais. -.^-^-..— .-=v.— -^---— -..-^
LA Revîie de r Art chrétien, 1884,
p. 493, col. 2, mentionne incidemment
un petit émail cloisonné du musée de Poi-
tiers. La pièce en question m'a été montrée,
en octobre 1880, parle R. P. Camille de La
Croi.x; elle se trouvait alors dans une caisse
ouverte, mêlée à d'autres débris, et il est
très vraisemblable qu'elle n'a pas bougé de
place. L'abbé Texier, qui, le premier, si-
gnala ce curieux monument, l'avait cru de
l'époque gallo-romaine (Mémoires de la Soc.
des Antiq. de f Ouest, t. VII, p. 126; Ai'gen-
tiers et émailleurs de Limoges, ap. Id., 1 842,
p. 87); l'erreur était alors permise au savant
archéologue, faute de termes de comparai-
son. Un excipient de cuivre rouge, des ma-
tières parfondues, ternes et grumeleuses,
un travail grossier, s'écartent infiniment des
jolis bijoux de bronze, exhumés en Angle-
terre, sur le Rhin, en Belgique, dans le
Nord et l'Est de la France. Quant aux
écussons byzantins, importés en Occident
pour y être sertis à l'instar des gemmes, ils
n'ont absolument rien de commun qu'une
analogie d'emploi avec l'émail limousin de
Poitiers et sa sœur germaine, l'applique de
Moissat-Bas : les moyens de s'en assurer
ne manquent pas, même dans la ville de
sainte Radegonde.
La Revive, p. 531, col. 2, annonce encore
d'après le Btillctin vionuviental, la décou-
verte, à Beauvais, de la dalmatique de
l'évêque Thibault de Nanteuil (►{< 1300) ;
retrouver, passe, découvrir est un peu fort.
Ce précieux vêtement, que l'érudit abbé
Barraud avait signalé de longue date, a été
publié par moi dans l'ancienne Revue de
68
ïRetiue De l'art chrétien.
rArt clu-diai, 1860, t. IV, p. 653-654, et
dans les y^«r. vêteuients saccrd. etc., conservés
en Finance, série II, p. 106-107: la descrip-
tion est accompagnée d'une planche offrant
l'ensemble et les détails de l'objet, plus un
fac-similé du parchemin qui garantit son
authenticité. Seulement, l'inventaire de 1464
n'étant pas arrivé à ma connaissance,
j'ai pu être alors induit en erreur sur la
couleur primitive du tissu extérieur, altéré
par l'âge.
Charles uf. Linas.
t
00
>7tM-tvi"CT -tCrf-Vf'"'^ V^^"5/^
'ïïf'ïïf^âf^^^'ÏÏf^
M. de Farcy nous avait adressd pour notre livraison
d'octobre l'intéressante correspondance qui suit, au sujet
de l'exposition rétrospective de Rouen ; malheureusement,
le retard apporté dans l'envoi des clichés qui devaient
accompagner cette lettre nous a obligés d'en retarder la
publication.
Une beurc à l'crposition rétrospcctiuc
De Rouen.
Monsieur,
'AI pris quelques notes à l'ex-
position rétrospective de Rouen
et les ai complétées à mon
retour : les voici à tout hasard.
Si vous recevez sur le même
sujet un travail plus étendu, je vous
autorise de grand cœur à mettre celui-ci
au panier.
A d'autres je laisserai le soin de décrire
les portraits, meubles, tapisseries, pendules,
etc., enfin tous les objets d'ameublement
des siècles derniers, si bien aménagés par
M. G. le Breton (') ; je m'attacherai seule-
ment à l'art religieux du moyen âge, repré-
senté avec honneur à l'exposition rétros-
pective.
L'attention est tout d'abord sollicitée dans
la grande galerie par une pompe à incendie,
prête à fonctionner en cas de sinistre. Cet
éloge payé à la prudence de l'administration,
I. M. le Breton a donné, dans la Gazette des beaux-arts
(2"^ période, t. XXVII, octobre et novembre 1883), deux
excellents articles sur les étoffes et broderies de la collec-
tion Spitzer, auxquels j'ai fait quelques emprunts et qui
renferment des gravures fidèles représentant l'.-Xrbre de
Jcssé, un orfroi de chasuble, le parement du lutrin et la
mitre, dont je donne la description ; j'y renvoie les lecteurs
de la Revue.
il faut s'arrêter longtemps devant l'armoire
vitrée de M. Spitzer ('), dont les merveil-
leuses broderies vont surtout m'occuper.
A part deux ostensoirs pyramidaux de
la dernière époque gothique, cette vitrine
d'environ six mètres de long ne renferme
que des ornements sacerdotaux du plus
grand prix et d'une étonnante conser-
vation.
A gauche, c'est une chasuble du XVI^ siè-
cle : fond de damas rouge, broché de gre-
nades d'or ; orfrois brodés au passé repré-
sentant la Résurrection du Christ, son
apparition aux apôtres et aux saintes
femmes, enfin sa descente aux Enfers. Les
bras de la croix sont disposés en Y, usage
presque général autrefois. Tout près, voici
une dalmatique de même époque, au.x orfrois
brodés de saints sous des tabernacles (^) ; le
fond est en velours de Gênes, bouclé d'or.
La magnifique chasuble suspendue un peu
plus loin date de la fin du XV^ siècle ; ses
orfrois sont aussi en forme d'Y. M. le Breton
l'attribue à l'école de Bruges. On y voit sur
le devant l'Annonciation, la Visitation, puis
la Nativité au centre ; sur le dos au milieu
l'Adoration des Mages et, en descendant,
la Circoncision et la Présentation au Tem-
ple. La vie du Christ commencée ici se
poursuivait sans doute sur la chape corres-
pondant autrefois à cette chasuble.
1, La collection de M. Spitzer, en grande partie exposée
au Trocadéro au moment de la grande exposition, est
d'une richesse inouïe. Outre ses belles broderies, cet ama-
teur a exposé à Rouen une curieuse vitrine de gaines et
coffrets en cuir gaufré et enluminé du moyen âge et des
spécimens de céramique persane.
2. On appelait tabernacles dans les inventaires, les
niches d'architecture brodées sur les orfrois ;\ personnages.
i''*^ Livraison.
70
IReti uc tjc rat t chrétien
Le fond de l'armoire est ensuite garni par
une chape de velours rouge, au manteau
tout semé à^ florions (') de broderie, d'anges
portant les instruments de la Passion. Le
Musée de Cluny, la cathédrale de Bruges
et plusieurs collections particulières en pos-
sèdent des spécimens analogues (^). On
rencontre presque toujours au centre de ces
manteaux, sous le chaperon, l'Assomption
de la Vierge entre quatre grandes fleurs de
lis, des séraphins à six ailes montés sur des
roues avec des phylactères portant ces mots :
Gloria in Excelsis Deo, ou bien Da gloria))i
Dca, ou encore Alléluia, le tout entremêlé
des fleurons les plus élégants, brodés en
couchure et au passé. Entre tous ces motifs
rayonnant du centre aux bords extérieurs
de la chape, on a semé des vrilles de fil d'or,
des paillettes annulaires qui flamboient de
tous côtés et relient de la façon la plus
heureuse ano-elots et fleurons. Parfois ces
broderies étaient un peu négligées ; ici
il n'en est rien. Ce parti, excellent au
point de vue décoratif fut imaginé pour
remédier à la pauvreté relative du velours
uni, quand on n'avait pas à sa disposition
les brocards et velours ciselés d'or ou
bien quand on n'avait pas les ressources
suffisantes pour broder en pleine la chape
tout entière (^).
Devant cette belle pièce, se trouve l'objet
1. Ce mot de Jîorions désigne dans les descriptions
d'ornements anciens les fleurs semées de distance en
distance ; j'en pourrais citer bien des exemples.
2. M. Vermersch possède une chape de velours bleu
ainsi disposée. (Voy. L'art ancien à l'exposition de
Bruxelles, 18S2, p. 318.) J'ai moi-même une chape identi-
que sur fond bleu et une belle chasuble sur velours grenat,
toute semée de chérubins, de fleurons, etc..
3. Les anciens trésors de nos cathédrales possédaient
presque tous de magnifiques chapes brodées en entier
(avec la bible en ymages, à l'histoire de la passion sur
fond battu à or etc..) 11 en existe encore quelques-unes
en France ; celle de Saint-Louis de Toulouse à St-j\la.xi-
min (Var) et celles de Saint-Bernard de Comminges, dont
M. de Linas donne la description dans son Rapport sur
les anciens vêlements sacerdotaux.
le plus important de la collection, à mon
avis. C'est une bande de i'" 70 de long
sur 0,55 de large environ représentant Jessé
étendu sur un lit : de sa poitrine s'élance un
tronc vigfoureux, dont les branches forment
quatre médaillons superposés. David, Salo-
mon et la Vierge Marie occupent les trois
premiers en forme de Vesica piscis ; le
quatrième, plus large, entouré des extrémités
des branches chargées de feuilles de vigne
et de raisins, est consacré au Crucifiement.
Des rinceaux délicats entourent quatre pro-
phètes entre les grands médaillons. Six
grosses tiges, coupées sur les bords de la
toile, couverte de fil d'or, qui sert de fond
à ce beau travail, font voir que la composition
de l'artiste a été mutilée. C'était, à mon sens,
la partie centrale d'une chape, complétée à
droite et à gauche par trois bandes de toile,
semblablement historiées de rameaux, en-
tourant des rois et des prophètes. Dans
mon hypothèse, le brodeur a reculé devant
la difficulté de broder toute la chape d'un
seul morceau ; mais pour coudre les diverses
parties ensemble plus facilement après que
chacune a été brodée séparément, il a évité
les raccords le plus possible. Chaque rinceau
secondaire entourant les prophètes sur les
côtés est complet, si bien que la couture, se
faisant sur le fond d'or, était imj^erceptible :
il n'y avait d'embarras que pour les grandes
tiges, qui enjambaient d'une largeur de toile
sur l'autre.
Ce fragment de chape me paraît dater de
la fin du XIII«= siècle : le fond est en cou-
chure d'or chevronné ; les feuillages, exé-
cutés au point de crochet, sont réappliqué.s,
et les figures brodées au point de peinture.
J'emprunte ces détails à M. le Breton ; je
n'ai pu examiner les choses d'assez près (').
Voici un dessin de cette riche broderie : il
I. Collection Spitzer. Les étoffes cl les broderies, par
M. Gaston le Breton, p. 14.
Planche III.
Rc^ue ÎJC THrt t\}vttitn.
I. Fragment de chape à l'exposition de Rouen.
II. Mitre du XIV'^ siècle à l'exposition de Rouen.
Bouticllcs zt ^clangc0.
71
en dira davantage aux lecteurs de la Revtie
que de longues descriptions. Ce sur quoi il
faut surtout insister ici, c'est le rapport
extraordinaire qui existe entre le tracé de
cette belle pièce et les peintures des bibles
et missels de la même époque. Miniatures
et broderies étaient souvent exécutées
par les mêmes artistes. On ferait bien
de nos jours, quand on prétend broder
des ornements en style moyen âge, de
s'inspirer en toute confiance, à défaut de
modèles anciens, des miniatures des ma-
nuscrits des XlJe, XIIIi^ et XIV'-' siècles.
On serait certain ainsi de ne pas faire
fausse route.
Revenons à notre vitrine. Voici d'admira-
bles broderies espagnoles du XV I^ siècle :
que de talent et de soins, prodigués dans
ces applications rehaussées d'or et de soie !
Malgré cela, ces chefs-d'œuvre me laissent
un peu froid. Aucun caractère religieux :
rinceaux et arabesques sont aussi bien à leur
place sur une couverture de lit que sur une
chape. On me pardonnera de réserver mon
enthousiasme pour une mitre, dont je vais
parler tout à l'heure. Toutefois je serais
accusé de parti pris contre la Renaissance
si je ne disais rien d'un parement de lutrin(?)
en drap d'or frisé et bouclé d'un travail fort
précieux. Le sujet du grand médaillon
quadrangulaire m'a tout particulièrement
intrigué. Sur un brancard, orné d'un beau
parement, quatre prêtres en chasuble por-
tent un joyau en forme de ciborium, qui
abrite un reliquaire ou un ciboire. David,
la harpe en mains, les précède comme autre-
fois l'arche d'alliance.
La procession sort d'une ville et passe
devant une reine, placée à la fenêtre de son
palais. S'agit-il d'une procession du Saint-
Sacrement .'' J'en doute, il n'y a ni luminaire
ni dais. Faut-il voir là une simple relique,
peut-être celle du Saint-Sang de Bruges,
dont le réceptacle, bien que plus récent, a
quelque ressemblance avec celui-ci ? Je
n'oserais trancher la question ; quoiqu'il en
soit la broderie est superbe : sur l'autre
pan on remarque la Résurrection de Notre
Seigneur.
Venons enfin à la mitre du XIV^ siècle,
dont les bordures ont été semées de grosses
perles et les rampants garnis de feuillages
de vermeil, amortis par une charmante
croix à jour, ornée d'un saphir, de quatre
perles et de quatre rubis. Six apôtres, un
évêque au milieu et le Christ bénissant
au sommet, tous brodés à mi-corps, occu-
pent les huit médaillons des orfrois (titre et
cercle), dont le fond est en couchure d'or.
Les reliefs formant bordure, feuillages et
encadrements de figures sont obtenus par
une corde, placée sous les fils d'or. Les
côtés triangulaires sont brodés en couchure
d'argent figurant un treillis : au milieu
deux anges en adoration, dans des médail-
lons fond d'or. L'ensemble est riche sans
confusion et très satisfaisant. On dirait les
personnages brodés à un point de chaînette
très fin.
La Sainte Vierge remplace le Christ au
sommet de l'orfroi de l'autre face de la
mitre, disposée, quant au reste, comme
la première. Les fanons ont disparu. Les
feuilles rampantes en vermeil de la partie
antérieure entrent les unes dans les
autres, de façon que la mitre puisse
prendre une forme convexe sans difficulté.
Une riche étoffe du XIV^ siècle garnit les
souftiets ; c'est un damas blanc, broché
d'aigles aux têtes et pieds d'or. La reproduc-
tion, d'après la Gazette des Beatix-Arts,
peut en donner une idée. (v. pi. III.) 11 faut
cependant dire que le dessinateur a oublié
les belles perles semées sur les bordures
d'or verticales et horizontales de chaque
côté des médaillons et de écoincons.
72
IRcuuc De rart chrétien
Deux belles paires de gants, l'une tri-
cotée en soie violette et en fil d'or, l'autre
brodée, une ancienne étole et quelques
autres broderies moins importantes com-
plètent cette incomparable collection; il m'a
fallu, à mon grand regret, passer outre.
Mentionnons, pour en finir avec les bro-
deries , les deux belles aumônières du
XlVe siècle de M. Delaherche, reproduites
dans plusieurs ouvrages.
Parmi les émaux de Limoges, il faut citer
ceux de la vitrine de M. Piet-Lataudrie; une
jolie croix du XI I^ siècle, de M. Beaucousin,
éearée au milieu des tabatières, montres
et miniatures ; deux superbes châsses re-
présentant l'une le meurtre de saint Tho-
mas Becket et l'autre l'Adoration des
Mao-es et le massacre des Innocents, à
M. de Glanville. Peut-on voir sans admi-
ration le superbe triptyque du XV^ siècle
de M. Stein et tant d'autres pièces, que je
n'ai même pas le temps de noter ?
L'orfèvrerie brillait aussi dans certaines
vitrines : ici les magnifiques monstrancesde
M. Spitzer, de l'abbé Couillard et de M.
Stein ; là deux calices du XI I^ siècle, l'un de
ce même amateur (') ; plus loin une grande
croix processionnelle du XIV" siècle, d'ori-
gine espagnole, appartenant à M. Maillet
du Boulay.
La Viersre en ivoire du milieu du XI 11^
siècle, exposée par M. Bligny, est une de
ces pièces, dont on ne peut détacher ses
regards qu'à regret. La gravure jointe à
ces notes en donnera une idée. (v. pi. IV).
Et les manuscrits enluminés ! M. Gau-
dechon possède une Bible du XI 11^ siècle,
je dirais presque de la fin du XI I^ si je m'en
rapporte au style des ornements, de la plus
grande beauté. En admirant l'I de Yiu
prmcipio de la Genèse, sur lequel est
I. Un de ces deux calices a été gravé dans la Gazette
des beaux-arts, 1878, p. 225.
peinte la création en six jours, on ne re-
grette qu'une chose, c'est de ne pouvoir
contempler des heures entières les autres
miniatures, qui, à en juger par celle-ci,
doivent être splendides.
Je signalerai aux amateurs de ferronne-
rie une grande porte du XV^ siècle (i"' 20
sur 0,50), qui parait avoir appartenu à quel-
que tabernacle. C'est une merveille ; avec
quelle grâce surtout serpentent tout autour
certainsfeuillagesen fer découpéet repoussé!
Collection de M. Essonville Bligny.
Un catalogue bien autrement complet
que ces notes prises à la hâte s'imprime
en ce moment et j'y renvoie les lecteurs
de la Revue désireux de plus amples dé-
tails ; puisse ce petit compte-rendu leur être
agréable !
On me permettra, j'espère, d'exprimer
un vœu relatif à la classification des objets
admis à toutes les expositions rétrospecti-
ves. Au lieu de placer dans une même
vitrine toutes les richesses (souvent de style,
d'origine et de destination bien différents)
d'un même collectionneur, et de mettre un
peu de tout dans chaque partie de l'exposi-
tion, je souhaiterais voir ranger tous les
objets suivant leur destination par ordre
chronologique: toutes les pendules à la suite,
tous les flambeaux, tous les chenets, etc..
de même. On saisirait ainsi facilement, en
allant des plus anciens spécimens au.x
plus récents, tous les changements de forme
imposés par la mode et les styles successifs:
ce serait, je crois, fort instructif. Ceci n'em-
pêcherait pas de meubler des appartements
en entier en tel ou tel style, pour donner
des idées d'ensemble. Le coup d'oeil géné-
ral d'une exposition organisée suivant mes
désirs serait moins pittoresque.moins varié,
mais le résultat pratique serait plus consi-
dérable, j'imagine.
L. DE Earcv.
i>L..r/.
Vlr
j^ouucllcs et a^élanges.
73
ecrposition romaine à Turin.
'EXPOSITION romaine qui a eu
lieu cette année à Turin, est un
événement considérable pour l'his-
toire de l'art et ne saurait passer
inaperçue des lecteurs de la Revtie. Nous
croyons donc bien faire en leur en offrant
un rapide compte rendu.
M. le Duc Torlonia, chargé de l'organiser,
réunit les hommes les plus capables de la
mener à bonne fin. Ces savants comprirent
qu'elle devait être historique, qu'elle devait
nous montrer les monuments comme témoins
des longues et dramatiques annales de
Rome. Dans cette pensée ils la divisèrent
en trois parties: r antiquité, le moyen âge,
les temps modernes.
A Rome, l'antiquité occupe une place si
considérable, qu'on fut obligé de la limiter
aux dernières découvertes. Ses monuments
ont été rapportés dans un pavillon circu-
laire qui reproduit les fermes élégantes du
temple de Vesta, et dans des portiques
disposés alentour.
Si remarquable que soit cette première
partie, elle nous parait d'un intérêt inférieur
à la seconde. Il y a peu d'années que l'on
commence à apprécier la grandeur monu-
mentale du moyen âge en Italie; les artistes
que leurs études ou leurs goûts y attiraient
autrefois, s'appliquaient à l'antiquité, à la
Renaissance où ils croyaient la retrouver, et
fermaient dédaigneusement les yeux devant
les monuments que de grands siècles et de
ofrands hommes ont élevés dans l'intervalle.
A Rome, ces préjugés étaient pires qu'ail-
leurs et, chose remarquable, ils avaient cours
dans l'esprit même des artistes et des héros
du moyen âge. Rienzi se croyait, de bonne
foi, le survivant des vieux tribuns, il faisait
de la politique archéologique et rattachait
tous ses actes aux traditions de la Républi-
que ; les architectes, surtout les prédéces-
seurs des Cosmati, s'applaudissaient lors-
qu'ils avaient relevé de terre quelque
colonne des temps classiques et croyaient
être de moitié dans le chef-d'œuvre quand
ils dérobaient quelque beau fragment à
l'antiquité pour l'encastrer dans des briques
grossières. Il faut convenir qu'il y avait là,
sans qu'ils s'en doutassent, une sorte d'abdi-
cation qui justifie le peu d'estime que la pos-
térité a fait jusqu'ici de leurs édifices, mais
il faut ajouter que cette mise en œuvre des
marbres antiques par des mains naïves
constitue une des phases les plus curieuses,
même des plus importantes de l'histoire
de l'art. Lorsqu'on parcourt les rues du
Transtévère encore épargnées par les dé-
molisseurs modernes, on subit le charme de
cette singulière architecture. Ces hautes
tours de briques, ces murailles grandioses
percées de rares fenêtres et au pied des-
quelles s'ouvre inopinément un portique, qui
tout à coup décèle un chapiteau, un bas
relief, une inscription antique, ce singulier
mélange, cet ensemble parait majestueux, il
surprend, intéresse, captive singulièrement.
M. le professeur Stevenson, qui a passé
sa studieuse jeunesse au milieu des anti-
quités chrétiennes, et qui promet à RI. de
Rossi un héritier digne de ce prince de la
science, a compris ce grand spectacle. Il est
descendu des sommets des premiers siècles
vers ces âges plus négligés jusqu'ici ; il a su
appliquer à ces nouvelles études la forte mé-
thode de son maître et s'est montré un des
plus habiles organisateurs de l'exposition.
C'est à lui que nous devons d'abord le
recueil des plans de Rome, collection toute
nouvelle et précieuse ; depuis la Roma t]iia-
drata du Palatin, depuis le célèbre plan du
Capitole exécuté sous Septime Sévère jus-
qu'à celui de Bufalini, le premier, je crois,
(jui lut imprimé, nous y saisissons les longs
1^*^ Ll\ UAFSON
74
IRctiuc De rart chrétien
anneaux de l'histoire monumentale; on y
voitsuccessivement les monuments antiques
transformés en forteresses.la ville se hérisser
de tours guerrières, sortes de plantes para-
sites parmi ses ruines, puis des portiques
s'ouvrir, des palais s'élever et enfin, sous
Sixte V, une cité nouvelle surgir tout à
coup. M. de Rossi avait commencé ce re-
cueil, il y a quelques années, M. Stevenson
y ajoute des pages curieuses, que grossiront
certainement des découvertes.
A ces plans sont jointes diverses vues
choisies parmi les gravures antérieures aux
transformations modernes et qui en forment
comme les détails. Elles nous transportent
dans cette Rome des XI V^ etXV^ siècles oii
les bases des édifices antiques étaient ense-
velies sous le sol. Dans ce temps on arrivait
de plain-pied au portique du tabularium qui
servait d'entrée au palais du Capitole.
Ce palais du Capitole qui renferme des
souvenirs de l'histoire de Rome pendant
deux mille ans, depuis les douze tables,
jusqu'au balcon où haranguait Rienzi le
jour de sa mort, et aux tours de Boniface IX,
ce palais méritait une attention spéciale.
Les auteurs de l'exposition l'ont compris,
ils ont rapporté une suite de gravures et
de documents qui permettent d'en faire et
d'en justifier la restauration.
On y a joint des études sur l'Ara-Cœli,
sur son cloître et, pour compléter le tableau
de l'histoire civile de Rome, qu'on nomme-
rait mieux l'histoire militaire, on a reproduit
les plus fameuses tours seigneuriales, celles
de'Conti, délie Milizie, celle deU'Anguillara
qui domine une cour pittoresque toute pleine
encore de la vie du moyen âge. Viennent
aussi les simples maisons, celle de Rienzi
au Vélabre, l'élégante demeure avec por-
tique qui fait face à Ste-Cécile et divers
édifices que relèvent de rares mais fines
sculptures ou des fragments antiques.
L'architecture religieuse, pour Rome>
devait tenir la première place.aussi voyons-
nous paraître dans cette chronologie, un
plan des catacombes, St- Laurent hors les
murs, l'ancienne basilique de St-Clément,
SSts-Jean et Paul, St-Georges au Vélabre.
Les campaniles, ces monuments de /'f/e
sonnante de Montaigne, devaient figurer
aussi, et nous y voyons ceux de Ste-lNIarie
au Transtévère, de Ste-Marie Majeure, de
Ste-Marie in Cosmedin, etc. etc.
L'architecture dite Lombarde, dont les
spécimens les plus connus sont les églises de
Toscanella, intervient ensuite; elle précède
les travaux des Cosmati qui fournirent une
branche particulière et comme un dernier
jet de sève de l'art romain au moyen âge.
M. Stevenson a étudié soigneusement
l'histoire de ces Cosmati dans une série de
savants articles insérés au Catalogue et
qui nous montrent cette famille d'artistes
couvrant pendant plus d'un siècle de leurs
œuvres Rome et les environs. Nous les
voyons abandonner les emprunts antiques,
peut-être à cause de la rareté croissante des
marbres; nous les voyons agir, sculpter eux-
mêmeset mériter mieux que leurs devanciers
de signer des œuvres qui deviennent origi-
nales ; les cloîtres du Latran, de St-Paul, de
Subiaco, la clôture de chœur de St-Alexis,
quelques ambons sont leurs principaux ou-
vrages. S'ils laissent à désirer comme sculp-
ture, si la touche est empâtée, terne, sans
effet, ces défauts sont rachetés par l'éclat des
mosaïques, or, pourpre, azur qu'ils enroulent
sur leurs colonnes, qu'ils suspendent aux
frises, dont ils encadrent les vastes disques
de porphyre ou de serpentine. Ce style gai,
fleuri, s'épanouit au milieu des sévères édi-
fices antiques ou des sombres murailles du
XI 11*= siècle comme des fleurs au milieu
des ruines, et il justifie la vogue dont
jouirent si longtemps ses auteurs.
Bouticllcs et a^clangcs
75
Les mosaïques romaines sont presque,
du IX^ au XlIIesiècle, les seuls éléments
qu'on possède pour l'histoire de ce genre
de peinture ; elles avaient donc une place
essentielle marquée à l'exposition. Nous y
retrouvons en effet dans l'ordre chronolo-
gique.les deux médaillons de la bibliothèque
Chigi, l'abside des Stes-Rufine et Seconde
au baptistère de Constantin, Ste-Sabine,
SSts-Côme et Damien, St- Laurent, Ste-A-
gnès, Ste-Praxède, St-Clément, Ste-Marie
au Transtévère, Ste-Marie la Neuve.
M. Stevenson, qui s'occupe d'une histoire
de la peinture, ne pouvait oublier les fres-
ques qui couvraient à Rome les murs de
beaucoup d'églises. L'exposition nous en
retrace plusieurs, à partir du cimetière de
Pontien, des fresques de St-Clément,
jusqu'aux peintures voisines de la Renais-
sance.
Quelques pages de la fin du catalogue
sont réservées à l'exposé des travaux mo-
dernes exécutés à Rome, mais le but vérita-
blement atteint est l'exposition du moyen
âge monumental. Nous envoyons nos plus
vifs remerciments aux savants qui ont
conçu cette belle pensée et qui l'ont si bien
réalisée, surtout nous nous associons à leurs
vœux pour que cette exposition ne soit pas
éphémère, mais qu'elle devienne la base
d'un musée d'histoire du moyen âge. L'his-
toire, la vérité, la justice y gagneront ; en
suivant sur les pierres ces annales nouvelles
de la Rome pontificale, si peu connue, en-
trevue jusqu'ici derrière des préjugés et des
calomnies, on y apprendra que les progrès
et les déclins de l'art y ont suivi pas à pas
lesdestinées des papes selon qu'elles étaient
triomphantes ou tourmentées.
Georges Rohault de Fleurv.
ficinrurcs mucaics D'HnDrcsscin. (Hncee).
N l'automne de l'année 1869, je
visitais l'église d'Andressein ,
village situé à l'entrée de la pit-
toresque vallée de la Bellongne,
au contluent de la Boulgane et du Lez, non
loin de Castillon en Couserans ; sous le
porche de l'église je crus apercevoir quel-
ques traces de peinture recouvertes d'un
badigeon à la chaux; je grattai et frottai, aidé
par j\L l'abbé Cau-Durban, alors vicaire à
Castillon et mon compagnon de route, et
je pus ainsi rendre à la lumière quelques
peintures qui ne sont pas dépourvues d'in-
térêt. C'est du moins ainsi que les jugeait
mon savant et regretté maître, M. Quiche-
rat, à qui j'avais communiqué mes croquis.
L'église d'Andressein comprend : une nef
de la fin du XIIP siècle formée de trois
travées, la plus voisine du chœur couverte
d'une voûte d'og ives, les deux autres voûtées
de berceaux en tiers-point appuyés sur des
arcs doubleaux ; un chœur terminé en pans
coupés de l'époque de la nef ou remanié au
XIV"" siècle ; deux bas-côtés ajoutés vers la
fin du XV^ siècle ou les premières années de
la Renaissance ; un campanile placé au-des-
sus de la porte de la nef, composé de deux
rangs d'arcades géminées en plein cintre,
surmontés d'un pinacle en forme de cré-
neaux ; un porche couvert d'une voûte
d'arêtes correspondant à la nef et probable-
ment de la même époque ; deux autres
porches correspondant aux bas-côtés et abri-
tant leurs portes, dont l'une, richement ornée
en style de la Renaissance, porte, dans un
écusson,la date de 1564 ; ces deux porches
latéraux ne sont pas voûtés, mais simple-
ment surmontés de charpentes. L'église est
orientée (").
:. Ces détails sont empruntes à mes notes et à la des-
cription publiée par M. de Lahondès dans la Semaine
catholique de Parniers. (Ann. 1S83, n" 6, p. 125.)
76
Ectjuc De rart chrétien.
C'est sous le porche central que sont
placées les peintures. Sur les voussures des
arcades qui supportent au nord et au midi,
c'est-à-dire du côté de l'évangile et du côté
de l'épître, les retombées de la voûte, et
sur cette voûte même, on peut voir encore
quatre anges et quelques saints ; de ceux-ci,
il ne m'a été possible de reconnaître que les
images de S. Jean-Baptiste et de S.Jacques,
caractérisés le premier par son vêtement de
peau et par l'agneau nimbé et accompagné
d'une croix qu'il porte couché sur un livre,
le second par ses pieds nus, par son bourdon
et sa coiffure de pèlerin. Les quatre anges
mieux conservés sont nimbés, vêtus de
longues robes et de dalmatiques à collets
rabattus et à manches, ils jouent de divers
instruments : guitare, doucine, viole et
harpe.
Sur les faces principales des quatre piliers
qui soutiennent les deux arcades du nord et
du midi — donnant accès aux deux porches
latéraux — sont peints quatre tableaux
larges d'environ un mètre, hauts d'un mètre,
dix centim., entourés d'une bordure de
douze à treize centimètres de couleur som-
bre semée de quatre-feuilles. En voici la
description.
(A). Câ/(f de révangile (nord) : i" Pilier
adossé à l'église. Dans une ouverture pra-
tiquée dans un mur crénelé, on voit un
homme assis les pieds attachés par deux
anneaux de fer, les mains jointes dans l'at-
titude de la prière ; puis cet homme sort
d'une toLu- crénelée emportant ses chaînes ;
dans la partie inférieure du tableau il est
représenté agenouillé ses fers à la main
devant un édicule où l'on peut reconnaître
le campanile d'Andressein et un autel sur
lequel, malgré l'état de dégradation de ces
JI3o II tieUcs et sgélanges.
77
peintures, on peut distinguer les contours
d'une Notre-Dame de Pitié.
(B). 2° Pilier opposé au précédent. Une
femme tombe d'un arbre la tête en bas, les
bras étendus, les vêtements dans un désor-
dre assez naïf; on la revoit dans la partie
inférieure du panneau, agenouillée un cierge
à la main devant l'autel de Notre-Dame de
Pitié sous le campanile d'Andressein. Elle
porte une robe longue, assez collante, à
manches étroites, ouverte en carré sur la
poitrine, sur la tête un voile, costume sou-
vent représenté dans les miniatures du
XV" siècle, surtout sur les vitraux et les
tableaux funéraires.
(C). Côté de répître. (midi) : 1° Pilier
adossé à l'église. Un homme dont les vête-
ments paraissent en partie recouverts par
quelques pièces d'armure de fer, brassières,
oenouillères, etc., tenant à la main un cou-
trf i^=
teau dégainé paraît attendre à la porte
d'un château fort ; un homme identique au
premier — le même sans doute — frappe
d'un coup de couteau à l'épaule un homme
désarmé ; le même homme toujours, à le
juger par son costume et la gaîne de son
couteau, est à genoux un ciergfe à la main
devant l'édifice déjà décrit (').
I. ("e tableau assez énigmatique peut être interprété au
moins d'une autre fat;on ; un homme armé arrête, en
lui mettant contre ro|)aulc sa main année d'un grand cou-
(D). 2" Pilier opposé au précédent. Deux
hommes se battent, vêtus de chausses
étroites, souliers à la poulaine, chapeaux à
la mode de Charles YII (forme de nos
chapeau.x bas modernes), jaquettes à collet
droit, bien échancré par devant, aux épaules
rembourrées, aux larges manches (manches
teau, un liomnie désarmé ; puis se rend en un château
fort où sans doute il vient d'enfermer cet homme qui avait
contre lui de mauvais desseins ; puis il vient en actions
de grâces <\ Notre-Dame d'Andressein.
78
EcDue Dc rart cîjréticn.
à eieot), entrouverte sur le devant, plissée
a la ceinture ; l'un des combattants tient
une épée dégainée, son adversaire le frappe
d'une sorte de lance et le sang coule à Hots
de sa blessure. Au bas du tableau, le blessé
ayant encore dans son côté un tronçon
d'arme brisé est à genoux, un cierge à la
main, devant la statue et le campanile
d'Andressein.
Quelle est l'époque, quel est le sens de
ces peintures ?
L'époque indiquée par les costumes est
la seconde moitié du XV' siècle.
Quant au sens de ces peintures, elles sont
la représentation de faits miraculeux ou
notables advenus au pèlerinage de Notre-
Dame de Pitié en l'église d'Andressein. Or
on peut voir aujourd'hui, reléguée dans la
sacristie, une statue en bois peint de Notre-
Dame de Pitié qui présente tous les carac-
tères du XV'= siècle, et correspond sans
doute à l'image figurée dans les peintures.
En 13 15, une confrérie avait été fondée en
l'honneur de la Ste Vierge dans la chapelle
d'Andressein — devenue l'église paroissiale
actuelle — alors dédiée à la Mère de
Dieu (') ; et peut être dans les archives
de cette confrérie, s'il en existe quelques
débris, trouverait-on des renseignements
précis sur ceu.x qui firent exécuter ces
peintures murales, sur les faits qui y sont
représentés {-).
A défaut de données précises, on peut
1. L'dglise paroissiale fut démolie à la Révolution, et la
chapelle érigée en église paroissiale sous le vocable de
Saint-Martin, ancien patron de la paroisse, lors du réta-
blissement du culte.
2. Les statuts de cette confrérie viennent d'être publiés
par MM. l'abbé Cau-Durban et F. Pasquier : Stu/i/ts
d'une ancienne confrérie rurale dans le Conserans, Foix,
V*'= Pouriès ; 1884. — Les peintures d'Andressein sont
sommairement décrites dans cette notice et dans l'Inven-
taire des richesses d'art de la France : nomenclature de
VAri^ge (par F. Pasquier archiviste de l'Ariègc ; Foix ;
V"" Pouriès ; 1883), d'après ces notes que j'avais fournies
à mon excellent collègue M. Félix Pasquier.
chercher si les traditions locales fourniraient
quelques indications sur l'origine de ces
tableaux. En 1878, j'écrivis à ce sujet à
M. le curé d'Andressein ; M. Berdal, curé
de cette paroisse et chanoine honoraire, me
fit l'honneur de m'adresser la réponse sui-
vante: « Pas le moindre vestige de tradition
écrite ; seulement une tradition orale très
constante. Il n'est pas aujourd'hui un
vieillard dans les environs d'Andressein qui
ne se souvienne d'avoir dans son enfance
été conduit sous notre porche pour y voir
fixée par la peinture l' histoire des voleurs
qui après avoir pillé l'église ne purent
sortir, retenus par une force surnaturelle :
l'église a trois portes qui tour à tour
s'ouvraient et se refermaient présentant aux
malfaiteurs l'espoir de fuir et les retenant
ensuite. »
De ce que les vieillards ont pu contem-
pler dans leur enfance les antiques peintures
de leur église, il faut conclure que la couche
de chau.x qui les recouvrait en 1869 était
d'une date assez récente et ne remontait
qu'à une cinquantaine d'années.
Mais il me paraît assez difficile de con-
cilier la légende avec les sujets peints sous
le porche d'Andressein. Ces trois portes qui
s'ouvrent et se referment ne peuvent être
les trois portes ouvertes sur la façade occi-
dentale de l'église, deux d'entre elles, celles
des bas-côtés, étant de date postérieure aux
peintures du porche principal.
Le panneau B est l'ex-voto d'une femme
tombée d'un arbre, préservée de la mort ou
de graves blessures par un appel à la Vierge
d'Andressein, et venant acquitter en pèle-
rinage sa dette de reconnaissance.
Une interprétation analogue s'applique
au panneau D placé comme le panneau B,
auquel il fait vis-à-vis, sur le pilier qui fait
face à l'église : un homme blessé dans un
duel ou quelque fâcheuse rencontre vient
jKoutjeïIes et a^éUngcs.
79
aussi un cierge à la main remercier Notre-
Dame de Pitié de sa guérison (').
Au tableau A, le prisonnier implore
évidemment le secours de la sainte Vierge ;
exaucé, il sort ses fers à la main, et va les
porter aux pieds de l'image de sa protec-
trice. C'est sans doute ce prisonnier qui,
dans l'imagination populaire, a passé pour
le voleur du sanctuaire d'Andressein. Est-ce
un coupable, est-ce un innocent? La seconde
hypothèse me paraît plus probable ; il est
plus naturel d'admettre que ce prisonnier,
objet de la protection divine, était détenu
contre toute justice et que Notre-Dame
d'Andressein, en le délivrant, voulut pro-
clamer son innocence.
Peut-être celui qui l'avait incarcéré est-il
précisément l'homme au couteau du pan-
neau C : cet homme armé qui en arrête un
autre désarmé, qui se tient à la porte d'un
château fort, qui enfin vient un cierge à la
main se prosterner devant l'image vénérée
n'est point un pèlerin rendant grâces d'une
faveur obtenue, mais plutôt un coupable
faisant amende honorable pour son méfait.
Mais je ne prétends faire qu'une simple
hypothèse et laisser à de plus habiles et
plus érudits le dernier mot de ces énigmes.
Ces peintures ont sans doute été exécu-
tées par les ordres et aux frais de la Con-
frérie, très puissante et très nombreuse à
cette époque. Ce ne sont pas des fresques,
mais des peintures à l'huile ou à la détrempe
exécutées sur un enduit sec et par un artiste
d'un certain talent. Elles méritent à coup
sûr d'être conservées avec soin ; elles sont
dignes de fixer l'attention des artistes et
des archéologues.
Jules Marie Richard.
I. Peut-être ces deux tableaux 15 et D sont-ils d'un
autre peintre que A et C.
ecrcursion De (a 0ilDc De Sainr=Tèomas
et De Sainte Jluc. >-^— ^-^-.-.-^-^-.-.-.-^
lt3^>>Sy] KTTE société a fait, du !«■■ au 6 sep-
tembre, son excursion annuelle. Le
château de Vianden, la basilique de
Saint-Willibrord à Echtenach, enfin
les monuments de la ville de Trêves, devaient
faire successivement l'objet des études de la
Gilde. Une soixantaine de membres s'étaient
réunis à cet effet à Dickirch, petite ville du
grand duché de Lu.xembourg.
Le 2 septembre, de grand matin, éclairée par
un beau soleil, la nombreuse caravane distribuée
dans une série de véhicules de toutes déno-
minations et de toutes formes, prenait le chemin
pittoresque, généralement bordé d'une riche
végétation, qui conduit de Dickirch aux imposan-
tes ruines de Vianden. On y arriva après une
course de deux heures.
Le château de Vianden est majestueusement
établi sur un rocher très escarpé de plusieurs
côtés, et dont les hauteurs dominent la ville du
même nom, divisée en deux parties par la lim-
pide et gracieuse rivière de l'Our. On connaît
la destinée lamentable de ce château, aujourd'liui
l'une des ruines les plus considérables d'ancien
castel féodal, habitable encore et dans un remar-
quable état de conservation en 1821. Intacte
alors, non seulement dans son système de
défense, mais dans les magnifiques bâtiments
d'habitation des seigneurs, le château fut vendu
à cette date fatale par le roi Guillaume de Nas-
sau, sur la proposition d'une administration
inepte qui trouvait trop coûteux l'entretien
de ce château aussi important par son architec-
ture qu'intéressant par son passé. — Au seul titre
de monument historique, il eût dû être conservé
avec un soin jalou.x par la famille roj-ale des
Pays-Bas, dont il fut le berceau.
Celle-ci se contenta d'en redevenir propriétaire
de nouveau peu d'années plus tard, lorsque les
acquéreurs eurent accompli leur œuvre de des-
truction, et que l'antique manoir des Nassau,
mis dans l'état de ruine oti on le voit maintenant,
n'exigeait plus d'autres frais d'entretien que celui
des ancrages devenus nécessaires pour empêcher
les masses des murs disloqués et battus par les
8o
IRctiuc Oe r3rt c&réticn.
vents, de s'écrouler sur la ville qu'ils dominent
et à laquelle le château a servi autrefois d'abri
et de défense.
On examina dans tous leurs détails ces ruines,
les plus complètes d'une construction militaire,
non seulement dans le Luxembourg qui compte
un certain nombre d'anciens châteaux, mais
encore des pays qui l'entourent. Plusieurs des
salles présentent une longueur de 30 mètres, sur
une largeur de 10 mètres. D'énormes cheminées
sont encore debout, et dans quelques salles les
voussures des portes et les archivoltes des fenêtres
présentent une décoration sculpturale du plus
grand caractère et que l'on rencontre bien rare-
ment dans une construction de cette nature. La
chapelle castrale fut étudiée avec un soin parti-
culier. C'est la partie du monument la mieux
connue, M. Aug. Reichensperger en ayant fait
l'objet d'une excellente notice accompagnée de
quelques planches et qui a été publiée en 1856.
Cet oratoire offre un bel exemple des chapelles
à deu.x étages, Oratoria duplicata, dont on trouve
en Allemagne particulièrement et en Hongrie
quelques exemples très intéressants. Démantelée
en bonne partie afin d'en retirer les matériaux,
après la vente que nous venons de rappeler, la
chapelle était dans un état de conservation qui
permit d'y célébrer le saint sacrifice encore
en 1821. Ce petit sanctuaire a été depuis l'objet
de deux restaurations successives. Ces restaura-
tions ont eu le bon résultat d'empêcher une destruc-
tion plus complète par l'infiltration des eaux, et
d'offrir au visiteur un ensemble plus complet de
la disposition générale. Mais, dans les détails,
le ciment, le plâtre et d'autres matériaux de
contrebande sont intervenus dans une large
mesure, et il faut ajouter qu'en général l'intel-
ligence des formes est à la hauteur de la sincérité
des mo>^ens de construction employés. — En
réalité cette restauration, de même que le rachat
des ruines, apparaît comme le tardif regret des
démolisseurs qui n'ont peut-être pas encore
compris toute l'énormité de cet acte de vanda-
lisme, qui sera jugé plus sévèrement, à mesure
que le château de Vianden sera mieux connu
et plus souvent visité par des hommes compé-
tents.
Après un examen ijui se prolongea jusque vers
midi, la caravane archéologique se remit en
marche pour regagner le chemin de fer au vil-
lage de Wallendorf en suivant le cours sinueux
et accidenté de l'Our, particulièrement pittores-
que à son confluent avec la Sûre. — La station
de Wallendorf fut atteinte au moment où un
formidable orage éclatait, répandant des torrents
de pluie et des nuées de grêle sur les montagnes,
et faisant jaillir de toutes parts des cascades
dont les eau.x boueuses, après avoir inondé la
route, allaient en serpentant se déverser dans
rOur. Bientôt survint le train de Dickirch, et en
peu de temps la société se trouva transportée
dans la ville de saint Willibrord à Echternach.Là,
après qu'une réfection confortable, prise â l'hôtel
du Cerf, eut restauré les forces et ranimé les
esprits des voyageurs, on alla voir l'antique
basilique, consacrée au saint tutélaire de ces
contrées.
La basilique de Saint-Willibrord est un monu-
ment considérable, d'une austère grandeur dans
sa simplicité et dont la construction principale
remonte à la première moitié du onzième siècle. —
Jusqu'à la Révolution française on y conservait
les .reliques du grand Apôtre de la Hollande et
d'une partie de l'Allemagne, dont le souvenir
est encore si vivant dans ces régions également
évangélisées par lui. Depuis la supression de son
antique abbaye, le culte n'était plus célébré dans
la basilique, et depuis une trentaine d'années, ce
monument abandonné semblait condamné à une
ruine complète. Une fabrique de porcelaine avait
été établie dans l'une des nefs ; le chœur s'écrou-
lait et les administrations agitaient la question
de savoir s'il ne conviendrait pas de procéder
à la démolition du monument, afin d'éviter les
dangers qui pouvaient résulter des effondrements
que son état de ruine faisait redouter.Alors l'esprit
de piété pt)ur le saint tutélaire de ces contrées
et le patriotisme domièrent naissance à une
société qui, fondée dans la petite ville d'Echter-
nach, sous le nom de Willebrordus Bau-Verein,
se donna la mission, non seulement d'empêcher
la démolition de la basilique, mais encore de la
rétablir par une restauration conforme aux prin-
cipes de l'archéologie, et aux données que four-
nissait le monument lui-même. L'esprit de sacri-
fice des habitants de la ville, l'appui du gouver-
BouDelUs et Mélanges.
8i
nement et le dévouement de l'association aidant,
on parvint à réunir les ressources nécessaires au
but que l'on avait en vue. Dans ses grandes
lignes la restauration s'accomplit d'après les
dessins et suivant les inspirations de M. Essen-
wein, directeur de musée Germanique à Nurem-
berg, et aujourd'hui la restauration intérieure se
poursuit et des peintures murales s'y exécutent
par les soins de M. Jules Helbig. Après avoir
examiné la basilique et sa crypte, la Gilde fit
une rapide visite à l'église paroissiale qui domine
la ville, et oi;i se trouvent actuellement les reliques
de Saint-Willibrord, et notamment le cilice
porté par ce grand Apôtre. C'est après avoir
monté les nombreux degrés qui conduisent à
cette église, et après avoir tourné autour de
l'autel contenant, dans sa partie inférieure, le
sarcophage et les ossements du Saint, que se
dissout la célèbre procession dansante qui
attire chaque année plus de douze mille pèlerins,
le mardi de la Pentecôte, à Echtcrnach.
L'heure du train pour Trêves était survenue ;
les excursionnistes jetèrent, du haut de la colline,
un dernier regard sur la ville et ses poétiques
environs, et se rendirent à la gare, où l'on s'in-
stalla, tant bien que mal, dans les wagons
du chemin de fer Prince Henri. En moins d'une
heure et demie toute la troupe était à Trêves, oîi
la Gilde fut accueillie avec la plus gracieuse
cordialité par M. Pateiger, ancien membre de
la fraction du centre au parlement allemand.
Grâce à ses soins, les confrères furent bientôt
repartis dans les différents hôtels de la ville où
un gîte réparateur les attendait après une
fatiguante et longue journée. Bon nombre
d'entre eux furent installés dans l'hôtel de la
Maison Ronge, qui est déjà un monument, con-
struit au milieu du XV'- siècle, mais où le
voyageur est assuré d'une hospitalité toute mo-
derne.
.Le lendemain tous les membres de la Gilde se
trouvaient réunis à l'église Saint-Gangolphe, où
conformément aux usages de la société, ils
assistèrent ensemble à la messe dite à l'intention
de tous les confrères décèdes et vivants.
Les membres de la Gilde avaient trois jours à
consacrer à l'étude des monuments de Trêves, à
l'examen de ses collections et musées. Nous ne
les suivrons pas dans toutes leurs pérégrinations.
La ville de Trêves est assez connue par tous les
archéologues, comme l'une des plus anciennes et
plus intéressantes villes de ce côté des Alpes,
pour qu'il y ait lieu de refaire l'inventaire de ses
richesses. On sait combien celles-ci sont nombreu-
ses dans le domaine classique, celui qui embrasse
les derniers siècles de la période romaine. Elles
deviennent plus considérables d'année en année,
grâce à des fouilles nouvelles, grâce à des explo-
rations faites avec autant d'intelligence que de
succès.
Depuis longtemps on connaissait les palais des
empereurs, quoique les érudits ne fussent pas
toujours d'accord sur la destination première de
ces ruines imposantes et qu'ils y aient voulu voir
tour à tour, un théâtre, le capitole des Trévires,
le palais du sénat, etc.; on connaissait l'amphi-
théâtre, dont malheureusement on a emporté,
comme matériaux à bâtir, presque tout ce qui
restait de ces constructions; on connaissait la ba-
silique,/(Z/^r/rtA^?^;-rt et d'autres restes romains.
Depuis deux ans, on a découvert les bains ro-
mains, dont les fouilles dirigées avec beaucoup de
science par le docteur Hettner, conservateur du
Musée provincial, ont fait connaître les substruc-
ctions d'un établissement thermal de premier
ordre, dont la façade nord n'a pas moins de 125
mètres de longueur.
Si aucun des monuments de l'antiquité romaine
ne fut négligé par les confrères de la Gilde, on
comprend cependant que c'est surtout sur les édi-
fices chrétiens et leur mobilier que se concentra
particulièrement leur étude. A l'aide des recher-
ches entreprises avec autant de persévérance que
de science par le baron Roisin et surtout par le
chanoine Wilmevsky, on chercha à débrouiller les
différentes époques et les styles divers qui ont
participé à la construction de la cathédrale, pro-
bablement dans son premier noyau l'église chré-
tienne la plus ancienne de ces régions, et dans son
ensemble, ses cloîtres, son petit musée et son ma-
gnifique trésor, l'un des monuments les plus inté-
ressants et les plus instructifs que l'archéologue
puisse visiter. — Peu de villes lui offriront, dans
un espace aussi restreint, autant d'objets d'étude,
que l'agglomération du dôme, des bâtiments qui
l'entourent et des cloîtres qui le relient à l'incom-
1-35. — ^^*^ Livraison.
82
iRctJUC De r^tt chrétien.
parable église de Notre-Dame, l'un des plus beaux
monuments de la période ogivale de l'Allemagne
et qui, par certaines dispositions, par sa statuaire
et sa remarquable sculpture ornementale rappelle
sous bien des rapports l'art ogival français.
Aussi les membres de la Gilde y revinrent-ils à
plusieurs reprises, et toujours avec un sentiment
plus vif des beautés de cet édifice.
On visita successivement tous les monuments
figurant au programme de l'excursion.
L'une des matinées dont le souvenir restera le
plus vivace dans la mémoire des confrères de la
Gilde, fut celle consacrée à l'étude du trésor de la
cathédrale. On sait que ce trésor, bien qu'une
partie de ses richesses aient été dispersées à la
suite du transport entrepris pour le soustraire aux
armées françaises, en 1792, est encore l'un des
plus considérables qu'il y ait en Allemagne.
L'accès n'en est pas toujours facile, mais grâce à
l'autorisation du dignitaire du chapitre préposé
à la conservation de ce trésor, les plus grandes
facilités furent accordées à la Gilde pour en exa-
miner les différentes pièces aussi remarquables
que nombreuses. L'intérêt de cette étude était
considérablement rehaussé par les explications et
les observations faites tour à tour par M. le baron
Béthune, président de la Gilde, M. le chanoine
Reusens, M. l'abbé Czobor, conservateur du musée
de Buda-Pesth. M. l'abbé Schnutgen, de Cologne,
avait aussi voulu se joindre dans cette circonstance
à la société, et ajouter ses savantes remarques
à celles des érudits de la Gilde. Les confrères
eurent ainsi la bonne fortune de voir successive-
ment passer sous leurs yeux l'autel portatif de
Saint-André et le reliquaire du saint Clou. Deux
pièces du X'= siècle appartenant aux premières
œuvres de l'émaillerie romaine en Occident, —
le reliquaire renfermant les chefs de saint Mathias
et de sainte Hélène, un reliquaire de la vraie
Croix, les couvertures d'évangéliaires des X^ et
XII*^ siècles, les magnifiques encensoirs du XIP
siècle, publiés à différentes reprises, — entre autres
dans les Annales archéologiques de DiJron ; — les
cros.ses en cuivre doré trouvées dans les tombes
des archevêques Egilbert et Bruno, appartenant
à la fin du XI<= et au commencement du XII<^
siècle ; des chandeliers d'autel de la même période,
des ivoires et manuscrits de premier ordre, etc.
Tout cela put être examiné avec le jjIus grand
soin, et, comme nous venons de le dire, exhibé
avec des éclaircissements historiques et des ensei-
gnements pratiques donnés par des hommes de
première compétence, qui doublèrent le charme
et l'utilité de cette séance. Au surplus. Trêves est
au point de vue de l'orfèvrerie religieuse du
moyen âge, une ville de premier ordre. Au.x mo.
numents du trésor du dôme, — dont un certain
nombre ont été publiés — il faut ajouter le ma-
gnifique reliquaire de la vraie Croi.x, dont la reli-
que apportée de Constantinople, en 1207, par le
chevalier Henri de Ulmen, fut donnée à l'impor-
tante abbaye dcSaint-Mathias, prèsdeTrèves. Son
église a conservé heureusement la relique insigne
et le chef-d'œuvre qui lui sert d'ostensoir. Il faut
ajouter encore différentes pièces très remarqua-
bles de l'église Saint-Gangulphe, dont le trésor
est pour ainsi dire inconnu, et que les fureteurs
de la Gilde eurent le bonheur de découvrir, et
l'autel portatif de Saint-Willibrord conservé dans
la sacristie de l'église Notre-Dame.
Le musée provincial, très considérable, surtout
au point de vue lapidaire, et continuellement en-
richi par les fouilles et les découvertes quotidien-
nes qui se font dans le sol historique des environs
de Trêves, reçut aussi une visite aussi détaillée
que le permettait le temps dont on pouvait dispo-
ser. — La riche bibliothèque de la ville eut
son tour; malheureusement on était en vacances,
et l'absence du bibliothécaire empêcha cette visite
d'être aussi fructueuse et aussi intéressante qu'elle
aurait pu l'être. Ajoutons encore que l'examen
qui se fait par des corporations aussi nombreuses,
de monuments qu'il faut pour ainsi dire tenir à la
main pour les apprécier, a rarement pour le tra-
vailleur l'utilité qu'il désirerait retirer des trésors
vus d'une manière fugitive. Mais au moins il sait
où ils se trouvent, et le désir ou la nécessité d'une
étude plus approfondie survenant, il se rappellera
où il doit les rechercher.
Les trois journées se passèrent ainsi trop rapi-
dement au gré des excursionnistes, à explorer les
richesses de cette ville si éminemment historique,
située sur les rives de la Moselle et où les beautés
de la nature rehaussent encore le prestige des
monuments et les souvenirs de l'histoire. Au mi-
lieu du jour, un joyeux repas pris en commun
dans les vastes salles du Katkolisckc Bitrger veirin,
restaurait les forces des archéologues, après les
j^outicUcs et Mélanges,
83
courses de la matinée et les préparait aux fati-
gues du reste de la journée. De gais propos et
parfois des toasts chaleureux témoignaient, dans
toutes ces réunions, de l'entrain des convives. Le
soir, toute la société se retrouvait au Martins-bad,
vaste établissement situé au bord de la Moselle,
et où des séances, présidées par M. le baron
Béthune, se prolongeaient quelquefois jusque
assez tard dans la soirée. Dans ces réunions, l'un
ou l'autre membre prenait la parole pour résumer
les observations faites sur les monuments visités
au cours de la journée. Chacun apportait le résul-
tat de ses impressions et de ses études, dont une
discussion amicale faisait ressortir ou contestait
la valeur. A la suite de la visite du trésor de la
cathédrale, oii le matin on avait vu plusieurs mo-
numents remontant à l'origine de l'émaillerie en
Allemagne, M. le chanoine Reusens fit, avec des
développements étendus, l'historique de l'émail-
lerie en y ajoutant des explications techniques
sur cet art dont les églises de Trêves offrent en-
core des monuments si remarquables. M. le baron
Béthune et M. le chanoine Delvigne entrèrent
dans des considérations étendues sur les carac-
tères de l'architecture des édifices de Trêves. Les
membres de la Gilde se préoccupèrent naturel-
lement aussi des causes qui pouvaient avoir
amené le maître constructeur de l'église de Notre-
Dame, à donner un plan circulaire à ce remar-
quable édifice., Ya-t-il été amené par la forme
généralement ronde des anciens baptistères qui
d'ordinaire se trouvaient,comme l'église de Notre-
Dame, dans le voisinage immédiat des cathé-
drales? Le terrain peu étendu qu'il avait à sa dis-
position, l'a-t-il amené à adopter cette forme peu
ordinaire dans les églises de la période ogivale ?
Est-elle une imitation plus ou moins directe de
l'église de Braisne, près de Soissons, comme le
prétendent quelques-uns? Ne faut-il voir, au con-
traire, dans l'église Notre-Dame, qu'une église
orientale par son plan, comme le croyaient Didron
et Félix de Vuneille, une filiation d'Aix-la-Cha-
pelle et une sœur de Saint-Giréon de Cologne ?
— Ces différentes hypothèses furent examinées
sans qu'aucune d'elles parut donner la solution
du problème posé.
Plusieurs notables de Trêves, des savants et
dignitaires de l'église voulurent bien assister aux
réunions de la Gilde, pendant son séjour à Trêves.
M. le professeur Scrot, le R. M. Claesen, curé-
doyen à Echternach, M. l'abbé Schmitgen, M.
Pateiger, honorèrent les séances de leur présence.
Le bureau de la Gilde ne voulut pas quitter Trê-
ves, sans avoir présenté ses devoirs au chef vénéré
du diocèse, Mgr Korum, dont l'accueil gracieux
et les sentiments hautement sympathiques pour
l'œuvre de la Gilde, laissa une profonde impres-
sion à tous ceux qui prirent part à cette entrevue.
Enfin il fallait quitter Trêves, ses aimables ha-
bitants et ses monuments célèbres. Les confrères
se séparèrent, les uns pour reprendre le chemin
du Luxembourg et de la Belgique, les autres pour
descendre les bords de la Moselle et du Rhin,
heureux tous des journées passées ensemble et se
promettant d'en renouveler, l'année 1885, les ex-
cellentes impressions, — cette fois sur les bords
de la Meuse, suivant le projet d'excursion. adopté
en assemblée générale. X.
Société des antiquaires de France. — La
majeure partie des notices du tome XLIV se
rapporte à l'archéologie chrétienne.
— M. G. Schicmberger s'occupe des types de
la Vierge, du Christ et des saints figurés sur les
sceaux de plomb byzantins, des X<=, XI<= et XII'=
siècles. Le buste nimbé et voilé de la Panagia,
entre les deux sigles MHP 0OY se voit sur la
moitié au moins des sceaux retrouvés jusqu'ici.
Tantôt elle est représentée dans l'attitude d'une
orantc, tantôt elle presse contre sa poitrine le
médaillon du Christ, tantôt elle porte le divin En-
fant sur le bras droit ou sur le bras gauche. Ces di-
verses attitudes doivent correspondre aux types
de madones, peintes ou sculptées, jadis en grande
vénération chez les Grecs. Le buste du Rédemp-
teur, portant le nimbe crucifère ou simplement
adossé à la croi.K, apparaît sur un certain nombre
de bulles. Beaucoup plus rarement, le Christ est
représenté bénissant, assis sur un trône. Les saints
dont les effigies sont le plus fréquemment repro-
duites sont S. Démétrius, S. Georges, S. Nicolas,
S. Théodore Tyron et S. Théodore Stratilate.
L'évêque de Myra, le favori de la sphragistique
byzantine,porte les évangiles de la main gauche et
bénit de la droite. L'archange S. Michel, la tête
diadémée, tient de la main droite le globe cruci-
gère, et de la gauche, le sceptre à triple fleuron,
très rarement remplacé par l'épée flamboyante.
Presque toujours la légende gravée sur un sceau
byzantin est une invocation à la Vierge ou au
Christ. Quand la Tlieotokos n'est point qualifiée
par le nom spécial qu'elle portait dans un sanc-
tuaire vénéré, on lui donne l'épitiiète de toute
sainte. Mère, du Verbe, souveraine, toute pure,
vierge, princesse, toute complaisante, etc.
— Les Icônes historiaruin Veteris Testanienti
souvent rééditées au XV1<^ siècle, sont célèbres
par les planches gravées sur bois, d'après Hans
Holbcin, par Virgile Solis, et probablement, par
Hans Lutzelburger. M. G. Duplessis donne un
essai bibliographique sur les différentes éditions
parues de 1538a 1551 et prend soin de noter les
planches dont le dessin n'appartient pasà Holbein.
— A la cathédrale de Nantes, dans la chapelle
Saint-Clair, des boiseries cachent le tombeau
de Guillaume Guéguen, mort en 1506 et dont
Michel Colombe a exécuté la statue funéraire.
M. Palustre, voulant examiner cette œuvre d'art,
a pu obtenir l'enlèvement temporaire des boise-
ries. Il a constaté que la figure duc au ciseau de
Colombe, brisée en 1793, a été remplacée par un
autre marbre, du XV'-' siècle, dont il est impos-
sible de déterminer la provenance.
— Nous citerons encore dans le même volume,
une étude de M. A. de Barthélémy sur une vie
inédite de S. Tudual, attribuée au Vl*-' siècle ; —
des notes d'un voyage en Corse, par M. Lafaye ;
— une notice de M. Pol Nicard sur la vie et les
travaux de M. Ferdinand de Lasteyrie ; — et des
documents, que nous avons déjà signales, fixant
la date de la construction des cathédrales d'Em-
brun et de Gap.
A cette revue rétrospective ajoutons quelques
détails sur les récentes séances :
Dans la séance du 16 juillet dernier. — AL de
Goy a fait une communication sur des objets de
bronze provenant d'un atelier de fondeur gaulois
à Neuvy-sur-Barangeon.
M. de Lasteyrie a communiqué un calendrier
portatif latin, du commencement du XIV"^' siècle
et provenant du Midi de la France. Il signale
l'e.xistcnce de plusieurs calendriers analogues. Le
musée du Louvre et de la Bibliothèque Nationale
en possèdent chacun un. Tous dérivent d'un type
unique composé à la fin du XIII"^ siècle, par le
computiste Pierre de Dacie.
Dans les séances des 2j et jo juillet. — M. Eug.
MUntz a communiqué la première partie d'un tra-
vail intitulé : Jacopo Bellini, ses études d'après
Pantique, so'i influence sur Mantegna, d'après des
documents inédits.
M. Héron de Villefosse dit, à ce propos, qu'un
recueil de dessins de ce maître vient d'être acquis
par le musée du Louvre, grâce à l'intervention de
M. Courajod; il entretient la Société des inscrip-
tions antiques reproduites dans ce recueil.
M. Courajod communique, en les accompa-
gnant de commentaires, les photographies de
plusieurs dessins de Jacopo Bellini, qu'il a fait
exécuter pendant que ce recueil était entre ses
mains.
M. Duplessis lit un mémoire sur quelques gra-
vures de Martin Schoen.
M. Courajod lit un mémoire sur un projet de
formation, au Louvre, d'une collection complète
de .sculptures originales de l'École française. Il
entretient la Société des monuments qu'il a déjà
réunis dans ce but et qui proviennent tant des
salles du Louvre que des chantiers de Saint-
Cratiatir Des Sociétés satiantcs.
85
Denis, et des palais de Versailles, Fontainebleau
et Compiègne.
M. G?idoz donne des détails sur la présence
des roues de fortune dans les églises du moyen
âge et dans les temps modernes.
M. de Lasteyrie met sous les yeux de la So-
ciété une inscription chrétienne du VIi^ ou duVII<=
siècle, découverte récemment par l'abbé Hamard
à Hermès (Oise).
M. Mowat communique l'estampage d'une
inscription du moyen âge trouvée à Amiens par
M. Cagnat. C'est une inscription chrétienne de
basse époque.
En séance du j septembre. — M. Eugène Mùntz
continue la lecture de son travail sur le Palais
de Sorgues (1319-139S), près d'Avignon, travail
dont la première partie avait été communiquée à
la Société en 1879. Il fait connaître les noms des
artistes presque tous français employés à la dé-
coration de ce monument.
M.Muntz communique en outre des photogra-
phies qu'il vient de faire exécuter d'après les fres-
ques, toutes encore inédites, du Palais des Papes
à Avignon, de la cathédrale de Notre-Dame-des-
Doms et de la Chartreuse de Villeneuve.
Société de l'histoire de Paris. — M. Vac-
quer signale les découvertes faites, rue Galande,
à Paris, à l'occasion de l'ouverture d'une tran-
chée d'égoût. On y a rencontré des substructions
de l'époque romaine et recueilli une trentaine de
sarcophages en plâtre et pierre blanche, méro-
vingiens et carolingiens.
• — M. J. Guiffrey donne une notice sur les
grands relieurs parisiens du XVI II<^ siècle, Boyet,
Padeloup, Derôme. M. Jal, dans son Dictionnaire
critique, -àxTsAX. déjà donné des renseignements bio-
graphiques sur ces artistes si appréciés des bi-
bliophiles. M. Guiffrey a pu compléter ces indi-
cations en fouillant des coins encore inexplorés
des Archives nationales. C'est dans les liasses
des Commissaires au Châtelet, où se trouvent
plus de 5000 articles, qu'il a découvert ces docu-
ments. Ceux qu'il publie sont tous de même
nature. Après la mort du relieur, le Commissaire
du Châtelet vient apposer les scellés sur les coffres
et effets trouvés dans l'appartement du défunt ;
un inventaire détaillé est dressé plus tard par le
notaire de la famille. Ces divers actes ont cet
avantage de nous faire pénétrer dans l'intérieur
du défunt, au moment même de son décès, de
fournir des renseignements certains sur la date
précise de sa mort, sur sa demeure, sa famille, sa
fortune, ses créanciers et ses clients.
Société de l'histoire de France. — Cette
importante association, fondée par MM. Guizot,
Thierry, de Barantc, Thiers, Mignet, etc., a célé-
bré cette année le cinquantième anniversaire de
son existence ; à cette occasion, M. le duc de
Broglie a prononcé un discours dont nous ex-
trayons les passages suivants :
«. Je ne crois pas qu'on puisse rendre un meilleur ser-
vice de nos jours à l'esprit public, à tous ceux même d'en-
tre nous qui, engagés dans la vie active, ont le moins de
temps à donner à l'étude, que de nous apprendre à bien
connaître et surtout à apprécier ^impartialement notre
histoire.
« Nous vivons dans un temps, vous le savez, où l'esprit
de parti s'empare de tout (et quand je dis l'esprit de parti,
je dis l'esprit de tous les partis, aussi bien de ceux que j'ai
pu combattre, que de ceux dans les rangs desquels j'ai pu
figurer) ; mais je ne crois pas qu'il y ait un sujet sur lequel
l'esprit de parti se donne plus librement et plus aveuglé-
ment carriùre, que dans la manière de raconter et surtout
d'apprécier l'histoire de Fi-ance.
« Nous faisons tous, plus ou moins, une histoire de
France à notre fantaisie pour servir nos passions du jour.
L'histoire de France est un champ clos, où en sortant des
luttes de la presse et delà tribune, nous voulons retrouver
nos adversaires de la veille, pour les combattre sous les
traits des hommes d'autrefois. C'est un arsenal où nous
cherchons de vieilles armes pour servir nos haines et nos
inimitiés présentes. C'est le fonds inépuisable où nous
venons chercher le thème de nos récriminations contre
telle ou telle classe, telle ou telle institution qui nous
déplaît ou qui nous gêne. Tous, plus ou moins, nous avons
une tendance à faire de l'histoire un instrument de parti.
« Vous savez même jusqu'où cette tendance peut pousser
quelques-uns de nos prétendus historiens. On va jusqu'à
limiter arbitrairement le champ même de cette histoire,
jusqu'à fixer une date de fantaisie à l'origine ou à la fin de
notre existence nationale. Pour ceux-ci il n'y a pas eu de
France avant une certaine date, et même une date très
récente. Avant cette époque qu'on glorifie aux dépens de
tout ce qui l'a précédée, il n'y a pas de France, elle n'exis-
tait pas à vrai dire, car elle ne formait pas une nation,
puisqu'on n'y connaissait pas le sentiment ni même le nom
de la patrie. Pour d'autres, à la vérité, cette même date a
été la fin, la mort de la France, le jour où elle est tombée
dans une irrémédiable décadence.
« Vous ne partagez. Messieurs, aucune de ces exagéra-
tions opposées, et, par la sage distribution de vos études,
vous y faites, sans avoir même besoin de les réfuter, la
meilleure des réponses. Le soin même que vous mettez à
recueillir et à mettre en lumière tous les monuments du
passé, dit assez ce que vous pensez des sottes invectives et
des déclamations qu'on se plaît à entasser contre ce passé
de la France qui a fait sa grandeur et sa place dans le
monde. Vous savez montrer par votre exemple que le
respect du passé est un devoir dont une nation ne peut
s'affranchir impunément, et qui n'est au fond que le res-
pect de soi-même et de sa propre dignité. On n'a pas le
droit de répudier le sang dont on est sorti. Une nation
qui prend plaisir à calomnier et à déshonorer ses aïeux se
calomnie et se déshonore elle-même. Le respect du passé,
chez un peuple, est aussi, vous le savez, une des meilleures
garanties de sa durée et de sa prospérité à venir, car il y
a, pour les peuples comme pour les hommes, une piété
filiale à qui l'Esprit-Saint a promis les bénédictions de ce
monde, et c'est à eux aussi qu'il a été dit :
Tes père et mère honoreras,
Atin de vivre longuement.
« Mais, vous savez aussi. Messieurs, que ce tableau du
passé de la France, auquel vous apportez tant de soin,
n'aurait ni sa signification élevée ni sa grandeur véritable.
86
ïRciîue De rart cbrctien.
s'il ne servait h faire voir par quel progrès lent et continu,
poursuivi sous l'égide de la grande institution royale qui
n'a cessé d'y présider, nous sommes arrivés à la jouis-
sance des biens que nous apprécions le plus aujourd'hui :
la formation de cette forte unité territoriale qu'aucune mu-
tilation ne peut détruire, de ce puissant sentiment d'unité
nationale qui n'éclate jamais mieux qu'aux jours de nos
malheurs et des grandes crises, et enfin l'élévation gra-
duelle de toutes les classes vers l'égalité sociale.
« C'est ainsi, Messieurs, que vos études nous apprennent
à concilier, avec le respect du passé, la juste appréciation
du présent et l'espoir persévérant dans l'avenir. Permettez-
moi de vous féliciter de cette œuvre patriotique et de vous
en remercier avec d'autant plus de liberté que j'y ai
moins contribué. »
Société académique de Saint-Quentin. —
M. Pierre Benard, dans une étude sur la basilique
de Saint-Quentin, insiste avec raison sur le
procédé fondamental d'appareillage des pierres,
qui aétéappliqué.à très peu d'exceptions près, pen-
dant toute la période ogivale.et qu'il est nécessaire
de connaître, pour s'expliquer comment, sur cer-
tains points, la pierre a pu être refouillée et
évidée dans des conditions qui semblent irréali-
sables avec nos procédés actuels.
« Tout le monde sait qu'aujourd'hui, dit-il, la
construction complète d'une maçonnerie en pier-
res se compose de deux périodes ; d'abord les
maçons posent successivement, assise par assise,
les pierres auxquelles une taille préparatoire a
donné un premier dégrossissement; puis, lorsqu'ils
ont posé le couronnement, arrivent les tailleurs
de pierrequi dressentdéfinitivementles surfaces et
dégagent les moulures, en même temps que les
sculpteurs refouillent les ornements et les figures.
Eh bien, au moyen âge, le travail des tailleurs de
pierre et des sculpteurs, au lieu de s'effectuer
après la construction des murs, se faisait avant.
Chaque pierre, quelle que fût sa destination et
sa place, dans un mur, dans une colonne, dans une
rosace, bas-reliefs, chapiteaux, consoles, clefs,
culs-de-lampe, statues, balustrades, chaque pierre,
dis-je, était taillée, ravallée, moulurée, sculptée, et
entièrement confectionnée au chantier, quelque-
fois loin du bâtiment en construction, avant d'être
amenée à pied d'œuvre, et mise à saplace défini-
tive ; une fois posée, on n'y touchait plus : c'était
fini. Les avantages de cette méthode sont faciles
à saisir ; le tailleur de pierre et le sculpteur sont,
pour travailler, infiniment plus à leur aise dans
leur chantier que sur l'échafaudage ; ils peuvent
circuler autour de leur bloc, le manœuvrer, le
tourner dans le sens le plus commode ; comment,
par exemple, aller sur place, après la pose, profiler
les moulures des rosaces, tailler circulairement
leurs lobes, évider leurs dentelures, perforer leurs
ajours, sans s'exposer à rompre certains membres,
et à ébranler tout le réseau et les meneaux qui
le portent ? On remarque même parfois des
moulures si profondément dégorgées qu'il serait
impossible à l'outil d'atteindre tous les points de
leurs rcfouillements, si l'ouvrier ne pouvait l'intro-
duire par le lit de pose. Un autre avantage, c'est
d'obliger l'appareilleur à prévoir tous les joints
d'avance, et le sculpteur à étudier ses motifs
d'ornement, de façon à ce que chaque pierre forme
un sujet complet; aussi n'y trouve-t-on jamais ces
joints malheureu.x qui passent au travers des com-
positions sculptées ; ajoutons que les frises et les
archivoltes ornées y produisent leur maximum
d'effet par la netteté avec laquelle les motifs se
détachent, à cause des repos forcés qui les sépa-
rent, et qui sont déterminés par les joints. Un
dernier avantage était de permettre l'exécution
des travaux avec une rapidité tellement grande,
qu'il nous est impossible aujourd'hui, avec toutes
nos ressources mécaniques, d'en approcher. »
Société Éduenne. — M. Bulliot continue à
rendre compte des célèbres fouilles du Mont-
Beuvray.
— M. Roidot a rendu coinpte d'un mémoire
sur les antiquités d'Autun que M. Bunnet Lewis
a publié dans T/ie arcliœological Journal. L'anti-
quaire anglais s'y occupe de la célèbre inscription
gréco-chrétienne du Musée d'Autun, découverte
en 1839 a Saint-Pierre de Lestricr. On n'est point
d'accord sur l'âge de ce monument. Le cardinal
Pitra l'a attribué à la fin du deuxième siècle,
ainsi que M. VVharton Booth Marriot. MM. Ros-
signol et Kirchoff ne le font remonter qu'à une
époque de décadence, en raison des fautes de
syntaxe et de prosodie de l'inscription et d'après
la forme cursive des caractères. M.B.Lewis partage
leur sentiment. Mais, comme le fait justement
observer M. Roidot, dans quel lieu et à quelle
époque la décadence commence-t-elle ? Les <^allo-
Romains écrivaient-ils la langue d'Homère dans
sa pureté classique? est-ce dans des inscriptions
funéraires qu'il faut chercher des modèles de
correction absolue, surtout quand elles sont
rédigées dans une langue étrangère .' La même
réponse peut être opposée à l'argument tiré de
la forme irrégulière des caractères. Qu'en
conclure? sinon que les Gallo- Romains parlaient
un grec médiocre et l'écrivaient médiocrement.
Nous nous associons au.x judicieuses obser-
vations de M. Roidot, et nous croyons, avec le
cardinal Pitra, le P. Secchi, MM. Borret, Leemans,
Franz et Marriot que cette épitaphe doit reinon-
ter au second siècle. Ajoutons toutefois qu'il est
fort possible, comme le conjecture M. de Rossi,
que la pierre primitive ait été brisée par les
païens, et qu'elle ait été gravée à nouveau et
remise en place au IV*-" siècle.
— Le tome IX des Mémoires de la socictc
Éduenne contient encore d'importants travaux
historiques et archéologiques, parmi !esc|uels
Crauaur Des «èocictés savantes.
87
nous nous bornerons à citer une Notice sur
Santeuay (Côte d'Or) par M. H. De Longuy, et
XÉpigrapkie aiitunoise, par M. H. De Fontenay.
Société des sciences, belles-lettres et arts
de Tarn et Garonne. — Le tome IX de ses
Mémoires ne contient que des travaux purement
littéraires, sauf un rapport de M. Edmont Gala-
bert sur les congrès des sociétés savantes à la
Sorbonne. La Revue de Part chrctieii a souvent
plaidé la cause de la décentralisation littéraire;
il est juste de donner la parole à une opinion,
non pas contraire, mais un peu différente.
« Le choix des lectures, dit M. Galabert, est laissé,
comme par le passé, à l'initiative des Sociétés ou des
délégués, mais le Ministère propose maintenant chaque
année aux Sociétés savantes l'étude d'un certain nombre
de questions, qui sont ensuite discutées dans les sections.
Cette innovation a été critiquée et elle est trop récente
pour que son application ne soit pas encore un peu
défectueuse. Elle n'en est pas moins excellente. Elle met
en contact les savants de province avec ceux de Paris,
elle les fait travailler en commun et elle servira à déter-
miner exactement le rôle qui convient plus pirticulière-
nent à chacun d'eux. Déjà même, en suivant attentivement
la discussion on se rend compte de ce qui manque aux
savants de province pour traiter de vastes sujets, proposer
des théories, faire des essais de généralisation. Ils n'ont
point assez d'étendue dans le savoir et surtout assez de
réserve. L'esprit critique leur fait défaut. Les exceptions
qu'on signalerait n'infirmeraient point la règle. Peut-être
même la contirmeraient-elles et s'apercevrait-on que ces
savants, bien qu'habitant la province, se rattachent au
mouvement parisien par des voyages, des lectures, des
correspondances et des relations particulières. C'est que
la supériorité scientifique et artistique de Paris est
indéniable. Qu'on juge ou non cette centralisation ex-
cessive, on sera longtemps encore obligé de la subir.
11 convient dès lors de n'en pas méconnaître les avantages.
Les savants parisiens, mieux placés pour ébaucher des
vues d'ensemble ou se livrer à des essais de synthèse,
se défient néanmoins des conclusions hâtives et deman-
dent des faits et rien que des faits. Leurs confrères de
province devraient s'attacher principalement à en
recueillir. La province est peu ou mal connue ; il
appartient aux diverses Sociétés savantes de l'étudier.
Les travaux qui leur conviennent le mieux sont ceux
qui concernent plus particulièrement leur région. Voilà
le champ vraiment réservé à l'activité des savants de
province, et, s'ils savent s'y maintenir, leurs efforts ne
seront pas infructueux. On objectera peut-être que ce
genre de recherches s'exerce dans des limites trop étroites
pour intéresser un grand nombre de personnes. Là est
justement l'erreur.
« L'étude scientifique d'une contrée ne se borne pas
seulement à celle du sol, du climat, de \.\ flore et de la
faune ; elle comprend aussi l'économie politique et
rurale, l'archéologie, l'histoire, les institutions, les cou-
tumes, les moeurs, les croyances, les traditions, les
légendes, les superstitions, les dialectes, l'inventaire des
musées, des archives et des collections. C'est dans cette
voie que le Ministre de l'Instruction publique et le
Comité des Sociétés savantes cherchent à pousser les
Sociétés de province. Les résultats de cette enquête
centralisés à Paris, seraient mis à la disposition des
savants les plus éminents et une étude, à la fois neuve
et complète de la France sortirait un jour de cette
collaboration. On voit donc que même en laissant décote
les raisons exposées plus haut et tirées des difficultés
que chacun rencontre en voulant sortir de son domaine,
on en trouve d'autres très sérieuses qui imposent aux
savants de province le devoir de se consacrer à cette
tâche. Le Comité des Sociétés savantes réclame leur
concours pour l'accomplissement d'une œuvre nationale,
qui profitera également à la science générale. »
Société historique et archéologique du
Maine. — M. André Joubert raconte l'histoire
du château seigneurial de Saint-Laurent des
Mortiers, détruit par les Anglais en 1427 et
aujourd'hui complètement disparu. L'auteur a
retrouvé dans les archives communales de Saint-
Laurent un plan du château fait en 181 3 d'après
les ruines qui existaient encore. S'il faut s'en rap-
porter à la figure bizarre que M. Joubert inter-
cale dans son travail, ce château aurait été
composé d'une enceinte octogonale flanquée de
huit tours rondes. Au centre se trouvait le don-
jon qui était relié à l'enceinte par des pans de
murailles correspondants à chaque tour.
Commission des antiquités et des arts de
Seine et Oise. — Dans son dernier fascicule, se
trouve un inventaire de l'église de Notre-Dame
de Mantes par MM. Durand et Grave. Cette
charmante église est ogivale, mais romane par
son plan et par certains détails de son ornemen-
tation. Tout l'édifice a été bâti d'un seul jet de-
puis l'abside jusqu'à la façade, mais elle n'a
d'abord été élevée que jusqu'à la hauteur du
premier bandeau. Toute la partie supérieure date
des premières années du règne de saint Louis.
Eudes de Montreuil a su habilement raccorder à
l'église commencée par Philippe-Auguste l'église
de Blanche de Castille et de saint Louis. La
construction du triforium est peut-être unique et il
n'a d'analogue que celui deSaint-Remi de Reims.
Les voûtes de ce triforiuin, en berceau ogival,
perpendiculaires au grand axe de l'église, repo-
sent sur de larges linteaux, soulagés par de ro-
.bustes colonnes. Les chapelles de l'abside n'ont
été construites qu'au XI V« siècle, à l'exception
de celle de la Vierge, bâtie en 1246.
On a eu tort de répéter que le portail de Mantes
avait été copié sur celui de Notre-Dame de
Paris, car les parties anciennes de Mantes sont
antérieures à la métropole de Paris. Parmi les
sculptures de la façade, on remarque les funé-
railles de la Vierge, la résurrection du Sauveur,
la résurrection des morts et beaucoup de figures
de mart)-rs Le vitrail de la grande rose, datant
du XlIP" siècle, représente, en \ingt-quatre scè-
nes, le jugement dernier. C'est à la même époque
que remontent la sacristie et l'ancienne salle du
chapitre qui la surmonte et qui sert aujourd'hui
de garde-meuble. Le plus précieux objet du mo-
bilier de Mantes est un beau tapis persan, offrant
88
IRctJue ne rart cbréticn.
des motifs de chasse, des arbres, des oiseaux,
des lions, des panthères, des gazelles. M. de
Caumont attribuait ce tapis au XI V^ siècle:
MM. Durand et Grave le croient un peu moins
ancien.
Société littéraire, liislorique et archéolo-
gique de Lyon. — Dans la siance du j mars
i88^. — M. Georges lit quelques passages de son
étude sur l'architecture, travail qui a mérité à
son auteur un prix de l'institut.
Séance du iç mars i88^. — M. le comte de
Charpin Feugerolles communique un document
du commencement du XYIIf^ siècle, ren-
fermant le récit d'une visite pastorale de Mgr de
Marquemont, archevêque de Lyon, à Saint-
Étienne-de-Furens.
Séance du 2 avril 1S84. — M. Desvernay com-
munique une vue de l'Ile Barbe, due au crayon
de M. Reithoffer, et fait une description du pay-
sage et des monuments qu'elle représente.
Séance du 7 mai 188^. — M. Pallias lit un
mémoire sur l'industrie de la Ganterie à Grenoble,
qui existait, dans cette ville, déjà au milieu
du quatorzième siècle.
Séance du 21 mai i88{.. — M. le baron
Raverat fait le récit d'une promenade dans la
vallée de l'Albarine, dans lequel il décrit successi-
vement Tunay, la cascade de Charabotte, la
roche de Thiou, Nantuy et Hauteville.
Séance du 18 juin 188^. — M. le baron Rave-
rat fait le récit d'une excursion dans la vallée de
Beaunaiit. — M. Desvernay lit une notice bio-
graphique sur Louis Guy, peintre lyonnais. —
M. l'abbé Conil fait passer sous les yeux des
membres de la Société la photographie d'un por-
trait du bienheureux Joseph Benoît Labre. Ce
portrait, peint sur toile et dont il possède l'origi-
nal, est attribué à un peintre lyonnais, nommé
Jean Bourgeois, et il prie ceux de ses collègues,
qui auraient des renseignements sur cet artiste,
de vouloir bien les lui communiquer.
Séance du 2 juillet 1884. — M. le baron Ra-
verat fait le récit d'une excursion à Saint-Geoire,
au château de Clermont-Tonnerre et au hameau
de Saint-Sixte.
Société d'agriculture, sciences et arts de
la Marne. — M. le chanoine Lucot donne la
description des verrières de la cathédrale de
Châlons, qui ont été récemment restaurées, la
plupart parM.Stcinheil. Aux huitième et neuviè-
me baies du collatéral septentrional, on voit
deux verrières en grisailles, l'une du XIII'',
l'autre du XVI'= siècle. Les fleurs de lys a.ssociées
aux tours de Castille donnent à la première la
date du glorieu.x règne de saint Louis; la seconde
bande de personnages fait connaître les dona-
teurs : ce furent les pelletiers qui exerçaient leur
industrie dans le voisinage de la cathédrale, ils
sont représentés préparant leurs peaux, les ven-
dant à deux bourgeois, et offrant à la sainte
Vierge leur verrière dans la personne du chef de
la corporation, agenouillé devant elle. La seconde
grisaille est due à la générosité des chanoines ;
ils se sont fait peindre en habits sacerdotaux,
faisant l'offrande de leur fenêtre au Sauveur
assis dans une chaire, à saint Etienne et aux
autres protecteurs de la cathédrale.
La quatrième fenêtre du collatéral droit réunit
aujourd'hui les figures de saints, réparties autre-
fois en deux verrières qui ont subi malheureuse-
ment de nombreuses mutilations. Parmi ces
personnages, peints au XV" siècle, on remarque
saint Jacques le Majeur faisant bénir un cha-
noine donateur par la sainte Vierge;saint Vincent
en dalmatique; saint Etienne ayant sur la tête
un des cailloux de sa lapidation; sainte Catherine
avec sa roue brisée dans la main gauche ; sainte
Barbe, avec sa tour et l'épée qui lui trancha la
tête ; les pieds de ces personnages reposent sur
des socles aux gracieux contours où des armoi-
ries ont été peintes: on y voit celles de la ville de
Châlons et l'écu de France. Cette association, se
demande M. Lucot, avait-elle pour but de per-
pétuer le souvenir de quelque libéralité du roi
et du corps de ville ? ou bien, l'écusson du roi
ne serait-il ici, dans la pensée du donateur qu'un
souvenir consacré à la ville et à son gouverneur,
ainsi qu'au roi de France, sous l'autorité duquel
Châlons venait de se replacer.' Il n'est pas rare,
dans les pays Allemands, mais qui ont toujours
été autonomes, de rencontrer peintes, dans les
verrières des églises, les armes de l'empire d'Alle-
magne : la représentation de ces armes était la
simple reconnaissance de la suzeraineté de
l'empereur romain. Faut-il voir autre chose à
Châlons dans la présence des armes royales?
c'est une question sur laquelle M. Lucot n'ose
point se prononcer.
J. C
Société historique et archéologique du
Périgord. — Par les soins de la Société archéo-
logique du Périgord, le musée de Périgueux déjà
si riche, vient de s'augmenter d'une collection des
plus curieuses et des plus rare.s, voici dans quelles
circonstances. A la séance du 4 octobre dernier,
un membre faisait part à la savante Compagnie
de la découverte d'une station magdalénienne sur
la commune de la Lindc, découverte fortuit!.-
amenée par des fouilles que faisaient faire sur
leur terrain à l' Abri des soucis, MM. le capitaine
Masson et Braquemont. Ces Messieurs avaient
Cratiaur Des %)Ocictés savantes.
89
trouvé une grande quantité d'objets très curieux
et en faisaient part à la Société archéologique.
Celle-ci désigna une commission chargée de
s'entendre avec les propriétaires des terrains
pour diriger les fouilles et acquérir quelques-uns
des objets trouvés.
Ces fouilles reprises le 18 février sous l'habile
direction de M. Féaux, amenèrent les plus jolis
résultats : Huit harpons barbelés d'une forme
gracieuse et d'une ornementation délicate, un
collier formé de 10 coquilles marines, un manche
de poignard en os gravé, trois baguettes ciselées,
une petite scie en ivoire d'un travail des plus fins
et une quantité considérable de beaux fragments
de harpons, de sagaies, d'aiguilles, de couteaux et
de mortiers à broyer la sanguine qui faisaient
partie de la toilette de nos populations troglodi-
tyques, la plupart de ces objets couverts de
sculptures et de ciselures du meilleur goût, furent
trouvés au pied de VAbri des soucis.
Des offres furent faites par M.Galy,président de
la Société archéologique, pour acquérir cette
riche collection. Mais le capitaine Masson,
«n'écoutant que la voix du patriotisme» voulut
en faire un don gracieux au musée de Périgueux,
qui se trouve ainsi posséder l'une des plus riches
et des plus intéressantes collections de l'époque
paléolithique magdalénienne.
Si le désintéressement du capitaine Masson
est digne de tous éloges, nous n'en devons pas
moins féliciter la Société archéologique du Péri-
gord, et personnellement son savant président
qui surent éviter la vente toujours déplorable
d'une collection dont les sujets peut-être se furent
dispersés aux quatre coins du monde.
J. M.
Académie des Incsriptions et Belles- Lettres,
Sc'a/iic- du Jj juillet. — M. L. Uelisle présente, au
nom de Madame la comtesse de Bastard d'Estanget au
sien, une planche de fac-similé héliographique qu'il a fait
exécuter, d'après un manuscrit de Saint-Gall, pour combler
une lacune de l'ouvrage de feu .VI. le comte de Bastard
Peintures et orneiiietils lùs inanusciils. Il annonce en
même temps qu'un exemplaire de choix et très complet
de ce somptueux ouvrage vient d'être donné à la Biblio-
thèque Nationale par la veuve du fils de l'auteur.
Séance du S août. — M. Léon Heuzey offre au
nom des auteurs, MM. Henry Cros et Ch. Henry, un
volume intitulé : ["Encaustique et tes autres procédés de
peinture clicv les anciens.
Ce livre, die M. Heuzey, contient une découverte im-
portante pour la science et pour l'art. C'est la restitution
tant cherchée d'un procédé célèbrede la peinture grecque:
la peinture à la cire et au feu ou Vencaustique.
La recherche des procédés perdus de l'encaustique a
fait travailler bien des esprits et produit toute une série de
mémoires. L'.Académie des Inscriptions ne saurait oublier
celui qui lui fut iJrésenté en 1755 par le comte de Caylus.
Le principal défaut de la méthode était de trop s'écarter
des indications des auteurs, en employant des cires fon-
dues à l'eau bouillante, étendues à la brosse et repassées
seulement avec une sorte de réchaud. L'auteur qui s'est le
plus approché des procédés antiques, consistant à appli-
queretà mélangerdirectenient les cires decouleur avec des
fers chauffés au feu, fut l'abbé Requeno, en 1784. Mais,
faute d'exemples, il ne put faire la démonstration archéo-
logique de son système.
Il en est tout autrement du travail de MM. Cros et
Henry.
Tout d'abord, ils suivent scrupuleusement les indications
fournies par les textes ; ils en montrent ensuite l'applica-
tion sur un petit nombre de peintures anciennes ; tels sont,
par exemple, deux portraits de la famille égypto-romaine
des Soter, au Louvre, et la célèbre muse de Cortone. A
ces documents positifs s'ajoute la découverte faite en 1847,
à Saint-Médard-des-Piès, de tout l'outillage d'une femme
peintre, contenant des substances et des instruments qui
se rapportent indubitablement aux procédés de l'encaus-
tique. Enfin, pour emporter la conviction, il fallait une
condition dernière: la mise en pratique du procédé ; M.
Cros a tait fabriquer des cauteria, sortes de spatules ou
d'ébauchoirs, parmi lesquels, le fameux cesirum dentelé en
feuille de bétoine. II a mis ses fers au feu, et il a été étonné
lui-même d'obtenir aussi logiquement le résultat cherché.
Voici une charmante tête de femme peinte à l'encaustique
par M. Cros, ajoute M. Heuzey, ou l'on remarciuera à la
fois la franchise du coloris et l'habile mélange des tons,
qui passent les uns dans les autres avec la même souplesse
que dans la peinture à l'huile. La peinture à la cire donne
un coloris oîi la transparence et je ne sais quelle vie par-
ticulière s'unissent à la solidité de la pâte ; ses couleurs ne
changent pas ; elles ne sont pas exposées au danger de
la décomposition chimique ; enfin, le procédé est à la fois
d'une rapidité et d'une souplesse remarquables. A ces
divers titres, la peinture à l'encaustique se recommande
aux artistes contemporains.
Séance du 2Ç août. — M. Léopold Delisle, directeur
de la Bibliothèque nationale,a communiqué dernièrement
à l'Académie des Inscriptions des observations sur l'origine
d'un manuscrit introduit par Libri dans la collection de lord
Ashburnham (2" article du n^ 16 de la collection). Ce
inanuscrit est du huitième siècle, et M. Hort, professeur à
l'Université de Cambridge,y a reconnu des fragments éten-
dus du <,< Miroir» de saint .Augustin. A l'aide d'un catalogue
du huitième siècle, récemment trouvé à Orléans par ^L
Trouchot, M. Delisle établit que les treize feuillets, du « Mi-
roir», aujourd'hui reliés dans le manuscrit 16 de Libri, fai-
saientpaitie,audix-huitièmesiècle,dumanu3crit lo de l'ab-
bayede Saint-Benoît-sui-Loire. Ces feuillets ont été em-
ployés par dom Sabatier pour son édition des anciennes
versions de laBible.Uom Rivet lésa analysés dans le tome
III de \ Histoire littéraire de la France, et, faute d'\' a\oir
reconnu un ouvrage de saint Augustin, il a supposé que
c'était un débris d'une compilation faite en Gaule au com-
mencement du sixième siècle. Le manuscrit 10 de Saint-
Benoit est arrivé à la Bibliothèque d'Orléans, où il porte
aujourd'hui le n' 16. Les feuillets du ^< .Miroir» de saint
Augustin en ont été enlevés depuis la publication du
catalogue de Septier ; Libri se les est appropriés et les a
vendus, en 1847, au comte d'Ashburnham.
X.
La Société d'art et d'histoire du diocèse
de Liège, a publié le Tome III de ses Bulletins.
Voici le contenu de ce volume. De la dévolution
et de la inaiiiplcvie dans le droit coutuniier liégeois,
par iM. le conseiller Crahay. Nouvelles recherches
sur Saiiit-Servais, étude par laquelle M. le profes-
seur Ktiilli reccjiistituc d'une manière aussi ingé-
^'-' I.lVUAlSON.
90
IRctiue Dc ract cbrétien.
nieuse que savante, ce qu'il considère à juste
titre, croyons-nous, comme la plus ancienne
inscription chrétienne du pays, c'est-à-dire l'épi-
taphe métrique que saint Monulphe, évêque de
Liège, avait fait graver sur la tombe de son
illustre prédécesseur, saint Servais. Horion Ho-
zcDiont, notice historique de M. Vandricken, dans
laquelle l'auteur fait, à l'aide de recherches minu-
tieuses entreprises avec une sorte de piété, l'his-
toire d'une commune rurale de l'ancienne prin-
cipauté de Stavelot; il sait rendre son travail
attachant par l'accent de vérité qu'on y trouve,
et l'esprit consciencieux de ses investigations.
Quelques mots sur les Agnus Dei, travail très
étudié et où l'auteur, M. le chanoine Dubois, a,
sous un titre modeste, réuni à peu près tout ce
que l'on sait sur les Agnus Dei. Il forme une
sorte de monographie illustrée de 4 planches,
reproduisant des custodes d'Agnits Dei, petits
monuments fort rares, comme on sait. La plus
ancienne dc ces custodes, celle qui est conservée
au musée archéologique de Namur, avait déjà
été publiée par les soins de la Société archéo-
logique de cette ville. Le volume se termine
par : (J/ie famille rui'ale au X VHP siècle, par
M. Charles Dejace. L'auteur y fait une esquisse
historique, basée entièrement sur des documents
de famille et qui, par cela même est très
attachante. C'est la publication d'un de ces livres
de raison que M. Ch. de Ribbe a été le premier à
mettre en relief, et dont bien des familles, dans
plus d'un pays, ont conservé encore les manus-
crits restés inconnus et qui attendent l'œil d'un
chercheur pour être remis au jour.
J. H.
Institut archéologique liégeois. — Nous de-
vons signaler le document fourni par M. D. Van de
Casteele sur des tapisseries de Bruxelles, dues à
Urbain Leyniers, conservées au château d'Aigre-
mont. M. Van de Casteele avait déjà fait connaître
des haute-lisses de Daniel Leyniers, ornant actuel-
lement les salons particuliers du gouverneur et non
ceux du château dc Waroux. 11 a cette fois mis
la main sur toute la correspondance qui eut lieu
entre le fabricant et l'archidiacre Clercx de Liège
vers 1 525. Des neuf tentures qui ornèrent la grande
salle du château d'Aigremont, et dont les cartons
furent exécutés par Jean Van Orley, quatre
existent encore : elles représentent \ Hiver, la
Chasse, le Ménage, et un Festin de Paysans. Les
belles tapisseries de la salle du Conseil communal
de Bruxelles, représentant des épisodes de l'his-
toire du duché de Brabant sont du même artiste.
Bien intéressante est la petite église romane
de Saint-Nicolas en Glain,à laquelle M. N. Hen-
rotte consacre quelques pages et deux planches,
une jolie vue de l'élégant chevet, et un dessin
d'une des plus anciennes dalles tumulaires que
l'on connaisse en Belgique.
Société archéologique de Namur. — La
deuxième livraison de cette année contient une
notice de M. del Marmol sur les confréries de la
Miséricorde et de la consolation en l'église de Saint-
Jacques à Namur. M. D. Van de Casteele y donne
une série de documents inédits. 11 fait connaître
un contrat (1650) relatif à une voûte sculptée en
l'Eglise de Notre-Dame à Namur par les sculp-
teurs Jean-Arnould de Ville et François Finon, et
un autre, de 1587, concernant l'érection de l'an-
cienne boucherie, siège actuel du riche musée
namurois. D'après ses curieuses notes, le peintre
namurois Martin Hardeine, quitta en 1650 sa
ville natale pour chercher ailleurs plus grand pro-
fit de son art. Le testament dc Claude du Moulin,
chanoine de Saint-Aubin fait en 1681, fournit des
données sur des peintres en renom, Jean Leclerc,
Daniel Zeghers, Jean Bouillon, de Coninck, Josse
de Momper, J.-B. Bouverie, etc.
C'est encore au laborieux archiviste namurois
que nous devons une note sur l'ancienne fabrica-
tion de verres de Venise à Namur. Nous avons
déjà entretenu nos lecteurs de l'existence, au
seizième et au dix-septième siècle, d'ateliers
fondés par les verriers de Murano à Anvers
et à Liège. Le travail le plus imjjortant du
fascicule qui nous occupe est dû au R. P. Dom
van Caloen; il a pour sujet les bas-reliefs et
les sépultures franques récemment découverts à
Maredsous. Notre collaborateur M. le baron Be-
thune de Villers y consacre un compte-rendu, que
le lecteur trouvera au chapitre Bibliographie.
L. C.
Commission royale d'art et d'archéologie
de Belgic£ue. — En terminant une étude sur
l'épigraphie romaine de la Gaule, M. H. Schuer-
mans s'arrête à disserter savamment sur les deux
diptyques consulaires de Liège, célèbres dans le
monde archéologique. L'un, le diptyque d'Asty-
rius, appartint jadis à l'église de Saint-Martin, où
il servit longtemps de couverture d'évangéliairc.
L'un des feuillets est aujourd'hui perdu, tandis que
l'autre est encore conservé au musée de Darm-
stadt, après avoir appartenu à M. de Crassier,
puis à Ch. A. Honvlez, baron de Hùpsch et fina-
lement au grand duc Louis F' de Hesse. Quant
à l'époque et aux circonstances dc rarri\éc de ce
diptyque à Liège, M. Schuermans émet l'idée,
que lorsque l'évêque Eracle fonda l'église de
Saint-Martin à Liège, au Ys siècle, il aurait fait
don du diptyque d'Astyrius à cette église qui
l'aurait employé à revêtir un évangcliairc.
D'un autre côté, la cathédrale dc Saint-
Crauaur ncs Sociétés savantes
91
Lambert, démolie à la révolution française, a
possédé un diptyque représentant, comme celui
de Saint-Martin, l'inauguration d'un consul, lequel
s'appelait Anastasius. On a conservé jusqu'à
nos jours au moins trois diptyques de ce
consul : un premier, de la cathédrale de
Bourges, est allé à la Bibliothèque nationale de
Paris; un second est au musée de Vérone, ou
du moins on y possède le deuxième feuillet de
celui-là. Enfin, celui de Liège est aujourd'hui di-
visé. Le deuxième feuillet est au South Kensins:-
ton inuseinn, et le premier, à la Kiinst Kamer de
Berlin. On avait toujours vu dans cet Anastasius
l'empereur Anastase, qui a été quatre fois consul.
L'auteur établit qu'il s'agit d'un deseshomonymes
et parents, et que le diptyque est un produit de
l'art byzantin du VI^ siècle. Il était probablement
dans le trésor de Saint-Lambert dès le temps de
Charlemagne; peut-être est-il un don de saint
Hubert à cette église. Il adonné lieu il y a vingt
ans, à un procès célèbre, une contrefaçon de cet
objet ayant été mise en vente par un faussaire,
nommé Esser, qui s'occupait à Liège, avec une
grande habileté, delà fabrication de faux ivoires.
Terminons en disant que, selon M. Schuermans,
il y a lieu d'espérer que l'on retrouvera à la ca-
thédrale d'Aoste le premier feuillet du diptyque
d'Astyrius.
— M.Lucien Solvaydonne,à titre d'extrait d'un
ouvrage sous presse, une étude ayant pour objet
l'influence de l'art flamand sur l'art espagnol.
La sculpture en Espagne, ne fit que suivre,
avant et après la Renaissance, les traditions
italiennes, sans marquer ses œuvres d'un carac-
tère national. Les rares spécimens qu'on con-
serve de cet art, dans les musées et les églises,
jouissent, selon M. Solvay, d'une réputation sur-
faite. Les étrangers se mêlent en giand nombre
aux artistes indigènes. A la suite des architectes
flamands, tels que le Bruxellois Annequin, Van
der Eycken, François Van Sande, Jean Guas, etc.
y affluent des sculpteurs étrangers, Philippe de
Bourgogne, le flamand De Jonghe, les italiens
Pompeio Leoni, Juani de Juni et Torrignano.
.Selon une curieuse remarque de l'auteur, c'est
par l'Espagne, et non par l'Italie, que la Renais-
sance pénétra à la fin du XVi^ siècle dans les
Pays-Bas, où elle s'implanta plus tôt qu'en France
et en Allemagne. En plein Pays-Bas, il croit re-
trouver le style Mudejar, dans la colonnade delà
cour du palais épiscopal de Liège, dans la cha-
pelle du Saint-Sang à Bruges, et dans l'ancienne
Bourse d'Anvers, et le style Plateresque, dans la
plupart des édifices belges du XVP siècle; il en
trouve des traces dans la cheminée du Franc de
Bruges, dans le mausolée du cardinal de Croy à
Heverlé, etc.
La peinture, qui suivit la sculpture et l'architec-
ture, s'inspira au.x mêmes sources, mais elle ne
voit le jour qu'avec peine, aux dernières années
du XVi^ siècle, alors que l'Espagne a chassé les
Arabes, et commence à respirer, après des siècles
de luttes formidables. Elle ne produisit que
d'informes essais jusqu'à l'arrivée des Florentins
Gherardo, Stamira et Dello. Les Flamands suivi-
rent les Italiens. On cite Gil Tannes, Christophe
d'Utrecht, Antoine de Hollande, Olivier de Gand,
Jean Flamend. On prétend, non sans preuves, que
Roger Vander Weyden passa par l'Espagne à son
retour d'Italie; mais en tout cas, la présence d'un
grand nombre de ses œuvres, y eut, à défaut des
leçons du grand-maître, une grande influence sur
l'art. Ici M. Solvay se livre à une intéressante
critique des œuvres de Roger, plus authentiques
les unes que les autres. Il apporte à une question
des plus intéressantes, surtout pour ses compa-
triotes, le contingent précieu.x des études sérieuses
qu'il a pu faire sur place.
jV^^^ljQjIJÇXj^^y;;;;^ (^^QXjQXjQ^yÇSI^
^mm^mSiM^. BibliograpJ)it- M^'msi'^m^m
ANS notre livraison de juillet 1883,
p. 278, HDUS avons annoncé que
l'Exposition de l'Art ancien, orga-
nisée à Liège en 1881, allait donner
lieu à une publication considérable,
entreprise par la Maison Claesen
de Paris. On se rappelle que cette publication
devait se composer de trois albums de 30 plan-
ches chacun, accompagnées d'un texte explicatif.
Déjà nous avons rendu compte du premier
fascicule de l'Album consacré à X Orfèvrerie
religieuse. Cette publication se poursuit, et
aujourd'hui les premières livraisons des deux
autres albums ont également vu le jour.
La deu.xièmc partie se compose de la Sculp-
ture et de la Dinandcrie. De même que pour la
livraison déjà parue, les planches exécutées avec
beaucoup de soin au moyen de la phototypie,par la
Maison Rômmeleret Jonas de Dresde, ne laissent
rien à désirer. Voici les planches de cette livrai-
son que nous avons sous les yeux :
1° Diptyque d'Auastasius. Ce sont les deux
feuillet-s de ce curieux monument de la toreutique
conservé autrefois dans la cathédrale de Saint-
Lambert à Liège, et dont aujourd'hui une moitié
se trouve dans l'un des musées de Berlin, l'autre
au musée de South-Kensington à Londres. 2° La
Vierge, dite de Doui Rupert. Bas-relief en pierre
du XI'' siècle, qui se trouvait autrefois à l'abbaye
de Saint-Laurent près Liège, et qui est actuelle-
ment conservé au musée archéologique de cette
ville. 3" Autiionicre, curieuse broderie du XIV«
siècle, faisant partie du trésor de l'ancienne
collégiale de N-D. à Tongres. 4° Deux groupes
du retable de l'église Saint-Denis, à Liège.
5° Tapisserie de Flandre, haute-lisse très intéres-
sante faisant partie de la collection de M. le
docteur Hicguet à Liège. 6" Grès d' A lie magne et
des Pays-Bas. 7^ Plateau en émail de I^inioges.
8° Ancienne argenterie liégeoise, planches dont
les éléments appartiennent à différents amateurs.
9" Verres allemands, vénitiens et liégeois, et ■
10° Balcon enfer.
On le voit, ce second album s'annonce aussi
bien, par les objets généralement d'un haut
intérêt archéologique qui y sont reproduits, que
son aîné. Enfin, la livraison consacrée à Y Ameu-
blement civil et qui se compose également de dix
planches, sera certainement appréciée par les
collectionneurs et les curieux. On y remarque
particuhèrement les premières planches, une
armoire du X VP siècle, conservée dans l'un des
1^^^^^^^^^,
hospices de Liège, et un virginal, in.strument
à cordes d'une grande beauté et qui fait partie
des collections de M. Jerme à Liège. ]-a plupart
des autres planches reproduisent des meubles
sculptés en bois de chêne, dits liégeois, appar-
tenant au.x XVII^ et XVIII" siècles.
Ces albums, dont la publication sera achevée
au cours de cette année, formeront une collection
de planches des plus remarquables. Les objets
reproduits ont, en général, une origine commune,
l'ancienne principauté de Liège, et ces phototypies
resteront comme le souvenir aussi durable qu'il
est instructif,de l'une des expositions régionales
les plus considérables que l'on ait organisées en
Belgique
Die Marien verehrung in den ersten Jahr-
hunderten, von Hofrath T)'' V. A. von Lehner,
Director des fiirstl. Hohenzollernschen Muséums
in Sigmaringen.
Le culte de Marie aux premiers siècles, par le
D'' F. A. V. Lehner, conseiller à la Cour, directeur du
musée du prince de Hohenzollern à Sigmaringen,
avec 8 planches doubles en lithographie. Stuttgart,
J. Cotta.
Nous traduisons de la Revue allemande de
Berlin le compte-rendu suivant :
Lorsque, il y a bien des années, l'auteur com-
mença ses études relatives à l'Art chrétien, ses
sentiments de catholique le portèrent tout
d'abord à l'examen des représentations (i de la
sainte Vierge ». Il prit un plaisir particulier à
remonter des peintures de la Madone contem-
poraines aux images du moyen âge le plus
reculé, et de comparer entre elles ces différentes
œuvres d'un môme art. L'examen des rapports
entre les images peintes ou sculptées représen-
tant Marie et la dévotion de l'Eglise et du peuple
à sainte Marie dont ces images ne paraissent
qu'un reflet, l'amenèrent à des recherches appro-
fondies sur l'histoire de ce culte. Depuis le con-
cile d'Éphèse (433), où Marie, comme mère de
Dieu, fut placée à la tête des saints et honorée
officiellement dans les fêtes établies par l'Église,
à titre de patronne et de protectrice, les maté-
riau.x pour cette histoire ne faisaient pas défaut.
Mais il n'en était pas de même en ce qui con-
cerne les premiers siècles. Là, il n'existe que
d'assez rares indications, de sorte qu'une étude
des sources, aussi bien de celles contenues dans
les monuments de l'art que des sources manus-
TBiblio graphie.
93
crites, devint nécessaire. L'auteur ne s'est pas
effrayé de cette nécessité, et prenant pour base
de ses recherches le Nouveau Testament, les écrits
apologétiques et les Pères de l'Église, il a entre-
pris cette étude avec une persévérance qui lui a
permis d'épuiser son sujet. La personnalité de
Marie, que l'on ne voit que rarement dans les
Evangélistes,qui n'y est pour ainsi dire dessinée
qu'à grands traits, apparaît plus nette et plus
précise dans le travail religieux de l'auteur,
soutenu par la science théologique. Grâce à lui,
la silhouette tracée par la main des Évangélistes
se développe, se colore et devient précise, comme
la peinture d'un maître ; elle montre dans sa
pleine lumière comme objet du culte, celle qui a
pris une place si considérable dans l'Église ca-
tholique.
Par cette voie l'auteur parvint à établir que
l'idéal de Marie, tel que le concevait le V« siècle,
n'a été que le développement naturel de la
conception des siècles qui l'ont précédé. Cet
idéal n'est que le résultat de la tradition sanc-
tionnée et vérifiée.
Lorsque l'auteur affirme que ses recherches ne
poursuivent pas un but théologique, mais que,
cherchant à porter la lumière dans le domaine
de l'archéologie, c'est de ce point de vue qu'il
convient de juger le résultat acquis, nous n'en
avons pas moins le droit de repousser la pensée
d'un développement du culte théologique de
latrie accordé à Marie. Mais nous appellerons
particulièrement l'attention sur la seconde partie
de l'ouvrage qui donne l'histoire de l'idéal poé-
tique de Marie.
L'ancienne poésie chrétienne qui a Marie pour
objet commence avec les apocryphes du Nouveau
Testament ; à ceu.K-ci il convient de joindre les
panégyriques des « oracles sj'billins » (i6o) et les
rapports évangéliques rimes ; les poésies de
Juvencus (330) et celles de l'évêque Paulin (431).
Viennent ensuite les hymnes et les poésies lyri-
ques du pape Damasc (366-84), celles du plus
grand poète de l'antiquité chrétienne. Pruden-
ce (Hh 413), et enfin les poètes lyriques, édités
en langue allemande par Zingerlc.
Le livre de M. de Lehner offre un intérêt plus
puissant au point de vue de l'art, par la repro-
duction de 85 images de la sainte Vierge, em-
pruntées aux monuments les plus anciens, soit
de la peinture, soit de la sculpture.
Aussitôt que le christianisme eut dépassé les
frontières de sa terre natale, la Palestine, et se
fut avancé dans le monde des arts, la Grèce et
l'empire romain, il se fit des disciples chez les-
quels l'art avait pénétré dans les mœurs et fai-
sait partie de toutes les manifestations de la vie.
Ils demeurent fidèles au.x habitudes antiques
en ornant d'images et de symboles, non seule-
ment les ustensiles du culte et de la maison,
mais encore les lieux de réunions publiques, les
églises et les tombeaux eux-mêmes. Ce sont
précisément les catacombes romaines, qui, dans
de charmantes peintures, offrent un certain
nombre d'images de Marie. Les plus anciennes
d'entr'elles sont des fresques peintes sur les
plafonds et les murs des hypogées. Plus tard on
donna souvent à Marie une place dans les
sculptures en relief des sarcophages. — Toutes
ces images de Marie, antérieures au concile
d'Ephèse (433) au nombre de 87, ont été réunies
par l'historien avec infiniment de peines et de
soin, empruntées aux sources les plus diverses.
Elles sont décrites et, pour la plupart, illustrées
par le dessin. — Dans un résumé général, ces
reproductions sont groupées d'après les carac-
tères divers de leur composition et expliquées.
Les anciens artistes chrétiens, travaillant confor-
mément à la foi dont ils étaient pénétrés, mais,
avec les moyens empruntés au paganisme dont
ils avaient reçu l'héritage, créèrent l'image de
Marie, semblable à une jeune femme animée par
l'expression d'une douce noblesse, de l'humilité
dans la dignité, prenant une attitude pleine de
grâce. Plus tard, la figure fut distinguée par l'au-
réole, par la richesse des ornements, et, comme
à Sainte-Marie Majeure, elle fut revêtue d'une
robe resplendissante. Lors de la Renaissance,
Raphaël chercha dans sa Madone de saint Sixte
à transfigurer dans une gloire idéale la Vierge
Marie, représentée dans toute sa sainteté par les
essais plus tendres et plus touchants de l'ancien
art chrétien.
J. H.
LK MOBILIER D'UNE ÉGLISE PAROIS-
SIALE DE LA BANLIEUE DE NEVERS, EN
1638,par M. BouTi LLiERjCuré deCoulanges-les-Nevers.
Nevers, 18S4, in-8" de 7 pages.
L'ÉGLISE en question est celle que dessert
^ l'auteur. Quoique d'époque moderne, cet
inventaire, qui comprend 61 articles qu'on a
oublié de numéroter, n'est pas dépourvu d'intérêt.
Il est précédé d'une introduction et accompagné
de quelques notes.
Plusieurs points méritent d'être élucidés : c'est
ce que je vais essayer.
v< Trois petites pièces de linge, chacune de deux
thiers, à mettre sur les degrés du grand autel. »
(n° l). Dcj;n' prête à l'équivoque : il ne s'agit pas
ici des ma)-cli£s (n° 34), mais àes, gradins qu'en
beaucoup d'endroits on couvrait d'étoffe; c'était
la continuation du parement, remontant jusqu'au
retable. Tout est assorti : \q. parement (n" 4), le
dais ou ciel (n° 3), les courtines (n° 2), qui sont
déclarés de « toille blanche ».
94
îRctiuc Oc r3rt chrétien.
Ces divers objets sont ornés de « bandes de
lacys », qui doit s'entendre du filet (').
Si les « courtines >> sont au nombre de « trois »,
c'est que l'une d'elles forme dossier, les deux
autres étant rangées sur les côtés, comme on le
représente dans les manuscrits.
La «tavajoUe», historiée de la Crucifixion, se
nommait au moyen âge dossier (n° 5).
Les « vingt panemains pour servir aux au-
telz » (n° 6) sont des lavabos, employés aussi
comme mouchoirs (2).
La réserve eucharistique est abritée sous un
« pavillon de toille peind, façon de damas rouge
avec des bandes façon de broderye » (n° 16). Il
reste à Notre-Dame de Poitiers un fragment de
devant d'autel du XVI If^ siècle, en bois, où l'étoffe
et la dentelle sont ainsi imitées par la peinture.
« La grande tente de toille blanche » (n°^ 7, 8)
était destinée à la communion pascale: on la
retrouve ailleurs.
A noter les « voilles » et « robbes » de la sainte
Vierge (n°s 10-13), «lesbastons» des confréries
« à porter aux processions » (n° 20), « dix-huit
chandeliers de bois façon de tours » ou tournés,
faits au tour, (n" 21), « ung parement d'autel de
laine de point d'ongrye » (n° 18), c'est-à-dire
une tapisserie dont le dessin offre un chevron-
né (3).
Le dais du St Sacrement est dit «pesle » : il a
« quatre bastons » et « quatre verges » 0"!° 24),
ce qui indique qu'il est carré et rigide.
La chasuble n° 24 est « bleuf» ; celle du n° 31
n'a que la <,< croix de bleuf». M. Boutillier qui a
pu vérifier la chose sur les rubriques, nous apprend
que cette couleur était réservée « aux fêtes de la
sainte Vierge et aux confesseurs pontifes ». Le
violet étant enregistré au n° 32, il n'y a pas lieu
de lui assimiler le bleu, suivant l'ancien rite
parisien.
Les AguHS Dei ne sont pas communs dans les
inventaires : ici il y en a « quatre grands », on ne
1. « Ung parement de camelot rouge, sur lequel l'on met le
parement blanc par le temps de caresme, faict en petis poinclz,
feuillages de toille et autres enrichissemens. Item, deux carreaux de
toille rouge, pour mettre les couvertes blanches de caresme. » [Inv.
de la catli. de Reims, 1622, n™ 129, 155). — « Abbatissa de la Cambre
dédit paramentum quadragesimale pro parte superiori majoris al-
taris ex puro filo in niodum retis. » {Inv. de Clairvaux, 1504.)
2. « Item, six grandes serviettes à franges pour servir à l'autel. »
(/;/î/. de la cathédrale de Reims, 1622, n^ 490. )
3. L'inventaire du surintendant Fouquet. en 1661, enregistre « six
chaises et six fauteuils de tapisserie, de bastons rompus. » M. Bon-
naffé ajoute en note « à point de Hongrie ». (Le surintendant Fou-
guet, p. 93).
Molière dans \ Avare, parle du point de Hongrie comme d'une
chose fort commune ; « Premièrement, un lit de quatre pieds à bandes
de point d'Hongrie, appliquées fort proprement sur un drap de
couleur d'olive, avec six chaises et la courte-pointe de même ; le tout
bien conditionné el doublé d'un petit Uaffetas changeant rouge et
bleu. »
<f Une tapisserie de Bergame, avec les bandes de points do
Hongrie, qui est bonne. » f Inv. de l'hôpital de Nenfchàteau, lyào.J
dit malheureusement pas quel pape les consacra
(n° z^).
Les ornements et ustensiles se renfermaient
dans « quatre crédanses, deux desquelles fer-
ment à clef» (n° 33), dans « une grande aumoire
de sappin » (n° 49) ou dans « quatre coffres de
bois » (no 48).
Des trois lampes, deux sont en « cuivre »,
« celle de Nostre-Dame de terre de faïence »,
probablement faïence de Nevers (n° 38) : il y
aurait lieu de rechercher dans les collections des
lampes de ce type.
« Trois tapys de popiltre » (n° 39). L'usage
français était de garnir le lutrin d'un pare-
ment (■).
Les « trois calices » et les deux « pères de bu-
rettes » sont en «estaing » : un des calices « est
argenté » (no^ 40, 41).
Les <( voilles de calice » assortissent aux cinq
couleurs liturgiques, ce qui n'est pas général au
XVIIe siècle.
Il n'y a pas encore de pupitre pour le missel,
on se sert de « cuissinets » (n" 47).
Le mobilier comprend un «chevalet», avec le
« drap des trespassez et les quatre chandeliers
pour mettre autour » (n° 50), « la bannière »
(n° 51), «le tronc» (n° 52), « le confessionnaire »
(n° 53), « la chaize à faire le prosne » (n° 54), « le
crucifix » placé devant la chaire selon la coutume
française (n° 55).
Le «ciboire» est «d'argent» (n" 58).
Une particularité très intéressante consiste dans
cette double mention (n^^ 5g, 60) d'un soleil pour
l'exposition du Saint Sacrement et d'une niche
d'étoffe pour exposer le soleil : « Plus, ung petit
soleil de cuivre pour exposer le Sainct Sacrement.
Plus, ung petit tabernacle à e.xposer le Sainct
Sacrement de toille d'argent, avec les broderyes
par dessus. » Soleil indique la forme usitée à cette
époque : de la sphère jaillissent des rayons alter-
nativement droits et flamboyants. Tabernacle est
le mot propre pour la niche d'exposition, qui se
compose d'un dais, d'un dossier et de deux ri-
deaux, en sorte que le Saint Sacrement est entiè-
rement abrité et ne se voit qu'à la partie anté-
rieure (').
1. « Duas capellas intégras de dyapris albis cum uno para-
mento pro lectrino seu pulpito. » [Inv. delà cath. d'Angers, 1390.)
— « Que le grant pulpite de l'églize soit aussi couvert de semblable
bougran noir. » {Test, de Rent' d'Anjou, 1474.)
« Une couverture du pulpitrede velours vert. Ung dossier de pul-
pilro de velours bleu et franges de soye. Deux couvertures du pulpitre
de velours noir. Une couverture de pulpitre de drap de soye jaulne.
Une couverture de pulpitre de laine, où il y a les images de Nostre-
Dame et de saint Michel. »(/«!'. de la cath. de Reims, 1622, n»'- 192,
199, 202, 204, 205).
La Gazette des Beaux-Arts, 2csér., t. x.wiii, a publié un parement
de lutrin du ,\IV'-' siècle, p. 341-344 et un autre du .WL', p. 43t.
2. <( Un tabernacle pour mettre le St Sacrement et la couverture
(lu S' Ciboire de toile d'argent brodée d'or et les rideaux passés
d'or et d'argent. » {Inv, de la cath. de Reims, 1622, n^ 622).
'26 i û l i 0 g r a p i) i c ,
95
LK TRICLINIUM DU LATRAN, CHARLE-
MAGNE ET LÉON III, par EuGÈNE MuNTZ ; Paris.
Baer, 1844; w-S" de 15 pp. Prix : 1,50.
CETTE brochure continue la série si intéres-
sante des Notes sur les mosaïques chrétiennes
de r Italie, dont elle forme le huitième chapitre.
L'auteur, avec beaucoup d'érudition et une logique
serrée, discute certaines opinions qui désormais
ne doivent plus avoir cours, puis introduit dans
l'étude de cette grande page iconographique plu-
sieurs éléments nouveaux, tels que deux textes
de riatina et de Grimaldi, et deux dessins colo-
riés de la Vaticane et de l'Ambrosienne. La
question est donc désormais épuisée. Je m'en
tiendrais là aussi, mais M. Muntz ne décrivant
pas la mosaïque actuelle, ii convient de suppléer
à son silence dont je comprends parfaitement le
motif. Les pèlerins de Rome ont besoin d'avoir
un guide fidèle et comme il importe de les ren-
seigner exactement, j'ajouterai en note, d'après
les documents fournis par M. Muntz, tout ce qui
pourra les éclairer sur le plus ou moins d'au-
thenticité de la copie qu'ils ont sous les yeux,
car l'original a totalement disparu, moins deux
têtes d'apôtres, conservées au musée chrétien du
Vatican et que j'ai signalées, dès 1867, dans ma
Bibliotkèqne Frt/^m«f (Rome, Spithover), p. 130.
Une de ces tètes est reproduite dans la brochure
de M. Muntz.
Aux écrivains cités par cet auteur et qui se
sont occupés de la mosaïque du Tridiniiun ou
en ont donné un dessin, il faut ajouter les sui-
vants :
Nie. Alemanni, de Lateranensibus parictinis,
Rome, 1625; in-4° de 172 pages. La planche 2
donne la mosaïque mutilée, et la planche 3 la
montre restaurée.
Mabillon, Annales Benedictini, lib. VT, n" 87,
P- 342.
Henschenius, Acta SS., 12 jul., p. 580, n" 40.
Annales archéologiques, t. VIII, p. 253; t. XXV,
p. 30.
Rohault de Fleury,/.t' Latran, pp. 277, 289, 324.
Grimoùard de Saint-Laurent, Guide de l'Art
chrétien, t. II, pp. 30, 32, 75, 82, 433, 446;
t. V, p. 162.
Chroniqueurs de l'histoire de France, \mr
M"'e de Witt.
Hennin, Les monuments de l'histoire de France,
t. II, pp. 1 10, XI 5, 116.
E. Muntz, Ricerche intorno ai lavori archeolo-
gici di Giacomo Grimaldi, Florence, l88i;in-8",
p. 22, 23.
Rohault de Fleury, La Messe, Paris, 1883; in-4",
t. I, p. 14.
Revue de l'Art chrétien, 3'^ série, 1883, t. I,
p. 213.
Je ne dois pas omettre non plus une gravure
du siècle dernier représentant saint Pierre, saint
Léon et Constantin, que le Chapitre de Sainte-
Marie Majeure a insérée dans le Propre de son
bréviaire et dont je dois deux exemplaires à
l'obligeance de Ms"' Pila des comtes Carocci,
chanoine de cette basilique. Les planches se con-
servent aux archives ('J.
Le Triclinium de saint Léon III, au i'a-
LAIS PATRIARCAL DU LaTRAN.
Le Triclinium était une vaste salle à manger,
de forme rectangulaire et flanquée en croix de
trois absides; le pape, au moyen âge, y réunissait
les cardinaux après les offices pontificaux, dans
un banquet que décrivent les chroniques du
temps (-7.
L'abside principale, qui faisait face à l'entrée,
était décorée d'une mosaïque, exécutée sous le
pontificat de saint Léon III, vers l'an 800, ainsi
qu'il résulte de ce passage d'Anastase le Biblio-
thécaire : Fecit autem et inpatriarchio Laterancnsi
triclinium majus super otnnia triclinia, noniine
suœ inagnituiiinis decoratum ; decoravit cameram
cum absida de niusivo.
Dans son état actuel, la mosaïque du tricli-
nium n'est plus que l'ombre d'elle-même. On
peut même affirmer que l'œuvre primitive a dis-
paru et qu'il ne nous en reste qu'une assez mau-
vaise copie, sans caractère archéologique.
Trois inscriptions ont été gravées sur marbre
pour en raconter l'origine et les vicissitude^.
La première reproduit intégralement le texte
d'Anastase, extrait de naissance fait après
1. Voir mon article intitulé Charlcmagne sur la mosaïque du
triclitiiion du Latnut, à Ruine, dans \e Bulletin du Comili! des
travaux historiques, sect. d'archéologie, 1884, p. 318-322.
2. « In basilica magna Leoniana. ubi hoc die in mane Doinnus
Papa comedit, circa niensam pontiticis prjeparala sunt undecim
scamna pro quinque presbyteris totidemque diaconis cardinalibus
et primicerio. Ibi etiam lectus ipsiiis Pontifiais solemniter est prœpa-
ratus, in figura undecim apostolorum recumbentiuni circa mensani
C'HRISTI. Transiens autem pontifex per ipsam basilicam intrat
cameram suam, ubi in scypho argenteo reccpto a Ciimerario »
( Cencius CamerariusJ.
« Facta laudc ante Lateranense palatiuni, postquani ascendit in
domum majorem, qure Leoniana vocatur, solemne convivium cele-
bravit. y>(hivil. Innoc. tll.)
€ Hœc aula nostris lemporibus sala coiisiUi dicitur. Quam Léo
Papa tertius poniirtcum Romanorum usui constru.vil et exornavit,
in qua quilmsdam solemnilms. ut Pasch.atis et Natalis Domini,
Romani Pontifices cum cardinalibus prandere solemni ritu
consueverant Urec omnia innuere videtur oratio quœ scripta
est in zophoro absidiK maioris, in qua Deus oratur ut protegat
domum illam et omncs in ea convivantes. » ( Panvinio.)
C'est dans une salle analogue que dut diner Charlemagne. en '
774, le 3 avril, jour de Pâques, après la messe solennelle célébrée
par le pape .Wrien à Sainte- .Marie .Majeure ; et, à l'issue de 1 office,
le roi de l'rance s'assit A la table du .Souverain Poniife dans le palais
patriarcal de L,atran. Lelendeiuiiin lundi, Charlemagne fut proclamé,
à Saint-Pierre, palruC de Rome ; le mercredi 6 avril, à l'issue d'une
harangue publique dans laquelle étaient rappelés tous les bienfaits
qui liaient déjA mutuellement la papauté à la France, le Souverain
Pontife obtint de Charlemagne la promesse solennelle, faite sur
l'autel de Saint-Pierre, que lui et ses successeurs respecteraient les
droits du pajie. Quelques jours après, au moment de son départ
pour Puis, Charlemagne recevait du pape l'assurance de son pro-
chain triomphe sur ses ennemis et de la conquête définitive du
royaume des Lombards.
96
Eetiue De l'art cibtéticn
décès, uniquement pour constater l'âge qu'avait
le défunt.
La seconde nous apprend qu'en 1625 le car-
dinal François Barberini appuya de contreforts
les murailles qui croulaient, et après en avoir
fait faire un dessin colorié, restaura la mosaïque,
surtout dans la partie droite à peu près ruinée,
siumna fidc, ad priscuui c.xciiiplniit. Cette fidélité
scrupuleuse à suivre l'original est curieuse à
noter, quand on peut sur place en faire le con-
trôle, qui dément hardiment de telles préten-
tions. Est-ce qu'on savait, à cette époque, des-
siner le moyen âge et l'œil qui voyait mal ce
qu'il ne comprenait pas était-il mieux secondé
par une main, habile peut-être, mais nullement
préparée à ces sortes de travaux?
Ecoutons le cardinal restaurateur :
Franciscvs
S . Agathae . diac . cardinalis
Barberinvs
triclinii . a . Leone. III . rom . pontifice. constrvcti
a . Leone . IV . svccessore
sexagesimo . post . anno . reparati
nostra . tandem . etate . pêne . dirvti
partem . hanc . illvstriorem
in . qva
vtraqve . imperii . romani . translatio
redditaque . vrbi . pax . pvblica . continetvr
parietibus . hinc . inde . svffvlsit
camerae . mvsivvm. restavravit (')
labansqve . olim . dextervm . apsidis . emblema
antiqvariorvm . diligentia . coloribus . exceptvm
pcnitvs . deinde . collapsvm
ad . priscvm . exemplvm
svmma . fide . ex . mvsivo . restitvit
anno . ivbilei . MDCXXV
La troisième inscription achève de nous
instruire sur l'authenticité de la mosaïque ac-
tuelle. Clément XII, pour édifier la façade de
Saint-Jean de Latran et la dégager comme il
convenait, rasa le tricliniuin et en transporta
l'abside près du Sancta Sanctoruin, l'accolant à
l'oratoire de Saint-Laurent. Mais dans cette
translation, soit difficulté de F e)it reprise, soit inha-
bileté des ouvriers, la mosaïque arriva à sa desti-
nation fracassée, mutilée, complètement détruite.
Comme le pape avait eu soin de la faire
préalablement reproduire en couleur, quand Be-
noit XIV, en 1743, voulut la refaire dans son
I. Aiemanni écrivait en 1625; « Tulit varias inceiidioruni
Lateranensiiim injurias, ciueiiiadnioduin seniiustie ili;v; indicanl
aurcEe tesselhilîB, quas in tabula illic praj aliis ol) id nigricare vide-
mus. )> I.a même observation a été faite par M. Gerspacii pour la
mosaïque absidale de la basilique du Latran. I-e feu, en détachant
la feuille de verre blanc qui recouvrait la pellicule d'or, l'a laissée
à découvert et par consétjuent sous l'action directe de l'air, qui
bientôt a fait disparaître l'or, il n'est resté que l'excipient, cube
d'émail rouge foncé ou noir ou encore de verre gros vert. A
distance, le rouge et le vert ont fait tache sur le fond comme des
points noirs.
ensemble, il n'eut qu'à se conformer à ce mau-
vais dessin, auquel, pour plus d'exactitude, on
joignit celui de 1625 qui était conservé à la
bibliothèque du Vatican.
De ces deux copies, également fautives, il ne
pouvait résulter qu'une œuvre défectueuse, qui
donne la place des personnages, mais ne tient pas
compte de leur physionomie et de leur costume,
accusés seulement dans les lignes principales.
L'inscription de Benoît XIV, malgré sa lon-
gueur, doit être consignée ici, en raison des faits
intéressants qu'elle constate officiellement.
Benedictvs . XIV . p. m .
antiqvissimvm . ex . vermiculato . opère
monvmcntvm
in occidcntali apside
lateranensis cocnacvli
a Leone .III
sacro cogendo senatvi
aliisqve solemnibvs peragendis
extrvcti
quod ad templi aream laxandam
Clemens . XII
integrvm loco moveri
et ad proximvm S. Lavrentii oratorivm
coUocarl ivsserat
vel artificvm imperitia
vel rei difficvltate
diffractvm ac penitvs disiectvm
ne illvstre adeo
pontificiae maiestatis avthoritatisqve
argvmentvm
literariae reipublicae damno interiret
ad fidem exempli
ipsivs Clementis providentia
stantibvs adhvc parietinis
accvrate coloribvs expressi
et simillimae in Vaticano codice
vctcris pictvrae
nova apside
a fvndamentis excitata
ervditorvm virorvm votis occvrrens
vrbi aeternae
restitvit
anno CI3 13 CC XLIII
pont, sui III
L'abside représente le ClIKlST donnant aux
apôtres la mission d'enseigner.
Une bordure rouge, gemmée et perlée, serrée
entre deux bandes blanches, circonscrit le champ
d'or de la mosaïque.
Au centre, le Chrlst se tient debout sur une
motte de terre, de laquelle s'échappent les quatre
fleuves .symboliques. Son nimbe d'or est cerné
d'un filet bleu et marqué d'un croix pattée, bleue
et jaune. Sa tunique bleue, laticlavée or et rouge,
a des manches larges et courtes. Son manteau
1!5itiliograpf)ie
97
bleu, ramené en avant, porte deux loruiii jaunes
et un triple clavus de même couleur. Ses pieds
sont chaussés de sandales. Son bras droit est nu
et levé pour bénir à la manière latine ('). De la
gauche il tient ouvert le livre des Evan-
giles, où se lisent en lettres noires ces
deux mots :
Au-dessus du Sauveur, le ciel est figuré par un
hémisphère bleu que borde une bande plus foncée
et où flottent des nuages jaunes et rouges if).
Sur le sol vert marchent, à droite, cinq apôtres,
saint Pierre en tête, et six à gauche (3). Leur
nimbe d'or est cerclé blanc et bleu. Vêtus uni-
formément, ils ont tous une tunique blanche à
laticlaves rouges et un triple clavus de même cou-
leur, deux fois répété à la hauteur de la poitrin sur
le manteau blanc. Chaque manteau porte égale-
ment une lettre pommetée au.x extrémités. Ces
lettres sont E, F, H, I, L et un triangle ou delta
grec("^). Une simple sandale protège la plante de
leurs pieds. Le second des deux côtés, ainsi que le
dernier à gauche, sont seuls jeunes et imberbes.
Saint Pierre se reconnaît à sa figure t)'pique,
à ses cheveux blancs formant bourrelet autour
de la tête, aux deux clefs d'or et à la longue
croix rouge qu'il appuie sur son épaule (5). De
la main droite il relève le bas de son manteau,
afin de marcher plus librement, car il part pour
remplir la mission que le CllRlST vient de lui
confier et, chef du collège apostolique, - il va
entraîner les autres à sa suite.
1. Grimaldi dit positivement: « Salvator mundi, ... benedicens
de.Ktra, pollice cum aniiulari conjuncto, » ce qui constitue à propre-
ment parler la /'L^«t^(/ïV//i?«^/'tr(^^^t;. D'après .\lemanni, pi. 2, la tête
du Sauveur et des deu.\ premiers apôtres à gauche n'e.xistaitplus au
XV!!»^ siècle, ainsi que le ciel.
2. « Supra caput Salvatoris est tanquam aer ignibus ac fulgore
coruscans » (Grimaldi). Ces nuages sont habituels dans les anciennes
mosaïques.
3. « Salv.itor... cum apostolis, quini per latera et B. Petro in trian-
gulo superiori ejus chalcidica:, ita ut uiidecim sunt apostoli. totidem
enim erant e.\ cap. XVIII Matthei... Deceni sunt in curvatura apsidis
apostoli et XI princeps apostolorum in angulo apsidis. » Grimaldi se
trompe évidemment, comme le fait remarquer M. Muntz, car dans
la conque absidale il y a toujours eu onze apôtres, y compris saint
Pierre leur chef, qui réparait encore à l'un des écoinçons.
4. « Horum decem apostolorum a latere dextro (la droite du
Christ) proximiorgerens crucem senex est; in vestibus adgenua, sunt
litor;v LE. Sequitur alius juvenis cum literis in vestibus ET; inde
alius senex cum litera H, deinde alius cum barba nigra ; postremus
habet in vestibus EL. A latere sinistro Xpo proximior habel in ves-
tibus HE; sequitur senex, in vestibus habet LE. Inde alius, poste.a
alius et in vestibus habet LH. Postremus juvenis est et in vestibus
sunt literas H3... Ad pectus etiam habent haec signa SE. Omnes
rcoti stant et manibus élevant parumper vestes in actu aliquid Xpo
oiTerendi. >> Grimaldi a pu noter exactement les lettres des vête-
ments, qu'il voit jjartout doubles; \in les a reproduites j/w/A'.^. Il se
trompe sur la signification du geste, puisque les apôtres n'ont rien à
offrir ; autrement on leur eût mis une couronne entre les m.ains, con-
formément à d'autres mosaïques. Ils soulèvent leur vêtement parce
qu'ils sont en marche.
5. Grimaldi dit de lui : « .\ latere dextro proximior, gerens crucem,
senex est », « Salvatoris dextrie proximior, in senili ;etate, longam
gestat crucem ». A ce triple caractère, comment n'a-t-il pas reconnu
saint Pierre qui, seul, occupe la preuiière place, est vieux et porte
une croix?
D'après Alemanni, pi. 2, saint Pierre portait une croix à double
croisillon. Ce n'était donc pas la croix de son martyre, mais bien
celle de la passion de son maitre.
Le cintre de l'arc est contourné d'une guir-
lande où se détachent confusément, sur fond
d'or, des fleurs et des fruits, tels que cerises, lys,
poires, figues et marguerites jaunes, qui sortent
de deux pots rayés en diagonale, rouge, vert et
jaune ('J et aboutissent à un médaillon bleu qui
exprime en monogramme d'or le chrisme et le
nom du pape Léon III, LEO PAPA (=).
L'inscription, qui se développe en deux lignes
de lettres d'or sur fond bleu, explique le sujet
par les paroles mêmes du Sauveur, qui envoie les
apôtres dans le monde enseigner et baptiser au
nom de la sainte Trinité, leur promettant jusqu'à
la fin son assistance spéciale :
DOCETE OMNES GENTES . BAPTIZAXTES EOS
IN NOMINE PATRIS.ET.FILII ET SPIRITVS . SCS
ET ECCE . EGO VOVISCVM SVM . OMNIBVS DIE-
BVS VSQVE AD CONSVMMATIONEM . SECVLI (3).
L'arc triomphal consacre par deux groupes
mis en regard la transmission de la double auto-
rité spirituelle et temporelle, qui vient de Dieu, à
saint Pierre et Constantin, par le CHRIST; à
Léon III et Charlemagne par saint Pierre. Aussi
l'inscription, or et azur, qui s'arrondit avec l'arc,
chante-t-elle gloire à Dieu et paix aux hommes
de bonne volonté qui acceptent la mission di-
vine d'être les conducteurs des peuples dans les
voies difficiles de la terre et du ciel.
GLORIA IN . EXCELSIS . DEO . ET . IN . TERRA .
FAX . OMINIBVS . BONE . BOLVNTATIS . (••).
Le fond d'or est encadré dans une bordure
rouge gemmée avec accompagnement, à l'inté-
rieur, de lambrequins bleus. La même bordure
se répète au-dessous de l'inscription que sur-
monte une bande bleue et grise, semée de lys
blancs.
Au côté droit (^) le Christ, assis sur un fau-
1. Ces fruits et ces fleurs ou feuillages représentent ordinairement
les quatre saisons. Grimaldi n'y a rien vu non plus : « Oritur fascia
interior a fine zophori, tota variis floribus musivo opère efficta, e.v
uno vase se in altum extoUens totamque curvaturani ambiens, in
altero vase desinit ».
2. Grimaldi a lu ainsi ce monogramme disposé en croix mais sans
chrisme : « Supra caput Salvatoris extat signuni Leonis papae tertii
ad hanc formam ;
P
LOO
A
Panvinio, au contraire l'avait lu :
P
LOE
.\
Qui a raison des deux?
3 Selon Grimaldi, il n'en restait qu'une minime partie. La voici
avec son orthographe typique et la restitution de cet auteur :
(4< Eunles. docelc omnes) GK.MTES. V.\FT (izaiite', eos. in. n) OMISE
(patris. et) l'iLli. ET. SPIRITVS. s.^NCTi. [et. ecce. ego) voviscv.M.
{sain. obus, diehus. tisque. ad) CON (siimiXtion) EM. (sec) VLI.
4. Grimaldi est plus exact que cette copie du mosaïste ; ('^gloria.
in.excclsis. Dca. cl. in. /^rra. /.i.v.) HOMINIHX s. bo.nk. BOLV.\(/.;/<".r) .
5. Cet écoinçon a été refait sous Benoit XIV, à l'instar de son
pendant. Grimaldi atteste qu'il n'existait plus de son temps : « .-^ngu-
lus dcxter absida; rusticus est, nani musivum corruit ». Il est aussi
en moins dans la planche 2 d'.Memanni.
l^'-' Li\ HAISO.V,
98
IRetîUC ue rart cij rétien.
teuil à haut dossier arrondi, les pieds sur un esca-
beau d'or, un nimbe crucifère à la tête, est ha-
billé d'une tunique violacée à laticlaves rouges et
jaunes et d'un manteau blanc jalonné de jaune.
De la droite, il présente les deux clefs d'argent
du pouvoir apostolique, liées ensemble, à saint
Pierre, et à Constantin, tous les deux agenouillés
à ses pieds, l'étendard de la puissance tempo-
relle.
L'apôtre, sandales aux pieds, nimbe jaune à
bord rouge, pallium à croix noires, avance ses
mains respectueusement enveloppées dans sa
chasuble blanche.
L'empereur Constantin, nommé pour qu'on ne
s'y méprenne pas, R (i'.v) COSTANTINVS,
porte un nimbe vert fileté de rouge, une cou-
ronne à pointes d'or, une espèce de tabart bleu,
des hauts-de-chausses verts à raies, des souliers
jaunes et une épée droite dont le fourreau d'or
soulève en arrière son manteau jaune, ouvert et
agrafé sur l'épaule droite. Sa figure est carac-
térisée par des moustaches. Il prend l'étendard
à trois flammes, fixé à la hampe d'une croix et
composé d'une étoffe rouge, semée de croisettes
jaunes et de disques bleus.
Une tablette bleue, veuve de sa légende,
accompagne cette scène, qui n'a aucune valeur
archéologique.
Saint Pierre, assis sur un fauteuil, semblable à
celui du Chrlst ('), donne le pallium à saint
Léon et l'étendard à Charlemagne; l'un et l'autre
nimbés d'un nimbe carré et bleu, ourlé de blanc
et de rouge, qui ne s'accorde qu'aux vivants.
L'apôtre se distingue par un nimbe jaune
ourlé de rouge, une tunique bleue laticlavée de
rouge, un manteau bleu marqué en rouge de la
lettre L, un long pallium blanc frangé et brodé
d'une seule croi.x rouge (') à la partie inférieure,
et par deux clefs (3) d'or, attachées par un cor-
don et posées sur ses genoux. Ses pieds, garnis
de sandales, appuient sur un escabeau d'or (■*).
Léon III porte également des sandales. Sa
chasuble jaune est entièrement rabattue et son
pallium blanc n'a pas de croix (^). Le pallium
1. La catliedra, dont le type se retrouve dans les catacombes et
dont se sert encore le pape aux services pontificaux.
2. Guillaume Durant, au XUI': siècle, parle aussi de croix rouges
sur le pallium.
3. Sur la gravure de Sainte-Marie-Majeure, il y a trois clefs.
4. « Imago musiva Pétri sedentis, cum planeta et pallio, in
senili œtate, diademate ornati. » (Grimaldil.
5. Il y en a une à. l'extrémité, sur la gravure de .Sainte-Marie
Majeure. « Léo papa tertius, corpulenta facie, nigra cesarie, raso
capite ad coronam ; ex vultu ostenditur sexagenarius ; quadratum
habet in capite diadema, quod indicium est viventis ; indutus pallio et
planeta ; stolam suscipit sivc pallium de manu drxtera beali Pétri. »
(Grimaldi). — « SedetS. Petrus in solio, dcxtra dat Leoni orarium, in
que duse cruccs... Ipse quoquc S. Petrus orarium habet, in cujus
extremo crux nibra. » (De uitufa crucc, Ingoistadt, ï6i6, p. 452.) Ce
qui a fait prendre \ç pallium pour yxwQétok, mOme au baron de Guil-
hermy, c'est cju'il n'a que deux croix à ses extrémités. Un peu d'ar-
chéologie liturgique eut évité cette méprise grossière, les exemples de
qu'il reçoit à genoux des mains de saint Pierre
est, au contraire, semé de croix rouges.
L'étendard (")que saisit Charlemagne est fait
d'étoffe verte à pois d'or et disques rouges. Il se
découpe en trois flammes et est attaché horizon-
talement à la hampe d'une lance. Le manteau
de l'empereur est jaune, avec galons vert et or :
court, il ouvre sur le côté droit, oti il s'agrafe.
Le tabart, que l'on voit dessous, est de même
étoffe. L'épée, enfermée dans un fourreau d'or,
saillit à son flanc et la couronne d'or ceint son
front (2). Le type est identique à celui de Con-
stantin ou plutôt Constantin a été copié sur
Charlemagne.
pallium ne faisant pas défaut dans les mosaïques romaines. De plus,
//(;/feùt signifié le/««fo/> i/'an^/f tout au plus, tandisquele palUum
exprime le pouvoir de juridiction, ce qui est bien différent et évidem-
ment dans la pensée de l'artiste.
I. « Léon 111, confirmant le titre de patrice à Charlemagne, lui
envoya les clefs de la confession de saint Pierre et l'étendart de la
ville de Rome. Les annales attribués à Eginard disent ce qui suit :
« .Adrien étant mort, Léon fut élevé au pontificat. Bientôt il envoya
« au roi par ses légats, les clefs de la confession de saint Pierre, l'éten-
«dartdc la ville de Rome et d'autres présents »Je ne puis nier que
l'étendart n'ait été toujours considéré comme le signe d'une juridic-
tion et d'une autorité fort étendue. De là vient que les magistrats
suprêmes, dans quelques républiques d'Italie, étaientnonimés^i)n/i;/o-
niers, à cause de l'étendart qu'ils recevaient comme le signe de
l'.autorité qui leur était confiée pour l'administration de la justice et la
protection des populations. On ne peut contester non plus que le
maître d'une ville ou celui qui croit l'être a seul le pouvoir de donner
ou d'envoyer l'étendart de cette cité. )'>{Originedu pouvoir pontifical,
par le cardinal Orsi, apud Analecta juris pontijicii, t. XXI, col. 104).
Le drapeau de Cliarlemagne a été décrit par M. Gustave Des-
jardins, dans son ouvrage des Drapeaux français. « La hampe est
terminée par un globe blanc et rouge, dans lequel est plantée une
croix; sous le globe est une houppe bleue, blanche et rouge, "h La
Gazette des Beaux-Arts, 1" pér., t. XI, p. loi, fait observer que «ces
trois couleurs étaient aussi celles des gonfanons sarrasins ».
La remise de l'étend.irt constatait, à l'égard du feudataire, le droit
souverain. Un acte du 3 décembre 1224, par lequel Benoîte, jugesse
de Cagliari, reconnaît la suzeraineté du Saint-Siège sur l'île de Sar-
daigne, contient cette clause significative : « Item quum judex vel
judicissa de novo efhciuntur in ipso regno, sive judicatu Calaritano,
ad curiam Romanam personaliter accèdent, vel solcnmes nuntios
destinabunt infra spalium duorum mensium a die sua; dignitatis inci-
pientium, pro vexillo in signum dominii a sede .Apostolica humiliter
obtinenda. » (Anal. jur. pont., 102- liv., col. 238.)
En 1494, lorsque le cardinal légat sacra à Naples le roi .Alphonse
d'.-\ragon, il lui remit, en signe d'investiture du royaume de Sicile,
l'étendard de la sainte Eglise, envoyé de Rome par .Alexandre "VI.
<( Vexillum sancte Romane Ecclesie, ad hoc per SS. D. N. papam
missum. imponatur sue haste et ereclum teneatur \"exillum
ipsum coiam legatoportatur, qui hastam indextrarecipiens, iHud régi
recipienti tradit, ipsumque de regno invesliturumdicit: « Aucloritate
apostolica nobis in hac parte concessa, per appensionem luijus vexilli
ecclesiastici in tuis manibus, te de regno Sicilieet terra citra P/iarum
usquead confinia terrarum sancte Romane Ecclesie investimus te-
que in illû^-um realem, corporalem et actualem possessionem indu-
cimus. In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti.»Tunc magnificus
D. Jacobus Caracciolus, comes Burgiensis, cancellarius regni, vexillum
de manibus régis accipîens, ilhid in sacristia pro rege parata portât et
reponit. » (Burchard, Diarium, oait. Tliuasne, t. II, p. 136-137.)
2. Sur ia gravure de Sainte- Marie Majeure, Charlemagne est coiffé
d'une espèce de mitre et à sa lance, avec houppe, est fixé un étendard
d'or, semé de six fleurs ou roses à cint] lobes, posées deux, deux et
deux, comme on dit en blason. « Genuflexus Carolus M.agnus. impe-
rator .Augustus, suscipiens de manu sinistra B. Pétri magnum \'exil-
lum, in quo suiit ros:e sex in campo cceruleo. Habet coronam impe-
rialem in capite, cum qu.adrato diademate{quod, ut dictum est, viven-
tem iiidicat) : habet mantum sive paludamentnm iiupt-riale; habet
ensem lateri accinctum, faciem virilem ostendit ; mcnlum rasum, in
lalii» superiori h.abet pilos barb.-v longos et elei.atos more turcico et
francico ( l'ariante: mentnm non est totaliter rasuin, sed habet bre-
vem quandam barbani auctam more Gallorum),; habet jiatcntcs
oculos. » (Grimaldi.)
T5ii)liograpf)ic.
99
Chacun de ces trois personnages est ainsi
dénommé en lettres noires :
SCS PETRVS (^
>h SCISMVS Î)N LEO. PP. (2).
ICN CARVLO REGI (3).
Une autre inscription, qui se détache en or sur
une tablette bleue, affirme que saint Pierre donne
la vie à Léon et la victoire à Charlemagne:
BEATE . PËTRE . DONAS
VITA . LEON . PP . ET . BICTO
RIA . CARVLO . REGI . DONAS C^).
Quand Charlemagne fut couronné dans la
basilique de Saint-Pierre, l'assistance entière
poussa cette acclamation : « Tune univers! fidè-
les Romani unanimiter altissima voce e.xcla-
maverunt : Karolo , piissinio , Aiig-iisto a Deo
coronato, inagno, pacifico Imperatori (5), vita et
Victoria. »
1. Ciacconio transcrit :
SCS
PE
TR
VS _
La gra\Tire de Sainte- Marie Majeure ajoute le sigle abréviatif SCS.
2. D'après Ciacconio :
SCSSLMVS
D. N.
LE
o_
PP
La gravure de Sainte-Marie Majeure offre des variantes de détail :
4- SCSSIMVS
DN
LE
0
PP
Grimaldi a cerlainenient mal lu :
SANCTISS. DXS. LEO, PAPA
ainsi que Panvinio :
SANCTISSIMVS D. \. LEO lU PAPA
3. Panrinio : DN CARVLO REGI
Ciacconio : -J- D. X. CARVLVS
R
EX
La gravure de Sainte-Marie Majeure :
^ DN CARVLO R
E
G
I
Grimaldi ; D. N. CARVLO. REGI
Le nominatif parait plus probable, motivé qu'il est par le nom de
saint Léon qui fait pendant à celui de Charlemagne.
4. Panvinio : BEATE PETRE
LEOXl PAPAE ET BICTORIA
CARVLO REGI DONA
Ciacconio montre dans quel état de mutilation était l'inscription au
XVIU siècle, puisqu'il n'en cite que ces trois mots :
DONAS
RICTO
EA
Grimaldi : U. petie. <roRONAS
bitatn. atqiie BICTO
riant, caritlo. doNA
La gravure de Sainte- Marie Majeure :
BEATE PETRE DONA
VrfA LEONI PP. E BICTO
RIA CARVLO REGI DON
Ce me parait être la meilleure version, conforme du reste à la meil-
leure transcription, qui est celle de Panvinio.
5. La dignité impériale que conféra Léon 111 à Charlemagne, et
par lA même sa restauration en Occident, avait pour but de consti-
tuer l'élu, décoré du titre d'empereur, défenseur del'lCglise Ron>aine
TESTAMENT DU CARDINAL CHARLES
D'ANGENNES (1587), par le R. P. Uom Paul
Piolin, prieur de l'abbaye de Solcsmes, président
de la Société historique et archéologique du
Maine ('); Mamers, Fleury, 1884, in- 8° de 14
pages.
Le cardinal Charles d'Angennes de Rambouil-
let, évèque du Mans, mourut en 1587, à Corneto,
dont il était gouverneur, empoisonné, puis étran-
glé par Claudio Lupi, « son maître de chambre
et son homme de confiance ». Dans son testa-
ment, signé de sa main et écrit peu de temps
avant son décès, au cours d'une maladie, on lit
ces deu.K legs : « Je donne à mon neveu Christo-
phle de Ravenel, appelé Gorgosson, fils du feu
sieur de Rantigny et de ma sœur Françoise
d'Angennes, la somme de quarante mille es-
cus : à Claude Lupi, mon maistre de chambre,
dix mille escus, tout le linge qu'il a en charge de
ma personne et de ma chambre, pour cinq cents
escus de meubles, lesquels dix mille escus je
veulx qu'ils soient les premiers prins et qu'il
choisisse sur tout mon bien de telle quantité et
nature qu'il vouldra » (p. 13).
(<: Il fut inhumé dans l'église des Franciscains
de l'observance, où l'on voit encore son épitaphe >>
(p. II). Dom Piolin aurait fait œuvre utile en
donnant cette inscription, reproduite de visu et
non d'après les livres. J'ai prié un ecclésiastique
français, qui voyage depuis longtemps en Italie,
d'en prendre une copie fidèle. Il eût été convena-
ble aussi de rapprocher du testament l'inscription
gravée sur marbre noir, sur un monument destiné
à rappeler la mémoire du cardinal et placé au-
dessous de son portrait peint par les soins de son
neveu et de son maître de chambre, qui a l'impu-
dence de s'y nommer. Quoique je l'aie déjà im-
primée parmi les inscriptions relatives au diocèse
du Mans, qui se trouvent à Rome (==), je vais la
transcrire de nouveau; elle se voit dans notre
église nationale de Saint-Louis des Français :
CAROLO • DANGENES
A ■ RA.MBOVILLETTO
S • R • E • CARDINALI
et conservateur de la souveraineté temporelle du Saint Siège. Or les
papes possédaient de droit Rome et son duché, puis, par la donation
des rois francs Pépin (754) et Charlein.agne (774I, la Pentapole et
l'Exarchat. Le duché de Rome comprenait la 'ruscie (Porto, Cento-
celles, Sutri, Mtturano, Nepi, Castello, Orta, .•\ineria,Todi, Pérouse)
et la Campanie (Segni, .\nagni, Ferentino, .Alalri. Tivoli). Dans l'ex-
archat, il y avait les villes de Ravenne, Césène, Forlimpopoli, Korli,
Faenza, Iniola, Bologne, Ferrare, etc. et. dans la Pentapole, Rimini,
Pesaro, Fano, Sinigaglia, Osimo, Jesi, Ancône, Fossombrone, Mon-
tefeltro, Urbino. Gubbio, etc.
1. Le R. P. Dom Piolin, ayant eu connaissance des épreuves de
cet article, y a ajouté cette note : « Qu'il soit permis à Dom
Piolin de faire observer que depuis le 22 mars 1882, il est réduit à
vivre dans un fii^uiiiim du bourg deSolesmes, presque sans livres
et dans une position qui rend le travail à peu près impossible. »
2. Ir.icriptions françaises recueillies à Rome, diocise du Mans ; le
Mans, 1868, in-8° de 16 pag., p.ig. 9. — Forcella l'a imprimée dans
ses Isserisioni délie chiese di Koma, t. !li, p. 26: il écrit Dangennes,
tandis que ma copie ne porte qu'ime seule n.
lOO
îRcuuc De rart cïjtcticn.
CHRISTOPHORVS- A- RANTIGNI • SORORIS ' F • ET
CLAVDIVS • LVl'IVS " CVBICVLI ' PRAEFECTVS
ITALICARV.M • RERVM • EK ' TEST " HEREDES
IN • AV\ NCVLVM ' ET • PATRONVM • GRATI
VIRGINIBVS • GALLICIS ' AI.TERNIS " ANNIS
DEIPARAE • VIRGINIS ' DIE • NATALI
IN • MATRIMONIViM • COLLOCANDIS
CERTOS • AEDI • FRVCTVS . ATTRIBVERVNT
ANNO • CIO • 10 • LXXXVII • KAL • APRILIS
X. B. DE M.
LES BAS-RELIEFS DE MARKDSOUS PRO-
VENANT DE L'ABBAYE DE FLORENNE ET
LE CIMETIÈRE FRANC DE MAREDSOUS, par
le R. p. Dom tiéiard Van Caloen, bénédictin de
l'abbaye de Maredsous. ( Extrait du t. XVI des An-
nales de la Société archcoU\i,itiiie de Namur). In-8",
22 pp. Namur, Wesmael-Charlier, 18S4 (avec une
planche).
CETTE savante notice fait connaitre les inté-
ressants vestiges du passé qu'énumère son
titre, et qui ont récemment trouvé un abri à
l'ombre du grandiose monastère fondé par les
RR. PP. Bénédictins sur les hauts plateaux de
l'Entre-Sambre et Meuse.
Le cimetière franc découvert à Maredsous et
exploré par Dom van Caloen, contient 31 tombes,
régulièrement orientées. Dans ces cercueils
«formés de murs secs et souvent recouverts de
dalles brutes monolithes ou juxtaposées,» on
n'a rencontré, auprès des squelettes, que quelques
verroteries et vases de poterie, des armes et des
agrafes généralement conformes à des types
connus. L'objet le plus intéressant est «un disque
de bronze aux ornements incrustés et portant
cinq demi-perles de verroterie bleue, disposées en
forme de croi.x;). Cette broche,placée surla poitrine
d'une femme, est le seul objet qui puisse fournir
quelque indice de sépulture chrétienne.
Les bas-reliefs retrouvés par Dom Van Caloen
sur l'emplacement de l'ancienne abbaye de Flo-
renne, sont bien dignes d'une étude approfondie
de la part de l'archéologue et du statuaire. Ces trois
«tableaux de pierre», dont les proportions sont
identiques (!'" 07 X o. '"49) présentent cependant
une ordonnance variée. L'un d'eu.x montre la
scène du baptême du CHRIST dans le Jourdain
par saint Jean,auciuel une colombe présente l'am-
poule tandis qu'un ange semble apporter du ciel
un vêtement en forme d'étole. Ce tableau est
encadré par deu.K colonnettes torses, dont les
chapiteaux feuillus soutiennent une arcature
cintrée sur laquelle sont gravés ces mots :
T.VLIlîVS OliSEQVIS DS ËE DOClit IN VNDIS.
( Talibus obsequiis Deiis esse docetiir in undis.)
Le tympan est décoré dedeu.K figures d'anges
soutenant un disque qui offre l'image de l'agneau
divin, tenant la croix. Une inscription illisible
s'aperçoit sur l'étroit rebord qui forme l'encadre-
ment du bas-relief
Les deux autres panncau.x dénotent clairement
par leurs dispositions similaires qu'ils formaient
pendant l'un à l'autre. D'élégants rinceaux, entre-
mêlés d'animaux tantastiqucs et de masques gri-
maçants, décorent les encadrements, et bien que
variées dans les détails, ces sculptures reflètent
évidemment une origine et une destination com-
munes. Le premier bas-relief présente l'image de
saint Michel nimbé et vêtu d'une ample tunique
retenue par une ceinture et décorée a l'encolure
de festons arrondis: une chlamyde est jetée sur
les épaules, les ailes sont abaissées et les pieds
nus. Le bras gauche porte un bouclier muni d'un
large uinbo et couvert de rainures, qui affecte la
forme circulaire, un peu allongée en pointe vers
le bas. De la droite, l'archange tient un long jave-
lot, muni d'une barbe (ou plutôt, nous semble t-il,
d'un pennon) dont il enfonce le fer dans la gueule
du démon qu'il foule aux pieds. Celui-ci est
représenté sous la figure d'un dragon ailé, dont la
queue se termine en forme de palme tripartite.
Le type de l'archange est celui d'un jeune homme
imberbe, et reflète un grand air de majesté, l'en-
semble de la statue présente un aspect hiératique
et vraiment monumental.
Une figure, en costume pontifical, occupe le
troisième panneau. Le saint dont la tête est
nimbée, porte la barbe et les cheveux courts ;
les pieds sont chaussés. Il est vêtu d'une aube,
d'une tunicelle ornée de disques étoiles, au-des-
sous de laquelle paraissent les bouts de l'étole,
d'un manipule et d'une //cr«t-/£/ celle-ci est forte-
ment relevée sur le devant et garnie d'un galon
perlé ; la croi.x (;st formée par un orfroi détaché et
qui contourne le col. La main droite tient une
crosse dont la volute est tournée à l'intérieur, la
gauche un livret ouvert appuyé contre la poitrine.
Dans son ensemble cette statue est d'une travail et
d'une apparence plus barbare que la précédente.
L'étude de ces petits monuments a amené
Dom Van Caloen à résoudre divers problèmes
archéologiques, sur lesquels nous demandons à
notre e.KCcllent ami dcpouvoir présenterquclqucs
observations.
Quel est l'âge de ces bas-reliefs? Le savant
bénédictin croit « qu'ils datent du commencement
du XI"^ siècle, c'est-à-dire de la fondation de
l'abbaj'c» dont l'église fut consacrée en loii,
au rapport de l'annaliste Marchantius (').
I. Cette date est peut-être un peu prématurée, puisque le fondateur
du monastère est Ciérard de Florenncs, évêquede Cambrai, dont le
liréd&esscur Herluin.nc dOcéda que le 3 février 1012. ((;.\MS, Seriez
15it3Uograpf)ic.
lOI
Il semble difficile de faire remonter à une
époque tellement reculée, les rinceaux élégants
et variés des encadrements ; leur style aussi bien
que leur facture, dénotent une composition bien
étudiée ; or l'on ne peut oublier qu'au début du
XI' siècle l'art, dans nos provinces, était encore
dans les langes, la sculpture ornementale autant
que celle des figures trahissait par sa rudesse et
son manque de proportions l'inhabileté des artis-
tes. Quant aux statues, si l'image de l'évêque
présente dans la pose et dans la disposition des
draperies raides et symétriques, un caractère
marqué d'archaïsme, il n'en est pas de même dans
l'image de saint Michel et surtout dans le groupe
du baiJtêmc du Christ : le jet varié et mouvementé
des plis, la pose aisée de saint Jean et des anges
qui portent le disque de l'Agneau, révèlent les
traditions d'une école artistique formée de longue
date et le travail d'une main exercée. Sans doute,
il est difficile d'assigner une date précise à ces
sculptures ; tout porte à croire cependant qu'elles
ne sont pas antérieures à la dernière période
romane, soit au déclin du douzième siècle.
L'abbaye de Florenne avait été fondée à
l'honneur de saint Jean-Baptiste : on s'explique
aisément que l'artiste ait voulu représenter le
saint patron dans l'acte le plus mémorable de sa
carrière de précurseur du Christ. Quant à saint
Michel, comme l'écrit Dom Van Caloen, «il a
toujours été en grande vénération dans l'Ordre
bénédictin ; rien d'étonnant à ce qu'il ait été re-
présenté dans l'abbaye bénédictine deFlorenne».
L'attribution du personnage en costume pontifi-
cal est moins aisée : un sentiment bien naturel
de piété filiale amène notre savant ami à y voir
l'image de saint Benoît.Mais une grosse difficulté
s'élève : « Il est reconnu, en effet, que saint Be-
noît ne fut jamais prêtre : mais on peut supposer
uneerreuriconographiquedela part du sculpteur.»
Pour nous, cette supposition est d'autant moins
plausible que l'auteur du bas-relief appartenait
fort probablement à la famille religieuse du
patriarche des moines d'Occident, puisqu'il sem-
ble que l'on doive le chercher tout d'abord parmi
les habitants du monastère oùTceuvrc était placée.
D'ailleurs l'ensemble du costume pontifical, et
surtout de la chasuble ornée d'une croix détachée,
font tout d'abord penser à un évêque plutôt qu'à
un abbé. Connait-on une seule image de saint
Benoit — fût-elle d'une époque où la tradition
iconographique était complètement dédaignée,
alors que le XI L' siècle la tenait si fort en
honneur — où le saint Patriarche soit représenté
avec les ornements pontificaux ? On objectera
peut-être qu'ici la volute de la crosse est tournée
vers l'intérieur, à la manière dont les abbés la
portent actuellement. Cette assertion a fait l'objet
de maint débat entre archéologues et l'on a
apporté tant de preuves de son peu de fondement,
qu'il semble oiseux d'y revenir.
Les annales de l'abbaye de Florenne faciliteront
peut-être lasolution de l'énigme.Dansle catalogue
de ses abbés, nous rencontrons, vers 1188, le
célèbre Guibert ('), qui fut appelé six ans plus
tard,au gouvernementdu monastère deGembloux
dont il a gardé le titre. Guibert, qui résigna les
deux crosses en 1206, deux années avant sa mort,
était animé d'une dévotion toute spéciale envers
l'illustre évêque de Tours .saint Martin. Il con-
sacra de longues années à réunir les documents
nécessaires pour écrire la vie rythmique du grand
thaumaturge des Gaules et obtint de divers
côtés des renseignements très intéressants sur le
culte du saint. Son livre, qu'un biographe de
saint Martin rappelait tout récemment (^),lui valut
le surnom de Gilbert-Martin, que la tradition a
conservé. Serait-il étonnant que l'abbé Guibert
ait voulu placer dans son monastère de Florenne
l'image du saint évêque auquel il était si dévot?
Cette conjecture est d'autant moins téméraire
qu'elle correspond aux attributs pontificaux et,
nous le croyons, à l'âge probable du monument.
Quelle a été la destination originale de nos
sculptures ? La question ne laisse pas que
d'être intéressante. Après avoir écarté l'hy-
pothèse de bas-reliefs formant le retable d'un
autel, parce qu'«à cette époque les autels étaient
généralement de construction simple et massive,
presque sans ornements », Dom Van Caloen rap-
proche les monuments de Florenne des célèbres
panneaux sculptés qui décorent les parois de
l'ébrasement intérieur au grand portail de Notre-
Dame de Reims : il en conclut qu'<<; il nous est
permis de croire, jusqu'à preuve du contraire,
que nos bas-reliefs faisaient partie du portail de
l'église abbatiale de Florenne. » Il serait, sans
doute, malaisé d'administrer cette % preuve du
contraire », en l'absence de documents positifs :
mais le manque de ceux-ci nuit également à la
thèse de Dom Van Caloen. La décoration sculp-
turale de Yatrium de la basilique royale, trou\ e
sajustification dans les proportions colossales et
la profusion des ornements qui distinguent
l'admirable monument : on n'a d'ailleurs cité
jusqu'ici aucun autre édifice qui présentât sem-
blable disposition. Avant d'admettre que l'église
primitive de l'abbaye de Florenne, construction
romane dont les dimensions nous sont inconnues,
rivalisât sous ce rapport avec la métropole
rémoise, nous demandons à rappeler l'avis du
poète :
... Si parva licet componere magnis.
Le caractèredes sculptures de Florenne semble
1. Voir notamment la noiict- (tu baron de Reiffenberg. dans les
Annales de t Acadimie Royale de Belgique, t. I.X, 1842, p. 440.
2. Lecov de la Marche, l'ie de saint Martin, p. 690.
102
ïRetiue De rart cfj rétien.
d'ailleurs assez éloigné de celui qu'aurait présenté
un travail destiné à faire corps avec l'œuvre de
l'architecte. Si l'on écarte l'hypoJièse de bas-
reliefs posés en arrière de la nicnsa de l'autel,
on inclinera peut-être à voir dans nos panneaux
de pierre des débris de l'ambon ou de l'ancienne
clôture du chœur. Les monuments de la période
romane, notamment la parclôse du dôme de
Trêves et celle de la cathédrale d'Halberstadt
ont conservé des spécimens de ce genre, qui
présentent une certaine analogie avec les sculp-
tures de Florenne. C'est une question que nous
soumettons aux études de Dom Van Caloen, en
le remerciant d'avoir sauvé et fait connaîtic ces
remarquables vestiges de l'art roman.
LKS SCULPTURKS DE SOLESMES ET LES
RIGHiER.par E. Cartier. In-8" de 32 pp. extrait de
la Revue du Alonde catholique.
Le « solitaire » qui a médité à l'ombre des
cloîtres — hélas ! déserts aujourd'hui — de So-
lesmes ses magistrales « Lettres sur l'art chré-
tien » a consacré jadis une étude approfondie (i)
aux célèbres groupes sculptés qui décorent
l'antique église abbatiale : ces monuments, oti les
traditions artistiques des âges de la foi se reflètent
encore parmi les formes délicates et la perfection
du travail qui caractérisent les débuts de la
Renaissance, semblent appartenir à l'école fla-
mande et l'éminent critique a cru pouvoir en
faire honneur au ciseau des Floris, artistes anver-
sois,dont les œuvres brillèrent surtout « lors de
l'entrée de V empereur {s\c) PhilippelLen I552(.')».
Ces conclusions ont été attaquées par M. l'abbé
Souhaut (^), qui revendique la paternité de ces
reliefs pour Ligier Richier, sculpteur de mérite,
dont la ville de Saint-Mihiel en Lorraine, sa
patrie, conserve des œuvres remarquables. La
biographie des Richier est assez obscure, pas as-
sez cependant pour qu'on ne connaisse leurs
relations avec les réformés de Genève, chez les-
quels Ligier alla terminer ses jours. M. Cartier
fait habilement ressortir toutes les incohérences
du système de I^L l'abbé Souhaut. Si les droits
des Floris ne sont pas entièrement hors de con-
teste, il ne semble pas que les Richier aient chance
de les leur ravir. Espérons que quelque heureuse
trouvaille de documents, viendraun jour sanction-
ner les conjectures de l'éminent et sympathique
écrivain de Solesmes.
B. DE V.
AESTHETIK von JOSEPH JUNGMANN, Priester
der Gesellschaft Jesu, Doctor der Théologie und ord.
Professer denselben an der Universitiit zu Innsbruck
mit Erlaubnisz der Obern.
1. Les sculptures de Solesine.i. Paris, Palmé, 1877.
2. Les Kicliier et leurs œuvres. Bar-le-Uuc, 1883.
Zweite, vollstandig umgearbeitete und wezentlich
erweiterte Auflage des Bûches « Die Schônheit und
die schone Kunst » mit nuen lUustrationen. Freiburg
im Brisgau Herder'sche Buchhandlung, 1884.
[Prix : 15 francs.]
« 1~\ES que la foi et la science renaissent dans
\^ une nation, les arts ne tardent pas à y
briller, sans qu'on sache ni comment ni pourquoi.»
Ces paroles, extraites d'une lettre de Clément
Brentano au peintre Runge, terminent l'ouvrage
que nous nous proposons d'analyser.
Elles sont l'expression d'une pensée, dont le
lecteur, à mesure qu'il parcourra les différentes
parties de ce livre, se sentira de plus en plus pé-
nétré. L'esthétique est la science des beaux-arts
(p. 15). Elle se divise en deux parties. La pre-
mière traite des notions fondamentales, c'est-à-
dire du beau, et des caractères généraux des
productions artistiques. La seconde, s'occupe des
beaux arts, de leur raison d'être, de leurs lois, de
leurs moyens d'action.
Le livre du P. Jungmann est la deuxième édi-
tion d'un ouvrage paru, il y a di.v-huit ans, sous
un autre titre, « le Beau et les Beau ■■- Arts )> : mais
l'auteur a si complètement remanié son œuvre
primitive que c'est plutôt un traité nouveau qu'il
a fourni. La première édition, épuisée dès 1872,
ne comptait que 532 pages d'un format petit in-
octavo. Celle-ci ne compte pas moins de 950
pages d'un format beaucoup plus grand.
Nous manquons en quelque sorte d'ouvra-
ges sur l'esthétique, à l'usage des catholiques.
Il y a quelques années, une revue savante disait
que le livre du P. Jungmann (i^''« édition) était
ce que nous avions de mieu.x en fait d'esthéti-
que. Elle ne rétractera certainement pas cette
parole aujourd'hui.
Baumgartner, le premier, s'est occupé de la
science des beaux-arts à un point de vue spécial,
après lui !e panthéisme et le rationalisme en ont
fait leur domaine (p. 675), et leurs conclusions
tout en n'ayant pas été admises par tous les
hommes compétents, servent cependant de base
aux œuvres de certains savants catholiques qui
se sont occupés des beaux-arts.
Dans les derniers temps, l'art a fait de sensibles
progrès sur le terrain catholique, il était donc
opportun que la science catholique, elle aussi,
produisît un ouvrage e.xposant l'Esthétique d'une
manière complète et d'ajjrès ses principes. C'est
le but que le P. Jungmann s'est proposé: disons-
le tout de suite, qu'il nous parait avoir atteint.
Tout d'abord il établit la notion de l'essence du
beau d'après la sagesse des anciens(Theognis, Pla-
ton, Aristote, le Portique, Plotin,Proclus,Maxime
de Tyr, Hiéroclès, Plutarque, Cicéron, .Sénèquc),
d'après la philosophie des Pères de l'Eglise
T5it)liograpf)ic.
(Grégoire de Nazianze, de Nysse, Basile de Cé-
sarée, Denis l'Aréopagite, Jean Chrysostome,
Clément d'Alexandrie, Origène), et d'après la
science chrétienne des âges postérieurs (Inomas
d'Aquin, Lessius, Pallavicini, Lcibnitz). (i"<= Par-
tie I-IV.) Le résultat de ces profondes recherches
consiste en trois définitions, différentes de forme,
mais identiques au fond.
La première est empruntée à Aristote, la se-
conde exprime la doctrine de saint Thomas, et
la troisième répond à une pensée profonde de
Platon (p. 148 s.). Par sa conformité avec les
opinions des plus grands penseurs dont l'his-
toire fasse mention, ce résultat est la solution
d'un des problèmes les plus difficiles de l'Esthé-
tique, auquel les modernes avaient travaillé en
vain jusqu'ici.
L'auteur développe ensuite la notion du beau
et montre comment elle trouve son application.
Signalons surtout le chapitre : De l'idéal du
beau, et cet autre: La beauté divine et son reflet
dans l'Eglise et dans l'Univers.
La cinquième partie traite de la noblesse, du
charme, du ridicule, du comique, et des autres
« qualités esthétiques ».
La sixième partie est consacrée à l'examen
d'un grand nombre de définitions du beau ;
aucune n'est en harmonie avec celle de l'auteur.
Quelques-unes veulent s'appuyer, mais à tort,
sur la doctrine de saint Thomas.
C'est après avoir établi cette base solide que
l'auteur passe, dans le second livre, à l'étude de
l'objet même de l'Esthétique, c'est-à-dire des
beaux arts. Le P.Jungmann en donne la définition
suivante : « Tout art, dont le but spécial exige,
au point de vue esthétique, des produits aussi
remarquables que possible, et qui, secondé par des
circonstances favorables, est à même de produire
des œuvres d'une beauté supérieure, a le droit
d'être rangé dans la catégorie des beaux-arts. »
L'auteur fait remarquer que cette définition
seule s'accorde et avec la doctrine d'Aristote, et
avec la nature des beaux arts et la manière de
les pratiquer.
Il combat ainsi la doctrine de ceux qui ne
veulent assigner à l'art d'autre but que l'imitation
de la nature.
L'auteur distingue trois groupes de beaux-
arts : les beaux arts religieu.x, civils, hédoni-
ques (').
Il range parmi les premiers tous ceux qui ont
pour but immédiat la glorification de Dieu, ou
de la Mère de Dieu, ou des anges et des saints,
ou en général l'édification des fidèles et le pro-
grès de la vie religieuse; parmi les seconds, ceux
dont les œuvres servent immédiatement à con-
I. « Hédonique » du grec ^iSov^l, jouissance.
server et à développer dans la société, cet esprit
d'où dépend en réalité l'existence, la prospérité
et l'épanouissement de la vie civile ; parmi les
derniers (les arts hédoniques) tous ceux qui con-
sidèrent comme leur destination propre,de procu-
rer par leurs productions des jouissances esthéti-
ques à l'homme, (p. 328).
On peut d'ailleurs réunir les deux dernières
catégories en une seule par opposition à la pre-
mière et on arrive ainsi à diviser les arts en arts
religieux et en arts profanes.
Or en étudiant le développement de ces deu.x
grandes divisions des beaux-arts, l'auteur arrive
à ces deu.x conclusions d'une importance capitale.
1° D'après le témoignage de l'histoire, les
beaux-arts dans leur ensemble, se sont d'abord
développés sur le terrain de la vie religieuse, et
c'est sur ce terrain également qu'ils ont fleuri à
leur plus haut degré, fp. 338 ss.) A l'appui de
cettethèse l'auteur invoque les opinions desavants
qu'on ne peut en aucune manière taxer à'uitra-
viontaiiisine: Burke, M. Carrière, E. Schnaase,
Hugber, Lubke, Edouard Muller, A. Feuerbach,
H. Ulrici, Herder, puis Fénelon, Lasaulx, Fick,
et F. V. Herder.
La deuxième conclusion, qui pourrait être
considérée comme découlant de la première, mais
qui est établie par l'auteur au moyen de preuves
spéciales, est la suivante : Depuis le commence-
ment de notre ère, les beaux-arts religieux ont
une bien plus grande importance que les beaux-
arts profanes, voilà pourquoi la floraison de ces
derniers dépend essentiellement de la culture des
premiers. Si donc les beaux-arts religieux doivent
en premier lieu attirer l'attention de l'Esthétique
et de ceux qui sont destinés à la cultiver, quelle
grande erreur ne commet-on pas en considérant
cette science comme purement philosophique,
puisque la théorie ainsi que la science de chaque
art religieux prend essentiellement et en premier
lieu sa racine dans la révélation surnaturelle
(p. 366). Dès lors aussi peut-on traiter à'anackro-
nisiiie, cette prévention exclusive en faveur de
l'art classique antique, qui ne peut qu'entraver
l'essor des beaux-arts.
Ces conclusions nous font voir, que la notion
de l'art religieux, ou bien, est tout à fait ignorée,
ou bien est mal comprise même par des savants
catholiques; elles amènent l'auteur à établir dans
le 4'"'^ chapitre, la thèse suivante non moins im-
portante. *.( Le principe essentiel, au moyen
duquel un art devient chrétien, ne repose pas
dans le sujet sur lequel il exerce son activité,
mais dans le but surnaturel, pour lequel il tra-
vaille. )' (p. 375 ss.) Outre les raisons qui prou-
vent cette thè.se, l'auteur cite (p. 378) un passage
assez long d'Ed. Hanslick ( Musikalic/ie Statio-
I04
WizMuc De r^rt cbtétien.
neiijqui nous donne la preuve non seulement de
sa vérité mais de sa nécessité.
Le cinquième chapitre (p. 382 ss.) développe
d'après cela deux lois générales, essentielles
également à l'art religieux, et qui, jusqu'à pré-
sent, ont été très peu observées par la théorie et
la science, tandis que dans la pratique on n'en a
tenu aucun compte.
De nombreux exemples tirés de l'histoire des
beaux-arts rendent la démonstration plus inté-
ressante et plus claire. Plus d'une œuvre haute-
ment louée et admirée, nous apparaît à leur
lumière, quoique techniquement d'un fini achevé,
tout à fait manquée, quant à sa destination.
Lesi.xième chapitre(Les beaux-arts etlavérité)
examine et établit la liberté de la poésie ou de
l'invention, qui appartient principalement aux
arts hédoniques.
Dans le chapitre suivant, l'auteur s'occupe
principalement des arts hédoniques. Il examine
la valeur des principes de l'esthétique moderne
et le jugement, motivé aussi bien par la raison
que par l'histoire, n'est autre que celui de La-
mennais : l'art pour l'art est une absurdité.
La huitième partie s'occupe d/architecture.
Pour répondre aux intentions de l'Eglise, cet art
doit constituer la demeure visible de Dieu, de
telle façon qu'elle en représente symboliquement
la demeure invisible (p. 487 ss.). Après avoir
caractérisé en général les procédés dont l'archi-
tecture religieuse doit user pour répondre aux
intentions de l'Église, l'auteur établit dans le
deuxième chapitreque l'architecturegothique a le
mieux répondu aux intentions de l'Église, et
symboliquement représenté la demeure invisible
de Dieu (p. 492).
Letroisièmechapitre,plus court, traite de l'archi-
tecture profane (p. 5 19). L'auteur établit que le
style le mieux approprié à ses besoins est le style
gothiqueet condamne l'architecture de la Renais-
sance.
L'histoire démontre d'ailleurs que l'archi-
tecture profane ne s'est jamais développée
indépendamment de l'architecture religieuse,
c'est pourquoi son progrès ou sa décadence dé-
pend du progrès ou de la décadence de l'archi-
tecture religieuse (p. 525).
Un chapitre des plus intéressants sur /'a/-/
métier (kunsthandwerk) ou comme nous disons
« Vart i)idustricl » termine la huitième partie.
Dès le début de la 9""= partie qui traite de l'art
dramatique, l'auteur distingue, d'après saint Tho-
mas, trois espèces de formes : la forme naturelle,
la forme géométrique et la forme [)lanimétrique.
D'après Aristote (p. 536 s.) l'art dramati([ue nous
donne la conception des formes naturelles.
Le drame n'est donc pas un art par suite de ses
relations particulières avec la poésie(considérée à
un point de vue restreint) mais il est un art pro-
prement dit (p. 538 ss).
Cet enseignement est nouveau, que nous
sachions; ni l'Esthétique ni la poésie ne l'ont
adopté jusqu'à présent, quoique le P. Jungmann
l'ait déjà produit, il y a dix-huit ans, dans sa pre-
mière édition.
L'auteur réfute avec succès les objections qui
lui ont été faites de différents côtés, au sujet de
sa doctrine. Celle-ci, du reste, trouve une confir-
mation éclatante dans la connexion intime qui
existe entre l'art dramatique et la sculpture, re-
connue par Winckelmann et plus explicitement
encore par Anselme Feuerbach à propos des pro-
ductions antiques.
L'union de la sculpture et de la peinture forme
le sujet très intéressant de ladi.^:ième partie. Par
sa nature la sculpture est pragmatique,c'est-à-dire
qu'elle veut représenter des actions de person-
nages, et non pas des personnages seulement. Le
principe des modernes au sujet de l'immobilité
absolue et du parfait équilibre,est encontradiction
formelle avec l'Esthétique grecque. Le mépris du
coloris que manifeste l'Esthétique moderne, est
condamné, non seulement par les arts du moyen
âge, mais encore par l'art classique antique
(p. 556 ss.).
Ces trois propositions sont prouvées longue-
ment,et après avoir déterminé le caractère essen-
tiellement pragmatique de la peinture qui se sert
de figures imparfaites (p. 577 ss.), l'auteur discute,
dans le troisième chapitre, quatre propositions
de Lessing et de l'Esthétique moderne, sur la
sculpture.
Le résultat auquel arrive le P. Jungmann mon-,
tre au lecteur que cette discussion était néces-
saire. Lessing prétend que le but propre de la
sculpture et de la peinture est de représenter la
beauté corporelle. Or, le P. Jungmann prouve
d'une part, (jue l'argument dont Lessing se sert à
priori pour prouver ce qu'il avance, pèche contre
la logique, et d'autre part, qu'il ne peut s'accorder
avec la vérité. Lessing prétend (jue chez les an-
ciens, la beauté cori)orclle formait le sujet princi-
pal des arts plastiques.
Le P. Jungmann, par contre, montre encore que
cette preuve est insuffisante, d'après les lois de la
logique, et appuie son opinion par des faits tirés
des œuvres de Schnaasc, Lubke, R. O. iMuUer,
Rio, Brunn, et parmi les anciens, de Xénophon,
Cicéron, Dio Chrysostome et de l'Anthologie
grecque. Il prouve donc que les anciens eux-
mêmes reconnaissaient au.v arts plastiques un but
beaucoup plus noble et plus élevé.
Signalons aussi la réfutation de cette propo.'-.i-
tion de l'Esthétique moderne, d'après laquelle la
Ti3ibIiograpï)ie.
105
sculpture doit se borner à représenter des figures
isolées spéciales. En s'occupant des doctrines de
Lessing, le P. Jungmann est naturellement amené
à faire la critique de son fameux ouvrage, le
<iLaocoon'^ . Sans doute ce livre prouve une grande
sagacité d'esprit et renferme beaucoup de ré-
flexions vraies. En lisant cependant la critique
que le P. Jungmann fait des propositions fonda-
mentales mêmes de ce livre, on a de la peine à
s'expliquer l'enthousiasme sans bornes qui l'ac-
cueillit à sa naissance, et le prestige immense
dont il jouit encore à présent. En fait, l'ouvrage
de Lessing prêche le plus pur réalisme. Le système
de Lessing sur les arts plastiques ne vit son ac-
complissement que dans les rêves de Schiller sur
« la forme divinisée » et sur « la beauté archi-
tectonique de l'homme ». Pour Schiller, l'idéal
de ce genre est la déesse du Gnide, c'est-à-dire, la
statue en marbre de l'hétaïre nue de Praxitèle.
De là, aux blasphèmes de l'esthétique panthéiste
(Vischer) d'après lesquels, le dieu, c'est à-dire,
l'homme idéal doit son existence à la sculpture
(p. 623, ss.), il n'y avait qu'un pas.
Le quatrième chapitre de cette partie, s'occupe
des arts plastiques au point de vue religieu.x. Le
cinquième, de la sculpture et de la peinture
comme arts civils et hédoniques. C'est dans le
perfectionnement des degrés inférieurs de la pein-
ture (genre, nature morte, représentation d'ani-
maux, paysage) et dans l'intérêt qu'on leur porte,
que le P. Jungmann aperçoit avec beaucoup de
raison et en môme temps que Sulzer.de Lamen-
nais et F. V. Schlegel, la décadence de la peinture
proprement dite (historique) et la prédominance
du réalisme. L'auteur prouve ensuite d'une façon
aussi originale que sérieuse, qu'au point de vue
esthétique, on ne peut tolérer la nudité dans les
arts civils ou hédoniques.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur
la onzième partie qui traite de l'éloquence, ni sur
la douzième qui traite de la poésie, ces deux sujets
ne rentrant pas dans le cadre de notre revue.
L'auteur lui-même traite brièvement de l'élo-
quence parce qu'il a publié séparément, il y a six
ans, une théorie de l'éloquence au point de vue
scientifique, où sont exposés les principes concer-
nant l'Esthétique. Bornons-nous à dire quel'auteur
complète la définition de l'éloquence telle qu'elle
était en usage à Rome au temps de Cicéron.
Celle-ci vaut beaucoup mieux cependant que
toutes celles qui ont été proposées depuis.notam-
ment par des auteurs français.
Quanta la poésie, l'auteur détermine sa tâche
propre qui consiste, moyennant la parole, à provo-
quer des sentiments moralement permis. La
poésie est ainsi séparée des autres arts oratoires,
et qualifiée d'après son essence propre. L'auteur
attire avec beaucoup de raison notre attention sur
la valeur du trésor que constituent les productions
de la poésie religieuse, surtout des anciennes poé-
sies latines. Mone a raison en lui appliquant prin-
cipalement, au point de vue de ses rapports avec
la musique, les paroles qu'Ignace le ^lartyr pro-
nonçait au sujet du christianisme : « Elle mérite
toute considération, elle possède quelque chose
d'admirablement grand. » En effet, malgré sa
métrique ingénieuse, la poésie antique est de
beaucoup surpassée par la poésie religieuse.
De même que dans les autres parties, nous re-
marquons dans la quinzième, qui traite de la mu-
sique, une remarquable solidité psychologique.
La musique impressionne physiologiquement
le jugement sensible (p. 782). L'art de la musique
consiste à rehausser les créations de la poésie par
la mélodie (p 782). Cette définition nous paraît
neuve également. L'antiquité ne connaissait pas,
comme notre temps, la séparation de la musique
et de la poésie;elle considérait comme un seul art
les productions delà poésie unies à la mélodie, et
c'est ce qu'elle appelait la musique. D'après elle
l'effet et le but de la musique était de provoquer
et d'exprimer des sentiments déterminés. Cette
manière de voir a été modifiée depuis Bach et
Hàndel, et actuellement la poésie est regardée
comme un art propre ; de même en est-il de la
musique, quoique prise dans un sens plus restreint.
La science ne s'est pas préoccupée de ce change-
ment essentiel dans la manière de l'interprétation,
elle a continué à attribuer à la musique (quoi-
qu'elle ne comprît sous ce nom autre chose que
l'art, qui exclusivement livre l'élément tonique,
c'est-à-dire la mélodie) la même activité et la
même disposition qu'on lui donnait dans le temps,
alors qu'on l'entendait dans le sens de la liaison
de l'élément tonique avec le te.xte. C'est là l'er-
reur contre laquelle s'élève Ed. Hauslick, et avec
raison (Du beau musical). Le P. Jungmann est
tout à fait de cet avis, et son opinion est la
même: la musique seule est incapable d'inter-
préter ou d'occasionner des sentiments détermi-
nés (p. 846 ss.).
Il y a cependant entre eu.x un point de désac-
cord; Hauslick prétend que la musique instru-
mentale est la musique prise dans le sens propre.
Le P. Jungmann par contre, prouve, et cela du
témoignage même de Hauslick, que la musique
instrumentale proprement dite, ne peut être com-
ptée au nombre des beaux arts (p. 852 ss.).
Les chapitres traitant du champ liturgique et
de la musique «pseudo-liturgique», contiennent
la preuve certaine, que tous les chrétiens pieux
doivent préférer le chant grégorien pour les céré-
monies liturgiques, au chant en mesure (Benoit
XI V)._ Le chant polyphone compris dans le sens
de l'Ecole romaine a obtenu l'approbation de
l'Eglise, c'est pourquoi il est parfaitement toléré.
i^^' LniiAisoN.
io6
ïReiJue De l'art c&rctien.
11 résulte de ce que nous venons de dire, que
les messes incomparables de Ha}'dn et de Mo-
zart sont tout à fait contraires à la manière de
voir de Grégoire le Grand. L'erreur doit nécessai-
rement se trouver quelque part; ou bien, Am-
broise, Grégoire et tous les papes, qui après lui
ont recommandé et même ordonné ces mélodies,
n'ont pas compris l'essence de la piété et des sen-
timents religieux, ou bien les compositeurs pro-
fanes des deux derniers siècles se sont trompés
(p. 838 ss.).
Entre ces deux suppositions le choix n'est pas
difficile à faire.
L'auteur étudie ensuite la musique comme art
profane et sa manière de voir sera certainement
l'objet de contestations. Nous ne pensons pas
toutefois qu'il ait à s'en inquiéter, en supposant,
qu'on discute au point de vue de la science et du
raisonnement.
L'opéra, la fiction, tels qu'on les comprenait au
XVI I*= siècle, si fécond en monstruosités, sont
condamnés comme une absurdité (p. 811 ss.).
Cette conséquence découle avant tout de la doc-
trine enseignée par l'auteur dans la troisième
partie, à savoir que l'art dramatique ne représente
pas un sujet au moyen de paroles, comme c'est le
cas dans la poésie, mais qu'il imite l'action, c'est-
à-dire, qu'il emploie des personnages fictifs; or,
entre les personnages fictifs et l'élément musical,
l'accord naturel est difficile ; par contre, l'union
de cet élément musical avec la parole, est parfai-
tement naturelle pour l'e.xposition de la poésie.
La conséquence de cette manière de voir trouve
sa confirmation dans les opinions de Schopen-
hauer, Sulzer, Alparotti, Riehl et surtout dans
deux témoignages, dont l'un appartient à Richard
Wagner et l'autre à Ed. Hauslick.
Dans la quatorzième partie, l'auteur s'occupe
de deu.x questions bien intéressantes: <Kdugoût »
et « de la cause de la grande diversité des juge-
ments esthétiques ». Ici encore, la plupart des
preuves sont tirées de Platon, Aristote, Cicéron
et saint Thomas d'Aquin.
— L'Esthétique constitue une des sciences
les plus difficiles; il est donc nécessaire que dans
un ouvrage traitant de cette science et en traitant
sérieusement se trouvent quelques chapitres, qui,
pour bien être compris, demandent des con-
naissances philosophiques assez peu communes
de nos jours. De ce nombre est la seconde
partie, où il est question de la bonté, de l'amour
et de la jouissance (p. 52-96) ; ce sont des con-
naissances, dont Schiller même a reconnu la
nécessité pour ceux qui veulent étudier l'Es-
thétitjue.
Cependant le P. Jungmann a réussi à rendre la
majeure partie de son livre compréiiensible pour
tout homme instruit, plus compréhensible cer-
tainement que les productions abstruses de
l'Esthétique formaliste et panthéiste.
Il a réussi en outre, à en rendre la lecture at-
trayante, chose rare pour les œuvres traitant de
sujets aussi philosophiques, grâce au grand nom-
bre de témoignages invoqués et pour ainsi dire
tissés dans l'exposition, au.x passages non moins
nombreux des poètes les plus célèbres des temps
anciens et modernes, aux traits tirés de l'histoire
des beaux-arts. Celui qui veut, sans se vouer spé-
cialement à l'étude de l'Esthétique, connaître ce-
pendant les différents sj^stèmes qui se sont suc-
cédé, en avoir une idée exacte et pouvoir appré-
cier leur valeur, peut se borner à lire le livre du P.
Jungmann.
L'analyse qui précède suffira pour que nos lec-
teurs puissent se faire une idée de l'importance
de l'ouvrage du P. Jungmann au point de vue de
l'art chrétien. Les grandes questions du réalisme
dans l'art, du nu dans la statuaire et la peinture,
de la supériorité de l'architecture gotliique au
point de vue religieux, de la convenance de cette
même architecture aux besoins de la vie civile, y
sont discutées et résolues.
Nous aurions bien quelques réserves à faire non
pas sur les conclusions auxquelles l'auteur arrive,
mais surles méthodesdedémonstrationemployées
parfois. Ainsi, nous croyons qu'il y a moyen de
démontrer avec plus de rigueur la supériorité du
style gothique sur tous les autres styles, pour nos
contrées. Nous ne pouvons pas admettre non plus
que la cathédrale de Cologne, prise dans son en-
semble, soit le chef-d'œuvre de l'architecture ogi-
vale et surpasse tous les autres monuments
(page 497).
Peut-être l'auteur aurait-il pu choisir comme
type d'hôtel de ville un meilleur exemple que ce-
lui de Munster.
Mais ce sont là des critiques de détail, nous
n'aimons pas les comptes-rendus qui ne renfer-
ment que des éloges, et elles ne nous empêchent
en aucune face de reconnaître la valeur absolu-
ment supérieure de l'ouvrage du P. Jungmann et
de le recommander vivement à nos lecteurs.
Nous nous réjouissons de posséder enfin un
ouvrage complet d'Esthétique, capable de rendre
service aux catholiques.
Le P. Jungmann a dédié son livre à Auguste
Reichcnsperger, le membre bien connu du centre
au Reichstag allemand, qui a tant fait pour
l'achèvement du ilôme de Cologne et qui, depuis
des années, travaille avec un zèle que l'âge ne di-
minue pas à la restauration des vrais principes
artistiques.
Quant à l'exécution typographique, la nouvelle
édition est bien supérieure à la première et fait
honneur à la librairie Ilerdcr de h'ribourg qui en
est à la fois l'imprimeur et l'éditeur.
ns
BiùUograpfjic.
107
Le texte est enrichi de neuf illustrations, parmi
lesquelles nous citerons pour la perfection la pho-
totypie de la Sainte Cène de Léonard de Vinci, et
pour la nouveauté la Vierge, peu connue et fort
remarquable, de la bannière de Strasbourg. Il
nous reste à exprimer un vœu: celui devoir pu-
blier le plus tôt possible une traduction française
de l'ouvrage du P. Jungmann. Nous sommes
convaincu qu'elle trouverait un grand nombre
de lecteurs et aurait une influence considérable
sur les progrès de l'art chrétien. X.
COLLKCTION DKS DÉCRKTS AUTHEN-
TIQUES DE LA SACRÉE CONGRÉGATION DES
RITES, par Ms"" X. Barbier de Montault, prélat de la
Maison de Sa -Sainteté. Huit volumes de 500 pp.,
renfermant plus de sept mille décisions, depuis la
fondation de la Congrégation des Rites par le pape
Sixte-Quint, en 15S7, jusqu'à l'année 1870. — Prix
net, franco 24 fr.
L'importance du recueil complet des décrets
authentiques de la Sacrée Congrégation des
Rites, augmente, à raison du retour générai à la
liturgie romaine et des études auxquelles se livre
le clergé pour que les cérémonies du culte soient
accomplies dans l'ordre légitime et canonique.
Pendant plus de deux siècles, on n'eut pas
d'édition authentique des décrets de la Congré-
gation des Rites ; on ne les connaissait que par
les citations qu'en faisaient les écrivains qui
étaient en position d'être exactement informés ;
ainsi, Gavantus, Merati, Cavaliéri, Benoit XIV,
et autres qui habitaient Rome.
En 1808, le cardinal de la Somaglia, préfet de
la Sacrée Congrégation, fit entreprendre l'édition
authentique connue sous le nom de Gardellini,
qui surveilla l'impression. L'édition a été con-
tinuée, et plusieurs volumes ont été ajoutés à
l'reuvre primitive.
Cette édition est-elle complète ? Il faut se
garder de le penser. En effet, des décrets soit
anciens, soit modernes, se retrouvent en original
ou en copie authentique, dans les bibliothèques
et les archives, aussi bien que dans les livres et
revues qui traitent de matières ecclésiastiques.
En 1863 et 1865, trois mille décrets qui ne
sont pas dans Gardellini. ont été publiés dans
les Analecta jiiris pontifiai, d'après les registres
authentiques de la Sacrée Congrégation des Rites.
Réunir en un seul corps ces éléments dispersés,
tel a été le but de cette collection nouvelle, qui
a le mérite de grouper et de coordonner toutes
les décisions qui ont paru jusqu'à ce jour.
Les décrets se succèdent suivant l'ordre chro-
nologique. La première édition de Gardellini
commençait à l'an 1600; on ne savait rien des
actes de la Sacrée Congrégation tlurant les
treize premières années de son existence. Gar-
dellini retrouva plus tard les anciens décrets,
qu'il croyait perdus sans remède ; il les publia
à la fin de son cinquième volume. L'édition
nouvelle les a reportés à leur véritable place,
dans l'ordre chronologique. L'éditeur a agi de la
même manière par rapport aux trois mille
décrets nouv'eaux que \c?, Analectajuris pontificii
ont fait connaître.
Chaque décret, dans cette édition, porte en
titre un sommaire en français et le nom en latin
du diocèse pour lequel il a été rendu. Vient
ensuite le texte même du décret, dans son
intégrité. On a traduit en français les suppliques
qui étaient en langue italienne, en sorte que les
lecteurs français ne perdront rien de la précieuse .
collection. Les décisions de la Sacrée Congré-
gation sont toujours rédigées en latin, sauf de
rares exceptions.
Les décrets publiés dans ce recueil ont trait
à la célébration du saint sacrifice de la messe,
à la célébration des offices divins, aux cérémo-
nies solennelles ou particulières, à l'interpréta-
tion des rubriques générales, à l'administration
des sacrements, à la répression des innovations,
des usages blâmables et des abus.
On y trouve aussi tout ce qui concerne la
correction et la pureté du texte des livres litur-
giques, qui sont : le bréviaire, le missel, le mar-
tyrologe, le pontifical, le cérémonial et le
rituel. On y remarque également l'approbation
des offices, des hymnes et autres prières spéciales.
Les huit volumes renferment plus de sept
mille décisions, comme il a été dit plus haut.
On se perdrait dans ce labyrinthe si l'on n'y
était guidé par un fil conducteur. Non seulement,
chacun des huit volumes est orné de sa table
particulière, disposée dans l'ordre alphabétique,
de manière à rendre les recherches promptes
et faciles ; mais l'éditeur a placé à la fin du
dernier volume une table générale des matière-;
de toute la collection. Une troisième table fait
connaître par ordre alphabétique les diocèses
qui ont consulté la Congrégation et donné occa-
sion aux décisions.
Cette édition a été etitrcprise, coordonnée et
achevée sous la surveillance de Mgr Karbier de
Montault, prélat domestique du Saint Père. Son
Émincnce le cardinal Donnet voulut bien accep-
ter la dédicace.
L. Ch.-\illot.
LES ARTS A LA COUR D'AVIGNON SOUS CLÉ-
MENT V ET JEAN XXII, par M.WRicE F.^ucon.
— In-S'" de 124 PI), avec 2 pi. — Paris-Thorin 18S4. —
Extrait des Alclanges d'Art/i(flh\i:;ie et d' Histoire. (Ecole
rran(5aise à Rome.)
io8
iReuuc De rart cbrcticn.
MM. Faucon, en dépouillant les registres
des comptes du trésor pontifical conser-
vés aux archives secrètes du Vatican, a pu en ex-
traire les matériaux d'une étude pleine d'intérêt,
sur les arts à la cour des papes d'Avignon, et sur
la vie privée de Clément V etde Jean XXII. A ce
double point de vue, le travail que nous signalons
abonde en données nouvelles. Les noms d'artistes
sont très nombreux dans ses extraits de comptes.
Quand Clément Vchoisit.en i309,Avignonpour
résidence, ilnesemble pas avoirpenséàrendrecettc
résidence définitive; il ne prévit pas que ses suc-
cesseurs fixeraient leur cour sur les bords du
Rhône. Aussi, point d'édifices nouveaux, pas d'ar-
chitectes ni de peintres pour les décorer. Un
orfèvre siennois, maître Tauro, suffit à ses besoins
et à ses libéralités.
A l'avènement de Jean XXII, les choses chan-
gent de face. Le palais est agrandi, les princi-
pales églises, Notre- Dame-de-Domps, Saint-
Étienne, Sainte-Madeleine, les Carmes, sont répa-
rées, agrandies et couvertes de peintures, et Notre-
Dame du Miracle est tout entière érigée par les
soins du Pape: sa munificence s'étend même sur
les églises et monastères des environs. Son neveu
Armand de Nice élève le Petit Palais.
Alors se forme une école locale d'artistes, et à
leur tète Guillaume Cucuron, qui, de 1316a 1322,
dirige comme architecte, les nombreux travaux
dus à l'initiative du pape. A côté de lui se place
Pierre de Gauriac, et au-dessous, Pierre Aude-
bert, Mezier, Escudier, Rostaing de Morières,
Guillaume d'Aramon, Béranger Bermont, Ray-
naud Ebrard, etc.
Les architectes appellent les peintres. Le prin-
cipal est le frère Pierre du Puy (13 17-1327) qui
dirige une légion d'artistes. Il a pour seconds
Pierre Gaudrac et Carmellagne, et pour disciples
distingués, Pierre Massonier et l'anglais Thomas
Daristot.Ces artistes peignaient des retables et des
tableau.K d'église en même temps qu'ils exécu-
taient des décorations murales; et autour de ces
maîtres se presse une foule d'ouvriers presque tous
français. L'art italien, qu'on avait cru longtemps
importé à Avignon par Giotto lui-même, n'y eut
en réalité de représentants que sous Clément VI,
à la venue de Simone Martini, précurseur d'un
groupe d'artistes toscans ou ombriens. L'in-
fluence ultramontaine s'accuse seulement,dès l'ori-
gine, dans le domaine de l'orfèvrerie. Sous les
auspices de l'argentier de Clément V, maître
Tauro forma toute une colonie siennoise.
Telles sont, en résumé, les conclusions de cette
étude consciencieuse, que ne peut ignorer celui
qui s'intéresse de près à l'histoire de notre art
national.
LKS SYMBOLES DE LA SAINTE TRINITÉ.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE par Eug. Van Robays,
de la comp. de Jésus. (Extrait des Précis historiques.)
— In-S° de 48 pp. — 2 pi. lith. — Bru.xelles, Vromant,
1876. ■ — • 2,00 fr.
Le R. P. Van Robays a rendu service aux ama-
teurs d'archéologie religieuse et surtout aux artis-
tes, en résumant, avec une précision méthodique,
qui n'exclut pas un style élégant, un important
chapitre de l'iconographie chrétienne. Cette
science d'une utilité si pratique devrait être
enseignée dans toutes les écoles d'art et de dessin ;
on devrait en écrire un petit traité à mettre entre
les mains des collégiens à la place du diction-
naire de mythologie. Ce traité n'est pas fait. Les
Didron, les Crosnier, les Cahier, et, de nos jours,
des archéologues, parmi lesquelssedistingue notre
collaborateur, M. le C"= Grimouard de St-Laurent,
en ont préparé les matériaux. Mais on trouve peu
d'écrits qui mettent, comme la brochure que nous
signalons, ces connaissances à la portée de ceux
qui pratiquent la peinture, la sculpture et l'ima-
gerie.
L. C.
LE RELIQUAIRE DE L'EGLISE D'AUGNAT(en
Auvergne), par M, l'abbé GuÉLON, curé de la Salvetat. —
Clermont-Ferrand, Thibaud, lib. 1S83, in-8°.
On lit dans la Revue Lyonnaise :
Les anciens émaux sont devenus des plus rares. Con-
servés jadis dans les trésors de nos églises où les avaient
apportés les pieux pèlerins qui allaient visiter les Lieux-
Saints et les chevaliers des croisades, ces objets d'art ont
péri poui la plupart dans nos guerres de religion ou ont
été brisés par la Révolution. C'est donc aujourd'hui une
véritable bonne fortune pour les amis des arts c|uand ils
peuvent en rencontrer un, qui a survécu au naufrage de
tant de monuments si précieux. Au nombre des chercheurs
heureux est I\L l'abbé Guélon, un archéologue distingué,
curé d'une paroisse dans les montagnes de l'Auvergne, où
se dresse encore l'un de ces admirables châteaux-forts
élevés par les Templiers dans leurs commanderies. Dans
l'antique église de cette humble bourgade se rencontre
même encore une statue en cuivre repoussé très ancienne,
et dont de riches amateurs offrent des sommes considéra-
bles, mais la fabrique a raison de refuser. 'SI. l'abbé Gué-
lon n'a pu manquer de donner une description de cette
statue en même temps qu'il écrivait d'une façon si intéres-
sante la monographie de sa localité.
Le reliquaire qui fait l'objet de sa nouvelle publication
existe dans l'église d'Augnat (Puy-de-Dôme); il a la forme
d'une maison dont le toit, à double pente, est couronné
par une galerie ajourée. Sa hauteur est de quinze centimè-
tres, sa largeur de seize. Son ossature est recouverte de
huit planches en cuivre rouge doré de deux à trois milli-
mètres d'épai-seur, creusées au burin et émaillées par pla-
ces. Vu à distance, tout ce coffret ressemble ù une mosaï-
que ; malheureusement il manque quelques parties de son
ornementation primitive. Mais on y voit encore sur un fond
bleu semé de fleurons, trois cavaliers couronnés dont la
tête est repoussée et eu relief sur la plaque ; on peut y
reconnaître l'arrivée des rois Mages à Bethléem ; la plaque
correspondante devait représenter W-ldoralion. Sur les
petites faces sont les images de sainte Madeleine et de
TJ5i&liograpf)i c.
109
sainte Marthe. Tout dans cet objet d'art rappelle les œuvres
byzantines de la fin du onzième ou des premières années
du douzième siècle que possèdent encore les églises d'Albi,
de la Guêne dans la Corrèze, de Saint-Aurélien à Limoges
et d'autres localités du Limousin.
Ce reliquaire caché dans la poussière d'une sacristie
était pour ainsi dire inconnu. On ne peut donc que savoir
gré à M. l'abbé Guélon de lui avoir consacré une notice
spéciale et de l'avoir représenté sur deux planches jointes
à son intéressante étude.
M. Jacques de Falke vient de publier à Stutt-
gart (VV. Spemann), un livre d'un très grand
intérêt : c'est V Esthétique des industries d'art,
véritable guide et conseiller pour les collection-
neurs des musées, les professeurs, etc. M. Falke
est déjà l'auteur de deux ouvrages très estimés
en Allemagne et Autriche. Ce sont : l'Art dans
la Maison {Knnst un Hause) et l' Histoire du
goût moderne (Geschichte des modernen Gesch-
inackes).
M. Louis Fagan, l'un des conservateurs du
Cabinet des Estampes au British Muséum, dans
son ouvrage intitulé Collectors Marks, est parvenu
à réunir non moins de 688 chiffres, monogram-
mes, écussons, devises et autres signes gravés et
à les classer de manière à faciliter les recherches
aux intéressés.
Bcrioïiiqtie0.
LE RÈGNK DE JÉSUS-CHRIST (').
(Revue illustrée du Musce et de la Bibliothique eucharisti-
ques de Paray-le-RIonial).
Sommaire du n° de juillet i 884.
Texte. I. L! œuvre : Une première année (suite), le
Secrétaire de la rédaction. — IL Symbolisme dans les
vitraux de Saint-Etienne du Mont, K. P. Fristot, -S. J. —
m. Le comte de Chambord, un témoin. — IV. Le
Miracle de Bolsène, M'^'" X. Barbier de Montault. —
V. Monuments de l'Eucharistie, A. F. — E. de L. — A. S.
— VI. L'art chrétien et l'Eucharistie, M. Grimouard de
S' Laurent. — VII. Catalogue du Musée eucharistique de
Paray-le-Monial. — VIII. Adresse des catholiques français
à l'Equateur.
Illustrations. Brique de Kassrin, similigravure Petit.
— Messe de Caravaca, héliogravure Dujardin. — Bijoux
chrétiens, phototypie Quinsac. — Les Evangélistes,
phototypie Braun.
Sommaire du n° d'octobre.
Texte. I. L'œuvre : Les etïluves du divin Cœur, E. de
L. — IL Le premier miracle eucharistique : Emmaiis
I. Lepii-xest de 10 frs. pour la France et de 12 frs. pour l'étran-
ger, payés d'avance.
R. P. Fristot, S. J. — III. Le reliquaire du saint corporal
d'Orvieto, M»-''^ X. Barbier de iMontault. — IV. Monuments
de l'Eucharistie, l'abbé Chabeau, E. de L. — A. de S. —
V. L'art chrétien et l'Eucharistie (IV"= article) M. Gri-
mouard de St-Laurent. — VI. Catalogue du Musée
Eucharistique, A. de S. — VII. Les nouvelles du Règne,
le Secrétariat. — VIII. Index synthétique des deux pre-
mières années de la Revue, E. de L. — IX. Table des
articles de l'année 1884.
Illustrations. Châsse du Vigean et reliquaire de
Salins, similigravure Petit. — L'exposition du corporal
d'Orvieto, héliogravure Dujardin. — Predella au Musée
Borely, phototypie Quinsac. — Le triomphe des docteurs,
phototypie Braun.
CETTE élégante et estimable revue eucha-
ristique que nous recommandons chaude-
ment à nos lecteurs, est en quelque sorte une
publication d'art chrétien, tant il est vrai que la
foi et l'art sont inséparables. Chaque livraison
contient un ou plusieurs articles pleins d'intérêt
pour l'artiste et l'archéologue.
Quelles belles et savantes pages d'iconographie
chrétienne nous donne le R. P. Fristot dans la
livraison de Juillet dernier en nous expliquant le
thème des vitrau.x de la chapelle des catéchismes
à Saint-Etienne du Mont. On sait que cette église
est un véritable musée de peintures sur verre du
XVF'siècle, où l'on a rassemblédes œuvres remar-
quables des premiers artistes de cette époque, tels
que Jean Cousin, Claude Henriet, Enguerrand
Leprince, Pinaigrier, Nicolas Lavasseur, etc..
Quoique d'origines diverses, ceux dont s'occupe
le R. P. Fristot forment dans leur ensemble une
magnifique synthèse qui embrasse l'histoire de
l'Eucharistie tout entière.
Le sens symbolique de ces œuvres pleines de
science théologique est expliqué par l'auteur
avec autorité, à l'aide des textes sacrés, en quel-
ques pages qui deviendront classiques dans les
futurs traités d'iconographie. Ceux qui auront lu
le commencement de ce travail que contient la
livraison de Juillet du Règne, seront impatients
d'en voir paraître la suite.
Le Règne reproduit en phototypie une des
fresques d'Ygolin de Prête {XW" siècle), à la
chapelle du Saint-Corporal d'Orvieto. Cette
planche a pour commentaire un article sur le
Saint Corporal. Aidé de photographies, de
notes prises sur place par M. de Sarachaga, de
documents conservés à la Bibliothèque de Paray-
le-Monial, et de divers écrits. Mgr Barbier de
Montault, qui a l'habitude d'épuiser les sujets qu'il
aborde, se livre à une enquête minutieuse sur le
miracle dont le saint corporal fut l'objet, sur les
écrits qui en ont parlé, et les reliques qu'on con-
serve du saint Sang répandu sur le corporal et les
pierres de l'autel de Bolsène. A son tour il l'ana-
lyse sous les différents points de vue de la liturgie.
1 lO
IReouc De l'art cïjrctien.
de l'architecture, de l'iconographie, de l'émaillerie
et du symbolisme.
Signalons encore dans le même numéro une
planche reproduisant divers bijoux chrétiens du
VI*^ siècle (musée du Prado à Marseille). Plusieurs
Semaines religieuses ont fait naguère une excel-
lente campagne en faveur de la croix, présentée
avec raison comme la plus belle parure. Les bi-
joux dont il s'agit viennent à l'appui de cette
propagande, qui n'a du reste pas été sans succès.
Les femmes du VL' siècle prêchent d'exemple.
Exhumés de la poussière et de la cendre de leurs
tombeaux, ces objets en apparence frivoles,
apportent à leur postérité lointaine de touchants
enseignements. Défuntes, elles parlent à leurs
jeunes sœurs et à leurs très arrières petites-
filles.
Nous avons en outre à relever une note sur une
brique découverte en Tunisie, dans une basilique
du 111'= siècle, et offrant un emblème eucharis-
tique ; deux paons qui se désaltèrent dans un
calice.
Enfin, une nouvelle planche, de tapisserie de
Rubens, à Madrid, nous offre la scène du triomphe
des Evangélistes.
M. le comte de Grimouard de Saint-Laurent
poursuit son étude sur l'esthétique. Nous ne citons
que pour mémoire la continuation dtin travail
que nous aurons plus tard à examiner dans son
ensemble : L Art cliréticn et l' Eucharistie, par M.
le comte de Grimouard de Saint-Laurent.
Sous ce titre : Le premier miracle euchai-istiquc,
le R. P. Fristot nous donne une étude sur l'his-
toire et l'iconographie du miracle d'Emmaiis.
De quelle nature était la cène que Notre-Sei-
gneur accomplit avec les deux disciples d'Em-
maiis? De quelle façon se manisfesta-t-il à eux
dans la fraction du pain? — Renouvela-t-il la
cène du cénacle, avec la consécration? Laquelle
des bourgades d'U'mouas, El-Koubeileh et Ko-
louneih, eut le privilège d'être témoin de l'évé-
nement. Telles sont les questions que l'éminent
écrivain étudie à l'aide du texte de saint Luc, des
témoignages anciens, de l'exégèse du récit évan-
gélique, et de données archéologiques. La ques-
tion iconographique qu'il envisage dans son livre
nous intéresse particulièrement, non seulement à
cause du grand nombre d'œuvres remarquables
que cet épisode évangélique a inspirées aux diffé-
rentes branches de l'art, mais par suite de l'écla-
tante confirmation que l'interprétation tradition-
nelle reçoit de la façon dont les maîtres de di-
verses écoles ont rendu Vagnoverunt eu m infrac-
tione panis. La plus ancienne représentation du
mystère d'Emmaiis connue remonte au 111'=
siècle (vue du musée Kircher à Rome). La scène
la plus comrrumément reproduite, était celle du
repas, la même qui est représentée dans la jolie
image éditée par la maison de Saint-Jean l'Evan-
géliste, à Tournai, que nous reproduisons ici.
La première des planches de la livrai-
son d'octobre représente deux scènes extraites
d'une châsse en cuivre doré et émaiUé, celle de
Saint-Pantaléon, à Salin (Cantal) ; le sujet est
le martyre de sainte Procule. Une des fresques
d'Ugolin de Prêle à la chapelle du Saint-Corpo-
ral d'Orvieto, celle qui représente l'e.xposition du
saint Corporal et de l'Hostie (belle phototypie),
un socle de tabernacle du musée Borely à Mar-
seille (XVI"= siècle), et un nouveau panneau de
tapisserie de Rubens à Madrid, (le triomphe des
Docteurs) tels sont les sujets des trois autres.
REVUK LYONNAISE.
Sommaire du n" kl; mai 1S84.
Un réformateur au dix-septiime siècle, par E. Char-
VÉRIAT. — Trois mois à Venise (suite et fin), par
AMliROISE Tardieu. — Les Sculpteurs de Lyon du
XIV" au X 1 7/1' siècle (suite et fin), par N ArALis Rondot.
— Un déjeuner à Antilies, par FRANÇOIS COLLET. —
Les trésors des églises de Lyon (suite), par LÉOPOLD
NiEPCE. — Lettre à M. Paul Mariéton, par FRÉDÉRIC
MlSTR.\L. — La chanson des Yeux, poésie, par P. M. —
Li sètpoiitoun, chanson pro7'encale, par TeobOR AuiîANEL.
— Lou parage de Clapoli, chanson pro7u'n(;ale, par Ai.Iîert
Arnavielle. — La Rouîlo, poésie, par L. liE Berluc-
Perussis. — Bllil.locjRAPHIE : Revue critique des livres
nouveau.x. — Sociétés savantes. — Chronique. — Som-
maire des Revues.
TBibliograp&ic.
I j I
Sommaire du n° de juin.
Ascension du ballon le Gustave, à Lyoti, juin 1784. —
Le centenaire de Montoolfier, août iSSj, par RAOUL DE
Gazenove. — Un lyonnais : Fn'iiiont, par Xavier
Marmier, de l'Acadifmie française. — Notice sur 7en
Manuscrit de la Légende dorée, de la bibliothèque de Mâcon,
par le Comte de SOULTRAIT. — Vital de l'alous, sa
vie et ses œuvres, par A. Vachez. — Rimes riches, poésies,
par François Collet. — Le Congres des Sociétés savan-
tes, 1SS4, par Henri StEIN. — Pensées (suite), par
Joseph Roux. — La Rouina?iço de Jacoumino, poésie,
par FÉLIX Gras. — A las estelos, poésie languedocienne,
avec traduction française, par CONSTANT HENNioNet
Auguste Foures. — Li pichot Mistèri, poésies, par
Alex. Brémond. — Fai-andole, poésie, Auguste Marin.
— Bibliographie : Revue critique des livres nouveaux.
Héliogravure : Réduction du dessin de le Boissieu,
représentant l'ascension du 19 janvier 1784. — Chronique:
Table des articles contenus dans le tome septième. —
Sommaire des Revues.
Sommaire du n° de juillet.
Lettres de Bernard de la Monnoye, par H. Beaune. —
LJ Exposition de Turin, par François Collet. — Les
Trésors des églises de Lyon {suite et fin), par LÉOPOLD
NiEPCE. — Très humble essai de Phonétique lyonnnaise,
par NlZIER DU PUILSPELU. — Les fêtes provençales de
Paris, avec les discours d'' Arène, Mistral et Marié ton, par
Paul MariÉTON. — La Koitèlo, poésie p?-ovcn cale, par
A. DE Gagnaud. — Bibliographie : Revue critique des
livres nouveaux. — Chronique. — Sommaire des Revues.
Sommaire du n" d'août.
Le président Batidrier, par LÉOPOLD Niepce. — Son-
nets, par NlziER DU Puilspelu. — A travers le Vivarais,
Balazuc et Pons de Balazuc, par LÉON VÉUEL. — L'Ex-
position de Turin (suite), par François Collet. —
V Atlantide, Joseph Roux. — Flour de Pasco, par A. de
Gagnaud. — Pèr Santo-Estello de Paris. — Le Lauriè,
par Auguste Fourès. — Chanson de Bresse. — Petites
chansons, par POL DE MONT. — Discours languedocien,
par Jules Boissière. — Bibliographie: Revue
critique des livres nouveaux. — Sociétés Savantes. —
Chronique. — Sommaire des Revues.
Sommaire du n° de septembre.
Les Lyonnais et leur influence, par LÉON RiOTOR. —
JJ Exposition de Ttirin (suite et fin), par François
Collet. — Le Roman naturaliste (suite), par J. Terrel.
— Découverte d'un Christ en buis de fean Guillerniin, par
R.GuiNARD. — .S'a//;rt, par Joseph Kovyi. — La cansoun de
lafouvènço, terzincs provençales, par ValÈre BERNARD.
— Un Noël moniluçonnais de Biâ, texte et commentaire,
par L. C. — Es iéu, sonnet : — La Vido, chanson baptis-
male, par Louis Roumieux. — La première page de
français en Provence. — Chronique. — Errata, par X***.
Bibliographie : Revue critique des livres nouveaux. —
Chronique. — Sommaire des Revues.
Sommaire du n° d'octobre.
fournal d'un Voyage de France et d'Italie ( 1S61), ***.
— Un coup d'œil tragique, par René dic CoL.WAZOU. —
La Morale dans les Fables de La Fontaine, par ALEXAN-
DRE Poidebard. — .'icènes alpestres, poésie, par PuiLS-
PELU. — Lyon militaire sous Louis A'JV, par S. de
RiLLiEUX. — Un poète forézien au XVF siècle, par \\.
DE Terrebasse. — Pensées, par JOSEPH Roux. — Les
antécédents du moi français « baptiser », par Paul
Regnaud. — Rêve, poésie, -par Lucien Scarpatett. —
Vénus Bruno, poème provençal, par Pierre Bertas. —
Lou Viage de la Reina, poème languedocien, par A. LanG-
LADE. — La Roumanço de Guilhem de Berguedan, chanson
provençale, par FÉLIX Gras. — La Negro segairo. — La
noire moissonneuse, planh lani^uedocien, par FoURÈS. —
Chronique félibréenne, par P. AI. - Discours prononcé le
12 octobre à la fête commémorative de Muret, par le Comte
DE Toulouse-Lautrec. — Bibliographie : Revue
critique des livres nouveaux. — Chronique. - Sommaire
des Revues.
NOUS avons déjà signalé l'article de M. L.
Niepce sur les trésors des églises de Lyon.
11 aborde le chapitre navrant qui a rapport
au sac de ces églises par les Calvinistes. — On
peut juger de l'étendue de la catastrophe par des
passages comme ceux-ci : « Le neuvième jour
de septembre baillé et livré au sieur Barthélémy
de Gabiano la somme de 1000 livres, 10 sols en
trois lingots d'argent pesant 71 marcs, 3 onces
proveniies de cliappes qui ont esté brûlées et fondues
par le commandement des messieurs. » — « Payé
au sieur Paris, le cousturier, et à autres six com-
pagnons, la somme de six livres pour avoir vaqué
22 journées à descoudre les cliappes ainsi qu'on
les bnl/oit et fondait » — « Payé à Jean de Lalande
huit benses de charbon à 6 sols la bense, et
12 sols de gros bois, pour la fonte des dites
cliappes ! ! »
M. Niepce donne des détails pleins d'intérêt
sur la restitution de quelques reliques, notam-
ment d'une partie de la mâchoire de saint Jean-
Baptiste, rendue par Jean Cropper. 11 raconte le
sauvetage d'une grande partie des reliques de
saint Juste par l'obéancier Fr. Pupier.
Nous assistons ensuite à la reconstitution du
trésor des églises de Saint-Jean, de Saint-Etienne
de Sainte-Croi.x, après le pillage de 1562. — Les
inventaires accusent un accroissement progressif
de richesses, suivi d'une diminution de reliques et
de leurs récipients vers le commencement du
siècle dernier. Cette analyse des inventaires est
pleine de renseignements utiles pour l'histoire de
nombreux objets d'art.
L'auteur, arrivant à la sombre période de la
révolution, fait un compte soigneux de tous les
objets précieux dont les églises furent dépouillées.
A l'exemple des Calvinistes, les révolutionnaires
décrétèrent en 1792 que les ornements seront
brûlés par des orfèvres experts et les cendres con-
verties en lingots. En 1791 toute l'argenterie non
dorée prit le chemin de la monnaie de Paris.
Dans le courant de l'année suivante on y expédia
250 marcs d'argenterie dorée, — 2 novembre 1792,
nouvel envoi de 190 marcs d'argenterie, — jusqu'en
janvier 1793, l'argenterie envoyée à la fonte
atteignit la valeur de 130,000 francs. Celle de
l'or ne pouvait être précisée. On procéda aussi
au dégalonnevient des ornements. Les étoffes en
I 12
lactiuc ne rart cfjtcticn.
dorure ont produit 619 marcs, les galons en or,
240 marcs, et les galons en argent, 90 marcs.
Parmi les ornements dcgû/onncs, il s'en trouvait
entre autres un enrichi de perles, et portant cinq
tableaux représentant les mystères brodés en or
et en argent.
Après avoir analysé les pertes irréparables es-
suyées pendant la tourmente révolutionnaire par
la primitiale de Lyon, M. Niepce nous fait con-
naître à grands traits les richesses encore con-
sidérables du trésor moderne de la cathédrale.
AVEC la livraison de mai se termine le
travail, si utile pour l'histoire de l'art, que
M. N. Rondot a consacré aux sculpteurs de
Lyon. Sa liste comprend en tout 261 noms, et
parmi eux, il en est d'illustres. M. le chanoine
Bouchant a récemment écrit un ouvrage assez
notable, sur les Richier et leurs œuvres, dont
notre Revue a rendu compte. M. Rondot
apporte des documents nouveaux à leur sujet.
Jacob Richier, maitre sculpteur,né à Saint-Michiel
et probablement fils de Gérard, et de Marguerite
Gronlot-Gérard, née en 1534, était le petit-fils
du fameux Ligier. Cet artiste, cité dans les ar-
chives de Lyon dès 1608, épousa en 161 5 Jeanne
Chaléon, dont il eut deux fils, David et Charles.
Il fut, au service du connétable Lesdiguières, le
principal décorateur du château de Vizelle. Il fit
trois mausolées pour la famille de Lesdiguières. Il
habita Vizelle, Grenoble et Lyon où il fit les tom-
beaux de Charles de Neufville, et de sa femme,
placés dans l'église des Carmélites. La médaille
de Marie de Vignon, qu'on conserve de cet artiste,
est un des chefs-d'œuvre des médailleurs français.
En signalant cesdonnées nouvelles, intéressantes
pour l'histoire des Richier, nous devons dire qu'un
travail récent de M. E. Cartier (i) bat en brèche
l'opinion qu'a émise dans nos colonnes M. le
chanoine J. Didiot, en adoptant l'avis de
M. le chanoine Bouchant, au sujet àQsgros saints
de Solesmes. Ce dernier avait attribué les sta-
tues en question à Ligier Richier. M. E. Cartier,
dont l'autorité est considérable en la matière,
repousse énergiquement cette opinion ; le soli-
taire de Solesmes incline à en faire honneur à
Floris d'Anvers.
Reprenant la liste des artistes lyonnais, et
les documents exhumés par M, Rondot. citons
encore : maître Martin Hendricy, né à Liège en
1614, devenu sculpteur de la ville de Lyon ;
Antoine Coyzevox, dont l'histoire a été écrite
par M. H. Jouin; J.-B. Guillermin, auteur du beau
\. Les sculptures de Solcstnts et les Richier. {Extrait delà Revue
du Monde catholique) Paris, P.iliné, 1884,
crucifix en ivoire conservé au Musée Calvet
d'Avignon (ce crucifix fut commandé en 1650
par les confrères Pénitents de la Miséricorde
d'Avignon, qui en furent émerveillés); Jacques
Mimerai, Nicolas et Guillaume Conston, auteur
de la statue équestre de Louis XIV; Jean II
Thierry, etc.
LA bibliothèque de Maçon possède un des
trois volumes d'un manuscrit de la légende
dorée, contenant des légendes qu'on ne rencontre
pas ou guère dans les autres copies. Il se fait
remarquer en outre par des miniatures d'une
beauté exceptionnelle, paraissant dus à quatre
artistes différents. Il porte les armes de Philippe
de Vermont, ce qui permet de fixer la date de sa
confection entre les années 1430 et 1458. M. le
comte de SouUiart, qui nous fait connaître en
détail le contenu de ce précieux volume, en
extrait in extenso la vie de saint Yves.
Le congrès de Sociétés savantes de cette année
a donné occasion à des réflexions peu flatteuses
pour l'ensemble des sociétés historiques et
archéologiques des provinces. Le Comité des tra-
vaux historiques, fondé il y a cinquante ans sous
l'inspiration de M. Guizot, réorganisé récemment
par AI. Ferry, n'a pas produit merveille. La même
situation existe en Allemagne, et M. G. Hay s'en
est plaint naguère dans une vigoureuse bro-
chure (').
Un article récent (=) du Polybiblion, dû au
savant professeur de l'Université de Liège,
M. Godefroid Kurth, dit aussi son mot sur cette
question délicate. Tous signalent le mal, qui est
l'apathie des sociétés, et proposent des remèdes
plus ou moins efficaces.
A son tour M. Henri Stein prend à partie nos
érudits de province, « les travaux de quatrième
ou cinquième main, les inepties philologiques,
les dissertations philosophiques à perte de vue,
les rêveries préhistoriques, les mauvaises traduc-
tions latines de chants incompris, » qu'il reproche
à beaucoup d'entre eu.x etc. Il propose comme
remède, décharger les différents membres du co-
mité des travaux historiques de la haute direc-
tion historique et archéologique des divers
départements. 11 signale au.x sociétés savantesune
source de documents trop négligée, et qui pourrait
largement alimenter leurs travau.x : ce sont les
archives seigneuriales et notariales. Ces dernières
devraient être centralisées soit au chef-lieu du
département, soit dans les chambres de notaire;
avec M. Kurth, il conseille aux sociétés locales
de se réunir entre elles en congrès régionaux.
Heureuse a été l'idée d'organiser à l'exposition
de Turin un château et un bourg du moyen âge,
1. Die Territorial-Geschichte und ihre Beuchti^un^. CJotha. 1S82.
2. Folybiblion, t. XI, 18S4, p. 278.
15 i 6 U 0 g r a p f) i c
"3
formant la section de l'Histoire de l'Art ; char-
mante est la description que donne de ce pitto-
resque ensemble M. Collet.
L'aspect extérieur et les ouvrages de défense du
château sont reproduits au château d'Ivrée ; la cour, du
château de Fenis ; la salle baroiiale, du château delà
Manta, autrefois aux marquis de Saluce ; les cuisines, la
chambre à coucher et la chapalle, du château d'Issogne ;
la salle d'armes, du château de Verres ; les décorations
du plafond, des châteaux de Strambino, près l'Ivrée et
d'Issogne.
Les fresques ont été exécutées d'après des calques ou
des copies très exactes de fresques originales. Pour les
meubles, les tentures, les tapis, le linge, la vaisselle, les
ustensiles et bibelots de toutes sortes, on a reproduit
tout ce qu'on a pu trouver de pièces authentiques, aux
armes de familles nobles établies dans le Piémont au
XV' siècle. La reste a été exécuté, sur les dessins de
M. Gilli, d'après des miniatures de manuscrits, des
estampes, des fresques, des tableaux, des vitraux peints,
des broderies sur étoffes ; ou à leur défaut, d'après des
inventaires de mobiliers de châteaux piémontais com-
pulsés et annotés par Piétro Vayra.
Les maisons du bourg sont des restitutions de maisons
originales encore existentes à Bussoléno, dans la vallée
de Suse, Frossasco, près Pignerole, .-llba, Cuorgué,
Chierie, Toigliana, Borgo franco, Pignerol, Mondovi,
Osegna. La fontaine est reproduite des anciennes fontaines
publiques d'.-Vulx et de Sabbertrand, dans la vallée de
Suse, sur la ligne du chemin de fer de Modène â Turin.
Les portes ont leur modèle à San Gioro, à Asti et à
Rivoli ; une tour est imitée de la tourelle d'une maison à
Alba.
Au débouché d'un sentier pittoresque on se trouve
tout à coup au pied du haut mur d'enceinte du bourg.
Une croix de pierre, naïvement ouvragée, se dresse sur
un socle carré. A l'angle s'élève une tour ronde percée de
meurtrières, rentlée de moucharabis. En face l'unique
porte du bourg s'ouvre béante, menaçante sous une
grosse tour carrée, curieusement décorée de fresques.
Un fossé franchi par un pont-levis, s'enfonce en avant
du mur et des tours. Le sommet du mur est découpé
de créneaux. La maçonnerie du mur et des tours est
faite en cailloux roulés disposés en fougère.
La porte franchie, nous voici sur une petite place du
fond de laquelle part la rue étroite, tortueuse, pittoresque
qui conduit au château, à l'extrémité et au point culmi-
nant du bourg. Les maisons sont hautes perchées sur
des portiques. Les toits se redressent en pignons et en
tourelles. Les étages s'avancent en porte îi faux les uns
au-dessus des autres. Les murs sont en briques, en
pierre, en torchis. Les charpentes sont partout apparen-
tes ; les tètes des poutres s'arrondissent, se tordent en
figures fantastiques. Les fenêtres sont rares, petites ou
coupées de meneaux dans les deux sens, et garnies de
papier huilé ou de petits lozanges de verre enchâssés
dans un réseau à mailles de plomb. Partout la pierre
est sculptée, ou recouverte de fresques ou d'appliques
en terre cuite. C'est une débauche d'ornementation
naive, un décor perpétuel d'une charmante originalité.
A droite et à gauche, tout le long, s'enfoncent les por-
tiques, bas, aux arcades de pierre ou aux lourds piliers
de bois ; voûtés, comme des porches d'église, ou plafon-
nés à caissons, comme des salles de château ; élevés
d'une ou deux marches au-dessus du sol de la rue ;
ser.-ant de vestibules et de dégagements aux bou-
tiques et aux ateliers qui s ouvrent au fond. Chaque
boutique, chaque atelier est occupé par des artisans et
<les bourgeois, hommes et femmes, en costume du temps.
La rue s'élargit en faisant un brusque détour h
gauche. Nous sommes en face de l'église. La façade
est couverte de fresques. La porte est fermée. On
cherche instinctivement le custode pour se la faire ouvrir,
quand on s'aperçoit que cette façade alléchante cache
l'absence du reste. D'im;îérieux motifs financiers ont
imposé ce trompe l'œil à la commission. A gauche, au
delà d'un passage voiité, qui descend à un embarcadère
sur le Pô, l'hôtellerie s'annonce par la branche de pin
traditionnelle et par l'inscription : « à l'insègne de sainte
Georgeo on mange bien. »
Une place triangulaire marque la fin du bourg. Le
mur crénelé du préau de l'hôtellerie forme un des côtés.
Le fond est formé par le mur d'enceinte, couronné de
créneaux mauresques, flanqué de tours. A droite, sur
un monticule abrupt, se dresse fièrement le château.
Le chemin de mulet qui y conduit passe devant un
hangar oii sont rangées les machines de guerre ; les
balistes et les catapultes à lancer des boulets de pierre
et des carreaux. Un pont mobile précède la porte fermée
par une herse de fer, dont la manœuvre se fait par des
treuils placés à l'étage au-dessus. Une salle fortement
voiitée donne accès dans la cour. Bien jolie, cette cour,
sur trois côtés, deux galeries de bois superposées ser-
vent de dégagement aux appartements des deux étages.
Au fond un perron semi-circulaire, puis un double
escalier, aux marches trop hautes, conduit à la première
galerie, dans un coin de laquelle les faucons se tiennent
debout, chaperonnés de rouge, sur leurs perchoirs. Des
armoiries, des devises, des personnages, les scènes
grotesques ou fantastiques sont peints à fresque sur les
murs. Deux escaliers en pente douce s'enfoncent dans le
sous-sol où sont disposés les celliers, les écuries et les
cachots.
On entre par une porte basse, toute bardée de fer,
dans la salle d'armes. On traverse la cuisine des gens,
celle des maîtres, et on débouche dans la salle à manger
magnifiquement décorée ; la chaire du seigneur tourne
le dos à la grande cheminée. Son couvert est mis sur
une nappa damassée de couleurs vives. La nef d'orfèvre-
rie contenant les épices est placée à côté.
Deux longues tables bordées de bancs et d'escabeaux
sont destinées aux serviteurs et aux hôtes. Quatre
crédences sont chargées de vaisselles de terre vernissée,
d'étain et de cuivre ; de hanaps, d'aiguières, de buires,
de bassins aux formes variées.
.■\u premier étage on visite une salle de défense, au
dessus de l'entrée, l'antichambre, la salle d'apparat, la
chambre nuptiale, l'oratoire, une seconde chambre à
coucher et la chapelle. Les murs de la salle d'apparat
sont couverts de peintures curieuses qui représentent, d'un
côté, la fontaine de Jouvence et ses effets merveilleux ;
de l'autre une série de héros tel que: «Julius César»
« Judas i\Lachabeus » le « Roi David >\ et le « Roi .-Vrtus».
Il ya sur l'autel de la chapelle un splendide triptyque en
bois sculpté et doré. Toutes les fenêtres sont garnies de
vitraux peints. On redescend par un escalier droit ménagé
dans le donjon, on voit en passant, la chambre du scribe
encombrée de manuscrits et de Chartres, et on aboutit à
un passage souterrain, voûté et sombre, par lequel on se
retrouve bientôt en dehors de la seconde enceinte, contre
la palissade qui forme la première défense du bourg.
Un sentier couvert vous ramène au chalet et au tourni-
quet.
Il vient de se faire à Lyon une découverte
inattendue qui intéresse l'art chrétien. Il s'agit
d'un second Christ en croix du sculpteur lyon-
nais, Jean Guillermin, célèbre par le Christ en
ivoire d'.\vignon dont nous parlions plus haut.
Cette pieuse sculpture appartient à M. E.
1S35. — i^*^ Livraison
114
IRctJue De lart cbrcticn.
W'aldmann ; une vente a^-ant attiré son attention
vu le prix d'objets similaires, il letira de l'ainioirc
ce trésor enfoui,et convoqua ses amis pour l'exa-
miner ; on reconnut alors que l'objet était signé :
FEciT Jean Gvii.lermin.
On consulte Désandré, dans son Essai liistori-
qnesurles Crucifix d'ivoire, et l'on trouve le signa-
lement de l'objet. On le rapproche du Christ en
ivoire d'Avignon: on retrouve entre les deux tous
les traits de ressemblance que comportent les
œuvres d'un même artiste.
C'est l'histoire de cet intéressant crucifix, que
raconte, en quelques pages écrites avec élégance
et érudition, M. F. Guinard, doyen de la faculté
de Théologie de Lyon.
L. C.
revue des arts décoratifs.
Sommaire du n° de novembre 1884.
TEXTE. — A nos lecteurs^ par Victor Champier.
• — Sur le décor du verre, par Emille Galle. — Les
metibles de l'école de Bourgogne, par A. DE Champeaux.
— Lettres d'Angleterre : la poterie de Laiiiletli, par P. V.
— Nos plcinclies hors texte. — Chronique de renseignement.
— Gazette tiniverselle. — Bulletin de PUnioti centrale des
Arts décoratifs (documc7its sur la S" Exposition; — la
loterie).
PLANCHES HORS TEXTE. — Sculpture de'corative:
Fragment de la cheminée du château d'Ecouen (XVI'^
siècle). — Vases en porcelaine de Sèvres. — Esquisse
pour une composition décorative, par P. V. Galland.
La Revue des Arts décoratifs avait annoncé son
décc.s, et nous avons reproduit la nouvelle dans
notre dernière livraison en faisant à la Revue son
oraison funèbre. Mais c'était une mort de phénix,
car voici que la défunte renaît de ses cendres. —
Après quelques mois, elle reparaît dans le même
habit très élégant, sous la direction, cette fois,
de V Union centrale des Arts décoratifs qui de-
vient son propre éditeur. Elle reprend la série
de ses articles de vulgarisation des arts industriels,
joliment illustrés et se distinguant à la fois par
l'élégance de la forme et le caractère pratique.
Monsieur Emile Galle, quittant l'émail et le
touret pour la plume, nous initie aux secrets du
décor du verre. On voit qu'il est du métier, car
son style a le brillant, le piquant, l'étincelant
de la verroterie et de la cristallerie. — Nous
avons grande envie de lui serrer la main, pour
avoir si bien formulé une si féconde vérité : « Le
décor dn verre, c'est-à-dire reinbcllissetiient d'une
vialicre splendide, consiste à mettre en valeur les
propriétés auxquelles il doit son prestige, et non
d'autres.y> — Cet a.xiômc paraît banal; plût à Dieu
qu'il fût admis par tous en pratique ! — Les
idées de l'auteur sur l'esthétique du verre sont
aussi limpides de vérité que brillantes dans leur
expression. On reprend confiance dans l'avenir de
l'art, quand on lit de pareilles pages.
Monsieur M. de Champeaux, en nous entrete-
nant des meubles de l'école de Bourgogne, et de
cette menuiserie lourde et bizarre qui s'est inspi-
rée des compositions monumentales du Dijonnais
Hugues Sambin, prénnunit heureusement le lec-
teur contre les défauts de goût qui caractérisent
cette école intéressante mais peu exemplaire.
Sans ces réserves, d'ailleurs trop timides, l'étude
en question contiendrait en fait de principes, et
au point de vue de son influence sur les artistes,
le contrepied des saines idées de M. Gallé.
Nous avons été heureux de retrouver, dans un
article consacré à \a. poterie Lainbcth de Londres,
les mêmes impressions que nous avons éprouvées
nous-mêmes en visitant les ateliers artistiques de
la fameuse maison Doulton. Il y a là des
traits saillants dont chacun devrait faire son
profit. — Puiser les idées aux sources originales,
dans les musées, au lieu d'imiter ses concurrents ;
répudier tout élément étranger dans le personnel
artistique, afin de rester original ;faire d'une bonne
école de dessin la pépinière de l'atelier; laisser à
chaque artiste son initiative, dans une limite con-
venable ; bannir toute recherche prétentieuse, se
complaire dans une noblesimplicitéd'effctjdeman-
derà la matière même l'inspiration des formes; tels
ont été les principes appliqués chez Doulton. —
Partout ailleurs il produirait merveille. — Nous
serions tenté de reprendre ici la formule de
M. Gallé, et de dire : le décor de la terre, c'est-à-
dire l'enibcllisseinent d'une matière commune par ttn
verni brillant, consiste à mettre en valeur de faibles
reliefs rehaussés par une coloration peu variée, et
des dessins très décoratifs, et bien appropriés à la
forme générale de l'objet.
GAZETTE ARCHÉOLOGIQUE.
SoM.MAIRE DE.S N"^ 8-9 1884.
TEXTE. — L. Munatius Plancus et le Génie de la
ville de Lyon, par M. J. DE WlTTE. — Les trésors de
vaisselle d'argent troiivés en Gaule, par MM. H. Thi'.DE-
NAT et A. HEron DE ViLLEFOSSE (suite). — Fouilles et
recherches archéologiques au sanctuaire des jeu.vis th niiq lies,
par M. Paul Monceau. — Le chapiteau normand aux
XI' et XJP sihies, par M. Ruprich-Rdbert. — Vierge
en ivoire de la collection Bligny, par M.R. DE LASTE^•RIE.
— Chronique : Académie des inscriptions et belles-
lettres ; Société nationale des antiquaires de France ;
nouvelles diverses ; sommaire des recueils périodiques ;
Bibliographie.
PLANCHES. — xxxiv. L. Munatius Plancus et le
Génie de la ville de Lyon. — xxxv-xxxvii. Trésor
d'argenterie romaine découvert h Moncornet (Aisne). —
xxxviil. Plan archéologique de l'Isthme de Corinthe. —
XXXIX. Chapiteau.\ anglo-normands du XIl"^ siècle.
On remareiuc à l'époque romane, en Norman-
die, deux sortes de chapiteaux : celui du XP
15 i b I i 0 5 r a p f) i c .
115
siècle, qui semble dériver de l'art antique et re-
produit généralement la volute classique ; et le
chapiteau cubique, qui apparaît au XII'' siècle;
cette dernière forme est due vraisemblablement à
l'art de la Scandinavie. — C'est ce qu'établit
M. Ruprich-Robert dans un article extrait d'un
ouvrage qu'il prépare : V Architecture normande
aux XI' et XII"^ siècles, en Normandie et e)i
A ngleterre.
Vers l'an looo, le christianisme fut introduit
en Scandinavie par le roi Olof Trygrason, et l'on
y éleva des églises construites en bois; quelques-
unes, du XII° siècle, subsistent ; on y remarque
que les colonnes des nefs sont des poteaux cy-
lindriques prolongés au-dessusdesarches des bas-
côtés par d'autres poteaux, dégrossis et assemblés
bout à bout, au moyen de tenons pénétrant
dans les chapiteaux des colonnes. — La forme
de ces derniers n'a été adoptée que parce qu'il
fallut conserver au bois, à l'extrémité de la colonne
percée d'une mortaise, toute la force nécessaire ;
cette sorte de renflement à quatre facettes en
demi cercle est, comme le fait remarquer l'auteur,
la conséquence absolument logique de l'emploi
du bois; du reste, détail important et topique, la
base offre la même forme, renversée, que le
chapiteau. L'absence du tailloir achève de
prouver qu'il s'agit ici d'un renflement d'assem-
blage plutôt qu'un encorbellement de chapiteau.
Or, en descendant vers le centre de l'Europe,
on voit cette forme se reproduire en pierre, s'accli-
mater sur les bords du Rhin, gagner le midi.
A Marmoutier, on trouve le chapiteau et la base
norvégiennes dans une colonnette monolithe. — •
Loin de son berceau, ce membre d'architecture
oublie la raison de sa première forme, et à Pavie,
on rencontre ce chapiteau cubique construit en
briques. — - Mais c'est surtout en Normandie et
en Angleterre qu'on constate au XI I'^ siècle l'in-
fluence du chapiteau Scandinave. Là il s'allie
parfois à la volute classique, et toujours il reçoit
le tailloir, auquel il forme lui-même encorbel-
lement. L'emploi de la pierre lui est adapté avec
logique.
Certes les recherches sur les origines de l'archi-
tecture aboutissent rarement à des conclusions
aussi curieuses et aussi saissisantes de vérité, que
l'étude de M.Ruprich- Robert ; nous n'hésitons pas
à croire que sa théorie du chapiteau cubique de-
viendra classique dans les traités d'archéologie.
Nous ne ferons que signaler pour mémoire la
belle vierge en ivoire de la collection Bligny,
dont la Gar:ette donne une jolie estampe avec
une note de IVI. Lasteyrie; nous la reproduisons
nous aussi dans la présente livraison, en même
temps qu'un article de M. L. de Farcy sur l'ex-
position de Rouen.
RKVUE CATHOLIQUE DE BORDEAUX.
EN terminant son cosas de Espana, relation de
voyage pleine de charme, M. P. G. Deydon
s'arrête assez longuement à la visite de YEscurial.
Rien de pesant, de morne, de triste, dit-il, comme
cette masse de granit gris, que le soleil le plus
radieu.x ne parvient pas à égayer. Elle produit
l'effet d'un vaste catafalque défraîchi. —
Philippe II ayant gagné la bataille de Saint-
Quentin le jour de la Saint-Laurent, ce monu-
ment élevé comme ex vota, affecta en plan la
forme de la grille du saint martj-r; l'église en
occupe le centre. Le voj'ageur signale les fres-
ques des voûtes par Luca Giordano, les statues
en bronze doré de Charles-Quint et de Philippe II,
le lutrin colossal, et les centaines de livres de
plain-chant, in-folios de parchemin, ornés d'en-
luminures exquises; à la sacristie, une galerie de
tableau.x comprenant la Sancta Forma, chef-
d'œuvre de Claude Coello, puis le Panthéon, le
Saint-Denis des Espagnols. — Plus heureux que
leurs frères de France, les souverains de ce pays
n'ont pas vu leur suprême repos troublé par la
Révolution; on y voit trois rangées superposées de
sarcophages : Charles-Quint, Philippe II, Phi-
lippe III, Philippe IV, Charles II, Charles III,
Charles IV et Ferdinand I sont là vis-à-vis des
reines qui furent mères ; à côté est le Panthéon
des Infants. Le cloître contient des fresques que
malheureusement les étrangers outragent à plai-
sir. On sort du palais réconcilié avec lui, à cause
de merveilles auxquelles il sert de prison.
Nous trouvons dans la même revue la suite des
Documents historiques sur A rcaclion par iVI . S . Léon
de Gouvéa. L'archéologue y trouvera quelque
peu à glaner.
REVUE DE L'ART FRANÇAIS ANCIEN ET
MODERNE.
Sommaire du n" de septembre 1884.
Partie ancienne : Philibert Deloine, par M. .\. de
MONTAIGLO.N — Le testament et les enfants de Ftan<;^ois
Cloiiet (suite et fin), par M. J. J. Guiffrkv. — Philippe
de Champagne, par A. de M. — Le sculpteur Foneon,
communication de M. J. Guiffrey-Veniat, par A. de M. —
Partie moderne : Montcil et David d'Angers, par M.
A. Advielle. — Le viiniaturiste Aui^ustin, par \'. A. —
NÉCROLOGIE. : F. Ch. F. Combarceis". —Textes. — Nou-
velles diverses.
Sommaire du n° d'octobre.
Partie ancienne : Que sont devenus les Mémoires du
duc dAntin? par M. Henri Jol'in. — Guillaume
Veniat. par M. Paul Mantz. — Le peintre Ferdinand
Elle et le mariage de sa fille Catherine, par M. J.-J.
GuiKFREV. — Le graveur Jean-Baptiste Massard, par M.
A. DE iMoNTAlGLON. — Cochin et FAcatlémie de Saint-
Luc, autographe communique, par M. Etienne P.arrocei,.
— Actes d'état civil concernant Houdon, communiqués.
ii6
iRctJUC t)c r^rt cïjvcticn
par M. II. J. — Quelques peinlres oubliés de Pancienne
Friuicc, lleudon, l.ahoi^uc. Desfossés, Lecaur, Cliérel,
Hcduni, actes d'état civil communiqués par M. H. J. --
Partie moderne : Epitaplies de peintres français
relevées dans les cimetières de Paris : Greuse, Vincent,
Pithou, Michallon, par M. H. J. — Les portraits dartistes
français à la l'il/a A/édicis, Appendice, par M. H. J. —
Nécrologie: Paul Abadie, Joseph de Nittis. — Nou-
velles diverses.
La livraison d'octobre contient des renseigne-
ments nouveaux ou peu connus, d'un intérêt
secondaire, sur une série d'artistes des trois
derniers siècles ; Giiilhniiiie Veniat, menuisier de
la maison du roi (►f. 1656). — Ferdinand Elle,
originaire de Malines, et les graveurs _/. B. Mas-
sard, Cocliin, le statuaire, Hoiidon, né en 1741, et
les peintres, Hendon, Lalwguc, Desfossés, Lecœîtr,
Chère t, Hodiini.
SEMAINES RELIGIEUSES.
M. P. Moreau donne dans la Semaine religieuse
de Bourges un document que ne dédaignerait pas
une revue spéciale. C'est un contrat par lequel
Jehan Chasgiwn, maître brodeur, (le même qu'a-
vait déjà signalé M. le baron de Gcrardot dans
ses Artistes de Bourges) entreprend, en 1577 un
parement d'autel historié très riche. Le détail
en est fort intéressant.
Un bon archéologue donne dans la Semaine
religieuse de Bcauvais, sous ce titre : quelques mots
d'archéologie, des notes rédigées avec science,
dans un bonesprit,et sous une forme attrayante.
On y trouve des détails inédits ou peu connus,
que des spécialistes pourront relever avec fruit.
Nous avons sous les yeux les articles Are triom-
fhal, Pavage et Peinture, qm sont fort instructifs.
L'AquitaiuedL donné une série d'articles signés
A. Dupré, sur le culte de saint Louis dans l'ar-
chidiocèse de Bordeaux. Aux différents points
de vue hi.storique, hagiographique et antéologi-
quc, cette élude ne manque pas d'intérêt.
L Ècito de Fourvières {\>. A,"] \), donne une étude
historique et archéologique sur la crypte de
Notre-Dame et de Saint-Pothin à Saint-Vixier,
richement restaurée et agrandie.
La Semaine religieuse de la Lorraine publie une
intéressante variété sur les Keliqiies de sainte
Pauline à Magiiières.
Un correspondant de la Semaine de Beattvais
a rencontré, en visitant l'intéressante église de
Fresnes-Léguillon, et signale avec raison, trois
belles chapes à orfrois des XVP' et XVIL siècles.
— Il y a trouvé aussi des exemples de ces ealices
de quête dont M. le chan. J. Corblet a parlé dans
nos colonnes (v. son article sur les vases et usten-
siles eucharistiques).
Notre collaborateur Mgr Barbier de Montault
a commencé dans la Semaine de Poitiers une
étude sur le vitrail de Saint-Laurent à la cathé-
drale de Poitiers.
Un collaborateur de la Revue catholique de
Bordeaux, M. l'abbé J. Léon de Gouvéa, dans ses
Documents historiques sur Arcaehon, nous révèle
des détails curieux sur un édifice religieux pres-
que totalement oublié, la chapelle de Notre-
Dame-dcs- Monts, à la Teste, qui servait à une
certaine époque d'église paroissiale.
La Semaine religieuse, historique et littéraire
de Lorraine commence la publication d'un travail
ayant pour objet les origines de l'église de Toul.
Enfin la Semaine religieuse de Rouen nous tient
au courant de la découverte importante, qui vient
d'être faite à l'église de Saint-Ouen. On sait
qu'en exécutant des travaux pour l'établisse-
ment d'un calorifère, on a mis au jour quantité
de sarcophages remontant au XIL' siècle, ou à
des époques antérieures, des sépultures abba-
tiales des plus remarquables. La place nous
manque pour donner aujourd'hui des détails sur
CCS trouvailles. Nous }• reviendrons.
L. G.
T5 i b U 0 g; r a p ï) i E .
Il
/
S-^^-^^-^S. -^,-S..S„m-^^.^.^-^ ^ P?!. P^.^^
InDe^* biblîograpljique.
:^rcl)éoloste etBeau;c<:^rts^'\
••—-—-—---— jTrance. -.-.-.-c,— .^^-^-^
Allou (Ms"^ A.). — La cathédrale et le palais
ipiscoPAL DE Meaux. — Meaux, Le Blonde), 1884,
in-i 2, 53 p., vignettes.
Bérard (l'abbé F.). — Étude historique et ar-
chéologique sur l'abbaye du Thoronet. (Var. ) —
Avignon, lib. Seguin frères. In-8, 43 p. et pi. — 3 fr.
Bernard (F. C.)- — Notice sur le château de
GisoRS. — Paris, Chaix, 1884, in- 8°, 6 p.
Blancard (L.). — Le saïga mérovingien dérive
DE la silique byzantine. — Marseille, iinp. Barla-
tier, 1884, in-S", 4 p.
Boissoudy (A. de). — La cathédrale de Bour-
ges. — Bourges, imp. Sire, 1884, in-8°, 16 p.
Boissoudy (A. de). — La Sainte-Chapelle de
Bourges. — Bourges, imp. Sire. In-S° 195 p. et pi.
Boutillier(L'abbé).(*) — Le mobilier d'une égli-
se paroissiale DE LA BANLIEUE DE NeVERS EN 1638.
— Nevers, imp. Vallière, 1884, in-8°, 7 p.
Boutillier. — Rapport sur le tombeau d'Yo-
lande DE Bourgogne, comtesse de Nevers, récem-
ment déposé au musée lapid.\ire de la Porte du
Croux. — Nevers, imp. Vallière, 1884, in-8°, 7 p.
Cartier (E.) (*) • — Les sculptures de Solesmes et
LES RiCHiER. — ^1-8° de 32 pp. extrait de la Revue
du Monde catholique.
Chabau (l'abbé). (*) — L'Église d'Ydes et son
SYMBOLISME. — (1884). — Aurillac, chci: l'auteuf.
Clermont-Ganneau (C). — Mission en Pa-
lestine et en Phénicie, entreprise en 1881. —
S'' rapport. — Paris, Maisonneuve et C^ In-8. 146 p.
avec fig. et 12 pi. (Extrait des Arcliives des missions
scientifiques et littéraires.)
Delaforge (E.). — Melun et environ.s, ancien-
nes chapelles. — Melun, impr. Drosne, 1S84, in-12,
26 p.
Delisle (Lcopold), membre de l'Institut, direc-
teur de la Bibliothèque Nationale. - Ivkn taire des
manuscrits de la BlULIOTHliQUENATIONALE. Fouds
de Cluni, Paris, Champion, 1884, in-8, 413 pages.
Faucon (Maurice). — Les arts a la cour d'Avi-
gnon sous Clément V et Jean XXII. — In-8° de
124 pp. avec 2 pi. — Extrait des Allia n^es d'Archéo-
logie et d'Histoire. (Ecole française à Rome.)
I. I^i-s ûuvr.n,t;cs marqués d'un asiérisc|ue (*) sont ou seront
l'objet d'un article biljliographique dans la Revue.
Fournier (E.). — Histoire des enseignes de
Paris, revue et publiée par le bibliophile Jacob,
AVEC UN appendice PAR J. CousiN. — Paris, Dentu,
1884, in-8°, XVI-458 p., dessins et plans.
Germain (L.). Inscription d'autll du XV' siè-
cle, A Marville (Meuse). • — Nancy, impr. Crépin-
Leblond, 1884, in-8°, 8 p. (Extrait du Journal de la
Société d'archcol. lorraine, février 1884.)
Germain (L). — Le camée antique de la
eibliothÎlQue de NA^•CY. — Tours, imp. Bousrez,
1884, in-8°, II p. et pi. (Extrait du Bulleti?i monumen-
tal, 1883.)
Glasson (E.). — Les origines du costume de la
magistrature. — Paris, Laroze, 1884, in-8°, 33 p.
(Extrait delà Nouvelle reloue historique de droit français
et étranger.)
Godard-Faultrier (V.). Inventaire du musée
d'antiquités Saint-Jean et Toussaint de la
VILLE d'Anger!5. — 2" édition. Avec le concours de :
A. Michel, le lieutenant-colonel Duburgua, E. Lelong,
et A. Giffard. Angers, imp. Lachèse et Dolbeau.
In-8, 600 pp. — ' 8 fr.
Grimouard de Saint-Laurent (le comte de),
commandeur de l'ordre de Pie IX. — Manuel de
l'Art chrétien. — Un beau volume in-8. Librairie
Oudin frères, éditeurs, 68, rue Bonaparte, Paris, — 1 5 fr.
Gros (Henry) et Henry (Charles). — Histoire de
LA Peinture a l'Encaustique dans l'antiquité. —
Un volume in-8°, illustré de 30 gravures. Édition sur
papier ordinaire, 7 fr. 50. Quelques exemplaires sur
papier de Hollande, 15 fr.
Guélon (L'abbé). (*) — Le reliquaire de l'église
d'Augn.-\t. — Clermont, Thibaut, 1884, in-8°, 8 p.,
2 pi.
Rucher (H.l. — Restaur.ation des vitraux
de l'église de Solre-le-Chateau (Nord). — Tours,
Bousrez, 18S4, in-8°, 15 p., fig. (Extrait du Bulletin
monumental, 1883.)
Humbert (Lucien). — L'œuvre de Stanislas
DIT LE bienfaisant.
Livret illustré du muséeLuxemboukg, contenant
environ 250 reproductions d'après les dessins originaux
des artistes, gravures et divers documents, publié sous
la direction de F. G. Dumas. i'= édition. Paris, Baschet.
ln-8, LXVn-256 pp. — 3 fr 50.
Lami (S.). — Dictionnaire des sculpteurs de
l'antiquité jusqu'au VP siècle de notre ère.
— Paris, Didier, 18S4, in^", VIII-149 p.
Marionneau (Ch.). — Les Salons bordelais,
ou Exi'osmoNS des beaux-arts .\ Bordeal'x, au
xviii' siècle (1771-1787), avec des notes biogra-
phiques sur les artistes qui figurent à ces expositions.
Bordeaux, V'= Moquet. In-S, XIII-213 pp. — 10 fr.
(Extr. dts publications de la Société des bibliophiles
de Guyenne. Tiré à 175 exemplaires.)
Mély (M. F. de). — La Céramique italienne.
— Sigles et monogrammes. Librairie de Firmin Didot
et C"^^, 56, rue Jacob, Paris, 1884,248 pp.
ii8
iRetiue De l'art cbrcticn
Ménard (R.). Prof, à l'École nationale des Arts
décoratifs. — Histoire des .\rts DÉcoR.vriFS.
La décoration en Grèce. Première partie : Architec-
ture et Sculpture. Paris, Rouam. In-i6, 84 pp. avec
40 fig. — 75 c.
Barbier de Montault (X.), prélat de la maison de
Sa Sainteté. (*) — Collection des décrets authenti-
ques DE L.\ SACRÉE C0NGRÉG.\T10N DES RITES. — ■ Huit
volumes de 500 pp., renfermant plus de sept mille
décisions, depuis la fondation de la Congrégation des
Rites par le pape Sixte-Qnint, en 1587, jusqu'à l'année
1870. — Pri.\ net, franco 24 fr.
Muntz (Eugène). (*) — Le triclinium du L.vrRAN,
Charlemagne et Léon IH. — Paris, Baer, 1 844 ; in-S"
de 15 pp. Pri.x 1.50.
Nageotte (E.). — La polychromie dans l'art
ANTIQUE. — Besançon, impr. Dodivers, 1884, in-S*^,
27 p.
Palustre (Léon). ■— L'ancienne cathIdi^ale
DE Rennes, son état au milieu du XVni<= sii'ccle
d'après des docu.ments inédits. — Paris, CKam-
pion, 1884, in-8°, 216 p. (Entrait du BuUelin monu-
mental ).
Pharond (E.). — La Topographie historique
et archéologique d'Abbeville. — T. HI et dernier.
Paris, Dumoulin. In-8, 62S pp. — 7 fr. 50.
Piolin (R. P. Dom Paul), prieur de l'abb.iye de
Solesmes, président de la Société historique et archéo-
logique du Maine. (*) — Testament du cardinal
Charles d'Angennes (1587). — Mamers, Fleury,
1884, in-8°de 14 pages.
Racinet (A.). — Le Costume historique, 500
planches, 300 en couleurs, or et argent, 203 en
camaïeu avec des notices explicatives et une étude
historique. — 14"= livraison. Paris, Firmin-Didot et
C'"=. In-fol, 92 pp. et 24 pi. Chaque livraison, 12 fr. ;
édition de luxe, — 25 fr.
Ronchaud (L. de). — La Tapisserie dans l'an-
tiquité; le PÉPLOS d'AthÉNÉ; LA DÉCOR.'VTION IN-
TERIEURE DU Parthénon, restituée d'après un
PASSAGE d'Euripide. — • Paris, Rouam. Li-8, 164 pp.
avec vign. — 10 fr.
Taillebois (E). — Quelques mots sur les
PRÉTENDUES inscriptions DES ConVincli TROUVEES
EN Ecosse ; l'inscription tarbélienne du Vieux-
PoiTiERS (Vienne). — Dax,im,)r. Justère, 1SS4, in-8^,
16 p. pi.
Allemagne.
Adamy (Doc. Dr Rud.). — • Architektonik auf
HISTORISCHER U. ASTHEÏISCHER GrUNDLAGE. — • 2''
volume: Architektonik Mittelalters. 1. Abth : Ar-
chitektonik der altchristl. Zeit. 2. Hàlfte. Mit 65
Holzschn. u. ZinkHochatzgn. Hannover, Heiwing.
Gr. in-8, XI et 145-281 p. Chaque partie : — 7 fr 50.
Boulkowski (Alex.). Dictionnaire numismati-
que pour servir de guide aux amateurs, experts et
archeteurs des médailles romaines impériales et grec-
ques coloniales, avec indication de leur degré de rareté
et de leur prix actuel au xix'' siècle, suivi d'un résumé
des ventes publi(iuesde Paris et de Londres — 29"= et 30=
livr. Leipzig, T. O. VVeigel. In-8, 62 pp. Chacjue
Livraison : — 2 fr.
Brugsch (Heinr.). —-Thésaurus ins riptionum
^gvptiacarum. — Altàgyptische Inschriiten, gesam-
melt, verglichen, ûbertragen, erklàrt u. autographiert.
3"= fasc. Leipzig, Henrichs. Gr. in-8, |)p. 531-618.
29 fr. (Inhalt : Geographische Inschriften altagyp-
tischer l^enkmaler.) L'ouvrage complet coûtera 250 fr.
Duniichen (Johs.). — Der Grabpalast d. Pa-
TUAMENAP IN DER THEBANISCHEN NeKROPLIS. ^ In
vollstànd. Copie seiner Inschriften u. bildl. Darstellgn.,
u. m. Uebersetzg. u. Eriautergn. derselben hrsg. i.
Abth. Inschriften iib. Titel u. Wiirden d. Verstor-
benen u. Verzeichnisse der alljàhrl. Todtenfesttage,
wiederf. dieselben angeordneten Opferspenden, Nebst
Vorder- u. Seitenansticht d. Grabgebàudes, wie Grun-
driss u. Durchschnitte sammtl. Ràume. Leipzig, Hin-
richs. In-fol., XVI-48 pp. et 27 tableaux. — 63 fr.
Eitelberger von Edelberg (R.). Gesaelte
KUNSTHiSTûRiscHE ScRiFTEN. — 4"= volume. Wien,
Braumiiller. Gr. in-8, X-396 pp. 18 fr. 60. (Inhalt:
Die mittelalterlichen Kunstdenkmale Delmatiens in
Arbe, Zara, Nona, Sebenico, Traù, Spalato u. Ragusa.
Mit 115 illustr. ira Text u. 26Taf. nach den Zeichngn.
d. Archit, Winfried Zimmermann.)
Essenwein, (.A..) Seiman (E. A.). — Kultur
HISTORISCHER BiLDERATLAS. Il' BaND, MoVEN AgE.
— Leipzig, 1883, in-fol. oblong, 120 pi. et texte ex-
plicatif.
Guide pour Heidelberg et ses enviro.ns, avec les
jjlans de la ville, des ruines du château et du jardin
de Schvvetzingen et une carte routière. Wiirzburg,
Woerl. In- 16, 24 pp. — i fr.
Hefner-AIteneck (J. H. von). — Trachten,
KUNSTWERKE UNO Gerathschaften vom fruhen
Mittelalter bis Ende d. 18 Jahrhund. — 2'^ édit.
Francfort, Keller, in-4°.
Helbig (W.). — Das ho.merische Epos, aus den
Denkmal?;rn erlautert. — Archiiologische Unter-
suchgn. Mit 2 Taf. u. 120 in den Text gedr. Ab-
bildgn. Leipzig, Teubner. Gr. in-8, VIII-353 pp. — •
14 fr.
Hermann (K. F.). — Leurbuch der griech-
ischen Antiquitaten. — Neu herau.sg. von H.
Bliimmer und W. Dittenberger, Fribourg, Mohr, 2 vol.
in-8".
Jaennicke (F.). — Mettl.^ciier Muséum —
!'■'■ .\bthcilung: Deutsches Steinzeug bis zum Ende
des 18 Jahrhunderts. Maycnce, Dicmer, 1884, in-8°,
1 1 pi.
Jungmann (Joseph). (*) Priestcr der Gesellschaft
Jesu, Doctor der Théologie und ord. Professor
derselben an der Universitiit zu Innsbruck mit
15it)liograpbie.
119
Erlaubnisz der Obern. — Aesthetik. • — Zweite, voll-
stândig umgeaibeitete und wezentlich erweiterde
Auflage des Bûches « Die Schônheid und die ?chône
Kurst » mit r.eun Illuslratiomn. F'reiburg im Brisgau
Herder'sche Buchhandlung, 1884. Prix: 15 francs.
Lehner(D''F. A. von)Directordes fiirstl.Hohenzol-
lernschen Muséums in Sigmaringen. — Die Marien
VEREHRUNG IN DEN ERSTEN JaHRHUNDERTEN.
(Le culte de Marie aux premiers siècles, par le Z>' F. A.
V. Lehfier, conseiller à la Cour, directeur du musée du
prince de Hohenzollern à Sigmaringen, avec 8 planches
doubles en lithographie. Stuttgart. J. Cotta.)
Levin (Thdr.). — Repertor um der bei der
KONIGL. KUNST-ACADEMIE ZU DuSSELDORF AUFBE-
wahrten Sammlungen. Diisseldorf, de Haen. Gr. in-S,
X-393 PP- — 3 fr. 35.
Mutcher (Rich). — Die deutsche Bucheril-
LUSTRAÏION DER GOTHIK U. FrUHRENNAISSANCE.
4"= et 5*= livraisons. Miinchen, Hirth. In-fol., p. 121-
232, avec nombreuses illustrations. Chaque livraison :
— 24 fr.
Otte (D. Heinr.). — Handbuch der kirchlichen
Kunst-Archaologie d. deutschen Mittelalters.
— In Verbindg. m. dem Verf. bearb. v. Oberpfr.
Ernst Wernicke, 2° volume, i'='' livraison. Leipzig, T.
O. Weigel. In-8, p. 1-160 avec figures. La livraison :
— 5fr.
Pay (J. de). — Die Renaissance in der Kir-
chenbaukunst. — Entwiirfe zu Kirchen, Leipzig,
Wasmuth., gr. in-fol.
Reinike (Kreisbauinsp. E.). — Die klinischen
Neueanten der Universitat Bonn. — Mit vielen
in den Text eingedr. Holzschn. (Aus : « Centralbl.
d. Bauverwaltg. ») Berlin, Ernst et Korn. gr. in-8,
32 PP- — 3 fr. 80.
Springer (Rudolf). — Kunsïhandbuch fur
Deutschland, Œsterreich und die Schweiz.
EiNE Zusammenstelling der Sammlungen, Le-
hranstalten und Vereine fur Kunst und Kunst-
oewerbe. — Dritte Vermehrte Aufiage. Un volume
in- 18, de 601 pages. Berlin, \\'eidmannsch Buch-
handlung 1883.
Straub (le chanoine A.). — L'Hortus deliciarum
de l'abbesse Herrade de Landsperg. — Repro-
duction héliographique d'une série de miniatures,
calquées sur l'original de ce manuscrit du douzième
siècle. Texte explicatif. Ed. par la société pour la
conservation des monuments historiques d'Alsace.
Livr. 4. Strasbourg, Trùbner. Gr. in-fol., 10 tableaux
et 2 feuilles de texte, — 18 fr. 75.
Les 4 livraisons jusqu'ici parues: — 70 fr.
Rozenberg (Adf.). — Geschichte der moder-
nen Kunst. — 4" livraison, Leipzig, Grunow. In-8,
pp. 289-384. Chaque livraison: — 2 fr. 50.
Trendelenburg (Adf.). — Die Laokoongruppe
UND DER Gigantenfries DES Pergamenischen Al-
tars. Ein Vortrag. Mit 2 Lichtdr.-Taf. ■ — Berlin,
Gaertner. In-8, 39 pp. — i fr. 65.
Vorlagen f. keramische Arbeiten, vorwiegend nach
Enlwiarfen der hervorragendsten iMeister der Neuzeit,
insbesondere v. Brausewelter, Dollischek, Copeland
and Sons etc. (Aus: « Blàtter f. Kunstgeweibe ») Wien,
V. Waldheim. In Mappe. In-fol. 38 tableaux et texte
en regard. — 15 fr.
Wurzbach (Alf. von). — Rembrandt-Galerie.
Eine Auswahl v. 100 Gemiilden Rembrandts, nach
den vorzùglichsten Stichen, Radirgn. u. Schwarzkunst-
blattern in unverKinderl. Lichtdr. ausgefiiithv. Mart.
Rommel & Co. 60 Blatterin gr. Fol. u. 4oText-Illustr.
Mit Textbd. — Complet en 20 livraisons. Stuttgart,
Neff. 1'''= livraison ; gr. in-fol., 3 feuilles et 8 pages de
texte avec photogravures. — 4 fr.
Hunnewell (J. F.). — The Historical Monu-
ments OF France. With Plates. — Boston. In-8, xiv-
336 pp. — 23 fr.
Jlelmken (F. Th.). The cathedral of Cologne,
it.s legends, hi.story, architecture, décorations
AND art treasures. — Translated by J. ^\'. ^\■atkins,
2= éd., Cologne, Boisserée, in-8'^.
Kenyon (R. L.). ■ — The Gold Coins of Englaxd
Arranged and Described: Beiiig a Sequel to Mr.
Hawkins' Silver Coins of England. — London. Qua-
ritch. In-8, 290 pp. — 30 fr.
Lee (V.). — EuPHORiox : Being Studies of
THE Antique and the medi.ïval in the Renais-
sance. — Londres, Unwin. 2 vol. in-8°.
Perkins (Charles G.)- — Historical Handeook
OF Italian Sculpture, Illustrated. — Un volume
in-8°,de 432 pages. — London, Remington et Co. 1883.
Stephens (George). — Handbook of the old-
northern runic Monuments of Scandinavia and
England, Londres, Williams and Norgate. — 1884,
in-4°, fig-
Stephens (Prof. Geo.). — Old Northern Runic
Monuments of Scandinavia and England. Now
first Collected and Deciphered. Vol. III. With many
Hundreds of Facsimiles and Illusts. — London, Wil-
liams and Norgate. In-fol. — 64 fr.
'16clg;iriiic.
Guides belges. (*) — Bruges et ses environs. Avec
nombreuses gravures et un plan de la ville. — Bruges,
imp. et lib. de la Société Saint-Augustin, Desclée, De
Brouweret C"''. In- 18, 281 pp. — 4 fr.
I20
IRcD uc Dc ract cbrétien.
Cloquet (L.) (*) Tournai et Tournaisis. — • Un
volume relié de 500 pp. in-12, impression de luxe, ac-
compagné d'une carte de la ville de Tournai et d'une
centaine de gravures. — 18S4. — ■ Sjc. St-Augustin,
Lille. — 4 fr.
S.uti presse : — Anvers et l'exposition, par L.
Kintschots. — Malines et ses environs, par l'abbé
Van Caster. — Gand et ses environs, par E. Bumers.
— Bru.kelles et ses environs, par G. Nève.
Van Caloen (R. P. Dom Gérard) (*) bénédictin de
l'abbaye de Maredsous. — Les bas-reliefs de Mared-
sous provenant ue l'abbave de Florenne et le
ci.MEiTi'-.RE FRANC DE Maredsous. — (Extrait du
t. X\'I des Annales de la Société archéologique de Namur.
in-8% 22 p. Namur, Wesmael-Charlier, 1884 (avec une
planche).
Van Caster (l'abbé G.). — Histoire des rues de
Malines et de leurs monuments. — Malines, imp.
J. Ryckm.<.n3-Van Deuren. In-8, 3S0 pp. — 5 fr.
Van Robays (Eug.) de la com p. de Jésus. — Les
symboles de la sainte Trinité. Étude archéologi-
que. (Extrait des Précis historiques.) — In 8" de 48 ])p.
— 2 pi. lith. — Bruxelles, Vromant, 1876. — 2.00 fr.
^^^^^^^..^ Danemark. — --^— .-.-^
Sick (J. F.). — Notice sur lesouvr.\ges en or
et en argent dans le Nord et sur la « Solvkam-
MER » DES Rois de Danemark. Suivie d'un tableau
des types de différents poinçons et marques de vieille
argenterie européenne. Avec neuf planches. — Copen-
hague, Lehmann et Stage. In-8, 52 pp. — 3 fr.
■ Cspaçjnc.^
Canton Salazar (L.). — Monografia historico-
ARQUEOLOGICA DEL PaLACIA DE LOS CONDESTABLES DE
CaSTILLA, MAS COMUNMENTE CONOCIDA POR CaSA DEL
Cordon. — Burgos, imp. y libr. de S. Rodriguez
Alonso, In-4, 82 pp. y 3 laminas. — 2 fr. 50.
fôollaiioc.
Souvenir d'Amsterdam et de l'exposition, 1883.
— Amsterdam, Joh. G. Steniber Cz. Pet. in-8, 23
planches. — i fr. 50.
Italie.
Bindi (Vincenzo). — Artisti abruzzesi (pittori,
scultori, architetti, maestri di musica, fonditori, cesel
latori, figuli, dagli antichi ai moderni): notizie e docu-
nienti. — Napoli, tip. De Angelis. In-8, 159 pp. —
4fr.
Garocci (Guido). — Il Mercato vecchio di Fi-
renzë: rlcordi e curiosità di storia ed arte. — Firenze,
tip. délia Pia Casa di Patronato — 2 fr. 50.
Gavalcaselle (G. B.) e Crowe (J. A.).— Raf-
FAELLO, LA SUA VITA E LE SUE OPERE. — FirenZC,
suce. Le Monnier. Vol. I. In-8, xi-415 pp. — 10 fr.
InDICAZIONE SOMMARIA DEI QUADRI ed OPERE
d'arte della R. Pinacoteta di Torino. — Torino,
tip. Reale ditta G. B. Paravia e C. di I. Vigliardi. In-
16, 121 pp. — I fr. 25.
Lo Re (l'abbé Giacomo). — Il canto liturgico
ILLUSTRATO SEC0ND0 LE AUTENTICHE EDIZIONI DI Ll-
bri corali. — Palermo, tip. Olivieri. In-8, 192 pp. —
Melani (.\.). — .-\.RCHiTErTURAiTALiANA;parte 2.
(Architettura niedioevale, del Rinascimento, del cin-
quecento, barocca,del settecento e moderna. — Milano,
Hoepli, edit. In- 16, x-217 pp. — 2 fr.
Toxiri (avv. Ag.). — Miniers, zecche et .monete
DELLA Sardegna: ccnni cronologici, con quadri e li-
togralie. — ■ Ancona, Morelli, edit. In-S, 5g pp. —
3fr.
ll^ortugal.
Catalogo DO Museu Nacional de Bellas-Artes,
SECÇAO depintur.a (descrevendo o assunipto de cada
quadro, a sua procedencia, os principaes factos bio-
graphicos de seus auctores, etc.) — Lisboa, imp. Na-
cional. In-8, 97 pp. — 2 fr.
Vasconcellos (Joaquim de). — Historia da arte
EM Portugal. Fasciculo 2", Documentos ineditos col-
ligidos por Rodrigo Vicente d'.\lmeida. — Lisboa, imp.
de la Novedad. In-8, 95 pp. — 4 fr.
Puisse.
Perrin (A.). — C.vtalogue du médaillier de
Savoie. Avec des fig. — Genève, Stapelmohr. In-8.
— 6 fr. 50. J. C.
^
^
I iMiiiii ■iiniiiiipiiiim II ■■■ ■"'^'■°- iiiin ^T'f^rfflytlV^Trf iili^tfffTi¥Mr iTt"rMnff ■■■rTLTr^TifTT¥Trivr iT""^'^*^ ir >;!'■■'■ I II II iim u ynr* n^/i
Gfjrontquc.
SOMMAIRE, — ŒUVRES nouvelles; Pluie de statues; efnoraison d'églises
(Oraduur-sur-Vayres, Besançon, Péronville, Saint-Sernin, Vernoux, Oroix, Paray, Bordeaux,
Hervé, Schaerbeeck, Equateur, Rome) ; Peintures murales du Panthéon et de Saint-Paul à
Londres; hôtel de ville de Saint-Nicolas. — RESTAURATIONS; Jubé delà cathédrale de
Rouen ; clocher de Saint-Front à Périgueux ; hôtel de ville de Louvain ; église de Saint-Bavon,
à Gand ; églises de Bayonville, de Braine le Comte et de Saint-Eustache à Paris ; tour de Clovis ;
Société des Amis des monuments historiques ; la Marienburg ; conservation de monuments et
Sociétés des Beaux-Arts en Allemagne ; travaux à Rome, dôme de Venise. — TROUVAILLES:
Fouilles de la rue de la Bucherie, à Paris ; trouvailles à Tulette, à Harmignées, à Maredsous ;
un Albert Durer et plusieurs Rembrandt. — CONGRÈS ET EXCURSIONS. — EXPOSITIONS.
— MUSÉES. — VENTE.
oecuurfô nouvelles.
N notre temps si pauvre en
grands hommes, les illu-
strations pullulent. Aussi
pleut-il des décorations et
des statues sur la France.
Le nombre de monuments
qui voient le jour depuis
quelque temps, à la gloire
Uj^^là::-j,-Z<^J:^bo . ■ j, -î£ri de nos concitoyens en
faveur dans l'opinion, est quelque chose de prodi-
gieux. Cette épidémie règne du reste aussi chez
nos voisins.
En ce moment sont exposés à la salle Melpo-
mène les projets du monument Gambetta qui ont
été l'objet d'un concours. Récemment on inau-
gurait à Valenciennes le monument deWatteau,
et en même temps la statue d'Etienne Dolet à
Paris. Celle de Simon Saint- Jean s'élevait à
Millery (Rhône). Le monument àes six bourgeois
de Calais est mis au concours. On peut voir au
square du Temple la statue de Béranger sur son
piédestal, et celle de Viollet-Le-Duc préside à
l'installation du nouveau musée de moulages.
M. Idrac termine l'effigie en bronze d'Etienne
Marcel, qui est destinée au petit square de l'Hôtel
de Ville. La maquette en plâtre de la statue
de Claude Bernard a été portée sur l'emplace-
ment choisi à Paris pour son érection, au haut
du grand escalier qui mène au collège de
France. On s'occupe activement du monument
Berlioz. Les amis de Gil-Pérèsont résolu d'élever
un monument à la mémoire de cet artiste, avec
l'aide du ministère des Beaux-Arts. Un comité
fonctionne pour l'érection d'une statue à Ledru-
RoUin, Boulevard-Voltaire. Le monument com-
mémoratif de la Révolution française s'élèvera
bientôt sur une des places de Paris. Les bourga-
des imitent les grandes villes, et la commune de
Tantonville (Meurthe-et-;\Ioselle) vient d'inau-
gurer le monument de M. Jules Tourtel, tout
récemmentdécédé. Les Gantois vont placer Liévin
Bauwens sur le piédestal, RI. Chapu met la main
au monument de G. Flaubert, etc
L'Italie ne reste pas en arrière. Le monument
de Cavour vient d'être l'objet d'un concours. Celui
de Victor Emmanuel, à Rome, sera adossé au flanc
septentrional de l'église de VAra-Cœli, contre
le Capitole, regardant de front le centre du Cor-
so. La statue, véritable apothéose de l'usur-
pation sacrilège, foulera en quelque sorte aux
pieds les ruines de la puissance temporelle du
Saint-Siège. Cette orgueilleuse figure, hissée sur
un piédestal de 12 mètres de hauteur, sera
quatre fois plus grande que nature. — Du reste,
il ne sera bientôt plus possible d'éviter dans la
péninsule une statue de ce souverain, sans se
heurter à une statue de Garibaldi. Plusieurs
villes d'Italie se proposent d'en élever de nouvel-
les, notamment Palerme; rien ne vaut ce qui
vient d'arriver à Pavie, où un comité s'était formé
pour ériger une statue au « héros ». Le monu-
ment a été inauguré l'an dernier, mais le quart
d'heure de Rabelais est arrivé, car la gloire se
paye, surtout en bronze. Or le comité avait
dépensé ses ressources en fêtes d'inauguration,
et le pauvre fondeur en appelle aux tribunaux.
Un monument élevé à la mémoire de Guillau-
me II vient d'être solennellement inauguré à
Luxembourg. C'est une statue équestre sculptée
par M. A. Mercié.
Il nous a toujours paru, que la statue isolée
comporte en quelque sorte la glorification de
l'homme tout entier ; à ce point de vue il y a
véritable scandale, à accorder les honneurs du
bronze à des illustrations très réelles, mais fort
peu édifiantes à certains égards.
Les saints seuls en mériteraient, parce que leur
1885.
i'*^ Livraison.
122
îRctJuc De rart ct)rcticn.
grandeur est surnaturelle. Mais ils sont préci-
sément les déshérités des honneurs publics. —
Tandis que les nations catholiques rougissent de
leurs saints, voici que l'hérétique Angleterre leur
fait la leçon. Lord Grandville élève un impo-
sant monument à saint Augustin, l'apôtre en-
voyé par le Pape pour convertir l'Angleterre.
Voici quelques détails à ce sujet. Ce monu-
ment, dont nous avons déjà dit un mot, mar-
quera sur les rivages de l'Angleterre l'endroit
vénéré où saint Augustin eut sa première entre-
vue avec le roi Ethelbert. Ce lieu se trouve sur
la route de Ramsgate, près de Ebbs-Fleet, dans
l'ile de Thanet. Le sol y est très fertile et une
ancienne légende s'exprime en ces termes au
sujet de cet endroit, qui s'appelle encore Gotvians-
field (le champ de l'homme de Dieu) : « Félix
telliis, aijits gleba contraxisse benedictioneni credi-
tiir adventu Bcati Aiigiistini. » (Heureuse terre,
dont on croit que le sol a été béni par le fait de
l'arrivée de saint Augustin !)
Il y a un demi-siècle, un grand chêne existait
encore à cet endroit ; il était connu sous le nom
de Chêne de saint Augustin ; à notre époque
même, le petit cours d'eau qui arrose ce
champ et ne se dessèche jamais, s'appelle la
Source de saint Augustin.
Le monument aura une hauteur d'environ vingt
pieds, et sera taillé dans la pierre çlite doulling
quarries, dont la durée est séculaire.
Il sera orné des emblèmes des quatre Évan-
gélistes : le lion, l'aigle, l'homme et le bœuf ; il
sera orné de bas-reliefs représentant l'Annoncia-
tion, la Vierge avec l'enfant, le Crucifiement, la
Transfiguration, les douze Apôtres avec leurs
emblèmes (le traître Judas étant, conformément
au symbolisme antique, représenté avec une tête
d'animal) etc.
Voici la traduction de l'inscription latine qui
a été composée pour orner ce témoignage de
reconnaissance du peuple anglais au grand saint
qui porta la lumière de la foi dans sa patrie :
« Augustin, arrivé enfin à Ebbs-Fleet, dans l'île
de Thanet, après avoir couru de grands périls sur
terre et sur mer, rencontra dans ce lieu le roi
Ethelbert, y parla pour la première fois chez
nous, et y jeta heureusement la première se-
mence de la foi chrétienne, qui se propagea avec
une admirable rapidité par toute l'Angleterre.
Afin de conserver chez les habitants de Kent
le souvenir de ce fait, George Leveson-Govver,
comte Grandville, a fait élever ce monument
— 1884.»
Il faut remarquer que Lord Grandville
n'est pas catholique, et que saint Augustin
avait été envoyé par le Pape pour convertir
l'Angleterre.
SEM. le cardinal Guibert vient de désigner
. pour succéder à M. Abadie, comme archi-
tecte de la basilique du Sacré-Cœur, M. Dau-
met, à qui l'on doit, entre autres importants
travaux, la restauration du Palais de Justice.
LE jour de la Toussaint, une cérémonie à la fois simple
et grandiose avait lieu dans la salle synodale de
l'dvcché d'Angers. Il s'agissait de remettre à Mgr Freppel
une crosse d'honneur et des insignes épiscopaux, témoi-
gnage de l'admiration et de la reconnaissance des catho-
liques, à l'égard du grand prélat. — Ces objets, d'un carac-
tère éminemment artistique, méritent ici une mention
spéciale. Nous comptons en donner dans la prochaine
livraison une description détaillée, dont la publication est
forcément retardée par la confection des planches qui
doivent l'accompagner.
LE grand nombre d'églises construites ou
restaurées de nos jours forme une des
antithèses caractéristiques de l'époque contempo-
raine. Humainement parlant, c'est à peine croy-
able, surtout en ce qui concerne les campagnes.
Or, ce tour de force s'est reproduit sur beaucoup
de points du territoire français dans ces derniers
temps ; témoins les nombreux exemples qui
suivent:
En moins de deux années, a été rebâtie, sur un beau
plan, l'église d'Oradour-surA'ayres. Le 28 avril 1S78, avait
lieu la pose religieuse de la première pierre ; le 7 octobre
1SS4, la consécration épiscopale du monument.
Monument ! c'en est un, au moins de foi, de générosité,
de zèle et de bonne entente. Quant à l'architecture, elle est
du genre roman ; une seule nef en croix latine, voûte un peu
basse, avec un transept original et chevet rayonnant. Du
vieil édifice, on a utilisé seulement la base du clocher,
autrefois au milieu, et maintenant à l'entrée. Vitraux et
grisailles sont de la facture H. Feur, de Bordeaux, le maî-
tre-autel, des ateliers Gardien, de Limoges.
LE 30 août a eu lieu à Besançon, la bénédiction solen-
nelle de la première pierre de l'église dédiée aux pre-
miers aputres de la province, les saints Ferréol et Ferjeux.
Le style adopté est le style roman ; l'église aura une cou-
pole centrale, avec deux tours et clochers comme les
anciennes basiliques. La crypte ancienneoccupera le milieu
de l'église souterraine, et au lieu d'ctre no)ée dans la
maçonnerie, l'enceinte des rochers restera exposée aux
regards des visiteurs, et donnera au monument le cachet
de vérité que lui avaient enlevé les travaux des derniers
siècles. Les fouilles de l'abside sont achevées, les bases des
chapelles de l'hémicycle s'élèvent et donnent une idée
du plan d'ensemble.
LE mercredi 10 septembre, Mgr l'Évêque d'Orléans,
répondant à une gracieuse invitation de'son vénéré
collègue de Chartres, Mgr Regnault, consacrait sous le
vocable de saint Pierre, la nouvelle église de Péronville
aux confins du pays Dunoiset de la Beauce Orléanaise, et
y scellait dans le sépulcre de l'autel les reliques des
saints Félix, Hilaire et Lyé.
La structure du nouveau monument a été conçue et
exécutée dans la disposition des édifices de la période du
XI= au XII" siècle, et dans le style roman de transition
qui les caractérise. Un autel roman taillé en belle pierre
de Poitiers, dû à la munificence de la noble famille de
Cf)toniquc.
123
Gaudart d'AlIaines, d'Orléans, s'harmonise ainsi que son
tabernacle avec l'architecture générale de l'église et en
décore avantageusement le sanctuaire, au-dessous duquel,
en forme de crypte, s'ouvre une sacristie commode et
spacieuse.
ON vient de terminer les nouveaux travaux de dallage
de l'église Saint-Sernin. Ceux qui ont vu les pierres
usées et les vieilles briques qui formaient le pavé de la
basilique savent combien cette restauration était néces-
saire. Fatiguée d'attendre les secours de l'État, qui ne
sont plus aujourd'hui pour les édifices religieux, la Fabri-
que s'est décidée à supporter cette dépense à l'aide de
grands sacrifices et de quelques souscriptions privées.
On a couvert une superficie d'environ deux mille mètres
en marbre dit de Sainte-Anne, connu par son extrême
dureté et provenant des carrières d'Arudy, vallée d'Ossau
(Basses-Pyrénées).
Les dessins et la direction de l'œuvre sont dus à M.
Courrèges, architecte en même temps que fabricien.
ON a beaucoup loué les corvées volontaires
faites au inoyen âge pour la construction
de nos cathédrales. En voici une imitation offer-
te récemment par les hommes de Vernoux
(Ardèche), en faveur de leur église du Sacré-
Cœur. On lit dans la Semaine religieuse de Tou-
louse:
« J'ai voulu voir à l'œuvre ces chrétiens si fervents ; je
me suis transporté sur les lieux de l'extraction du sable,
extraction qui ne se fait pas sans peine, tant s'en faut.
« Plus de cent hommes ou jeunes gens forts et robustes
étaient uniquement occupés à ce travail ; d'autres plus
âgés ou trop jeunes remplissaient les sacs; de nombreuses
charrettes (40 ou 50) très bien attelées, le transportaient
ensuite de la route à l'église, qui se trouve à 2 kilomètres
de distance.
« Vers les cinq heures du soir, la corvée était ter-
minée ; beaucoup l'avaient commencée à trois heures du
matin.
« Tambours et clairons en tête, nos deux cents ouvriers
du bon Dieu entrent dans Vernoux en ordre parfait, et
viennent prendre part à un banquet offert par les autres
catholiques, qui n'avaient pu les aider de leurs bras.
<.< \'ers les sept heures tout le monde s'est retiré, un peu
fatigué peut-être, mais tous heureux d'avoir été les ou-
vriers du Sacré-Cœur. »
la réalisation du vœu le plus cher des habitants du quar-
tier sud.
M
GR l'évêque de Tarbes a consacré, le 7 novembre,
la nouvelle église d'Oroix, patrie de Mgr Laurence.
MGR Thomas, archevêque de Rouen, vient de faire
ériger dans la basilique de Paray, l'église de son
baptême, un magnifique baptistère, cfiuvre artistique au
suprême degré, assure-t-on, et vraiment digne du dona-
teur.
LA nouvelle église du Sacré-Cœur de Bordeaux, œuvre
de M. Mondet, n'est pas encore terminée à l'exté-
rieur. Aux côtés de l'entrée principale on élèvera deux
clochers surmontés de lanternes avec dômes.
L'église, réclamée en 1875 V^'^ ""^ pétition et autorisée
en 1S76 par un décret du gouvernement, a été construite
sans le concours de la ville. L'initiative et la générosité
du cardinal Donnet, du clergé et des fidèles, ont permis
I. C'est au môme artiste que sont dues les mosaïques exécutées
aux fonts-baptismaux de Saint-Sernin et aux chapelles de Sainte-
Germaine et de Notre-Dame Bonnes Nouvelles.
APRÈS bientôt quinze ans, l'église de Val-Dieu, près
de Hervé (Belgique) renversée il y a un demi-siècle,
vient de sortir de ses ruines et de recevoir de l'évêque
consécrateur le caractère religieux qui lui permet d'être
livrée au culte.
Il a fallu quinze années d'un travail opiniâtre, d'un
dévouement sans bornes pour mener à bonne fin l'œuvre
de restauration. Mais maintenant cette œuvre est accom-
plie. Sur les anciens fondements, des murs à l'aspect impo-
sant se sont édifiés, et voici qu'un monument d'un caractère
sévère illustre de nouveau et pour des siècles, la solitude
du Val-Dieu.
La consécration de cette basilique a été faite le lundi 20
octobre, par Mgr l'évêque de Liège.
LA fabrique de l'église paroissiale de Sainte-Marie, à
Schaerbeek (Bruxelles), a procédé, à l'adjudication
de l'entreprise des travaux d'achèvement de cet édifice.
Travaux suspendus, depuis plus de vingt ans.
D'après les plans et devis de l'architecte provincial
Hannotte, la dépense qui reste à faire monte à
fr. 165,254-53.
LA République de l'Equateur vient d'allouer
les fonds nécessaires pour l'érection d'un
temple national au Sacré-Cœur de JÉSUS. C'est
le premier décret du nouveau gouvernement.
Ce grand acte inaugurera d'une manière heureuse
la carrière du président Caamano, le digne suc-
cesseur de l'héroïque Garcia Moreno. Selon l'ex-
pression du député qui a défendu le projet au
Parlement, cette basilique sera le rempart de
l'Equateur.
« Messieurs, dit-il,l'isthme de Panama va s'ouvrir : on dit
que la civilisation européenne va déborder chez nous par
ce canal, et couvrir de ses trésors tous nos océans. Eh
bien ! voici le moment d'élever bien haut le flambeau
de notre foi pour illuminer de son éclat les eaux du Paci-
fique et attirer à nos plages tous ces voyageurs errants.
Les âmes cherchent naturellement la foi, parce que la foi
est une lumière, et l'âme cherche la lumière. La basilique
du Sacré-Cœur, élevée sur le sommet du Pichincha comme
le symbole de la foi de tout un peuple, voilà le phare qui
doit éclairer les flots du Pacifique... >
De si nobles paroles ne s'entendent guère plus
dans les Parlements européens.
LE dimanche, 19 juillet dernier, on a fait, à Rome, avec
une pompe solennelle, la consécration de l'église de
Sainte-Marie-de-la-Victoire et de l'autel de la Sainte-
Vierge, don de Son Excellence le prince Don Ale.xandre
Torlonia. C'est Son Éminence le cardinal Jacobini, secré-
taire d'État de Sa .Sainteté, qui a accompli les cérémonies
prescrites par le rituel. L'autel est construit entièrement
en lapis-lazuli et autres marbres précieux. .-Xu-dessus se
trouve une gloire ou iitonstranci or et argent, destinée à
entourer le tableau miraculeux de la Madone, qui y a été
transporté proccssionnellement, après la consécration
de l'autel. {Rosier de Marie.)
124
IRcuuc 0 e rart cJjvcticn.
A Sainte-Marie-Madeleine des Pères ministres des in-
firmes, la clôture du triduum a dté des plus brillantes. Sur
la façade on lisait l'inscription suivante :
SVPPLICATIONES IN TRIDVVM
OB CENTESI.MV.M ANNVM
A PVBLICO ET SOLEMNI EXERCITO
MENSI MARIANO
A ce. RR. (■) INFIli.MIS MINISTRANT. INSTITVTO
QVOTQVOT ESTIS DEIPAR/E CLIENTES
IPSAiM ADPRECAMINI
VBERElM OPEM ALL.ATVRAM
(Ibidem)
Voilà de bonne épigraphie latine, comme on sait la faire
à Rome.
En France, il en va autrement; cju'on en juge par le
tombeau du premier archevêque de Rennes.
Sur une plaque de marbre noir, fixée au piédestal, est
gravée l'inscription suivante :
MEMORI^
E. E. In X° P.\tris D. D. Godfridi Brossays
Saint-Marc. S. R. E. Prksbyteri Cardinaus
Tituli s. Mari.e de Victoria
Pruii Redonum Archiepiscopi
hoc iionumentum clerus populusque mœ
rentes et grati posuere
DANS la ville de Landshut, M. F. X. Banh, de Munich,
est occupé à orner la nouvelle église du Saint-Esprit
de peintures murales, à l'aide d'un nouveau procédé qui
lui est propre. Il doit retracer les sept œuvres de miséri-
corde et a eu l'idée de mettre en scène des sœurs de cha-
rité, exerçant leurs sublimes fonctions auprès de l'humanité
souffrante.
LES importantes décorations dti Panthéon
touchent à leur fin. On vient de découvrir
deux fresques de M. Maillot, peintes dans la
chapelle latérale de droite, et une mosaïque de
M. Hébert, qui décore le cul de four central placé
au fond du monument, derrière l'autel de carton
doré, qui, espérons-le, ne tardera pas à disparaî-
tre. Voici, d'après la légende explicative, le sujet
des fresques de M. Maillot :
<< Sous le règne de Charles VIII, au milieu d'un
nombreux cortège, où figurent l'évêque de Paris, l'abbé
de Sainte-Geneviève, le clergé des paroisses et les
corporations, le parlement et les autres cours souveraines,
l'an 1496, le 12 janvier, la châsse de sainte Geneviève,
portée par des bourgeois de Paris, vêtus de chemises de
pénitents, est conduite solennellement à l'église Notre-
Dame pour obtenir la cessation des pluies qui, depuis trois
mois, désolent la ville. >">
L'œuvre manque d'accent et de mouvement ; tous les
personnages sont du même ton, qu'ils soutiennent la
châsse, soufflent dans des trompettes ou se prosternent
devant les restes de la sainte.
La fresque de M. Maillot a pourtant une qualité, celle
de ne pas s'imposer. On peut ne pas la voir. L'artiste est
resté dans des tons gris et mornes qui, joints à l'obscurité
relative du lieu, empêchent ses innocentes compositions
d'être gênantes.
I. Clericis regularibus.
L'immense mosaïque de l'abside a été confiée à M. Er-
nest Hébert. L'effet en est éclatant et l'œuvre mérite à
tous les points de vue une étude spéciale. C'est par M. de
Chenevière, alors qu'il était directeur des Beaux-Arts, que
ce grand travail a été demandé à M. Hébert ; on lui
laissa le choix du mode d'exécution, soit en mosaïque,soit
par les procédés de peinture accoutumés. M. Hébert opta
pour la mosaïque. Un atelier de mosaïste était alors en
voie de création à la manufacture de Sèvres sous la di-
rection d'un des meilleurs artistes du Vatican, M. Pogge-
si. C'est cet atelier qui a exécuté les travaux de l'abside
du Panthéon avec le concours de M. Guilbert Martin, qui
a consenti à mettre les grands feux de son usine à la
disposition de M. Poggesi pour les quantités considérables
d'émaux nécessaires.
Le sujet que M. E. Hébert a dû représenter est celui-
ci: /,<.' Christ montrant à l'ange de la France /es destinées
de son peuple dans une visio/i. Une inscription latine, à
lettres d'or sur fond bleu, due ;\ M. Leblant, exprime ainsi
ce programme : Angelum Galliœ custodem Christus pa-
triœ faia docet. Le CHRIST, debout au milieu de la com-
position, tient de la main gauche le livre des destinées ;
de la main droite, il commande aux événements qui se
déroulent devant lui, représentés par les peintures de
MM. Cabanel, Puvis de Chavannes, Bonnat, etc., qui
résument l'histoire mystique de notre pays. L'ange de la
France, à gauche du Christ, l'épée nue à la main, sem-
ble assister à quelque lamentable désastre du pays dont
il est le gardien ; mais l'attitude de la figure semble dire
que de beaux jours peuvent luire encore pour la patrie. A
gauche, l'auteur a placé sainte Geneviève, patronne de
l'Eglise et de Paris, et à droite Jeanne d'Arc avec son
armure. La martyre n'a pas d'auréole ; mais la Vierge
est auprès d'elle, lui mettant la main sur l'épaule et la
présentant au Sauveur.
Il y a, dans cette mosaïque un sentiment décoratif et
hiératique très caractérisé, dans le sens de celui que révè-
lent les mosaïques de San ApoUinare Nuovode Ravenne.
La composition est claire, d'une tonalité franche, har-
monieuse et agréable. Le fond d'or, quoique trop éclatant,
était commandé par la forme même de l'emplacement. On
sait, en effet, que ces sortes de fonds seuls réussissent
dans les voûtes demi-sphériques où la lumière ne les frap-
pe jamais directement, et c'est le cas ; on sait également
que, dans ces conditions, ils donnent à la mosaïque tout
l'éclat et tout le charme qu'elle comporte.
Nous faisons toutes nos réserves quant à la composi-
tion. — Toute cette décoration du Panthéon n'a rien de
commun, comme conception, avec les règles tradition-
nelles de l'art chrétien, dont il n'est pas permis de s'écarter
quand on décore une église. Nous sommes en présence
d'une église païenne par sa forme, dans laquelle l'art mo-
derne se donne carrière avec plus de talent que de com-
pétence.
Nous avions écrit ce qui précède, quand nous
avons reçu d'un de nos collaborateurs une note,
qui relève avec raison un grave abus.
On lit ce passage dans la description que
donne le Figaro de l'œuvre de M. Hébert :
A gauche, l'auteur a placé, suppliante, la bergère sainte
Geneviève, patronne de l'église et de Paris, et à droite la
grande Lorraine Jeanne d'Arc, avec son arnrure, sa jupe
rouge et son visage de suppliciée. La martyre n'a pas
d'auréole, mais la vierge, la grande consolatrice est auprès
d'elle, lui mettant la main sur l'épaule et la présentant au
Sauveur en signe d'adoption.
Ici l'd parole est à notre correspondant :
Voilà donc Jeanne-d'Arc définitivement canonisée par
les artistes laïques en dehors et sans le concours de
C ironique.
125
l'Église, qui seule est compétente sur ce point. On lui
refuse, il est vrai, Vaiiri'ole (lisez nimbe), mais on la place
néanmoins parmi les saints, en pendant de sainte Gene-
viève. Un vitrail de la basilique de Saint-Epure à Nancy,
la désigne ainsi: Sainte Jeanne d'Arc. Puisque les
autorités ecclésiastiques laissent faire, là où leur devoir
strict, conformément au concile de Trente, serait de parler
et surtout d'agir, nous ne cesserons de protester contre
de pareilles exhibitions qui prouvent plus d'enthousiasme
irréfléchi que de science canonique. X. B. de M.
On écrit de Saint-Nicolas au Fondsenblad
de Gand:
«TA décoration de notre hôtel de ville gothique, bâti
■L' sur les plans et sous la direction de M. Pierre Van
Kerckhove, ancien élève de l'école St-Luc de votre ville,
s'achève peu à peu. Le cabinet du bourgmestre entre
autres est orné d'une peinture murale qui, sous le rapport
du goût, du caractère et de son harmonie avec le style
du monument, est remarquable dans toutes ses parties.
Elle a été exécutée par M. Rémi Goethals, lui aussi ancien
élève de l'école St-Luc.
Sur la cheminée de la salle dont je parle, au milieu de
rinceaux traités à la manière gothique, on remarque l'écu
de la ville entouré des blasons de tous les chefs-lieux de
canton de l'arrondissement de St-Nicolas, tandis que, sur
la partie inférieure, se détachent les armes du pays et de
la province.
De la partie inférieure des murs de la salle, ornée d'un
lambris de bois de chêne, s'élève un arbuste luxuriant
chargé de fruits ; autour du tronc courent et s'entremêlent
des tiges de fleurs et dans ses branches sont posées des
multitudes d'oiseaux aux ailes bigarrées. Cette végétation
parcourt toute la chambre. Aux nœuds des branches, rap-
pelant les métiers,pendent d'élégants écus, conçus d'après
les règles les plus sévères de la science héraldique. Tout
chargés d'or et resplendissant des plus brillantes couleurs,
ils donnent à la salle un aspect ancien ; on se croirait
transporté au milieu de ce moyen âge, où les Métiers, alors
dans toute leur splendeur et leur puissance, ne manquaient
jamais d'orner leurs lieux de réunion des emblèmes de
leurs industries florissantes.
Sur un fanion nous lisons la devise suivante de notre
regretté littérateur Conscience et tirée de son Lion de
Flandre : De ambachteji icerktcn gezanienlijk voor de alge-
meene welvaart. (Les métiers travaillaient de concert pour
la commune prospérité.)
Je ne puis terminer sans rendre justice à l'éminent archi-
tecte M. Pierre Van Kerckhove. Toutes les boiseries, qui
ornent cette salle et qui sont travaillées sur ses dessins,
excitent l'admiration des nombreux étrangers qui visitent
notre splendide hôtel-de-villc.
Aussi l'académie de St-Luc en tire une grande gloire 1
Honneur à cette école qui par ses maîtres et ses élèves a
relevé la vieille architecture flamande et a fait revivre les
anciennes splendeurs de notre art national. » X.
BLC5tauration,s.
'ENLÈVEMENT du jubé de la cathé-
drale de Rouen a provoqué quelques
protestations des amis de l'art du
XVI 11^ siècle, qui font observer, que
ce jubé était un des rares monuments élevés en
France sous le règne de Louis XVL II fut cons-
truit par le cardinal de la Rochefoucauld, avec
les marbres cipolins de Leptis Magna et sous la
direction de Lecombe et Clodion, en remplace-
ment du magnifique jubé gothique du XIV'^ siè-
cle, dont les travaux d'enlèvement accomplis, il y
a quelques mois, ont révélé d'admirables restes.
On ne saurait nier que l'aspect général de la
nef et du chœur n'ait gagné à la disparition de
ce monument, dont le style grec détonnait au
milieu d'un édifice gothique. Mais des artistes,
des amateurs et la Commission départementale
d'antiquités, ont pensé qu'il était toujours délicat
de porter la main sur une œuvre d'art.
Nous trouvons à ce sujet, dans le dernier
numéro du Moniteur des Arcliitectes, un intéres-
sant article de M. Eugène Dutuit. M. Dutuit
propose de reeousti uirc le jubé à ses frais, le minis-
tère des beaux-arts aura à se prononcer sur cette
proposition.
M. Dutuit ne se dissimule pas qu'il a peu de
chances de recevoir une réponse favorable. En
attendant, il fait exécuter trois dessins du jubé,
représenté tant du côté de la nef que du côté du
chœur. Il en offrira deux exemplaires à la Com-
mission des antiquités et deux autres à la ville de
Rouen, de sorte que les écrivains qui, plus tard,
s'occuperont de la cathédrale, auront sous les
yeux les documents nécessaires pour se former
une opinion motivée sur cette œuvre d'art. — En
présence d'une initiative si généreuse nous ne
pouvons nous défendre d'un regret. L'honorable
collectionneur dont le nom est justement estimé
d'ailleurs dans le monde des arts, témoigne pour
une œuvre remarquable, d'un véritable culte.
Ce culte louable ne serait-il pas satisfait par la
reconstruction du jubé dans tout autre emplace-
ment qu'au seuil du chœur de la cathédrale?
Quelle bonne fortune, non pas seulement pour
l'archéologie, mais aussi pour l'art chrétien, si la
sollicitude et la munificence de ce grand citoj-en se
proposait un but plus élevé encore, s'il prenait
à cœur de parfaire l'unité du monument, de restau-
rer son ordonnance primitive, d'après les don-
nées qu'on possède, en restituant l'antique jubé,
en style ogival ! Le jubé récemment démoli ne
serait pas perdu pour les archéologues, la clôture
du chœur ne serait pas supprimée ( et qui ne
sait, que la liturgie, la majesté du monument et
les plus saines traditions s'unissent pour réclamer
son maintien?) et l'on rendrait ainsi à la cathédrale
de Rouen l'un des éléments les plus importants
de son ancienne et harmonieuse ordonnance.
VOICI, d'après M. Dutuit lui-même, quel était le jubé
qu'on avait détruit pour faire place au nouveau.
C'était un jubé gothique du .VIV'" siècle, ayant de cha-
que côté un autel dont le style était en harmonie avec
120
IRcDiic D c rart cïjrcticn.
celui de l'édifice. On y accc'dait par un escalier spacieux.
Il y avait au milieu une porte en fer, sous une arcade ogi-
vale, et de chaque côté, une porte en cuivre. Le jubé était
surmonté d'un crucifix. Le 3 décembre 16 17, Louis XIII,
entouré de ses ministres, y entendit une prédication de
l'archevêque François de Harlay.
L'un des autels était dédié à Notre-Dame du Vœu,
parce qu'en 1637, les échevins de la ville, oii la peste sé-
vissait depuis vingt ans, vinrent en grande pompe y sus-
pendre une lampe d'argent comme le symbole du vœu
public. L'autre autel, dédié à Stc Cécile, était l'autel du
Puy des Palmods, confrérie littéraire dont le but était de
distribuer des prix à ceux qui célébraient le plus conve-
nablement dans leurs poésies l'Immaculée Conception.
Le cardinal de Bonnechose ne cessa de demander, pen-
dant tout le temps qu'il fut à la tête du diocèse de Rouen,
la suppression du jubé qui entravait les cérémonies du
culte et n'était pas dans l'esprit du rite romain.
Mgr Thomas, son successeur, a fait entendre les mêmes
réclamations.
Enfin, la décision a été prise par le Comité des monu-
ments diocésains, qui compte dans son sein plusieurs
membres de l'Institut.
ON sait qu'il est depuis longtemps question
de restaurer le clocher de Saint-Front de
Périgueux.
M. Abbadie avait formé le projet de le démolir
et de le reconstruire de fond en comble, comme
il a si malheureusement fait de l'église elle-même.
Nos lecteurs apprendront sans doute, avec plaisir,
que ce malencontreux projet a peu de chances
d'être mis à exécution. Le ministre des cultes,
avant de permettre que l'on touchât une seule
pierre de ce vénérable monument, a voulu pren-
dre l'avis d'une commission spéciale d'architectes
et d'archéologues. C'est là, dirons-nous avec la
Gazette archéologique, un précédent qui s'écarte
trop des traditions de l'administration des édifi-
ces diocésains, pour que nous ne nous empres-
sions de le signaler au public et d'en féliciter le
ministre. Cette commission s'est réunie récem-
ment à Périgueux, et s'est livrée à un minutieux
examen du monument.
La Gazette croit qu'elle a unanimement recon-
nu que la démolition de ce curieux clocher serait
un acte de vandalisme injustifiable, et qu'il y
aurait tout au plus lieu de démolir la partie supé-
rieure de la tour, jusqu'à l'endroit où du plan
carré elle passe au rond. L'état déplorable dans
lequel se trouvent les parties hautes de l'édifice,
pourrait justifier cette solution. Espérons cepen-
dant que M. Bruyerre, l'habile architecte qui
remplace aujourd'hui M. Abbadie, saura restau-
rer le tout sans recourir à un aussi fâcheux
expédient.
LES habitants du X<= arrondissement à Paris,
signent en ce moment une pétition tendant
à la suppression de l'église Saint- Laurent, une
des plus anciennes de Paris, pour construire à
sa place la nouvelle mairie de l'arrondissement
de l'Enclos Saint-Laurent.
LA restauration de la salle gothique de l'hôtel
de ville de Louvain est l'objet de nom-
breuses critiques.
Celles que nous trouvons dans la Gazette de
Loiivaiii nous paraissent fondées.
Dès l'entrée de la salle on est désagréablement surpris
par la vue d'une énorme porte en ogive avec tympan
sculpté, dont on ne trouve guère d'exemples à l'intérieur
de nos anciens hôtels de ville. Il y a dans le grand ves-
tibule du rez-de-chaussée des types de portes anciennes
originales, pourquoi ne s'en est-on pas inspiré.' On ne con-
testera pas qu'elles aient le caractère voulu.
Les fenêtres n'avaient primitivement pas de châssis.
Elles étaient fermées simplement par des volets. Evidem-
ment il fallait ajouter des châssis, mais pourquoi n'a-t-on
pas adopté pour ceux-ci les formes généralement usitées
au quinzième siècle? Les châssis de cette époque s'ou-
vrent en deux parties distinctes dans le sens de la hau-
teur. Ceux que l'on vient de faire s'ouvrent d'une pièce ;
c'est une disposition que l'on tâcherait en vain de justifier.
Les volets nouveaux échappent tout aussi peu à la cri-
tique. Nous ne parlerons pas de la manière dont ils sont
accrochés aux anciens gonds, qui existent encore; cela est
tout à fait défectueux et n'est pas digne d'un apprenti
forgeron ; mais leur forme elle-même est une innovation
dont nous cherchons en vain la raison.
Tous ceux qui ont visité le musée, établi précisément
au-dessus de la salle gothique, ont pu y voir un des volets
primitifs, et constater que ceux-ci ne ressemblaient en rien
aux nouveaux.
Pourquoi l'architecte a-t-il ici encore voulu innover?
Trouvait-il le travail de son devancier trop imparfait?
Peut-être l'extérieur de ces volets anciens était-il un peu
rude, â cette épocjue on tenait aux clôtures solides, mais
leur face intérieure est charmante avec ses petits compar-
timents élégamment sculptés. Et quand même ils seraient
aftreux ils sont anciens : c'est une qualité qui suffit, qui
prime toute autre lorsc|u'il s'agit d'une restauration.
11 serait bien difficile aussi d'approuver la ferronnerie des
châssis et de la grande porte. Elle n'est pas dans le style
de l'époque, elle manque d'unité, et telles charnières sont
d'un dessin absolument sans caractère.
La hotte de la cheminée nouvelle, maçonnée cependant
à l'intérieur, est à l'extérieur en bois peint en pierre blan-
che! Nous ne pensons pas que l'on puisse citer beaucoup
d'exemples anciens de cette espèce.
Que dire des peintures? Nous savons que l'on a discuté
longtemps sur le genre qu'il fallait adopter. La solution h.
laquelle on s'est arrêté est loin d'être la meilleure. 11 fallait
de la peinture monumentale, on nous a donné des tableaux,
dont nous ne voulons pas discuter l'exécution, mais qui
défigurent toute l'ordonnance architectonique de la salle.
Il y a l.'i des perspectives qui ouvrent de véritables trous
dans les murs. Or, le premier principe de la peinture déco-
rative est de faire valoir l'architecture, bien loin de la
détruire.
Le plafond est orné de gracieuses nervures en bois
retombant sur de charmants culs-de-lampes. Les aiguilles
des poutres portent de petits groupes sculptés avec beau-
coup d'art. Pourquoi a-t-on enduit tout cela d'une vilaine
couleur noire, que les reflets de maigres filets d'or ne par-
C&roniquc.
127
viennent pas à éclairer, et qui a transformé ces parties si
délicates en masses sombres où l'œil ne distingue plus
aucun détail? Est-ce pour marquer que c'est du vieux
chêne? Mais les planches et les poutres auxquelles elles
sont fixées sont du même âge et, franchement, nous préfé-
rons leur couleur.
Nous sommes heureux de pouvoir terminer par des élo-
ges: l'exécution des menuiseries ne laisse rien à désirer,
et fait honneur à MM. Goyers qui en ont été chargés.
LA paroisse de Bayonville (diocèse de Renne), perdue
pour ainsi dire au fond des Ardennes, possède une
église des plus belles de la contrée. C'est un précieux reste
du XV" siècle. Il y a 25 ans, ce n'était qu'une pauvre ma-
sure, aujourd'hui c'est un vrai monument, entièrement
restauré dans son architecture, ses vitraux et son mo-
bilier.
ON s'occupe de restaurer le portail de l'église Saint-
Eustache à Paris. Les échafaudages sont posés.
Ce portail, commencé en 1754, n'a pu, par suite de vicis-
situdes diverses, être terminé qu'en 1 788 par l'architecte
Moreau.
Ox répare en ce moment la tour de Clovis qui tombait
en ruines et menaçait d'écraser un jour ou l'autre le
lycée Henri IV.
Cette tour provient de l'ancienne abbaye de Sainte-Ge-
neviève, dont l'origine remonte à l'an 519; l'abbaye fut
ruinée par les Normands, en l'an 800, et reconstruite en
1177. •
Les fondations de la tour sont du VP siècle.
La tour elle-même est du XI P, sauf la partie supérieure.
SUR la demande de M. Gamier, l'architecte de l'Opéra,
une commission vient d'être nommée par la Société
des Amis des monuments historiques dans le but de s'en-
tendre avec les députés et les conseillers municipaux de
la Seine sur les moyens à employer pour arrêter la ruine
des sculptures de la porte Saint-Denis qui se dégrade de-
puis quelque temps.
La Société se propose un classement, non seulement des
œuvres d'art qui méritent à Paris une attention spéciale,
mais encore de ces vieux hôtels, de ces portes, de ces pein-
tures, que peu de gens connaissent dans les recoins de
Paris et qui sont cependant une de nos richesses. Elle
étudie non seulement les œuvres du passé, mais les me-
sures propres à donner dans l'avenir un aspect pittoresque
à la capitale.
PAR suite de la démolition des maisons delà
rue Bodenbroeck opérée en vue de dégager
le chevet de l'église Notre-Dame au Sablon à
Bruxelles, le Sacrarium adossé à l'un des côtés
a été mis à découvert et M. Schoy, architecte, a
été assez heureux pour retrouver la date précise
de son érection (1549). Ce Sacrarium figure
comme ensemble sur une toile, chef-d'œuvre de
David Teniers, peinte en 1652, actuellement à la
Galerie du Belvédère à Vienne (').
Ce chef-d'œuvre d'architecture et de sculpture
du style ogival fleuri eut terriblement à souffrir
du vandalisme des édiles bruxellois du commen-
cement du siècle. Ces magistrats peu avisés
vendirent comme terrain à bâtir l'espace com-
pris entre l'édifice et la voie publique. De
vulgaires maisonnettes s'adossèrent au chevet et
les propriétaires, pour gagner de la place, sacri-
fièrent sans pitié les saillies sculptées ou moulu-
rées de l'encombrant Sacrarium auquel ils confi-
naient.
M. Schoy a dégagé les plâtras et blocailles
qui aveuglaient les niches et pratiqué des fouilles,
au pied de l'édicule; elles ont fourni des débris
précieux pour le rétablissement authentique des
détails de l'ordonnance supérieure.
Pour justifier la précision de ses profils et de
ses relevés, M. Schoy a fait prendre soixante-
seize moules en terre glaise qui ont été ensuite
coulés en plâtre. Cette collection de reliefs archi-
tectoniques est vraiment curieuse et fait voir avec
quel soin et quelle conscience travaillaient les
artistes aux siècles de foi. C'est le même souci
qui a permis à l'architecte de rétablir avec certi-
tude certains détails d'une délicatesse extrême,
totalement perdus au.x faces visibles et qu'il are-
trouvés quasi intacts aux recoins les plus sacrifiés
et les plus à l'abri du regard des passants.
Les épures du Sacrarium de Notre-Dame au
Sablon ont mérité à M. Schoy les médailles d'or
d'architecture à l'exposition universelle d'Amster-
dam et au Salon de Paris de cette année. La série
d'études élaborées en vue de la restitution du
Sacrarium, fera connaître, dans la section d'ar-
chitecture à l'exposition universelle d'Anvers, une
œuvre assurément très méritoire.
On nous écrit de Gand :
IL se fait en ce moment à la cathédrale de Gand un
commencement de restauration exécutée par un maître
en cet art, M. A. Van Assche, qui a fait en Flandre des
chefs-d'œuvre du genre.
Le chœur de cette église date du XIIP siècle. Sa con-
struction, interrompue, n'a été reprise qu'au commence-
ment du XVP' siècle. On éleva alors les nefs et le transept,
et les supports de la voûte hardie de la croisée, exécutés
en pierre blanche, furent greffes sur la maçonnerie en cal-
caire bleu tournaisien de l'antique chœur gothique. Les
voûtes des collatéraux du chœur furent refaites en même
temps.
A une époque plus récente l'architecture des chapelles
rayonnantes fut noyée dans des masses de plâtras et cachée
sous de lourds mausolées en marbre, affreux parasites
envahissant tous les murs. Le chœur fut clôturé par de
I. Salle du i" étage, n" 51, VI. (Elle mesure 4'5"x j'g"). Elle re-
présente l'archiduc Léopold Guillaume abattant l'oiseau placé sur la
flèche de l'église de Noire-Dame auSablon le 23 avril 1651.
128
ïRctJue De rart cïj rétien.
vastes cloisons en marbre blanc et noir, dont la plate,
monotone et glaciale surface, entrecoupée de pilastres
corinthiens, s'élève presque jusqu'à la pointe de grandes
arches gothiques, les dérobant aux regards, à l'intérieur
comme à l'extérieur du sanctuaire.
On vient de découvrir un bien curieux fragment d'ar-
chitecture, dont nous reproduisons un croquis. La pre-
mière chapelle rayonnante, que l'on rencontre en pénétrant
dans le pourtour du chœur, est séparée du bras du tran-
sept, non par un mur plein, mais par une arche ogivale
dans laquelle s'encadre un gros boudin rond, cantonné, à
partir de la naissance de l'ogive, d'une double petite
baguette. Notre vignette fait voir cette arche, du côté de
la chapelle, et donne la coupe de la première travée du
déambulatoire (côté de l'Épître). Le spectateur regarde
vers les nefs.
'hisSi
f
Ajoutons que M. A. Van Assche met, la dernière main à
la restauration de l'église de Sainte- Elisabeth, autrefois
chapelle de l'ancien béguinage de Gand. L'intérieur a été
entièrement gratté, et l'on peut analyser un intéressant
travail de reconstruction, opéré au XVl" siècle, d'une
église du X1I1"= siècle, dont on a réemployé une partie des
matériaux, notamment les colonnes, les soubassements
et les beaux chapiteaux à crochets.
On sait que l'intolérance d'une administration hostile a
forcé les béguines à quitter leur habitation séculaire. Leur
pittoresque cité, d'une physionomie si pieuse, est aujour-
d'hui sécularisée.LeursjoHes maisonnettes en style flamand,
précédées de jardinets, gardent encore un certain cachet
claustral. Mais des cabarets sont établis dans ces asiles
de la prière. Au-dessus du linteau d'une porte ornée d'un
bas-relief représentant JÉSUS ait jardin des Olives^ on lit
l'enseigne Aie cliatnoir. En face de l'église, dans les locaux
d'une coininunatité, est installée l'officine du journal le plus
impie de Gand.
L'EGLISE de Braine-le-Comte (Belgique) subit une
transformation complète, due à l'initiative de M.
le curé Dujardin.
De l'ancienne église, de style ogival primaire, i! ne reste
que des traces ; le XV" siècle a entièrement remanié le
monument, et le XVI" a achevé de le transformer, en allon-
geant le chœur et en élevant une tour très monumentale.
L'église garde un retable et un tabernacle en tour, de la
Renaissance, remarquables dans leur genre, et une statue
colossale de saint Christophe, du XVI" siècle, sur un pié-
destal superbe.
On a beaucoup embelli le vaisseau, dans ces derniers
temps, en mettant à nu le bel appareil de la maçonnerie,
les nervures des voûtes et leurs tympans en briques.
M. le curé, aide de son zélé vicaire, M. J. Croquet, prépare
une intéressante étude sur cette église, fort curieuse dans
ses détails.
Monsieur Von Kirtis écrit au Courrier de l'Art :
LAALarienburg,château-fort situé dans la Prusse Orien-
tale, sur les rives de la Nogat, fut au XIV'= siècle la
résidence favorite du grand-maitre de l'Ordre Teutonique.
C'est donc une sorte de sanctuaire national. Composée de
trois corps de bâtiments distincts, cette construction est
un curieux spécimen de l'architecture mihtaire du moyen
âge. Longtemps abandonnée, la Marienburg tombait pres-
que en ruines, lorsque après la guerre de 1870, la Prusse
eut l'idée de restaurer ce nid sombre et farouche de l'Aigle
noir. C'est depuis cette époque que les crédits, jadis inscrits
annuellement au budget pour la cathédrale de Cologne,
sont aflectés à la Marienburg. L'Etat doit se charger de
la maçonnerie et de toutes les grosses réparations ; on
compte sur la libéralité des assemblées municipales et des
particuliers pour faire exécuter la décoration intérieure
dans le style du temps. Le Landtag de la Prusse Occiden-
tale vient de votera cet effet une somme de 25,000 marks.
Les grands seigneurs des deux Prusses, dont plusieurs ont
conservé un véritable culte pour les souvenirs féodaux, ne
manqueront pas d'y apporter leur obole. Sous peu, la vieille
citadelle des Teutons sera entièrement rajeunie. Puisse-
t-elle ne pas l'être d'une manière trop maladroite !
Du reste, la question de la conservation et de la restau-
ration des monuments historiques est à l'ordre du jour en
Allemagne. En France, une commission importante, com-
posée d'architectes et de savants des plus distingués, est
chargée de ce soin ; elle doit avoir à lutter sou\ent contre
bien des difficultés de clocher, faute d'une législation pré-
cise qui faciliterait considérablement sa tâche. L'Italie et
l'Autriche sont, si je ne me trompe, les seuls pays de
l'Europe cjui possèdent une bonne loi sur la matière. Le
chronique
129
Landtag prussien va ctie saisi dans sa prochaine séance
d'un projet de loi analogue, qui me semble conçu avec une
grande habileté et beaucoup de sens pratique. Voici quelle
en est l'économie générale: les différentes sociétés d'ar-
chéologues, d'historiens et d'architectes qui existent en
Prusse, (et il y en a environ 150 comprenant plus de vingt
mille membres), seront les auxiliaires directs d'une com-
mission centrale siégeant à Berlin et qui sera chargée de
veiller à l'entretien de tous les monuments d'art dignes de
ce nom et de prévenir tous les actes de vandalisme. N'est-
ce pas une idée ingénieuse et pratique à la fois que de se
servir de cette façon de ces nombreuses sociétés, qui ne
demandent pas mieux que de se produire au grand jour
et d'apporter à une oeuvre d'ensemble le fruit de leur tra-
vail et de leur expérience.'
En dehors de ces associations d'un caractère plutôt ar-
chéologique et savant, l'Allemagne compte plus de 70
sociétés dites des Beaux-Arts (Kiinsfgcsfl/sc/in/'lcii ).]q sais
que vous en avez aussi un certain nombre en France ;
seulement je crois que celles d'Allemagne exercent une
influence plus utile, plus efficace sur le mouvement artis-
tique que les vôtres. Chez vous, en effet, ces sociétés se
contentent d'envoyer tous les ans à la Sorbonne des délé-
gués qui lisent des mémoires pliis ou moins intéressants
sur telle ou telle question d'art. Évidemment ce n'est pas
assez. Ici elles ne négligent pas non plus ces traxaux d'éru-
dition ; mais elles s'occupent, en outre, d'organiser des
expositions oîi figurent les œuvres d'art appartenant aux
personnes qui habitent la région. Pendant que chez vous
on se propose tout simplement d'inventorier toutes ces
richesses (ce qui est une besogne de très longue haleine
et fort difficile;, ici on les met sous les yeux du public.
C'est plus pratique et plus utile à la fois. Le goûl de ces
expositions locales s'est répandu en Allemagne surtout
depuis 1S79, époque à laquelle la ville de Munster eut
l'idée d'en organiser une. Aujourd'hui il n'est pas de ville
d'Allemagne de quelque importance qui ne tienne à hon-
neur d'avoir sa Kiinstaustcttung : Berlin a déjà organisé
la sienne, à l'occasion des noces d'argent du prince P'ritz ;
puis ce fut le tour de Dresde, de Cassel, etc. On en annonce
une pour l'automne prochain à Coblentz. Cette année nous
en avons une qui mérite une mention spéciale ; c'est celle
de Posen, ville de la grande Pologne, qui était restée long-
temps réfractaire au mouvement artistique.
IL y a une quinzaine d'années. Pie IX donna l'ordre de
renouveler entièrement la couverture de plomb de la
coupole de Saint-Pierre. Ce travail vraiment gigantesque
vient d'être terminé. On y a employé 354,365 kilogr. de
plomb; la surface à couvrir était de 6,102 mètres carrés
56 ; la dépense totale s'est élevée à 2co,ooo francs, payés
sur les fonds affectés à l'entretien de la basilique du
Vatican. Et (chose intéressante à noter) pendant toute la
durée de ces travaux dangereux, aucun ouvrier n'a été ni
tué ni même blessé.
On signale aussi l'achèvement des travaux de restaura-
tion de l'église Hanta Marin delta l'itloria, située dans la
■;//(( Vinli Settembre. Cet édifice, célèbre parle marbre qui
y abonde, incendié en partie en 1833, vient d'être entière-
ment rajeuni, grâce à la générosité du duc Alessandro
Torlonia, qui s'est chargé de toute la dépense. La demi-
coupole qui couronne l'abside est toute neuve. \. l'intérieur,
les murs sont couverts d'une grande peinture à fresque de
Serra, représentant l'entrée des troupes catholiques à
Prague, après la victoire de la Montagne-Blanche, pendant
la guerre de Trente-Ans.
En dehors de Rome, les travaux de restauration des
monuments artistiques sont également poussés avec une
grande activité, grâce ;\ la vigilance de la Coinmissitni con-
servatrice. Ainsi on vient d'enlever l'échafaudage qui,
depuis trois ans, cachait les arcades inférieures du palais
des Doges, à Venise. On peut déjà se rendre compte des
travaux de restauration qui sont réellement très réussis ;
tous les chapiteaux endominagés ont été fort habilement
réparés avec leur riche ornementation. On a dû même en
remplacer un entièrement avec sa colonne, et l'on s'en est
tiré à merveille, puisque non seulement le style a été scru-
puleusement respecté, mais encore on est parvenu à imiter
la patine du temps, à s'y méprendre.
Trouuailles.
N vient encore, en faisant des fouilles
dans une rue de la Cité, de faire une
découverte qui prouverait, ainsi qu'un
archéologue l'a prétendu, que le sous-
sol de Paris est plus intéressant à étudier que le
dessus.
Nous lisons en effet dans \& Journal des Arts :
Des tranchées de gaz et d'égoût ayant été pratiquées
dans le sol de la rue de la Bucherie ont mis à
découvert de nombreuses sépultures de l'époque méro-
vingienne, seinblant rayonner tout autour de cet édifice.
Des sarcophages de pierre et de gypse ont pu être
recueillis et iront rejoindre à l'hôtel Carnavalet la
riche collection funéraire provenant du fief des tombes
(Notre-Dame-des-Champs), du cimetière de Lourcine
(Loctis cineriiin) et de la nécropole de Saint-Marcel.
La rue Galande tirait son nom du clos qu'elle bordait
et dont elle formait la limite au sud ; clos qu'on a
surnommé aussi de Mauvoisin (mauvais voisin) et qui
confinait à celui de Bruneau et du Chardonnet. La rue
de la Bucherie était le centre du clos Mauvoisin, qui
touchait par conséquent à la rivière. Les sépultures trou-
vées entre les deux clos prouvent qu'ils ont été bâtis
beaucoup plus tard qu'on ne le pense généralement. En
1202, il n'y avait point encore de construction, puisque
c'est alors qu'une fille des seigneurs de Cariante, Mahaut,
ou Mathilde, qui avait épousé Matthieu delMontmorency,
donna à cens à divers particuliers, à condition d'y bâtir
des maisons, un clos de vigne qu'elle possédait en ce lieu.
C'est donc au commencement du XIII"= siècle que les
deux clos commencèrent à se peupler. Jusque-là, on n'y
voyait que des vignes et des champs ; et cependant là
s'élevaient, pendant la période gallo-romaine, de splendi-
des villas, dévastées par les premiers barbares, puis par
les- Normands et réduites à l'état de ruines et de terrains
vagues. Entre ces dévastations et le mouvement de
reconstruction qui se produisit au XlIP siècle, se placent
les nombreuses sépultures qu'on vient de découvrir. Les
petites paroisses de la Cité enterraient leurs morts autour
delà chapelle de Saint-julien-le-Pauvre, et c'est en vertu
de cette antique tradition que l'Hôtel-Dieu 5 a longtemps
envoyé ses défunts.
On lit dans le Nouvelliste de Rouen :
DES ouvriers étaient occupés à creuser le sol de la
cathédrale d'Évreux pour y installer un calorifère. .-Xu
milieu des fouilles, la pioche de l'un d'eux frappa sur du
bois. L'attention des travailleurs fut alors éveillée et on
piocha avec mille précautions. Au bout de quelques
instants on mit à nu un cercueil de chêne assez bien con-
l'*^ LlVR.\lSON'.
130
iRctiuc De ratt cbtéticn.
serve, dans lequel se trouvaient des ossements recouverts
de fragments d'étoties brodées d'or, une crosse en cuivre
dord et un anneau pastoral de toute beauté. La crosse
fort bien ciselée, est emmanchée à un bâton de chêne,
bien conservé en apparence, mais auquel on ose à peine
toucher, car les vers l'ont creusée à un tel point qu'il est
très peu épais. Quant ii la bague, elle est en or finement
filigrane, avec un gros brillant entouré de pierres précieu-
ses. Des premières recherches au.xquellcs on s'est livré, il
semble résulter que ces restes sont ceu.\ d'un évêque
d'Evreu.x qui aurait été inhumé là vers le commencement
du XI 11'' siècle.
A l'église de Saint-Ouen de Rouen, des circonstances
analogues ont amené la découverte de plusieurs précieux
sarcophages dont nous parlons plus haut. (V. p. 1 16).
UNE découverte intéressante vient d'être faite à
Tulette (Drôme). On a trouvé, à 1,500 mètres de
cette commune, en extrayant du gravier pour les chemins,
une louve en bronze, ayant dû servir d'enseigne militaire
romaine.
LA Epoca, du 16 septembre, annonce que
l'autorité militaire vient de mettre à jour
en Catalogne une petite chapelle abandonnée,
d'une haute valeur artistique, qui date du
X1V'= siècle, et dont tous les détails architectu-
raux sont parfaitement conservés. C'est dans cette
chapelle qu'a été célébrée, en présence du roi
d'Espagne, la messe d'action de grâces pour la
découverte de l'Amérique par Christophe Co-
lomb.
ON a procédé récemment dans la propriété
de ]\i. le comte de Looz de Cors\varem,à
Harmignies près de Mons, aux fouilles de tombes
franques.lla été découvert là sur le bord du che-
min de fer un riche et vaste cimetière. On a
jusqu'ici fouillé 70 sépultures.
PENDANT l'hiver de 1883-84, des ouvriers
terrassiers occupés à faire des plantations
dans un terrain voisin de Alaredsous (Namur) et
appartenant à MM. Desclée, mirent à découvert
une tombe contenant un fer de lance. Cet instru-
ment dénotait une origine franque et fixa aussi-
tôt l'attention. Des fouilles amenèrent la mise au
jour d'une nécropole assez considérable. Il est
rendu compte de cette découverte dans un article
bibliographique qu'on trouveraplushaut.(V. p. 100)
Le Moniteur de Rouie donne la nouvelle
suivante :
LA découv-erte d'un magnifique manuscrit grec sur
parchemin pourpre et écrit en lettres d'argent, trouvé
Uaiis les archivcb de Kossano i^Calabrej, avait attire com-
me on sait l'attention des eminents critiques Gellhardt et
Harnack,qui en 1880 publièrent un remarquable fac-similé
de ce manuscrit : Evangclioriuit Codex grœciis purpureus
Nossa/iffisis.
On regrettait cependant de nombreuses lacunes
dans le texte de saint Matthieu. Or, le Kme abbé
Cozza-Luci, vice-bibliothécaue de la sainte Eglise Ro-
maine, a été assez heureux pour voir ses patientes recher-
ches couronnées par la découverte des quelques feuillets
qui manquaient au manuscrit de Rossano.
Nous espérons que ces précieux feuillets seront pro-
chainement publiés et commentés. On fait remonter ce
manuscrit au VI" siècle.
On nous écrit de Liège :
EN faisant quelques réparations à l'une des chapelles
Nord de la cathédrale Saint-Paul à Liège qui axait
été entièrement modernisée au goût du siècle dernier, on
a fait plusieurs découvertes qui ne sont pas sans intérêt.
U'abord on a retrouvé, adossé au mur oriental, la tombe
et la inensa de l'ancien autel ; au-dessus de cet autel, un
cordon de moulures formait une sorte d'encadrement à
des peintures murales, destinées primitivement à rempla-
cer un retable Les peintures ont été impitoyablement
hachées au-dessus de l'autel, afin de faire tenir les plâtra-
ges qui devaient les remplacer, mais à droite et à gauche,
on voit encore deux personnages, moitié grandeur natu-
relle, faciles à reconnaître. Uu coté de l'évangile, c'est
saint Jean-Baptiste, tenant un Agiius Dei, dont la tête est
entourée d'un nimbe crucifère. iJe l'autre coté c'est l'ar-
change saint Michel perforant le dragon de sa lance
victorieuse. Les nimbes de ces figures sont dorés, les têtes
et les mains sont peintes en couleurs naturelles, mais les
vêtements sont en grisaille. Ces figures se détachent sur
un fond rustique. — On assure que les chapelles de l'an-
cienne collégiale Saint-Paul ont été construites au XV
siècle, et cela semble hors de doute pour la plupart d'entre
elles ; cependant le mur sur lequel ces peintures se trou-
vent parait plus ancien, et les peintures elles-mêmes ac-
cusent le XIV''-' siècle. La voûte de la chapelle porte
également de nombreuses traces de sa polychromie pri-
mitive. La clef de voûte, un mascaron grimaçant éner-
giquemcnt taillé, a été peinte de couleurs vives et la
chevelure était entièrement dorée. Les champs des voûtes
sont ornés d'énergiques rinceaux, dont la végétation est
en partie vert clair et en partie d un rouge très foncé. Ces
arabesques se détachent sur un fond blanc laiteux, dé-
coupé par un rusticage rouge, tracé dans le sens des
assises de l'appareil de la voûte. Les nervures sont redes-
sinées par de larges filets accompagnes d'un perlé noir. —
Dans son état primitif cette décoration picturale devait
être d'un sjrand etitét.
OX vient de retrouver en Autriche un iVlbert
Durer authentic|ue, représentant la Alise
du Christ an tombeau. Ce tableau appartenait
depuis longtemps à l'Académie de peinltire vien-
noise, mais il était caché par une composition
qu'on attribuait à un élève de Lucas de Cranach.
Le conservateur du musée de l'Académie eut
l'idée d'enlever soigneusement cette composition
de médiocre valeur et le tableau original apparut
et fut reconnu, après un examen attentif, comme
l'œuvre certaine de Durer.
Cl)ro nique.
131
PARMI les tableaux trouvés lois de la re-
construction du Palais des Beaux-Arts de
Berlin, on a découvert, parait-il, une Rcsurrection
du Christ, de Léonard de Vinci, datée de 14S0.
Cette peinture va être photographiée, et des
épreuves seront communiquées à certains con-
naisseurs.
UNE des plus belles œuvres de Rembrandt,
le Doreur, provenant de la collection du
duc de Morny, vient d'être acquise par un riche
banquier américain, pour l'ornement de sa gale-
rie de New-York, au prix de deux cent vingt
mille francs.
Cette admirable toile a figuré, il y a dix-huit
mois, à l'Exposition des Cent Chefs-d'Œuvre,
qui eut lieu dans la galerie Pierre Petit. C'est
assurément l'une des plus merveilleuses toiles
de Rembrandt.
D'AUTRE part il parait qu'on a récemment
découvert à Vecht, en Hollande, dans des
circonstances curieuses, deux œuvres de Rem-
brandt, jusqu'ici inconnues. Nous reproduisons
cette nouvelle sous toutes réserves.
On procédait au château de Maurik, à une vente de por-
traits anciens appartenant à la famille Beeresteyn. Consi-
dérés comme œuvres d'une valeur secondaire, ces portraits
étaient simplement consignes au catalogue comme ta-
bleaux sur panneau et tableaux sur toile. Dans le nombre
il y en avait deu.x de Rembrandt, plus ou moins détériorés
en certaines places par la poussière, mais d'une authen-
ticité incontestable. Pendant l'Exposition qui a précédé
la vente, des amateurs, en grattant un peu la poussière,
avaient découvert sur les deux toiles la signature <,< R. H.
van Ryn » et la date de 1632, et constaté ainsi que ces
portraits appartiennent à la première période du maître.
Les amateurs cependant n'avaient fait part à personne de
leur découverte, espérant sans doute en bénéficier eux-
mêmes. Au moment de la vente, les enchères s'élevèrent
rapidement, pour ces deux toiles, à 40 et à 50,000 florins.
C'est alors que la famille Beeresteyn, étonnée, apprit l'ori-
gine de ces deux œuvres capitales. Elle se mit aussitôt
à les disputer et poussa les enchères à 75,000 florins
(158,000 francs), prix auquel elle est restée propriétaire de
ses tableaux. Si non i vcro...
CECI nous rappelle l'acquisition faite, il y a
dcu.x ans, à la vente du chevalier Soenens
de Gand, par M. R. de Pauw, d'un magnifique
tableau du même maitre. Plus heureux que les
amateurs hollandais, M. de Pauw fut seul à recon-
naître le faire sans pareil de Rembrandt sous des
repeints grossiers. Nous venons de revoir cette
œuvre magistrale, étincclante de lumière, d'un
coloris si puissant qu'on n'en peut croire ses yeux.
Elle représente deux enfants faisant des bulles de
savon. Voici comment \ç. Journal d:s Beaux- Arts
a, dans le temps, décrit cette peinture :
Les deux acteurs de la scène sont revêtus de costumes
impossibles et d'accoutrements que l'on ne peut rappoiter
ni à un pays ni à une époque déterminés. Leurs têtes, dont
l'une est enguirlandée de fleurs des champs, dont l'autre
est ceinte d'un diadème étincelant de pierreries, se dé-
tachent sur les sombres mais transparentes profondeurs
d'une grotte. La lumière se joue avec une magie presque
surnaturelle dans les filaments d'or des cheveux et le
scintillement des pienes précieuses. Des monnaies d'or
et d'argent roulent sur le terrain où l'on remarque au pre-
mier plan une cassolette allumée, dont la fumée en s'é-
chappant permet de lire dans ses spirales les mots :
VaiUtas vanitalmn, oninia vanitas.
Tous les admirateurs du peintre de la ronde de nuit, —
et il y en a beaucoup — se réjouiront de voir son œuvre
augmenté d'une toile restée inconnue de ses biographes,
et qui, avec la signature de Rembrandt, est un excellent
spécimen de son inexplicable pinceau.
CCongrcs et eCrcursions.
l'E Congrès annuel de la Société frmiçaise
d'archéologie a eu lieu cette année dans
l'Ariège. L'excursion a commencé par
la visite de la cathédrale de Pamiers,
dont l'intéressante porte de la fin du XII<= siècle,
offre des chapiteaux historiés curieux. Au-dessus
du porche s'élève un clocher à fenêtres ogivales
construit au XIV*-' siècle, sauf le dernier étage,
qui date du siècle suivant. C'est un type intéres-
sant d'une soite de constructions particulière au
Languedoc, et dont le clocher des Jacobins de
Toulouse formait un des plus beaux spécimens.
Après avoir jeté un coup d'œil à un curieux
logis de la fin du XV<^ siècle, le Congrès se rend
à Notre-Dame du Camp. Cette église à une
nef fut renou\eléc au XIV'^ siècle, mais de cette
reconstruction il ne reste que la façade, bien
restaurée, entièrement en briques, flanquée de
deux tourelles crénelées reliées par une courtine
également crénelée. Cet appareil de défense
militaire constitue le principal intérêt du monu-
ment.
Une partie du personnel du Congrès fit en
voiture une excursion à Mirepoix. On passa par
Vais, dont la curieuse église, adossée à une
grosse tour militaire, rentre dans la catégorie
des rares églises à plusieurs étages. Mirepoix
est bâti sur le plan des villes bastides. En 13 18,
le pape Jean XXII en fit le siège d'un évêché.
La cathédrale dédiée à saint Maurice, fut
élevée parles soins des deu.x évêques, Guillaume
II (1405-1431) et Philippe de Lévis (1449-1537).
Elle présente un des tj'pes les plus intéressants
deces églises à nef large et unique, quelontrouve
surtout dans le Midi de la I-^'rancc, au Sud de la
Garonne. C'est, parait-il, la plus large qui existe
en France. I--llc ne le cède pas à la célèbre nef
de la cathédrale de Gerône, en Catalogne, sa
contcmporaine,qui mesure extérieurement 23'"JO.
132
Eeuue oc l'art cbrcticn.
La construction de cette dernière donna lieu à
la convocation d'une junte d'architectes appelés
d'Espagne et de France, pour décider si l'édifice
était susceptible d'être recouvert par une seule
voûte; question résolue par l'affirmative. Mire-
poix n'avait pas reçu de voûte avant la restau-
ration moderne. Une tour carrée, qui flanque le
côté sud, est surmontée d'une flèche à crochets du
XVI*^ siècle, d'une remarquable élégance.
Après un coup d'œil sur la tour du XII"^ siècle
située dans la rue des Couverts, on se rendit au
château de Lagarde, où l'on remarque une porte,
quatre tours d'angle et des courtines élevées par
François de Lévis (XIV« siècle.) La belle tour
d'escalier à moitié éventrée, et qui accuse le com-
mencement du XII« siècle, est due à Jean de
Lévis, sénéchal de Carcassonne.
On fait une halte à Saint-Jean de Verges, dont
l'église romane a été décrite naguère par M. de
Lahondés ('), et à l'église de la Daurade, qui
conserve une porte du XI IF" siècle. Près de Taras-
con on trouve l'antique sanctuaire de Notre-Dame
de Sabart, l'une des plus importantes églises du
pas^s, but d'un antique pèlerinage; son histoire
a été racontée par M. Garrignon et a paru dans le
Bulletin momoiiental (;).
L'édifice conserve intact son plan basilical
primitif. On voit encore l'église d'Unac (3) fort
beau t}-pe d'église romane. Sa belle abside, munie
de contreforts, flanquée de deux absidioles,
percée de belles fenêtres dont l'élégante voussure
retombe sur des colonnettes, a gardé grande
tournure. Le clocher, avec ses deux étages de
fenêtres géminées, couronne dignement la vieille
basilique.
Le congrès en terminant ses travau.x, a décerné
quatre médailles en vermeil à MM. de Lahondés
pour ses Recherches sur les momintents de l'Ariège
et pour son Histoire de Pamiers ; Noguier,
fondateur du musée lapidaire de Béziers, pour
son Catalogue cpigraphique du musée ; Pasquier,
pour ses travaux d'archéologie et de paléonto-
logie ; et Garrigou, pour l'ensemble de ses travaux
scientifiques.
NOUS donnons, p. 79, le compte-rendu de
l'excursion faite en Septembre dernier au
pays des Trévircs par la Gilde de St- Thomas et
de St-Luc.
LA Société centrale des architectes de Belgique
a fait en mai dernier une excursion en
Normandie. Elle a visité le Mans, Vitré, Cou-
1. V. /iull. jnonum. ai. née 1875.
2. Le Sfiàaratès, par H. Garrignon. BttiL moniim. 1877.
3. Ibid.
tances, Baycux, Caen, Lisieux, Trouville, le
Havre et Rouen. ]\L Corroyer a fait à ses
membres les honneurs du mont St-Michcl, et ils
ont joint à tant d'autres leurs protestations
contre la fameuse digue.
eCrpositions.
lIOUS avons parlé dans notre dernière
livraison de l'exposition des arts déco-
ratifs. — Il y a lieu d'y signaler une
bien intéressante exhibition, celle des
verrières originales. Deux à trois cents panneaux
anciens du XI 1= au XVI F' siècle, intacts ou
restaurés, ont été fort habilement dressés sur les
paliers des deux grands escaliers latéraux. C'est
la première fois, croyons-nous, qu'une pareille
exposition a été tentée et on y a parfaitement
réussi. Des décalques de vitraux connus ainsi que
de nombreuses photographies jointes aux ver-
rières originales, résumaient l'œuvre complète de
nos anciens peintres verriers.
C'étaient des fragments de verrières originales
du XI F siècle provenant de la cathédrale de
Châlons-sur-Marne, des vitraux des cathédrales
de Strasbourg et de Poitiers, notamment une
fenêtre absidaic avec la légende de Saint-Lau-
rent ; des envois de la cathédrale de Bourges, les
figures de saint Valérien, de sainte Cécile, de
saint Pierre et de saint Paul, une Résurrection
de Lazare, Ste Madeleine au.K pieds du CllRlST,
et un vitrail contenant la corporation des chan-
geurs etc. ; comme complément quelques vitraux
cisterciens.
Pour le XIII'= siècle, la cathédrale de Bourges
a fourni plusieurs autres sujets de corporation,
les tisserands, les forgerons, plus une Assomp-
tion ; celle du Mans, divers panneaux de fenêtres
avec deux saints Georges et autres saints. Citons
encore une Vierge de Poitiers ; Adam et Eve et
divers panneaux circulaires provenant de la rose
de la façade principale de Notre-Dame-de-
Paris.
Du XIV'= .siècle, on voyait des débris venant
des cathédrales de Châlonset de Bourg, et, d'une
origine inconnue, la Visitation, l'Adoration des
Mages, la Naissance du CllRIST, etc.
Du XV^, des compositions architecturales,
encadrant des personnages et des sujets de piété,
sorties de l'abbaye d'Eymoutiers dans la Haute-
Vienne, de Saint-Germain-dcs-Prés, de Saint-
Séverin et de Saint-Gcrvais de Paris ; puis quel-
ques vitraux suisses tirés d'édifices civils.
Le XVI»^ était représenté par de nombreux
Cbronique.
133
échantillons remarquables. Un vitrail célèbre est
celui donné par Charles de Villiers, comte évêque
de Beauvais à l'église de Montmorency, exécuté
en 1524. Les églises mises à contribution sont
celles de Montmorency, de Saint-Gervais de
Paris, de Saint-Julien-du-Sault, les cathédrales de
Châlons et d'Autun.
NOUS ne nous occupons guère des exposi-
tions de peinture et de sculpture, dans
lesquelles nous voyons l'un des écueils de l'art
moderne. Il est évident que nous sommes en
pleine démagogie ; l'artiste ne connaît plus de
mission ; il ne marche plus à la tête de son siè-
cle, mais à la remorque du public; il relève uni-
quement de ses caprices ; il cherche la vogue en
flattant les plus bas instincts du vulgaire.
On pourrait admettre les expositions comme
l'épreuve que peut utilement subir une œuvre,
dont l'objectif est ailleurs. Mais aujourd'hui
l'exposition et la vente par l'exposition est la
fin suprême du tableau. Or l'essence du grand
art n'est-il pas d'avoir un objet, un but élevé,
supérieur, étranger à la préoccupation de vente
et même à la vogue .'' — Aussi que nos peintres
sont petits, avec leurs tableaux de genre, à côté
des maîtres anciens qui peignaient leurs retables,
dans la noble et sereine pensée de les voir figurer
sur un autel et servir à l'édification du peuple !
Donc, à Dieu ne plaise que nous nous mêlions
à ce peuple de critiques incompétents, qui met
sur le gril les pauvres artistes modernes! Cela ne
nous empêchera pas toutefois de signaler à l'oc-
casion quelque bonne tendance qui peut se faire
jour dans le chaos pictural et sculptural d'une
exposition ; c'est ici le lieu de citer quelques
lignes du Journal des Beaux-Arts à propos du
salon de Bruxelles.
<i Voici un Philosophe de M. Fr. De Pauw
juché un peu haut et qui me parait renfermer de
sérieuses qualités d'exécution. Il y a là une sa-
veur gothique très agréable à l'œil. Remarquez-
vous cette tendance à emboîter le pas avec
Qucntin-Metsys.' En voilà plusieurs que je prends
sur le fait : Van Hove (Edmond), Van Haver-
maet, H. de Brackeleer, Impens de Pauw, quel-
ques artistes de l'école de Dusseldorf, et d'autres
dont les noms m'échappent. Nous y reviendrons. »
Nous disons à notre tour à ces courageu.x
lutteurs : bravo, et courage ! Mais gardez-vous de
faire juges de vos vaillants efforts ni les critiques,
ni le public des salons.
DANS l'avenir, il est aisé de prévoir que l'on
désignera volontiers à Rouen, l'année 1884,
sous le nom d'année des Expositions. On a rare-
ment vu en province pour une seule année une
aussi grande variété d'expositions, organisées
simultanément et, chose plus rare encore, toutes
couronnées de succès tant au point de vue des
recettes que de leur parfaite installation.
Notre précédente livraison contient, sur l'expo-
sition d'imagerie organisée par la comité catho-
lique, un article de M. Ch. de Linas, qui nous
dispense d'y revenir, et nous donnons dans ce
fascicule même, une lettre de M. de Farcy, sur
l'exposition rétrospective. — Signalons, outre
l'exposition des Beaux-Arts, une exhibition d'un
intérêt local tout particulier que chaque ville
devrait avoir à cœur d'imiter. On avait réuni au
Musée une importante série de Peintures, Dessins
et Estampes relatifs à la topographie ancienne et
moderne et à l'histoire monumentale de la Ville.
Les Archives municipales, le Musée, la Biblio-
thèque, des amateurs, des artistes, des éditeurs
ont concouru à former un ensemble très varié qui
raconte au regard charmé toutes les transforma-
tions de la grande cité normande.
LE Bayrisches Gcicerbciiuiscum, à Nuremberg, orga-
nise, pour l'époque du 15 juin au 30 septembre 1885,
une e.\position internationale d'ouvrages d'orfèvrerie,
joaillerie, bronzes d'art et d'ameublement, ainsi que de
machines, outils et métaux bruts nécessaires à leur fabri-
cation. Cette exposition sera complétée par une division
historique.
Cette division historique aura pour but de donner un
aperçu du développement successif des travaux d'orfèvre-
rie et de joaillerie, des bronzes d'art et d'ameublement ;
de montrer les avantages des travaux anciens au point de
vue technique et artistique, et d'éveiller, par suite, l'ému-
lation vers des perfectionnements et des progrès dans le
domaine des ouvrages modernes en métaux.
Elle embrassera les produits des arts et métiers prove-
nant des âges les plus reculés jusqu'aux œuvres des temps
modernes, soit jusqu'au commencement de ce siècle ;
ainsi : des ouvrages de bijouterie d'or et d'argent, de
joaillerie ; des ouvrages artistiques en cuivre, y compris
des émaux ; des bronzes d'art et des ouvrages en laiton ;
des produits artistiques des potiers d'étain.
Les articles ressortissant à la division historique seront
l'objet d'une exposition privilégiée et pourvus du nom de
leur propriétaire (').
Si toute l'aristocratie ])olonaise de la province avait
voulu y participer, l'Exposition de Posen, qui n'a duré
d'ailleurs qu'une quinzaine de jours, eût été une des plus
intéressantes et des plus brillantes qu'on puisse imaginer;
car les chefs-d'œuvre de tous les icnips et de tous les pays
ne manquent pas chez M.M. l'otocki, Radziwill, Chlapow-
ski, Cieszkowski, etc. Ce dernier est le seul qui ait con-
senti .^ envoyer ici les perles de sa riche galerie, et c'était,
on peut le dire, le principal attrait de cette Exposition, qui
ne comprenait en tout que 175 tableaux et une dizaine de
I. I-es envois des objets destinés à indivision historique seront
reçus jusqu'au 30 avril 1885.
134
IRctJue De rart chrétien
sculptuies.Au premier rang figuraient X Adoration des Rois
Maires, de Paul \'éronèse ; une Grande dame milanaise,
de Franc^ois Moroni; un superbe van Ostade et un Albert
Cuyp de grande valeur. Citons encore deux toiles attri-
buées à David Teniers, une belle marine de Backhuysen,
un van Huysum, un Stev. l'alamedes, etc. Parmi les pem-
tures modernes rien de particulier ;\ noter. Mais en revan-
che dans la sculpture on a admiré l'œuvre d'un artiste qui
est en même temps un poète célèbre en Pologne : c'est une
porte de bronze commandée à M. Théophile Lenartowicz,
par le comte Cieszkowski pour le tombeau de sa fille. M.
Lenartowicz, qui habite l'Italie depuis plus d'un demi-
siècle et qui est déjà très connu dans ce pays, s'est inspiré
dans ce morceau des plus beaux modèles de la Renais-
sance.
u
NE curieuse salle a été ouverte tardivement
_ au public, à l'exposition des Arts décoratifs,^ à
l'e.xtrémité du palais de l'Industrie, au premier étage, côté
de la place de la Concorde. Son attrait consiste exclusive-
ment en de superbes boiseries anciennes appliquées contre
les murs, ce qui a permis de les rétablir telles qu'elles
devaient être dès leur première destination. Les plus
remarquables de ces boiseries par leur ancienneté, leur
richesse et leurs détails d'exécution proviennent du salon
dit « du cardinal Mazarin », au château d'Ormesson.
Dans un coin de la salle, on a dressé une autre boiserie,
une cheminée au.x proportions monumentales, datant de
Henri IL
--^^eCrpositions ouuccte.s ou annoncccs. ---
ANVERS. — Exposition de mai-octobre 18S5.
GL.A.SCOW. — 24'' Exposition de l'Institut des Beaux-
Arts, du 3 février au 30 avril 1SS5.
LYON. — Exposition annuelle de la Société des Amis
des Arts, de la 2' quinzaine de janvier à la fin de mars.
LYON. — Exposition permanente des Beaux-Arts de
Lyon, 38, rue de Bourbon, tous les jours de 1 1 h. à 4
heures.
NOUVELLE-ORLÉANS. — Exposition universelle,
du 16 décembre 1884 au l" juin 1885.
NUREMBERG. — Exposition internationale d'orfè-
vrerie, joaillerie, bronzes, du 15 juin au 30 septembre 1885.
PARIS. — Salon de 1885 du r' mai au 30 juin.
PARIS. — Exposition nationale de 18S6, du i" mai au
15 juin.
PAU. — 21" Exposition annuelle de la Société des
Amis des Arts de Pau. Ouverture le 25 janvier, clôture le
15 mars 1885.
iHusces.
E conservateur du musée de Cluny vient
d'enrichir ses collections de huit grands
panneaux de carrelage provenant du château
de la Bâtie, près Rouen et exécutés en mars
1548 par <( Mosseot Abaqueene, esmalier en
Notre-Dame de Sotteville-les-Rouen ». Un
terre de
autre carrelage du même artiste se trouve déjà exposé
à Cluny.
Une acquisition plus importante a également été faite
en Hollande par le même musée; il s'agit d'une plaque
funéraire en cuivre. La France jusqu'à ce jour, ne possé-
dait aucune pièce de ce genre et était réduite à n'exposer
dans ces musées que des copies prises dans les Musées
de Bruges et de Gand.
Enfin il vient d'être fait don au musée de Cluny, par le
ministre de la guerre, de vingt-cinq magnifiques plaques
de cheminées datant des -KVL', XVI I" et XVI IL siècles,
et provenant de la démolition d'appartements qui faisaient
partie du fort de Vincennes. (Courrier de l'Ari.)
LE musée des moulages sera prochainement agrandi
par l'installation de trois nouvelles salles. Toute la
galerie de gauche du palais du Trocadéro sera transformée
en musée. Comme l'indique son nom, le musée des mou-
lages est composé exclusivement de reproductions ; mais
ces reproductions ont été prises sur les plus beaux chefs-
d'œuvre de sculpture et d'architecture connus en France.
Un seul ouvrage original s'élève au milieu de toutes ces
merveilles reproduites en plâtre : c'est le buste en mar-
bre de feu M. Viollet-le-Duc. Quant aux ouvrages compo-
sant le musée proprement dit, quoique faits de la veille, on
dirait qu'ils datent tous de plusieurs siècles, grâce aux per-
fectionnements obtenus pour donner au plâtre les teintes
rigoureusement exactes des monuments dont ils sont la
reproduction fidèle. Voici par exemple, parmi les ouvrages
les plus importants exposés récemment, le portail de la
cathédrale de Bordeaux. (11 aura pour pendant le portail
de la cathédrale de Rouen, qu'on est en train de cons-
truire, et dont les deux portes latérales sont déjà mon-
tées). Puis, un tombeau provenant de l'église Saint-Just,
à Narbonne ; une stalle du chœur de la chapelle de l'an-
cien château de Gaillon dans l'Eure, superbe morceau de
sculpture, dont l'original se trouve aujourd'hui dans la
basilique de Saint-Denis. Les futures salles actuellement
en voie d'installation sont remplies de moulages empilés
contre les murs et provenant principalement du centre et
du midi de la France. Deux petits monuments seulement
s'élèvent, entièrement construits, au milieu d'une des sal-
les ; ce sont les reproductions de deux fontaines que l'on
peut voir encore, l'une à Blois et l'autre sur une des pla-
ces publiques de Caen ('). (Journal des Aris.)
M. Adolphe Guillon vient de faire don au Musée des
Arts décoratifs d'une remarquable collection de carreaux
émaillés de Bourgogne, qui rendra les plus grands services
aux faïenciers parisiens.
M. Guillon, a découvert les modèles de ces curieux car-
reaux dans les abbayes de Vézelay et de Cluny ; dans les
églises de Cliâteau-Censoir, de Vincelles, de Cudot ;dans
les châteaux de CourtroUcs, de Sacy, de Vontenay, de
Vergy, de Brazey, etc.
Cent neuf spécimens ont été ainsi réunis et disposés en
six grands panneaux, que l'administration du Musée a
placés dans la galerie extérieure, au palais de l'Industrie.
(Ibidem.)
MONT.\K(;iS possède un musée prest|ue récent
encore mal classé, mais assez riche et contenant
plusieurs œuvres provenant de la région.
I. Par uncdccibion récente du ministère des beaux-arts le public est
autorisé à prendre, sur place, des dessins des ouvrages exposés. Tou-
tefois, ces dessins doivent ôtre exécutés à la main, sans aucune instal-
lation. 11 est également défendu de prendre des vues à l'aide d'ajjpa-
reils photograpliiques, ce privilège appartenant exclusivement à un
artiste pliotograplie, et cela en venu d'un traité passé avec l'admi-
nistration.
Ci) ro nique.
Ô3
On remarque dans l'escalier des pierres tombales pro-
venant de l'abbaye de Sainte- Rose, près de Roscy-le-
Vieil, au premier étage, une petite salle consacrée aux
sculptures, moulages, esquisses et dessins du baron Henri
de Triqueti. Parmi les tableaux un certain nombre de
primitifs de diverses écoles.
LA galerie nationale de Londres vient de faire l'acqui-
sition d'une des plus belles œuvres d'Andréa Mante-
gna : Sainson et Dalila. La note générale de ce tableau
porte à croire qu'il faisait pendant ^w Jugement de Salo-
tnon, du même peintre, qui appartient à la galerie de
Louvre.
LE musée de Lille vient de s'enrichir de divers dons.
M"" Sproit lui a offert un petit flamand primitif, pan-
neau de o"',28 de haut sur o"',4o de large qui représente
saint Joseph, la Vierge et l'Enfant Jésus traversant un
village.
SUR l'initiative du duc Torlonia, secondé en cela par
j\I. Fiorelli, la ville de Rome se propose de fonder
deux nouveaux musées qui seront du plus haut intérêt au
point de vue archéologique ; l'un, le Museo iirbano, renfer-
merait les œuvres d'art antiques trouvées dans la ville
même ; l'autre, le Museo tutino, serait réservé aux objets
découverts dans la campagne romaine.
LE gouvernement saxon se propose d'installer prochai-
nement dans l'ancienne résidence des archevêques
de Magdebourg un muser provincial qui, en dehors des
objets préhistoriques, contiendra des œuvres d'art du
moyen âge et de la Renaissance. Entre autres curiosités
on y verra deux chambres, l'une du XVI", l'autre du XV'II<-'
siècle, complètement aménagées dans le style du temps.
Le musée des Arts industriels de Berlin va s'enrichir
également d'une acquisition analogue, grâce au fonds dit
de Fréd. Guillaume. On y installera deux chambres
Renaissance allemande de 1540: les plafonds, les portes
et les fenêtres, tout est de cette époque. L'une de ces piè-
ces provient du château Ha;nrich de F'ranconie, l'autre du
château de Haldenstein, près Coire ; cette dernière avec
ses magnifiques sculptures est connue depuis longtemps
et passe pour être le plus bel ouvrage en bois suisse.
LE nouveau musée conmiunal de Gand vient de s'ou-
vrir dans l'ancienne chapelle sécularisée des Frères
du Mont Carmel, à laquelle M. le baron Bcthune a consa-
cré une étude dont nous avons entretenu nos lecteurs.
( V. J\evue de l' Art chrétien, 1S84, p. 386J
Il était temps que la ville de Gand, si ijopuleuse, si riche
en monuments, et qui cultive avec tant de succès l'art tradi-
tionnel, eût enfin son musée. — S'il est regrettable de voir
les services civils envahir les sanctuaires de la piété, du
moins on a tiré de celui-ci le parti le plus digne, parmi
les usages auxquels il fut successivement affecté, et nous
aimons mieux y voir exposer des antiquités, que déballer
des légumes et des denp;es alimentaires. Car tel a été
le sort de l'antique chapelle, après bien de péripéties.
Avant d'y installer le musée, l'administration commu-
nale a fait approprier et restaurer ce monument ; mais
cette restauration est des plus malheureuses. M. A. de
Ceuleneer a formulé â ce sujet, dans \c Journal des lieaux-
Arts, des critiques fondées sur lesquelles nous aurons à
revenir.
Le musée n'est pas riche, mais assez intéressant toute-
fois. Il est installé avec goût, dans un local superbe. Les
chapelles latérales del'antique oratoire forment des compar-
timents disposés d'une manière particulièrement heureuse
pour classer les objets parépoque; dévastes vitrines s'allon-
gent dans les nefs ; de vieux gonfanons de soie pendent
aux entraits du berceau lambrissé, ou forment de beaux
trophées, accrochés au haut des murailles. Les objets de
l'époque ogivale ne sont pas très nombreux ; mais la partie
la plus intéressante est celle qui concerne les anciennes
corporations gantoises.
La collection des torchères est des plus remarquables
et rarement on trouvera réuni un aussi grand nombre d'ob-
jets ayant appartenu â d'anciennes corporations. Une sec-
tion non moins riche que la précédente est celle de la
ferronnerie. Il y a là des ouvrages de toute beauté et une
collection de serrures de coffres-forts peut-être unique en
Belgique. Mentionnons aussi quelques jolis grès dont
plusieurs proviennent de la collection Minard.
La création du musée est due en grande partie à M.
Ferd. Vanderhaeghen. — M. H. Van Duyre en est con-
servateur (').
Signalons la -louable initiative prise à Courtrai par
quelques archéologues et en particulier par M. J.
Van Ruymbeke. Le noyau d'un musée y est formé, et
grâces à leurs efforts, le reste n'est plus qu'une question
de temps. Le local choisi est des plus heureusement adapté
à pareille destination. 11 n'est autre que l'une des tours
de la superbe porte-d'eau qui excite l'admiration de tous les
voyageurs par son aspect pittoresque et imposant. —
Il n'y a pas longtemps que le musée archéologique de
Bruges ne consistait, comme aujourd'hui celui de Cour-
trai, qu'en quelques épaves du passé réunies dans la tour du
Franc Courage à nos amis de Courtrai.
UN terrible incendie a manqué d'anéantir
la Galerie des tableaux anciens et le
Musée Thorwaldsen :
« Du grand et pompeux château de Christiansborg où
le Roi avait récemment réuni en un banquet les membres
du congrès des sciences médicales, il ne reste plus qu'une
ruine sombre et fumante dont les murs épais de deux
mètres menacent de crouler. Les trois ailes du palais sont
brûlées de fond en comble. Les efforts héro'iques des pom-
piers et des militaires ont réussi seulement à préserver le
Musée Thorwaldsen, l'église du château, la grande Biblio-
thèque royale et l'Arsenal. C'est un grand bonheur, car
tous ces bâtiments touchaient au château et en partie
faisaient corps avec lui. Les archives et la riche Galerie de
peintures des anciens maîtres flamands et italiens sont de
même sauvés, mais il y a naturellement beaucoup de
tableaux très endommagés.
<,< La château de Christiansburg est situé sur un îlot,
entouré de canaux. Dès les temps anciens il y avait là un
château fort. Le roi Christian V y bâtit ensuite un palais
qui devait surpasser en splendeur tous les châteaux royaux
de ce temps en Europe. En 1794 ce palais fut la proie des
flammes. Au commencement du XIX' siècle, le Danemark
I. La fabrique de St-Michel a fait don -lu musée d'antiquités de la
niaquirtte en l)ois de la tour carrée de cette église dont la construc-
tion commencée en 1440 ne fut jamais aclievée ; trois plaques en
cuivre doré repoussé et deux statues en marbre blanc représentant
l'EsiJérance et la Charité, ont été également remises au musée
par la fabrique.
1.-^6
iRcuuc De rart cfjrcticn
se trouvant en guerre avec l'Angleterre, la reconstruction
du château fut suspendue. Ce ne fut qu'en 1S28 que la res-
tauration fut achevée. Depuis lors, Christiansborg avait
été habité par les rois Frédéric VI et Frédéric VII. Mais
Christian IV s'en servait seulement pour les fêtes, comme
le récent banquet offert au congrès des médecins.
« Dans l'aile sud se trouvaient les locau.\ de la repré-
sentation (le /litisiùti^ry^ dans l'aile nord était la Galerie des
peintures. Dans les autres parties, il y avait les archives
secrètes du royaume et les salles de la cour suprême. »
■ Ifcnrcs.
O
N lit dans la Chronique des Arts et de la
Curiosité, du 6 décembre 1884, p. 488:
La collection Basilewiski.
« L'année de la curiosité vient de perdre le plus beau
« fleuron de sa couronne. Vendue hier soir sur un simple
« télégramme, la collection Basilewiski ! vendue six mil-
<i; lions de francs au gouvernement russe, qui, depuis
« longtemps, négociait avec le propriétaire par l'entremise
« de M. le comte Polotzoff.
« Pour tous, c'est le gros morceau de la saison, qui s'en
« va. Pour beaucoup, c'est le rêve de Perrette au pot au
« lait, qui s'évanouit. Une collection de cette importance,
« en effet, ne se disperse pas sans laisser un million entre
« les mains des intermédiaires, que les ventes font vivre.
« Le catalogue était en partie préparé... Quelle décep-
« tion pour les amateurs, qui préparaient déjà pour le
« mois de mars leurs munitions de guerre! Jamais, depuis
« la vente Sollikoft", qui avait produit 1,800,000 francs en
« 1860, le public n'aurait assisté à des enchères aussi
(< importantes. Toute l'Europe intelligente, aimant les arts,
« aurait été présente. Dans cette galerie de la rue Blanche,
« où l'on était admis sur carte personnelle, une fois par
« semaine, il y avait, depuis de longues années, des mer-
« veilles amassées... Pour les voir, il faudra désormais
<,< faire le voyage de St-Pétersbourget demander au musée
« de l'Ermitage, la salle Basilewiski...
{Figaro.) Paul Eudel.
Tous les amis de l'art ancien et particulièrement de l'art
religieux, si bien représenté dans cette belle collection,
regretteront sincèrement l'enlèvement de ce trésor de
notre pays. Exposées en 1867 dans les salles de l'histoire
du travail et en 1878 au Trocadéro, les principales pièces
sont connues de bien des amateurs ; il était d'ailleurs facile
de les visiter ; une simple demande de carte ouvrait la porte
de la vaste galerie, où les ivoires, les éniau.x et les pièces
d'orfèvrerie les plus étonnantes étaient rangées sur des
dressoirs ou des crédcnces admirables.
Quel dommage que le gouvernement français ait com-
mis la même faute que pour la collection Soltykoff (celle-
là dispersée de tous côtés) et laissé la Russie, la moins
intéressée des nations européennes dan s la question, puisque
tous les objets sont d'origine française, alleinande ou ita-
lienne, faire l'acquisition de ces chefs-d'œuvre du passe.
La parole en ce cas, comme en bien d'autres, est aux mil-
lions. Peut-être en aurait-on trouvé s'il avait été question
d'une autre collection Campana, composée de vases étrus-
ques ou romains sans nombre: mais ici on était en plein
art religieux (catacombes, art byzantin, moyen-âge et
renaissance), c'était une bien mauvaise note par le temps
qui court et avec les tendances anti-cléricales à la mode.
Quel excellent fond eût fait cette collection pour le
futur palais des Arts décoratifs ; mais n'insistons pas et
espérons, sans trop y compter, qu'à l'avenir on ne laissera
plus échapper pareille occasion.
Voici, à titre de renseignement, les divisions du catalo-
gue raisonné, édite chez Morel en 1874, sous la direction
de M. Darcel avec de fort belles planches en or et couleurs.
Il contient 561 numéros; inais depuis son impression de
nombreuses acquisitions avaient été faites par M. Basi-
lexviski, entr'autres l'admirable croix de procession en or
ciselé et repoussé de la fin du Xlll'' siècle ('), exposé au
Trocadéro entre les deux reliquaires émaillés de l'ancien
trésor de Bâle. Actuellement la collection comprend 750
numéros.
1 . Art des catacombes.
Marbre, numéro i. — Terre cuite numéro 2 à 25. —
Ivoire 26 à 31. — Bronze 2,2 à 39. — Verre 40 à 44.
2. Art Byzantin et époque Carlovingienne.
Ivoire 45 à 78. — Mosaïque 79 à So. — Émaux 81.
3. Art du moyen âge.
Calcaire 82 et 83. — Marbre 84 et 85. — Ivoire 86
1 12. — Bois 1 13 à 1 19. — Meubles 120 à 123. — Matières
plastiques 124. — Bronse et dinanderie 125 à 137. — Or-
fèvrerie 138 à 189. -- Étain 190. — Émaux 191 à 237. —
Emaux translucides 238 et 239. — Verre 240 et 241. —
Mosaïque 242. — Ferronnerie 243 et 244. — Coutellerie
245 à 250. — Armes 251 à 255.
4. Art de la Renaissance.
Marbre 256 et 257. — ■ Ivoire 258. — Bois sculpté 25g
à 265. — Meubles 266 à 274. — Matières plastiques 275
et 276. — Terre cuite 277. — Terre cuite entaillée 278 à.
282. — • Bronze 283 à 287. — Ferronnerie 288 à 292. —
Coutellerie 293. — Armes 294 à 300. — Émaux Vénitiens
301 à 304. — Émaux peints ya^ à 349. — Faïences peintes
350 à 489. — Verrerie 490 à 543. — Tapisserie 544. —
Broderie 545 à 550.
5. Art oriental 551 à 558.
6. -Supplément 559 à 561.
Tels étaient les titres des chapitres du catalogue dressé
en 1874 par M. Darcel et illustré de 50 planches la plu-
part en chromolithographie. Souhaitons à toutes les
grandes collections d'être décrites d'une façon aussi
savante et avec un tel luxe de reproductions. Puisse sur-
tout le gouvernement, si généreux des millions de la
France C|uand il s'agit de la Tunisie ou du Tonkin, en
réserver quelques-uns (ne fût-ce que tous les vingt ans)
pour l'acquisition de collections telles que celles du prince
Soltykoft ou de M. Basilewiski, et ne pas laisser passer
à l'étranger des spécimens de cette importance pour notre
art national ! L. F.
I. Voyez dans \'Art ancien à l'exposition de 1878 par M. I,.
Gonse, rédacteur de la Gazette des Beaux Arts, p. 232, la reproduc-
tion de celle croix unique, accomp.agnée de deux branches, portant
l'une St Jean, l'autre la Vierge.
REPONSE.
Plaques de foyer en fonte de feri'^^]. — Nous avons
remarqué récemment, au château de Montbras
(c'"^ de Taillancourt, Meuse) une très grande
plaque de foyer qui doit remonter à la fin du
XV<= siècle ; beaucoup plus large (2'"o8) que
haute, elle affecte la forme d'un rectangle avec
un petit fronton triangulaire sur le milieu. Au
centre, une croix de Jérusalem, cantonnée de
quatre croiscttes, sur un cercle ; au-dessus, écu
de France. Sur les côtés: 2 écus de France;
2 étoiles à 6 rayons rectilignes ; 6 écus au lion
rampant, tenant une hallebarde ; enfin, 2 écus en
losange, à 6 tours, posées 3, 2 et i.
Dans la maison de Jeanne d'Arc, à Domremy,
existe, nous dit-on, une plaque pentagonale, of-
frant les mêmes armoiries inconnues : au lion
rampant arme d'une hallebarde.
Dans la collection, importante pour les XVI 1°
et XVIII^ siècles, du Musée de Bcaune, on re-
marque une plaque de la fin du XV'= siècle, tou-
jours de forme pentagonale. Le milieu de la
partie inférieure n'offre pas de décoration ; dans
le haut, trois croix dites de Lorraine, dont celle
du milieu, de plus grande dimension, repose sur
un cercle ; sur les côtés, deux fleurs de lys. (D'a-
près une comm. de Mgr Barbier de Montault.)
— Ces emblèmes paraissent désigner le roi
René.
Je pourrais signaler de nombreuses plaques
datées de la seconde partie du X VI"^ siècle : 1 570,
la châsse de Saint-Hubert; 1583, Ecu de France-
Navarre ; 1584, Jugement de Paris ; 1590, Noces
de Cana ; etc., etc. Jamais je n'en ai vu du XV<=
siècle qui portassent une date.
L. Germ.\ix.
QUESTION.
Notre-Dajne de Bon-Secours, de Nancy. — La
statue de Notre-Dame de Bon-Secours, à Nancy,
est, depuis deu.x ou trois siècles, l'objet d'un pèle-
rinage très populaire. On la croit sculptée par un
artiste de grand mérite, Mansuy Gauvain, suivant
le compte du receveur général de Lorraine pour
l'année 1506, qui porte : « Payé par le receveur à
Mansuy, menusier, pour avoir taillié ung ymaige
de nostre Dame affublée d'un manteau ouvert,
et taillié gens de tous estas... VIII fr. V gros. »
{Btdl. de la Soc. d'Arch. Ion:, 185 1, p. 53. etc.)
I. Voir année i8
, p. 621.
Cette statue représente en effet la Vierge, les bras
étendus, écartant un vaste manteau, qui lui cou-
vre la partie supérieure de la tète, et sous lequel
sont agenouillés, en dimension beaucoup plus
petite, un grand nombre de personnages de tou-
tes conditions, ecclésiastiques d'un côté, laïques
de l'autre.
L'origine iconograpliique de cette statue, qui
constitue, dans le duché de Lorraine, un t}-pe
tout à fait particulier, connu uniquement sous le
nom de Notre-Dame de Bon-Secours, n'a jamais,
croyons-nous, été étudiée. Nous n'avons pas ren-
contré en l'rance d'images analogues de la Vier-
ge ; mais nous en avons retrouvé plusieurs dans
différentes provinces de l'Espagne, notamment
dans des bas-reliefs funéraires à Burgos, qui nous
ont paru dater du XV<= siècle. Dans son ouvrage
La sainte Vierge (p. 493), M. l'abbé Ménard a
donné une gravure de la Vierge des Grottes {de
las Cuevas) du Musée de Séville ; Marie étend
les bras ; le Saint-Esprit plane au-dessus de sa
tête ; deux anges soutiennent les pans de son
manteau ; des Chartreux agenouillés implorent
sa protection. On remarque dans la Vie militaire
et religieuse de M. P. Lacroix (p. 204), une gra-
vure représentant « Notre-Dame de Grâce abri-
tant sous les plis de son manteau les premiers
grands maîtres de l'ordre militaire de Montessa » ;
c'est une peinture sur bois du XV« siècle, vénérée
dans l'église du Temple à Valence (Espagne).
Les ducs de Lorraine, Jean et Nicolas d'Anjou,
auraient pu s'inspirer de ces images par suite de
leurs campagnes dans la Catalogne ; toutefois,
il est plus probable que ce type iconographique
a été rapporté en Lorraine de l'Italie, où les ducs
de la dynastie angevine, ainsi que René II, firent
plusieurs expéditions militaires et envoyèrent
étudier leurs artistes. Pei-sonnellement, nous con-
naissons peu l'Italie ; nous savons cependant que
des représentations analogues s')' rencontrent
assez souvent, bien que Rome ait toujoui's préféré
le type de la Vierge por'tant sur ses bras l'enfant
JÉ.SUS. L'Atlas Marianus (t. II, p. 69) reproduit
Notre-Dame de Monte Berico, couvrant des pans
de son manteau deux hommes agenouillés; la
statue remonterait à l'an 1426. Nous possédons
l'empreinte d'un sceau ovalaire, dont la légende
nous parait ètie : ^ SIG. MONA. MOMA. S.
MARIAE II DEMIS PADOL S BEN DE OB;
il offre la même image de la Vierge, abritant
deu.x petites religieuses.
Nous désirerions savoir exactement : où, à
quelle époque et dans quelles circonstances, ce
type a pris naissance.
138
Ecuuc Dc rart cïjrcticn.
N'y aurait-il pas lieu de rapprocher de cette
représentation de la Vierge celle de sainte Ursule
écartant son manteau pour couvrir de ses pans,
soit plusieurs des onze mille vierges, comme dans
une statuette d'Avioth (Meuse) ou dans l'une des
peintures dc la fameuse châsse de Bruges, par
Memling, soit quelques-unes de ces mêmes com-
pagnes précédées, au premier plan, de £i'//s de
tous états, à genoux, les mains jointes, comme
dans la curieuse statue de l'église Saint-Michel
de Bordeaux ?
L. Germain.
QUESTION.
IL existe encore un certain nombre de groupes
sculptés représentant la sainte Vierge debout,
tenant l'Enfant JÉSUS sur le bras gauche et lui
présentant de la main droite un «encrier». Une
charmante statue de ce genre, sculptée en bois
de chêne et polychromée, remontant au milieu
du XV*' siècle, est conservée à l'église Notre-
Dame de Macstricht. — Une autre figure de même
nature, de grandeur naturelle, mais d'une époque
plus récente, se trouve dans une niche, au tympan
de l'ancienne boucherie à Gand. On nous a assuré
que dans quelques peintures anciennes en Italie,
on voit des représentations de la sainte Vierge
avec le même attribut.
Nous ne connaissons pas d'auteur qui, en s'oc-
cupant de l'Iconographie chrétienne, donne le
moindre renseignement à cet égard, et c'est en
vain que l'on chercherait des éclaircissements
dans les Caractéristiques des Saints Aw P. Cahier,
dans la Christliche Synibolik de Mcntzel et les
auteurs allemands, dans M^s Jameson et les ar-
chéologues anglais. Tous les auteurs consultés
sont muets à cet égard.
Peut on citer en France et dans d'autres pays,
des groupes représentant la sainte Vierge et
l'enfant Jésus de la même manière.' — Est-il pos-
sible de fixer l'origine et de préciser la signification
de ce symbole et peut-on l'expliquer soit par des
textes sacrés, soit par d'autres documents écrits?
J. H.
ERRATA.
Page
75, col. 2, in fine au lieu de Parniers lisez Painiers.
» 83, » 2, 1. 8, » de Vaneille lisez de Vei-neilh,
» 103, » 2, 1. 23, » Hubger lisez Kiigler.
» 105, » 2, passim )) Hauslick lisez Hanslick.
^?s^;irf3<M?v?d?vi^?d?v
,' 1 r T T'i w 1 1 r nr r . 1 1 w t tt ir'ï ir t rt ^ '" w ■ ■ i iittitti f '. 1 ■ 1 1 f Trmn' t"! UTIJiUll r"iTT¥ffWt ffl^' 1
Bel3ue lie
l'Hrt chrétien
4^
^ parnisfinut taus ïcs trais moie. J
28'"e année. — A"" %tm. 4^!
z 4<]'
^amc 111/ (xxxve he ta collEction). 4
2™^ liuraison. — auril ^885. <^|
HUtLlJIIX£DLA*JtlJLlllllJtAJJUJIlllirit-]JAAlMUMrTn^xinjlliiJ^li"77llir|ff* rn'rrrTTTTTr--n
Jlt JSgmboItgmc cbictten au ICI' mtlt, ti^après
les poèmes t>e ;QrUtience« (Pcuricme et Pcmlcr article.) (V. la
livraison de janvier 1885, p. i.) m^^mW^^êmm^.^m^^mi^m~
V.
EUX sacrements ont été repré-
sentés par Prudence sous une
image symbolique.
« Jésus, dit-il, oignit les yeux
« de l'aveugle avec de la terre humectée de
« sa salive et pétrie de ses mains. Il lui mon-
« tra ensuite par quelle ablution devaient
« être guéries ses ténèbres. La piscine de
« Siloé élève ses eaux de temps en temps, et
« ne les fait pas continuellement bouillonner:
« mais, à des intervalles réguliers, son bassin
« se remplit d'un large flot. Des troupes de
« malades soupirent après le moment où
«jaillira la source avare, et où ils pourront
« nettoyer par un bain purifiant les souillures
« de leurs membres : ils attendent que l'eau
« sonore fasse ruisseler la pierre, et restent
« suspendus à la margelle desséchée. Le
« Christ ordonne (à l'aveugle) de laver à
« cette fontaine la boue étendue sur son
« visage, afin que la lumière le fasse de nou-
« veau resplendir. Car il savait qu'il avait
« formé de boue la figure humaine autrefois
« couverte de ténèbres, et qu'il avait ensuite
« appliqué sur le nouvel Adam le médicament
« sorti de sa bouche. Sans le divin souffle du
« souverain Seigneur, en effet, la terre est
« aride et impropre à guérir; mais après qu'un
« esprit liquide, sorti d'une bouche céleste, a
« mouillé la terre vierge, celle-ci devient un
« principe de salut, et, ainsi baptisée, elle
« peut rendre la lumière. L'aveugle se tient
« debout, les yeux rouverts par la bouche du
« Christ, il proclame qu'il a recouvré la
« lumière grâce à l'application de la boue et
« au contact des flots brillants, il montre à la
« ville étonnée l'auteur de la lumière, le do-
« nateur des jours, qui n'a pas dédaigné de
« montrer aux hommes errants et malades,
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — a'"^ Livraison.
140
iRctiiic De rart chrétien
« en son propre corps, la vertu médicinale
« de l'eau ('). »
J'ai dû citer ce long et subtil passage, qui
n'est pas sans beauté dans l'original, mais
qu'il est à peu près impossible de traduire
d'une façon supportable. Il a trait manifeste-
ment au sacrement de Baptême, et célèbre
« la vertu médicinale de l'eau » que Jésus
a montrée par son propre exemple, corpore
sub proprio, en se soumettant dans le
Jourdain au baptême de Jean. Tombée sous
forme de salive de la bouche du Sauveur, ou
coulant en ondes brillantes dans la piscine
de Siloé, l'eau rend la lumière aux aveugles,
à la créature ténébreuse, au vieil homme
devenu le nouvel Adam. Elle est l'instru-
ment de « l'illumination » produite par le
Baptême, autrefois appelé de ce nom. Les
images, assez fréquentes dans l'art primitif,
de la guérison des aveugles par le Sauveur
au moyen de la boue liquide, ou de la des-
cente dans la piscine, non de l'aveugle, il
est vrai, mais du paralytique, sont probable-
ment des symboles du Baptême. Dans une
des chambres du cimetière de Calliste, à
côté de peintures représentant un homme
qui tire de l'eau un poisson, emblème du
Baptême, et un autre qui administre réelle-
ment ce sacrement, on distingue l'image du
paralytique emportant son lit sur ses épaules
au sortir de la piscine miraculeuse ('). M.
de Rossi voit dans cette représentation
encore une allusion au Baptême (■'). Ter-
tuUien considère l'eau de la piscine de
Bethesda, miraculeusement remuée par
l'ange, comme un emblème de l'eau purifica-
trice du Baptême (■*). Dans le rituel Gothique-
Gallican, l'une des prières de XOrcio Ba-
ptismi contient cette invocation : « O Dieu,
1. Apotheosis, 675-703.
2. De Rossi, Routa sotlerranea, t. II, pi. XVI, 11° 6. —
Cf. Rome souterraine française, pi. \'l, n° 3.
3. De Rossi, 1. c, p. 334.
4. TertuUien, De H-iptisiiio, 5.
qui, par le ministère d'un Ange, rendez
médicinales les eaux de Bethesda, daignez
ordonner à l'Ange de votre miséricorde de
descendre dans ces fontaines sacrées ('). »
Prudence semble voir dans les deux périodes
de la médication de l'aveugle-né, consistant
l'une dans l'onction des yeux par le limon
mêlé de salive, l'autre dans l'ablution faite
à la piscine, deux symboles représentant
également les vicdica purgamina aquœ, la
vertu purificatrice de l'eau baptismale :
seulement ici, comme dans un quatrain du
Dittochaeoii (=), il étend à la piscine de Siloé
les prérogatives merveilleuses de celle de
Bethesda (^), et la montre entourée de
malades, trait que l'Évangile rapporte seu-
lement de la dernière, et à propos d'un
autre miracle ('').
Prudence a raconté dans une hymne du
Cathemerinon le passage de la mer Rouge
par les Hébreux que conduisait une colonne
lumineuse (-). Dans le dernier chant de ce
recueil il rappelle le même épisode, en lui
donnant un sens symbolique indiqué par
saint Paul et par les Pères de l'Eglise, et
dont j'ai déjà parlé. « Tous ont été baptisés
sous la conduite de Moïse dans la nuée et
dans la mer, » écrit l'Apôtre faisant par ces 1
paroles du passage de la -mer Rouge
l'archétype du sacrement de Baptême (').
« Le passage à travers la mer Rouge est
un Baptême, » dit saint Augustin ('). C'est
1. Descendat super has aquas Angélus benedictlonis
tux... qui BethesdiB aquas Angelo medicante procuras...
Angelum pictatis tuaî his sacris fontibus adesse dignare.
2. Dittochaeon, 129-132.
3. Voir Fouard, Vie de N.-S. Jésus-Christ, Appendice
vin, t. I, p. 505, 509.
4. Cf Brockhaus,- p. 233, 257.
5. Cal/ieinerinon, V.
6. Omnes in Moyse b^ptizati sunt in nube et in mari. ;
I Cor., X, 2. ..
7. Per mare transitus baptismus est. S. Augustin,. Sermo
352. — Cf. TertuUien, De Baptismo, g; Origcne, Homilic^
I in fosiie. — Bèdc écrivait encore au VIII'-" siècle ; « La .■
mer Rouge a pour sens le liaptcme consacré par le sang
du Christ. La verge avec laquelle la mer fut touchée est
ïLe %gmt)Olismc chrétien au iu^ siècle, D'après les poèmes De PcuDcnce. 141
ainsi que l'entend Prudence. « Notre chef
« a blessé l'ennemi et nous a délivrés des
« ténèbres de la mort. Son peuple traversant
« la mer a été purifié par les flots ; il le lave
« dans les douces eaux et porte devant lui la
«colonne de lumière ('). » Il est impossible
de ne pas voir dans ces paroles une allusion
à l'eau du Baptême, au sacrement purifica-
teur et illuminateur, comme l'appelait l'an-
tiquité chrétienne.
Prudence symbolise l'Eucharistie par
deux figures empruntées l'une à l'Ancien,
l'autre au Nouveau Testament.
La première est le miracle de la manne
rapporté dans X Exode ('). « Les Hébreux
« ayant eu faim dans le désert, leur camp se
« trouva rempli d'un mets blanc comme la
« neige, tombé en flocons plus épais qu'une
« grêle glacée : ils dressent des tables pour y
« goûter ce festin, s'y nourrir de ce mets que
« leCuRisT leur envoiedu ciel étoile (")... —
<(, Les tentes de nos pères,dit ailleurs le poète,
« sont toutes blanches du pain des Anges (^),»
c'est-à-dire de la manne qui les couvre
comme une neige. Mais cette manne est
elle-même la figure d'un autre « pain des
« Anges,» de Q.ç.panis angelicus que la poésie
liturgique des siècles suivants a chanté
merveilleusement. Prudence met ces paroles
éloquentes dans la bouche de la Sobriété,
reprochant leur luxe et leur mollesse aux
la croix du Christ, que nous recevons par le Baptême.
Ses nombreux ennemis qui piîrissent avec le roi, ce sont
les péchés : le roi lui-même, c'est le diable qui est étouffé
dans le Baptême spirituel. »
1. Hic expiatam fiuctibus
Plebem marino in transitu
Repurgat undis dulcibus
Lucis columnam pr;fferens.
Catlteiiierinoii, XH, 165-168.
2. Exode, xvi, 14-36.
3. Implet castra cibus tune quoque ninguidus
Inlabens gelida grandine dcnsius :
Hic mensas epulis, hac dape construunt,
Quam dit sidereo CHRiSTUsab œthere.
Cathcnurinon, v, 97-100.
4. Panibus angelicis albent tentoria patrum.
Dittochaeon, 4 1 .
contemporains de Théodose, fils dégénérés
des anachorètes et des martyrs : « N'est-elle
« plus dans vos âmes,cette soif du désert ?est-
« elle tarie, cette eau du rocher qui fut donnée
« à vos pères et sous la verge mystique jaillit
«de la pierre entr' ouverte ? Le mets des
«Anges n'est-il pas tombé d'abord près des
«tentes de vos ancêtres, ce mets que, plus
« heureux maintenant en ce siècle tardif, le
« peuple des derniers temps mange vraiment
«en se nourrissant de la chair même du
«Christ (') .^» Le sens du symbole est ici
clairement donné par le poète, qui semble
se borner à traduire les paroles de jÉ.sus-
CiiRisT lui-même : « Voici le pain qui des-
«cend du ciel : il n'est pas comme la manne
« dont ont mangé vos pères et qui ne les a
« pas empêchés de mourir : celui qui mange
« ce pain vivra éternellement (''). » A l'époque
où Prudence rappelait dans ses vers le sens
mystique de la manne donnée dans le désert
au peuple juif un peintre chrétien dessmait
sur un arcosolium d'une catacombe la repré-
sentation du même miracle avec un sens
aussi évidemment symbolique. Une fresque
de la fin du quatrième siècle, découverte il
y a vingt ans dans la catacombe de Cyria-
que, représente un nuage d'où s'échappent
des flocons bleuâtres. Quatre Israélites,
deux hommes et deux femmes, portant par-
dessus leurs tuniques àç.'s, peimlœ (habits de
voyage) avec un capuchon rabattu, re-
cueillent dans les plis de ces vêtements
des flocons qui tombent comme de la neige.
«Il est vrai, dit M. de Rossi, qu'aux chapi-
tres XVI de \ Exode et XI des Nombres,
nous lisons que la manne tombait ainsi
1. Excidit ergo animis eremi sitis,excidit ille
Fons patribus de rupe datus, quem mystica virga
Elicuit scissi salientem vertice saxi.'
Angelicusne cibus prima in tentoria vestris
Fluxit avis, quem nunc sero felicior ;ïvo
Vespertinus edit populus de corpore Christi ?
Psychomachia, yj\-y](i.
2. S. Jean, vi, 59.
142
ïRetiuc ne l'art cfj rétien.
qu'une rosée et que les Juifs la ramassaient
par terre ; mais le peintre a choisi pour
rendre la scène claire et intelligible le
moment où la manne tombait du ciel et a
cru pouvoir représenter les Juifs la recevant
dans leurs pcmilœ ('). )) Au sommet de l'arc,
une peinture.aujourd'hui noircie, représente
une couronne de palmes qui environnait
peut-être, comme tant d'autres couronnes,
dit M. de Rossi, le monogramme constan-
tinien du Christ, a Le miracle de la manne,
ajoute l'archéologue, n'a jamais été vu dans
les peintures et sculptures primitives ; de
sorte que les monuments ne peuvent nous
aider à deviner le mystère. Mais le Sauveur
lui-même le révèle au chapitre VI de
l'Évangile de S. Jean : c'est lui qui est
la V7'aie viaiine, Xapaiit vivant descendit du
ciel. Et l'artiste a peut-être exprimé ce
mystère en inscrivant le monogramme du
Christ dans une couronne, d'oui jaillissent
les rayons qui illuminent le nuage chargé
de manne ('). »
Une autre figure de l'Eucharistie, em-
pruntée par Prudence au Nouveau Testa-
ment, est le miracle des pains et des pois-
sons deux fois multipliés par Jésus dans le
désert et mangés par la foule de ceux qui
l'avaient suivi pour écouter sa parole. De
l'aveu de tous les commentateurs de l'Evan-
gile, ce prodige est un des plus beaux et
des plus clairs symboles de ce pain eucha-
ristique dans lequel Jésus se donne lui-
même à la pieuse faim de ses fidèles sans
que l'aliment divin s'épuise jamais, « tant
est grande l'opulence de la table éter-
nelle (^). » — - « Des milliers de personnes
assises ont été, dit Prudence, nourries de
cinq pains et de deux poissons et douze
1. RhU. di archeol. crist., i863,p. 76 et 78.
2. Ibid., p. So.
3. yEteniio tanta est opulentiamensae.
Dittochaeon, 148.
corbeilles de restes ont été recueillis. Vous
êtes, ô Jésus, notre nourriture, notre pain,
d'une éternelle suavité ; il n'a plus jamais
faim, celui qui mange le mets préparé par
vous : ce n'est pas une faim vulgaire qu'il
satisfait, mais il nourrit en lui-même le prin-
cipe de la vie ('). »
En un autre passage, après avoir ra-
conté d'une façon pittoresque le même
miracle et s'en être servi pour prouver con-
tre les Ebionites la divinité du Christ, qui
a pu de rien créer le monde comme il a fait
croître entre ses mains quelques aliments
devenus la nourriture d'une foule immen-
se ('), le poète, dans un langage plein de
respect et de mystère, fait allusion aux cor-
beilles dans lesquelles les apôtres recueilli-
rent et mirent en réserve les fragments des
pains multipliés. « Afin que ce qui fut la
« nourriture des hommes ne périsse pas foulé
« aux pieds, ne soit pas abandonné sans gar-
« diens aux loups, aux vautours ou aux souris,
«douze hommes ont été placés pour conserver
«les biens du Christ et les montrer de loin
« entassés dans des corbeilles d'osier (3). » Ces
corbeilles sont fréquemment représentées
sur les fresques des catacombes ou les bas-
reliefs des sarcophages soit aux pieds du
Christ dans la scène de la multiplication
des pains, soit devant la table où les sept
disciples prennent le repas mystérieux que
Jésus leur offrit sur les bords du lac de Ti-
1. Quinque panibiis peresis et gemellis piscibus
Adiatim refecta jam sunt accubantium millia,
Fertque quai us ter quaternus feiculoium fragmina.
Tu cibus panisque noster, tu percnnis suavitas,
Nescit esurirc in ;evum qui tuam sumit dapeni,
Nec lacunam vtntiis iuiplct, sed fovet vitalia.
Ciit/uiiwrinon, IX, 58 63.
2. ApoUieosis, 706-735.
3. ...Nepost hominum pastus calcata périrent,
Ncve relicta lupis, aut vulpibus exiguisve
Muribus in priudam nullo custode jacercnt.
Bis sex adpositi, cumulatim qui bona Christi
Servarent gravidis procul ostentata canistris.
Apolheosis, 736-740.
Le ^pmbolisme chrétien au iti' siècle. D'après les poèmes De IpruDence. 143
bériade après sa résurrection, soit près du
trépied sur lequel reposent le pain et le
poisson eucharistiques. Leur nombre varie
selon le caprice de l'artiste ou les nécessités
de la symétrie, car le caractère emblématique
de telles peintures l'emporte sur l'exactitude
littérale de la représentation. On y voit
tantôt sept corbeilles comme dans l'un des
miracles de la multiplication des pains ('),
tantôt douze comme dans l'autre (') ; quel-
quefois on en compte cinq, six ou huit. Dans
les représentations du miracle lui-même les
corbeilles placées aux pieds du Sauveur
sont le plus souvent au nombre de sept ; il
en est ainsi sur beaucoup de sarcophages et
dans trois peintures des catacombes d'Her-
mès, de Calliste et de Domitille ('). Mais
Martigny se trompe en disant que le second
des miracles de la multiplication des pains,
à propos duquel l'évangéliste raconte que
sept corbeilles de restes furent recueillis,
est seul ordinairement représenté par les
artistes anciens, parce que les pains qui fu-
rent alors multipliés étant des pains de fro-
ment, et non, comme dans le second miracle,
des pains d'orge (•"), seul il offre un symbole
des espèces eucharistiques {^). Les peintres
primitifs représentent tantôt le premier,
tantôt le second des miracles opérés par
Notre-Seigneur en faveur des foules qui
l'avaient suivi dans le désert, et prennent
comme symbole de l'Eucharistie celui dans
lequel les pains d'orge multipliés produisi-
rent douze corbeilles de restes aussi bien
que celui où sept corbeilles seulement furent
remplies après la multiplication des pains
de froment. Dans les fresques de la cata-
combe d'Alexandrie où le miracle de la
1. s. Matthieu, xv, 37; S. Marc, vill, 8.
2. S. Matthieu, xiv, 20; S. Marc, vi, 43 ; S.Jean, vi, 13.
3. Garrucci, Siorin delF arte crist., pi. xxni, i.xxxiv;
De Rossi, Roma sol/crraiiea, t. 1 1, pi. A et B ; t. 1 1 1, pi. IX.
4. "Aprous Kpi9£vovS. Panes liordcaccos. S. Jean, VI, 9.
5. Martigny, art. Eucliaristic, p. 290.
multiplication des pains et des poissons est
représenté d'une manière si curieuse et si
évidemment eucharistique, douze corbeilles
sont déposées aux pieds du Sauveur ('). Il
semble que le nombre des corbeilles et
même la distinction entre l'un et l'autre
miracle, tous deux symboles du même sa-
crement, soient indifférents aux yeux des
peintres des premiers siècles: dans une fres-
que du quatrième, de la catacombe de Cal-
liste, deux corbeilles de pain seulement
sont placées près du Christ opérant le mi-
racle (''), et sur la frise si intéressante du
sarcophage de Junius Bassus, qui remonte
à l'an 359, l'agneau, symbole du Christ,
étend la verge miraculeuse au-dessus de
trois corbeilles remplies de pains (^).
Dans les trois passages (^) où il raconte
le miracle de la multiplication des pains.
Prudence prend pour symbole de l'Eucha-
ristie celle des pains d'orge, et parle des
douze corbeilles qui furent remplies ensuite;
puis, comme pour montrer quels saints et
redoutables mystères avaient été cachés par
le Christ dans ce prodige, type et prophétie
d'un prodige plus grand et plus durable, il
s'écrie: « Mais pourquoi ai-j'e l'audace de
« dévoiler ces vérités d'une voix tremblante,
« indigne que Je suis de chanter les choses
« saintes {^) ?» et, se tournant, pour ainsi dire,
vers une autre image représentée souvent
dans les catacombes ou sur les sarcophages
à côté de celle des corbeilles des pains eu-
charistiques: « Sors du tombeau, Lazare (') ! »
dit-il, comme pour cacher son trouble
et passer brusquement à un autre sujet.
1. Bull, di ardieol. crist., 1865, p. 73 et planche. —
Cf. ma Rome souterraine, fig. 22, p. 319.
2. De Kossx, Roina sotterranea, t. III, pi. vin, l.
3. Route souterraine, fig. 47, p. 449.
4. Cathemerinon, IX, 5S-63 ; Apotheosis, 706-740 ; Ditto-
chaeon, 145-148.
5. Secl quid h;ïc titubanti voce rete.\o,
Indignus qui sancta canam .-■...
6. Ihid., 742, 743-
144
IRcuuc oc ract cfjrcticn.
Il semble que le souvenir de la disciplina
arcani ('), encore en vigueur au quatrième
siècle, se présente soudain à sa pensée et
qu'il s'effraie d'en avoir trop dit. « Les caté-
chumènes ne savent, dit saint Augustin, ce
que reçoivent les chrétiens (^), » et saint
Jean Chrysostome ajoute: « Les initiés seuls
connaissent le mystère de l'Eucharistie (f). »
Après s'être exprimé en termes assez clairs
pour être compris des initiés, Prudence a
craint que les catéchumènes, et surtout les
profanes, pénétrassent le sens ineffable du
symbole, et il a coupé court à ses révéla-
tions (■•).
VL
LES premiers chrétiens avaient une
grande dévotion pour la croix, dont ils
aimaient à tracer le signe sur leur front et
leur poitrine. Pendant longtemps ils évitè-
rent de dessiner ouvertement la croix sur
leurs monuments, redoutant les railleries des
païens qui s'étaient traduites un jour par une
caricature célèbre ('), craignant plus encore
peut-être de scandaliser les catéchumènes
et les nouveaux baptisés par l'image d'un
instrument de supplice réputé déshonorant
et servile ; mais en même temps ils recher-
chaient toutes les occasions de figurer la
croix sous une forme dissimulée que les
seuls initiés devaient comprendre : ils cou-
paient par une barre transversale la hampe
de l'ancre, ils donnaient une apparence de
croix aux mâts des navires, aux jougs des
1. Martigny, art. Secret, p. 725-728 ; Haddan, art. Di-
sciplina arcani^ dans Smith, p. 564-566 ; Peters, art. Ar-
camiiscrplin., dans Kraus, p. 74-76 ; Roller, les Catacombes
de Rome, t. I, p. 156-160.
2. S. Augustin, Tract. XXVI injoatin.
3. S. Jean Chrysostome, Homilia I.XXII in Matth.
4. Cf. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 344 ; et
Rome souterraine, p. 398.
5. Garrucci, // croce/isso graffito in casa dei Cesan,
Rome, 1857 ; Kraus, Le crucifix blasphématoire du Pala-
tin, trad. par Ch. de Linas ; Rome souterraine, fig. 27,
P- 334-
voitures, au.x marteaux, aux divers sym-
boles ou instruments peints sur les murail-
les des catacombes ou gravés sur les pierres
sépulcrales (').
Parmi les images dissimulées de la croix,
une des plus anciennes est le T latin, le
tau grec. « Le tati des Grecs, dit Tertullien,le
T des latins, sont une image de la croix ('). »
C'est en effet la forme d'un patibitluvi an-
tique, du gibet où étaient crucifiés les mal-
faiteurs et les esclaves. La croix en forme
de T, la crux coiniuissa ou patibiilata, est
assez fréquemment gravée sur les marbres
des catacombes, soit seule (f), soit dominant
dans un mot ou une combinaison de let-
tres (^). Comme la lettre tau exprimait en
grec le nombre 300, celui-ci fut aussitôt
regardé dès les temps apostoliques comme
symbolisant la croix (^). On poussa plus
loin encore ce raffinement de symbolisme:
le nombre 31S devint une allégorie de la
croix et de Jésus-Chkist tout ensemble, la
croix étant représentée par T ou 300 et
Jésu.s-Christ par les deux premières lettres
de 'r/;îroj;, I signifiant en grec 10 et H cor-
respondant à 8 ; et l'on en vint à citer comme
une sorte de tessera devant suggérer aux
initiés la pensée de Jésus sur la croix le
verset de la Genèse où il est question des
3 1 8 vernœ envoyés par Abraham au secours
de Lot prisonnier (°). Après avoir reproduit
le récit du vieux livre inspiré et montré
Abraham armant ses serviteurs pour la
1. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, pi. xiv, xv, XLIX;
Bull, di arch. crist., p. 50-70, et planche iv ; Martigny,
art. Instruments, p. 380 ; Rome souterraine, p. 332.
2. Tertullien, Contra Marcioncm, III, 22, citant Ezé-
chiel, l.\, 4.
3. De Rossi, Roma sotterranea, t. II, pi. XXIX, 28, XLin,
14 ; Bull, di archeol. crist., 1S63, p. 82. — Rome sou-
terraine, p. 336.
4. De Rossi, Roma sotterranea, t. I, pi. xxni, 5 ;
Bull, di archeol. crist., 1863, p. 35. — Rome souterraine,
P- 337, 433, fig- 43-
5. S. Barnabe, Ep., 9, dans Dressai, Patres apostolici,
p. 20 ; Clément d'Alexandrie, Stromata, VI, 11.
6. Genkse, xi\", 14.
le ^î^mboUsmc chrétien au iM' siècle, D'après les poèmes De PruDence. 145
délivrance de son neveu, l'arrachant, lui, sa
femme, ses enfants, ses trésors, des mains
des rois vainqueurs, Prudence ajoute : « Ce-
«ci est une figure de notre vie. Il nous faut
«veiller en armes, et, au moyen de forces
« réunies dans notre maison, délivrer toute
«portion de nous-mêmes qui serait captive de
«la volupté. Nous aussi, nous possédons un
« grand nombre de servheurs(verm{/^,esc\a.-
€ ves nés dans la maison), si nous comprenons
«quelle est la puissance de 300 additionné
«de deux fois 9 (').» Par ce langage bizarre-
ment énigmatique Prudence fait une incon-
testable allusion au symbolisme compliqué
dont on vient de voir l'origine et le sens (^):
nous sommes forts, veut-il dire, si nous
connaissons la puissance de Jésus crucifié.
J'ai hâte de sortir de toute cette gema-
^ria{^)et de demander à notre poète des sym-
boles plus simples et plus clairs de la croix.
L'un nous est donné dans ces vers de
Prudence : « Le peuple hébreu avait soif
«dans le désert, et un étang amer au goût
«ne lui offrait que des eaux stagnantes et
«enfiellées. Le saint Moïse dit : Prenez du
« bois, jetez-le dans le gouffre, ce qui est amer
«acquerra une douce saveur (■♦). » C'est le
fait rapporté dans \Exode, XV, 23-25. Ce
bois qui adoucit toutes les amertumes est
une image de la croix. « L'eau du triste
«lac, dit Prudence, de fiel devient, grâce au
1. H;i;c ad figuram prasnotata est linea,
Quam nostra recto vita resculpat pede :
Nos esse large vernularum divites
Si, quid trecenti bis novenis additis
Possint, figura noverimus niystica.
Psychoinacliia, Prœfatio, 50-5S.
2. Cf. Brockhaus, p. 229.
3. Sur Xn/abbala en général et la gematria en parti-
culier, voir les Màlaiiges if archéologie des PP. Martin et
Cahier, t. I, p. igo et suiv.
4. Aspera gustatu populo sitiente lacuna
Tristificos latices stagnanti felle tenebat.
Moyses sanctusait : Lignum date, gurgitcni in istum
Conjicite, in dulcem vertentur amara soporem.
Diitochaeoii, 49-52.
«bois, un doux miel attique : c'est le bois
«qui donne une saveur douce aux choses
«les plus âpres, car l'espérance des hommes
«vit attachée à la croix ('). »
La croix est encore symbolisée par le ser-
pent d'airain que Moïse éleva dans le désert
et dont la vue guérissait les Israélites {').
« Comme Moïse éleva le serpent dans le
désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme
soit élevé, » a dit Jésus-Christ annonçant
son crucifiement (3). Les premiers chrétiens
voyaient dans le fait biblique ce que le
Sauveur lui-même leur avait appris à y voir,
un type du crucifix. Ils se plaisaient à le
regarder se dressant ainsi dans le lointain
des âges : « La croix, dit Prudence, a été
«annoncée d'avance, la croix a été d'abord
«ébauchée, les siècles antiques se sont im-
« prégnés de la croix (■*). » Aussi saint Am-
broise est-il l'écho de la tradition quand il
écrit : « L'image de la croix, c'est le
serpent d'airain. Il était le propre type du
corps du Christ, de sorte que quiconque le
regardait ne devait pas périr (f). » Prudence
a chanté le serpent d'airain : « La route
«desséchée du désert était brûlante de noirs
« serpents, et des morsures empoisonnées
«saisissaient le peuple, couvert de livides
« blessures. Le prudent chef suspendit à une
«croix un serpent d'airain qui guérissait le
«venin (*). » Le livre des N'onibirs n'a pas
1. Instar fellis aqua tristifico in lacu
Fit, ligni venia, mel velut Atticum ;
Lignum est, quo sapiunt aspera dulcius ;
Nam prasfixa cruci spes hominum viget.
Callieiiierinoii, \',93-96.
2. Nombres, xxi, S, g.
3. S. Jean, ni, 14.
4. Crux pra-notata, crux adumbrata.
Crucem vetustacombiberunt sjecula.
Pcri Stcphaiion, X,629, 630.
5. S. Ambroise, De Spiritu saiicto, III, 9; De Salo-
mone, 12 ; sermo 55 De cntcc Christ i.
6. Fervebat via sicca eremi serpcntibus atris,
Jamque venenati per vulnera lixida niorsus
Carpebant populum ; scd prudcns a;re politum
Dux cruce suspendit, qui virus tempcret, anguem.
Dittochaeon, 45-48.
146
IRctiue De rart chrétien.
dit que le serpent d'airain ait eu pour sup-
port une croix. L'imagination chrétienne
ajoute ce détail afin de montrer clairement
de qui il était le type et le symbole.
Une autre circonstance de l'e.xode du
peuple juif offre une image naturelle de la
croix. Quand les Hébreux combattirent au
sortir du désert contre les Amalécites,
Moïse monta avec Aaron et Ur au sommet
d'une colline et jusqu'à la fin de la bataille
demeura les bras en l'air, priant ('). « Pen-
« dant que l'armée combattait, dit Prudence,
« le prophète, les bras levés et étendus, acca-
« blait d'en haut Amalec, car il offrait alors
« une image de la croix (-). » Cette attitude
était celle de la prière chez les premiers
chrétiens, et quand ils invoquaient Dieu les
mains étendues, pareils à ces Orants dont
l'art chrétien a multiplié les images sur les
murailles des catacombes et sur le flanc
des sarcophages, ils se plaisaient à se consi-
dérer comme des crucifix vivants. « Quand
un homme, étendant les mains, vénère Dieu
avec un cœur pur, il est un symbole de la
croix, » écrit Minucius Félix {'=). Au mo-
ment de leur supplice les martyrs priaient
quelquefois les mains étendues en forme de
croix : manibus in modum crucis expansis
crantes, disent les Actes des saints Fruc-
tueux, Augure et Euloge (''). Prudence a
chanté le supplice et le triomphe de ces
saints : il les montre de même, sur le bûcher
qui les consume, étendant les mains pour
prier. « Les nœuds dont on avait attaché
« leurs mains tombèrent brûlés sans que leur
1. Exode, xvn, 9-12.
2. Hic, pr;eliante exercitu,
Pansis in altum brachiis,
Sublimis Amalec premit,
Crucis quod instar tune fuit.
Ca/Jieinerinon, XII, 169-172.
3. Minucius Félix, Octavius, 39.
4. Martyrol. Usiiardi, xil Kal. Febr. — Le texte publié
par Ruinart dit seulement : In sipio iropcei Domini consti-
tutif ce qui a le même sens.
« peau fût atteinte. Le supplice n'osa pas
« garder emprisonnées des mains qui de-
« valent se lever en forme de croix vers le
« Père, et les bras qui devaient prier Dieu
« devinrent libres ('). » Le poète compare
les trois martyrs aux enfants Hébreux dans
la fournaise : « Vous croiriez voir l'image de
« ces trois héros qui, à Babylone, chantaient
« dans le feu à la grande stupéfaction du
« tyran ('). » Les peintres et les sculpteurs
des premiers siècles avaient coutume de re-
présenter les trois Hébreux debout au mi-
lieu des flammes, les bras en croix.
VIL
L'ART chrétien présente des apôtres
divers symboles : les plus fréquents
sont les brebis et les colombes. Quelques
mosaïques des basiliques romaines montrent
les apôtres en personne : à côté de chacun
d'eux est un palmier {f). Prudence a parlé
symboliquement des douze membres du col-
lège apostolique. Par exception les symboles
qu'il emploie ne correspondent pas à ceux
dont se servait habituellement l'art chrétien.
Tantôt il les compare aux douze pierres que
Josué fit placer dans le lit du Jourdain en
souvenir du passage miraculeux du fleuve
par le peuple Israélite (■*). « C'est là, dit le
poète, un emblème des apôtres ('); » et ail-
1. Nexus denique, qui manus retrorsus
In tergum revocaverant devictas,
Intacta cute decidunt adusti.
Non ausa est cohibere pœna palmas
In niorem crucis ad Patrem levandas,
Solvit brachia quie Deum precentur.
Péri Stcplianon, vi, 103-108.
2. Priscorum spécimen trium putares,
Quos olim Babylonicum per ignem
Gantantes stupuit tremens tyrannus.
Ibid., 109-111. — Les Actes font la même comparaison;
Ruinart, Acta martyriim se/ecta, p. 222.
3. Ciampini, Vet. Mon., t. II, pi. xxill.
4. JObUlO, IV, 9.
5. Qui ter quatcrnas denique
Refluentis amnis alveo
Fundavit et fixit pctras,
Apostolorum stemniata.
Catlicmerinon, XII, 177-180.
le ^î^mboUsme cfjrcticn au it)^ siècle, D'après les poèmes oe IpruDcnce. 147
leurs : « Ces douze pierres furent placées
par nos ancêtres dans le fleuve comme une
figure des disciples (') : » disciples, ici, a
évidemment la signification d'apôtres. Tan-
tôt il les compare aux douze fontaines qui
coulaient dans l'oasis d'Elim où se reposè-
rent quelque temps les Hébreux en marche
dans le désert ('), et il fait en même temps
des soixante - dix palmiers qui , d'après
XExode, croissaient en ce lieu, l'emblème
des soixante-dix disciples que Jésus envoya
prêcher en Galilée (^). « Le peuple, dit-il,
vint sous la conduite de Moïse là où six
et six fontaines arrosaient de leur eau
transparente soixante-douze palmiers : ce
bois mystique d'Elim nous offre dans les
livres le nombre des apôtres (*). » Ici au
moins le symbolisme, bien que fort subtil,
rappelle par certains traits ceUii qui était
en usaee dans l'art du IV^ siècle. Pru-
dence compare les apôtres aux douze
fontaines comme les peintres et les mosaïstes
symbolisaient les évangélistes par l'image
des quatre fleuves du paradis terrestre, et
il prend pour emblème des disciples les
palmiers dont les mosaïstes firent quelque-
fois un symbole des apôtres.
Les branches détachées de cet arbre, les
palmes, avaient également dans l'antiquité
chrétienne une valeur symbolique. Elles
étaient, ainsi que les couronnes, considérées
comme des emblèmes de victoire. On les
gravait sur les tombeaux de simples chré-
1. Testes bis senes lapides, quos flumine in ipso
Constituere patres in forniam discipulnriim.
J'>i//oi/iaeo}i, 57-60.
2. Exode, xv, 25.
3. S. Luc, x, I. 'Ep8o(i.T|KovTa, dit le texte grec ; scplua-
ginta duos, selon la Vulgate. Prudence adopte tantôt l'une,
tantôt l'autre leçon : dans \' Apotheosis, 1005, 1006, il parle
comme la Vulgate.
4. Devenere viri Moyse duce, sex ubi fontes
Et sex forte alii vitreo de rore rigabant
Septenas decies palmas, qui mysticus Elim
Lucus apostolicum nunierum libris quoque pinxit.
Dittochaeon, 53-56.
tiens qui avaient pieusement « achevé leur
course, » selon le mot de saint Paul ('), et
paraissaient aux survivants mériter la ré-
compense céleste. Mais on les considérait
surtout comme le symbole de la victoire
par excellence, celle que remportaient les
martyrs. Prudence intitule : Sur les cotiron-
nes, Tzioi l-i'Tjiy.vilyj, le poème composé en leur
honneur. « La palme du martyre » était
devenue dès les premiers temps chrétiens
une expression classique : elle se lit dans
toute espèce de documents et est représen-
tée, ainsi que la couronne, sur une multitude
de monuments. Prudence a souvent rappelé
ces beaux symboles. « Les fleurs des mar-
« tyrs, » les Innocents massacrés à Bethléem
par l'ordre d'Hérode, « se jouent, dit-il, au
« pied de l'autel avec les palmes et les cou-
« ronnes (') ». 11 parle des dix-huit palmes
remportées par les dix-huit martyrs de
Saragosse(3). Il montre le martyr de Siscia,
saint Ouirinus, aspirant après «la palme de la
« mort ('') ». « L'Esprit-Saint, dit-il, a donné
une palme aux martyrs de Calahorra (^). » 11
célèbre en termes remarquables la victoire
de sainte Agnès, « à qui est offerte une
« double couronne : la virginité, préservée de
« toute souillure, et la gloire d'une libre
« mort (*). » On croirait voir une traduction
de ces beaux vers sur un fond de coupe où
est représentée sainte Agnès debout entre
deux colombes dont chacune lui offre une
couronne, sans doute les deux couronnes
1. S. Paul, II TiM., IV, 7.
2. Aram ante ipsam simplices
Palmis et coronis luditis.
Catheinerinon, XII, 131, 132.
3. Octies parlas deciesque palmeas.
Péri Siephanân, IV, 106.
4. Palmam mortis.
Ibid., VII, 53.
5. Ibid., VIII, 12.
6. Duplex corona est prœstita martyri,
Intactum ab omni crimine virginal,
Mortis deinde gloria libene.
Ibid., XIV, 7-9.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 2"*'^ LIVRAISON.
148
lacijuc De rsrt cijrétien.
dont parle le poète, celle de la virginité et
celle du martyre (').
VIII.
LES chrétiens ont exprimé avec une
force inconnue de la plupart des
païens la distinction essentielle de l'âme et
du corps. « lia rendu à la nature son esprit
qui en faisait partie et restitué son corps à
son origine (^), » tel est le langage vague
d'une épitaphe païenne, indice d'idées plus
vagues encore. « Il a rendu à Dieu son âme,
à la terre son corps {'), » tel est le langage
ferme et précis des épitaphes chrétiennes.
Le symbolisme artistique et littéraire en
usage chez les premiers fidèles exprime avec
une force singulière cette distinction des
deux éléments qui composent la personne
humaine.
L'âme, chose ailée, pure, immatérielle,
s'élevant d'un vol naturel vers les hauteurs,
et qui planerait toujours si elle n'était em-
prisonnée dans le corps, c'est la douce et
chaste colombe. Elle est peinte, dans les
catacombes, au-dessus des tombeaux, se
jouant dans les bocages et parmi les fleurs
du paradis, becquetant les grappes de la
vigne mystique, buvant dans des vases
pleins d'une eau qui ne tarira plus ; on la
voit gravée sur les pierres sépulcrales, avec
un rameau d'olivier dans le bec, et auprès
d'elle se lit une de ces légendes qui tradui-
sent l'image symbolique : spiritvs sanctvs
ANIMA INNOCENS ANIMA INNOCENTIS-
SIMA PALVMBA SINE FELLE SPIRITVS
Tvvs IN FACE (''). Le symbole de la
colombe était surtout appliqué à l'âme des
1. Ce verre est reproduit en couleurs dans J?ome
souterraine^ pi. IX, n" 2.
2. NATVRAE SOCIALEM SPIRITUM CORPVSQVE ORIGINI
REDDIDIT. V>Q>\%h\&VL, Inscriptions antiques de Lyon, p. 477.
3. DEO ANIMAM REDDIDIT, TERR/E CORPVS. Bjlll. di
archeol. crist., 1873, p. 148.
4. Rome souterraine, p. 298 ; Northcote, Epitaphs oftiic
cataconibs, p. 160-162.
martyrs. Les Actes de saint Polycarpe
racontent qu'au moment où le sang coulait
sous le glaive une colombe s'élança de son
corps ('). Après le supplice de saint Bénigne,
disent ses Actes, « les chrétiens virent
s'envoler de la prison à travers les airs
une colombe plus blanche que la neige,
qui indiquait par son vol que la sainte
âme du martyr montait au ciel. Cette
colombe laissa une odeur si suave, que
tous se figuraient jouir des délices du
paradis (^) ». On multiplierait aisément les
exemples semblables. Je me bornerai à un
seul, emprunté à Prudence. Le poète chante
le martyre de sainte Eulalie : il la montre
buvant avidement la flamme du bûcher.
« Aussitôt resplendit une colombe, qui sem-
« ble, plus blanche que la neige, s'échapper
« de la bouche de la martyre et monter
« jusqu'aux astres : c'était l'esprit d'Eulalie,
« pur comme le lait, rapide, innocent (3). »
Une lampe de terre cuite ayant fait par-
tie de la collection Martigny porte moulée
sur son disque l'image d'une colombe sor-
tant d'un vase. C'est l'âme qui se dégage
du corps (+). Un vase de terre, fragile et
grossier, est un symbole adopté à la fois par
l'antiquité profane et l'antiquité chrétienne
pour signifier la partie matérielle de notre
être. « Le corps est, pour ainsi dire, le vase
de l'âme, — le corps n'est qu'un vase, un
réceptacle de l'âme, — Dieu voit les âmes
1 . Epistola Ecdesiœ Smyrnensis de mariyrio S. Poly
carpi, dans Ruinart, p. 33. Cependant le texte relatif à la
colombe n'est pas sûrement établi ; voir la correction de
Funk. Cf. mon Histoire des persécutions pendant tes deux
premiers sihles d'après les documents arc/u'oiogigues,.
Paris, 1885, p. 321, note i.
2. Acta S. Benigni, dans Surius, t. XI, p. i.
3. Emicat inde columlja repens,
Martyris os nive candidior
Visa relinquere et astra sequi ;
Spiritus hic erat Eulalia;
Lacteolus, celer, innocens.
Péri Stephanôn, m, 161- 165.
4. Martigny, art. Vase, p. 771.
te %^mboli5nu chrétien au iM' siècle, D'après tes poèmes De IpcuDence. 149
nues, sans s'arrêter aux vases matériels, —
si tu es privé de sentiment, tu cesseras
d'être sous le joug des douleurs et des vo-
luptés et de servir à un vase si fort au-des-
sous de toi, » — ainsi parlent Lucrèce,
Cicéron et Marc-Aurèle {'). « Quand tu
meurs tu n'es pas mort, ton âme a aban-
donné un vase fétide, >> dit une inscription
grecque de la fin du deuxième siècle restituée
et commentée par M. Miller et dans laquelle
est sensible l'influence du néo-platonisme ('').
Tel est le langage des penseurs appartenant
à l'élite intellectuelle du monde païen. Les
chrétiens ne pouvaient manquer de s'appro-
prier une comparaison si noble et si vraie.
Saint Paul avait dit dans le même sens et
avec un accent plus haut encore : « Que
chacun de vous sache posséder son vase
honorablement et saintement {'). » Après
lui Tertullien répète : « Nous sommes des
outres, des vases de terre (^), :>> et Lactance
s'écrie : « Le corps est comme le vase qui
sert de domicile à l'esprit céleste (=). » Le
symbole du vase, fréquemment gravé sur
les marbres des catacombes (^), a le plus
ordinairement cette signification. Il est
l'emblème du corps gisant dans le tombeau.
Quelquefois une colombe est dessinée près
du vase pour compléter l'idée par une anti-
thèse éloquente, et montrer d'un côté l'en-
veloppe d'argile, de l'autre l'âme qui vient
de s'en dégager, ce qui est mort et ce qui
ne peut mourir. C'est l'idée même exprimée
par la lampe de la collection Martigny :
seulement cette dernière ne représente pas
le corps et l'âme séparés après la mort,
mais fait plutôt allusion au moment où l'âme
1. Lucrèce, De natiira reruiii, III, 441; Cicéron, 7//jt«/.
qitœst., I, 22 ; Marc-Aurèle, Penst'es.
2. Revue archéologique^ t. X.W'I (1S73), P- S4-94.
3. I Thess., IV, 4.
4. Tertullien, De patientia^ 10.
5. Lactance, Div. Iitsf., u, 12.
6. Voir Rotne souterraine, p. 329-331.
se détache du corps, où elle tremble, pour
ainsi dire, sur les lèvres des mourants com-
me un oiseau dont les ailes palpitent, s'en-
tr'ouvrent et qui va prendre son essor.
Prudence emploie éloquemment dans ses
vers le symbole du vase, avec le sens qui
vient d'être expliqué. « Ce que tu t'efforces
« de détruire, — fait-ildire au persécuteur par
« saint Vincent, — c'est un vase fragile, un
« vase de terre, qui de toute manière doit un
« jour se briser ("), » et un ange exhortant le
martyr, quand le dernier soupir est près de
s'exhaler de ses lèvres, lui adresse ces pa-
roles : « Dépose maintenant ce pauvre vase
« caduc fait de terre, qui va se briser et se
« dissoudre, et vole libre vers le ciel {^). » Ce
symbole put être d'autant plus fam.ilier à
Prudence que l'Espagne, sa patrie, est, de
toutes les parties du monde romain, celle
qui a produit le plus de potiers chrétiens et
d'où proviennent le plus d'amphores mar-
quées du monogramme constantinien, de
croix, de pieuses acclamations (^j.
Pour représenter la distinction ou plutôt
la trop fréquente opposition de l'âme et du
corps, Prudence se sert d'un autre symbole,
dont je ne retrouve pas l'équivalent dans
l'ancien art chrétien. <i Dieu reçut avec un
« geste différent les offrandes des deux frères,
<i acceptant celles qui étaient offertes avec
« un cœur vivant, rejetant celles qui procé-
« daient d'un sentiment terrestre. Le labou-
« reur jaloux tua le pasteur. Abel est le type
« de l'âme, notre chair est représentée par
1. Hoc quod laboras perdere
Tantis furoris viribus.
Vas est solutum ac fictile,
Quocumque frangendum modo.
Péri Step/tanôn, v, 160-164.
2. Pone hoc caducum vasculuin,
Compage textum terrea,
Quod dissipatiun solvitur.
Et liber ad cctluni veni.
Ibid., 301-304.
3. Hull. di archeol. cris/., 1880, p. 92.
I50
Ecuuc De rart cbcétien.
Caïn(').» Abelet Caïn sont sculptés sur quel-
ques bas-reliefs de sarcophages, dans l'acte
d'apporter chacun leur offrande à Dieu : l'un
tient en main des épis, l'autre un agneau (').
Mais aucun écrivain des premiers siècles, à
l'exception de Prudence, n'a songé à voir
soit dans les sentiments différents des deux
frères, soit dans la violence exercée par l'un
contre l'autre, l'image de l'opposition exis-
tant depuis le péché originel entre les ten-
dances de l'âme et du corps et le symbole
de l'oppression que celui-ci fait trop souvent
peser sur celle-là. Pour eux Cam et Abel
sont une figure de la Synagogue et de
l'Église, ou plus souvent du Christ immolé
et des Juifs déicides. Abel, dont l'offrande
est acceptée de Dieu et dont la mort suit
cette offrande, est particulièrement le type
du Sauveur, à la fois prêtre et victime {=).
Prudence lui-même a dans un autre poème
rapproché la mort d'Abel de celle du
Christ (■•).
IX.
ON retrouve dans les poésies de Pru-
dence un certain nombre d'autres
symboles dont la représentation nous est
offerte par les monuments de l'art religieux.
Ainsi Daniel exposé dans la fosse aux lions
et miraculeusement nourri par Habacuc, —
Jonas précipité du vaisseau, recueilli et
rejeté par le poisson monstrueux, — Élie
enlevé au ciel dans un char de feu, — font
partie du cycle artistique des premiers siè-
cles chrétiens et n'ont pas été oubliés par
le poète.
Daniel entre les lions est un des sujets
1. Fratrum sacra Deus nutu distante duorum
Aestimat accipiens viva et terrena refutans.
Rusticus invidia pastorem sternit : in Abel
Forma anim;e exprimitur,caro nostra in munereCaïn.
Dittochacon, 5-8.
2. Martigny, art. Abel et Cciï/i, p. 2, 3 ; Heuser, ^lùel
tind Kiiiit, dans Kraus, p. 2, 3.
3. Voir les textes dans Kraus, 1. c.
4. Haiiuirtigenùi, l'riLfatio, 20-26.
les plus fréquemment représentés dans les
œuvres de l'art chrétien, depuis les peintu-
res tout à fait primitives des catacombes (')
jusqu'aux boucles de ceinturon de l'époque
mérovingienne ('). Sur les sarcophages
Habacuc est souvent représenté apportant
à Daniel la nourriture que Dieu lui envoie.
Les Pères de l'Église voient dans cette
représentation soit un symbole de la résur-
rection des corps, soit une image des mar-
tyrs chrétiens, soit l'emblème de l'eucharis-
tie que les prêtres et les diacres distribuaient
aux confesseurs de la foi renfermés dans les
prisons ['). Sur un sarcophage de Brescia,
le poisson, symbole ordinairement eucharis-
tique, est présenté à Daniel par Habacuc
en même temps que le pain (^). Prudence
raconte l'histoire de Daniel miraculeuse-
ment nourri dans la fosse aux lions comme
un exemple du soin avec lequel la Provi-
dence veille aux besoins de ses serviteurs
et les défend contre les supplices, les juges
injustes, la rage des tyrans. « O sécurité
« toujours accordée à la piété et à la foi! les
« lions indomptés lèchent le prophète et
« tremblent devant l'enfant de Dieu. Ils se
« tiennent près de lui et ferment leurs mâ-
« choires : leur rage s'adoucit, leur faim de-
« vient miséricordieuse, leur gueule tourne
« autour de leur proie et ne s'abreuve pas
« de son sang. Mais alors qu'il étendait ses
« mains vers le ciel et, captif, privé d'ali-
1. llull. di archeol. crist. 1865, p. 42 ; Rome souterraine,
lig. 10, p. 109.
2. Edmond Le V<\ax\\., Inscriptions c/irc'tiennesdeiu Gante,
planches XLU et LXXXVII.
3. Voir les textes dans Kraus, art. Daniel, p. 344, 345.
— Aringhi, Roina stibterranea, t. Il, p. 504, et Martigny,
art. Daniel, p. 238, ajoutent qu'Habacuc apportant des ali-
ments à Daniel enfermé dans la fosse aux lions est aussi
une figure du soulagement que les prières des vivants
apportent aux âmes du purgatoire; c'est, disent-ils, l'opi-
nion d'un grand nombre de Pères. Kraus fait observer que
les deux écrivains ne citent aucun texte à l'appui de cette
assertion.
4. Oderici, Moniinienti eristiani di Jirescia, pi. XII, 3.
le ^gmfaoUsme cfjréticn au iu^ siècle, D'après les poèmes oe Ipriioencc. 151
« ments, invoquait Dieu dont il avait déjà
« éprouvé le secours, un ange reçut l'ordre
« de voler vers la terre pour donner au ser-
« viteur de Dieu sa nourriture : le messager
« franchit l'air docile, aperçoit de loin les
« mets rustiques que le prophète Habacuc
« distribuait à ses moissonneurs, saisit par
« les cheveux celui-ci chargé de paniers et
« le porte suspendu à travers les airs. Bientôt
« Habacuc et la nourriture sont déposés dans
« la fosse aux lions; il offre les aliments qu'il
« portait : « Prends joyeux, dit-il, et mange
« avec plaisir le repas que t'envoient dans ce
« péril le Père céleste et l'ange du Christ. »
« Daniel les prend, lève les yeux au ciel, et,
« fortifié par la nourriture, répond : Amen,
« — s'écrie: Allehiia (') ! »
Il est intéressant de rapprocher ce récit
des œuvres de l'art chrétien représentant le
même sujet. Prudence ne dit pas combien
d'animau.x étaient renfermés avec Daniel
in lacu leoniun: le texte biblique nous
apprend que la fosse renfermait sept lions (-).
Les artistes chrétiens n'en représentent
jamais que deux, un de chaque côté du pro-
phète, traitant la lettre de la Bible avec une
liberté dont les monuments nous donnent
de nombreux exemples, et faisant passer la
symétrie avant l'exactitude littérale. C'est
ainsi qu'ils représentent les mages tantôt au
nombre de deux, tantôt au nombre de
douze, et qu'ils augmentent ou diminuent
arbitrairement le nombre des corbeilles dans
les peintures faisant allusion au miracle de
la multiplication des pains : la pondération
du tableau, le groupement harmonieux des
personnages ou des accessoires, l'emportent
à leurs yeux sur toute autre considération.
La tradition artistique était si bien établie
en ce qui concerne le nombre des lions
qu'elle finit par être acceptée non seulement
1. Cathemerinon, iv, 46-72.
2. Daniel, xiv, 31.
des peintres ou des sculpteurs, mais même
des poètes; un écrivain espagnol du cin-
quième siècle, Dracontius, s'exprime ainsi:
ii La fureur des lions n'atteignit pas le pieux
Daniel, à qui la grande bonté de Dieu des-
tine un aliment, laissant à jeun l'un et l'autre
lion ('). » Dracontius avait probablement
sous les yeux en écrivant ces vers une pein-
ture, un bas-relief ou même quelqu'un des
nombreux ustensiles, coupes, lampes, fibu-
les sur lesquelsce sujetétait ainsi représenté.
Par d'autres détails. Prudence sembleencore
s'inspirer des monuments artistiques. Ainsi,
il montre l'ange saisissant Habacuc parles
cheveux pour le transporter à Babylone : le
texte sacré le raconte, et les sculpteurs chré-
tiens ont osé représenter sur quelques sar-
cophages ce sujet difficile: sur un sarcophage
de Brescia la main de l'ange ou peut-être
la main divine, sortant du ciel figuré par
sept étoiles, tient le prophète par les che-
veux et le transporte dans les airs (") ; sur
un sarcophage du musée de Latran, Daniel
reçoit une corbeille de pains des mains
d'Habacuc qu'un homme barbu tient par les
cheveu.x ('). Ce personnage, dit M. de Rossi,
ne peut être un ange, car jamais l'art chré-
tien n'a représenté les anges avec de la
barbe ; la comparaison avec d'autres figures
du même bas-relief permet à l'archéologue
1. Sceva Danielem rabies atque ira leonum
Non tetigisse pium, cui destinât insuper escam
Magna Uei pietas, jejuno iitroque teone.
Dracontius, De Dco, 111, 123. — De même, dans la Vie
de saint Simcon Stylite, 9; Domine, (\\x\duos leones\\\xm\-
liasti, suscipe aniniam ejus in pace. (Rosweide, Vitcc
Patruin, p. 172.) — Un autre exemple de la liberté avec
laquelle les artistes primitifs traitaient ce sujet, est la pein-
ture du 1" siècle, dans la catacombe de Domitille, où
Daniel est représenté, non dans la fosse, mais au contraire
sur une sorte de tertre ou d'estrade qu'escaladent les lions,
selon l'usage romain pour les condamnés a</ &\r//rtjy voir
Rome souterraine, fig. 10, p. 109, et Hisl. des persécutions
peiuiant les Jeux premiers siècles d'après les documents
archéologiques, p. 403, note 2.
2. Oderici, /. c.
3. Bull, di archeol. crist. 1S65, p. 69.
152
lacuuc Dc l'art cbcctien.
romain d'y reconnaître la seconde personne
de la sainte Trinité, le Verbe ("). Nous
avons déjà vu que pour Prudence les anges
qui apparurent à Abraham, luttèrent avec
Jacob, descendirent dans la fournaise de
Babylone, n'étaient autres que le Verbe
divin caché sous une apparence angélique.
Le poète a peut-être une pensée semblable
quand il met dans la bouche d'Habacuc
ces mots adressés à Daniel: « Prends ce
« que t'envoient le Père souverain et l'ange
« du Christ {-), » ajigelus CJwisti. Par cette
expression, assez étrange à propos d'un fait
de l'Ancien Testament, et qui semble met-
tre sur la même ligne l'Ange et Dieu le
Père, Prudence paraît vouloir désigner le
Christ lui-même: il interpréterait dans ce
cas le récit biblique comme le sculpteur du
sarcophage de Latran. Ajoutons que les bas-
reliefs représentent souvent Habacuc offrant
à Daniel la nourriture dans une corbeille ; une
fibule mérovingienne le montre même por-
tant un panier attaché sous chaque bras (3).
Prudence est tout à fait d'accord avec la
tradition artistique quand il peint Habacuc
«pliant sous le poids des paniers », //(?;^z>
graveiu canistris (+). Enfin les peintures et
les bas-reliefs montrent toujours Daniel
priant les bras étendus, dans l'attitude dont
nous avons déjà parlé, et qui aux yeux des
premiers chrétiens était un symbole de la
croix: Prudence le représente de même
« étendant vers le ciel ses deux mains »,
cum tendcret ad siiperna palmas ('). Ses vers
sont le commentaire le plus exact et le plus
circonstancié des innombrables monuments
de l'art chrétien consacrés à la représenta-
1. Ibid., p. 71.
2. Cathcinerinon, IV, 68.
3. Edmond Le Blant, Inscriptions chrt'ticnnes de lu
Gaule, pi. Lxxxvn.
4. Cathcinerinon, iv, 62.
5. Ibid., 52.
tion du martyre de Daniel et de ses mer-
veilleux épisodes.
Les peintures des catacombes, et surtout
les bas-reliefs des sarcophages, reproduisent
l'enlèvement d'Élie au ciel sur un char de
feu ('). Le prophète est quelquefois repré-
senté seul, quelquefois donnant son manteau
à Elisée {^). Les artistes n'ont pas cherché à
exprimer la nature miraculeuse du véhicule
qui l'emporte à travers les airs : ils se sont
toujours bornés à copier un quadrige an-
tique (^) : sur un sarcophage d'Arles le Jour-
dain, couché à la manière des fleuves que
personnifie l'art classique, assiste, presque
sous les pieds des chevaux, à l'enlèvement
du prophète (•'). Les premiers chrétiens ont
vu dans cette histoire biblique une figure
soit de la Résurrection, soit de l'Ascension
du Sauveur {•'); ils l'ont prise aussi comme
un symbole de la délivrance de l'âme fidèle,
symbole répété dans les touchantes invoca-
tions des liturgies funéraires ("). Prudence
se borne à raconter l'histoire d'Élie comme
un exemple et une figure des récompenses
promises au chrétien purifié par le jeûne.
« Cette observance a fait la grandeur d'Elie,
« le vieux prêtre, l'hôte de la campagne
« aride. On raconte qu'il s'était séparé du
« tumulte des hommes et avait méprisé la
« société de leurs crimes pour jouir du chaste
« silence des déserts. Mais bientôt sur un
« char ailé que traînaient des coursiers de
« feu, il fut enlevé dans les airs, afin que la
« contagion des souillures d'un monde cruel
1. Rois, ii, 11-13.
2. \'oir Rome souterraine, fig. 46, p. 446.
3. Peut-être le quadrige qui emporte dans les airs le
char du soleil; cf. Sedulius, Carmen Paschate, I, 1S4, et
Piper, Mvtkoloi^^ie itnd Symbolik des Christenthums, t. I,
P- 75-
4. JCdmond Le Blant, Etudes sur les sarcophat^es clin'-
tiens antiques de la ville d Arles, pi. xviii.
5. Martigny, art. Élic, p. 273.
6. Edmond Le Blant, Les bas-reliefs des sarcophages
chrétiens et les liturgies funéraires, dans la Revue archéo-
logique, t. XXXVI II, (1S79), p. 237.
iLe ^gmboligmc chrétien au itie siècle, D'après les poèmes De IpruDcnce. 153
« n'atteignît pas l'homme qu'avaient illustré
« de longs jeûnes ('). »
« Il n'est pas, dit avec raison Martigny,
une classe de monuments dans l'antiquité
chrétienne où Jonas ne soit reproduit ('). »
On le retrouve sur les fresques des cata-
combes, les bas-reliefs des sarcophages, les
pierres sépulcrales, les lampes, les médailles,
les pierres gravées. Trois épisodes de l'his-
toire du prophète sont ordinairement repré-
sentés : Jonas jeté à la mer par ses compa-
gnons de navigation et recueilli par un im-
mense poisson, — Jonas rejeté sur le
rivage, — ■ Jonas assis près de Ninive sous
l'arbrisseau miraculeux qui protège sa tête
contre les rayons du soleil. Ces trois épi-
sodes ont été racontés par Prudence.
Jonas, envoyé de Dieu pour aller prêcher
la pénitence aux Ninivites, veut se sous-
traire à sa mission et s'embarque sur un
vaisseau qui faisait voile vers Tharse. « Il
« escalade le haut navire, on détache le
« câble humide qui retenait la proue, on
« prend le large, la mer devient orageuse.
« Alors on recherche qui est cause du péril,
« et le sort désigne le prophète fugitif. Le
« coupable, dont le crime avait été révélé
« par les dés remués dans l'urne, est con-
« damné à périr seul au lieu de tous : on le
« lance du haut du navire, il est englouti
« dans la mer : reçu dans la gorge d'une bête,
« il est plongé vivant dans le gouffre d'un
1. Elia tali crevit observiintia,
Vêtus sacerdos, ruris hospes aridi;
Fragore ab omni quem remotiim et segregem
Sprevisse tradunt criminiim frequentiam,
Casto fruentem syrtiiim silentio.
Sed mox in auras igneis jugalibus
Curruque raptus evolavit pr,i,'pete,
Ne de propinquosordium contagio
Dirus quietum mundus adflaret virum
Olim probatis inclytum jejuniis.
Cat/tcmcrinon, VU, 26-35
2. Martigny, An.yo/ms, p. 397.
« immense ventre ('). » Les artistes chré-
tiens ont donné à l'animal mystérieux les
formes les plus fantastiques, ils en ont fait
une sorte de dragon des mers, de capricorne,
d'hippocampe aux proportions démesuré-
ment agrandies, se préoccupant sans doute
d'empêcher toute confusion entre ce monstre
marin et le poisson symbolique si souvent
représenté dans les monuments des trois
premiers siècles. Prudence s'amuse à racon-
ter avec plus d'imagination que de bon goût
le séjour de Jonas dans les entrailles du
monstre, indiqué d'un mot rapide par la
Bible. « La proie rapidement avalée échappe
« à l'atteinte des dents, franchit la langue
« sans la rougir de son sang, et de peur d'être
« broyée par les humides molaires traversa
« toute la bouche, passa à travers le palais ;
« pendant trois jours et trois nuits elle de-
« meura dans le gosier du monstre, errant
« à travers les cavernes des viscères, se
« promenant dans les tortueux détours du
« ventre, pouvant à peine respirer à cause
« de la chaleur que dégageaient intérieure-
« ment les entrailles (^). »
Prudence a raison d'arrêter là sa descrip-
1. Celsam paratis pontibus scandit ratem,
Udo revincta fune puppis solvitur,
Itur per altum, fit procellosum mare :
Tum causa tanti quaîritur pericli,
Sors in fugacem missa vatem decidit.
Jussus perirc solus e cunctis reus,
Cujus voluta crimen urna expresserat,
Prasceps rotatur acprofundo immergilur :
Exceptus inde belluinis faucibus
Alvi capacis vivus hauritur specu.
Cathemt'7-ino)i, vu, 106- 115.
2. Transmissa raptim pra;da cassos dentium
Eludit ictus incrucntam transvolans
Inipune linguam, ne retentam mordicus
Ofiam molares dissecarent uvidi.
Os omne transit et palatum pnuterit.
Ternis dierum ac noctium processibus
Mansit fermo de\oratus gutture,
Errabat ille per latebras viscerum,
Ventris recessus circumibat tortiles
Anhelis extis intus ;ïsiuantibus.
Cathetneniwn, vu, 1 16-125.
154
ÏRctiuc Oc I'3rt cfjrcticn.
tion et de passer à un autre épisode. Il ra-
conte ainsi la délivrance du prophète: « De-
« meure intact après un séjour de trois nuits,
« il est vomi avec effort par le monstre sur
« le rivage murmurant où se brise le flot, où
« la blanche écume bat les rochers salés, il
« tombe, poussé par un hoquet, et s'étonne
« d'être encore en vie ('). » Le poète le
montre ensuite se rendant chez les Ninivites
et leur annonçant la colère de Dieu qui va
consumer leur cité, puis « montant sur le
« sommet d'une haute montagne d'où il
« pourra voir l'embrasement et la ruine de la
« ville, et là abrité par les rameaux noueux
« d'une plante qui naît soudain et le couvre
« de son ombre (') ». La Bible ajoute que
le Seigneur, pour donner une leçon à Jonas
mécontent de voir la vengeance divine
arrêtée par la pénitence des Ninivites, fît
au lever du jour piquer par un ver l'arbris-
seau, qui se dessécha subitement. Prudence
ne mentionne pas cette circonstance, repro-
duite sur un seul monument de l'art des
premiers siècles, une lampe ayant fait par-
tie de la collection Martigny ('), et s'abstient
de donner un nom à l'arbrisseau miraculeux,
courge (nicnrbita), selon l'ancienne version
italique, lierre (hedera), selon la traduction
de saint Jérôme : la plupart des monuments
artistiques suivent l'ancienne version et
montrent Jonas étendu sous une cucurbita
qui s'arrondit en berceau sur sa tête, lais-
sant pendre ses fruits allongés.
1. Intactus exin tertise noctis vice
Monstri vomentis pellitur singiiltibus,
yua murmuranti fine fiuctus frangitur,
Salsosquecandens spuma tundit pumices,
Ructatus exit seque servatum slupet.
Cathcmcrinon, vu, 126-130.
2. Apicem deinceps ardui niontis petit
V'isurus uiide conglobatum turbidœ
Fumum ruinœ cladis et dir:c strucm,
Tcxtus flagcllis multinodis geiminis,
Nato et repente pcrfruens umbraculo.
Ihid., 136-140.
3. Martigny, Lettre à M. Edmond Le Hlant sur une
lampe chri'tienne inédite, p. 8 et planche (Belley, 1872)
Prudence trace ensuite un tableau fort
animé de la pénitence des Ninivites effrayés
des prédictions de Jonas. Au risque de m'é-
carter pendant quelques instants du sujet
de cette étude, je demande la permission de
faire une courte digression sur ce curieux
passage. Par une coïncidence assez singu-
lière, le tableau que trace ici Prudence n'est
pas absolument dénué de couleur locale et
paraît à peu près conforme aux renseigne-
ments que fournissent les découvertes mo-
dernes. Les femmes, dit-il, arrachent leurs
colliers et remplacent par la cendre et la
pénitence les gemmes et les tissus de soie(').
L'orfèvrerie était en Assyrie, à l'époque
même du premier empire, parvenue à un
degré très élevé de perfection : les nom-
breux bijoux trouvés dans les ruines de
Khorsabad en sont la preuve (-). On y a
rencontré beaucoup de pierres fines, corna-
lines, agates, primes d'améthyste, jaspes,
lapis-lazuli, qui sont percées et sans doute
étaient destinées à être assemblées en col-
liers et en bracelets. Quant au.x riches étof-
fes, la textrine assyrienne est célèbre dans
toute l'antiquité : les robes de soie de l'As-
syrie étaient encore recherchées à l'époque
romaine. Prudence montre les patriciens
décorés de bulles, htillati paires, qui déchi-
rent leurs vêtements en signe de deuil (').
Bullati patres paraît une expression assez
étrange. Ce ne peut être une imitation des
mœurs romaines, car à Rome la bulle était
précisément réservée aux jeunes garçons,
qui la déposaient avec la robe prétexte. Si
Prudence avait pu avoir quelque connais-
sance de l'art assyrien, on s'expliquerait
1. Glaucos amiclus induit monilibus
Matrona dcmptis, proquc gemma et serico
Crincm fliientem sordidus spargit cinis.
Ccithi-merinon, vu, 148-150.
2. Victor Place, Ninive et P Assyrie, t. 1 1, p. 191 (Paris,
1867).
3. Squallent recincta veste bullati patres.
Ciithcmerinon, vu, 151.
ïLc Symbolisme c&tcticn au iu^ siècle, D'après les poèmes De IpciiDcnce. 155
facilement ce mot : les fouilles modernes ont
fait découvrir de nombreux bijoux en or, de
forme ronde, et les bas-reliefs nous ap-
prennent que ces bijoux étaient portés par
des hommes, qui se paraient de bracelets
et de massives boucles d'oreilles. L'anneau
de celles-ci était garni d'ornements tantôt
formant des pendeloques, tantôt imitant de
grosses têtes de clous (') : il semble que le
nombre de ces clous marquait le rang plus
ou moins élevé des personnages qui entou-
raient le roi. La qualification de bullati
patres "^ourx-aJiX. s'appliquer aux grands d'As-
syrie ainsi parés. Le roi lui-même, dit
Prudence, s'associa au deuil universel en
dépouillant ses vêtements teints de la pour-
pre de Cos et en déposant son diadème
d'émeraudes et de perles enfilées (-). Ceci
est encore d'une couleur exacte : le com-
merce des Phéniciens importait en Assyrie
des étoffes teintes en pourpre : on s'étonne
seulement d'entendre parler de la pourpre
de Cos, Coas iiinrices. Cos était célèbre dans
l'antiquité par ses tissus diaphanes, si sou-
vent chantés par les poètes et réprouvés
par les moralistes ; mais la pourpre venait
de Tyr(3). Prudence est le premier qui
parle du murex de Cos. Quant aux éme-
raudes du diadème, gemmas virentes, elles
sont parfaitement à leur place : les émerau-
des étaient au nombre des pierres les plus
estimées des anciens et ils en possédaient,
dit-on, qui atteignaient des dimensions énor-
mes. Il existait en Egypte des gisements
d'émeraudes dans le voisinage de la mer
1. Botta, Monuincnt de Ninive, pi. CLXI.
2. Rex ipse Coas œstuantem murices
Laenam révulsa dissipabat fibiila,
Gemmas virentes et lapillos sutiles.
Insigne frontis exuebat vinculum
Tarpi capillos impeditus pulvcre.
Cathcmerinon, vu, 156-160.
3. Tyrisque ardebat murice lana.
Virgile, Enéide, iv, 212.
Rouge (') ; l'une de ces carrières a été dé-
couverte de nos jours (^). Il y en avait
également en Chaldée, ou du moins le com-
merce en apportait dans ce pays : Théo-
phraste parled'une émeraude d'une grosseur
extraordinaire qu'un roi de Babylone avait
envoyée en présent à un roi d'Egypte (3).
Quant aux lapilli sutiles qui ornaient le
front du roi, selon Prudence, j'y vois un
cordon de gemmes enfilées plutôt que des
pierres enchâssées dans un diadème de mé-
tal, comme le veulent tous les traducteurs
du poète (■+) : les Assyriens, conduits par
un très fin sentiment de l'art, n'aimaient
pas ces incrustations, qui rompent les belles
surfaces unies du métal (^) : ils portaient de
préférence des gemmes sans monture, enfi-
lées. Lapilli sutiles serait donc ici une
expression d'une grande justesse archéolo-
gique. Je ne prétends point, assurément,
que Prudence ait connu la civilisation assy-
rienne comme on la peut connaître de nos
jours, mais il m'a paru curieux de faire voir
qu'en puisant probablement dans sa seule
imagination les couleurs du tableau, il n'a
point commis de trop grossières erreurs, et
que le hasard l'a servi avec un bonheur ex-
traordinaire. N'est-il pas permis de croire
un peu à l'intuition des poètes ?
J'ai hâte de clore cette dissertation, et de
rentrer dans les limites de cette étude. L'his-
toire de Jonas a été prise dans les premiers
siècles chrétiens comme un symbole de la
1. Du Mesnil-Marigny, Histoire de Véconomie politique
des aneiens peuples de l'Inde, de VE^'pte, de ta Judée et de
la Grhe, t. I, p. 280. (Paris, 1878.)
2. Mémoires de la société des antiquaires de France, t.
xxxvm (1877), p. 2ig.
3. Thdophraste, De lapidibus.
4. Certains lexiques (par exemple le Dictionnaire clas-
sique de Quicherat et Daveluy) s'appuient de l'autorité de
Prudence pour traduire lapilli sutiles par v< pierres en-
châssées ». Forcellini, Totius latiuitatis Lexicon (Schnee-
bergae, 1829-1S31) est plus prudent ; au mot sutilis, rap-
portant l'expression lapilli sutiles, il l'interprète ainsi :
consuti in coronam vel adsuti diadeinati.
5. Beulé, Fouilles et découvertes, t. II, p. 223. (Paris, 1873.)
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 2""^ LIVRAISON.
156
Ecuiic Oc rartcbrctien.
Résurrection. Jésus-Christ lui-même l'avait
interprétée ainsi : « Cette génération mau-
vaise et adultère demande un signe, et il ne
lui en sera point donné d'autre que le signe
de Jonas le prophète ; car, comme Jonas
fut dans le ventre de la baleine trois
jours et trois nuits, ainsi sera le Fils de
l'homme dans les entrailles de la terre
trois jours et trois nuits ('). » Symbole par
excellence de la Résurrection du Sauveur,
l'histoire de Jonas est en même temps un
symbole de celle qui est promise aux chré-
tiens : elle figure à ce titre dans les prières
liturgiques et a probablement cette signifi-
cation sur les sarcophages. Prudence la
raconte dans une pensée moins haute et
moins dogmatique : il ne décrit les trois
épisodes ordinairement représentés sur les
monuments — le prophète précipité du ba-
teau et recueilli par le monstre, — rejeté
sur le rivage, — • abrité sous l'arbrisseau, —
que pour arriver à la longue et minutieuse
description de la pénitence des Ninivites
et lui demander cette leçon pratique : « Dieu,
« ému par un tel repentir, met un frein à
« sa colère, adoucit son oracle sinistre, car
« sa clémence est toujours prête, elle absout
« facilement les péchés de ceux qui se
« repentent et se laisse toucher par les
« larmes (=). »
Il arrive quelquefois ainsi à Prudence de
tirer un simple enseignement moral d'épi-
sodes bibliques ayant aux yeux de ses con-
temporains une valeur typique beaucoup
plus haute. Le sacrifice d'Abraham, dans
lequel les Pères de l'Église et les artistes
des premiers siècles voient tous un symbole
1. s. Matthieu, xn, 39, 40.
2. Mollitus his et talibus brevem Deus
Iram refrénât temperans oraculum
Prosper sinistrum, prona nam clementia
Haud difficulter supplicein mortalium
Solvit reatum fitque fautrix flcntiuin.
Cat/iciin-rhwn, vil, 171-175.
du sacrifice du Christ et qui apparaît avec
cette signification évidente dans une des
Chambres des Sacrements au cimetière de
Calliste ('), n'est de même à ses yeux qu'un
bel exemple d'obéissance à Dieu (-) ; ainsi
encore Job, représenté sur quelques sarco-
phages comme symbole de la Résurrection
de la chair, à cause de l'admirable profes-
sion de foi mise dans sa bouche par la
Bible (3), n'est pour Prudence qu'un type
de la patience du juste parmi les épreuves
delà vie (■+).
IE terminerai ce rapide aperçu du sym-
bolisme de Prudence par l'étude de trois
~ autres symboles, dont l'un est emprun-
té à l'Ancien Testament et deux au Nouveau.
Il est douteux que Samson ait jamais
été représenté sur les monuments de l'ancien
art chrétien. Martigny fait observer que la
plupart des figures où l'on a cru le recon-
naître, emportant sur son dos les portes de
Gaza, sont des images plus ou moins dé-
fectueuses du paralytique de l'Évangile qui,
guéri, emporte son grabat ('). Le savant
archéologue cite cependant une fresque de
la catacombe de Saint-Hermès dans laquelle,
dit-il, ce sujet peut être reconnu avec quel-
que vraisemblance. Garrucci, qui publie
cette peinture, y voit avec plus de raison
selon moi la représentation ordinaire du
paralytique C^). Samson me paraît avoir pris
1. De Rossi, Ruina sotterranea,\. II, pi. xvi, 6. — Rome
soiiterniiiu', pi. V, 1.
2. Psyclwinacliia, Prœfatio, 1-8.
3. Job, xix, 25-27. — Ce célèbre passage est loin d'être
aussi clair dans l'original hébreu que dans la Vulgate:
Girodon, Exposé de la Doctrine catholiqut-, t. II, p. 229,
note 4. Voir sur ce sujet une très curieuse dissertation de
M. Edmond Le Blant, D'une teprésciitation ini'dite de
Joh sur un sarcophage d'Arles (extrait de \a.Ke7iue arché-
logique, 1860.)
4. Psyc/ioinac/iia, et suiv.
5. Martigny, art. Samson, p. 710.
6. Garrucci, Sloria delParle cristiana, pi. i.xxxui, 2.
le ^pmtjolismc chrétien au iM' sicclc. D'aptes les poèmes De IpruDcnce. 157
place pour la première fois dans l'art chré-
tien par deux des peintures en mosaïque
dont Prudence a composé les légendes.
Deux tétrastiques du Dittochœon les décri-
vent. L'une était relative au lion tué par
Samson, et représentait probablement le
héros déchirant de ses bras puissants la
bête fauve. « Du miel, dit le poète, est sorti
« de la bouche du lion, tandis que la mâchoire
« de l'âne a laissé couler de l'eau, » ■ — allu-
sion aux deux faits racontés dans le livre
des Juges, XIV, 8, XV, 19. « C'est ainsi,
« continue-t-il, que la folie nous inonde d'eaux
« insipides et que la force produit la dou-
« ceur ('). » Le second tableau représentait
Samson lâchant dans les champs des Phi-
listins trois cents renards à la queue desquels
il avait attaché des torches allumées. « Ainsi,
« dit Prudence, le perfide renard, c'est-à-dire
« aujourd'hui l'hérésie, répand dans nos
« champs la Hamme du vice (-). » Le renard
était déjà dès le temps de Prudence ce
qu'il est devenu dans la littérature du moyen
âge, le type de ruse et perfidie. Jésus-Christ
a comparé Hérode à un renard (^\ Il exis-
tait probablement, à l'époque où vivait notre
poète, de ces écrits sur la signification
symbolique des animaux, Philologus, Bestia-
riutn, dont le P. Cahier croit pouvoir faire
remonter l'original jusqu'à Tatien {^) et
dont on trouve une mention dans le décret
Gélasien sur les livres condamnés (5). Vulpes
1. Invictum virtute comas leo frangere Samson
Agreditur : necat ille feram, sed ab ore leonis
Mella fluunt, maxilla asini fontem vomit ultro :
Stultitia exundat lymphis, dulcedine virtus.
Dittûchœon, 65-67.
2. Ter centum vulpes Samson capit, ignibus armât,
Pone fauces caudis circumligat, in sata mittit
AUophylum segetesque cremat : sic callida vulpes
Nunc heresis flammas vitiorum spargit in agros.
Ibid., 69-72.
3. S. Luc, XiII, 32.
4. MiHanges d\irchéologic, t. II, p. 88.
5. Liber Physiologus, qui ab h.treticis conscriptus est,
et B. .^mbrosii nomine signatus, apocryphus. M igné, Pa-
irol. lot., t. LIX, col. 163.
esi animal dolosiiiii, et ttiinis fraudu/e)iiii>n,
ci argiiinentosum, dit un Bestiaire latin pu-
blié par le P. Cahier (•) : cette dernière
épithète s'applique bien à l'hérésie. Le
Bestiaire ajoute : Vulpes igitur figuram
habet diaboli (-). Il n'est pas impossible que
Prudence en écrivant les vers cités plus
haut se soit fait l'écho du Physiologus, au-
quel il a peut-être emprunté aussi les détails
fabuleux sur les amours et la mort de la
vipère donnés par lui dans un long passage
de X Hamartigenia (3), symbole, dit-il, de
l'union de l'âme avec le démon, d'où naissent
le péché et la mort ('').
Un symbole plus intéressant, et dont l'ori-
gine se trouvée en de nombreu.x passages de
l'Ancien etdu Nouveau Testament,est donné
par un autre quatrain du Dittochœon. Sous
un tableau représentant la construction du
temple de Jérusalem par Salomon, le poète
avait écrit : « Le temps vient, où le Christ
« construit dans le cœur de l'homme son vrai
« temple, dans lequel les Grecs apportent leurs
«adorationsetîesBarbaresleursprésents(5).)>
Lidée du temple spirituel construit par le
Christ et ouvert par lui à tous les hommes
de bonne volonté. Grecs et Barbares, est au
fond de la littérature prophétique, et se re-
trouve sans cesse dans l'Évangile et dans les
écrits des apôtres. La littérature du deuxième
siècle l'a plusieurs fois reproduite. Dans
une vision du livre d'Hermas les anges cons-
truisent de pierres vivantes une tour qui est
l'Église (*). Un autre passage montre non
1. Mélanges d'archéologie, t. II, p. 20S.
2. Ihid., p. 209.
3. Hamartigenia, 5S1-607. Cf. Bestiaire latin, dans les
Mélanges d'archéologie, t. II, p. 134. Mais Prudence a
peut-être tiré plutôt ces détails d'Elien, de Pline, ou
d'un auteur môdical, comme semblent l'indiquer les vers
582-583.
4. Hamartigenia, 608-624.
5.Tempus adest,quoteniplum honiinis sub pectoreChristus
jCdificet, quod Graia colant, quod Barbara ditent.
Diltochceon, 83, 84.
6. Pasteur, \'ision III, S.
158
Ectiuc De rart cbrcticn.
plus les anges, mais douze belles vierges,
puissances et vertus du ciel, travaillant à
l'édification de la tour ('). L'art chrétien a
reproduit sous des formes diverses cette gra-
cieuse allégorie, et on peut en citer plus d'un
exemple, depuis une fresque des catacombes
de Naples représentant des jeunes filles qui
construisent une tour {-) jusqu'à la Dispute
dic Saint Sacrement où Raphaël a dessiné,
dans un coin de son admirable composition,
derrière le groupe de droite, un édifice gran-
diose et inachevé, temple spirituel qui croît
toujours et ne sera couronné qu'à la fin des
temps.
Ainsi l'Église est symbolisée par un
temple dont les élus sont les pierres vivan-
tes, les anges ou les vertus les constructeurs,
et le Christ l'architecte. Prudence a pris
encore le temple dans un autre sens symbo-
lique. « Détruisez ce temple, avait dit le
Sauveur aux Juifs, et je le rebâtirai en trois
jours (3). » Il parlait de son corps destiné à
ressusciter après trois jours. Prudence, dans
un beau passage de XApotheosis, oppose de
même au temple juif « dont les holocaustes
« gisent enterrés sous un amas de ruines(+) >>
le temple chrétien « que nul ouvrier n'a
construit, qui n'est fait ni de bois ni de
marbre, qui n'a ni voûtes ni colonnes, mais
a été formé par la parole éternelle de Dieu,
1. Ibid.^ Similitudes ix, x.
2. Bellennann, Ueber die altcstcn diristlichen Begriib-
nistâltcn, planche V ; Guéranger, Suinte Cécile, fig. 13,
p. 197. (Paris, 1874.)
3. S. Jean, 11, 19. Cf. S. Matthieu, XXVI, 61 ; xxvn,
40 ; S. Marc. XIV, 58 ; XV, 29.
4. At tua congestœ tumulant holocausta ruinae.
Apotheosis, 537.
et n'est autre que le Verbe fait chair. C'est là
le temple éternel que les Juifs ont essayé de
renverser par les fouets, la croix, le fiel,
qu'ils ont abattu en effet, car il avait pris
dans le sein de sa mère les éléments mortels,
mais que la majesté du Père a rétabli vivant
après trois jours ("). »
Si le temple a été pris dès l'antiquité la
plus reculée, et sur la parole de Jésus-
Christ et des apôtres, comme le symbole
soit du corps même du Sauveur, soit de son
Église, cette dernière s'est présentée tout
naturellement à l'esprit des chrétiens sous
une autre image appartenant au même
ordre d'idées et indiquée dans \' Apocalypse
de saint Jean. L'Église triomphante est
comparée par lui à une Jérusalem nouvelle,
construite de métaux éclatants et de pierres
précieuses, éclairée par la lumière de Dieu
même, illuminée par l'Agneau (-). Prudence
s'est inspiré de cette brillante et suave
peinture quand il a tracé, à la fin de la
Psychoniachia, le tableau de l'édifice mer-
veilleux du temple nouveau, où réside la
Sagesse, assise sur un trône : temple cons-
truit, comme la Jérusalem nouvelle, d'or,
de saphir, de jaspe, d'améthyste, ayant
comme elle douze portes, symboles des
douze apôtres, et dont la description est
calquée sur celle de la cité sainte que l'exilé
de Patmos vit descendre du ciel, portant
en elle la clarté de Dieu (').
Paul Allakd.
1 . Apotheosis, 518-531.
2. Apocalypse, xxi, 10-27.
3. Psyc/wiitaehia, 823-8S7.
i A^^ \'*y. a'^-A X^-* a''^ a''»U a'^-A A^^ a'^ A^^ a'^VJ^ a"^-* a'^ a'^-X k^xU a'^ [[^
&S5aa?^5?^
^^lie beau cst!)ctiqutet FiDcal cbrétiem^^
H *AÔ^ *AiI^ ^^^ *AiI^ ^Atl^ ^;Al'f ^A^"^ ^Aa'f ^Atl'f ^Ail'f ''S.'' ''Si'' ^AÔ'f ^Ail'f ^;>1^ *Ail^
iTrS lettres îl''un SOlitflitC ■■^^--^■^^^-""^ Pour être proclamée ///^^^r^/^, l'éducation
^. par ^1. €C. €Cartier. rvi,-^v.^7v^.-w. artistique ne prétend pas moins s'émanciper
=;^^^=:^=:^==^=z==== de tout fondement métaphysique: comment
l'art pourrait-il s'élever au-dessus du vul-
gaire terre-à-terre, lors même qu'il ne se
complaît pas dans les fanges les plus ab-
jectes? Puisque le plus noble apanage de
l'humaine nature n'est que « la sécrétion de
la matière grise du centre cérébro-spinal »
l'artiste n'a guère à prendre souci de préparer
son œuvre par la méditation du sujet, — il
ne faut plus parler des sentiments surna-
turels, — ni par l'étude des caractères et la
composition des personnages. L'audace
remplace le travail et la chance tient lieu
de talent. Avides de lucre et gonflés de
gloriole, les Apelles et les Phidias de l'ave-
nir ne s'imaginent pas qu'avant de four-
nir.la course, il faut du moins apprendre à
marcher. Comment se préoccuperaient-ils
de mûrir dans les enseignements du maître
et la méditation des œuvres du génie, ces
sublimes problèmes de l'esthétique qui, en
élevant la pensée au delà des horizons sen-
sibles, commande à l'inspiration et imprime
aux créations de l'art un reflet de la beauté
idéale dont la splendeur est l'émanation de
la Vérité incréée ?
U milieu du tourbillon
S des événements et des
a . , ,
^ idées qui emporte notre
époque, parmi les ruines
des institutions sociales
et les audacieuses néga-
tions de tout principe
basé sur la vérité révélée, il semble oiseux
et téméraire à la fois, de s'appliquer à
reconnaître et à définir les éléments syn-
thétiques et les règles fondamentales de
l'idéal chrétien dans le domaine des arts.
Notre siècle a vu l'homme assouplir à sa
volonté deux puissants éléments et faire
de la conjonction de leurs forces opposées,
les collaborateurs de son travail et les véhi-
cules de son existence : dès lors le cours de
sa vie entière semble réglé à la vapeur. Plus
n'est besoin d'apprendre à penser avant
d'oser écrire, de s'initier aux leçons de l'école
avant d'affronter le jugement du public.
L'art, soumis au scepticisme positiviste con-
temporain, a subi les funestes effets de cette
impulsion fébrile sur la formation intel-
lectuelle des jeunes générations. Que nous
sommes loin des laborieux exercices du
trivium et du qnadriviitni, des longues
épreuves de l'apprentissage pour arriver à
la maîtrise ! Le progrès moderne a bien
nivelé ce fatras! Les salons &\.\^s expositions
des beaux-arts sont encombrés de ces essais,
de ces ébauches hâtives qui, sous l'étiquette
menteuse d'imprcssionnisiiie ou d\Hudcs,
déguisent mal les tâtonnements d'artistes
novices, trop tôt émancipés de l'atelier, voire
de l'école de dessin.
IL
LES hautes écoles du moyen âge s'é-
taient appliquées, on sait avec quelle
ardeur, à l'étude de ces questions spéculati-
ves, pour la solution desquelles la doctrine
des sages de l'antiquité trouve dans la
Révélation évangélique son complément
et son correctif Le nom du docteur aneéli-
que se présente ici sous la plume, car sa
théorie aristotélicienne du Beau, illuminée
REVUE DE l'art CHKÉTIKN,
1885. — 2*"^ LIVRAISON.
i6o
Ectiuc De l'art chrétien.
par la Foi, résume dans sa plus haute for-
mule l'enseignement esthétique des siècles
chrétiens. Après saint Thomas d'Aquin, la
notion doctrinale de l'idéal artistique reli-
gieux s'obscurcit au milieu des épreuves de
l'Église. La Renaissance prit garde de
relever ces études qui eussent logiquement
amené la condamnation des principes mis
en vogue par le néo-paganisme et le discré-
dit des œuvres artistiques conformes à la
mode du jour. Les ténèbres accumulées
pendant près de quatre siècles, avaient si
complètement dérobé à la vue des artistes
et de leur public les rayons du soleil de l'art
chrétien, qu'il eût semblé chimérique, au
début de notre siècle, d'en vouloir réveiller
la notion. L'art religieux était si bien caché
sous le travestissement du péplum et de la
toge, si bien dissimulé derrière le masque
au type athénien, si bien enserré par les
bandelettes du culte de la « belle antiquité »,
qu'il paraissait frappé de la rigidité cada-
vérique ; mais comme Lazare, il n'était pas
mort, il dormait.Ce ne sera pas aux yeux
des historiens futurs un des caractères les
moins bizarres du XIX™^ siècle que cette
rénovation du goût du moyen âge dans le
domaine du beau: ou plutôt, ne craignons
pas de le proclamer, c'est par un dessein
manifeste de la Providence que le souftle de
l'esprit chrétien s'est ranimé dans la sphère
des œuvres artistiques, tandis que notre
civilisation et l'art qui la reflète, s'abîment
dans les négations de l'éclectisme et les
prostitutions des sensualités réalistes. Sans
doute, des éléments hétéroclites ont con-
couru à cette étonnante résurrection des
formes plastiques chrétiennes : aussi les uns
se sont arrêtés en chemin, parce qu'ils n'ont
point compris le but de leur noble mission ;
les autres se sont subitement détournés,
brûlant ce qu'ils avaient adoré afin de con-
quérir une popularité frelatée. Mais la
cause de l'art religieux est immortelle
comme la Foi qui l'inspire : elle a vu de
toutes parts s'élever des champions con-
vaincus et dévoués : à côté de ceux qui
aidés du crayon, du pinceau, de l'ébau-
choir ou du marteau, travaillent à rendre à
l'idée chrétienne, dans l'ordre des faits et
dans le domaine des formes, l'influence
dont l'engouement païen l'avait dépossédée,
d'autres vaillants ont pris la plume pour
défendre la cause sainte contre l'ignorance
de la foule et les railleries des hommes de
métier. Est-il besoin de rappeler — pour
ne citer que ceux dont l'àme est retournée
vers la source de toute Beauté — Monta-
lembert et Rio, Boisserée et Gôrres, Pugin,
à la fois apologiste et artiste ? Leur œuvre
n'a pas été stérile ni leur apostolat infécond.
Dans la o^rande armée de la Dresse, les rangs
des volontaires de l'art chrétien ne sont pas
affaiblis, l'existence même de cette Revue
le démontre; nous y demandons aujourd'hui
une mention à l'ordre du jour pour l'un de
nos vétérans, M. E'tienne Cartier, l'éminent
et sympathique auteur des Lettres cPnn
solitaire. Quelque faible et incomplet que
soit le résumé de ces magistrales études d'es-
thétique chrétienne, auquel la Reinie veut
bien ouvrir ses colonnes, il vaudra, nous
l'espérons, aux doctrines si bien exposées
par l'érudit écrivain, la cordiale adhésion
des amis de l'art chrétien.
IIL
«^ I TRAVAILLERAI faire connaître aux
X artistes le beau véritable » tel est le
but (pie s'est proposé l'auteur ; ses lettres,
écrites au lendemain de l'incendie de la
« grande I^abylone moderne », reflètent
cependant \-a paix des cloîtres bénédictins ;
à Solesmes, en effet « le beau naturel n'est
que l'encadrement du beau véritable, du
ïLe ûeau esthétique et l'iDéal cîjrctien.
i6i
beau surnaturel où Dieu lui-même se ma-
nifeste dans les magnificences de la liturgie,
qui est l'art chrétien par excellence. »
« Le beau, comme le vrai, a sa source en
Dieu, qu'il apprend à connaître et à glori-
fier. » Il faut donc avant toute chose que
l'artiste chrétien s'instruise de la vérité ré-
vélée, puisque « ses œuvres doivent être
l'expression des croyances de tous ». Cette
étude est d'autant plus nécessaire à notre
époque que « le matérialisme et l'athéisme
existent depuis longtemps dans les ateliers
de nos peintres et de nos sculpteurs » et
qu'en admettant les jugements de l'opinion
sur les grands peintres de la Renaissance,
« on s'expose à adhérer ainsi à des principes
qui sont ceux du protestantisme et de la
Révolution et qui conduisent nécessaire-
ment au sensualisme et à la décadence. »
C'est en s'initiant tout à la fois aux
mystères du symbolisme, aux leçons de
l'archéologie et aux règles de l'esthétique,
que l'artiste chrétien se formera à l'accom-
plissement de sa noble mission.
Le symbolisme « est l'expression visible
des choses invisibles» ; il a sa source et sa
raison d'être dans les perfections inappré-
ciables de Dieu, révélées aux hommes par le
double mystère de la création et de l'Incar-
nation du Verbe ; aussi se manifeste-t-il
dans les choses de la nature comme dans les
actes de la liturgie, « qui en est la forme la
plus élevée», depuis les sacrifices d'Adam
jusqu'aux solennités du culte catholique.
Le symbolisme est une science nettement
définie par saint Paul (Rom. I, 20) ; dès les
premiers âges, il a trouvé d'admirables inter-
prètes dans saint Denys l' Aréopagite et dans
saint Méliton de Sardes, dont la Clavis, si
heureusement retrouvée par le cardinal Pitra,
« est le manuel le plus complet du symbo-
lisme chrétien, le dictionnaire indispensable
de ceux qui étudient les textes sacrés ».
L'archéologie qui, comme le prophète
Ézéchiel, ressuscite les peuples dont elle
relève les vestiges, est une science moderne;
née au lendemain de la découverte de
Pompéi et d'Herculanum, elle étend
chaque jour son empire et apporte à la
vérité de nos Livres Saints des témoins
providentiels et irréfragables. Bien que
jusqu'ici cette science « ne soit pas encore
complète parce qu'elle a fait plus d'analyse
que de synthèse », elle est un puissant auxi-
liaire pour l'artiste ; mais elle ne doit pas
être plus, car « l'essence de l'art n'est pas
l'imitation, pas plus l'imitation d'une époque
que l'imitation de la nature ».
Qu'on n'oublie pas cependant que « l'art
comme la société a deux forces dont l'union
constitue sa vitalité ». Ces forces sont l'auto-
rité et la liberté. La tradition — c'est-à-dire
« le droit de rechercher dans le passé les
formes qui ont le mieux exprimé l'idée que
l'artiste veut rendre » — la tradition repré-
sente l'autorité ; la grande hérésie de la
Renaissance est de s'en être séparée. En
effet, « il n'y a pas de grand art, sans art
traditionnel, » puisque, pour être compris
et justifié, « il faut que l'art reçoive de la
religion et de la patrie, l'idée qu'il doit
exprimer ». L'étude des monuments chré-
tiens dans le passé peut seule fournir à
l'artiste cet élément indispensable de son
programme.
IV.
Au delà des horizonssensibles des choses
contingentes, l'artiste doit tendre par
les élévations de l'àme jusqu'à la contem-
plation de l'idéal, du beau parfait et immua-
ble. Le beau, que tous comprennent par un
sentiment d'attraction intime et inné, —
d'où son nom grec za/,o;, qui attire — semble
pouvoir difficilement être défini par une
formule acceptée de tous. Sans s'arrêter aux
102
IRetiuc oc rart cijïcticu.
théories esthétiques de la Grèce, qui cepen-
dant eut parfois sur ce sujet, <?: des accents
vraiment chrétiens », M. Cartier demande
à saint Denys l'Aréopagite de « résumer la
sagesse antique en l'éclairant des lumières
de la foi » : son Traitd des N'oins divins,
développé par saint Thomas d'Aquin dans
un commentaire récemment retrouvé, nous
découvre, en effet, les vrais principes de
l'esthétique chrétienne.
Le beau, se manifeste à l'homme par le
sens de la beauté, qui en est l'effet et le reflet,
et, de même que le bon, lui apparaît dans
l'identité d'une insondable perfection comme
une émanation de l'Infini imprimant la
marque de ses attributs à toute créature.
C'est donc Dieu — Platon le pressentait
déjà, — qui est le beati. par essence, comme
il est le bon par excellence, unissant et
maintenant tous les êtres par le lien d'un
amour infini, semblable au soleil dans une
splendeur sans décadence comme sans
accroissement. « Le beau est une ressem-
blance divine )> : d'une part, l'harmonie de
la substance avec les proportions et les
ornements, ramène à Vanité par la conve-
nance du sujet avec la pensée créatrice et
par son rapport avec la forme parfaite ;
d'autre part, il trouve sa manifestation dans
cette trinité des sphères où le beau se
révèle parmi tous les ordres des êtres, le
beau sensible, le beau intellectuel et le beau
moral. C'est ainsi que, grâce aux mystères
de la création, de la nature divine et de
l'Incarnation, « Jésus-Christ est le beau
suprême, le principe, la source du beau
surnaturel dans le monde ; c'est lui qui le
communique à tous les êtres et qui nous le
dispense par sa grâce et par ses sacrements ;
puisqu'il s'est fait semblable à nous pour nous
rendre semblables à Dieu en nous unissant à
Lui.JÉsus-CiiRisT est le grand maître de l'es-
thétique, la doctrine et le modèle du beau ...»
V.
CONSIDÉRÉE dans son rapport avec
l'homme, l'esthétique « doit recher-
cher le beau absolu et l'unir au vrai et au
bon dans la lumière de l'intelligence et
l'amour de la volonté ». Mais, tandis que
« en Dieu, le beau est parfait »,chez l'homme,
« l'esthétique varie selon les rapports qu'il
établit entre le vrai, le beau et le bon ».
L'œuvre tout entière de la création — que
Dieu, à divers périodes de cet acte tout-
puissant, déclara bonne, — nous montre que
« le beau est encore plus la perfection du
bon que la splendeur du vrai » ; aussi « le
beau affirme le vrai, mais il prouve surtout
le bon ». N'est-ce pas ce que le Créateur
a voulu marquer en daignant donner à
notre nature <lson image et sa resse7nblance?Jf
Mais l'éternel ennemi du Bon et du Beau
a réussi à faire déchoir l'homme de ce
privilège : la divine ressemblance est altérée
par la concupiscence, qui est la manifes-
tation du mal vis-à-vis de la beauté. C'est
ainsi que « depuis le paradis terrestre, le
beau est toujours le motif et la récompense
dans la lutte du bien et du mal ». Le motif:
nous voyons à chaque page des annales
de l'humanité, l'auteur du mal « employant
les trois concupiscences et abusant du beau
sensible pour détruire le beau moral »,
comme les monuments de toute l'antiquité
en témoignent. La récompense : car l'hom-
me racheté, en usant de sa liberté pour la
soumettre à la volonté divine, rétablit par
cet effort l'harmonie, c'est-à-dire la beauté,
dans les actes de son intelligence et de sa
volonté vis-à-vis des choses sensibles, et
par cette triple victoire se rend digne de la
communication des ineffables beautés que
Jèsus-Ciirist, le prototype du beau, nous
a méritées par la Rédemption victorieuse
de la mort, du péché et de l'enfer.
le beau esthétique et TiDéal cDrctien.
163
VI.
TROIS éléments doivent concourir à la
formation du talent de l'artiste; trois
éléments aussi doivent se traduire dans ses
œuvres ; il faut qu'elles reflètent le caractère
religieux, social et individuel du milieu
dans lequel elles se produisent. « Ces
éléments existent avec des formes variées
et à des degrés différents. Leur puissance,
leurs rapports, leurs proportions expliquent
toutes les phases de l'art chez un peuple,
son origine, ses développements, ses gran-
deurs et ses décadences. »
Il en est ainsi particulièrement dans le
domaine des idées religieuses, qui forment
la véritable pierre de touche du progrès
artistique à tous les âges de l'humanité.
Nous ne pouvons suivre ici dans ses inté-
ressants développements, la lumineuse dé-
monstration de cette thèse que M. Cartier
emprunte aux monuments et aux théories
de toutes les civilisations. Soit que la vérité
demeure intacte parmi les patriarches et
chez les Hébreux, soit qu'obscurcie par les
erreurs et les fictions imposées à la crédu-
lité populaire, elle reste à peine reconnais-
sable entre les billevesées et les débauches
du paganisme, toujours la religion préside
au mouvement artistique et littéraire des
peuples antiques. L'auteur peut donc con-
clure, en s'autorisant de cet examen et des
témoignages des premiers apologistes de la
foi chrétienne, que les religions païennes
avaient conservé de nombreuses parcelles
de la vérité et que c'est à celles-ci qu'il faut
attribuer le mérite incontestable de leurs
monuments et de leurs œuvres artistiques.
L'histoire des siècles modernes confirme,
à son tour, ce témoignage : « Le Christ est
le seul élément religieux qui puisse main-
tenant vivifier l'art et produire des chefs-
d'œuvre.» Le spectacle des œuvres inspirées
par les négations hérétiques ou le scepti-
cisme protestant et rationaliste, n'est point
fait pour infirmer cette vérité.
« L'art chrétien est un par son élément
religieux, mais il est varié par son élément
social. » L'art, en effet, s'épanouit au sein
de la société humaine et il reflète nécessai-
rement les conditions variées du milieuioù
il se produit. C'est ainsi que, suivant les
progrès des sciences, — sciences spécula-
tives comme la théologie et la philosophie,
et sciences positives comme les mathémati-
ques, l'histoire, les connaissances naturelles,
— ainsi que le développement de la civili-
sation et des mœurs, l'art s'élève ou s'abaisse
avec le niveau intellectuel et moral du
siècle. De même que la connaissance et
l'amour de Dieu sont les éléments essentiels
de toute prospérité sociale, ainsi le génie
artistique décroît — nous en sommes les
témoins attristés, — sous l'influence du scep-
ticisme et du matérialisme insurgés contre
l'Auteur de tout bien et de toute beauté.
Diverses causes individuelles agissent
également sur l'inspiration de l'artiste dans
la composition de son œuvre. Les races
humaines ont produit des types nettement
caractérisés et sensiblement marqués dans
les monuments de l'Orient et de l'Occident:
il semble que la prophétie de Noë à l'égard
de ses descendants soit traduite jusque dans
les travaux des fils de Sem et de Japhet.
Chaque peuple a son type, chaque contrée
ses aspects, chaque nation son caractère
moral ; on les retrouve dans leurs créations
artistiques, car « les sens de l'artiste se
développent dans ses rapports avec tout ce
qui l'entoure » et ses œuvres en porteront
nécessairement le reflet. Ainsi se formèrent,
malgré les divergences du caractère dans
chaque individu et les conditions spéciales
de son existence, ces écoles et ces corpora-
tions d'artistes, dont les fortes traditions se
164
IRetiuc De ratt chrétien.
perpétuèrent.sous l'égide d'une foi commune
pendant tout le moyen âge; bien qu'affaiblies
par la corruption de la Renaissance, elles
demeurèrent debout jusqu'au fatal boulever-
sement révolutionnaire.
VIL
SI l'analyse nous montre qu'un triple élé-
ment concourt à la formation intellec-
tuelle de l'artiste et à la création de ses œu-
vres, la synthèse nous fait bientôt découvrir
que «l'art est un, dans son principe, dans son
but et dans ses moyens ». Le principe de
l'art, c'est Dieu ; il s'est révélé à nous dans
l'ordre de la nature, par la création de la
lumière, par le mystère de l'Incarnation dans
l'ordre des choses surnaturelles. Le but de
l'art, c'est de glorifier Dieu ; telle est la
fin que Dieu s'est proposée en faisant
l'homme et en le rétablissant plus tard dans
la grâce, et toutes choses lui ont été données
comme des moyens pour parvenir à ce but.
L'homme est doué de la pensée ; il la
communique par la parole, base de la litté-
rature et de la musique ; il s'empare de la
matière pour traduire et perpétuer son idée
dans les monuments de l'architecture et de
la sculpture ; il combine les éléments de la
lumière pour revêtir ses œuvres de la cou-
leur et les animer par les jeux du clair-
obscur. « Ainsi l'art, expression du beau,
de l'invisible, est un par ses moyens comme
par son principe et sa fin. L'architecture, la
sculpture, la peinture ne doivent pas s'isoler.
Elles se pénètrent, elles agissent ensemble
et forment une unité, comme les membres
d'une famille ; de même que l'union d'une
famille en fait la Hoire et la fortune, cettt;
alliance des branches de l'art en assure la
puissance et la grandeur. » L'art chrétien
obéit aux mêmes lois que l'Eglise catholique,
sa mère: «c'est surtout par l'unité cju'il sur-
passe l'art païen. » Ici encore il faut cons-
tater que la Renaissance, qui a tout divisé,
tout spécialisé, a fait fausse route ; en retour-
nant au paganisme, elle n'a plus compris
l'unité et la fraternité de l'art.
Vin,
TELLE est, dans un résumé bien
incomplet et, nous le craignons, bien
peu fidèle, la notion de l'art chrétien ainsi
qu'elle est apparue à l'éminent écrivain de
Solesmes comme le couronnement et la
synthèse de ses incessantes méditations dans
les sphères de l'esthétique éclairée par la
foi. Pour « formuler sur l'art une doctrine
chrétienne, bien différente de celle que nous
a laissée la Renaissance et que professe
notre matérialisme moderne », M. Cartier
ne s'est pas borné à puiser aux sources
pures mais profondes de la théologie et de
la raison. L'histoire tout entière de l'art,
depuis ses origines préhistoriques jusqu'à
ses débordements actuels, est là pour con-
firmer les enseignements de la théorie
spéculative. C'est en parcourant successi-
vement les principaux monuments de la
civilisation antique chez les Egyptiens, les
peuples de l'Orient, les Grecs, les Étrusques
et les Romains, puis en relevant soit dans
les catacombes, soit dans les écrits des
apologistes et des Pères de l'Eglise, les
premiers éléments de l'art chrétien, que
l'auteur nous amène à l'étude des grandes
œuvres où se traduisent, dans l'ordre des
faits, les conceptions artistiques du génie
inspiré par la foi catholique. Voici l'architec-
ture byzantine, représentée par Sainte-
Sophie de Constantinople, dont on a
manifestement exagéré rinfiuence sur l'art
occidental: puis vient l'architecture romane,
dans ses deu.x aspects créés par les écoles
du Rhin et du Midi ; le style ogival parait
le beau cstbétique et riDcal chrétien.
165
enfin, au X 1 1 P siècle : c'est alors que « l'ar-
chitecture chrétienne semble avoir atteint
sa perfection, car jamais l'élément religieux
n'a été plus heureusement uni à l'élément
social.» Les autres branches des arts suivent
une marche parallèle : la sculpture, avec
ses filles, la glyptique et la numismatique,
apporte son témoignage ; il en est de même
pour la peinture, soit qu'elle s'applique aux
monuments mêmes, aux manuscrits, aux
verrières, aux tapisseries, aux tableaux
proprement dits ou à leurs reproductions
gravées.
Nous aimerions à pouvoir reproduire,
même dans un cadre restreint, ce magnifique
tableau de l'histoire du génie artistique à
travers les âges ; mais le lecteur nous per-
mettra de lui laisser le plaisir d'étudier ces
pages si instructives dans l'œuvre de M.
Cartier. Il serait impossible, en effet, de
donner ici, ne fût-ce qu'un aperçu de tant
d'observations érudites, de judicieuses cri-
tiques, de considérations aussi fermes
qu'élevées sur les caractéristiques de chaque
époque, dans la voie du progrès artistique.
Sans doute, quelques-unes des idées émises
sur la genèse des styles, certains faits
invoqués à leur appui, donneraient occasion
de formuler des réserves ou des critiques :
c'est ainsi que la part faite aux monuments
et aux joyaux artistiques de l'Allemagne
est bien réduite, alors que M. Cartier prend
à cœur de faire attribuer à ses compatriotes
la palme dans toutes les branches de l'art.
De telles questions peuvent être envisagées
sous trop d'aspects divers pour ne pas
demeurer livrées aux disputes des savants :
mais où le lecteur n'hésitera pas à donner
gain de cause à l'érudit écrivain, c'est dans
la réfutation de cette thèse, chère à nos
modernes rationalistes, qui voudrait \-()ir
dans l'invasion de l'esprit laïc la cause de
l'admirable floraison des arts au XII l'^siècle.
Viollet-Leduc n'a pas craint, on le sait, de
donner à ce système l'appui de son nom et
l'autorité de sa science archéologique : celle-
ci ne gagnera certes pas à la discussion dont
elle est l'objet dans les Lettres d'îin solitaire.
IX.
IL est une autre thèse, constamment affir-
mée et universellement admise depuis
trois siècles, contre laquelle M. Cartier
n'hésite pas à s'inscrire courageusement en
faux. « L'opinion est généralement favorable
à la Renaissance; beaucoup de catholiques
même en font une gloire de l'Église, parce
que Rome paraît en avoir été le centre. i>
A rencontre de ce préjugé, le solitaire de
Solesmes estime «qu'il y a là une erreur
déplorable, propre à arrêter tout retour vers
l'art chrétien» ; il s'appuie pour la réfuter
non seulement sur les principes de l'esthé-
tique chrétienne mais encore sur l'étude des
chefs-d'œuvre de la Renaissance et la
biographie de leurs auteurs. Laissons-lui la
parole :
« La Renaissance, — dont le nom même
est un mensonge esthétique et une injure
au christianisme, car que pouvait-il re-
naître de vrai, de beau et de bien après la
naissance du Christ.-' — la Renaissance
fut une grande victoire du tentateur, une
révolte sociale contre Dieu et son Lglise,
un triomphe des trois concupiscences sur la
chrétienté. »
« La Renaissance altéra le beau; la Réforme
nia le vrai; la Révolution attaqua le bien;...
elles composent une trinité infernale et ne
sont qu'un même acte d'indépendance de
l'homme, un outrage à la souveraineté divine;
si on étudie bien la Renaissance, on verra
qu'elle a été le principe de la Réforme, dont
la Révolution fut le couronnement et la
perfection. La Renaissance a été une pre-
i66
îRctiue De rart cfjrctien.
mière séduction.qui entraîna les deux autres.
Elle profana le beau sensible en le détour-
nant de son but ; le beau intellectuel fut
alors obscurci et le beau moral disparut
dans l'orgueil de l'esprit et l'ivresse des
sens... La grande erreur esthétique de la
Renaissance est d'avoir séparé le beau du
vrai et du bien et de l'avoir placé dans ce
qui plaît aux sens. Les artistes n'ont plus
cherché le beau en Dieu, qui en est le prin-
cipe et la fin ; ils poursuivent uniquement
le beau sensible, et comme ce beau a besoin
aussi de vrai et de bon, ils cherchent ce vrai
et ce bon dans les choses secondaires, dans
l'imitation de la nature et dans la science des
moyens. C'est ainsi que la Renaissance se
trouva entraînée à l'étude du nu, qui devint
pour elle une passion qu'elle poussa jusqu'à
la folie. Le nu est la forme de la concupis-
cence ; l'artiste de la Renaissance en fit son
idéal et le glorifia dans ses œuvres contraire-
ment à toutes les lois des convenances et de
la civilisation. Il n'en rougitpas,comme Adam
devant son Créateur, et ne craignit pas d'en
offenser les regards de sa mère et de sa fille;
il en souilla même le sanctuaire, et la chapelle
Sixtine est là pour montrer à quel excès fut
poussée cette profanation, témoin ce fameux
ftigement dernier, où Charles Blanc lui-
même, ne peut voir c^xinne grande planche
d'anaioinie. »
jS—
MICHEL-ANGE et Raphaël sont les
deux coryphées del'école Renaissante.
M. Cartier s'applique, en étudiant leurs
œuvres, à reconnaître les déplorables consé-
quences de l'intluence du néo-paganisme sur
ces puissants génies.
Raphaël, on le sait, a compté de nos jours
des admirateurs fanatiques, qui malgré leur
ardente orthodoxie, «lui rendaient une sorte
de culte et auraient volontiers demandé sa
canonisation ». C'est ainsi que l'abbé Darras
déclare la Ti'ansfignration « le chef-d'œuvre
de toutes les écoles, le dernier terme de la
puissance humaine en peinture, la limite qui
dans l'art sépare l'homme de l'ange », tandis
que M. le marquis de Ségur estime que
pour dessiner \2. Dispute du Sainf-Sacrcme^it,
le génie de Raphaël, aussi immatériel que
son nom, « a été prendre au ciel ses couleurs,
ses expressions et ses lignes ». Ces éloges,
même en faisant la part d'un enthousiasme
hyperbolique, sont-ils justifiés.'' \.^ solitaire
de Solesmes, tout en reconnaissant que
« Raphaël est certainement la plus pure, la
plus belle, la plus séduisante personnifi-
cation de la Renaissance », n'a pas voulu
s'en tenir au sentiment général, dont le
comte de Maistre déjà faisait la critique;
il étudie donc le peintre d'Urbin à la fois
dans les actes de sa vie et dans les œuvres
de son pinceau. On aurait mauvaise grâce,
après avoir lu ces pages, empreintes d'une
admiration profonde pour le talent incompa-
rable de Raphaël en même temps que d'un
inébranlable attachement aux règles de l'es-
thétique chrétienne, à ne pas souscrire au
jugement formulé au terme de cette con-
sciencieuse étude: « Raphaël est le peintre
le plus admirable, le plus parfait, le plus
heureusement doué que je connaisse. . . mais
Raphaël n'a été chrétien ni dans sa vie, ni
dans ses œuvres... il a fait d'une manière
admirable de l'art pour lart; il a aimé et
glorifié la chair; il n'a pas cherché le beau
surnaturel; il n'a pas vécu avec le CiiuiST
comme Fra Angelico, et il n'a pu faire les
choses du Christ: Chifa case di Cristo, con
Cristo debe star sevipre. »
Cette devise favorite du peintre angélique
résume la doctrine catholique tout entière
sur le beau. Le Christ est l'idéal, car,
comme l'a dit Lamennais : « Il est le beau
île beau cstîjctiquc et l'iDcal cbrcticn
167
complet, le beau dans ses rapports avec le
vrai et le bien! » Il faut donc que l'artiste
s'applique à réaliser dans ses œuvres la
devise de l'Apôtre : Iiistaurarc omnia in
Christo. Dans la sphère artistique comme
dans tous les autres domaines de l'activité
humaine, le Christ est la voie, la vérité et
la vie. L'art trouve en Lui \ alpha et F oméga,
le coiuinenceiiicnt et la fin, il en est la source^
car rien de ce qni a été fait na été fait sans
Lui ; il en est le couronnement, car il est
la lumière qui a hii parmi les ténèbres du
paganisme et du sensualisme et qni éclaire
tout Iiomme venant en ce monde. Toute œuvre
de l'artiste doit être un snrsnm corda; il est
vraiment juste et raisonnable qu'elle redise,
en tout temps et en tout lieu, la gloire de
Celui qui est la splendeur éternelle de
l'Auteur de toutes choses. Heureux sont
ceux à qui il a été donné de comprendre
les grandes vérités de l'esthétique chrétienne
et qui peuvent dire, comme le solitaire de
Solesmes au terme de son œuvre : « O
Christ! idéal de l'art chrétien, idéal que
l'œil ne peut voir, l'oreille entendre et le
cœur de l'homme concevoir; idéal du vrai,
du beau et du bien, idéal de Dieu, idéal de
l'homme, idéal du ciel et de la terre, idéal
du temps et de l'éternité, idéal qu'il faut
posséder dans son âme pour bien l'exprimer,
éclairez-moi; venez en moi, pour que je vous
connaisse, que je vous adore et vous aime :
venez Seigneur Jésus ! Vejii, Domine fesu ! »
B'J" Jean Bethune de Villers.
KEVUE UE LAKT CHRETIEN.
1885. — :"" LIVKAISON.
ï±±^ kkk^AAÈ. kà.±±^ ^k±±AÈ.^ÂAÈ.,
L^ ^ X ^ ^^
Bvotjcrirs et tissus, conservés autrefois à la
catj)éï)rale ïi^Hugers» (-'"•^- article). (voIi-t. h, (1884), p. 270)
1"^^^^^^^^ ;^ ^ ^ ^^^^ ^^T^'^ ^ ^TfT¥¥¥¥TfT¥¥¥^ ^
C&apitrc i).
Les Vestimenta.
\'ANT de commencer ce long
chapitre, il ne sera pas inutile
de parler de quelques pièces,
antérieures à 1297.
La chasuble de saint René, dont on n'a
malheureusement aucune description, fut
longtemps conservée à la cathédrale avec
son calice. Elle était sans doute fort usée
en 1297, car elle figure au rang des chasubles
communes : //rw ochy a/ias çuofic/iatias,
computata illa sancti Rexati.
A l'église collégiale de Saint-Julien ap-
partinrent jusqu'à la Révolution les vête-
ments de saint Lezin, évêque d'Angers et
son fondateur. C'étaient juie aitbe, une chape
(chasuble), une étole et un manipule cC étoffe
de soie rouge sans s^alon : tous ces objets restè-
rent dans le trésor jusqu'à la translation
qui en fut ordonnée par Mgr l' évêque datis son
église (0. L'étole était remarquable: « On
voit sur l'un des bouts la figure d Eve séduite
par le serpent avec ces mots : Per Evam
PF.RniTio, et, sur r autre bo2it, l'AnJtonciation
avec ces mots: Per Mariam recuperatio [-).
Enfin la collégiale de Saint-Martin
possédait la chasuble, l'étole et le manipule
de saint Loup, évêque d'Angers (3).
Ces précieuses reliques périrent en 1793:
il n'en reste plus que le souvenir.
D'un autre côté l'ouverture des tombeaux
1. Aich. Dcpaitciiic'iitates, c. 42.
2. B. M., ms. 621, p. 3.
3. Arch. DJp., c. 42. Nous verrons plus loin cLins la
lettre de Pocquet de Livonnière au P. Montfaucon, qu'il
lui annonçait le dessin de la chasuble de saint Loup: il a
été perdu sans doute, s'il ajamais été fait.
de quelques évêques d'Angers aurait [)u
nous donner de curieux spécimens d'anciens
ornements ; malheureusement, on a presque
toujours négligé de prendre note de ce qui
fut trouvé. Voici cependant ce qu'on sait des
tombeaux d'Ulger, de Raoul de Beaimiont
et de Nicolas Geslant.
Un chanoine fit briser, en 1757,1e couver-
cle de pierre du mausolée d'Ulger, mort
en 1 149 : « On le trotiva couvert de ses or-
nements pontificaux. Ses souliers étaient
quarrés par les extrémités et sans talon, le
dessus était décoiipé à la façon de la chaus-
'sure des anciens. Son suaire s'était conservé
encore entier et presque dans sa première
blancheur. Comme je n'ai vu aucun des
restes de sa soutane, j' ignore s'il en. avait tine.
Son rocket était d'une toile assez fine, sa
chasuble d'une étoffe de soie a fleurs
rouges sur fond violet. Sa crosse de bois
était dans toute sa longuettr. La populace,
informée de cette découverte et poussée par
une curiosité funeste accourut en foule à ce
tombeau. On l'ouvrit par l'endroit qu'on avait
i]iutilement refermé dès le matin. Chacun
s'empressa d enlever quelque partie des vête-
ments, qui couvraient les ossements de ce
grand évêque : rien n' ei'it échappé à ce pillage,
si on ne se fût empressé de cacher ce précieux
ornement à ses regards... ('). >> Le couvercle
ayant été brisé du côté des pieds, il est fort
possible que la mitre, dont ne parle point le
chanoine, auteur involontaire de cette pro-
fanation, e.xiste encore dans le tombeau.
Le 29 octobre 1846 furent découverts
I. B. M. ms. 628, p. 142.
T5roDfric.s et tissus, conserves autrefois à la catècoralc D'ang;cr.s. 169
quelques débris de la chasuble de Raoul de
Beaumont.enterré dans la nef en r 197, vis-à-
vis d'Ulofer. La fosse avait été bouleversée
en I 793. Il y restait cependant les fragments
d'une lampe de verre, une crosse en bronze
et des lambeaux d'étoffe, conservés au
musée de l'Évêché. Le temps a si profondé-
ment altéré les couleurs, qu'il est impossible
de s'en faire une idée exacte. Voici un dessin
de ""/, ofrandeur naturelle d'une oartie de
cette chasuble, couverte de médaillons ronds,
remplis de lions, chimères ou fleurs de lis (').
Une petite rosace à quatre lobes, brodée
en soie avec un pois d'or au centre, réunis-
sait les médaillons, dont l'intervalle était
rempli par une lleur de lis. Le fond devait
i.J'en ai donné un dessin réduit dans l'Albiini,qui accom-
pagne ma notice sur les tombeaux des évcciues d'Angers
lyo
ïRcDue oc rart cfjccticn
être brun ou jaune foncé, les encadrements
des médaillons, les animaux et les fleurs de
lis sont brodés en or. Les feuilles entre les
branches des fleurs de lis sont brodées en
soie rouge ou verte.
Le 12 janvier 1699 fut ouverte la tombe
de Nicolas Geslant, mort en 1290. On y
trouva la mitre blanche, avec laquelle il
avait été consacré, une crosse de cuivre,
une croix de cire et douze petits pots de
terre, en partie remplis de charbon (' ).
La déclaration, faite le 11 juillet 1533
par le chapitre contre François de Rohan,
évêque d'Angers de 1499 à 1532 pour le
contraindre à contribuer aux réparations de
l'évêché, de l'église et de son mobilier
nous fait connaître, en 8 1 articles, les griefs
des chanoines, relatifs aux ornements : j'en
donne de courts extraits. Le ton emphati-
que et solennel du début est assez curieux:
on y verra en même temps combien grand
était le nombre des ornements.
^ n Église (T Angiers est tine belle,grande
« et notable église de fondation royalcct église
« cathedra lie du diocèse d Angiers, laquelle
« est composée de hnyt dignitéz, trente cha-
« noynes, deux soitbs-chantres, Jniyt niaistres
« chappelains et corbelliers, huit à nenf
« vingt chappelains, douze serviteurs, vingt
« drappeliers et six enffans de ctieur, les-
« quels actuellement jour et nuict font
(( oraison et prières et servyce divin au de-
« dans de la dite Église.
« 2^2. ffcin pour servir lequel servicchono-
« rablement et dévotement les dits sieurs et
« chapitre ont plusieurs chappes de dj'ap
<< d'or, velours, satin, damas et autre soyes
« et autres chappes et ornemens à grant
(<■ quantité.
(( 2.:fj. Item des quelles chappes et orne-
« mens précieux par quarante cinq jours en
« lan les dits doyen, dignitéz, chanoynes et
I. B. E., Ct'rémonial de Lehoreau, 1. V, p. il.
« chappelains sont revêtus, lorsqu'on fait le
« service en icelle église.
« .?//. Item des qîielles chappes et orne-
« mens précieux, le dit évesqiie d Angiers est
« tenic à tentretenement, tant par coutume,
« ancienne et immémoriale, que aussy par
« disposition de droict.
« 2^^. Item et la raison est bonne, car
« anciennement toutes les églises cathédral-
« les estaient églises régulières ut probat
« ... et lors les prélatz estaient temiz J'ournir
« leu-rs églises des ornemens comme estant le
« chef et après le bien et revenu principal de
« r église et les moyncs loco quorum hodie
« successerunt canonici habebant victum et
« vestitum, comme aujourd luii les clianoynes.
« 2-f6. Item car leurs prébendes, qui ne
« sont de vallcur que de 2 ou joo livres ne
« sont pour satisfaire ad victum et vestitum
« duntaxat, et par ce, ne sont tenus aux
« charges, que est tenu, lévesque, qui a le
<( gros bien et revenu et est le chef de l'église,
« et les chanoynes sont seulement ses membres
« et ses ministres...
« 2^J. Item ce néanmoings durant le
« temps, que le dit de Rohan a esté évesque
« d Angiers, qui a été le temps de trente trois
« ans, il n'a donné aucuns ornemens en la
« dite église ne soubzveiiu à la réparation et
« entretencment d'iceulx ornemens, pourquoy
« sont tombés en grosses ruynes et les fault
{( nécessairement réparer et pour ce couste-
« rait grands deniers....
« J22. Item y a en la dite église cent
<( chappes communes et plus que les chappe-
« lains de la dite église aux festes prennent
« et depuis le temps de jj ans que le dit de
« Rohan a été évesqtie, ont pu s'endommaiger
« de la somme de 200 escuz et plus ('). »
Le chapitre II, les VESTIMENTA,
comprendra, suivant l'ordre des inventaires:
I". Les chapelles coMi'LkTES, Cappella
I. Arch. Dép. série G. N° 264, passim.
TBroîJCVics et tissus, conscctics autrefois à la catbéQralc D'Angers. ryi
INTEGR/1Î, (chasuble, tunique, dalmatique,
une ou plusieurs chapes, souvent deux
parements d'autel, quelquefois même des
courtines et des coussins).
2"^. Les pièces séparées: Inful.e,dalma-
tic.lî particulares, capp.e, stoll.e et
manipulli, burs.e et corporalia, coli.eria,
poignalia et paramenta altarum, alb^
serice.e, map/e serice.e et paramenta
MAPARUM.
3°. Les vêtements spéciaux : vestimenta
pro episcopo, pro pueris et bidellis,
bireti et cirotiiec.e pro capsis portandis.
4°. Les paramenta altaris, qu'on peut
considérer comme les vêtements de l'autel,
mais seulement ceux qui ne figurent pas
dans les chapelles complètes.
5°. Je rattache à ce chapitre les banniè-
res, VEXiLLA.et les hais, PALLIA, pour porter
le Saint Sacrement à la procession de la
Fête-Dieu ou aux malades.
I. CAPPELL.4: INTEGREE.
Bien que les inventaires de 1299 et de
1391 n'aient pas de chapitre sous ce titre,
on reconnaît facilement parmi les chasubles,
destinées au maître-autel et les dalmatiques
certaines pièces assorties et rentrant dans
cette catégorie.
1391. L'évèque Nicolas Geslant (mort en
1289) avait laissé par testament une cha-
pelle verte : Décima (infula), de sainicto
viridi, ciiiii aîwtfrasiis aiireis ni statu suf-
ficienti. — Dalinatica et tiuiica, de sainicto
viridi ejusdem coloris cum infula superius
notata. (De panno sericeo viridi, cum
aurifragiis veteribus deauratis, quce servit
in festis confessorum et caret propriis stollis
et manipulis 1467.) (Figurata avibus et
variis bestiis, rubei coloris, habentibus
capita et pedes aurea 1561, 1606.)
Des six autres dalmatiques pour les fêtes,
quatre de sainicto /-///reformaient deux cha-
pelles avec les chasubles tertia et quarla, de
sainicto rubei coloris, in competenti statu ; de
même les deux dernières, allice bonce et
pulchrce, quas dédit Guillelnms Major, quou-
dam episcopus [1JI4), avec undecima (ca-
sula) de panno albo serico, dyaprato, duppli-
cata de sainicto croceo in bono statu (").
— • Item îina infula, cum dalmatica et
tunica, borne et pretiosœ rubei coloris, quas
dédit bonœ memorice Briencius deMacJiecolio,
quondam [i'jjç) canonicus andegavensis. —
L'évèque Foulques de Mathefelon, mort en
1355, légua « duas cappellas, intégras et
fournitas de cappis, pulcherrimas »
— Una cappella intégra, rubea, quam dédit
bonce memorice deffunctus Fulco, quondam
andegavensis episcopus, continens cappam,
capsulam, dalmaficam et tunicam, zonam,
manipuluin, stolam, sandalia, unum colerium,
duo poignalia, albam paratam et amictum,
cui cappellœ stola et manipnlum indigent
duplicatnra. (Seminata avibus peditatis et
capitatis auro ac rondellis etiam aureis
1595, 1606.)
— Una alla cappella viridis, fourrata de
syndone rubeo, continens cappam, capsulam,
dalmaticam, tunicam, stolam, zonani, mani-
puluiii, colerium et unum marchipedem,
quam dédit ecclesice dictus dominus fulco.
(Panni damasci viridi coloris, cum aurifragiis
rubeisad parvas stellas, trifoliisque nigris...
infula deest 1539.) (Dalmatien serviunt
portoribus reIi(iuiarLiin in festis pr.ecipuis
1561). A cette chapelle, on ajouta: Item
una stola pulchra et nova et manipulum
I. Guill.uime le Maire fit un voyage à Paris et aux
environs avant sa consécration : il y acheta des ornements
et autres objets ; il est fort probable que la chapelle en
question était du nombre. « Postmodum, staliin /'ans/as
in noinine Domini revertenles et ibidem tribus dicbiis
iiiiinenles, einimus initi-am pulchrain et giiamdam paivi
prelii, pannos sericos duos vel très, quadam neccssitiûi
pro capclla, ornainenta episcopalia et alios paniios pro
nobis.... >> lômai 1291. Livre de Guillaume le Maire, publié
par M. Port, p. 58.
172
Ectiue oe l'3rt cfjtcticn.
ijgi. (Deaurata, qiue proveniunt de abbatte
sancti Nicolay, cuni ymaginibus 141 8.)
— Ite»i 2ina alia cappella, intégra, de
paniio aiiri rubei coloris, cuin avions aureis
et lozengiis, quant dédit dejfimctus Michacl
Régis, quondaii! archidiaconus transiiicdua-
nensis et canonictts andcgaveiisis (ijôj),
continens capsiilaiii, dalinaticain, imiicaiii
cîim stolis et inaniptilis et paraiiientis amic-
titiiDi et albis. (Figurata avibus cum capiti-
bus, pedibus atque quadratis seu carellis
aureis cum pulchris aurifrasiis 1467.) (Elle
ne sert plus 1561.)
— Item 7ina alia cappella, qutc fuit doniiiii
Gerardi judicis [rj^j], continens capsulain,
dalmaticain et tunica/n, eu m uua. stola et
dîtobus nianipulis, qnce cappella non est
dupplicata, quod est magnum dapnum. (Vio-
letti coloris 1421) (quee est multum exami-
nata et potest reparari de una parva cappa
panni consimilis, quaï est etiam dilacerata et
fuit posita dicta cappa cum dicta cappella
1467).
— Itcn/ una cappella alba, qnce fuit domini
Radulphi (de Machecoul, mort évèque en
1358) episcopi andegavensis, pulckraet nova,
continens duas cappas, capsula m, daim atica m,
tunicam, dzias stolas, très manipulas, tria
coleria, quatuor poignalia, très albas para tas,
très aniictos et unam mapam paratam.
(Seminata avabus cum pedibus et avibus
aureis et cum pulchris aurifrasiis.... et est
satis honesta 1561) (avec les orfrois à
pigeons d'or 1596) (nommée les oyscaulx
1646)0.
— Iton una alia cappella, pro mortuis,
Jatn diu empta per /. Beguti {13 5 5) de pe-
cunia capparum {'), continens quatuor cappas,
1. B., ms. 656, t. i, p. 281 . — 26 niay 1359. Arrêté entre
les exécuteurs testamentaires de Raoul de Machecoul et
le chapitre, que le dit chapitre se contentera de la
chapelle blanche dudit évoque, pour ce qu'il pouvait
devoir au dit chapitre, durant sa vie.
2. Ceci vient h l'appui de ce ([ue je disais pkis haut re-
lativement à l'argent des chapes.
capsulant, dalinaticain et tunicam cum dtta-
biis stolis et tribus manipulis et paraiitcntis
pro albis et amictis de samicto nigro, ctvn
orfrasiis dupplicibus et four rat is de sandalis
aduratis et poniis ereis tenentibus ad dictas
cappas in pectore et scaptilis.
— Item vestimenta nigra pro def/îinctis,
videlicet infula, dalniatica et tunica ctitn,
quatuor cappis et multum devastata.
— Item una alia cappella nova cotidiana,
pro mortuis, intégra, de similibus peciis de
boucacino nigro, fourrata de boucacino adu-
rato cum orfrasiis dtpplicatis et cunt poniis
ut supra, in alia cappella.
Quatre chapelles complètes furent
données par Pierre d'Avoir, seigneur de
Châteaufremond ; voici ce qu'on en sait
par lalettre de fondation de son anniversaire
en 1390 et par les inventaires :
— ... Duas capellas intégras, de dyapris
albis, galice de diaprés iîlaxs, quœ duce
capcllcr sunt munitcc de capsulis, tunicis et
dalmaticis et paramcntis altaris a parte
superiori et inferiori, pro iina dictaruin
capellarum ijço... (Item una alia capella
alba intégra seminata de rosis ad arma
dicti domini de Castrofromundi, cum para-
mcntis altaris 1391), (la chapelle de damas
blanc, nommée les Rouscttes. Reparata fuit.
Nota quod dalmaticce sunt satini aibi de
Burges per dominum Bohic fabricium 1595)
(1646). (Item duae peciae panni serici albi
seminati de rosetis et in medio cujuslibet
rosetEe sunt arma de Castrofromundi 1467),
(positct fuerunt rosetre dalmaticis per domi-
num Bohic 1595).
Je reprends le te.xte de 1390, relatif à la
seconde chapelle blanche... et de tribus
capis ejusdem panni et coloris cum auri-
fn'oiatis pulchris et décent i bus et cum une
parainento pro lectrino seu pulpito,et est dicta
capella muni ta de albis, stollis et fenionibiis
TPioDccics et tis5U5, consctDcs autrefois à la catbcDralc D'Angers. 173
ds consimili panno et collerns propresbytero,
dyacoiio et subdyacono et de niia viappa al-
taris, parata de itno paraniento auri frigiato
13ÇO ; (couverte par endroits de rondeaulx,
où il apparaît quelques fils d'or, nommée la
chapelle des leçons des Vierges et du temps
paschal 1595) (1643). De cette chapelle
faisait partie un antiquum paramentum
album in duobus peciis, fere consumptum,
ad arma de Castrofromondi (1467).
— Item unam aliam capellam de dyapris
rubeis, galice, dvapres vermeil, muiutam
de capsula, tunica et d'il mat ica, et de para-
mentis altaris firo alto et basso, et de tribus
capis cuin auri/rigiatis ejusdem paiini et
coloris ijço. (Una rubea de panno serico
1391) (duplicata de sandalo adureo 1418)
(très cappœ rubei coloris figurata; avibus et
parvis rosis aureis, quas dédit deffunctus
condam de Castrofromondi, cum bestiis et
floribus ad arma de Castrofromondi i467)(').
(la chapelle des neuf leçons des martyrs
1606).
— Item îinam aliam capellam nigram,
brodatam et ornatam ad lacrimas albas et
AD TALENTA AURI, muuitam de capsula,
tunica et dalmatica et de paramentis pro
alto et basso et tribics capis ejusdem panni et
coleriis cum suis atirifrigiatis et albis, ami-
clis, stolis et fenionibus consimilibus et cum
tmo paramento pro lectrino ijço (seminata
de lacrymis argenteis et oculis aureis,
1467).
— Item una infula, cum dalmatica et
tunica dupplicata violeti croceique coloris,
quœ satis indiget reparatione ijçi (sint po-
sita; in reparatione aliorum vestimentorum,
1421).
— L'inventaire de 1391 comprend dans
rénumération des 12 chasubles réservées
I. Arch. dép., série G. 264., art. 308. Item une chapelle
de damas rouge, semée à bestes d'or fin, qui sert aux festcs
des martyrs, qui est quasi consommée, en faut avoir d'au-
tres, qui coûteront la somme de 60 1. et plus.
au grand autel, une chasuble jaune, qui
avec deux dalmatiques de même travail
formèrent une chapelle complète : Octava
(casula) de samicto crocci coloris, operata
diversis operibus et cum duabus ymaginibus
capitum rétro, quce indiget omnino diippli-
catione et est formosissima — dalmatica et
tunica, crocei coloris, operata ad modum
tnfulœ ejusdem coloris (figurata de serico
croceo, figurata pluribus rondellis et barris
et in partibus posterioribus sunt diversa
capita, qua; servit in anniversario circuli
puerorum psallette et in festo Sancti Mi-
chaelis in Muntetumba 1467). (La chapelle
des choreaux 1596.) (Item une chapelle de
soie jaulne brodée sur le champ de soie
tannée et bleue, nommée la chapelle des
Carreaux, qui sert seulement à la fête de
St Michel in INIunte tomba, 1643). — Cette
chapelle existait encore au XVII Je siècle.
Lehoreau dit en effet que le 16 oct. on
se servait à la fête de St Michel in Munte
tumba d'une chasuble jaulne à l'ancienne
mode, sur laquelle étaient brodées quelques
petites figures de chérubins, et de dalma-
tiques de pareille couleur à l'ancienne mode,
les manches cousues, presque comme une
aube, excepté la longueur.
En i725,Pocquet de Livonnière la men-
tionne en ces termes ://_;• a aussi un ornement
complet d'une espèce de satin jatine brodé
de soye noire, et dans le bas la chasuble est
toute fermée et les dalmatiques à manches
fermées sont cousues jusques à la ceinture,
on se sert de cet ornement à F autel le jour de
St Michel {').
Cet ornement existait encore en 1757
d'après le règlement de la sacristie ; peut-
être môme ne fut-il détruit qu'à la Révolu-
tion ; on en voit un dessin grossier dans
le Cérémonial de Lehoreau, L. iv, p. 203.
— 1406. Item Oliz'crius Maligneri, ati-
1. Bib. Nat. ms 10,912, fol. 159.
^74
iReuiie De lart c&réticn.
ditoi' sacri palatii apostolici et cantor eccle-
siariun Andegavcnsis et Nannetensis con-
cessit, tradïdit et assigiiavit ad honore m
Dei et Virginis gloriosœ et omnium sancto-
riim et sanctarwn et in remissionem pecca-
torum sui et alioriim quorum in aliqno
potuit aut potest et in futtirum tcneri très
casullas, stollas et maiiipulos ac paramenta
albaruvi et amictutim et duos patntos pro
altari cuni ymaginibus sanctorum evange-
listarîim et docforuvi quatuor.
Quœ omnia duplicata sunt de persico
viridato, de bougrano, de panno videlicet
TiERCELiN J)E GENO, stib colore crocco, pro
temporibîis videlicet adventus Doiiiini,scptua-
gesimœ et quadragesimce îisque ad pasclia
exclusive et ni/iil ultra iisque ad tempus alius
anni revolutum tempore predicto. Anno
Doiiiini niillcsiino fi;YY""^ sexto.
En Carême et pendant l'Avent le diacre
et le sous-diacre ne portaient pas de dal-
matiques, mais des chasubles. (Très infulre
pro presbytero, dyacono et subdyacono de
serico croceo... item unum paramentum
majoris altaris pro tempore adventus Do-
mini in duabus peciis... in superiori parte
est ymago Trinitatis, cum quatuor evange-
listis et in inleriori sunt quatuor Doctores
ecclesisecum Virgine Maria in medio 1467.)
(Quasi consumpti 1525.) En 1467 cette
chapelle fut affectée au temps de l'Avent ;
il y en avait une autre en tiercelin blanc
pour le Carême.
1421 — Huit panni particulares de l'in-
ventaire de 1391 sont transformés en une
chapelle complète. — Item unus pannus
aureus crocei coloris continens septem pan-
nos cum bordura de armis Siciliae et An-
degavi... (seminattis foliis aiireis). — Item
unus alius pannus similis coloris, emptus de
pecunia ecclesix, continens quatuor alnas.
(De istis octo parmis facta fîiit cappella ctini
tribus cappis.)
— Item alla cappella, pnlchra rubei coloris
deaurata, melior istitcs ecclesice p7'o majori-
bus festis deservieits, quœ etiam ex parte
ipsius (Ludovici secundi, régis Siciliae)
data fuit, continens unam cappam tantum,
infulain, dalmaticam et tunicam cum stollis
et manipulis, dtcppiicata (de satino figurato,
seminata foliis aureis et foliis ad instar folii
quercus, ad armadomini régis Sicilice 1532).
(La chapelle des Petites Bretaignes, de
satin broché, 1561, 1643.)
— Item alla capclla pulchra, pro majori-
bus conpcssorum, qiiœ fuit facta expensis
capittdi panno magna persei coloris, continens
infulam, dalmaticam- et tunicam, cîim stollis
et manipulis, cum tribus cappis, quarum
umim aurifrazium dédit dominus F. Doni-
kojninis ( IJ62) et in eadem capella sunt très
albce paratœ et très amictus ejjtsdem panni.
(de serico perseo, seminato Moribus aureis
et cum aurifragiis ad flores liliorum et ayes,
et una pars non habet flores 1532.) (de
panno dato per deffunctœ, bonse memoriœ,
dominam Margaretam Andia;, régis Renati
filiam, qu:e fuit Angliee regina 1539.) {la
chapelle des Bureaulx 1561.) (de l'une des-
quelles chapes, les orfrois sont à ymages
1595, 1643) (').
— Item una infula et dalmatica et tiinica,
de panno nigro lucaxo, seminato avibiis
aureis et très cappcc, ducs stollœ et maniputi
de eodcm, pro iirissis dcffmictorjim cum para-
nientis loco panni, data per regem Ludovi-
r//;;i.(figurata avibus cum capitibus, pedibus
et parte allarum aureis, 1467.)
— Item per dictum rcgcm et Yolandam
ejus uxorem, in ipsius obscquio, data fuit
juia infula cum dalmatica et tunica et qtiinqtie
cappce et paramenta altaris, cum duabtts
I. Arch. dép.. Série G. 264., art. 248. Item et mesme-
mcnt trois cliappes, qui sont de drap d'or, appelées les
Burcau.r, dont les orfrois sont de fin or, où il est besoin
de refaire les orfrois de l'une des dites chappcs et réparer
les autres, pourra coûter 30'.
T5roDcriC5 et tissus, conscrucs autrefois à la catfjcorale D'Angers.
ID
stollis et tribus vianipiilis cnm paramentis
triiun albariini et Irinm amittorjtin et 2ino
paraniento, iina viappa altaris, tota depanno
(iainaseeiio nigro, figurât o e2tin mwifragiis
mircis cuin scutis ad arma régis et reginœ
preedictœ. (Unum paramentuni altaris, con-
tinens duas pecias de panno damasceno
nigro : et in superiori pecia est ymago
Crucifix!, cuni ymaginibus beatœ Mariœ et
bcati Johannis Evangelistce et in inferiori
pecia est ymago beatie Maria;. In qualibet
quarum dictaruni peciarum sunt arma do-
mini Régis Siciliœ, 1467, 1643).
— Item una capella rubea, de veluto
figurato ad fiores aureas, continens easulam,
dalinaticam et tunicam cum duabus stollis,
tribus manipulis, 71110 parainento uniiis albce
et duobus paramentis altaris, dupplicata
totaliter bougrano perseo et uno ... dupplieato
iierceliiio perseo ad X V palmas aureas eum
armis dicti domini Lndovici secundi, régis
Siciiice, dupplicata tiereelino rubeo cum
orfrasiis ad ymagines... (de panno sericeo
rubeo, cum coronis et foliis aureis floribus-
que persei coloris ... 1467) (la chapelle de
vieux drap d'or rouge, qui sert aux octaves
du Sacre et de saint Maurice 1595) (et y a
en quelques endroits de petits rondeaux de
fil d'or 1606).
L'évoque Hardouin de Bueil (1387-1439)
donna les trois chapelles suivantes, inscrites
à la suite de l'inventaire de 142 i :
— Una (capella) rubca, de panno veluto,
ad cestercia argentea stellasque, coronas
aiircas, ornata, in gjia capella sunt infula,
tunica, dalmatica eum stollis et nmnipulis.
Item très albce et amit i eodeni panno parati. —
Item très capcc seu plttvinalia ejiisdein paiini
cum ornatu, cn?n aurifrasiis ad ymagines et
arma de Castro Fromondi. Item phiviale seu
eapa depanno et veluto ditiore, ornatjc parato,
cum aurifrasiis similibus piyediclis et in
dorso ipsius est Assuuiptio seu coronatio
beatcc Maria, ditissime composita et ornata.
(Cum coronatione beatce Mariae, angelis et
Agnis Dei, cum pluribus stellis de broderia,
cum armis de Castro Fromondi in aurifrasiis
1467.) (La chapelle des Croissants 1561,
1643). Cette chapelle était munie de deux
parements d'autel/^^;^;^^^y//;/^'//i■. (De velosio
rubeo, senimato de croissants gallice, stellis
et coronis 1467.) (... quasi consumpti 1595.)
Elle fut prêtée au roi de Sicile, pour sa
chapelle du château d'Angers, pour la fête de
Noël (1443), qui fut célébrée coram rege (').
■ — Item alla capella, in qua sunt infula,
tunica et dalmatica cum stollis et manipulis,
de panno albo damasceno. Item très cappce de
eodem panno, eum aurifrasiis perseis consi-
milibus. Item duo paramenti albi pro para-
mento altaris. (Ad arma de Castro- Fro-
mondi 1467.)
— Item alla capella, alba panni de satino,
in qua sunt infula, tunica et dalmatica sine
capis. Item 7inum corporale cum corpora-
libus. Item duo panni albi pro paramento
altaris quic quidem capella deputata est ad
missam beatce JMarice dicbjcs sabbatinis.
(Parvum paramentum de satino, album in
duabus peciis, qui servit altari beatse Maria;
in navi ecclesiœ subtus Crucifixum, 1467).
Plusieurs ornements furent remis à
l'église, après la mort d'Hardouin de Bueil,
entre autres les deux chapelles suivantes :
— Una infula, eum stolla et manipula et
paramento altaris, de quo paramento factie
fuerunt duce dalmaticce rubei coloris et albi
ad modum scangrii, galicc dcscequier (échi-
quier).
— • Item una alia infula, citni paramento
altaris in duabus peciis, viridis coloris,
figuratis. De predicto paramciito factcc
I. Conclusions du chapitre, 23 octobre 1443. On prête
au clerc de la chapelle du Roy, pour la fête de Xocl, trois
chappes aux croissants, les parements d'autel semblables
et les ornements de drap de panne donnes par la feue reine
Yolande.
KliVLÎE DE l'art CHRÉTIEN.
1S85. — s"'° LIVK.MSOS.
lyô
IReuuc î)C r^rt cfjrcticn
fuerunt dnœ dalmaticcc. Item duo paranicufa
altaris, viridis coloris ad barras aiiri, quorum
unu?n posititm fuit in paramcnto dictarnm
daimaticaritm.
Viennent ici, suivant l'ordre chronolo-
gique, les riches chapelles, données par
René d'Anjou.
Ce prince, ami des arts et très généreux,
fit présent, le 4 mars 1462, d'une magnifique
chapelle, connue jusqu'à la Révolution sous
le nom de la grande Broderie. Le roi et la
reine de Sicile assistèrent à une messe du
Saint-Esprit, chantée parle chapitre, pour la
réception de ce chef-d'œuvre. Voici la lettre
de René, concernant ce don royal (').
« Nous, René par la grâce de Dieu, Roy
de Ihûlm et de Sicile, duc d'Anjou et per
de France et duc de Bar, comte de Provence,
de Forcalquier pour la singulière et cordialle
affection que avons et portons à la dicte
éo-lise en Révérence et honneur du dit
es
monsieur saint Maurice et de ses benoistes
compaignons soubs la protection duquel
avons fondé lordre du Croissant. Nous a
icelle église pour icelle décorer avons donné
et octroie, donnons et octroions par ces pré-
sentes les aournements d'unechappelle toute
batue à broderie d'or contenant cinq pièces,
c'est assavoir chasuble, tunicque, dalma-
ticque, chappe et ung parement dautel hy-
storiés de la Passion Notre Seigneur. Et
avons voulu et voulons que des à présent
comme pour lors notre deces advenu ladite
église et les supposés d'icelle puissent joir et
user de notre présent don et octroie et eulx
servir d'iceulx aournements aux jours et
festes convenables et requis sans ce que
après notre deces il leur avoir autres
lettres de don des dicts aournemens que ces
présentes et sans que nos successeurs ou
aiant cause leur en puissent faire demande
I. Registres delà Fabrique, t. I, p. 72. Littera dona-
cionis pulcherrimx capelliu per Renatum regem SiciliK.
en question aucune le temps aucun. En re-
servant touttefois avons que tant que vi-
vrons nous nous en pourrons servir en notre
chappelle aux jours et festes que bon nous
semblera. En tesmoing de ce nous avons
signé et desputé et fait signer de lun de
nos secrétaires et apposer et placquer notre
scel de scrict. Donné en nostre chastel
d'Angiers le iiij jour de mars lan de grâce
mil rccc soixante et deux.
Tj, , Par le roy nions le marquis Dupont aisn(5, fils de
' monseigneur le duc de Calabre et de Loraine aisné
filz du dit S' Roy. Les comtes deWaudemont et de
Troye Jehan s'' de Beauveau, sen"' daniou Sallahdin
dangleure s' de Nogent le s' de Natelieure et plu-
[sieurs autres presens.
Nardiîau.
1467. — Pulckerrima cappella, data
ecclesiœ per serenissimiim doinimim nostrtim,
domiiium Renatum regem Iherusalem, Sici-
liœ et Ar agonis ducemque Andegaviœ, mira-
BiLi ARTiFicio contcxta, brodât a ad historiam
de vita Christi ab annonciatione dominica
risque ad resurrectionem Christi inclusive,
contincns cappain, iufulam, duas dalinaticas
et ununi parante ntum altaris de resnrrectione
Domini. {\^Vi grant chappelle, (\\i\ sert à Noël
— le grand parement, qui sert à Pâques
1561) [\?i grande chapelle, faite de broderie
à ymages fort précieuses et riches .... 1643.)
(Un autre parement, fait en Provence,
comme le reste de la chapelle, fut donné
quelques années après. Item unum aliud
paramentum de passione Domini 1505.)
(Le grand parement du devant d'autel, qui
sert à Noël, 1561.) (Deux beaux et riches
parements, faits de broderie à ymages, fort
précieuses et d'une même façon, 1643.)
Item une estole et un fanon de drap d'or
changeant, cjui ne sont apariés, faits à
broderie et personnages et servent à la grant
chapelle, 1595.
Pierre du I '/liant, peintre du roi de
Sicile, broda ces belles pièces; son héritière
ISroDcrics et tissus, conserves autccfois à la catbcDrale D'3ngcrs.
//
reçut en 1478 à titre de reliquat de compte
la somme de 4782 florins, 8 gros (').
René écrivit au chapitre le 15 nov. 1479
pour le prier d'envoyer chercher un second
parement d'autel, du même travail... «...
Avons fait continuer depuis notre partcmcnt
de notre ville d'Angers le parement d'autel,
selon l'ouvrage des orfrois des chappcs,
chasubles et autres ornements que pieçà
donnâmes en la dite église, tellement que de
présent est du tout parfait et achevé. Veuillez
envoyer aticuns de vos confrères et concha-
noines pour recevoir le dit parement, que leur
ferons bailler. — Arles, /j nov, I4jg » (^).
Cette chapelle était fort estimée en 1533.
— Art. 276. Item la grant chapelle, qui est
une chappc, chasuble, pour diacre et sous-
diacre, toute d'or fn nué tant du long, qtie
du travers, que l'on estime lx mil escus,
pourra cotister à réparer jj escus if).
La grande broderie dont Lehoreau parle
avec admiration dans son Cérémonial, était
estimée de son temps 40,000 escus (■*) ; elle
ne servait que le jour de Noël, de Pâques
et de la Fête-Dieu. Le rèoflement de la
sacristie de 1757 dit qu'on ne la prenait
plus le jour du Sacre, crainte de la poussière,
dont l'ég^lise était remplie. Les parements
d'autel ornaient le reposoirdu Jeudi Saint :
l'un d'eux fut restauré et monté sur une
carrée de tringles en i 764 (-). La chasuble
fut raccourcie en 1763 (°).
A la fin du règlement de 1 757 on lit parmi
les observations faites aux sacristains celle-
1. Revue des questions historiques, 1874, p. 164. Extrait
des Archives des Bouches-du-Rhône, B. 273, f" igo.
2. Buil. inonum. de P Anjou, ii>57, p. 88.
3. Arch. di'p., sdrie G. 264, art. 276.
4. B. E. C('réinonial As Lehoreau, t. V, p. 14.
•i.ArLh.dc'p.,icnc G. 83 5, comptes de Fabrique 1764a 1765.
Alademoiselle Lochard, tapissière pour avoir raccommodé
le devant d'autel, pareil au magnifique ornement de la
grande broderie, lequel sert présentement au reposoir du
jeudi saint ... 48 livres.
6. .4>xh.di'p.,iûv\c G. 835., comptes de Fabrique de 1762
à 1763. Pour avoir fait raccourcir la cliasuble de la grande
broderie, relever et appliquer le galon en broderie, qui en
fait la bordure, 6 livres.
ci : « On ne peut trop engager les sacristains
d'avoir un soin partictilier des ornements,
surtout de L.\ gr.\nde broderie, qïd est le
plus bel ornement de France, de le couvrir
toujours avec des chappes doublées de soie et
jamais autrement ...» (').
L'unanimité des éloges, donnés par tant
de témoins vivant à une époque où le style
gothique était pourtant bien dédaigné, est
curieuse à constater.Ce magnifique ornement
fut dépecé et brûlé à la Révolution (■).
— Sccunda pulchra cappella panni atiri
preciosissimi figurati, continens cappam, in-
fulam, duas dalmaticas cum aurifragiis ad
historiam de passione Domini fesu-Christi
beatique Maitricii et sociorum ejus, data per
dictum regem. — Très pecice panni auri
cramoisy, gai lice, semmatœfloi-ibus cardonum
et cum scuczonibus ad arma domini Renati,
régis Siciliœ ad parandum majus altare de
longitudine dicti al taris et latent m, datœ
per dictum Regem et sunt de panno ditissimo
et sei'viunt in majoribus festis. Item duce
pecice paramentoru7n panni aitrei seminati
foliis aureis, co7iti/ientes qucelibet pecia très
alnas vel circa et pomtntur de longitudine
dicti alla ris. Item unum paramentum altaris
m iina pecia de velosio rttbeo, in quo est
coronatio beatœ Marice, continens tredecini
ymagincs de broderia. (Le grand parement
de drap d'or rouge, qui sert aux festes
solennelles comme Noël, la Saint- Maurice
1Ô43). Quatuor auricularia panni aurei
cramoisy, seminati foliis cardonum, cum
quatuor houpis de simili paramento. (La
CH.VPELLE JOYEUSE I 56 I -I 643.) (5).
1. Musée de l'Évêché.
2. Arch. dép.
3. Arch. déplient G., N. 267, art. 267 et 27S.— Item une
chappe d'or frisé, qu'on appelle la Joyeuse, à orfroi, qui
fort endommagée, pourra coûter à réparer la somme de
50 escus. Item la chasuble et deux dalmoircs de la dite
chapelle, tant pour les orfrois, que drap d'or fin, pourra
coûter à réparer la somme de 60 escus.
B. M., ms. 658, p. 28S. Entrée de M«'' Henri Arnaud. On
lui présente sous le porche une chape, appelée lay<»)v«Jt'.
178
iR c U u c D c r 3 r t c I) v c t i c n .
— Tcrtia pulchra capclla panni aiiiri
de velosio nigro super velosiiini, ciun foliis
cardomim et arboribits, dcserviens m com-
vicmorationc viorluoj-uin, coutinens cappani,
infulam, duas dalmaticas anii mirifragiis
ad hisioriat}! If cm qiiinque peciœ paniît
aurei de velosio iiigro super velosiuiu, sc-
minatœ foliis cardonum, quartirn ducv su7it
pro tabula altaris, tam snperiori quam
inferiori, et 7ina illaniui, qucc est bor-
data continet très alnas cuni tcrtia parte
alnce. Altéra, qua non est bordât a, continet
très alnas cuvi diviidio quartcrio. Tertia
magna petia, quœ ponitur super altarc juxta
capsani, continet quinque alnas citni uno tertio
et est bordata de velosio in parte snperiori
duntaxat. Dtiœ aller peciœ pro latcribus
altaris, continentes qucrlibet très alnas cuvi
diniidio quarterio et snnt bordatcc de velosio
ab utraque parte, fiicrnntquc dater pcr dictitni
doniinmn Renatuni, regeni Siciliœ cuni cap-
pella similis panni. Item quatuor carelli de
panno aurco nigro valde pretioso super velo-
siuin et serviuntin crastinoomniitm sanctornni
et snnt vacua. — L'inventaire de 1 505 dit, en
parlant de cette chapelle : ad historiam de
passione Domini ; d'autre part, d'après un
compte de fabrique de 1464 à 1465 il
paraît évident que les orfrois de la chapelle
rouge furent placés sur celle de velours noir.
(La grant chapelle des trépassés 1561.)
(Une belle chapelle de drap d'or sur velours
noir frisé 1643.)
— Item alla capclla panni aurei, miinita
aurifragiis, ad arma ducis Britannice, conti-
jiens duas c appas, consimiles, infulam, duas
dalmaticas cum stollis et manipulis. (La
chapelle des Grandes-Bretaignes et les deux
chappes de mesme, 1561-1643.) (').
— Item altéra cappella de panno série eo,
1. Ibid., art. 283. Item la chasuble et deux dalmoires
de drap d'or fin frizé sur velours cramoisy et orfrois d'or tin,
aux armoiries de Bretagne, pourront coijter à réparer la
somme de 60 escus.
seminato foliis aitrcis, coutinens infulam,
dalmaticas cum unastola et uno manipulo, et
in infula sola snnt arma deffunctcc RIaricc
regincc Sicilicc. (... de purpura seu velosio
rubeo, seminata foliis quercuum aureis ...
1539.) {^La chappelle des feilles de chcsne
I 561- 1643.)
— Item una altéra cappella de velosio
violeto, qucc fuit facta de tunicâ defnnctce
Ysabcllis, regincc Siciliœ, cum aurifragiis,
sine cat>pa. (Capella purpura velousio rubeo
sive violeto figurato... la chappelle qui sert
aux festes des Appostres et dymanches
1561) (de velours rouge, tirant sur couleur
de pourpre 1643).
— ■ Capellœ communes. — Item tma alla
cappella antiqua, de panno serico albo figurato
avibus cum capitibus aureis et oculis 7iigris
et in ejus aurifragiis suiit duo scuzoni pluries
facti : continet très cappas vctustate consump-
tas cum infula, dalmaticis, una stolla et uno
manipulo. (La chapelle blanche, nommée
les yeux noirs 1595.)
— Item una alla cappella cum infula
panni serici et dalmaticis de bombace, gallice
fustaine, multum consumpta cum stollis et
manipulis, dcserviens die lunœ et die mercurii
in missis beatœ Mariée. (1505.)
— Item una cappella de satino rubeo
piano, quœ servit quotidie in diebus feriatis
et caret stollis et manipulis. (1595.)
— Item una alla cappella de damasto
viridi per dominum Fournicr, canonicum
ad missas bcatoritm Sebastiani et Serenedi
duntaxat, deserviendum, ad dicti Fournicr
arma, Icgata. ([643.)
— Cappellce pro mortuis. — Item una
cappella nigra de ostade gallice, qucc deservit
quotidie in missa anniversariorum.
— Item très aliœ infulce, quarum duœ
sunt de tiercelino albo figurato ad ymagincs
et angelos cum duobus stollis et duobus
manipulis de pari panno : altéra pro subdya-
15voDei'ics et tissus, conserves autrefois à la catfjciiralc D'Angers. 179
cono de panno damasceno albo, sine maniptdo
et serviiint die un s doniinicis Kadragesiiiue.
(1505.) Item zimun parameuttini majoris
altaris iii ditabns peciis de tiercelino, depicto
ymaginibiis pro teinpore Kadragesinicc.
— /te/u uiia cappella, ex panno albo
deaiirato cuiu dalniaticis, stollis et manipnlis
data per depfnnctnni doniinnin de Rely, cpi-
scopnin Andegavenseni. (1498.) — Item tria
paramenta ad deserviendnin majori altai'i,
munita circnniqnaque velosio violato, data
ecclesiœ per bonœ meviorice dcfnnctjini doini-
nnm de Rely. (Le grant parement de drap
d'or blanc, pour les festes de Notre-Dame,
my-août et autres, 1643.)
1505. — Item una capella alba, ex satino
albo, einn anrifragiis veluti violet i, continens
infulam et dalmatieas. (1539.)
— Item capella cnm dalmaticis de velnto
nigro. (1525.)
1525. — Item nna capella panui dama-
sceni cendrati continens in/nlam, dnas dal-
viaticas cnm anrifragiis de tajjetazio rîtbeo
cnm Jloribns albis et viridibns. Capella pro
mortnis. (La chapelle Cendrée, 1561.)
1539. — Item iina alla capella pan ni
aurei rasi viridis coloris, continens in/nlam,
duas dalmatieas, dnas stolas et très manip7ilos,
data per de/jnnctnm boiuc memorice Reve-
rendissimnm in Ckristo patrem et domintim,
domimim Franciscnm de Rohan, qnondam
ai'c/iiepiscopnm et comitem Lugdîinenseni
et episcopnm Andegavensem, Andegavinm
filium domini Pétri de Rohan Francicr
marescali, cnm viveret, ad eornm arma
insignita. (La chapelle, qui sert à la Saint-
Martin et à Saint-Jean-Baptiste, 1561.)
(La chapelle de Monseigneur de Lyon,évesqne
d'Angers, lô-fji)
— Item nna capella de velozio violeto,
qnam Jecit eomponere dominas Fahic (/jjy),
expensis Jabriccc. Est intégra. (La chapelle
de velours violet, qui sert aux festes des
confesseurs a trois chapes doubles 1561.)
— • Loco triiini veternm caparnm pamii
OSTADI-; nigri, pro dejfunctis, fnernnt factce
très alice capce cnm casnlâ et ditobas dalmati-
cis, munîtes aurifragiis futani violet i. (ijôi.)
Similiter fnerjint loco veternm casulce et
dalmaticarnm damasci nigri confectee aliœ et
positce aurifragiœ veternm, qnia consumptœ.
1595. — Item nna- capella de velozio
viollato, nova, fulcita casula, dnabus dalma-
ticis, capa duabns stollis et tribus manipnlis
eju,sdem panni {^16^/).
ISQ*^' — Item une chapelle de velours
ronge incarnat, garnie d'une chasuble, deux
dalmatiques, une estolle et deux fanons, nom-
mée la chapelle ad Arma Sancti illauritii.
(On y ajoute deux chapes de velours rouge,
dont les orfrois sont faits à figures, de fil
d'or 1606) (et au chapperon y a un nom de
Jiisus et des fleurs de lis, 1643). {-^ cette
chapelle on joint encore deux autres chapes
de v^elours rouge, dont l'une est brodée de
jaune en bas et deux escuçons aux chappe-
rons, 1643.)
— Item une autre chapelle de velours noir,
garnie d'une chasuble, de deux dalmatiques,
dont les orfrois sont de toille d'aigetit rayée
de noir, deux belles étoiles et trois fanons
de mes me velours, garny de franges au bout
et y a ti'ois croix de passement d'or. — ■ Item
deux chappes de vellours noir,garnyes de taille
d'or rayées de noir, comme la chapelle précé-
dente. — Item une belle et oie de vellours noir,
bordée aux deux côtés de passement d'or et
garnie de trois croix de mesme passement
dor, scavoir au milieu et aux: deux bouts.
— Item trois pièces de parement, dont y a
une de satin et les deux aultres de taffetas, le
tout orange, qui servent à parer le dit autel
au temps des advents avec trois chasubles et
une chape, pour servir aux prêtre, soiibs chan-
tre, diacre et sous diacre.
i8o
IRcuuc De l'art cïjtcticn.
1599- — • Jtcui une chapelle de drap d'or
blanc, garnie d'une chappe, d'tme chasuble,
deux dalinatiqncs, deux étoiles, trois fanons,
donnée par monsieiir de Beaulieu Ruzé
(évêque d'Angers, i^'èy), secrétaire d État
et y sont les armes de roy Henri quatriesnie
(trois) et celles du dit sieur de Beaulieu
(garnie de trois chappes, faites du parement
d'autel de toille d'argent battue d'or, es
quels sont les armes de France et de Po-
loigne et du dit deffunt sieur Ruzé évesque
et de deux carreaux de toille d'argent battue
d'or, donnéspar ledit sieur Beaulieu Ruzé).
(Nommées les Rîcsées, 1643.)
1 643. Une chapelle de velours violet, garnie
de leurs étoiles et fanons avec l'écharpe, garnie
de clinquant d' argent, qui sert aux diman-
ches de r Avcnt et du Caresme avec une
chappe de velours tanné brun, aussi garnie
de clinquant d'argent.
— Item une chapelle de satin violet, conte-
nant une chasuble, deux dalmatiques, deux
étoiles et trois fanons, oîi sont les armes de
feu M. Fouquet, vivant évêque [1616-1621)
garnie de clinquant d'argent, qui sert les jours
de Pâques fleuries, vendredy et saniedy saint.
— Item une chapelle de damas rouge, où
sont aussi les armes dîidit seigneur évêque,
garnie de deux dalmatiques, étoiles et fanons.
— Item tine chapelle de tabis violet à fleurs,
oii sont pareillement les armes dudit seigneur,
garnie de deux dalmatiques, étoiles et fanons,
qui sert aux vigiles.
— Item une chapelle de damas vert, oii
sont aicssi les armes du dit seignejw, garnie
comme dessus, qui sert aux dimanches pcr
annum.
— Itein une vieille chapelle de damas
violet contenant la chasuble, deux dalmatiqties
(mises pour chasubles) coupées par le devant
avec es toiles et fanons avec le parement du
grand autel de même, qtci sert à lavetit et
au caresme.
ii. les pièces séparées : inful.^, dal-
matic^ particulares, capp^, stoll^
et manipulli, burs^ et corporalia,
colleria, poignalia et paramenta
albarum, alb.<e serice^e, map^c serl-
ce^e, et paramenta maparum.
Inful.ï;.
1297. — Item quatuor dcccm in fui as bonas
et pulc liras pro festivitatibus.
On en retrouve douze dans l'inventaire
de 1391 :
Duœ sunt antiquse et multum devastatse.
Tertia, quarta de samicto rubei coloris in
competenti statu.
Ouinta de samicto rubei coloris in com-
petenti statu.
Sexta de panno mixto auri cum orfrasiis
aureis satis antiquis et indiget reparatione.
Septima de samicto adurato cum leopar-
dibus aureis, dupplicata de rubeo in bono
statu. (... persei obscuri de satino cum
leopardibus, croissans et soleils gallice, ad
legendum lectiones in vigiliis PaschEC et
Penthecostes 1539). (Item six chasubles
anciennes à dire les prophéties la cin-
quième de taffetas renforcé avec orfroys à
personnaiges, semée de lyons, de croissans
et soleils, doublée de taffetas rouge, 1643.)
Le dessin de cette chasuble fut fait en
1725 par les soins de Pocquet de Livon-
nière pour dom Montfaucon ('). Il existe
I. Bibl. Nat., ms. 11, 918, f' 156.
Mon très reucrend l'ère.
Je vous ay fait long-tems attendre peu de choses, cest
plus la faute des dessinateurs que la mienne il y a deux
mois qu'un sculpteur me fait espérer un beau dessein de
la Chasuble non acheuee de saint Loup notre trentqua-
triù'me. Eueque que le chapitre de saint Martin conserue
aussi preticusement que ses reliques ;
Voicy celles de la Cathédrale, M. l'abbd de la Chali-
niere, chanoine et professeur de Thie a pris les mesures
au juste en ma présence ayant tout fait transporter chez
luy. L'échelle est la réduction ordinaire des pieds en
pouces et des pouces en lignes. Il a tracé la Chasube .
(sic) violette le reste et l'aube pour la rouge et celle de
Damas cest on orfeure qu'il y a employé trois jours, il y a
dans les pièces du bas de laube des choses qui ne sont
T5roDcric,3 et tissus, conscrucs autrefois à la cathcûrale O'angccs. 18 1
encore avec quelques autres que je donnerai
plus loin, à la Bibliothèque Nationale, où je
l'ai fait copier, d'après l'indication de Mon-
sieur de Linas.
Si on compare cette esquisse, quelque
grossièrement tracée qu'elle soit, avec le
manteau d'Othon 1\", donné (pi. X, fig. 13)
pas acheuées, votregraueur les suppleraet rectifira le tout.
Le jeudy saint les fêtes de saint .Marie, saint Maurille
et saint André les ciirds de la ville qu'on apelle Cardi-
dans le magnifique ouvrage de l'abbé Bock
intitulé: Kleinodicn des heil. Roiiiischen...
on est frappé de la ressemblance de ces
deux pièces. On les dirait sorties du même
atelier. La couleur, la disposition du semé
de léopards, de croissants et
de soleils, les rinceaux, tous
les détails offrent une analogie
frappante.
Octava de samicto crocci
coloris... Voir aux chapelles
complètes.
Nona operata de Horibtis
iliorum et avium in statu
competenti.
Décima de samicto viridi ...
Voir aux chapelles complètes.
Undecima de panno albo
serico dyaprato ... idem.
Duodecima de samicto albo
satis antiqua, in pluribus locis
perforata, cujus dupplicatura
est totaliter inutilis.
— Itou ocio a lias qiiotidia-
nas, coniputata illa sancti
Rexati. (Alia; vero septem
sunt antiqua; minoris valoris
Ï391O (Quinque fuerunt po-
sitae in reparatione alioruni
vestimentorum, duai rémanent
nullius valoris 1418.)
1 39 1 . Item octo alice iiifulce,
qiiarnin uiia est nova, de panno
serico diversonun colormn et
diipplicata de serico viridi.
1 42 1 . Après la mort de 1 evê-
que Hardouin de Bueil, on
remit plusieurs chasubles au
chapitre :
— Item uiia infiila siiiiplex coloris aiirei
figurata.
naux ainsi qu'a Sens et autres anciennes Cathédrales
asistent en Chasuble rouge l'officiant.
Il y a beaucop d'autres particularités dans notre Église
l82
iRcuiic Dc rart cJjrctien.
— Item 7ina alia iiifula picta albi coloris
cum stolla et alba.
1467. Itou est de panno aureo legato
ecclesùc per defiinctnm inagistrum fohannein
de la Jumelière ad faciendani unani infulani
et est valde preciosa. Modo facta est dicta
iiifula ciuit pulchris aiirifragiis ad arvia
dicti de la Jiimelicre. (Item una infula de
panno aureo violato precioso... 1505.)
(CommoJata fuit domino du Mas decano
(1535) per capitulum ; loco illius dédit aliam
capam panni velosii aurei, 1539.)
— Item una iiifitla sola, qiice servit in capel-
la crnciata de parte palacii, Jibi est sepultnra
defuncti fohannis Michaelis.(\ nfula delaniata
et in reparatione aliarum commissa, 1595.)
que je ne vous détaille pas parce quelles regardent plus
les ritualistes que les antiquaires, si cependent vous le
desirez, je vous le marquerez en vous enuoyant la Chasu-
ble de saint Loup. Nous auons aussi celle de saint Lezin
quinzième Eueque d'Anger dans l'Eglise collégiale de
Saint-Jean-Baptiste quil a bâtie; elle ne diffère gueres de
celle de saint Loup.
Je n'ay pu mettre la main sur la dissertation sur le
canon de nostre concile de Tours.
Jay été tenté de vous enuoyer le dessin de plusieurs
Tombeaux dune seule Pierre qui sont dans deu.\ criptes
sousterraines de la collégiale de saint Maurille où l'on
voit àcs prochrisio, mais on ignore qui sont ceu.x qui y
sont inhumés, cela donneroit peu de lumières.
Je vous enuoye l'Estampe du fameux Ulger notre
45'= Eueque, à cause de la singularité de sa mitre. Depuis
je la viens de.xaminer je l'ay trouuee mal faitte, je la feray
tirer dapres son portrait en email qui est dans la Cathé-
drale.
Je souhailterois mon reuerend Père vous fournir quelque
chose de plus. Je croy que c'est une des loix de la rep.
des lettres daider les citoyens. Si on l'obseruoit exacte-
ment les ouurages des scauans seroient dans leur perfec-
tion du moins a la IP" édition pour moy qui ne mérite pas
detre architecte je veux du moins être manoeuure et fournir
des matériaux a ceux qui les scauent si bien mettre en
œuure. Jay Ihonneur detre auec toutte sorte de respect
Mon Très reuerend Pcre
\'otre très humble et très obéissant seruitcur
C. G. POCQUET, p. fr. de d. f
A Angers, ce gnouembre 1725,
La suscription a été collée au fol. 162.
Au très Révérend Père
15
Le Révérend Père Uom Bernard de Montfaucon de
l'Acad. des belles lettres à Saint (Germain
A Paris.
— Itci/i nna infula mediocris z< a loris, quœ
servit ad altare beati Rcnati.
— Item una alia infida cum campoperseo,
tota seminata parvis pomis de pini et est
duplicata de serico croceo. [i^ç^.)
— Item una alia infula de serico rubeo et
est tota rubea. (/jpj.)
— Item îina alia infula viridis coloris de
OSTAUE galice. {iS95-)
1505. — Item nna infula c.s.meloti
pcrsci, seminata floribus lilii, in qua sunt
arma ducis Sabaudiœ.
— Item duo infulœ de satina rubco,
quarum nna deservire solebat ad altare
sancti JMauritii, alia ad altare beati Andrece,
nna sumptibus capituli, alia sumptibus régis
Sicilia.
Alia infula, data per dominant de la
Tremoulle ex satino rubeo, cum satis pul-
chris aurifragiis. {i^SJÇ-)
— Item una alia infula de satino cramoisy,
cum manipullo et stollâ, quam dédit deffunctus
Jo. de la Barre, thesaurarius hujus ecclesicc
(en 1490). (... furto .sublata per hugonistas,
sive hugunes, hugnes, huguenots, 1561.)
— ■ Item una alia infula de cameloto perseo,
cnm duabus stollis et duobus maniptilis ac
duobus 7crceolis stanni, data per deffunctum
Bcrtrandnin Noury, nunc deserviens altari
sancti Rcnati.
1599. Iton une chasuble des T repasses
d'ostade noire, à orfroys de satin de burge
bleu sans estollc ni fanon. [i6^j.)
— Item deux chasubles neuves de came-
lot de laine violet, garni de leuis cstolles et
fanons de mesme étoffe.
— Item deux chasubles, lune de serge de
soie rouge et l'autre de camelot rouge avec
fanons et es toile s. {iâ./j.)
1643. Item une chasuble de damas rotige,
dont la croix est de toille d'or, avec son cstolle
et fanon, des meubles de feu M. Bcaufils,
vivant chanoine. (/6jo.)
TBroDcrics et tissus, conserves autrefois à la catfjérjralc D'angcrs. 183
— Item nne autre chasuble de camelot rouge
à orfrois de masse avec son estollc et fanon.
On ne s'expliquerait pas le petit nombre
des chasubles séparées, inscrites dans les
anciens inventaires, si on ne se souvenait
qu'il y est seulement parlé de celles destinées
au i/rand autel et à deux ou trois autres
exceptionnellement. Des ornements spé-
ciaux étaient attachés à chaque autel et
donnés par les fondateurs de messes ou
anniversaires ; ce ne fut qu'au XVI 11'^ siè-
cle, qu'on transporta tous les ornements à
la sacristie, au grand mécontentement des
chapelains et autres officiers de l'église (').
Quatre des chasubles séparées servaient
I. B. E. Cérémonial de Lehoreau, t. I, p. 487.
simultanément aux prophéties ou aux le-
çons. <*; Tous ces habits de prophètes, ser-
vaient anciennement de chasubles, quoiqu'il
n')' ait point de croix par derrière, comme
sur celles d'à présent. (1699 à 1718) (').
1. Idem., Ibid. t. H, p. 68.
KKVUE DE I,'aKT CMKÉTIBN.
18S5. — î""-' LIVRAISON.
i84
IRctiuc Dc rart cïjtcticn.
Pocquet de Livonnière les fit dessiner en
1725 (')•
La première était violette d'une espèce de
tabis : j'en ai donné la reproduction précé-
demment.
La seconde était de damas rouge, à fleurs
d'or, avec orfrois à personnages : le dessin
fait voir qu'elle a été refaite, les orfrois obli-
ques présentant sur le devant des saints la
tête en bas, ont été évidemment empruntés
à une chape. (V. ci-contre, fig. i et 2).
La troisième était d'une espèce de moire
verte, garnie de galons d'or ; j'en donne
aussi le dessin. (Fig. 3 et4).
La quatrième est d'une espèce de damas
rouge, garni d'un galon de broderie d'or :
tout le contour était brodé du même
galon (=).
L'une d'elles, trop usée sans doute, fut
remplacée en 1 760 par une chasuble neuve,
1. Bibl. Jiat., ms. ii, 912, fol. 161, 160, 159.
2. Il y a encore dans l'cglise d'Angers, écrit Pocquet de
Livonnière, sur les marges des deux planches précédentes,
deux chasubles de la mcme façon, à la réserve des deux
bras de croix, qui ne s'y trouvent point. L'une est d'un
tissu d'or et l'autre est d'une espèce de damas rouge,
garni d'un galon de broderie d'or, comme celle-ci à la
réserve des deux bras de croix, qui ne s'y trouvent pas.
Tout le contour du bas est brodé du même galon. On se
sert de toutes ces chasubles le Samedi Saint pour les
prophéties.
faite à l'antique de moire violette, ornée
d'une broderie en argent pour le Vendredi
saint, payée 119 livres (').
A St-Maurice, les chasubles étaient si
amples, qu'elles avaient bien cinq pieds de
large et autant de long, n étant qtiuii peu
échaticrécs sitr les bras (■). La croi.x ne com-
mença à y figurer qu'au XVI 11^ siècle ou à
la fin du XVI Je. Auparavant les orfrois
étaient disposés, comme sur les anciennes,
que je reproduis ici.
D.\LM.\TIC.E PARTICULARES.
1297. Item viginti qniiiquc, ta»i daliiia-
ticas quam titnicas, coiinimiies. (... quarum
nonnulla; sunt delaniatae et quasi inutiles
1391.) Elles servaient au.\ diacres et aux
sous-diacres, portant les reliques ou les
te.xtes au.x stations et au.x processions.
(Item quindecim dalmaticai diversorum
colorum, pro dyaconis et subdyaconis reves-
titis in festis solemnibus ad ferendum reli-
quias et libros in processionibus (1467.)
(Inutiles, ideo non articulentur. 1539.)
L. DE Farcv.
(A suivre.)
1. Arc/i. lù'p., série G, S35, comptes de Fabrique de 1759
à 1760.
2. Voyage liturgique en France du sieur de Matiléon.
Paris, 1718, p. 79.
Httîue ht rHrt cDrtttcn.
Planche V.
Crucifix de la Cathédrale de Léon (face).
(Musée de Madrid).
/^^ i^i^^ j;i^i^iv^:^iih.i^^i^. i^^j^^ 'V^. -'Av -'A'^ J'Ni iA^ ^^/Al/Ai/Al /v^i^jv^i^ .^a. ^. i^ '^^ ^ ^^, /t^ p^. p^ p^j. ^ ^^ ^^
^t7*^/'iti^it7^'itiyi»^':it,^t/'^.-'iti*,t.'.t.-:,t.tiu''^^
^Si'^s^ Hnciens iboires jsrulptcs. im^^m^im
it7^t7^i7^t7*\t7^ti*^t?^7^^',i7S7^t7^;r^t7^*?^;7^*;
■>1 " '■ *^ * *P ' t^' * ■ ♦ ■ '' ■■ ♦.-^■t.' ' It/l*^' *•♦■■* '^tj _ 'iti' * ';J^ ", V»
^^^^^'^^^YWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWW^WW^ ^ T¥ ^
Ue criicifir De la catfjcDralc De Xlcow,
au musée De iliaDriD. -^----w— ^-------w.
I£ remarquable morceau, qui fait le
sujet du présent travail, est allé
du trésor de la cathédrale de Léon
dans les vitrines du musée de Ma-
drid, oii il repose à côté de trois autres objets
ayant la même provenance. J'ignore la date
et les circonstances d'une aliénation, soit
volontaire, soit forcée, dont nous avons au-
jourd'hui tant d'exemples.
Près de quinze ans se sont écoulés depuis
la publication de notre antique sculpture
espagnole dans les colonnes du Magasin
pittoresque. En novembre 1870, on ne son-
geait guère à l'archéologie, aussi n'accor-
da-t-on alors que peu d'attention à un monu-
ment qui en méritait davantage. L'exposer en
pleine lumière, le décrire avec les dévelop-
pements que n'admettait pas le Périodique
où il fut d'abord accueilli ; telle est la tâche
à remplir maintenant. Cette tâche, je n'au-
rais pu m'en acquitter à souhait sans l'obli-
geance de MM. les administrateurs du re-
cueil demi-séculaire qui m'en a fourni l'idée;
avec la meilleure grâce possible, ils ont mis
à ma disposition les deux magnifiques cli-
chés ci-joints, reproduction assurément très
fidèle de l'original, et qui, peut-être, auront
encore l'attrait d'une nouveauté pour beau-
coup de monde.
L'historien de Léon, Manuel Risco, men-
tionne des croix et des crucifix sur lesquels
j'aurai l'occasion de revenir, mais il n'en cite
aucun d'ivoire. A la fin du XYIII*^ siècle,
un voyageur anglais, Townsend, nous
apprend qu'il vit au trésor de la cathédrale,
où affluaient les pèlerins, plusieurs crucifix
célèbres par leur valeur métallique ou leur
caractère légendaire. L'éclat de l'orfèvrerie
frappa spécialement Townsend; les matières
moins brillantes l'arrêtèrent peu ou point (').
En l'absence de sources écrites, il faut bien
chercher ailleurs ; je demanderai donc à
l'objet lui-même les renseignements néces-
saires pour établir son origine.
Ouvrage à la fois de tabletterie et de
glyptique, notre crucifix se compose de trin-
gles assemblées au moyen de chevilles : la
figure du Christ est indépendante.
Essentiellement de type latin, la croix
n'offre aux extrémités que des appendices
rectilisfnes à chanfrein léofèrement accusé.
Le décor de la face est très complexe. Au
sommet, la colombe, image du Saint-Esprit,
flanquée de deux anges — • il en manque
un — descend sur une représentation du
Sauveur ressuscité. L'Homme-Dieu, im-
berbe, la tête ceinte du nimbe crucifère,
montre le ciel de la main gauche; sa droite
tient la férule sommée d'une croix pattée ;
un ample manteau flotte autour de son corps
nu. Immédiatement après, viennent trois
lignes d'inscription en manière de titu/its ;
IHC NAZA
RENVS REX
IVDEORU(m).
Des feuillages et des animaux occupent le
champ des branches horizontales et de la
hampe. Au bas de cette dernière, un hom-
me, entièrement nu et à l'attitude bizarre,
fait un violent effort pour regarder en haut.
I. Voyage en Esptuf/te, fait dans les années 1786 et 1787,
pur Jos. Townsend ; trad. de Fictet-Mallet, t. I, p. 314,
Paris, 1809. C\\.é, Magasin pittor., t. .\.\.\V1 II, p. 379.
HEVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 2""^ LIVRAISON.
i86
Betjue De l'3rt cbréticn.
Sous l'homme apparaît une légende votive :
FREDINANDVS REX
SANCIA REGINA.
Les bordures comportent une série de per-
sonnages et de monstres enchevêtrés, dont
l'explication sera tentée plus loin ; on y voit
aussi des tourteaux, des losanges, des écail-
les et des nattes tressées. Hormis les champs,
gravés en réserve sur fond guilloché, toute
l'ornementation est sculptée en bas-relief.
Le Christ en ronde-bosse, fixé à la croix
par quatre clous, est raide et lourd : bras à
peine relevés; pieds verticaux reposant sur
un sîippedaneum carré. La tête, inclinée à
droite, manque absolument de distinction :
gros yeux à prunelles de verre ('); barbe et
cheveux divisés en mèches parallèles, d'effet
singulièrement dur. Les moustaches retrous-
sées en croc rappellent un morceau d'or-
fèvrerie du XI'5 siècle, le buste de saint
Candide, à l'abbaye d'Agaune ('). Les détails
anatomiques du torse sont grossièrement
indiqués. I^ç. perizoniiim va de la taille aux
genoux; nœud élégant, plissage symétrique,
galon strié. Les mains et les pieds offrent
une velléité de recherche qui ne compense
pas la pauvreté des bras et des jambes. On
a rapporté, sur l'intersection des branches,
un cartouche cruciforme servant de nimbe
au Christ. Ce cartouche, guilloché et en-
cadré de moulures, s'accorde mal avec ses
voisins ; j'y soupçonnerais volontiers une
restauration déjà ancienne, qui le substitua au
nimbe circulaire primitif brisé par accident.
Plus riche encore que la face, mais moins
curieux au point de vue iconographique, le
revers est intégralement sculpté en bas-re-
1. On voit, au Musée de la Porte de Hal, à Bruxelles,
deux panneaux d'ivoire sculpté, provenant du Limbourg.
L'un représente le Christ foulant aux pieds l'aspic, le
basilic, le lion et le dragon ; l'autre, l'Annonciation et la
Visitation. Les yeux de toutes les figures sont en verre
bleu. Voy. Edm. Marchai, Mémoire sur la sculpture aux
Pays-Bas, p. xil.
2. Voy. Aubert, Trésor de Saint-Maurice d'Agaune,
pi. XXIII.
lief Au centre, l'Agneau divin, très mutilé;
en haut, l'aigle de saint Jean ; à droite, le
lion de saint Marc ; à gauche, le bœuf de
saint Luc; au bas, l'homme ailé de saint
Matthieu. Bordures et baguettes d'encadre-
ment : des demi-oves; une tresse ; un motif
courant, qui simule des feuilles indécises ou
une espèce de grecque rompue. Le décor des
champs, dont le thème général consiste en
rinceaux fleuronnés et animés, offre de ca-
pricieuses variantes. Tête : deux quadru-
pèdes fantastiques adossés ; entre eux un
mascaron tout classique. Croisillons : per-
sonnages dévorés par des monstres ; cen-
taure poursuivant deux hommes nus.
Hampe : un dragon, un hippocampe, un
griffon, un lion, accompagnés d'oiseaux, de
grappes de raisin et d'épis de maïs. Sans
être précisément créateur, l'ornemaniste
avait une imagination vive et une souplesse
de talent qui lui permirent d'enfanter un
petit chef-d'œuvre. La statuette du Christ
amputée de la main droite, des angles écor-
nés, des cassures, des parties frustes, une
énorme lézarde, prouvent que l'on respecta
fort peu ce chef-d'œuvre ; et pourtant, à
défaut d'autres raisons, l'illustration de ses
donateurs aurait dû le sauvegarder.
Ferdinand de Navarre, fils de Sanche le
Grand, épousa en 1032 Sancha, sœur et hé-
ritière présomptive de Bermudo III, roi de
Léon. Bermudo, ayant été tué à la bataille de
Tamaron, en 1037, Ferdinand, déjà investi
du comté de Castille,prit, non sans quelques
difficultés, possession des états de son beau-
frère, et il fut, avec Sancha, couronné par
l'évêque .Servando, le 22 juin de la même an-
née. Devenu ainsi roi de Castille et de Léon,
Ferdinand, d'abord antipathique à ses nou-
veaux sujets, s'attira bientôt leur affection ;
il mourut le 27 décembre 1065 à Léon;
sa femme le suivit dans la tombe en 1067 (').
I. Manuel Risco, lUstoria de Léon, p. 25, 28, 30,277.
Hetjue De l'Hrt ct)retun.
Planche VI.
Crucifix de la Cathédrale de Léon (revers).
(Musée de Madrid).
anciens itioires sculptés.
187
La date de notre ex-voto flotte donc entre
1037 et 1065. On sait que Ferdinand et
Sancha reconstruisirent en 1060 l'église du
monastère de Saint-Jean-Baptiste, qui prit
alors le nom de Saint-Isidore. La dépouille
mortelle du grand docteur espagnol y fut
apportée de Séville en décembre 1063, et des
fêtes solennelles signalèrent cette translation.
Au même temps que le corps saint arrivait
à Léon, le roi maure de Séville, Ben Hamet,
adressait à Ferdinand et à Sancha une
foule de riches présents qu'ils appliquèrent
à la décoration des nombreuses reliques et
du mobilier du nouveau sanctuaire. Risco
cite un précieux coffret d'ivoire garni d'or,
destiné à un fragment de la mâchoire du
Précurseur ; Yepes énumère les retables,
couronnes, calices, croix, etc., d'or constellé
de pierreries, témoignages éclatants de la
piété des souverains léonais envers l'illustre
patron donné à leur capitale. Vers 1073, la
cathédrale reçut de l'évêque Pelage une
croix magnifique, crnz admirable, obtenue
grâce au généreux concours de la dame de
Zamora, Urraca, fille de Ferdinand et sœur
d'Alphonse VI; le détail suivant est plus pré-
cis. « Dans le sacrarimn particulier (caina-
riii) du maître-autel de Saint- Isidore, écrit
Manuel Risco, se trouvent encore beaucoup
de choses très remarquables. On distingue
parmi elles une grande image du Christ
crucifié, don de l'infante Urraca J'ai
examiné cette image avec beaucoup de soin,
et j'en possède une copie conforme à l'ori-
ginal Le Christ a, comme ceux de
Lucques, de Charlemagne et autres de
grande antiquité, les genoux tendus et les
pieds séparés sous les pieds on lit le mot
MISERICORDIA, puis : VRRACA
FREDINANUI REGIS ET SANCIE
REGINE FI LIA. Au bas de la croix,
l'infante est représentée à genoux, les mains
jointes, élevées et tendues ; elle est désignée
par son nom tracé au-dessus de la tête du
personnage ('). »
L'heure du couronnement eût été certes
bien choisie pour des offrandes à la cathé-
drale, mais les circonstances d'alors ne se
prêtaient pas beaucoup aux largesses ; à
peine sortis d'une véritable guerre civile,
Ferdinand et Sancha manquaient à coup
sûr d'argent. Le moment devint plus favo-
rable en 1063, quand les deux souverains,
solidement affermis sur leur trône, impo-
saient des tributs aux princes musulmans
de l'Andalousie. Parmi les dons de Ben
Hamet, l'ivoire africain tenait sa place ; en
outre, sous le laconisme de Manuel Risco,
perce une frappante analogie entre le crucifix
d' Urraca et celui dont nous nous occupons:
quoique faits de matières différentes, ils
procèdent évidemment d'un même modèle.
Or,les anciens types artistiques, en Espagne,
varient selon les provinces, où leur durée
est souvent éphémère ; modifiés qu'ils sont
bientôt, soit par une influence extérieure,
soit par les formules neuves d'un génie
local. Ces considérations réunies m'engagent
à attribuer notre monument aux dernières
années du règne de Ferdinand plutôt qu'aux
premières. En dotant Saint-Isidore, où il de-
vait être inhumé, le couple royal ne pouvait
oublier la cathédrale où on l'avait couronné;
refuser à celle-ci une part quelconque des
trésors de Ben Hamet, eût été un déni de
justice incompatible avec le noble caractère
des personnages. Le cas échéant, une créa-
tion récente aurait inspiré le sculpteur
d'Urraca, à moins, ce qui ne serait pas trop
invraisemblable, que les maquettes des deux
crucifix ne fussent sorties de la même main.
Après avoir résumé dans une page
éloquente la part que les maîtres byzantins
I. IgUsia de Léon, p. 146 et 147. Pour les détails qui
précèdent, Voy. Hisl. de Léon, p. 32 et 33; Fi^lesiii de Léon,
p. 53 et 1 46; Yepes, Cronica de la Orden de Sun Beni/o,t. VI,
Appeiid., fol. 40 1, Ch. Je L'ma.s, Orfùvrerie méroving.,^.(i<).
i88
îRctiue tJC r^rt chrétien
prirent à l'éclosion de l'art arabe en Syrie, 1
M. Ch. Bayet continue ainsi : « A l'autre
extrémité du monde musulman, en Espagne,
il en est de même. Ceux qui ont écrit
l'histoire de l'art arabe dans ces contrées, y
distinguent une première période qu'ils
appellent byzantine et qui s'étend jusque
vers la fin du X^ siècle. Entre les califes de
Cordoue et les empereurs deConstantinople,
les relations sont continues : les savants, les
artistes grecs accourent en Espagne ('). »
De son côté, Don José Amador de Los
Rios, a exposé, dans un savant mémoire,
l'action d'un double courant latin et grec
sur l'art espagnol pendant la période
wisigothe ('). Mais le conflit de ces élé-
ments étrangers amena la formation d'écoles
nationales, où on trouve vers le XI« siècle,
les noms des statuaires castillans, Aparicio
et Rodolfo (j); ni latin, ni wisigoth, ni byzan-
tin, ni moresque, bien qu'il emprunte à tous
quelque chose, le crucifix de Léon est pure-
ment espagnol: nous allons nous en assurer.
En éliminant les bordures des croisillons,
historiées de fantaisies qui complètent le
décor sans rien ajouter au thème, et en
raccordant les encadrements verticaux inter-
rompus, on apercevra que ces derniers
renferment une scène continue, développée
sur les deux montants. A droite du Christ
ressuscité, l'ange, voisin de la colombe, est
penché vers la terre et tend une main
secourable à un personnage nu qui atteint
le ciel ; immédiatement après, une lutte
d'hommes et d'animaux, brisée en partie
mais laissant voir un bras levé en l'air. Plus
loin, sur la hampe : deux figures humaines
au mouvement ascensionnel ; un ange
debout, armé de la férule crucifère, accueil-
lant deux suppliants ; enfin un couple
1. L'iiri byzantin, p. 288 et 2S9.
2. El arte la/ino-byzan/ino en Espanu, in-4", Madrid,
1861.
3. Mag.pittor., loc. cit.
d'esprits célestes, au vol, repoussant des
groupes précipités la tête en bas ("). L'ange
du sommet, à gauche, hélas ! disparu, était-il
symétrique à son correspondant? Cela n'est
pas impossible, quoique le sujet y prête
moins. D'abord un mélange de douleur et
d'espérance avec intervention de monstres,
puis une énergique tentative d'escalade.
Là grouillent des êtres nus dont Michel-
Ange n'eût pas désavoué les hardiesses ; ils
s'enchevêtrent, grimpant les uns sur les
autres, ou même recourant aux échelles.
Quelle scène religieuse voulut repré-
senter l'artiste } Le Jugement dernier ?
Mais ici le Christ n'a pas l'attitude sévère
du juge qui absout et condamne sans appel ;
il intercède en faveur du genre humain
racheté sur la croix. A mon avis, cette com-
position étrange figurerait le Purgatoire,
d'où, le premier, sort Adam, l'homme courbé,
à sa place traditionnelle, aux pieds du cru-
cifix. Les ministres du Très-Haut délivrent
les âmes qui ont fini leur temps d'expiation,
et ils rejettent dans l'abîme celles qui ont
encore à y endurer des souffrances provi-
soires avant d'obtenir le bonheur éternel.
Les démons, sous une forme monstrueuse,
s'opposent de tout leur pouvoir aux efforts
des âmes en peine, et le poste assigné aux
esprits du mal indique qu'ils veulent barrer
l'entrée du ciel. La croyance au Purgatoire
est aussi vieille que l'Eglise, puisque le
Canon de la Messe contient une prière spé-
ciale pour les fidèles défunts ; mais l'anti-
quité ne nous révèle cette croyance que par
les textes et les inscriptions. Aucune trace
directe n'en existe sur les monuments
fio-urés primitifs, à moins qu'on ne la trouve
dans l'Habacuc apportant des aliments à
Daniel prisonnier au milieu des lions, allé-
gorie fréquente aux Catacombes et inter-
I. Les ailes sont mal indiquées sur la gravure, mais
on les devine sans peine.
anciens iuoircs sculptes.
189
prêtée de plusieurs manières. On pourra con-
tester mon explication, voir des emblèmes là
où je découvre une scène réaliste ; un fait
que l'on ne contestera pas, c'est la puissante
originalité du maître : n'importe le but qu'il
a visé, il la atteint en restant lui-même, et
sans, que je sache, avoir imité personne.
Les champs des croisillons donnent une
autre note; leurs gravures copient vraisem-
blablement une étoffe musulmane, peut-être
un tissu moresque d'Almeria ou de Malaga.
J'ai signalé le dessin incorrect du grand
Christ en ronde-bosse ; on n'y trouve rien
de la perfection anatomique des crucifix
byzantins et carolingiens, ni de l'expression
religieuse de leurs têtes. Byzantins comme
Carolingiens poursuivaient un type idéal
dont les écoles de l'Occident s'écartèrent
plus tard. Résolument entré dans la voie
naturaliste, l'art chrétien français, au
XII' siècle, s'inspira du modèle vivant.
Exemples : un Christ bourguignon, à M.
Courajod ; un Christ manceau, à M. L. de
Farcy ; une Vierge, à Beaulieu (Corrèze) ;
une Vierge normande, à M. l'abbé Porée (').
Les physionomies de ces quatre sculptures
sont empreintes chacune du caractère indi-
gène,bourguignon, manceau, auvergnat, nor-
mand. Les maîtres léonais ou castillans
n'auraient-ils pas devancé leurs confrères
transpyrénéens, et dès le Xl"= siècle, cédé
aux entraînements du réalisme ? Vetton,
cantabre, wisigoth, notre Christ doit repro-
duire, sous une forme individuelle ou collec-
tive les principaux traits d'une race locale :
I. Le Christ de M. Courajod a été publié dans la
Gazette archéoL; la Vierge de Beaulieu, par M. Ernest
Rupin, dans le Bulletin du comité des travaux Instar.
Les deux autres figures auront leur tour. Les tendances
naturalistes du XII' siècle se font sentir ailleurs qu'en
France. A Innichen (Tyrol), existe un Christ en bois
sculpté, analogue à notre figure espagnole ; mais les têtes
diftôrcnt complètement. Avec son visage allongé, sa lèvre
inférieure saillante, son manque de moustaches, son collier
de barbe, le Christ d'innichen représente au vif un
habitant du pays. \ aytiMitthcilun^^en derK.K. Central-
Coiiiiiiissioii, t. XXIV, pi. à la p. LXXIX ; Vienne, 1S79.
un fait significatif vient appuyer mon asser-
tion. Le Sacranientairc de Roda, manuscrit
catalan exécuté au dernier quart duXI'siècle,
renferme un crucifix où personnage et
accessoires offrent l'imitation, grossière il est
vrai, mais précise, des belles miniatures
franco-irlandaises du IX° ('). Donc, quand
Crucifix peint dans le Sacraiitcntaîrc de Roda.
(D'après \ Espaiïa sagrada.)
l'art, en Catalogne, était encore soumis aux
influences venues de par delà les monts, la
plastique castillano-léonaise, au rebours,
manifestait déjà certaines allures indépen-
dantes; au lieu de s'incruster dans le poncif
hiératique, elle préférait chercher la nature.
Nous nous arrêterons peu à l'Agneau et
aux symboles évangélistiques du revers.
Obliofé de se conformer à une règle absolue le
sculpteur a copié de pauvres modèles : l'ange
I. Voy. Espaùa sai^ru'/a, t. .\L\'II, pi. à la p. 32S ;
Les arts sompi., pi. XIV. Les deu.x figures sont imberbes.
190
laetjuc De rart chrétien.
et l'aigle sont médiocres ; le reste, l'Agneau
surtout, parait singulièrement maladroit.
Quel contraste entre ces figures traditionnel-
les et le style magistral du décor fantaisiste!
L'enroulement végétal historié d'animaux
est d'origine asiatique ; on le rencontre à
Rome au IV^ siècle ('); les Byzantins et les
Barbares septentrionaux l'appliquèrent avec
un égal succès à l'ornementation de leurs
œuvres d'art. A la rigueur, l'ivoire espagnol
pourrait réclamer une parenté indirecte avec
quelques peintures grecques cluXIssiècle(^);
mais le motif byzantin est plus lâche, les
formes de ses animaux sont plus rondes.
En revanche, si l'on compare notre ob-
jectif aux sculptures hindoues et à une
coupe d'or ciselé, trouvée à Gross-Sz. Miklos
(Banat), où un Barbare de race gothique
l'apporta sans nul doute, on apercevra entre
eux de sérieuses analogies: même dessin ser-
ré, même faune monstrueuse ('). Selon toute
probabilité, la coupe de Gross-Sz. Miklos
est de fabrication iranienne; les Barbares
ont laissé, dans les régions danubiennes,
assez de riches épaves orientales pour au-
toriser à croire que les produits de ce genre
leur inspiraient un goût très vif. Je ne pense
pas néanmoins que les W'isigoths aient in-
troduit l'art perse ou hindou en Espagne ;
l'aspect tout byzantin du trésor de Guarrazar
en fournirait au besoin la preuve négative.
Mais le luxe arabe était là, qui assurait aux
chrétiens une abondance de splendides mo-
dèles importés d'Asie : tissus mésopota-
miques, broderies syriennes, ivoires de
Bagdad, orfèvrerie persane et hindoue ; on
n'avait que l'embarras du choix. Notre
sculpteur léonais vit indubitablement toutes
ces belles choses; il en étudia les éléments,
1. Voy. E. Q. Visconti, Antica suppeletiU (Targento
scoperta in Roma, pi. xv, fig. 2.
2. Voy. Labarte, Hist. des arts induslr.. Album, pi.
I. XXXVII.
3. ^'oy. Arneth, Gold-und Silbctinonumenle, tl. II, 13.
se les assimila sans descendre à une copie
servile, et, du groupement très ingénieux
de motifs empruntés, il sut, en y mettant
beaucoup du sien, obtenir un effet qui lui
est personnel.
Le galbe de la croi.x est latin. Bien que
le Mc'nologe de Basile 1 1 nous montre, au
X'-XL' siècle, une croix stationnale pareille,
nous avons ici le type directement issu des
Catacombes; angles droits, manque absolu
d'appendices externes. Le titnlns, compris
dans le champ, n'a pas les ailes saillantes
dont l'exagération produisit la forme à dou-
ble traverse. Les croix du trésor wisigoth
de Guarrazar, daté de Swinthila et de
Reccesvinth (621 à 672), sont au type
byzantin, patte et quelque peu carré, de
la croix de Justin, à la basilique Vaticane.
Deux seulement font exception au parti-pris
général: le joyau potence, suspendu à la
couronne de Reccesvinth; \cx-voéo àç.SWiv\-
Croix de Reccesvinth. (Revers.)
thila, dont les branches feuillues se recour-
bent en volutes élégantes. On perçoit dans
anciens itioirciBi sculptés,
191
ce dernier une lueur sassanide tamisée à
F.x-vot,^ de Swinthila
travers le Bosphore, mais on y devine aussi
le germe du système décoratif que le XI"
siècle verra fleurir à Léon. Héritiers des
traditions wisiorothes, les orfèvres asturiens
suivirent les errements de leurs devanciers:
témoins les anciennes croix conservées
au trésor (Camara smita) de la cathédrale
d'Oviédo. Don d'Alfonse 11, el Casto, en
808, la Cruz de los angeles est à branches
égales et sveltes; la Cru' de la vidoria,
offerte par Alfonse III, cl Magno, en 908,
est moins évasée et plus allongée, ses extré-
mités se découpent en trèfle ('). Les pièces
I. Publids dans les Monuiiioitos arquitcctonicos de
Es/iaila, commentés par M. de Los Rios dans /f /«?/£•
asturiennes, destinées à être emmanchées,
sont des croix stationnales, sembables à la
férule que porte l'ange debout sur la face de
notre monument. La croix étant le svmbole,
le crucifix la représentation naturelle du
mystère de la Rédemption, on ne saurait
conclure a pi-iori d'objets distincts que la
plastique léonaise, pour ses images allégo-
riques, s'en tint exclusivement à la forme
latine; mais la légende inscrite sur la Cruz
de la Victoria révèle une circonstance no-
table. Il y est dit que \ ex-voto d'Alfonse 1 1 1 et
de la reine Jimena fut fabriqué in castello
Gauzon (Gozon, entre Aviles et Gijon); au
commencement du X" siècle existait donc,
dans les Asturies, un atelier d'orfèvres ap-
partenant à la couronne, le château de
Gauzon ayant été bâti par Alfonse en vue
de la défense des côtes ('). De cet atelier
sortirent vraisemblablement d'autres témoi-
gnages de la piété royale envers l'église
d'Oviédo. En 912, Froila II et Nunilo
Jimena, sa femme, gratifièrent San-Salva-
dor (la cathédrale) d'une châsse d'argent
rehaussée de 82 agates serties d'or; une croix
pattée, cantonnée des symboles évangélisti-
latino byzan/ino, ces précieux objets ont été photogra-
phiés par Laurent, de Madrid. Au revers de la croix
d'Alfonse II, on lit :
»J- SVSCEPTVM PLACIDE MANEAT HOC IN HONORE Ôi .
Offert Adefonsvs hvmilis servvs xn.
QVISQVIS AVFERKE PRESVMSERIT MIIII,
FvLMINE DIVINO INTEREAT IPSE,
NISI LIBENS VBl VOLVNTAS DEDERIT MEA.
Hoc SIGNO TVETVR PIVS,
HOC'SIGNO VINCITVK INIMICVS,
Hoc OPVS PEKFECTVM ESI ERA DCCCXLVI.
L'inscription suivante court derrière Tex-voto d'Al-
fonse 1 1 1 :
•f-svsceptvm placide maneat hoc in honore di qvod of"
[fervnt.
famvi.i xpi .^defonsvs princrps et scemena regina.
qvisqvis avferre iloc (sic) donaria nostra presvmskrit
fvlmine divino intereat ipse,
hoc signo tvetvr pivs, hoc signo vincitvr inimicvs,
hoc opvs perfectvm et concessvm est
SANTO (sic) SALVATORI OVENTENSE SEDIS
ET OPERATVM EST IN CASTELLO GAVZON ANNO REGNI NSI XLII
[DISCVRRENTE ERA DCCCCLVI.
Les lectures de Manuel Risco {Espafia Sagrada, t.
X.\XV'lII,p. 1.46 et 220I ne sont pas toujours exactes:
je les ai rectifiées à la loupe sur les photographies.
I. Espaiia S<i«racta, t. cité, p. 215.
192
ïRetiue De Part cfjrcticn.
ques,et une inscription au nom des donateurs
y figurent ('). Le grand cofTre de bois qu'Al-
fonse VI, fils de Ferdinand et de Sancha,
d'accord avec sa sœur Urraca, recouvrit de
lames d'argent doré, contenait une multitude
d'anciens reliquaires en métaux précieux,
ivoire et corail ('). Oserait-on affirmer que
l'exemple de la lignée directe de Pelage ne
fut pas imité par la dynastie navarraise de
Léon, et que cette dernière n'eut pas aussi
des établissements privilégiés, où des maîtres
habiles travaillaient le métal, les pierres pré-
cieuses et l'ivoire, au compte du souverain?
L'art, cette expression de la pensée hu-
maine sous une forme palpable, accessible
à tous indistinctement, lettrés ou illettrés,
n'a pas jailli d'un seul bloc, comme Athéné
du cerveau de Zeus; de longs siècles furent
indispensables à son entier développement.
Tour à tour conventionnelles, hiératiques,
idéalistes ou réalistes, selon les temps et les
milieux, la plastique et la peinture ^n'en dé-
coulent pas moins d'une même source, la
nature. Quand l'immigration ou le négoce
eurent amené le contact d'antiques civi-
lisations déjà mûres, avec des peuples
intelligents encore au berceau, ceux-ci s'em-
parèrent des idées étrangères qu'on leur
offrait, les mêlèrent à leurs propres aspira-
tions, et alors des types surannés, rajeunis
par eux, revêtirent un aspect complètement
neuf. L'Egypte et la Syrie influencèrent la
Perse et l'Asie antérieure; elles agirent aussi
efficacement sur les Hellènes. Douée d'un
génie supérieur, la race hellénique atteignit
en tout genre le plus haut degré de la per-
1. Ibid.^ ibid., p. 262. En cl esta dibujada (esquissée)
la cruz, que llaman de don Pelayo (de la Vicioria), y
los quatro animales con que se representan los quatro
Evangelistas, y tiene giavada una insciipcion que dice
asi : gTOii offervnt famvli XI'I Froila et Suitito
cof^nomento Scemena era DCCCCXLVIII.
2. Voy. Ibid., ibid , p. 288, l'inscription alignce sur
le monument. Risco ne put la relever intégralement,
(juclques lames de métal ayant été arrachées : la date
manque. W 291 : Hallaronen dicha arca los fielcs muchos
cofrecitos de oro, de plata, de marfil y de coral.
fection. Grâce à des qualités que l'on ne
rencontre nulle part ailleurs, l'art grec s'im-
posa aux régions méditerranéennes, où ses
dérivés, soit latins, soit orientaux, aux épo-
ques de décadence, restèrent empreints
d'un cachet qui établit leur origine. Réno-
vateur social, le christianisme n'attaqua pas
immédiatement le côté matériel de l'art
antique; les disciples du Sauveur appliquè-
rent d'abord les formes païennes au nouveau
culte, en leur donnant un sens allégorique.
Arraché aux Catacombes après le triomphe
éclatant des doctrines qui l'inspiraient, l'art
chrétien, produit au grand jour, traversa
des phases successives pour aboutir au style
byzantin. Immobile chez lui, ce dernier,
néanmoins, contenait un germe de facultés
créatrices que l'Occident féconda peu à peu
sous des impulsions diverses. Là, au moyen
âge, chaque pays eut ses manifestations
artistiques nationales et même provinciales,
marquées à l'estampille du crû. Les nom-
breuses écoles de l'Italie, de l'Allemagne et
de France, à partir des Carolingiens, se
dégagent assez facilement les unes des au-
tres; mais, tant dissimulé qu'il soit derrière
la personnalité du détail et de la technique,
le fonds byzantin d'exploitation y perce tou-
jours. Or, quand les arts de trois grandes
nationalités européennes ont leurs qualités
distinctives, issues d'un point de départ
commun, aurait-on des motifs sérieux pour
refuser à l'Espagne un privilège analogue ?
Aussi, je le répète en terminant, notre cru-
cifix, où des éléments hétérogènes s'harmo-
nisent de manière à former un ensemble
puissant, original et agréable à l'œil, me
parait-il réunir les conditions essentielles
d'un art propre aux états chrétiens septen-
trionaux de la Péninsule ibérique, avant que
le style ogival n'y fût introduit.
ClI. DE LiNAS,
Associé de l'Académie royale de Belgique.
in:
II
CCrosôc, Cîitrc et CC!)apr offertes à mgr
I l'ctîêque D'Hngers. ^s^ii^sai^S^ii^i^i^iS^H^ n
ggttj^j^^£te?3 c R I R E à propos d'une
^ crosse, d'une mitre et
^ d'une chape, récemment
y: offeries à Mgr Freppel,
H- évêque d'Ancjers, un
2 long article, paraîtra
passablement [présomp-
tueux, quand l'auteur avouera sans fausse
modestie qu'il en a dirigé l'exécuiion. L'un
trouvera que c'est le prendre de bien haut,
l'autre y verra un pédantisme déplaisant.
Ces reproches, je les accepte d'avance :
puisse seulement ma voix, avec ces quelques
pages et ces photographies, parvenir aux
archéologues chrétiens et les décider à
prendre le plus souvent possible la direction
de semblables travaux, dans l'intérêt de
l'art religieux !
Si l'ameublement civil (et j'entends ici
surtout les papiers peints, les étoffes, les
guipures et les broderies), a tant progressé
depuis vingt ans, ce résultat doit être sur-
tout mis à l'actif des expositions rétrospec-
tives, de l'union des arts ap[)licpiés à
l'industrie, et aux efforts personnels de
collectionneurs généreux, qui, descendant
sur le terrain de la pratique, ont dirigé en
quelque sorte les fabricants et leur ont bien
souvent conhé d'anciens sjjécimens à repro-
duire, ou du moins, à consulter.
En a-t-il été de même pour le mobilier des
églises ? Assurément non. La différence est
frappante : quelle recherche et quelle élé-
gance dans les tentures, les guipures, les
bronzes, etc. d'un salon ; et le plus souvent
quelle pacotille et quel luxe de mauvais
aloi dans nos églises ! On ne se donne même
pas la peine de fabriquer des objets spéciaux
pour les besoins du culte. \'oyez si j'e.xagère:
à part les bronzes, les vases sacrés et les
gros m(;ubles (chaires, confessionnaux, etc.)
tout le re'-te serait aussi bien à sa place
dans un salon ou une chambre qu'à l'église.
Ce tapis à grosses fleurs Pompadour, à
ramages Louis XIII ou dans un style mo-
resque douteux, étalé sur les marches de
l'autel, en quoi diffère-t-il de celui de nos
appartements .'' Ces dentelles qui garnissent
les aubes, les nappes d'autel, n'ont-elles rien
de commun avec celles des ombrelles ou des
robes de bal .•^ Et les vases de fleurs ! peut-on
voir, en général, quelque chose de plus ridi-
cule? Des coupes, ici en faïence imitation de
Rouen, là en cuivre repoussé, ailleurs des
potiches aux formes bizarres: tout e.xcepté
des objets spéciaux pour l'église. Enfin il
n'est pas jusqu'aux ornements sacerdotaux
que cette absorption des objets de toilette
féminine et de mode n'ait envahis ! Les
neut dixièmes des ornements confectionnés
à l'avance sont brodés sur moire blanche ou
rouge, étoffe qui, par sa belle qualité, peut
faire ouvrir de grands yeu.x aux personnes
dévotcshabituées à manier pour leur toilette
le salin et la moire (antique ou française),
mais absolument étrano^ère à l'art relii>"ieux.
Quelles broderies fait-on encore de nos
jours sur un pareil fond ? Le mauvais guipé
d'or sur carton, un peu de broderie en soie
de couleur à la mécanique, voilà pour l'or-
dinaire : tout est chétif, misérable au fond,
avec une apparence prétentieuse parfois, je
KEVUE IJE l.Alil' CllKliTIE.-J.
1885. — s»"-' LIVK.USO.S.
194
îRctiuc De r3rt chrétien.
ne parle que pour mémoire du drap d'or,
brodé en bosse avec accompagnement de
paillettes: on en voit encore partout beau-
coup trop. Cet exposé pourrait être indéfini-
ment prolongé, mais à quoi bon ? Tout le
monde est d'accord. L'église est envahie
par la pacotille et l'art n'a presque aucune
part dans tous les objets qui s'y rencontrent.
Quelle en est la cause ? Principalement le
manque de direction, l'abstention, pour ainsi
dire complète, de ceux qui pourraient guider
les fabricants dans l'exécution des objets
du culte mieu.x appropriés à leLir destination,
au style des monuments etc., en un mot
des archdologîies chrétiens.
Tandis que les uns dissertent très savam-
ment sur l'esthétique du beau, l'art des Cata-
combes ou des premiers siècles du christia-
nisme, les autres se renferment exclusive-
ment dans l'étude des monuments ou des
objets anciens, en disant qu'il n'y a rien à
faire avec l'industrie moderne. Pendant
que les rayons des bibliothèques se rem-
plissent de volumes de grand mérite,
j'entends de tous côtés le bruitdes machines,
le va et vient des ouvriers de milliers d'ate-
liers, où se fabriquent journellement toutes
les pièces du mobilier de nos églises, depuis
les buffets d'orgues, les autels, les vitraux,
jusqu'aux broderies et aux dentelles. Pour
les directeurs de ces établissements, il faut
marcher vite et ils n'ont le temps ni de lire
les mémoires imprimés à grands frais par les
sociétés savantes, ni d'attendre le bon vouloir
de messieurs les archéologues. Si ceux-ci,
descendant des hauteurs de leur science, ne
daignent pas mettre la main dans celle de
l'industriel, l'aider de leurs conseils, seconder
ses efforts, aucune amélioration sensible ne
se produira dans le mobilier religieux.
Nous le verrons se traîner dans une infé-
riorité pénible.jusqu'au moment où honteux
de voir la maison de Dieu moins bien
traitée que celle de l'homme, les amateurs
d'art religieux sortiront enfin de leur abs-
tention. Une action personnelle est tout
aussi nécessaire sur le terrain artistique que
sur le terrain politique. Comment en effet
faire fructifier ces trésors de science, ces
patientes et minutieuses recherches, les
découvertes des sociétés savantes, si on les
laisse dans la [)oussière des bibliothèques ?
Puisse chaque archéologue chrétien,
suivant ses aptitudes et la nature de ses
travaux, se mettre à la disposition de
quelque artiste, sculpteur, verrier, brodeur
etc., se faire près de lui l'apologiste des
belles époques de notre art religieux, lui en
révéler les secrets, le lui faire aimer,en un mot,
devenir l'apôtre des doctrines renfermées
dans tant de livres de choix. L'un possède
la science du passé, l'autre connaît toutes
les ressources de l'industrie moderne : à eux
deux, quelles merveilles ne réaliseraient-ils
pas! Que le zèle pour la beauté de la maison
de Dieu et l'amour de l'art chrétien les
rapprochent, qu'ils se prêtent un mutuel
appui : voilà le but auquel je convie tous
les amateurs sérieux de l'art religieux.
Mais, me dira-t-on, c'est une utopie. Quels
sont les moyens pratiques d'arriver là ? je
crois pouvoir en indiquer quelques-uns.
1° L'action personnelle. Bon nombre
d'archéologues seraient fort capables de
diriger le plan d'un autel, la sculpture d'un
buffet d'orgues etc., ou du moins, de donner
de bons conseils aux artistes à ce sujet ;
qu'ils ne ménagent ni leurs explications, ni
leur peine : qu'ails leur prêtent des livres
avec reproductions d'objets d'art ancien,
pouvant les guider et les renseigner. Un
encouragement, une critique raisonnée
faite sous une forme aimable, sont aussi
de précieux auxiliaires. Pour tout cela, il faut
avoir le feu sacré et le désir ardent de
travailler à la gloire de Dieu: ce serait faire
Crosse, ^itcc et ocfiapc offertes à ^gr Téticque D'Angers.
195
injure à beaucoup, que de supposer qu'ils
n'ont ni l'un ni l'autre au moins à l'état latent.
2" Les expositions rétrospectives d art reli-
gieux. Pourquoi chaque année, dans une
région de la France, correspondant si on
veut aux Universités libres ou à toute autre
division topographique de convention, n'or-
ganiserait-on pas une exposition analogue
à celles de Malines et de Lille ? Les objets
seraient rangés méthodiquement suivant
leur destination et par ordre chronologique,
de façon à ne pas faire un affreux pèle mêle
dans toutes les salles et à permettre de
suivre à travers les siècles les divers chan-
gements de forme, d'ornementation et de
procédés d'exécution, de chaque espèce
d'objets. Des cours et des explications
publiques seraient donnés à certaines heures
de la journée devant les objets exposés, et
une bibliothèque de livres d'art religieux,
capables de compléter l'enseignement donné
aux yeux par l'exposition, y serait annexée.
Peut-on penser que de pareils moyens
seraient sans résultat ?
30 La création dans chaque diocèse d'un
comité (fart religieux, étranger à toute
influence commerciale. Les plans d'autels,
les projets d'ornementation etc., lui seraient
soumis et il ne se contenterait pas d'une
approbation écrite ou d'un conseil donné
par lettre, mais enverrait au besoin un de
ses membres fournir des explications, des
dessins et des renseignements techniques
à tel ou tel artiste chargé de l'exécution.
4° Enfin, la publication et la reproduction
par la Revue de l' Art chrétien, de temps à
autre, d'un objet moderne mobilier, dans le-
quel on se serait efforcé de suivre les tradi-
tions du moyen âge, pour encourager les
artistes et les amateurs d'art chrétien à se
prêter un mutuel concours.
Voilà un bien vaste programme: peut-être
est-ce un rêve creux ! Depuis longtemps
je cherche personnellement à le réaliser, je
fais appel aux amis de l'art chrétien pour
y travailler avec moi. Aujourd'hui, sans
avoir prétention à l'infaillibilité, je veux leur
montrer ce qu'on peut faire dans certains
ateliers. Ce n'est point l'habileté des ouvriers
qui fait défaut, c'est bien plutôt en général
la direction qui leur manque. Qu'elle leur
soit donc largement et gracieusement offerte,
et l'art religieux se relèvera, l'ameuble-
ment de nos églises n'aura plus à rougir
d'une comparaison avec celui de nos salons.
L'un doit surpasser l'autre, tout comme au
moyen âge; qui s'en plaindra et,au contraire,
ne le trouvera juste } Dieu n'est-il pas plus
grand que l'homme et plus digne de provo-
quer les manifestations de l'art sous toutes
ses formes, lui la source de toute beauté et
tout bien ?
Qu'on me pardonne ce long préambule :
il était nécessaire pour expliquer la repro-
duction d'objets modernes dans une Revue,
consacrée plutôt aux monuments anciens
de l'art chrétien.
La grande salle de l'évêché d'Angers (')
recevait, le jour de la Toussaint, dans sa vaste
enceinte,une multitude de fidèles de tout rang
et de toute condition. Il s'agissait de remet-
tre à Monseigneur la crosse d'honneur pour
l'exécution de laquelle une souscription
avait été ouverte dans quelques journaux.
Le vaillant évêque, auquel les catholiques
voulaient depuis longtemps donner ce té-
moignage d'admiration et de reconnaissance.
I. Cette salle du XII" siècle était autrefois en forme de
T comme celle de l'archevêché de Reims, qui s'appelait
la salle du Tau. Vers 1230, la partie qui regarde la cathédrale
d'Angers fut diminuée d'une certaine longueur,afin de don-
ner au bras de la croix alors en construction la même éten-
due qu'à l'autre. La croisée de la salle, c'est-à-dire la partie
transversale, était en communication avec la grande salle
actuelle (la nef, comme on disait encore au W'!"" siècle)
par trois arcades en plein cintre, qui furent murées vers le
commencement du X\'l b'siccle pour être séparées en trois
appartements, les salons d'aujourd'hui.
196
IR c U II c De Part c îj v c t i c n.
lit son entrée à une heure et demie et prit
place entre ses vicaires généraux sur une
estrade. On y avait placé les objets qui lui
étaient destinés. Une surprise charmante
attendait là Monseigneur : ce n'était pas
seulement en effet une crosse d'honneur
qu'on allait lui tiftrlr ; la générosité des
souscripteurs avait permis au comité d'y
joindre une mitre et une chape superbes.
Après un instant consacré à l'admiration
de ces merveilles artistiques, M. \'ictor
Pavie prit la parole au nom des sous-
cripteurs et prononça un discours auquel
Monseigneur répondit de la façon le plus
éloquente.
Un riche album renfermant les noms de
tous les souscripteurs, écrits par les sœurs
de Saint-Charles, fut ensuite présenté à
Monseigneur,qui,par une délicate attention,
se servit de la crosse, de la chape et de la
mitre pour donner à l'assistance sa béné-
diction. Quelques instants après. Monsei-
gneur officiait aux vêpres avec ses magni-
fiques ornements.
^- ^ ^ ^ ^ ^> * ^/^ :?;- ^;; ^i: ;};; ^: ^: :■:: ^> i.r: î;':
--^— --ï)rscription Des obiers^
olTcrts à .(Hgc fcocquc DVffngcrs.
ON dit souvent qu'un mauvais dessin est
préférable aux plus longues descrip-
tions; je suis un peu de cet avis. Cependant
j'ai mieux à offrir ici, aux lecteurs de la y?c:7/(?.
Ces belles photographies, que je dois à la
complaisance d'un ami, prêteront à ma des-
cription un lumineux secours. Ils voudront
bien pourtant me lire jusqu'au bout ; peut-
être après cela seront-ils plus convaincus des
ressources qu'on trouve encore aujourd'hui,
quand on le veut, dans l'industrie moderne
pourl'c'xécution de belles piècesd'orfèvrerie
ou debroderie historiées.presque semblables
à celles dont nos anciens in\enlaires nous
révèlent l'existence. De là au désir d'entre-
prendre soi-même quelqu'un de ces travaux
intéressants, il n'y a pas loin, et c'est en cela
que cette description vient à l'appui des
vœux que j'exprimais plus haut sur le rôle
qui me paraît appartenir aux archéologues,
dans la direction des travaux d'art reli-
ffieux.
j(; i/f %
=g= **»*»*»»»-»» :ji: »
Uà (XroôSC D'bonncur,-
EXÉCUTÉE PAR M. PO'JSSIELGUE, DE PARIS.
DISONS d'abord que c'est une com-
position de M. Viollet le Duc, en
style du XI 11*^ siècle, considérablement
enrichie pour la circonstance. Ornée de
pierres fines et de perles, la crosse est
presque entièrement ànailh'c sur argent.
Plus d'un lecteur m'arrêtera net: {ylzniai/lc'e'h,
dites-vous, quel est le sens exact de ce mot ?
Le nom d't'/;/a// s'applique ici à des substan-
ces vitrifiées sous l'action d'une chaleur
intense et diversement coloriées par des
oxydes métalliques, qu'on a fixées sur l'ar-
gent pour en rehausser l'éclat. L'ouvrier
creuse au burin les parties destinées à
recevoir Xc'ii/ail, en ménageant avec soin
des filets de métal pour former les contours
et les lignes principales du dessin. Il dépose
ensuite dans chaque cavité la poudre ou la
pâte d'émail (suivant que la surface est
plate ou convexe) met la jjièce au lour, la
polit après le refroidissement et dore toutes
les parties métalliques apparentes entre les
divers émaux. On appelle ce genre de tra-
vail, très usité au Xll'^et auXIIU' siècle,
émiil chxmplevé. Tables d'auti'l, châsses,
vases sacrés ou profanes, tombeaux des
évêques ou des grands seigneurs, tout était
émaillé. L'or seul eût alors paru pauvre et
monotone près des étincelantes verrières et
des brillantes peintures de nos cathédrales.
Ce procédé demandait une grande habileté
H0;vu^ D0; L' ym0 ci;çRé;6i^ri. pl.vu
c(i^oss)e: p'BomïiaHï:^ soin cobfhet.
pai-M Poussielgue - E,usand de Paris.
PhototToia B. Kahlen. M'aUdbach.
C'TOSyC, e@itre et Cbapc offertes à a^gr réocque D'angcrs. 197
de main : il se perdit peu à peu. Le goût
cliangea et se corrompit sous l'intluence des
idées païennes et réalistes des XVI I^ et
XV'I I Lsiècles.pendant lesquels on n'entend
plus parler que de marbres, de bois doré,
d'argent et d'or massifs / On mesurait alors
la beauté d'un objet à son poids, à sa valeur
intrinsèque : la matière l'emportait sur l'art,
sur le travail de la main, surtout dans les
objets d'orfèvrerie d'église. Les études ar-
chéologiques ont enfin fait justice de ce faux
luxe du XVI île siècle, de ces broderies qui
ressemblaient à de la sculpture, tant elles
étaient en relief de ces soleils considérables
comme on l'écrivait avec admiration, en
parlant de certains ostensoirs, et les mé-
thodes du moyen âge sont enfin revenues en
honneur. C'est à l'émail champlevé, qu'on
a demandé en grande partie la décoration
de la crosse d'honneur offerte à M^"^ Freppel :
le bâton lui-même en est orné en entier.
Une inscription latine, composée par un
bénédictin de Solesmes, s'enroule autour
de la hampe, divisée en quatre parties, par
des nœuds semés de jolies turquoises. Un
fond d'azur uni sert de champ tantôt à
d'élégants feuillages, nuancés d'émaux peints
au.x couleurs les plus harmonieuses, tantôt
au ruban d'or, sur lequel est émaillée en
noir l'inscription suivante:
KAROLO ■ .ÏMILIO FREPPÎX • EPISCOPO - AXD ■
HOCL.KTI ■ BACVLVM • KLERVS - POPVLVSQVE ■ DICARVXT-
PONTIFICI ■ DEXTRA ■ QVOD • GERIT ■ INTREPmA
IPSI • QVEM ■ GENVrr • FELIX - ALSACIA ■ PLAVDIT •
PLAVDITET- ANDVS QVEM GAVDET- HABEREPATREM ■
yVEM ■ PIA ■ LEGIFERIS - IVNXIT • BRITANNIA ■ PLAVDrr-
GALLIA TOTA - TIIÎI • PI.AVDIT ATHLETA • DEI -
ANNO
DOMINl
M
DCCC
LXXXIV
Le nœud, sphériquc comme presque tous
ceux du XII h siècle, est assurément la par-
tie la plus riche. Les bustes des quatre doc-
teurs de l'Église latine (St Jérôme, St
Augustin, St Ambroise et St Gréeoire le
Grand) ciselés et appliqués sur émail bleu
dans des médaillons quatrilobés, forment
horizontalementavec douze pierresfines une
brillante couronne. On remarque en-dessus
et en-dessous, entre des filigranes semés de
perles, quatre écussons émaillés aux armes
de Monseigneur Freppel, d'Obernai (ville
d'Alsace, où il est né), du chapitre d'Angers
et de Brest. Une ceinture de feuilles sert de
transition entre le nœud et la v'olute, décorée
sur fond bleu des mêmes ornements, qui
s'enroulent autour du bâton.
La courbe extérieure de la crosse est en-
richie de feuilles de vermeil, alternées avec
des perles de corail : les unes et les autres
sont disposées avec art pour rompre à l'œil
la sécheresse ordinaire de cette partie. Au
centre de la volute voici l'archange St
Michel, terrassant le démon.
Quelle énergie dans sa pose! le dragon
semble s'agiter encore et se redresser contre
la lance, dont il est transpercé. Ce groupe,
tout en vermeil, ressort admirablement sur
les émaux multicolores, le corail et les
grenats, dont il est encadré. Pouvait-on
choisir une scène mieux appropriée à la
circonstance ? Le combat du bien et du mal,
de l'ange de Dieu et de Satan est sans
doute de tous les temps ; mais la persécution
religieuse dont nous sommes témoins et les
luttes soutenues à tout instant par notre
courageux Lveque, imposaient au comité de
souscription ce sujet, si souvent représenté
au moyen âge.
L'ensemble de ce beau travail fait penser
aux objets analogues, cités dans nos anciens
inventaires. Ceux d'Angers en énumèrent
plusieurs: la crosse de Foulques de Mathefe-
lon.mort en 1355 : lion unacroceaargcntca
Si'ii baculns pastoralis in plnribus locis divisa,
cum viratapondcris cnin ligiio et fcrro Xl^l
iiiareaniin III onciarimi ad insiçrnia de Ma-
ig8
EeDue ne P9rt côrctien.
thefelon et quatre autres, dont la plus inté-
ressante est ainsi décrite : Itou uinis bacuhis
pastoraliscoopertus argetitodeaiirato etvariato
adyniagincs saïuforiiiii Maurilii et Rcnah et
in crossaymaoo beati Manrilii et beatiRcnati
dettivitilo exeuntis. (Inv. de 142 1.)
L'inventaire du trésor de la cathédrale
de Bayeux, dressé en 1476, décrit ainsi la
belle crosse de Louis de Harecourt: Item
tmg bastoji pastoi'al en qjiatre pièces, tout
d'argent doré,duqiiel la verge par les q7iarrés
est tonte esmaillée en rondeanlx et entre les
rondeajilx a figures de branches et est le dit
esmail desmoly et cassé en phisietirs lieux.
En la pomme qui soutient la crosse sont
plusieurs tabernacles tous esiiiaillics et aux
deux costés a detix yniag-es. Et dedans la
7'otondité de la croce a une ymage de notre
Dame devant laquelle est la figure de ung
evesque priant. Et est la dite croce soustenue
de ung angle à ailles esmaillées et poise dix-
huit marcs, six gros...
Il serait facile de multiplier les citations
et les descriptions d'anciennes crosses: elles
étaient rarement émaillées de haut en bas,
on avait reconnu la fragilité de l'émail ex-
posé aux chocs et aux détériorations, quand
il était appliqué sur la hampe comme à la
crosse de Bayeux. Toutefois, pour une pièce
de grand prix, on aurait tort, je crois, de se
priver de cet élément de décoration et on ne
l'a pas fait pour celle offerte à Mg^" Freppel.
Le splendide écrin mérite aussi de fixer
l'attention. L'artiste l'a couvert de maroquin
noir et semé de grands médaillons émaillés
aux armes indiquées précédemment, et d'ara-
besques, formées de clous dorés. Poignée,
charnières, entrée de serrure ornée de
dragons, moraillon avec serpent émaillé,
tout cela minutieusement doré et ciselé
forme un ensemble agréable à l'œil et qu'un
archéologue ne dédaignerait pas d'examiner.
On s'est évidemment inspiré du coffret du
trésor de Conques, de la cassette dite de
Saint-Louis conservée à Dammarie, ou
encore de l'écrin de la couronne reliquaire
conservée à la cathédrale de Namur.
La crosse et son beau coffret font le
plus grand honneur à AP Poussielgîic, de
Paris, dont les ateliers ont déjà produit
tant d'œuvres remarquables. Qu'il reçoive
ici le témoignage de l'entière satisfaction du
comité.
***** ****** * *
* * * *
— ^--^ Xra initcc et la CCbape
BRODÉES PAR M. L. GROSSE, DE BRUGES.
LES artistes du moyen âge ont produit
en tout genre des chefs-d'œuvre, que
nous ne pouvons égaler aujourd'hui sans
les plus grandes difficultés: c'est une vérité
acquise maintenant et l'expérience le dé-
montre à chaque instant. Toutefois nous
sommes encore bien novices, il faut l'avouer,
dans certaines spécialités. Que de progrès
à faire encore pour remonter le courant du
mauvais goût et les fausses notions du beau
qui depuis, le XVI I<= siècle, faisaient trop
souvent prévaloir la valeur intrinsèque d'un
objet sur sa valeur artistique !
Une des branches de l'art religieu.K les
moins connues et les plus intéressantes est
assurément la broderie. Que de merveilles
nous révèlent à ce sujet les anciens inven-
taires, témoins authentiques de richesses
aujourd'hui disparues ! C'est là, dans quel-
ques trésors d'église, dans les collections
particulières ou dans les expositions rétros-
pectives, qu'il faut les étudier tout d'abord,
afin de tâcher ensuite de les imiter. Les
peintres et les miniaturistes les plus célèbres
des XIV^ et XV^ siècles ne dédaignaient
pas la broderie. /*Z(?r;r rt'?^ Vilant, peintre du
roi de .Sicile, travailla au magnifique orne-
ment connu sous le nom de la grande
Ha:Y^I^ D^ L' ym0 c(çiie[6i^u. PL.vm
miTï^ï: (iPacE ?inTÉniEUï^E) ET ÏITOLE.
par M Grosse, de Bruges.
Shntntvni» T{. KoMmi. ïl.OUdbach.
Crosse, ^itrc et Cfjapc offertes a a^gr réticquc ti'9ng;ers. 199
brode7'ie, donné par René d'Anjou à notre
cathédrale, et tant d'autres... Les artisans
du moyen âge étaient artistes, ils savaient
parfaitement dessiner et l'aiguille entre
leurs doigts habiles devenait un pinceau
délicat, capable de tracer les scènes les plus
compliquées.
Voilà ce qu'a compris depuis longtemps
M. Grosse, de Bruges. De cet atelier si
bien organisé sont sorties des broderies
uniques en leur genre, entre autres la grande
bannière delà cathédrale d'Angers,et surtout
la mitre et la chape, dont je vais parler.
Entièrement travaillée à l'aiguille, la
mitre est bordée d'une ligne bleue, semée
de perles d'argent, qui forme les divisions
principales en séparant l'orfroi vertical et
l'orfroi horizontal du fond. Sept médaillons
sont espacés sur la partie centrale et en
bas, séparés par des perles fines et des
feuillages sur fond d'or. Au milieu, Marie
portant l'enfant Jésus, première patronne
delà cathédrale; à sa droite saint Apothème
et saint René ; au-dessus saint Lezin et
saint Mainbœuf ; enfin à sa fauche saint
Benoit et saint Loup. On remarque sur
le fond de la mitre, brodé en couchure
d'or avec de charmants rinceaux, saint
Maurille ressuscitant saint René, et saint
Aubin guérissant un aveugle. On a groupé
surla face principale tous les saints Évêques
d'Angrers autour de la Sainte Vieree. La
finesse de la broderie dépasse ce qu'on
peut imaginer : on dirait de vraies minia-
tures, tant sont petites ces figures d'évêques,
dessinées avec talent par M. de Tracy (de
Gand) dans leurs médaillons sur fond bleu.
Les rampants sont garnis d'une crête de ver-
meil avec grosses perles fines et corail,
travail délicat de M. I5ourdon-de Bruyne
le célèbre orfèvre de Gand.
L'autre face, divisée de la même façon,
est consacrée à saint Maurice second patron
de la cathédrale et à ses compagnons Inno-
cent, Candide, Exupère, Vital et Victor.
Au sommet voici saint Martin tenant une
fiole du sang de saint Maurice, avec lequel
il consacra notre église sous le vocable du
chef de la légion thébaine. Les parties laté-
rales sont ornées, au centre de deux
grands « ro7ideaulx » avec améthystes, per-
les et feuillages brodés, et tout autour de
branches de rosiers, que le XlIIe siècle
affectionnait tout particulièrement.
Enfin le brodeur a tracé sur les fanons
deux médaillons avec croix d'or, les patrons
de Monseigneur, saint Charles et saint
Emile et ses armoiries, au milieu de rinceaux
aux plus riantes couleurs.
Il n'a pas fallu moins de465 journées de lo
heures aux meilleurs ouvriers de M. Grosse
pour achever ce petit chef-d'œuvre. A vrai
dire on ne sait ici ce qu'il faut admirer le
plus, de la perfection des figures ou de
l'heureux mélange des soies aux nuances
chatoyantes, de la beauté des perles ou de la
couchure d'or, si régulièrement exécutée.
Quelle somme de talent et que de difficultés
vaincues dans une si petite surface !
Les mitres du moyen âge étaient souvent,
comme celle-ci, ornées à profusion: les unes
toutes en orfèvrerie étaient couvertes de
perles et de pierreries, les autres en broderie
historiée : presque toutes avaient une haute
valeur artistique. Quelle différence entre les
anciennes mitres de forme si élégante et
les gigantesques appareils de drap d'or avec
croix de paillettes, dont on coiffait encore
nos évêques pendant les deux premiers tiers
de ce siècle : mode déplorable, venue de
Rome, avec tout le faux luxe, dont on a dés-
honoré nos églises depuis Louis XIV sous
le prétexte de les embellir. Grâce à Dieu
ces mitres énormes sont enfin abandonnées
etonrevient de tous côtés aux bonnes formes
du moyen âge.
200
Eetiue De l'art chrétien.
La Chape.
La chape ne le cède en rien à la mitre.
Les douze apôtres et les quatre docteurs
de l'Église latine sont rangés sur les orfrois
deux à deux, sous des arcades trilobées,
au-dessus desquelles on a placé des anges
aux ailes étendues. Ce motif de décoration
très commun au XI 11^ siècle se rencontre
partout, notamment aux arcatures de la
Sainte-Chapelle et sur les châsses d'Aix et
de Cologne. Chaque ange tient un phylactère
portant le nom d'une vertu (fides, castitas,
etc..) Personnages aux figures douces et
o-raves à la fois, fonds d'or à rinceaux ou
chevronnés, ancres souriant aux ailes
diaprées, colonnettes argentées, tout cela
est merveilleux comme exécution. Ces
figures si variées peuvent être examinées à
la loupe.
On en est à se demander comment
l'aiguille peut réaliser d'aussi jolies pein-
tures ; à peine distingue-t-on les points.
Ces beaux orfrois ont été copiés en partie
sur la plus belle pièce de ma collection, que
jNL de Linas avait singulièrement appréciée
à l'exposition de Lille et dont la description
a été donnée dans la AVot/c, année 1874,
P- 335-
Le chai)eron est divisé en trois arcades.
La plus large n;nferme la Résurrection. Le
Christ sort triomphant du tombeau, l'éten-
dard de la victoire près de lui : son nimbe
est bordé d'un rang de 50 perles fines ; au
devant deux gardes dorment profondé-
ment ; un troisième se réveille en sursaut.
11 était d'usage autrefois de représenter la
figure de l'Ancienne Loi près de la réalité
de la Nouvelle ; on s'y est conformé. Voici,
dans l('s parti(;s latérales, Jonas rejeté après
trois jours [)ar le monstre marin et .Samson
qui emporte sur son dos les portes de Gaza.
En-dessus des arcatures, comme aux orfrois,
deu.x anges à mi-corps, sortent des nuages
et tiennent des banderoles avec ces textes :
Resîirrcxit sic ut dixit, Alléluia, et Eccc
vicit Ico de tribu Juda.
Une frange d'or nouée et posée sur une
autre frange de soie rouge est fixée au
chaperon, entièrement brodé à l'aiguille,
connue le galon qui l'entoure. A vrai dire ce
travail de couchure à rinceaux d'or est plus
minutieux que difficile: c'est surtout aux
figures si bien exécutées, qu'il faut s'arrêter.
Que dire enfin du manteau, tout parsemé
de bouquets d'or et de fleurs empruntées
aux anciens manuscrits, sur un fond de
satin blanc ? Six anges alternés avec des
fleurons de broderie, rayonnent vers le
chaperon. Chacun d'eux joue d'un instru-
ment de musique. Comme les ailes aux
nuances les plus variées coupent heureuse-
ment la banderole qui les entoure ! Ces
messagers du ciel semblent former en l'hon-
neur du Christ ressuscité un concert de
louanges, qui se traduit par les inscriptions
suivantes : Gloria in excchis Deo. — Pax
honiiîiibus bonœ voluntatis. — Hosanna Filio
David. — Sit Gloria Doiiiiiii in sicciila !
Sanctits Dondnus,Deîcs Sabaoth. — Tit soins
Doiniiuts, tu soins altissivins.
Le parti de semer un fond uni (satin ou
velours) de <i plaisajis Jlorions de broderie »
ou lie <i papillons )), c'est-à-dire d'anges ou
de chérubins avec les inscriptions : Da
oioriani Deo ou Gloria in exrclsis (m autres,
était assez répandu, surtout aux Xl\''-'etXV<^
siècles. J'en connais de fort beauxspécimens;
on en trouve aussi souvent dans les anciens
inventaires. Le brodeur prenait ainsi un
moyen terme entre Xtibaudcquin (brocart tis.sé
d'or et de couleurs) ou le panmis "ureus,
étoffe d'or mêlée de velours ciselé, et ces
admirables manteaux entièrement travaillés
à l'aiguille et représentant, comme à .Saint-
Bertrand de Comminges, la vie de la Vierge
ou du Christ en trente ou quarante médail-
H^Yu^ D^. L- n^0 (X^m^Hn.
PL. IX
C(l3/1PE ( OÏ^Ff\OIS.^
par M Grosse, de Bruges.
Phuti'typte B. Ktlhlen, M.liladhKch.
Crosse, ^itrc et Cbapc offertes à 90g:r réticque D'angers.
20 1
Ions brodés au point couché sur fond d'or
exécuté aussi à la main. Ces belles pièces
dataient surtout des XI I^, XI Ile et XI V^
siècles : plus tard il n'en est plus guère
question. La reproduction de pareils ouvra-
ges serait aujourd'hui d'un prix inabordable.
Revenons à notre chape : une riche
bordure, d'où s'élancent de gracieux bou-
quets or et couleur garnit la partie inférieure;
au milieu et tout en bas voici les armes
de Monseigneur Freppel. Mille trente-neuf
journées de travail de 10 heures ont été
employées pour faire cette magnifique
chape, digne d'être comparée aux plus belles
du moyen âge.
Une étole assortie avec l'Annonciation
et le Couronnement de la Vierge accom-
pagne et complète ces présents, faits par
la générosité des catholiques à Monseigneur
l'évêque d'Angers. Un seul ouvrier travail-
lant 10 heures par jour aurait mis à peu
près 4 ans à broder les trois objets. Puisse
M. Grosse, auquel les souscripteurs doivent
d'avoir pu offrir au vaillant défenseur de
l'Église sous une forme aussi artistique
l'expression de leur reconnaissance, persé-
vérer dans cette voie et même s'y perfec-
tionner encore !
L. DE Farcv.
NOUS devons à M. de Farcy l'expression de notre reconnaissance, non seulement
pour son intéressant travail sur les dons offerts à Mgr l'Évêque d'Angers, mais
encore pour les planches qui l'accompagnent et dont notre collaborateur a voulu géné-
reusement faire les frais, afin de mettre les lecteurs de la Revue à même de mieux
connaître les travaux décrits. N. D. L. R.
° S-^^-S.^^A.S^A^L^.^.S^.^;.^.r6.^^.S.^.3^JS.^^^.^,^^S.^^r§^
^ CCorresponïi ance. ^
On lit dans la Revue des questions histori-
ques, livr. de janv. 1885, p. 317.
Dans la Revue de l'Art cJirétieii^ Mgr Barbier de Mon-
tault fait la monographie de l'église de Fours, près Avi-
gnon. Il la fait remonter à l'époque carolingienne ; nous
croyons qu'il la \ ieillit trop. Les dessins qui accompa-
gnent son article semblent montrer que cette église ne
doit pas être antérieure au XI L' siècle. Elle est purement
romane. Fr. riE Fontaine.
Mgr X. Barbier de Montault nous adresse
les quelques mots ci-après, en réponse à cet
articulet :
La monographie de Fours n'est pas de moi, je ne
connais pas cette église et mon nom ne figure pas à la
suite de l'article. L'auteur, M. Le doyen Fuzet,
répondra, je pense, à l'erreur chronologique qu'on lui
impute. X. B. de M.
De son côté M. le chanoine Fuzet nous
écrit à ce propos :
«TE suis très flatté d'être pris pour Mgr Barbier de
I Montault. Mais comme notre savant collabora-
teur serait moins flatté que moi de cette méprise,
je réclame la paternité de mon humble étude. M. de
Fontaine n'admet ])as mon opinion sur l'âge de l'église
de Fours ; il croit que je la vieillis trop. La vue de mes
dessins lui a suffi pour se prononcer sans hésitation.
Ce serait donner trop d'importance au petit objet de
mon travail que d'entrer dans une longue discussion.
Je me bornerai à demander à M. de Fontaine s'il a vu
souvent les signes lapidaires <|ue j'ai relevés, particu-
lièrement le G en forme de faucille, sur des monu-
ments postérieurs aux premières années du XP siècle.
Les autres caractères des constructions carolingiennes,
que j'ai indiqués, et surtout l'analogie frappante qui
existe entre cette église et d'autres édifices attribués
sans contestation possible à l'époque carolingienne,
démontrent que je n'ai pas trop vieilli ce monument.
D'ailleurs, d'après un texte authentique, l'église de
Fours est tout à fait au commencement du XI 1=
siècle, l'objet d'un échange entre les chanoines d'Avi-
gnon et les moines de l'abbaye de St-André : elle
existait donc déjà. Il ne faut pas oublier que le midi
de la France, ayant gardé mieux qu'aucune autre con-
trée et presque sans interruption les traditions archi-
tectoniques romaines dans la construction des édifices
religieux, a vu de meilleure heure que le Nord les
églises romanes s'élever en grand nombre sur son sol
où les centres de populations chrétiennes étaient très
multipliés et où abondaient, pour servir de modèle
aux ouvriers, les restes magnifiques des monuments
romains. Enfin je demanderai, à mon savant contra-
dicteur, si une église, parce qu'elle est « purement
romane >, ne doit pas être antérieure au XIP siècle, ou
cjuelle différence il y a entre une église « purement
romane », et une église de l'époque architecturale
carolingienne ?
F. Fuzet,
Doyen de \'illeneuve-lez-Avignon.
^ t±±±±à±k±±±±±±È.^±±±±±±àkP^P^kkkkk^±±AÂJ\ ^
h f^^^^
ecinaillcnc ôp^antinc.
Ha collection SticnigocoDskoi.
NE précieuse qualité distingue les col-
lectionneurs russes : la libérale com-
munication de trésors archéologiques
amassés à grands frais et souvent à
grande peine. Je ne me rappelle pas, sans un
regret sincère pour l'homme, l'excellent M. Se-
vastianov et son curieux portefeuille de photo-
graphies du Mont Athos, qu'il était toujours si
charmé d'ouvrir au premier venu. Que d'emprunts
la science pure et la vulgarisation n'ont-elles pas
faits et ne font-elles pas encore, tant à l'ancienne
collection Soltykov, aujourd'hui dispersée, qu'efu
riche cabinet de M. le comte Grégoire Stroga-
nov. Durant de longues années, la galerie de M.
Alexandre Basilewsky, à Paris, fut pour ainsi dire
publique le vendredi ; on y entrait avec une carte
facilement obtenue, et le propriétaire poussait la
courtoisie jusqu'à quitter son domicile aux heures
d'admission, afin de laisser le champ libre aux
visiteurs. Non content d'éditer, à l'aide de M.
Alfred Darcel,un 6"rt/rt/i?^'"«e monumental où l'éru-
dition n'est égalée que par la magnificence et
l'exactitude de nombreuses planches, M. Basi-
lewsky savait mettre gracieusement à la disposi-
tion des spécialistes les pièces inédites, dont il
n'avait pas jugé à propos d'illustrer son ouvrage :
les lecteurs de la Kl-i'hc de l'art clurticii sont édi-
fiés sur ce point. Hélas ! la collection Basilewsky
est maintenant perdue pour la France, elle va, à
Saint-Pétersbourg,accroitre les trésors amoncelés
dans les vitrines du Musée de l'Ermitage impérial.
On devra donc désormais chercher en Russie la
solution de certains problèmes relatifs à notre
art national, l'émaillerie limousine en particulier.
Des circonstances atténuantes adoucissent néan-
moins le chagrin légitime que me cause la nou-
velle d'un semblable désastre : je n'ai jamais
recouru on vain à l'obligeance d'un administra-
teur d'établissements scientifiques russes, même
"ïïf 'ïïf'ïï?^^ ïïf Sf "5f"5
lorsqu'il s'agissait d'objets classés hors de son
département. Nommer, à la Bibliothèque impé-
riale, M. Vladimir Stassov, aux Antiques de
l'Ermitage, M. Ludolf Stephani, n'est ici qu'un
acte de rigoureuse justice. Combien de fois le
dernier, heureux émule d'Adrien de Longpérier,
des deux Lenormant et de cet illustre baron de
Witte que Français et Belges se disputent à l'envi,
n'a-t-il pas interrompu son labeur classique pour
répondre à mes questions sur l'orfèvrerie barbare,
ou faire reproduire à mon usage des monuments
fort étrangers au style grec (') ? Espérons que
l'avenir ne changera rien au présent.
Homme de goût et de flair — passez-moi le
mot — M. le Conseiller d'État Svenigorodskoi
dédaigne les routes suivies d'ordinaire par les
collectionneurs ; il en a choisi une moins banale.
Au lieu de s'abandonner au torrent du bric à brac
à la mode, d'entasser pêle-mêle l'antique, le
moyen âge et l'oriental sur des meubles de la
Renaissance ou des étagères du Faubourg Saint-
Antoine, M. Svenigorodskoi s'est attaché à une
spécialité d'objets très rares, les émaux cloisonnés
byzantins. Des voyages — au Caucase, je le soup-
çonne un peu — et les découvertes de Kiev, ont
rendu notre fin connaisseur propriétaire d'une
série de remarquables échantillons que lui envie-
raient les plus riches musées de l'Europe.
En bon Russe, M. Svenigorodskoi a voulu imi-
ter l'exemple de ses généreux compatriotes ;
exposé d'abord à Aix-la-Chapelle pendant la
I. Pour apprécier l'immensité des travaux de M. Ludolf
Stephani et sa profonde érudition classique, il faut lire les
2 1 volumes publiés des Co)>iples-rcndiis de la Commission
impériale arclu'ologiqui: riissc^ 1859 à 1S81. Dans ces vo-
lumes, grand in-4 , dont la partie scientifique est entière-
ment dévolue au docte conservateur des Antiques de
l'Ermitage, l'art et l'industrie de l'ancienne civilisation du
Bosphore Cimmérien sont présentés avec une vigueur de
critique et une clarté au-dessus de tout éloge. Les ouvrages
de M. Stephani, illustrés de gravures dans le texte et de
planches in-folio, semblent peu connus en France; du
moins on ne les cite guère bien qu'ils soient rédigés en
allemand, langue aujourd'hui indispensable à tout homme
voué aux études sérieuses.
KlîVUE DE L'-ART CHRÉTIEN.
1885. — 2'"^ LIVRAISON.
204
iTxcuuc Dc rart cljrcticn.
saison des eaux, son trésor a été ensuite publié
avec luxe. Le texte explicatif, qui accompagne
les planches, est dû à la plume érudite d'un jeune
savant assez versé dans la technique de l'émail-
lerie byzantine, pour remplir honorablement la
tâche difiicile, dont on l'a chargé ('). Les minu-
tieux détails, que fournit M. l'abbé Schulz au
sujet des couleurs et de leur disposition, la préci-
sion mathématique des photot}'pics, toutes ces
qualités forment un ensemble qui permet d'éta-
blir son jugement sans avoir vu les originaux.
Des diverses pièces de la série, lesplus curieuses
sont, en fait à'uiiiaiin, les deux pointes d'un cer-
cle brisé ou fer à cheval (diam. o'" 20 environ).
On y signale au premier coup-d'œil les débris
d'un de ces nimbes rapportés, que Byzantins et
Russes clouaient autour de la tête de leurs images
peintes, sur la plaque d'orfèvrerie qui recouvre le
champ du tableau (-;. L'objet, dont la restitution
serait facile, est en or complètement émaillé (larg.
moyenne O'" 03). Fond bleu-lapis très pur ; motif
principal : grands quatrefeuilles composés d'un
disque cantonné A'otellcs (ornement amygdali-
forme); semis irrégulier de tourteaux et de petites
otelles. Couleur du décor : rouge, turquoise et
blanc. Cinq bâtes elliptiques (o'" 02 sur o™ 015 ;
il n'en reste que deux entières et la moitié de
deux autres) sertissaient des pierres aujourd'hui
absentes ; un chapelet d'orbicules blancs (perles)
cercle les bâtes. L'aspect général donne quelque
peu la note du travail japonais, mais le dessin
laisse beaucoup à désirer.
M. Schulz regarde notre nimbe comme un
début, et il en fixe l'exécution au VIL' siècle ; je
n'oserais me montrer aussi affirmatif. L'art et
l'industrie naissants peuvent tâtonner, ils n'éprou-
vent jamais de véritables défaillances. La har-
diesse primesautière perce toujours dans les rudes
essais d'un inventeur ; également réparties, soli-
daires les unes des autres.les imperfections de son
1. Die byzatitiiiisclieii Zellen-emails der Samintung
Sweiiigorodskoi. (Les émaux cloisonnés byzantins de la
collection Svenigorodskoi), par l'abbé J. Schulz. Petit in-8",
14 planches phototypées; Ai.\-la-Chapclle, Rudolf lîarth,
1884.
2. Les Russes emploient toujours ce procédé; mais
parfois aussi, ils se bornent :\ clouer le nimbe sur le bois
du tableau, enjolivé de dorures et d'arabcsc[ues. La cathé-
drale de Liège possède une Vierge peinte, encastrée dans
une monture byzantine. Pour les autres, voy. les AiitiquiU's
lie la Russie.
CL'uvre homogène ne choquent pas l'œil exercé
du connaisseur : loin de là, elles répandent fré-
quemment un charme étrange sur la création
nouvelle, à qui le desuiit iii pisccin d'Horace ne
saurait être applicable.
L'émail en litige ne répond guère aux termes
du programme ci-dessus formulé ; les moyens
usuels de fabrication y sont trop mal équilibrés.
Un maître chimiste, initié à tous les secrets des
manipulations, se montra à nous doublé d'un
mécanicien négligent ou inexpert. Des motifs
maigres et vulgaires, du moins sans prétentions
à l'élégance, s'emmanchent d'une façon médiocre-
ment habile ; les cloisons déjetées forment sou-
vent des courbes irrégulières et disgracieuses.
Certes, Justinicn n'aurait pas admis un ouvrage
aussi imparfait sur son célèbre autel de Sainte-
Sophie. A défaut d'un monument que les croisés
de 1204, sinon des spoliations antérieures, ont
anéanti, il nous reste deux points de comparai-
son: la couronne votive de Monza, dite couronne
de fer, qui doit remonter aux temps carolingiens,
sinon à Théodelinde ; l'autel de Wolvinius à
Saint-Ambroise de Milan, travail exécuté vers
835 par ordre de l'archevêque Angilbert ('). Les
émau.x de la couronne sont bleu lapis et blanc ;
les croi.x et les encadrements de l'autel, dont
quelques détails atteignent O"' 035 en largeur,
I. Bock, Klcinodien, etc., pi. XXXIII, fig. 49. Giulio
Ferrario, MomimeiUi sacri e pri>f. délia basilica di Saut'
Ambrogio, pi. XX. Du Sommerard, Les arts ati moy^n âge.
Album, série IX, pi. xvill. — Ferrario (ouv. cité, p. 121)
déploie toutes les ressources de la philologie pour dé-
montrer que Wolvinius était italien, en opposition avec
d'Agincourt {Décadence de la sculpture, p. 53) qui attiibue
à cet artiste une origine germanique : V.TCa7\x\.ii {Recherches
sur la peint, en email, p. 126 et Hist. des arts industr.,
pass.) évite de se prononcer. Je partage le sentiment de
d'Agincourt en articulant à l'allemande V\'OL\'lNl(us)
= Votfinius ; alors il n'y faut voir autre chose que le mot
allemand Wàlfinn (louve) latinisé. Les bas-reliefs de Vol-
tinius accusent un élève des Grecs, mais il paraît certain
à Labarte {Hist., etc. III, 394) que pour Texécution de son
décor émaillé, l'orfèvre occidental recourut aux praticiens
de Byzance, contraints de se réfugier en Italie ])ar la per-
sécution des iconoclastes. La mort de l'empereur Théo-
phile rappela les émailleurs orientaux dans leur patrie,
car, après le IX'= siècle, on n'entend plus parler h Rome
d'ouvrages incrustés à chaud, et Didier, abbé du IMont
Cassin, depuis Victor III, fit, l'an 106S, venir de Constan-
tinople des spécialistes en ce genre. Nul besoin de dire
qu'a>ant vu l'autel de .Milan en 1S58, j'étais de l'avis de
Labarte longtemps avant qu'il n'eût publié son grand
ouvrage.
BoiiueUcs et egélanges
205
offrent, sur champ parfondu, un cloisonne de
guirlandes, de fleurons, de semis géométriques,
disposés avec une netteté et une symétrie remar-
quables. La gamme, peu étendue, comprend le
vert émeraude translucide, le rouge purpurin et le
blanc, un ton pâle exprime les carnations de
masques d'une sévérité magistrale, inscrits dans
des médaillons circulaires.
En faveur de sa thèse, M. Schulz pourrait
invoquer l'alliance de la joaillerie et de l'émail,
également observée à ?iIonza et à Milan. Les
bâtes du nimbe, d'une simplicité rudimentaire,
ramènent aux sertissures du reliquaire conservé
dans la cathédrale de Tournai, précieux échan-
tillon de l'orfèvrerie byzantine au VIL' siècle.
Néanmoins cette époque de luxe plantureux
aurait-elle accepté une mesquine représentation
fictive, et n'eùt-elle pas cerclé ses pierreries de
véritables perles (') .' Avant de toucher au vif de
la question, il faudrait d'abord s'enquérir du lieu
précis où furent découverts les fragments vendus
à M. Svenigorodskoi — il l'ignore sans doute
lui-même — ensuite savoir à quelle date les
Grecs inventèrent le placage métallique des
icônes peintes. Au bout du compte, renvoyer
notre nimbe à une période de décadence ne serait
guère plus hardi que d'en faire une pièce de
début ; j'ai exposé le pour et le contre avec im-
partialité : au lecteur de conclure !
Dix médaillons circulaires en or (diam. 0,08),
bordés de granules ciselés, excitent l'admiration ;
ils inscrivent des personnages à mi-corps, émail-
lés sur fond métallique. Le Christ, IC S.C ; phy-
sionomie sévère, chevelure abondante et barbe
noire ; col de la tunique, clai'iis nng^Kstiis et livre,
rehaussés de perles imitées. La main droite bénit
à la manière grecque. Gamme : bleu-foncé, bleu-
clair, vert, rouge et jaune. La figure de la Vierge,
MP t)T est jeune, plutôt dure que douce. Position
hiératique consacrée, les mains étendues en avant.
Long voile bleu-foncé enveloppant la tète et le
corps ; robe bleu-clair ; nimbe vert translucide,
semé de perles et de croisettes. Saint Jean-
Baptiste, 0 A l(Xl O IIP0^P0M02 : maigreur
I. Les orfèvres du VU'' siècle, qui, en Bourgogne, imi-
taient l'email avec du grenat cloisonné, ont, dans les mêmes
circonstances, employé de véritables perles coupées en
deux. Haudot, Mc'm. sur As si'piilt. des Barbares, pi. XII,
tig. I, 2, 3, 5; surtout XIII, 1.
ascétique ; barbe et chevelure incultes ; Jiiandyas
bleu ; attitude et nimbe, comme la Vierge. Saint
Pierre, O Ari02 r[eTP02 : tète grise; regard
presque farouche. La main droite bénit ; la gauche
tient un vo/uineu et une férule crucifère, croi.x
pattée reposant sur un double crochet formant un
Cl). Nimbe pareil aux deu.x précédents ; clavus
aiigiistus gemmé. Saint Paul, O Ari02 nAA()2.
Type allongé, front dégarni, système pileux noir.
Codex dont la reliure offre une croix cantonnée
de cœurs orlés de blanc.
A la suite des grands Apôtres, viennent trois
Évangélistes:StJean,0 AflOC l(jf)0 0POAOrO2:
Mxcxxy., faciès participant à la fois du saint Pierre
et du saint Paul ; codex orné de pierreries et d'o-
telles. Saint Matthieu, OAl'IO? MA\(-)e02. Sauf
la direction des prunelles et la garniture de perles
du codex, il est identique à saint Jean. Saint Luc,
O ri02 (sic) A0ÏKA2. Age mûr, barbe ronde,
large tonsure monacale ; sur le codex, des cœurs
disposés en croix. Enfin deux célèbres guerriers
martyrs, saint Georges et sàint Démétrius : 0 A
reOPri02, o A^1MITPIU2. Ils sont imberbes
et vêtus de riches chlamydes laticlaves;paragaudes
gemmées en haut de l'humérus ; croix de bénédic-
tion dans la main droite : ces insignes, de forme
pattée, ont une longue hampe. La chlamyde de
saint Georges est rouge, semée de cœurs jaune
ou turquoise, alternant avec des perles ; sur le
manteau de saint Démétrius, on distingue des
croisettes et des otelles émergeant d'un fond vert-
sombre.
De légères nuances peuvent accuser dans nos
personnages une fusion plus ou moins réussie
des matières incrustées ; mais style, technique,
gamme, sont tellement semblables, qu'une com-
munauté d'atelier — sinon de main — et d'em-
ploi jaillit à première vue de cette frappante ana-
logie de caractères. Un simple coup-d'œil, jeté sur
la couverture d'un Évangéliaire grec, à la biblio-
thèque publique de Sienne, inontrera que nous
avons ici les débris d'un plat de reliure tlu même
genre, débris jadis cloués sur champ métallique
à rinceaux ciselés. Les bords des disques de
M. Svenigorodskoi sont percés de trous et, comme
ces disques, les éléments émaillés de Sienne ont
une bordure granulée ('). Il ne faudrait pas un
1. Labarte, Hist. des arts industr., .Album, pi. ci.
2o6
IRcti uc Dc part c 1) t cticn.
grand travail d'imagination pour restituer le mo-
nument dont nous n'avons que les disjccta mcmbra
incomplets. En haut, le Christ entre la Sainte
Vierge à droite et le Précurseur à gauche: les
attitudes le prouvent ('). Au-dessous saint Pierre
et saint Paul se regardant. Plus bas, un cartouche,
rectangle ou quatrefeuilles, cantonné des Évan-
gélistes. Le cartouche, détruit, offrait probable-
ment, soit une Crucifixion, soit une Résurrection ;
la direction des yeux des Evangélistes permet
d'assigner à chacun sa place respective : les pru-
nelles convergent certainement vers l'intérieur, et
elles ne sauraient être tournées en dehors. Saint
Jean faisait donc face à saint Matthieu ; saint
Marc, perdu, à saint Luc. Enfin, saint Démétrius
et saint Georges, accostaient un dernier médail-
lon qui manque à l'appel ; une seconde Vierge
peut-être i^y. La reliure de Sienne mesure o'",365
en hauteur et o'",29 en largeur ; ici, tenu compte
des espaces intermédiaires, nous trouverions en-
viron 0^,50 sur o"',38 : dimensions considérables,
mais non inadmissibles (3).
M. Schulz veut mettre à l'actif du X<= siècle les
dernières pièces qui viennent d'être sommaire-
ment décrites ; je risquerai encore un avis quelque
peu contraire au sien, mais cette fois j'ai à mon
service une argumentation plus serrée. La maes-
tria des tètes et la richesse de la gamme semblent
avoir beaucoup trop préoccupé l'érudit allemand ;
or, ce n'était pas là qu'il fallait chercher une date.
Jusqu'à la catastrophe de 1204, Constantinople
posséda des praticiens habiles, inaptes à créer,
capables néanmoinsde copier avec une scrupuleuse
exactitude les beaux types hiératiques, conçus
1. Encore une infraction <i la règle posée par le Guide
de la peinture qui met la \'ierge à gauche. Dans mon ré-
cent travail sur le triptyque de la collection Harbaville,
j'ai signalé plusieurs de ces infractions à diverses époques;
la reliure de Sienne a été omise dans le nombre. Elle aussi
place la Mère de Dieu à la droite du Sauveur.
2. Les divers monuments, hicrothcques et reliures, que
j'ai étudiés pour former mon opinion, ne concordent guère
quant au rang assigné à chaque personnage ; les émailleurs
grecs usent sur ce point d'une liberté voisine de la fantaisie.
A Sienne, en outre, le médaillon du Christ revient deu.'c
fois; de même pour la \'ierge, figurée en pied et en buste.
3. Certaines miniatures du manuscrit grec de la Biblio-
thèque nationale de Paris, n"^' 79, fonds Coislin, atteignent
o"'35 suro"'28; en y ajoutant les marges d'au moins o"'o6,
on a o"'47 de haut et o"'4ode large, chiffres très voisins de
mon hypothèse.
par les anciens maîtres ; la gamme est une affaire
purement industrielle, et l'industrie suit toujours
un mouvement progressif, tant qu'elle a sa raison
d'exister. Les guerres, les crises sociales, une
nouvelle direction des idées, peuvent seules arrêter
l'essor du perfectionnement matériel. Comme au-
torités, j'interrogerai à mon tour la méthode de
dessin appliquée au rendu des draperies, les attri-
buts distinctifs, le décor des étoffes, la paléogra-
phie : nous allons voir quelle sera leur réponse.
Un monument à date certaine donne la note
exacte de l'émaillerie byzantine au X« siècle :
la merveilleuse hiérothèquc de Limbourg-sur-la-
Lahn, fabriquée sous le règne de Constantin X
Porphyrogénète (913-959) (';. Des cloisons sobre-
ment distribuées y esquissent le drapé des tuni-
ques et àts pallia ; ces minces filaments tracent
des plis onduleux rehaussés d'ombres, qui visent
au.x effets de la peinture. Au rebours, nos disques
n'offrent que des teintes plates ; les cloisons éga-
lement très déliées, sont raides, pressées, d'un
parallélisme monotone ; rien de naturel, une sy-
métrie de convention, dont l'ancien uniforme
chevronné des tambours ressuscita le fastidieux
bariolage.
Les défauts inhérents à la série Svenigorods-
koi, je les rencontre, absolument pareils, sur
d'autres pièces éinaillées de travail bjv.antin,
échelonnées au courant du XI*= siècle : la reliure
de Sienne ('), une reliure de la bibliothèque
de Saint-Marc, à Venise, un icone-reliquaire à
Notre-Dame de Maestricht {'). La férule de saint
Pierre, invoquée en faveur d'une époque anté-
rieure à la consommation irrévocable du schisme
oriental, n'a rien de décisif et ne me semble pas
être un signe avéré de catholicisme. La rupture
avec le Saint Siège ne fut, il est vrai, officielle-
1. Voy. E. aus'm Weerth, Das Siegeskreuz, chromol.
2. Le manuscrit de Sienne remonte au X" siècle, mais
la reliure est évidemment postérieure : on attend au moins
pour habiller un livre que l'encre n'en soit plus humide.
D'ailleurs la sécheresse et la technique des personnages,
le détail compliqué des accessoires, n'ont aucun rapport
avec les allures magistrales del'hiérothètiucde Limbourg.
3. Labarte, Hist. des arts industr., Album, pi. Cil.
Bock, Dif mittelalterlichen Kunst-und Reliquienschcetze
zu Maestricht, p. 150, fig. 59. Bock et 'Willemsen, Antiq
sacrées de Maestricht, p. 230, fig. 60. Ch. de Linas, L art et
V industrie d'' autre/ois dans les régions de la Meuse belge,
pi. VIII. J. Wcale, Notice sur la châsse de Saint-Sen'ais,
photographie.
Bouticlles et a^clançjcs
207
ment proclamée qu'en 1053, lorsque le patriarche
Michel Cérulaire, excommunié par le cardinal
Humbert, légat de Léon IX, eut à son tour rayé
le nom du Pape des diptyques sacrés ; mais c'était
l'explosion définitive d'un feu qui couvait depuis
longtemps sous la cendre. Les orages suscités
par les iconoclastes et ensuite par Photius, n'eu-
rent que des accalmies momentanées. Chaque
fois qu'un prélat ambitieux ou servile occupa le
siège de Constantinople, les accès d'indépendance
se renouvelèrent ; quand le schisme n'était pas
déclaré en fait, il persistait toujours en germe,
malgré les efforts de Rome, le zèle des patriarches
orthodo.xes et le bon vouloir de quelques empe-
reurs à politique clairvoyante. Du reste, séparés
ou non de l'Église Latine, les Grecs ne nièrent
jamais la suprématie personnelle du chef des
Apôtres; ils ont interprété à leur manière lete.xte
évangélique, ils n'ont pas osé l'altérer.
Le saint Pierre émaillé de Sienne tient, comme
celui de M. Svenigorodskoi, une férule jointe au
vohimen traditionnel; la reliure de Venise et \ As-
cension, ivoire byzantin de la collection Carrand,
à Pise, montrent aussi la férule, mais suppriment
le volmnen ('). Or, sur les deux derniers monu-
ments, saint André ayant le même attribut que
saint Pierre, on doit supposer là une allusion
directe à leur genre de mart}'re. Au pis aller,
les Grecs ne pouvant contester le titre d'évêque
de Rome à saint Pierre, ne l'auraient-ils pas
caractérisé par un insigne jadis propre aux Sou-
verains Pontifes, sans néanmoins reconnaître à
ceux-ci le droit de juridiction universelle .^ A
Sienne, le Rédempteur sort du tombeau, armé
de la croix à double traverse, dite patriarcale,
tandis que saint Pierre n'en porte qu'une simple;
la nuance observée entre les attributs du Maître
et du disciple eut ici sa raison d'être. Tout bien
pesé, les représentations de férules sont rares
dans l'iconographie byzantine, et elle n'en fournit,
à ma connaissance, aucun exemple qui remonte
authentiquement au X' siècle.
La tonsure de saint Luc me paraît offrir un
cas exceptionnel, et d'antiquité relativement mé-
diocre. L'hiérothèque de Limbourg, les minia-
I. Labarte, ouv. cité, pi. ix. Cet auteur attribue au
X"-' siècle une œuvre dont l'expression vuljjaire des tètes,
la grosseur des pieds, un dessin lourd, accusent tout au
plus le .\h.
tures d'un manuscrit de notre Bibliothèque na-
tionale (même époque) et du Mcnologc de Basile
II (976-1025) coiffent le troisième Évangéliste
d'une chevelure intacte (■). Une seconde reliure
de Saint-Marc, oîi l'effilement et la monochromie
du personnage principal, les ombres criardes des
figures latérales, accusent tout au plus la fin du
XL'siècle.me donne seule un pendant au médail-
lon de M. Svenigorodskoi. A Venise, le Christ
en pied qui occupe le centre du décor et les bus-
tes de l'encadrement sortent de mains différentes ;
outre leur gamme heurtée, certains de ces bustes
ont des physionomies étranges, saint Thomas et
saint Philippe tiennent du Bouddha ; avec son
crâne rasé, ses yeux hagards, sa face triangulaire,
sa barbiche pointue, saint Luc est un véritable
Mongol (^). Néanmoins un court examen suffit
pour établir que le dernier offre une reproduction
maladroite du type Svenigorodskoi, exécutée par
un industriel,' habile praticien sans doute, mais
très pauvre dessinateur. Le modèle précéda-t-il
de beaucoup la copie .' De cinquante ou soixante
ans, pas davantage, puisque, création spéciale
d'un artiste distingué, on ne le rencontre, ni au
X<= siècle, ni même au début du XL".
La chlamyde de saint Démétrius est en staii-
racis, étoffe mentionnée dès 687 par le Liber
pontificalis, puis dans une lettre de Paul I (757-
"jô"/) à Pepin-le-Bref, et encore au temps de saint
Adrien I (772) (^). Les Bollandistes et d'autres
savants font dériver staunicis de n-y.-j'Ai (croix) ;
Du Cange s'en réfère à un grammairien lombard
qui écrivait au milieu du XI'^ siècle, Papias :
STOR.W lacryiiia est ; .STAUR.^CIOX gemis pallio-
rnni depictoritm ex stauracc. La variante d'ortho-
graphe, O et .\U, mérite considération. Storax,
chez Papias, est évidemment la modification
latine de cri'pa;, boutercllc de lance, nom appliqué
aussi à l'arbre producteur du storax blanc. ^goxxwwc
balsamique et résineuse livrée au commerce sous
forme de larmes. Des oiseaux (pavanes) histo-
riaient à coup sûr le tissu de Paul I, mais les
cortinœ (rideau.x) de saint Adrien pouvaient
offrir un décor géométrique : De palliis stanracin
1. Labarte, ouv. cité, pi. LXXXiv (n" 70 G.) Menolo-
giuin Grcecorum, t. I, p. 125.
2. Labarte, ouv. cite, pi. cil.
3. Sergius /, n" 162 ; S. Hailrtuniis, n" 320. tiretser,
Opéra omnia, t. \1, p. 708, Epist. XV; Ratisbonnc, 1735.
208
ïRctiue De l'art chrétien.
sai quadrapolis ('). Les chroniqueurs occidentaux
du XI*^ siècle nous apprennent que l'on faisait
des vêtements liturgiques en stauracis (■) ; l'ico-
nograpliie b\-7antine médiévale habille ses évè-
ques d'un 'jri.yyM-j ou r;y./:<Oi (dalmatique) en
étoffe échiquetée, dont les carreaux sont établis
par des baguettes se coupant à angles droits,
de telle sorte que cet opiis tessellatiiin figure à
peu près un semis de croisettes équilatères (3).
Le Mcnologe (t. IH, p. 34) rapporte que saint
Jonas fut précipité dans l'eau, attaché h crJoa/.ÎM,
terme impliquant une pierre aiguë, une stèle.
L'association des croix et des otelles (lacryiiue)
sur la clilam\-de de saint Démétrius donnerait à
la fois gain de cause aux partisans des étymolo-
gies a-y.-j'Jjz et stora.v, à supposer que Papias eût
réellement identifié les deux radicaux, chose, à
mon avis.douteuse. Le décor byzantin du X«' siècle
employa l'otelle et la croisette d'une manière
indépendante, il ne les réunit jamais (■*) : leur
alliance est plus tardive, on en sera bientôt con-
\-aincu.
1. Boulanger, cité par Du Cange, estime que (2uadra-
pola et octaf.ulum {Lib. pont. Cregorius IV, n"*462 et 465)
signifient des étoffes à caissons, soit carrés, soit octogones;
L. de la Cerda et Henschenius acceptent une opinion qui
déplaît à l'auteur du Glossariuin. Je risquerai à ce sujet
ma petite observation sous bénéfice d'in\-entaire. Le Liber
pontijicalis, n" 463, s'exprime amsi : \'estein de fundato
imam, habentem in medio histotiam depietam eu m ehryso-
clavo. On lit, au n" 465 : Vestem de fundato cum leonibus
etperyclisin de octapulo. J'interprète le premier passage
par « bandes d'or appliquées sur étoffe unie brodée » ; le
second me montre le même genre de tissu plain, avec lions
brodés et encadrement d'étoffe à caissons octogones.
2. Pallia stauracia, Chron. Fontiuietleuse, c. 16. Casu-
las de storace, Hariulfe, Chron. Centutense, 1. 11, c. 10.
3. Voy. Acta sanct. ; Constant, christ.; etc., etc. Des
vêtements sacerdotaux en étoffe pareille figurent sur les
mosaïques de Saint-Marc, à Venise, et sur une miniature
du .XIV' siècle, reproduite par M. Bayet, L'art byzantin,
p. 231, fig. 78. Deux fragments de tissus, semés de croix,
trouvés dans le sarcophage où le corps de saint Paulin
fut déposé en 1072, datent évidemment de cette époque.
Voy. Fried. Schneider, Die Krypta von 5' Paulin zit
Trier, ap. Jalirb. dcr Vereins v. .{ttcrthuins-Fr. in
Rheinl. t. LXXVIII, pi. vu.
4. Voy. Dus Siegeskreuz, pi. 1 et 11. Le R. P. A. Martin,
Mél. d'archi'ol., t. III, pi. xvili, C, reproduit une étoffe
du British Muséum, fond blanc, croisettes rouge, bleu et
vert; un motif évidé en croix prolonge chacune de leurs
branches et limite le carré au milieu duc|uel s'isolent les
ornements polychromes. Autant que je puis en juger, ce
tissu serait une imitation byzantine de fabrique lucquoise.
Des cœurs, que leur base bilobée distingue es-
sentiellement de l'otelle, sillonnent, en lignes ver-
ticales, la chlamyde de saint Georges ; les espaces
intermédiaires sont ponctués de perles. Le cœur
est entré dans l'ornementation musulmane ('),
sans néanmoins y avoir pris naissance; parallèle-
ment aux tissus b}/:antins qu'il diapré, on ren-
contre d'autres étoffes, leurs contemporaines et de
même fabrication, où ce motif, accru d'un pétiole,
reproduit exactement le pique de nos cartes à
jouer. L'intention du dessinateur devient alors
évidente ; il ne songea, ni à un viscère ni à une
pointe de lance, la feuille de lierre, avec ou sans
queue, fut son véritable objectif Le lierre, plante
bachique signalant tous les objets consacrés au
dieu du vin, était l'un des principaux s_\-mboles
d'un culte, aussi cher à l'ancienne Grèce qu'anti-
pathique aux sectateurs de l'Islam. Pour réhabi-
liter un pareil emblème chez les chrétiens orien-
taux, il fallait que le souvenir de son caractère
primitif eût été depuis longtemps effacé, et qu'au-
cun vestige n'en souillât plus l'esprit public. La
tradition religieuse est lente à disparaître : na-
guère Bretons et Allemands s'obstinaient à jeter
des pièces de monnaie dans les fontaines jadis
honorées par leurs ancêtres idolâtres ; les vierges
roumaines chantent toujours des hymnes à la
Bonne Déesse. En effet, on attend jusqu'au mi-
lieu du XI<= siècle pour voir le costume b_\-zantin
arborer franchement les cœurs et les piques,
autrement dits les feuilles de lierre (=). Ces motifs
1. Mél. d'archéol., t. III, pi. XV, B, anc. collection
Lescalopier. Entre les cœurs surgit une accolade de deux
caractères alphabétiques, réunis au pied d'un é\ entail tri-
lobé à tournure égyptienne. Ces caractères contournés
par le renversement du carton, offrent une remarquable
analogie avec le y hébreu ; on pourrait y reconnaître, sous
une forme altérée, soit le // et le 'a du koufy, soit mieu.'i
encore le r'ayn nescry, vu le point diacritique qui les sur-
monte. Le dessin est courant; les maigres accessoires,
lignes droites ou brisées, fleurs de lis, étoiles, palmettes,
quatrefeuilles, éventails, anciennes lettres arabes mal ren-
dues, associés au motif principal, m'engagent à voir dans
le tissu en question un produit des fabriques d'.Mexandrie,
et à ne pas le faire remonter plus haut que la fin du
XII' siècle.
2. Je ne m'arrête pas aux étoffes contorniates, dont les
cartons au moins datent du IV' siècle ; elles retracent les
jeux iiaïens du cirque, et les guirlandes de lierre qui en-
cadrent leurs énormes rotœ sont parfaitement motivées.
(Voy. Met. d'ttrchéol., t. IV et Les orig. de torftvr. dois.,
t. II.) Sur une miniature byzantine du X' siècle (Bibl.Nat.
jBouticUcs et 99clangcs.
209
ornent les vêtements impériaux émaillés sur la
couronne de Constantin Monomaque (1042-1055),
ainsi qu'un merveilleux tissu exhumé du cercueil
de l'évéque Gunther (►f< vers 1064), à Bamberg (').
Sous Nicéphore Botaniate (i 078-1 081), une mode
adoptée par le souverain gagne son entourage,
et elle persistera encore durant un certain nom-
bre d'années (').
L'épigraphie de nos médaillons offre certaines
formes recherchées que les alphabets de l'hiéro-
thèquede Limbourg ne présentent pas. Signalons
des ligatures ; le nœud central des S et des I ;
de Paris, n' 64 G.; Les arts soin pt., pi. XLIV), la chlamyde
de Salomon est semée de pointes de flèches à ailerons,
n'ayant rien de commun avec nos feuilles que leur dispo-
sition. Le Mcnologe, où abondent les rotcc et les qiiadra-
pola de tout genre, offre, je l'avoue, un exemple d'étoffe à
cœurs pareille au manteau de saint Georges (t. II, p. 139).
Outre que l'exemple est isolé, on le rencontre, non sur le
costume d'un personnage marquant, mais sur les anaxy-
rides d'un bourreau asiatique. Au temps de Basile II, la
mode des tissus à cœurs débutait sans doute ; les hautes
classes ne l'adoptôrent que plus tard. D'ailleurs le long
règne de Basile se partage entre le X'-" siècle et le XF, et
le style des illustrations du Mciiologe accuse nettement la
seconde période.
1. Les plaques émaillées de la couronne et quelques
débris de sa monture sont conservés au Musée national
de Budapest. Ces objets ont été publiés : en Hongrie, par
Erdy et Mgr Arnold Ipolyi ; en Autriche, par le D'' F. Bock;
en France, par moi, dans deux opuscules connus d'un fort
petit nombre de spécialistes. Pour l'étoffe de (iunther,
voy. Ml'I. d'archéoL, t. II, pi. XXXII et xxxill; elle com-
porte l'effigie équestre d'un empereur dont la robe com-
porte des trèfles en perles blanches alternant avec des
piques colorés : le champ du tableau est diapré de feuilles
analogues aux derniers. Bien que les dessins du R. P. A.
Martin inspirent toujours une méfiance, hélas! légitime,
on ne saurait l'accuser d'avoir inventé un thème décoratif
très simple et depuis longtemps vulgarisé.
2. Willemin, Monum. français incd., pi. ,XL, a reproduit
en couleurs une figure tirée du ms. de notre Bibliothèque
nationale, fonds Coislin, n" 79. Elle offre le portrait assis
de Nicéphore Botaniate : la robe de l'empereur est cons-
tellée de cœurs ; sa chlamyde, de piques. Sur une autre
page du même manuscrit, Nicéphore trône au milieu des
dignitaires de la cour ; des piques et des cœurs ornent les
manteaux de quatre des cinq personnages représentés.
L'ne troisième peinture du ("0(fer précité attribue à saint
Michel une chlamyde semée de fleurons et de violettes, qui
confirment l'intention végétale des motifs cardimorphes.
L'hiérothèque émaillce de la cathédrale de (iran (Hongrie)
montre Constantin et sainte Hélène, vêtus de robes en
étoffe identique à celle de notre saint Georges. {\'oy.Ja/ir-
huch der K. K. Central-commission, t. Il I ; Der Schats der
Metropolitanldrche su Cran, pi. 11.) Le style du monu-
ment accuse le déclin du XI" siècle, sinon tout à fait le
xif--.
le X semblable à un x italique minuscule ; le C,
à qui le rapprochement de ses lèvres boutonnées
donne l'aspect d'un torques barbare ; le M enfin,
dont la traverse, naissant au tiers supérieur des
jambages, détermine un V. Ce M caractéristique
apparaît sur la reliure de Sienne et sur les lé-
gendes des miniatures peintes dans un volume
destiné à Nicéphore Botaniate (voy. la note précé-
dente); je ne le crois pas antérieur au XI'^^ siècle.
Tenons compte aussi des noms estropiés : Ilâ/oç
pour llau/.o; (') ; Mavîii; pour My-'jkioz. Les
émaiUeurs du Porphyrogénète respectaient mieux
l'orthographe onomatologique, et si un cas de
force majeure les contraignit parfois à supprimer
ou changer une lettre, la faute, aisément répa-
rable, n'altère jamais la vraie prononciation du
mot.
Ainsi donc, chez les dix plaques de AI. Sveni-
gorodskoi, technique et accessoires concluent à
l'attribution au XI» siècle, même à sa seconde
moitié. On m'objectera toujours, je le sais, la per-
fection magistrale des têtes, notamment du Christ
et du saint Luc ; mais si, aux temps de Mono-
maque et de Botaniate, l'art byzantin périclitait,
il n'en était pas arrivé à la décadence du XIV>^
siècle. Pourtant, à cette dernière époque, les
Grecs savaient encore peindre un portrait d'après
nature et emprunter leurs types religieux aux
anciens maîtres. Comment donc, je l'ai déjà dit,
ne pas accorder le même talent d'exécution, et
à un degré infiniment supérieur aux artistes du
XL siècle, disciples presque immédiats, quoique
assurément dégénérés, de la grande école macé-
donienne ?
A la suite des disques, arrive un écusson de
forme assez rarement employée par les Byzan-
tins ; il comporte un sujet dont le dessin et la
mise en scène fournissent une ample matière à
discussion. L'objet présente un carré accru au
milieu de chaque face, d'un demi-cercle naissant
à distance égale des angles, de manière à figurer
une sorte de rosace à huit lobes, quatre aigus et
quatre arrondis ; diamètre total, o">o8. Le thème
reproduit est une Crucifixion émaillce sur champ
d'or, un ample titiitits coupe l'arbre au sommet,
prolongé outre mesure, et donne à l'ensemble
l'aspect d'une croix à double traverse ou plutôt
de deux croix superposées. Des anges à mi-corps
I. On trouve Ilic/s; sur la reliure de Sienne.
2IO
iRcuuc De rart cfjrctien.
occupent l'espace compris entre les longues bran-
ches et les courtes. Le Christ, déjà mort, penche
la tête sur sa poitrine ; ses bras et son torse
émacié s'infléchissent légèrement. 'Le periaoïiiinn,
qui descend jusqu'aux rotules, est très collant ;
l'étoffe accuse un palliiiDi virga'.uin blanc et vert,
les raies vertes chargées de pois. Les jambes ne
sont pas détachées ; les pieds reposent sur un
large snppcdaneiim: ils suivent une direction per-
pendiculaire, et le gauche recouvre en partie le
droit. L'extrémité inférieure de l'arbre pénètre
dans un monticule indécis oi:i l'on peut soupçon-
ner le crâne d'Adam. Du flanc droit du Sauveur
jaillit un filet de sang, qu'une femme (l'Église)
recueille dans un calice nimbé ; derrière l'Église,
la Sainte Vierge, les mains étendues. A gauche,
on reconnaît saint Jean : imberbe, attitude dou-
loureuse, la joue appuyée sur la main droite ; de
l'autre il tient le livre traditionnel. Une seconde
femme (la Synagogue) tourne le dos au disciple
Bien-aimé. Au-dessus des personnages acces-
soires les légendes ordinaires : lAg 0 VIOC C^
_ lA^ H MP C OV. Dans les lobes latéraux, un
maigre bouquet de tiges feuillues ; des inscrip-
tions contournent les arcs des premiers. Tracées
en caractères étrangers, ces inscriptions resteront
peut-être indéchiffrables, attendu que leur courbe
excipiente ayant été mutilée, le commencement
et la fin ont seuls persisté intacts : nous aurons
tout à l'heure une bonne occasion d'y revenir.
Un trou brutalement percé dans chaque bou-
quet, la mutilation régulière des lobes, prouvent
que notre écusson, d'abord serti sur un panneau,
reçut ensuite une autre destination qui força de
recourir aux clous et de modifier les contours.
Hiérothèque, reliure, croix, on choisira parmi
elles les objets que décora successivement un
aussi curieux morceau ; sans m'arrcter à une
question secondaire, je vais essayer de détermi-
ner à quelle date et sous quelles influences il vit
le jour.
Abstraction faite de la croix et des légendes,
le monument est imprégné d'une saveur occiden-
tale — j'irai plus loin, germanique — qui n'a
point échappé à la .sagacité de M. Schulz : mais,
d'un tel caractère, vouloir conclure a priori que
l'émail fut exécuté entre 850 et 1000, c'est-à-dire
au temps où l'art byzantin, en pleine floraison,
jouissait d'une certaine indépendance, me semble
quelque peu hardi.
La rosace, au.x pétales alternativement ronds
et anguleux, est un des motifs géométriques usi-
tés dans l'architecture ogivale ; les orfèvres mo-
sans du XIII'' siècle ont appliqué cette forme à
leurs phylactères : chez les Byzantins, je la ren-
contre, au XL" siècle, sur la reliure de Sienne ; au
XIL', sur la Pala d'oro, à Venise, et sur deux
médailles de piété en plomb ('). Eu égard au
nombre des exemples latins, les spécimens grecs
n'offriraient-ils pas un cas exceptionnel et d'ori-
gine étrangère? Notre Christ, avec ses jambes
superposées et son perisoniuîu étriqué, me montre
tout juste un pastiche — réussi, soit — du ma-
gnifique crucifix en émail, jadis propriété de
M. Sévastianov. Sur ce dernier morceau, marqué à
l'estampille du Porphyrogénète, le torse est moins
effilé ; l'inflexion du corps et des bras, plus accen-
tuée ; les pieds s'étalent en éventail ; le perizo-
nium flotte au lieu d'adhérer (=). Entre les deux
figures, je n'aperçois rien de réellement commun
que le style des têtes et le filet de sang jaillissant
du côté. Un développement relatif du thorax,
l'ampleur du periconiuiii laissant les genoux dé-
couverts, la disjonction absolue des pieds, signa-
lent en bloc les anciens modèles de crucifix grecs
ou latins. Néanmoins, les écoles plastiques de la
Meuse et du Rhin enfreignirent imc règle géné-
ralement observée. Un ivoire du IX>-' siècle, à
Tongres, nous montre le perijoniiiin adhérent ;
un encolpium du XIL', à Aix-la-Chapelle, dispose
en équerre, les extrémités inférieures du Christ,
le talon droit caché sous le gauche (3). Toutes
les figures en question affectent une excessive
rigidité ; elles s'éloignent notablement du type
Svenigorodskoi, mais on en connaît d'autres qui
s'en rapprochent peut-être davantage, et ont avec
lui des affinités, sinon directes, du moins appré-
ciables. Il s'agit de deux Christs, sculptés au
1. Communication de M. G. Schlumberger.
2. Le crucifi.x Sévastianov a été décrit par Labarte,
llist. des Arts ind.^ t. III, p. 424. Le U'' F. Bock reproduit
cet objet, Geschichte der litnrg. Ccwàndcr, t. II, pi. XVIll,
sans renvoi à un texte e.xplicatif; mais M. Sévastianov
m'avait autrefois montré son trésor et j'en ai gardé un
trop lidèle souvenir pour le méconnaître.
3. Voy. MJlanges d'archéol.,X. II, pi. VI; Westwood,
Fidilc ivûrics, p. 481; etc., etc.; Bock, P/a/-hipe/li',
part. I.p. 144, fis- l-IX-
BouMellzs ct9@cïangc0.
211
XII<" siècle dans des provinces françaises assez
distantes l'une de l'autre, le Maine et la Bour-
gogne ; le visage de chacun reflète sa nationalité
propre. Maigre sans exagération, le Christ man-
ceau, en bronze fondu et doré, a les yeux clos,
le corps presque droit, les bras à peine arqués,
les jambes infléchies, les pieds en équerre ; les
plis du pcrizonium sont raides et serrés ; les lisiè-
res de l'étoffe comportent une série de rectangles
burinés. En bois polychrome, le Christ bourgui-
gnon vient de rendre l'âme, comme un vers su-
blime du poète Sannazar l'exprimera plus tard :
Stipretnamqiie auram ponens capiit expiravit.
Bras rigides, corps affaissé, jambes séparées,
émaciation complète du corps et des membres.
'L.Q perizoniitin, qui dépasse les genoux, est col-
lant et en tissu vert semé de pois ("). Au demeu-
rant, les analogies se réduiraient à la disposition
des membres supérieurs ; au mouvement du torse
émacié ; au perizoniuin long, adhérent et historié:
mais, ces circonstances éparpillées, l'émail Sveni-
gorodskoi les rassemble à peu près toutes. J'ap-
puie sur \e periaonimn ornementé, car si le setni-
ciiictiiiin d'un Christ irlandais du IX*^ siècle est
constellé de pois rouges {^), la forme de ce vête-
ment n'a aucun rapport avec les spécimens du
XII'', encore moins avec notre objectif Vu les
difficultés de ma thèse, aucun argument ne doit
rester dans l'ombre, aussi l'on excusera la puéri-
lité des détails que je suis contraint de mettre
en relief
Les figures symboliques de l'Église et de la
Synagogue ne sont pas d'origine orientale ; le
Guide de la peinture n'en fait aucune mention.
D'ailleurs les artistes byzantins, assez libres par-
fois dans l'interprétation des textes bibliques,
suivent toujours la lettre du Nouveau Testament
r. Le Christ manceau est inédit, il appartient à la collec-
tion de M. L. de Farcy, qui, suivant ses habitudes, me l'a
géndreusement communiqué : M. L. Courajod est le pro-
priétaire du Christ bourguignon. Ce dernier, un peu plus
ancien, a été publié dans la Gazette archéol. t. IX, pi. xiv,
accompagné d'une notice telle que M. Courajod sait en
faire.
2. Les arts soiiipt., pi. XlV; Bibl. nat.de Paris, n" 257,
anc. fonds lat. Les encadrements sont analogues à ceu.x de
VEvaiigc'liaire de Maeseyck, attribué aux deu.\ sœurs
Harlinde et Relinde (VII1'= siècle) ; l'exécution des figures
est très remarquable. Si le manuscrit conservé en France
ne sort pas directement de l'Irlande, il pourrait revendiquer
une origine mosane.
et leur iconographie n'admet que des esprits cé-
lestes ou infernaux, à côté des personnages réels
de l'Evangile. Les plus sublimes conceptions du
mysticisme grec, telles que l'institution de l'Eu-
charistie et la divine liturgie, ne vont pas au delà
du Christ, des Apôtres et des Anges. Dieu le Père,
la Main bénissante, la Sainte Trinité, sont aussi
représentés à l'occasion; mais, sauf la main, je
vois là des abstractions théologiques personnifiées,
nullement des allégories (').
Il semble aujourd'hui reçu en principe que les
artistes occidentaux, depuis Charlemagne, jusqu'à
1 100, travaillèrent sous une influence byzantine
prépondérante : le fait, vrai dans une certaine
mesure, est bien loin d'être absolu. Qu'au IX<=
siècle, les écoles de la Meuse et du Rhin se soient
inspirées de modèles grecs, importations commer-
ciales ou souvenirs de voyage ; qu'au X«, la cour
de Théophanie ait, par des leçons directes, modi-
fié le goût allemand, on n'en saurait douter. Mais,
en descendant au fond des choses, on verra que
le contingent hellénique fourni aux Germains fut
presque toujours matériel ; il resta étranger au
développement des idées. Du cadavre en disso-
lution de l'art antique, était issu, au VI"-" siècle,
un art grandiose, théâtral, plus décoratif que
pittoresque. Cet art nouveau, les doctrines icono-
clastes ne le perfectionnèrent pas, bien au con-
traire, et quand l'intelligente dynastie macédo-
nienne l'eut galvanisé, en le dotant, sinon du
souffle créateur, au moins d'une exécution incom-
parable, il garda peu de temps un éclat passager.
Dès le XI'= siècle les Byzantins entraient dans
une ornière alors cachée sous des fleurs ; cent ans
écoulés, les fleurs avaient graduellement disparu,
l'ornière creusée à fond ne laissait aucun espoir
d'en sortir. Jeunes, hardies, pleines d'une sève
généreuse, tarie chez les immobiles praticiens du
Bosphore, les races germaniques apprirent de
ceux-ci les éléments du métier, composition, des-
I. J'excepte, bien entendu,les Paraboles et l'Apocalypse
où tout est symbolique : néanmoins, là même les Byzantins
s'attachent à la lettre autant qu'à l'esprit. 11 faut arriver
aux Altéi^ories et moralités du Guide de la peinture pour
rencontrer dans ce livre un véritable travail d'imagination.
Les Grecs ont mis une telle sollicitude à isoler la personne
du Christ de toute formule idolàtrique, que j'en suis à me
demander sérieusement si les humanisations païennes des
astres et des éléments, associées aux anciens crucifix occi-
dentaux, ne seraient pas empruntées à l'Italie.
XKVUE DE l'art CHRETIEN.
1885. — 2""^ LIVRAISON.
212
IRcuue De l'3rt cfjrcticn.
sin, procédés ; mais, aux enseignements venus
de l'Est elles ne se firent pas faute d'adjoindre
le résultat de leurs propres inspirations.
Un écrivain de grand mérite, M. Paul AUard,
définit ainsi le symbolisme : « Représentation
d'une idée au moyen d'une image interposée entre
elle et l'esprit. Le symbole est autre chose que la
comparaison. Celle-ci a poui; but d'exprimer une
idée en plaçant près d'elle un objet qui, par ses
similitudes, ou même par ses différences, aide à la
comprendre. Dans le symbole, au contraire.l'image
ne se sépare pas de l'idée et fait corps a\ec elle (').»
Dialecticiens subtils, grands éplucheurs de mots,
les Byzantins, en paroles et en écrits, savaient à
merveille embrouiller une question théologique ;
ils n'avaient pas assez de profondeur dans l'esprit
pour peindre une idée collective au moyen d'ima-
ges dessinées. Héritière des traditions du paga-
nisme, Byzance personnifia d'abord les sciences,
les phénomènes naturels, les éléments, les vertus
morales et les vices ; elle fit un berger virgilien
du roi David : plus tard, elle transporta au ciel
les mystères liturgiques. Est-ce là du véritable
symbolisme ("') .'Je concède encore aux Byzantins
d'avoir exprimé la Rédemption au moyen de la
croix ou du flambeau entre les deux arbres édé-
niques ; mais verra-t-on là autre chose qu'une
traduction littérale des textes sacrés par l'ébau-
choir ou le pinceau? En comparant les hiéro-
thèqucs de Limbourg-sur-la Lahn et de Cortone,
où tout est immobile, pensée et personnages, aux
1. Rdvue de V Art chrétien, nouv. série, t. 1 1 1, p. I .
2. Sur la miniature du Méiiologe (t. II, p. 59) qui repré-
sente la Fuite en Egypte, une femme couroniie'e de tours
accueille les divins e.xilés à l'entrée d'une ville qu'elle
personnifie. L'intention symbolique est ici très claire,
mais, outre une forme païenne empruntée aux usages
gréco-romains, on constatera l'absence de tous rapports,
directs ou indirects, avec nos doctrines révélées. Le Guide
de la peinture (p. 160) semble n'indiquer, dans son pro-
gramme de la Fuite en Egypte, que des murailles et non
une image allégorique : « Montagnes. La Sainte Vierge,
assise sur un àne avec l'Enfant, regarde derrière elle
Joseph portant un bâton et son manteau sur l'épaule. Un
jeune homme conduit un âne chargé d'une corbeille de
joncs ; il regarde la Vierge qui est derrière lui. Au devant,
une ville et les idoles tombant par-dessus les murs.» E.\-
cepté la châsse éinaillée, dite de Saint-Marc, à Huy, où
figure une Ville personnifiée, le programme du Guide a été,
sauf quelques variantes, suivi en Occident ; il y aurait h
rechercher qui, des Grecs ou des Latins, décida la sup-
pression de l'allégorie .'
reliquaires de la Vraie-Croix que possèdent Liège
et le Kensington-Museum, on saisira facilement
la séparation tranchée du poncif grec et du mys-
ticisine latin ; l'iminense supériorité intellectuelle
du second.
Quoi qu'il en soit, un genre de symbolisme, que
j'appellerai synecdochc pittoresque, et qui consiste
à résumer l'idée d'une grande association spiri-
tuelle dans une seule figure humaine pourvue
d'attributs ad hoc, me semble avoir échappé à
Byzance. Donner une forme palpable aux deux
doctrines révélées, pour les opposer l'une à l'autre
devant l'acte suprême de la Rédemption, offre
une telle hatitcur de pensée que l'on doit }■ recon-
naître l'enfanternent d'un cerveau créateur et par
conséquent occidental. En effet, le mutisme du
Guide de la peinture, le manque absolu — du
inoins que je sache — de moiiuinents byzantins
authentiques, mis en regard de la fréquence et de
la variété des images de l'Église et de la Syna-
gogue sur les œuvres austrasiennes et germani-
ques, favorisent éloquemment une assertion con-
traire aux opinions reçues. Je décrirai sommaire-
iTient, dans un ordre à peu près chronologique,
ces images, la plupart en ivoire sculpté, et toutes
annexées à une Crucifi.Kion.
IX= siècle. Tongres. L'Église regarde le Christ;
elle a pour attributs une lance à triple flainme et
une tige feuillue. La Synagogue, tenant une
palme, s'éloigne de la croi.x en retournant la tète.
— Bibliothèque nationale de Paris. Groupe à gau-
che : la Synagogue, qui porte un étendard à
hampe sommée d'une boule, regarde et montre
au doigt l'Église trônant. Celle-ci, la tête ceinte
d'un nimbe tourelé, joint à l'étendard spiculé une
espèce de Jlabellnni. Aux pieds du Sauveur, une
figure assise, les regards fixés sur le mjstère en
train de s'accomplir, ne diffère de l'Eglise que par
l'absence du nimbe et le remplacement du Jfabel-
liini par im disque ou un globe. J')- reconnaîtrais
volontiers la Foi (').
X"^ siècle. Collection Carrand à Pise. L'Eglise
recueille le sang divin dans une anipulla à large
goulot. La Synagogue s'en va en retournant la
tète ; étendard à pomme (").
1. Met. d'arc/u'ût. t. II, pi. V. Ce panneau recouvre le
ms. n" 650, suppl. latin. Provenance, Metz.
2. il///. d\ire/u'ol., t. 11, pi. \ 11.
jl^oiiticllcs et a^clangcs.
213
XI"^ siècle. Bibliothèque royale de Munidi. L'É-
glise reçoit le sang dans un calice; étendard
ferré. La Synagogue, arborant un étendard inerme
pose la main sur un bouclier que tient une femme
à couronne murale, assise devant la porte d'un
édifice : Jérusalem. Au bas du tableau, la Foi ou
l'Espérance, sans attributs ('). — Trésor de Pan-
cienne abbaye d Essen. L'Église porte obliquement
sur l'épaule un étendard ferré, et elle présente un
calice au flanc blessé du CllRIST. La Synagogue
se détourne complètement du Sauveur pour
regarder saint Jean : attribut, une palme ('). —
Cathédrale de Tournai. L'Eglise, SC A ECLESIA,
reçoit le sang dans un calice. La Synagogue,
HIERVSALE, contemple le Christ: elle a le
costume et l'attitude ordinaire de la Vierge qui
manque à la scène, ainsi que saint Jean ['). —
Musée de Tournai. L'Église tient à deux mains
une aiupnlla pareille à celle de l'ivoire Carrand;
mais ici le vase est nimbé : un flot de sang y
coule. La Synagogue a pour attribut l'étendard
à hampe émoussée ; tête retournée vers le Christ
par un mouvement accentué (4) — • Cathédrale de
Cividale, en Frionl. Reliure d'un Psautier du
commencement du XIP siècle, donné au cha-
pitre par sainte Elisabeth de Hongrie. Panneau
sculpté en bois jaunâtre imitant l'ivoire. Le
1. Labarte, Hist. des arts iiiiiiistr.. Album, pi. XL. Met.
d\irc!u'ol., t. II, pi. IV. — Une lance ferrée caractérisant
l'Église, une hampe émoussée presque toujours la Syna-
gogue, chaque fois cjue ces personnages tiennent un éten-
dard, il faut bien reconnaître une intention chrétienne
dans l'arme de guerre, puisque le telum inerme, signe d'im-
puissance, ne s'applique jamais qu'à la doctrine vaincue.
Quant aux autres figures symboliques, les artistes austra-
siens varient tellement les accessoires de leurs Cruci-
fixio7is, que les plus malins peuvent s'y tromper.
2. E. aus'm Weerth, Kunstdenkm. deschrisll. Mittelalt.
in lien Rhcinl., pi. xx\ll, fig. I : reliure d'un volume exé-
cuté pour l'abbesse Théophanon (1039-1054}.
3. L. Cloquet, Tournai et Tournaisis, p. 238, fig.
J. '^^■aX^, Expos, de Matines, Album, pi. m.
4. Reusens, Èténients darc/u'ol., t. I, p. 298, fig.; 1'"
éd. L. Cloquet, ouv. cité, p. 92, fig. — Cet ivoire d'une
exécution fort médiocre, se trouve par malheur en compa-
gnie d'autres morceaux plus que douteux, aussi l'a-t-on
diversement apprécié. Certains le datent du XIV" siècle,
on a même dit le XVh'. Si c'est une copie, le modèle an-
cien a été scrupuleuseinent rendu ; jjas un détail suspect.
Les partisans du XVI" siècle basent leur opinion sur le
serpent enroulé au pied de la croix; l'objection est sans
portée, car les crucifix occidentaux, du IX^au .Kl" siècle,
offrent plusieurs exemples de ce reptile symbolique.
Christ n'est pas nimbé; quatre clous le fi.xent à
la croix cantonnée des symboles évangélistiques.
A la place du titulus, la Main bénissante et la
Colombe. A droite et à gauche, Michel et Gabriel,
désignés par une inscription latérale, encensent
le divin Crucifié et recueillent dans une coupe le
sang qui coule de ses mains. Au-dessous, la
Vierge et saint Jean. Au bas, l'Eglise, S. EC-
CLESIA, agenouillée, soulève à deux mains un
grand calice oii tombe le sang des pieds; elle a
pour attributs une couronne, une clef et un éten-
dard sommé de la croix. A côté de l'arbre, la
Synagogue, SYNAGOGA, debout, les yeux
bandés, tourne le dos au mystère qu'elle nie ;
caractéristiques: une tête de bouc et un étendard
dont la pointe, armée d'un fer, s'abaisse vers le
sol. L'encadrement métallique est du XIII'^ siècle,
mais le panneau date au moins de la fin du XP,
et le nom de la donatrice certifie l'origine ger-
manique du monument (■).
Une initiale historiéedu Sacrainentairedc Metz
(IX'î siècle) nous fournira la dernière variante.
L'ÉgIise,son étendard ordinaire en main, recueille
le sang dans un calice; en face, un homme barbu,
drapé à l'antique, armé d'un bouclier, élève la
main droite vers le CHRIST :ce personnage, vrai-
semblablement saint Longin, n'a de commun
que le bouclier avec la femme signalée sur l'ivoire
de Munich (-).
J'ai montré comment les artistes austrasiens
c'est-à-dire de la région orientale des Gaules
bornée par la Meuse et le Rhin, depuis la Forêt
Charbo/inière jusqu'ciu lac de Constance, et aussi
la sculpture allemande, formulèrent en synthèse,
durant la période carolingienne, les deux doctri-
nes révélées. Ma recherche des mêmes figures
sur les monuments byzantins n'a produit qu'un
i.Gon, Tties. vet. diptych, t. III, pi. xvi. La gravure
montre un travail plus grossier qu'il ne l'est peut-être en
réalité ; une sculpture fruste et brisée me semble avoir été
aussi mal comprise que mal rendue par l'artiste. L'éten-
dard de la Synagogue, ici armé d'un fer de lance, forme
une exception, mais le sens allégorique reste le même ; le
signe d'impuissance est seulement changé en aveu de
défaite : en mettant bas les armes, l'Ancienne Loi se recon-
naît vaincue.
2. Bibl. nat. de Paris, n' 1141, anc. fonds latin. Mt'l.
d'arc/u'ol., t. II, p. 52, fîg. Le cliché des Métanges laisse
un doute sur la hampe de l'étendard : est-elle armée ou
émoussée ? Médiocrement scrupuleux, le R. P. Martin n'y
regardait pas à un détail de plus ou de moins.
214
iRcuue De l'art cbtcticn.
résultat négatif; peut-être ne l'ai-je pas poussée
assez loin, mais elle embrasse une longue suite
d'années, et l'art du Bas-Empire, esclave du pon-
cif, admit rarement les innovations: de Justinien
aux temps modernes, aucun thème hiératique
de cet art ne fut peut-être remanié à fond.
Mon résultat, ai-je dit, est purement négatif,
on va voir en outre qu'il se restreint à un bien
petit nombre d'exemples.
Une miniature du célèbre manuscrit syriaque
(VI'-* siècle) de la Bibliothèque Laurentienne à
Florence, représente la Crucifixion; cette scène
est très développée. Le Chris r, accosté des deux
larrons, a les yeux ouverts : Longin, AOTINOC,
donne son coup de lance ; l'estafier à l'éponge fait
pendant au centurion romain. En bas, trois sol-
dats tirent au sort la tunique du Rédempteur; à
droite, la Vierge et le disciple Bien-aimé; à gau-
che, les saintes femmes : nulle trace de symbo-
lisme (').
La Bibliothèque royale de Munich possède
un ivoire sculpté, empreint d'un tel cachet, qu'on
croirait à une œuvre byzantine du X>= siècle, si
l'absence totale d'inscriptions et la vulgarité de
certains personnages n'y laissaient soupçonner
une réplique allemande du XL". La copie suit
fidèlement le modèle, mais elle se trahit par la
suppression des légendes et la médiocrité de
l'exécution. Le tableau (haut. o"\27, larg. o'",i5),
bordé d'esprits célestes alternant avec des figures
assises et des édifices à coupoles, se divise en
trois registres : je ne m'arrêterai qu'à l'inférieur
comportant la Crucifi.xion. Outre le Chrlst, les
acteurs du drame sont la Vierge, saint Jean et
les deux larrons ; ni Église, ni Synagogue, bien
qu'il restât de la place pour les introduire dans
la composition. Au-dessus des larrons, le soleil
et la lune sous l'aspect d'un adolescent et d'une
jeune fille à mi-corps; ils tiennent un flambeau
incliné et pleurent la mort du Créateur. Ces types
ne ressemblent guère à l'Hélios et à la Phébé,
accessoires ordinaires des crucifi.x austrasiens {').
1. Labarte, //isi. des arlsind., pi. l.xxx de l'Album.
2. Voy. C. Cahier, Nom'. 7nél. d'arcIu'oL, Ivoires etc.,
p. 29, fig. Ici, les cleu.x larrons, l'un implorant le ClIKIsr,
l'autre détournant la tête, pourraient h la rigueur être re-
gardés comme symbolisant l'Église et la .Synagogue ; mais
l'artiste, fidèle aux usages byzantins, a tout simplement mis
en action le récit de saint Luc (xxili, 39 à 42). D'ailleurs
à supposer qu'une allégorie se cachât derrière nos larrons
Le panneau central d'une belle agiothyride
byzantine en ivoire, au Cabinet des Médailles de
Paris(XI"-' siècle), comporte aussi une Crucifixion ;
mais celle-ci diffère de la précédente, et par les
détails et par le style. A la triade réglementaire
du ChrI-ST, de la Vierge et de saint Jean, sont
adjointes deux petites figures impériales, Cons-
tantin et sainte Hélène, qui surgissent entre l'ar-
bre de la croi.x et les personnages évangéliques.
Un astérisque et un croissant représentent au
naturel le soleil et la lune; légendes multi-
pliées (■).
Les Crucifi.xions émaillées de la Pala cforo,
à Venise (XI^ et XII^ siècle), sont ainsi formu-
lées : la plus ancienne montre le Ciirlst entre
la Vierge et saint Jean ; la seconde ajoute Longin
proclamant la divinité du Sauveur, un spectateur
barbu et ime femme. Longin, soupçonné au Sa-
crauicittaire de Metz, est ici mieux caractérisé
par son costume militaire et son bouclier romain ;
l'homme et la femme, groupés derrière la Vierge,
expriment un sentiment de foi plutôt que d'in-
crédulité (=).
Nous l'avons déjà dit, le Guide de la peinture,
qui règle scrupuleusement la mise en scène de la
Crucifixion, garde un silence absolu quant au
symbolisme des deu.x doctrines révélées. Mais si
l'iconographie byzantine ne semble pas avoir indi-
vidualisé l'Eglise et la Synagogue, elle les détailla
certainement. Sur une peinture du XI'-" siècle,
de Munich, cela n'enlèverait pas au génie austrasien l'hon-
neur d'avoir inventé la personnification des doctrines
révélées.
1. Gravé dans le Trésor de nuinist/i. et de glypt.; les
Ann. archéol.jL'artbyzantin.'Décnt au Catalogue, n" 3269.
2. Labarte, Hist. des arts ind.. Album, pi. Civ. « Saint
Longin, le centurion, regarde le Christ; il élève la main
et bénit Dieu. » Manuel d'icon. clirét. (Guide de la peint.)
p. 195. — La Crucifi.xion d'un diptyque byzantin en ivoire,
à Saint-Ambroisc de Milan, (.Xl'^ — XII'=sièclej,n'associeau
Christ que la Vierge et saint Jean {Ç,ox\,Tlies. vet. dipl.,
t. m, pi. xxxii;. Je cite pour mémoire un autre diptyque
indiqué parGori (loc. cit. pl.xxxvil) comme appartenant à
la collection Barberini, et dont le sort actuel m'est inconnu.
Le Christ enseignant et \i\Tkéotocos y figurent, chacun au
milieudfs principaux épisodes de son existence. A la triade
obligatoire de laCrucifixion,on a ajouté une femme nimbée
qui tourne le dos à la Vierge et la masque à demi : Gori
(p. 286) en fait Marie Cléophas, et il a raison. Du reste la
pièce n'est pas byzantine; elle me semble italienne et du
XIV'= siècle, autant qu'une médiocre gravure permet d'en
juger.
jeoutjelles et agcUngcs.
215
Zacharie, escorté des Docteurs de la Loi, encense
le Saint des Saints dont les volets prophétiques
arborent le signe de la Rédemption. Une autre
peinture (XII^ siècle) spécifie l'Église dans un
double tableau largement peuplé. Au registre su-
périeur, le Christ, entouré des Apôtres, accueille
un adolescent diadème; à l'inférieur, un évéque
nimbé, se prosterne devant un autel, au milieu
de son clergé (').
Au Mont Athos, dans l'Eglise conventuelle de
Chilandari, Didron signale une fresque peu an-
cienne, oii l'Église (grecque schismatique) est
.symbolisée par un grand navire chargé de passa-
gers appartenant à toutes les conditions sociales,
depuis lesApôtresjusqu'au peuple: JéSUS-Christ
tient le gouvernail. Debout sur un promontoire,
Mahomet lance des flèches; Arius, d'énormes
livres; le Pape,sa férule pontificale en manière de
grappin d'abordage. Efforts stériles, ils ne réus-
sissent pas à faire sombrer le vaisseau et tombent
désespérés dans l'enfer. Cependant, échappés aux
projectiles de leurs adversaires, les Orthodoxes
atteignent le rivage opposé où saint Paul jette
l'ancre au commandement du divin pilote (^).
On ne saurait méconnaître, dans cette composi-
tion si largement développée, les thèmes primitifs
du Christ covunandant mtx vents et à la mer et
du Christ marcluint sur la mer, formulés par le
Guide de la peinture (^); mais sa haine du catho-
licisme a suggéré à l'artiste des détails qui rap-
pellent trop les caricatures allemandes, insultant
Rome d'après les écrits de Luther. La fresque
de Chilandari nous met en plein XVL siècle,
bien loin de la vieille concision catholique.
L'allégorie directe de l'Église et delà Synago-
gue, on l'a vu, est absente des monuments byzan-
1. Ch. Bayet, Uart byzantin, p. 175, fig. 57; p. 171,
fig. 54. Hibl. nat.de Paris. — Le personnage incliné de-
vant le Christ serait peut-être une femme; menton ras,
cheveux médiocrement longs, retenus par un bandeau :
néanmoins le style du pallium et la tunique à larges man-
ches dénoncent un individu masculin. N'importe le se.xe
de la figure, on reconnaît ici l'institution divine de l'Église;
mais nous ne sommes pas au Calvaire, et l'allégorie, in-
troduite au milieu d'une scène qui la rend singulièrement
compréhensible, est motivée par les opinions schisma-
tiques de l'artiste. (2ue l'on mette les peintures latines de
la Vocation de saint Pierre en regard de notre miniature,on
verra, que le Grec, s'inspirant d'un ancien modèle, a subs-
titué une fantaisie au traditionnel Prince des Apôtres.
2. Guide de la peint., p. 421, notes.
3. P. 170 et 176.
tins que j'ai relevés; le calice ne s'y trouve pas
davantage : sur le crucifix Sévastianov, le sang-
coule à terre. L'idée du récipient me parait donc
exclusivement occidentale; au XII^ siècle, une
miniature de la Bibliothèque royale de Bruxelles
donne au divin Crucifié un calice pour suppeda-
neuvi; au XV^ l'Allemagne met en scène quatre
anges munis de calices et recueillant le sang qui
jaillit des plaies du Sauveur (') : cet usage, que
le panneau de Cividale nous a déjà montré, est
même encore partiellement observé sur les cal-
vaires des peuples de race germanique.
Revenons à l'émail Svenigorodskoi. La Syna-
gogue n'a d'autre signe distinctif que son oppo-
sition à l'Église; le nimbe du calice, véritable
anneau de Saturne, accuse une profondeur mys-
tique que l'ivoire de Tournai est seul à nous
offrir. La Vierge manque de la finesse élégante
qui caractérise les anciennes Panagia byzantines.
L'attitude méditative de saint Jean ne conclut
à rien de positif Prescrite dans le Guide (^), la
main appuyée contre la joue s'en détache au.ssi
parfois pour se diriger vers le CHRIST, et ce
double modèle est indifféremment usité, en Orient
comme en Occident, du IX'^ siècle au XI*=. Lourde
sur l'hiérothèque de Limbourg, la croix à double
traverse s'effile, pareillement à celle de notre
émail, sur l'agiothyride de Paris. Formées de let-
tres inégales en hauteur, les inscriptions grecques
n'accusent pas une très bonne époque.
L'examen du monument en cause nous a révélé
ce fait singulier : une allégorie, familière aux
occidentaux dès le IX^ siècle, apparaissant tout
à coup chez les Byzantins avec des symptômes
qui accusent la décadence plutôt que la floraison
ou le progrès. Les légendes barbares fournissent
un moyen d'éclaircir cette difficulté : je ne sais
trop si mon explication obtiendra un succès
complet; mais provoquer une réfutation serait
déjà fort honorable pour elle.
1. Bibl. de Bourgogne, ms. 942S; Voy. Met. tPar-
chéol., t. II, p. 49, fig. H. Otte, Handbuch der Kirchl.
Kunst-Arc/taeot.iies detitschen Mittelalters, 5"= éd. t. II, p.
686, C>-«(V/mV((« par Martin Schongauer, fig. J'ai remarqué,
sur plusieurs calvaires en Belgique et en Flandre fran-
çaise, un ange au vol, muni d'un calice et rattaché au
crucifix par la tringle métallique qui simule le filet de sang.
L'effet produit est naïvement singulier.
2. P. 195. « Auprès de la Vierge évanouie, Jean le
Théologos dans l'affliction et la main sur sa joue. »
2l6
IRciîuc De ratt cfjrcticn.
A première vue, j'avais soupçonné que les
caractères tracés à côté du texte évangélique
grec ('), appartenaient à un alphabet caucasien.
N'ayant sous la main ancun ouvrage qui permît
d'asseoir solidement ma vague intuition, j'ai
recouru à un jeune membre de l'Institut, très
versé en numismatique b}v.antinc, et ayant aussi
étudié l'épigraphie des contrées limitrophes de
l'empire d'Orient. M. Gustave Schlumberger
n'a pas fait attendre sa réponse : « Les caractères,
écrit-il, dont vous m'adressez la copie, sont cer-
tainement géorgiens. Je dirai même qu'ils ont tout
l'aspect des caractères géorgiens usités au XI 1°
siècle ou "au XIII«(2). » Plus de doute, notre
émail a dû être fabriqué au Caucase, par un in-
dustriel grec, à une date que pourront confirmer
des remarques ultérieures.
Depuis l'affermissement de la domination russe
au Caucase, les pièces d'orfèvrerie, épargnées par
la guerre et l'incurie dans les édifices religieux
de cette intéressante région, sont devenues acces-
sibles à la curiosité. De ces pièces, les unes por-
tent le cachet indigène ; d'autres ont une tournure
byzantine prononcée ; sur la plupart, courent des
inscriptions en anciens caractères géorgiens (3).
Aux environs du IV'' siècle, les Grecs introdui-
sirent le christianisme en Géorgie, mais, proie
successive des Perses et des Musulmans, elle ne
posséda une autonomie véritable que depuis
David III (1089-1 126) jusqu'à la conquête mon-
gole en 1248. Le règne de Thamar (11 84-12 12)
marqua certainement l'apogée de la prospérité
géorgienne; aussi les traditions locales attribuent
à cette princesse tous les souvenirs persistants
d'une grandeur anéantie. On doit à coup sûr en
rabattre un peu et laisser quelque chose à l'actif
des prédécesseurs ou des successeurs de la célèbre
reine ; mais il saute aux yeu.K que les plus beaux
monuments chrétiens du Caucase datent d'une
période comprise entre l'aube du XII^^ siècle et
le milieu du XIII<=. Selon iM. Bayet, dont je
partage aujourd'hui l'avis, l'immobilité de l'art
byzantin a été trop exagérée ; cet art affiche çà et
là des prétentions originales, et, au XVI<= siècle,
il se montre déjà moins rebelle au.x influences
1. Saint Jean, XIX, 16 et 17.
2. Lettre du 4 janvier 1885.
3. Voy. Bayet, ouv. citd, p. 285, fig. 94 ; 287, 95 ; 289,96:
d'après les photographies rapportées par M. Ern. Chantre.
étrangères ('). Les exemples cités par l'érudit
professeur de Lyon, et encore la fresque de
Chilandari, offrent des casépisodiqucs qui durent
se produire au même titre à des époques anté-
rieures.De Charlemagnc aux premiers Capétiens,
en France, un peu plus longtemps, en Allemagne,
Constantinople exerça sur l'art occidental une
action relative ; oserait-on affirmer que des voya-
geurs latins n'aient pas, à leur tour, introduit en
Grèce les formules pittoresques du symbolisme
austrasicn ? Les Grecs ont copié les étoffes fabri-
quées aux bords du Tigre, ils ont adopté les
modes arabes ; pourquoi l'Ouest, surtout à l'heure
des croisades, n'aurait-il pas aussi fourni im thème
à l'émaillerie byzantine? Tant routinier que soit
un peuple, laissez tomber chez lui une idée dans
la rue, un passant la ramassera toujours. Divul-
guée aux Bj'zantins, n'importe comment, l'allé-
gorie de l'Église et de la Synagogue était bonne
à prendre ; un cerveau intelligent l'utilisa.
L'attitude méditative de saint Jean, le perizo-
niuin ponctué, l'émaciation exagérée du Christ,
pourraient, à la rigueur, être compatriotes de la
formule symbolique des deux Révélations, puis-
que les plus anciens exemples de ces détails
appartiennent aux écoles occidentales (=). Mais
n'oublions pas l'aphorisme : Qitiveiit trop prouver
ne prouve rien ; recourons à des données moins
vagues.
Après le sac de Constantinople en 1204, les
producteurs d'objets de luxe, ruinés par le pillage
et l'incendie, dédaignés par la barbarie victorieuse,
cherchèrent nécessairement un asile au dehors.
La côte asiatique de la Mer Noire, d'accès immé-
diat aux fugitifs, et d'ailleurs le seul point qu'ils
pussent gagner sans risques, devint lein- séjour
naturel. Or, pendant que Baudouin s'installait
dans sa conquête, les soldats de Thamar aidaient
Alexis Comnène à fonder l'empire deTrébizonde;
Thamar dut profiter de la circonstance, et il
serait invraisemblable qu'au retour l'armée géor-
gienne n'eût pas ramené des Grecs, orfèvres,
peintres, sculpteurs, architectes, pour satisfaire
1. Ouv. cité, p. 265 et 266.
2. Le saint Jean de l'ivoire de Tongres appuie la main
contre sa joue; sur le manuscrit de Florence, la main est
portée aux lèvres ; sur l'agiothyride de Paris, le geste indi-
que ou adore, selon qu'on voudra l'interpréter. La pre-
mière attitude a prévalu en Occident.
jaout)ellcs et Q9clangcs.
217
aux exigences magnifiques de la souveraine du
Caucase.
L'attribution de l'émail Svenigorodskoi à une
période autre que le XI IL' siècle soulèverait
maintenant d'assez graves difficultés.
Divers fragments, bandeaux, écoinçons, petits
disques ornés de figures à mi-corps, ne réclament
pas un examen détaillé. Articles de commerce,
ces pièces décoratives offrent des inégalités
d'exécution ; les personnages et les écoinçons
sont très réussis, le reste l'est moins. Date élas-
tique ; Xle siècle ou XII"^^.
J'userais d'un pareil laconisme à l'égard du
résultat des fouilles de Kiev, s'il ne me représen-
tait pas une marchandise d'exportation. D'abord
une série de disques bombés (diam. o"'03) réunis
par des charnières ; aux extrémités du système,
un anneau et une chaînette : c'est le collier que
les Russes nomment banni. Des six éléments du
bijou, trois sont ornés d'oiseau.K ; trois de cercles
et de triangles. Gamme brillante, travail soigné.
Puis viennent trois objets o^2LX\i\é.s boucles d'oreil-
/fi'.Forme de sphéroïde très aplati, creux, et analo-
gue aux montres dites bassinoires ; au sommet,
une échancrure circulaire, dont les cornes sont mu-
nies d'œillets où s'adapte une broche de fil métal-
lique courbé en arc; sur la tranche, une gouttière
ménagée pour recevoir une garniture de perles.
Diamètres : o'"059, o'"054, 0'"046. Le n" i, par
rang de taille, comporte deux volatiles à tète
humaine — sirènes ou harpies — adossés et con-
tournés : entre eux surgit une plante, imitation
écourtée du lioiii perse. N°2: oiseaux dans la même
j)0sture que les sirènes ; lioin réduit à l'état de
simple croix. N° 3: disque central inscrivaiit une
rosace des plus riches ; à l'cntour, quatre tour-
teaux alternant avec des trapèzes de même style
que la rosace. Tout le décor de ces bijoux hors
ligne, animau.x ou végétau.x, est empreint d'un
cachet oriental incontestable (") ; la tonalité des
émaux rappelle les tissus de l'Inde et de la Perse,
où deu.K couleurs tranchantes se heurtent sans
offenser l'teil ; le cloisonnage témoigne d'une rare
habileté de main. M. Schulz attribue le trésor de
I. Des monstres à tête humaine sont brodds sur les
suaires orientaux de Saint-Lazare, à Autun, et de Sainte-
Anne, à Apt ; un manuscrit oigour donne une tête humaine
à Borak, la jument de Mahomet.
Kiev au XI*^ siècle ; je suis cette fois d'accord
avec mon savant confrère (').
Au sujet des bijou.x de Kiev. M. Schulz fait
remarquer un détail technique assez intéressant.
Les matières de deux nuances, parfondues dans
les jambes et les pattes des volatiles, sont juxta-
posées, sans filet métallique intermédiaire : on a
employé le même procédé sur la couronne de
Monomaque. La difficulté vaincue par les érnail-
leurs byzantins était légère ; ils n'avaient à
remplir qu'un simple trait de burin, en suivant
la méthode de la niellure. A l'aube du XII<= siè-
cle, les Limousins connaissaient déjà la juxta-
position, et ils la mirent en pratique sur une
échelle autrement grande. L'artiste distingué qui
émailla les disques du coffre de Sainte-Foy, à
Conques, et qui interprétait aussi, mais bien plus
librement, des modèles orientaux, sut juxtaposer
deux tons, sans nulle bavure, dans des cuves
larges de o™oo2 à o'"oo3.
Les sphéroïdes de Kiev sont-ils réellement des
boucles d'oreilles .-" J'admettrai en principe que
les Russes ornèrent leurs conduits auditifs de
bijou.x fabriqués pour un autre usage ; néaninoins
il reste des doutes : essayons de les éclaircir.
Les échancrures accusent une insouciance
poussée jusqu'à enlever les deux tiers d'un tour-
teau émaillé ; le travail des broches et la
soudure des œillets sont d'une grossièreté qui
contraste avec l'élégance des appendices du col-
lier : évidemment une transformation a été opérée
à Kiev, par un orfèvre maladroit.
Les exemplaires de M. Svenigorodskoi sont
isolés ; ce défaut d'appariement peut résulter
d'accidents, car on a exhumé à Vladimir deux
sphéroïdes intacts (diam. o'"054) du même genre,
et, à côté, les débris manifestes de leurs corres-
pondants. Mais l'un des échantillons de Vladimir
comporte le buste de saint Georges ou de saint
Démétrius C), et suspendre aux oreilles l'image
1. Le manuscrit 1208 (XL' siècle), à la Bibl. nat. de
Paris, contient des enroulements rehaussds d'oiseaux, et
aussi de quadrupèdes ;\ tête humaine. Le corps de ces ani-
maux est ponctué de blanc, détail qu'offrent également
les bijoux de Kiev. \'oy. Hist. des arts ind. Album, pi.
LXXXVII.
2. Voy. Vlad. Stassov, Trésor trouvé a Vladimir (en
russe), pi. II. fig. A, M, N, O, n. Le style médiocre du
buste du saint accuse le XI I' siècle, mais l'exécution des
ornements végétaux est aussi parfaite qu'au .XI'.
2l8
îRetiuc ne rart cïjtéticn.
d'un saint paraîtrait bien osé à Constantinople :
on doit croire que la noblesse moscovite fut moins
scrupuleuse. A mon avis, l'industrie byzantine
expédiait au commerce russe des pendants de
collier (biilld) qu'une mode fit passer de la poitrine
aux oreilles : le but des échancrures était de don-
ner place au lobe charnu et de le soustraire au
contact chatouilleux des perles. Le rude métier
indigène se chargea de modifier au goût des
acheteurs les délicats produits de l'art grec.
Malgré ses allures, parfois tranchantes, mon
étude ne peut diminuer en rien le mérite du livre
de M. Schulz. Aux avantages matériels d'une
typographie soignée et de 14 planches vraiment
admirables, ce livre joint une profonde connais-
sance du domaine de l'érudition aussi bien que
du terrain expérimental. Je ne prétends pas ici
me poser en critique, tant s'en faut : la collection
Svenigorodskoi m'a simplement fourni un thème
sur lequel j'émets d'autres idées que mon devan-
cier. Les siennes sont-elles préférables aux mien-
nes ? Tous deu.x, en face des obscurités byzan-
tines, nous avons dû recourir à l'hypothèse, et
l'hypothèse n'entraîne guère à sa suite que des
incertitudes plus ou moins vagues.
Cil de Linas.
-— ^ eCncorc l'email De Boîtiers. — ^
ON nous écrit de Poitiers que l'émail du
Musée, cité dans notre dernière livraison,
p. 6^, et l'objet dont il a été parlé, en 1884, p. 493,
col. 2, sont très distincts. Le second aurait cer-
tainement disparu, tandis que le premier serait
récemment entré au Musée. Nous enregistrons
la réclamation, avec l'espoir que l'on s'abstiendra
d'y répondre et que l'affaire en restera là.
^iiniaturc Du terrier De rctiêcfjé
D'Huignon. ^-— ^-^-^-^-^-^.^— .--^^--^
ETTE miniature orne un magnifique
manuscrit conservé dans le riche dépôt
des Archives départementales de Vau-
diise (■). Elle représente le cardinal
Anglic Grimoard offrant à la sainte Vierge le
\. Archives départ, de Vauctuse, G. 10.
terrier de son église. La reproduction que nous en
donnons (pi. X) a sa place marquée dans notre
Étude sur r église et le monastère de Sainte-Marie
de Fours ('). Cette reproduction nous dispense
d'une description qui aurait certainement moins
de charmes que la vue de celte belle peinture. A
gauche du douzième feuillet où on la trouve, on
lit ces vers:
« Suscipe donapia libroruiii
Virgo Maria
Presulis Anglici famidari
Quem voluisti
Onis basilicœ tis (^) Avini
Virgin is Aime
Ipsi saliiteni serves
Vitantque perennem. »
« Reçois, Vierge Marie, l'offrande pieuse des
livres du prélat Anglicus que tu as appelé au
service de la basilique de la très haute Vierge
dans la cité d'Avignon. Conserve-le et donne-
lui la vie éternelle. »
Sur le même feuillet, au-dessous de la miniature
et des vers, on lit qu'Anglicus Grimoard, cha-
noine du monastère de Saint-Ruf hors les murs
de Valence, prieur de Saint-Pierre de Die, frère
du pape Urbain V, fut nommé à l'évêché d'Avi-
gnon; le lundi 12 décembre 1362, qu'il fut nommé
cardinal du titre de Saint-Pierre-ès-liens, le ven-
dredi 18 septembre 1366, que ces deux frères
étaient fils de noble et puissant seigneur Guil-
laume Grimoard (^), chevalier, seigneur de Grisac
et de Bellegarde, au diocèse de Mende, que Guil-
laume Grimoard, âgé de près de cent ans, mourut
à Avignon, dans l'hôtel du cardinal Anglic, le 16
octobre 1366, un mois après l'élévation de son fils
au cardinalat, qu'à ses derniers moments il bénit
1. Voir dans la dernière livraison de la Revue : Etudes
d'histoire et d'arcliéologie sur i/itleneuve-les-Avigtion.
2. Dans mon dernier article sur V Eglise et le monastère
de Fours, j'ai donnd ces vers qu'on a imprimés avec quel-
ques fautes: ipse pour ipsi; tiilam pour î'/Ai/«. J'avais
cru pouvoir lire « tis » tune. C'est bien tis que porte le
texte, et l'obligeant archiviste M. Duhamel, nie dit que
c'est probablement la dernière syllabe tle civitatis.
3. 11 eut pour mère Élise de Montferrand, d'une famille
noble ti.\ée à la Canourgue (Lozère) à la lin du XII I"" siècle.
V. Rcclierchcs sur la famille de Grimoard et sur ses pos-
sessions territoriales au XIV" siicle, par tabhé J. B. Al-
banls, docteur en tliéologie et droit canon. Mende, impri-
merie Privât, 1866.
i^(^^o;(^ i])(^ jA'^-m^ <^^^^'^'M^^.
:0U X.
-^^^>
jQo uuelles et a^clanges
219
Dieu de tous les biens et Je tous les honneurs dont
il avait comblé ses enfants, et qu'il fut transporté
à Bedouès (') pour être enseveli dans l'éijlise de
Sainte-Marie nouvellement érigée en la collégiale
par Urbain V. Ajoutons, pour compléter ces da-
tes mémorables de la vie d'Anglic Grimoard,
qu'il fut évéque d'Albano et vicaire du pape à
Bologne en 1367, qu'il fit son testament le 11
avril 1388, mourut le 14 du même mois, dix-huit
ans après Urbain V, et fut enseveli dans l'église
de Saint-Ruf de Valence (°).
Le terrier de l'évêché d'Avignon forme un vo-
lume in-folio de 182 feuillets, mesurant 0,43 de
hauteur et 0,30 de largeur. Il fut dressé en 1366,
par ordre de Sicard de Fressinay, écuyer et cla-
vaire de la cour épiscopale. Ce manuscrit est pré-
cieux, non seulement à cause de son parfait état
de conservation, de sa belle écriture, de sa minia-
ture, de ses encadrements de page, de ses lettres
capitales coloriées, mais surtout à cause des indi-
cations intéressantes qu'il fournit, en faisant con-
naître les cens et services annuels dus à l'évêque
da;is la cité d'Avignon. Toute la topographie
d'Avignon au XI V« siècle est là avec les rues, les
quartiers, les paroisses, les églises, les monastères,
les hôtels de la ville papale et aussi avec les noms
des cardinaux, des prélats, des officiers de la
cour, des artistes, des marchands, qui la peuplent.
Citons quelques noms. Des cens annuels étaient
dus par Michel Granerii et Jean Varni, curseurs
du pape, par Francisquet, fils et héritier de Bro-
card de Campanini de Pavie, musicien (Tactor
instriimentorinn musicorinn), par la veuve de
Pierre de Gerdon, peintre, qui s'étaitremariéeavec
maîtreGeminici de la Turre (^) également peintre,
par Agnès de Beaufort, du diocèse de Besançon,
veuve de maître Pierre Obreri, architecte et di-
recteur de l'œuvre du palais apostolique, par
Jeanne Laure, brunisseuse de vases d'argent (bni-
7iitnx vasoruui argciiii), par Ugues de Sade, qua-
lifié de marchand et bourgeois. L'abbé de Sade,
qui dans ses Mcuioires pour la vie de Pétrarque (■*)
1. Paroisse du diocèse de Mende.
2. Baluze, Viiœ papariiin .Ivenion., t. I, p. 365, 374, 3S0,
t. II, p. 1021.
3. Ce nom est cité par M. Achard, Notes sur quelques
anciens artistes d'Avignon. Carpentras. 1836. Voir une
note de M. E. Muntz sur la statue d'Uvbain V dans la Ga-
zette archéologique, 1 884.
4. T. I, p. 40 des Notes.
attribue à sa famille une illustre origine, n'avait
pas lu notre Terrier.
On trouve en outre dans ce Terrier des détails
curieux, comme celui-ci: « État des cens en pois-
sons, en aloses et sophes, dus par certaines mai-
sons sises dans la paroisse Saint-Agricol, dans
lesquelles était anciennement la poissonnerie d'A-
vignon. Ces cens sont paj-és chaque année en
carême et si audit temps l'évêque ne veut les
poissons et préfère transformer cette redevance
en argent, son procureur doit se rendre à la pois-
sonnerie et faire taxer par deux ou trois hommes
probes la valeur d'une bonne et suffisante alose
et une douzaine de bonnes et suffisantes sophes.
Si au temps indiqué on ne trouve pas ces poissons
ou que les censitaires préfèrent payer la valeur
en argent, ils pourront le faire, à condition qu'une
alose vaille toujours une douzaine de sophes et
une demi-alose une demi-douzaine de sophes. »
Heureux temps oii une bonne et suffisante alose
ne valait qu'une douzaine de sophes! Si le ré-
dacteur du Terrier revenait sur les bords du
Rhône, il serait bien étonné! Ce rédacteur nous
apprend qu'on se rappelait encore en 1366 que le
Rhône passait autrefois près des Angles, formant
en face de ce village une île appelée l'île de Bar-
nouin, mais que dans une terrible inondation, le
fleuve changea de lit, emporta l'ile de Barnouin et
s'éloigna des collines de la rive droite. Au pied de
ces collines s'étend aujourd'hui une plaine fertile.
Voyons là une image des transformations qui
changent sans cesse l'aspect de ce monde, et au
milieu desquelles la Providence nous ménage tou-
jours quelques compensations pour nous consoler
de ce qui n'e.st plus. F. FUZET.
Doyen de Villeneuve-lez- Avignon.
— Une ancienne custoDe à reliques. -— -
ITcs rcprcscntatioiis Du
De tïcsus au ru"" siècle.
Hacrc -' (icrur
jlE musée d'antiquités de la ville de
Gand possède une ancienne petite cus-
ttjde à reliques qui mérite d'être étu-
diée, non seulement à cause de son
caractère artistique, mais surtout pour les inté-
ressants problèmes qu'elle suggère aux archéo-
logues et aux liturgistes. Cet objet a la forme
REVUE UE l'art CHRéTlEN.
1885. — 2"**^ LIVRAISON.
220
IRctJiic ûc r^vt cf) té tien.
d'un disque mesurant o'"054 de diamètre. Le
fond est formé d'une feuille de carton recou-
verte, au dos, d'un coupon de soie cramoisie ; à
la face antérieure, d'un tissu léger posé en dou-
ble épaisseur sur une feuille de pajjier argenté.
La partie centrale du disque est occupée par une
rondelle de vélin, qui se détache légèrement en
saillie; on y a tracé à l'encre rouge, en caractères
inicroscopiques, les premiers versets de l'évangile
selon saint Jean, que le prêtre récite en terminant
la messe. Le te.\te sacré débute absolument, sans
titre ni en-tètc ; il est interrompu, vers le milieu,
par une croisette tracée en bleu, dont les e.xtré-
mités sont dites dans la langue du blason pattées
et florencées, et il se termine par ces mots :
deo i^mcias — ihesiis nazareniis rex judioi uni (sic)
miserere mei — o boue iesii irahe me post te.
Les incorrections et les répétitions qui émail-
lent toute l'inscription, indiquent que l'écrivain
était peu familiarisé avec la langue latine.
Une torsade formée d'un cordonnet de soie
bleue, dont les spirales alternent avec celles d'une
cartisane de fil d'or, sert d'encadrement à Xiiinbo
ou partie centrale du reliquaire. Huit petits sa-
chets recouverts les uns de soie verte, les autres
de soie rouge, et retenus par des fils d'or, gar-
nissent la zone extérieure ; ils contiennent cer-
tainement les restes vénérés de quelques saints,
mais ne présentent aucune indication qui nous
révèle le nom de ces personnages sacrés.
Dans les intervalles des sachets on avait dispo-
sé des ornements qui ont disparu, peut-être des
chapelets de petites perles ; ils alternaient avec
des enseignes de pèlerinage, au nombre de quatre,
que nous décrirons plus loin.
La tranche du disque est masquée par un cer-
ceau de carton habillé d'un tissu d'or sur chaîne
de soie cramoisie ; cette pièce forme rebord et
porte à la crête supérieure une légère dentelle de
fils d'or tressés en résille, qui se rabat vers le
centre du reliquaire. Une torsade de cartisane,
dont les spirales sont alternativement garnies de
fils d'or et de soie bleue, est attachée sur le flanc;
elle aboutit vers le liaut, à un gland vêtu d'un
chevronné d'or et d'a/.ur, qui supporte un anneau
d'attache recouvert de soie jaune.
Le style de ce médaillon, de même que les
détails de l'ornementation et les caractères du
te.xte central, dénotent clairement l'époque où il
a été exécuté; on ne peut le reporter en décades
premières années du XVI<^ siècle, et même tout
porte à croire qu'il aura été exécuté dans quel-
que maison religieuse de Gand ou de la Flandre,
pendant la seconde moitié du XV'-' siècle.
Il reste à étudier les quatre enseignes de pèle-
rinages qui décorent le petit reliquaire. Ces pla-
ques, formées d'une mince feuille de cuivre es-
tampé et recouvert d'une légère couciie d'argent,
sont, comme la plupart des objets de ce genre,
de forme orbiculaire et mesurent o'"02 de dia-
mètre. Les trous dont elles sont repercées, étaient
destinés à les fixer sur le chapeau ou le vêtement
des pèlerins qui les emportaient en souvenir des
lieux de dévotion qu'ils avaient visités, ainsi
que l'usage en est demeuré dans quelques sanc-
tuaires des Flandres, jusqu'à une époque récente.
Le premier médaillon, vers la droite, présente
l'image de la Vierge-Mère, nimbée, couronnée
et tenant son divin enfant sur les genoux: elle
est assise dans une stalle richement décorée de
contre-forts et de pinacles, dont le style rappelle
celui des chaises figurées sur les monnaies des
souverains de l'époque bourguignonne. A l'exer-
gue les mots ; ûc Ijill. Un triple cercle en mou-
lures forme la bordure.
Cette plaque appartient évidemment au célè-
bre sanctuaire de la Vierge, qui voit depuis six
siècles, affluer dans la petite cité brabançonne
des foules innombrables de pèlerins autour de
l'image miraculeuse léguée à sa fille, la duchesse
Sophie, par sainte Elisabeth de Hongrie.
Sur la seconde enseigne on voit la figure d'une
sainte en costume d'abbesse, tenant de la droite
un livre, de la gauche une crosse ; de chaque côté
de la sainte, un animal, dont le type est difficile
Bouuellcs et s^clangcs
221
à déterminer, semble vouloir s'élancer sur elle ;
autour de la tête les mots : Vuct^n'C. La petite ville
de Wetteren, entre Gand et Terraonde, honore
d'un culte spécial sainte Gertrude de Nivelles, à
laquelle l'iconographie chrétienne donne pour
attribut caractéristique des rats, par le motif qu'on
invoque spécialement sa protection contre leurs
ravages. Il est probable que le graveur de notre
médaillon, tout en exagérant la dimension de ces
rongeurs, a voulu rappeler le symbole traditionnel
de la sainte fille de Pépin de Landen.
La troisième plaque est d'une attribution moins
aisée. Elle offre l'image d'un diacre portant dans la
main droite une grande palme et dans la gauche
un livre ; près de lui une figure d'homme dans
une attitude ironique; entre les dcu.x; personnages
se trouve un objet dont l'aspect est assez confus,
mais qui pourrait bien être un gril carré. Ce mé-
daillon serait donc le souvenir d'un pèlerinage à
l'honneur de saint Laurent. Le saint diacre était
jadis fort vénéré en Flandre et dans le Brabant,
oij un grand nombre d'églises sont dédiées sous
son vocable. La ville de Lokeren, au pays deWaes,
notamment, située à peu de distance de Wetteren,
est placée sous son patronage et porte dans son
blason le gril caractéristique. L'absence d'épigra-
phe sur cette plaque empêche de déterminer
avec certitude à quelle localité elle appartient.
Le quatrième médaillon placé sur notre reli-
quaire, représente le Sauveur crucifié ; la tête
est entourée du nimbe et il est vêtu d'une tunique
qui descend jusque sur les genoux. La croix est
inscrite dans un encadrement légèrement orné de
rinceaux, qui accuse très nettement la forme d'un
cœur et dont les lobes supérieurs sont décorés de
deux petites étoiles. Sur les côtés extérieurs
la légende : *toatl * — * luittcl * en minuscules
gothiques ; en haut cinq étoiles. Le médaillon est
bordé par un perlé. La reproduction très fidèle
qui se trouve en regard de ces lignes, permettra
d'apprécier exactement et dans ses détails, l'objet
spécial de cette notice.
En étudiant ce petit médaillon on remarquera
que le Christ y est représenté vêtu de la longue
tunique à manches, qui apparaît dans un grand
nombre de monuments iconographiques anté-
rieurs au XII>= siècle, tandis que, à partir de cette
époque, le divin Crucifié n'est généralement cou-
vert que d'un peihoniiini, dont les dimensions
diminuent à mesure que l'on se rapproche de
l'ère moderne. Le type du Sauveur attaché sur
l'arbre de la rédemption.vétu d'une ample tunique,
ne s'était guère conservé, pendant la dernière pé-
riode du moyen âge, que dans certaines représen-
tations traditionnelles, dont la plus connue est le
célèbre Sacro Volto, de Lucques. Cette image,
dont la tradition fait remonter l'origine jusqu'aux
contemporains de Jésu.s-Christ, était l'objet
d'un culte très populaire dans nos provinces :
elle était représentée notamment sur une fresque
du XV"= siècle, qui décorait l'ancienne chapelle
des ménétriers à Bruges.
Notre médaillon offre ensuite un autre pro-
blème ; quelle interprétation faut-il donner au
texte que porte lisiblement la légende .' La con-
sonnance des mots lotDi (^i?//^/ appartient certai-
nement à l'ancien idiome flamand, mais le premier
est inintelligible, à moins que l'on n'y reconnaisse,
par suite d'une erreur de gravure, la préposition
î'(ï« (de) qui, jointe au mot suivant, indiquerait
l'origine de l'objet, l'endroit où se trouvait l'image
vénérée du Crucifix.
Le nom de Battel est celui d'un hameau voisin
de la ville de Malines (par conséquent pas trop
éloigné de Hal et de Wetteren) ; il s'y trouvait
autrefois un calvaire, formant la dernière station
du chemin de croi.x qui traversait la cité et dont
le point de départ était établi au Calvaire du
Grand Pont. La distance de ce Calvaire à celui
de Battel mesurait 14903 pas. La gilde des archers
qui vénérait spécialement la Sainte Croix con-
damnait souvent ses membres à la peine d'un
pèlerinage à Battel. Le registre aux résolu-
tions de cette corporation porte à l'année 1439 ■
Jan Speellioven gildenbroer van den kniisboghe
iverd gecondeinneert by hooftinaiis ende gesxuorne le
doeii ecne pelgriinagic teii heyligen Cnice te Battele.
En 1580, la chapelle de Battel fut détruite de
même que tous les emblèmes de la Passion du
Sauveur qui se trouvaient le long du chemin pour
indiquer les diverses stations. L'érudit historien
des Ki Rues de Malines^ , M. l'abbé van Caster, qui
a bien voulu nous donner ce renseignement, ne
possède malheureusement pas d'autres indications
relatives à ce pèlerinage.
L'image du divin Crucifié est placée au centre
d'un encadrement dont la forme insolite n'a
d'analogie qu'avec celle du cœur. Peut-être l'ar-
222
Kcuiic De rart chrétien.
tiste a-t-il voulu symboliser en quelque façon, les
sentiments d'amour et de tendre piété que doit
inspirer le souvenir de la douloureuse Passion de
l'Homme-Dieu. Il est cependant plus naturel d'y
voir plutôt une représentation du Cœur du divin
Maître, qui a aimé le monde jusqu'à l'immolation
du Calvaire. Cette explication paraîtra moins
hasardée si l'on veut bien nous permettre d'appor-
ter ici quelques renseignements relatifs à d'autres
monuments du culte du Sacré-Cœur,qui semblent
contemporains de notre petite médaille.
La dévotion si répandue au Sacré-Cœur de
Jésus n'est certes pas une nouveauté dans le
dogme catholique et l'on a pu, en suivant la trace
lumineuse des écrits des Pères, des vies des Saints
et des annales de l'Église, en marquer l'origine au
moment même où le divin Rédempteurconsomma
son sanglant holocauste sur le Golgotha. Cepen-
dant jusqu'au jour des révélations confiées à
la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, le
culte du Sacré-Cœur était demeuré le privilège
de quelques âmes d'élite et n'avait reçu ni la sanc-
tion de la liturgie ni les hommages de la dévotion
populaire. Les représentations symboliques du
Sacré-Cœur sont inconnues dans le domaine des
antiquités chrétiennes, en dehors des images qui
nous montrent le divin Crucifie frappé au côté
par la lance du centurion ; il faut descendre jus-
qu'à la dernière période du moyen âge, lorsque
une dévotion spéciale aux cinq plaies du Sauveur
se répandit dans la chrétienté, pour trouver des
tableaux où le Cœur de l'Homme-Dieu paraisse
comme sujet spécial, directement offert par les
artistes à la piété des fidèles.
Parmi les monuments les plus curieux du culte
rendu au Sacré-Cœur en même temps qu'aux
autres membres blessés du corps du Sauveur,
nous signalerons deux estampes conservées dans
la collection du Musée germanique à Nuremberg.
Elles remontent aux âges héroïques de la xylo-
graphie, comme en témoignent abondamment les
formes archaïques et imparfaites de la gravure ;
des reproductions /ac-sù/n/e en ont été données
dans le recueil intitulé : Die hohschnitte des //-
und ij Jahtiiunderts in Germanischen Musemn
(Nuremberg, Soldan, 1874, in-40).
La première de ces images (pi. XVI du recueil
cité) remonte à la période de 1420 à 1440 ; elle
présente un médaillon circulaire dont l'encadre-
ment est formé par un texte illisible ; au centre un
cœur blessé, dont l'artère supérieure est remplacée
par un annelet d'attache : L'image de l'enfant
Jésus entièrement nu et assis sur un coussin, est
placée dans le cœur ; il porte le nimbe crucifère
autour de la tète, un fouet plombé et une verge
entie les bras. Le médaillon, qui repose sur une
croix ornée de la couronne d'épines et des clous,
est accompagné aux angles de quatre disques
moindres, où les mains et les pieds du Sauveur sont
entourés de nimbes crucifères; dans les écoinçons
la lance et l'éponge fixée au bout d'un roseau.
Quoique d'une époque un peu moins ancienne,
l'autre vignette du Musée germanique n'est pas
moins intéressante pour l'histoire du culte du
Sacré-Cœur. Au centre de l'image, le Cœur divin
encadré de la couronne d'épines : il est transpercé
sur toute sa largeur d'une grande blessure béante
d'où s'épanchent des gouttes de sang : dans les
angles les images des autres plaies du Sauveur
encadrées de nuages stylisés, entre lesquels se
détachent en haut et en bas, des réserves carrées
portant les sigles : 1» l). 0. et : X- p. 0. Au bas de
la planche est placée l'inscription suivante :
^ifiT inUuMiïiiijcr ;^:irlîci in bcm ï>crt:;f lie»
Ijaiijct bie Iniiijaftiijcn atciigt uiib îTn-aitc dire
JDunbcn ber .^citcu jryi Uicidjc ein itilidj
jncuuij mit luarcf iiclii uiib pciiljt ,^ mit
anbacljt aufidjt Ucrdicnt \ii ^av PL-fijcluifl
aller .fMiniï tiurLl) licrinjljug dcé Ijeiiiitcn Ta-
tLTô imnd l)cni îlndicnci/ des acljtcii Patift ai^
oft't daû liciïljiiljt 511.
que l'on peut traduire:
« Ce cercle à l' intérieur du Cœur pn'sente la
« longueur et la largeur exactes de la plaie du côté
« du Christ ; quiconque la considère attentivement
« avec une véritable contrition et s' étant confessé,
« mérite sept ans d' indulgences pour tous ses pé-
<i chés, par concession de notre saint père Innocent
1 ]^ III et selon ce qu'il a décidé. »
Le catalogue du .Musée fixe la confection de
cette gravure entre les années 1.1.84 à 1492, et
nous apprend que le bois original existe encore
entre les mains de l'imprimeur Hessel à Altdorf.
Il ne nous a pas été donné, malgi-é nos recher-
ches, de retrouver quelque preuve certaine du
privilège concédé par le pape Innocent VIII aux
pieux serviteurs de la « plaie du côté » du Sau-
veur. Lors même que l'indulgence mentionnée
Jl^ouucllcs et mélanges.
223
par la vieille estampe d'Altdorf ne s'autoriserait
que d'une légende populaire sans titre régulier,
il convenait, croyons-nous, de la signaler, avec
la petite médaille de Battel, comme l'un des pre-
miers monuments de la grande dévotion des
temps modernes. B. de V.
LE zélé secrétaire de la Revue, M. L. Cloquet^
veut bien nous signalcr,outre ces documents
xylographiques, les textes qu'on va lire, dans les-
quels il est fait mention d'objets ayant quelque
rapport avec le culte du Sacré-Cœur:
Item, iing aieur d'or csmaillé de rouge cler : ou
dedens est ung crucifiement de Notre-Dame. —
Item, ung autre reliquiaire, où il a ung roy et une
royne qui soustiennent u)i ballay en façon d'un
cueur, 011 il a dessus une croisette, en laquelle il a
du fust de la vrayc Croix, et au dcssoulx une grosse
perle et deux esuieraudes pesant deux onces (').
lies anciens Uitraur De ï^Iêtcc. '^—
[N sait que l'art de peindre le verre et
de spiritualiser en quelque sorte la
lumière et le jour, remonte à des temps
fort reculés.
« Ac sub versicoloribus figuris
Vernans hcrbida crusta sappitiratos
Flectit per prasinum vitnim lapillos (-), ))
dit Sidoine Apollinaire dans une lettre adressée
à Hesperius, où il rend compte de la cérémonie
à laquelle il venait d'assister, en 450, pour la
consécration de l'église bâtie à Lyon par saint
Patient.Cette église dédiée aux Machabées fut or-
née de vitraux coloriés, « où, sous des figures
peintes, un enduit d'un vert printanier fait éclater
des saphirs sur des vitraux verdoyants ». D'après
le poète Prudence, la basilique de St-Paul-hors-
les-murs montrait dans ses fenêtres cintrées, des
vitraux ornés de fleurs aux brillantes couleurs.
La basilique de Ste-Agnès bâtie par la fille de
Constantin, la basilique de Byzance dédiée à la
I. E,\t. de l'invent. de Charles V, 1379, n" 25CX3-2930).
V. Rl'giie lie JÉsus-CHRisr, avril 1884, p. 92.
2. Œuvres d'Appollinaris Sidonius, traduites par J. I". Grégoire
et F. Z. Collombet. Tome I, livre II, p. 174. Collection Migne, vol.
58, col. 487.
Sagesse éternelle,avaient reçu le même ornement.
Fortunat décrit les verrières peintes qui de son
temps ornaient déjà les églises des Gaules. No-
tre-Dame de Paris, St-Martin de Tours, St-Denis
étaient célèbres par la beauté de leurs tableaux
diaphanes. Cet art délicat et gracieux se répan-
dit dans tout le Nord, et notre Flandre, si riche
en monuments, si riche en belles églises, qui ger-
maient de son sein comme des fleurs superbes,
avait cultivé de bonne heure la peinture sur
verre ; elle possédait d'admirables vitraux dont
il ne reste plus qu'un faible souvenir. La fureur
des iconoclastes, plus barbares que les barbares,
a détruit les magnifiques verrières de St-Rom-
baut de Malines, de Notre-Dame d'Anvers, de
St-Sauveur de Bruges et de tant d'autres qu'on
ne saurait énumérer.
Le mauvais goût qui régnait aux XYII" et
XVII F' siècles condamna à une destruction à
jamais regrettable d'admirables travaux des âges
antérieurs et grand nombre de verrières échap-
pées par hasard au.x coups des hérétiques périrent
sous les sentences des marguilliers. Il ne reste
donc en Belgique et dans le nord de la France,
ces contrées ravagées par les guerres, les luttes
religieuses et le vandalisme révolutionnaire, que
peu d'échantillons de cet art précieux. Ste-Gu-
dule à Bruxelles, St-Jacques à Anvers, la cathé-
drale de Tournai et l'église de Notre-Dame à
St-Omer en offrent de remarquables spécimens ;
l'on ignore généralement que dans un obscur
village de la Flandre se trouvent d'antiques vi-
traux dignes des plus beaux temps et des plus
grands noms qui aient illustré l'art des peintres
verriers. Le village de Flêtre, diocèse de Cam-
brai, archiprêtré d'Hazebrouck, patrie de l'his-
torien Jacques Meyer (1491-1 552), appartenait
à l'illustre famille de Wignacourt, qui lui donna
ses armes : d'argent à trois fleurs de lis de sable
au pied nourri de gueules. Là se trouve une
église à trois nefs dans le style du XV<= siècle.
La magnificence de ses anciens seigneurs l'avait
dotée de plus d'un monument remarquable ; un
bas-relief ou ex-voto d'albâtre, en style florentin,
représentant la scène du crucifiement, œuvre
d'un grand mérite ; un banc de communion en
chêne sculpté, véritable chef d'œuvre ; de belles
pierres tombales, aujourd'hui mutilées, d'Antoine
Van HoLittc et de Jehan de Wignacourt, et un
ancien tabernacle en forme de tour qui actuelle-
ment sert de fonts baptismaux'. Ce genre de
tabernacles, que les Allemands appellent Sacra-
incntshaiisclien (ou tourelles eucharistiques), était
commun autrefois, 11 en existe çà et là quelques
spécimens, notamment, dans la cathédrale de
Grenoble, dans l'église de St-Jcan de Maurienne,
dans celle de St-Pierre de Louvain, dans l'église
de St-Martin à Courtrai, dans l'église paroissiale
de Dixmudc (Flandre occidentale) qui, comme
celui de Flêtre,datent de la fin du XVI'' siècle. De
plus les seigneurs de Wignacourt avaient enrichi
cette église de vitraux de la plus rare beauté.
In ecclesia parochia/i cernerc est fcnestras vitrcas
élégantes adnioduni a viris nobilibiis doniXtas,à\'i
Sanderus, Flandria illustrât a, tome III, fol. 92.
Quoique maltraités par les ans et par les hommes,
ils ont conservé assez de couleur et d'e.xpression
pour qu'on puisse les attribuer à un maître, mais
le nom est resté inconnu. Comme les architectes,
les sculpteurs et les maçons qui élevaient la
maison de Dieu, les peintres verriers se croyaient
largement payés de leurs peines, quand ils avaient
laissé à la postérité quelques chefs-d'œuvre
anonymes. Ils avaient consacré leur temps et leur
talent à embellir un pieux édifice, c'en était assez.
Des hommes compétents considèrent les vi-
trau.x de Flêtre comme beaucoup supérieurs à
ceu.x de la cathédrale de St-Omer. Ces verrières
au nombre de quatre datent de la Renaissance,
comme le dit en très bons termes un connai seur,
M.Latteux; elles offrent les trois conditions essen-
tielles de la peinture sur verre : un agencement
bien compris de composition, un beau caractère
dans les lignes ; une coloration harmonieuse et
douce ; et enfin une exécution facile et large.
Les quatre verrières représentent V Iininaculce
Conception, Jcsits an milieu des docteurs, le Cru-
cifientent et la Résurrection. La croisée de l'/w-
inaculce Conception, placée au-dessus de l'autel
latéral de gauche, est une oeuvre admirable. La
figure de la Vierge est ravissante d'expression,
une angélique e.Ktase se peint sur ses traits, ses
vêtements coloriés aux plus douces teintes de
rose et d'azur se détachent sur un fond d'or
rayonnant. Dans le haut du vitrail, le Père cé-
leste plane et semble bénir sa fille bien-aimée ;
trois beaux anges remplissent les vides au-dessus
de l'image de Marie, A ses côtés on voit le soleil,
electa ut sol, la \\x\\ç., pulchra ut luna ; une bande-
role qui serpente au-dessus de la tête de la Vier-
ge porte le texte : tota pulclira es aniica mea et
macula non est in te. Des médaillons d'une déli-
catesse exquise retracent les emblèmes de la
Sainte Écriture appliqués à la Mère du Sauveur :
Porta celi. — Spéculum sine macula. — Exaltata
quasi cedrus. — Puteus aqnarum viventium. —
Radix Jesse floruit. — Sicnt liliuminter spinas. —
Hortus conclusus. — Oliva speciosa. — Civitas Dei.
Chacun de ces petits tableaux mérite l'attention.
Les armoiries du seigneur de Flêtre et de sa
femme sont au bas du vitrail. Cette verrière a
été exécutée ou plutôt restaurée à l'époque de
Michel de Wignacourt et de sa femme Gene-
viève Adornes, c'est-à-dire vers 1650. La figure
de St Michel, son patron, a disparu, mais l'e.x-
trémité du fer de la lance est restée ; par contre,
celle de Ste Geneviève est parfaitement conservée.
Le vitrail représentant JÉ.SUS au milieu des
docteurs, se trouve au-dessus de l'autel latéral
de droite, dédié à saint Nicolas. Au (.lire des
connaisseurs c'est l'œuvre la plus remarquable
des quatre. Au sommet, le Père éternel bénit son
Verbe bien-aimé, et des anges gracieu.x jouent
de plusieurs instruments de musique. D'autres
anges placés dans les intervalles du temple écou-
tent les paroles du divin Enfant. C'est là, il faut
le reconnaître, une idée bien ingénieuse. Marie
et Joseph sont à l'entrée du temple et contem-
plent leur Jésus. Les docteurs l'écoutent, les
uns avec admiration, les autres avec stupeur. Les
tètes du pontife et des docteurs sont belles et
vigoureuses, l'architecture est légère, aérienne,
la coloration vive mêlée d'or est très réussie.
Le troisième vitrail, placé à la troisième fenê-
tre de la nef de gauche, contient deu.x sujets
superposés. Au sommet, on voit Notre Seigneur
crucifié, quatre anges reçoivent dans des coupes
le sang qui découle des plaies. La Ste Vierge
et St Jean contemplent la Sainte Victime, des
soldats jouent aux dés les vêtements de JKSUS,
dans le fond une vue de Jérusalem. Dans la par-
tie inférieure on voit JÉSUS assis au bord du
puits de la Samaritaine. Ces deu.x tètes sont
très expressives, supérieures peut-être à celles
jl3out)cllcs et a^clangcs
22:
qui représentent la scène du Calvaire. Les anges
auprès de la croix ne sont pas vêtus, ce qui sem-
ble caractériser l'époque de la Renaissance.
Vis-à-vis de ce vitrail, dans la nef de droite, se
trouve la verrière qui représente la Résurrection,
œuvre remarquable. Le peintre a donné aux sol-
dats, gardiens du sépulcre, des attitudes variées
de surprise et de stupeur, et le Sauveur s'élève
majestueusement au milieu d'cu.x. Dans la se-
conde partie du vitrail se trouve retracée une
autre scène rappelant un fait local assez curieu.x,
dont la tradition a gardé la mémoire. Un fermier
du nom de Van Naerden frappa au visage le bailli
du comte. L'action violente se trouve représen-
tée, à côté celle du jugement, et plus loin celle du
pardon ('). Les têtes et les costumes de cette
scène sont pleins de vérité et peints avec une
expression ravissante. La date 1540 détermine
l'époque de ce travail.
Nous pouvons assurer qu'outre les deux belles
verrières qui se trouvent au-dessus des autels
latéraux, il en existait si.x autres dans les nefs
latérales, dont il ne reste intacts que quatre tym-
pans. De plus, il y en avait aussi dans le chœur
à côté du maître-autel. Le temps et la négligence
ont causé des dommages irréparables.
Le curé actuel de Flêtre, M. l'abbé Van Cos-
tenoble, ami distingué des arts, restaure l'église
et les vitrau.x', avec un zèle et une intelligence
qu'on ne saurait assez louer, on lui devra la con-
servation de ces remarquables peintures, de ces
objets antiques et précieux que l'église de Flêtre
renferme. Les deux premières verrières, qui sont
actuellement artistement rétablies, nous sont une
preuve que le cachet artistique de l'époque a été
aussi bien compris que rendu. Ce zèle sacerdotal
doit inspirer une bien vive reconnaissance à tous
ceu.K qui aiment les arts et les doux souvenirs du
beau pays de Flandre.
Ignace de Cou-sseiMaker.
I. Pour perpétuer le souvenir de son forfait et inspirer
une leçon salutaire. Van Naerden avait été condamné à
faire faire k ses frais ce vitrail, ou du moins, une partie
notable. Ceci ne doit pas nous étonner, on en rencontre de
nombreux exemples dans l'ouvrage de M. Cannaert, an-
cien conseiller à la cour supérieure de Bruxelles, intitulé:
Recherches sur l'ancien drcil pénal en Flandre ci particti-
lièremejk à Garni, pendant les XIV, XV' et XVI' siècles,
et aussi dans un article intitulé : Ancien droit pé)ial, péna-
Hté-i singulières, Messager des sciences et des arts, Gand,
1S34. pa-c 5.
?^22ji^2^j^H^MMMMMp55
www. '^i WWWWWWWW.
Jiz monograminc 3 V} S sur les
Rostics (')• •■-:-^^-— — --— ^--=^--— ^---^
ES choses les plus simples, les plus
claires, en principe, finissent, peu à peu,
par devenir les plus compliquées et
les plus obscures. Tel il en est précisé-
ment du célèbre monogramme qui nous occupe.
Rien de plus élémentaire, de plus évident que
son origine et sa signification primitive; et, ce-
pendant, malgré l'usage très fréquent que nous
faisons aujourd'hui de ce beau monogramme sur
les hosties, son interprétation véritable est des
moins connues, même des, prêtres qui l'ont con-
tinuellement sous les yeux. Nous allons donc
tâcher d'en parler le plus brièvement et le plus
complètement qu'il nous sera possible.
S
I.
I vous demandez la signi-
fication de ces trois lettres
^^
à ceu.x qui ne s'occupent point î^
d'une manière spéciale d'ar--3^
chéologie chrétienne, ils ne ^^
savent le moins du monde à
quoi s'en tenir. C'est tout au
plus s'ils vous diront que ce sont là trois initiales
d'une phrase qui veut dire : soit Jésus Homo
Sahator, soit lu Hoc Sahts, soit enfin Jésus
Hostia Salutaris. Il en est aussi qui se piquent
d'archéologie religieuse et qui ne craignent pas
d'affirmer, bien plus de prononcer ex catltedm,
que ces trois lettres signifient : /«//j //<'////«///«
Sahator. Malheureusement parmi ces derniers
il s'en trouve même de fort savants, et il est
inconcevable qu'ils soient tombés et demeurent
dans une erreur si grossière.
M. l'abbé Raphaël Patroni, par exemple, si
I. Extrait de mon ouvrage manuscrit intitulé: IJ Hostie
et son symbolisme.
220
Eetiue De l'att cbrétien.
érudit et si judicieux d'ailleurs, s'exprime ainsi :
« Les Latins impriment sous la croix et au centre
de l'hostie ces trois lettres I H S, qui 'peu-
vent être interprétées : Jésus Hoininuin Sal-
l'ator (')■ » Sur un socle de tabernacle conservé
au musée Borély ou Borelli, à IVIarseille, et re-
produit en phototypie dans la IV"^ livraison de
la superbe revue eucharistique de Paray-le-Mo-
nial, intitulée : Le règne de jÉSUS-ClIRLST, page
283 de l'année 1884 on lit ces deux vers italiens
qui paraissent être du XV" siècle, plutôt que du
XVI«, ainsi qu'il est noté sur la planche :
SE-PER-DILETO-CERCHANDO-TV
VAI-CERCHA-IHS-CHE-CONTENTO-
[SARAL
Or l'auteur de la description explicative, qui
se signe E. de L. interprète le I H S du second
de ces deux vers, de la manière suivante:
Se per dileto cerchando tu vai; cercha
(Jesuin Hominum Salvatorem)z\\<t contentosarai.
Je m'abstiens d'autres citations, car elles se-
raient superflues.
II.
POUR bien
saisir le sens
authentique de ce
monogramme, il
^^ faut en connaître
'^^\p l'origine. Ces trois
lettres, en effet,
n'étaient au com-
mencement que
des caractères
grecs, de sorte
que I H C était tout simplement le mono-
gramme de JÉSUS, dit en grec l'/io-oj;, ou bien
encore en lettres majuscules l'HiO'VS. En consé-
quence le monogramme I H S n'est que la
contraction de tout le nom l'yiaiO;, en ne prenant
que les deux premières lettres et la dernière,
bien que le monogramme grec soit le plus
souvent exprimé par ces deux majuscules seule-
ment I C. Et que ce soit là une véritable contrac-
tion, on le voit, à ne pas en douter, par le sigle
qui s'y trouve très souvent au-dessus.
On pourrait objecter que la troisième lettre de
I. Esposizione délia Messa, Tratt. I, Lez. ix.
ce monogramme n'est point le sigma grec, mais
bien Vesse ou se latin, et qu'en conséquence I H S
latin n'est pas le monogramme de J ESUS. Or cette
objection ne fait que confirmer notre opinion,
car, pour indiquer le nom de JESUS en latin, il
fallait bien changer le C ou ^ en S. On dira en-
core que dans ce cas l'H n'était pas nécessaire,
mais nous ferons remarquer que nos pères pro-
nonçaient le nom JESUS en aspirant l'e, comme
s'il y avait Jhesus, ce que l'on voit aussi dans le
nom Joannes que l'on prononçait et écrivait
Jolianncs, en tâchant de latiniser au possible les
mots grecs et hébreux. Cette manière d'écrire et
de prononcer le saint nom du Sauveur a été
usitée même dans le vieux français. En effet une
paraphrase de Y A%'e Maria du XV^ siècle, qui
est à l'abbaye de Saint-Sauveur de Bologne, a
cette strophe :
Fructus veiitris ini. Sans père
Ihesu fils de toy, Virge mère.
Me doint user du fruit de vie
En Paradis sans depestie. Amen.
III.
M ON interprétation est con-
firmée par la grande
autorité de mon célèbre ami,
Mgr Barbier de Montault. Ce
savant archéologue chrétien,
dans sa description du fer à
hosties dit trésor de l'abbaye de Sainte-Croix de
Poitiers, dit: « La première (hostie), à gauche,
donne le nom de JÉSUS, surmonté d'un sigle
d'abréviation. Le monogramme est abrégé,suivant
la forme grecque latinisée, autrement dit, il ne
conserve que les deu.x initiales et la finale du
nom. Le S terminal indique bien, en effet, un
mot latin qui se lit ainsi: IHesuS. Le sigle, qui
annonce toujours une contraction, prend l'aspect
d'un dais architectonique, honneur rendu à ce
nom glorieux et béni ('). » Ce fer à hosties
I. Le trésor de Pabbayc de Sainte-Croi.v de Poitiers, XI,
page 394. Voir aussi le mcme auteur : Description icono-
graphique de quelques fers A hosties de r Anjou. — Le fer
à hosties du tnonasti^re de Sainte-Croix à Poitiers, dans le
1=' volume du Règne de Jésus-Christ, p. 39 et suiv. Ces
ouvrages très savants, comme sont tous ceux de l'illustre
écrivain, m'ont fourni la plupart des renseignements con-
tenus dans cet article. Je tiens infiniuiciu à lui montrer
ma vive reconnaissance.
JI3oiiticlles et a^clangcs.
227
vraiment admirable, est du XIII'= siècle et peut
donner deux grandes hosties et trois petites,
différentes les unes des autres. Il a été reproduit
en similigravure dans le premier volume du
Règne de JÉSUS-CIIRIST, année 1S83, page 41.
Cette interprétation devient d'autant plus so-
lide que sur maints fers à hosties du moyen âge,
dont j'ai une assez bonne collection, sur l'une des
hosties l'on voit I H S et sur l'autre X P C, tel
que l'ancien fer à hosties de la paroisse de Saint-
Léonard de Campobàsso, ce qui veut dire évi-
demment Jésus Christus. Bien plus,sur l'actuel
mais très ancien fera hosties de l'église archiprc-
trale de Mirabello, diocèse de Bojano (Molise),
on lit X P I H S, c'est-à-dire ClIRlSTUS JESUS,
ou bien Christos Jesous en grec. Dans ces
sortes de monogrammes on met donc en parfaite
correspondance, comme pour faire pendant, le
nom Christus avec le prénom Jésus. Et comme
X Pou bien XPC signifie évidemmentCHRiSTUS,
de même I H S ne saurait dénoter que le saint
nom de Jésus purement et simplement. LeMusée
de Rouen possède un spécimen des fonts baptis-
maux en plomb au millésime de 1407 avec- cette
inscription : BENEDICTUS IHS CHRISTUS,
c'est-à-dire Jesus-Chri.STUS. Cela devient encore
plus évident par les deux monogrammes IHS MA
ou bien IHS M qui se trouvent sur plusieurs
monuments anciens, comme par exemple, le
premier sur la cloche de Villard-Eymond (Isère),
fondue en 1632, et le deuxième sur la croix de
Caravaca de Piano d'Erba, en Brianza (Italie),
et qui ne peuvent signifier que Jésus, Maria.
IV.
ON sera peut-être
étonné de voir
ce mélange de lettres
grecques et latines
dans le même nom.
Mais qu'on se rassure,
c'était l'usage très
commun de cette épo-
que-là. On voulait ex-
primer de la sorte
l'union des trois lan-
gues, l'hébreu, le grec et le latin sur le titre de
la croix ; on voulait désigner l'unité de l'Eglise
grecque et latine, par la fusion de leurs langues ;
on voulait symboliser que devant Dieu, comme
devant le CHRIST et son Église, il n'y a pas de
différences de nations et de races, mais que nous
sommes tous un en JESUS-Christ : Non est
Jndœus, neque Grœcus. . . Oinnes enini vos uniim
estis in Christo Jesii. (Ad Galat. III, 28.) C'était
donc une nouvelle et surnaturelle confusion de
langues bien entendue oîi tous les peuples ne
devaient être de nouveau que nniiis labii, comme
avant la Tour de Babel.
Ainsi, comme la liturgie latine dérive de la
grecque, nous gardons encore dans la liturgie
actuelle le Kyrie eleison de la messe et des
Litanies, l'^^^wj du vendredi saint, et le Domimts
Dcns Sabaotli du Sanctus. Lisez, s'il vous plait,
cette strophe de l'office de saint Ithier, évèque
de Nevers:
Lucem, doxam et gaudia
Ouibus gaudet recolentes,
Ecce prostratos sceleriim,
Doxe particeps superum.
Lisez encore ces deux vers d'une inscription
métrique qui nomme les saints représentés sur
l'autel d'or de Bàle, et qui est maintenant au
musée de Cluny:
Quis ut Hel, fortis, medicus, Solcr, Benedictus ;
Prospice terrigenas, clemens, mediator, ousias !
N'est-ce pas là la \\o\\\q\\ç. fusion des langues
dans l'Eglise.''
V.
PLUS commun
fut encore l'usa-
ge d'écrire même le
mot latin Christus
parle X grec, qui se
changea ensuitedans
le X latin. Sur la
reliure byzantine
d'un évangéliaire du
XI L' siècle, qui ap-
partient au marquis de Ganay et qui est gravée
dans la Gazette des beaux arts, tom. XIX, p. 3 10.
on dit des quatre évangélistes :
v< Mattheus, Marcus, Lucas, scsq i^sanctusque) Johannes.
Vox horum quatuor reborat te XPE redemptor.»
Dans la prose de l'Annonciation du Missel de
Nouaillédc la fin du XV' siècle, qui est actuelle-
ment à la bibliothèque du séminaire de Poitiers,
on trouve :
HEVUE DIS l'art CHRÉTIEN.
1885. — 2'"^ LIVRAISON.
228
Ecuuc ne rart chrétien.
<,< Tu parvi et magni,
Leonis et agni,
Sahatoris Xpis/i
Templum extitisti. »
A l'extéiieur de l'église de Saint- Sylvestre, à
Venise, il y a une croix latine avec cette inscrip-
tion cruciforme, formée de manière à ce que l'X
soit finale de CRVX et initiale de XFE :
c
Sit CRUX vera salus
w
o*
n
p
Non seulement nous voyons que même le nom
latin Cliristus s'écrit par l'X, mais ce qui est plus
curieux encore, sur le dessin d'un des sceaux de
l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers l'on voit une
croix timbrée au centre par un X seulement. Cet
X dénote évidemment le CHRIST ('). Enfin le
célèbre M. De Rossi dit : « Dans les hymnes,
poèmes et rythmes alphabétiques de Fortunat
(saint Vciiance Fortunat, cvêquc de Poitiers), au
VP siècle, et plus tard des poètes carlovingiens,
l'X latin commence toujours le mot Xris-
tiis (=). » Il avait dit ailleurs que l'X, initiale de
Xoi(7-o;, « est un signe cruciforme, et par suite
l'une des vraies formes du signum Christi, main-
tenue dans la consécration des églises, lorsque
l'évêque trace les deux alphabets grec et latin
sur la cendre répandue dans la nef (3). » Après
tant de raisons, d'exemples, d'autorités, on pour-
rait aisément, ce semble, me donner gain de
cause ; mais il y a davantage.
VI.
D
^ANS des questions
de cette espèce on
ne saurait absolument
se passer de l'avis du
célèbre Guillaume Du-
rand, évêque de Mende,
dont le Rationalc di-
vinoniui officioriim fait
autorité. Nous le citerons d'autant plus volontiers
I. Collection de Dom Fonteneau, t. LXXXII,pag. 131.
1. Huit, di Archeol. crbt. 1881, pag. 153.
3. Ibid. pag. 152.
qu'il est précisément un écrivain du XIII'^ siècle
011 ces sortes de monogrammes étaient très
en vogue, même sur les hosties. Voici donc
ce qu'il dit à ce propos: « Hoc autem nomcn
Jésus, Porphyrius philosophus, grieca et
latina lingua peritus, scribebat latine JESUS,
gr;Ece vero per H., quam Grœci pro longa
sonant. Unde et quidam proferunt GVSUS, (d'où
le français JÉSUS et l'italien Gesu'): Latini
vero per elongam. Rectius ergo videtur sic esse
pingendum Y H S, per graecam abbreviationem,
quam PIlESUS per latinam aspirationem, sed et
hoc nomen Christus, cum sit griccum, graeca
scribitur abbreviatione sic X P C ; nam Grœci
ponunt X pro CHI, P vero pro RE et C pro S.
Si autem scribitur per SE, a latina terminatione
finitur. » Les remarques de cet écrivain célèbre
sont si sages, si raisonnées, que dorénavant nous
n'aurons plus aucun doute sur l'origine ni sur
l'interprétation véritable du monogramme IHS,
quoique on ait préféré de mettre l'I au lieu de
l'Y proposé par Durand.
VII,
ENFIN, et comme raison \f
péremptùire contre la
fausse interprétation de ces
trois lettres symboliques, nous
nous servirons des vers mêmes
du socle sus-nommé, vers qui, ^^^S^^^^V
malgré l'orthographe fautive et la mauvaise cou-
pure, sont passablement italiens et de onze
syllabes, autrement dits endecasillabi à la façon
de ceux de la Divine Comédie de Dante, bien
que différemment rimes. A la place donc de ce
Jesion Hoininuiii .S'rt/iV7A'/r;«,étrangement prolixe
et qui n'a rien cà voir avec le second vers, mettez-y
Gesu', tout court, et vous verrez que les deux
vers, malgré leur orthographe fautive, sont natu-
rels et assez bons. Il faut donc lire :
Se per diletto cercando tu vai,
Cerca Gesu' che contente sarai (')•
I. Non seulement M. E. de L. a mal interprété ces
deux vers, mais il n'en a même pas saisi le sens littéral. Il
les traduit donc ainsi en français : ^< Si pour hicn-aimé \w
vas cherchant, et que tu cherches JÉSUS, combien tu seras
content 1 comblé) >, ou bien en vers :
Tu vas pour /w«-<j//«<' chercher ! ... cherche JÉSUS
\'a ! lu seras content et ne chercheras plus.
Bouuelles et ogélangcs
229
Il est clair dafic comme la lumière du jour que,
même ici, le monogramme IHS ne signifie et ne
peut signifier autre chose quejESUS pur et simple.
VIII.
ET maintenant quel
est la raison sym-
boliquedece monogram-
me sur les hosties? Pour
la bien saisir il faut
savoir d'avance ou se
rappeler que les hosties
sont les monnaies de
Jésus - Christ. Aussi
bien, Ernulphe, évêque
de Rochester en 11 24, nous dit que le pain
eucharistique était donné alors aux fidèles, comme
il l'est aujourd'hui, en forme de monnaie : in for-
niavi ninmiii ('). Et comme sur leurs monnaies
les princes font imprimer leur nom, voilà pour-
quoi il était tout à fait convenable que sur les
hosties, véritables monnaies de JéSUS-Christ,
on trouvât le nom de notre Roi, qui est le Roi
des rois : Rex reguni et Doniinus doininantmni.
Cette raison est donnée par Honorius, savant
prêtre d'Autun, mort vers 1145 et qui s'exprime
de la manière suivante : « Le pain reçoit la forme
d'un denier, car le pain de vie, le CHRIST, a été
livre pour un certain nombre de deniers, lui, le
vrai denier qui sera donné en récompense aux
ouvriers de la vigne. L'image du Sauveur est
exprimée avec les lettres sur le pain, parce que sur
le denier on grave l'image et le nom de l'empereur
et que par ce pain l'image de Dieu est réparée en
nous et notre nom inscrit dans le livre de vie if). »
Or le savant Pape Benoît XIV, rapportant ces
explications, les approuve fort de toute son auto-
rité d'écrivain ecclésiastique hors ligne (3).
Seulement il paraît, qu'au temps d'Honorius.on
se contentait de mettre sur les hosties seulement
le monogramme du Christ sans son image : cet
u.sage en effet ne fut introduit que vers le com-
Or, le vrai sens littéral est celui-ci : Si tu cherches (ou
vas cherchant) ^-AX agrément, par plaisir {pour te réjouir),
cherche JÉSUS et tu seras content (satisfait). On aura
remarqué que l'auteur a confondu diletto : bien-aimé,
chéri, avec diletto: plaisir, déhce, charme, bonheur, etc.
1. D'Achery, Spicilegitim, t. III, p. 471.
2. Gemma anima; lib. I, cap. XXXV.
3. De Synodo diœces., lib. I, cap. vi.
mencement du XIIIi^ siècle. Ce fut depuis lors
donc, qu'en vo)-ant une hostie, on pouvait se
demander avec JéSUS-Christ à l'égard de la
monnaie du tribut : Ctijns est imago Iiœc et sitper-
scriptio ?.... Reddite ergo quœ siint Dei, Deo (').
Enfin le monogramme de JÉSUS sur les hosties
est son étiquette divine pour montrer ce qu'elles
contiennent réellement. Ainsi, comme les éti-
quettes Ckai-treuse, Bénédictine, Cognac, Mar-
sala, Barbera, etc. placées sur certaines bouteilles
dénotent le vin ou la liqueur véritable qu'elles
contiennent, de même les mots JESUS, Chkistus,
ou JesuS-Christus imprimés par monogrammes
sur les hosties nous apprennent que ce n'est pas
seulement l'image ou le nom du Sauveur qu'elles
contiennent après leur consécration, mais le Fils
incarné de Dieu lui-même, réellement, en person-
ne cni honor et gloria in sœcula sacidorum. Amen.
Monacilioni, décembre 1884.
Profess. Archiprêtre VINCENT Ambrosi.ANI,
Docteur en Théologie et en Droit Canon, Membre
de la Commission permanente des Fastes et
Monuments eucharistiques de Paray-!e-Monial.
H propos D'une Image Du Sacrc=CCocur.
Nous croyons opportun de signaler aux
fidèles de récentes représentations du
Sacré Cœur qui visent à èXre: populaires, et qui
ne sont pas conformes au type romain, seul auto-
risé par le St- Siège.
On connaiss.'iit déjà les plaies lumineuses et
rayonnantes, motifs iconographiques que nous
tenons des peintres italiens pré-raphaëlites.
Indiquer \a place dit Cœur ne suffit pas, il faut
le montrer. Si c'est du réalisme, soit; mais, en
tout cas, c'est le seul moyen de traduire exacte-
ment la vision de la bienheureuse Marguerite-
Marie, qui a 7'u le cœur enflammé dans la poitrine.
D'ailleurs, le décret récent de la Sacrée Congréga-
tion des Indulgences faisant loi, il n'y a pas lieu à
discussion. Or, Rome a déclaré formellement que
230
IRetîue oe rart cfjrétien.
tout Sacré Cœur, où le cœur ne serait pas appa-
rent, était impropre à faire gagner les indulgences
attachées à la prière récitée devant une image
du Sacré Cœur. C'est donc tromper les fidèles
que de leur mettre entre les mains une représen-
tation/(^«j'i'd' et qui les induit en erreur sur des
indulgences qu'ils ne peuvent gagner.
L'autorité ecclésiastique pourrait être plus
vigilante à cet endroit, et ne pas laisser fabriquer
et répandre une image condamnée. Je n'y vois
aucune e.Kcuse : ni d'indifférence, car alors elle
serait coupable; ni d'ignorance, puisqu'il serait
étrange qu'on ne se préoccupât point davantage
de connaître les décisions du St-Siège, même
les plus récentes et les plus pratiques; ni de sys-
tème et de parti-pris, car, grâce à Dieu, le galli-
canisme a fait son temps et n'est plus un obsta-
cle inintelligent et jaloux à la diffusion des seuls
et vrais principes, qui sont ceux enseignés par
Rome. Nul écart n'est possible dans cette voie,
oi;i l'individualité disparaît pour faire place à
l'autorité, qui commande à la fois respect et
obéissance. Erudimiiii qui judicatis.
X. B. DE M.
iLz plafonD Du Bccugin, à la salle De
rincciiDic Du Bourg. — ^-^— ^..^-^-^-.^
OUS ce titre, M. le commandant
Paliard a publié dans la Chroiiiqtie des
arts de la curiosité (^l'èi^,'^. 276-277,
284-285), une étude qu'il est bon de
connaître et dont je détache uniquement la
description iconographique :
« On le voit, personne n'entre dans les de'tails, et ne
cherche à rendre compte des sujets ; nous allons essayer
de décrire ces saintetés qui intéressaient Rome au temps
de la Renaissance, et ne sont guère à l'ordre du jour à
notre époque.
« La voûte se compose de quatre ronds aplatis à la base;
ils sont placés entre les nervures et groupés, à leur som-
met, autour de l'écu de Nicolas \', qu'entoure une couronne
de feuilles d'acanthe. Il est à croire ici que le plafond est
fait d'un seul jet, quand Raphaël, aux salles de la Signa-
ture et d'Héliodore, s'est servi des ornements existants,
ne remplissant de ses figures que les divisions principales.
« Le rond placé au-dessus de la bataille d'Ostie repré-
sente le Père Eternel bénissant le monde ; assis sur des
chérubins, entouré des esprits formant la hiérarchie
I. Matth. XXII, 20-21.
céleste, il tient le globe dans la main gauche et bénit de
la droite. Cette composition rappelle le tympan de V Ascen-
sion de Lyon, aujourd'hui à Paris, à l'église Saint-Ger-
vais, et qui est fort retouché : elle est semblable aussi au
compartiment supérieur central du retable de l'autel de la
chapelle de Saint-Michel, à l'église de la Chartreuse de
Pavie. On sait qu'au contraire de Raphaël, le Pérugin ne
craignait pas de répéter les mêmes sujets sans presque
rien changer ; âpre au gain, il tirait souvent de ses pein-
tures un profit d'autant plus grand qu'elles étaient plus
connues, ce qui se comprend au point de vue de la
dévotion.
« Du côté opposé, au-dessus du sacre de Charlemagne,
le médaillon contient un sujet relatif au Christ. Notre-
Seigneur annonçant la venue du Saint-Esprit à ses dis-
ciples à genoux autour de lui, leur donne sa bénédiction;
le Père est au-dessus du CHRIST, le Saint-Esprit au-
dessous pour rappeler l'évangile selon saint Jean, cha-
pitre XIV, où le Sauveur les avertit qu'ils recevront tout
ce qu'ils demanderont en son nom, et qu'il leur enverra du
sein de son Père un autre consolateur; il leur dit en outre
qu'ils devraient se réjouir de son départ. Cette réunion a
lieu avant la mort de J ÉSUS ; aussi la trace de ses plaies
n'existe pas.
« A la fresque de l'Incendie correspond le jugement par-
ticulier d'Eve. Eve étant morte, son ân-.e paraît devant le
Christ; elle implore son pardon avec la plus grande
humilité, les anges prient pour elle ; l'archange saint
Michel lui fait pendant, tenant l'épée de la droite, les
balances de la gauche ; ses actions sont pesées ; il lui est
pardonné, et les bras ouverts du Christ indiquent qu'elle
est jugée digne des limbes.
« Cette composition fait penser au premier péché et
à sa suite ; quelle scène triste que celle d'Adam et Eve
chassés du paradis terrestre par l'ange à l'épée de feu !
On sait gré à Antonio Vite, au commencement du XV°
siècle, dans sa fresque naïve peinte au couvent du T à
Pistoia, de sa pensée consolante. Devant le chérubin
vengeur, il a placé un deuxième ange qui, accompagnant
les coupables, tient sa main sur l'épaule d'Adam, en
signe de protection ; c'est leur ange gardien : il les
soutiendra dans les misères de la vie nouvelle, et les
aidera, en sanctifiant leur travail, non pas à retrouver
le paradis perdu, mais à gagner le paradis céleste, où
ils se trouvent aujourd'hui.
« Telle est l'opinion de l'Eglise ; elle a pensé que les
premiers humains, après leur chute, devaient souffrir,
mais pour se réhabiliter et arriver à la gloire éternelle.
« Aussi, Adam, notre premier père, et Eve, notre
première mère, sont inscrits au nombre des saints par
les bollandistes. Cette fresque du Pérugin se trouve
d'accord avec eux, comme la dispute du Saint-Sacrement
l'est pour Adam placé parmi les douze saints au ciel,
entre saint Pierre et saint Jean l'Évangéliste. C'est aussi
pourquoi, dans la représentation de Nôtre-Seigneur aux
limbes, on voit Adam et Eve au premier rang parmi
les patriarches délivrés ; après Abel, ce sont eux qui
attendaient depuis le plus longtemps ; le vieillard Siméon,
BouDcUes et sgclangcs
231
saint Jean-Baptiste venaient d'y pdnétrer. Bientôt, à
l'Ascension, ils feront leur entrée triomphale au paradis,
accompagnant le Sauveur c[ui y arrivera le premier,
suivi de tous les justes élus depuis le commencement du
monde.
« Opposé au Jugement d'Eve, après sa mort, on
remarque le Jugement de saint Jérôme, paraissant, de son
vivant, devant le tribunal du Christ.
(,< Ce quatrième sujet est placé au-dessus du serment du
pape saint Léon III. Ici, on trouve le châtiment au lieu
de la récompense.
« Le Christ occupe la partie centrale du compartiment,
ayant à sa droite saint Jean l'Évangéliste, et à sa gauche,
celui qui deviendra saint Jérôme. On distingue les quatre
archanges : Gabriel, Michel, LIriel et Raphaël, et, tout
autour, les milices célestes.
<( Jérôme, après avoir été jugé, et avoir subi la peine
du fouet, fait, en présence de son Dieu, de la main
droite tenant la pierre dont il se frappait la poitrine et
qui le désigne, le serment de n'avoir plus de livres
séculiers et de n'en lire jamais. Après ce serment, il est
rendu à la liberté. (Lire son épitre XXII'', à la vierge
Eustochie.)
« On voit la dissemblance avec le jugement d'Eve ;
Jérôme vivant est rendu à la liberté pour travailler à
son salut, mais il n'obtient pas son pardon ; le Sauveur
n'ouvre pas les bras, comme dans la scène d'Eve ; il les
retire, au contraire, en signe de réprobation ; les anges
s'abstiennent de prier ; c'est l'expression de la sévérité
au tribunal de Jésus-Christ.
«, Le coupable est présent en réalité devant le souve-
rain juge, ainsi qu'il l'écrit .1 Eustochie, quand, Eve
étant morte, son âme seule paraît au jugement particulier;
l'idée vient de rappeler la différence que Dante répète
à satiété, entre lui, Virgile son guide, et les âmes qu'ils
abordent : « Les âmes ne portent pas ombre comme
les vivants », dit-il sans cesse. Cette distinction, à obtenir
plutôt par une diminution dans l'intensité de la couleur,
serait difficile en peinture, et n'a jamais été observée
qu'accidentellement ; les saints sont toujours représen-
tés avec l'apparence de la vie au ciel, et lorsque, mysti-
quement, ils descendent sur la terre, bien que, au point
de vue catholique, avant le jugement dernier, deu.\ corps
réels existent seulement au paradis, en toute certitude,
ce sont les corps glorieusement ressuscites du Christ et
de la sainte Vierge : je dis en toute certitude, car
riCglise a pensé à d'autres corps glorieux pouvant s'y
trouver aussi, mais n'a rien décidé à ce sujet.
«(Saint Jean l'Evangéliste, celui que Jésus aimait, est
opposé K Jérôme pour le calme et la pureté de ses
pensées ; l'esprit de Jérôme était troublé par les visions
gracieuses qu'entretenaient les chefs-d'œuvre littéraires
du paganisme ; c'est pour ces lectures qu'il vient d'être
châtié. Je ne comprends pas trop ce qui est figuré
au-dessus de sa tête, j'y vois comme une auréole nais-
sante, interrompue et formant croissant, ou une auréole
brisée dans sa moitié ; seul, au milieu de la réunion
céleste, il est privé de ce signe de la sainteté.
« Telles sont les explications que l'étude du plafond
de la salle de l'Incendie du Bourg nous a suggérées ;
nous croyons qu'elles ne sont pas trop éloignées de la
vérité, c'est-à-dire de ce qu'a voulu représenter l'artiste.
« Les sujets pèchent par une composition trop
uniforme ; auraient-ils pu être variés, placés si près l'un
de l'autre dans des cercles égaux .' On ne sort pas de
la cour céleste, de la tête du Père Éternel, et des trois
têtes du Christ dominant une sainte assemblée ; ces
quatre têtes se correspondent régulièrement près de la
couronne centrale ; mais la diversité était-elle possible
avec la forme et la disposition des fresques ? Le tort
du Pérugin est d'avoir choisi une pareille division de
la voûte, et l'on peut dire, eu égard à cet arrangement
ingrat, que son œuvre ne manque pas d'habileté. »
Dans le volume intitulé Les viusces et galeries
de Rome que j'ai publié à Rome en 1870, à la
librairie Spithover, j'ai essayé de déterminer
l'iconographie propre des quatre tableaux peints
par le Pérugin, qui ne me paraissait pas exacte-
ment comprise par Titi, l'historiographe du palais
apostolique du Vatican. Quand M. Paliard
déclare que « personne ne cherche à rendre
compte des sujets », il se trompe manifestement,
puisque au siècle dernier on s'en préoccupait déjà
et qu'il y a treize ans que j'ai fait connaître ma
manière de voir. Voici donc mon interprétation
sommaire (p. 151): « La clef de voûte est scul-
ptée aux armes de Nicolas V. Les fresques qui
décorent ses quatre triangles sont de Pierre
Pérugin, et, quoique Raphaël ait reçu l'ordre de
les détruire, pour les remplacer par ses propres
compositions, il eut le bon goût de les conserver
intactes. Les quatre médaillons à fond d'or sont
consacrés au triomphe de Dieu: l° JéSUS-Christ,
entouré d'anges, apparaît au monde avec les
personnifications de la Miséricorde et de la
Justice ; 2° Le Père Eternel, assis sur les nuages
au milieu d'anges qui l'adorent, tient en main
le globe du monde et bénit ; 3° le Christ se
manifeste dans la gloire entre Elic et Moïse ;
4° La Trinité : Le Père au ciel, sur la terre le
Fils entouré de ses Apôtres et la colombe divine
planant sur le monde. »
Nos interprétations étant singulièrement dis-
cordantes, qui de nous deux a raison ? J'espère
que quelque visiteur intelligent voudia bien
rendre le service à la science iconographique de
relire nos textes en face de l'original et nous
transmettre ses observations.
X. lî. HE M.
Société de Saint-Jean. — On doit en grande
partie à nos amis de Saint-Jean la part notable
faite dans les congrès catholiques à la question
de l'art chrétien, et tout particulièrement ont-ils
coopéré à la mémorable exposition d'imagerie
religieuse de Rouen. Dans le sein de V Union
catholique de Rouen s'est formée une section per-
manente d'art chrétien,qui perpétuera les fruits de
cette belle entreprise. La société commence à
faire souche; une société de Saint -Jean est
constituée à Montpellier, en vue surtout d'études
archéologiques. M. Mallat, que nos lecteurs con-
naissent, est parvenu à fonder, à Angoulême,des
cours qui sont le premier élément d'une école
libre d'art chrétien. A Paris, les confrères s'inté-
ressent vivement à l'eutreprise du R. P. Clair, qui
s'est donné la mission de grouper les jeunes
artistes chrétiens en une société, qui leur procure
un mutuel appui. La société a proposé des prix
pour des concours organisés entre eux. Des cours
d'histoire, de littérature, d'esthétique, seront le
couronnement de l'œuvre; on annonce l'ouver-
ture d'un atelier de peinture, l'enseignement
y sera donné par un maître de premier ordre.
La société de Saint-Jean tient l'œil ouvert sur
toutes les manifestations du beau. Ses membres
se livrent à la critique des travaux de la plume,
du pinceau et du ciseau qui intéressent l'esthé-
tique chrétienne. Ils recherchent dans les salons
les œuvres rarissimes d'un caractère religieux,
ils mettent en relief et encouragent les artistes
courageux qui osent par de telles œuvres lutter
contre les tendances du jour. L. C.
Société archéologique du Limousin. {Bulle-
tin, t. XXXI, in-S"). — Celte laborieuse société me
donne l'occasion d'élucider deux points d'archéologie,
relatifs l'un à l'iconographie et l'autre au mobilier
liturgique.
« M. Arbellot recherche quel est le person-
nage que l'empereur romain (Constantin) foule
aux pieds de son cheval. 11 se demande si c'est
un personnage symbolique ou un personnage
historique. 1 1 passe en revue et rejette les opinions,
aujourd'hui abandonnées, de ceux qui ont vu
dans l'homme abattu et foulé le mendiant de
S. .Martin, l'Héliodore des Machabées, le démon
terrassé par St Georges ou par le Christ triom-
phant Il combat aussi victorieusement cette
autre opinion, d'après laquelle on verrait dans ce
monument une représentation de Constantin,
vainqueur du paganisme ; et, s'inspirant du rôle
de l'empereur chrétien au Concile de Nicée, qui
proclama le dogme de la divinité du Christ,
comme aussi se fondant sur ce principe qu'un
monument qui occupe dans l'église une place
d'honneur doit représenter un sujet religieu.x, et
que l'un des personnages étant historique, l'autre
doit l'être aussi, il en conclut que le monument
représente Constantin, vainqueur de l'hérésiarque
Arius et le foulant aux pieds de son cheval
MM. Palustre et Rancé ont prétendu que le per-
sonnage foulé au.x pieds du cheval ne peut être
Arius et que c'est un personnage symbolique.
Mais ces messieurs ne peuvent donner une preuve
de leur opinion et leur assertion à ce sujet ne
saurait infirmer les déductions de notre savant
président. » (p. 377, 381.)
L'opinion de M. Arbellot n'est qu'une hypothèse,
de date récente, elle n'a donc pas, logiquement, plus
de valeur que celle à laquelle elle se substitue. Le
plus ou moins de probabilité qu'on est dans la
vérité se trouve dans les raisons produites de part
et d'autre. De ce que Constantin soit un person-
nage historique, il ne s'en suit nullement que ce-
lui qui l'accompagne doive avoir la même quali-
fication ; car il n'est pas rare, au moyen âge, de
trouver le symbole uni à l'histoire ('). Si l'on re-
monte plus haut, à l'antiquité, le fait est certain
pour des monuments analogues, par exemple,
pour les monnaies, ainsi que l'a démontré M.
de Longuemar.
M. Arbellot restreint sa thèse à un fait parti-
culier: ce n'est pas assez. Les populations n'au-
raient pas compris ce qui était déjà loin de leur
pensée et de leur souvenir. Arius pouvait préoccu-
per le public à l'époque arienne, mais après, à une
distance de plusieurs siècles, il était parfaitement
oublié et n'étaient nos traités de théologie qui
lui font beaucoup d'honneur en le réfutant, com-
me s'il s'agissait d'une erreur contemporaine, il
n'en serait plus nullement question. La question
a été de bonne heure enterrée,même par le clergé;
et le mo)-en âge, que je sache, n'y a pas pris garde
dans ses œuvres d'art. Pourrait-on citer quelque
part un Arius quelconque, qui déterminerait un
précédent ou un similaire ? Arius était prêtre :
voilà un signe certain qui permettrait de le recon-
i. « Dès une époque reci:lée, le combat du guerrier contre le sei-
pent syinbDlisa la victoire du christianisme. Eusèbe, Constantini
l'ila, III, 3, m;ntionne une eflî^ic d^î son liéros perçant le dragon à
coups de lance et le jetant à la mer.»(AVî/. de l'art chrél., 1885, p. 20).
Cratjaur Des %)Ocictcs savantes
233 '■
naître. Or le petit être foulé aux pieds a-t-il le
caractère ecclésiastique ou sacerdotal à un titre
quelconque ? Son costume ne semble-t-il pas
plutôt de l'ordre civil ?
Qu'on remonte à l'idée première. Quel est le
t»rand fait de la vie de Constantin ? C'est assuré-
ment l'établissement officiel du christianisme,
assuré par l'édit de Milan. Donc la victoire rem-
portée atteint uniquement le paganisme qui seul
peut être représenté dans cette attitude humiliée
et soumise.
— Au XI'= siècle, le_ chroniqueur Adémar de
Chabannes écrivait d'Etienne, abbé de St-Mar-
tial de Limoges, en g^6 : « Hic composuit super
altare Salvatoris ecclesiam ex auro et gemmis
et argento quam vocavit rminerain. »
Au XIII'^ siècle, Bernard Isier répéta : <■! Fecit
morenam et turrem de Aina. >>
Mimera et Morena sont donc identiques.
Du Cange traduit imaiera par ciboriiim et mo-
rena ^ds palissade : il donne iniinerare (munire,
instanere) comme dérivé de niniiera.
Pour M. Ducourtiaux (p. 156), luiinera signifie
tabernacle. Cette explication est moins bonne que
celle de Du Cange, car elle suppose, au X^ siècle,
l'existence des tabernacles, ce qui n'est pas dé-
montré, à moins qu'on ne lui donne, comme au
moyen âge, le sens de dais.
Etant admise l'équivalence de morena pour
munera, qui peut fort bien être une faute de co-
piste, je trouve dans Anastase, au YisS siècle, le
mot iiuirena, avec la signification de collier, c'est-
à-dire un objet circulaire (').
Que put mettre l'abbé sur l'autel ? Ou un cibo-
r in m on une couronne ? L,e ciborium, même en
édicule, ne ressemble guère aune église, fût-il ^■'^-
coiirtiné, comme dit Viollct-le-Duc (Dtct.du Mo-
bilier, t. I, p. 244).
Au contraire, la couronne, ronde comme un
collier, peut porter, comme à Aix-la-Chapelle,
des tourelles de distance en distance et être ornée
de personnages (le Christ et les apôtres), comme
sur la célèbre couronne d'Agitulf, du trésor de
Monza. Or cet assemblage constitue parfaitement
l'aspect d'une palissade, ou mieux d'une enceinte
fortifiée, d'une Jérusalem céleste, dont l'hymne
de la dédicace dit, à la suite de l'Apocalypse :
<,< Cœlestis urbs Jérusalem,
Beata pacis visio,
Quae celsa de viventibus
Saxis ad astra toUcris,
Sponsa.-que ritu cingeris
Mille angelorum millibus. »
I. « Item, nmrenam tritiiciii aurcam. qua: habel gemmas et
buticulab. » — « Murenaminquapendcni gcmnuK hyacintliinœ tre-
decim. » — « Murenani filalani.ex qua geimiiiu pendent hyacinthin^
quatuordecim. » — « Onines murenas cuni pertinanleeorum. »
Cette Jérusalem est l'Église d'en haut, modèle
et but de l'Église d'ici-bas. Le nom d'Église lui
convenait donc aussi bien que celui à' enceinte
fortifiée, car tel est l'aspect que donnent au ciel,
aux IX'= et XIIL' siècles, les mosaïques de Ste-
Praxède et de St-Jean de Latran, à Rome.
X. B. de M.
Société des Antiquaires de France. —
M. Paul de Fontenelle, associé correspondant,
offre à la Société un mémoire sur les peintures
murales du XIV' siècle, découvertes à la cathé-
drale de Cahors, en 1874, et dont un peintre de
cette ville, M. Calmon, a entrepris le grattage
et commencé la restauration. La Société des étu-
des du Lot voudrait assurer la conservation de
ces fresques, et sollicite à ce sujet le concours
des ministres des cultes et des beaux-arts.
— M. Roman lit une notice sur un sceau en
bronze, trouvé dans les dragages de la Seine.
Le type représente un prélat mitre, crosse et bé-
nissant, revêtu d'une chasuble, d'une tunique très
ornée et assis sur un trône de forme orientale ;
à droite de sa tête est un petit soleil. La légende
doit se lire: sigill(\im) Bartlioloniei Dei gra{'C\2^
Cirduensis (^/(scopus). Sur une petite banderole
qui longe la légende, sur le côté droit, contre le
personnage, on lit : Pax vobis ; c'est le sceau du
premier évéque de Cardica, dans la Morée.
— M. Ramé signale une curieuse façade en
bois, provenant de l'abbaye de Saint-Amand,
transportée de Rouen à Paris, et exposée actuel-
lement dans la cour d'une maison de l'île Saint-
Louis.
Société des antiquaires de Normandie. —
On s'était déjà occupé des carrelages funéraires
de Normandie et de leurs inscriptions, mais on
ignorait où ces petits monuments céramiques
avaient été fabriqués.Une notice anonyme, publiée
dans le Bulletin de la Société, nous renseigne à
ce sujet : <.( Toutes les petites briques à fond brun
avec dessins jaunes ou à fond jaune avec dessins
bruns, que l'on rencontrait autrefois en si grand
nombre dans les abbayes de la Basse-Normandie,
dans les salles des chàteau.x voisins de Bayeux et
dans les vieu.x hôtels de cette ville, sortaient des
mains des potiers de Molay. >
Société historique de Compiègne. — Dans
une notice historique et archéologique sur EHn-
court-Sainte-Margnerite, M. Pe\recave donne la
description de Téglise actuelle qui date de 1 127.
Il note ce fait curieu.x que cette belle petite église
réalise la première idée des contreforts qui per-
mirent au X\'^' siècle la hardiesse de nos cathé-
drales. On )• a contre-buté la poussée de la voûte
234
IRctiuc De i'^tt cf)réticn.
en berceau dans la nef principale, seule existante
alors, par de simples mais robustes arcades en
plein cintre qui traversent maintenant les colla-
téraux. Cette voûte était elle-même renforcée de
légers arcs-doubleaux, supportés par des pilastres
ou des consoles.
— Ce qu'ont fait M. L. Cloquet pour Saint-Jac-
ques de Tournai, M. l'abbé Coyette pour Saint-
Sépulcre d'Abbeville, M. le comte de Marsy
l'entreprend pour Saint-Jacques de Compiègne.
La première partie de son travail, la seule publiée,
est consacrée à l'histoire de la paroisse. Il est
assez rare que les papes soient intervenus dans
la délimitation des paroisses; il en fut ainsi àCom-
piègne. En IT99, Innocent III, se rendant aux
vœux des habitants, délégua par un bref l'évêque
de Paris et l'abbé de Saint-Denis pour régler
l'établissement et la délimitation des deux nou-
velles paroisses, sous les titres de Saint-Jacques
et de Saint-Antoine. Au nombre des particula-
rités historiques relatées par M. de Marsy, nous
remarquons ce qui concerne la célébration de la
fête du patron. Un ancien usage, conservé jusqu'en
161 3, était de tirer l'oison sur la rivière, après en
avoir demandé la permission à l'abbé de Saint-
Corneille, auquel appartenait la propriété et
seigneurie de la rivière. En même temps les
bourgeois de la ville avaient pour habitude de
placer des musiciens au haut de la tour de l'église
et de leur faire exécuter des morceaux d'harmo-
nie en signe de réjouissance. C'était aussi ce jour-
là que la confrérie de Saint-Jacques de Compos-
telle représentait divers mystères et, entre autres,
/e miracle de Monseigneur saint Jacques.
Académie de Reims Le soixante-quator-
zième volume de ses Mémoires ne contient qu'une
seule notice archéologique, relative aux objets
mérovingiens trouvés à Luternay en 1882, et qui
sont aujourd'hui au musée de Reims. C'est l'oeu-
vre posthume de M. Victor Duquénelle, dont la
célèbre collection est aujourd'hui la propriété de
la Ville. Cet antiquaire a enrichi les Mémoires de
l'Académie de plusieurs travau.x, mais il n'a pu
malheureusement réaliser son projet de publier
un catalogue descriptif, raisonné et illustré, du
musée dont nous avons plusieurs fois admiré les
raretés. Il a contribué, par son zèle, à la sauvegarde
de l'Arc-de-Triomphe, de la mosaïque des pro-
mcnades,à la conservation du tombeau de Jovin et
de beaucoup d'autres antiquités qui sont abritées
dans la chapelle basse de l'archevêché. M. Duqué-
nelle s'est fait aimer de tous par ses nombreuses
qualités; nous les résumerons en un seul mot, en
disant avec son biographe, M. Jadart, que c'était
un chrétien de vieille roche.
Société des antiquaires de l'Ouest.- Le R.
P. de la Croix fait part à la Société d'une décou-
verte importante, opérée par M. Bourlaud, entre-
preneur à Poitiers. M. Bourlaud a trouvé, en
creusant les fondations d'une maison située rue
j de la Tranchée, vingt-et-un sarcophages.
Ce sont des sépultures chrétiennes de l'époque
carlovingienne. Le R. P. de la Croi.x les a relevées
I avec le plus grand soin. Ces tombeau.x, enfouis à
une profondeur de trois mètres au-dessous du sol
actuel, et pressés les uns contre les autres, sont
maintenant complètement dégagés. Plusieurs
avaient déjà été brisés ; il en reste encore huit ou
neuf qui sont intacts, et dont les couvercles en dos
d'âne plus ou moins prononcé sont généralement
^ ornés, dans toute leur longueur, d'un relief en
forme de croix ; sur l'un des couvercles, on voit
' un cercle dont le centre est occupé par une croix
dix la figure du chrisme est gravée à la pointe.
I — M. Ducrocq fait ensuite une communicati(.in
verbale sur un usage funéraire de l'Ouest de la
France. Il s'agit des boîtes à crânes de la Bre-
tagne armoricaine. Ces boîtes, en forme d'arches,
sont surmontées d'une croix avec cette inscrip-
tion : Ci-gît le chef de A'..., et la date. L^ne petite
ouverture est ménagée sur l'une des faces, afin
qu'on puisse voir l'intérieur. — On trouve de ces
boites dans beaucoup de localités du Finistère et
des Côtes-du-Nord. Il y en a également un assez
grand nombre dans l'ancienne cathédrale de
Saint-Pol-de-Léon ; dans le cimetière de la même
ville,on rencontre, indépendamment d'un ossuaire,
six édicules contenant des tablettes couver-
tes déboîtes. Dans le Morbihan, au cimetière de
Carnac, notamment, il n'y a que des boîtes à
squelettes. C'est un usage général en Bretagne
que celui des ossuaires. On les place quelquefois
sous les porches des églises, mais plus générale-
ment dans les cimetières ou charniers. Les os-
suaires ou charniers sont parfois encombrés, et
! alors on profite de certaines fêtes pour enlever
' le trop plein et rendre les ossements à la terre. De
même, lorsqu'il n'y a plus aucune place dans le
champ des morts pour de nouvelles inhumations,
on enlève les ossements et on les porte à l'os-
suaire. C'est ainsi que se forment les charniers
, dont M. Ducrocq a constaté partout l'existence.
' Puis, afin d'éviter la promiscuité de ces charniers,
i beaucoup de familles recueillent les crânes de
leurs défunts, et les déposent dans les boîtes qui
viennent d'être décrites. M. Ducrocq termine en
montrant que les ossuaires bretons sont, à la fin
du XIX"^ siècle, un reste des antiques charniers
des anciennes nécropoles. Il en donne la preuve
en mettant sous les yeux de la Société la curieuse
planche de l'atlas de la Statistique monumentale
de Paris, d'Albert Lenoir, qui représente le char-
Cratiaur Des %!Ocicté.s sauantes
235
nier du cimetière des Innocents, au moment de
sa suppression et de son transfert aux catacom-
bes, en 1786.
Société archéologique de l'Orléanais. —
Kn crépissant à neuf la façade extérieure d'une
maison, sise rue du Poirier, n" 6, à Orléans, des
maçons ont mis à découvert un bas-relief en
pierre, qu'une couche épaisse de mortier dérobait
aux rejjards. C'est une représentation de l'Annon-
ciation. Un ange en pied, aux larges ailes, tête
nue, vêtu d'une robe flottante que retient une
double ceinture, tend les bras vers la Vierge, et
lui présente une branche de lis. La Vierge, age-
nouillée sur un prie-Dieu, tourne la tête vers le
messager du ciel, en posant la main droite sur
son cœur et la gauche sur un livre ouvert, en
signe de foi dans les divines Ecritures. M. Bou-
cher de Molandon, consacre une notice à ce
curieux spécimen des enseignes sculptées, au
moyen desquelles nos pères mettaient leurs
demeures sous la protection d'un religieux sou-
venir.
Société des scienceshistoriciues del'Yonne.
— On savait fort peu de choses sur le sculpteur
Michel 15ourdin et sur ses œuvres. Mariette, dans
son Abecedario, ne lui consacre pas une seule
ligne. M. E. Vaudin établit que cet artiste est né
à Orléans, qu'il a refait, sous Louis XIII, à Cléry,
le tombeau de Louis XI qu'avaient détruit les
Huguenots, qu'il est l'auteur de la statue d'Ama-
don de la Porte, grand prieur de France, qu'on
voit au musée de Versailles et du tombeau de
Pierre Dauvet, à Saint- Valérien, près de Sens.
Société archéologique de la Charente. —
M. Lièvre continue ses explorations archéolo-
giques dans le département de la Charente. La
statistique du canton d'Aigre est accompagnée
de cjuatorze planches.
— M. Marcel Bourdin a donné communication
de quatre pièces judiciaires relatives à un singu-
lier usage sur le balayage des églises, usage qui
régnait encore dans l'Angoumois au XVIII"
siècle. Par la première pièce, les doyen et cha-
noines du Chapitre de l'église cathédrale de Saint-
Pierre d'Angoulcme adressent une requête à M.
le lieutenant-général d'Angoumois, pour leur
permettre de faire appeler devant eux les .syndics,
manants et habitants de la paroisse de Soyaux,
qui sont obligés, toutes les veilles des bonnes
fêtes de l'année, de venir balayer ladite église
cathédrale. Cette obligation n'ayant pas été rem-
[)lie pour les trois dernières fêtes, ils demandent
quelcsdils habitants soient condamnés à des dom-
mages-intérêts et amendes applicables au.x répa-
rations de l'église de Soyau.x, et, en outre, au.x
frais de l'instance ; et comme la fête du Cori)s de
Dieu est prochaine, ils voudraient qu'il leur fût
enjoint de venir incessamment balayer ladite
église, sous peine de trente livres d'amende. La
deuxième pièce, signée Haulier, lieutenant-géné-
ral d'Angoumois, en date du 2 juin 1676, cons-
tate que les syndics, manants et habitants de la
paroisse de Soyaux ont été condamnés à balayer
ladite église, sous peine de 10 livres d'amende, le
tout conformément à un titre du 20 mai 1583. La
troisième pièce est la copie d'un arrêt de la cour
présidiale d'Angoumois, du 14 septembre 1684,
rendu entre les doyen et chanoines du chapitre
de la cathédrale d'Angoulême, représentés par
Vivier de la Barrière, leur procureur, et les syn-
dics et habitants de la paroisse de Soyaux, repré-
sentés par Caillot, leur procureur, et enjoignant
à ces derniers de balayer ladite église, les veilles
des quatre fêtes annuelles et d'y porter des fleurs
pour l'orner le jour de la Pentecôte de chaque
année. Les habitants de Soyau.x n'obéirent pas
longtemps à cet arrêt, car une nouvelle requête
fut faite au lieutenant-général d'Angoumois, le
23 août 17 14, et, le i'^'' septembre de la même
année, le sieur Héraud, huissier de la maréchaus-
sée d'Angoumois, les cita à comparaître à hui-
taine franche, par devant les juges ordinaires de
la sénéchaussée et siège présidial d'Angoumois.
Société archéologique d'Avranches. —
Cette Société s'occupe souvent de la ville de Jer-
sey qui, par son passé, appartient à la Erance.
Les touristes, conduits par des guides peu intel-
ligents, ne connaissent guère que des églises des
quatre derniers siècles, n'offrant qu'un médiocre
intérêt. Ce sont les chapelles des manoirs qui
doivent attirer plus particulièrement l'attention
des antiquaires, et on ne peut les visiter qu'avec
l'agrément de leurs propriétaires. M. Le Héricher
a exploré tous ces monuments, et il constate que
les plus anciens, de construction romane, sont la
chapelle du manoir de Saumarès, celle du manoir
de Rozel et la Chapelle-ès-pêcheurs de Saint-
Brelade.
Société d'émulation d'Abbeville. —
M. Vaillant présente une cuillère antique dont la
hampe est ornée d'un petit personnage qui sem-
ble être la figure de l'apôtre saint Jacques.
Ne serait-ce pas, suppose M. Vaillant, l'imitation
de l'usage, d'après lequel, en .\ngleterre, une
mariée recevait douze cuillères portant l'image
de chacun des apôtres, transformation probable
des douze deniers du mariage.'
— M. Van Robais entretient la Société de la
découverte de divers objets de parure en bronze,
réunis en cercle, découverts à Villers-sur-Authie.
M. Prarond leur suppose une origine Scandinave,
en insistant sur leur parfaite analogie avec les
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
l8Sj. — 2™= LIVRAISON.
236
iRe\)uc De rart cbrcticn.
types observés par lui dans les musées de Copen-
hague et de Stockholm. M. Van Robais uicline-
rait lui-même vers l'importation Scandinave, ex-
plicable d'ailleurs par les fréquentes incursions
des pirates du Nord sur les cotes du Ponthicu;
mais il fait observer que M. de Mortillet, con-
sulté à ce sujet, s'en tient à l'attribution générale
à l'âge du bronze, en assimilant ces objets avec les
bracelets, les anneaux, les épingles, etc. décou-
verts dans les lacs de Suisse.
Association française pour l'avancement
des sciences. — Cette association a fourni les
fonds nécessaires pour exécuter des fouilles dans
les environs de Clermnnt (Landes). Divers ar-
chéologues, sous la direction de M. Teslut, de
Bordeaux, et Dufourcet, vice-président de la
Société de Borda, se sont transportés dans les
landes de Clermont et ont fouillé les nombreux
Tujiinli qui se dressent dans cette région. Des
constatations, très précieuses au point de vue
archéologique, ont été faites et seront l'objet d'un
mémoire que MM. Teslut et Dufourcet se propo-
sent de présenter au prochain congres de Gre-
noble.
J.C.
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
— Séance du 5 septembre 1S84. M. L. Delisle lit un mé-
moire sur les sacramentaires de l'époque carolingienne, et
sur l'école calligraphique de Tours du IX'= siècle.
Séance du 31 novembre. ÎVL Ed. Leblant communique
l'introduction de son ouvrage sur les sarcophages chré-
tiens de la Gaule. — 11 insiste sur ce point, que les modèles
de l'époque païenne étaient encore en usage dans les
ateliers où l'on sculptait les sarcophages chrétiens h
l'époque mérovingienne. Ce fait a déroute les archéolo-
gues du siècle dernier qui bien souvent ont cherché à
expliquer par la mythologie des scènes représentées sur
des sarcophages dont ils ont méconnu le caractère chrétien.
On ne siétonnera pas, après cela, d'entendre Tertullien
reprocher amèrement au.\ artistes de travailler pour les
idoles. La fréquence des sujets païens sur les tombeaux
chrétiens a conduit les archéologues du siècle précédent,
moins circonspects ou moins bien renseignés que nos con-
temporains, à confondre des scènes manifestement bi-
bliques avec des scènes empruntées à l'antiquité classique.
Les apôtres sont devenus des savants : Moïse, frappant
le rocher de sa baguette, a paru un sorcier; la résurrec-
tion de Lazare, un sacrifice aux dieux lares ; Jonas vomi
par la baleine, un homme luttant contre un énorme dra-
gon, etc.
La société reçoit de nouvelles et nombreuses adhésions
à sa démarche pour la conservation des monuments
historiques dans les colonies et possessions françaises.
M. Courajod communique à la Société une statuette de
bronze de la Renaissance italienne, appartenant à M. Ch.
Pultzky, de Pesth (Hongrie). Cette statuette, qui repré-
sente David vaiiigueiir, serait, d'après I\L Courajod, une
reproduction du Da-tùd mnAeM par .Michel-.'Xnge d'après
la commande qui lui en était faite en 1502, par la répu-
blique florentine, et dont la trace était perdue depuis le
milieu du W'II'' siècle.
Le même membre lit une note sur deux manuscrits de
la bibliothèque de \'ienne (.Autriche,'. Le premier est un
traité dédié à Marguerite d'.\utriche, duchesse de Savoie,
orné de miniatures françaises, rédigé en français par un
jurisconsulte napoli tain, Michel Riz, membre du parlement
de Paris sous Louis XII. Le second est une traduction
française de \ Histoire des Juifs., de Josèphe, splendide-
ment illustrée de miniatures, datée de 1463, et attribuée à
un auteur imaginaire, le moine Requier. M. Courajod
établit que ce nom de Requier, qu'il faut rayer de
l'histoire littéraire de la France, provient d'une lecture
inattentive d'un discours en vers adressé par l'auteur
inconnu au lecteur.
Séance du 16 Janvier. — AL Robert de Lasteyrie
communique un mémoire dans lequel il recherche l'ori-
gine d'un ouvrage d'ancienne orfèvrerie française. 11
s'agit d'une croix à double traverse, ornée de pierres
précieuses, d'une pierre gravée, de perles, et filigranéc.
Elle a certainement servi de relitiuaiie et devait renfer-
mer du bois de la \'raie Croix. La pièce qui la termine
indique qu'elle pouvait êtie fixée h une hampe, afin sans
doute d'être portée processionnellemcnt dans certaines
fêtes. Elle appartient présentement .'i l'église de Gorre,
paroisse de l'ancienne province du Limousin. Les restes de
l'ancienne orfèvrerie de Limoges sont nombreux aux
environs de cette ville. Cela suppose une abondance de
production considérable, des ateliers remplis d'artistes et
d'ouvriers. L'abbé Texier s'est occupé, il y a trente ans,
de relever l'existence de ces beaux restes d'une florissante
industrie d'art. Depuis lors, il n'en a plus été question. 11
n'est pas inutile de signaler aux antiquaires les richesses
qui gisent ignorées dans beaucoup d'églises de la Haute
Vienne, de la Creuse et de la Corrèze.
La belle croix de Gorre provient de l'abbaye de Grand-
mont, dont le trésor fut dispersé en 1790. Heureusement,
nous possédons un inventaire détaillé de ce trésor et la
croix à double traverse dont il s'agit y est décrite d'une
façon qui ne laisse aucune place au doute. Plusieurs autres
documents de l'abbaye, nous permettent de suivre l'his-
toire de cette croix jusqu'aux dernières années du XV
siècle, jusqu'en 1495. S'il fallait en croire le plus grand
nombre des archéologues, notamment Didron, Labarte,
Barbier de Montault, la double traverse est toujours dans
une croix l'indice d'une origine orientale. C'est un principe
qui a été parfois poussé juscjue dans le voisinage de l'ab-
surde ; par exemple, lorsque sur une croix à double tra-
verse on trouvait un travail évidemment occidental, on
supposait que la pièce, rapportée de Constantinople, avait
été ornée par des artistes italiens ou français. Tel n'est
pas l'avis de M. R. de Lasteyrie ; il admet qu'après les
Croisades nos artistes ont pu s'inspirer des ouvrages by-
zantins qu'ils avaient sous les yeux et reproduire la forme
de la croix à double traverse. Quant à la présence des
filigranes sur la croix de Gorre, elle ne prouve nullement
l'origine byzantine de la pièce: nos artistes, aux XIH'',
XI\'"-et XX'*^^ siècles, ont certainement pratiqué ce mode
d'ornementation. Dès lors, il devient vraisemblable C|ue
la croix-reliquaire de Gorre, anciennement placée dans le
trésor de l'abbaye de Grandmont, provient d'un atelier
artistique de la contrée ; et cela nous amène à en faire
honneur à l'orfèvrerie de Limoges du .X^'^ou du XX'"-"
siècle. Sur cette croix une pierre gravée est enchâssée ;
l'artiste y a représenté un cavalier combattant contre deux
lions. Dans sa main gauche il tient un arc, dans sa droite
une épée courte. Le travail est barbare ; on y reconnaît
l'art persan de l'époque des Sassanides. La pierre a dû
être rapportée d'Orient au temps des Croisades et confiée
à l'orfèvre limousin qui en a orné la croix de Gorre.
S. E. le Cardinal Lavigerie vient de décliner
le titre de membre de l'Académie des Inscrij;-
Cratiaur Des Sociétés saoantcs.
237
tions et Belles-Lettres.par un sentiment de haute
délicatesse.
« Au fond, écrit l'archevêque de Carthage à M. le secré-
taire perpétuel, je ne suis qu'un missionnaire ; mes
autres titres ne valent que par celui-Iîi. Or, si un mission-
naire doit tant recevoir, puisqu'il manque de tout, il est des
choses qu'il ne doit pas solliciter. Pour faire une brèche
dans la barbarie, j'ai dû m'entourer d'une légion d'apôtres.
Dans la lutte engagée à l'intérieur de notre Afrique, onze
d'entre eu.\ ont dé)à versé leur sauL"" ; d'autres ont suc-
combé à la fatigue et à la maladie. ()ue dirait-on de moi,
si, pendant C[ue les miens ne cherchent que les palmes
du tnartyre, on ne me voyait briguer C|ue les palmes de
l'Institut.' »
On sait qu'à ses heures et au milieu de ses autres tra-
vaux, le cardinal s'occupe de tout ce qui intéresse la
science historique et archéologique dans les régions dont
il est chargé, en qualité de délégué du .Saint-Siège. C'est
ainsi qu'il y a quelques années il a fait, sur la demande de
M. Rossi, le savant conservateur des catacombes de Rome,
des recherches couronnées d'un heureux résultat sur les
anciens cimetières chrétiens de l'.Afrique, si différents de
ceux de Rome, et sur la manière dont les fidèles persé-
cutés sous les premiers Empereurs, s'en servaient pour
leurs réunions et pour la célébration de leur culte proscrit.
A l'époque de l'occupation de la Tunisie, il a, par une
lettre publique qui était une sorte de traité sur la matière,
appelé l'attention de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres et par elle, celle du ministère de l'Instruction
publique, sur la nécessité de créer une mission et un mu-
sée à Carthage.
Lui-même avait fait ce que pouvaient permettre les
ressources d'un particulier. Il avait racheté ce ciui restait
des ruines de l'Amphithéâtre, du Circjue, du Théâtre, du
Temple de la déesse Céleste, des anciens cimetières chré-
tiens. Mais il déclare être à bout, et il signe curieusement
sa lettre: Docteur de la Faculté' des Le/tres de Paris, dcteur
en droit civil, docteur en droit canonique, docteur en théo-
logie, mais liélas .' pas docteur en finances.
Archives historiques delà Saintonge et de
l'Aunis. — Le tome XII renferme: 1° Docu-
ments extraits des registres du Trésor des Chartes
relatifs à l'histoire de la Saintonge et de VA unis
(1301-1321) publiés par M. Paul Guérin, archi-
viste au.K Archives nationales ; 2° Histoire de
r abbaye de Notre-Dame hors les murs de la ville
de Saintes, écrite d'après la traduction du cartu-
laire par le frère Boudet, Bénédictin de Saint-Jean
d'Angély (i 047-1 791), documents publiés par
M. Louis Audiat ; 3° La Fronde à Cog/iac, (16^,0-
1657), pièces publiées par M. Jules Pellisson,
avocat à Cognac, bibliothécaire de la ville. Ce
volume ne démentira nullement cette apprécia-
tion de M. Henri Stein dans sa piquante bro-
chure intitulée : Le Congrès des Sociétés savantes
(V. Revue de l'Art chrétien, 1885, p. 112). « La
jeune association, qui parait remplir, à mon sens,
les meilleures conditions d'avenir et de prospérité,
serait la Société des Archives historiques de
la Saintonge et de l'Aunis. »
Les pièces publiées par M. P. Guérin forment
un ensemble complet de ce que le Trésor des
Chartes renferme sur les deux provinces dont
! Saintes et La Rochelle furent les capitales, pour
la seconde moitié du règne de Philippe le Bel et
pour les règnes entiers de Louis X et de Philippe
le Long. Parmi les renseignements nouveaux
qui se dégagent de ce premier recueil de docu-
ments extraits des Archives nationales, on remar-
que ceu.x où l'histoire des communes, celles de
Saint-Jean d'Angély et de La Rochelle en
particulier, ainsi que l'histoire des abba}-es, des
grands fiefs et des principales familles de l'Auni.s
et de la Saintonge, se trouve largement repré-
sentée.
L' Histoire de l'abbaye de N.-D. hors les murs
de la ville de Saintes avait été déjà mise à profit
par M. l'abbé Joseph Rriand dans son Histoire
de l'église Santone (3 vol. in-8°). M. Audiat donne
le texte complet de l'œuvre de Dom Joseph
Marie Boudet. Dans le Mélange et dans les Lettres
diverses on trouve, à côté de documents du moyen
âge, quelques documents modernes, parmi les-
quels on distinguera une Description de La
Rochelle en 1621, qui avait été envoyée à Peiresc,
et qui a été retrouvée à Carpentras.
Comité archéologicjue de Senlis. — Le der-
nier volume des Comptes rendus et Mémoires
(t. VIII, — année 1882-83) contient la relation
d'une ]:)romenade archéologique à la belle abba}-e
de Saint-Luc que restaure M. Selmershcim, à
l'église de Précy, monument déparé par d'odieux
vitraux, mais riche de plusieurs beaux ouvrages
de sculpture, (notamment une sedes sapientiœ du
XIIL siècle et un retable de la même époque) ; à
Crou}--en-Thelle, où l'on voit une église du
XI<= siècle ; enfin à Xeuilly-en-Thelle, terme de
l'excursion. — Au retour on visita à PVesnoy, une
église encore en partie romane ; Belle-Eglise, la
bien nommée ; Chambly, dont on relève les belles
voûtes du XIV'^ siècle, ébranlées par le temps,
et le prieuré roman de Saint-Aubin.
]\I. G. Guérin consacre une courte notice à
l'église de Cinqueux, un des plus anciens édifices
de l'Oise, déplorablement détérioré. Cette église
conserve une voûte lambrissée, une Vierge assise
du XI L' siècle, quantité de pièces artistiques de
valeur, objets de peu de soins.
Le même écrivain élégant, si agréable à lire,
émet touchant la peinture sur verre des principes
très justes ; mais nous ne pouvons partager toutes
ses appréciations en ce qui concerne les préten-
dus défauts de dessin qu'il impute aux artistes
du moyen âge. Il semble ne pas comprendre ce
qu'il y a de voulu, de réellement beau et grand
dans l'archaïsme des anciens, et trop attendre de.s
progrès modernes au point de vue du dessin. Il
proclame avec Victor Orsel, que l'Art chrétien se
résume dans cette formule: Baptiser l'art grec.
238
Ectjuc oc part cOrcticn.
Erreur ! Les maîtres des grands âges chrétiens
n'ont pas greffé leurs conceptions religieuses sur
le type grec. Ils ont créé de toutes pièces des
œuvres comparables à des enfants issus du sang
chrétien, plutôt qu'à des païens baptisés. Aucun art
ne fut plus autochthone que le leur. Quant « aux
progrès de la chimie moderne qui ont étendu à
l'infini la palette du verrier », ces artistes s'en sont
assez bien passés. Et ne les blâmons pas trop, ne
fût-ce que pour cette raison,que sans eux et leurs
idées « hiératiques, >> nos grands dessinateurs du
XIX<= siècle ne soupçonneraient peut-être pas
cette chose splendide qu'on appelle un véritable
vitrail. Distinguons, de grâce, entre les progrès du
dessin, et cet abus que l'on peut faire des effets
trop matériels dans l'art monumental.
M. l'abbé EcoUe, qui a la stupéfaction facile, se
figure bien à tort, d'après nous, que c'est par un
progrès réel que le dessin des draperies « très
raide à l'origine, va toujours s'adoucissant aux
époques suivantes », et jusqu'à atteindre au
XV 1'= siècle « une souplesse admirable ». Cette
souplesse-là avait à ce moment tué l'art monu-
mental delà vitrerie en couleur ; le vitrail, même
dans les mains de grands artistes, était devenu un
tableau, c'est-à-dire un non-sens.
Il y a une certaine fermeté de trait, une certaine
dignité d'attitude, une sobriété solennelle de
détails, un cachet puissant et expressif des figures,
dont nos ancêtres avaient le secret; n'y voient que
raideur, ceux qui veulent refaire l'œuvre, ratée
d'après eux, du XI H«: siècle, avec les procédés
perfectionnés de l'Académie moderne ! Nous les
attendons à l'œuvre.
Société française d'Archéologie. — La So-
ciété française d'Archéologie, fondée en 1833 par
M. de Caumont, et qui a son siège à Caen, vient
d'élire pour directeur quinquennal, M. le comte
de Marsy de Compiègne, en remplacement de
M. Léon Palustre, le savant auteur de La Re-
naissance en France, dont le mandat touchait à
son terme et qui n'en a pas voulu accepter le
renouvellement afin de se consacrer entièrement
à l'œuvre magistrale qu'il a entreprise.
M. Léon Palustre a reçu le titre de directeur
honoraire.
h.\ç.c\' Avenir du Calvados <\\i\ nous apprend
cette nouvelle, nous félicitons sincèrement la so-
ciété du choix qu'elle a fait. M. de Marsy est un
ancien élève de l'école des Chartes, où il a été le
disciple des Quicherat, des Guéssard, des Tardif.
Ses nombreuses publications sur les sujets les
plus variés sont marquées au coin d'une érudition
sans pédanterie et d'une critique du meilleur
aloi. Elles ont été hautement appréciées en
l'rance et à l'étranijer et ont ouvert à leur
auteur les portes d'un grand nombre de sociétés
savantes.
Depuis plus de vingt ans, M. de Marsy a pris
une part active à tous les congrès archéologiques
et scientifiques et a parcouru l'Europe presque
entière, l'Égj'pte et la Terre-Sainte, rapportant
de ses voyages des notes intéressantes qu'il a su
habilement mettre en œuvre, en même temps
qu'il nouait d'utiles relations avec l'élite des
érudits et des antiquaires. Nul n'était donc plus
apte ni mieux préparé à prendre la direction
d'une Société qui restera la plus importante des
créations de notre émincnt compatriote.
Succéder à des hommes tels que MM. de
Caumont et Léon Palustre dans la présidence
d'une association qui s'étend sur toute la P'rance,
organiser chaque année un congrès archéolo-
gique, diriger le Bulletin monuviental, ce recueil
si justement estimé qui compte déjà cinquante
volumes.c'est là une entreprise délicate qui exige,
pour être menée à bonne fin, les aptitudes les
plus diverses, un zèle sans bornes, un dévoue-
ment de tous les instants. Ceux qui connaissent
M. le comte de Marsy ne s'en effraient ni pour
lui, ni pour la Société d'Archéologie, car ils
savent bien qu'il est à la hauteur de la tâche.
Académie royale des sciences de Belgique.
— M. A. Castan est un chercheur heureu.K, et la
Belgique lui doit bien des pages de son histoire
artistique. Les comptes de la pompe funèbre de
Philippe le Beau, roi de Castillc, qui eut lieu à
Malines, en 1507, et des pièces d'une procédure
qui eut lieu à Bruxelles en 1548, lui permettent
de compléter ce que M. A. Siret avait déjà fait
connaître sur Jean et Jacques Van Battele, pein-
tres namurois d'histoire, de miniatures et de
portraits.
Jean Van der Wyckt, surnommé Van Battele,
naquit vers 1488; son père Jacques, qui devint
peintre de l'empereur, comptait dès 1520 et jus-
qu'en 1532 parmi les fourriers de la maison de
Charles- Quint. Il fut vers cette époque mandé à
Gandpour les obsèques des rois d'^Vngleterre etde
F"rance; il s'intitule dans cette circonstance «pein-
tre de l'empereur ». Sa signature consiste en un
monogramme composé des lettres I et W.
Pour la décoration des pompes funèbres, Jean
et Jacques Van Battele avaient à Bruxelles un
rival qui leur fut au moins préféré un jour : c'était
Roland Maille. Le gouvernement lui confia en
1539, la décoration de l'église de Sainte-Gudule
pour la cérémonie funèbre en l'honneur de l'im-
pératrice i^lisabeth.
— Monsieur Henri Ilymans tlonne une note
sur le voyage que fit Albert Durer en 1520, et sur
le portrait de Bernard Van Orley qu'exécuta ce
CraDaur Des Sociétés savantes,
239
grand artiste. Entre les nombreux artistes avec
lesquels nous voyons Albert Durer, dans ses
notes de voyage, entrer en relations pendant son
séjour aux Pays-Bas, figurent notamment Pati-
nier, Lucas de Leydc et Bernard Van Oriey. Sa
rencontre avec Lucas de Leyde donna naissance
à un portrait dessiné, longtemps perdu et dont
M. Hymans a signalé déjà l'existence au musée
de Lille.
Ses relations avec Bernard Van Orley furent
particulièrement cordiales. « J'ai fait, dit-il, au
fusain, le portrait de maître Bernard, le peintre
de madame Marguerite. » La galerie royale de
Dresde possède sous le n° 1859 un portrait peint
par Durer qui n'est autre que celui de maître
Bernard. C'est ce qu'avait avancé déjà en 1882
M. Ephrussi dans son ouvrage consacré aux des-
sins d'Albert Durer; c'est ce que M. Hymans
s'attache à établir aujourd'hui par des preuves
tirées d'une inscription que porte la lettre tenue
en mains par le personnage du tableau de
Dresde.
— La séance publique du 26 octobre a été mar-
quée par un discours de M. Slingcneycr, ayant
pour sujet la raison d'être, et l'indispensable
nécessité de la peinture d'histoire et de la sta-
tuaire monumentale.
L'art décoratif, proclame l'éminent directeur
de la classe des Beaux-Arts, est la vraie raison
d'être de la grande peinture. Les chefs-d'œuvre
de l'école flamande ont été commandés par les
pouvoirs religieux et civils pour les édifices
publics. « Il ne suffisait pas que ces toiles innom-
brables répandissent, dans les masses populaires,
le goût et le respect de scènes dans lesquelles de
mystérieuses abstractions : Dieu, religion, huma-
nité, patrie, famille, s'affirmaient vivantes, palpa-
bles,incarnées dans des types sans cesse coudoyés.
Elles étaient encore constamment multipliées
et vulgarisées par les arts décoratifs en pleine
floraison. >■
Selon M. Slingeneyer « une époque qui ne
crée pour la plus haute expression de l'art que
des musées et des galeries d'exposition pério-
diques est une époque essentiellement anti-artis-
tique » et il ajoute avec infiniment de raison :
« L'alliance intime et sérieuse de l'architecture, de
la sculpture et de la peinture est indispensable à
la perfection et au maintien de l'art monumen-
tal. » « Une œuvre d'art de notable envergure
réclame le cadre de l'édifice public. » Nous lui
empruntons encore ces considérations pleines de
justesse : « Une église, un palais des beaux-arts,
un hôtel de ville, une bourse de commerce, un
palais de justice, un panthéon national, aussi bien
qu'une halle, une bibliothèque, un conservatoire,
une académie, une école, un hospice, un hôpital,
une caserne, en un mot, un foyer d'attraction
sociale ou de vitalité collective quelconque, per-
mettent au peintre et au sculpteur de retracer
une scène ou de modeler un groupe pour un
centre déterminé d'idées et sur des données pré-
cises. Maîtres des conditions matérielles, des mi-
lieux d'éclairage et des accidents favorables ou
fâcheux d'un emplacement connu, les artistes
n'auront à redouter aucun mécompte futur. Ils
pourront en conséquence donner libre essor à
leur puissance de concept et à leurs facultés per-
sonnelles. En dehors de ces conditions, que
devient la raison d'être d'une statue héroïque, ou
d'une page d'histoire fiévreusement élaborée et
que le gouvernement ne saura où placer? >) C'est
le langage du bon sens, et ces vérités sont telle-
ment claires, qu'il semble presque naïf de les
exprimer; et pourtant tout le monde y recon-
naîtra l'antithèse et la condamnation de la pra-
tique du jour, inondant nos salons de statues et
de tableaux, qui sont des objets encombrants
ailleurs que dans l'atelier ou la galerie d'un
musée.
L'orateur fait appel à l'État, qu'il nomme par
euphémisme Xhcritier •< des biens de ces fabri-
ques d'église, abba)^es, communautés, institutions
charitables, gildes, confréries et institutions qui
commandaient aux maîtres d'autrefois ces subli-
mes pages de peinture flamande, etc. >>
Quelle gloire si l'État, par ses encouragements,
relevait la grande peinture! M. Slingeneyer ne
va pas jusqu'à demander au Gouvernement de
bâtir des monuments pour permettre au.x artistes
de s'y exercer au grand art, mais c'est la conclu-
sion qui semble résulter de sa péroraison/;^ doiiio
siiû, nous voulons dire pour la future université
artistique d'Anvers, à laquelle serait réservée la
mission patriotique de ressusciter le grand art.
— L'Académie d'archéologie de Belgique, à
Anvers, se propose de créer à l'occasion de ladite
exposition, une fédération des sociétés d'archéo-
logie; elle demande, à ce sujet, la coopération de
l'Académie.
Commission royale d'art et d'archéologie
de Belgique.— 18S4, n° 7 et 8 du Bulletin.
M. Van Even, nous fait connaître les principaux
traits de la vie d'un artiste anversois du XVIi'-'
siècle, Alex. Van Papenhoven, et des détails
relatifs à une de ses œuvres, la table de commu-
nion de l'église de Saint-Pierre à Louvain,
exécutée en 1707. L. C.
Académies et sociétés savantes de Rome.
— M. Le Bl.mt, de rinslitiit, directeur de l'École frani;aise
de Rome, présente une lampe en terre cuite, sur laquelle
l'artiste a £;rav>5 en traits grossiers l'image de Tobie ex-
240
iRcuuc De l'art cbrctien.
trayant le fiel du poisson. C'est la premicre fois qu'on
trouve un pareil sujet sur les lampes en terre cuite. 11 est
même très rare clans les monuments d'un autre genre. On
ne l'a jusqu'ici rencontré que sur des verres peints prove-
nant des catacombes, et sur un sarcophage chrétien des
Gaules.
M. Armelliui dit que S. Em. le cardinal Lavigerie,
titulaire de Sainte-Agnès-hors-les-murs, fait en ce moment
exécuter à ses frais des réparations dans cette basilique.
Au cours des travaux, l'on a été obligé de soulever les
dalles de marbre qui forment les dernières marches du
grand escalier, ce qui a amené une découverte intéres-
sante. En etiet, le revers d'une de ces dalles présentait
l'image d'une jeune femme debout, les bras étendus,
dans l'attitude d'une orante. A la hauteur du visage, se
trouvaient les mots : Siincla Ai^ms, en caractères un peu
effacés par le temps. Nous sommes donc en possession
d'un portrait de sainte Agnès très ancien, et probablement
du IV" siècle. Cette plaque de marbre, avec sa figure,
devait former le centre de l'ornementation des bases de
l'autel, et servir à désigner le sépulcre de l'illustre martyre.
M. de Rossi se souvient avec assez de précision d'axoir
vu dans Bosio une gravure semblable à celle de M. Armel-
lini. De plus, il ne croit pas que la sainte Agnès décorât
les bases de l'autel, qu'elle fit partie de la truiisciuia, car
les ir.inscimœ étaient d'ordinaire travaillées à jour. 11
vaudrait mieux la considérer comme ayant appartenu aux
fi?ctoralia, c'est-à-dire aux balustrades qui aujourd'hui
encore entourent les autels de nos basiliques.
M. Marucchi communique la nouvelle d'une décou-
verte que M. Venuto vient de faire à Venise dans les
décharges de la basilique de Saint-Marc. Il s'agit d'un
tabernacle de marbre dont la voûte repose sur quatre
colonnes et qui par suite est ouvert de tous les côtés. Sur
deux arceaux on lit l'inscription : En exéciction iVun vœu
et pour le saint de la tns glorieuse: Anastasie. — C'est un
monument du VI" siècle, qui appartenait à une église
d'Alexandrie et que les Vénitiens rapportèrent d'une de
leurs nombreuses expéditions. L'histoire mentionne une
matrone du nom d'.\nastasie qui résidait à la cour de
Justinien et que les persécutions de l'impératrice Théo-
dora forcèrent de se réfugier ;\ .-Mexandrie. Elle aura élevé
notre tabernacle de ses pieuses mains. On sait comment,
dans les premiers siècles de l'Eglise, se conservait la sainte
Eucharistie. Elle était renfermée dans une colombe d'or
suspendue à la voûte du ciboriuin, sorte de dôme qui sur-
montait l'autel et reposait sur quatre colonnes. Il y avait
les grands et les petits ciboria. Le nôtre appartient à cette
dernière catégorie. 11 occupait sur l'autel la même place
que nos tabernacles modernes. On voit encore à la voûte
l'anneau auquel se rattachait la chaîne de la colombe.
M. de Rossi appelle l'attention de la réunion sur l'im-
portance de la découverte. L'édicule de Venise est le
premier exemple que nous ayons d'un petit ciboriuin. La
manière dont le kai est écrit ferait penser que ce taber-
nacle appartient au VIII*-" siècle plutôt qu'au VI".
M. Le Blant confirme cette observation.
M. de Rossi poursuit en disant qu'il est impossible de
connaître la noble dame désignée sous le nom à.' Anastasie,
Il n'y avait pas de vocable plus commun en Grèce et dans
l'Orient. La qualification grecque donnée à cette dame
prouve seulement que le mari de cette matrone possédait
l'une des hautes charges qui donnaient droit h cette t|uali-
fication, comme par exemple celle de préfet du prétoire.
M. Stevenson dément que l'on ait trouvé dans la rue
Venti Settembre un cimetière chrétien. Le monument dé-
couvert sur la gauche et ;\ vingt mètres environ de la rue
n'est ni un cimetière, ni surtout un cimetière chrétien. Il
consiste en une voie souterraine, située en grande partie
sous l'.lgifc-r Seri'iaiius, et longue d'environ dix-huit
mètres.
Ues couloirs moins importants qui viennent s'y rattacher
donnent accès h deux chambres, dont l'une, de forme irré-
gulière, contient deux puits et deux escaliers, tandis que
l'autre, en forme de rectangle, se termine par trois grandes
niches. Sur le pavé de cette dernière se dressent deux
espèces de tribunes, et l'on y a trouvé, en outre, un plat de
terre cuite d'un mètre de diamètre. Ce sanctuaire,— car c'est
là le caractère certain du monument, — ce sanctuaire a été
creusé vers la fin du III" siècle par un adepte de quelque
secte païenne. M. Stevenson opinerait pour un antre de
Mithra ; mais la divinité principale, le Djus ex {>ctrâ fait
défaut.
i\I. de Rossi, au contraire, n'attache aucune importance
à l'absence du Deus l'x petrà. Le souterrain peut avoir été
visité dans le passé par des gens qui ont enlevé les statues.
M. Sborsati dit qu'effectivement ce souterrain porte des
traces d'explorations antérieures.
M. de Rossi entretient la réunion de l'état des fouilles
dans le cimetière de Sainte-Domitille. Du cuhiculuiii
d'Ampliatus, célèbre par ses peintures, les plus anciennes
que l'on connaisse, part un escalier qui mène à des gale-
ries inférieures, pourvues elles-mêmes âeii/bicula. Quand
on voulut, dans le cours de 1S84, examiner l'un de ces
derniers, \e fossor que l'on chargea de le déblayer périt
victune d'un effondrement. La terre s'était précipitée par
le lucernaire. La crainte d'un nouveau malheur a mis
obstacle à ce que les fouilles fussent de longtemps conti-
nuées dans ce cubiculuin. L'on a fini cependant par y ren-
trer, et tout annonce qu'il s'y fera d'importantes décou-
vertes. Il contient trois arcosolia, avec la place de trois
grands disques de verre peint, mais surtout des inscriptions
gravées à la pointe, dont voici la principale :
Spirita sancta (sic)
in mente habete
Bassum p... to
rem cum suis omnibus.
Il faut insister sur cette inscription. Elle a été gravée,
disions-nous, à la pointe, c'est-à-dire avec l'extrémité d'une
lame de couteau ou de tout autre instrument semblable.
Les caractères ne sont pas en lettres majuscules, mais en
écriture courantedu III" ou du IV^siècle. Cette inscription
est donc, comme celles qui l'accompagnent, l'œuvre d'un
visiteur qui d'ailleurs se nomme : c'est Bassus. Or, la pré-
sence dans un cubiculum d'inscriptions gravées à la pointe
annonce d'ordinaire par elle seule qu'en ce lieu se trou-
vaient déposées d'augustes reliques dont la sainteté attirait
les pèlerins.
Miis ici, nos conjectures sont confirmées par la teneur
même de l'inscription. Elle demande, en effet, à être tra-
duite ainsi : âmes saintes, pense:: à lùtssus (pécheur) et à
tous les siens. C'est une innovation expresse, une formule
de supplication dont le cimetière de .Saint-Calixte nous a
déjà offert des exemples. Tout fait donc penser que notre
cubiculum contenait des tombes vénérables. Il est vrai que
\ç,i itinéraires du VII'' siècle n'en font pas mention, mais
l'on sait que ces documents, s'ils font foi pour ce qu'ils
disent, ne prouvent rien contre ce qu'ils taisent. Ils ont
omis, en effet, plusieurs sépulcres de martyrs dont nous
connaissons néanmoins l'emplacement avec certitude.
(Journal de Rome. )
-^m^^m^m^^m
éil
^'mm^^m. Bibltograpljir. '^m:'smmsmm
■nr% rzrjrzrir^ 'jrxrtrjr^ '■inrinrA
•.^^nwzr^rzn
GUIDKS DU COLLECTIONNEUR. — Diction-
71 a ire des Eniailkurs ; Biograplties : Marques et Mono-
grammes : par M. E. Molixikr, attaché à la Conser-
vation du Musée du Louvre. — Librairie de l'.Vrt,
J. Rouam, éditeur. Paris.
I K volume est le premier d'une série dans
laquelle seront successivement représen-
tées toutes les branches de la curiosité,
depuis la céramique jusqu'à la gravure,
depuis l'orfèvrerie jusqu'à la sculpture en
ivoire ou en cire. Réunir dans des volu-
mes d'un format réduit tous les rensei-
gnements nécessaires au collectionneur : biographies d'ar-
tistes, détails techniques, marques et monogrammes, etc.,
telle est l'idée qui a présidé à cette nouvelle bibliothèque.
Le volume de AL Molinier se compose : i" d'une intro-
duction dans laquelle l'auteur passe en revue les princi-
pales phases de l'histoire de l'émaillerie ; 2" d'un diction-
naire, par ordre alphabétique, des émailleurs, au nombre
de 332 ; 3'' de 67 marques et monogrammes ; 4" d'une
bibliographie des ouvrages relatifs à l'émaillerie ; 5' d'une
liste des principales collections d'émaux de la France et
de l'étranger. Ces différentes sections contiennent un
ensemble d'informations que l'on chercherait vainement
ailleurs.
Le volume de M. Molinier sera suivi, à brève échéance,
d'un Dictionnaire des ébénistes et d'un Dictionnaire des
fondeurs et ciseleurs, par M. de Champeaux ; d'un Dic-
tionnaire des monogrammes et marques de graveurs, d'un
Dictionnaire des monogrammes et marques d'amateurs,
et d'un Dictionnaire des céramistes.
DICTIONNAIRE DES ÉMAILLEURS, depuis
le moyen âge jusqu'à la fin du XVIII' siècle,
par Emile Molinier, attaché aux Musées du Louvre.
Paris, Rouam, 1885.
De tous les livres à l'usage du collectionneur,
les plus pratiques sont assurément ceu.x que l'on
peut mettre dans sa poche, et consulter en fure-
tant chez les marchands de curiosités. Le mince
volume, dû à l'érudition de M. Emile Molinier,
répond donc à bien des exigences actuelles, car
il rassemble, sous un format portatif, une foule
de renseignements utiles, dispersés à droite et à
gauche.
Les articles biographiques, consacrés aux pein-
tres en émail, me paraissent irréprochables ; ils
mettent sous les yeux du lecteur, dans un ordre
méthodique, les principaux caractères au.xquels
on reconnait l'œuvre de chaque maitre, en y
joignant, s'il est possible, un fac-siniile de sa
signature. Pour obtenir un tel résultat, il a fallu
lire nombre de catalogues et de traités spéciaux,
visiter à diverses reprises, non sans une attention
soutenue, les musées de la France et de l'étran-
ger. Les dynasties des grands artistes de Limo-
ges sont naturellement caressées avec amour ;
des notices sobres, mais nourries de faits, passent
en revue les noms illustres des Laudin, des Li-
mosin, des Nouailher, des Pénicaud, des Rey-
mond et de beaucoup d'autres qui, sans avoir
une aussi vaste notoriété, n'en ont pas moins
leur mérite.
Eu égard à l'émaillerie champlevée, je me per-
mettrai quelques légères observations ; l'auteur,
malgré sa jeunesse, est déjà trop haut placé dans
la science pour redouter une critique. <!;_Si l'on
admet, dit M. Molinier, p. 7, que saint Eloi ait
fait des émau.x, c'est Abbon, son premier maître,
qui a dû lui en enseigner la technique. >) Hypo-
thèse pour hypothèse, je préfère encore la mien-
ne. J'ai dit que l'évèque de Noyon avait pu
apprendre l'émaillerie sur les bords du Rhin où
fourmillent des échantillons de l'époque gallo-
romaine ; je comprendrais beaucoup moins que
l'orfèvre limousin Abbon eût cultivé un art dont
les spécimens antiques se montrent aujourd'hui
si clairsemés dans nos régions de l'Ouest, que
l'on peut affirmer sans trop de hardiesse qu'ils
n'y sont pas indigènes.
L'inscription tracée sur un crucifix à carna-
tions colorées, fin du XII'^ siècle, est particulière-
ment intéressante : lokaniiis: Gariierius: Lemo-
viccnsis: me fesis: f rat ris mei... Ajouter le nom
de Jean Garnier à une liste qui n'en compte pas
beaucoup, signaler un nouveau représentant d'une
école dont les productions sont très rares ; c'est
bien : j'exigerais néanmoins davantage. On aime-
rait à connaître le propriétaire de la pièce en
question, pour lui faire au besoin une visite. Il
n'est guère facile de classer un émail sans l'avoir
vu ; la photographie mèm.e trompe quelquefois,
et le soleil se permet d'infliger au.x adeptes de
cruelles mystifications. Autant qu'on en peut
juger par la courte notice de RL Molinier, j'au-
rais rencontré chez AL Spitzerdeu.x crucifi.x; ana-
logues ; je me souviens confusément d'un troi-
sième en Belgique ; M. Victor Gay possède une
figure d'Apôtre, aussi à carnations colorées, sor-
tie d'un atelier limousin non déterminé : la com-
paraison de ces morceau.^ à l'œuvre de Garnier
éclaircirait sans doute un point obscur dans
l'histoire de l'émaillerie.
La mention de l'orfèvre artésien Pierre Quin-
cauld, émailleur de la fin du XV--' siècle, flatte
certainement mon patriotisme local ; mais pour-
quoi l'oubli des Tournaisiens, Jean de Brie'1401)
et Piérart Hacon (,1463).' Hélas! parce que les
documents belges passent difficilement la fron-
242
Eeuue De l'^tt cfj rétien.
ticrc française. Nos crudits voisins, il est vrai,
ne jettent pas leurs livres à la tête du premier
venu ; ils affectent même envers nous une réserve
qui ressemble à de la timidité ; mais la moindre
avance les décide toujours à communiquer gra-
cieusement le résultat de leurs travaux.
Déjà fertile en renseignements oii les hommes
du métier trouveront beaucoup à prendre — je
ne parle pas des simples curieu.x — le Diction-
naire des cmailleurs est encore augmenté d'un
chapitre que l'auteur intitule modestement : Es-
sai d'une bibliographie relative à l' histoire des
émaux. Je dirais volontiers que l'Essai est un
coup de maître, car il enregistre nombre de bro-
chures, ignorées du public, oubliées peut-être
par ceu.x-là mêmes qui les ont écrites. Essai,
néanmoins, offrant un sens élastique propre à
excuser les omissions, je ne blâmerai pas trop
M. Molinier d'avoir employé ce terme, et je pro-
fiterai de la marge qu'on me laisse ainsi, pour
combler certaines lacunes, en dehors des Recueils
périodiques ou des Trésors d'églises.
Gaussen, Portefeuille archéologique de la Cham-
pagne ; Barbier de Montault, La Bibliothèque
Vaticane ; D'' Frantz Bock, Kleinodien des heil.
romisch. ReicJier ; E. aus'm Weerth, A';//«A/t'«/t-
màler der christ. Mittelalters inden Rheinlanden;
Joh. Schulz, Die byzautiuischen Zellen-Eniails
der Sainnilnng Sivenigorodskoi ; G. Filimonov,
Journal de Vai-t ancien en Russie; V. Stassov,
Trésor ti-ouvé à Vladimir (en russe). Ces deside-
rata pourront, s'il y a lieu, trouver place dans
une seconde édition que l'excellent opuscule de
I\I. Molinier ne saurait manquer d'avoir.
M. Rouam, directeur de la Librairie de l'Art,
annonce que, sous l'étiquette générale. Guides du
collectionneur, il veut publier une série de petits
dictionnaires analogues à celui dont il vient d'être
rendu compte : parmi eux, un Dictionnaire des
céramistes. J'ai lancé tout à l'heure un mot con-
cernant les livres belges; loin de me rétracter, je
forcerai encore la note. J'avertis donc au préa-
lable le futur biographe des céramistes, qu'il lui
sera impossible de toucher ^.us. potiers de grès,
s'il n'a pas lu attentivement les Mémoires de
MM. Schmitz, Schuermans et Van Bastelaér, dis-
séminés dans les Bulletins des commissioris royales
d'art et d'archéologie, de l'Institut archéologique
liégeois et du Cercle archéologique de Charleroi.
Ch. de Linas.
Petite Histoire de Picardie: Dic-
tio^:naire historique et archéolo-
gique DE Picardie, par A. J.\nvii;u. Amiens,
1884, in-4". — 10 francs.
M. A. Janvier, dans le noble but de relever le
sentiment un peu trop affaibli du patriotisme
local, a successivement publié une Petite histoire
de Picardie et V Histoire d'Amiens racontée aux
enfants des écoles primaires; il avait dû écarter les
détails qui l'auraient entraîné trop loin. La bonne
pensée lui est venue d'utiliser les nombreu.K ma-
tériaux qu'il avait recueillis et de les grouper
dans un Dictionnaire encyclopédique. C'est une
série de notices succinctes, mais substantielles, sur
tout ce Cjui concerne l'ancienne province de Pi-
cardie: commerce, industrie, sciences, beaux-arts,
monuments, grands fiefs, abbayes, églises, villes,
institutions, personnages célèbres, mœurs et cou-
tumes, etc.
M. Janvier convie ses lecteurs à lui signaler
les omissions et les erreurs qu'il aurait pu com-
mettre, imperfections qui sont inévitables dans
un si vaste ensemble. Pour répondre à cet appel,
nous ne signalerons pas certaines opinions que
nous ne pouvons partager, mais nous présenterons
quelques remarques au point de vue littéraire et
historique.
Et tout d'abord, pourquoi avoir donné à cette
publication le même titre qu'à un ouvrage anté-
rieur, de nature toute différente. Cela peut éta-
blir une confusion regrettable. Si l'auteur tenait
essentiellement à montrer que c'était là un com-
plément à sa Petite Histoire de Picardie (qui par
parenthèse n'est pas si petite qu'il le dit), il suf-
fisait d'intituler son œuvre : Dictionnaire histo-
rique et archéologique de Picardie, complément de
la Petite Histoire de Picardie.
Dans la partie biographique, nous regrettons
l'omission de saint Martin qui, par son acte de
charité, conquit à Amiens un véritable droit de
cité, et de saint Geoffro)-, le courageu.x fondateur
de la commune. Ce sont là des personnages au-
trement célèbres que tel ou tel auteur de troi-
sième ordre dont les écrits sont justement oubliés.
M. Janvier, après beaucoup d'articles, a men-
tionné les principaux ouvrages relatifs au sujet.
C'est là une excellente méthode, mais dont nous
aurions voulu voir de plus nombreuses applica-
tions. On ne saurait exiger, dans un Dictionnaire
de ce genre, une bibliographie trop détaillée ;
mais alors qu'on y cite telle ou telle notice d'une
importance secondaire, on s'étonne de ne pas
y voir figurer des publications dont le mérite et
l'ampleur doivent attirer l'attention. Par exemple,
pourquoi n'avoir pas mentionné, à l'article BOU-
LOGNE, \' Histoire du Boulonnais, par M. H. De
Rosny, 1808, 4 vol. in-S; à Cami'S romain.s, la
Dissertation sur les camps romains du D^ de la
Somme, par le comte d'Allonvillc, 1823, in-4° ;
à Chantilly, Chantilly, étude historique, par
M. Rousseau, 1859. in- 12 ;à COUCV, V Histoire du
canton de Coucy, par A. Verniers, 1876, in-8° ; à
Intendants, Les intendants de la généralité
15 i 1 1 i 0 g r a p f) i c .
243
d'AJiiieiiSyÇd.r M.Boyer de Sainte-Suzanne, 1865,
in-8° ; à LiESSE, Notre-Dame de Liesse, par les
abbés Duployé, 1862, 2 vol. in-8o; à PÈRONNE,
Le vieux Péronne, par M. G. Ramon, 2 vol. in-8'^;
à ThiÉRACHE, /rt Thiéraclie, recueil de docinneiits,
par M. Papillon, 1849, in-4°, etc. etc. ?
Les descriptions archéologiques sont nom-
breuses, sobres et exactes, mais la terminologie
n'est point partout uniforme. Il est dit que le
portail de Saint-Pierre de Roye « est du genre
d'architecture romane dit lotnbard-flcuri ». C'est
là une qualification abandonnée depuis long-
temps, parce qu'elle implique une fausse origine.
Puisque nous parlons de Roye, ajoutons que,
d'après M. Janvier, cette ville «fut le berceau de
la secte des Illuminés ou Guérinets, qui tiraient
leur nom de Pierre Guérin.curé de Saint-Georges-
lez-Roye ». C'est là, en effet, ce qu'ont répété de
nombreux historiens, sur la foi de Vittorio Siri.
Nous croyons avoir démontré (') que Guérin ne
fut jamais hérétique ni hérésiarque et qu'il fut
victime de persécutions locales, que favorisa
la politique de Richelieu.
M. Janvier parle parfois au passé de monu-
ments ou d'objets qui existent encore. Il en est
ainsi de la sainte Face, le plus précieux joyau de
la cathédrale de Laon, pour lequel l'archiprêtre
de cette basilique fait exécuter une châsse qui
sera véritablement digne de cette insigne relique.
Ailleurs, l'auteur dit que «les ruines de l'abbaye
de Longpont ont été conservées par le dessin ».
Celles de l'église sont conservées en réalité et ce
sont les plus vastes que possède la Picardie;quant
à l'abbatiale, elle est métamorphosée en château
où la famille de Montesquieu a formé une
splendide collection d'objets d'art et d'antiquités.
Ces petites critiques, portant sur de menus dé-
tails, n'ôtent absolument rien à la valeur générale
du Dictionnaire historique et archéologique de Pi-
cardie. C'est un excellent résumé des nombreux
travaux qui ont été publiés, soit isolément, soit
collectivement, sur une contrée aussi riche en
monuments qu'en souvenirs historiques, et c'est
là un modèle qu'on peut proposer à suivre à
toutes les autres provinces.
J.Corp.let.
LE MONT DORE ET LA BOURBOULE histo-
riques et archéologiques, et leurs environs, par
Ambroise Tardieu. Clerniont-Ferrand, Mallevai, 1884,
in-8" de 36 pages, avec plusieurs gravures sur bois
dans le texte.
M Tardieu est un écrivain infatigable. Nous
. ne nous en plaindrons pas, car son but
est toujours d'instruire et de vulgariser les études
1. Orii^incs rojvnnes des Filles de la Croix, chap. II.
auxquelles il se livre avec tant de persévérance
dans son cabinet. Ce petit guide sera fort utile
aux touristes, car le point de vue pittoresque n'y
est point négligé, quoiqu'il ne soit pas mentionné
au titre. On lira avec intérêt ce qui concerne les
pèlerinages si populaires d'Orclval (p. 17) et de
Vassivlères (p. 21), tous les deux consacrés à la
Vierge.Dans ce dernier sanctuaire, reconstruit en
1555, la statue miraculeuse est noire.
Page 6 est rapportée la lecture d'une inscrip-
tion romaine qui se termine ainsi : VOTWM SAL-
VIT BIBENS MERITO. Il y a là deux fautes de
typographie qu'il ne faudra pas oublier de corri-
ger dans une nouvelle édition -.salvii pour soh'it
etâiâe/is au lieu deliùei/s.
Page 20, il est parlé, au château de Cordes,
d'une « prison appelée oi/i>liette, ayant à sa
voûte une entrée circulaire par laquelle on faisait
descendre les criminels ». I-e nom est récent et
la chose absolument légendaire. Dans ma Mono-
graphie du chàteaji de Bourbon-l' Archambaitlt
j'ai démontré d'une manière irréfragable, qu'une
salle souterraine, placée sous une tour dans des
conditions analogues, n'était qu'un magasin d' ap-
provisionnements, surtout pour les viandes salées.
MUSÉE DE BAR-LE-DUC. CATALOGUE
SOMMAIRE ou guide du visiteur dans les dif-
férentes salles de cet établissement et dans la gale-
rie des illustrations de la Meuse, par M. A. Jacob,
conservateur du musée. Bar-le-Duc, Rolin, in-8° de
80 pages : prix 1,50.
Les musées ont parfois des catalogues pour
renseigner le visiteur, mais il est inouï de rencon-
trer sur les objets des étiquettes indiquant l'âge,
la provenance, l'usage, etc. Ce serait pourtant
là le côté sérieux et vraiment pratique ! Quand
on est pressé, et on l'est toujours en voyage, on
ne peut pas perdre son temps à feuilleter un cata-
logue, généralement long, mal fait et incomplet.
Nous demandons instamment qu'on y avise
promptement : le catalogue se vendra peut-être
moins, mais l'amateur sera plus satisfait, et c'est
l'essentiel.
Le musée de Bar-le-Duc a quelque impor-
tance. L'époque romaine et franque est fort bien
représentée, mais toute cette partie n'est pas en-
core cataloguée. Je cherche en vain dans la
notice que j'analyse le détail des sculptures du
moyen âge, qui ne sont pas d'un mince intérêt,
par exemple les retables de pierre, sans parler
des épitaphes et autres inscriptions.
Sur un seul point le catalogue cesse d'être
silencieux ou « sommaire », c'est lorsqu'il fait dé-
filer sous vos j'cu.x les liillustrations de la Meuse»,
qui remplissent à elles seules une vaste salle, où
me semble prédominer un peu trop l'élément
REVUE DE L'.iRT CHRÉTIEN.
1885. — 2""-" LIVRAISON.
244
Ectiuc De r3rt cbrctien.
militairc.N'}- a-t-il pas d'autres gloires à signaler,
et la part faite au clergé, aux lettres, aux arts
et aux sciences, n'est-elle pas trop maigre rela-
tivement ?
Dans chaque musée de province, j'aimerais à
voir ainsi une salle spéciale affectée aux célébri-
tés locales. Bar-le-Duc, qui a dans ses armes
trois pensées — elle pense à s&s gloires — nous
donne un bel exemple, dont on devrait bien
profiter ailleurs (■).
LES VERRIÈRES DE LA CATHÉDRALE
DE CHALONS en général et plus particulière-
ment les verrières des collatéraux, par M. le cha-
noine Lucot, archiprêtre de Châlons. Châlons-sur-
Marne, Thouille, 1S84, in-S°, de 16 pag. et une pho-
tographie.
Le titre de cette brochure est tout à fait trom-
peur ; en réalité, il n'y est traité que d'une seule
verrière de la fin du XV<= siècle, celle que repré-
sente la planche. Or, cette fenêtre, qui vient d'être
restaurée, se compose de deux fragments de ver-
rières qui n'ont jamais été faits pour être réunis,
d'oij résulte un effet choquant et, pour cette
nouvelle adaptation à une fenêtre en style du
XIIP siècle, de regrettables mutilations, sans
compter le côté ridicule de la chose. En haut, voici
un Père éternel qui appartenait très probablement
à une Annonciation ; il bénit des saints qui n'en
ont plus besoin, puisqu'ils régnent avec lui dans
la gloire. Deux saintes Vierges sont superposées,
malgré la formule esthétique iio)i bis in idem ;
Ste Ursule a été substituée maladroitement à
Ste Marguerite, comme le démontre très bien
M. Lucot, et le donateur est présenté par son
patron St Jacques, non plus à la Vierge, placée
trop loin, mais à St Vincent qui lui tourne irré-
vérencieusement le dos. Tout cela est à refaire
ou plutôt à défaire pour remettre en l'état primi-
tif
J'étais dernièrement à Châlons. Voici ce que
j'ai constaté: la cathédrale a été tuiifice par l'ar-
chitecte diocésain, c'est-à-dire que les chapelles
quelesXV*= et XVI'^ siècles avaient établies entre
les contreforts ont été supprimées .systémati-
quement et remplacées par des murs percés de
T. Puisque je parle des musées, qu'il me soit permis d'expi-imer un
vœu dont on comprcndm l'importance Chaque année, à Trêves, il
se publie, en Allemand, un bulletin spécial, qui a pour litre AfiisAy-
graphie. Rien de semblable n'existe en France et il conviendrait
d'imiter sur ce point nos voisins qui, en fait de science, savent fort bien
à quelle source doit s'alimenter l'érudition. Tous les ans donc, on
publie l'inventaire détaillé des objets, do toute nature et époque, qui
sont entrés dans les collections publiques et privées. Ce n'est pas
un enregistrement, mais presque une description, qui s'étend même
aux inscriptions, textuellement reproduites, puis accompagnées d'un
commentaire. C^e qui se pratique pour l'.'Mlemagne, la Belgique et
le Luxembourg ne peut nous rester étranger ; il y aurait lieu, comme
terme de comparaison, de puiser souvent dans ce fonds si bien pour-
vu et surtout d'en constitnerun semblable pour tout le territoire fran-
çais. De la sorte rien n échapperait aux chercheurs, toiijoursen quête
(les similaires, quand ils étudient une question spéciale.
fenêtres en style du XIII<=. Principe absurde,
qui ment à l'histoire, car quelle est la cathédrale
ciui n été construite d'un seul jet ; et quel droit
s'arroge-t-on pour faire table rase^de fondations
solennellement acceptées par l'Eglise ? De ce
remaniement intempestif est résulté un boule-
versement général des verrières, qui reprennent
tant bien que mal position dans des baies pour
lesquelles elles n'étaient pas faites.
Je le déclare bien sincèrement et je voudrais
être entendu de l'administration : ces préten-
dues restaurations, opérées sans étude préalable
et sans contrôle ultérieur, sont funestes à l'art
et à l'archéologie : elles détruisent ou mutilent
gravement de belles pages d'iconographie chré-
tienne : le mal fait est presque toujours irrépa-
rable. Empêchez de tomber, réparez les plombs,
comblez les lacunes, mais ne refaites pas de fond
en comble un sujet que vous n'avez pas compris.
Comme en somme on n'ose pas faire du vanda-
lisme à outrance, on arrive forcément à garderdc^
vitraux de la Renaissance, qui font scandale à
Châlons, tellement le nu y domine et, d'autre
part, on sacrifie, c'est M. l'archiprêtre qui le dit,
page 6, des verrières du XI P siècle que « leurs
dimensions considérables ;> ne permettent pas de
« faire entrer dans le cadre par trop étroit de nos
fenêtres ogivales ».
Avant que la restauration ait achevé son œu-
vre malsaine, j'engage vivement M. Lucot à
continuer son étude archéologique. La cathédrale
de Châlons possède une série fort remarquable
de vitraux des XIII<= et XIV'= siècles qu'il im-
porte de mettre en lumière. L'abside surtout et
la lose septentrionale méritent une description
détaillée, pour f.iire valoir l'idée générale de la
composition et montrer le parti qu'on peut tirer,
en vue de l'histoire du costume ecclésiastique
en paiticulier, de représentations de ce genre.
M. Lucot, parlant du donateur d'une verrière, dit
seulement: << Chanoine en habit de chcjeur. >> Ce
n'est pas suffisant ; reste à décrire cet habit, si
c'en est un, pour savoir quels insignes portaient
au X V^ siècle les chanoines de Châlons.
Les brochures, cornme celle que j'annonce, sont
fort utiles pour le progrès de la science. Un
guide sommaire et bien fait serait non moins
précieux dans chaque cathédrale pour renseigner
le visiteur.
NOTRE-DAME DE L'ÉPINE ET] SON PÈLE-
RINAGE, par F. A. Rarrat, curé de l'Epine. Châlons.
in-8", de 181 pag., prix 1,50.
Ce livre est plein de longueurs et de lieu.x •
communs, il gagnerait incontestablement à être
diminué tle près de moitié et il serait encore as-
sez développé pour les pèlerins (jui visitent cette
16 i & I i 0 g r a p î) i e
245
charmante église. Il aurait surtout besoin d'être
soiL^neusement révisé par un savant compétent,
car on y parle archéologie à peu près comme en
1835. Quelques citations permettront d'en juger.
Le tympan de la porte médiane, à l'occident,
représente la vie de Notre-Seigneur: il n'y a donc
pas d'écart possible. Pourtant l'auteur voit, dans
l'annonce au.x bergers, l'apparition de la statue
miraculeuse, toutenavouant qu'on n'y trouve <'ni
le buisson ni la figure de la Ste Vierge» (p. 60).
Plus loin, il nomme « Charles VII et Louis XI,
les deux principaux bienfaiteurs de cette église, »
(ibid.) là oij il y a certainement deux mages, le
troisième ayant été brisé. Il se méprend sur l'arbre
dejesséetles ancêtres du Christ,confondant « Ste
Cécile » (p. 57) avec un ange musicien. Il croit
que l'élégant édicule, élevé dans le sanctuaire du
côtéderévangile,servait à renfermer « le SaintSa-
crement, les vases sacrés, les reliques des saints »
(p. 88), tandis que c'est l'abri destiné primitive-
ment à renfermer la statuette de la Vierge et où
elle devra, tôt ou tard, faire retour.
J'ai déshabillé la pieuse image, malgré les
protestations du curé, et j'ai constaté avec joie
que c'est bien celle que virent les bergers en
l'an 1400 et pour laquelle l'église fut construite
en 1419. Elle est même plus ancienne que
l'apparition d'une quinzaine d'années au moins.
Les doutes élevés à ce sujet sont donc sans
fondement.
On parle de démolir le jubé à jour qui clôt
le chœur. Je m'y oppose formellement, au nom
de la science. Qu'on le débarrasse de ses deux
autels et les fidèles pourront alors suivre à leur
aise les cérémonies. De plus, j'observe que nulle
place ne conviendrait mieux pour exposer la
statue vénérée, aux grands jours, que cette haute
plate forme, qui, ornée avec goût, lui constituerait
comme un trône d'honneur. Le jubé ne peut être
porté ailleurs, car il fait corps avec la clôture
du chœur qui, partant, serait notablement muti-
lée. Lesupprimer, pour mettre à la place une grille
de fer, serait un acte odieux de vandalisme contre
lequel s'insurgeraient à la fois les fidèles et la
presse entière au nom de la tradition, de l'histoire
et de l'art.
NOTRE-DAMK D'AVIOTH ET SON ÉGLISE
MONUMENTALE, au diocèse de Verdun (Meu.se),
par M. l'abbé Jacqiiemain, curé d'Avioth. Sedan,
Laroche, in-S»' de 132 pag. et 2 pi.
Il est certainement très utile d'avoir dans
chaque sanctuaire, but de pèlerinage et de curio-
sité, un livret, indiquant au pieu.v visiteur et au
savant tout ce qu'il leur importe de savoir sur le
monument et s(jn histoire En pareil cas, il fau-
drait éviter les longueurs, le style de la chaire et
se conformer au progrès de la science archéolo-
gique. Je le dis à regret, la plupart des livres de
ce genre sont écrits par des ecclésiastiques, à qui
manquent les études premières pour traiter pa-
reils sujets ; aussi ils se perdent généralement
dans des conjectures, resassent des opinions de-
puis longtemps abandonnées et expliquent à
leur façon des choses qui sont admises tout
autrement.
Dans le livret que j'annonce, il y a trop d'his-
toire (pas toujours très sûre), et souvent absence
de critique archéologique. Ainsi la magnifique
église d'Avioth n'est pas « de la fin du XIIP siè-
cle )> (p. 79), mais bien des XIV*^ et XV^ siècles.
Au portail, qui rappelle par la finesse de ses
sculptures celui de la cathédrale de Reims, le
Juge suprême est intercédé par la Vierge (non
Ste Madeleine) et St Jean Baptiste. Page 95,
une Ste Barbe est confondue avec « la Vierge
Marie sous l'emblème de l'une des invocations
de ses litanies, ticrris Davidica .». Les splendides
vitraux sont un peu dédaigneusement traités
« d'art de l'imagier sur verre à son enfance »
(p. 100). La pièce de monnaie, décrite page 21,
a-t-elle été lue exactement et n'est-il pas plus
probable que IONS AREP doit s'interpréter
lOHû>i?teS AïiC/i/eF isco/>i(s ? Je ne vois pas qu'il
soit <,< impossible de fi.xer la destination » de
l'ambon. Est-il bien certain qu'il faille lire, dans
la scène de l'apparition des bergers, sur le phylac-
tère de l'ange : NATVS EST. O. P. V. AD et
interpréter 0 popiili, venite adoreimts .'!! ]e n'ai pas
vérifié, mais iiatiis est puer me semble la lecture
la plus sensée. Sur le tombeau de Cécile, morte
en 1406, « en tête du sarcophage, deux anges
soutiennent une nacelle renfermant une figure en
buste » (p. 1 1 1) ; rectifiez : deux anges enlèvent
au ciel sur une nappe blanche l'âme de la défunte.
Somme toute, outre de nombreuses erreurs
que je ne me charge pas de relever, ce guide ne
renseigne que très imparfaitement le lecteur, et la
partie archéologique, si attachante, devrait être
entièrement refaite à nouveau.
J'ai passé des heures délicieuses à visiter cet
incomparable monument qui parle si éloquem-
ment aux yeux et au cœur. M. Palustre a pris la
photographie de ses principales curiosités, de
manière à former un album qui sera certaine-
ment d'un haut intérêt.
L'ENSEIGNE DE LA COMPAGNIE D'ORDON-
NANCE DE CLAUDE DE LORRAINE, DUC DE
GUISE, par M. Léon (jermain, Nancy, Crépin, 1S84,
in-8° de 20 pag., avec une gravure sur bois; prix 2 fr.
Le duc de Guise mourut en 1550. Son enseigne
représente, sur un semis de C (initiale de Claude)
enlacés, la scène de l'Annonciation. Dans le vase
qui sépare la Vierge de l'archange, est un lis à
trois fleurs : ces trois fleurs signifient symboli-
246
Eetiuc ne l'^rt chrétien
quement que Marie fut vierge avant, pendant et
après l'enfantement. Un vitrail du XVl'^ siècle, à
St-Nicolas de Port, pour ne pas sortir de la Lor-
raine, nous fournit cette explication : l'irgo ante
partHin, virgo in partii, virgo post partiim. Dans
plusieurs autres représentations de la même
contrée, je trouve une fleur et deux boutons, lors
de l'Annonciation. Le sens est facile à saisir : une
des trois virginités s'était manifestée, celle ante
partiiin; les deux autres s'épanouiront plus
tard.
Favyn, dans son Tlicâtrc ifJionncur et de che-
valerie, 1620, t. n, p. 143, donne les caractères
propres de Venseigne, du guidon et de la cornette :
« Chacun sçait que l'enseigne d'une compagnie
de gens d'armes à cheval, finit en poincte à deux
queues : le guidon finit pareillement en poincte
et n'a seulement qu'une queue : mais la cornette
est quarrée. »
Après les funérailles du duc François, fils de
Claude (1563), ses douze enseignes, ses douze
guidons, <<: de fin taffetas noir richement peint,
d'un côté aux armoiries de Lorraine, de l'autre à
celles de la ville » et sa cornette « de taffetas
rouge, la croix blanche par le travers », restèrent
suspendus à la voûte de la cathédrale de Paris.
]\L Léon Germain est auteur d'une série de
petites brochures sur la Lorraine : elles sont
bien faites et utiles à consulter. Nous conseille-
rons à l'auteur de ne pas se borner à traiter son
sujet au point de vue strictement local, mais de
l'élargir en le faisant entrer dans les grandes
lignes de l'histoire et de l'archéologie générales.
X. B. DE M.
M. Lièvre continue la publication de son
EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE DU DÉ-
PARTEMENT DE LA CHARENTE. Les mono-
graphies des cantons de Mansle et Aigre sont
venues s'ajouter à la monographie de celui de
St-Amand de Boixe et terminent le premier vo-
lume. Le travail de M. Lièvre ne manque pas de
valeur. On remarque cependant facilement que
les deux derniers fascicules sont moins laborieu-
sement soignés que le premier, et bien que dans
sa courte préface l'auteur nous affirme le con-
traire, il est évident qu'ayant entrepris un travail
de très longue haleine au moment où la carrière
de tout homme est déjà avancée, il ne s'attarde
point à de longues recherches et vise à réduire
son œuvre pour avoir le temps de l'achever.
(Exemple,les communes de Ligné, Lupsault, etc.)
M. Lièvre se connaît en préhistorique et, sous
ce rapport, son livre et ses dessins sont pleins
d'intérêt; il est protestant et même pasteur de
l'église d'Angoulême, partant, il connaît une
foule d'anecdotes locales (pages 148, 159, iji.
212, etc., etc.) qui ont trait à sa religion; je ne le
blâme pas de relater ces anecdotes, qui cependant
n'ont pas toujours dans son livre une place bien
justifiée; mais ce dont on est en droit de le blâmer,
c'est de se montrer trop homme de parti-pris lors-
qu'il fouille les archives de nos monastères du
moyen âge. Il se découvre dans tout son énerve-
ment lorsqu'il rencontre sous chacun de ses pas les
traces de leur salutaire influence. Je n'aime pas le
>.< disait-on », non plus que les « certains rap-
ports » (p. 250), qui font présumer que la règle
était très relâchée au monastère de Tusson. Je ne
crois pas non plus que, de ce que l'abbesse pou-
vait écrire, « qu'il fallait tâcher d'accroître le
nombre des vertus et non des personnes », l'on
soit en droit de conclure que «les portes du couvent
s'ouvraient beaucoup trop facilement». Il est même
étonnant que AI. Lièvre, qui tient à passer pour
un auteur scrupuleux, fasse d'aussi importantes
révélations sans seulement citer ses sources. Nous
avions déjà senti une pointe d'aigreur trop vive
et trop hasardée à propos du monastère des hom-
mes de St-Amand. Cette pointe devient ici une
flèche envenimée qui ne se cache plus.
Je ne dirai rien des termes discourtois em-
ployés par l'auteur de Y Exploration, à l'adresse
du culte ou de la religion catholique (pp. 148, 151),
mais il est permis de le rappeler aux convenan-
ces lorsqu'il sort des règles du bon goût (p. 153).
En résumé le premier volume de Y Exploration
archéologique du département de la Charente est
un livre intéressant, surtout au point de vue pré-
historique, mais écrit dans un esprit aveuglé de
parti-pris. Joski'H Mallat.
ÉTUDES SUR LES MONUMENTS PRIMI-
TIFS DE LA PEINTURE CHRÉTIENNE EN
ITALIE ET MÉLANGES ARCHÉOLOGIQUES,
par h. Lkfort. — Petit in-8°, 284 pp. Paris. — Pion,
1885.
IL s'agit d'une réédition corrigée et augmentée
de la Chronologie des peintures des catacombes
romaines, ouvrage bien connu d'un collaborateur
distingué de la Revue archéologique et des Mé-
langes d' Archéologie. Il contient une description
de toutes les fresques, classées par ordre d'an-
cienneté, qui existent encore dans les catacombes
de Rome et de Naples; ce travail prend la pein-
ture à ses débuts, vers la fin du L"'' ou le com-
mencement du 11*= siècle, et il suit ses nombreuses
productions, en fi.xant leur date, pendant les
siècles de persécution, et au delà. Une récente
inspection des catacombes et des communications
de M. de Rossi, ont permis à l'auteur de faire des
ajoutes intéressantes au travail primitif II y a
introduit une note descriptive de la mosaïque de
Sainte-Pudentienne à Rome, conforme aux der-
TBibliograpbic.
247
nicrs progrès de la science iconographique, et
des détails tout nouveaux sur les découvertes les
plus récentes faites à Rome et dans la banlieue,
ainsi que dans quelques autres localités ; sur
les peintures d'un arcosolium, dans la catacombe
de Santa Maria di Gcsii à Syracuse ; sur le ci-
metière chrétien Ag Jiilia Concoi-dia, en Vénétie,
et sur des peintures inédites, datant du moyen
âge, trouvées à Saint-Nicolas de Saint-Victor,
près du Mont-Cassin. Ces dernières peintures,
dont les dates s'échelonnent tout le long du
moyen âge, du XII'' au XIV'' siècle, sont des
plus intéressantes pour l'histoire de l'art. Les
plus anciennes sont un nouveau témoignage de
l'activité déployée par l'école locale en Campanie,
à l'instigation des bénédictins du Mont-Cassin,
avec le concours des Byzantins.
ÉLÉMENTS D'ARGHEOLOGIK CHRÉTIEN-
NE, jMr le chanoine Reuscns, professeur à l'univer-
sité catholique de Louvain. 4 demi-vol. grand in-8^ — •
Tome premier, 572 pp., orné de plus de 600 grav. —
Peeters, Louvain, 1884. — Se vend chez l'auteur.
Prix : 18 fr. (■)•
Nous avons déjà consacré, l'an dernier,
(y. Revue de l'Art clirctien, 18S4, p. 221)
un premier article à cet important ouvrage. Si
l'expression n'était devenue trop banale, nous
dirions que l'éloge n'en est plus à faire ; remar-
quons plutôt, qu'il n'est guère de pays, qui ne
doive envier à la Belgique un si excellent traité
d'archéologie nationale. Nous avons naguère
amplement justifié cet avis ; la première édition
des Elcnients est assez connue des archéologues ;
bornons-nous à consigner ici les développements
dont s'est enrichie la seconde.
Ce sont d'abord quelques pages sur les princi-
paux types propres à l'iconographie latine et by-
zantine, tels que les couronnes portées par des per-
sonnages saints dans les plis de leurs vctcinents,
et dans lesquelles M. Reusens voit l'équivalent du
nimbe, plutôt que des ablations; et \ç: trône àw
Christ, représentant le Sauveur lui-même, en-
touré des Apôtres ou de leurs symboles, comme
dans la mosaïque du baptistère de Ravcnne, dont
la reproduction est l'objet d'une des nouvelles
gravures de l'ouvrage. Postérieurement au VL'
siècle, la cathedra de la doctrine devient le trône
du jugement dernier, par allusion au verset du
psaume IX : « Paravit in judicio thronuui snum,
etc. » Mais ce dernier symbole est propre à l'O-
rient (='). L'auteur e.vaminc aussi la question, in-
téressante au point de vue de certaines contro-
verses théologiques, de la droite et de ki gauche
donnée aux apôtres saint Pierre et saint Paul.
1. 1.,'ouvrage sera terminé avant la fin de 1885.
2. 11 figure sur la croi.x byz:intine des sœurs de Nolre-Danie ^
Nainur.
Avec M. de Vogiié, W. Reusens reconnaît la
première source du style byzantin dans les ingé-
nieuses combinaisons des habitants de l'Haouran,
réduits par le manque debois.à faire servir la pierre
à des besoins nouveaux. Il montre la part que
l'art asiatique et l'art romain apportent respective-
ment à la constitution du nouveau style oriental.
C'est sous l'influence de la Syrie, que l'Occident
avait, dès avant Constantin, fait usage de l'arc
cintré et suggéré aux architectes de Constanti-
nople l'arcade sur colonnes. A l'Asie la coupole
était redevable en partie de ses progrès. D'un
autre côté, l'art romain avait donné l'exemple de
l'emploi de la brique et des petits matériaux, ainsi
que des placages et revêtements si usités dans la
décoration des édifices byzantins.
Sous Constantin et ses successeurs, Constanti-
nople orne d'abord ses monuments des dépouilles
de l'art antique, puis encourage la pratique de
l'art plastique. Persécutés par Léon l'Isaurien et
les autres empereurs iconoclastes, les arts refleu-
rirent et curent leur apogée au X'^ siècle, sous
Constantin Porphyrogénète. Leur décadence
commença au siècle suivant et les croisés con-
sommèrent leur ruine en 1204.
M. Reusens, à la suite de M. de Dartein, nous
explique ensuite les origines du style lombard,
qui est la principale expression de l'art roman
du VU" siècle à la fin du X'^. Il précise la part
d'influence qu'il faut accorder aux maîtres
comaques (ntagistri coinaci), ces ouvriers cons-
tructeurs dont ies émigrations se sont perpétuées
à travers le moyen âge et jusqu'à nos jours.
L'auteur n'avait rien à ajoutera ce qu'il a écrit
avec tant de précision et de maturité sur l'archi-
tecture romane dans le Nord, et surtout dans son
propre pays (').
Parmi les gravures nouvelles dont M. Reusens
a orné son bel ouvrage, citons une vue intérieure
de la curieuse petite église de Celles, près de
Dinant, et la vue du Baptistère de Padoue.
A propos des retables, dont l'usage s'intro-
duisit au XLsiècle,il fait remarquer leur analogie
avec les parements d'autel, ce qui a permis parfois
de placer ceux-ci au-dessus de l'autel, comme ce
fut le cas pour la célèbre pala d'oro de Venise. —
Dans le principe, les retables servaient souvent
à masquer les châsses à reliques. Au fond du
sanctuaire s'élevait alors l'autel des reliques; dès le
XIL" siècle, cet usage fit abandonner celui de
construire la crypte sous le chœur.
i.M. Reusens écrit, p. 348, cette phrase peut-être un peu absolue
dans sa forme: «Toutes les églises romanes sont orientées. «Qu'il nous
permette de lui sign.aler une eNception, qui d'ailleurs confirme la
règle. La cathédrale de Tournai, et deu.v églises paroissiales dont
les fondements et des parties debout datent de l'époque romane,
celles de .Saint-Pierre et de S;\int-Nicol,-is, s'écartent nettement de
l'orientation liturgique.
248
îacuuc DE ratt cfjccticn
Les reliques étaient parfois placées à l'intérieur
de l'autel, qui était alors percé de feiiestrelles à
travers lesquelles les fidèles pouvaient vénérer les
corps saints.Undespluscurieux autels de ce genre
est celui de V Aller Pons à Ratisbonne (XII-^s.).
On exposait aussi les reliques sur, ou derrière
l'autel. Dans ce dernier cas, la châsse était placée
assez haut pour que les fidèles pussent passer
au-dessous, selon un usage pieux encore existant
en plusieurs localités de la Belgique.
Quelquefois le pignon de la châsse était encadré
dans un retable précieux dont il occupait le milieu.
C'était le cas pour le célèbre retable que l'abbé
Wibald fit exécuter vers le milieu du XIl"-' siècle,
pour l'église de l'abbaye de Stavelot. — Nous
avons parlé de la découverte faite danslesarchives
de Liège par M. Van de Casteele, du dessin de ce
retable, document unique par son ancienneté et
son importance ('). M. Reusens.qui l'a naguère fait
connaître au public, en donne une reproduction
phototypique,accompagnée d'une description, qui
constitue une des pages nouvelles de son livre les
plusinteressantespourlesarcheologues.il attribue
ce précieux monument à Godefroy de Claire, de
Huy.
Il ajoute à ses anciennes gravures celledel'autel
portatif du trésor de St-Servais à Maestricht, et
de l'ambon de la rotonde du Saint-Sépulcre à
Bologne (v. ci-contre p. 249) et signale les remar-
quables clôtures de choeur, de l'époque romane,
conservées en Allemagne. Il nous fait connaître
de nouveaux spécimens de fonts baptismau.x
romans, ceux de Saint-Germain de Tirlemont
(en cuivre) de Thynes et de Gomes (en pierre)
dans la province de Namur.
Les pages consacrées à l'orfèvrerie et à l'émail-
lerie sont nouvelles et remarquables. Depuis la
première édition des Éléments, cette branche de
l'archéologie a fait quelques progrès. Les savants
ont éclairci plus d'un doute ; notre éminent col-
laborateur,M. Ch.de Linas, a découvert l'art mosan
(mérite que l'Académie de Belgique vient de re-
connaître en ouvrant ses rangs à l'archéologue
artésien) ; les AUemands.de leur côté, ont étudié
l'histoire de leurs célèbres écoles d'émailleurs. M.
Reusens tient ses disciples au courant des progrès
de la science.
On sait que les artistes byzantins persécutés
parles Iconoclastes trouvèrent un refuge près des
Papes. Adrien I" et Léon III donnèrent à l'orfè-
vrerie la plus vive impulsion, et c'est parmi les
élèves des orientaux, que Charlemagne trouva, à
Ravenne, des artistes pour enrichir de vases pré-
cieu.x son oratoire d'Aix-la-Chapelle. Après lui,
l'art retombe presque dans la barbarie. L'amon-
cellement des pierres précieuses.un travail délicat
I. Vo\x Revue de v Art chrétien, 1883, p. 236.
de filigranes, l'emploi de camées antiques et de
pierres d'Orient perforées,signalent les œuvres de
cette époque.
A la fin du X" siècle, Téophanie, épouse
d'Othon II, donne le jour à l'école de Trêves, qui
produisit les magnifiques émaux cloisonnés et
translucides et les joyaux splendides que nos
amis de la gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc
ont pu naguère admirer dans le trésor de la ca-
thédrale de cette ville. Cette école d'orfèvrerie et
d'émaillerie trop peu remarquée jusqu'ici, donna
naissance à l'art rhénan et l'art mosan. L'Kx-
position de Liège a mis ce dernier en relief et M.
de Linas l'a en quelque sorte baptisé.
L'influence byzantine donna naissance à plu-
sieurs centres: Mayence,Hildesheim, Verdun, etc.
En Belgique l'art précieux fut pratiqué à Gem-
blou.x, à Waulsort, à Tournai. Le bienheureux
Richard, abbé de Saint- Viton, à Verdun,
semble avoir pratiqué le premier la substi-
tution, générale en Occident au XI I^ siècle,
de l'émail champlevé au cloisonné. L'usage de
graver les figures
dans le métal épar-
gné et l'emploi de
motifs de la flore
i?idigène caractéri-
sent le style nou-
veau qui s'affirme
alors en Allemagne.
En même temps
nous voyons surgir,
appelés de Lotha-
ringie, des artistes
émailleurs. Ainsi
introduit en Fran-
ce, cet art s'accli-
mate dans l'école
limousine , oii la
gravure prit une
place prépondéran-
te, et oii le travail
revêtit le caractère
industriel et mer-
cantile. Artistique-
ment cette école
reste bien inférieure
à celle du Rhin.
Tel est le résume
de cet important
chapitre. A ses gra-
vures, au chapitre
des calices , M.
Reusens ajoute les
chalumeau.x eucha-
ristiques tle Wiltcn
et de la collection Basilewskj- ; il augmente sa
collection de py.xides de celles de Saint-Servaisà
15 i t) l i 0 g r a p f) i e .
249
Maestricht (en ivoire) et de Hildesheim (en noix | représentant unccroix-reliquairebyzantine appar-
de coco). Nous trouvons encore de beaux buis j tenant aux sœurs de Notre-Dame à Namur, et
^gmimmw^m^mwMWW
Ambon de la rotcnde du
Sair.t Sépulcre à Bologne,
(d'après de Dartein).
>^,
quelques développements nouveaux sur plusieurs
remarquables reliquaires de la Sainte Croix.
Mais la nouvelle édition est surtout enrichie des
jnifiques gravures, représentant des parties
mac
des châsses de saint Ser\-ais et de saint Candide
à Maestricht. — Signalons également des coffrets
orientaux en ivoire et des reliquaires bj-zantins. —
M. Reusens emprunte à la Revue de f^lrt chrétien
les reliquaires en cristal déroche que M.Rohaiilt
de Fleur)- a décrits dans nos colonnes.
A propos d'évangéliaires, il consacre quelques
lignes à l'école anglo-sa.xonne d'enluminure et à
son influence sur l'Occident.dont l'évangéliaire de
I\Iaese)ck reste le témoin. L'école carolingienne
se forme, sous l'influence de Charlemagne.de cet
art combiné avec l'art b)/.antin. Ici se placent des
250
iRctiuc De rart chrétien.
détails empruntés à Labarte,sur les caractères par-
ticuliersde cettcécole ainsi que sur l'école romane,
dont la Belgique garde des œuvres remarquables.
L'auteur reproduit et explique un spécimen du
cation d'Eiiscbe de cette époque. Deux spécimens
nouveaux de peignes liturgiques romans sont
donnés en gravure, celui de Stavelot et celui de
Nivelles (■).
,„.^ yl t5 » z>
Aube de saint Bernulphe, (XI' siècle).
Nous retrouvons ici \<tif!abella de la collection
Seillère et du musée de Copenhague, que M. Ch.
de Linas a publiés dans la Revue de /'A ri chrétien.
— L'histoire de la mitre a reçu quelques déve-
loppements nouveau.x.d'un grand intérêt, ainsi que
celle de la chasuble, où nous trouvons plusieurs
gravures que ne contenait pas la première édi-
tion, et tout le chapitre des ornements sacer-
dotaux. Parmi les gravures, signalons encore des
planches très belles et originales, représentant des
ivoires de N.-U. à Tongres et du musée de
Tournai.
Un collaborateur anonyme de M. Reusens,
dont les lecteurs de la Rei'ne de t Art chrétien
reconnaîtront le style sympathique et élégant, a
ajouté, en quelques pages magistrales, les réfle-
xions élevées de l'artiste au.x doctes leçons du
professeur.Après l'exposédescaractèresde chaque
période archéologique, il fait ressortir les grandes
lignes historiques et la valeur esthétique de leurs
développements. Ces pages, en tous points remar-
quables, sont d'un charme particulier. Elles repo-
sent le lecteur de !a fatigue que procure iné-
I. Ce dernierest reproduit d'après un dessin de l'auteur de ces
lignes, ce que l'auteur du livre a sans doute ignoré.
vitablement la lecture d'un traité purement didac-
tique. Elles empêcheront aussi l'élève de s'impré-
gner exclusivement des notions, froides en elles-
mêmes, de l'archéologie pure, et lui épargneront
le danger de ne pas éprouver l'émotion généreuse
qui nait de la contemplation artistique du beau,
à travers le développement de la civilisation
chrétienne.
NOTES D'ARCHEOLOGIE, D'HISTOIRE ET
DE NUMISMATIQUE, 3"^^ série, par A. Van Ro-
BAis. — Brochure in-S ', 73 pp., 4 pi. Abbeville. —
Paillart, 1883.
Ce petit volume de mélanges s'occupe du
Vimeu (en Ponthieu) et de la bataille de Saucourt
(881), — de la tour de Saint- Valéry-sur-Somme,
à laquelle il enlève le prestige poétique de la
captivité d'Harold, le vaincu d'Hastings, — de
la croix du roi de Bohême à Crécy, encore con-
servée et reproduite dans une des planches de la
brochure, — de Ringois, le patriote martyr d'Ab-
beville, — d'un dictionnaire latin écrit au XV*^
siècle, par le prieur Hanon des Chartreux de
Thuison, — de quelques sceaux religieux d'Ab
beville, — de la porte principale, en st)'le Renais-
sance, de l'église de St-Vulpain, — du mausolée
de Rambures, aux Minimes d'Abbeville, — de la
statue de Charlemagne du musée de cette ville,
œuvre de Nicolas Blasset (reproduite dans une
des planches), et de quelques monnaies et autres
antiquités locales.
MONUMENTS FUNERAIRES DE L'EGLISE
SAINT-ÉTIENNE A SAINT-MIHIEL, (1349-
1856) par L. Germain Broch. in-8", 54 pp. Bar-le-Duc,
typ. de l'œuvre de Saint-Paul, 1884.
L 'Eglise de Salnt-Mlliiel, visitée par tous
les étrangers à cause du fameu.x Sépulcre
de Ligier Richier, que l'on y admire, servit de
sépulture à un grand nombre de familles distin-
guées. Les unes sont de la belle époque, comme
la tombe de Jacomin V Avocat (1349), d'autres
offrent des sculptures dues à l'école des Richier.
M. Germain attribue le monument Uieulewart-
Pourcelet à cette école, sans oser affirmer,
avec M. l'abbé Souhaut, qu'il soit de Joseph
Richier, petit-fils de Ligier. L'épitaphe de Jean
Bourgeois, en donnant la date du décès de ce
grand citoyen (1635), permet à l'auteur de réfuter
les insinuations calomnieuses qui flétrissaient sa
mémoire. Celui-ci discute la question de savoir
auquel des Richier il faut attribuer le tombeau de
Warin de Gondrecourt ; question qu'a agitée de
son côté M. l'abbé Souhaut. Il ajoute aussi quel-
ques données à ce qu'a dit ce dernier du mausolée
de la famille Leschuyer et de son auteur présumé
Gérard Richier.
T5ibliograpf)ic
251
L'ÉTOLK DE SAINT CHARLES BORROMÉE,
dans le trésor de la cathédrale de Nancy, par le
même. Brochure in-8", de 15 pp. — Nancy, Crépin-
Leblond, 1884.
La cathédrale de Nancy conserve dans son
Trésor, l'étole de saint Charles. C'est du moins
ce qu'attestait seule jusqu'ici la tradition. M.
Germain nous fait connaître un acte découvert
par M. H. Lepage dans les anciennes archives
du noviciat des Jésuites, qui atteste la vérité de
cette attribution et de l'opinion d'après laquelle
cette relique a été donnée par Antoine de Lenon-
court, second primat.
LES ARMOIRIES DE GÉRARDMER (Vosges)
par le même. — Brochure in-8", de 8 pp. — Nancy,
Crépin-Leblond, 1884.
Quand, à l'occasion des fctes de 1866, on voulut repré-
senter, dans la galerie des Cerfs du Palais ducal, les
armoiries des principales communes de la Lorraine, il fut
impossible de découvrir celles de Gerardmer, et l'on dut
créer un blason pour les besoins de la circonstance.
Un curieux passeport de pèlerins, de 1784, trouvé par
M. V. Cuny, permet à M. Germain de combler cette lacune.
On y voit un écu, au cerf passant, appartenant à cette
commune.
UN PORTRAIT DE MARGUERITE DE LOR-
RAINE, DUCHESSE D'ALENÇON, AU MUSÉE
LORRAIN, par le même. Brochure in-8°, 8 pp. —
Nancy, Cré|jin-Leblond, 1S84.
Le musée Lorrain possède un petit tableau sur
cuivre, qui serait, :\ en croire l'inscription qu'il porte, le
portrait de Philippe de Gueldre, veuve du duc René II,
(*i* '547)- '^b Germain propose d'y voir celui de Margue-
rite de Lorraine, sœur de ce dernier. 11 se fonde sur la
description de l'abbé Laurent, d'un portrait gravé de cette
princesse datant de 1660.
Marguerite de Lorraine a été considérée de tout temps
comme une sainte, et sa vie a été écrite. .Son épitaphe est
conservée au presbytère d'Argentan et l'auteur l'a repro-
duite. L. C.
L'abondance des matières nous oblige d'ajour-
ner l'examen du tome III, de l'ouvrage de
AI. Colfs: La filiation généalogique de toutes les
écoles gothiques.
^^ BcxiotJiques.
le règne de jésus-christ.
Sommaire du n" ue janvier 1885.
État des Œuvres sociales de Paray, par le Baron DE
.M.\RIC0URT. — Le Règne social aie XIII' siècle, par le
R. P. H. DE ROCHEMUKE. — Les Corporations de Caiitpo-
lùtsso, par l'archiprêlre AmI'.ROsiani. — Bolsène-Orvieto
(suite), (jar Mgr X. B.\riîier de Mont.\ult. — Monuments
du Kègiie, par l'abbé Ch.-vbaud, P. F. et A. de S. — Le
t\ègiie ï/t' Jl'.sus-CHRIsr manifeste' par l'art, par M. Gri-
.MOU.vrd de S.mnt-Laurent. — Pensées sur la Création.
par un missionnaire de Syrie.
Cette édifiante et superbe publication se sou-
tient au niveau élevé où ses fondateurs ont su la
placer dès ses débuts.
L'étude de Mgr Barbier de Montault sur Bol-
sène et Orvieto se poursuit par la description de
la Chapelle du Corporal, dont la voijte et les murs
ont été ornés, de i 557 à 1 563, par Ugolino d'Hario
et Domenico Leonardelli, de peintures relatives
au Sacrement de l'Eucharistie. Une héliogra-
vure représente la scène symbolique célèbre dans
laquelle le Christ, entre les sept chandeliers d'or,
élève l'hostie. Le démon, la chair et le monde
sont figurés au bas, en même temps que l'homme
vainqueur de ces trois ennemis de son salut; ce-
lui-ci transperce d'une flèche le monstre sata-
nique ; son cheval foule la chair d'une femme, et
il tourne le dos à une cité mondaine. — C'est un
magnifique ensemble, que celui de ces peintures,
dont Pie IX avait commencé la restauration à la
veille de l'invasion de ses Etats par les Piémon-
tais. La moitié du travail seulement a été faite,
le reste s'efface de jour en jour. M. de Sarachaga
a l'heureuse idée de provoquer dans la Revue
eucharistique une souscription pour l'achèvement
de ce travail. — La décoration picturale de l'autel
fournit à l'auteur de l'article matière à une in-
téressante digression sur le confessionnal, dont
l'iconographie n'a encore été étudiée par aucun
auteur. Le confessionnal, ce meuble moderne, ne
paraît qu'en germe avant la Renaissance, sous la
forme d'un simple fauteuil.
M. l'archiprêtre Vincent Ambrosiani.que notre
Revue se félicite de compter dès à présent parmi
ses collaborateurs, donne des fragments de sa très
intéressante inonographie des processions de la
Fête-Dieu à Campo-Basso.
M.Grimouard de Saint-Laurent commence une
étude sur les rnanifcstations du règne de JÉSUS-
Christ, par les moyens de l'art.
Les belles planches du /?r^«t' donnent, outre les
peintures déjà signalées, les Prêtres de l'ancienne
loi (suite des vitraux inédits de St-Etienne-du-
Rlont), deux sujets des reliquaires de Ste Eulalic
et de St Vincent, conservés dans le Cantal, sa-
voir : le Christ bénissant et le Couronnement de
St Vincent, émaux du XII^ siècle ; enfin un nou-
veau panneau des tapisseries de Rubens à Ma-
drid, la Alaison d'Aubriete.
bulletin monumental.
Sommaire du N° 6.
Trésor de Monza (Sicile), par Mgr Barbier de Mon-
T.\ULT. — La Renaissance en /v-rfwtv (2' article), par M.
Anthy.me Saint P.-\ul. — Chronique.
Sommaire du N° 7.
Note sur l'ancienne cathédrale de Mirepoi.v, par M.
l'abbé Goii.VLDO. — Tours romanes de la calhéiirale de
RUVUR UE l'art CllKÉTlEN.
1885. — 2™'-" LIVKAISO.N,
252
ïactiuc De rart cijrcticn.
Coutances, par M. A. de Dion. — Chapelle St-Lazare à la
cathédrale de Marseille, par iM. DE BARTHÉLÉMY. —
Chronique. — Bibliographie.
Sommaire du n° 8.
Livoire latin du musée de Nevers, par Mgr BaruiER
UE IMONTAULT. — Les peintres d'Ai'ignoji sous le 7rgne
de Clément VI, par M. Eugène Muntz. — Documents
sur le château de La Carde (Ariège) par M. l'abbé Ga-
lîALDO. — La chapelle gothique de Péglise Saint-Maurice
de Reims, par M. Henri Jad.\rt. — Les sept anges, par
M. Julien Durand. — Chronique. Mouvement de la
Société française d'Archéologie. — Congrès archéologique
de Paniiers, Foix et Saint-Girons (fin). — La collection
Davillicr. — Bielioc;raphie. — Inscriptions de la colo-
nie romaine de Béziers, par Louis Nogiiier. — L'Adour,
la Garonne et le pays des Foi.v, par Paul Perret et Eugène
Sadoux. — Recueil des inscriptions campanaires du dépar-
tement de l'Isère, par G. \'allier.
Nous avons reproduit dans notre dernière
livraison les appréciations flatteuses qu'a susci-
tées dans la presse italienne l'étude de Mgr Bar-
bier de Montault, sur le trésor de Monza. Un de
nos collaborateurs prépare, du reste, pour une
livraison ultérieure, un compte-rendu de cet
ouvrage de grand mérite. Nous avons également
parlé de la Reiinissaiice en France, par M. L. Pa-
lustre, qui est l'objet, dans le Bulletin Monumen-
tal, de l'examen d'un critique éminent et sym-
pathique, M. Anthyme St Paul. La 6*= livraison
de cette dernière Revue, ne contient pas d'autre
étude. On y trouve toutefois un intéressant com-
pte-rendu du Congrès de Pamiers.
C'est en 1298 que fut inaugurée la nouvelle
cathédrale de Mirepoix. Elle fut fondée par les
seigneurs de Lévis, qui restèrent ses soutiens.
Elle fut plus tard restaurée par Philippe de
Lévis, cet illustre é\ôque de Mirepoix. LTnc
nouvelle consécration eut lieu en 1506.
Monsieur l'abbé Gobaldo rend un juste tri-
but d'éloges aux bienfaiteurs de l'église, et décrit,
d'après les documents, les travaux de restaura-
tion exécutés vers 1 500, et les objets précieux
donnés par l'évêquc Philippe, y compris de mer-
veilleux livres à miniatures, dont quelques-uns
sont conservés à la bibliothèque de P'oix, et ont
été admirés, comme nous le disons plus \o\x\{ Cliro-
nigiie), par les membres du Congrès de Pamiers.
Viollet-le-Duc a remarqué, que la cathédrale
de Coutances a dû être reconstruite sur les
fondations mêmes de la primitive église romane,
et il a pu dire, qu'il ne reste plus de traces visi-
es de la construction romane. Toutefois, des
vestiges enveloppés dans la construction du
XI IL' siècle n'ont pu échapper à l'œil de M.
Bouet, et, plus heureux que lui, 1\I. de Dion fait
une curieuse restitution delà cathédrale de Geof-
froy de Montbray, et notamment des deux tours,
dont il explique la transformation accomplie si
habilement au XI V'^' siècle. Il donne même en re-
gard la vue de la façade actuelle, et une vue pré-
somptive de la primitive.
Monsieur Barthélcmj- étudie et publie en une
belle gravure les sculptures de la chapelle Saint-
Lazare à l'ancienne cathédrale de Marseille. Il
révèle en même temps des données nouvelles sur
les deux artistes qui ont collaboré à cette œuvre:
Thomas de Como et Laurancc.
Mgr Barbier de Montault a rencontré dans le
musée archéologique de Nevers un ivoire latin
inédit, remarquable tant au point de vue artistique
qu'au point de vue archéologique. — Il en fixe
la date entre le I V'-' et le V° siècle.— ;Cet objet re-
présente la Nativité de N.-S. et l'Epiphanie ; il
doit avoir appartenu à un coffret. — L'auteur
s'occupe à cette occasion de l'iconographie de
ces deux mystères de la vie de N.-S.
Plusieurs C}xles de peintures perpétuent, au pa-
lais des Papes d'Avignon, le souvenir de Clément
VI. — M.Eugène Muntz nous donne de quelques-
uns non encore publiés des reproductions photo-
graphiques, et en même temps il publie des docu-
ments sur leiu's auteurs ('). Il se propose d'étudier
ultérieurement les peintures elles-mêmes.
_M. H. Jadart décrit la chapelle gothique de
l'Église de Saint-Maurice de Reims, seul vestige
de cette ville de l'époque ogivale flamboyante.
Monsieur Julien Durand revient sur la décou-
verte fait par M. Léon Dumuys, d'un moule de
patène liturgique, où figurent les sept Archanges;
les rapprochant d'un autre monument analogue, il
se livre à cette occasion à une petite dissertation
iconographique sur les archanges apocryphes.
gazettk archéologique.
Sommaire des nos ç)-i2. 1884.
TE.XTE. — ]'ie7ge en bois sculpté provenant de Saint-
Martin-dcs-Chatnps, par M. R. De Lasteyrie. — Terres
cuites grecques de la collection /«■//<)«, par M. E.BaiîELON.
— Les trésors de '^'aisselle iV argent trouvés en Caule, par
MM. H.THÉDENATet A. Héron de \'ii.leeosse (,w//(;>.
— Quelques calices en filigrane de fabrication hongroise,
par M. E. Molinier. — L'expiation ou la purification de
Thésée, par M. DE Wri'iE. — Fouilles et recherches archéo-
logiques au sanctuaire des jeux isthmiqucs, par M. MON-
CEAUX (fin). — Bas-}'elie/s de Luca delta Robbia, à Pere-
tola, par M. E. MoLiNiER. — Chronique.
PLANCHES. — XLll. Vierge en bois ])iovciiant de
Saint-Martin-des-Champs. — XLlll. Terres cuites de la
collection Bellon. — XLlv, XLV, XLVi. L'expiation do
Thésée. — XLvii, XLViii. Calices hongrois. — XLix. Bas-
relief de Luca délia Robbia, à Peretola. — L. Tombeau de
Benozzo Federighi, par Luca délia Robbia.
I. Ce sont nolan-.ment : .Simone di Marlino, Dollio de Sienne,
Malteo di Giov:inetto, Pietro Kiccio d'.^it'zzo. Jean d'.Are/.zo, Fran-
cescoel Nicolo de Fiorencia. Robino de Romanis (tle Rome), Jaco-
minus de Kono, Bernardus ICscot et P. dcCaslris, l'etrus Roadoli et
l'etrus Rebant, Bissonius Cabalicanus et Joliannes Moys ; Simon de
Lyon.
TB i b l i 0 g r a p î) i c .
253
Après la belle Vierge en ivoire de M. Bligny,
que nous avons nous-même fait connaître à nos
lecteurs par la gravure, M. R. de Lasteyrie nous
en présente une autre plus remarquable encore.
C'est la fameuse Vierge de la basilique de Saint-
Denis, qui daterait du XI I<= siècle, d'après l'auteur,
et non du X^, comme l'a avancé notre collabora-
teur, M. Rohault de Fleury.
L'histoire du calice est encore à faire, nous dit
M. E. Molinier. A-t-il lu l'étude de M. l'abbé J.
Corblet sur les Vases eucharistiques, parue récem-
ment dans nos colonnes? — Cette histoire y est au
moins ébauchée. Quoi qu'il en soit, M. Molinier
fournit à cette question, et surtout à celle de
l'histoire de l'art de l'orfèvrerie, quelques maté-
riaux de grand intérêt, en nous décrivant une fort
belle série de calices hongrois, ornés de filigranes,
que l'exposition de Buda-Pesth lui a permis d'étu-
dier. Cette collection débutait par un petit mo-
nument fort curieux de la collection Ivan Paur,
attribuépar le catalogue auVI l'-'ou VII V siècle(.?).
Elle comprenait de remarquables spécimens de
toutes les époques, jusqu'au XVI'^' siècle, et la
Gazette a reproduit cinq des plus beaux.
Le même auteur publie la description du
tabernacle en marbre de l'église de Peretola, près
de Florence, œuvre inédite de Luca délia Rob-
bia. Il fait l'histoire de cette œuvre d'après des
extraits décomptes. Il nous fait connaître aussi
le tombeau de Benozzo Federighi, évêque de
Fiésole, dû au même artiste.
REVUE DE L'ART FRANÇAIS ANCIKN ET
MODERNE.
Sommaire du n°du 12 décembre 1884.
P.ARTIE ANCIENNE ; Les tableaux de Quintin Varin
aux Andelys, par M. l'abbé PORÉE. — Espercieux chez
Jiridan, communiqué par M. Etienne Parrocel. —
Élection de Dejoux à l'Acadéiiiie de peinture et de scul-
pture, communiqué par M. Étienne Parrocel. — Le
graveur Bertrand et l'état civil de Soisy-sous-Etiotles, par
M. J.-J. Guiffrey. — Partie moderne : Picot et
Delarochc, par M. A. DE Montaiclon. — Inventaire
sommaire des œuvres d'artistes français conservées à la
Villa À/édicis, par M. HENRY JOUIN. — Épitaphes de
peintres relevées dans les cimetières de Paris : Tliibault,
Ilosio, Robert-Lefevre, Guillemot, Augustin, Bourgeois,
Meynier, par M. H. J. — Bii!LIOGRAPHIE. — Nouvelles
diverses. — Table analytique et raisonnéc delà première
année, par M. H. J.
Sommaire du n°du i janvier 1885.
Au Lecteur, le Comité de Rédaction. — Partie an-
cienne : Buste de Henri IV, attribué à Germain Pilon,
communication de i\I. LÉOI'OI.D Delisle. — Valaperta,
un portrait de Jean-Jacques Rousseau, par M. Anatole
DE MONTAIGLON.— yî««(' Rubens, par M. J.-J. Guiffrey.
— Norbert Roettiers, graveur de monnaies et de médailles,
par M. V.-J. Vaillant. — Les graveurs parisiens The-
venon et Guy on, communication de M. F. Pouv. —
Partie .moderne : Épitaphes de peintres relevées dans les
cimetières de Paris : M"" Rouit lard, Rouillard, Gros, Gé-
rard, Coutan, par M. Henri Jouin. — Nécrologie:
Jean-Marie-Antoine Idrac, par M. H. J. ; Jules Bastien-
Lepas^e, par M. J. G. ; François-Antoine Zœgger, par M.
H. J. — Exposition des œuvre= dH Eugène Delacroix, çnx
M. J. G. — Bibliographie.
M. l'abbé Porée fournit des renseignements sur
trois tableaux de Quintin Varin, le premier maître
de Nicolas Poussin. La partie ancienne comprend
en outre des documents sur Espercieux (1776),
Dejoux (1778), Bertrand le graveur (i 78.-1.), et
Beauvarlet Jacques-Firmin, id. (1788).
M. V. J. Vaillant donne une note développée
sur Norbert Roettiers, graveur de monnaies et de
médailles, né à Anvers en 1666, mort à Paris
en 1727. — M. F. Pouy signale dans des contrats,
les noms de deux artistes non enregistrés : L.-G.
Thevenon, graveur à Paris (1785) et M. Gvyon,
graveur et fondeur de caractères à Paris (1789).
L'ÉCHO CATHOLIQUE, MONITEUR DES
LETTRES ET DES ARTS CHRÉTIENS.
Cette publication mensuelle annonce l'intention de tra-
vailler à la vulgarisation de l'art chrétien. Nous en rece-
vons un numéro spécimen datant de juillet. Il contient une
série de faits divers touchant l'art religieu.x ; un article ré-
clame au profit d'une grande maison d'orfèvrerie de Paris ;
et une revue des tableaux et sujets religieux du dernier
salon de Paris. Fra Veridico y fait les honneurs d'un
examen critique h toute manifestation du sentiment reli-
gieux, jusque dans ses déviations — Ce journal ne parait
pas avoir une idée faite sur ce ciue doit être l'art chrétien ;
— du moins ne nous fait-il pas connaître ses principes.
Nous lui souhaitons de ne pas faire aux dépens des vrais
principes son chemin dans le monde et la fortune des
éditeurs.
SEMAINES RELIGIEUSES.
Le Biilhtin du diocèse de Reims du 24 janvier,
donne l'histoire du culte de saint Marcoul à
Reims et à Corbeny.
Nous signalons de nouveau, sans pouvoir le
résumer ici, l'article d'érudition publié par Mgr
Barbier de Àlontault, dans la Semaine de Poitiers,
sur le vitrail de saint Laurent de la cathédrale de
Poitiers.
La Semaine religieuse de Beauvais, en signa-
lant les belles et riches broderies de l'église de
Fresnes-Léguillon, émet d'excellents avis au su-
jet de la confection des broderies religieuses.
La Semaine des fidèles du Mans, publie une sé-
rie d'articles sur les Instruiiients de la Passion
oii sont vulgarisées les riches études que M.
Rohault de Fleury a réunies dans son mémoire
sur cette question, et donne une notice très recom-
mandablc sur les chapelles domestiques, leur
histoire, leur fréquence dans le premier siècle, les
dispenses auxquelles leur usage fut surbordonné
par plusieurs conciles, et les conditions en vigueur
actuellement pour célébrer la sainte Messe dans
un oratoire privé. L. C.
254
iRetJuc ne l'^rt cïj rétien.
Xiitier biiniograpînquc.
:^rcl)tologte ctBeau;c^:^rtô '\
Jrrance.
Albanès (J. H.). — Armorial et sigillographie
DES ÉvKQUES DE MARSEILLE. — Grand in-4°. Mar-
seille, Olive.
Anonyme. — Questionnaire archéologique ou
MEMENTO DU TOURISTE. ÉgHses et cliâteaux, par ***,
de la Société française d'archéologie. Clermont-Fer-
rand, Thibaud, 1884, in-S°, 22 pp.
Audiat(L.). — Abb.we de Notre-Dame de Saintes,
HISTOIRE ET DOCUMENTS, publiés par M. Louis Audiat.
— Paris, Picard. In-8, 104 pp. (Extr. des Archives
historiques de la Saintonge et de l'Au?iis).
Barbier de Montault (Mgr). (*) — L'appareil de
la lumière de la cathédrale de Tours. — Tours, imp.
Bousrez. In-8°, 213 pp. (Extrait du Bulletin monu-
mental.)
Bar la (F. xA.) Curé de l'Épine. (*) — Notre-Dame
DE l'Épine et son Pèlerin-^ge. — Châlons in-8°,
de t8i pag. : prix 1,50.
Berthelé (J.). — ARcnirECTURE mérovingienne ;
La date de la crypte de Saint-Léger à Saint-Maixent
(Deux-Sèvres). — Tours, imp. Bousrez. In-8, 28 pp.,
avec dessin. 3 fr. (Extrait du Bulletin monumental.)
Blanc (Charles). — Collection d'objets d'art de
M. Thiers, léguée au Musée du Louvre. — Paris,
Jouaust, 1884, in-8°, xvi-287 pp., 34 pi. et fig.
Bonnel (l'abbé J-)' — Notre-Dame-d'Espérance
de PoNTMAiN(Mayenne). — Paris, lib. Oudin. Li-i8" j.,
x-275 pp.
Catalogue de la galerie lapidaire du musée
de la Société des antiquaires de l'Ouest. — Poi-
tiers, imp. Tolmeret 0=. In-8°, 87 pp.
Champeaux (A. de) et Adam (F. E. ). — Paris pit-
toresque. — Ouvrage illustré de nombreuses gravures
dans le texte et de 10 grandes eaux-fortes originales
par Lucien Gautier. — Paris, imp. et lib. Rouam. In-
fol., 85 pp. 25 fr.
Chevalier (Mgr C). — Herculanum etPompéi,
scènes de la civilisation romaine. • — Tours, imp. et lib.
Mame et fils. In-8", 216 pp. et gravures. 1,70 fr.
Clément (F.). — Hlstoire de la musique de-
puis LES temps anciens jusqu'a nos jours. — Grand
in-S", vi-823 pp. avec 359 fig., 68 portraits, des exem-
I. l^es ouvrages marqués d'un astérisque (*) sont ou seront
l'objet d'un article bibliograpliique dans la Revue.
pies de notations, des mélodies et des fac-similés tirés
des manuscrits. Paris, FLichette et Cie. 15 fr.
Clermont-Ganneau (C). — Trois monuments
PHÉNICIENS apocryphes. — Paris, Imp. Nat. In-8" 36
pp., avec fig. (Extr. Aw Journal asiatique.)
Delvigne (l'abbé A.). — La Renaissance de
l'art religieux au XIX" siîîcle, allocution pronon-
cée le 16 novembre 1884 h la distribution solennelle
des ])rix aux élèves des écoles de Saint-Luc et de Saint-
Grégoire à Tournai. — Saint-Josse-ten-Noode, in-8", de
19 pp.
Dieulafoy(.\L'ircel). — L'art .\ntique de la Perse.
Achéménides. — Parthes. — Sassanides. — Paris, Mo-
rel. 3884, in-fol., pi.
Dufour (l'abbé V.). — LesCharniers des églises
DE paris: Saint-Séverin. — Paris, Laporte. In-8'^, 46 pp.
3 fr-
Dumon(A.). — Terres cuites orientales etgré-
C0-0RIENT.\LES: Chaldée, Assyrie, Phénicie, Chypre
et Rhodes. — Paris, Thorin. In-4", 39 pp. 4 fr.
EpIGRAPHIE du DÉPARTEMENT DU PaS-DE-CaLAIS
— Ouvrage publié par la commission départementale
des monuments historiques. T. L 2''' fascicule. — Arras,
imp. de Sède et C". — Paris, Em. Lechevalier. In-4°,
p. 115 à 228 et pi. 10 fr.
Germain (L.). (*) — Monuments funéraires
DE l'Église saint- Etienne a saint-michel (1349-
1856.) — Broch. in-8", 54 pp. — Bar-le-Duc, typ. de
l'œuvre de Saint-Paul, 1884.
Germain (L.). (*) — L'étole de saint-charles
borromée, dans le trésor de la cathédrale de
NANCY. — Brochure in 8°, de 15 pp. — Nancy, Crépin-
Leblond, 1884.
Germain (L.). (*) — Les armoiries de gérard-
mer (Vosges). — Brochure in-8°, 8 pp. — Nancy,
Crépin-Leblond, 1884.
Germain (L.). (*) — Un portrait de marguerite
DE lorraine, duchesse d'alençon, au musée lor-
rain. — Brochure in-S", 8 pp. — Nancy, Crépin-
Leblond, 1884.
Goudard (A. C). — Appendice au supplément
A LA notice sur LES MÉDAILLES DITES PIEDS DE SAN-
GLIER. — Toulouse, lib. Privât. In-8'', 80 pp. et 2 pi.
Grandet ( J. ). — Notre-Dame angevine, ou Traité
historicpie, clironologique et moral de l'origine et de
l'antiquité de la cathédrale d'Angers, des abbayes,
prieurés, églises collégiales et paroissiales, etc. Publié
pour la première fois, d'ai)rès le manuscrit original, par
M. Albert Lemarchand, bibliothécaire en chef de la
ville d'Angers. — Angers, Germain et Grassin. In-8",
11-643 pp. 7,50 fr.
Grignon (L.) — ■ Description et historique de
l'église Notre-Dame en Vaux, de Chai.ons, col-
légiale et paroissiale. — Première partie. Description.
Châlons-sur-Marne. Thouille. Li-8'>, 15 i \i\x et [blanches.
Guillaume (P). — Le Mv.stère de saint Eu.s-
1BitiIiograpf)ic.
255
TACHE, joué en 1504 sous la direction de B. Chance!,
cha|)elain du Puy-Saint-André, près Briançon. — In-S",
115 p[). Paris, Maisonneuve.
Héron de Villefosse (A.) et H. Thédenat.
Inscriptions romaines de fri'jus. — Tours et Paris,
Cliampion, 1884, in-8°, 196 pp., i pi. et 15 figures.
Hucher (E.). — Trésor de Rennes, trouvé dans
le jardin de lapréfecture,en septembre 1881. — Mamers,
Fleury, 1884, in-8°, 20 pp. (Extrait de la Revue histo-
rique et archéologique du Afaine.)
Jacob(M. A.) Conservateur du musée de Bar-le-Duc.
(*) Musée de Bar-le-Duc. — Catalogue sommaire
ou guidI'; du visiteur dans les différentes salles
DE CET établissement ET DANS LA GALERIE DES
illustrations de la meuse. — Bar-le-Duc, Rolin,
in-8° de 80 pp. : prix 1,50.
Jacquemain (M. l'abbé) curé d'Avioth. (*) — •
Notre-Dame d'Avioth et son Église monumentale,
au DIOCÈSE DE Verdun (Meuse). — Sedan, Laroche,
in-8° de 132 pp. et 2 pi.
Janvier (A.).(*) — PetiteHistoirede Picardie.
Dictionnaire historique et archéologique. — Amiens,
Douillet, in-4° de 405 pp. (10 fig.)
Jourdan (J. B. E.). — La Rochelle historique
et monumentale. Préface de G. Musset, ancien élève
diplômé de l'Ecole des chartes. — La Rochelle, Siret.
In-4° en deux parties ou fasc, avec 30 grav. à l'eau-
forte par Ad. Varin. Fasc. I, 7 pp. et p. i à 104 ; fasc.
II, pj). 105 à 200. — L'ouvrage complet: 60 fr.
Lavanchy (l'abbé J. M.). — Les Châteaux de
Duin; LE Château de Dérée. — Annecy, imp. Niérat
et C^ In-8", 122 pp.
Lavoix (H). — Histoire de la musique. — In-8",
368 pp. avec 139 fig. Paris, Quantin. — 3 fr. 50.
Lefort (L.) (*) — Études sur les monuments pri-
mitifs de la peinture chrétienne en Italie et
MÉLANGES archéologiques. — In-i8° jésus,iv-289 pp.
Paris, Pion, Nourrit et CK
Lefebvre (F. A.). — La Chartreuse de Saint-
HoNoRÉ a Thuison, près d'Abbeville. In-8", xv-572
1 p. et planche. Paris, Bray et Retaux.
Lucot (Chanoine). — Les verrières de la Ca-
thédrale DE Chalons en général et plus parti-
culièrement les verrières des collatéraux.
Châlons-.sur-Marne. Tliouille, 1884, in-8° de 16 pp. et
une photographie.
Marsy (de) et Travers (E). — Excursion de
LA Société française d'archéologie a l'île de
Jersey. — Tours, imp. Bousrez. In-8'^, 120 ])p.
IVIarsy(C'"' de). — Pierre L'HERMrrE,S0N Histoire
ET SA légende. — AmienSjDelattre-Lenoël, in-8"de36p.
Michel (Edmond). — La salle des thèses de
l'Université d'Orléans (ancienne librairie), suivie
d'une description succincte de l'exposition rétrospective
de 1884. — Orléans, Herluison.In-i6°, 16 pp. — 50 cent.
Molinier(Émile). (*) — Dictionnaire des émail-
leurs, depuis le moyen âge jusqu'à la fin XV 111= siècle.
Ouvrage accompagné de 67 maniues et monogrammes.
Paris, Rouam, 1885, in-12 de 115 pp.
Nexrat (abbé Stanislas) et Hippolyte Réty. —
Du ROLE DE LA MUSIQUE VOCALE ET INSTRUMENTALE
DANS LES ÉCOLES CHRÉTIENNES. Avec lettre ap])roba-
tive de Mgr Perraud, évêque d'Autun. — In-S" de
50 pp. 1884. Paris et Lyon. Delhomme et Briguet. —
Prix : I fr.
Nicaise(A.)correspondantdu ministère de l'instruc-
tion publique, président de la Société académique de
la Marne. — L'Époque gauloise dans le départe-
ment DE LA Marne, découvertes et études archéo-
logiques : la Sépulture à char de Sept-Saulx; le
Cimetière de Varilles, commune de Bouy ; la Sépulture
à char et le Vase à griffons de la Cheppe ; le Cimetière
du Mont-Coutant (Fontaine-sur-Coole). — Paris, lib.
Lechevalier. In-8°, 74 pp. — 6 fr.
Pilloy (J.). — Études sur d'anciens lieux de
sépulture dans l'Aisne. — 4= fascicule. — Saint-
Quentin, Triqueneaux-Devienne. In-8°, pp. 139 à 176
et 2 pi.
Poinssot. — Inscriptions inédites de LAiiBÈSE
ET' DE Ti.MGAD. — PaHs, Imp. Nat., 1884, in-8", 8 pp.,
fig. (Extrait des Comptes-rendus de l' Académie des Ins-
criptions. )
PuUigny (vicomte de). — Étude archéologique
sur la forteresse et le CHATEAU DE GiSORS. —
Gisors, imp. Lapicrre. In-8'^, 28 pp. et plan. — i fr. 25.
Racinet(A.). — LeCostume historique. — 500 pi.,
300 en couleurs, or et argent, 200 en camaïeu, avec
des notices explicatives et une étude historique. 15'=
livraison. In-fol., 98 pp. et 24 pi. — Paris, Firmin-
Didot et C''=.
L'ouvrage formera 6 vol. de 400 pp., dont 5 de pi.
et un de texte. Il paraîtra en 20 livraisons. Chaque
livraison, 12 fr.
Rau (C). — La Stèle de Palenqué du musée
NATIONAL DES Ét^^ts-Unis A WASHINGTON. — Traduit
de l'anglais avec l'autorisation de l'auteur. Lyon, imp.
Pitrat aine. In-4", 105 pp. (Extr. des Annales du musée
Guimet, t. X.)
Riocour (E. de). — Les monnaies lorraines. —
Nancy, Crépin-Leblond, 1884, in-8°, 44 pp.
Robais (A. Van).(*) — Notes d'archéologie,d'his-
TOIRE et de numismatique ( ), 3"= série. — Brochure
in-8°, 74 pp., 4 pi. Abbeville. Paillart, 18S3.
Robert (P. C). — Examen d'un trésor de mon-
naies (.;aui,oises entré au Musée de Saint-Ger-
main. — Paris, Imp. Nat., 1884, in-8°, 16 pp. (Extrait
des Comptes-rendus de l'Acad. des Inscriptions.)
Saint- Paul (Anthyme). — Notre-Dame d'Éta.m-
PES. — Paris, A. Lévy. Gr. in-4, 15 p. avec 3 plan-
ches. 3 fr. 50. (Extr. de la Gazette archéologique).
Serurain (Léon). (*) — L'Enseigne de la compa-
gnie d'ordonnance de CLAUDE DE LORRAINE DUC DE
GUISE. — Nancy, Crépin, 1884, in-8° de 20 pp., avec
une gravure sur bois. — 2 fr.
256
iR c u II c De r a r t c f) ï c t i c n.
Souchiéres (E.). — Les Arts rétrospectifs au
PALAIS DES CONSULS (1S84). — Rouen, impr. Cagniard.
In-S°, vn-195 p. 4 fr.
Tardieu (A). (*). — Le iniont Doré et la Bour-
BOULE HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES, ET LEURS
ENVIRONS — Clermont-Ferrand, Malleval, 18S4, in-.S"
de 36 pages, avec plusieurs gravures sur bois dans le
texte.
Tranchant (C). — Notice sommaire sur Chau-
viGNv DE Poitou et ses monuments. 2" édition.
Paris, imp. Rougier et C=, In-i8 j., 212 pp.
Vaillant (V. J.). — Notes boulonnaises ; Deux
peintres boulonnais. — Baudren Yvart (16 10-1690),
Joseph Yvart (1649-1728). Boulognesur-Mer, imp.
Simonnaire et C'^ ; Paris, Em. Lechevalier. In-8°, 108
pp. -- S fr.
Tiré à 100 exemplaires numérotés.
Vaudin (Eugène). — La c.\thédrale de Sens
ET ses trésors d'art, cathédrale, archevêché et
trésor. — Paris, Champion, in-4°, 23 pi.
Allemagne.
Bach (M.). — Die Renaissance im Kunstge-
werbe, 1'= série. — Stuttgart, G. Weise, 1884, in-fol.
Kekulé (R.). — Die antiken Terracotten. Im
Auftrage d. arch.\olog. Instituts d. Deutschen
Reichs herausgegeben. IP Band: — Die Terracotten
von Sicilien. Stuttgart, Spemann, in-fol.
Stegmann (Dr. Cari v.). — Handbuch der Bil-
dnerkunst in ihrem ganzen Umfange, od. Anleitg.
zur Erwerbg. der hierzu erforder. Kenntnisse u. Rat-
geber bei den verschiedenen ^'ertahrungsarten. 2. verb
Aufl., bearb. v. Dr. J. Stoekbauer. Mit e. Atlas, enth.
9 (lith.) Foliotaf. M'eimar, B. F. Voigt Gr. in-8, .\vi-322
p. 12 fr.
anglctcrrc.
Nu.mismata Orientalia — The Plates of the
Oriental Coins, ancient and modem, of the late
AVilliam Marsden. Londres. Triibner, 1884.
'15clgiqiic.^
Colfs(J.F.). (*) — La Filiation généalogique de
toutes les écoles gothiques. — Ouvrage orné d'un
grand nombre de vignettes explicatives et 12 pi. hors
texte. Tome III. École gothique frani^aise. Liège, lib.
J. Baudry. In-8°, 402 pp. — 20 fr.
Ubaghs (Casimir). — L'.\ge et l'ho.mme préhis-
toriques ET ses ustensiles DE LA STATION LACUSTRE
PRiiS DE Maestricht. — 2= édit. Liège, ini]). H. Vail-
lant-Carinanne. In 8, 90 p. et 2 pi. 4 fr.
Cspagne.'-
Madrazo (P. de). — Viaje aktlstico de très
SIGLOS POR LAS COLECCIONES DE CUADROS DE LOS
Reves de Espana, — desde Isabel la Catôlica hasta la
formacion del Real Museo del Prado de Madrid.
Fotograbados de Laurent, Joarizti y Mariezcurrena. —
Barcelona. Est. tip. de Daniel Cortezo y Comp., edi-
tores. In-4, 317 p. tela con plancha. — 5 fr.
31taUe.-
Cinci (.\.).-— Il palazzo dei Priori di Volterra.
— Volterra, Maffei, 1884, in-8", 31 pp.
Cinci (A.). — Memorie della chiesa prioria di
San Pietroin Volterra. — Volterra, Maffei, 1884,
in-8", 38 pp.
Cinci (A.). — Il palazzo del podesta di Vol-
terr.v. — Volterra, Maffei, 1884, in-8°,2 2 pp.
Cinci (A.). Il teatro vecchio di Volterra. —
Volterra, Maffei, 1884, in-8", 31 pp.
Elena (Mario). — Ricordi di un viaggio in
Spagna nel 1882. — Foligno, tip. Sgariglia. In-8",
173 PP-
Farabulini (prof. David). — Archeologia ed
ARTE, rispetto a un raro monumento greco conservato
nella badia di Grottaferrata: dissertazione. — Roma, tip.
Befani. In-8, xii-236 pp.
Gualandi(A.). — Le lapidi storiche inBologna.
— Bologna,Azzoguidi, 18S4, in-S", 20 pp.
Lanciani (Rodolfo). — L'atrio di Vesta. Con
appendice del Com.m. Gio Battista de Rossi. In-4",
Roma, Spithôver, 1S84.
Miintz (Eugenio). — Il palazzo di Venezia a
Roma, — trad. Di Giovanni Gatti. Roma, Befani,
1884, in-8°.
Pezzi (Domenico). La grecita nonjonica nelle
iscRizioNi piu antiche. — Torino. E. Loescher, edit.
In-4, 71 p. 5fr.
Pietrogrande (Giacomo). — Lscriziom ro.mane
NEL MusEO di Este. — Roma, tip. Salviucci. In-8",
60 pp.
Pigorini (Luigi). — Il Museo nazionale prei-
storico ed etnogkafico di Roma. — Seconda rela-
zione a S.E.il ministre della publica istruzione. — Roma,
tip. Bencini. In-8, 22 p., con I planta del Museo Prei-
storico-etnografico, e Kircheriano.
Zonghi (A.). — Le antiche carte fabrianesi
ALLA ESPOSIZIONE tïENERALE ITALIANA DI TORINO:
memoria. I''ano,tip. Sonciniana. Gr. in 8", 70 p.
J.C.
^:k^J^^:^ J^^^ ^ ^ ^^ Jlj^J^ :^ :^ -^^jJLJ^^^^^^!/^
;«
^
> tP Tr tP V^ V^ T^ VTT TT TT TT TT V V V V V V V V V V V^ tt ~^ ^
Qljronique»
n
r
SOMMAIRE. — CHAPELLE DES ARTS. — ÉCOLES D'ART. — IMAGERIE. —
ŒUVRES NOUVELLES : Peintures iTiurales à Chéilons ; broderies à Cliâteau-Gontier ; vitraux ;'i
Saint-Vincent de Rouen ; basilique de Saint-Martin à Tours ; peintures du Pantliéon ; chapelle
des Dames du St-Sacrement à Rome; cathédrale de Westminster; médaille de Léon XIII. —
RESTAURATIONS : Subsides ; vitraux de Saint-Étienne-du-Mont ; Les Beaux-Arts à la
chambre des députés ; vitraux ^ la cathédrale deChâlons ; chapelle de la Sainte- Vierge h Reims ;
église de Saint-Germain-des-Prés ; tour de Philippe Auguste et porte de Saint-Denis ; palais
des Papes à Avignon ; caserne de Bonne-Nouvelle à Rouen ; tapisseries de Pontoise ; château
de Sigmaringen ; couvent de Haute-Rive ; château de Montaigne ; abbaye de Villers ; château
des Comtes à Gand ; architecture religieuse en Belgique. — NOUVELLES ET TROUVAILLES :
Sarcophages à Rouen ; œuvres de Guido Reni et de Gérard Dou ; ornement de saint Ebbon à Sens ;
antique autel clirétien à Saint-Marcel-les-Sauzet ; document sur Jean Perreal ; les trappistes aux
Catacoinbes; cloche du XIII^ siècle à Sainte-Marie-Majeure (Je Christophore). — DIVERS.
— CONGRÈS de Pamiers. — EXPOSITIONS. — MUSÉES. — CONCOURS.
^.
^
Ha cbapcllc Des Hrts.
A Socictc de Saint-Jean, de
Paris, a voulu répondre à
l'appel de Yœni're du Vœu
national an Sacre- Cœur de
Jésus, invitant les artistes à
s'assurer,com me les avocats,
les médecins, les militaires,
etc leur chapelle dans
l'église votive. Convaincue
qu'effectivement il y a un puissant intérêt moral,
à ce que l'église du Sacré-Cœur soit pour les
artistes chrétiens un foyer d'inspiration et un
centre pieux, elle s'est mise en rapport avec
plusieurs membres de l'œuvre du Vœu national
et avec l'architecte de l'édifice, feu M. Abadie.
La chapelle de Saint-Jean l'Evangéliste, dans la
crypte, lui a été désignée comme pouvant, avec une
parfaite convenance, devenir la Cliapelle des Arts.
Avec la haute approbation de S. E. Monsei-
gneur le cardinal Guibert, elle a ouvert une
souscription, à laquelle nous sommes heureux à la
demande de nos amis de la Société de Saint-Jean,
d'ouvrir une place dans nos colonnes, conviant
nos lecteurs à s'y associer.
Nous nous permettrons cependant une seule
réserve sur le 7iom de la chapelle. A une époque
où le principe de l'art pour l'art a été émis et
trouve des adeptes si nombreux, ces derniers
s'imagineront peut-être qu'une place sera réservée
sur l'autel de la chapelle aux arts personnifiés
comme des sortes de divinités. Nous préférerions
appeler celle-ci, soit chapelle de Saint-Jean, de
Saint-Luc et de Saint-Thomas, patrons des
peinti-es et des architectes, soit tout simplement
la chapelle des Artistes. — On comprendrait ainsi
qu'à Paris et en France, il y a encore des artistes
chrétiens qui désirent se recueillir et prier dans
un sanctuaire, affecté pour ainsi dii-e à leur cor-
poration, et qui songent non seulement à relever
l'art par la religion, mais encore à glorifier Dieu
par l'hommage public de leur foi, comme par les
travaux de leur noble profession.
CHAPELLE DES ARTS.
1"- Liste.
Anonyme, par AL le curé de Sainte-Elisabeth.
fr. I ,ooo
M. l'abbé Geranud, chanoine honoraire d'Avi-
gnon et d'Ai.x fr. loo
eCcolcs D'Hrt.
dont
A l'rance fait en ce moment des efforts
considérables pour organiser l'ensei-
gnement des arts décoratifs, duquel
dépend l'avenir des industries de luxe
nous avons, si non le monopole, du moins
la suprématie. Déjà de bons résultats ont été
atteints depuis des années, quant au perfectionne-
ment du dessin. On en est venu ensuite aux appli-
cations industrielles, et c'est un grand pas de fait.
Dans le courant de l'année dernière l'École
de_ dessin de Saint-Etienne a été transformée en
« Ecole régionale d'arts industriels *». Le nouvel
établissement comprendra les cours suivants :
1° Dessin élémentaire ; 2° dessin moyen ; 3" des-
sin supérieur; 4° géométrie ; 5° géométrie des-
criptive; 6° perspective; 7° anatomie; 8° histoire
de l'art ; 9" composition décorative, peinture et
258
IRetiuc De rart cfj rétien.
aquarelle; iO° modelage, sculpture; ii° architec-
ture; 12° gravure; 13° physique et chimie;
14° teinture théorique; 15° teinture pratique;
16° dessin géométrique ; 17° mécanique ;
18° chauffage ; 19° tissage ; 20° mise en carte.
On ne peut que se réjouir, de voir s'éta-
blir à Saint-Etienne un enseignement com-
plet d'art décoratif, appliquant les études aux
industries spéciales de la région. Roubaix, qui a
pris les devants, en ressent déjà tous les avan-
tages; son école montre de jour en jour de plus
grands progrès.
Passons en revue à cette occasion les princi-
pales écoles de même genre, existant déjà anté-
rieurement.
Le programme d'études de l'école de Limoges
est semblable à celui de l'école des arts décoratifs
de Paris. Bien que les élèves n'y aient pas en
vue un art particulier, les applications sont
spécialement dirigées vers l'industrie de la
céramique, prépondérante à Limoges et qui
recrute à l'école les décorateurs et les modeleurs
dont elle a besoin.
Il en est de même de l'école de Nice, créée en
1881. Elle a déjà rendu de grands services, en
ce sens que les architectes et les décorateurs y
appellent des collaborateurs pour la construction
des nombreuses villas qui s'élèvent sur le littoral.
L'école d'Alger date aussi de 1881. Le projet
de l'Administration des Beaux-Arts est de com-
pléter le programme de cette institution par des
ateliers d'applications qui seraient confiés, autant
que possible, à des professeurs indigènes, afin de
conserver aux industries en vue desquelles ces
ateliers auraient été installés leur caractère et
leur originalité.
L'école de Roubaix n'est devenue établisse-
ment national que depuis le mois de mars 1883.
Son programme d'études, fort étendu, est à la fois
théorique et pratique, et les applications qui le
couronnent ont principalement en vue le tissage,
la teinture et l'ornementation des étoffes; les
cours qui le composent sont les suivants: dessin
élémentaire; dessin d'après la bosse; dessin
d'après le modèle vivant; peinture; ornement ;
histoire de l'art ; dessin linéaire; géométrie élé-
mentaire ; algèbre ; géométrie descriptive; méca-
nique et construction de machines ; tissage et
mise en carte; teinture et chimie ; architecture ;
cours des chauffeurs.
L'école de Bourges a été ouverte en mars 1882.
L'effort à faire pour amener la population à la fré-
quenter a été d'autant plus grand, qu'aucun centre
d'enseignement artistique n'existait dans la ville
de Bourges, qui possède cependant de nombreu-
ses traces d'une des plus belles époques de l'art.
Voici les villes qui, en 1884, pour leurs écoles
nationales d'art décoratif, leurs écoles régionales
de beaux-arts ou leurs écoles municipales de des-
sin, ont reçu des subventions annuelles iminitées
sur le crédit de l'enseignement du dessin : Limo-
ges, Bourges, Alger, Digne, Sisteron, Nice, Hir-
son, La Fère, Origny, Annona}^ Bar-sur-Seine,
Brive, Aubusson, Montbéliard, Evreux, Montpel-
lier, Rennes, Vitré, Tours, Arbois, Poligny,
Saint- Amour, Romorentin, Mcnde, Saint- Lô,
Epernay, Reims, Vitry-le Français, Laval, Nancy,
Lorient, Vannes, Douai, Landrecies, Le Cateau,
Lille, Roubaix, Valenciennes, Boulogne-sur-Mer,
Saint-Pierre-lez-Calais, Béthune, Clermont-Fer-
rand, Volvic, Rouen, CharoUes, Sorgues, Poitiers,
Le Havre, Château-Thierry, Laon, Laon (Vaux-
Saint-ÏMarcel), Tulle, Saint-Brieuc, Cholet, Se-
zame, Langres, Luneville, Pontivy, Reméremont.
NOUS avons eu l'occasion déjà de parler de
l'atelier libre ouvert, par les soins de la
Société de Saint-Jean, aux élèves chrétiens de
l'école des Beau.x-Arts. — Un atelier pour Dames
est en projet. — Déjà M. A. Mascarel, membre
de la Société de Saint-Jean, fait pour les jeunes
personnes à l'Institut Prat un cours d'Histoire
de l'art et d'esthétique. A dater de cette année,
la Société de Saint-Jean ouvre une exposition
annuelle de peinture, sculpture et gravure du
1'='" mars au 1'='' avril.
L'ÉCOLE de Saint-Luc de Bru.xelles a été
fondée, il y a quatre ans ; c'est aujour-
d'hui une institution solide et prospère.
La distribution des pri.x, faite le 8 février à ses
élèves, a été un véritable événement. Voici quel-
ques détails à ce sujet, que nous empruntons à
une feuille locale.
Au.\ premiers rangs de l'auditoire, masse dans la salle
Marugg, on remarquait M. le comte F. van der Straeten-
Ponthoz, plusieurs dames de la cour, notamment M'"' la
comtesse de Hemricouit de Griinne, dame dMionneur de
la reine, M. de .Moieau, ministre des Beaux-.-\its, empêché
d'assister à la cérémonie, avait fait exprimer tons ses re-
grets. Citons encore M. L de Robiano, ancien sénateur ;
M. Woeste ; iMM. De Winde, secrétaire de l'.Association
conservatrice ; le général baron O. Jolly, et beaucoup
d'autres notabilités, parmi lesquelles plusieurs artistes ;
un grand nombre de dames assistaient aussi à la fête ainsi
que les élèves de l'école Saint-Luc, au nombre d'environ
cent et cinquante, accompagnés de leurs parents. Tout
autour de la salle étaient exposés les travaux des élèves.
Lorsque le vénérable fondateur des écoles -Saint-Luc en
Belgique, M. le baron Béthune, est monté au bureau, il a été
salué par une ovation des plus sympathiques. Le bureau
était présidé par M. le comte A. de 1 lemricourl de Griinne,
sénateur, président du cojiiité protecteur. Tous les mem-
bres du comité l'entouraient ; citons notamment le Rév.
doyen de Bruxelles, M. Nuyts, président d'honneur du
comité ; le chanoine Delvigne, et M. A. Beckers, vice-
CbroniQue.
259
présidents; le frère Marès,directeur de l'école de Saint-Luc
de Gand ; le frère Mémoire- Élizée, directeur de l'école de
Saint-Luc, de Bruxelles ; M. E. Nève, M. E. Collés,
architectes ; A. Leclercq, secrétaire.
Après un rapport sur la situation de l'œuvre, par M.
Collés, rapport des plus intéressants, Mgr Cartuyvels s'est
levé... Conticuere oiniies, iiilcntiqiie ont tenebant. Le sujet
choisi par cet orateur sisympathique et si compétent, n'est
autre que \art chrclien lai •même. La parole tour à tour
spirituelle et austère, caustique et vibrante d'enthousiasme
de Mgr Cartuyvels a littéralement enlevé l'auditoire.
La pensée qu'a développée Mgr Cartuyvels est celle-ci :
démontrer la supériorité de l'art national et chrétien de
nos pères sur l'art moderne, supériorité due :\ des principes
qu'il est en notre pouvoir et de notre devoir de restaurer
aujourd'hui. Les causes de cette supériorité sont ; le ca-
ractère chrétien des artistes et une tradition universelle
acceptée. Les principes de l'art chrétien sont rationnels :
ils découlent de cette règle qui veut que le beau soit la
splendeur du vrai dont le christianisme est la plus su-
blime expression : vérité religieuse, vérité morale, vérité
artistique, vérité scientifique, vérité sociale et politique.
Aussi ce qui distingue l'art chrétien de nos pères, c'est
avant tout, le sentiment des convenances d'où résulte la
physionomie des objets d'art, c'est-à-dire le style propre-
ment dit.
L'application de ces principes montre combien nos pères,
dans leur architecture, par exemple, savaient admirable-
ment approprier leur ornementation au but, à la structure
même de l'éditice, comment ils employaient rationnelle-
ment les matériaux ; comment, enfin, ils savaient mettre
l'art en harmonie avec la nature physique du pays et du
peuple, avec le cliinat, avec la nature morale et religieuse
de la nation, avec son histoire. L'art chrétien de nos an-
cêtres doit aussi sa supériorité sur l'art de décadence qui
sévit aujourd'hui, à ce qu'il existait une union intime entre
la pensée qui concevait tant de chefs-d'œuvre et la main
qui les exécutait ; enfin, ce qui domine cet art et lui donne
son caractère tout particulier, c'est la moralité de l'art et
de l'artiste, c'est l'inspiration religieuse et fière, l'origina-
lité, c'est la grandeur et la noblesse de la pensée unie à la
science et à la force dans l'exécution. Tous nos grands
artistes anciens de l'architecture, de la sculpture, de la
peinture, de la musique, etc., furent des catholiques,
même la plupart des maîtres de la prétendue Renaissance.
Or, celle-ci fut plutôt une décadence, une révolution
qu'un progrès. La Renaissance, en effet, rompit au XV'L
siècle avec les traditions catholiciues pour renouer les
traditions de l'art païen. Elle fut sous ce rapport une
grande hérésie artistique, comme la Réforme a été une
grande hérésie religieuse.
Il faut restaurer les lois, les procédés, les principes de
l'art traditionnel, de l'art vraiment belge,de l'art chrétien,
tout en l'adaptant à nos mœurs, à notre vie moderne. C'est
là le but que l'école de Saint-Luc s'efforce d'atteindre.
Tandis que le pays est couvert d'anciens monuments
magnifiques, qui attestent l'existence, jadis, d'une vérita-
ble école artistique, nous n'avons aujourd'hui plus d'art
national. Comparez à ce sujet la superbe église de Sainte-
Gudule et le temple de style faussement gothique, bâtard,
menacjant déjà ruine, que l'on a construit à Laeken.
Nos grands artistes catholiques ont pratiqué les vertus
qui sont les bases morales de l'art. Leur humilité leur a fait
toujours croire que leur œuvre était au-dessous de leur
idéal ; leur vie austère et pure leur a gardé l'énergie du
cœ'ur et de l'imagination dans des carrières où l'homme
est sollicité particulièrement par les voluptés terrestres.
L'école de Saint-Luc s'elTorce de faire des artistes, des
ouvriers chrétiens. IClle rend à ses élèves la tradition ar-
tistique jointe à la tradition religieuse.
Imagerie.
ES l'année 1878, la Gilde de Saint-
Thomas et de Saint-Luc, dans une
séance tenue à Saint-Omer, s'était
K<^ préoccupée d'une croisade à faire
contre les abominations de l'imagerie religieuse,
telle que l'entendent les trafiquants du jour. Par
ses soins, un volumineux album a été formé de
tout ce que l'esprit de lucre, l'afféterie, le mauvais
goût et l'ignorance ont pu produire de plus
choquant et de plus drôle dans le domaine de
l'imagerie. — Cette curieuse collection a été mise
par le bureau de la Gilde sous les yeux de
NN. SS.les évêques de Belgique. Nous apprenons
avec plaisir qu'il vient de recevoir de leurs
Eminences une réponse favorable à sa suppli-
que, que toute la confrérie, réunie à Trêves, avait
naguère encore appuyée de son vote unanime.
Les évêques Belges ont daigné prendre une
décision, en vertu de laquelle rinipriniatur sera
donné désormais aux images recommandables.
Nous entretiendrons nos lecteurs d'une manière
plus explicite de cette intéressante question dans
notre prochaine livraison.
LA maison Ktihlen à Gladbach (Province
Rhénane), éditeur du Saint Siège, dont
nos lecteurs ont souvent l'occasion d'apprécier
les phototypies, vient de publier deux tableau.x
de sacristie, exécutés en chromolithographie avec
un soin qui ne laisse rien à désirer. Pour une de
ces planches l'artiste a adopté le style roman,
pour l'autre le stj-le ogival du XIV<= siècle. —
Ces tableaux sont divisés par une croix, etforment
ainsi deux colonnes; au centre de l'une se trouve
l'image du Christ en croix, au centre de l'autre,
son monogramme seulement ; ces deux colon-
nes sont divisées par des cartels oti une place est
réservée pour le nom du patron ou le titre de
l'église, pour celui du pape régnant et de l'évêque,
et enfin pour l'indication des oraisons prescrites
dans le diocèse. Quelques petites erreurs sont à
relever dans la place respective des emblèmes
des Évangélistes. La publication de ces tableaux
se fait avec l'approbation, conçue en termes très
flatteurs, deNN. SS. les évêques de Rottenburg,
d'Hildesheim et d'Ermland.
œCuttres noiiuclles.
]L y a huit ans, des travaux artistiques
importants furent entrepris à la cathé-
drale de Châlons, dans la chapelle du
Slj Rosaire. Celle-ci fut ornée d'un autel
exécute sur les plans de RIM.Ouradou et V'agny,
REVUE DE l'art CHKÉTIBN.
X883. — -'"*' I.IVKAISO.V.
26o
iRctiue De rart c!j rétien.
dans le style du XIV*^ siècle, et d'un carrelage
émaillé de même st\le et de peintures murales ;
déjà des vitraux, dus à la munificence de NN.
SS. les évèques de Prelly et Bara, garnissaient
les fenêtres.
Mais on avait compté sans le salpêtre, qui, de-
puis, a ravagé les peintures de M. Lameire, de
Paris. L'œuvre de cet artiste était à reprendre dans
tout le pourtour de la chapelle. C'est à M. Ver-
nachet que la tâche a été confiée.
M. Lucot, archiprétre de la cathédrale, rend
compte, dans \q Journal de la Marne, de cette
décoration polychrome, telle qu'elle a été conçue
par le premier et restaurée par le second. Nous
nous plaisons à croire que ces éloges sont mérités :
Les motifs de décoration (]ui avaient servi, il va huit ans, à orner
les tycnpans de l'arcature de la chapelle du Rosaire, c'est-à-dire l'ob-
jet principal de la décoration, M. Lameire les avait empruntés aux
diverses invocations qu'adresse à Marie la liturgie catholique. Tan-
tôt il avait peint les symboles sous lesquels la liturgie nous la repré-
sente : la Rose mystique, l'Ktoile du matin, l'Étoile de la iner, le
Siige de la sagesse, la Tour d'ivoire, la Tour de David, l'Arche
d'alliance, la Forte du ciel, etc. Tantôt il niettait en scène 1 auguste
Vierge dans les titres qu'elle a reçus de l'Eglise ; Consolatrice des
affligés. Refuge des pécheurs. Santé des infirmes. Secours des chrétiens.
Chaque tvnipan de l'arcature présentait un motif, titre ou symbole
déhcatement pemt au trait, et se détachant sur fond d'or au milieu
de feuillages et de fruits gracieusement développés. Tout a été fidèle-
ment relevé au calque par M. Vcrnachet, tout heureusemtnt repro-
duit.
Deux motifs ont seuls disparu pour faire place à des scènes qui
rappellent la destmalion particulière de la chapelle, et que nous dé-
crirons tout à l'heure.
La chapelle de la Vierge, à la cathédrale, est, on le sait, la cha-
pelle du Rosaire et le siège de celte confrérie, très anciennement éri-
gée dans la circonscription de la paroisse actuelle.
Quand les Dominicains disparurent en 1791 et que leur église fut
supprimée avec leur maison, la confrérie du Rosaire érigée dans leur
église dut être transférée dans l'église paroissiale la plus voisine :
c'était la l'rinité, église contiguë, du côté du Nord, à la cathédrale,
qui n'était pas encore paroisse. La Trinité ayant été démolie à son
tour après la Résolution, la confrérie du Rosaireémigra de nouveau,
et fut transférée à l'église cathédrale, devenue paroissiale après le
Concordat. C'est là qu'elle n'a cessé, dej3uis cette époque, d'avoir son
siège .
Pour le rappeler, la belle Vierge de la chapelle, statue de bois
attribuée à Bouchardon et qui ornait autrefois le retable de la cha-
pelle des ruâmes île France au château de Louvois, a reçu dans les
mains un rosaire. Deux peintures, celles que nous indiquions plus
haut, placées en face l'une de l'autre dans le deuxième tympan de
l'arcature de la cliapelle, caractérisent mieux encore sa destination.
Du côté de l'évangile, saint Dominique à genoux devant la .S.iinte
Vierge reçoit de ses mains le rosaire. Du côté de l'épine, sainte Ca-
therine de .Sienne, la plus illustre des saintes de l'ordre dominicain,
est agenouillée devant l'Enfant-Dieu qui lui présente deux couron-
nes, l une d épines, l'autre de roses : la sainte tend les mains pour
saisir la première, afin d être plus conforme dans sa vie pénitente à
son céleste époux.
Ces peintures ont été traitées dans le même genre que celles des
autres tympans, genre camaïeu, et s'harmonisent parfaitement .avec
elles : même légèreté de pinceau, même sobriété de tons, même dis-
tinction.
On avait regretté, dès l'origine de la décoration de la chapelle, que
les surfaces qui régnent entre l'arcature des murs et le glacis des fe-
nêtres fussent sans aucune décoration. Ces regrets étaient d'aulant
plus fondés que les fûts des colonnes, et les glacis surtout, peints en
teintes uniformes, offraient à l'œil assez de points de repos, il vient
d'être fait droit à ces desiderata.
De charmants rinceaux, qui s'épanouissent en fleurs et en fruits
sur ces surfaces, y forment une gracieuse décoration, sobre et riche,
du plus heureux effet. Les lignes d'or qui encadrent les arcs, qui
bordent les glacis, qui entourent les bases des colonnes et des co-
lonnettes à toutes les hauteurs: les points d'or multipliés sur les
deux grosses colonnes d'entrée supportant l'arc-doubleau ; les mer-
veilleuses arabesques au fond d'or et au chiffre de Marie qui déco-
rent les bases des torchères; l'autel surtout avec sesquatre-feuilleset
les chapiteaux de ses colonnettes si richement ornés ; enfin la grille
de fer forgé si artistiquement repeinte et redorée; tout cet ensemble
répond dignement à la grandeur de la Reine du Saint-Rosaire. Kt
quand, au jour des solennités, les chandeliers de l'autel, les torchères
et les appliques ont toutes leurs bougies aijumées, comme il nous a
été donné de le voir encore en la fête de l'Epiphanie, il va. dans ces
effets décoratifs, produits par l'heureuse alliance des métaux et des
couleurs, il y a, dis-je, pour l'œil de l'artiste une satisfaction à laquelle
participe largement le cœur de tout croyant.
Souhaitons pareille décoration au Christ de la Mission, objet delà
vénération des fidèles, à la cathédrale, dans le croisillon septentrional.
Une riche tenture, dans le même goût, dans le même style, dans ces
tons doux et graves, une tenture semée de croix ou du monogramme
du nom du Christ, enricliie de médaillons où seraient peintes les
principales figures de la Passion, formerait un fond historié d'où se
détacherait, en un puissant relief, l'image grandiose du divin Ré-
dempteur.
Chère à nos pères, cette image du Sauveur doit l'être particulière-
ment à leurs fils en ces temps d'odieuses négations et de profanations
plus odieuses encore. Aussi, émettre le vœu d'une riciie ornement.-i-
lion pour le Christ de la Mission, c'est indiquer une œuvre de cir-
constance, c'est suggérer un acte de réparation, aufjuel ne peuvent
qu'applaudir et s'associer les âmes vraiment chrétiennes.
LA Gazette de Chàteau-Gontier contient un
intéressant article de notre collaborateur,
M. L. de Farc)', sur des remarquables travaux à
l'aiguille exécutés par M. L. Grosse de Bruges,
pour l'église de St-Remy, à Chàteau-Gontier.
Ce sont des ornements exécutés d'après les meil-
leures données archéologiques, sans aucun doute
sous l'inspiration de notre ami. Le brocard qui
sert de fond à tout l'ornement, et qu'au moyen
âge on aurait appelé : pannus aiireiis, a/luis, ciiiii
rondellis et griffonibus, est la reproduction d'un
ancien tissu du X1I<^ siècle, conservé au musée
diocésain d'j'Vngers et que nous reproduisons plus
haut. (V. p. 168 art. Broderies.) Tout le reste de
cette broderie historiée fait penser à la belle épo-
que du XIIL' siècle.
ON vientd'jnaugureren l'église Saint-Vincent
de Rouen une verrière représentant les
différents épisodes de la vie de Jeanne d'Arc.
J\L Duhamel-AIarette y a traité, dans quatre
compartiments, les quatre scènes les plus im-
portantes de la vie de Jeanne d'Arc.
Le premier représente : Comment Je/tanne,
gardant son tronpeaii,oitït les voix célestes envoyées
de Dieu : le second retrace le grand acte qui fut
pour ainsi dire le couronnement de la mission
de la sainte héroïne, le sacre de son gentil roj',
et porte pour légende: Comment Jehanne, après
avoir délivré Orléans, fait sacrer le roi à Reims.
Les deux autres rappellent des scènes toutes
locales : l'un : Comment dans sa prison Jclianne
reçut pieusement la sainte communion ; l'autre, le
supplice de la granile Française : Comment sur
le bûcher Jehanne affermit sa foi en Dieu et son
amour du royaume.
Les compartiments supérieurs du tj-inpan sont
entièrement consacrés aux scènes de la réhabili-
tation de Jeanne. On y voit :
La lecture de la sentence île sa réhabilitation. —
La procession et l' inauguration de la croix élevée
chronique.
261
place du l'ieiix-Marchc en mémoii-c de l' innocence
de la Pucelle. — Sa cliapelle expiatoire de F église
de Lisieiix élevée aux frais de Pierre Cauckon. —
La tour du Donjon. — L'oriflaiiiine. — Les deux
fontaines élevées successivement éi Rouen, et enfin
le calvaire d'Orléans.
Notre correspondant, qui nos communique
ces détails, ajoute avec infiniment de raison :
« Nous protestons de nouveau très énergique-
ment contre le placement dans une église de
cette verrière qui serait beaucoup mieux à l'hôtel-
de-ville, tant que Jeanne d'Arc n'aura pas été
canonisée. Par cet acte audacieux et téméraire,
on manque à la fois aux convenances les plus
élémentaires et aux lois formelles de la Ste
Église. » X. B. DE M.
MGR l'archevêque de Tours vient d'annon-
cer à ses diocésains qu'il devait renoncer
à construire, en l'honneur du grand thaumaturge
des Gaules, la basilique monumentale préparée,
depuis 25 ans, par Mgr Guibert. Il a allégué avec
juste raison les obstacles soulevés contre le projet
par la municipalité de Tours et par le Gouverne-
ment ; il a ajouté que les fonds de la souscription
seront employés à bâtir une église paroissiale,
dédiée à saint Martin, dans un quartier populeux
encore dépourvu d'un sanctuaire.
Nous donnons ici l'esquisse du projet gran-
diose de la basilique qui avait été projetée.
VOICI l'ensemble des compositions décora-
tives du Panthéon dont les commandes ont
été données aux peintres suivants par la direc-
tion des Beaux-Arts.
Commandes terminées :
M. Caijanel : Episode de la -vie de saint Louis. Prix :
50,000 francs.
M. Puvis de Chavannes : Episode de la vie de sainte
Geneviève. Prix : 50,000 francs.
M. J. P. Laurens : les Derniers instants de sainte Gene-
viève. Pri.\ : 50,000 francs.
M. Hébert : composition pour la coupole, représentant
le Christ entouré de quatre personnaoes. Pri,\ 50,000 fr.
M. E. Blanc : Episode de la vie de Ctovis: son vau à la
bataille de Tolbiac. Prix : 50,000 francs.
M. Baudry : Episode de la vie de feanne d'Are. Prix :
50,000 francs.
Commandes non terminées ;
M. Henri Lévy : Episode emprunté au règne de Charle-
magne. Prix : 50,000 francs.
M. E. Delaunay : Attila niirclie sur Paris et sainte
Geneviève calme le peuple. Prix : 50,000 francs.
M. Maillot : Episode de la vie de sainte Geneviève.
Prix : 50,000 francs.
M. Humberl, compositions symboliques par des faits
historiques; la Charité, la foi, le Christianisme, la Civili-
sa/ion ei\t Patriotisme. Prix : 50,000 francs.
M. Bonnat : le Martyre de saint Denis. Prix : 20,000 fr.
Une autre commande de 50,000 francs avait été donnée
à M. Meissonier : Episode de ta vie de sairite Geneviève,
mais l'artiste n'a point commencé son travail.
NOUS apprenons avec plaisir, que M. A.
Verhaeghen, l'un des promoteurs en Bel-
gique de l'art chrétien et de l'École de St-Luc,
architecte du nouveau Béguinage de Gand, de la
ravissante chapelle du Poortaker de cette ville
et de plusieurs constructions dignes du mo)-en
âge, est appelé à construire à Rome un oratoire
pour les sœurs du Très-Saint-Sacrement.
C'E.ST Sir Tatton Sykes, le baronnet millionnaire du
comté d'York, surnommé k{ le bâtisseur d'églises v>,
qui a entrepris de construire à ses frais la cathédrale du
diocèse de Westminster, pour laquelle le cardinal Plan-
ning a acheté un terrain, il y a quelques années. Nous
avons dit quelques mots de ce projet dans notre dernière
livraison.
Le noble bienfaiteur se propose de reproduire ;\ Lon-
dres la célèbre église votive de \'ienne. La dépense est
évaluée h une trentaine de millions. Quand il aura cons-
truit l'église, Sir Tatton Sykes compte se faire recevoir
dans son sein.
LA médaille commémorative de la septième année du
pontificat de Léon XIII vient d'être frappée, selon
l'usage, ,^ l'approche de la solennité des princes des
Apôtres. Sur la face de la médaille est gravée l'auguste
effigie du Souverain Pontife. La légende porte ces mots :
Léo XIII. Pont. M.\x. Anno. vii. Sur le revers, est re-
présentée la fai;ade de la Basilique de Lalran, vue du côté
202
IRetiuc De rart cljtcticn.
de la Tribune, ainsi que le nouveau portique monumental
qui, surplombant celui de Sixte-Quint, unitlaliasilique au
Baptistère de Constantin. On lit sur l'exergue l'inscription
suivante :
PORTicu. Producta. Basilica.
Cl".m. Baptisterio. Conjuncta
a. mdccclxxxiv.
L'agrandissement de l'abside de Latran et la prolonga-
tion du portique de Sixte-Quint constituent réellement
une des gloires du pontifical de Léon XIII. Il était juste
qu'une œuvre artistique aussi importante et destinée à
l'embellissement du premier temple du monde catholique
fût l'objet d'une médaille commémorative.
Cette médaille a été présentée, le 25 juin, au Souverain
Pontife par Mgr Folchi, secrétaire du Denier de Saint-
Pierre, et par le graveur, M. le chevalier Blanchi, qui
en ont remis à Sa Sainteté trente exemplaires en or et au-
tant en argent.
ÏÏLcstaurations.
A commission des monuments histo-
riques, dans sa dernière séance,a adres-
séàM.Ie ministre des Beaux-Arts des
B-o^g^i^l propositions d'allocation s'élevant à
47,300 francs, pour être réparties entre les édi-
fices suivants : château de Foix (Ariège) ; hôtel-
de-ville de Loris (Loiret) ; église de Lillers (Pas-
de-Calais) ; église de Moirax (Lot-et-Garonne) ;
église de Creisker, à Saint Pol-de-Léon (Finis-
tère), et la Lanterne-des-Morts, à Journet
(Vienne).
A la suite des rapports qui lui ont été adres-
sés par le service des monuments histo-
riques, le ministre de l'Instruction publique et
des Beaux-Arts vient d'approuver le projet de
restauration des vitrauxdel'église Saint-Étienne-
du-Mont, dont le devis s'élève à la somme de
6,150 francs. La ville de Paris prenant à sa charge
le tiers de cette dépense, l'Etat aura à payer une
somme de 4,000 fr. poiu- ces travaux, qui vont
être immédiatement entrepris.
A la chambre des députés, M. de Soland,
député de Maine-et-Loire, a pris la défense
de nos monuments. Il convient de rapporter des
extraits de son éloquent plaidoyer.
M. LE PRÉSIDENT. — Sur le chapitre XV'^^ : « I-lntretien
des édifices diocésains », il y a un amendement de M.
d'Aillières et plusieurs de ses collègues tendant h porter le
chiffre de 600,000 fr. ;\ 790,000.
M. DE Soi.AND. — Les signataires de cet amendement
sont des partisans résolus des économies, et pourtant ils ne
croient pas se mettre en contradiction avec eux-mêmes en
vous demandant le maintien des crédits primitivement
inscrits par le ministre des cultes aux chapitres XIV= et
XV.
En eflet, toute réduction de crédit n'est pas nécessaire-
ment une économie. Quand ces économies ont pour
conséquence de désorganiser un service important, ou,
comme c'est le cas ici, de porter atteinte à la propriété
nationale, elles constituent un acte de détestable adminis-
tration. (Très bien ! très bien ! h droite.)
11 ne s'agit pas ici de dépenses de luxe, de faveurs au
clergé, mais bien de crédits nécessaires pour l'entretien,
la conser\-ation des édifices diocésains, lesquels dépen-
dent du ministère des cultes. Il s'agit de crédits que tout
propriétaire qui ne veut pas laisser tomber en ruines sa
propriété inscrit <\ son budget.
L'État a revendiqué la propriété des édifices diocésains ;
il a, par conséquent, le devoir de les entretenir, de les
garantir contre toute dégradation ; et ce devoir est d'au-
tant plus impérieux, qu'il s'agit de ces merveilles incompa-
rables de notre art national, de ces cathédrales françaises,
qui n'ont pas leurs pareilles et qu'on vient visiter de tous
les points du monde.
Si par négligence ou parti-pris on laissait ces monu-
ments se détériorer, nous serions la risée du monde
intellectuel et artistique. (Très bien ! très bien 1 à droite.)
Or qu'on le veuille ou non, c'est à ce résultat qu'on arrive-
rait si la Chambre acceptait les réductions proposées par
la commission.
Prenons le chapitre XV' relatif aux grosses réparations
des édifices diocésains. Le crédit demandé par le ministre
était de 2 millions et déjà ce crédit était reconnu par ses
prédécesseurs comme un minimum insuffisant, car il re-
pjésentait un quart des réparations urgentes K faire par
année.
Et cependant la commission et le gouvernement rédui-
sent ce crédit de moitié ; or aucun homme compétent ne
dira que ce chiffre de l million peut suffire aux besoins,
car il doit s'appliquer à plus de 250 monuments qui repré-
sentent des kilomètres de murailles et de toitures ; un
grand nombre de ces édifices datent des IV'^, 'V"-, VL et
'VIL' siècles, et doivent être soignés comme des vieillards,
enfin la nature même des réparations, qui sont des répa-
rations artistiques, les rend plus dispendieuses.
Ce crédit d'un million donnerait à peine 4,000 fr. pour
chacun de ces édifices. Ce crédit est tellement insuffisant,
que ce serait leur ruine décrétée. (Mouvements divers.)
Jamais aucun gouvernement n'a, du reste, agi ainsi. Je
ne vous parlerai point du rapport de Grégoire h la Con-
vention, je ne vous rappellerai pas ce qu'ont fait les minis-
tres républicains de 1848, car on me répondrait comme on
l'a fait l'autre jour pour la plantation des arbres de la li-
berté. Je me contenterai donc de vous citer un précédent
contemporain cjui doit toucher la majorité.
En 1876, la première fois que le parti républicain fut
maître du pouvoir,il examina avec la plus grande sévérité
le budget des cultes et la commission du budget raya
600,000 fr. sur le crédit aflecté aux grosses réparations des
édifices diocésains et réduisit ainsi le crédit à i million
800,000 fr.
Mais cette commission républicaine examina de plus
près la question et comprit cjue cette réduction était
excessive, et spontanément, avant toute discussion, elle
vint demander le rétablissement d'une somme de 200,000
fr. ce C[ui portait l'ensemble du crédit h ce chifl^re de 2 mil-
lions dont nous demandons aujoiu'd'hui le maintien.
Le président de la commission était M. Cianibetta et le
rapporteur du budget des cultes M. Conil, dont les noms
doivent inspirer confiance à la majorité.
La Chambre, jusqu'en 1S78, vota ce crédit, tant il est
vrai qu'il constituait bien un minimum ; une seule fois on
proposa de le ré<luire, et ce fut le ministre de l'Instruction
publique et des Beaux-Arts, M. Bardoux, dont l'esprit était
Cf)toniquc
26
o
ouvert à toutes les questions artistiques, qui défendit le
crédit.
En maintenant ce crédit, vous prouverez que vous tenez
pour notre pays à ces belles reliques du passé qui font
l'admiration des étrangers.
Il ne s'agit pas d'une opinion spéciale à la droite. Je
puis citer les paroles de M. Pascal Duprat, qui déclarait
que nos édifices religieux étaient la gloire et la fleur de
l'art au moyen âge. Et j'ai entendu M. Antonin Proust
interpeller, en 1877, M. le ministre des 15eaux-Arts pour se
plaindre qu'on nefaisait pas assez pour les monuments reli-
gieux.
Cet assentiment unanime se traduit tous les jours par
des faits. Vous avez créé des écoles d'art appliqué à l'in-
dustrie ; savez-vous leur origine ? La première a été créée
il Notre-Dame par M. \'iollet-le-Duc, et la Chambre sait
que l'œuvre de restauration de notre vieille basilique fut
l'honneur de sa carrière artistique.
En outre de cette école, vous avez créé un musée des
arts appliqués à l'industrie. Qu'y voyons-nous? Des pierres
soigneusement recueillies, des corniches de nos vieux
édifices religieux, que l'on classe comme des souvenirs
précieux et inimitables de ce qu'était l'architecture au
moyen âge. Pour le musée du Trocadéro, vous avez fait
mouler les merveilleuses statues des cathédrales de Char-
tres et d'Amiens.
Ainsi vous dépensez de l'argent pour avoir des copies
et vous laissez tomber en ruines les originaux. (Très bien !
très bien ! à droite.)
A côté de la question d'art, il y a la question d'argent.
Tous les édifices qui dépendent du ministère des cultes ne
sont pas des œuvres d'art, mais tous ont une valeur pécu-
niaire considérable, et vous le savez si bien que vous en
avez fait le tableau.
Ceux qui rêvent la désaffectation des immeubles qui ne
sont pas concordataires se plaisent à supputer les millions
que représentent ces édifices. Qu'ils fassent au moins ces
réparations vulgaires que s'impose tout propriétaire dili-
gent, sinon ils s'exposent il certanis mécomptes dans leurs
espérances de millions 1 (Très bien! très bien!)
Je le répète, je ne puis croire h un désaccord sur une
pareille question, et j'invoque_ l'appui des partisans de la
séparation de l'Église et de l'Etat. Sinon il n'y aurait plus
acheminement vers la séparation de l'Église et de l'État,
il y aurait acheminement vers la séparation de l'État avec
le sens commun !
Vo!.v à droite. Elle est accomplie !
M. DE SOL.\ND. — Il serait insensé de faire payer à nos
monuments artistiques les plus précieux, la rançon de nos
rancunes, de nos préjugés, et surtout de nos prodigalités
budgétaires. (Très bien ! très bien ! à droite.)
Je dis que c'est là une détestable économie, et qu'elle
n'a pas même le mérite d'être une mesure générale. Je
prends le budget du ministère des beaux-arts, et j'y vois
un crédit pour grosses réparations des palais nationaux.
Eh bien! puisque vous trouvez utile, malgré les misères
de votre budget, de garder un crédit suffisant pour la
restauration et la conservation de vos monuments histo-
riques, n'oubliez pas que les cathédrales françaises cons-
tituent des monuments historiques hors de pair.'Très bien!
très bien !)
Kappelez-vous que les constructeurs de la cathédrale de
Chartres y ont élevé eux-mêmes une statue à la Liberté ;
sur cette statue on peut lire, en belles lettres onciales du
XI IL' siècle, le mot lihertas, et c'est là de l'émancipation
des communes françaises un monument inappréciable (').
I. .^u sujet de cette stntue, un de nos collaborateurs nous adresse
la remarc|ue suivante ;
« Il y a là une erreur iconographique qui remonte ;\ un article
Et les ouvriers, y avez-vous songé ? La crise économique
que nous traversons nous préoccupe tous. J'ai entendu
M. Tony-Révillon demander du travail pour les ouvriers
en bâtiments ; vous cherchez à ouvrir de nouveaux chan-
tiers .'
Eh bien! voilà des chantiers qui sont ouverts, et l'on
vous propose de les fermer ! Est-ce pour équilibrer le
budget .' Si on veut faire des économies, qu'on réduise les
gros traitements, qu'on supprime les sinécures, mais qu'on
ne réalise pas ces économies sur le salaire des travailleurs!
(Très bien ! très bien !)
Parmi ces travailleurs il en est que vous allez mettre
sur le pavé : ce sont, par exemple, les ouvriers formés à
l'école de Notre-Dame par .M. Viollet-Ie-Duc. Ce sont les
sculpteurs en ornements gothiques, les artistes en ferron-
nerie, et si vous supprimez les travaux des monuments
religieux, c'est le pain que vous leur enlevez. (Très bien !
très bien !)
C'est comme si, à Sèvres et aux Gobelins, vous suppri-
miez les commandes. Cette opinion n'est pas seulement la
mienne ; M. Raoul Duval se proposait de vous demander
de_ son côté un supplément de crédit pour la cathédrale
d'Évreux, et dans le dossier qu'il m'a communiqué, voici
ce que je lis au rapport de l'architecte départemental :
« La diminution du travail serait un coup réel et très
regrettable porté aux ouvriers. »
Ces ouvriers, pour la plupart, se sont établis avec leurs
familles à Évreux sur l'assurance d'y être occupés jusqu'à
la fin de la restauration de la cathédrale et la moitié devrait
être renvoyée. (Mouvements divers.)
■Voilà la vérité. (Très bien ! très bien ! à droite.)
Je termine et je dis: si vous n'avez pas d'autre ressource
pour équilibrer votre budget que l'abandon de nos monu-
ments les plus précieux et la diminution du travail de nos
ouvriers, vous ferez bien de chercher autre chose, car ces
moyens-là ne réussiront pas. (Applaudissements à droite.
— iVIouvements divers.)
Malgré cet excellent discours, la majorité, qui
a juré de sacrifier à ses haines inintelligentes
tout ce qui a directement ou indirectement un
caractère religieux n'a pas accepté l'amendement.
UNE des anciennes verrières de la cathé-
drale de Châlons, celle de la cinquième
travée du collatéral méridional, vient encore
d'être restaurée dans les ateliers de Î\I. Leprévost,
de Paris, et complétée par IM. Steinheil, de la
Commission des monuments historiques.
Il y a six mois, le vitrail de la quatrième
travée de la même nef avait déjà été rendu à sa
fenêtre, après avoir été l'objet des mêmes restau-
rations. C'était le vitrail des Sai>its,de la dernière
moitié du quinzième siècle.
Le dernier vitrail placé est, par le style, des
premières années du seizième siècle. Il repré-
sente, dans six scènes principales, la vie et la
passion du diacre saint Etienne, premier martyr
et patron de l'église cathédrale. Nous trouvons
quelques détails à son sujet dans un article du
de Didron dans les Annales archéologiques. M'"^ Félicie d'.-\glac,
avec une réelle' compétence, a rétabli la vérité dans sa brochure sur
le symbolisme des statues de la cathédrale de Chartres, démontrant
qu'il s'agit ici uniquement de la liberté qu'ont au ciel les élus. »
(X. R de M. )
264
Eetiue De l'art cljrcticn
Journal de la Marne, dû à M. Lucot,aicliiprêtre
de la Cathédrale (').
« Au sommet du tympan de la fenêtre, est le Christ dans
la splendeur des cieux. Les anges l'entourent et l'adorent.
Sur ses épaules se développe un riche manteau de pourpre;
il laisse voir les cicatrices de ses pieds, de ses mains et de
son côté. Assis sur un arc lumineux, le Christ tend les bras
à son courageux serviteur Etienne ; il va recevoir dans son
éternelle gloire cet intrépide soldat cjui l'a suivi de si près
dans les rudes combats de la vie, qui l'a honoré dans la
sanglante confession de son nom.
« Les armoiries des donateurs brillent dans les quatre-
lobes au-dessous de la rosace du tympan.
«Les quatre grands compartiments de la fenêtre ont été
réservés naturellement aux scènes de la vie et du martyre
de saint Etienne. Des inscriptions, en style et orthogra-
phe du XV'I" siècle, et empruntées aux Actes des Apôtres,
indiquent les sujets.
« Nous n'avons pas à faire valoir la beauté du dessin,
la richesse des tons, leur harmonie, le sentiment religieu.\,
le mouvement et la vie qui régnent dans ces scènes, la
science du costume qu'elles révèlent.
« Tout en admirant ce vitrail comme œuvre de peinture,
il nous faut cependant reconnaître (et déjà nous l'avions
fait observer ailleurs), que le peintre-verrier, par l'abstrac-
tion systématique de l'architecture qu'il commen(;ait à
pratiquer ,'1 cette époque, faisait une œuvre individuelle et
personnelle, et concourait beaucoup moins, avec ses riches
vitraux, à la décoration du monument que les premiers
artistes verriers, avec la simple ornementation de leurs
grisailles à peine rehaussées d'étroites bandes historiées.
Ceux-ci secondaient véritablement l'œuvre architecturale;
ceux-là la dénaturaient, quoique d'une façon souvent
ravissante.
« Ainsi, dans la verrière de Saint-Etienne qui nous
occupe en ce moment, nous voyons le peintre-verrier se
mettre complètement à l'aise avec l'architecture; il fait
traverser horizontalement à ses scènes la fenêtre dans
toute sa largeur, sans nul souci des meneaux qui la divi-
sent. Avec le dessin si correct de ses tableaux et leur bril-
lant coloris, il avait déjà très suffisamment fait oublier le
monument : l'œil du visiteur s'arrête, en effet, sur cette
belle page de peinture; il s'y complaît, il ne cherche rien
de plus. Après qu'on a longuement contemplé les toiles
magistrales des belles galeries de Paris, de Florence et de
Rome, songe-t-on bien à admirer les palais magnifiques
cil elles sont installées.-'
« De simples décorateurs qu'ils étaient dans le principe,
et qu'ils auraient dû rester, les verriers de la Renaissance
étaient donc devenus de vrais peintres, et avec les ressour-
ces d'un art perfectionné, ils peignaient sur le verre de
véritables chefs-d'œuvre. Que l'on compare les vitraux du
collatéral nord de la cathédrale avec ceux du sud : on
jugera de la distance parcourue, du moyen âge à la Renais-
sance, par les peintres-verriers.
« Ces anciennes verrières du XV" et du XVI' siècle, et
vraisemblablement aussi leurs aînées, sortaient d'ateliers
châlonais. Une verrière incomplète du XV'I" siècle, de la
cathédrale de Châlons, qu'on a pu voir à l'exposition des
arts décoratifs au Palais de l'Industrie, à Paris, et qui
représente la vie de la Sainte \'ierge, porte à son couron-
nement, au-dessus de la scène de la Présentation, une
I. Conimant sainct Estienne fut esleu diacre par les .Apostres.
Gommant sainct Estienne dispute contre les princes de la loy.
Gommant sainct Estienne fut condamné au concile des Juifs.
Gommant sainct Estienne fut trainé dehors de la cité pour estre
occis.
Comm.ant sainct Estienne fut lapidé par les mesclians Juifs.
Gommant sainct Estienne fut inhumé et ploré par les gens de
bien.
légende qui paraît bien justifier cette assertion. Sur un
phylactère gracieusement soutenu par de jeunes enfants,
on lit en effet : I^an mil citt'j cens et iie7'/... Tovt fvsfaict
en ce liev... Lu Viert^e an 'I eiiipte se dédie povr ilioime-,ir
de Die~ci...Kolre vitrail de Saint-Etienne, et d'autres encore
que nous pourrions signaler, sont de la même époque, de
la même touche, on dirait presque de la même main.
« C'est une particularité de plus à noter à lactif de
Châlons, cité ancienne, vivant encore de sa vie propre
derrière ses murs de défense en plein X\'IP' siècle, cité
non moins florissante alors dans les arts qu'importante
par ses marchés et la fabrication de ses draps. »
DANS la basilique de Reims, on vient d'ache-
ver la restauration de la chapelle de la
Sainte-Vierge.
On se souvient, dit le Bulletin religieux du diocèse de
Reims, qu'en grattant l'aftVeux badigeon qui recouvrait
les murailles et les piliers de cette chapelle depuis environ
deux siècles, on découvrit les traces d'anciennes peintures.
On reconnut bientôt non seulement les dessins, mais
encore les couleurs d'un beau travail très complet datant
des premières années du .\V"I" siècle, exécuté par les
soins de Robert de Lenoncourt, archevêque de Reims,
travail terminé en 1514. Cette date se voit au milieu des
chiffres et des écussons que le prélat a multipliés sur les
piliers et les larges ébrasements. M. Lameire est l'auteur
de cette restauration.
LES architectes de la ville de Paris viennent
d'étudier un projet de restauration de l'é-
glise Saint-Germaiii-des-Prés. Ce projet qui va
être soumis à l'approbation du Conseil municipal
consisterait dans le dégagement de l'édifice par
la démolition du presbytère et de quelques ma-
sures qui nuisent à l'aspect du monument, et
dans la dérnolition du porche moderne qui mas-
que en partie le beau portail du XIII" siècle.
On lit dans le Rappel :
Qu'est-il advenu de ce projet de conservation et de res-
tauration de la tour d'enceinte de Philippe-Auguste en-
clavée dans les bâtiments du Mont-de-Piété .''
Un amateur, archéologue distingué, avait réussi à ras-
surer les antiquaires dans les deux lettres qu'il publiait
naguère dans le Rappel.
Et pourtant l'on démolit la tour ; des démolisseurs au
jargon tudesque lui donnent le coup de grâce. Ce vestige
national avait droit peut-être à plus de respect
Il serait encore temps de le sauver, ou du moins de
sauver ce qui reste, sans même entraver l'agrandissement
du Mont-de-Piété.
La tour fait face à la rue des Francs-Bourgeois; on y
accède par un passage entre le Mont-de-Piété et la maison
qui l'avoisine; que l'on construise une voiitc au-dessus
de ce passage, et par-dessus, continuez le Mont-de-Piété.
Cette voûte aboutirait à la tour et à un petit square qui
l'environnerait, grand comme la main, si l'on veut, avec
quelques fleurs, un banc, une borne-fontaine ; ce serait un
relira plein de charmes.
chronique.
265
Restaurez la tour, les matériaux sont encore sur les
lieux; couronnez-la de quelques lierres grimpants, et tous
les Parisiens vous remercieront.
Il faudra de l'argent pour cela, direz-vous ? 11 n'en faut
pas tant.
11 y a à Paris une Société protectrice des monuments
parisiens : que l'on avise et que l'on se presse.
La tour est de l'an 1200; c'est la seule qui nous reste
entic-re ; que le Mont-de-Piété lui permette de vivre quel-
ques siècles encore. .
^'^ POU LIN, directeur des bâtiments civils, vient
1 . d'informer M. Charles Normand, secrétaire gé-
néral de la Société des monuments parisiens, que les
travaux de consolidation nécessaires à la conservation de
la porte Saint-Denis seraient entrepris incessamment.
LA municipalité d'Avignon a l'intention de
restaurer le vieux palais des Papes d'après
les projets préparés par Viollet-le-Duc et d'y
installer ensuite ses musées, une école des Beaux-
Arts et les Archives.
LA caserne de Bonne-Nouvelleà Rouen va être
livrée à brefdélaiàla pioche du génie mili-
taire. La façade qui doit prochainement disparaî-
tre est tout ce qui reste actuellement de l'ancien
prieuré dont la première pierre fut posée le 16
février 1655 par NicolasDavanne, alors prieurde
Meulan. Le portail porte encore la date de 1656.
Ce prieuré était bâti sur l'emplacement d'un
temple magnifique élevé vers 1066 sous le vocable
de Notre-Dame de Bonnes Nouvelles par la du-
chesse RIathilde, épouse de Guillaume, duc de
Normandie. M. Paul Baudry écrit au Nouvelliste
de Rouen, -çowx faire observer que, malgré l'asser-
tion émise au conseil municipal, par deux fois,
et à l'unanimité chaque fois, la commission dépar-
tementale des antiquités, chargée de veiller à la
conservation de nos richesses archéologiques,
avait exprimé le vœu que la ville de Rouen prit
des dispositions nécessaires pour assurer la
conservation de la façade.
LA Cojinnission des antiquités et arts de Seine-
et-Vise (4"= fascicule, note 64) nous apprend
que toute tentative d'aliénation des tapisseries
de Notre-Dame de Pontoise est, pour le moment
du moins, rejetée, et une décision récente du
conseil municipal de cette ville vient de les pro-
téger contre les menaces de vandalisme, en spé-
cifiant qu'elles seraient conservées pour servir
d'ornement au futur musée.
M. L. Gauchez écrit dans le Courrier de l'Art:
T E prince Charles-Antoine a e.xécuté et continue à
■'-^ faire exécuter d'importants travaux de restauration
a son immense château de -Sigmaringen ; l'aile gauche,
qui en constitue une partie presque isolée, a été complè-
tement transformée en une très longue, très large et très
belle salle à trois travées.
C'est là qu'est installé le Fiirstlich H ohenzol Icrn^ sche
Miiseion; il occupe également deux cabinets attenant de
droite et de gauche à cette vaste galerie.
L'aménagement est en tous points excellent; il est à la
fois luxueux et de bon goût; le jour pénètre à souhait, il
est admirablement distribué; aussi tous les objets de la
collection peuvent-ils être étudiés dans les conditions les
plus favorables, et ce n'est pas peu dire, puisque le cata-
logue de ce musée ne compte pas moins de dix importants
fascicules, pour ne pas dire volumes in-octavo.
UN incendie vient de réduire en cendres le couvent
de Haute-Rive , ancienne et célèbre abbaye de
l'ordre de Citeaux, fondée en 1 187, située sur les hauteurs,
à deux lieues de Fribourg. L'église elle-même, attenant au
séminaire, est presque entièrement détruite ; le clocher
s'est effondré avec les cloches.
NOUS devons aussi enregistrer la destruction par
incendie, du château de Michel-Montaigne, dont les
cinq pavillons, ilanqués de huit tourelles, s'élèvent sur
une hauteur qui domuie la vallée de la Livone, les côteau.x
de Chalus et de Gurcon.
CE qui restait de la voûte de l'église de l'ancienne abbaye
de \'illers s'est effondré cet hiver à la suite du dégel.
LA ville de Gand vient d'acheter les restes du vieux
château de Gérard le Diable, dit Chàleati des Comtes.
On peut espérer voir ces précieux vestiges du passé restau-
rés prochainement.
D'autre part, on assure qu'un des restes les plus
remarquables de cette vieille cité est sur le point de
disparaître. 11 s'agit de la jolie tourelle en style Renais-
sance flamande du XN'I'^ siècle, qui s'élève au coin de la
rue Longue de la Monnaie et de la rue sans Fin. Cette
gracieuse construction mérite à tous les égards d'attirer
l'attention des archéologues.
N/T ONSIEL'R Doucet a réclamé énergiquement, à la
1 Chambre des Représentants de Belgique, la reprise
des travaux de restauration de la cathédrale de Namur.
Le précédent gouvernement semblait avoir pris le parti
de laisser les édifices religieux mourir de leur belle mort.
Des temps un peu meilleurs sont revenus ; à défaut de
ressources le ministère a la bonne volonté de faire son
devoir.
A propos de cette question, une proposition a été faite
par M. Delebecque, tendant à ce que les plans des nou-
velles églises â construire soient mis au concours.
M. Delebecque constate avec chagrin une sorte de dépres-
sion de l'art architectural dans le pays. Les artistes reli-
gieux sont découragés et dépourvus d'initiative. 11 leur
faudrait des occasions de produire leur talent avec la cer-
titude morale de réussir, sans recourir à l'intrigue ni men-
dier les faveurs officielles.
266
Ecuiic De l'art cfjrcticn.
M. Woeste a fait de judicieuses réserves au sujet de
cette idée, généreuse en soi. Cette innovation constitue-
rait une nouvelle entrave à la liberté des communes. Car
le gouvernement devrait subordonner l'octroi de ses sub-
sides à l'organisation des concours. M. Woeste rend hom-
mage à ce que l'initiative des particuliers et des conmiuncs
a produit de remarquable, en fait d'édifices religieu.\.
Depuis quelques années, notamment dans les Flandres, il
s'est élevé un très grand nombre d'églises du style le
plus pur qui font l'admiration de l'étranger.
M. Devolder, ministre de lajustice,craint avec raison les
inconvénients du système des concours. 11 n'est guère, ob-
serve-t-il, de jurys de ce genre dont les décisions n'aient
été critiquées.
Jîoimcllcs et Ttoiitiailles.
NE haute distinction vient d'honorer
notre collaborateur, M. Ch. de Linas.
L'Académie royale de Belgique l'a élu
au titre d'associc étrange?', en récom-
pense de ses beaux travaux sur ce pays.
Nos lecteurs n'ont pas oublié, notamment, les
remarquables études que le savant archéologue a
consacrées à l'école mosane d'émaillerie à l'occa-
sion de l'exposition rétrospective de Liège.
— On lit dans le Bulletin du diocèse de Reims:
ON peut visiter librement, dans la grande salle du
palais archiépiscopal, itne copie très remarquable
des Pcin/ures anciennes de l'oratoire de Saint-Nicolas, au
Palais du Latran, à Rome.
La copie commandée par Mgr l'Archevêque, grande
comme l'original, est destinée à l'église de Binson. Cette
peinture est une des preuves les plus décisives de la
Sainteté d'Crbain II, qui s'y trouve représenté, avec le
nimbe et le titre de saint, au milieu d'autres Papes, saints
comme lui. — Nos lecteurs se rappellent d'avoir lu dans
Xs. Revue de I Art clirétien le remarquable article de M. de
Rossi sur cette question d'un puissant intérêt.
NJ OUS avons annoncé (V. Revue de l'Art
\ chrétien, 1885, p. 116), la récente décou-
verte faite à l'église de St-Ouen à Rouen. — La
Semaine religieuse de cette ville nous fournit à
ce sujet de nouveaux détails, en même temps
qu'un aperçu historique intéressant ; on y lit :
Les tranchées profondes de la nef ont mis à découvert
la base de quelques piliers de l'église antérieure à l'édifice
actuel, des fragments de l'ancien pavage de cette église
en carreaux émaillés du XI Ile siècle, dont plusieurs à per-
sonnages des plus curieux, des pierres enduites de couleur
rouge, des colonnettes à dessins noirs, qui ont fait partie
des églises disparues, et d'autres vestiges intéressants
pour l'archéologie.
On a aussi mis à jour un bon nombre de sépultures
franques nettement caractérisées. La plupart renfermaient
des chefs francs avec leurs armes : l'épée ou scarmasaxe,
la lance, la hache ou francisque, et le couteau ; de belles
agrafes de ceinturons, des boucles en bronze, des boutons,
des aiguilles, et autres menus objets faisant partie de
l'équipement militaire.
On a recueilli dans une riche sépulture deux fibules
d'un grand prix. Elles sont en or et rondes, de dimensions
plus considérables que de coutume, ornées de filigranes
d'or du plus gracieux dessin et de quatre pierres fines,
dont deux sont de petits grenats et deux autres de petites
émeraudes. Les pierres sont disposées en croix et accom-
pagnées dans l'intervalle d'une branche à l'autre de perles
fines.
Dans le même tombeau, on a découvert une agrafe de
ceinturon en bronze, avec plaque en argent, d'uu trax'ail
réellement artistique, une attache en bronze formée par
des serpents enroulés. On a trouvé plusieurs vases aux
pieds des squelettes. <' Le trait le plus caractéristique des
anciennes sépultures, a dit M. Cochet, est assurément la
présence d'un ou de plusieurs vases funéraires, invariable-
ment destinés à accompagner la dépouille mortelle de
l'homme au sortir de ce monde. » Ce fait a été vérifié une
fois de plus dans les sépultures franques de Saint-Ouen.
L'un des plus gracieux objets après les fibules, est un vase
en verre très fin d'une forme élégante et originale, avec
anse, intact et d'une conservation parfaite. On a rencontré
deux pièces de monnaie, les seules qu'aient fournies jus-
qu'ici les fouilles et dont l'attribution n'a pu être encore
fixée.
Les sépultures ont donné plusieurs pendants, l'un formé
par une améthyste, l'autre en verre opaque; et deux vases
à eau bénite cerclés de bronze argenté. Un objet très curieux
a été rencontré dans une tombe; c'est une sorte de pla-
quette en ivoire délicatement ouvragée, avec charnières
en fil d'argent, suspendue à des chaînettes en bronze. Est-
ce un écrin, un coffret, ou des tablettes à écrire.' C'est ce
qu'une étude plus attentive déterminera sans doute.
Parmi les objets singuliers trouvés dans ces fouilles,
nous signalerons des œufs qui accompagnaient la sépul-
ture d'un enfant.
( )n a trouvé encore quelques cercueils de moines. On
les reconnaît surtout aux chaussures. C'était l'usage assez
général d'inhumer les moines et surtout les abbés tout
habillés, dit M. l'abbé Cochet.
On n'a pas rencontré à .Saint-Ouen de chaussures dans
les sépultures franques, mais seulement dans celles du
moyen âge.
BIEN peu d'amateurs savent sans doute qu'une an-
cienne petite ville de France possède une peinture
de Guido Reni. Voici en quels termes M. Ambroise
Tardieu,historiographe de l'Auvergne, signale cette bonne
fortune dans une de ses récentes publications : « Figurez-
« vous qu'il y a dans l'église d'Herment (^Pu^-de-Dôme),
« dans nos pauvres montagnes d'Auvergne, un magnifique
« tableau de ce grand peintre (C'ruido Reni ou le Ouide)
« Il représente sainte Radegonde, et vient, je crois, soit
« d'un prédicateur du roi Louis XIII, — Pierre lîesse,
« né à Herment, — soit du couvent des Cordeliers de la
« Celette. Je revendique la priorité de cette découverte
« artistique pour l'Auvergne. »
MHOLLENDER a découvert en Angleterre une
. Adoration des Mai;es Ô.C Gérard Dow. Sa trouvaille
est en ce moment àlïruxelleschez son heureux propriétaire.
LA métropole de Sens vient de rentrer en possession
des ornements pontificaux d'un de ses plus saints et
plus célèbres pontifes, saint Ebbon, comte de Tonnerre
et plus tard archevêque de .Sens, mort à Arces en
l'année 750.
Côroniquc.
267
Tous ses ornements pontificaux, savoir : l'aube, le cor-
don, le manipule, l'dtole, les tunicelles, la chasuble, la
mitre et les sandales furent enfermés dans son cercueil
et retrouvés intacts l'année 980, époque où ses reliques
furent relevées de terre et placées au trésor de l'abbaye.
Vendus après la Révolution, ils ont été rachetés et donnés
par les enfants de M. le comte Aug. de Bastard à
Monseigneur l'Archevêque de Sens.
DANS une récente brochure M. l'abbé Dedelit, curé de
la cathédrale de Valence, rappelle qu'un heureux
hasard vient de faire découvrir h Saint-Marcel-les-Sauzet
un antique autel chrétien. 11 n'est malheureusement pas
entier : le tiers à peu près manque et cela est d'autant plus
regrettable quïl serait sans contredit un des plus beaux
que possède le Midi de la France. 11 mesure 0,45 de haut,
0,65 de long, 0,35 de large ; le grain de la pierre est com-
mun ; semblable à tous les autels chrétiens appartenant
aux sept premiers siècles, il se compose d'un bloc carré,
aux angles duquel se trouve une colonne engagée du
quart. 11 ressemble aux autels de la même époque de
Digne et de Saint-\'ictor-de-Castel, avec cette diffé-
rence que les chapiteaux,simp]ement dégrossis à Digne et
à Saint-\'ictor, sont ici d'un travail plus soigné ; le dessin
est mieux étudié. Enfin il est décoré du sigiiuiii Christi,
entouré d'une couronne tressée, qui devait être d'un beau
travail. D'après ces données on peut, sans présomption,
le classer parmi les monuments qui remontent du V" au
VI 1= siècle.
ME.-M. Bancel, qui a récemment consacré un volume
. à la vie et aux œuvres de Jean Perréal, peintre
et valet de chambre des rois Charles \'l II, Louis XII
et François I", vient d'offrir à la Bibliothèque Nationale
deux des plus précieux documents qui nous soient parve-
nus sur ce grand artiste. C'est d'abord une lettre du
25 novembre 1510, par laquelle Jean Lemaire des Belges
recommande à Marguerite d'Autriche, pour les travaux
de l'église de Brou, « niaistre Jehan Perréal de Paris,
homme à ce propre, riche de sciences, d'amys, d'enten-
dement, d'ingéniosité, d'audace, d'honneur, d'avoir et
d'auctorité, et qui désireroit de tout son cueur y faire son
chief-d'euvre à peu de coust ». L'autre document est une
lettre de Jean Perréal lui-même, en date du 9 octo-
bre 1 51 1 ; il y rend compte des projets qu'il avait conçus
pour les constructions de Brou.
DANS le courant de l'hiver dernier on annonçait aux
lecteurs de la Di'fense que des religieux français
seraient chargés du soin des catacombes de Saint-Calixte,
la plus grande nécropole de la primitive Eglise. Le Saint
l'ère vient d'exécuter un projet qu'il nourrissait de]5uis
C|uelques années et, désormais, les Trappistes qui avaient
autrefois leur résidence dans le département du Nord,
seront les gardiens de la cité des martyrs. A l'entrée du
cimetière de Saint-Calixte on va élever une maison sous
le vocable de Notre-Damedes-Catacombes. Le prieur
et le cellerier de cette nouvelle Trappe ont déjà été nom-
més : ce sont deux anciens officiers des zouaves pontifi-
caux qui ont échangé la tunique militaire contre le froc du
moine.
Jusqu'à présent des ouvriers terrassiers quelconques
s'occupaient des fouilles des Catacombes. Cette situation
va être modifiée à la grande satisfaction de tous ceux <|ui
s'intéressent à la Rome souterraine. On est enchanté de
savoir que des religieux remue'ont à l'avenir cette terre
sacrée, sanctifiée par d'innombrables martyrs.
La présence des Trappistes aux Catacombes produira
la meilleure impression sur les pieux visiteurs. Ces graves
ascètes armés du pic ne rappelleront-ils pas les saints
fossoyeurs qui ont creusé les galeries des Catacombes il
y a seize siècles?
LES chanoines de Sainte-Marie-Majeure ayant voulu
réparer une cloche de la basilique qui était brisée, se
sont aperçus qu'elle portait une inscription du XI 1 1" siècle
mentionnant sa première fonte par l'ouvrier Alfano, et sa
refonte en 1 289 par Guidoto Pisaiii\7vay. frais de Paiido/fo
Savelli. La cloche portait en outre les armoiries des Sa-
velli. Les journaux de Rome annoncent que, pour éviter
de trop fortes dépenses, les chanoines auraient malheureu-
sement décidé de sacrifier ce précieux monument et d'en
employer le métal à la fonte de la nouvelle cloche. 11 serait
même déjà, dit-on, transporté à la fonderie Lucenti.
PIE IX, en mémoire de la proclamation de l'Infailli-
bilité, avait décidé d'élever un monument sur le Jani-
cule,devant l'église de Saint-Pierre iii Montorio.
Les travaux étaient fort avancés à la mort de Pie IX et
la colonne du Concde était prêle à être dressée. Mais le
gouvernement italien a résolu d'élever sur le Janicule un
monument à Garibaldi. Le pape Léon XIII n'a pas voulu
que la précieuse colonne se trouvât auprès du monument
de l'homme qui a été un des plus irréconciliables ennemis
de la Rome chrétienne et a donné l'ordre qu'elle fût retirée.
La colonne a été enlevée et transportée au \'atican pour
être placée dans la partie du jardin connue sous le nom
de la Pigna, où elle restera définitivement.
ON \ient de découvrir dans la maison située au coin
de la rue de la \'allée (n° 16) et de la rue des Sœurs
Noires, à Gand, un troisième échantillon des beaux pave-
ments du X 1 1 1° siècle.
Le premier a été trouvé, il y a quelques années, dans
une salle de l'abbaye de Baudeloo,la bibliothèque actuelle.
Le second a été rencontré en faisant des fouilles dans
la cour de l'ancien hôpital de Ste-Catherine au quai de la
Grue.
DANS une récente audience, Mgr Macedo Costa,
évêque de Belem de Para, au Brésil, a entretenu
le Souverain- Pontife du projet suivant. 11 s'agit de cons-
truire un paquebot à vapeur qui, nommé Cliristophore,
sera destiné exclusivement au service d'une mission per-
manente dans la vallée de r.Amazone. Ce sera un navire-
église, un temple Jlotlant. Voici quelques détails fournis
par Mgr de Macedo, dans son rapport au Saint-Père :
« La partie supérieure du pont sera presque entièrement
occupée par la nef de l'église, dont l'intérieur sera orné
avec toute la richesse possible. De même que les cèdres
du Liban ont servi à construire le fameux temple de
Salomon, de même les bois d'ébénisterie, si abondants
dans la vallée de l'Amazone, rehausseront, par le coloris
varié de leurs nuances, l'éclat de l'enceinte sacrée. Au fond
se dressera l'autel avec son retable doré, et le tabernacle
où habitera le Saint-Sacrement. >•
Le navire aura sa chaire, ses fonts baptismaux, son
orgue,ses ornements pour le culte. .Au-dessous il y aura un
appartement pour l'Évêque et des cabines pourles mission-
naires. Le navire aura 120 pieds de long et 30 de large_
KEVUE DE l'art CHKÉTIKN.
1885. — 2""^ LIVR.VISO.N.
268
îRctiuc De rart cf)i-cticn
CCongrès et ecrcur.sions.
OUS n'avons pas terminé, dans lalivrai-
son précédente, le compte-rendu du
Congrès de Pamiers. Nous avons laissé
nos archéologues au pays de Foix, où
Us allaient visiter l'ancienne église de Saint-Volu-
sier, consacrée en II 25, et conservant encore des
l'estes de cette époque. C'est encore une église à
nef unique de grand effet, accompagnée d'un
transept du XI^" siècle, et d'un chœur du XIV<=s.
La bibliothèque de la ville possède, comme nous
l'avons dit plus haut, quelques-uns des admirables
volumes enluminés sur les ordres de Philippe de
Lévis Mirepoix. Hélas! les ravissantes images ont
donné lieu à d'incroyables mutilations. Des
lettrines à personnages, découpées par une maî-
tresse d'école, à l'époque de la Révolution, ont été
distribuées en récompense aux enfants !
Nous ne nous occuperons pas des collections d'his-
toire naturelle dont ^MM.Garrignon ont enrichi ce
musée, ni des antiquités romainesqu'onyconserve;
mentionnons des chapiteaux romans historiés
intéressants au point de vue iconographique, une
inscription chrétienne sur marbre, une plaque,
fermail du XV'-'siècle,le sceau en argent de Jeanne
d'Artois, et des poids du moyen âge.
Le château de F"oix garde trois tours, dont l'une
remonte au XII'^ siècle. La plus belle est la tour
ronde attribuée à Gaston Phœbus, vers le milieu
du XIV« siècle.
Les ruines du château de Durban sont d'un
aspect imposant. Murs debout, murs écroulés,
arbres et rochers sont tellement confondus, que
leur enchevêtrement ne pouvait être débrouillé
que par une sérieuse étude. M. de Labordès, fami-
liarisé avec les château.x du pays de P^oix, explique
au Congrès les dispositions de l'ancien manoir.
Les excursionnistes visitent la Pile romaine de
Luzenac, une des plus remarquables, dans le Sud-
Ouest de la France, de ces constructions encore
inexpliquées. — L'église de Luzenac, avec sa tour
dodécagone élancée, à sommet conique en pierre,
issant du toit, entre la nef et le chœur, date du
XV<= siècle.
Andressein attire l'attention des voyageurs
par la silhouette de son campanile à fronton,
percé de trois étages d'arcades (XIV*-' siècle).
M. D.N.Richard a donné dans nos colonnes(liv. de
janvier, p. 75) la description des peintures votives
qui décorent son porche.
Castillon offre une intéressante église.autrefois
chapelle castrale des comtes de Comminges ; elle
se distingue par son abside romane et offre aussi
un clocher à fronton percé d'arcades,une statue de
saint Pierre; le livre qu'il tient offre une inscription
qui a déjà exercé la sagacité de maint observa-
teur. Elle contient le nom du maître de l'œuvre,
Jean de la Casa.
A Sentein, on se trouve en présence d'un type
curieux d'église entourée d'une enceinte fortifiée,
datant du XIL siècle ; l'enceinte est postérieure
d'un siècle. Son ensemble donne à la localité un
haut caractère d'originalité qu'on chercherait en
vain dans le reste de la région.
A Saint-Giron, le congrès visite l'église de
Saint-Vallier, qui ne garde qu'une jolie porte
sans tympan, à colonnettes en marbre, seul
vestige de l'édifice primitif élevé au XI L siècle.
L'église principale ne garde d'ancien que son clo-
cher, surmonté d'une flèche en briques du XV«
siècle. Les beautés naturelles du site l'emportent
ici sur les monuments archéologiques.
En revanche Saint-Lizier est la plus riche en
ce genre, parmi les localités de l'Ariège. Voici
son vieux pont (Y>N^ siècle."') dont un claveau
est timbré des armes d'un pontife , l'évêque
saint P^steven, et dont une des assises contient un
fragment d'autel votif roman. A la tête du pont
s'élève une tour carrée qu'on fait remonter à 1 120.
Saint Lizier a eu le privilège de posséder à la
fois deux églises cathédrales. Au XVI P siècle,
celle de Notre-Dame resta seule en possession de
ce titre. Elle n'offre pas un bien grand intérêt par
son architecture. Le clocher, assez récent, ren-
ferme une salle ovale d'une disposition curieuse.
L'antique salle capitulaire, qui offre le caractère
du XIIL" siècle, est le témoin de l'existence an-
cienne du Chapitre. Dans le mur de l'église, au
voisinage de cette salle, est encastré un curieux
fragment de sculpture antique; on y voit aussi un
élégant tombeau du XIV<= siècle, avec un bas-
relief représentant YEcce Iioino.
L'église cathédrale de Saint-Lizier, à l'Est de
la ville inférieure, est beaucoup plus remarquable.
Une particularité qu'elle offre, est l'irrégularité
extraordinaire de son plan, qui présente des hors
d'équerre extravagants, choquant le regard du
visiteur. Il serait difficile de trouver dans un mo-
nument plus d'incohérence et plus de variété
dans sa construction.
De cette bâtisse étrange se dégagent deux
périodes principales : l'une «romane» pour les
deux tiers inférieurs des murs de la nef, des ab-
sides et du transept, et rautre,ogivale,duXIV'= siè-
cle, pour la partie supérieure des murs delà nef,
les voûtes, et les supports de la tour centrale.
L'abside centrale attire surtout l'attention.
liUe est construite avec de grandes pierres de
remploi appartenant à des édifices romans, dont
plusieurs portent encore des fragments de leur
décoration primitive. Le couronnement circulaire
à double rangée de modillons, agrémentés de
figures bizarres, est particulièrement original.
Cf)ron ique.
269
On conserve dans le trésor de l'église la crosse
dite de saint Lizier, qui a été publiée ('), une
mitre du XII<= siècle, et quelques autres objets
anciens. — On remarque aussi quelques restes
de vitraux du XV' siècle. On conserve au pres-
bytère le buste en vermeil de saint Lizier, œuvre
de la Renaissance, rehaussée de riches filigranes.
Le cloître, roman, offre encore un rez-de-
chaussée dans un bon état de conservation, avec
la riche décoration de ses chapiteaux. — L'étage
est une addition du XVP siècle. — Le cloître
contient encore la pierre tombale de l'évcque
Anger II de Montfaucon.
T '
E prochain Congrès fixé au 21 juin aura
i ^ pour objectif Montbrisson (Loire). Il durera
jusqu'au 2 juillet. Il se tiendra dans la salle de
la DiaiKX. Les château.x et les abbayes du Forez
fourniront aux e.xcursionnistes d'intéressants su-
jets d'études. Ils feront des excursions : 1° à
Chamdrice, Couzan, Chalain, d'Uzore et Mont-
Verdun ; 2° à Saint-Romain-le-Puy, Sury le
Comtal et Saint-Rambers-sur-Loire ; 3° à Saint-
Bonnes- le-Chateau ; 4° à Charlieu et à la Bénis-
sons-Dieu ; 5° à Ambierne, Saint-André d'Ap-
chon et Boisy.
eCrpositions.
'A dernière exposition des arts décoratifs
comprenait plusieurs séries de dessins
représentant les écoles nationales dont
a^l les travaux se rapportent aux arts du
verre et de la terre, savoirr£'6-fci/(' des arts dccoratifs,
le Cours spécial pour jcnncs filles, à Paris, V Ecole
des arts décoratifs de Limoges et V Ecole spéciale
de Sèvres. — Toutes quatre se recommandaient
par la valeur sérieuse des études présentées ; mais
les Écoles de Limoges et de Paris se sont distin-
guées d'une manière spéciale par l'heureuse et
forte impulsion donnée au.x ouvrages de décora-
tion. Le placement des œuvres a été fait de ma-
nière à faire saisir par le visiteur l'enchaînement
de la méthode employée. Cette méthode nous est
expliquée avec une rare compétence, par M. J.
Passepont, dans la Revue des arts décoratifs.
« Cette méthode si simple et si féconde, elles ne l'ont
point inventée ; elles l'ont trouvée toute faite et vieille
comme le monde. C'est celle de tous les grands maîtres,
depuis les Assyriens jusqu'à nos jours. C'est celle que les
Cirées ont affectionnée, que les moines du moyen âge ont
i'Otrouvée,que les Orientaux ont appliquée,que des modernes
éminents, chercheurs infatigables, ont fait revivre et mise
en œuvre avec éclat ; c'est rinter])rétation personnelle
de la nature, c'est l'étude constante de ce grand li\ie que
1. Mélanges d' Anhi'ologie, t. IV, \). 191.
l'on doit sans cesse consulter et apprendre à lire. Elle
est immuable, cette méthode, et c'est faute de l'avoir trop
longtemps abandonnée que nous nous sommes laissé enva-
hir par la routine de l'imitation. Toutefois, dans ce travail
captivant, dans ces recherches, faut-il encore guider sa
marche, car si au premier abord la décoration semble le
domaine exclusif du caprice et de la fantaisie, elle n'en est
pas moins soumise à des rt-gles imposées par le besoin
d'ordre, inséparable de la beauté. Ces règles, ce sont en-
core les vieux maîtres qui nous les enseignent. Dégager
les principes qu'ils ont suivis dans leurs créations, puis
s'en servir pour créer à son tour, pour développer l'esprit
d'invention, tel est le grand mystère. Mais il ne suffisait
pas de le proclamer, il fallait l'expliquer. \'oilà ce qu'on a
fait dans ces écoles. On a compris C[u'il était grandement
temps de ne plus se borner à raconter seulement l'histoire
de l'ornement, mais qu'il était de toute nécessité de l'étu-
dier aussi au point de vue général, d'en faire connaître les
arcanes et les lois, de les mettre en pratique comme
■VioUet-le-Duc dans ses compositions, M. Kuprick Robert
dans son album, ?»I. Galland dans ses séduisants croquis.
C'est ainsi que les professeurs vigilants de Limoges, et
surtout de Paris, sont arrivés à obtenir de si beaux résul-
tats, qui font sur nous, en entrant dans cette salle, une si
vive et si profonde impression.
« A l'exposition, cette méthode est particulièrement ap-
pliquée à l'étude de la fleur. Car, lorsqu'il s'agit d'orner une
matière délicate et charmante comme la porcelaine, c'est
aux ornements légers, aux décors gracieux qu'il faut avoir
recours et on ne saurait certes mieux les trouver que dans
les plantes vivantes, source éternelle d'élégants et coquets
motifs pouvant se plier à presque toutes les ordonnances.
« Pour étudier ces types élémentaires, riches et variés,
ou bien on les copie, ou bien on les interprète en les orne-
manisant. Dans l'un et l'autre cas, les travaux des élèves
sont très bien rendus ; il y en a d'excellents.
« Les aquarelles de Limoges, faites d'après nature, sont
exécutées avec une rare observation des valeurs justes et
une grande habileté. Voilà qui est peint et dessiné ; il n'y
a point de sécheresse, il n'y a point de négligences ; on ne
trouve pas l'abus des fondus ou des taches plaquées sans
transitions ; on pourrait peut-être leur reprocher d'être
en général trop poussées, peu importe ; plusieurs sont
véritablement des œuvres d'artistes. Quand on rend la
fleur de cette façon, on doit bien la connaître et il est facile
alors de la grouper en bouquet et de la jeter en semis
pondérés comme sur ce service mignon si gentiment exé-
cuté par les élèves de Limoges pour M"'"= Dubcuché.
« Les études de flore ornementale, c'est-à-dire faites en
régularisant la nature pour dégager des éléments nou-
veaux ou pour rechercher l'unité du type, sont des plus
intéressantes. Quelques-unes, il est vrai, sont timides, mais
encore suffisamment bonnes ; ce sont celles de jeunes
débutantes. Dans les autres, au contraire, on sent que.
plus familiarisés avec cet exercice, les élèves y trouvent
un plaisir extrême et font ces investigations avec cons-
cience et entrain ; elles sont traitées avec beaucoup de
soin, elles dénotent des recherches patientes et bien diri-
gées ; aussi sont-elles toujours des mieux réussies.
« Rien n'est attachant, captivant, on peut dire, comme
cette application du sentiment personnel à ce genre de
découverte. Pour procéder, on emploie des méthodes
empruntées à la géométrie ; on soumet la fleur, le bouton,
la feuille, le fruit ou le porte-graine aux opérations régu-
lières du plan, de l'élévation et de la coupe ; on pratique
souvent des sections, on fait même des développements ;
et les résultats de cette dissection réglée sont surprenants.
De plus, les interprétations sont nécessairement variables,
suivant la manière de voir, d'analyser, des personnes :
c'est une mine féconde à la(.[uelle on ne saurait trop recou-
rir. 11 est facile de s'en convaincre en jetant uncoupd'œ'il
270
iRetiue De rart cb rétien.
rapide sur les travaux des élèves. Les projections des fleurs
mathématiquement régularisées fournissent des rosaces
d'une grande élégance, ([u'elles soient \ues par le dessus
ou par le dessous, qu'elles soient seules ou accompagnées
des petites feuilles. La inême richesse décorative se re-
trouve dans les profils. Celui-ci, avec un épi ou des herbes
mignonnes, obtient de frêles et gracieuses aigrettes. Celui-
li enlève les pétales et ne garde que le culot et les pistils
pour avoir une gerbe légère. Ailleurs, la fleur est grandie.
Plus loin, ce sont des essais de groupements de fleurs
d'azalée ou de gueule-de-loup ; ainsi, sur un canevas sy-
métrique, procédant de la palmette ou de certaines dispo-
sitions de fleurs de lotus et simplement composé de trois
branches partant du même culot, l'élève a dessiné au
sommet de la tige centrale une gueulede-loup vue de face,
puis, à l'e.xtrémité des deux tiges latérales, deux autres
gueules h peine ouvertes et vues de profil. Cette disposi-
tion en éventail est charmante et e.xtrèmcment décorative,
aussi la retrouvons-nous répandue à profusion dans le
grand art ; mais là où les Egyptiens plaçaient le lotus, les
(Irecs le lis marin et les nombreuses variétés des pal-
mettes, un élève place une fleur idéalisée, une fleur nou-
velle qu'il introduit dans l'ornement et du même coup il
obtient non seulement une nouveauté heureuse, mais en-
core un motif dont il pourra tirer de grands partis, soit
qu'il l'emploie seul, soit que, par répétition ou alternance,
il en forme une bordure, soit que par rayonnement il
répète cette disposition autour d'un centre commun pour
produire une rosace ou la décoration complète d'une
coupe ou d'un plat. Au premier abord, on peut trouver que
trois tiges partant d'un même culot, ce n'est point naturel
et qu'il faudrait suivre ses modèles de plus près ; à cela,
l'histoire nous répond que ces anomalies sont permises et
que nous les retrouvons partout au siècle de Périclès et à
la Renaissance, que les maîtres nous ont donné l'e.xemple
et dans des détails et dans des ensembles. S'il y avait une
petite observation à faire, elle devrait porter de préférence
sur les tiges, qui gagneraient h être un peu moins raides,
plus longues et meublées légèrement ; rien ne s'y prêterait
mieux d'ailleurs que les feuilles minces et élancées de
cette plante. L'exposition nous montre de nombreux essais
en ce genre,peints sur porcelaine et décorant d'une manière
parfaite et originale des pièces franchement nouvelles. »
D'AUTRE part, M. P. de Boutarel, dans
le Monde du 30 novembre 1884, rend
compte en ce.s termes de V Exposition de t Union
centrale des ait s décoratifs pour ce qui concerne
l'art du verrier et du mosaïste :
« M. Appert remet les peintres-verriers en possession
d'un élément décoratif perdu depuis le moyen âge. 11
s'agissait de reconstituer le procédé de fabrication du
verre rouge, employé dans les vitraux du .\1 IL' siècle. Ce
verre n'était pas coloré dans toute son épaisseur. Le rouge
employé ét:iit trop intense pour pénétrer entièrement la
niasse vitreuse sans perdre de son éclat lumineux. La
partie colorée n'était donc qu'un placage, appliqué à la
surface d'un verre blanc. Mais là n'était pas la difficulté;
les zones de différentes couleurs ne sont plus qu'un jeu
depuis longtemps pour le souffleur de verre. Ce qui consti-
tuait un problème autrement compliqué, dans le procédé
perdu, c'était l'inégale répartition du rouge dans la zone
colorée. Au lieu d'être homogène dans toute son épaisseur,
celle-ci ne devait sa coloration qu'à des cloisons rouges
qui la coupaient obli(|uement, et donnaient à sa transpa-
rence une disposition jaspée où la (einte pourpre jouait
avec plus de feu.
« Celte disposition parfaitement intentionnelle au XI IL'
siècle, av.iit cessé d'être pratiquée au -XH'". Les progrès
réalisés dans la préparation du verre permirent peut-être,
à cette époque, une fabrication plus régulière, et une colo-
ration plus égale, c|ui parurent un perfectionnement, au
premier abord, et qui, par le fait, furent une décadence.
Bien des tentatives ont été faites, depuis, pour reproduire
l'effet primitif, qui est resté inaccessible à toutes les re-
cherches jusqu'au jour où M. Appert, avec la profonde ex-
périence qu'il a acquise de son industrie, a voulu à son
tour s'occuper de cette question, qui exigeait probablement
un outillage tout spécial.
« Aujourd'hui le résultat obtenu ne laisse plus aucun
doute sur le mode de fabrication adopté par le rénovateur.
La plus parfaite identité existe entre ses verres rouges et
ceux de la grande époque gothique, tout aussi bien dans
la nuance que dans la disposition des cloisons colorées.
« La peinture sur verre est le premier art qui, au moyen
âge, ait apporté un élément décoratif à l'architecture. .A
proprement parler, le nom de peinture sur verre n'est pas
exact, du moins à l'origine des vitraux, alors qu'ils étince-
laient de tout le feu de la coloration. Que se passait-il, en
elïet, à cette époque, dans la composition des verrières?
Le plomb en arrêtait les lignes générales, et les grandes
masses colorées qu'ils circonscrivaient étaient formées par
des verres de couleur, auxquels on donnait le plus de
richesse possible. Ce travail d'ensemble une fois bien éta-
bli, quelques lignes noires frittées \enaient dans les per-
sonnages, iiidic[uer les traits du visage, les contours des
doigts et les plis des vêtements.
« Une manière de procéder aussi sommaire n'avait évi-
demment pas à compter sur la finesse du détail pour arri-
ver à l'expression. Aussi le mouvement général et le réseau
métallique t|ui l'accusaient étaient-ils très étudiés dans les
vitraux gothit[ues.
« Depuis, lorsque le sentiment des formes raphaëlesques
et le goût du modelé délicat se furent généralisés, la pein-
ture sur verre marcha de pair avec les autres arts pour la
pureté du trait et la correction du relief On vit alors le
plomb élargir ses mailles, se dissimuler quelquefois pour
ne pas gêner le clair-obscur, le trait faire place à des om-
bres plus savantes, mais dans lesquelles la coloration s'af-
fadissait; en un mot le caractère mural disparaître, pour
laisser le champ libre à l'art indépendant, défaut capital
dans une décoration intimement liée à l'architecture, de-
vant la faire valoir et non pas l'absorber.
« Telle est en abrégé l'histoire de la peinture sur verre,
qui, à l'origine était plutôt de \a peinture de verre, et qui,
encore aujourd'hui, sous peine de compromettre son carac-
tère propre, fait toujours bien de se souxenir de cette défi-
nition d'un autre âge.
(< On prétend que l'orage a grondé dans le cénacle à
propos de l'éclectisme de M. ChampigneuUe et de ses
tendances à l'innovation. Les défenseurs des saines tradi-
tions auraient vu là un danger qu'il fallait conjurer. Nous
n'avons pas à nous prononcer sur un point aussi discutable.
Nous dirons toutefois, à l'excuse de M. ChampigneuUe,
malgré les principes rigides posés précédemment, que,
dans une verrière commandée pour l'hôtel du Figaro, il lui
était quck|ue peu permis de ne pas suivre la même esthé-
tique que dans les œuvres qu'il destine à l'église Saint-
Eustacheou au pèlerinage de ISenoitevaux; et que proba-
blement, s'il avait à composer un sujet pour une ogive, il
saurait se conformer aux règles excellentes de l'époque go-
thique.
<i La mosaïque est une vitrification d'une autre nature
que l'émail, ou plutôt utilisée diff("remnient. L'émail subit
l'action du feu sur la pièce même c|u'il décore. Ici il n'en est
plus de même; l'artiste fabri(|ue à l'avance de petits cubes
d'émail de différentes couleurs, légèrement o])acifiés par
une adjonction d'étain; après quoi il exécute, en les luxta-
posant sur la surface à décorer, la composition c^i'ils doi-
vent re|)roduire. Ces petits cubes d'émail adhèrent à la
Cf)ro nique.
271
muraille au moyen d'un ciment spécial d'une très grande
résistance, que les siècles n'attaquent pas plus que la
pierre. La preuve, c'est que les mosaïques de Sainte-Sophie,
à Constantinople, ont été exécutées de la sorte, et que si,
de nos jours, elles ne sont plus tout à feit intactes, il faut
s'en prendre à l'esprit destructeur du mercantilisme, trop
disposé à s'approprier leurs débris et à en tirer profit .lu-
près des collectionneurs.
« De Byzance, l'art de la mosaïque passa en Italie où il
est toujours grandement représenté par la fabrique-mère
du Vatican,dont l'admirable palette possède 27,000 teintes.
Il est de toute évidence que l'industrie privée ne peut pré-
tendre à une semblable surabondance. Néanmoins dans
la spécialité de l'ornement, M. Paris a su se créer des res-
sources suffisantes pour exécuter à Paris, les grands tra-
vaux de l'Opéra et de l'Hôtel-de-X'ille. L'émail d'or a été,
de sa part, l'objet d'une attention toute particulière. Au-
jourd'hui, cet élément joue un rôle important dans l'enca-
drement extérieur de fenêtre et les armes de la ville de
Paris que M. Paris a présentés au concours ouvert par
l'union centrale. »
Nous appelons toute l'attention de nos lec-
teurs sur l'exposition létrospcctive de Buda-
Pesth organisée pour cette année à côté de
l'exposition internationale moderne. Elle sera
ouverte du 2 mai au 15 octobre, elle comprendra
l'orfèvrerie, les tissus, la broderie, et toutes les
branches de l'art religieu.K et profane. L'orfèvre-
rie de la Hongrie Supérieure, ou orfèvrerie de
Siebcn-Burgen y sera largement repi'ésentée et
formera le principal sujet ifaUrac/hm pouv quan-
tité d'archéologues.
MUSIQUE RELIGIEUSE.
On lit dans le I>u'n Public de Gand :
UNE Exposition internationale d'inventions et de
musique se tiendra à Londres dans le courant de
l'année 1S85. Le conseil d'administration vient de prendre
l'excellente décision de former, dans la deuxième division,
une collection rétrospective d'instruments de music|ue,
manuscrits, imprimés, tableaux, dessins, gra\ures, sculp-
tures et autres objets d'art, ayant rapport à la musique et
pouvant servir à en illustrer ou à en Hxer l'histoire à tra-
vers les siècles.
Sa Majesté la Reine d'Angleterre a daigné consentira
exposer tous les beaux objets de ce genre qui se trouvent
dans ses collections, et son exemple a été suivi par la
plupart des grandes fiimiiles du Royaume-Uni. Des délé-
gués ont été envoyés à Rome et dans bon nombre de pays
pour rechercher et emprunter tout ce qui peut servir à
rendre cette exposition utile à ceux qui étudient l'histoire
de la musique.
M. James Weale, l'archéologue que beaucoup de nos
amis connaissent, est spécialement chargé de visiter la
Belgique, la Hollande, l'Allemagne et le Nord de la
France.
On espère réunirentre autres les plus imi)ortants manus-
crits de plain-chant, ainsi qu'une collection de livres
liturgiques, telle que jamais on n'en aura réuni autant
jusqu'ici. Ce sera une excellente occasion pour les spécia-
listes de comparer entre eux les textes divers et parfois
obscurs de ces intéressants manuscrits. On organisera en
outre des conférences, des discussions scientitiques, ainsi
que des exécutions de plain-chant et des concerts, dans
lesquels on entendra d'anciens instruments et d'ancienne
musique.
Le Comité de l'Exposition a même le projet d'établir
une Chapelle avec stalles, ornée de l'ancien lutrin de St-
Pierre de Louvain avec ses sièges de chantres, de graduels
et d'antiphonaires, etc.
Nul doute que les collectionneurs et amateurs seront
heureux de contribuer, par l'envoi de quelques objets inté-
ressants, à cette cxhilîition qui promet d'offrir un attrait
tout spécial. X.
Nous lisons dans le rapport de monsieur Achille
Lucas à la Société centrale des architectes, sur
le salon de Paris en 1884:
LES édifices du moyen âge sont largement représentés
au salon d'architecture et en grande partie par des
reproductions commandées pour les archives et les publi-
cations de la Commission des monuments historiques.
Nous sommes heureux de voir l'Etat s'intéresser à la con-
servation des monuments élevés à toutes les époques dans
notre belle France, si riche à ce point de vue, et de con-
tinuer la publication de ces monuments ; d'autres repro-
ductions d'édifices de la Renaissance ont été exposées et
le tout forme un ensemble très intéressant par la valeur
de ces édifices et le talent avec lequel ils sont reproduits;
ainsi une maison à \'esoul par M. Aurenque, le travail
si important de M. Alliert Ballu sur la restauration de la
tour de .Solidor à Saint-Servan et la mosquée de .Sidi-
Abd-er- Khaman à Alger ; ces dessins sont fort bien rendus
et la restauration de la tour de Solidor est bien comprise,
aussi applaudissons-nous à la première médaille accordée
h M. Albert Ballu. Le château de Gisors par M. Constant
Bernard, le château de Foix par M. Bœswilhvald fils,
l'abside de la cathédrale de Uol par M. Corroyer, le châ-
teau de Mehun-sur-Yèvre par M. G. Darcy, l'ancien prieuré
de Binson par M. Deperthes, travaux fort intéressants,
ainsi que celui de M. Formigésur l'église de Cornélia-del-
Conflent. Nous avons également remarqué la restauration
qu'a faite M. Gagey du château de Bourbon-l'Archam-
bault et pour lac|uelle il a«btenu une 2" médaille, celle de
M. Goût sur l'église de Loctudy et de très jolis dessins
au trait par M. Hardion et représentant le cloître Saint-
Martin à Tours. M. Laffilée a exposé un châssis compre-
nant des vues d édifices relevés dans son voyage en Italie
et l'oratoire de Saint-Bernardin ;\ Pérouse.
L'église de Rouy a été reproduite dans son état actuel
par M. Louzier pour la Commission des monuments his-
toriques, ainsi que celle de Chadenac et celle de \'ille-
neuve-lez-Maguclonne, ces deux dernières par M. Nodet
qui a obtenu une mention honorable ; il en est de même
des églises de .Saint-Basile et de Saint-Martin à Étampes
par MM. Petit-Grand et Simil (Abel). L'église de Saint-
Avis-Sénieux (Dordogne) a été reproduite par M. Rapine.
M. Ruprich-Robert fils a obtenu une 3" médaille pour les
plans et détails de la ferme seigneuriale de la Valouine :
c'est un travail très intéressant, fort bien rendu et qui
comprend des motifs de liriqueteric et de terre cuite très
curieux. Les croquis de monuments du département de
Seine-et-Oise par M. Selmersheim sont faits avec esprit.
Nous terminerons cette série de monuments historiques
par la restauration de M. Sibien c|ui a obtenu une mention
honorable jiour l'église de Chennevières et par celle de
Saint-Maclou (de Pontoise) par M. Simil (Paul).
M. Schoy, architecte belge, a présenté la restauration
de l'église de Notre-Dame au .Sablon à Bruxelles; les
annexes faites au plan ininiitif en détruisent malheureu-
sement rharmonie,mais les dessiusdes façades, au nombre
de cinq, sont très bien rendus au trait et sur grande
échelle. M. Schoy a obtenu une 3'' médaille.
272
iRctiue De rart cbtétien.
ecrpositions prochaines.
ANVERS. — Exposition iini\erselle des Beaux-Arts du
2 mai à octobre 1885.
BORDEAUX. — 23"^ Exposition annuelle. Ouverture
le I'"' mars 1885.
C.LASCÛW. — 24^^ Exposition de l'institut des Beaux-
Arts, du 3 fe'vrier au 30 avril 1885.
LONDRES. — Exposition de la Royal Academy.
Ouverture le i'^'' mai à Burlington-House.
LONDRES. — Exposition des Paiiiters Etclurs, (eaux
fortes originales), Dudley Cialery, du 25 mai au 4 juillet.
MONTPELLIER. — Exposition de la Société artisti-
que, ouverture i^'' mai 1885.
MOULINS. — Exposition du 16 mai au 16 juin 1885.
NIMES. — Exposition du 15 avril au 17 mai 18S5.
NOUVELLE-ORLEANS. — Exposition universelle,
du 16 décembre 1884 au i^rjuin 1SS5.
NUREMBERG. — Exposition internationale d'orfè-
vrerie, joaillerie, bronzes, du 15 juin au 30 septembre 1885.
PARIS. — Salon de 1885 du i«r mai au 30 juin.
PARIS. — Exposition nationale de 1886 du i^r mai au
13 juin.
ROTTERL'>AM. — Exposition triennale de l'académie
des Beaux-Arts, du 31 mai au 12 juillet 1885.
TOULOUSE. Ouverture de l'Exposition le 1"'' mai.
0iusces.
ES musées du Nord de la France se développent
d'une année à l'autre. La ville de Saint-Omer
vient d'acheter, pour y placer ses collections,
une vaste maison située près des ruines de
f^j^is^ggg^l l'abbaye de Saint-Bertin, entourée aujourd'hui,
comme la tour Saint-Jacques, d'un jardin public. Saint-
Omer possède depuis longtemps deux musées qui se
trouveront ainsi réunis en un seul établissement. Le
premier de ces musées, qui renferme les tableaux, s'étend
dans une grande salle de l'hôtel-de-ville ; l'autre, fort riche
en antiquités de tous genres, occupe les deux étages de
l'hôtel du Bailliage, un petit édifice du XVI IL' siècle, qui
offre un spécimen assez coquet de l'architecture Louis XV
en province.
Le musée d'antiquités de l'hôtel du Bailliage s'est enri-
chi de bien des débris provenant des monuments religieux,
et surtout de la célèbre abbaye de Saint-Bertin. On peut
y reconstituer une remarc[uable collection d'art gothique,
dalles tumulaires, mosaïques, carreaux émaillés, morceaux
d'architecture, chapiteaux, consoles supportées par des
figures, etc. Dans la première salle, au rez-de-chaussée,
sont placées trois magnifiques tapisseries d'Arras du XV''
ou du XVL siècle. D'importantes modifications vont im-
médiatement être apportées dans l'organisation du musée
de l'Ermitage, par suite de l'acquisition de la célèbre
collection Basilewsky faite par le Czar, ainsi que nous
l'avons annoncé. L'empereur de Russie a, en effet, ordonné
le transfert à l'Ermitage du musée de Tsarskoé-Sélo, con-
sacré h la splcndide collection impériale d'armes.
En 1860, ce musée ne comptait pas moins de 5,000
pièces réparties en 18 séries ! C'est dire quel admirable
ensemble va présenter la nouvelle section de l'Ermitage
où seront installés la collection Basilewsky et le musée de
Tsarskoé-.Sélo.
^/T EDMOND Saglio, conservateur du département
1 . de la sculpture moderne et des objets d'art du
moyen âge et de la Renaissance au musée du Louvre, a
été envoyé en mission par le ministère de l'Instruction pu-
blique, afin d'étudier les Musées de l'Allemagne dans leurs
rapports avec les écoles d'art industriel.
A
l'Exposition rétrospective des arts décoratifs, ouverte
_ _ en 1882, au Palais de l'Industrie, on avait remarqué
une estampe anonyme allemande, de la fin du quinzième
siècle ou du commencement du seizième, qui représente
quatre études pour des figures d'Adam et d'Eve. Cette
]îièce, jusqu'à présent unique et d'un grand intérêt pour
l'histoire de la gravure, vient d'être donnée à la Biblio-
thèque Nationale par M. Dutuit, de Rouen.
OUBLI.ANT, qu'après tout, un musée ne vaut que par
ce qu'il renferme, la ville de Lille, cédant à l'entraî-
nement du jour, se prépare h dépenser deux à trois mil-
lions à l'ornementation Je la façade de son Palais des
Beaux-Arts.
Pendant que nous faisons ces folies, les nations étran-
gères, avec plus de bon sens, achètent à prix d'or nos
richesses artistiques. Avec l'intérêt de ces deux millions
quelle puissante impulsion on pourrait donner à l'art et
combien ne ferait-on pas surgir d'artistes .^ Mais on veut
une façade !
En revanche la bibliothèque remplie de richesses in-
estimables, reste placée au-dessus et .\ côté des bu-
reaux de l'octroi et de la mairie, chauffés à blanc tout
l'hiver ; elle court des dangers journaliers de destruction
totale. Sa situation est inême aggravée par la contiguïté
de réservoirs d'eau prêts à ouvrir leurs vannes pour éteindre
l'incendie qui se déclarerait dans les bâtiments ; de telle
sorte, que, si elle échappait aux flammes, elle périrait par
la noyade.
LE musée de Berlin, qui a fait naguère l'acquisition du
Portriiit de Holzschuhcr exposé par le propriétaire,
au Gcriiitinisches Miiscuin, à Nuremberg, vient de s'enri-
chir d'un autre chef-d'reuxre, le Fra Angelico de Dudley
House, au prix de 10,000 guinées (262,500 francs).
ON a inauguré, le 16 septembre, à Prague, le Rudoifi-
luun. Musée national tchèque des arts industriels. Le
Riidfllfiniiin est une nouvelle manifestation du réveil mer-
veilleux de la vie nationale en Bohême. L'archiduc héritier,
qui a toujours témoigné beaucoup de sympathie aux
Tchèques, en a accepté le patronage ; la caisse d'épargne
de Prague a donné les fonds nécessaires pour la construc-
tion de l'édifice ; la Chambre de commerce et la Société
des amis des arts ont fait le reste. Avec le courant d'idées
qui domine aujourd'hui en ce pays, le h'i/didjîituiii ne tar-
dera pas à devenir une très curieuse et très utile institution
qui fera honneur et aux Tchèques et au système décen-
tralisateur si intclligemtnent encouragé par M. Taafe.
LE docteur Imgram, dans une conférence donnée à
l'association de la Librairie, à Dublin, a donné une
esquisse remarquable de l'histoire de la bibliothèque du
collège de la Trinité, en même temps qu'une liste de ses
trésors en manuscrits irlandais. Cette bibliothèque con-
tient entre autres choses plusieurs copies faites en Irlande
des évangiles, en texte latin, de la Vulgate. Parmi ces
chronique.
273
trésors, on remarque aussi le Bnok of Kells qui a été con-
servé clans le monastère de Kells en Meath, le Book of
Dur>-ow, appelé ainsi du nom de Durrow dans le King's
County oii, selon Bède, saint Colombe a fondé un monas-
tère. On suppose que ce livre a été écrit tout entier de la
main de saint Colombe.
LES manuscrits achetés par le gouvernement à Lord
Ashburnham viennent d'arriver àFlorence,où ils vont
enrichir la richissime Bibliothèque Laurentienne. Cette
magnifique acquisition est des plus précieuses pour l'his-
toire et le mouvement littéraire du moyen âge en Italie ;
la série des manuscrits de Dante est d'une importance
telle que Florence est désormais sans rivale, pour tout ce
qui a rapport au plus illustre de ses poètes.
LE prince Bandin Gustiniani, au nom de lord Ash-
burnham, son ami, a remis, le 5 janvier, entre les
mains du pape, un précieux manuscrit de la bibliothèque
d'Ashburnham- Palace; c'est le volume contenant les
lettres d'Innocent III, écrites pendant les années 1207 à
1209, et qui était sorti des archives du Saint-Siège au
commencement du XV° siècle.
LE musée communal de Bruxelles est actuellement
divisé en deux parties ; les tableaux et dessins se
trouvent à l'Académie des beaux-arts, près de la gare du
Midi, tandis que les sculptures et les antiquités intéres-
santes trouvées dans les démolitions de vieilles maisons
ont été réunies à l'ancien Marché du Parc.
On sait que la ville de Bruxelles a fait restaurer (.'') la
Maison du Roi située en face de l'hôtel-de-ville ; dès l'achè-
vement des travaux de ce joyau architectural, on comptait
y installer tout le musée communal.
Ce projet est déjà abandonné.
Nous lisons à ce sujet dans la Clironiqite des travaux-
publics :
«Plusieurs raisons majeures ont obligé l'administration
communale à prendre cette détermination. Il a été reconnu
que les locaux de la Maison du roi étaient dès à présent
insuffisants pour y installer d'une façon convenable les
nombreuses curiosités et œuvres d'art que la ville possède
déjh.
« Il serait question, parait-il, de construire non loin du
centre de la ville, dans un des quartiers qui devront être
modifiés pour cause d'assainissement, un édifice destiné à
la fois au musée communal et à la bibliothèque de la ville.
« Ce musée serait complètement isolé, de manière h
éloigner tout danger d'incendie.
« Aujourd'hui, les collections et les ouvrages s'entassent
dans les greniers de l'hôtel-de-ville, sans profit pour per-
sonne.
i La bibliothèque, le musée indien (qui est actuelle-
ment établi à l'Académie des beaux-arts où fort peu de
personnes le visitent), les tableaux que l'on acquerra avec
le legs Wilson, ainsi que quantité d'objets précieux, cu-
rieux et historiques, pourront être installés dans le musée
communal.
« L'archiviste de la ville s'occupe activement à réunir
tout ce qui se rattache intimement à l'histoire de Bruxel-
les. Depuis nombre d'années, toutes les publications, jour-
naux, brochures, etc. etc., qui paraissent à Bruxelles, sont
acquis pour la bibliothèque de la ville. »
CConcours.
K ministère de l'Instruction publique et des
Beaux-.^rts institue un concours pour un prix
de Beauvais, dont le sujet est la composition
d'un modèle de tapisserie pour la manufacture
nationale de Beauvais. La première épreuve
consistera en une esquisse peinte au tiers de l'exécution.
Les esquisses devront être remises le 22 avril prochain. Le
programme du concours est à la disposition des artistes,
au bureau des manufactures nationales, 3, rue de \'alois.
et à la manufacture de Beauvais.
ïL'aralirmic ïitr Bclffiquc.
Pcogiramnic De concours poiii* 1885.
Partie littéraire.
PREMiiiRE QUESTION.
Faire l'histoire de l'architecture qui florissait en Belgi-
que pendant le cours du .W" siècle et au commencement
du XVh', architecture qui a donné naissance à tant d'édi-
fices civils remarquables, tels que halles, hôtels-de-ville,
beffrois, sièges de corporations, de justices, etc.
Décrire le caractère et l'origine de l'architecture de
cette période.
DEUXIÈME QUESTION.
On demande la biographie de Théodore- Victor A'an
Berckel, graveur des monnaies belges au siècle dernier,
avec la liste et la description de ses principales œuvres,
ainsi que l'appréciation de l'int^uence que cet éminent ar-
tiste a pu exercer sur les graveurs de son époque.
TROISIÈME QUESTIO.V.
Quel est le rôle réservé à la peinture dans son associa-
tion avec l'architecture et la sculpture comme éléments de
la décoration des édifices.'
Déterminer l'influence de cette association sur le déve-
loppement général des arts plastiques.
QUATRIÈME QUESTION.
Faire l'histoire de la musique dans l'ancien comté de
Flandre jusqu'à la fin du XVl" siècle, et particulièrement
des institutions musicales religieuses et civiles (chapelles
et musiques particulières, princières, maîtrises, confré-
ries, etc., etc.).
La valeur des médailles d'or présentées comme prix
sera de /ooo francs pour la preniière question, de Soo
francs pour la t>-oisièmc et pour la quatrième, et de 600
francs pour la deuxième.
Les mémoires envoyés en réponse à ces questions doi-
vent être lisiblement écrits et peuvent être rédigés en
français, en flamand ou en latin. Ils devront être adressés
francs de port, avant le i" juin 1SS5, îi M. J. Liagre, se-
crétaire perpétuel, au Palais des Académies.
Les auteurs ne mettront point leur nom à leur ouvrage;
ils n'y inscriront qu'une devise qu'ils reproduiront dans un
billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse. Faute,
par eux, de satisfaire à cette formalité, le prix ne pourra
leur être accordé.
Les ouvrages remis après le temps prescrit, ou ceux
dont les auteurs se feront connaître de quoique manière
que ce soit seront exclus du concours.
L'Académie demande la plus grande exactitude dans
les citations : elle exige, à cet effet, que les concurrents
indiquent les éditions et les pages des ouvrages qui seront
mentionnés dans les travaux présentés à son jugement.
Les planches manuscrites seules seront admises.
274
iReuuc De 13 rt cfji-cticn.
L'Académie se réserve le droit de publier les travaux
couronnés.
Elle croit devoir rappeler aux concurrents que les ma-
nuscrits des mémoires soumis à son jugement restent dé-
posés dans ses archives comme étant devenus sa propriété.
Toutefois, les auteurs peuvent en faire prendre copie ;\
leurs frais, en s'adressant, à cet effet, au secrétaire perpé-
tuel.
Sujets d'art appliqué.
Architecture.
Un demap.de un projet de cimetière pour une ville de
100,000 âmes.
Le projet comportera ; i" une entrée monumentale;
2' une chapelle : 3" des galeries, etc.
Le plan général sera dressé à l'échelle de o"',oo23; l'élé-
vation générale, de o"',oo5; les plans, coupes et élévations
de l'entrée et de la chapelle, de o"',02 par mètre.
Le choix du style est laissé aux concurrents.
Musique.
On demande un quatuor pour instruments à cordes.
Par mesure exceptionnelle, ce concours est limité exclu-
sivement aux musiciens belges.
Un prix de initie francs^ attribué h. chacun des sujets
précités, sera décerné à l'auteur de l'œuvre couronnée.
Les compositions musicales devront être remises au
secrétariat de l'Académie, a-'anl le i" septembre fSSj; les
plans (sur châssis) devront être remis avant le i" octobre
suivant.
L'Académie n'acceptera que des travaux complètement
terminés ; les plans et les partitions devront être soigneu-
sement achevés.
L'auteur couronné pour l'architecture est tenu de don-
ner une reproduction photographique de son œuvre, des-
tinée à être conservée dans les archives de l'Académie; le
manuscrit de la partition couronnée devra rester dans les
archives.
Les auteurs ne mettront point leur nom à leur travail ;
ils n'y inscriront qu'une devise, qu'ils reproduiront dans un
billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse. Faute,
par eux, de satisfaire à cette formalité, le prix ne pourra
leur être accordé.
Les travaux remis après le terme prescrit, ou ceux dont
les auteurs se feront connaître, de quelque manière que ce
soit, seront exclus du concours.
^fOffcamnic ûc concoiii'sï pour 1886.
PARTIE LITTÉRAIRE.
PRE.MIÈRF QUESTION.
Quelle était la composition instrumentale lies bondes île
musiciens employés parles magistrats des villes, parles
souverains et par les corporations de métiers, principale-
me7it dans les provinces beli^es, depuis le XV" siicle jus-
çuW la fin de la domination espat^nole? Quel était le genre
de musique qu'exécutaient ces bandes '/ Quelles sont les
causes de la disparition presque totale des morceaux com-
posés à leur usage ?
DKUXIÈME QUESTION.
Faire Phistoire de la céramique au point de vue de l'art
dans nos provinces, depuis le XV'' jusquW la fin du XVI II"
sittcle.
TROlSifcME QUESTION.
Quelle influence ont exercée en France les sculpteurs
nés, depuis le X V" siècle, dans les provinces méridionales
qui ont fait partie des Pays-Bas ? Citer les œuvres qu'ils
y ont laissées et les élèves qu'ils ont formés.
QU.\TRliiME QUESTION.
Déterminer les caractères de r architecture flamande du
X VI' et du X VU" siècle. Indiquer les édifices des Pays-Bas
dans lesquels ces caractères se rencontrent. Donner l'ana-
lyse de ces édifices.
La valeur des médailles d'or présentées comme prix
est de mille francs pour la première, pour la troisième et
pour la quatrième question, et de huit cents francs pour la
deuxième.
Les mémoires envoyés en réponse à ces questions doi-
vent être lisiblement écrits, et peuvent être rédigés en
français, en flamand ou en latin. Ils devront être adressés,
francs de port, avant le i"'' juin iSSô, à M. Liagre secré-
taire perpétuel, au Palais des Académies.
Pour les autres conditions, voir le concours de 1885,
page 697.
Sujets d'art appliqué.
Peinture.
On demande un projet de difilôine, destiné aux- lauréats
des difl'érents concours ouverts par l'Académie royale des
sciences, des lettres et des beaux-arts.
Ce projet (sur châssis), qui devra mesurer i'",o8 sur
95 centimètres, est destiné à être réduit de moitié pour
l'exécution graphique.
Le tiers du champ, en moyenne, devra être réservé pour
les écritures, au sujet desquelles les concurrents peuvent
consulter, au secrétariat, le diplôme actuellement existant.
Xiw^iù's.à.^ six cents francs sera décerné à l'auteur du
projet couronné.
Sculpture.
On demande une statue représentant 2in guerrier ner-
vien devant l'ennemi.
La figure aura i"',2 5 de hauteur.
Elle sera traitée comme si elle était destinée à être exé-
cutée en bronze, pour être placée, isolément, en plein
air.
Un prix de huit cents francs sera décerné à l'auteur du
projet couronné.
Les cartons et les statues devront être remis au secré-
tariat de l'Académie avant le /"'' octobre 1SS6.
L'Académie n'acceptera que des travaux complètement
terminés ; les cartons et les statues devront être soigneu-
sement achevés.
Les auteurs couronnés sont tenus de donner une repro-
duction photographique de l'œuvre, pour être conservée
dans les archives de l'Académie.
Les auteurs ne mettront point leur nom à leur travail ;
ils n'y inscriront qu'une devise, qu'ils i-eproduiront dans
un billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse.
Faute, par eux, de satisfaire à cette formalité, le prix ne
pourra leur être accordé.
Les travaux remis après le terme prescrit, ou ceux dont
les auteurs se feront connaître, de quelque manière que
ce soit, seront exclus du concours. L. C.
^ 'ÈiMMiÊà^'M^^MMMM
&:kaia>îa-<^-^.>;^^^^^^^^^^g^.^gg?^^.^5
Récrologte.
ERNEST Deger, le peintre religieux le plus
populaire de l'école de Dusseldorf, et pro-
bablement de l'AUemague.professeur à l'Académie
de Dusseldorf, est mort le 27 janvier.
Né à Bockenem, près d'Hildesheim, royaume
de Hanovre, en 1809, il suivit son maître Scha-
dow, lorsque celui-ci fut appelé à prendre la
direction de l'Académie de Dusseldorf Depuis
i869,Deger était professeur de peinture religieuse
à cet établissement et il y était regardé, à juste
titre, comme le chef du groupe d'artistes catho-
liques dont l'école se faisait honneur ; Ittenbach,
les deux Muller, Molitor, Scttegast, etc.
On a généralement considéré comme ses meil-
leurs travaux les peintures à fresque qu'il fit
pour la chapelle Saint-Apollinaire à Remagen,
et notamment une grande page, pleine de senti-
ment et d'onction religieuse représentant le Cru-
cifiement. Il passa plusieurs années à Rome et
en Italie avec Ittenbach et les frères Muller,
pour se préparer par l'étude des anciens maîtres
aux peintures qu'il devait exécuter aux frais du
comte de Furstenberg-Stammheim pour la cha-
pelle Saint-Apollinaire, devenue depuis le but
du pèlerinage artistique de la plupart des touris-
tes qui visitent les bords du Rhin.
Deger était un artiste laborieux et très produc-
tif. Il a laissé un bon nombre de tableaux, notam-
ment des madones, parmi lesquelles il convient
de citer celle d'un retable d'autel de l'église des
Jésuites de Dusseldorf, où la Vierge Marie est
représentée debout, présentant l'Enfant JÉSUS
à l'adoration des fidèles. Le divin enfant étend
les bras vers le peuple dans une attitude char-
mante et qui semble appeler à lui tous les peuples.
Cette composition a trouvé beaucoup d'imita-
teurs.
Un certain nombre des tableau.x de ce maître
ont été gravés et ont passé dans l'imagerie popu-
laire, grâce à la société de Dusseldorf pour la
propagation des bonnes images religieuses.
Le roi Frédéric Guillaume IV confia à Deger
l'ornementation de sa chapelle de Stolzenfels ;
l'artiste y développa, clans douze fresques, le
thème grandiose de la Rédemption. Cependant
le style de ces peintures n'offre ni la grandeur,
ni le sentiment de pieuse simplicité que l'on
trouve dans les peintures de Remagen. On dirait
que les élans de la foi de l'artiste ont été tempé-
rés par le protestantisme du royal propriétaire
de Stolzenfels.
Deger était un homme droit et simple, haute-
ment estimé de tous ceux qui l'ont connu. Chré-
tien fervent, enfant fidèle de l'Église catholique,
il cherchait ses inspirations dans la prière et la
méditation. Homme instruit et du commerce le
plus agréable, il savait faire aimer Dieu et son
Église par l'aménité et la dignité de son carac-
tère, par l'exercice de la charité autant que par
son apostolat artistique et les dons de son beau
talent. Sa vie intègre et pieuse de même que sa
mort chrétienne permettent 'd'espérer que l'âme
de l'artiste est aujourd'hui en possession de la
Beauté éternelle dont elle a cherché à réaliser les
visions au cours de son pèlerinage terrestre.
LEpeintre verrierHenriDobbelaere,deBruges,
est mort. Il avait commencé sa carrière
par un certain nombre de tableaux, et fut lauréat
dans un concours pour le prix de Rome. On cite
de lui un Calvaire qui obtint un certain succès.
Plus tard il s'adonna à la peinture sur verre, et
chercha, à la suite d'un voyage qu'il fit en Angle-
terre, à mieux se pénétrer des principes de la
peinture sur verre, en abandonnant le modelé et
l'aspect de réalité des tableaux de chevalet. Si
beaucoup de ses travaux laissent à désirer au
point de vue de la science archéologique, il n'en
était pas moins un homme très dévoué à son art.
Ll'^ 4 février on a célébré à l'église primaire
de Saint-Trond les funérailles de M. Car-
tuyvels, chanoine honoraire de la cathédrale de
Liège, et pendant près d'un demi-siècle curé-doyen
à Saint-Trond.
M. le chanoine Cartuyvels a été au cours de
sa longue carrière, propagateur zélé de l'art
chrétien dont il aimait les travaux, moins par
science archéologique, que son dévouement cons-
tant au saint ministère ne lui avait pas per-
mis d'acquérir, que par une sorte d'intuition
qui lui faisait trouver, dans cet art, l'e.xpression
des sentiments et de la foi dont il était pénétré.
Aussi, nommé en 1837 curé d'une des églises les
plus délabrées et les plus mal entretenues du
diocèse, il la quitta en 1881, l'un des édifices les
plus soigneusement restaurés du pays. A l'avè-
nement du jeune curé-doyen, l'église n'avait ni
clocher, ni sonnerie; les murs étaient nus et
presque en ruine ; les autels étaient pauvres et
sordides, le mobilier d'une indigence honteuse.
Les ossements de .saint Trudo, l'apôtre de ces ré-
gions et le patron de la cité, étaient renfermés
dans une caisse bien indigne de contenir sembla-
bles reliques ; la plupart des églises du doyenné
enfin, se ressentaient de l'état d'abandon dans
lequel la Révolution et ses suites les avaient lais-
sées.
M. le do}-en Cartuyvels consacra bonne partie
de sa vie à la réparation de toutes ces ruines et
particulièrement à la restauration de l'église de
KKVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1S85. — 3"": LIVRAISON'.
276
IRctJuc Dc rart ci)rcticn
Notre-Dame. Bientôt une tour fut édifiée, et
aujourd'hui cette tour contient des cloches so-
nores en bon nombre. Les murs des nefs res-
plendissent de peintures murales, les fenêtres de
vitraux, le chœur est garni d'un riche mobilier.
On y remarque un autel à retable et des stalles
sculptées par maître Blanchaert. Des retables
peints et dorés ont remplacé, dans les nefs laté-
rales, les tristes autels qui s'y trouvaient. Une
châsse superbe, dessinée par le baron Béthune et
dont l'exécution a valu, à maître Bourdon, la
croix et les distinctions les plus honorables lors
de l'exposition de Vienne, renferme aujourd'hui
les reliques de saint Trudo. Enfin, l'église Notre-
Dame et ses dépendances ont subi une transfor-
mation complète.
La sollicitude de M. le chanoine Cartu}'vels était
loin de se borner à l'église dont il était le ministre.
Son doyenné renfermait 31 paroisses, et dans
toutes, ce prêtre vigilant animait les desservants
à entretenir de leur mieux, à orner et à restaurer
les édifices dont ils sont les gardiens naturels.
C'est ainsi qu'on lui doit notamment la restau-
ration de l'église de Saint-Pierre à Saint-Trond,
prête à tomber en ruines, et qui est l'une des
églises romanes les plus intéressantes du Lim-
bourg.
On s'est demandé souvent où le chanoine
Cartuyvels puisait les sommes considérables, né-
cessaires à des travaux si multiples et que
d'autres, à sa place, n'auraient osé entreprendre.
— • Excellent administrateur, chrétien généreux,
sachant inspirer la confiance à toutes ses ouailles,
c'est dans son intelligence supérieure et son cœur
d'élite qu'il trouvait les ressources indispensables
à ses projets; c'est en donnant l'exemple par son
esprit de sacrifice qu'il obtenait les dons de ses
paroissiens. Enfin, s'il inspirait la confiance à
tous, il ne donnait la sienne qu'à bon escient :
doué d'une remarquable perspicacité, il connais-
sait les hommes au bout de peu de temps et
discernait rapidement chez eux les qualités qui
les rendaient propres à le seconder dans ses en-
treprises pour la gloire de la maison de Dieu.
LE 30 janvier est décédé à Cologne le peintre
Georges Fuchs. Artiste de talent, il s'était
fait par la reproduction consciencieuse des monu-
ments de l'art et des industries du mo}-en âge,
une spécialité à laquelle il est toujours resté fi-
dèle. Il copiait avec une remarquable exactitude
et une intelligence archéologique qui ne laissait
rien à désirer, les émaux des châsses, des coffrets
et des reliquaires conservés dans les musées et
les trésors des églises de Cologne. Il reproduisait
aussi, par des aquarelles extrêmement étudiées,
les tissus anciens et les broderies précieuses dont
les archéologues de ces régions mettaient par-
fois les monuments originaux à sa disposition.
Très appliqué au travail, malgré sa constitution
des plus faibles et une santé chancelante qui
mettait souvent ses jours en danger, il avait réuni
une collection de dessins très considérable. Il a
fait également bon nombre de travaux de cette
nature pour les musées de Berlin, dont l'un des
conservateurs, M. Von Olfers, aimait à l'employer.
Georges Fuchs avait rencontré un protecteur,
il y a une trentaine d'années, en M. Ruhl, l'un
des collectionneurs les plus entendus et les plus
distingués de Cologne. Ce dernier avait contri-
bué à développer dans l'artiste, jeune alors, un
goût très prononcé pour les maîtres si délicats
et si tendres de l'école primitive de Cologne,
dont Fuchs a pour ainsi dire multiplié par des
copies très soignées les œuvres les plus distin-
guées.
Catholique fervent et humble, Georges Fuchs
s'est éteint dans la cinquantième année de son
âge, quittant facilement une terre où il avait
occupé bien peu de place et où depuis long-
temps il ne semblait plus retenu que par un
souffle, à une vie constamment pure, laborieuse
et chrétienne.
REPONSE.
DANS la dernière livraison de cette Revue,
p. 137, M. L. Germain pose, à propos de
la statue de Notre-Dame de Bon-Secours, objet
d'un pèlerinage très populaire à Nancy, une ques-
tion d'iconographie religieuse intéressante. S'il
ne m'est pas possible de répondre avec précision
à la question d'origine formulée en ces termes :
Oia, à quelle époque et dans quelles circons-
tances, ce type a-t-il pris naissance ? — ques-
tion à laquelle il n'est pas aisé de répondre d'une
manière péremptoire, — je puis au moins appor-
ter des renseignements qui ne laissent pas que de
répandre un peu de lumière sur la conception du
type dont se préoccupe M. Germain.
Il faut certainement rapprocher du type de la
statue sculptée de Nancy, les peintures représen-
tant sainte Ursule écartant son manteau pour
couvrir ses compagnes, les onze mille vierges, —
comme cela se voit dans la célèbre châsse de
Bruges peinte par Memlinc, et dans d'autres œu-
vres d'art représentant le même sujet.
L'idée que l'art du moyen âge a voulu rendre
sensible par ces sortes de représentations, c'est
celle du patronage, de la protection du fort s'éten-
dant sur le faible. La sainte tutélaire, — sainte
Vierge Marie ou sainte Ursule, — étend les pans
de son manteau sur ses protégés, de même que la
poule étend ses ailes sur les poussins qu'elle a
couvés. La plus ancienne image de cette nature
qui me soit connue représente sainte Odile, l'une
des compagnes, chef de cohorte, de sainte Ursule,
couvrant de son manteau doublé d'hermine, ses
deux sœurs, Imaet Ida. C'est une peinture ornant
la châsse de sainte Odile, exécutée en 1292, et
que l'on conserve encore dans l'église du village
de Kerniel, au diocèse de Liège (').
Existait-il déjà, à la même époque, des images
de la sainte Vierge représentée dans la même
attitude ? C'est là un fait qui me semble pro-
bable, sans que je puisse en donner des preuves.
11 est hors de doute toutefois que cette concep-
tion gracieuse de l'art, figure de la protection de
la Sainte Vierge s'étendant sur tous les fidèles,
n'est pas particulière à certains pays; elle est
beaucoup plus universelle que ne paraît le croire
M. L. Germain.
C'était la manière assez populaire de représen-
ter la Vierge Marie, non comme la Mère du
Christ, mais comme la Mère de tous {Mater
omnmiii), et l'on trouve des exemples d'un art
très distingué reproduisant cette conception en
Flandre et en Italie, aussi bien qu'en France et
P-
V. notre travail sur cette cliAsse dans le Beffroi.
1 et ss.
toni. II,
en Espagne. Je vais citer un exemple pour cha-
cun des deux premiers pays. L'un est une sculp-
ture, l'autre une peinture. Ces deux monuments
de l'art appartiennent également au milieu du
XVe siècle.
A l'Exposition d'objets d'Art religieux,ouverte
à Malines en 1S64, se trouvait un charmant
groupe sculpté en bois de chêne, très délicate-
ment polychrome, représentant la Sainte Vierge
abritant sous son manteau un groupe de figurines
plus petites, — des fidèles de différentes condi-
tions. Cette sculpture est une œuvre de l'école
brugeoise et elle porte la marque de l'artiste qui
en est l'auteur : Un maillet et une coquille (').
Mais nulle part cette conception n'a trouvé
une expression plus aimable et plus gracieuse
que dans un tableau conservé au musée de Bo-
logne. — Il est vrai que c'est l'œuvre d'une sainte
et d'une des femmes les plus distinguées de
l'Italie qui en a produit bon nombre dans ce
même siècle; de sainte Catherine Vigri.
Dans cette peinture, la Sainte Vierge apparaît
avec toute la sérénité de son imposante grandeur,
comme la protectrice d'une foule de petites fi-
gures représentant tous les états, les âges et les
se.xes différents, la plupart à genoux, trouvant un
refuge sous les plis de l'ample manteau de leur
mère d'adoption. — Par une pensée un peu
étrange, la sainte artiste a représenté sur le pre-
mier plan, deux personnages tenant par la hampe
des bannières très élevées dont les plis ondoyants
viennent presque caresser le visage de la Reine
du Ciel. Peut-être ces bannières sont-elles les in-
signes de deux corporations de Bologne qui
s'étaient mises sous le patronage particulier de
la Vierge Marie t
Quoi qu'il en soit, le tableau peint de la main
de sainte Catherine de Bologne, et daté de l'an
1455, confirme la pensée de M. L. Germain, et il
prouve que le type qui fait l'objet de sa question
jouissait également d'une certaine popularité en
Italie. J. H,
QUESTION.
Les dccauats zvallons. — ■ Dans son Histoire de
F«-.r/?/«, imprimée en 1745, l'abbé Roussel, par-
lant de l'évêque Nicolas Pseaume et du concile
provincial de Trêves de 1549, dit : « Notre évêque
y demanda... la restitution de quatre décanats, de
Bazeille, de Longuyon, de Juvigny et d'Ivoy, dit
I, V. W'. H. James W'eale : Catalogue des objets d'art religieux
cxpost'sà .\falines. V. aussi X. H. J. Westlake -.A Souvenir of the
ExIiiHtimi of Christian Art hcld at Mee/ielin, où se trouve un
crocjuis de ce groupe. Cette sculpture intéressante appartenait à
M. Steinrnetz, un ami du comte de Montalembert. établi à Bruges.
278
IRetiuc De lart cbrcticn.
à présent de Carignan, qui avaient été mis en
séquestre entre les mains du métropolitain au
sujet de quelques contestations : on lui accorda
seulement que les usages et les rits de l'église de
Verdun seraient observés dans ces quatre décanats
pour témoignage qu'ils en avaient été séquestrés.
(Ms., Bihliot. S. Vit. Vird. et Diurn. Psabiiei. —
V. la réédition de 1863-1864, t. H, p. 10, aussi p.
24 et t. I, p. s.)
Les historiens modernes, M. l'abbé Clouet>
M. Aug. Digot, etc. rapportent le même fait, en
reconnaissant que l'on ne connaît ni les causes ni
la date de ce séquestre ; et l'on sait que ces quatre
décanats, ainsi que celui d'Arlon, faisant tous
partie de l'archidiaconé de Longuyon, étaient
désignés par l'appellation de DÉCANATS Wal-
lons.
Pourrait-on nous dire : 1° s'il fut donné suite à
la concession précitée, touchant l'observation
des usages et r//j verdunois dans les décanats en
question ; 2° si cette concession fut observée jus-
qu'à la Révolution ; 3° en quoi consistaient les
dits usages et rits?
(D'après ce que nous avons pu constater, les
livres en usage dans le pays, à la fin du XVI IP
siècle, étaient conformes au rite romain ; quelques-
uns étaient imprimés à Vannes, en Bretagne.)
L. Germain.
:^sà^k^}àiiidjtkukukuk<tiiid3i}àiii}d;^kf3i}à3i&:
^■yTwlTri'
I ' irfTTUAfAl I '1f"'"<^ii^ '.".3
^''^f^T?9TTTM^f^^TTln^^l333Li] I
Betîue îie
VBxt chrétien
!> paraissant tons les trois mois. ^|
28'"^ année. — 4^ %tx\t.
W ^omc 111/ (xxxv^ iïc ïa coïrcction). 4^!
3'"^ litiraison. — :juil!ct VS85. .
m^mm JSculpture liti XCI' sircle. mm^®m
fc^^^^::5A destination primitive
de ces deux frises en
chêne, réuniesauXVI II"
siècle sous forme de
parement d'autel , est
difficile à déterminer.
Voyons-nous les restes
d'une poutre, sur laquelle on plaçait des
cierges, comme il en existe une si remar-
quable dans une chapelle de la cathédrale
de Cologne ('), ou diverses parties d'un
manteau de cheminée, d'un retable ('),
transformés en devant d'autel ? Je n'es-
saierai pas d'éclaircir ce point secondaire.
L'important est de constater que tous ces
I. Gailhabaud, Architecture du V'' au Xl'II" siè'cle.
i. W.
2.Je trouve dans V Histoire de la catliédrale de Beauvais
par M. Gustave Dujardin, p. 70, une très curieuse gravure
■du sanctuaire de Beauvais,publiée d'après des dessins à la
plume de 1731 et de 1759. On y voit derrière le maître-
autel un retable en maçonnerie, couronné d'une frise^ un
peu analogue à celles-ci. Elle est toute couverte de bas-
reliefs : .^ gauche, le quo vadis ; au centre, deux anges te-
nant une croix ; à droite, le martyre de S. Paul.
petits personnages sont l'ouvrage d'un ima-
gier du XV" siècle. Ils étaient autrefois
rehaussés d'or et de brillantes couleurs ; au-
jourd'hui ils sont entièrement dorés sur un
fond et un terrain argentés.
Malgré la défaveur, dans laquelle étaient
tombés, pendant le XVI Ile siècle, tous les
travaux de l'art gothique, certaines tables
d'autel de vermeil avaient trouvé grâce et
forcé l'admiration des enthousiastes du grec
et du romain ('). C'est évidemment un de
ces parements de métal, qui donna l'idée
d'empâter tous nos personnages et de les
couvrir de l'apprêt nécessaire à ce genre de
dorure : triste méthode qui enlève aux figu-
res tout leur fini et leur perfection (-).
Commençons par le compartiment infé-
rieur, long de 2'"20 sur o™30 de hauteur et
1. Celui de l'abbaye St-Germain des Prés à Paris, en
particulier, qu'on a\ait fait encadrer d'une large moulure
de cuivre ciselé et replace à l'autel reconstruit au WIIU
siècle.
2. Il y en avait deux à la cathédrale d'.Angers et un
fort beau à l'abbaye de St-Florent.
REVUE Ulî L'aUT chrétien.
1885. — 3'""= LIVRAISON.
28o
îRctJue DP rart cbrctien.
représentant hi />ara/io/f du Mauvais Riche
et de Lazare, en cinq tableaux :
1°. Le mauvais riche est assis à une table
somptueuse entre une femme et un compa-
gnon de plaisir.
2°. A la porte de son palais, Lazare se
présente la cliquette à la main: un huissier
le repousse, tandis que deux chiens lèchent
les plaies de ses pieds.
3°. Lazare meurt abandonné, à peine
abrité des injures de l'air par un misérable
toit : un ange emporte son âme dans le sein
d'Abraham.
4°. Quel contraste dans la mort du mau-
vais riche! Secours pour son corps figuré
par un homme qui tient un vase et une
femme qui l'assiste; secours spirituels, ren-
dus par deux moines récitant le Rosaire; il
a tout à souhait. Et pourtant, au chevet le
démon sûr de sa proie, attend l'instant de sa
mort.
5°. Du milieu des flammes de l'enfer, le
mauvais riche aperçoit Lazare dans la gloire
et vainement implore son assistance. Au
compartiment supérieur, plus court que
l'autre, on ajouta deux personnages à chaque
extrémité. Cette partie est consacrée aux
œuvres de miséricorde.
Un pauvre (figure de Jésus-Christ,
dont il porte le nimbe crucifère) reçoit
deux pains de la main d'un homme, qui lui
verse ensuite à boire et lui donne des vête-
ments. Plus loin, le Christ accepte l'hospi-
talité dans une riche demeure. La visite des
prisonniers, les soins prodigués à un malade
et enfin l'ensevelissement d'un mort, près
duquel se tiennent un prêtre et son clerc,
complètent la représentation des œuvres de
Miséricorde.
Restent les deux sujets en style plus
moderne des extrémités.
Le premier nous montre un archevêque,
portant une croix à double traverse (brisée
depuis quelques années). Devant lui, un
infirme appuyé sur une béquille (aussi bri-
sée) présente son pied, comme pour deman-
der la guérison.
Le second figure le même disjnitaire de
l'Eglise, donnant le baiser de paix à un
homme qui lui présente une bourse. Le
pontife semble vouloir l'introduire dans une
maison.
Voici, d'après M. le chanoine Tardif ('),
l'explication de ces deux sujets. Le pécheur
repentant, qui vient trouver le prince des
prêtres pour lui montrer sa lèpre et lui de-
mander les moyens de guérir, est représenté
dans le premier. L'accomplissement des
œuvres de miséricorde est évidemment la
condition imposée au pécheur pour racheter
ses iniquités. Après s'y être livré, nous le
trouvons, dans le second, revêtu de la robe
de justice(recouvrée parses bonnes œuvres);
il présente au pontife le prix de sa rançon,
sous l'emblème d'une bourse, en reçoit
l'accolade de la réconciliation et s'apprête
à entrer avec lui dans la demeure des saints.
Ces intéressantes sculptures font aujour-
d'hui partie de ma collection.
L. DE Farcv.
I. Répertoire an-fu'olpgiqiw de FAnjoti, 1S58-1S59,
p. 119.
^^m^^^.Jxcs ïitu): bcnctiictions^lie •Jacob»
Hculpture sur hoiQ tiu musée De CcerDun, (XHeuse),
I.
U mois d'août 1883,
Monsieur F"élix Liénard,
directeur du musée de
Verdun, était mis en
possession d'un panneau
en chêne sculpté et peint,
i(:ç5Pï5HÇDpjSa dont il connaissait de-
puis longtemps l'existence, mais qu'il n'avait
jamais pu aborder dans le grenier 011 il le
trouva enfin tout disjoint, couvert d'une
couche épaisse de boue et de crépi. Il l'en
eut bientôt débarrassé ; et, quand il me
signala sa précieuse acquisition, on travaillait
déjà à resserrer les planches disloquées de
ce panneau, à raccorder les ais rompus, et à
remplacer quelques morceaux brisés du
cadre. Aux mains des ouvriers, dans
l'encombrement et l'obscurité de l'atelier,
l'œuvre que je voyais pour la première fois
ne m'apparaissait pas dans des conditions
fort séduisantes; et pourtant elle me frappa
d'une soudaine admiration qu'une étude
attentive n'a fait qu'augmenter en moi. Bien
d'autres ont partagé depuis ce sentiment,
même à la seule vue du remarquable dessin
que M. Liénard m'a procuré de cette page
magistrale d'art chrétien, et que la Revue
a bien voulu faire graver pour ses lecteurs.
IL
EN voici la description, d'après mes
souvenirs, d'après le dessin de M.
Liénard, et d'après les notes très exactes
qu'il y a jointes.
Le panneau du musée de Verdun a i m.
85 de longueur, sur o m. 99 de hauteur. II
est divisé en deux compartiments carrés, en-
vironnés de moulures dorées, et séparés l'un
de l'autre par une gorge assez large et assez
profonde qui est elle-même ornée d'oves.
Peut-être cette moulure en gouttière et ces
ovesen saillie formaient-ils aussi le motif d'un
encadrement dont je suppose que le pan-
neau tout entier était primitivement entouré.
Deux faits de l'histoire biblique du pa-
triarche Jacob sont sculptés en bas-relief
dans les deux compartiments : dans celui de
gauche, qui est à la droite du spectateur, la
Bénédiction de Jacob par Isaac, son p:re ;
dans l'autre, la Bénédiction de Jacob par
F Ange. Je vais les décrire dans cet ordre
qui est celui des faits.
i"^ Bénédiction de Jacob par Isaac, son
père. — Isaac, vieux et aveugle, est assis
dans un fauteuil ou chaire à haut dossier.
Il est coiffé d'une sorte de bonnet de couleur
noirâtre, couvrant les oreilles et surmonté
d'un turban. Il est vêtu d'une robe bleue
doublée de jaune. Il est presque entière-
ment enveloppé dans un manteau d'étoffe
rouge, tramée d'or et rehaussée de dessins
noirs. Il bénit Jacob agenouillé devant lui
et lui offrant à deux mains un plat chargé de
viande de chevreau. Jacob a la tête nue,
les cheveux frisés et dorés. Il est vêtu de
chausses ou braies collantes rouges, etd'une
tunique ou lévite d'un bleu-verdàtre foncé,
avec bordures en or.
Au-dessus d' Isaac, un grand cartouche
doré porte, en deux lignes et en caractères
gothiques, l'inscription suivante :
iIÊccc. ooof. ftlii iiici. siriir
iDûof. aiifi. plciu. cm liaûi.citàDûsi
Voici que l'odeur de mon fils est comme
rôdeur dun chainpfertile gu\i béni le Seigneur.
282
IRctiuc De rart cljtcticn.
Ce furent les paroles mêmes d'Isaac après
qu'il eut goûté du chevreau, qu'il eut baisé
son fils, et qu'il eut senti le parfum des vête-
ments dont Rebecca avait habillé Jacob (').
Je reviendrai sur la valeur paléographique
de cette inscription ; et j'observe seulement
que l'artiste, s'affranchissant des limites
étroites d'une interprétation littérale, a su
réunir en un seul moment les deux faits les
plus saillants de cette histoire : l'arrivée de
Jacob pour le repas demandé par Isaac, et
la bénédiction paternelle qui en fut la con-
séquence.
Le lieu où s'accomplit cette scène fa-
meuse a été parfaitement représenté par le
sculpteur et le peintre. C'est une salle pavée
de carreaux alternativement rouges et gris.
Elle est meublée, à droite, d'un lit dont on
ne voit plus guère actuellement qu'un pied
et un pan de rideau mordoré ; le reste a été
brisé par les mains qui, sans aucune précau-
tion, ont arraché de sa place notre panneau.
En face du lit.dans l'épaisseur d'une muraille,
on aperçoit une étagère ou crédence qui ren-
ferme, en bas, un grand livre à couverture
rouge et à fermoir, et en haut, deux petites
bouteilles et un chandelier. Le fond de la
chambre est garni de niches cintrées que
surmonte une frise ornée d'oves. Des bancs
seulement peints et non sculptés complètent
ce mobilier tout patriarcal. La lumière est
fournie par cinq petites fenêtres hautes
dont les volets sont si habilement sculp-
tés, le vitrage si finement peint, la clarté
si heureusement rendue, qu'on se trouve
en présence d'un trompe-l'œil des mieux
réussis.
2° Bénédiction de [acob par l' Ange. —
Jacob et l'Ange viennent de lutter pendant
toute la nuit. On les voit de profil dans la
blanche lumière du matin. Un coin du ciel
plus éclairé que les autres fait pressentir le
1 Gen. XXVII, 27.
prochain lever du soleil. Jacob n'est plus
le gracieux adolescent du tableau précédent;
c'est un puissant lutteur à la longue cheve-
lure noire, aux traits fortement accentués,
aux muscles vigoureux, au.x bras et aux
jambes nus. Il porte un manteau rouge dou-
blé de bleu et retenu par un grand nœud sur
l'épaule droite. La bordure inférieure de ce
manteau est dorée et brodée de fleurs de
lis ; on y lit les mots suivants, écrits en
lettres romaines, sauf une :
NON DIMITTAMTK NISI BENEDIXERIS.
C'est la reproduction presque complète
d'une inscription gothique en deux lignes
qui se voit aussi, dans un cartouche doré,
au dessus de la tête du patriarche :
J}2cm, ïiimitrain. te.
iPiSi. Iuiîii;;cfis3. initlji.
Je ne te quitterai pas
Avant que tu ne m'aies béni. (')
En effet, Jacob saisit son mystérieux
adversaire par les reins, et incline la tête
sous sa bénédiction. L'Ange, admirable
d'élégance et de majesté surnaturelle, est
debout en face du patriarche. Ses pieds
touchent à peine le sol. Son bras nu est gra-
cieusement élevé pour bénir, et sa main
s'étend tout entière sur la tête de Jacob.
Ses longs cheveux ondulés et dorés tombent
sur ses épaules. Ses ailes éployées sont
magnifiquement nuancées d'or, de rouge,
et de noir passant à l'azur. Sa robe de
couleur mordoré-clair, rayé de noir, est d'un
éclat vraiment éblouissant ; elle s'ouvre
sur la hanche et laisse voir les jambes
nues ; elle se prolonge par derrière en
une longue traîne qui fiotte au vent avec
un mouvement et des plis extrêmement
agréables.
Cette scène se passe en plein air, sur un
terrain herbeux limité à droite par un buis-
son garni de baies, et à gauche par un petit
I. Gen. xxxii, 26.
^(^ydlë Bë JL'jlif|S <î|Bé"^I(E|ï^ .
PL Air.
aB«^
Sculpture sur bois du Musée de Verduu
KëV(OI(^^ ]D)(^ U^Ml^
PL . XIII
Sculptuve sur bois du Musée de Verdun
Hes Dcur bcncîJictions De 31acoô
283
rocher. Ces détails de premier-plan sont
sculptés. Ceux d'arrière-plan ne sont que
peints : c'est un paysage assez animé ; à
droite, une forteresse dont la porte, défen-
due par deux tours jumelles ajourées de
meurtrières, livre passage à deux hommes
armés, Esaii peut-être et l'un de ses gens
venant à la rencontre de Jacob ('); plus loin,
une nappe d'eau où navigue un petit bâti-
ment à un mât, avec sa voile et ses corda-
ges ; à gauche, une forêt au bord de laquelle
est assis un personnage qui semble manger
ou boire.
III.
LA critique d'art ne peut s'empêcher de
louer sans réserve l'ensemble et toutes
les parties de cette œuvre de sculpture et de
peinture. Le dessin en est toujours ferme
et simple, très savant et très correct. La
perspective est excellente, le groupement
des personnages parfaitement compris, les
poses etles physionomies absolumentvraies,
l'anatomie et les mouvements exactement
rendus, sans recherche ni minutie. Les
draperies sont du meilleur effet, et les
moindres objets d'ameublement sont traités
avec un goût exquis. Et puis, quelle ravis-
sante alliance de la peinture et de la sculp-
ture ! Il me semble impossible qu'il y ait eu
là deux artistes et deux mains : c'est le
même maître qui a tenu le ciseau et le pin-
ceau ; qui a si bien harmonisé les fonds
miniatures avec les reliefs énergiquement
peints ; qui a surtout concentré, avec une
habileté suprême, les rayons de la lumière
et les couleurs les plus vives de sa palette
sur les points principaux de l'œuvre sculp-
tée, sur les traits les plus dignes de l'atten-
tion d'un spectateur intelligent.
On m'accusera peut-être de montrer ici
I. Ibid. XXX m, I.
trop d'enthousiasme, et d'accumuler trop de
louangeuses épithètes. E n vérité, je n'ex-
cède aucunement les bornes d'une juste
admiration, et ma description est loin d'avoir
l'éclat de cette antique composition. Quoi
de plus beau et de plus grand, par exemple,,
que ce contraste de la force matérielle et
physique dans Jacob, et de la force spiri-
tuelle et surnaturelle dans l'Ange qui lutte
contre lui, et qui couronne sa victoire en
bénissant avec amour le vaincu ? D'une part,
c'est l'énergie humaine solidement établie
sur la terre d'oi^i elle tire sa vigueur ; de
l'autre, c'est l'esprit céleste, c'est la force
divine, ne faisant qu'effleurer ce monde et
empruntant sa puissance aux régions supé-
rieures de l'éternelle bonté. Et quoi encore
de comparable, pour l'habileté technique,
à cette scène de la bénédiction du vieillard
Isaac, à ces fenêtres éclairées par le soleil
couchant, à ces volets entr'ouverts pour
recevoir la brise rafraîchissante du soir,
à ce trompe-l'œil enfin, comme je l'ai
déjà nommé, si parfaitement réussi que la
main est tentée de constater que tout cela
est bien réel ^.
lY.
MAIS, comme il s'agit ici d'art chrétien,
et d'art certainement fort peu sécu-
larisé par la renaissance, il nous faut péné-
trer davantage dans cette œuvre, et en
déterminer le symbolisme, d'après les doc-
trines morales alors reçues dans le milieu
évidemment très religieux, probablement
même très monastique, auquel elle était
destinée.
Or, les anciens docteurs ecclésiastiques,
commentant le récit de la lutte de Jacob
contre l'Ange, avaient enseigné que la médi-
tation sacrée, l'oraison et la contemplation,
comme on parlait alors, ne sont possibles
284
IRcuiic De r^rt cijrcticn.
que moyennant d'énergiques efforts, soute-
nus par l'àme chrétienne cherchant à sortir
des ténèbres des choses sensibles pour
arrivera la lumière des réalités supérieures,
et prenant pour ainsi dire corps à corps
l'invisible lui-même, pour le contraindre à
se dévoiler un instant et à bénir la lutte
entreprise dans l'ardent désir d'arriver jus-
qu'à lui. Et ce n'est pas sans souffrance, sans
une réelle diminution de ses forces corpo-
relles, que l'humanité supporte victorieu-
sement ce combat: si l'esprit en sort agrandi
et fortifié, la chair en demeure alanguie et
en quelque sorte énervée. ■ — C'est Jacob, tel
que nous le montre l'un de nos tableaux,
luttant «jusqu'au matin» contre un person-
nage mystérieu.x et surnaturel ; et celui-ci,
«voyant qu'il ne pouvait le vaincre, lui tou-
cha le nerf fémoral qui se dessécha aussitôt.
Et il dit à Jacob : Laisse-moi, car déjà
l'aurore monte. — Jacob répondit; Je ne te
quitterai pas que tu ne m'aies béni. » —
C'est Jacob, dis-je, méritant le nom nou-
veau à'/sra'él, « parce qu'il a été fort contre
Dieu ; » c'est Jacob béni par le céleste
athlète, et s'écriant avec reconnaissance:
« J'ai vu Dieu face à face, et mon âme a
été sauvée ('). »
Une autre doctrine, très familière à nos
ancêtres du moyen âge, était que l'homme
déchu ne peut rentrer en grâce auprès de
Dieu qu'à la condition de porter en lui-même
la ressemblance de Jésus-Christ, d'être
marqué de son sang divin, et revêtu de ses
mérites infinis. Notre prière n'est digne
d'être exaucée que si elle est faite au nom du
Médiateur ; notre sacrifice n'est acceptable
que si le Rédempteur même y remplit le
I. 6^t7;. xxxu, 24-32. --Pour le symbolisme de tout
ce récit biblique, voir S. Grégoire le (irand, Afoi: siipi-r
Job, IV, c. 40 ; Hom. XIV super E=cch. (coll. XII); l'al^bc
Guerric, disciple de S. lieriiard, Sermo II in nath'. S.
JoaJi.Ii.; .S.Thomas d'Aquin, in IV Sciiii'iit. <X\%K- W,
plurics ; etc. etc.
rôle de victime. Par cette substitution, et non
autrement, la bénédiction de notre Père
céleste peut nous être rendue. Tel était
l'enseignement qu'on retrouvait dans le
récit figuratif de la bénédiction patriarcale
donnée par Isaac à Jacob, transférant au
puîné les droits, les prérogatives et l'héritage
du premier-né. Pour l'obtenir, cette béné-
diction si vivement désirée, Jacob, par le
conseil de sa mère, prend les vêtements
d'Esati et s'en revêt, comme le chrétien des
mérites de Jésus-Christ. « La voix, dit
Isaac, est sans doute la voix de Jacob,
mais les mains sont les mains d'Esati. »
Et qu'offrent-elles, ces mains d'Esati, ou
plutôt ces mains du Christ, prêtre et sacri-
ficateur éternel ? Elles offrent « les deux che-
vreau.x » symboliques, ceux des expiations
et des sacrifices anciens par lesquels était
annoncé et représenté d'avance le grand
holocauste, la grande expiation de Jésus-
Christ, de « l'Agneau de Dieu », sur la
croix. A l'homme racheté par ce sacrifice,
Dieu donne « la bénédiction et le baiser de
paix » paternels, comme le patriarche Isaac
à son fils Jacob (').
Les deux sujets de notre panneau cons-
tituent donc ensemble une très belle syn-
thèse de la doctrine catholique sur les
rapports de l'humanité avec Dieu ; et ils
forment un tout si complet, si achevé, que
je ne serais pas trop surpris que ce panneau
soit resté unique et n'ait pas eu de pendant.
Il n'en avait pas besoin, et à lui seul il a pu
décorer suffisamment l'autel d'un oratoire,
d'une salle capitulaire, d'une chapelle privée
ou plutôt conventuelle.
I. Ceii. xxvn, 1-40. — Comparer Gcn. xxvii, 9,
avec Lev. xvi, 5, scqq. et Hch: ix, 12, seqq. — Quant au
symbolisme de ce fait historique, voir S. Augustin, Contra
mendaciuin, c. X; et, avec quelques nuances d'interpréta-
tion, S. Grégoire le-(;rand, Mor. super Job, 11, c. 30.
Hom. VI super Ezeck.; S. Bernard, Exliort. ad milites
l'empli, c. VU; S. Thomas d'.Aquin, 22. q. no, a.
3, 3 '" : etc. etc.
Ic3 Dcur Ijéncoictions De ^Jacob,
285
V.
PROBABLEMENT, en effet, notre
sculpture verdunoise appartint jusqu'à
la Révolution à quelque établissement mo-
nastique. Son caractère profondément sym-
bolique et ascétique convenait moins à une
église paroissiale ou collégiale, moins surtout
à une demeure particulière et à une salle
profane. Les documents nous font absolu-
ment défaut pour lui assigner sa place
historique dans l'ancienne cité épiscopale,
dont il est aujourd'hui encore l'un des plus
précieux ornements. La description très
détaillée que nous avons de l'abbaye de
Saint -Vanne, dans l'histoire inédite de
cette célèbre maison par Dom Pierre Le
Court ('), ne renferme aucune allusion qui
puisse seulement nous guider ; et cependant
nous conservons le soupçon que cette œuvre
d'art est d'inspiration bénédictine. Peut-être
les ruines de .Saint-Airy et de Saint-Maur
de Verdun nous appuieraient-elles de leur
suffrage, si les ruines avaient une voix
comme elles ont des larmes, « lacryinœ
rerum ! »
Pour la question de date et d'origine, elle
est plus facile à résoudre. Les détails d'ar-
chitecture et de mobilier traités par le peintre-
sculpteur n'ont plus rien d'ogival ; le coup
de ciseau et la touche du pinceau trahissent
une main plus moderne; l'œuvre semble tout
au plus de la fin du XV^ siècle, et presque
certainement du commencement du XVI'^,
si l'on prend ses termes de comparaison
à Verdun même et dans les Trois-Evêchés.
Ainsi, les palmes qui environnent les
deux cartouches à inscriptions sont bien
de la Renaissance ; les costumes, leurs
formes, leurs plis, leurs couleurs, rappellent
le règne de Louis XI 1 plutôt que celui de
François I^"". Les traits les plus archaïques
I. Cet important manuscrit appartient h. la .Socictd
archdolot;ii|ue d'Arlon.
sont la forme du lit d'Isaac, dans la première
scène, — et, dans la seconde, le buisson
placé derrière Jacob : on le dirait copié sur
certaines miniatures des manuscrits du
XI<^ siècle à Saint- Vanne. Le dessin des
figures, la souplesse des draperies et la grâce
des chevelures, nous montrent que l'ère des
« ymaigiers » est définitivement close. Et
cependant la porte aux deux tours, les pay-
sages, la broderie du vêtement de Jacob
dans sa lutte contre l'Ange, sentent encore
leur XV<^ siècle. Le faire n'est nullement
germanique; et si le ciseau peut être exclusi-
vement français, le pinceau me parait trempé
dans les fines couleurs des Italiens qui dé-
corèrent de si merveilleuses peintures le
Palais des Papes d'Avignon, et maintes
églises de Florence et de Rome. Du reste, le
dessin général et Whiic de ces deux compo-
sitions ne sont évidemment pas sans d'étroi-
tes relations avec le génie du Pérugin et les
procédés de son école. Le caractère paléo-
graphique des différentes inscriptions est
aussi à remarquer. Dans les deux cartou-
ches,les majuscules seraient plutôt italiennes
ou même rhénanes que lorraines et verdu-
noises ; les minuscules, avec leur double
liaison dans le mot ODOt, et avec leur
abondante ponctuation, accusent nettement
le début du XVI^ siècle. Sans être bien
caractéristique, l'orthographe miCbi et
l'abréviation Ull pour bene, me font de nou-
veau songer à une provenance, ou, du moins,
à une influence étrangère. Sur le bord du
manteau de Jacob, dans une légende en
majuscules romaines, je relève le second 6
de BENEDiXERis : il est oncial, et prouve que
les deux alphabets coexistaient encore en ce
moment-là.
Mais quel est le nom du maître dont
l'incontestable talent, nourri aux sources
françaises et italiennes, formé aux procédés
de l'art de la Renaissance, et continuant
286
iRctiuc De r3rt cfjréticn.
d'obéir aux inspirations symboliques et mys-
tiques du moyen âge, a dessiné, sculpté et
peint ces Detix Bénédictions de Jacob ? Je
n'ose répondre, même par des conjectures;
la question est trop peu élucidée encore. Je
sais bien que j'ai vu quelque part,non loin de
Verdun, et d'une époque certainement peu
différente, des sculptures offrant plusieurs
traits de erande ressemblance avec notre
panneau verdunois : même élégance et même
dignité de formes ; même manière de des-
siner les chevelures, et de rattacher les
manteaux sur les épaules au moyen d'un
nœud fort et gracieux. Mais on ne saurait
bâtir une induction solide là-dessus ; et je
laisse aux érudits le soin et le plaisir d'en
dire plus long.
Chanoine Jules Didiot.
k^k^k^kf;i}di^}d;^kUkUk^kUi^iiUkUiiU
s:
IfIC
i
I^e trésor lie Ftglise îie JSaintc^Clarie près
JSaint^'OCelse, à Cîtlan- m^m^^mmsm^msï
Sï
Wî^KnK'^x'^^i/^'it^'^^'if^^^'in'Knxn^nx
'ÉGLISE de Ste-Marie près
St-Celse est certainement
une des plus intéressantes,
àtous les points de vue,dela
ville deMilan.quiencompte
tant de remarquables. En
effet, elle se distingue à la
fois par ses vastes proportions,son architecture im-
posante et son ornementation variée. La Renais-
sance y brille d'un vif éclat. En général, les visi-
teurs, absorbés par l'examen des chefs-d'œuvre
que leur signalent les guides, oublient trop facile-
ment le trésor, qui mérite pourtant une attention
sérieuse, mais dont leur inexact et incomplet Du
Pays, auquel ils ont tort de se fier aveuglément,
ne leur dit pas un mot.
Grâce à la courtoisie du supérieur de l'église,
fier de m'exhiber les richesses artistiques dont il
est le gardien, j'ai pu, en iSSi, étudier à loisir
une collection précieuse qui représente surtout
l'art moderne dans tout son épanouissement.
M. Georges Callier, inspecteur de la Société fran-
çaise d'archéologie, m'accompagnait : il eut l'ex-
trême obligeance de me prêter le concours de sa
main, ce qui me permit de mener rondement la
besogne. De sept heures à midi, l'inspection
détaillée fut terminée : on verra que la matinée,
fut bien remplie.
Le trésor compte trente-et-un objets, qui se
répartissent ainsi : un du XIL" siècle, quatre du
XVIe, vingt-deux du XVIIe et quatre du XVIIP.
Quant aux objets eux-mêmes, ce sont une
aiguière, un ostensoir, quatre calices, deux paix,
quatre croix, une croix pectorale, deux tableaux,
quatre reliquaires, une exposition, un bénitier,
un missel, un coffret, un bijou, un autographe,
trois ornements, une broderie et une tablette de
consécration.
Je vais passer successivement en revue tous
ces vases, ustensiles et ornements liturgiques, en
ayant soin de les disposer suivant l'ordre chrono-
logique et de les grouper autant que possible,
quand ils ont une même destination. En les dé-
crivant minutieusement, je m'efforcerai de les
montrer sous tous leurs aspects et de faire valoir
leur mérite intrinsèque. C'est la première fois, à
ma connaissance du moins, que ce sujet est traité :
on ne s'explique pas qu'aucun amateur n'ait en-
core eu l'idée de tirer parti pour la science de ce
petit musée artistique. Il est temps de réparer
enfin une omission aussi grave.
Mais, avant d'entrer en matière, qu'on me per-
mette de citer Alillin, à propos des deux églises-
sœurs.
« Le culte de saint Celse est très ancien dans
l'église milanaise: son corps fut trouvé par saint
Ambroise, près de celui de saint Nazaire, au mi-
lieu des champs ; le saint fit transportera Milan
le corps de saint Nazaire ('), et se contenta d'in-
diquer la place où était celui de saint Celse. On
lui bâtit ensuite une chapelle que l'archevêque
Landolfe de Carcano fit réparer vers la fin du
dixième siècle, et il déposa le corps sous le grand
autel, où il est actuellement ; le sarcophage qui le
contient est la seule chose qui rende cette église
remarquable {^) ; elle a été rebâtie en 1777.
1. « Vers l'an 542, l'évêque d'Autun, S.Nectaire, se serait
rendu à Milan pour y vénérer les reliques du patron de
son CL;iise: « Venerandus Netharius Mediolanum adiit ut
<,< sanctum Nazarium, suœ ecclesi.c patronum, coram ve-
« neraretur *... On trouve deux fois mentionne ce double
vocable (de Notre-Dame et de St-Nazaire) : la première
en 936 : <,< Kcclesia sub honore alm.v; Dei genitricis Mari;c
«necne Martyris Christ! Nazarii dedicatio »; la seconde
en II 12. S. Celse est associé pour la première fois à
S. Nazaire, comme patron de l'église d'Autun, dans une
charte à. date incertaine, classée entre 1122 et 1138,61
pour la seconde, dans une pièce de l'an 1253: « Ecclesia
beatorum Nazarii et Celsi. » {Méin. de la Soc. Édiienne,
nouv. sér., t. VIII, p. 333, 334-)
« La S'" Vierge était aussi représentée entre St Nazaire
et St Celse, dans les vignettes des livres donnés par le
cardinal Rolin (XV'-" siècle) à St-Xazaire. » {Ibid., p. 343.)
2. « On y voit cependant encore des chapiteaux singu-
liers par leur bizarrerie. Les figures de ces chapiteaux
décorent les lettres initiales de quelques chapitres de
l'ouvrage de Bugatti, p. 261.»
RKVUK DK l'art CHRÉTIEN.
1885. — 3'"^ LIVRAISON.
288
ÎRcuue De lart cljrctien.
« Ce sarcophage est un monument clirétien très
curieux : il a été sculpté vers la fin du quatrième
ou au commencement du cinquième siècle (■),
et il paraît que ce fut Landolfe qui, vers la fin
du dixième, fit enfermer ce sarcophage dans une
autre caisse de marbre, qui a tous les caractères
de ce temps (^). Depuis cette époque, cette tombe
sacrée a été ouverte pour en reconnaître les reli-
ques (3). On y a trouvé les débris d'une caisse de
bois et un coffre de plomb, qui porte la date de
l'époque à laquelle les objets précieux qu'elle
contient y ont été renfermés, en 1521 ("*), lors de
la première reconnaissance qui fut faite de ces
reliques. La caisse de plomb renfermait elle-même
le corps de saint Celse ; un voile imprégné de
son sang (-^), selon l'usage des premiers chrétiens;
deux boites de bronze (6), et une de terre (''), qui
1. « On voit, sur la face principale, JÉSUS-Christ entre
saint Pierre et saint Paul ; chacun d'eux a près de son
visage une petite croix ; à droite du Sauveur est la crèche.
Deux colonnes corinthiennes supportent un petit toit co-
nique en paille, l'Enfant dort dessous, bien emmaillotté et
coitîè d'un capuchon. Saint Joseph, appuyé sur le toit,
tient une hachette, symbole de sa profession ; près de lui
sont les trois rois mages avec des anaxyrides et des tiares;
ils regardent l'étoile flamboyante ; à l'autre extrémité est
le tombeau de Jésus-Christ, en forme de tour, forme
qui a été adoptée pour les tabernacles. Un ange annonce
aux deux Maries, Madeleine et Salomé, la résurrection du
Sauveur, et leur montre h la porte le linceul dans lequel
il était enseveli ; plus loin le Seigneur fait revenir saint
Thomas de son incrédulité.
« Sur un des petits côtés on a figuré la guérison de
l'Hémorrhoisse;et sur l'autre est unirait de l'Ancien Tes-
tament, Moïse frappant le rocher de sa baguette pour en
faire jaillir une source. »
Ce sarcophage a été reproduit parBugatti {Afeiiiorie di
S. Celso, Milan, 1782, in-4°), Giulini (i^/d7«or^>(^'^' Milano,
2'= édit.. Milan, 1S54, t. I, p. 672), le P. Garrucci (,Stor.
dcir arte cris/.) et Grimouard de St-Laurent {Rev. de tart
chrét., t. XXX, p. m).
2. « Cette caisse et le sarcophage sont gravés avec soin
dans le savant ouvrage de Gaetano Bugatti dont j'ai déjà
parlé. Supra, p. 62, V, planche i, n°M et 2. »
3. « La dernière fois, en 1778. La relation de cet inven-
taire est très intéressante dans l'ouvrage de Bugatti, C.
XXI L»
4. « Cette inscription est rapportée et figurée par le père
Bugatti, p. 162.»
5. >ilbid., pi. II, n"2. »
6. « Ibid. pi. II, fig. 4, 4, 5: (Jn lit sur le couvercle d'une
des boîtes une inscription, n"7, en lettres anciennes, qui
apprend qu'elle contient les reliques des saints Chrysati-
ihe et Daria, Agnis et Cœcitia. »
7. « Sur le couvercle de plomb de ce vase est une in-
scription d'après laquelle on apprend qu'il contient les
contenaient de la poussière mêlée du sang de diffé-
rents saints ou martyrs ; une croix de bronze an-
tique (■) à charnière, espèce de phylactère, desti-
née aussi à renfermer une relique, et enfin une
monnaie de cuivre de François P'\ roi de France
et duc de Milan. Le coffre de plomb, scellé de
nouveau, a été replacé sous le nouvel autel de
marbre dont on a décoré cette église : la croix et
la monnaie ont été déposées dans le trésor de la
sacristie.» (Millin, Voyage dans le Milanais, t. I,
p. 105.)
« Le cintre (de la grande porte de l'église St-
Celse) est orné de figures grossières d'animaux,
et soutenu par des grotesques, tels qu'on en voit
dans les églises des onzième et douzième siècles;
et quant à l'architrave, où l'on a figuré le mar-
tyre de saint Celse (2), je ne puis croire, avec
reliques des saints apôtres Pierre, Paul, Thomas, Bar-
tholomcc, et des saints martyrs Christophore, Didier.,
Prpsper, Fabien, Jea7i et Paul. Ces inscriptions sont aussi
du dixième siècle. »
1. « C'est une croix pectorale: on y voit Jésus-Christ,
vêtu d'une longue tunique, avec un nimbe, ce qui prouve
qu'elle a été faite entre le cinquième et le dixième siècle;
la tête du Sauveur est entourée d'une auréole au milieu de
laquelle est une croix; à la partie supérieure sont les let-
tres <i>C, c'est-h-dîre, ^S>^,luinicre ou <j)usfjp€<r, luminaires j
entre les signesdu soleilet de la Vierge; souslesmédaillons
de saint Jean on lit : lAE pour IAOY,YO pour YC, c'est-à-
dire lAOY O YIOC COY, voici votre Fils, et sous saint
Jean lAOY H MHTHP COY, voilà votre Mère.
(,< Le revers de la croix présente l'image de la 'V'ierge
debout, vêtue, avec les mains étendues pour prier. On lit
auprès ces lettres MP», c'est-à-dire Mt|ttip 0e y, la Mère
de Dieu. Aux quatre coins sont les bustes des Évangélis-
tes avec les initiales de leurs noms. Cette croix a aussi
été gravée dans l'ouvrage de Bugatti, pi. 11, n" i. »
On ne me l'a pas montrée dans le trésor: aurait-elle été
égarée depuis et Millin l'a-t-il réellement vue ou n'en par-
le-t-il que d'après Bugatti.'
2. « En voici l'explication selon la légende de saint
Nazaire et de saint Celse. Saint Nazaire sort de Rome,
après avoir distribué son bien aux pauvres. — Néron,
assis sur une chaise curule, dont les bras sont ornés de
têtes de serpents. Cet empereur porte une couronne
radiée. Il ordonne de partir aux deux cents cavaliers qu'il
envoie pour prendre saint Nazaire qui prêchait alors en
France, où il avait conduit le jeune saint Celse. — Les
cavaliers sont en route. — Saint Nazaire est représenté
dans les Gaules, occupé à la prière. — Les deux saints
sont conduits à Néron : on les voit dans la barque d'oii
ils doivent être précipités dans la haute mer; les mari-
niers leur promettent la vie et de se convertir à Jl^sus-
Chris r, s'ils veulent commander aux tlots de s'apaiser. —
Le miracle s'opère, et les deux saints passent tranquille-
mentà pied dans la mer.— Saint Nazaire est devant le bour-
Le trésor De Vtçlm De %aintc=e@arie près ^aint^Cclse, à ei^ilan. 289
AUegranza, qu'elle y ait été encastrée dans le
douzième siècle, puisqu'elle s'ajuste parfaitement
avec les chapiteaux. » (Millin, Voyage dans le
Milanais, t. I, p. io8).
« L'église dont les murs lui sont communs (à
Saint-Celse), et qui reçoit son surnom de cette
proximité, S. Maria pressa S. Celso, est bien
plus digne d'attention.
<< On vénérait depuis longtemps une image de
la Vierge, qu'on dit que saint Ambroise avait fait
peindre sur un petit mur, au lieu où il avait
trouvé les corps de saint Celse et de saint Nazaire.
Le duc Filippo Maria Visconti la plaça, en 1429,
dans une église qu'il fit bâtir; l'image était sur
l'autel de la Vierge, couverte d'un voile blanc et
défendue par une grille de fer. Le 30 décembre
1485, pendant la messe, la Vierge elle-même
souleva le rideau avec sa main droite; deux
anges vinrent en soutenir les pentes, et elle s'of-
frit rayonnante aux yeux de tous. Le prêtre
baissa le voile; il fut après enchâssé dans du
cristal, et les malades, qui ont plus de foi dans le
secours des miracles que dans la science des
médecins, viennent depuis solliciter la grâce de
le toucher.
« Après une apparition si mémorable, l'an-
cienne église ne fut plus assez vaste pour le con-
cours qui s'y rendait, et ne parut plus digne d'un
si haut témoignage de la protection divine.
L'opinion commune est que le dessin en a été
donné par le Bramante. » (Millin, ]''oyûge dans le
Milanais, t. I, p. 109.)
« La sainte image est sous l'autel dans une
caisse d'argent ; cet autel est terminé par une
belle statue de la Vierge à qui deu.x anges posent
une couronne d'or sur la tête; des lampes tou-
jours ardentes l'entourent, et le dais de brocard
reau qui va lui trancher la tête. Saint Celse attend le même
son: son pallium est orné d'une croix, ce qu'on ne trouve
pas sur les monuments plus anciens. Ces deu.\ histoires
ne sont pas fii^urées, comme les autres, dans des arcades
soutenues par des colonnes torses, mais elles le sont entre
trois arbres. Giulini, loc. cit., et AUegranza, p. 172,
en tirent la conclusion que ces arbres indiquent le lieu
précis où saint Celse reçut le martyre, lieu qui était, selon
les actes de ces saints, hors de l'ancienne Porte Romaine,
ad très moros, aux trois mûriers, et ils en concluent que
ces arbres sont ces trois mûriers; ces arbres étaient alors
fort rares: ne peut-on pas dire aussi bien que ce sont des
palmiers, symljoles de la victoire que les deux martyrs
vont remporter? »
qui a servi à l'entrée de l'empereur Charles VI
la couvre. » {Ibid., p. 1 1 1.)
Passons maintenant au trésor.
I. — Croir De procession (rii' .siècle).
HAUTEUR I™, LARGEUR 0,69.
LES croix de procession ont conservé dans
le Milanais la forme antique, c'est-à-dire
qu'elles n'ont pas de hampe, mais simplement ce
qu'on nomme en blason une fiche ou manche
très court, destiné à les porter. Pour bien se
rendre compte de ce genre de croix, dont Rome
offre deux spécimens seulement dans la basilique
de Latran ('), il faut avoir vu, réunies en proces-
sion générale, toutes les paroisses de Milan,
spectacle imposant qui se répète pour la Fête-
Dieu et la fête du Saint-Clou et auquel j'ai eu
l'heureuse chance de pouvoir assister en 188 1.
Ces croix dorées et artistement travaillées, la
plupart du XVI= siècle, produisent un effet mer-
veilleux, qu'on n'oublie jamais ensuite. Entre
toutes brille la croix de Saint-Celse, ce prototype
de l'art, si original et si vrai, du haut moyen âge,
qui y a prodigué, pour l'embellir, les délicatesses
du filigrane, l'éclat des gemmes et les reliefs puis-
sants de la ciselure. En présence de tant de dé-
tails que je ne pourrai qu'énumérer rapidement,
force m'est, pour être tout à fait intelligible, de
renvoyer le lecteur à la belle photographie de
Giulio Rossi, qui, malgré son format in-folio, est
encore un peu petite peut-être pour un objet de
cette importance archéologique.
Le nœud est un polyèdre, dont toutes les lignes
géométriques sont accusées par des bandeaux de
filigrane, avec pierres précieuses aux points de
jonction. Le dessus du nœud, à surface plane, est
aussi filigrane et gemmé. Le fil d'or forme une
succession de volutes, d'oîa se détachent de petites
vrilles terminées en tète d'épingle. Les pierres
sont toutes montées en bâte ovale avec quatre
I. Peut-être s'agit-il d'une croix analogue, puisqu'on la
qualifie grande, dans ce texte reproduit par .M. Muntz,
dans les Arts à la cour des papes, t. III, p. 240, 261 :
« '475, 5 junii. It. solvimus heredibus magistri Symeonis
artificis pro reparatione crucis magnx processionis, duc.
8, c. I ». Il s'agit de la basilique de St-Pierre.
290
ïReiJUC De rart cibréticn.
griffes (i), toutefois les griffes n'existent pas pour
les plus petites. Ces pierres sont le rubis, le
saphir, l'émeraude, la topaze, le plasme d'éme-
raude et le cristal de roche.
Dans les cinq losanges formés par les rubans
de filigrane, sont rapportées des plaques d'or,
travaillées au repoussé, où figurent les quatre
symboles évangélistiques et deu.x prophètes,
c'est-à-dire les hérauts de la croix dans l'ancienne
et la nouvelle loi. Les personnages sont en buste.
L'ordre observé est celui-ci:
Roi, couronne en tête, cheveux longs, manteau
sur la tunique, main gauche montrant la paume.
Je n'hésite pas à y voir David.
Lion de St-Marc, nimbé, ailé, passant et ap-
puyant ses deux pattes de devant sur son évan-
gile fermé.
Taureau de St-Luc, dans la même attitude
que le lion.
Roi, semblable au précédent et qui doit être
Salomon (^).
Aigle de St-Jean, avec le nimbe et le livre
fermé.
Homme de St-Matthieu, nimbé, ailes baissées
et livre aux mains.
Ces petites plaques estampées pourraient fort
bien remonter au XI'-' siècle et provenir d'un
objet d'époque antérieure à la croix, qui admet
dans sa décoration des éléments divers, emprun-
tés à des monuments disparus ou renouvelés.
Lacroix est de forme latine, c'est-à-dire avec
une tige plus développée que la tête, pattée ou
évasée à ses e.xtrémités, pommetée en disques
plats, fleuronnée et repommetée: on me pardon-
nera cette expression, puisque le blason ne fait
pas difficulté de dire recroisctce, qui est une locu-
tion analogue {^). Le jaspe du fond est une ad-
1. En 1781, on ouvrit dans la cathédrale de Palerme
la tombe de Frédéric II et de son épouse Constance
d'Aragon, morte à Catane en 1222. Un des bijou.\, repro-
duit dans la Revue de l'Art chrétien, t. XXI, p. 16, montre
toutes les pierres serties dans une bâte, munie de quatre
griffes passant par-dessus la bâte, comme â St-Celse.
2. Salomon et David prophétisent la crucifixion sur
une miniature du XII" siècle, à la cathédrale de Trêves.
3. La croix de St-Celse a la plus grande ressemblance
avec celle qui tapisse l'abside dans la belle mosaïque de
St-Jean de Latran, datée de la fin du XIII^ siècle. Il y a
ainsi, en dehors même de la croix, à chaque extrémité,
un prolongement qui s'y soude presque maladroitement.
Toutes les deux sont pommetées et ont un médaillon
dition moderne (') : je suppose là primitivement,
comme à l'évangéliaire d'Éribertau Dôme, des
feuilles d'émail vert translucide.
Le filigrane d'or, applique sur bande d'argent,
court autour des profils et est rehaussé de pier-
res fines, taillées en cabochon, presque toujours
rondes, mais aussi parfois longues et baroques.
Les gemmes, serrées les unes contre les autres,
bordent en grénetis les pommes, dont le champ
est gemmé, et les fleurons qui portent un sujet en
orfèvrerie.
Si les camées antiques sont communs sur l'or-
fèvrerie du moyen âge, en revanche, les camées
sculptés à cette époque sont d'une rareté ex-
trême (2). Ici, il y en a quatre fort beaux et
byzantins d'origine : les pâtes, au nombre de
cinq, ont aussi la mêine provenance. Le musée
chrétien du Vatican possède une certaine quantité
de ces pâtes de verre opaque ou de ces pierres
taillées en reliefs, mais dépourvues de leur mon-
ture (3): c'étaient parfois, à l'origine, de petits
central. (Voir la gravure de la croix romaine dans la
Mosaïque de Gerspach, p. 131.)
Charles le Chauve, d'après la Bible qui est au Louvre,
porte, dans la main gauche, un globe bleu, sur lequel est
empreinte une croix latine,dont les extrémités supérieures
sont pattées et pommetées. (Jaccjuemin, Hist. génér. du
costume.)
Les croix pommetées se voient aussi en France à la
Renaissance, témoin celle de Marchastel, au diocèse de St-
Flour, gravée dans le tome W iM Bulletin de la Société
archéologique de la Corrèzc, p. 407.
Un chroniqueur contemporain, parlant des restaura-
tions entreprises à Fontevrault par l'abbesse Jeanne de
Bourbon, en 1638, signale, près du tombeau du prince
Raymond, comte de Toulouse, qui vivait au XIII" siècle,
« sa figure armée, avec la cotte d'escarlatte, au milieu de
laquelle estoit la grande croix de Tolose, pâtée et accom-
pagnée de 12 besans d'or, 3 à chaque poinctc. » Or la croix
de Toulouse est une croix cléchée et poiiunctée.
1. « Crux magna, cum quatuor petiis de diaspro a
lateribus, in medio cum uno quadro de alabastro et simi-
liler in extremitatibus de alabastro, cum uno pomo in pede
de diaspro. » {Inv. de St-Pierre de Rome, 1489.)
2. Jules Labarte a écrit dans la Gazette des Beaux-.lrts,
2"'° sér., t. IV, p. 382: « Les Byzantins, qui en avaient con-
servé la technique, furent les seuls, durant le moyen âge,
qui gravèrent sur pierres dures. » Dans l'inventaire de
Charles V, je crois reconnaître un de ces camées d'origine
orientale,' comme le reliquaire lui-même: « Un reliquaire
d'or plein de reliques, de la façon de Damas, garny d'un
bon saphir au milieu, où est ung Dieu enlevé >>. — Voir
dans le Glossaire archéologique de V. Gay, p. 258, plu-
sieurs « camées byzantins du I.V au XII" siècle ».
3. La Bibliothl'que Vaticanc, Rome, 1867, p. 116.
ïLe trésor De réglise Dc ^aintc=^aric prcs %aint=(2rcl.sc, à e@ilan. 291
tableaux de dévotion, portés au cou, des encol-
pia{}') ou montés en anneaux {^'). La croix de
St-Celse montre péremptoirement quelle fut
ultérieurement leur affectation (3). Considérées
comme l'équivalent des gemmes, elles en tiennent
lieu et sont montées par le même procédé. Quel-
ques-unes de ces pâtes font actuellement défaut
à l'appel, et l'on a rempli tant bien que mal leur
alvéole restée vide, car la croix a subi une
double restauration, à la Renaissance d'abord,
époque des appliques d'orfèvrerie, puis au
XVIh- siècle.
A la fin du XV*^ siècle furent rapportés et
fixés par des clous à tète ronde, les person-
nages suivants qui n'ont pas exactement rem-
1. Le moine Gunther, de l'abbaye de Pairis, raconte
qu'après la prise de Constantinople par les Croisés, il rap-
porta, en 1207, à Philippe, empereur des Romains, « Do-
mino Philippo, serenissimo imperatori », un tableau, en
or gemmé, contenant des reliques et deux grosses pierres :
sur l'une d'elles était sculptée la Crucifi.\ion, et sur l'autre
la Majesté de Dieu. Ce tableau se suspendait au cou de
l'empereur, à l'aide d'une chaîne d'or, lors des solennités.
«Tabulam videlicet quamdam inestimabilis fere pretii,
auro et gemmis pretiosis operosissime exornatam et pluri-
ma sanctarum reliquiarum gênera, longe auro et gemmis
pretiosiora, ibi diligenter recondita, continentem ; quant
tabulam Grecorum imperator, in solemnibus festis, velut
quoddam certum pignus imperii, gcstare consueverat, de
coUo suo catena aurea dependentem ; oui tabule, prêter
aurum vel alias gemmas quamplurimas, jaspis unus mire
magnitudinis inlixus est, passionem Domini sibi inscul-
ptam et béate X'irginis et Joannis evangeliste ymagines
hinc inde assistentes : est etiam sapphyrus ibi quidam
admirande quantitatis, cui divina majestas (que nulla
prorsus jmagine proprie representari valet, artiticiose ta-
men ita ut fieri potuit) insculpta est. »
2. XJ Inventaire du trésor du S. Sûg'i: sous Boniface VI II
en 1295, enregistre, parmi un certain nombre de pierres
antiques, des pierres que leur sujet religieux indique
comme ayant été gravées au moyen âge : « Item, unum
annulum pontificalem,cum une saffiro ubi est faciès sudarii
sculpta, cum iiij granatis et iiij perlis grossis » (n° 549).
— <( Item, unum annulum pontificalcm cum uno cameo
parvo in medio, in (;|UO est imago \'irginis cum filio in
campo nigro )> (n" 580). — « Item, unum annulum cum
balasso rotundo vel granato, in quo est sculptus unus
Agnus Dei » (n° 593). — « Item, unum balassum in quo
est sculpta média majestas et est inclusus in auro cum
litteris » (n" 638).
3. La collection Basilewski possède une statuette de
diacre, « en vermeil repoussé et filigrane », du XIII'-'
siècle. 1 Dans le livre (évangéliaire) qu'il porte est encastré
un jaspe sanguin représentant le Christ, œuvre de glyp-
tique byzantine •> ; le Christ est assis en majesté, bénit et
tient le livre des évangiles. (t^.jj. des Beaux-Arts, 2""-' sér.,
t. XVI 11, p. 539,54. ;t. XIX, p. 438.}
placé la composition première. En bas, sur le
prolongement de la tige, les deux donateurs, un
roi et une reine, couronne en tête, genoux fléchis-
sants, les mains tendues en manière de supplica-
tion ('): ils sont vus de profil et ont les pieds
chaussés. Les deu.x longues tresses de la reine
pendent dans son dos.
I. Mongeri nomme ces deux personnages Louis le Dé-
bonnaire et Judith, mais sans autre fondement que la
date fausse de la croix et une légende :
« Gli armadi, poi, contengono più d'una preziosa opéra
per la storia del lavoro artistico. D'alto interesse è la bella
croce stazionale che qui venne portata dalla abbazia délia
certosadi Chiaravalle. Essa risale al IX secolo, anzi ail'
anno 822, ed è quella istessadata in dono daU'imperatore
Lodovico il Pio alla metropolitana milanese, nell' occa-
sione in cui siriconcilio colla citta. Essa è ricca di smalti,
di cammei, con caratteri greci, in parte sostituiti quando
impossibile il dire, di simplici piètre. Tra questi cammei
che figurano immagini religiose, altro ve ne ha di métallo
a rilievo con che sono designate diverse figure di regnanti,
in cui si riconosce il donatore colla consorte Giuditta,
Lotario ed Ermengarda, ed altre. »
M. Manlz, qui a copié Mongeri, répète la même erreur
archéologique et historique :
« C'est un monument respectable que la croix donnée
en 822 à la métropole milanaise par celui que les Italiens
appellent Lodovico il Pio. Ce prince, que, dans un moment
d'indulgence, nous avons surnommé le Débonnaire, avait
fait crever les yeux à Bernard, roi d'Italie, et couper la tête
à bon nombre de personnages de sa cour. La chose faite,
il voulut bien en témoigner quelque regret, et c'est lorsqu'il
se réconcilia avec les Lombards, qu'il fit cadeau à la cathé-
drale de cette croix fameuse. Supportée par un pied de
bronze décoré de trois pélicans, d'un dessin un peu chimé-
rique, la croix de Louis le Débonnaire est taillée dans un
marbre rouge. Elle est enrichie d'ornements filigranes et
de pierreries de couleurs diverses, cabochons ou pierres
gravées dans un goût presque byzantin. Au milieu est un
crucifix en métal doré et, au bout de chaque bras de la
croix, se détachent en relief les figurines pleurantes de
la Vierge et de .St-Jean. Ces figures ne paraissent pas du
l.V siècle et il se pourrait que la précieuse relique eiit
subi plus d'une restauration. Mais le monument n'en est
pas moins admirable et du plus grand intérêt pour l'his-
toire. Cette croix appartient aujourd'hui à l'église de Santa
Maria presso San Celso. M. Giuseppe Mongeri l'a décrite
en quelques lignes dans un livre excellent et nouveau,
VArtein Milano. » {Gaz. des Beaux-Arts, 2""' sér., t. VI,
p. 461-462.) Que d'erreurs M. Paul Mantz a accumulées
dans ces quelques lignes ! La croix ne présente rien de
carlovingien, les oiseaux du pied (aigle, phénix, pélican)
sont tout h. fait modernes, les pierres gravées sont com-
plètement byzantines ; on peut parfaitement dater le
crucifix, la Vierge et St Jean ; la croix n'est pas taillée
dans le marbre, ce qui serait on ne peut plus insolite.
Voir sur les représentations d'empereurs et impératrices
aux pieds du Christ un article de M. Julien Durand dans
le Bulletin iniounnenlal, 1S82, p. 513 et suiv.
292
IRcuuc Dc l'art chrétien.
Au-dessus, dans le fleuron, mais débordant
sur son diamètre trop restreint, S. Jean-Baptiste,
en tunique et manteau, pieds nus, tenant des
deux mains un médaillon, oîi devait figurer
l'Agneau de Dieu: il est barbu, se présente de
face et a un large nimbe plein autour de la tête.
Au milieu de la croix, le Christ, attaché par
quatre clous, les pieds juxtaposés sur un support,
les bras presque horizontaux, le torse déjeté
obliquement, un linge très large enveloppant les
reins et noué en avant, les }-eux fermés, les che-
veux longs et la barbe entière. La tête, légère-
ment inclinée à droite, porte en coiffure (■),
comme disait pittoresquement Didron, à la mode
italienne, un nimbe crucifère.
Au-dessus du divin Crucifié, deux anges sem-
blent descendre du ciel: pieds nus, les ailes vo-
lantes, vus par le dos, ils tendent les mains vers
le Christ, comme s'ils voulaient le délivrer. Au
moment de son arrestation, JÉSUS n'avait-il pas
dit à S. Pierre qu'à sa voix pourraient accourir
plusieurs légions d'anges pour le défendre {^) ?
D'après la tradition de la Grèce et de l'Italie, ces
anges se nomment S. Michel et S. Gabriel.
Tout au haut de la croix, dans le fleuron termi-
nal, un chérubin à mi-corps tend ses bras en
croix et lève deux ailes vers le ciel, tandis que
les deux autres, soudées à sa poitrine, sont rame-
nées en avant.
A droite, dans un fleuron, la Vierge en buste,
voilée de son manteau, baisse tristement la tète
et croise ses bras sur sa poitrine, en regardant
mourir son fils.Son nimbe est une rondelle, posée
en arrière; le même est donné à S. Jean qui lui
fait face à gauche. Imberbe, vêtu de la tunique
et du manteau, l'apôtre appuie sa tête sur sa
main droite en signe de douleur et laisse retom-
ber la gauche comme dans un moment de décou-
ragement.
Tous ces personnages en argent doré ressortent
en ronde bosse sur le fond; seuls S. Jean et la
Vierge sont en demi-relief, mais d'une forte saillie.
Les pommes ou boules aplaties garnissent les
angles de la croix, flanquent à droite et à gauche
sa tête et sa tige et enfin s'ajoutent en prolon
1. Annal, arch., t. II, p. 37g.
2. « An putas quia non possum rogare Patrem meum et
exliibebit mihi modo plusqiiam duodccim legiones ange-
lonim ?); (S. Matth., xxvi, 53.)
gement aux fleurons, qui eux-mêmes se décou-
pent en sept lobes arrondis ('). Le huitième lobe
manque, à cause du raccord opéré à l'aide d'un
triangle tronqué et, comme le médaillon de S.
Jean-Baptiste se rattache en deuxendroitsàla tige
et à la croix, il n'a que six lobes, placés latérale-
ment.Or les pommes ont dansleur champ, circons-
crit d'un chapelet de gemmes, une pâte ou un
camée, que voici dans l'ordre où ils se présentent :
En bas, à droite,camée à deux couches (=), d'un
diamètre de quatre centimètres, figurant le lion
de S. Marc, ailé, passant à senestre, nimbé et
tenant son évangile fermé des deux pattes de
devant; à gauche, camée aussi à deux couches,
mais sur fond blanc, où l'aigle de S. Jean, vu
presque de face, essorant, piétine son livre fermé.
La série devait se compléter par le bœuf de
S. Luc et l'homme de S. Matthieu.
Plus haut, au pied de la croix, à droite, pâte
byzantine verte.rectangulaire, haute de deux cen-
timètres: S. Pierre, à mi-corps, tenant sa clef tra-
ditionnelle, désigné par une inscription coupée
en trois lignes et avec un nimbe en saillie; à gau-
che, pâte semblable, haute de trois centimètres:
le Christ, IC XC, en buste, le nimbe crucifère au-
tour de la tête, bénissant de la droite et de la
gauche tenant fermé le livre de vie.
A la pointe du fleuron de droite, derrière la
Vierge, pâte byzantine, de couleur verte: Marie
en buste, voilée, les mains tendues en avant et
nommée mère de Dieu par ces sigles convention-
nels MÏÏr ©V; à la pointe inférieure du croisillon,
pâte byzantine, de couleur bleue, présentant
le même sujet.
Au bas du croisillon de gauche, le Christ de
pitié ('), nu, à mi-corps, avec le nimbe crucifère
1. Dans les inventaires, le lobe arrondi prend le nom
de « demy-compas».(/«z/.(/i? Fabbaye de Si-Dc>tis,tn 1634.)
2. On disait au moyen âge carnahieu, comme le démon-
tre de Laborde dans son Glossaire, c|ui donne à ce camée
sur pierre dure son vrai nom: iNiccoh: quand la sardoine
très foncée est recouverte, sans nuances internicdiaires,
d'un onyx ou d'une agate Ijlanclie, on l'appelle niccolo, qui
n'est peut-être qu'un diminutif de nniccolo, dérivé A^onice,
onyx. Ce genre d'agate convient aux intailles dont il fait
valoir la gravure. II a été trts souvent employé par les
anciens, surtout par les graveurs de Rome. »
3. M. Julien Durand l'appelle £^av/itfw<7, conformément
à l'Évangile; mais, depuis la vision de S. Grégoire, en
iconographie il n'est connu pue sous le nom de Chrisl tie
pilU. ( /itillc't.monum., 18S2, p. 509-512.)
le trésor De rcglisc De ^ainte^^aric près %aint=Cclse, à a^ilan 293
et son nom en grec, petite pâte verte ; derrière
S. Jean, camée à deux couches, haut de trois cen-
timètres et demi, oii l'on voit la majesté de Dieu,
assis, nimbé du nimbe crucifère, bénissant et te-
nant le livre appuyé sur ses genoux.
Il manque deux camées ou deux pâtes aux
angles supérieurs du croisillon et aux pointes du
sommet.
Enfin, en amortissement du fleuron, un camée
à deux couches, où l'aigle de St Jean, nimbé et
détournant la tête, se tient dans la même attitude
que le second camée décrit.
Le revers de la croix était probablement bien
mutilé, lorsque le XVII" siècle s'avisa de le res-
taurer et compléter dans un tout autre style. Les
filigranes ont été remplacés par des bandeaux
d'argent estampé; les parties en saillie ont reçu
presque partout des cabochons entourés de pier-
res, puis d'épaisses plaques de cristal de roche
abritent ce qui reste de la croix primitive.
Les plaques d'or conservées ont un fort relief
et comprennent les sujets suivants : en bas, un
roi et une reine, à genoux, couronnés et mains
jointes: ce sont les donateurs et ce groupe a don-
né évidemment l'idée de les reproduire sur la
face, quoiqu'il ne soit pas probable qu'il y ait eu,
à l'origine, pareille répétition. Dans cette attitude
humble et confiante, on croit entendre comme un
écho de ces paroles de la sainte liturgie : « Non
intres in judicium cum servo tuo, Domine, quia
nullus apud te justificabitur homo, nisi per te
omnium peccatorum ei tribuatur remissio. Non
ergo eum, quœsumus, tua judicialis sententia pre-
mat, quem tibi vera supplicatio fidei christianje
commendat; sed,gratia tua succurrentc, mereatur
evadere judicium ultionis. »
Au-dessus, dans le fleuron, un apôtre, sans ca-
ractère déterminé; sa barbe est pointue, il a les
cheveux longs et le nimbe uni et il tient, dans la
droite et fermé, le livre de la doctrine évangélique
qu'il a enseignée au monde.
Dans le triangle qui opère le passage du fleu-
ron à la croix, un saint, en tunique et inanteau,
est figuré à mi-corps et nimbé: rien ne permet de
lui assigner un nom, peut-être est-il encore un
apôtre.
Au centre de la croix, le Christ juge se mani-
feste dans sa majesté. Debout, pieds nus, portant
encore la trace des clous qui percèrent ses mem-
bres, il lève le bras droit, comme pour prononcer
une sentence: de la gauche, il ouvre sa tunique
pour montrer la plaie de son côté. Cette tunique,
qui ne descend qu'à mi-jambe, est galonnée au
rebord inférieur, et recouverte en partie par sori
manteau, jeté en sautoir sur son épaule. Deux
anges soutiennent l'auréole qui l'enveloppe : de
leurs deux ailes, une vole et l'autre est abaissée.
Prèsdelui,trophéesdesa passion, figurent, à droite,
la croix dans laquelle s'enlace une couronne d'épi-
nes,et la lance, à gauche. Sous ses pieds, le saint
sépulcre, dont il est sorti au troisième jour, pré-
sente un édicule circulaire, coiffe d'une coupole
pointue. De chaque côté, deux morts, drapés dans
leur linceul, s'élancent des sarcophages où ils
dormaient, à la voix qui les appelle.
Sur le bras droit, un ange, nimbé, à mi-corps,
vu presque de profil, sonne de la trompette pour
convoquer les morts au tribunal suprême; sur le
bras gauche, un autre ange déroule, des deux
mains, un phylactère qui contient les paroles de
l'appel; il est nimbé et en buste.
Au-dessous du Christ et des ressuscitants, la
Vierge, debout, voilée, nimbée, les mains présen-
tées du côté de la paume, dans une attitude fa-
milière au moyen âge, intercède pour le genre
humain, ainsi que S. Jean, le disciple bien-aimé,qui
regarde le Christ, les mains croisées sur la poi-
trine.Tous les deux, par une répétition qui serait
inexplicable si elle ne témoignait pas d'un dépla-
cement, reparaissent dans les triangles qui unis-
sent les extrémités du croisillon aux fleurons.
Leur attitude prouve qu'ils étaient originaire-
ment fixés sur la face où est la crucifixion. S. Jean
passe le premier à droite, autre preuve de trans-
position : il est nimbé et a la tête appuyée dans
sa main; la Vierge, les mains tendues, et la tête
penchée ('), est maladroitement reléguée à gau-
che. Ces petites figures, occupant peu de place,
ont un lien étroit et traditionnel avec la scène du
Calvaire. Les quatre fleurons de la face devaient
donc probablement être consacrés aux symboles
des évangélistes.
Nous avons déjà vu deu.x apôtres, tiois autres
reviennent encore ici. S. Pierre fait suite à
I. Telles sont la plupart des Vierges bjzantines, même
celles dites de S. Luc.par exemple les \'ierges de Ste-Ma-
rie /// ara iœii, de Sic- Marie de la Consolation et de Ste-
Maric in via la/a, h Rome.
294
IReuuc tic r3rt cfjtctien.
s. Jean, dans le fleuron du croisillon, à droite : vu
aux trois quarts, il a aussi le nimbe plat, sa ph}'-
sionomie habituelle, (tète ronde, cheveux abon-
dants), les deux clefs dans la main gauche et le
livre fermé sur la poitrine. Derrière la Vierge
est S. Paul, à la seconde place par conséquent :
nimbé, le front un peu dégarni, il porte la barbe
en pointe et le livre de ses épîtres dans sa main
gauche.
Le troisième apôtre, nimbé et sans caractère
distinctif, est placé sous le fleuron terminal, au-
dessus d'un chérubin qui a motivé celui de la
face : nimbé, l'esprit céleste a revêtu la forme
humaine; il se tient debout et de ses six ailes,
deux se croisent derrière sa tête, deux autres vo-
lent horizontalement et les deux dernières sont
ramenées en avant.
Enfin, le fleuron qui couronne la croi.x con-
tient, dans un champ circulaire, préparé pour lui
servir d'auréole, l'Agneau pascal: sa tête, entou-
rée du nimbe crucifère, se détourne pour appeler
à sa suite les brebis de son troupeau qu'il a ra-
chetées par sa mort et une de ses pattes tient une
croix triomphale, pommetée à ses branches.
Cette remarquable pièce d'orfèvrerie, si inté-
ressante encore malgré sa mutilation, a dû être
exécutée, sinon à Milan, du moins en Italie, dans
le dernier quart du XII'^ siècle. Sa physionomie,
le dessin des figures, et surtout la décoration, in-
diquent une époque avancée de la période romane
à son déclin. Voici l'opinion de M. Courajod, que
je n'accepte pas sans réserves :
« L'église de San-Celso a prêté une croix de
jaspe, chargée de figures d'argent doré. Cette
croi.x fort belle n'est peut-être pas aussi vieille
que le pense le catalogue. La face semble être
tout au plus des XL' ou XIL siècles et le revers
des XIIL ou XIV*^. Il est impossible, en tout
cas, d'y voir un travail carolingien. » (Gaz. des
Beaux-Arts, 2" sér.,t. XI, p. 390.)
II. — Higuicrc et son bassin, (ruf siècle).
CES ravissants ustensiles, qui se complètent
mutuellement, offrent un type parfait de
l'orfèvrerie du XVL" siècle, arrivée à son apogée.
On ne peut rien imaginer de plus gracieux et de
plus noble, de plus orné et de plus simple à la fois.
L'effet est obtenu par la pureté des lignes non
moins que par la richesse du décor, qui e.xclut
toute surcharge et profusion. L'œil s'arrête volon-
tiers sur un produit d'une exécution aussi habile
et d'un dessin aussi pur : c'est beau comme l'an-
tique, qui a évidemment guidé l'inspiration de
l'artiste.
On prononce à Milan le nom de Benvenuto
Cellini comme celui de l'auteur de ce chef-d'œu-
vre ('}. Je n'en suis pas surpris : toutefois, à défaut
de preuve certaine de l'authenticité de la tradi-
tion, il est plus prudent de s'abstenir, car affir-
mer serait téméraire : contentons-nous de louer
et d'admirer. M. Eugène Pion, à qui j'avais
signalé cette pièce et qui l'a fait graver, donne
carrément son sentiment : « Benvenuto est cer-
tainement étranger à ce travail (=). »
Le vase est essentiellement païen comme com-
position, ce qui n'exclut nullement l'idée qu'il
ait été fait pour servir primitivement à l'église :
la Renaissance ne se gênait guère à cet endroit.
Cependant, tenons-le plutôt pour objet civil (j)
et fabriqué pour orner le dressoir et laver les
mains, avant et après le repas, de quelque grande
dame, princesse ou souveraine (^). Le buste de
Diane me fait songer involontairement à Diane
1. Mongeri ne se prononce pas: «Qui si conserva pure un'
anfora d'argento cesellata, attribuita a IJenvenuto Cellini,
conce che egli porta la responsabilita délie opère di simili
génère del suo tempo, comunque pur siano. Altri oggetti
di orificeria vi sono deposti, donc, in parte, del arcives-
covo Carlo Borromeo, assai devoto e benemerito del
santuario. »
M. Paul Mantz conteste, au contraire, l'attribution :
« L'église Santa-Maria presso San Celso possède une
aiguière et un bassin d'argent doré du plus pur XVI'
siècle. Ces deux pièces splendides sont naturellement attri-
buées à Benvenuto Cellini. Elles sont de son temps; voilà
tout. Du reste, par l'élégance souveraine de la forme et
par la perfection de l'outil, ces deux orfèvreries étaient au
nombre des merveilles exposées (en i872)au palais Brera.»
{Gas. des Beaux-Arts, 2""' sér.,t. VI, p. 462.)
2. Benvenuto Cellini, p. 300.
3. « Bien qu'elles n'aient rien dans leur décoration qui
puisse les rattacher au culte, ces deux pièces, ainsi que
tant d'autres ouvrages profanes, sont conservées dans le
trésor d'une église, où elles ont dû arriver comme pré-
sent. 1> (Iliid.)
4. Voir sur la forme, l'usage et la marque des aiguières,
le Glossitire Arclu'oloifiçite, p. 14-1^. — Nicot définissait
ainsi l'aiguière en 1606 : «Aiguière est un vase d'estain,
argent ou or, où on met l'eau qui sert pour verser dans
le verre ou laver les mains. »
Le trc0or De Tcglise De ^ainWB^mc près ^aint=Cclse, à a^ilan. 295
de Poitiers, la célèbre duchesse de Valentinois,
qui aima et encouragea les arts : nous sommes
juste à l'époque de sa puissance, au milieu de ce
XVI« siècle, dont elle fut une des divinités les
plus populaires.
L'art ne doit pas seulement parler aux yeux :
sa mission est encore de s'adresser à l'esprit, de
façon à doubler, pour ainsi dire, le plaisir que
cause toujours la vue d'un objet hors ligne. Le
symbolisme, quoiqu'il n'ait pas été ici appliqué
dans toute sa rigueur, revendique sa part dans
l'idée d'ensemble de la décoration, motivée par
l'eau que le vase est destiné à contenir ('). Or
l'eau est une force irrésistible, de là les mufles
de lions; elle glisse et ondule, comme le serpent
qui se dissimule sous l'herbe; elle purifie, c'est
pourquoi nous voyons tant de petits enfants, qui
personnifient l'innocence même; elle fait par des
pluies bienfaisantes éclore les plantes et grossir
les fruits jetés sur la panse de l'urne ; les coquilles
rappellent l'élément qui est leur vie; les limaçons,
l'humidité dans laquelle ils se complaisent ; les
fleurs de lis proviennent, dit-on, comme type
héraldique, de la fleur de l'iris qui croît au bord
des ruisseaux; enfin l'œuf lui-même, tout plein
de liquide, exprime catégoriquement la vie qui
vient dans le monde par la femme. Ce tableau,
exaltant les vertus fécondes de l'eau, serait par-
fait, si, à la place de Diane (^), trônait une Vénus,
1. La salière de Benvenuto Cellini, conservée à Vienne,
prouve péremptoirement que les artistes de la Renais-
sance s'cfibrçaient de donner un sens à leurs compositions.
(Pion, Benvemito Cellini, p. 168-179.)
M. Frèrejean, à Lyon, possède un prefericuliim à par-
fums, de style étrusque, qu'il a rapporté de Rome. L'anse
est formée par un hippocampe, au bas deux poissons sont
posés en sautoir, double symbole de l'eau. La panse res-
semble à une fleur de nénuphar, par allusion à. l'eau odori-
férante, car les parfums viennent des fleurs.
2. M. de Laurièrc s'est efforcé, étant donnée une Diane
comme motif principal d'une aiguière, de trouver quel
rapport pouvait e.xister entre cette déesse et l'élément
liquide. Voici ses observations qui ne manquent pas de
sagacité : « Je ne vois, dit-il, que la fontaine dans laquelle
Diane se baignait, lorsqu'elle fut surprise par Actéon,
qu'elle changea en cerf. On pourrait peut-être alors hasar-
der que Diane, symbole de la chasteté et partant de la
pureté, exprime la pureté de l'eau contenue dans le vase.
D'après le dictionnaire de Rich, Diane, à Rome, était la
déesse delà lumière, comme l'indiquerait la racine de son
nom, dies. Elle était aussi identifiée avec l'Artémise des
Grecs. L'Artémise Arcadienne était la déesse des nymphes
et on l'adorait comme telle en Arcadie. Or les nymphes
rappellent naturellement l'eau. »
la beauté idéale, car la mythologie nous enseigne
que Vénus naquit de l'onde; mais, sans chercher
querelle à l'artiste, j'aime mieux croire que la
déesse lui a été imposée par suite du nom de
celle qui devait posséder et avait probablement
reçu en cadeau une allégorie si charmante, des-
tinée à mettre en évidence l'attrait de sa per-
sonne et de ses qualités (■).
Je n'ai pas exagéré la haute et profonde portée
de ce décor multiple, mais un, comme on va s'en
convaincre, en me suivant pas à pas dans ma
description fidèle, ou mieux encore en regardant
simultanément les deux belles photographies in-
folio qui ont été exécutées par l'habile photogra-
phe de Milan, M. Giulio Rossi.
L'aiguière, en hauteur, accuse trente-trois centi-
mètres (2). Son pied, circulaire et bas, est circons-
I. « La chambre qui renferme ce trésor (une peinture du
Corrège, exécutée vers 151S à San Paolo de Parmej est
carrée : au milieu d'une des faces est une grande chemi-
née. Notre illustre artiste l'a décorée d'une Diane de gran-
deur naturelle ; la déesse est assise de côté au milieu des
nuages, dans un char orné de ciselures. Elle revient de la
chasse, et va dans l'Olympe reprendre sa place parmi les
dieux; une grâce pudique règne sur son visage qui est
d'une beauté parfaite. .Ses cheveux blonds, au milieu des-
quels brille le croissant, flottent négligemment sur son
arc et sur le carquois qu'elle porte attaché à ses épaules ;
d'une main elle retient son voile bleu que soulève le vent,
et de l'autre elle guide les deux charmantes biches, d'une
blancheur éclatante, qui la conduisent. On lit en latin, sur
la cheminée, l'énergique et prudent adage de Plutarque
qui conseille de ne point attiser le feu avec une épée :
<iJg7ie!ii gladio ne fodias. >> (Millin, Voyage dans le Mila-
nais, t. II, p. 92.)
Cette fresque fut commandée par l'abbesse Jeanne de
Plaisance, dont on y voit les armes ;« ses armoiries sont
trois croissants, c'est probablement ce qui a donné au Cor-
rège l'idée de représenter dans cette chambre Diane avec
ses génies et ses attributs. »
Henri II fit exécuter pour Diane de Poitiers par Paul
Romain et Ascagne Desmarry, élèves de Benvenuto
Cellini, « une assiette àcadenatz, garnye de cuillier, Cous-
teau et fourchette, avec un petit cotire au-dessus servant
de salière, sur lequel est couchée une Diane. » (Pion,
Benvenuto Cellini, p. 68.)
Le D' Muoni, prié de rechercher, parmi les italiennes
du nom de Diane, à qui put appartenir originairement
l'aiguière de Milan, m'écrit: «, Vi fu una Diana Cordona,
moglie di Vespasiano (jonzaga, primo duca di Gubbio,
fatta avelenare dal maritonel 1559 perche infedele. »
2. La vraie proportion entre l'aiguière et son plateau a
été donnée par l'orfèvre espagnol Juan de Arphe, dans sa
Varia coniinensuracion, au XVI'' siècle. L'aiguière étant
placée sur l'ombilic de son bassin, on tire avec un compas
un demi cercle, qui part des extrémités du rebord du bas-
sin. Sa hauteur ne doit pas dépasser le bec de l'aiguière.
[Gaz. des Beaux- Arts, 2*= sér., t. XX, p. 95.)
296
m e u II c oc r a r t c fj r c t i c n .
crit par des m ju lures et sa partie bombée s'entou-
re d'une collerette de feuilles d'acanthe et se
rehausse de ronds gravés. La tige, très courte et
lisse, est traversée par une première bague mou-
lurée, puis, près du col, par une plus développée
et garnie de godrons.
La panse, de forme ovoïde, a sa pointe décorée
d'une couronne de fleurs de lis, incisées dans le
métal, qui est l'argent doré. En haut, des têtes de
femmes embéguinées, c'est-à-dire le menton ap-
puyé sur un linge noué à la hauteur des tempes,
alternent avec des mufles de lion et des rosaces,
les uns et les autres séparés par des languettes à
roses et des godrons perlés. Au-dessous le même
motif est répété cinq fois : il forme un cartouche
dont les bandeaux de contour se subdivisent en
compartiments variés et se prolongent en une
double fleurde lis. Ce motif comprend une coquille,
vue par le revers et doublée d'une guirlande de
fruits; au-dessous, une vieille femme, prolongée
en gaine, à l'instar des termes antiques, croise les
bras au-dessous de sa poitrine dénudée, pendant
que deux enfants du sexe masculin et entière-
ment nus, soulèvent la draperie qui part de sa
tête; plus bas encore, un mufle de lion, que sur-
monte une autre guirlande de fruits, mâche un
anneau auquel pendent encore des fruits agglo-
mérés (^).
Tout d'un coup et sans transition, par un mou-
vement un peu brusque, l'œuf (-') de la panse est
coupé horizontalement pour recevoir un buste de
1. L'aiguière que fit Benvenuto Cellini pour l'évêque de
Salamanque était ornée « con tanti belli animaletti,foglia-
mi e maschere quanta inimaginar si posse » et celle du
cardinal Cibo, <' tutti e dua richissimamente lavorati di
fogliami e di animal! diversi. » (Pion, Benvenuto Cellini,
p.' 261.)
Benvenuto Cellini, exécutant, en 1 546, pour la duchesse
Éléonore, quatre petits vases, a soin de spécifier que les
mascarons sont traités à l'antique : « con belle masche-
rine in foggia rarissima, all'antica. »
Un compte du 24 décembre 1537 révèle que le cardinal
d'Esté fit exécuter par Benvenuto Cellini « un bassin et
une aiguière ovale en argent, ornés de figures » qui fut
offerte au roi François I. {Gaz. des Beaux-Arts, t. XVII,
p. 295.)
2. A l'aiguière du cardinal de Ferrare, exécutée par lien-
venulo, le bassin était de forme ovale « bacino ovato ».
Ailleurs il est dit que c'est l'aiguière qui a la forme d'un
œuf, « uno bochale ovale de argento, lavorato a figure ».
(Pion, Benvenuto Cellini, p. 167.)
femme (■), trop étroit pour ce large support. Cette
tête rapportée se dévisse (2) et c'est par l'orifice
béant que l'eau s'introduit dans le vase. Son nom
lui est donné par son attribut ordinaire, le crois-
sant qui domine son abondante chevelure, parta-
gée sur le front oîi elle ondule et nouée derrière
la nuque en tresses dont les extrémités retom-
bent sur le cou. Diane, la déesse de la nuit et de
la chasse, porte une armure qui indique, d'acord
avec ses traits, son énergie virile : aux épaules
saillissent les têtes de lions rugissants qu'elle a
abattus de sa main. Au-dessus de la tête s'élève,
comme un diadème, une large coquille contre
laquelle rampent deux limaçons (3) et dont
l'intérieur de la valve forme déversoir pour l'eau
qui s'épanche. Ces limaçons tirant leurs cornes
et placés au-dessus du front, sont-ils une satyre.'
Pourquoi pas? Diane pouvait vanter son adresse
à l'arc et sa course rapide dans les bois, mais
non sa vertu, démentie par l'histoire ("*) ; ce
qui n'empêche pas de dire avec Horace : la chaste
Diane, protectrice des vierges (^).
Enfin, un serpent, à la peau squameuse fidè-
lement imitée par le burin, après un double
repli c]ui forme l'anse, soude aux épaules de Diane
la pointe de sa queue entortillée en volute (6).
1. « Uno bacile d'argento, con una figura de argento
dentro. — Doi bocali d'argento de octo pezzi tutti d'argen-
to. v> {!nv. de Benvenuto Cellini, 1538.)
2. « Une esguière couverte. » (Inv. du surint. Fouquel,
1661.)
3. Sur un dessin de Léonard de Vinci, reproduit par la
Gazette des Beaux-Arts, t. XXV, p. 150, on voit (( un buste
de vieux guerrier sans bras, couvert d'une armure et sou-
tenu par un coquillage. Sa tête est coiftée, en guise de
casque,par la coquille d'un escargot qui se redresse au der-
rière de la tête et est tenu en laisse par un amour assis à
califourchon sur la coque, les ailes déployées et tournant
le dos. »
4. Annal. Arch., t. XXIV, p. 38. N'est-ce pas Diane
qui a enlevé au ciel Hippolyte, comme chante Prudence
(Contr. Syinmach., Il, 54-55) :
« cum Musa pudicum
Ra|)tavit juvenem volucrique per iittora cursu. 5>
5. « Dianani tencnedicite virgines. » (Horat., l)a., I. 21.)
6. « Une aiguière d'argent, esmaillée de plusieurs figu-
res, dont l'ance et le biberon sont de 2 serpens. » ilnv.
de Charles V, 1379, n" 1493.) — « Une autre aiguière
de cristal... et l'ance d'une serpent volage.» (Inv. du
due de Berry, 1416, n" 379.) — « Une longue esguière d'ar-
gent, qui gecte son eau par la gueullc d'un serpent et ung
autre serpent servant d'ance. » {Inv. du cardinal d'Ani-
Le trésor ne l'église De ^ainte=9[9arie près %!aint=Cel5e, à ^ilan. 297
Le poinçon, apposé sur l'aiguière et répété sur
le plateau, se compose des deux initiales N etW,
au-dessus d'un mufle de lion ('). Peut-être ce
signe aidera-t-il à reconnaître le lieu de la fabri-
cation, en donnant en même temps le nom de
l'artiste, pour qui le lion ne fut probablement
qu'un meuble parlant.
Le bassin est circulaire et d'un diamètre de
vingt-deux centimètres. La bordure extérieure
offre une série de coquilles et la bordure intérieure
une guirlande de feuilles pressées, nouées de dis-
tance en distance par des bracelets gemmés. Entre
lesdeux court une large frise, où le même motifse ré-
pète quatre fois. Dans un cartouche, intérieurement
découpé en quatre-feuilles, sourit une petite tête
d'ange ailé; au dehors, des coquilles et des guir-
landes de fruits que des enfants nus tiennent d'une
main, tandis que de l'autre ils rejettent en arrière
boise, 15 10.) — « 3 vases à pattes de feuillages, ... les ances
ce sont des serpents très entortillez. » [Inv. de FI. Rober/et,
1528.)
Il y avait, dans la célèbre collection Pourta'ès, parmi
les « terres sigillées » de Bernard Palissy,* une charmante
aiguière semée de fossiles, de plantes et d'animaux grim-
pants, dont l'anse gracieuse est formée par une couleuvre. »
(Ga::. des Beaux-Arts, t. XVII, p. 392.)
Le baron Gustave de Rothschild possède une aiguière,
en faïence d'Urbino (X\'I"' siècle), « dont le goulot est
formé par un dauphin renversé et l'anse par des serpents
enroulés. » (Gaz. des Beaux-Arts, t. XIX, p. 401.)
Une aiguière, qui appartient au duc de Rutland et qui
porte la date de 1579, «emprunte une grande partie de sa
décoration au monde de la mer... l'anse est formée par
une figure de guerrier se terminant en double queue de
serpent. » {Gaz. des Beaux--Arts, 2'' pér., t. X, p. 312.)
I. <"< On y remarque deux poinçons. Le W du premier
indiquerait, au moins pour la restauration, un artiste étran-
ger à l'Italie. Le second a été relevé par M. Darcel sur un
vidercome allemand des collections du Louvre, D, 766. »
(Pion, Benvcniito Celtiiii, p. 300.) M. Pion donne ces deux
poinçons ; l'un est en forme d'écusson, porte une espèce
de face humaine, à cornes ou longues oreilles et est sur-
monté de la lettre W; le second est un N inscrit dans un
cercle.
Le docteur Muoni, de Milan, qui a revu l'aiguière à
mon intention, m'écrivait en 1882; << Rinvenni sul vaso le
due lettere N, \V, alte due o tre millimetri al piii. Non
potendo il Wesser iniziale di artista italiano, io credo che
hà il marchio dell' assaggiatore délia zecca, essendo l'og-
getto d'arte italiana, se non del Cellini, del Caradosso o
di loro allievi. Jo vedo sotto la lettera W, non una testa di
leone, ma una testolina di toro. » Le poinçon, pour le
docte milanais, présente donc une tête de taureau, vue de
face et sa signification serait, non une signature d'artiste,
mais une marque apposée par la monnaie pour constater
le titre du métal.
la draperie qui les recouvrait. Si l'ange a pu faire
croire un instant à une destination religieuse, on
renoncera vite à cette illusion, quand on aura vu,.
à l'entre-deux, sous un chapelet de perles, la
figure barbue et cornue d'un vieux satyre, à l'œil
ardent et à la bouche moqueuse, dont le front
est surmonté d'une coquille et au menton duquel
pend une houppe.
L'eau en tombant sur les mains risque d'écla-
bousser les vêtements, quand le bassin est rond et
sans profondeur. On a cherché, au XVII^ siècle,
à obvier à cet inconvénient, en ajoutant un
rebord qui le transforme en cuvette. Ce rebord,
qui lui donne un aspect vulgaire, est évidé en
godrons creu.x (') et contourné de feuillages, au-
dessus d'un cordonnet de grosses perles.
A la même époque, on grava au milieu du bas-
sin, en grandes lettres d'écriture cursive, le mo-
nogramme du nom de Marie, MAA: ce redou-
blement de la voyelle A est tout à fait insolite et
n'a nullement sa raison d'être, l'abréviation ou
plutôt la contraction du mot se faisant toujours
par l'initiale et la finale seules. M. Pion trouve ce
chiffre *:d'im effet déplorable» (p. 300).
III. — Pcnt-à=col (ruf Siècle).
C'EST le seul nom qui convienne à ce bijou,
pieusement offert par S. Charles, car ilpeint
aux yeux l'objet désigné, dont la destination
était, en effet, d'être suspendu au cou if). Le
moyen âge l'a créé, conservons-le, puisqu'il n'a
ni synonyme ni équivalent.
On sait que les Italiens se plaisent à orner
leurs statues de bijoux et de parures, comme si
c'étaient des personnes vivantes : le raffinement
est même poussé jusqu'à en garnir les tableau.x
1. « Item une couppe d'argent, couverte, godoronnce,
pesant iij'". — Item six gobellectz, godoronnez, dorés à
moytic, pesant iij"',vj". » (Iiiv. de Marie de Bretagne, 1477.)
2. << Pent-à-col, un bijou, qui, comme nos médaillons, se
portait au cou. 1> De Laborde, dans son Glossaire, après
cette définition, cite à l'appui sept textes de 132S, 1352 et
13S0. J'en donnerai trois, empruntés à X Inventaire de Par-
genterie et à celui de Charles V, pour montrer l'emploi
du mot et la forme du bijou : « Un fermail ront, à pent-à-
col, où il a une esmeraude... Un pentacol d'un saphir, de-
dens une bourse... Un petit reliquaire de jaspre, en façon
d'un pentacol, environné de menue pierrerie.»
298
ïR etiuc De rart cfjrcticn.
qui ne s'y prêtent pourtant guère, en raison de
leur surface plane. A Ste-Marie près St-Celse, la
Madone vénérée motivait pareil don : nous ver-
rons plus loin des tableaux votifs qui ont pour
but spécial d'honorer Marie.
Le saint archevêque de Milan ne pouvait placer
dans une église un bijou de toilette, fabriqué
pour les personnes du monde et acheté, à tout
hasard, chez un joaillier. Il prit la peine de le
commander, afin qu'il fût digne de la Madone
qu'il devait parer, du lieu saint où il attirerait les
regards de la foule et enfin du donateur, très
strict en tout ce qui tenait à la convenance et à
l'appropriation dans les choses du culte. Le bijou
sortit des mains de l'artiste, tel qu'il avait pu le
souhaiter, traité avec goût et franchement conçu
dans un esprit religieux, je dirai même symboli-
que. N'était-il pas naturel de placer sur la poitrine
de Marie, témoin de tant de souffrances, près de
son cœur compatissant, la mémoire du Calvaire,
de cette crucifixion oii son divin Fils lui recom-
manda, dans un suprême adieu, en la personne
de S. Jean, son disciple bicn-aimé, l'humanité
tout entière? Ce sentiment devait aller au cœur
de S. Charles, qui voyait dans la Vierge une mère
chérie, dont il réclamait sans cesse le patronage.
D'une tête d'ange, émaillée de blanc et aux
ailes repliées, émaillées rouge et bleu, ce qui donne
les trois couleurs des vertus théologales (^), par-
tent trois chaînes d'or qui aboutissent à un mé-
daillon de cristal, autour duquel on lit en légende
cette devise: IN TE CONFIDO DEVS MEVS.
La monture est en or, égayée de quatre fleurons
en émail bleu qui coupent le grénetis du pourtour ;
à celui d'en haut est fixée une des chaînes et à
celui d'en bas une perle pendante, suivant la pra-
tique du temps, qui aimait particulièrement les
pendeloques (2).
1. Le trésor de lacath. de Béiiéveni, p. 12.
2. La Gazette des Beaux- Arts, t. XIX, p. 34S, reproduit un
Le médaillon s'ouvre par le milieu et ses deux
cristaux bombés sont maintenus dans une bor-
dure émaillée, où le cartouche se détache en blanc
sur un fond noir, comme les rebords, avec quel-
ques pièces rouges.
A l'intérieur est placée une crucifixion, haute
de deux centimètres, très finement sculptée sur
un bois à fibres compactes, que l'on dit provenir
du Calvaire : ce travail microscopique, fait à la
loupe, doit être examiné avec cet instrument
pour bien se rendre compte de son mérite. Le
Christ meurt sur la croix entre les deux larrons.
La Vierge assiste à son agonie, triste mais rési-
gnée, les mains jointes. La foule du peuple a
envahi la colline, occupée militairement, sous la
conduite d'un centurion à cheval. Des soldats
tirent au sort la robe sans couture (').
Je ne sais rien de plus achevé que ce tableau
minuscule, si plein de vie et de relief, parfaite-
ment encadré dans une monture d'un travail non
moins savant, en sorte que le tout constitue un
objet de haute valeur artistique, comme savait si
bien les façonner la Renaissance italienne qui
excellait à ces bijoux.
X. Barbier de Montault.
(A suivre.)
charmant bijou du XVI'= siècle de la collection du prince
Czartorisky. A un collier pend un A en diamants, accosté
de deux amours et surmonté d'une couronne en rubis ; à
la partie inférieure se balance à un anneau une perle en-
filée et taillée en poire.
I. L'inventaire de la maréchale de Saux de Tavanes fut
rédigé en 161 1, date de sa mort ; celle de son mari était
arrivée en 1573. Comme elle vécut 96 ans, le bijou en
question concorde parfaitement avec l'épiscopat de saint
Charles. * Ung pendant d'or, dans lequel est l'efligie dudit
feu seigneur maréchal de Tavanes et au bas duquel pen-
dant est une perle ronde, prisée 24 1. — Ung aultre pendant,
d'agatte d'un costé et de cristal d'autre, enchâssé d'or,
dans lequel y a l'image de Dieu de Pitié et au bout d'iceluy
une perle ronde, prisé 30 I. » (Reii. des Soc. sav., 7'"° sér.,
t. V, p. 300.)
g^^g??SSg?:^^^^gg^:^
Broïiertes^ et tissus, conservés autrefois à la
catbéïirale ïi^Hugers* cv-anicic). (v. 2-iivr. 1885, p. 168).
|r ^ir Ti Tii ^|i ^ir ijr Tr ^ir Tr Tir Tr lir lir Tir Tr Tr lir Ts^ Tr lir Tiî^ Tb^ TS^
Capp/E.
L était d'usage de chaper tout
le chœur à certaines grandes
fêtes et à quelques processions,
'aussi ne s etonnera-t-on pas du
grand nombre de chapes citées dans les
inventaires. Chaque chanoine en donnait
une, mais le plus souvent à sa fantaisie.
« // serait à désirer, dit Lehoreau, que les
cinq cluipes (qui servent aii cJiantre et à ses
quatre aides, le dernier chanoine reçît, le
sous chantre et les 2 maires chapelains) fus-
sent égales. Le chantre a la phis précieîtsc,
le chanoine et le sous cJiantre en ont deux
vioindres et les deux maires chapelains deux
moindres que les précédentes : toutes sont de la
couleur du joiir. Ce qui fait la difficjilté c'est
que chaque chanoine donne ait chapitre sa
chape telle et de quelle couleur qù il lui plaît,
pourvu qitelle soit ait moins de la somme de
200 livres. Bu lyii et i"] 12 les nouveaux
chanoines se sont joints ensemble pour avoir
des chapes semblables, en sorte qîtil y en a un
bon nombre et de très précieuses^'), nonobstant
la misère des temps à cause des guerres, et
depuis longues années on ri en a donné de si
propres et en si grand nombre, en sorte que
l'église d'Angers est à présent l'une des
cathédrales les plus riches en ornements i^\ »
1297. Elles sont divisées en trois catégo-
ries, suivant leur valeur : 1° celles des
chanoines, 2° celles des chapelains et
3'^ celles des clercs.
1. B. E., Cérémonial de Lehoreau, t. III, p. 142. Le
7 mai 1714 pose du nouveau chapier. — Depuis 171 1, 12
et 13 les clianoines ont donne douze à treize chapes des
phis belles du temps, quant au drap d'or.
2. Ideni, Ibid., t. I, p. 4.
— Item triginta cappas pro canonicis.
pulc liras et bonas.
— Item triginta quinque pro capellanis.
bonas et suffcietites.
— Item quadraginta sexpravas pro clericis.
Le cahier de l'inventaire de 1391, relatif
aux chapes.est arraché; on lit toutefois à la fin :
1391. Sequuntur ea, quœ post precedens
inventarium fuerunt legata, data et empta
pro dicta ecclesia.
— Una cappapulc/ierrima,pannidamasceni
deaurati per totum, cum piilchro aurifrasio
OPERis Y'LO\<.Y.^TVii\,continens hystoriam nati-
vitatis Domini Jhu Xi, quavi dédit ecclesiœ
dominus cardinalis Neapolitanus, thesau-
rarius (Thomas Amatanus 1391) mensis
novembris anno millesimo CCC° nonagesimo
primo. (141 8.)
141 8. Un grand nombre des chapes sui-
vantes remontaient au XIV"^ siècle, bien
qu'elles soient décrites pour la i'^ fois dans
les inventaires de 141 8 ou les suivants.
— Primo, una cappa pulcherrima deaurata
cum ymaginibus et firmario inpectore et duo-
bus cornis argentiesmallati rétro super scapu-
las, quœ corme sunt in ciistodia sacristce,quam
dédit magister P. de sancto Dyonisio. (1335.)
— Item una cappa pulcherrima panni aurci
diversorum colorum, cum pulcherrimis auf-
frasiis, quam dédit hic deffunctus magister
J. Hancepie, quondam thesaurarius et cano-
nicus ecclesiœ Andcgavensis. (ijSj.) In ca-
pile ymago creatoris et virginis Maries et in
buto sancti Alartini, nudum vestientis. (Usu
detrita 1539.)
— Itejn duce alice cappcc pulchr(C,de samicto
azurato operato diversis ymaginibus aviiim.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 3"'<^ LIVRAISON.
300
IRctiui? tic ratt cfjrctien.
qiias dedit ae_^iincta do^nina Maria ni nati-
vitate Ltidovici primogeniti sui et auffrazta
fada fucnint siimptibiis ecclcsicc ad yniagi-
nes apostolortim et m buto infei'iori ex tino
latere sancti Matcricii et ex alto sancti Lau-
rencii et alia ad ymagines prophetarum et in
capite ymagû sancti Mauricii.
— Item diuc aliœ cappa, de sainito rnbei
coloris, operatce ciim diversis avibus, quarum
domina dédit panmmi et atiffrazia facta fue-
runt siimptibus ecclesiœ, zuia in aitffraziis
ad ymagines episcoporum et in buto sancti
Silvestri, alia in auffraziis martyrum in
buto sancti Mauricii, compétentes.
— Item una alia cappa depanno auri,divcr-
sornin colorum cum auffraziis, y maginibiis
et armis domini Hardouini andcgavensi^
episcopi (1372-1430) quam idem cpiscopus
dédit ecclcsiœ.
— Item alia cappa pulchra, de panno auri
diversorum colorum cum aiffraziis ymaçia-
tis, quam dédit deffunctus M. Bonihominis.
(1362.) (De panno aureo alexandric et yndii
coloris... 1467) (la chape de la Madeleine —
in cujus capucio sunt très ymagines. —
Médius sancti Pauli. 1595).
— Item unaalia cappa, de saniito rubci colo-
ris, cum ymaginibus diversis et cum auffra-
ziis de armis sancti Mauricii rétro caput et
diversis aliis armis Andegavi et Britanniœ
et plurium aliorum, quam dédit deffunctus
Gau, butilariiis (1375), quondam canonicns
ecclesiœ Andegavcnsis.
— Item una alia cappa de auro, diverso-
rum colorum, cum auffraziis et pluribus
ymaginibus, quam dédit Andréas Bcsson-
nelli, canonicus Andegavcnsis ( 1 36 j), in ca-
pite atffrazii unus episcopus.
— Item sex alûe cappce, quarum trcs ha-
bent firmalia argentea et alice tertice habent
firmalia cuprca, quidquidam dictum in anti-
quo inventario, quarum prima est de serico
diversorum colorum, per carrellos, dupplicata
sandalo rubco cum firmalia pulchro et magno
argentei deaurati, lapidibus seminato et
bordato excepta certa pccia in dextcra parte
ad intra et dcfficiunt plurcs lapides.
— Item alia de panno violcto seminato
petiis aureis, dupplicata sajtdalo et bougrano
cum aiff'raziis ad arma Francicc, cumfirma-
lio aigenteo dcaurato seminato fioribus lilii,
ad arma Franc iœ, cum figura assumptionis,
cum tribus lapidibus et ceteri defficiunt et
cum duobus pomis argentei s rétro.
— Item duce cappœ,desericoalbo,dupplicatœ
de sandalo rubco, cum firmaliis argenteis
deauratis ad arma de Credonio,et egent rcpa-
ratione, in uno firmalio déficit una banda.
— Item alia, de serico viridi, cum magnis
animalibus aureis, dupplicata de sandalo
rubco cum firmalio aigcnteo esmaillato ad
unum scutum lozangiarum argent i et adurei,
cum quarta parte scuti aureiadmodum crucis.
— Item alia, de serico ad barras aurei et
adurei coloris dupplicato de bougrano rubeo et
de samito viridi cum pulchro firmalio argenti
ad modum ttirrium cum lapidibus et deffi-
ciunt duo lapides in buto pinaculoruni.
— Item duo aliœ cappœ habentes quœlibct
duo pâma argentea super scapulas inpectore,
vidclicet una de panno serico ad bestias diver-
sorum colorum dupplicata de satino de
diversis pcciis cum auriffraziis et quatuor
pomis et eget reparatione, et alia antiquata
de panno serico ad scuta adurata dupplicata
de bougrano adurato cum quatuor pomis et
etiam indigent reparatione.
— Item una alia cappa persea, quœ solebat
Jiabere poma dcaurata cum fioribus liliorum
cum fil-mal io cupreo ad ymaginem Annun-
tiationis et duobus pomis et eget reparatione.
— Item XVII'"" cappœ antiquœ pro
canonicis satis compétentes :
Prima est de bono panno serico acu con-
fecto forti ad diversos colores armaque
virginis, dupplicata croceo cum firmalio
IBrooeries et tissus, conscrtiés autrefois à la catbéUrale D'3ngers. 301
cupreo angelorum, in uno quorum caput
defficit.
Secunda de panno serico, viridi coloris, cum
animalibus aurais, dupplicata de sandalo
rubeocumfirmaliocupreoadgalum.(i467).
Tertia de panno serico, viridi coloris, cum
avibus dupplicata de sandalo rubeo et cro-
ceo (cum avibus de auro de lucques 1467.)
iiij'''' de panno serico, viridi coloris, cum
animalibus deauratis,dupplicata de croceo
et viridi.
v'a de panno serico, viridi coloris, cum
griffonis ad alas albas, dupplicata de
sandalo adureo. (1467.)
vi^^ de panno serico, viridi coloris, cum
pavonibus et cervis, dupplicata de sandalo
viridi. (1467.)
vii^ de panno aurato ad barras dupplicata
de sandalo violeto.
viii''^ consimilis.
ix^ de panno rubeo, cum capitibus et pedi-
bus cum orfrazio ad ymagines apostolo-
rum, dupplicata de sandalo viridi.
x^ de panno serico viridi, cum magnis
avibus rubeis.dupplicata de sandalo viridi.
xi^ de panno serico violeti coloris cum
auffrazio ad ymagines, dupplicata sandalo
persei coloris.
XII''' de sandalo adureo seminato ymaginibus
apostolorum, dupplicata de sandalo rubeo.
xiii^' consimilis extra dupplicaturam quse
est de boucacino albo.
xiiijta de panno serico rubeo cum orfraziis
pulchris, dupplicata de samicto viridi.
xv''i de serico rubeo cum magnis avibus
dupplicata de sandalo viridi.
xvita de serico rubeo seminato pavonibus
etaliis avibus aureis cumorfraziispulchris,
dupplicata de samito croceo.
xvii'=' de serico persei coloris, seminato
pavonibus. leonibus, dupplicata de sandalo
rubeo. (142 1.)
— Item de vig inti cappis script is ni anti-
quo inventario defficiebant XI'" cappœ et sic
restant novem antiquœ satis compétentes.
Prima de panno rubeo cum leopardibus et
rosis aureis,dupplicata de bougrano nigro.
11^ consimilis coloris et figurée, dupplicata
diversis peciis tellae albae.
III''' de serico viridi seminato animalibus et
avibus, dupplicata de sandalo viridi cum
peciis.
iiii^ de baudequino violeto seminato leoni-
bus aureis, dupplicata de samito violeto
cum peciis.
v^a de serico rubeo cum orfrasiis acu factis et
scutis diversis, dupplicata diversis peciis.
vjta de serico violeto separata cum orfraziis
cum ymaginibus breyibus, dupplicata sin-
done viridi quasi croceo.
viia de serico viridi cum figuris sphericis et
rotondis pavonibus cum orfrasiis planis,
dupplicata de samito viridi.
viii^ de serico ad barras diversorum colo-
rum et cum orfraziis planis cum lozan-
giis, dupplicata de samito adureo pro
majori parte.
IX''' de serico rubeo seminato avibus et mu-
tonibus aureis et aliis ymaginibus cum
pulchris orfrasiis ad ymagines apostolo-
rum, dupplicata sindone viridi cum
peciis. (142 I.)
— Item de XVI cappis veteribus et qîuc
multis repai'ationibus indigebant defficiebant
X et adJmc restant sex taies qnales :
Prima de sandalo rubeo forti, dupplicata
de bougrano adureo.
Secunda consimilis coloris, dupplicata peciis
bouofrani dealbati.
Tercia etiam rubei coloris, simplex, exceptis
aliquibus peciis ad intra.
iiij^''' de serico rubeo seminato leopardibus et
floretis aureis, dupplicata bougrano \nridi.
v'^ de serico violeto cum pluribus peciis ad
aquilas, duplicata de eodem, excepta
pecia bougrani nigri.
302
iReuuc De rsrt chrétien.
vi'a de serico ad barras perseas et rùbeas
cum leonibus et est simplex. (142 1.)
— Item trii^iiita octo cappcr, taies qiiales
pro cappellaiiis.
Prima est de serico rubeo cum orfrasiis ad
ymagines apostolorum, dupplicata bou-
grano adureo.
ii^^^ de serico rubeo seminato floribus cum
orfraziis viridibus ad lozangias, dupplicata
de samito adureo.
iii^ baudequino viridi cum orfraziis barratis
et est simplex.
\\\]^^ quasi consimilis panni et est simplex
cum orfraziis rubeis ad lozangias.
v'a de baudequino adureo cum ymaginibus,
qusesunt ... ursos tenentes, qua; capa est
simplex.
vi^a de baudequino violeto seminato avibus
aureis cum peciis de tella grossa alba ad
intra, quse cappa est simplex.
VII''' de baudequino rubeo cum avibus croceis,
dupplicata de bougrano persico.
VIII''- de panno serico croceo dupplicata bou-
grano persico.
IX"'' de samito adureo cum foliis et vmasjine
Trinitatis, cum orfraziis ad lozangias,
dupplicata tella alba.
X'^ de sandalo renforcato violetto ad follias
cum orfraziis plurium peciarum,dupplicata
tella rubea.
xp de panno persico ad moletas aureas
taconatas et est simplex.
xii""^ simplex de baudequino violeto, semi-
nato de languis aureis, repeciata.
xiii'i simplex consimilis coloris seminata
avibus aureis cum orfraziis croceis.
xiiri''' de duobus pannis videlicet inferiori
parte de serico albo et supcriori de serico
cum Rondellis ad agims Dei, dupplicata
peciis diversorum colorum.
xv'=' de serico diversorum colorum de peciis
et diversis coloribus cum modicis orfrasiis
aureis, dupplicata bougrano viridi.
xvi^''' de serico albo damasceno cum anlma-
libus et avibus ad aures captis, repeciata,
dupplicata bougrano adureo de diversis
peciis.
xvii'''' simplex de baudequino violeto ad
rondelles de serico croceo cum foliis
tenentibus ad orfrazia.
xviii^ simplex de baudequino violeto ad ron-
delles cum griffonibus et orfraziis deauratis.
xix^ simplex de baudequino rubeo ad yma-
gines et praîsepi super caudam cum
orfraziis aureis latis.
xx^ de baudequino adureo cum rondellis ad
griffones et foliis in rondello et est simplex.
xxi=i simplex de baudequino violeto cum
rondellis aureis ad ymagines regum
tenentium capita serpentium.
xxii'^'1 simple.x de serico rubeo cum rondellis
ad aves, portantes rosas rubeas.
xxiii-'' de baudequino perseo seu adureo cum
leopardibus aureis et orfrazio aureo,
dupplicata in parte tella nigra.
xxiiij'-' simplex de baudequino violeti coloris
cum rondellis ad aves et bestias cum
orfraziis duarum peciarum dupplicata de
bougrano perseo in parte et in alia parte
de tella.
xxv'-i de baudequino cum ymaginibus ad
croceas et scripturas, est brevis.
xxvi^'' simplex de panno aureo ad aves cum
orfraziis aureis.
xxvii'i de serico seminato ad turres et lilia,
dupplicata bougrano adureo.
xxviii-'' de serico viridi seminato leonibus
coloratis, dupplicata tella alba et nigra
per pecias.
XXIX''' de baudequino rubeo dupplicata tella
nigra.
xxx^ de serico rubeo cum arboribus viridi-
bus, dupplicata sindone violeto.
xxxi-' de serico aurei coloris dupplicata tella.
xxxii-' de serico croceo repeciata, dupi^licata
in parte peciis sericis.
TgroDeries et tissus, conscrtjés autrefois à la catî)CDrale n'angers. 303
xxxiii''! de serico aureo repeciata, dupplicata
tella cum peciis.
xxxiiijt=i de serico aureo ad barras, duppli-
cata tella rubea et alba.
xxxv^'i de baudequino rubeo seminatobestiis
croceis, dupplicata bougrano persico.
xxxvi'^ de serico aureo repeciata, dupplicata
tella viridi.
xxxvii'i de croceo et rubeo penitus inutilis.
xxxviii'i de serico aureo cum animalibus
dupplicata tella viridi repeciata cum peciis
de persico. (142 1.)
— Item iina alia cappa, de vehito adiirato,
siemmata florelis deauratis cum aitrifrizio ,
in cujus capîtcio est depicta Resurrcctio, quam
dédit magister Robertus Botitevillaift, canoni-
C71S hiijits ecclesice, die prima novembris, anno
Dominimillesimoqttadriiigentcsimodecimo —
(cum trifoliis aureis, cum aurifrasiis Aposto-
lorum, 1 4 1 8), (de velosio perseo seminato par-
vis foliis de broderie — 1 467), (la vieille chap-
pe de velours pers, presque toute usée, 1595.)
Cappae novœ et de novo datce.
— Item ima alia cappa, panni deaurati,
rtibei coloris, ad folias et avcs cum atirifra-
giis ad ymagiues, quam dédit /. Alontaudii
( i^oy), dupplicata bougrano viridi.
— Item una alia cappa pulcherrima,
quam dédit Gar. Robiiii, de panno aureo
cramoseo et minutati auri brochato, cum
auriffrazio diversis ymaginibus dupplicibus,
cumymaginc sanctiMauricii rétro etAnmin-
ciationis in alio, dipplicata tiercclino perseo.
— Iteiti luia alia cappa de panno consimili,
cum aurifraziis ad ymagines apostolorum et
rétro cum ymagine Rcs7irrectionis et beatœ
Marice Rlagdalenœ, qtiam dédit R. Cotin,
archidiaconus Andegavensis, dupplicata tier-
cclino perseo.
— Item îina alia cappa, de panno aureo
cramoseo, Jigurato ad folia aurea ad modum
palmarui>i de veluto purpîireo, cum aurifra-
ziis et ymaginibics dupplicibus diversoruvz
sanctorum, et in posteriori ad ymaginem
Assumptionis, quam dédit doinimis Rex
Siciliœ et in capite cmn coronis de perlis.
1424. Die... anno Domini millesimo
CCCC^'^ XXIIII^'' Maoister Tkeobaldus
de Lîicé, canonicus et thesaurarius luijus
ecclesiœ, qui debcbat diias cappas ; unam
ratione canonicatus et prcbcndœ, aliam
ratione thesaurariœ . . . ad augmentationem
et decorem ecclesiœ nostrœ dédit tinam pul-
cherriniam cappam de panno rubeo auri ad
bandas et in cd,tamq2tam pulchriori et dit ion
fuit REX Karolus receptus et de novo po-
nitur in inventario. (seminata barris aureis
magnis et latis, data per T. de Lucé, cujus
arma sunt in capucio et firmaculo, 1467),
(... ad ejus arma, videlicet unius leonis ar-
genti in campo rubei coloris gularum dicti . . .
les Barres, 1561) (1643).
1425. — Item una cappa, de panno perseo,
dupplicata de boucacino rubeo, cum aurifragiis
ad ymagines, quam dédit magister Jo. Costin.
— Item una cappa, de veluto rubeo cra-
moseo, brochcto, aureo ad magnas arbores, et in
capucio sîint arma de A lenczonio , quam de dit
magister le Bouvier, (seminata foliis vineee,
1467.) (Cappa de Euckaristia, 1561) (1643).
— Item alia cappa, de veluto rubeo,
brocheto, aureo ad arbores nigras, cum auri-
fraziis ad ymagines et in capucio est ymaga
Trinitatis, duplicata bougrano adureo; cum
panno fuit derobata vallens XXX^^ regalia.
1467. — Una cappa nigra, de satino figu-
rato, scu damasceno cum aurifragiis panni
AUKEi DE LucQUES. (Servit Cantori, 1595.)
— Item quinque cappcc nigrcc, de patina
damasceno, cum parvis aurifragiis auri de
LucQUEs, factœ de pannis dimissis ecclesiœ
in obsequiis defunctcc dominœ Ysabellis, re-
ginœ Siciliœ, nltimum defunctce. (1505.)
— Item cappœ nigrœde bonbace, gai.lice
FUSTANE, pro bachariis.
— Una cappa, de velosio rubeo, seminata
304
lacDuc De rart c&rcticn.
foliis et fioribtis aiircis, citiii pnlchris auri-
fragiis, in cujîis captuio sunt arma sancti
Mauricii. Data ccclesiœ per defmictuin do-
mimmt Johaniiem de Grangia, thesanrarmm.
{1434.) Estque frangiatuni caputium cir-
cumquàque, (la grant chape /"raw^^,?, 1595),
(couverte de grandes raies d'or, nommée la
Frange, parce qu'elle a de la frange autour
du chaperon, 1643.)
— Item una alla cappa, panni aurei rubei
coloris, foliis aureis et rosis cooperta cimipul-
chris aurifragiis, in cujus firmaculo estymago
sancti Mauricii, data ecclcsiœ per dcfuiictîim
Johanncni Bernardi, tune archidiaconnm
(1^3^) et postmodo archiepiscopuni Ttironen-
sem. (Capa de Eticharistiâ, 1561, 1643.)
— Item una alia pulchra cafipa: panni
aurci violati cuni magnis barris aureis
latis. Data ecelesice per magistruni Htigo-
nem Fresneati etiam eanonicuni ( i6j2) et est
ad arma ipsiits. (Les barrées 1561) (i6^j).
— • Item dîue cappœ consimiles, de panno
aureo et satino fiourato scminato foliis aureis
C7un aurifragiis, (dictes, les chainnettes,
Ij6i), ( ... semées de feuilles de chesne, 1606).
— Item una alia cappa panni mtrei violati,
C2tm foliis et rosis aureis, data per defunctum
Johannem de la Jîimellih'e, archidiacomini
transligeriensem ( Tj].£i), in cîipis capucio et
firmaculo sjcnt arma dicti defmcti. (à double
frizeure, ... in capucio est figura Assumptio-
nis beatce INIariœ... 1561) (la chape, qui sert
à M. le chantre au Sacre et aux autres festes
solennelles, 1599) (plus viollette que rouge,
1643). Les orfrois sont remplacés. (Mense
junii anno millesimo quingentesimo quadra-
gesimo,de capa panni aurei violati... fuerunt
amota aurifragia et posita alia data per D.
Petrum Ernault cantorem (1524), suntque in
billettâ insignia ejusdem Ernault, videlicet
un chevron d'argent et très pal mas argenti,
en champ d'azur.)
— Item una pulchra cappa panni aurei
rubei, cum pulchris aurifragiis, data ecclc-
siœ per magistruni Guillertmi7}t Tourneville,
cano7ticîim ejusdem ecelesice (1^6^) et archi-
presbytcrum andegavenseju, in cuj'us capucio
et firmaculo sunt arma ipsius. (La quelle
deffunt AL de la Barre a fait racoustrer et y a
fait mettre les armes de M. J. Guillaume
Ruzé, vivant évêque d'Angers, 1 606) ( 1 643).
— Item tnia alia cappa de velosio violato,
seminato solibus de broderia et faeta fiit de
panno ecclcsiœ : sed defttnctus domimis fo-
hannes Bouhalle, scolasticus (i^j/')fecitfieri
aurifragia et broderiam et solvit factionem.
— (Item una alia consimilis, facta sumpti-
bus ecclesiee et ad arma S. Mauricii, 1505).
(Les deux chapes de velours rouge, couver-
tes de soleils d'or, 1643.)
— Item una cappa panni aurei, de velosio
figurato de rubeo et nigro, seminati follagiis
aureis, facta de panno ecclesiœ, expensis fa-
bricœ. (... et pomis aureis, in cujus capucio
est ymago Dei Patris cum duobus angelis,
1532.)
— Item una alia cappa panni aurei, sîiper
velosium cendratum cum follagiis aureis, data
ecclesiœ per D. D. Theobaldtim de Vitry
thcsaurariîim ( i^-{.2), ad arma ipsius in fir-
maculo, (la chape brûlée et desteinte, 1561).
— • Item 7tna alia cappa pa/uii a7trci, persei
coloi'is, cum barris et foliis aureis, c]7iam
defu7îctus M. Guiller77ius de S'^ /iisto, caiitor
( i^^6) fecit fieri de pec7i7iiis ecclesiœ i/i qua
arma ipsius S7i7it sc7ilpta. (In cujus capucio
est ymago beata; Mariœ cum angelis, 1539)
(... que soulloit porter le chantre à la S.
Maurille, 1561) (de vellours violet, 1643).
— Ite/zt 7i7ia alia cappa de pa7ino a7i7'eo alho
dai7iasce7to,c7U)i foliis a7i7-eis data ecclesiœ per
Reve7'e7idissimu77i do7/ii7i7cm do77iin7im G. car-
dinalem de Estotavilla (i^ji) ad ar7/7a
eJ7isde7it. (Elle ne sert plus et est au fond
du chapier, car elle est fort rompue, 1595).
— Ite77i 7i7ta alia cappa de pa7i/w da7iiaseeno
IBroDerics et tissus, conservés autrefois à la catbéDralc D'3ngcrs. 305
sine aura, data per vm^isiriinijacohun de Ca-
strogironis,canonicuviadarmaipsius.(i^o^.)
— Item una alia cappa panni aiwei violet i ,
data per dcfimctuvi dominiim Filliasti-e,
cardinalcvi sancti Marci ad arma ejusdem.
— Item una cappa aurea,facta de broderia,
kistoriata cum angelis et archam^eiis. (La
chape qui sert le jour monsieur S. Michel,
au chantre, 1595.)
— Item U7ia alia cappa de broderia cujtLS
campus est viridis,semmatus lozengiis sett, bar-
ris ac pluribns armis seu scuzonibus aureis.
(Elle ne sert plus et est au fond du grand
chapier, elle se nomme les bahus, 1595.)
— Item una alia cappa discolor, cum barris
antiquis ad arma de Castro fromondi in aui'i-
fragiis et capucio.iln cujus capucio est histo-
riadominicce annunciationis, non articulatur,
I539-)
— Item gtiatuor cappœ albœ de panno de
damasto legato per dominum Symon Bordier
canonictim (1450). (De satino albo cum
aurifragiis satini violeti sive persei, fulciti
pipionibus de pigeons, galice, 1539.)
— Item cappa de velosio cramoisy, tota dup-
plicata de bogranopersco, absgue aurifrasiis,
facta de clamidibus dcfinictorum militîtm du
Croissant. (Fuit facta cappa cum aurifragiis
et in capucio fuerunt posita arma domini de
Martigny-Briand.)
— Item sunt très magnce peciœ et una
parva de panno consimili, ex qtiibus poterunt
fieritres cappœ. Ex istis peciis fuerimt factœ
duce capes et de residuo, quod superfuit fue-
runt fact ce sex longcres adfacienda aurifra-
giade tribus cappis, videlicet aurifragia pro
dicta cappa domini de Martigneyo et alia duo
aurifragia, unum pro capa domini Ludovici,
militis, domini de Bcllavalle et aliud pro
cappa domini Johannis de Bcllavalle.
— Cappa; communes et antiquai. • — Dncc
cappœ panni aurei de Lucques, semmatce
foliisct avibus an ri de LucQUES.
— Item dîiœ cappœ persei coloris, seminatœ
foliis et avibus auri de Lucques.
— Item una alia cappa rubea, citm phiribus
ymaginibus, antiqucc factionis ad arma dcf-
functi Potier.
— Item quinqîte cappœ albœ, novœ, de
TIERCELIN, datce per defunctum Karolum
regcm, cum plurib^is aliis pannis sericis et
sunt munitœ parvis aurifragiis de Lucques.
— Item quatuor cappœ rtibeœ C2un ymagi-
nibus, habentes vultus deformatos.
— Item tina cappa de scrico croceo, pro
tempore Adventtis et Kadragesimœ.
— Item ducE cappœ, persei coloris, similiter
cum ymaginibîis deformatis.
■ — Item quattior deccm cappœ diversorum
colorum antiqtiœ et mtiltum examinatœ,
servicntes in quadragesima pro tractu
dicendo.
Item undecim cappœ, rnbeœ antiquœ,
servientes infestis apostolorum et martyrtim .
— Item djtodecim antiquœ cappœ, diver-
sorïim colorum, dcpputatœ ad serviendzmi in
festis confessornni.
— Item 7ina cappa cîtmparvis quadratis et
sentis diversorum colorum, qtiœ est satis
pnlchra.
— Item quindecim cappœ communes et an-
tiquœ diversorum colorum.
1505. Item alia capa de veluto uigro nova,
atirifragiata ut supra.
— ■ Item una capa de veluto uigro, quasi
consnmpta.
— Item îina capa de veluto nigro. cum
aîirifragiis parmi persei deatirati, quœ deser-
vit cantori.
De ces trois chapes on fiiitdesdalmatiques
pour les enfants de chœur. (Quatuor dalma-
tica; pro pueris, factœ ex velosio nigro qui
remansit ex capis de velosio simili, quœ so-
lebant deservire in festis mortuorum 1525.)
— Item una alia capa panni aurei de ve-
losio figurât 0 de rubeo et nigro, seminata
îo6
iRcuiic tic l'art cD rétien.
follagiis aureis, facta de panno ecclesiœ ex-
pends fabricce. (1525.)
— Item duœ capœ de vclosio Cramoisy.
— Item una ptilchra capa ex panno albo
aiLreo ctun pulchris et preciosis aurifragiis
ad arma deffuncti domini Chauveau the-
saurarii ( i^yj) qui eam dédit.
— Item septem capœ de panno perseo deau-
rato de bonis qicondam rcginœ Anglice cnm
dive7'sis attrifragiis sumptibtis diversomun
caTioniconim videlicct deffuncti Hermani de
Vienne, decani Sancti Martini ( t^^j), Jo-
hannis de la Vignolle dccani(i-j.6^),0. Prin-
cipis cantoris (146^), Al. Denyau, decani de
Credonio, Pétri de Beauveatt, tune archidia-
coni (1482), Renati de la Vignolle, decani
SanctiLa2idi(i4Sç)ctJohannisBinet(i4S4).
— Itejn una capa de brode ria super panno
fetiderato dataper deffunctîtmDominiimJ. de
la Vignolle, decanum, ad ejus arma. (1464.)
■ — Iteju îina alla capa de broderia de
taffetas cramoisy cuiii attrifragiis ejusdem
pamii data per deffunctum dominum Jo.
Bellangier cantorcni (148S), in capucio ctcjus
jiguratur ymago beatœ Maricc. (Une chape
de soie jaulne par quelques endroits, en la
billette de laquelle y a un chevron brisé,
deux fleurs de lys et une estoille, 1599.)
■ — Item una alla capa dataper A. Denyau,
ex panno atireo figu,rato barris figuris albis.
(La petite aux coulleuvres, 1561.)
— Item aliapidchra capella (mis p. cappa)
ex panno de_ffunctœ Reginœ Siciliœ deaurato
ciim aurifragiis sumptibtis ecclesiœ factis.
— Item îina capa de damasco albo, cum
aurifragiis panni Rcginœ Anglia; data per
domimim Guillermîim Jamelot. (i^jj.)
— Item îina capa ex panno deaurato, quam
Jieri fccit defunctus A. Denyau canonicîis.
— Item très capœ ex albo panno deaurato,
datœ ecclesiœ per bonœ memoriœ deffunctum
Jo. de Rely episcopum andegavensem.
— Item quatuor capœ de satino albo, cum
aurifragiis de satino perseo fîtlcitoviviom^vs
deauratis de pigeons T)'oK,galice.{\^ft?, quatre
chappes de satin blanc avec orfrois de satin
violet ou pers couverts de pigeons d'or, 1561.)
— Ite7n una capa alba nova ex panno vocato
SATIN Bi^iocMÉ d'or ciun aurifragHs a la
CORDE quœ qîiidem capa deservit cantori.
— Item 2cna cappa de taffetazio albo facta
ex dupplicatura capœ panui dcaurati quam
aliqtiando dédit dominus Chauveau thesaura-
rius. (1473.)
— Item 7ina capa de taffetazio viridi dup-
plicata de bougrano viridi.
— Item una capa de panno veluto violato
cîim attrifragiis data per deffunctum P . Hu-
bert capellamim hujus ecclesiœ dtwi viveret,
(habens aurifragia, in cujus capucio est
ymago beati Nicholay... 1539.) (La chape
de velours violet, 1595.)
— Item djue capœ ex panno damasco vi-
ridi, cum suis aurifragiis dates per deffun-
cticm Gcrmanum Colin et Math^u'imim Jolys
cappcllanos Jmfus ccclesicc. (Les deux da-
mas verts avec franges, 1539.)
— Quadraginta dtiœ capœ sericeœ partim et
deauratœ et nonmillœ aliœ non tamen sericeœ
pro nimia vctustate quasi consumptœ adjisum
quot/iidianum ecclesiœ capellanis psalteribus
et aliis habituatis hujus ecclesiœ deservientes.
1525. — Una cappa nigra, de satino figu-
rato seu damasceno, cum aurifragiis panni
aurei de Lucques.
— Ite77Z una capa panni argentati, cum
aurifragiis deauratis auri finis, ecclesiœ data
per Domimim Stephamim Tremblay (1^04).
— Ite?n una alla capa similis ex dono dicii
Tremblay, exceptis aurifragiis, sumptibtis
ecclesiœ factis. (Les deux chapes de drap
d'argent. Les Argens, 1595) (...ne servent
plus, 1599.)
— Item tindecim capœ ex panno damasceno
per dejfunctam Annam, reginam Fkanci.k,
ecclesiœ datœ cum aurifragiis sumptibus
iBroDeries et tissus, conscctiés autrefois à la catbcDralc Dangers, 307
nonmdloj^iini cappellanoruDi factis, (in una
quarum est ymago David et crozille, in
altéra vero poma et pira ex broderia, 1539).
— Itein alla capapamii anrei, diversorum
colorum, cum aurifragiis aureis, in cujus
capucio est Jiistoria Transfigurationis et
scriptipii ibidem : bonniu est vero hic esse.
(Les larrons, la chape, faicte de pasquerettes
de diveres couleurs, 1595.)
— • Item alia capa ex paiino aureo rtibeo,
friziato cum anrifragiis aureis ad arma
deffuneti domini Louet, decani ( i^ç^) in
billeta apposita.
— Item una alia capa panni damasccni
figurati Fusci, bleu, galice, per niagisti'iim
Jacobum Fournie r pro receptione sua in ea-
nonicîim soluta. (Panni damasci violeti obs-
curi, 1539} (la chape de damas cendré de
Fournier, 1561.)
Cappœ de novo factœ.
Quinqne capœ, de saiiuo albo de Burges,
quarutn très sunt mitnitce aurifragiis
de satina rubeo se7nitiato litteris aureis
mus, MARIA ; reliquce vero duœ snnt immitœ
aurifragiis, floribus lilii seminatis. ( i^ÇS-)
— Très capœ, de satino viridi, aurifragiis
aureis inunitœ. (Diruptœ pro aliis reparan-
dis, 1595.)
— Très capce de damas bleu cuvi auri-
fragiis aureis. (Les deux de damas cendré
à trois chapes simples pour les répons, 1 595.)
— Très capœ ex satino rubeo, cum aurifra-
giis aureis. (Les vieux satins rouges 1595.)
(Trois vieilles chapes rouges de satin couleur
ventre de biche, usées et rapiécées, 1643.)
— Quatuor capce panni damasceni rubei
cum aurifragiis. (Les quatre chapes de
damas rouge, 1595.)
— Alia capa panni satini, bleu galice,
historiata arbore Jesse, data per magistruin
foh. Pépin . (Une chappe de gris couverte
de quelques images et pommes dorées,
nommée les Pépins... 1606). (Ueuxchappes
bleues appelées Jessé et saint Evrou, 1643.)
(La chape de satin bleu couverte depinnes,
1539.) (La chape des pinnes des Confes-
seurs, l'arbre de Jessé, 1561.)
— Alia capa ex satino brochât 0, in capucio
cujus est ymago beatœ Ma7'iœ data per Ma-
gistrum Jo. Hubert cappellamun.iln capucio
cujus sunt arma memorandi Domini Renati
Régis Sicilice. — La chape de satin broché
cendré au commun, 1595.)
— • Alla cappa ex panno croceo, et violata
in capucio cujus est ymago sancti Michaelis,
data per magistrum JM. Beaujils. (Panni
figurati crocei violetique coloris, 1539.) (Une
vieille chape nommée la chape du dyable
toute rompue, 1595.)
— Item una alia capapan7ii aurei albi capti
ïu petia similis patmi inferius in capitulo
auricnlariorum invcntoriati, munita auri-
fragiis aureis per doniimwi Ernault cantorem
data... Item très alnœ panni aurei albi restan-
tes ex octo alnis similis panni de quibus
captae fuerunt quatuor alnce pro confectione
capee factse pro domino cantore qui aurifragia
aurea ejusdem capae dédit. — Item una alna
de simili panno existens in capseta de satino.
1539. Item una capa ex panno aureo 7'azo
nigri coloris in cujus capucio est adoratio
trium Rcgum. Aurifragia a Rondeaux in
quibus sunt mistcria dominicce incartiatiotiis,
in billeta tnsignia Reverendi in Christo
patris Domini fohannis episcopi Andega-
vcnsis, qui ipsam dédit anno Domini millc-
simo quingentesimo trigesimo nono. (La
chappe de Monseigneur Olivier oui sert à
monsieur le chantre aux anniversaires so-
lennels et à l'oraison à l'anniversaire dudit
donateur seulement, 1561.)
— Item tma capa panni aurei friziati in
cujus capucio est crucifixus, quod capticium
est aligatum (quatuor esquillettis et billc-
tis duobus, quibus sex esquilletis sunt ti'cdecini
FERRA AURE.\ in ipsaquc billeta insignia
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 3'"= LIVRAISON.
3o8
îRctiuc De rart chrétien.
de Montejean una crossa. Qitani dcdit Rc-
verendus pater Renatus Boursault, canonictis
abbas sancti Melani Redonensis, de Ebronio
et de Ponteron, viense Aprilis Anno Doniini
M° V^ et XL.
— Item una capa similis pa7ini (ornement
de J. de Rely), aurci albi qtiam ex panno pre-
dicto œ7-e proprio fccit Jieri vir egregiiis,
domiiius Johanncs du Maz decanus ecclesiœ
andcgavensis, cujns domini arma sjint in bil-
leta snb pileo protonotharii. (La chape de M.
du Maz grand doyen d'Angers 1595), (dont
l'orfroi est fait à lacz d'amour, 1599) (1643).
— Item una cappa ex panno satini broc ati
aurei albi cujus aurifragia S7int a cordonis
et deservit cantori. (La chape du chantre des
festes N. D. à cinq chapes simples, nommée
les couleuvres, 1595.) (Une chape de toile
d'argent, appelée les couleuvres au chaperon
de laquelle y a une N. D. de pitié et à la
billette les armes de S. Maurice, 1606.)
— Item duce capœ ex panno damasci atirei
razi viridis coloris, consimilis panni capellœ
domini de Rohan, quce sunt dupplicatce bou-
grano rubeo habentes pulchra aurifragia,quos
dédit boncB Tnemoriœ Reverendissinni-s in
Christo pater Dominus Franciscus de Rohan,
quondam archiepiscopus Lîigdîtnensis et cpi-
scopjcs Andcgavensis. {]^ç.sô.euKc\\a.^e.?,àç.àr?i^
d'or vert nommées \&sLyons, 1595), (1643).
— Item tma alla capa panni aurei rtibci
coloris friziati data per deffnnctum bonce
memorice magistrum Petrum le Gay cano-
nicîim, in cîijus bileta sunt arma domini
fohannis Loueti quondam Decani ecclesiœ
hujîis. (Du seigneur de Chizé, 1561) (nom-
mée Chissé) (et y a trois crouzilles à la
billette, 1599) (1643).
— Item duce capce ex velozio violeto obscuro,
tournant sur couleur perse, habentes auri-
fragias et capucia composita a oyseaulx de
fil d or. (Les deux chapes violettes aux
oyseaulx d'or sur les orfroys, 1595.)
— Item una alla capa ex velozio cramoysi
in cujus caputio sunt arma dargcnt a une
bande de six pieczes d'azur et snb sctcto,
scribitur Los en croissant.
— ■ Item una alla capa ex simili panno
velozii in captitio cujus sunt arma du Bellay
d'aigent à ftisées de gîietdes. A fleurs de lys
dazur et stib scribitur Los en croissant.
(Les deux de velours rouge nommées les
GRANDS CROCIIETZ. (1595.)
Cappa; communes.
— Item duce capœ ex velozio cramosiaco,
quoi'7im aitrifragia S7i7it cuJ7isda77i pa7i7ii
se77ii7iata 7'amys et floribus perseis et albis.
(Elles servent aux festes des Apôtres au
répons, 1595) (1606).
— Itei7i vigi/tti q7iat7ior capœ pa7ino7'U77i
sericor7im partim dca7trator7U77 pai'tim 710/1,
diverso7'U])i color7i77i quœ 7isui quotidiaiio
habituatorum ecclesiœ dese7'viu7it .
— Item très capce a7itiq7iœ, çua7'7im 7C7ia
est de ta/et as violet, duœ ve7'o aliœ ex pa7ino
sericeo 7'7ibri coloris desuper compositœ ad
ymagines de broderia, earum atirifragia ex
velosio grizeo sive ce7idrato desupei' b/'odato.
Fue7'unt ob vetustate77i dirtitœ, ideo 7i07i ar-
ticulentur.
— Ite77i duœ capce ex satino incar/iat,
confectœ ex pa/ino ecclesiœ. Aurifi-agia
ve7'o expensis venerabili7tm vi7'07'îi.m domi-
7to7'U77i foha7i7iis T7'ucha7dt sacrœ paginœ
p7'ofessoris decani de inter Sarta77i et Me-
diianam et Re/iati Bradasne habe/is in
billcta illitis arma capelloruni ecclesiœ. ( 1 643. )
— • Itcni duce capce ex sati7to j'iibeo ex
pa7i7io ecclesiœ. Aui'ifragia vero siu/iptibus
ve7icrabili7im virorum 77iagistri Iohan7iis
Doysfcau licentiarii et domini Pliilipi Cha-
vet, capellanor7n7i co7ifecto7'U77i, quor7i7n in-
sig7iia ift billetis pate7it. ( 164J.)
— Ite77i duœ capœ ex satino violeto ex
pajino ecclesiœ. A7irifragia vero et 7-eliqua
sumptibus venerabiliiun vi7'07-7im T>iagistri
IBroDeries et tissus, consertics autrefois à la catbénralc D'anprs. 309
Guillelmi Coué licentiarii et Mathurini
Tanibonneau, notarii capituli confectce. Refec-
tœfuej^unt per Domiinim Haurcs tune f abri -
ciwii. (Les deux chapes de satin violet pour
les répons à 3 chapes doubles des confes-
seurs Coué et Tambonneau, t 595)(avecques
orfrois où sont écrits en plusieurs endroits
ces mots Jésus, Maria, 1606).
— Item icna capa ex sati'no turquino
BLEU per totiuii desuper contexta broderia
ex panno ecclesiœ. Aurifragia vero et cetera
alia expensis cgregii vii'i domini Johannis
de Bordigné jjiris doctoris tmic sancti
Ebrulji capellani exindc canonici ecclesiœ
andegaveiisis confecta, in cujiis capiitio est Sti
Ebrulji yviago et arma ejusdem de Bordigné.
(La chape de M. de Bordigné de satin de
Turquisse bleu couverte de soye blanche,
d'autres couleurs par endroits, 1495.)
— Item qitattior capœ de satino de Bruges,
quariim diiœ sunt coloris ricbei, duce vero
incarnatœ et aurifragia ex vclozio rubeo et
viridi ad arma Castrofromondi. (Des quel-
les deux servent à trois chapes simples et
deux autres à trois chapes doubles des
Martyrs, 1595.)
— Item duce capce de satino de Bruges,
viridi coloris, aurifragia de velozio rubeo
seminato fioribus atcreis et albis. (Oui servent
aux ailes aux (■) festes des confesseurs à
trois chapes doubles, 1595), (1606).
— Item deux alicc capœ satini de Bruges,
persei coloris : aurifragia unius sunt ex
velozio l'ubeo avibus aureis seminata, alte-
rius vero de satino rubeo superscripto Jus
Maria, (pour les ailes aux festes des con-
fesseurs à III chapes simples, 1595.)
1 541. — Eodcm anno fieru7it remotœ duœ
capœ, una satino albo, dicta Ave Maria, al-
téra ex damarsio albo pro aliis reparandis.
I. Lehoreau donne le nom A'aisles ou ailes aux deux ou
quatre chapelains, qui accompagnaient le chantre sur
son banc, aux fûtes à trois ou cinq chapes.
— Loco dictamm caparum ftierimt factœ duœ
alice plu7'imoi'zim pan7ioru)n.
1544. — A7mo Domini M. V'^.XLIIII
fuerunt factœ duœ capœ ex velosio viridi
semmatœ cai'ellis aureis quibus fuerunt
posttœ am'ifragia, tina qtiœ erat capœ panni
azirei persei diruptœ et altéra, quœ erat capœ
cantons ex panno aureo viole ti coloris friziato.
— Eo anno fuencntfactœ duœ capœ panni
damarsei, îina munita aurtfragiis ex velosio
veteri coloris viridis, altéra velozio grizeo
seminato fioribus.
— Ex capis quatuor panni buigensis albi
fîicrunt diruptœ duœ et confecta tma pro
Choristis ex codem pajino.
Exduobus veteribus capis albis de damarsio
vocatis LE,s BORDiERS fuH facta 7inica pro
choristis aurifragia posita siiper casulam
servientem altari Sancti Renati dictitn.
— Item mense j'unii anno Domini mille-
simo quingentesimo quadragesimo œre ecclesiœ
fuit emptus pannus aitreiis sive tela aurea
figurata friziata similis panno capce datœ ec-
clesiœ per dominum Abatem 5^' Melani
ex quo factœ fuerunt très capœ quaruvi
unamfecitfieri circumspectus dotninus Rena-
tus Valin, juris doctor, peniteiitiarius eccle-
siœ et dédit aurifragia preciosa, in cujtis
caputio est figura (de drap d'or blanc à dou-
ble frizure, 1643).
Secundam vero nobilis vir donmnis fo-
hannes Herse, juris ticentiarius canonicus
dédit aiirifragium in capticio figura et in
billetta autem illius insignia trois herses en
champ d'azur. (1643.)
Tertiam vei-o fieri fecit et aurifragia de-
dit pj'eciosa nobilis etiam vir d. Vvo de
Thessé, canonicus in cujtcs capucio est et in
billetta ejîisdem de Thesse insignia djcn lyon
rampant seméde fieurs de lys. ( 164J.)
— Item una capa, panni aurei violcti,
confecta ex panno ecclesice aurifi-agia vide-
licet et alia expensis venerandi in Christo
3IO
EcDuc De rart cfjrcticn.
patris iiobilis Johannis du Mas, episcopi,
imper decani nostri et Dovihii temporalis
de Duretal in cujus capiitio est yniago
crucijixi et in billet a insignia dicti du
Mas. La grant chape de drap d'or viollet.
(1643-)
— Item duœ capte, quas dédit Revei'endus
in Christo pater doniinus Gabi'iel Bouvery
miseratione divina cuj'us caputio est obitiis
beatissimœ Mariœ Virginis, altéra vero est
depanno aureo rubeo cramosiano, atirifragia
vero sunt sumpttwsi et magnifici operis in
quorum capiitio est Rcsurrectio Domini et 211
bille ta tdriusque sunt insignia dicti Reve-
rendi episcopi. (Les deux chappes de Mon-
seigneur d'Angers l'une de drap d'or viollet,
l'autre de drap d'or blanc à friseure de
velours rouge.) (De panno aureo albo sem-
mato rosis pomis et floribus argenteis cum
figuris de velousio rubeo cramosiano 1595.)
(1643-)
Cappœ communes.
— Item îtna capa panni damasci rubei
confecta ex panno ccclesiœ, aurifragia vero
expensis discreti viri magistri Francisci
Patry presbyteri capellani in cttjns caputio
est nativitas domini et in billcta duœ litterœ
F. P. cum armis apostolorum Pétri et Pauli.
— Item duiF capce de satino albo de Bruges.
Les deux chappes qiii servent aux allés aux
/estes des vierges.
— 1595. Item une chape de drap d'or
sur velours vert, fort belle et riche, en
la billette de laquelle sont les armes de
deffuiit maître fchan de Breilrotid, cha-
noine (1643).
— Item une belle et riche chape de drap
d'or viollet, changeant, laquelle dcjfunt
maistre Guillaume de Mandon, chanoine,
a autrefois fait raccoustrer et s appelle
la cHAi'E DE Mandon, à la billette de
laquelle sont escripts ces mots Jésus Marl\.
(1643-)
1606. — Item deux chappes neufves de
vchnirs noir.
— Item quatre autres chapes neuves de
camelot noir dont les orfrois sont de camelot
bleu.
— Item quatre chapes d'ostade noire
neuves, orfroisées de satin de Burges bleu.
— Item trois chapes de velours noir à
orfrois de drap d'or.
— Item trois chapes de velours 7toir à
orfrois de drap d'or.
— Item deux chapes de damas noir.
— Item deux chapes d'ostade noire potir
servir aux anniversaires à trois chappes.
— Item deux étales et tm fanon de satin
de Burges de couletir orange et une autre
et oie et un fanon de velotirs noir.
— Item deux chapes de damas blanc netif
avecques vieils orfrois d'or de masse tirés à
person na iges. (1643.)
— Item deux aultres chapes aussi de
damas blanc neuf appelés caffart avecques
vieux orfrois d'or de masse tirés à person-
naiges comme les précédentes. (1643.)
— Item deux autres chapes de satin de
Burges blanc avecques orfrois de satin de
Burges incarnat et vert. (1643.)
1643. — Item une c happe de toile d'or,
meslé de soye noire, donnée par défunt
viaitre Gervé poy et vivant chanoine de la
dite église ralongée au costé de toile de faux
or, et sert au chantre pour les anniversaires
solennels.
— Trois chappes neîifves de damas vert
avec leurs orfroyes à personnages de niasse.
Depuis 171 1 et 1 713 les chanoines don-
nèrent douze à treize chapes des plus belles
du temps, quant au drap d'or (').
Les chapes avaient leur chaperon en
pointe (-). L. de Farcy.
(A suivre.)
1. B. E., Cérémonial <\ç. Lehoreau, t. III, p. 142.
2. Voyage liturgique en France du sieur de Mauloin, p. 79.
Des basejS et bes ustensiles euebaristiques.
(Quatrième article.) (Voy. p. 53.) '^mmmmmmemmm
Cl)apttre \)U* — Des ciboires.
] E ciboire est le vase destiné à
contenir des hosties consacrées
pour la communion des fidèles.
Hospinien, Gabriel Biel, Du-
plessis-Mornay, Jonas Porrée et quelques
autres écrivains ont avancé que l'usage de
réserver la sainte Eucharistie et de la con-
server dans des ciboires, ne s'était introduit
dans l'Église que vers l'an 12 15, après la
célébration du IV" concile de Latran. Cette
assertion est démentie parles témoignages
les plus irrécusables.
Nous avons montré ailleurs que,dès l'ori-
gine de l'Église, les fidèles, en diverses
circonstances, communiaient hors du sacri-
fice de la messe, et que les espèces consa-
crées étaient réservées à leur intention.
Aussi, les Constitutions apostoliques recom-
mandent-elles aux diacres de renfermer
dans le tabernacle les hosties qui n'auraient
point été consommées pendant le Saint-
Sacrifice (').
Nous allons nous occuper successive-
ment : 1° des noms des ciboires ; 2° de
leur matière ; 3" de leur forme et de leurs
dimensions ; 4° de leurs ornements et
de leurs inscriptions ; 5° nous fournirons
des indications sur un certain nombre
de ciboires remarquables ; enfin, 6'^ nous
dirons quelques mots sur les pavillons de
ciboires.
I. Lib. VIII, G. XIII.
3rtiClC ). — Des divers noms des ciboires,
LE vase destiné à contenir la réservée
eucharistique a été le plus ordinai-
rement désigné sous le nom depj.ris (py-
xide), dans le cours du moyen âge, et, sous
celui de ciborinin (ciboire), depuis trois ou
quatre cents ans. D'autres appellations,
moins fréquemment usitées, ont servi à dé-
signer ces vases eucharistiques. Nous allons
mentionner leurs principales-dénominations
et en indiquer l'étymologie.
Aprosioiov (de xpro;, pain, et ©îpw, je porte).
Les Grecs,avons-nous dit, donnent ce nom
à l'endroit situé derrière l'autel, où est ré-
servé le saint Viatique. Ils désignent aussi
par le même terme la boîte ouest renfermé
le pain eucharistique (').
CiiRiSMALE. — Catalan cite un manuscrit
de Reims où la bénédiction du vase eucharis-
tique porte le titre de Prefatio clwismalis {^).
Mais ce terme s'applique ordinairement
à la boîte qui renferme le saint Chrême, au
linge dont on enveloppait le front de ceux
qui venaient de recevoir le baptême ou la
confirmation, et à la toile dont on revêt les
autels nouvellement consacrés.
CiBORIUM, yj.çiOùivj, yj.ç,i-yjoiO'j, /_c'c&)rov. — Ce
n'est guère que depuis trois siècles que les
Grecs ont désigné sous ce nom les coffrets
eucharistiques.
Dans les anciens textes, ces expressions
s'appliquent toujours au.K édicules soute-
nus par des colonnes, servant de couronne-
1. Goar, Eitcol., p. 209.
2. Pontifie, roiiitin., lit. xvill.
REVUK DE l'art CUKÉTIë.W.
1885. — 3™* LIVRAISON.
312
IRcuuc Uc rart cbrctien.
ment à l'autel. On trouve cœborium, avec le
sens de vase eucharistique, dans un inven-
taire de la cathédrale de Prum ('). Mais ce
n'est qu'au XV° siècle, et surtout au XVI^
que cette appellation se généralise.
Les érudits sont loin d'être d'accord sur
l'étymologie du mot ciboire. Grancolas (')
et l'abbé Thiers veulent qu'on ait appelé les
vases eucharistiques f/<5tf/7'^.y, parce qu'autre-
fois ils étaient suspendus sous des balda-
quins, nommés ciborium. Duranti (') le
fait dériver de /ic^opiov, coupe ; Robert
Etienne de /jS^-o:, coffret ; Casalius (f) et
M. du Sommerard de cibns, parce que
l'hostie qu'il contient est la nourriture de
l'âme. Hesychius, Saumaise, Casaubon,
Dacier, etc., pensent que ce mot vient de
l'égyptien et qu'il signifiait, dans cette
langue, une espèce de fève dont la forme
servait de modèle à certains vases, ou qu'on
employait elle-même à leur confection.
Ces vases eucharistiques sont parfois dési-
gnés par le terme de ciborium minus (5),
pour les distinguer des édicules destinés à
protéger l'autel.
Cette identité de noms pour deux objets
tout à fait différents a induit certains litur-
gistes en erreur. Ainsi le savant Gropper(-)
voit des vases eucharistiques dans les cibo-
rium que le pape Symmaque donna au.x
basiliques romaines de Saint-Sylvestre et de
Saint-André, d'après le témoignage d'Anas-
tase le Bibliothécaire ; mais il est certain
qu'à cette époque, le mot ciborium n'avait
pas encore le sens de vase eucharistique.
Le terme ciborium a également servi pour
désigner 1° les petits autels portatifs que
l' Ordre romain appelle tabula itineraria ;
1. Bulle t. monum.ji. XV, p. 298.
2. Lesanc. liturg.,\.. n, p. 241.
3. De Ritib. eccles. cath.
4. De christ, vet. sacr. rit.
5. Du Cange, Constant, christ., 1. III, c. i.xni.
6. ])e asscriiatione Euchar., art. II, C. XXV.
2° les tabernacles adhérents à l'autel ; 3" les
niches creusées dans le mur près de l'autel,
pour y garder la réserve eucharistique.
Dans les anciens inventaires, le mot ci-
boire subit maintes altérations telles que :
cibo/um, ciborctim, civorium, civorius, cybu-
reum; cJiiboirc, chyboillc,ciboing)ie, ciboingrc,
syboingne, etc.
On donnait spécialement le nom de
ciboriolum aux petits vases destinés à porter
le saint Viatique.
CoLUMBA,7r:pc!77cpiov. — Ce nom, qui indique
une forme très fréquente du ciboire, apparaît
dans le testament de .S. Perpétue, évêque
de Tours, lequel date de 475 (").
EucHARiSTiALE (sous-entendu vas). — On
trouve ce mot dans un Pontifical du X"^
siècle, cité par Catalan (").
Margarita (perle). — Fortunat donne ce
nom à un vase d'or, dans lequel on mettait
le corps de Jésus-Christ.
Pastophoria. — Bellarmin croit qu'on a
désigné par là des custodes eucharistiques.
Ce n'a pu être que très exceptionnellement,
car le pastophore désigne l'endroit où l'on
conservait les livres liturgiques et tout ce
qui servait à l'autel.
Pvxis, TTJït;, Tr-jficv, TTufrjov (de 7tj;i;, buis).
— Les anciens appelaient pyxide les cas-
settes à bijoux, parce qu'ordinairement
elles étaient en buis. Les chrétiens, consi-
dérant à bon droit la sainte Eucharistie
comme le plus précieux des trésors, donnè-
rent, par analogie, le nom de pyxide aux
coffrets qui renfermaient des hosties con-
.sacrées. Cette dénomination, la plus répan-
due au moyen âge, s'appliquait aux grands
ciboires aussi bien qu'aux petits vases de
Viatique. On trouve les formes altérées de
pixis, pyxida, pyxomelum, buxis, buxida,
bussida, bustela, bustia, etc.
i.D'Achéiy, Spicil., t. v.
2. Po7itific. roman., tit. xvill.
Des uascs et Des ustensiles cucbaristiques.
313
Les vases eucharistiques sont encore
désignés sous les noms à'a7'ca, capsa, cap-
se/la, capsii/a, cassa, conditornim, copa, cophi-
nns, ciipa, aippa, aistodia, Jiierotheca, kostia-
ria, locjilum, repositoriiuii, sitspcnsio, tahcr-
iiacitl/iiii, tccha, htrris, vas ; condttoire,
conserve, Joyau pour le Saint-Sac rc ment ,
repositoire, réserve, etc.
3ttiCle il. — De la matière des ciboires.
LE Poîttifical romain, qui détermine la
matière du calice et de la patène, ne
parle pas du ciboire ; mais l'argent est requis
formellement par un décret de la Congré-
gation des Évêques et Réguliers, en date
du 12 septembre 1588.
L'argent doré, au moins pour l'intérieur
du ciboire, a toujours été la matière le plus
généralement employée ; c'est elle que
recommandent, d'abord principalement et
ensuite exclusivement, les conciles, les
synodes et les rituels, en ne tolérant l'étain
que pour les paroisses pauvres. On a aussi
employé, mais rarement, l'albâtre, l'alumi-
nium, le bois, le bronze, le cristal, le cuivre,
l'électrum, la fonte, l'ivoire, le laiton, le
marbre, l'or, les pierres précieuses, le platine
et le verre.
Albâtre. — A Saint-Bénigne de Dijon,
on conservait les espèces consacrées dans un
vase d'albâtre, haut d'un demi-pied, et dont
le couvercle avait un pied de diamètre. Ce
vase était renfermé, près de l'autel, dans
une armoire sur la porte de lacjuelle on
lisait cette inscription : Hostia salveto nostrce
spes sanctce salutis (').
Arc.ent. — Guillaume, évéque d'Autun,
fit présent à l'église Saint-Etienne, d'un
ciboire d'argent, en forme de coupe, pesant
quatre marcs ; il était doré en dedans et
en dehors (').
1. Voyas;e litt. de deux Bénéd., t. I, picm. partie, p. 142.
2. Hist. episc. Aiitissiod., c. Lvn.
Il est peu d'inventaires de trésors du
moyen âge qui ne mentionnent des ciboires
en argent. Quand la forme des coupes pré-
valut, on se bornait souvent, comme de
nos jours, à faire la coupe proprement dite
en argent ; le pied était en cuivre argenté.
Le concile de Lyon (1850) veut que la
coupe des ciboires soit en argent doré.
Beaucoup d'autres conciles n'exigent la
dorure que pour l'intérieur de la coupe.
Bois. — Les premiers chrétiens, qui con-
servaient chez eux la sainte Eucharistie, la
déposaient dans un coffret de bois, parfois
même dans une simple corbeille d'osier.
S. Zenon de Vérone parle « du pain
eucharistique déposé dans un vase de bois ».
Les Contjimes de Chmy, rédigées par S.
Udalric, désignent sous le nom de pyxis
coi-ticea la boîte eucharistique que l'on
mettait dans la colombe d'or suspendue au-
dessus de l'autel.
S. Grégoire de Tours (') nous apprend
que Léon, treizième évêque de Tours, qui
avait été ouvrier en bois, fabriquait des
tours eucharistiques en bois, qu'il recouvrait
de feuilles d'or.
En II 28, dans l'église monastique de
Deutz, i3rès de Cologne, un ciboire en
bois fut l'objet d'un miracle. Cette pyxide
était placée dans une niche en forme de
fenêtre, près de l'autel, et close par un
châssis revêtu de soie. Un incendie dévora,
avec l'abside, le vase à encens, une burette
d'étain, la boîte à hosties non consacrées ;
en un mot, tout ce qui se trouvait dans la
niche fut brûlé, à l'exception de la py.xide
eucharistique. L'abbé Rupert fit rétablir cet
armariiun et l'on y grava cette inscription :
Hoc corpus Doinini flammas in pyxide
vicit ('').
1. Hist. Franc, 1. X, c. xxxi.
2. Kupert, De tncendio Tuitieusis, c. Y ; Mabillon,
Anii. bened., sec. xu, c. 49.
3H
iRcuuc De l'art cbrcticn.
A l'abbaye d'Olivet (Loiret), le saint
Sacrement était conservé dans une espèce
de tourelle en bois (').
Laurent Allemand, dans les visites
pastorales qu'il fit, de 1493 à 1497, dans
son diocèse de Grenoble, prescrivit de rem-
placer les coffrets eucharistiques en bois
par des pyxides en métal. Ces coffrets en
bois étaient de formes très diverses, carrés,
longs, oblongs, ovales, etc. (-).
On trouve en Allemagne des pyxides de
. Viatique en bois, revêtues d'une broderie de
perles de verre, œuvre de religieuses qui
ont voulu ainsi suppléer à l'émail. Pendant
la Révolution de 1793, on a souvent été
forcé d'employer des ciboires de bois ; c'est
ce que l'on fait encore aujourd'hui en cer-
taines circonstances. « A la cathédrale de
Beauvais, dit l'abbé Barraud ('), ainsi qu'à
l'église .Saint- Etienne de la même ville, on
a fait faire, il y a quelques années, les vols
d'églises étant devenus très fréquents, des
ciboires en bois de palissandre, et l'on s'en
sert encore quelquefois maintenant, lors-
qu'on peut craindre quelque soustraction
sacrilège. Ils ont la même forme que ceu.x
de métal. On place dans l'intérieur une toile
de lin fortement empesée, à laquelle on a
donné la forme d'une coupe et que l'on a
bénite avec la formule en usage pour les
corporaux. C'est dans cette coupe que se
consacrent et que se conservent les hosties.
Chaque matin on l'enlève et on la met
dans un ciboire d'argent ou de vermeil
dont on se sert pour la communion. Lorsque
les messes sont dites, la coupe est replacée
dans le vase de bois, et le ciboire d'argent est
reporté à la sacristie. L'usage des vases
ou des boîtes en bois pour les circonstances
dont il est ici question est autorisé dans
1. Voy. lut., 1. 1, i"-- p., p. 24.
2. L'abbé Tripier, Aatice sur le ciborium de la cathédrale
de Grenoble, dans le Biillet. tnonum., 1S58, p. 14.
3. Notices sur les ciboires, 1858, p. 35.
le rituel de Beauvais, publié en i 783, par
les ordres de Monselyneur de la Roche-
foucauld. »
Chez les Grecs modernes, Xartophorion,
boîte pour le pain consacré du Viatique, est
en ars:ent et même en or dans les églises
riches; mais, dans la plupart des églises
rurales, elle est en bois (').
Cristal et Verre. — La Chronique des
évêques de Minden nous apprend que jadis,
dans une église voisine de Hildesheim, on
conservait l'Eucharistie dans des vases de
verre.
Au couronnement de Charles-Ouint, la
sainte Eucharistie fut portée devant lui,
sous un dais brodé d'or, dans une cassette
de cristal, renfermée dans un coffret en
bois (-').
A Saint-Rambert (Ain), on conservait le
saint Sacrement dans une tour vitrée (f) ;
à l'église Sainte-Croix de Rome, c'était
dans un vase de cristal, placé derrière
l'autel (■*).
En 1861, Pie IX, à l'occasion de la
béatification de Benoît-Joseph Labre, a
offert à l'église de Sainte- Marie -des-
Monts, un ciboire en cristal de roche,
monté en or et bordé d'une couronne
d'améthyste.
Cuivre. — A partir du XI I^ siècle, quand
l'ivoire devint plus rare, on employa fré-
quemment le cuivre doré ou émaillé, désigné
sous le nom âl œuvre de Limoges. Les inven-
taires mentionnent aussi des pyxides en
simple cuivre. Elles ne sont pas ordinaire-
ment dorées à l'intérieur de la coupe.
Peut-être y plaçait-on les hosties ren-
fermées dans une autre petite boite de
matière plus précieuse, ou bien les enve-
loppait-on dans un petit corporal.
1. Richard Simon, Bibl. crit., t. I, p. 160.
2. Paul Jovc, Hist. sui temp., 1. XXVII.
3. Voy. litt. de deux nt'néd., t. I, p. 239.
4. Thiers, Diss. sur les autels, p. 206.
Des ttascs et Des ustensiles eucharistiques.
ô'5
Étain. — Cette matière, qui est presque
partout proscrite de nos jours, était jadis
tolérée pour les églises pauvres. Les statuts
synodaux de Jean Avantage , évêque
d'Amiens (1454), et d'un de .ses successeurs,
François Faure( 1 662), en permettent l'usage.
Feydeau de Brou le confirma en 1697, mais
à la condition e.xpresse que ces ciboires
contiendraient une petite boîte d'argent,
pour y mettre les saintes hosties.
Fonte. — Un inventaire des Célestins
d'Éclimont (Eure-et-Loire) mentionne un
ciboire de fonte bien dorée (').
Ivoire. — Cette matière est fréquemment
désignée dans les anciens inventaires. Les
statuts synodaux d'Eudes de Sully, évêque
de Paris, ordonnent que les pyxides de
Viatique soient en ivoire, propter casuiii.
L'auteur de la Vie de sainte Claire parle
d'une châsse d'ivoire où était réservée
l'Eucharistie ('). Dom Martène signale les
ciboires en ivoire qu'il a vus aux cathédrales
de Sion et d'Autun, aux monastères de
Ferrière (diocèse de Sens) et de la Grasse
en Languedoc (^). Mabillon cite celui de
l'église des chanoines réguliers de Vérone('').
La Congrégation des Évêques et Régu-
liers, par un décret du 26 juillet 158S,
interdit les pyxides en ivoire,
Laiton. — On donnait au moyen âge les
noms à'electrîiin ou aiiricalqne à une espèce
de laiton où le cuivre était mélangé avec de
l'étain, et quelquefois avec une addition
d'autres métaux (").
Makkre. — A lacathédrale deMaurienne,
le Saint-Sacrement était réservé dans un
vase de marbre C').
1. Texier, Dict. (Torfcvr., au mot ciboire.
2. Surius, XII aug.
3. V^oy. lilUr., t. I, i" partie, p. 68, 156 ; 2'' part., p. 55 ;
Deniiliq. ritib. 1. I, c. V.
4. Itcr. i/al., p. 178.
5. liariaud, of>. cit.
6. Voy. litt., t. I, i"-' part., p. 247.
Or. — Les ciboires en or ont toujours
été rares. Ce sont, en général, des dons
faits aux églises par les papes, les princes
et de puissants seigneurs. L'empereur Cons-
tantin fit présent à l'église Saint-Pierre de
Rome d'une tour eucharistique et d'une co-
lombe, toutes deux en or, pesant trente
livres, ornées de 215 pierres précieuses (').
Venance Fortunat loue le zèle de l'arche-
vêque de Bourges, qui avait fait faire une
tour d'or où était renfermé le corps de
Jésus-Christ.
Flodoard (') rapporte qu'un voleur essaya
de s'approprier un ciboire d'or, en forme de
tour, suspendu au-dessus de l'autel de
Notre-Dame de Reims, mais qu'il se laissa
choir et mourut du coup.
La Sainte-Chapelle de Paris possédait un
ciboire en or, estimé 1300 livres, qui fut
volé en 1573. Un inventaire de 1532 {^) en
donne la description suivante : « Ung repo-
sitoire nommé ciboire, où l'on mect le
Sainct-Sacrement, lequel est dessus le grand
hostel, pendu au bout d'une crosse de
cuyvre, et est ledicte repositoire tout
d'or, excepté la moulure et empâtement
du pied, qui est d'argent doré ; au hault
duquel y a une petite croix d'or, et en chacun
costé d'iceluy, y a ungcrucifi.x d'or eslevé,
et deux tittres de Jhcsics Nazaremis rex
Judeorîini. »
Pierres précieuses. — Les inventaires
du moyen âge mentionnent parfois des ci-
boires en agate, en béryl, et en diverses
autres pierres précieuses.
Hugues de Flavigny nous apprend que
l'empereur S. Henri donna au monastère
de Saint-Vanne une custode d'onyx pour
servir de suspension eucharistique.
I. Anast. Bibl., in Sylvestro.
1. Hist. Remeiis., 1. I, c. xvi.
3. In^iiit. lies reliques de la Sainte-Chapelle., public par
M. Douel d'Arcq daus la Rev. arch., t. X , p. 192.
3i6
IRcuiic De rart chrétien.
HrtiClC iij. — De la forme et des dimen-
sions des ciboires. ^^^--.v:^.•<.-=^.^.v^^^^.vs-^^-c~~l^^J^^-J-^.•^^
§ I. — Des ciboires en forme
de tour.
ON asouvent donné aux ciboires la forme
d'un petit édicule rond, carré, hexa-
gone ou octogone, surmonté d'un toit coni-
que, hérissé ou non de crochets. Ces tours
eucharistiques, j^our lesquelles on trouve
une formule spéciale de bénédiction dans
le Sacrainentaire gallican, étaient conservées
dans les sacristies ou les ariuariuni. On les
posait parfois sur l'autel pendant le saint
Sacrifice, afin de distribuer la communion
aux fidèles, et c'est là l'origine des taber-
nacles adhérents à l'autel, qui ont conservé
longtemps la forme de leur type primitif
Dans le cours du moyen âge, on suspendait
la tour au-dessus de l'autel ; en Orient, elle
était attachée au centre intérieur du cibo-
riuni. En Occident, la tour, protégée par
une petite tente en soie, était fixée à une
crosse munie d'une poulie; Mabillon prétend
que cet usage était inconnu à l'Italie.
Sandelli {') a décrit des tours eucharisti-
ques en argile rougeâtre, qui ont été trou-
vées dans les catacombes de Rome ; elles
servaient aux fidèles pour emporter chez
eux la sainte Eucharistie. Ces antiques
pyxides avaient à peu près la forme des
autels carrés faits d'une seule pièce. Des
lampes en bronze ou en argile adhéraient à
quelques-unes d'entre elles et rappellent nos
lampes brûlant perpétuellement devant le
saint Sacrement. Un petit meuble en terre
cuite et de forme ronde, publié par M. Per-
ret (-), a beaucoup d'analogie avec les
tours dont parle Sandelli et a probablement
servi aussi à conserver l'Eucharistie.
Le pape Innocent I (402-417) fit don
1. De sacr. syttaxib., c. xix.
2. Cutiic. de Rome, t. IV', pi. xix, n. 4.
d'une tour d'arg-ent à l'éarlise des Saints-
Gervais-et-Protais. Le pape Hilaire, mort
en 46S, fit un semblable présent à la basili-
que de Latran.
S. Aredius, abbé de Saint-Yrieix, men-
tionne quatre tours parmi les vases sacrés
qui lui appartenaient (').
S. Rémi, archevêque de Reims, enjoignit
à son successeur, par son testament, de faire
confectionner une tour (turricîibiin) et un
calice, avec la matière d'un vase d'or, pesant
dix marcs, que lui avait donné Clovis (').
La tour eucharistique que Félix, évêque
de Bourges, donna à son église, était aussi
en or. Venance Fortunat (') l'a célébrée
dans les vers suivants :
Quant benejiincia décent, sacratl ut corporis agnl
Margaritum i/tgeiis, aurea dona feront !
Cedunt chrysolithis salomonia vasa metallis ;
Ista place le /nagis ars facit atque fides.
Grégoire de Tours nous raconte qu'un
diacre sacrilège, de la ville de Riom, trans-
portait de la sacristie une tour in qitâ iiiystc-
riiiiii doiiiinicicorporis habcbatur(;^)\ que cette
tour s'échappa de ses mains et alla se placer
d'elle-même sur l'autel où se célébraient les
saints Mystères. Ce texte a donné lieu à
diverses interprétations. Mabillon et J. B.
Thiers pensent que cette tour ne contenait
que les vases sacrés nécessaires à la célé-
bration de la messe. J. Gropper, Duranti,
Bona, Dom Chardon et le P. Le Brun
croient, au contraire, que cette expression
collective ininisterituii ou mystcrium douii-
iiici corporis comprend non seulement les
vases liturgiques, mais aussi les hosties
réservées pour la communion. Il pouvait y
avoir quelque doute sur l'interprétation de ce
passage, alors que l'on discutait sur le sens
du mot iiiinisteriiim ; mais Dom Ruinart,
1. Mabillon, Vet. analecta, t. II, p. 57.
2. Flodoard, Hist. eccles. Remens., 1. I, c. xvin.
3. Lib. III, caim. xxv.
4. De Glor. inaii., 1. i, c. l.xxxvi.
Des Dascs et Des ustensiles eiicbaristiqucs.
'M
dans l'édition qu'il a donnée du livre de
Grégoire de Tours, affirme que tous les
manuscrits qu'il a pu consulter portent ;;y5/^-
rhiDi : ce qui nous semble trancher la diffi-
culté.
Parmi les églises qui conservaient jadis
la sainte Réserve dans des ciboires en
forme de tour, nous citerons les cathédrales
de Laon, Reims, Bourges, Digne, Orléans;
Saint-Michel de Dijon, Saint-Laurent de
Rouen, Saint-Benoît à Paris, l'abbaye de
Marmoutiers, les Célestins d'Avignon et de
Paris, etc. (').
On conserve, dans l'église de l'ancienne
abbaye de Sénanques, une tour du XI II^
siècle, en bois peint et doré ; le corps prin-
cipal est octogone, percé de trente-deux
fenêtres et surmonté d'une sorte de clocher
à six pans. On y lit l'inscription suivante,
que M. Viollet-le-Duc (-) suppose avoir été
repeinte d'après l'ancienne: Qvimandvcat :
hvnc : pane m : vivct : in œternvin.
Les antiques tours eucharistiques sont
devenues extrêmement rares ; on en ren-
contre fort peu dans les musées. Un très
petit nombre de ces curieux monuments ont
été dessinés.
Un tableau du XV^I® siècle, conservé
dans la sacristie de la cathédrale d'Arras,
représente le grand autel de cette église, à
peu près tel qu'il était au XI 11^ siècle. Une
custode, en forme de tour, est tenue sus-
pendue par un ange qui, la tête en bas,
semble descendre de la volute d'une
crosse {').
Ce n'est point sans un motif symbolique
qu'on a donné la forme de tour aux vases
eucharistiques : c'est l'emblème de la force
1. Bellotte, Rit. eccl. Laudun., p. 49; Chardon, HUt. des
sacr., t. II, p. 250 ; Thiers, De Pexp. du St-Sacr., t. I, p. 40,
42; Moléon, Voy. li/urg.,-p 180; Bénédictins, fV'r. lilt-, t. I,
p. 21, 67, etc.
2. Die/, du rnobil./rtwç., t. I, p. 246.
3. Ann. arch. t. IX, p. i.
morale que le chrétien puise dans la sainte
Communion. L'Eucharistie, dit Novarini(').
est la tour inexpugnable de l'Eglise et ne
peut être mieux réservée que dans un
ciboire en forme de tour. S. Germain de
Paris ('') remarque que ces sortes de vases
sont destinés à nous rappeler le sépulcre de
Notre-Seigneur, qui fut creusé en forme de
tour dans un rocher. On considérait aussi
la tour comme l'emblème de la sainte Vierge,
turris Davidùa, mais cette application était
faite, même aux ciboires qui n'avaient pas la
forme turriculée ; car Guillaume Durand (■')
dit, d'une manière générale : « Le coffre
(capsa) dans lequel on conserve les hosties
consacrées, signifie le corps de la Vierge
glorieuse. Il est tantôt de bois, tantôt
d'ivoire blanc, tantôt d'argent, tantôt d'or,
tantôt de cristal, et, selon ces diverses ma-
tières, il exprime les diverses vertus du
corps de Jésus-Christ. »
Il faut remarquer que les tours ne ser-
vaient parfois qu'à renfermer un autre vase
eucharistique : telle était la tour d'ivoire
de l'abbaye de Saint-Waast d'Arras, qu'une
tradition erronée regardait comme le vase
où Marie-Madeleine conservait ses parfums.
§ ^•
Des ciboires en forme de
colombe.
Dom Martène pense que l'usage des
ciboires en forme de colombe est plus an-
cien que celui des tours (^) : mais cette
assertion ne parait reposer sur aucune
preuve. Il est question tout à la fois de
tours et de colombes dans des textes du
IV^ et du \^ siècle : antérieurement à
cette époque, il n'en est fait aucune mention.
Il est vrai que Tertullien désigne une
1. Agnus eiiehar., c. LV, n. 56S.
2. Ap. D. Martène, Thés, anecd, t. \', p. 95.
3. Ratio»., 1. I, c. in.
4. De aittiq. EecL rit.. 1. I, c. \', art. 3.
3i8
Eetiue De rart cfjrcticn.
ésflise sous le nom de <i la demeure de notre
colombe (') »; mais ce passage peut donner
lieu à diverses interprétations. Quant à la
colombe en verre provenant des catacombes,
que l'on conserve au musée chrétien du
Vatican, rien ne prouve que ce soit un vase
eucharistique.
Le P. Le Brun pense que l'usage des
colombes est originaire de l'Orient. Il est
certain, dumoins,que les plus anciens textes
relatifs à ces vases nous viennent d'auteurs
orientaux. Mais faut-il admettre avec
Macri {■) que ce fut S. Basile qui inventa
cette forme ? Rien dans la vie de ce saint
ne peut le faire conjecturer.
Les colombes n'ont peut-être été d'abord
qu'un ornement emblématique qu'on plaçait
sur les tours et les coffrets destinés à con-
tenir l'Eucharistie. Nous nous expliquerions
ainsi la double mention de tours et de
colombes qui est faite dans des textes du
V siècle. On lit, en effet, dans iVnastase
le Bibliothécaire, qu'Innocent I fit faire une
tour d'argent, accompagnée d'une colombe
dorée, pour l'église des martyrs saint Ger-
vais et saint Protais ; que le pape Hilaire
donna aussi une tour d'argent et une colom-
be d'or, de deux livres pesant, à la basilique
de Latran ; que Constantin fit don à la
basilique de Saint-Pierre d'une tour et d'une
colombe de l'or le plus pur, enrichies toutes
deux de prases, d'hyacinthes et de deux
cent-quinze perles blanches. Au siècle
suivant, la sainte Eucharistie n'était pas
toujours déposée dans l'intérieur de la colom-
be, mais dans une pyxide suspendue au
bec de l'oiseau. Il en était ainsi au monas-
tère de Cluny. Quand la réserve était
contenue dans l'intérieur de la colombe, on
renfermait souvent l'hostie dans une petite
boîte ou dans un linge. Ce dernier usage
1. Ariv. Valent., en.
2. Hierolex., v"" Ciborium.
était observé à Saint-Théoffray, dans le
Velay, comme le prouve un passage de
ses archives, rapporté par Du Cange (').
Voici quel était, au moyen âge, le mode
de suspension le plus ordinaire: la colombe
était fixée sur un plateau, accroché par
deux ou trois chaînes à un dais qu'enve-
loppait un rideau ou pavillon. Une chaîne,
attachée au sommet de ce pavillon, roulait
sur une poulie fixée à l'extrémité d'une
crosse. Cette chaîne passait dans la tige
de suspension, et le célébrant n'avait qu'à
ouvrir une petite porte percée dans cette
tige pour faire descendre la colombe sur
l'autel. C'est à peu près le même système
qu'on emploie de nos jours pour les réver-
bères.
Mabillon a constaté que les colombes
eucharistiques avaient été extrêmement
rares en Italie ; il en a vu une en auricalque
au monastère de Bobbio, en Sardaigne (*).
En France et en Belgique, tout au con-
traire, la forme de colombe a été générale-
ment admise jusqu'au XVL- siècle. Il y en
avait encore un certain nombre aux deux
siècles suivants. Les vovaçreurs et les litur-
gistes de cette époque ont mentionné celles
des cathédrales de Rodez et de Chartres ;
des abbayes de Saint-Denys, de Chésy-sur-
INIarne, de Saint-Paul de Sens, de Saint-
Waast d'Arras, de Grandmont (diocèse de
Limoges), de Cluny, de Saint-Germain-des-
Prés, de Saint-Bénigne de Dijon, des
prieurés du Val-Dieu en Champagne, de
Ruffec,en Berry ; des églises de Saint-Maur-
les- Fossés près de Paris, de jolans près
de Châteaudun, de Saint- Luperce près de
Chartres, de Saint-Julien d'Angers ; des
Cordeliers et des Jacobins de Rodez, etc.
Ce ne fut point sans raison qu'on choisit,
1. Columba desupcr altareaurea, ubi dominicum leponi-
tur corpus in linteo mundo servandum. Glossar., v°
Columba.
2. lier italic, p. 217.
Des tia.scs et Des ustensiles eucharistiques.
319
pour les ciboires suspendus, la forme de
colombe. Pour renfermer le mystère de la
charité divine, on voulut imiter la forme
de l'oiseau qui, chez presque tous les
peuples de l'antiquité, fut regardé comme le
symbole de l'amour. Il en fut ainsi chez les
Indiens, ainsi que l'attestent encore aujour-
d'hui leurs antiques pagodes. La Vénus des
Cypriotes et des Grecs l'attelait à son char
et la portait à la main. Selon Elien, cette
déesse se métamorphosait elle-même en
colombe. C'est sans doute à cause du senti-
ment dont ces oiseaux étaient l'emblème,
que les habitants d'Ascalon en nourrissaient
un nombre si considérable ; que les Assy-
riens en plaçaient l'image sur leurs éten-
dards ; que les Syriens les adoraient et
que les Samaritains leur rendaient un culte
sur le mont Garizim.
Dans le symbolisme chrétien, la colombe
n'est pas seulement l'emblème de l'amour
divin, mais encore de la simplicité de l'âme,
de la paix du cœur, de la candeur, de l'in-
nocence, etc. Voilà un ensemble de motifs
bien suffisants pour expliquer comment la
forme de la colombe a été si affectionnée
pour les vases qui devaient contenir la
divine Eucharistie, source de toutes les
vertus et foyer de l'amour divin. C'est
donc à tort que le P. Chesneau, dans son
Oi'pJiée eiuliaristique, prétend que cette
forme a été déterminée par le souvenir des
colombes mystérieuses qui apparurent à
divers prêtres, alors qu'ils célébraient le
saint Sacrifice de la Messe. Ces apparitions,
en supposant même qu'elles soient toutes
incontestables, n'eurent lieu qu'en petit
nombre et alors que l'usage des colombes
eucharistiques était déjà introduit dans
les Eglises grecque et latine. D'ailleurs,
tous les écrivains du moyen âge sont
unanimes dans l'interprétation de ce type
symbolique.
Tous les vases en forme de colombe
n'étaient point destinés à contenir l'Eucha-
ristie. Il en est qui n'avaient d'autre but
que de figurer le Saint-Esprit. On en a
trouvé dans les catacombes qui ont évidem-
ment servi de lampes. On en plaçait au-
dessus des chaires épiscopales pour figurer
l'inspiration du Saint-Esprit.
La forme de colombe était aussi donnée
à certains reliquaires, et même à de simples
objets de piété, que les fidèles conservaient
dans leur demeure.
Des doutes se sont élevés sur la destina-
tion des colombes qu'on suspendait au-des-
sus des tombeaux et dans les baptistères.
Certains liturgistes y voient de véritables
ciboires ; d'autres pensent que ce n'étaient
que des images du Saint-Esprit.
En ce qui concerne les tombeaux, nous
croyons qu'il faut faire une distinction entre
ceux qui étaient surmontés d'un autel et ceux
qui en étaient dénués. Les colombes dont
ces derniers pouvaient être ornés, n'étaient
évidemment que des emblèmes de l'Esprit-
Saint ; mais les tombeaux-autels pouvaient
être surmontés de la custode eucharistique.
Quand le moine de Saint-Denys rapporte
qu'un soldat de Sigebert, roi de Soissons,
monta sur le tombeau de saint Denys pour
enlever une colombe d'or qui y était sus-
pendue et qu'il se perça le flanc en tombant
sur sa propre lance, nous pensons qu'il s'agit
ici d'une colombe eucharistique, parce que le
tombeau de saint Denys était surmonté d'un
autel (■).
Il est certain qu'il y avait, dans les bap-
tistères, des colombes n'ayant d'autre desti-
nation que de représenter le Saint-Esprit,
qui apparut sous cette forme au baptême
de Notre-Seiçrneur. Les actes du concile
o
de Constantinople, tenu sous Memnas,
I. Greg. Tur., De glor. mart., c. Lxxu.
KEVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1S85. — 3"'= LIVRAISON.
320
IRctiuc De part cfjrcticn.
en 536, mentionnent les plaintes des moines
d'Antioche contre l'hérétique Sévère qui
s'était approprié les colombes d'or et d'ar-
gent, images du Saint-Esprit, suspendues
dans les baptistères, et qui donnait cet
ingénieux prétexte qu' « il ne convenait pas
de représenter le Saint-Esprit sous la forme
de colombe ». D'un autre côté, on a fait
remarquer que les néophytes recevaient la
communion immédiatement après le baptê-
me, et que l'Eucharistie devait être réservée
pour cet usage, dans les vastes baptistères
où se trouvaient souvent plusieurs autels.
Mais il nous paraît bien plus probable que
les nouveaux baptisés communiaient avec
les hosties consacrées à la messe spéciale
que l'évêque célébrait pour eux.
§ 3. Des boites cylindriques.
Beaucoup de ciboires du moyen âge
avaient la forme d'une boîte cylindrique, à
couvercle plat ou le plus souvent conique.
Cespyxides,ordinairement en cuivre émaillé,
peuvent être considérées comme les dimi-
nutifs des tours dont nous avons parlé plus
haut. Cette forme était très répandue du
XI<^ au XI Ve siècle. En général, cette custode
sans pied est profonde de quatre centimètres
environ et d'un diamètre de six à sept cen-
timètres. Son couvercle conique, d'environ
cinq centimètres de hauteur, se termine par
une petite croix. Une charnière, établie sur
le rebord de l'ouverture, relie entre elles les
deux parties de la custode. L'intérieur est
.souvent doré ; à l'extérieur, le fond est
émaillé en bleu d'outre-mer, sur lequel on
a réservé des surfaces circulaires en émail
blanc, avec épargne de cuivre doré et de
rinceaux interposés de place en place.
Ces petites pyxides, qu'on voit fréquem-
ment dans les musées et les collections par-
ticulières, étaient parfois déposées dans de
plus grands ciboires, en forme de tour ou de
coupe. L'inventaire latin du trésor de la
cathédrale de Laon, dressé en 1523, et publié
par M. Edouard Fleury, constate ces usages :
« Un vase très remarquable d'argent doré,
de ceux qu'on nomme coupes, sur le couver-
cle duquel se dresse une croix dorée, pourvue
d'un crucifix de vermeil. Il renferme une
pyxide d'argent où sont déposées les hosties
consacrées qu'on porte aux malades, et dont
le couvercle d'argent est aussi surmonté
d'une croix ('). »
A cette époque, les synodes et les rituels
recommandent d'avoir deux sortes de ciboi-
res, l'un plus grand, qui doit rester dans le
tabernacle, l'autre plus petit, pour porter le
saint Viatique aux malades : le prêtre qui
remplissait ce ministère, faisait usage de ces
custodes cylindriques. Antérieurement, on
mettait parfois la sainte hostie dans un sim-
ple corporal ou dans un petit sac, coutume
qui fut interdite par plusieurs conciles {^).
% 4. Des ciboires en forme de
coupes à pied.
Quand on ne voulut plus suspendre les
pyxides, on leur donna un pied analogue à
celui du calice. L'usage de ces ciboires pé-
dicules a dil surtout se propager à l'époque
où, la communion des fidèles devenant
moins fréquente, le prêtre ne consacra plus
à chaque messe les hosties qu'il devait
distribuer aux assistants, sur une grande
patène. On trouva plus commode de réserver
un certain nombre d'hosties dans un vase
spécial, différent parfois de celui cjui conte-
nait le saint Viatique. Très rares à l'épo-
que romane, ces pyxides se multiplient au
XI II<^ siècle et se rencontrent partout au
XVI^. Ces vases de communion se
composent d'une coupe épatée, surmontée
1. Ed. Fleury, Invent, du trésor de la cath. de Laon,
P- 45-
2. Mansi, Contil., t. XXIV, p. 403.
Dc0 tiases et Des ustensiles eucDanstiqucs.
321
d'un couv^ercle en forme de dôme, qu'on
ferme au moyen d'une charnière à goupille.
La coupe est supportée par une tige, avec
ou sans renflements, qui se termine le plus
souvent par un pied circulaire à sa base.
On voit que c'est la forme que nous avons
conservée pour nos ciboires modernes,
à cette exception près que, depuis le
XI 11*^ siècle, nous avons supprimé la char-
nière pour que le couvercle puisse s'enlever
complètement.
En Allemagne, on rencontre, au XV^ siè-
cle, des coupes hexagones, à bords droits,
ayant pour couvercle un dôme émaillé, le
tout porté sur un pied élevé.
Au XVI Ile siècle, M. l'abbé Boudon,
archidiacre d'Evreux, inventa des ciboires
à charnières dont le couvercle, placé sous
le menton des fidèles, était destiné à rece-
voir les hosties, au cas où elles viendraient
à tomber. Les orfèvres modernes ont cru
perfectionner ce vase, en adaptant au cou-
vercle une plaque qui fait l'ofiîce de patène.
On usurpe par là sur les privilèges de l'évê-
que, on supprime le rôle liturgique de la
nappe de communion, et l'on donne au
ciboire une destination qui ne lui appartient
pas. M. l'abbé Decron s'est fait l'apologiste
de cette regrettable innovation (') ; un
savant bénédictin de Solesmes a solidement
réfuté les erreurs accumulées dans sa
brochure (').
C'est également dénaturer l'office de la
custode de Viatique que de ménager dans sa
tige un récipient pour l'huile des infirmes.
C'est là un expédient utilitaire qui date
d'assez loin, avec des modifications diverses.
Il y a un compartiment pour les saintes
huiles dans un ciboire du XV^ siècle, con-
servé à Saint-Cunibert de Cologne. C'est
1. De Vadminislr. de l'Euch. auxJidUes ou plaidoyer
pour la conservation des charnières à la coupe des
ciboires. Angers, 1S67.
2. Detaformetradit. des ciboires. Arras, iS6g.
un hexagone à six fenêtres surmontées de
clochetons, avec une adjonction insolite
de gargouilles.
§ 5. Des autres formes de ciboires.
Outre les quatre principales formes de
ciboires que nous venons d'indiquer, il en
est d'autres qu'il faut considérer comme
exceptionnelles.
Une peinture de la neuvième chambre du
cimetière de Saint-Marcellin et de Saint-
Pierre, nous montre un petit agneau qui
porte sur le dos un coffret nimbé. Buona-
rotti pense que c'est une pyxide eucharis-
tique.
On a trouvé dans les catacombes de
petits coffrets en bronze avec un anneau au
sommet du couvercle. D'un côté, on voit
le monogramme du Christ avec les lettres
symboliques A û ; de l'autre, une colombe.
Plusieurs antiquaires croient que ces sortes
de custodes étaient destinées à contenir
l'Eucharistie et à être suspendues au cou des
fidèles. On les aurait placées dans les sépul-
tures comme un des objets les plus chers
aux défunts. M. de Rossi ne voit dans ces
petits coffrets carrés que des cncolpia, ayant
seulement contenu des reliques (').
D'Agincourt a dessiné, dans son Histoire
de r Art (-), un ciboire en forme de tasse,
qui provient de l'église de Saint-Ambroise
de Milan. Les bas-reliefs dont il est orné
représentent l'histoire de Jonas, les miracles
de l'Hémorrhoisse, du Paralytique et de
Lazare. Cette forme de tasse, fermée par un
couvercle plus ou moins bombé, a été quel-
quefois usitée au XVI 11^ siècle pour porter
le saint Viatique.
S. Jérôme {f) nous dit qu'Exupère, évêque
de Toulouse, portait le corps de Notre-
1. Bullet., 1872, p. ig.
2. Sculpture, pi. xn, n. 2.
3. Epis t. XLIV.
322
iRcDuc ne r3rt cbrcticn
Seigneur dans un panier d'osier et le Pré-
cieux Sang dans une fiole de verre, parce
qu'il avait vendu les vases d'or et d'argent
de son église, pour subvenir aux besoins
des pauvres.
Dom Mabillon a vu, dans le baptistère de
la cathédrale de Pise, un globe dans lequel
on conservait autrefois l'Eucharistie pour
les nouveaux baptisés (').
A Notre-Dame de la Ronde, à Rouen,
on réservait le saint Sacrement tout au haut
du contre-retable de l'autel, dans une lan-
terne vitrée dont le bois était doré (^).
On a mis quelquefois des hosties miracu-
leuses dans des châsses. 11 en fut ainsi à
Douai, dans l'église Saint-Amé, pour l'hostie
miraculeuse de l'an 1254, qui a donné lieu
à la procession séculaire du Saint-Sacrement
de Miracle. Elle était renfermée dans une
châsse d'argent, qu'on nommait la fiertre
du Sacrement. Ce n'est qu'au XVI 11'= siècle
qu'on la suspendit dans une boîte, à la
couronne d'un ostensoir (3).
Les auteurs du Voyage littéraire (■•) dé-
crivent ainsi le coffret dans lequel on con-
servait, à la Sainte-Chapelle de Dijon,
l'hostie miraculeuse, percée de coups de canif
par un Juif: « C'est un coffre d'or, long
environ d'un pied et demi, large d'un bon
demi-pied, et élevé pour le moins autant. Il
est très bien travaillé et orné de plusieurs
agates. C'est un présent du duc d'Épernon.
Auparavant, on la mettait dans un autre
coffre plus petit, de vermeil doré, émaillé si
délicatement qu'on ne peut se lasser de le
voir. »
Un inventaire du trésor de la cathédrale
d'Amiens, fait en 1347, mentionne comme
1. I ter ital., p. io6.
2. Moldon, Voy. lihirg., p. 407.
3. L'abl)é Capelle, Recherches sur l'hist. du St-Sacr. de
Miracle de Douai, p. 27.
4. Tome I, I'- pan., p, 144.
n'étant plus en usage, un grand vase d'ivoire
en forme d'arche, où l'on conservait jadis
l'Eucharistie (').
Les chanoines réguliers de Saint-Léonard
de Vérone conservaient la sainte Réserve
dans une urne d'ivoire. Les Bénédictins de
Saint-Bénigne de Dijon la mettaient dans
un vase d'albâtre (^).
M. de La Borde (') décrit un ciboire, en
forme de coffret carré, qui appartient à la
collection Germeau. Celle du prince Solty-
koff possédait une pyxide carrée, éniaillée
de bleu, la seule de cette forme que connaisse
M. Darcel (^).
On s'est quelquefois servi de vases hé-
misphéroïdaux, sans pied et sans couvercle,
pour porter le Viatique aux malades. A la
cathédrale de Séville, c'est dans un cœur
d'or qu'est porté le Viatique à l'archevêque.
Parfois on s'est servi d'un simple calice en
guise de ciboire. C'est dans un calice que
l'abbé Zozime porta l'Eucharistie, sous les
deux espèces, à sainte Marie l'Égyptienne.
C'est également dans un calice, couvert d'un
linge blanc, que les moines de Cluny por-
taient le Viatique aux malades (-'). Le con-
cile de Narbonne, tenu en l'an 1609, dit que
lorsque les prêtres administrent la commu-
nion, ils doivent porter l'hostie dans une
pyxide oit dans itn calice. Bouteroue (*) a
prétendu, mais à tort, que les calices à
anses, surmontés d'hosties, figurés sur les
monnaies de Caribert et de Dagobert I,
représentaient la forme des ciboires de cette
époque. Le P. Mabillon, tout en combattant
l'argument numismatique, invoqué par Bou-
1 . Garnier, Invent, du trt'sor de la cath. d'A miens (Métn.
des ant. de Picard., t. X, p. 262).
2. Voy. liit., t. I, p. 142.
3. Notice des émaux, etc., p. 67.
4. Gasette des Beaux-Arts, t. X, p. 224.
5. D'Achéry, Sf>ic., t. IV : Coutumes de Cluny, 1. III,
c. XXVIII.
6. Recherches curieuses des monnoyes de France.
2;)cs tiares et D£s ustensiles cuc&aristiqucs.
323
teroue et Leblanc, ne nie point pourtant
que des calices n'aient pu servir autrefois de
ciboires ; bien loin de là, il rapporte que le
pape Grégoire 1 1 1 fit suspendre un calice à
l'abside d'une chapelle de Saint-Pierre de
Rome, et il ajoute qu'on ne peut lui assigner
un autre usage que la conservation des
espèces consacrées (').
Dans quelques trésors d'église, on trouve
des vases qui servaient tout à la fois de
ciboire et d'ostensoir. M. l'abbé Pascal (')
en décrit un de la manière suivante : « Le
pied est octogone et supporte une tige assez
courte, à peu près comme celle de nos
ciboires de médiocre dimension. Cette tige
porte une sorte de coupe à parois perpendi-
culaires et à huit pans. Elle est couronnée
d'un couvercle fait en forme de pyramide,
qui se termine par une croix. Au milieu
d'un de ces pans est percée une ouverture
ronde, munie d'un cristal. C'est derrière
celui-ci que se plaçait l'hostie. Le fond de
ce vase est doré et servait en même temps
à recevoir les autres saintes espèces que
l'on conservait. Le couvercle est adhérent
à la coupe et s'ouvre par le moyen d'une
charnière. >
3ttiCle it). — Des ornements et des
Inscriptions des ciboires, ^-^^.-^^<'-;-i^x;^-v^^^-'^^'^^
LES églises pauvres avaient de simples
ciboires-coupes en étain ou en cuivre,
dont quelques moulures faisaient tout l'or-
nement. Mais dans les cathédrales et les
riches monastères, la coupe, son couvercle
et son pied étaient ciselés ou émaillés et
offraient des rinceaux et des arabesques,
entremêlés de monogrammes, de blasons,
d'enroulements en filigranes, de pierres pré-
cieuses, de figures d'hommes et d'animaux,
1. Dcazym. et fer m., c. vill.
2. Dict. de Liùirg., au mot Ostensoir.
quelquefois même de scènes bibliques et
hagiographiques.
Les custodes en ivoire, munies d'un cou-
vercle légèrement conique, sont sculptées
en demi-relief et représentent des sujets
religieux, tels que les trois jeunes Hébreux
dans la fournaise, l'histoire de Jonas, IMoïse
recevant les tables de la Loi, le frappe-
ment du rocher, Jésus et la Samaritaine,
le Paralytique, la résurrection de Lazare,
etc. Sur les pyxides en cuivre émaillé, on
trouve les mêmes sujets, mais plus souvent
des rinceaux, des fleurs, des rosaces, des
fleurons, des croix, des figures d'anges et de
saints.
L'inscription du nom de l'orfèvre est très
rare; mais, dès le XI 11^ siècle, des gravures
placées sur un écusson ou ailleurs indiquent
fréquemment le propriétaire ou le donateur.
Cet usage traditionnel a été vivement
attaqué par des liturgistes français du
XVI le siècle.
Les longues inscriptions sont bien plus
rares sur les ciboires que sur les calices.
Une custode qui faisait partie de la col-
lection Debruge-Duménil portait ces mots :
Iiitvs portatvi' pcr cjvot (pour qvod) mvndvs
salvatvr.
Autour d'une pyxide pédiculée du musée
d'antiquités de Bruxelles, on lit : ^ Discal -
qvi ■ ncscit ■ Jiic ■ Jiostia - saiicta ■ qviescit.
La Gallia Christiana (') cite les vers
suivants que Roger, évêque d'Oléron, fit
graver au commencement du XI I^ siècle,
sur un ciboire en bois, recouvert de lames
d'argent :
Res super impositas commutât Spiritus almus.
Fit de pane caro, sanguis substantia vini.
Sumpta valent anim;u pro corporis atque salute.
Dantur in hac mensa sanguis, caro, potus et esca.
Verba refert cœn;L' super hrec oblata sacerdos.
Munera sanctificat et Passio commemoratur.
Hanc Morlanensis Raynaldus condidit aram.
Pncsul Rogerius Oloensis jussit ut essem.
I. T. I, p. 126S.
324
iRctiuc De l'art cfjrcticn.
article ti. — Indication de quelques ciboi-
res remarquables, ^*^^^.vl^>-i.^vî--.^:,-c^>^vs-^vi-^^o.-^^:,^^^-^^^
Amiens. — Le musée d'Amiens conserve
une colombe du XI I'^ siècle, qui, après
avoir appartenu à l'église de Raincheval,
passa dans le trésor de l'abbaye de Corbie.
J'en ai publié le dessin en 1842, dans le
tome V des Mémoires de la Socic'té des
Antiquaires de Picardie. Ce précieux
ciboire se compose d'une colombe et d'un
plateau à rebords ciselés, sur lequel elle
repose; le plateau, vers le centre, devient
concavo-convexe, et, sur la partie concave,
on lit cette inscription circulaire, gravée par
une main inhabile : Olini eccelsioe (pour
ecclcsicc) de Raincheval. Les rebords du pla-
teau sont percés de douze petites ouvertures,
disposées dans un ordre symétrique, pour
attacher les chaînettes qui devaient tenir
la colombe suspendue. Les ailes et la
queue sont seules émaillées ; le reste du
corps était recouvert d'une peinture brune
que le temps a fait disparaître en partie.
On a tâché d'imiter l'agencement des
plumes par des écailles' imbriquées, nuan-
cées d'or, de bleu, de vert, de blanc, de
jaune et de rouge. Sur le milieu du dos, entre
les deux ailes, on a ménagé une ouverture
peu profonde, destinée à recevoir les hosties
consacrées ; elle est surmontée d'un cou-
vercle qu'on maintenait à l'aide d'un bouton
tournant.
Arras. — M. le chanoine Van Drivai
possède un ciboire en cuivre bronzé, exécuté
au repoussé, et dont les courbes sont fort
gracieuses. Cette œuvre du XV^ siècle a
été trouvée dans le jardin d'une ancienne
communauté religieuse à Douai ; elle a 2 1
centimètres de haut. Le diamètre de la coupe
est de dix centimètres. Près de la petite
couronne du couvercle, on remarque trois
trous. Étaient-ils destinés à donner de l'air
à l'intérieur, pour que les hosties s'y conser-
vassent mieux? Ou plutôt n'ont-ils pas servi
à recevoir les attaches d'une croix ou d'un
couronnement quelconque dont le couvercle
aurait été sommé ?
Assise. — On conserve à l'église Saint-
Damien, dans un reliquaire d'albâtre, une
boîte d'ivoire dans laquelle sainte Claire
gardait l'Eucharistie.
Bordeaux. — Au musée des Antiques,
ciboire en cuivre jaune, doré. Les croix
qu'on voit sur le pied sont formées par de
simples traits gravés à la pointe. Les quatre
médaillons du couvercle, représentent tous
l'Agneau divin portant l'étendard de la
Résurrection. Autour de chaque médaillon,
on lit cette inscription : ^ Ave Jlfaria
gracia pi.
BuRGOs. — Au trésor, placé dans une
sacristie haute, est un ciboire d'or orné
d'émaux et de pierres précieuses. D'après
le custode, sa valeur serait d'un million.
]\L\ESTRiciiT. — Au trésor de l'église
Saint-Servais, on conserve la coupe que
la tradition dit avoir été apportée mira-
culeusement à saint Servais. Cette coupe
est enchâssée dans un ciboire en vermeil.
MiNDEN. — M. Ch. de Linas décrit ainsi,
dans la Revne de r Art CJiréticn ('), divers
ciboires de la cathédrale de Minden : « Vase
en cristal de roche sculpté, monture d'ar-
gent, hauteur : o'"28 ; diamètre : o'"09.
Symboles asiatiques du lion et de l'aigle ;
travail oriental du X^ siècle, à mettre en
regard des gobelets de l'abbaye d'Oignies.
— Tour eucharistique hexagone, en bois,
recouvert d'argent battu ; hauteur : o'"24 ;
diamètre o'", 12. Aux angles, des colonnet-
tes supportant une plate-bande gemmée
et filigranée ; dans chaque entre-colon-
nement, une figurine d'apôtre ; sur le
I. Janv.-mars 1881, p. 56.
Des tiascs et Des ustensiles eucbacistiqucs.
325
couvercle pyramidal, les bustes du Sauveur
et de cinq apôtres : XP siècle. — Ciboire
de cuivre doré, hauteur o'",35 ; diamètre,
o"\i5. Pied lisse : nœud sur lequel on
voit une arcature abritant la Vierge-Mère
couronnée ; un loculus, ménagé dans son
giron, reçoit la sainte Eucharistie. Une
colombe amortit le couvercle. Travail
français du XII^ siècle. >>
Paris. - — Au musée du Louvre, ma-
gnifique vase du Xll^ ou du XI 11^ siècle,
provenant de l'abbaye de Montmajour.
Ce ciboire se compose de deux valves,
d'à peu près même forme, dont l'inférieure
repose sur un pied ajouré et dont la
supérieure est surmontée d'un bouton.
Sur ce vase en cuivre doré, ciselé, émaillé
et enrichi de pierres fines, on voit figurer
huit apôtres, huit anges également nimbés,
des oiseaux fantastiques, etc. Les têtes
des figures sont seules ciselées en relief ;
les détails des bustes sont simplement
gravés sur le métal. Les fonds sont
incrustés d'émail bleu. Dans l'intérieur du
couvercle, on lit cette inscription : Jllaois-
ter: G: Alpais : fecit : lentovicarum. « La
signature d'un artiste, à ces époques,
dit M. de Laborde ('), est un fait rare
et précieux ; le nom à' A/pais donne à
celle-ci plus d'importance encore, parce
qu'on s'est servi de la forme et de la dési-
nence de ce nom pour démontrer l'établis-
sement, à Limoges, d'une colonie d'artistes
grecs venus en ligne directe de Cons-
tantinople. Rien n'est moins fondé. Ce
nom a une désinence toute méridionale et
au moins aussi limousine que grecque.
La finesse d'exécution des parties ciselées
et la beauté des émaux font de ce ciboire
un chef-d'œuvre de la fabrique de Limo-
ges. » Nous devons ajouter que, si pres-
I. Noiicedes émaux du Lotivre, N° 31.
que tous les archéologues qualifient ce
vase de ciboire, Mgr Barbier de Montault
n'y voit qu'un scyp/ms, c'est-à-dire une
coupe ministérielle pour administrer l'Eu-
charistie sous l'espèce du vin ('). — Un
autre ciboire, en forme de coupe à couver-
cle, est également conservé au musée du
Louvre ; la coupe est décorée de quatre
médaillons circulaires, renfermant le mo-
nogramme de J. H. S., et non point, comme
on l'a dit, celui de la Vierge Marie. —
Le musée de Cluny possède un certain
nombre de custodes eucharistiques en
cuivre émaillé de Limoges (XII I^ siècle).
Parmi celles qui sont en ivoire sculpté,
l'une, n'' 386, représente les pèlerins
d'Emmaiis et les quatre Evangélistes ; une
autre, n° 385 , figure l'Aveugle-né , la
Samaritaine, la guérison du Paralytique et
la résurrection de Lazare.
Rome. — Benvenuto Cellini a exécuté
pour Paul III une pyxide d'or destinée,
dans les offices pontificaux, à la commu-
nion des cardinaux-diacres et des laïques
nobles.
Saint-Maurice d'Agaune. — On con-
serve au trésor de cette abbaye, deux
ciboires désignés sous le nom de coupe de
Charlemagne et coupe de S. Sigismond.
M. Éd. Aubert,qui les a décrits (-), attribue
le premier au XI 11^ siècle et le second
au XI I^. La prétendue coupe de Charle-
magne a été convertie en reliquaire. Les
médaillons elliptiques du pied représentent
la figure trois fois répétée d'un saint assis.
Les cinq médaillons ovales de l'hémisphère
inférieure nous montrent le massacre des
saints Innocents, le baptême de Notre-
Seigneur, les trois Rois chez Hérode,
les trois Rois à cheval, suivant l'étoile,
1. Bullet. monum., t. XVLII, p. 153.
2. Trésor de S. Maurice d'Agaune, dans les Méin.
des Ant. de France, t. XXXÎI, p. 104 et loS.
326
IRcuue De rart chrétien.
et la Circoncision. Les cinq médaillons
de l'hémisphère supérieure sont décorés
des sujets suivants : L'Annonciation, la
Visitation, l'Annonciation de l'ange aux
bergers, la Naissance du Christ, et l'Ado-
ration des Mages. « A l'intérieur, dit
M. Aubert, se trouve un objet bien peu
en harmonie avec la composition éminem-
ment chrétienne des sujets contenus dans
les médaillons, et bien fait pour décon-
certer les archéologues : je veux parler
d'une petite figurine, fondue, ciselée et
dorée, qui est fixée au fond de la coupe
inférieure et représente un Centaure portant
en croupe un jeune enfant. Que signifie ce
souvenir païen de l'éducation d'Achille ? »
La coupe de Sigismond est un ciboire d'ar-
gent travaillé au repoussé et décoré de
simples ornements gravés. Le bouton, de j
forme ovoïde, qui termine le couvercle, est
creux et contient un morceau de métal,
en sorte qu'il est impossible de bouger ce
ciboire sans produire comme un bruit de
grelots. « Cette circonstance, dit M. Au-
bert ('), a donné lieu à la description sui-
vante, trouvée dans un inventaire du mois
d'août 1659 : Alia pyxis argcntca quce dmn
feriiir sonat. » D'après Mgr Barbier de
Montau'lt, ces deux vases seraient des
scyphi et non des ciboires.
Saint-Omer. — A la cathédrale, ciboire
du XI I^ siècle, en forme de calice turriculé,
dont le couvercle a la forme d'un toit coni-
que ; il est enrichi de perles fines.
Sen.s. — A la cathédrale, ancien scypims
en vermeil, du XIII^ siècle, qui a été mé-
tamorphosé à usage de ciboire, quand fut
supprimée la communion sous les deux
espèces. La coupe et le couvercle sont
décorés d'arcatures feuillagées et de rieurs
de lis.
I. Ihid. p. 176.
Tarentaise. — A Saint-Pierre, ciboire
du XI 11^ siècle, en bronze doré, muni d'un
couvercle à charnières et désigné fausse-
ment sous le nom de calice de saint Pierre
de Tarentaise.
Varsovie. — A l'église des Pères Ré-
formés, ciboire en vermeil, exécuté par
Sigismond III, roi de Pologne, qui était
tout à la fois peintre, alchimiste, tourneur,
graveur sur pierre et orfèvre. L'inscription
latine, gravée sur le pied, ne laisse aucun
doute sur cette attribution : Sigismiindus
III, rcx PoloJiic, fundator huitcs cntus
(conventîis) Jianc pyxideni propria manu
fabricavit et ccclesic PP. reformatoriun S.
Antonii donavit (').
Il y a d'autres ciboires plus ou moins
remarquables et de formes diverses aux
cathédrales de Dantzig (XV'^s.) et Munster
(XI Ile s^j aux églises de Sainte-Catherine
de Cologne (XV^<^ s.), de Léau, en Belgique
(XIII^s.), d'Obermillengen (Allemagne);
aux monastères de Klosterneuburg , en
Autriche (XIV'^ s.), et de Saint-Antoine à
Novgorod, en Russie (XI 1 1^ s.) ; au couvent
des Sœurs-Noires, à Mons (XV^ s.) ; à
divers collèges d'Oxford; aux musées de
Steen, à Anvers (XI 11^ s.), d'Avignon, de
Bruxelles (XI I« s.), de Guéret (XIV^ s.),
de Moscou (XI«= s.) ; au Musée chrétien
et à la Bibliothèque du V^atican ; au mu-
sée archiépiscopal de Lyon (XI 11^ s.);
dans les collections particulières de MM.
Basilewski, l'abbé Couissinier à Marseille
(Vie s.)_ Desmottes, de Lille, Gaillard
de la Dionnerie, à Poitiers, le prince de
Hohenzollern, le prince Soltykoff, Spitzer,
Van der Cruisse, de Waziers, à Lille, etc.
Des orfèvres habiles reproduisent aujour-
d'hui ou imitent des ciboires-coupes du
moyen âge. Nous connaissons un certain
I. Przezdziecki, Mon. de l'anc. Pologne, t. I, p. 38.
De0 \)a.sc0 et Des ustcnsilC0 ciicbatistiqucs.
327
nombre de ces œuvres d'orfèvrerie , qui
méritent tout à la fois l'approbation des
artistes et des antiquaires.
Nous nous bornerons à mentionner un
seul de ces ciboires.en style duXII 1^= siècle,
dont le modèle est dû au R. P. Arthur
Martin et qui appartient à l'église de
Sémur (Côte d'Or). M. l'abbé L. Picard a
bien voulu nous en adresser la description.
Ce vase est en vermeil, haut de o"\35. Le
pied se divise en quatre lobes, ornés cha-
cun d'émaux historiés, et séparés par un
dragon dont la tête s'avance à l'extérieur
et dont la queue remonte sur le pied. Le
premier émail représente un sacrifice en
général ; le deuxième. Moïse frappant le
rocher ; le troisième, les raisins de Chanaan
rapportés aux Hébreux dans le désert ;
enfin, le quatrième, le serpent d'airain.
Ces sujets, bien choisis, sont des imitations
parfaites du XI 11^ siècle. Le nœud est
gros, divisé en quatre parties rondes et
plates par le bout. Chacune est terminée
par un émail et séparée par une pierre.
L'émail représente l'emblème des Evan-
gélistes : l'homme, le bœuf, le lion et l'aigle.
La coupe est entourée d'un filigrane en
vermeil, repercé à jour. Au-dessus se voient
encore quatre émaux ; sur le premier, est
reproduite la Cène avec ces mots : Hoc est
corpus lucnin ; sur le deuxième, le Christ en
croix. D'un côté, se tient la Synagogue
à demi penchée ; elle a les yeux bandés,
sa couronne tombe, et son sceptre se
brise. De l'autre, l'Église couronnée dans
son triomphe du Calvaire ; ses yeux sont
couverts d'un bandeau ; d'une main elle
tient un sceptre entier ; de l'autre main,
une coupe où elle recueille le sang qui
coule du cœur même de Ji';sus en croix.
Ce sont les deux Testaments ou les deu.x
Lois : l'une finit, l'autre commence ; l'une
aboutit à la croix dont elle est la pré-
paration et où elle trouve à la fois son
complément et sa fin ; l'autre, née dans
le sang du Calvaire, doit régner avec
le Christ. Au-dessus, le soleil et la lune
assistent au déchirant spectacle de l'agonie
et de la mort du Fils de Dieu. Sur le troi-
sième émail, on voit le Christ au tombeau ;
le quatrième représente saint Thomas, avec
cette inscription : Doniinns meus et Deus
lucus, paroles du saint Apôtre, reconnaissant
le Sauveur à l'inspection de ses plaies. Le
couvercle offre encore quatre émaux où l'on
voit les quatre grands Prophètes, avec leurs
noms, et quatre rubis.
article Mh
Des pavillons du ciboire.
ON sait que le ciboire, lorsqu'il est dans
le tabernacle, doit reposer sur un
corporal et rester couvert d'un pavillon
blanc, en forme de rotonde, percé, au som-
met, d'une ouverture pour la croix qui
surmonte le couvercle du vase sacré. Le
ciboire doit toujours être, quand on l'ouvre,
dégarni du pavillon. Ce vêtement est un
souvenir du voile nommé autrefois custode
ou tabernacle, dont on enveloppait la
pyxide suspendue au-dessus de l'autel.
L'usage du pavillon est prescrit en 1594,
par le concile d'Avignon.
On connaît quelques pavillons véritable-
ment artistiques : tel est celui que l'on voit
aux Carmélites d'Amiens, brodé en or, en
soie et en perles fines, œuvre d'anciennes
reiigfieuses de ce couvent.
M ^L Berger et Chantrier ont exécuté des
pavillons brodés d'une manière fort remar-
quable, dont les principaux sujets sont : le
monogramme du Christ, la croix avec l'alpha
REVUK UE l'art CHRÉTIEN.
1885, — 3""^ LIVRAISON.
328
îRctJuc De rart cDréticn.
et l'oméga, le Chrisme des catacombes,
l'oiseau qui se nourrit de la vigne mystique,
les colombes qui boivent à une même cou-
pe, etc.
En Allemagne, dans beaucoup d'éo-lises,
on place au fond de la coupe du ciboire un
linge en lin, s'adaptant exactement à la
coupe et formant une sorte de corporal. Cet
usage était jadis recommandé en France
pour les ciboires en étain.
L'abbé J. Corblet.
(A suivre.)
pf^^^^ ^.a* *Aii^ *;ii^ ^S.'^'^S.^ ^^^""^AÔ^ ''^^^^Ati^ ^ê^ ^^^^Ail^ ^^^ 'xâ^'i^
I.
s^^Tttttg ES objets d'un usaae très
fréquent sont souvent
ceux dont l'origine pré-
sente le plus d'incerti-
tude : l'habitude de les
voir fait qu'on s'en
exagère l'antiquité ; les
modifications de forme, naissant d'emplois
variés, permettent de douter du type primitif,
et l'on en vient à croire à l'inutilité des
recherches sur une question dont il est
convenu de dire que le principe se perd
dans la nuit des temps.
De tous les emblèmes nationaux, la croix
de Lorraine est, peut-être, le plus populaire
dans son pays, le plus connu au-dehors ;
bien peu de personnes cependant savent
son histoire. Hâtons-nous d'ajouter que cette
ignorance provient de causes complexes ;
mais la vérité peut facilement s'établir.
Quelques historiens des XVI !« et XVI 11^
siècles, et, mieux encore, le témoignage irré-
cusable des monuments attestent cette ori-
gine certaine : la ^7'^?'.rrt'i?Zfrrrt/;/(: remonte,
comme emblème de ce duché, à René 1 1
(1473-150S) ; venue par la maison d'An-
jou, elle dérive directement de la ci-oïv de
Hongrie, que Mgr Barbier de Montault (')
considère à juste titre comme étant de pro-
venance orientale, et sur laquelle nous se-
rons heureux de nous trouver avec cet
éminent écrivain ecclésiastique en pleine
communauté d'idées.
«Un archéologue de quelque valeur, nous
écrit un de nos plus savants correspondants,
a émis, il y a une trentaine d'années au
I. Mgr X. Barbier de Montault, La croix à double
croisillon, dans le Bullelin archéologique et historique de
la Soc. archéol. de 1 arn-et-Garonne, t. X, 1882.
moins, une opinion sur l'origine de la tra-
verse inférieure de la croix de Lorraine,
qu'il estimait être le développement du sup-
port des pieds, comme le développement
du titre avait amené chez les Grecs le type
d'une seconde traverse ajoutée à la partie
supérieure.» Cet archéologue serait feu Di-
dron ; mais les Annales archéologiques, qu'il
dirigeait avec tant de talent, ne portent
pas trace de cette opinion, même compul-
sées à l'aide de la table si complète de
Mgr Barbier de Montault.
Cette assertion a été acceptée sans con-
trôle, sur la foi du maître, par les écrivains
venus après lui : aussi a-t-elle été répétée
plusieurs fois presque comme un axiome
incontestable.
Nous avons consulté à ce propos un des
derniers représentants de cette opinion, qui
a eu pacifiquement cours pendant une
longue période, — celle précisément où
l'iconographie a formulé ses règles et ses
principes, — et la réponse a été ce que nous
attendions : le vague au lieu du certain,
l'hypothèse à la place de la réalité, l'affir-
mation, mais non la preuve.
Dans cet état de choses, quelle que soit
l'origine première de cette appréciation que
nous jugeons risquée et sans appui dans la
tradition, nous croyons devoir intervenir
pour établir la vérité telle que nous la ma-
nifestent les textes et les monuments.
IL
D'OU provient l'ignorance de la plupart
des historiens touchant l'oriçrine de la
o
croix de Lorraine? Afin de répondre à cette
question, il convient de rappeler les circons-
tances de l'adoption de cette croix comme
330
ïRctiue De rart cfjréticn.
emblème ; et, pour cela, il faut remonter à
la bataille de Nancy, livrée le 5 janvier 1477.
La défaite dernière du duc de Bourgogne,
Charles le Téméraire, dont nous n'avons
pas besoin de faire ressortir les graves con-
séquences pour la France et l'Empire, fut
pour les vainqueurs la glorieuse inaugura-
tion du règne de René II, c'est-à-dire le
retour de l'ancienne dynastie, l'union indis-
soluble des duchés de Lorraine, de Bar et
du comté de Vaudémont, la succession aux
prétentions, irréalisables mais pleines de
prestige, de la maison d'Anjou sur plusieurs
royaumes, duchés et comtés ; enfin le
rétablissement de la prospérité publique.
L'importance de cette période fait compren-
dre comment la bataille de Nancy constitue
le souvenir national le plus populaire et
l'événement capital de l'histoire du duché ;
comment aussi le siafne de ralliement em-
ployé dans cette mémorable journée devint
l'emblème par excellence de la Lorraine.
Quel était ce signe ? Les monuments et les
chroniques ne laissent aucun doute à cet
égard ; ils nous répondent : la croix double
ou à deux traverses. Mais d'où cette croi.x
tirait-elle son origine .'' Les contemporains
ne s'en préoccupèrent pas beaucoup ; ils
connaissaient cet emblème, importé par
René d'Anjou, depuis environ un demi-
siècle. Ne remontait-il pas aux plus anciens
ducs, ne pouvait-il provenir de Jérusalem
par Godefroid de Bouillon, héros auquel
René II (') et ses successeurs des XVlc et
XVI I^ siècles prétendaient se rattacher.
Cette opinion se répandit presque univer-
sellement, enveloppant même la croi.x de
Jérusalem des armoiries du roi René, et ces
deux emblèmes, pourtant bien différents de
forme, furent très souvent confondus.
Dans la Vraye ddclaralioii du fait et con-
I. V. l'épitaphe de ce duc, dans l'i?glise des Cordeliers
de Nancy.
duite de la bataille de Nancy ('), dictée par
René II à son secrétaire J. de Lud, le duc
s'exprime ainsi : « Et avoy sur mon harnois
une robbe de drap d'or... et une barde
(armure du cheval) aussi couverte de drap
d'or, et sur lesdictes robbe et barde trois
doubles croix blanches. » Néanmoins, la
Chronique de Lorraine, presque contempo-
raine, nous dit du comte de Campobasso
et de ses compagnons, lorsqu'ils passèrent
de l'armée du duc de Bourgogne à celle de
René II: « Tous ostirent leurs croix de
Sainct-Andreu et prindrent celle de Hie-
Ki'SALEM, celle que li duc René poiioit ('). »
Mais cette erreur de nom est immédiatement
détruite ; car, dans la phrase suivante, ainsi
que dans d'autres, la Chronique ne parle
plus que de la croix double.
En 1550, dans l'oraison funèbre de Claude
de Lorraine, premier duc de Guise (fils de
René II), Claude Guillauld prétend nous
enseigner l'origine de cette croix; il explique
qu'elle devait « monstrer que les ducs de
Lorraine ont esté doublement chrestiens,
lorsque non contens de leur pays, assis au
cœur de la chrestienté, ils ont entrepris la
conqueste de Hiérusalem et de toute la
terre sainte à leur despans, s'en sont rendus
maistres, et en ont jouy longtemps, et en sont
morts roys paisibles ». Il nous apprend aussi
que cette croix était 1 enseigne de la maison
ducale, <,< qui monstre superabondance
de cœur fidèle à la deffense de l'Evangile
dont, comme Abraham eut augmentation
de lettres en son nom pour sa grande foy,
ainsi la famille de lorraine a eu augmen-
tation de signes de croix pour leur fervent
zèle à la défension de la terre sainte (') ».
1. Publiée par dom Calmât, Hist. de Lorr., l'° édit.,
t. III, pr., col. cxxiv-
2. Chronique de Lorrni/u; publiée par M. l'abbé
Marchai, dans les Doctinients de L'hist. Je Loir., t. V,
1859 ; V. p. 286.
3. René de Bouille, Hist. des ducs de Guise, t. I, p. 229.
HDriginc Oe la croir De Lorraine,
331
Dans le récit des funérailles du même
prince, le héraut d'armes de Lorraine,
Emond du Boullay, rattache aussi la croix
double à la conquête de Jérusalem (').
En [663, le P. Saleur rapporte, du reste
sans l'adopter, la singulière version que voici:
«... Plusieurs,» dit-il, «croyent pieusement
que les Princes Lorrains portent en devise
la ditte croix ... à l'imitation de Gode-
froy de Bouillon, qui prenant la Croisade
en ses Armes, chousit la double Croix,
pour dénoter qu'il pretendoit replanter
en Palestine la Croix de Nostre Seigneur,
représentée par le Croison supérieur et celle
de S. Pierre, autrement de l'Église, par le
Croison inférieur... ("). »
Quel n'a pas été notre étonnement de voir
que Dom Calmet, dans un passage de sa
grande Histoire de Lorraine {f), malheureu-
sement trop étendu pour que nous puissions
le reproduire ici, retombe dans la confusion
de la croix double de Hongrie et de la croix
potencée de Jérusalem ! Cependant il cite le
P. Benoît Picart, qui, nous le dirons plus
loin, mentionnait très clairement la véritable
origine; et lui-même, dans \ Abrégé de r his-
toire de Lorraine, avait bien exposé les faits.
De nos jours, dans \ Histoire des ducs de
Guise (■•), M. René de Bouille a répété que
la croix de Lorraine est « probablement
formée d'après celle des armoiries de Jéru-
salem ». Enfin, le savant bibliophile nan-
céien, feu M. l'abbé IVIarchal, publiant, avec
beaucoup de soin, la célèbre Chronique de
Lorraine, est retombé dans la même confu-
sion; il l'a en outre aggravée d'une erreur, en
disant qu'il existe des croix doubles sur les
1. Enterrement ... de ... Claude de Lorraine, Paris, 1620,
p. 53 et 158.
2. La clef ducale de la sércni.'isimc, tris auguste et
souveraine maison de Lorraine..., Nancy, 1663,13. 131.
3. Dom Calmet, //«/. de Lorr., l'^ddit., t. III, dissert.,
col. Xxxix-XL ; 2'^^ cdit., t. V, col. l.xvi et stiiv.
4. T. I, p. 229.
monnaies du duc Charles H, prédécesseur
de René d'Anjou (').
Du moment que les historiens lorrains
méconnaissaient ainsi l'origine de la croix
double, et comme la branche de Guise, en
lui donnant une très grande renommée,
agréait peut-être une interprétation favora-
ble à ses vues politiques, on comprend que
les écrivains français aient suivi les mêmes
errements.
Cette croix, dit le P. Menestrier, <( est
r ancienne devise de la maison de Lorraine ».
Et il ajoute la description suivante, qui est
à retenir : « C'est une croix grecque, alezée,
à double traverse, la plus haute plus courte
que la basse (^). »
Dans nombre d'ouvrages historiques, nu-
mismatiques ou héraldiques le nom de croix
de Lorraine a été donné à des croix doubles
tout à fait étrangères à ce duché et bien anté-
rieures à l'époque où cet emblème y fut reçu.
in.
LES opinions que nous venons de rap-
peler se rattachent, parfois à l'insu de
leurs auteurs, à l'origine légendaire de la
maison de Lorraine, abandonnée au com-
mencement du XVI 11^ siècle par le duc
Léopold. Par contre, il convient de faire
voir que, dès le XVI I^ siècle, quelques
historiens ont proclamé la vérité de la
manière la plus formelle.
Le Commentarins lotharigiensis de Chif-
flet, imprimé en 1649, renferme.sur ce sujet,
un paragraphe très remarquable ; il est en
latin et passablement long ; cependant,
comme les écrivains qui adoptèrent cette
version n'ont guère fait que l'abréger plus
ou moins, il nous parait nécessaire de le re-
produire entièrement :
1. Citron, de Lorr., ibid., p. 278, note.
2. Menestrier, La nouvelle méthode raisonnée du
blason, Lyon, 1761, p. 78, 79 ; cite aussi par Mgr Barbier
de Montault, ibid., p. 34-35, note.
o --> o
Hctiiic De rart chrétien.
« TKSSERA MILITARIS.
« Cnix est regia Hungarica : prisci enim Pannoniœ
Rces, à quibiis Andegaui se ortos pr;edicabant, prius-
quam prasferrent parmam octonis ex argento et minio
taenijs transuersis exaratam, scuto vtebantur argenteo
bifidâ cruce coccineâ impresso. At rubrum geminata;
cruels colorem Renatus I, Dux Andegauiœ.immutauit :
eius enim scutum(quodprostatin sacelloSanctiMauritij
Andegauensis, cum alijs Procerum Ordinis Lunje cres-
centis ab eo institut!) à sinistrâ parte sustentatum cerni-
tur aureo arboris trunco, qui virentibus surculis reuiuis-
cit;à dextrâ autem aureo coruo,eiusdem metalli coronâ
collum redimito cum duplicata CRVCE NIGRA,
quîe à globulorum sertulo in corui pectus propendet.
<( Renati I, filius loannes, Dux Calabriaî, eodem
vsus est crucis colore nigro. Obseruauit enim loannes
de Haynin, Eques Hannonius, in pugnà raontis Heri-
cij, cui prcesens aderat anno M. CD. LXV. Ducis Ca-
labriœ cataphrados équités gesiasse Bandas, seu iœnias
albas, NIGRIS (Z^^QY&M'à geminatis acu pidas.
« Lotharingie! porro sanguinis Duces, lolandâ An-
degauâ Renati I, filiâ, loannis sorore, progeniti seruatâ
Hungaricie crucis forma, atrum colorem in aureum
comniutarunt ; vtunturque etiamnum tessarâ illâ, quam
vocant Lotharingiœ crucem (■). »
Le p. Saleur, que nous avons déjà cité,
reproduisit, comme certaine, la même opi-
nion sur l'origine de la croix de Lorraine ;
enfin le P. Benoît Picart, au commencement
du siècle dernier, s'y rangea également (°).
Qu'était-ce donc que la croix de Hongrie,
et comment fut-elle adoptée par la seconde
maison d'Anjou ? C'est ce qu'il importe
d'examiner.
IV.
DANS une description des armes de
Hongrie, nous lisons que « la croix
Patriarchale » est celle « qu'Etienne pre-
mier, Roi de Hongrie, reçut du saint Siège
en l'an looo (') ». Le P. Benoit Picart dit
aussi que la croix double « fut donnée par
le S. Siège à S. Etienne, roi de Hongrie,
pour ht faire porter devant lui ».
Cependant l'origine de cet emblème reste
1. J. J. Chifflet, Commen/ariiis lotharicnsis, Anvers,
1649, p. 95-96.
2. Origine. ..de la maison di Lorraine,"^ owX^x-lo^,'^ 522.
3. Les souverains du monde, 1722, t. IV, p. 74.
incertaine, et nous croyons plutôt avec
Mgr Barbier de Montault, qui a traité la
question avec beaucoup de sagacité ('), que
cette pièce héraldique a pour principe une
relique de la vraie croix, rapportée de Jéru-
salem parle roi André II (i 205-1 235), père
de sainte Elisabeth, règne à partir duquel
on la voit figurer dans les sceaux.
Quelle était exactement la forme de cette
croix reliquaire 1 11 faudrait à cet égard
étudier les monuments les plus anciens qui
la représentent ; mais la Hongrie est bien
éloignée de nous. Le hasard heureusement,
ce bon génie des archéologues, nous a fait
découvrir un sceau fort intéressant qui se
trouve, d'une façon assez extraordinaire, ap-
pendu à un titre conservé dans le trésor des
Chartres de Lorraine (=). Il s'agit de l'acte
original par lequel Ferri IV, duc de Lor-
raine, donne en 1326, à sa femme, Isabelle
d'Autriche, les terres de Neufchâteau et de
Châtenoy. Le texte se termine, comme de
coutume, par la mention de l'apposition du
sceau ducal ; cependant on n'y voit d'autre
sceau que celui dont nous donnons la figure,
empreint sur cire rouge dans une cuvette
de cire blanche en partie brisée ; il repré-
sente la croix double, avec la légende :
►^ S. AGNETIS. REGINE. VNGARIE.
Nul doute sur cette princesse n'est pos-
1. Mgr Barbier de Montault, ibid., p. 121-123.
2. Lay. A'eufeiiâteau I, n" 20.
©riginc De la croir De Lorraine.
333
sible. Fille ainée de l'empereur Albert I,
belle-sœur du duc de Lorraine, Agnès d'Au-
triche épousa André III, roi de Hongrie, le
dernier souverain de la famille de saint
Etienne; devenue veuve en 1301, elle se
retira en Suisse, où elle fonda le monastère
de Kœnigsfelden.
L'image de ce sceau doit être rapprochée
de ce que dit Mgr Barbier de Montault dans
sa savante étude :
« Sur un vitrail de l'abbaye de Kœnigs-
felden (Suisse), qui date de la fin du XIV^
siècle, sainte Elisabeth de Hongrie... est
représentée en reine, tenant de la main
gauche une croix à double traverse, de cou-
leur blanche, pattée aux extrémités et fichée
à la pointe de la tige, comme on dit en bla-
son, c'est-à-dire aiguisée pour être fixée
dans le sol. Le P. Cahier ne donne pas cet
attribut dans ses Caractéristigues des Saints,
et il y a lieu de s'en étonner. Que signifie
donc cette croix? Faut-il y voir en sa qualité
de tertiaire franciscaine, la croix du saint
patriarche François d'Assise .''C'est possible,
cependant je ne le pense pas. Je préfère plu-
tôt faire de cette croix une vraie croix, celle
même qui figiirc dans les armes de Ho7!grie,
et de la sorte l'attribut indiquerait la race
royale et le pays d'origine ('). »
Le sceau que nous publions paraît donner
complètement raison à Mgr Barbier de
Montault ; la croix y çsX pattée à toutes ses
extrémités ; de plus, elle est Jichée, ou ter-
minée, en bas, par un appendice destiné à
la fixer verticalement au-dessus d'un sup-
port, pour l'exposition. Ces particularités
montrent qu'au XIV^ siècle, on avait encore
l'intention de représenter un objet réel ; plus
tard, on le perdit de vue ; on simplifia et on
modifia cette croi.x de différentes manières,
I. Mgr Barbier de Montault, ibùi., p. 121, note 4. — Le
vitrail en question fut peut-ctrç commandé par la reine de
Hongrie dont nous publions le sceau, puisque c'est elle
qui fonda le monastère de Kœnigsfelden.
que l'on peut étudier sur les sceaux, les mon-
naies et les armoiries, d'abord des rois de
Hongrie, puis delà seconde branche d'An-
jou, enfin delà maison de Lorraine.
Passé l'époque que nous venons de citer,
nous devons nous attacher à la maison
d'Anjou-Sicile, car c'est par cette voie que
la croix double se dirigea vers la Lorraine;
nous n'avons donc pas lieu de rester davan-
tage dans le royaume de saint Etienne ; et
pourtant l'on trouverait de l'intérêt à suivre
les modifications de ses armoiries, à étudier
l'histoire du/^rr//de Hongrie ancien, à le re-
connaître dans les armes de Marie-Thérèse,
de la pauvre reine de France, Marie-An-
toinette, enfin du nouveau royaume auto-
nome de Hongrie.
V.
EN 1270, Charles II de France-Anjou,
roi de Naples, de Sicile et de Jérusa-
lem, épousa Marie, sœur et héritière de
Ladislas IV, roi de Hongrie, décédé dans
les premières années du XIV^ siècle. Cet
État entra ainsi dans la maison d'Anjou;
il y resta jusqu'à la mort de Louis, dit le
Grand, roi de Hongrie et de Pologne, arri-
vée en 1382, époque à laquelle Marie,
l'aînée des filles de ce prince, apporta le
premier des deux royaumes à son mari
Sigismond de Luxembourg, devenu empe-
reur et roi de Bohème. Cependant la mai-
son d'Anjou n'était pas éteinte; ses branches
collatérales réclamèrent l'héritage de Louis;
plusieurs de ses membres se parèrent du
titre de roi de Hongrie et manifestèrent
leurs prétentions par leurs armoiries. On
sait que Jeanne II, dernière héritière de la
première maison d'Anjou se qualifiait reine
de Hongrie, de Jérusalem, de Sicile, etc. (');
peu de temps avant sa mort, qui eut lieu
I. Lecoy de la Marche, Le roi René, t. II, p. 213 (Pièces
just.).
334
iRcuiic De r3rt cfjrcticn.
en 1435, elle adopta René de France,
de la seconde maison d'Anjou, si connu
sous le nom du Roi Rend; personne n'ignore
qu'il devint duc de Lorraine, en 1431,
par suite de son mariage avec Isabelle
de Lorraine, fille aînée et héritière du duc
Charles.
\'ergara a publié une monnaie qui aurait
beaucoup d'intérêt pour le sujet que nous
traitons s'il était possible d'accorder grande
confiance à la manière dont il a lu la légende
principale, àsavoir ROBERT. DEL GRA.
lERL. ET. SICIL. R; on y voit, en effet,
au revers, une croix à double croisillon (').
Par malheur le carlin dont il est question,
reproduit successivement par Fauris de
Saint-Vincent (^), Duby {^), et Poëy d'A-
vant (■*), toujours d'après la vicme soture,
n'est, suivant toute apparence, connu aujour-
d'hui, en original, dans aucune collection.
On peut craindre qu'il s'agisse d'une pièce
appartenant à René d'Anjou, qui aurait
été mal lue par son premier éditeur.
Une chose qui donne particulièrement à
le supposer, c'est que jamais, ce semble,
Robert, roi de Naples, de Sicile et de Jéru-
salem, troisième fils de Charles H, n'a pu
avoir de prétentions sur le royaume de
Hongrie, échu en partage à Charles Martel,
son frère aîné.
VL
LE roi René fit un usage fréquent de la
croix à double traverse et l'on ne peut
douter que cet emblème n'ait pour origine
les prétentions de la maison d'Anjou à la
couronne de Hongrie. Examinons cepen-
1. C. A. Vergara, Monete del regno di Napoli; Rome,
1715. in-4", p. 40, et pi. xil, fig. 3.
2. Fauris de .Saint-Vincent, ATc'innires sur les juonuaùs
gui ont eu cours en Provence sous les comtes.
3. Duby, Traité des inonnoies des barons de Fraiu-e,\'a.ns,
1790, t. II, p. loi, pi. xcvi, n" 4.
4. Poëy d'Avant, Monnaies féodales de la France, t. II,
p. 324, n"3987 ; pi. Lxxxix, fig. 17.
dant deux autres hypothèses qui nous ont
été proposées.
René, nous dit-on, a pu adopter la croix
double à cause de ses prétentions au royau-
me de Jérusalem; au lieu de la croix de
Godefroid de Bouillon, il aurait pris la croix
patriarcale de Jérusalem ou du saint sépul-
cre. Didron a écrit dans ses Annales Ar-
chéologiqties (') : « L'origine (de la double
traverse des croix grecques) est orientale;
rien de plus certain, et la croix de Jérusalem
en est le type. »
Cette supposition est tout à fait inadmis-
sible, car la croix potencée, si universelle-
ment connue, constituait, au XV' siècle, le
seul emblème possible des successeurs de
Godefroid de Bouillon; aussi à l'exemple de
la première maison d'Anjou, et concurrem-
ment avec la croix double, René fit placer
ce symbole sur plusieurs de ses mon-
naies (").
En second lieu, ajoute-t-on, l'usage de la
croix à deux traverses a pu avoir pour
motif la dévotion particulière de René à la
vraie croix, dont ce prince a vénéré notam-
ment trois reliques : celle de Marseille, dont
il détacha une parcelle pour l'église Sainte-
Croix d'Angers; celle de Saint- Laud d'An-
gers, célèbre dans tout le moyen âge, celle
de l'abbaye de la Bussière, au diocèse d'An-
gers (maintenant à l'hôpital de Baugé), qu'il
fit garnir d'or et de pierres précieuses.
La vraie croi.x de la Bussière est com-
plètement noire, ce qui concorde parfaite-
ment avec les armoiries de René à la cathé-
drale d'Angers, et le texte de Chifilet, cité
plus haut; mais, l'on sait que René 11 donna
à la croix double la couleur blanche. Rien
d'étonnant, nous fait-on observer, que ces
princes aient choisi de préférence cette
1. Tome V, p. 328.
2. Poiiy d'Avant, /te/., pi. xci, fig. 17, 18, 19,20, pi. xcn,
fig. 1 et 2.
©riginc De la croir ûc Lorraine
335
devise (en dehors de toute considération de
meubles d'armoiries) uniquement pour
demander à la croix du Sauveur aide et
protection dans les dangers et contre leurs
ennemis.L'office de l'Exaltation est plein de
ces formules : « Salvator mundi, salva nos;
qui per crucem et sanguinem tuum rede-
misti nos, auxiliare nobis >) — « Salv^a
nos, Christe salvator, per virtutem crucis. »
— « Per signum crucis de inimicis nostris
libéra nos, Deus noster. »
Cette hypothèse, plus spécieuse que la
précédente, doit, selon nous, être également
écartée. Si le roi René avait eu l'intention de
représenter une relique célèbre en France,
il aurait commandé que la forme en fût
toujours respectée, que cette image occupât
constamment une place privilégiée, enfin
qu'une inscription appropriée l'accompagnât
toujours sur les monnaies où elle figure. Or,
la croi.x double de ce souverain, dont la
forme varie, ne jouit guère d'une situation
éminente que sur les monuments numis-
matiques; ailleurs on la voit se répéter
comme un emblème secondaire et ne jouer
qu'un rôle accessoire; enfin les légendes qui
l'entourent sur les monnaies, — o crv.k ave
SPEs VNiCA (Provence), — six xo.men domixi
BENEDICTVM, BENEDICTUM SIT XOMEN
DO^[I^•I NOSTKi iHEsv xpisTi (Lorraine), —
surtout les deux dernières, d'un usage pres-
que universel, ne présentent rien de très
particulier. Toutefois la légende O criix ave,
spes imica permettrait de penser que le roi
de Sicile avait encore une certaine connais-
sance de l'origine première du symbole
repris par lui, puisque, comme l'a fait re-
marquer tout récemment un savant nuniis-
matiste, on retrouve cette légende, avec la
date 1505, dans l'inscription d'un reliquaire
de la vraie croix conservé à Namur, et sur
un méreau de la même ville, daté de 15 19 ;
elle y entoure une croix à double croisillon
qui, sans doute aussi, rappelle une insigne
relique de la Passion (').
VIL
IL nous reste à montrer comment la croix
du roi René tire son origine de celle
de Hongrie.
Ce prince ne prit dans aucun de ses actes
le titre de roi de Hongrie (-'); mais, dans les
deux grands sceaux de majesté, dont il fit
usage de 1434 environ à 1467, il inscrivit ce
titre en première ligne; de plus, en pendant
de l'écu à ses armes pleines, où le premier
quartier représentait les armes de Hongrie
moderne, il fit placer un autre écu de même
dimension, aux armes de Hongrie ancien,
c'est-à-dire offrant, au-dessus d'un mont de
trois coupeaux, la croix à double traverse,
légèrement pattée à toutes ses extrémités (j).
Dans la suite, René reconnut, sans doute,
le peu de fondement des prétentions au
royaume de Hongrie qui lui avaient été lé-
guées; cependant il continua à en porteries
armoiries au premier quartier de ses armes
pleines, où ses successeurs, comtes du Maine
ducs de Lorraine, et leur descendance, les
conservèrent; il garda la croix sur ses mon-
1. Alph. de Scliodt, Méreaitx du chapitre de Saint-
Aîihain, à Namur, p. 8 ; extr. de la Revue belge de
Numism., 1885, pi. ix, fig. i. — Un jeton angevin du roi
René porte, avec la croi.x double, la légende : CRV'CEM
TUAM ADORAMVS DOMINE.
2. Du moins dans ceux qui sont actuellement connus. —
M. Lecoy de la .Marche ne parle point de ce titre de roi
de Hongrie pris par René sur deux de ses sceaux; il a
cependant reconnu les armoiries de ce royaume.
3. O. de Wrée, La gJ/iéalo^ie des comtes de ftandre...,
Bruges, 1642, pi. 105 et 106. — P. J. E. de Smyttère, Les
ducs de Bar..., 1884, pi. VI et viil (cet auteur a pris Técu
de Hongrie pour celui de Jérusalem). — Lecoy de la Mar-
che, iliid., t. 1, p. 493.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 3""'= I.IVRAISO.N.
336
îlxcuuc De I'3rt c() ré tien.
naies; enfin il la suspendit fréquemment à
un chapelet attaché au cou des aigles par
lesquelles il fit d'habitude supporter ses ar-
moiries. Les ducs de Lorraine ont retenu
ces différentes applications.
Quelques écrivains ajoutent que ce collier
des aigles portait l'inscription Dévot hty suis,
devise qu'on explique de plusieurs manières;
mais nous croyons qu'ils ont fait confusion
entre deux choses différentes.
Les monnaies du roi René portant la croix
à double traverse sont assez nombreuses ;
ne pouvant nous arrêter ici à les décrire,
nous nous bornerons à donner l'une de celles
qu'il fit frapper pour la Lorraine (').
Dès le règne de ce prince, les formes de
la croix de Hongrie commencèrent à s'alté-
rer et à varier. Ne cherchant plus à expo-
ser, à l'appui de prétentions abandonnées,
l'image d'un objet réel qui les manifestait
primitivement, désirant seulement conser-
ver la représentation, d'exactitude peu ri-
goureuse, d'un pieux souvenir de famille,
enfin décidé à ne plus lui accorder qu'un
rang secondaire parmi ses nombreux emblè-
mes, le roi René permit souvent, à lui-même
ou à ses artistes, de modifier la forme an-
cienne de la croix, de manière à la rendre
plus simple et plus symétrique; c'est ainsi
que la pointe inférieure et l'épatement des
extrémités disparurent; la seconde traverse,
déjà placée singulièrement bas dans le sceau
de la reine Agnès, descendit fréquemment
encore davantage, et l'on vit diminuer la dif-
férence de longueur des deux croisillons.
I . F. de Saulcy, Recherches sur les monnaies des ducs
héréditaires de Lorraine, 1S46, pi. x, fig. 13.
L'écartement de ces croisillons a été déter-
miné, dans certains cas, par l'usage, sur des
jetons, de mettre entre eux, aux côtés de la
croix, les lettres RR, signifiant sans doute
Renatus Rex (').
Jean d'Anjou, fils du roi René, et Nicolas,
son petit-fils, régnèrent sur la Lorraine de
1453 à 1473; ils continuèrent à faire usage
de la croix double.
Sur les monnaies et les jetons des princi-
paux pays où le roi René exerça son auto-
rité, cette croix persista plus ou moins de
temps. Mais c'est seulement en Lorraine
qu'ayant acquis une signification nouvelle,
elle devint le symbole principal de l'état.
VIIL
RE N É de Lorraine, petit-fils par sa mère
du roi René, succéda, sur le trône
ducal, à son cousin, Nicolas d'Anjou, en
1473; il fut le restaurateur de la dynastie
nationale et l'ancêtre de tous les ducs qui
vinrent après lui. René II tint en grand
honneur la croix double ; il en fit le princi-
pal insigne militaire et emblème de l'État;
il resta fidèle à la forme primitive de la croix
byzantine et plaça même, d'habitude, les
deux croisillons plus haut qu'ils ne l'étaient
dans la croix de Hongrie, à en juger par le
sceau de la reine Agnès.
Cela permet de douter que ce prince ait
été bien informé de l'origine exacte de cet
emblème. S'il n'y avait vu qu'une allusion à
la couronne de Hongrie, il n'aurait pas mis
ainsi en évidence un témoin de prétentions
absolument vaines et abandonnées. Pas plus
que René d'Anjou, il n'a choisi la croix dou-
ble pour rappeler le royaume de Jérusalem,
car ce symbole n'aurait été compris par per-
sonne, et, du reste, il n'aurait osé en faire
usage du vivant de son aïeul. Il ne pouvait
non plus partager l'opinion des chroniqueurs
I. Jules Rouyer et Eugène Hucher, Histoire du jeton au
moyen âge, 1858, p. m, 112, pi. Xiv, fig. 118, 119.
©riffine De ïa croir De Lorraine.
337
du XVI^ siècle, qui, en général, crurent que
cet emblème provenait de Godefroid de
Bouillon; René devait, en effet, savoir par-
faitement que jamais ses ancêtres paternels
ne s'en étaient servis. Quant à dire qu'il
ait voulu représenter une vraie croix, les
objections que nous avons fait valoir au su-
jet de René d'Anjou s'imposent ici avec plus
de force encore; car il n'existait dans le
duché de Lorraine aucune relique impor-
tante et célèbre du bois de la croix et l'on
ne voit pas qu'avant la bataille de Nancy,
René 1 1 ait fait un voyage en Anjou ou en
Provence, ni qu'il ait jamais témoigné, à
l'égard des reliques vénérées par son aïeul,
d'une dévotion particulière.
Tout porte donc à penser que le duc de
Lorraine ignorait l'origine précise de la croix
double du roi René, et qu'il l'adopta comme
un emblème de famille, provenant de la
maison d'Anjou et en indiquant, d'une
manière vague et générale, les royales
prétentions.
Plusieurs monnaies de René 1 1 offrent,
au revers, la croix double; sur deux d'entre
elles, on la voit accompagnée des légendes :
<i* ADiwA : NOS : devs: salvta: nr : (Adjttva
nos Dens salutaris nostcr) ; et : salve crv.k
l'RECiosA. Nous donnons ici l'une des plus
intéressantes ("), on remarquera combien
les deux traverses y sont placées haut.
Sous les successeurs de René H, la croix
double redevint beaucoup plus symétrique;
ainsi que nous l'avons montré, on se méprit
étrangement sur son origine, et l'on perdit
la signification de la double traverse.
C'est, bien à tort, cet abaissement du
second croisillon, ou croisillon inférieur,
qui, aux yeux des archéologues, constitue
proprement la croix de Lorraine.
En réalité, et de nos jours encore, la
forme varie, ainsi que la couleur ; mais
l'excès de symétrie est très fréquent.
Notre tâche est terminée, car dans cette
notice destinée à élucider d'une manière
très succincte lorigiue de la croix de
Lorraine, nous ne pouvons, comme nous le
ferons ailleurs, suivre l'histoire de cet em-
blème jusqu'à l'époque actuelle, en étudiant
ses changements et ses adaptations diverses.
Nous espérons avoir démontré ce fait : la
croix de Lorraine n'est autre que la croix de
Hongrie, altérée par des modifications suc-
cessives; apportée à la Lorraine par le roi
René, qui l'avait adoptée comme héritier des
prétentions de la première maison d'Anjou,
elle devint, depuis le règne glorieux de
René H, l'emblème spécial de la maison
souveraine et de la nation.
Léon Germain.
I. F. de Saulcy, ibid., pi. xin, fig.4.
-' S.^^ j&J&j&^gfe^gR^^^^i?q.z^XX^^^^%i%^;^^^^^^;^^;%.^;^* ^
«^^^^^^S^È^^^;^$^^^^
ïîoubdirs etQclanges,
/Tt^-^Zr-^ 'tyd' V^ t^J V^ ÎV^ t^ t^ -VfT Vf7 tiVJ tv^ ^ V^l
ï^ouillcs à Saint=Oucn De Houen.
'ETABLISSEMENT d'un calorifère
dans la belle églisederancienne abbaye
de St-Ouen de Rouen, a nécessité, en
décembre i8S4,des travaux importants
dans le sous-sol de cet édifice. On a dû, notam-
ment, faire, sous la nef principale, une excavation
qui, partant de l'extrémité Ouest de l'intersection
du transept , s'étendait jusqu'à la quatrième
ti-avée de la nef, comprenant une longueur de
20 m. 40, sur une largeur de S m. 20, et atteignant
une profondeur de 4 m. 80.
Cette excavation dans un sol sanctifié par la
prière depuis quatorze siècles, et dont on peut
dire avec le psalmiste «j; Dovms sanctificatio)iis...
jibi laiidaveriuit te patres nostri... > a donné lieu
à des constatations précieuses ou soulevé des
questions intéressantes au point de vue de l'ar-
chéologie monumentale ; elle a, de plus, amené
des découvertes importantes pour l'étude des
sépultures et de l'art depuis les premiers temps
qui ont suivi l'entrée des barbares en Gaule.
La Revue de l'Art clirctien ne pouvait passer
cet événement sous silence sans manquer à ce
qu'elle doit à son titre, à elle-même et à ses lec-
teurs.
Nous indiquerons d'abord rapidement, les
remarques les plus intéressantes, à diver.s égards,
que ces fouilles ont permis de faire ; nous réser-
verons pour un second paragraphe tout ce qui a
trait aux sépultures, qui embrassent une période
s'étendant du V^^ au XII<= siècle.
§!•
LA fondation de l'abbaye, qui devait prendre
plus tard le nom du célèbre chancelier de
Dagobert I, se perd dans la nuit des origines du
ciiristianisme en Neustrie.
Plusieurs églises se sont succédé sur ce sol con-
sacré depuis tant de siècles au culte de Dieu.
D'après une Vie de sainte Clotilde, écrite peu de
temps après sa mort, cette pieuse princesse aurait
reconstruit les édifices d'un antique monastère
situé dans un faubourg de Rouen et datant du
temps de S. Denis {sic). Cette église fut incen-
diée par les Normands en 841 lors de leurs
incursions dans le pa\'s qui plus tard devait leur
être cédé et prendre leur nom (').
Elle fut rebâtie vraisemblablement avant la
cession de la Normandie à RoUon en 912. Le
mauvais état de l'édifice peut-être, mais plus vrai-
semblablement le souffle magique et la ferveur
qui firent surgir au XI"= siècle tant de superbes
églises monastiques en Normandie , détermina
l'abbé Nicolas de Normandie (1042 à 1072), à
entreprendre la reconstruction totale de l'église de
son abbaye. On m'excusera de rappeler dans la
Revue de F Art c/irc'tie)i, pour donner une idée du
mouvement architectural et religieux qui se fit
sentir alors d'une façon merveilleuse dans la
seule Normandie, les paroles qu'Orderic Vital
met dans la bouche de Guillaume le Conquérant
à son lit de mort : « Pendant le temps que j'ai
gouverné le Duché, il y a été construit dix-sept
couvents de moines et six couvents de religieuses,
où pour l'amour du Roi des cieux, on célèbre
chaque jour avec pompe l'office divin et où l'on
fait d'abondantes auinônes (2). »
Il la construisit daiis de très vastes propor-
tions : « Jllirce inagnitudiiiis et iiiagnificentiœ
basilicaui cœpit » dit Orderic Vital, et fut enseveli
dans cette église {{quain ipse a fundainentis cœpe-
rat », ajoute le chroniqueur. Les travaux mar-
chèrent lentement, car cette « basilica ingens » n'a
été dédiée qu'en 1 126 (3). Ce monument fut, dit-
on, brûlé deux fois, en 11 36 et 1248, et chaque
1. Abbé Cochet, Notice sur un cimetiire chrétien exploré
à St-Ouen de Rouen en iS/i. Dieppe, 1872, in-8", p. 40. et
Dom l'ommeraye. Histoire de t'abbaye St-Ouen, Rouen,
1662, in-f", p. 148, 188.
2. Ord. \'ital, édition de la Société de t'JIistoire de
France, t. III, p. 241.
3. Orderic Vital ; édition de la Société de l'Histoire de
France, t. III, p. 431-432, id. 1. 4, id. t. III, p. 433. Abbé
Cochet, Répertoire (irc/iéologii/ue de ta Seine-lnjérieurc,
in-4», p. 374.
Bouticlles et mélanges
339
fois il se releva de ses ruines. Mais, en suivant de
près les assertions du vieil historien de l'abbaye,
d'après lequel tous les historiens et archéologues
ont écrit ; en recourant aux textes eux-mêmes, on
arrive à cette conclusion que ces deux incendies
de II 36 et de 124S ne furent que partiels, et,
tout au plus, comme à la cathédrale de Bayeux,
n'atteignirent que les parties hautes de l'édifice.
Pour l'année 1136, Orderic Vital dit que le
monastère « nobile cœnobium » fut brûlé, mais
il ne parle pas spécialement de l'église ('). Quant
à l'incendie de 124S, la Chronique de St-Oueii,
écrite au XI V*-' siècle, citée par D. Pommcraye et
publiée en entier par M. Francisque Michel, parle
seulement d'un « grant feu qui fut en l'abbaie et
furent les cloques arses et moult d'autres bonnes
choses », mais elle ne dit rien de l'église et repré-
sente aussitôt l'abbé occupé à reconstruire, non
pas l'église, mais le réfectoire et le dortoir (-).
Ajoutons enfin qu'en note, sous le passage oi;i
Orderic Vital mentionne l'incendie de I136, son
éditeur, le savant archéologue A. Le Prévost, s'ex-
primait ainsi : « Nous avons peine à croire que
cotte destruction ait été complète ; et la portion
d'église qui subsiste paraît présenter les caractères
du XI<= siècle plutôt que ceux d'une époque déjà
avancée du X 11° (3).» Cette portion, dont parle
A. Le Prévost, connue sous le nom de Chambre
aux Clercs, et voûtée en deux étages comme quel-
ques absides contemporaines, est une de ces absi-
dioles qui couraient contre le mur Est des longs
transepts des églises romanes.
J'ai insisté sur ce point parce que les restes
d'une église antérieure trouvés sous le sol de
l'édifice actuel me paraissent, comme on va le
voir, présenter les caractères non équivoques
du Xle siècle.
De ceci nous croyons être en droit de conclure
d'ores et déjà que l'édifice actuel, commencé en
13 18, a succédé immédiatement à un autre dont
les fondations et même le gros œuvre inférieur
remontaient au milieu du XP siècle.
Combien on serait hcureu.x d'avoir la certitude
absolue que la tranchée pratiquée en 1 884 nous a
ouvert le sol même où s'étaient élevées non seule-
ment l'église du XP' siècle, mais encore celles
1. T. V, p. 66.
2. D. Pommeraye, 0/1. cit. p. 276.
3. Onl Vital, t. III, p. 432.
reconstruites et après les ravages des Normands
et du temps des premiers mérovingiens! Il faut
reconnaître qii'on est réduit sur ce point à des
conjectures qui, cependant, on le verra, ont une
certaine force.
Pour en revenir à la superposition exacte de
l'église actuelle sur l'édifice antérieur, elle est
établie jusqu'à l'évidence et par les textes et par
les récentes découvertes archéologiques.
Quant aux textes, la Chronique de l'abbaye de
St-Ouen, déjà citée, le prouve en maints endroits,
notamment à propos de la sépulture des abbés
morts antérieurement à l'année 1318. L'abbé Ni-
chole de Godarville,morten i2o8,fut, lisons-nous,
«enfouyen la chapele S.Jean qui adonc estoit;
or est quant à présent pour le neuf moustier qui
a esté depuis que il fu enfouy, commenchié, en
la chapele S. Estiene qui adonc estoit S. Jean. »
L'abbé Jean de Fonteine {*b 1287) fut « enterré
el cueur, entre le grant autel et le petit et \- est
encore aujourd'hui ». L'abbé Jean de Courcclles
(►i< 1302) fu enfouy devant l'autel de N.-D. et
encore y est-il aujourd'hui (') ».
Un fait d'histoire locale, la fondation de l'église
paroissiale de Sainte-Croix-Saint-Ouen, fournit
la même démonstration. Antérieurement, les fonc-
tions curiales et paroissiales pour une certaine
étendue de territoire voisine de l'abbaye se fai-
saient dans une partie de l'église abbatiale elle-
même. Or, des lettres d'un vicaire-général de
l'archevêque de Rouen, datées de 1339, rapportent
« qu'il y avait longtemps déjà, savoir pendant
qu'il faisait la même fonction pour révérend père
Pierre de Colmieu,pour lors archevêque de Rouen,
le curé et les paroissiens de Sainte-Croix avaient
représenté que le lieu où ils s'assemblaient pour
les divins mystères, menaçait ruine à cause delà
faiblesse des piliers et qu'on avait abattu d'autres
bâtiments qui l'appuyaient, de telle façon que les
dits curé et paroissiens ne pouvaient être en assu-
rance de leur vie et administrer et recevoir les sa-
crements avec la tranquillité et le repos d'esprit
nécessaires (2) ».
On fit droit à cette requête : des lettres de l'an-
née suivante portent (< qu'à de très nombreuses
reprises le curé et les paroissiens de Sainte-Croix-
1. C/iron., p. II, 14, 16.
2. D. Pommeraye, op. cit. p. 388.
RKVL'K IJB L AKT CHKIÎTIEN.
1885. — 3'"*^ LIVKAISUN.
340
Ecuuc De rart cbïcticn.
Saint-Ouen de Rouen s'étaient plaints de ce que,
comme l'église du monastère de St-Ouen, dans
laquelle, ou dans une partie déterminée de la-
quelle les curés de la dite paroisse avaient cou-
tume d'ancienneté de célébrer les offices divins et
d'administrer les sacrements à leurs paroissiens,
était actuellement, à cause de sa réédification,
dans un tel état de ruine que le curé pour célé-
brer et administrer les saints sacrements, les pa-
roissiens pour les entendre et les recevoir, étaient
en danger de vie ; que comme il n'y avait pas
d'espoir que de longtemps l'ouvrage de la réédifi-
cation du monastère fût achevé...» elles autorisent
l'édification et la perfection d'une église déjà com-
mencée dans le cimetière de l'abbaye.
Je renverrai enfin, à une charte de l'année 1321,
extrêmement précieuse pour l'étude de la cons-
truction de l'église abbatiale de St-Ouen, publiée
et commentée par M. Quicherat dans la Bi-
bliothèque de V École des CJim'tes (■). Elle énonce,
notamment : que le chevet de l'église précédente
s'était écroulé ; que pour éviter pareil accident il
avait fallu en démolir une partie, vraisemblable-
ment le transept, et, ajoute M. Quicherat, <{ la nef
toute seule sera restée pour l'exercice du culte en
attendant la nouvelle bâtisse». C'est absolument
ce que disent les chartes relatives à l'égh'se de
Sainte-Croix-St-Ouen.
Signalons maintenant les constatations succes-
sives amenées par les travau.x de 18S4; et, dans un
instant, nous verrons comment elles corroborent
les documents écrits.
A quatre-vingt-dix centimètres environ du sol
actuel on rencontra le niveau du pavage d'une
église antérieure, des fragments de carrelages
émaillés, figurant des fleurs de lis, des orne-
ments; mais toutefois ce pavage, on le comprend,
ayant été détruit pour la réédification de la nef ac-
tuelle,n'existait que par places et paraissait man-
quer d'unité. Les carreaux étaient de dimensions
inégales, de couleurs différentes et aussi d'époques
diverses qui pouvaient varier du commencement
du XIIP au commencement du XIV^' siècle.
Plusieurs carreaux émaillés à dessin ocre sur fond
brun foncé méritent une mention spéciale. Ces
carrcau.x représentent un moine sous une arcature
analogue à celles qui encadrent l'effigie des dé-
I. 3'= Série, t. m, p. 464-476.
funts sur les dalles funéraires du XIII' siècle.
C'est,je crois, un type assez rare.
A mesure que l'excavation gagnait en profon-
deur et en étendue, on mettait à découvert les
assises des fondations sur lesquelles reposent les
piliers qui portent la grande voûte et séparent la
nef principale des collatéraux. — Il est bon de
rappeler que les travaux de reconstruction ayant
été interrompus ou ayant marché très lentement
depuis la mort de l'abbé Marc d'Argent, la
nef actuelle ne date que du XV'= siècle. — Les
fondations ont été reprises à cette époque. Dans la
paroi Sud, à quatre-vingt-dix centimètres environ,
se trouvait, entre chacun des piliers actuels, un
fort éperon de forme prismatique ; deux durent
être détruits pour les nouveaux travaux ; on
constata alors qu'ils englobaient la base des
piliers de l'église antérieure (').
Les mêmes massifs existaient dans la paroi
Nord de la fouille.
Pêle-mêle dans les remblais on rencontra trois
ou quatre chapiteaux absolument identiques,
comme ornementation et comme dimensions, à
ceux de la Chambre a?ex Clercs.
Un autre chapiteau présentant tous les carac-
tères de l'architecture romane du XI« siècle avait
été employé comme une pierre ordinaire dans la
reprise des fondations au XV^^ siècle. C'était ce
type si commun de deux feuilles terminées par
une rude et grossière volute séparées par une
sorte de console en retrait. On le trouve dans
toutes les églises normandes du XI^ siècle et M. de
Caumont le figure comme le type le plus usuel
et le plus caractéristique.
Un troisième chapiteau,beaucoup plus original,
offrait une suite de godrons sur lesquels bro-
chait aux -^ de la hauteur une ceinture de
belles feuilles d'eau largement traitées.
Une base de colonnette, provenant sans doute
de l'ordre supérieur et employée comme remblai,
avait identiquement les mêmes moulures que
celles qui se voient à la Chambre aux Clercs et
I. Rien de fréquent comme d'empâter ainsi, lors d'une
reconstruction, les colonnes ou piliers de l'édifice que l'on
refaisait. C'est ainsi qu'il y a quelques années, on voyait
à gauche du chœur de l'église .St- Pierre de Caen, ;\ la
place de quelques pierres dégradées au bas d'un pilier, la
base trcs nettement caractérisée d'une colonnette de
l'église antérieure.
Jl3outiclle0 et mélanges.
341
aux colonnettes de l'ég-lisc de Saint-Georges de
Bocherville, près Rouen, dédiée avant 1066.
Je reproduis ici un des chapiteaux, et une base
de colonne, l'un et l'autre offrent les signes les
plus manifestes de l'architecture du X.!^ siècle,
(N°s 2, 2, pi. XIV). — J'y joins aussi le plan d'un des
massifs tel que les ouvriers ont assuré l'avoir dé-
gagé de l'éperon qui le renfermait. (N° I, pi. XIV).
Enfin, en perçant le mur extérieur du collaté-
ral Sud, on vit, encore en place, les bases d'un
pilier, qui devait être à demi engagé dans le mur
extérieur de l'église précédente. Il était en face
d'un massif, au même niveau, et les moulures de
la base étaient pareilles. On a ainsi cette démons-
tration intéressante que l'ancienne église, com-
mencée au XI" siècle, avait également trois nefs
présentant chacune en largeur les dimensions de
l'église nouvelle, et offrant le même écartement
entre les piliers. Orderic Vital a donc eu bien
raison de dire que c'était une « basilica ingens
mirœ magniiiidinis ». Cependant ces dimensions
n'ont rien d'anormal, même pour le Xl'^ siècle.
L'église actuelle, et conséquemment l'ancienne,
ont en effet une largeur totale dans œuvre de
26 m. Or, pour ne citer qu'un exemple, l'église de
l'abbaye de Saint-Etienne de Cacn, complètement
terminée avant la mort de Guillaume le Con-
quérant (►P 10S7), et par conséquent à peu près
contemporaine, a une largeur de 27 m. (').
Une observation qui offre plus d'intérêt a trait
à l'orientation anormale de la nef actuelle de
l'église de Saint-Ouen. Elle présente une orien-
tation déviant sensiblement vers le Sud-Ouest,
et différant notablement de celle de la cathédrale
de Rouen. Cependant, chose curieuse, l'ancienne
église suivait l'orientation habituelle. En la re-
construisant on s'est donc volontairement écarté
de la règle générale, intentionnellement on a
dérogé à l'orientation de l'église ancienne dont
les fondements étaient, comme aujourd'hui, la
preuve matérielle. Quelle raison a guidé les abbés
ou les constructeurs? Est-ce une nécessité maté-
rielle de construction, une pensée liturgique? Je
ne puisque livrer cette constatation à la sagacité
et aux recherches des architectes, des archéolo-
gues et des liturgistes.
L'étude des procédés d'établissement des fon-
dations a démontré la justesse des observations
I. Joanne, Guide en Normandie, p. 307.
données par M. Viollet le Duc, dans son Diction-
naire d^ architecture (^) : «Les fondations de la pé-
riode romane sont toujours faites en gros blocages
jetés pêle-mêle dans un bain de mortier; ra-
rement elles sont revêtues de parements de pierre
de taille (libages), posées par assises régulières et
proprement taillées; les massifs sont maçonnés en
moellons, bloqués dans un bon mortier
D'anciennes vases, des limons déposés par les
eaux, des remblais longtemps infiltrés par les
eaux paraissaient aux constructeurs des sols suffi-
sants; mais aussi donnaient-ils dans ce cas à la
base des fondations une large assiette. Ils ne
manquaient jamais de relier entre eux tous les
murs et massifs en fondation ; c'est-à-dire que
sous un édifice composé de murs ou massifs iso-
lés, par exemple, ils formaient un gril de maçon-
nerie sous le sol, afin de rendre toutes les parties
de fondements solidaires. »
Telles, exactement, ont apparu les fondations
de Saint-Ouen, surtout à droite où la reprise du
XV<ï siècle était plus complète et montrait cette
large assiette s'élargissant en gradins, et ces
assises régulières en libage, dont parle le savant
architecte.
Faut-il voir un exemple de ces grils qu'il
signale, dans une sorte de mur qui traversait per-
pendiculairement la nef principale <à la hauteur
du troisième pilier? Ce mur, dont la crête supé-
rieure commençait à 2"'9odu sol actuel, avait une
épaisseur de 60'=, et une hauteur de 60*^, il finissait
donc à 3'"50 de profondeur. Composé en partie,
à gauche, de grosses pierres brutes, il offrait, à
droite, un massif de pierres de petit appareil,
carrées et reliées par un mortier d'une force et
d'une cohésion extrêmes. Une partie de ces cubes
présentait des stries, des carrés, des losanges et
d'autres ornements rectilignes obtenus au trait,
preuve qu'ils provenaient d'un édifice plus ancien.
Ce mur était assurément postérieur à l'époque des
inhumations que j'appellerai de la seconde couc/te,
car pour le construire, on avait dû entamer et
vider quelques-uns de ces sarcophages ; alors par
respect pour les ossements des morts qu'il avait
fallu déranger, on en avait déposé une partie
dans deux petites auges, ou petits sarcophages
en pierre dont l'un avait les dimensions suivantes :
longueur 8o<', largeur 60*-', profondeur i8<^. Une
I. l'erbo : Fondations.
442
îRcDuc De l'9rt cbréticn.
autre partie pouvait avoir été déposée dans deux
autres sarcophages voisins, les seuls ayant servi
à des inhumations multiples et dont le premier
avait à la tcte un trou a\-ant dû servir à passer ces
ossements. Par contre, ce mur était plus ancien
que le XII<^ siècle, puisque des cercueils de cette
époque reposaient sur sa crête.
J'ai omis de dire qu'en asseyant le bas des
fondations les plus anciennes, celles du XI<= siècle,
pour éviter des tassements et l'efTondrement des
cercueils de la couche la plus profonde, on avait
eu le soin d'emplir tous ceux que l'on engageait
partiellement ou qui étaient tout à fait contigus,
d'un bain de blocage et de mortier.
Ai-je besoin de faire remarquer que le sol a été
maintes foisbouleversé, ravagé pendantdes siècles,
lorsque l'on a procédé aux inhumations succes-
sives; lorsque, au XI^^ siècle au moins, puis au XV<?,
il a fallu asseoir ou reprendre ces puissantes et
massives fondations, et jeter ensuite pêle-mêle le
remblai? Ainsi s'e.xpliquequ'à certains endroits, à
une profondeur médiocre, on ait trouvé des frag-
ments de peinture sur stuc offrant notamment des
lettres majuscules romaines ou romanes, en blanc
sur fond noir, d'une hauteur de lo c, des cubes
noirs venant d'une mosaïque ; puis, plus bas, rien
que de la terre ; au contraire, à côté de ces frag-
ments, ou romains, ou au moins d'époque franque,
et au même niveau, des fragments de colonnettes
romanes, un morceau de sculpture de la même
époque au plus tôt, demi-médaillon en pierre figu-
rant l'abdomen, les organes sexuels et la jambe
gauche d'un jeune garçon accroupi.... etc.
A mesure que l'on s'enfonçait dans le sol,
paraissaient des restes informes de poterie gros-
sière grise, noire ou rouge,des morceaux de tuiles
à rebord, les inévitables coquilles d'huître, une
dalle de marbre blanc en plusieurs morceaux, du
marbre rouge, des cols d'amphore de dimensions
diverses, des fragments de poterie rouge à grain
compact et à la glaçure si fine, en terre de
Lezoux ; quelques-uns avaient des dessins, des
arabesques, un autre a montré, assez mal impri-
mée, une marque de potier, déjà trouvée à Rouen,
où on lisait of. Priini.
A plus de 4 m. 70, on rencontrait encore ces
fragments que l'on sentait résistants sous le [Med,
dans la terre végétale imprégnée par l'eau de la
petite rivière voisine de Robec, dont on atteignait
le niveau.
Il ne faut point omettre quesur toute l'étendue
de la fouille, à une profondeur continue de 3 m.
20 à 3 m. 50, on voyait les traces d'un violent
incendie. l,a terre était noire, la maçonnerie en
caillou littéralement calcinée et brûlée; des tuiles
sont calcinées par places ; la terre, cuite par le
feu, a l'aspect d'une sorte de brique rouge, on est
là en face d'un terrible incendie. Quand a-t-il été
allumé? Est-ce par les Normands en S41 ? Cela
est inadmissible. Cet incendie est, en effet, anté-
rieur aux plus anciennes sépultures, celles de la
couche inférieure, car le fond des sarcophages les
plus enfoncés ne dépasse pas 3 m. 60; pour les
placer il a fallu entamer cette couche de débris
calcinés. Or ces sépultures sont certainement
franques-mérovingiennes. On est donc en face
d'un incendie datant d'une époque plus reculée,
de cet incendie qui, ainsi qu'on l'a si souvent
remarqué, se rencontre infailliblement au-dessus
des ruines romaines. On l'y constate avec une
régularité fatidique. Sans doute, il faut en recher-
cher les causes mystérieuses dans une immense
et atroce conflagration générale mise, lors de leur
entrée en Gaule, par les Barbares qui auront, à la
lettre, promené le feu dévastateur sur tous les
points habités sans exception.
On était à peu près arrivé à la plus grande
profondeur lorsqu'on rencontra, dans cette terre
à peu près naturelle, une couche d'un béton d'une
extrême cohésion courant dans la direction Sud-
Ouest à Nord-Est, sur une largeur de 4 m. envi-
ron et a\-ant une épaisseur de 15 cent. Était-ce
là le nudeiis d'une de ces voies romaines cons-
truites partout avec tant de soin ? Cela est
possible, car on est à 5 m. en-dessous du sol
actuel et à la profondeur moyenne du sol au
temps des Romains. L'abbé Cochet a constaté
qu'à Rouen, notamment, le sol s'était élevé de
28 à 33 cent, par siècle. « Cette moyenne de 30
à 33 cent., continue-t-il, est celle que l'on trouve
dans toutes les villes romaines de la Gaule (').
A i\Ietz on a constaté une élévation de 5 à 6 m.;
à Trêves le niveau s'est élevé de 14 à 20 pieds ;
à Toulouse l'e-xhausscmcnt est de 5 à 6 m.;
à Troyes, il n'est pas moindre de 4 m.; sous le
I L'abb'J Cochet, Xoticc sur le ciinetihc de St-Oucn;
p. 45, 46.
jT5ouV)cHes et o^élangcs.
443
chœur de la cathédrale on a rcncontrij un hypo-
causte à 3 m. 30 ; à Poitiers l'élévation est égale-
ment de 30 c. par siècle. »
!5 II.
LES sépultures constituent la partie la plus
intéressante des découvertes amenées par
les travaux de l'église St-Ouen. Le nombre des
sarcophages n'est pas moindre de 108, et les
inhumations embrassent une période allant des
premiers temps mérovingiens au milieu du XII'=
siècle.
Il ne peut être question de donner ici un pro-
cès-verbal détaillé de l'ouverture de ces tombes,
ni un inventaire complet des objets qu'elles ren-
fermaient. La commission départementale d'anti-
quités de laSeinc Inférieure doit d'ailleurs,je crois,
publier un travail de ce genre. Je veux unique-
ment signaler les traits saillants qu'ont offert ces
explorations que j'ai suivies très exactement
jusqu'au 23 décembre, accompagné de M. Léon de
Vesly, professeur à l'École des Beaux-Arts de
Rouen, qui a bien voulu, pour la rédaction de
cette note, m'aider de ses connaissances tech-
niques, leur donner du prix en les illustrant avec
son habile crayon, et mettre à ma disposition,
avec une courtoisie parfaite, les notes qu'il a
prises depuis mon départ de Rouen. S'il n'a pas
voulu accepter d'être ici mon collaborateur en
titre, je veux au moins lui adresser tous mes
remercîments.
Ainsi que je l'ai déjà dit, il y a lieu de présumer
que ces inhumations ont, même les plus anciennes,
été toutes faites dans le sol d'une église. Malgré
les prohibitions incessantes, et par conséquent
inefficaces de l'autorité ecclésiastique, on a, en
effet, toujours inhumé dans les églises. Non seu-
lement les évêqucs, les abbés, mais même les
laïques les plus considérables par leur noblesse,
leurs fonctions et leur richesse y ont été fréquem-
ment ensevelis.
Grégoire de Tours en cite plusieurs exemples.
Un des Dialogues du pape Grégoire I contient
aussi ce curieux passage : « Si les morts ne sont
pas sous le coup de graves péchés, il leur est
profitable d'être inhumés dans les églises.car leurs
parents, toutes les fois qu'ils entrent dans l'église,
se souviennent de leurs morts dont ils voient les
tombeau.x et prient pour eux ; mais quant à ceux
qui sont sous le poids de péchés graves.c'est moins
une cause d'absolution qu'une aggravation de
damnation que leurs corps soient placés dans les
églises ('). »
Si donc je ne me trompe, à St-Ouen nous som-
mes en présence des sépultures des plus grands
personnages de l'époque franque.
Circonstance bien précieuse, elles n'ont jamais
eu à subir ces violations, si fréquentes, occasion-
nées par la cupidité, et auxquelles elles étaient
en butte, dès l'époque mérovingienne même.
Grégoire de Tours montre Gontran Boson pil-
lant dans l'église de Metz le tombeau d'une de
ses parentes enterrée avec beaucoup d'or et de
riches ornements if). Moitié curiosité, moitié
cupidité, l'empereur Othon III fait ouvrir le tom-
beau de Charlemagne et }• prend une partie des
bijoux d'or avec lesquels il avait été déposé dans
la tombe (3).
Autre indice de richesse : à St-Ouen tous les
morts ont été ensevelis dans des sarcophages de
pierre, tandis que généralement ces sarcophages
sont rares dans les sépultures franques. A
Caranda (Aisne), on ne rencontre que trente
sarcophages de pierre sur environ 2000 sépul-
tures (4).
Rapprochement plus significatif encore, le
cimetière franc exploré par l'abbé Cochet, en
1871, dans l'enclos de l'ancienne abbaye de St-
Ouen, donne peu de sarcophages d'un seul mor-
ceau, peu d'objets de prix ; les inhumations
multiples dans un même tombeau y sont fré-
quentes, enfin les sépultures ont été en partie
violées. J'en tire cette double induction; — i°que
les sépultures trouvées en 1S71 dans l'enclos
étaient celles de personnes d'une condition infé-
rieure ; — 2° que si les dernières ont toujours été
à l'abri des violations, elles l'auront dû à la sain-
teté du lieu où elles ont été faites (^).
Dans l'église St-Ouen enfin, on creusa un mètre
au-dessous de la partie inférieure des sarcophages
1. Martcne, De antiquis Ecclesiœ ritibus. Anvers, 1763,
in f", t. II, p. 372, 373-
2. Cochet, Sépultures franques... p. 144.
3. Labarte, Les arts industriets au moyen âge, in-4", t. I,
P- 365-
4. Y\^m)-, Antiquités de l'Aisne, Paris, 1S78, in-4", t. II,
P- 133-
5. Abbé Cochet, Notiee sur les sépultures lie St-Ouen,
p. 28 à 40 et passim.
344
îReuiie De l'Srt cîjrctien.
les plus emfoncés sans trouver la moindre trace
d'inhumations gallo-romaines. Nous nous trou-
vons donc ramenés par ce fait à reporter les
ensevelissements les plus anciens, à la date où
l'histoire, dégagée des légendes, donne les pre-
mières dates authentiques pour la consécration
à Dieu de l'emplacement de l'abbaye de St-Ouen,
c'est-à-dire au temps de Ste Clotilde.
Les inhumations se présentèrent par couches
superposées, fait très fréquent dans le sol des
basiliques ou des églises d'abbayes remontant à
une époque très reculée (')•
Les premières tombes qui parurent aux regards
furent quatre cercueils, placés côte à côte vis-à-vis
le 2" pilier.
Les quatre sarcophages, renfermant des inhu-
mations évidemment contemporaines, étaient de
dimensions, de formes et de pierres différentes,
l'un en vergelé, le second en pierre dure de Cau-
mont ou de Vernon, le troisième en pierre tendre
de Beaumont (Oise), le quatrième en roche St-
Maximin, preuve nouvelle de l'observation faite
par Tabbé Cochet que rien n'était plus fréquent
que d'utiliser pour de nouvelles inhumations les
anciens sarcophages que l'on rencontrait à sa
disposition. Ces quatre tombes n'ont donné que
des restes informes, imprégnés de matières
organiques, des sandales à peu près conservées (2),
des restes de bâton de bois au côté droit du
mort, des fragments de fils d'or et d'ornements.
C'étaient sans doute des tombes d'abbés ; pour
l'une d'elles, au moins, le fait n'était pas douteux.
A l'intérieur du cercueil, derrière la tête, se trou-
vait une plaque de plomb portant cette inscrip-
tion :
HIC REQUIESCIT PIE MEMORIE DO
NXUS RINFREDUS MONACUS ET ABB. HUJU
S LOCI QUI ECCLESIAM ISTAM POST
COMBUSTIONEM ESTAVIT MU
RO CINSIT ET ET ALIIS
DOXIS DITAVIT.
Nous renvoyons à D. Pommeraye pour l'his-
toire de l'administration de cet abbé qui gouverna
le monastère de 1126 à 1142. La plaque ne
fait que confirmer ce que disaient de lui les
1. /i/. Ibid. p. 42. ■
2. Sur l'usage des sandales funèbres, voir la longue et
savante note de l'abbé Cochet, dans sa Notice sur les
fouilles de St-Oueii, p. 19 à 22.
anciens documents. Nous ajouterons seulement
que la phrase ecdesiam istain postcotnbiistionein...
estavit (sans doute pour restauravit) confirme
notre opinion sur la destruction partielle causée
par l'incendie de 11 36. Autrement on eût mis, a
fundaineiitis cœpit ou une autre phrase analogue.
L'habitude d'inhumer les abbés et les grands
personnages laïques ou ecclésiastiques avec des
plaques de plomb dans le cercueil était fréquem-
ment suivie. Il y en avait au.x tombes des abbés
Nicolas (*b 1092) et Roussel dit Marc d'Argent,
(^ 1339) tous deux abbés de St-Ouen; à celles
du célèbre chroniqueur Robert de Torigny et de
son successeur comme abbé du Mont St-Michel (').
Le procès-verbal de l'ouverture faite par l'abbé
de Fécamp en 15 18 de la tombe de Richard II,
duc de Normandie, mort en 1027, constate aussi
la présence d'une lame de plomb dans le cercueil.
Il est vraisemblable que les trois autres
sarcophages contenaient les restes d'autres abbés,
mais il serait difficile de déterminer exactement
lesquels. Quant à l'absence de crosse, elle s'ex-
plique par ce fait que les insignes épiscopaux ne
furent concédés aux abbés de St-Oucn qu'au
XIII" siècle (2).
Notons comme appartenant aussi à un person-
nage ecclésiastique une sépulture, enfoncée un
peu plus profondément en terre, rencontrée à
l'extrémité Ouest de l'excavation.
Des sandales étaient encore aux pieds du mort,
sa tête était dans une sorte de niche formée
par deux dés de pierres rapportées, et derrière
la tête une plaque de plomb très décomposée
laissait difficilement lire ces mots :
XVI KL OCTO
RIS OBIIT HV
GO ARCHIDIACON
ANNO DNI
MLVII XO
Le personnage dont on venait de trouver la
sépulture n'est pas un inconnu pour l'histoire
locale (3). C'était un archidiacre et chanoine
de Rouen qui vivait au milieu du XI'= siècle.
1. D. Pommeraye, op. cit. p. 256 et 297. Bulletin monu-
mental, a.nn6&\Zj-„ p. 658. Leroux de Lincy, Essai sur
l'abbaye de Fc'caiitp. Rouen, in-8'^, 1840, p. 42.
2. D. Pommeraye, op. cit., p. 130.
3. Histoi>-e de l'J^i^lisc Cathédrale de Rouen, Rouen,
1686, in-4", p. 363.
Retîue De THrt cl)rétien.
PL. XIY.
ftSQ.
FOUILLES A SAINT-OUEN DE ROUEN.
jl3out)elles eta^élangcs.
345
La vieille histoire de la cathédrale de Rouen
rapporte, d'après les Annales des Saints de
l'Ordre de Saint-Benoît, que la ville de Rouen
étant désolée par une famine, demanda aux
religieux de l'abbaye de St-Wandrille d'amener
dans la ville les reliques de S. Wulfran. Le clergé
de Rouen vint les recevoir processionnellement,
ayant à sa tète l'archidiacre Hugues, homme très
éloquent, et auquel sa sagesse avait acquis
l'estime et l'affection du clergé et du peuple.
Hugues prononça dans la cathédrale, sur les
mérites du saint, un sermon, pendant lequel
une guérison miraculeuse se produisit. Hugues
signa en 1052 une charte, en compagnie de
l'abbé de St-Ouen. On ignorait la date de sa
mort et le lieu de sa sépulture, les voici connus
maintenant.
M. Saladin, professeur de tissage à l'école de
sciences de Rouen, a examiné et analysé un tissu
trouvé dans une de ces sépultures. Il y a reconnu
un tissu à deux lames composé de trois fils au
centimètre, conséquemment très lâche, une sorte
de canevas; «les fils,ajoute-t-il,sont rugueu.x, rudes
et jarreux, il y a tout lieu de croire que ce n'est
pas un vêtement mais un fragment de cilice. »
Un tissu semblable, trouvé par l'abbé Cochet en
1871, avait été apjjrécié de même par un chimiste
qui l'avait étudié (i).
La deuxième couche de sépultures n'a pas pré-
senté de particularités dignes d'être signalées.
Les morts y sont encore en général inhumés les
bras croisés sur la poitrine ; les cercueils sont
d'ordinaire beaucoup plus larges et plus hauts à
la tête qu'aux pieds. De trois côtés ils offrent un
rectangle parfait ; mais le quatrième côté biaise
extrêmement en se rétrécissant vers les pieds. Il
est à croire que c'est une raison d'économie qui
faisait adopter cette forme, permettant d'obtenir
ainsi dans un bloc rectangulaire de dimension
restreinte, deux sarcophages, ce qui eût été im-
possible si la diminution eût porté sur les deux
angles supérieurs.
Trois cercueils étaient en plâtre, ils étaient
formés de panneau.x fabriqués séparément et
soudés ensuite sur place. Deux montraient à
la paroi extérieure, derrière la tête, une sorte de
cercle, ou de rosace, dans lequel étaient inscrits
I. Notice sur les fouilles de St-Ouen, p. 39.
quatre rayons formant croix, et peut-être quelques
ornements assez grossiers.
Les couvercles de forme légèrement prisma-
tique montraient des rainures en relief repré-
sentant à peu près un Y, ou la pièce de blason
appelée pairie. Des cercueils de plâtre ont été
rencontrés à Paris, place Gozlin, et, comme à
St-Ouen de Rouen, ils provenaient des sépultures
d'une ancienne abbaye, celle de St-Germain des
Prés. « Ils avaient, dit M. de Lasteyrie, la forme si
commune des auges à parois verticales, rétrécie à
l'une des extrémités. Ils étaient fermés par une
dalle de plâtre que le poids des terres a souvent
effondrée. La plupart ont à la tête un ornement
en forme de rosace, beaucoup en ont un pareil
aux pieds ; quelques-uns ont leurs parois exté-
rieures complètement couvertes de dessins gros-
siers. » Ces cercueils ont été parfois désignés par
le nom de cercueils parisiens, mais on en a ren-
contré ailleurs, dans l'arrondissement d'Éperney
notamment. Ils sont attribués au Ville siècle (').
Une particularité pouvant servir à dater ceux
de StOuen est que l'un d'eux était partiellement
engagé sous le cercueil de l'abbé Rainfroy, et
écrasé sous son poids, preuve qu'il lui était
antérieur et sans doute de beaucoup.
Ce n'est qu'à la troisième couche que l'on a
rencontré les inhumations avec armes et bijoux
qui dénotent la période franque. Tandis qu'aux
deux couches supérieures, on n'a trouvé dans les
sarcophages que des restes informes de vête-
ments, des sandales, sans doute des inhumations
ecclésiastiques, désormais ce ne sont plus que
des morts ayant emporté dans la tombe leur cos-
tume tout entier, leurs armes, leur nombreux
mobilier funéraire, ces bijoux si précieux pour
l'histoire de l'art franc.
A quelle époque a cessé la coutume d'inhumer
ainsi ?
Quelle est la date précise ou seulement ap-
proximative de chacune de ces belles sépultures ?
Dans les travaux de Saint-Ouen aucun indice
important n'est venu faire avancer sur ces points
l'archéologie sépulcrale.
D'une part on sait que Charlemagne a été
inhumé revêtu de ses ornements et avec une
I. Revue arclu'ohi^iquc; Mai 1S76. Bulletin monumen-
tal, 1876, p. 640, 641.
346
IR e \) u c De r a r t c Ij r c t i c n .
infinité d'objets du plus haut prix. La tombe de
Bernard, roi d'Italie, son petit-fils, mort en 8iS('),
contenait notamment des chaussures de cuir
rouge et des semelles de bois. Enfin Lothaîre II,
mort en 986, aurait été inhumé le corps enve-
loppé d'une robe de pourpre, agrémentée de
pierres précieuses et tissue d'or (=). Par contre il
paraît résulter d'un passage d'une chronique de
l'abbaye de Fleury, qu'au XI« siècle, on avait
déjà presque perdu le souvenir de l'ancienne cou-
tume d'inhumer les guerriers avec leurs armes (3),
puisque la découverte d'une épée dans une ancien-
ne sépulture porte le chroniqueur à noter ce fait
comme digne de remarque et comme preuve d'une
habitude autrefois suivie. Ce serait alors vers le
X"= siècle, qu'aurait cessé cet usage auquel seul
nous devons la connaissance de l'art à cette
période reculée de notre histoire.
Pour en revenir aux sépultures franques de
Saint-Ouen, elles ont donné le mobilier funéraire
habituel, et je passerai sur ce qui est déjà bien
connu. Les armes, scramasaxes, couteaux multi-
ples et de dimensions diverses, lances, haches, se
sont montrées aux places où on les trouve généra-
lement. La plupart étaient extrêmement oxydées,
brisées par la rouille ; certaines offraient ces efflo-
rescences ou boursouflures en forme de coquilles
que quelques savants avaient, à tort je crois, pris
pour des ornements anciens (■•). Lorsqu'une de
ces soufflures existant sur un scramasaxe vint
à crever, il en sortit un liquide blanc et transpa-
rent.
On a remarqué les restes d'un certain nombre
d'épées ; or, d'après l'abbé Cochet (5), l'épée est
une arme qui dénote un grand personnage et ne
se trouve que sur le guerrier de distinction, le
leude, le chef ou le centenicr (<^).
Plus rare encore est le fauchard, comme celui
que l'on a découvert dans une riche sépulture où
se trouvaient aussi de nombreux fils d'or prove-
nant de vêtements. Je suis heureux de le repro-
duire grâce au crayon de M. de Vesly. (N° 3). Il se
I. Notice sur les sépultures de Saint-Ouen, p. 2 1 .
2 V. Larousse, Dictionnaire universel, verbo : Funé-
railles.
3. Martène, De antiguis Ecclesiœ rilibus, t. II, p. 36g.
4. \'. Abbé Cochet, Sépultures gauloises, rom.iincs,
franques, p. 128.
5. Tombeau de Childéric, p. 6o-6l.
6. kl. ibid.
%
i\\''>
kl
te
m
rapproche assez de celui connu sous le nom de
fauchard de Vendhuile, reproduit par j\l. l'icury
dans son ouvrage sur les Antiquitcs de l'Aisne (■).
Chose singulière et qui
prouve combien les mêmes
procédés de combattre, et
l'usage des mêmes armes se
sont perpétués longtemps, ce
fauchard rappelle que,d'après
Froissart, le sire de Reaujeu,
« tenoit un glaive roit et fort
à un zolch fer bien acérct et
desous ce fier avoit un havet
agut et prendant ; si ques,
quant il avoit lanciet et il
pooit sachier en fichant le
havet en plates ou haubergon
dont on estoit armet, il con-
venoit con en venist ou con
fust renversé (2). »
Viennent ensuite ces affi-
ches ou ferrets de bronze
appelées parfois terminai-
sons de ceinturon et qui se
trouvent dans tous les cime-
tières francs. A Saint-Ouen,
comme ailleurs, on les a
rencontrés à la ceinture ; ils
ont été l'objet de diverses
discussions ; il y a lieu de
penser que c'étaient des atta-
ches qui perçaient et reliaient
la double épaisseur du cuir
du ceinturon en arrière de la
boucle (3).
Voici encore (N° 4) une
plaque de métal ornée à jour
d'un très beau travail prove- ■ j
nant d'une des plus riches "" '
sépultures. Elle a quelque analogie avec celle
figurée par l'abbé Cochet, dans son ouvrage
sur le Tombeau de ChildMc (•*). Peut-être est-ce
1. T. II, p. 248.
2. Froissart, Éd. de la Société d'Histoire de France, I,
p. 63.
3. V. Abbé Cochet, Sépultures gauloises, franques, etc.;
p. 174, 195. Le nicme, Tombeau de Childéric, p. 271, 287.
— Fleury, Antiquités de l'Aisne, II, p. 124. — Album des
fouilles de Caranda, pi. xxxiii, et nouvelle série, pi. x.
4. P. 249.
I
Xietjuc Ue rHrt cftrcttcn.
PL. XV.
FOUILLES A SAINT-OUEN DE ROUEN.
BouDcllcs et Mélanges
347
un simple ornement appliqué en arrière de la
plaque ou de la contreplaque du ceinturon, car
i»iô:^//v^O:
h
0-, o
P
il a été également trouvé à la ceinture du mort.
Il se pourrait encore que ce fût une sorte d'at-
tache appliquée au ceinturon et dont chaque
dentelure aurait supporté de petites courroies en
cuir, au bout desquelles pendaient les ciseaux,
les pinces à épiler, le peigne, etc. et tous ces mêmes
objets avec lesquels les morts étaient déposés
dans la tombe.
Telle serait aussi la destination d'une rouelle
identique à celle trouvée à Caranda et reproduite
planche XXXI, n° 8 de l'album des fouilles (').
On a v^oulu y voir une sorte de décoration ou
d'insigne militaire. Je crois que c'est une opinion
tout à fait hasardée. J'y verrais beaucoup plus
volontiers, suivant une conjecture habilement
développée par M. de Longpérier, un objet d'où
pendaient les diverses attaches auxquelles étaient
suspendus les ustensiles , pinces épilatoires ,
stylets... dont nous venons de parler (''). Ces ob-
jets seraient alors l'équivalent des anneaux de
métal d'oij partent diverses chaînettes trouvées
dans des sépultures de Saint-Oucn, et déjà
rencontrées ailleurs (3).
L'art franc proprement dit peut citer parmi
les plus beau.x et les plus intéressants spécimens
encore connus, un grand nombre des objets ren-
contrés dans les sépultures de St-Ouen : Un stylet
d'argent avec torsades d'or. Les stylets sont chose
1. 7\e.\.uy, Antiquités de l'Aisne, II, p. 169.
2. Bulletin de la Société des Antiquaires de France,
année 1867, p. 92 à 104.
3. Abbé Cochet, Sépultures gauloises, franques...
p. I 18. Tombeau de Childéric, p. 194, 234.
commune dans les sépultures franques; trois
autres tombes de St-Ouen en ont encore donné (').
L'album des fouilles de Caranda (pi. 35, et 16;
nouvelle série), en reproduit plusieurs dont l'un
est absolument pareil à celui de St-Ouen ; comme
le nôtre, il a le nœud carré à angles abattus, sur
lequel est gravée une croix pattée. L'un de ceux
d'Hermès, en bronze argenté à ciselures annu-
laires, au nœud à quatre facettes, est aussi presque
identique {f)\ mais il semble, d'après les descrip-
tions données, qu'ils soient tous en bronze ; celui
de St-Ouen est, au contraire, en argent avec
des torsades d'or.
Parmi les nombreuses boucles de ceinturon,
plaques et contreplaques, nous reproduisons les
suivantes. (No^ 6, 6... pi. XV).
L'une d'elles ornée de grenats de Syrie est
fort intéressante. Ces bijoux ne sont pas com-
muns (3). Le travail se rapproche assez de celui
de divers bijoux du tombeau de Childéric figurés
par M. Labarte. Toute découverte de ce genre est
utile ; elle peut servir à la solution de la contro-
verse qui existait entre M. Labarte et (+) M. l'abbé
Cochet au sujet des procédés de fabrication de
ces bijoux et aussi de leur provenance.
Une autre est curieuse comme travail, en ce
qu'elle offre une ornementation obtenue par treize
parties réservées en creux dans le métal, et rem-
plies d'une sorte de pâte colorée, d'un aspect
légèrement vitreux là oii elle est demeurée intacte.
Là oij elle est tombée en partie, sa cassure est
blanche, légèrement friable et l'aspect est d'un gris
sale. Une troisième plaque se fait remarquer par la
grossièreté de son dessin et de l'exécution. L'art
est tombé bien bas, ou la main est fort mal habile.
Chose singulière, cette plaque de facture bar-
bare a été trouvée dans la même tombe que la
jolie paire de fibules en or qui constitue une des
plus belles découvertes faites dans la nécropole
deSaint-Oucn. Elles sont en or, de forme ronde,
ornées de gracieux filigranes d'or, enrichies de
pierres triangulaires, grenats et émeraudes, dis-
posées en forme de croix, la pointe du triangle
1. V. les ouvrages de l'abbé Cochet; Sépultures gau-
loises, franques, p. 327, 328, 190, Normandie souterraine,
p. 247. Tombeau de Childéric, p. 215.
2. Mémoires de la Soc. académique de F Oise; t. XI, p. 72,74.
3. Les arts industriels, t. I.
4. Labarte, op. cit. II p. 254 à 272.
KliVUK DE l'.\RT CHKÉTIli.'v,
1835. — 3""^ LIVRAISON.
348
ECU II c De rart chrétien.
dirigée vers le centre, et séparées par des perles.
Le filigrane était formé d'argent, soit d'un seul fil
obtenu à la filière et tordu ensuite plus ou moins
de manière à produire l'effet d'une spirale, soit
plus rarement de deux fils ronds tordus ensem-
ble ; le filigrane est retenu sur le fond des
bijoux par une soudure habilement pratiquée.
Les dispositions funiformes du filigrane sont
constantes à l'époque mérovingienne (■).
Les fibules de Saint-Ouen sont presque iden-
tiques comme travail aux fibules d'or trouvées par
l'abbé Cochet, à Parfondaval (-) et figurées en or
et couleur par M. Labarte. Elles se rapprochent
encore sensiblement de celles découvertes à Cau-
debec-lez-Elbeuf, et à Nesle-Hodeng (3).
Cette découverte d'objets identiques dans un
rayon peu étendu est pour moi un argument du
plus grand poids en faveur de la provenance
nationale, j'oserais presque dire locale, de ces
objets d'orfèvrerie ainsi répandus dans un certain
périmètre. En 583, il y avait à Paris, devant la
cathédrale, une place oij les orfèvres étalaient les
pièces d'argenterie et exposaient les bijoux aux
yeux des acheteurs ('*). Les lois barbares, dans
leur évaluation de la vie des diverses classes de
personnes, assignent, à Vesc/ave don ouvrier en
or un prix beaucoup plus considérable qu'au
Romain propriétaire (5).
Il y avait donc dans notre pays des orfèvres et
des ouvriers en or assez nombreux pour qu'on
s'occupât spécialement d'eux dans les lois. Ne
peut-on pas admettre que Rouen aussi comptait
ses orfèvres, chez lesquels achetaient les riches
seigneurs Francs de la Haute-Normandie. Quoi
qu'il en soit de cette dernière conjecture, l'art
national peut, on le voit, revendiquer à toute
époque des productions qui ne valaient pas seu-
lement par le prix de la matière, mais qui se dis-
tinguaient par une exécution réellement habile
et par un goût encore assez éclairé.
Reste maintenant à signaler quelques traits
particuliers et quelques faits nouveau.x révélés
par les sépultures.
1. Labarte, Op. cit., I,p. 265.
2. Abbé Cochet, Sépullures^ etc., p. 120.
3. Bulletin îles Anligiinires de France, 1869, p. 141.
4. Labarte, I, p. 236-250.
5. De Pdtigny, Nist. des Institiitiflns Mérovingiemies ;
t. III, p. 401, 402.
Un très grand sarcophage en pierre de vergelé
contenait le cadavre d'un jeune enfant d'une di-
zaine d'années. On n'a trouvé dans ce sarcophage,
encore fermé comme au jour de l'inhumation, ni
ces petites armes, ni ces petites parures, ni ces
jouets que la piété des parents y déposait sou-
vent, il n'y avait absolument rien que deux co-
quilles d'œuf placées un peu au-dessus de l'épaule
droite, coquilles que j'ai retirées moi-même,
encore à peine endommagées.
Martigny dans son Dictionnaire des Antiquités
chrétiennes rapporte que Boldetti avait plus d'une
fois observé en Italie, dans les locitli de martyrs
des coquilles d'œufs naturels, et que d'autres fois,
il avait rencontré dans des tombeaux ou parmi
des reliques de martyrs, des œufs de marbre en
tout semblables à ceux des poules.
« L'œuf, continue Martigny, après avoir cité un
passage de saint Augustin, l'œuf dans les sépul-
tures chrétiennes était donc l'un des innombrables
symboles de résurrection, au moyen desquels nos
pères dans la foi échappaient à l'horreur que la
mort inspire à ceuxqui n'ont point d'espérance...
Il était aussi un symbole de régénération et de
résurrection des corps.de là l'usage demangerl'œuf
bénit avant toute nourriture le jour de la Pcîqite de
résurrection appelée aussi Pàque de l'œuf (■).»
Je ne sais si cette découverte de coquilles
d'œufs s'est déjà produite en France. Il ne me
souvient point de l'avoir vue mentionnée.
Deux des plus riches sépultures étaient incon-
testablement celles qui portent les no- 14 et 65
sur les plans des entrepreneurs. La première
offrit.sur le cou et le haut de la poitrine du mort,
un grand stylet en bronze. A la ceinture une
boucle et une contreplaque de ceinturon damas-
quinée en argent et reproduite plus haut. Toujours
à la ceinture, ces objets si joliment travaillés à
jour, dont j'ai aussi donné la reproduction.
A la hauteur de la hanche, à gauche, une grosse
masse ou gangue formée de fer, de cuivre et de
bois, se terminant en pointe ; on y voyait encore
trois petits anneaux formés d'une feuille de
bronze.
Le sarcophage en pierre de vergelé avait été
I. .Martigny, Dictionnaire des Antiquités c/m'tiennes ;
2'-' Éd. V" œufs. — C. f. .Smith, Dictionnary of Christian
Antiquitics, V" Eggs.
iî3out)clUs et 8@élangcs.
349
fendu à diverses places, sans toutefois qu'il y fût
entré de terre extérieure; on y voyait seulement
une couche de 8 à lo cent, d'une matière épaisse,
blanchâtre et un peu solidifiée à la partie supé-
rieure. La pièce la plus singulière et qui m'amène à
en parler spécialement, est un objet qui avait été
déposé sous le mollet gauche du mort, et par l'effet
du temps en avait soulevé les os. Cet objet ressem-
blait assez à un petit seau dont le milieu aurait été
formé de douves de bois, retenues par des cercles
de bronze, ayant S centimètres de diamètre; au-
dessus et au-dessous, se voyaient de petites ron-
delles de métal, découpées à jour.
L'autre sépulture en pierre de Saint-Leu,
n° 65, se présenta, avec trois autres, abritée par
une sorte de voûte faite sans doute pour les
protéger, lors de travaux ultérieurs dans la basi-
lique ; au-dessus des terres recouvrant les cer-
cueils, on avait fait, en moellons informes, mêlés
d'un peu de ciment, une sorte d'arc de décharge
devant neutraliser le tassement ultérieur des
terres rapportées en -dessus.
Cette tombe
était riche en
objets précieux.
JAu.x pieds, on
'trouva une fiole
ou œnochoé en
verre de 163
millimètres de
hauteur.au gou-
lot en forme de
trèfle. L'anse at-
tachée à ce gou-
lot regagnait la
panse par une
ligne sinueuse,
présentant une
gracieuse volu-
te. Un dessin
(No 8) rempla-
cera avantageu-
sement toute
description ;
c'est un objet
d'une grande
valeur par sa conservation, par sa forme gra-
cieuse et par sa grande rareté. A gauche était
un couteau de fer; toujours à gauche et à la hau-
teur de la main, la chainette et l'objet en ivoire
reproduits également (N° 5), et de petites plaques
de bronze. Il est difficile d'affirmer quelle était la
destination de cette plaque.
Enfin, trait commun à la sépulture précédente,
on trouva à gauche et au bas du mollet, des an-
neaux de bronze de 8 centimètres de diamètre
reliéB par des rivets à des fragments de cuir.
Quels étaient ces deux objets? Mon savant col-
laborateur voit (dans le dernier du moins), une
aumônière. Mais il m'est difficile de me rallier à
son avis. L'existence de seaux en cuivre ou en
bronze dans les sépultures franques est un fait
assez commun et qui a attiré fréquemment l'atten-
tion des archéologues ; mais le plus petit de ces
seau.^, le seau de W'eisbadc, a 15 centimètres de
350
IRcviuc De ravt cbréticn.
diamètre, les autres sont beaucoup plus grands,
tandis qu'à Saint-Oucn, le diamètre est de 8
centimètres seulement. Nous sommes en face
d'objets à peu près inconnus dans les usages
funéraires de l'époque franque, il importait donc
de les décrire avec soin et de les signaler d'une
façon spéciale (').
Je ne saurais non plus omettre la présence, dans
des sarcophages en pierre et non ouverts ni effon-
drés, de petits morceaux de silex taillés.
De semblables silex ont déjà été rencontrés
dans des cimetières mérovingiens (-).
M. Fleury, dans son ouvrage sur \ç.sAiitiqiiiti's
de l'Aisne; plus récemment encore M. Rcnet dans
son Mémoire sur les fouilles de Hennés, ont
étudié longuement cette question et résumé les
diverses opinions des archéologues. Il est permis
de dire qu'aucune des conjectures émises jusqu'à
présent ne satisfait entièrement.
Les découvertes de St-Ouen ont toujours un
résultat utile sur un point. Elles confirment l'opi-
nion de ceux qui voient dans la présence de ces
silex un fait volontaire et non un hasard dû à la
composition du terrain ou à des inhumations
remontant à l'âge de pierre. Les trois inhumations
de St-Ouen oi:i on en a rencontré, étaient faites
dans des cercueils de pierre encore entiers, et,
dans un, la terre ne s'était pas infiltrée. Comme
précédemment, ces silex se trouvaient au bassin
ou à la ceinture. Les découvertes de St-Ouen
établissent donc l'intention encore insuffisam-
ment démontrée de déposer ces silex dans quel-
ques tombes.
La nécropole de St-Ouen n'a donné que sept
monnaies dans quatre sépultures. L'une de ces
monnaies est de Probus. Les autres n'ont pu être
déterminées exactement ; il y en a une qui paraît
byzantine. En général, dit l'abbé Cochet, on ne
laissait d'argent que par mégarde dans les
sépultures mérovingiennes (■*).
Il faut encore noter qu'une des sépultures de
la troisième couche, qui n'a donné ni armes ni
1. Abbé Cochet, St'ptilliires frangues ; p. 2S8, 294, 296.
2. C'est toutefois un fait rare en Normandie, et l'abbé
Cochet n'en signale qu'un petit nombre. Normandie sou-
terraine, p. 220. Sépultures gauloises, franques... p. 197.
3. Mémoires de la Société académique de l'Oise, t. XI,
1"= partie, p. 1 12 à 122.
4. Normandie souterraine, p. 247. Tombeau de Childéric,
p. 421,430.
bijou.\, a offert une grande quantité de franges
d'or partant de l'épaule, se développant sur la
poitrine, se séparant à la ceinture en deux parties,
contournant les fémurs, pour se terminer de cha-
que côté à moitié de la hauteur du tibia. M. de
Vesly désirait prendre un dessin exact de ces
franges et de leur disposition, mais quelqu'un,
survenant ultérieurement, et dérangeant cette
tombe, a empêché la réalisation de ce projet.
Une autre tombe voisine, celle qui a donné le
fauchard, a montré aussi de très nombreux fils
d'or provenant du vêtement.
Ces décou\'ertes de fils d'or dans les très an-
ciennes sépultures sont assez rares. M. Viollet le
Duc en a trouvé dans des sépultures de St-Denis
qui devaient être contemporaines de celles de
St-Ouen.
Divers auteurs parlent de sépultures de reines
et même de rois mérovingiens inhumés à St-
Ouen ; mais, comme le faisait déjà remarquer un
bénédictin qui écrivait au siècle dernier, ce fait
est loin d'être prouvé ; nous nous abstiendrons
donc de toute conjecture sur aucune des tombes
qui se sont présentées à notre examen (2).
Je considère comme un des traits saillants des
sépultures de St-Ouen et comme une des parti-
cularités qu'il importe le plus de noter.l'absence de
ces vases funéraires que l'abbé Cochet et tous les
archéologues ont toujours rencontrés.Leur présen-
ce est un des signes les plus connus de l'archéologie
funéraire. J'ai assisté, et je pourrais même dire j'ai
procédé moi-même à l'exploration de la plupart
des tombes. J'ai bien remarqué, dans quelques
sarcophages effondrés et que la terre extérieure
avait envahis des fragments minimes de poterie
grise (3), avec lesquels on ne pouvait reconstituer
ni un vase ni même un fragment de vase ; mais,
dans aucune sépulture encore intacte comme au
premier jour, je n'ai vu de vase à encens, ni même
de vase funéraire (sauf la fiole de verre). Je viens
de faire un nouvel appel au.x souvenirs de mes
deux compagnons les plus assidus M. l'abbé
1. Dictionnaire d'architecture, V" Tombeau.
2. Semaine religieuse du Diocèse de /\ouen, année 1884,
p. 1266.
3. La Semaine reiigieuse de J^ouen, année 1SS4, p. 1293,
dit « qu'on a trouvé plusieurs vases aux pieds des sque-
lettes », mais c'est une légère inexactitude, échappée h la
rapidité de la rédaction.
jiîJouticUcs et mélanges.
351
Biard, vicaire à St-Ouen, et M. de Vesly, tous
deux confirment la remarque que j'ai faite et se
portent garants de son exactitude. Je devais
signaler ce fait qui vient contre les données
connues.
De cette dernière remarque et aussi des diverses
observations qui préccdent, nous croyons pouvoir
conclure qu'il n'y avait dans les rites et dans les
habitudes funéraires, rien d'absolument fixe et de
rigoureusement invariable... Si l'on trouve.comme
partout, les armes et les bijoux, on rencontre de
plus dans deux tombes des objets à peu près
inconnus ; une troisième seule donne une petite
fiole de verre comme on n'en voit que très rare-
ment dans les sépultures chrétiennes. Un petit
enfant est mis dans la tombe avec deux œufs,
fait peu commun. A côté des usages généraux
et des règles uniformément suivies, il y avait donc
une part assez large réservée à l'initiative indi-
viduelle, aux dernières volontés du défunt ou
aux souvenirs pieu.x de ceu.x qui lui survivaient.
Gu.sTAVE A. Prévost.
P. S- — Si j'ai pu étudier de si près ces travaux
de l'église St-Ouen, je me fais un devoir de dire que
je le dois à la bienveillance de M. l'abbé Paploré,
chanoine honoraire de la cathédrale de Rouen,
et curé de St-Ouen. Il avait eu la bonté de m'auto-
riser et même de m'inviter à suivre ces fouilles si
intéressantes. J'espérais lui en témoigner ici ma
vive reconnaissance. Une courte maladie l'a
enlevé, avant l'achèvement des travau.x,à l'estime
et à l'affection de ses paroissiens ; au lieu de
remercîments, je ne puis plus qu'adresser à sa
mémoire un respectueux souvenir.
G. A. P.
Quelques rcniarques .sur l'ancienne ctofte
Dite Stauracis ou Btauracinus. ^— ^— ---
UAND un savant de la compétence de
M. Ch. de Linas a traité un sujet,
on peut presque dire a priori que ce
sujet a été épuisé. Malgré cela il sera
permis, je l'espère, de glaner après lui, ne fût-ce
que pour constater son habileté supérieure à
éclairer tout ce qu'il trouve sur son chemin. Je
vais donc essayer d'aborder la question de savoir
à quelle espèce de tissus pouvait appartenir le
s/aiimcis ou staiiraciit7is et pourquoi il fut appelé
ainsi. Puissé-je ne pas avoir une amère désillusion,
et puissent les lecteurs apprendre quelque chose
par ce petit article d'essai sur l'importante et très
difficile science des tissus anciens.
D'ABORD est-ce bien stmiracis ou plutôt
stauracinus que cette étoffe était appelée?
D'après l'archéologue célèbre que nous venons
de nommer, son nom latin, ou mieux latinisé,
serait précisément stmiracis. « La chlamyde de
saint Démétrius, dit-il à ce propos, est en staiiracis,
étoffe mentionnée dès 687 par le Liber poniifica-
lis, puis dans une lettre de Paul I (ys?-?^?) à
Pépin le Bref.et encore au temps de saint Adrien I
{772) (•). » De notre côté, cette étoffe nous la
trouvons désignée sous le nom de stauracinus^
comme si l'on disait /«««?« stauracinus, en pre-
nant ainsi l'adjectif pour le substantif ayant la
qualité indiquée par lui. C'est ce que l'on fait en
mainte occasion dans toutes les langues ancien-
nes et modernes.
C'est conformément à cet usage fort naturel
qu'on dit satin pour indiquer l'étoffe de soie fine
et lustrée, brocart celle qui est brochée d'or et
d'argent, et ainsi du reste. Or, dans les textes
originaux nous trouvons, et le stauracis (2) de
notre auteur, et stauracinus, de plusieurs au-
tres, mais seulement employé comme adjectif
Ainsi Anastasele Bibliothécaire, auteur du Libe7'
pontificalis, cité par notre illustre archéologue,
dit précisément: « In altari B. Petronilla; posuit
vestem de staurace unam, habente pericl}sum de
blattis, seu chrysoclavo » (In Léon. III) ; et ail-
leurs : Cor ti lia s de palliis stauracinis seu quadruplis
(In Advian.), non pas quadrapolis, comme M. de
Linas lit d'après Boulanger, cité par Du Cange.
Et quoique dans la Chron. Fontanellcnsc, cap. 16.
on trouve Pallia stauracia, et dans la Chron. Cen-
tiilense, lib. II, c. io,ily ait : casulas de storace {^) ;
1. Revue de l^Art chrétien, 18S3, p. 207.
2. Du Cange donne aussi comme synonyme de stauracis
et de stauracinus les mots stauracium, stauracin, stora-
cis, storasium.
3. Cette faute d'orthographe est peut-être dérivée de
ce que les fran(,-ais prononcent la diphthongue au même
latine par o. truand on voulait exprimer des figures amyg-
352
IRetîue De l'Srt c|)rcticn.
ces deux; textes appartenant à une époque où le
latin ecclésiastique était fort corrompu, ne sont
pas de nature à détruire entièrement tout doute
à cet égard. Du reste, ainsi que nous Talions voir,
la question de la désinence ne nous préoccuperait
pas le moins du monde, si le mot stanracimis pris
substantivement n'avait une étymologie beaucoup
plus propre à résoudre la question. Quoi qu'il
en soit, pourtant, qu'on daigne me lire jusqu'au
bout, car j'ai l'espoir d'apporter mon petit rayon
de lumière sur ce sujet de grand intérêt au double
point de vue de la liturgie et de l'archéologie.
II.
OUANT à l'étymologie, je tombe absolument
d'accord avec le savant auteur. C'est bien de
^"^^ ijTx^i^ii (croix), non pas de (7ripa;(bouterolle
de lance), en latin styrax, et même storax, nom
de l'arbre producteur du storax, arbre assez sem-
blable au cognassier, et dont la larme parfumée
est employée en guise d'encens et même en
médecine. La Calabre surtout, en Italie, en est
très riche. L'altération assez grave de la racine
^-a.M en <J7ip suffirait à elle seule pour faire
rejeter cette étymologie erronée. C'est avec un
vif regret que je me vois obligé de remarquer
que les Grecs écrivaient communément orJoi,
d'où est dérivé le mot latin styrax.
Voici maintenant ce que dit à ce sujet un docte
livre de deux auteurs italiens, ou mieux mal-
tais, c'est-à-dire le Hierolexicon des deux savants
frères Dominique et Charles Macri : « Stauraci-
nus ; hoc vocabulum varie a plerisque intellectum
fuit, sed rêvera absque probabilitatis fundamento.
Ouare hoc vocabulum nil aliud significat, quam
te.xtilecrucibus contextum...; nzy.-joo; enim grœce,
latine cniccin, et zoivo:, patens et intermediatum
significant ('). » Or, si l'on voulait admettre
l'étymologie de ces auteurs, il n'y aurait pas le
moindre doute que le nom propre et véritable
de ce tissu fût staiiraciniis qui, en conséquence,
serait un substantif pur et simple, bien qu'on le
trouve employé même en tant qu'adjectif, comme
quand on dit : une robe d'étoffe satin, un paletot
daliformes semblables aux larmes, on disait communé-
ment ad lacrymas comme on peut le voir môme dans les
articles de M. de Farcy sur les Broderies et tissus de la
cathédrale d'Angers. (Revue de l'Art cliréticii, 1884, p. 270
et suiv., et 18S5, p. 168 et suiv.)
I. Hierote.vicon, V. Stauracinus.
de drap castor, de velours, pannus villosus, dit
depuis vei/osins ou vc/osns au substantif (').
III.
POUR ce qui concerne les qnadrapolis que
ces deux savants frères lisent quadniplis,
ils s'en servent pour appuyer leur interprétation
de la manière suivante : « Nam quadruplam figu-
ram angulares cruces formabant, et ideo Polystan-
ria dicebantur, id est multis crucibus referta. »
Le célèbre Torrigius, dans son traité De cryptis
vaticanis, (deuxième édition, p. 184,) est tout à fait
de la même opinion. Les quadrupla; ne seraient
donc aucunement semblables à des caissons car-
res, ainsi que le veut Boulanger, mais à des croix
formées par la lettre grecque T quatre fois répé-
tée et arrangée de manière à former une croix
ainsi qu'il suit : ={-- Essayez, en effet, de prolon-
ger d'autant toutes les traverses de cette croix
composée àe ga/nina et de décrire en tous les
sens d'autres croi.K semblables mais continues,
et vous verrez avec étonnement en sortir des
quadrapolcs ou mieux quadruplœ qui ne sont
autre chose que le résultat des croi.x ainsi for-
mées, et en définitive des gamma leurs éléments.
Voilà pourquoi ces
sortes de vêtements
sacrés étaient ap-
pelés gammadia
y ZjUuâ'îia, c'est-à-dire
semés de gamma.
Et puisqu'il arrive
toujours qu'on passe
du simple au compo-
sé, comme la figure
de la croix était très
connue et en grand
honneur chez les
chrétiens, des murs
et des tombeaux de
leurs catacombes, ils ,. _■■ ..
commencèrent à la
parader et à la bro-
der sur les vêtements liturgiques. St Grégoire
de Nazianze (Orat. 2^ in Julian.) raconte que
I. Item unum paramentum altaris in una pecia de
vetosio rubco, in quo est coronatio beatiï MariiV, conti-
nens tredecim ymagines de brodcria. » (La Chapelle joy-
eu.se, 1461-1643) — i^l-ievue de PArt chn'/ien, 1885, p. 177.)
Boutiellcs et a^élangcs
353
lorsque les Juifs, par ordre de Julien l'Apostat,
s'étudiaient de rebâtir le temple de Jérusalem
en haine du CllKlST, ils virent une splendide
croix entourée d'une auréole circulaire et de
magnifiques petites croix sur les vêtements de
chacun d'eux. C'est là peut-être l'origine des
TTo/i/çrâupiov.Dans la suite,quand le christianisme
eut conquis toute sa liberté, et devint la religion
de l'État, cette croix se montra en public et on
en tissa même des étoffes qu'on appela staitra-
cini. De même que la croix était un signe
honoré, vénéré, adoré même des chrétiens, cet
honneur et cette vénération furent étendus à la
lettre grecque T (taii) semblable au T latin,
symbole de la croix. En effet Tertullien dit :
« Ista littera Graecorum Tau, nostra autem T,
species crucis est (') ; » et saint Isidore, après le
docteur africain, ajoute : « Tau littera speciem
crucis demonstrat (2). ))
Or c'est précisément l'arrangement de quatre
T disposés pied contre pied, qui a produit
la croix de Jérusalem, autrement dite croix
potencée, dont voici un échantillon ►!< . Cette
croix avec les quatre croisettes aux angles, '^
outre ce qu'en dit M. de Linas dans ses Œuvres de
saint Élfli, p. 53, se trouve aussi dans une mon-
naie de cuivre à moi dans l'exergue de laquelle
on peut lire seulement: IL... REX... c'est-à-dire
PHIIPrVS REX (3).
Mais si le T est la figure de la croix, le 1" sym-
bolise le Christ lui-même qui par saint Paul est
appelé d'abord Pierre qui suivait le peuple hébreu
dans le désert : conséquente eos petra, petra autem
erat Christns (I Corinth., X, 4), et ensuite Pierre
1. Tertull. Contra Marcion., lib. III.
2. S. Isid., De Vocal. Cent., cap. xxv.
3. Dans une autre monnaie en argent, également h moi,
il y a une simple croix potencée. Du coté de l'effigie se lit:
►J. PHILIPP. III REX,
et au revers, du côté de la croix :
IX HOCSIGNO VIN'CES. 1621.
Ce sont évidemment des rois d'Espagne qui étaient
aussi rois de Naples. Dans la superbe monographie du
Pape saint Grégoire VII, récemment publiée comme
prime par la Vocf délie Verità de Rome, on peut voir un
dessin représentant Godefroi de Bouillon à cheval tout
couvert, lui et son cheval, de ces sortes de croix dont ce
héros chrétien timbra ses armes pour représenter le Saint
Sépulcre et les cinq plaies de N. S. Une croix simple
surmonte son casque tout orné des instruments de la
passion.
angulaire,z/i't? sunimo atigulari lapide ChristoJes7c
(Eph., II, 20). Cette figure de la pierre angulaire
appliquée à Jésus-Christ, premier fondement
spirituel de l'Eglise, nous la trouvons approuvée
par le Prince des apôtres lui-même, là où il dit :
Ecce pono in Sion lapident suniinnnt, angiilareni,
electnni,pretiosiim : et qui crediderit in euni non
confundetnr (I Petr. , il , 6). Or le gamma
grec, r, par sa forme, représente précisément la
pierre angulaire, et par là jÉSUS-ClIRlST lui-
même. Il n'est donc point étonnant, bien plus il
était fort naturel que, comme on avait tissé des
étoffes semées de croix, on en fit d'autres ornées
de r appelées à cause de cela textilia gajnmata,et
les vêtements qu'on en faisait ganunadia. Qu'on
prenne la peine de regarder avec un peu d'atten-
tion les anciennes mosaïques et les anciennes
fresques, et l'on sera convaincu de ce que j'avan-
ce. Les évêques grecs surtout en faisaient et en
font encore un usage très fréquent, nommément
sur les penulœ {^').
IV.
DU reste comment interpréter autrement ces
deux passages d'Anastase, passages se rap-
portant au pape Léon IV : « Fecit vêla serica
de prasina quatuor, habentia tabulas de chryso-
clavo eu m effigie Christi, et, in média cruces, et
gamviadias de chrysoclavo cum orbiculis, in qui-
bus sunt imagines Apostolorum (2)» — « Gain-
madia duo et columnas argenteas octo (3) ? » On
pourrait dire, sans doute, que tout cela s'expli-
querait à merveille en supposant seulement que
sur ces costumes ecclésiastiques, il y eût des
croi.K et des gamma cousus ou brodés sans en
déduire le moins du monde que ces croix et ces
gamma fussent tissés avec l'étoffe elle-même ;
mais alors de quel droit aurait-on pu dire : cor-
tinas de palliis staiiracinis, et pallia stanracia, et
même casnlas de storace, c'est-à-dire,de stanracc?
Il faut donc de toute nécessité admettre que
l'étoffe elle-même était tissée en croix eten^rtw-
I. «Soient gra:ci episcopi in eorum planetis intexere ad
modum crucis quadruphcatelitteram Gamma, eodem mo-
do quo in duplo aureo gallico quadruplicata recenter incu-
ditur littera L. » Macri, Ilierolexicon, v. Casula.
2. Anast. liiblioth., in Léon. II'.
3. kl., ibid.
554
IRcuiic Dc l'art cbrcticn
vm,et non pas seulement que des habits sacerdo-
taux ou laïques avaient des croix et des gamma
superposés ou brodés.
Écoutons encore les savants frères Macri, qui
disent : <s Igitur hoc vocabulum, nedum vestem,
sed etiam textile hisce caracteribus angularibus
formatum significat, ad denotandum, ut Balsa-
mon inquit, quod Christus sit angularis lapis.
Item Gammadion, -/aau.à'lcov, vélum aut simile
quidquam, similibus litteris, quae gamma dicun-
tur, ornatum ('). »
V.
D'APRÈS tout ce que nous venons de dire,
ce n'est pas une témérité, ce me semble,
d'avancer que nos modernes étoffes quadrillées
ou à carreaux aient pour devancières les staiiri-
cinos et les textilia gammata. En effet, de même
que de deux T juxtaposés par la jambe on forme
un T, et que de deux T placés l'un à côté de
l'autre en sens inverse par leurs têtes ou traverses
il en résulte une véritable croix '||, ; ainsi, en
continuant de la sorte, on obtiendra un quadrillé
rectangulaire comme il suit :
Par la même raison, lorsque quatre gamma
auront formé une croix à branches égales et cou-
pées mutuellement par le milieu en forme de
croix grecque improprement dite, ainsi que nous
l'avons vu plus haut, il sera très facile d'en for-
I. Hierolexicon, v. Gammadia. Impossible de prendre
le stauriicis ou staura.v, ou mieux stauracinus pour une
étoffe de couleur jaune à l'imitation de celle du storax du
moment qu'on le fait ddriver de o-arupôs plutôt que de
a-Tvpa|. Du reste cette étymologie-là ne serait point isolée.
Voici en effet la famille des vocables grecs latinisés qui
en dérivent :
I'. Staurolatra, a-TaupoXâTiTjs, id est crucis adorator, ou
adorateur de la croix ;
2". Stauropala, o-TaupoiraTts, id est crucis pejuraior^ ou
traître de la croix ;
3". stauropcgium, <rTovpoirr|Y'-<»'i i'i est crucis coit/ixio,
crucifiement ;
4". Stauro/>/ii/ti.v,<rTaLvpo^i.\a,^,idest crucis custos ou bien
gardien de la croix, etc.
mer des quadrillés en véritables carrcau.x de la
manière suivante :
m
m R
« M
1 11 1
Que l'on continue de la sorte et on sera tout
à fait convaincu que par des gamma suivis sans
interruption on aura des qiiadruplae à carreaux
d'où dérivent nos quadrillés. Mais ne manquez
pas de remarquer que les espaces blancs qui en-
tourent les carreaux de notre figure ne sont
autre chose que des gamma unis ensemble.
C'est maintenant, je pense, qu'on comprendra
à merveille pourquoi Anastase a fait l'étoffe de
stauriciims synonyme de quadrapolae ou qua-
dniplae, car des croix à branches égales se
continuant sans interruption produisent forcé-
ment des carreaux. C'est maintenant aussi que
l'on comprendra la raison qui a fait que ces sor-
tes d'étoffes furent dites à cckiqiiier.^ï) effet, pour
ne pas être trop diffus, il suffira d'inviter nos lec-
teurs à lire la page 173 de la dernière livrai-
son de cette Revue, où il est écrit : — Uiia infula
cum stolla et nianipulo et parauieiito a/taris, de
qiio parainento factœ fiicrunt duce dalinaticœ ru-
bei coloris et albiad modum scangrii,galice desce-
quier.
YI.
ET ici que l'on me permette de hasarder une
autre remarque. En bien des inventaires
anciens on trouve indiqué des étoffes et des vête-
ments semés de compas. « Item une cappe d'ou-
vrage sarrazinois..., à un tassil d'argent, esmaillé
et doré à quatre àç.m\-coinpas ('). » — « Item
unum aliud pluviale... cum aurifrisio ad certes
coiHpassus inagiios et parvos. Item unum aliud
pluviale... cum aurifrisio sine figuris ad quosdam
conipassus. — Item unum aliud pluviale... ad
cotnpassus per totuDi. — Item unum ;iliud pluvia-
le... ad conipassus ^(t2i\xxo in campo rubco ad aves
I. Inventaire de la cathédrale de Cambrai, 1359.
BouticlUs et ^élang;e0.
355
et animalia ('). » — « Item une autre chappe d'un
drap d'or, dont le champ est blanc semé de com-
pas d'or, et dedans le compas à griffons volans {^).%
— Item une chasuble d'un drap de soie jaune, à
compas. » — « Item un drap de soie bien faible,
dont le champ est vermeil, semé de compas et es
compas à lions qui ont les testes et les piez
blans (3). » — « Item aliud pluviale de catemito
albo cum magnis rôtis et cum duobus pappagal-
lis in qualibet rota et cum compaxibus in pra;di-
ctis rôtis. — Item aliud pluviale de dyaspero albo
ad rotas parvas et stellas et compaxibus inter ip-
sas rotas. (Ibid.) »
L'illustre Mgr Barbier de Montault, mon maî-
tre plus que mon ami, dit que ces compas sont
des quater-fcuilles angnlcs. Plus bas il ajoute :
« Le compas est donc un jeu de cet instrument,
traçant des courbes diverses, comme le polylobe,
le quatre-feuilles, etc. ("*). » Comme je n'ai jamais
vu des compas de cette espèce dans les anciennes
étoffes, je n'ai pas de compétence pour exprimer
une opinion à cet égard, surtout lorsque le
maître a parlé. Mais si par hasard ces compas
très fréquents, ce dont on ne voit pas trop la raison
d'être dans les ornements sacrés, en admettant
que ce soient des instruments de mathématiques ;
si ces compas, dis-je, avaient la forme de |L. ^ _lj
compassiis magni et parvi, ou bien celle de | |
(~ j f~ i r~ I "^ faudrait-il pas dire que
ce ne sont autre chose que des gamma différem-
ment placés et combinés .■■ Si mon illustre et très
savant maître n'approuve pas, ainsi que je le
crains fort, mes idées, qu'il daigne m'éclairer
dans cette même Revue par un de ses articles qui
n'admettent presque jamais de réplique. En tout
cas, je serais heureux de l'avoir respectueusement
provoqué. Fas est a magistro doceri.
Monacilioni, avril 1885.
Profess. Archiprêtre VINCENT AmI!ROSI.\NI,
Docteur en théologie et droit canon, membre de
la commission permanente des Fastes et Monu-
ments eucharistiques de Paray-le-Monial.
1. Inventaire de Saint-Pierre de Rome, 1361.
2. Inventaire du Saint-Sépulchre de Paris, 1379, n" 16.
3. Ibid., n" 41 et n° 62.
4. Revue du Musée et de la Bibliollùquc eu:hiirisliques,
18S4, p. 275.
Inucntairc Du mobilier De ^igr ïloiiis
0iartini, éoêaiie D'Koste. ^^^.^^^.^^
ouïs Martini, natif de Nice, fut nommé
à l'évêché d'Aoste (Piémont), le 31 jan-
vier 161 1. Le 17 mars de la même an-
née, il fit venir de Rome à Aoste, trois
bustes de marbre que le chev'"Antonin Bertolotti,
dans ses Notisie raccolte, dit n'être cependant ni
anciens ni importants. Encore la même année,
vendredi 4 novembre, il célébra son premier
synode diocésain. En 161 8, il fit faire une magni-
fique châsse en argent pour renfermer le corps
de saint Joconde, évêque d'Aoste, patron de sa
cité, laquelle est portée processionnellement le
jour de sa fête, chômée le 30 décembre. La
dernière année de sa vie (1621), il reçut à la
cité d'Aoste, après la fondation de leur couvent
(1619), les religieux capucins, que la Révolution
française expulsa en 1800 et qui n'y revinrent
plus. Un acte de visite de la cathédrale d'Aoste,
faite le 6 mars 1624, par Mgr J. B. Vercellin, in-
dique une riche chasuble offerte à son église par
son prédécesseur, Mgr Martini : \{ Planetam quon-
dam Domini episcopi Martini, ex quodam opère
serico et auro, coloris albi et rubei. » Cet orne-
ment fait maintenant partie du trésor de la cathé-
drale.
D'après l'inventaire transcrit ci-après, nous pou-
vons avoir connaissance du personnel de la mai-
son de cet évêque, et des pièces de l'évêché, là au
moins où il y avait du mobilier soumis à l'inven-
taire. Sa famille aurait été composée de trois ec-
clésiastiques : le vicaire-général, i{ don Lodovico »
et <.( don Bernardo » ; et en domestiques, elle au-
rait eu « Carlantonio », « Francesco » et « Ago.s-
tino ». Les pièces visitées pour le récolement de
l'inventaire sont ainsi désignées et dans le même
ordre : grande salle supérieure, deux chambres à
l'usage du vicaire-général ; la 2<^, avec cabinet
pour la bibliothèque, peint en vert, jaune et azur;
galerie au levant, deux chambres de don Lodovico;
salle voisine des chambres de l'évêque ; apparte-
ment particulier de l'évêque, composé de deux
chambres et un cabinet-bûcher, dont la i"-' cham-
bre seule fut inventoriée ; salle du puits, poêle
(chambre commune), cuisine, petite cuisine, dé-
pense, chambre de don Bernardo ; prisons, cha-
REVl'E DE l'aKT CHRÉTIEN.
1885. — 3""^ LIVRAISON.
356
iRcuiic De rart cfjrcticn
pelle, chambre de Carlantonio, voisine de la
grand'salle ; chambre de Franccsco, voisine du
bûcher ; cantine.
Afin d'être plus sûr du sens de plusieurs des
termes employés dans cet inventaire, introuvables
dans les dictionnaires, nous avons recouru à l'obli-
geance de l'honorable famille de M.Jean Medici
qui, depuis plusieurs années, réside à Aoste, en
qualité de directeur des garde-chasses royales,
dans la vallée d'Aoste, et pour témoignage de
notre reconnaissance, nous tenons à déclarer ici
que personne autre n'aurait pu servir mieux notre
désir.
Aoste, le 12 décembre 1S84.
Pierre-Étienne Duc,
Clianoine delà catlicdralc d'Aoste.
Inventario delli mobili di Mons : e
Vescovato (')•
I. — Nella sala grande di sox)ra.
1. Una credenza di legno bianco, con una chiave.
2. Una cassa di legno di noce, longa, con due
chiavi.
II. — Nella caméra p\ del Vlcario.
3. Una tavela di legno bianco, con il suo telaro if)
di simil legno.
4. Uno tapeto sopra essa tavela, di panno verde,
assai longo.
5. Uno horologgio da polvere ( '), di lottone, piccolo.
6. Uno sigiUo di ferro, con l'arma di Mons'''^ R"".
III. — Nella 2\ caméra.
7. Uno candeliero di lottone C^).
S. Due lettere ('), con sue colonne e telari {^).
9. Due paliasse di tela nova.
10. Uno letto di piuma bona, con il suo cussino longo
e uno matarasso di lana.
11. Una coperta di filo biancha operata.
12. Due coperte di lana, una biancha e l'altra rossa.
1. Il y avait des meubles faisant partie de l'hoirie de l'évéque, et
d'autres qui appartenaient à l'évêché même.
a. M. le chanoine Duc m'ayant prié d'ajouter quelques notes, je
préviens qu'elles ne seront pas chiffrées, mais distinguées par les let-
tres fie l'alphabet. — X. Barbier de Montault, Prélat de la Maison
de Sa Sainteté, Référendaire de la signature, etc.
Telaro, dessus de la table, garni primitivement de toile, telti et,
plus tard, de drap ou de cuir.
2. Sal)lier.
/'. Chandelier do laiton, cuirve jaune. On dit en italien ottoiic.
3. Bois de lit, proprement litih-e.
c. L,es colonnes supportent le telaro ou ciel en t.nle.
13. Una tavela di legno biancho, con li soi trespi (').
14. Uno tapeto sopra di essa di lana di Bergamo {"'))
di divers! colori.
15. Una stancia piccola per li libri, depinta di verde,
giallo et azurro.
16. Una cassa piccela di legno di noce, serrata cen
chiavadura (').
17. Doi forcieri (*), uno verde et altro negro, con sue
chiavi.
18. Uno meschetto (') da letto di rarela con rete di
frusco i^) lavorata.
19. Uno piede di legno per esse meschetto.
20. Une p.irasele di coranie ('), et una sachossa (")
di corame.
2 1. Cadreghe morelle (') tre, et una di legno.
22. Altra cadrega da letto et à malati (■^).
IV. — Sopra la galleria o sia lobbia f' ) verso,
levante.
23. Una banca lenga, senza una gamba, di legno
bianco.
24. Una piccola tavola quadra, di legno bianco, senza
la gamba.
25. Tre scalini di legno dinoce, per una credenza.
26. Una gabbia grande per polastri ('').
27. Uno bariletto, pieno di aceto.
28. Una cassa grande ("), piena di scritture. '
29. Uno letto di piuma, piccolo.
30. Una canestra fatta a modo disporta (").
V.
Nella p'. caméra di don Lodovico.
31. Una bella lettera di legno di noce, con le sue
colonne e telaro.
32. Dei letti di piuma et uno cussino longo.
33. Una pagliassa di tela nova.
34. Due coperte di lana, una rossa et altra bianca.
35. Una coperta di pelle di mottone, bianca e
negra ('^).
1. Treipi ; monté sur trois pieds ; généralement pieds, appuis.
2. Laine de Bergamc. — \,e n. i6o fait mention d'une tapisserie de
Bergame. C'est une ancienne sorte de tapisserie fort commune et
de peu de valeur, ainsi nommée à cnuse de la ville de Bergamo, d'où
sont venues les premières tapisseries de ce genre. L'usage des
papiers peints en a fait abandonner l'usage.
3. Loquet.
4. Forzic)-i\ espèce de coffre-fort à l'usage d'une famille, où l'on
enferme l'or et l'argent, et ce que l'on a de plus précieux.
5. Moustiquièrc, rideau ordinairement de gaze ou de mousseline
très claire, dont on entoure les lits dans les pays où l'on a besoin de
se préserver de la piqûre des moustiques, etc.
6. Filet fait avec une plante filamenteuse.
7. Un parasol en cuir.
8. Sachossa : poche ou bourse, étui ; littéralement sacoche.
g. Chaises couvertes de basane violette.
a. Chaise pour des malades, lit de repos.
10. Lobbia, galerie en bois.
h. Grande cage à renfermer des poulets.
11. Coffre.
12. Une corbeille en forme de cabas.
13. Une couverte de peau de mouton, blanche et noire.
Bouucllcs et 0@élang;c0
357
36.
37-
38.
39-
40.
41.
42.
43-
44-
45-
46.
47-
48.
49-
5°-
51-
52-
53-
54-
S5-
56.
VII.
57-
58.
59-
60.
61.
62.
63-
Una cassa longa verde, con sua chiave.
Una cassetta ])iccola con un luchetto (■).
Una tavola di legno bianco, con doi trespi.
Uno stalino (•') dei)into sovra la tavola, con
cinque tiretti.
Uno caramale {'), di tolla grande.
Doi branderali (') di ferro in croce.
Uno candeliero di lottone.
Uno cussinetto, guarnito di veluto rosso, per
cavalcare {').
VI. Nella 2' cannera di don Lodovico.
Una lettèra di legno di noce.
Una paiassa di tela nova.
Uno letto grosso di piuma bona, con suc cussino
longo.
Doi origlieri di piuma.
Due coperte bianche di lana.
Una coperta di filo, operata di diversi colori.
Altra coperta di pelle di mottone.
Una tavola quadra di noce bella.
Uno tapeto sopro di essa di lana di bergamo, di
diversi colori.
Una cassa di noce bella.
Uno porta raantello di legno di noce.
Uno fortiero con peli tanetti ('').
Una cadreglia di legno di noce.
— Nella sala vicina aile camere di Mons."'
R'"".
Una credenza di legno di noce con il scalino (=)
e chiave.
Doi branderali ('^), con pomi di lottone.
Bernazzo, niolla, forchetta e rampino ('"), con
porno di lottone.
Il protratto ('') del papa.
Una portera ('), con l'arme di ^lons'''^.
Doi ferri da portera (").
VIII. Nella p.\ caméra di Mons" R'"".
Quattro forciere di corame rosso (') novi, con sue
chiavi
1. Cadenas.
a. Des îUS de table, à étagères, avec cinq tiroirs.
2. Kncricr de tôle ; en italien, calamaio.
3. Un trépied ancien, en forme de croi.\, qu'on met dans la che-
minée pour soutenir le bois, en italien alavi. lis sont ou en fer ou en
terre cuite.
4. Un petit coussin, garni de velours rouge, pour voyager à
cheval.
b. Coffre tout garni de poils de porc ou de sanglier, comme on
fait encore à Rome.
5. Socle.
c. Chenets.
6. Pelle à feu, pincette, barre en fer ijui sert iV attiser le feu, cro-
chet jwur attirer les braises.
ii. Portrait: en italien, rityatto,
7. Portière de velours brodé aux armes de l'évèque.
f. Fers, tringles de fer pour tendre la portière.
8. Coffre-fort, recouvert de cuir.
64.
65-
66.
67.
68.
69.
70.
71-
72.
73-
74-
75-
76.
77-
7S.
79-
So.
Si.
83-
84.
S5-
86.
87.
83.
89.
90.
91.
92.
93-
94-
95-
96.
97.
Una lettera da campo (') di noce, con 4 pomi
dorati.
Uno fornemento da letto di panno rosso, con
frangia di tela.
Uno tapeto rosso, conforme al fornemento
sodetto (°).
Uno letto di piuma, bello et bono, con doi
cussini di piuma longhi.
Due coperte di lana, una rossa et altra biancha.
Una coperta di seta gralda (^) operata.
Uno tapeto grande turchesso (■*) operato.
Una grande pezza di sargia (=) verde.
Una portera, con l'arma di Mons''"=.
Una tavola di legno bianco, con suo piede.
Uno tapete verde sopra essa tavola.
Due fodrette grande di tela vernisata (' j.
Uno bocale con catino di maiorica (').
Una croce con piede di legno.
Uno candeliero da tre gambe di lottone.
Una cavagna ('') grande.
Uno oregliero (').
Uno candeliero di lottone.
IX.
Nella caméra 1'^ di Mons'■^
Due tavole di noce con soi telari e trespi
et uno tapeto turchesso vecchio.
Una scancia (") piccola, uno sîgillo (") di ferro.
Due cadreghe di legno.
Una cassa longa, con chiave.
Due scancie longhe per libri.
Uno cassetto piccolo sopra la tavola.
Un quadro dorato di S. Anna.
Una croce di legno dorata.
X. — Nel camerino di Mens'*.
Doi forcieri, uno verde altro negro.
Banche tre di legno bianco.
Una paiazza.
Una coperta di lana bianca.
Uno inginochiatore (^), dipinto di rosso.
Uno ouso dell'aqua benedetta ('') dit argento.
Uno cussino longo da letto di lana.
Uno horologgio da polvere.
1. Lit de camp.
2. Susdit.
3. Jaune; eji italien, giallo et au moyen âge, gialdo,
4. Bleu.
5. Serge verte.
6. Deux taies d'oreiller, en toile cirée.
7. Pot et cuvette, en faïence ou majoUtiuc. Poterie de terre ver-
nissée ou émaillée dont La fabrication a pris naissance à Faenza ville
d'Italie. L'ile Majorque en a aussi fait un commerce très étendu,
d'où est venu le nom de Maiolica.
8. Panier.
9. Coussin, oreiller.
10. Tablette à mettre des livres, papiers, etc.
11. Cachet, sceau.
a. .-Xgenouilloir, prie-Dieu.
12. Bénitier.
558
Eetiuc De rSrt chrétien.
XI. — Nella legnara (')•
98. Una cassa vecchia guasta.
XII. — Nella p' caméra dalla legnara.
99. Uno candeliero di lottone.
100. Una lettèra di legno bianco.
loi. Una paiazza di tela nova.
loi. Uno letto di piuma bono, con suo cussino
longo di piuma et 2 origlieri di piuma grandi.
102. Due coperte bianche di lana.
103. Uno scabello di legno bianco.
104. Uno forciero di corame negro, con sua chiave.
105. Tre casse dipinte, una con la chiave.
XIII. — Nella sala del pozzo.
106. Una tavola, con suo telaro di noce.
107. Uno scabello di legno bianco.
108. Due cadreghe di legno di noce.
109. Dieci cadreghe di panno azurro.
iio. Tre cadreghe di panno verde.
111. Al pozzo la sua corda con cadenazzo et catena
di ferro.
XIV. — Nel peilo.
112. Una tavola longa, con doi trespi di legno bianco.
113. Una banca longa, uno credenzone.
114. Una concha (") da pastare.
115. Uno cavaletto (') per li niantelli.
XV. — Nella cusina.
116. Una tavola di legno bianco.
117. Due banche di legno bianco.
118. Una credenza guasta.
119. Una tavola doppia longa, con trespi, sotto la
fenestra.
120. Una banca piccola.
121. Una roda da rosto, con la catena da rosto {').
VVI. — Nel cusinetto. (=).
121. Uno trêve ('").
122. Una cassa vecchia.
123. Uno credencino piccolo.
124. Doi asti da tapulare (').
125. Una techa {') di ferro, et un altra darame ('').
126. Due schioffette (') di lottone et una di ferro.
127. Doi mortari di pietra, con uno pistone di legno.
128. Una cazetta di lottone, col manico di ferro.
1. Bûcher.
2. -Vuge pour détremper et pétrir la farine.
3. Chevalet, espèce de porte-manteau.
4. Broche à rôtir, tige de fer pointue par un bout, armée d'une
espèce de pouUc, de l'autre. On perce de part en part et l'on fait
glisser jusqu'au milieu de la broche, la pièce de viande ou de gibier
cjue l'on veut faire cuire devant le feu.
5. Ciisinello, petite cuisine.
6. Poutre.
7. Deux planches pour liftcher.
8. PoClc.
a, lin italien, rame, cuivre rouge.
9. Chaufferettes.
129. Due tapulere di ferro, et uno cortello grosso (')
per la prima.
1 30. Un' altra cazza di lottone.
131. Una secchia (") di arame et una di legno ferrata.
132. Uno zubretto per l'aqua (').
133. Doi gavi (■") et uno seggione.
134. Doi testi (^) uno di ferro et altro d'arame.
135. Una padella da castagne (°) et altra per la buga-
da (') et altra da frigere (").
136. Doi branderali di ferro grossi.
137. Doi altri branderali piccoli.
138. Tre aste da rosto, due catene da foco, et 2 braz-
zi (') per le catene.
139. Bernazze, moUa e forchietta.
140. Tre scaldaletti {'") una gradicella (") di ferro.
141. Una pesa (''), una padella da frigere col manico
longo.
142. Uno manico da pignatta ("'), doi ferri da rostire
li tordi {").
143. Una bacilla ('') di lottone, uno falcetto ('*) et
uno ferro per cavar la carne.
144. Due lucerne ('') di ferro.
145. Doi quartaroni ('") di stagno, tre mezzi, 2 terzi,
uno stagnone.
146. Uno salino di stagno {"").
147. Sei piatti di stagno grandi, undeci mezzani, altri
piu piccoli 23, tondi 36, scudelle cinque, una
cazulara i(") di ferro et 2 cazuli, una bacilla et
boccale di stagno, due sottocoppe di maiorica,
una padella d'arame da torta (''), una raspa da
formaggio.
148. 4 quadri di vetro grandi, 3 mezani, et uno piccolo.
149. Doi salini,et uno bocale et una tazza di maiorica.
150. Una cortellera (") con cortelli 10 et una for-
cina ("').
151. Cochiari d'argento 9 et forcine d'arg" 10 (•"*).
1. Mezzaluna — hâcho ire.
2. Seau à puiser de l'eau et un autre avec les cercles en fer.
3. Seau en bois.
4. Gavie, espèce de terrine pour laver la vaisselle.
5. V.ases.
6. Poêle pour faire rôtir les châtaignes.
7. Poêle, chaudière pour la lessive, en vieux français tuée.
8. Poêle à frire.
g. Deux bras en fer.
10. Bassinoires,
11. Grattoir en fer pour le fromage, râpe.
12. Un poids.
13. Poignée pour prendre une marmite.
14. Grives.
15. Bassin pour se laver les mains.
16. Hachette, pour couper le bois.
17. Lampes.
18. Le quarteron équivaut à deux bouteilles, le demi à la pinte,
le tiers au bocal, l'étagnon â une bouteille. ICncore aujourd'liui les
buveurs des campagnes se servent de ce vocabulaire.
ig. Salière d'élain.
20. Ecumoire.
21. Casserole pour la tourte.
22. Porte-couteaux.
23. Kourchette longue pour le bouilli et le rôti.
24. Cuillers et fourchettes.
Bouticlles et a^éUnscs.
359
152. Paroli (') 2, una aramina (=) uno zubbaro, 3 sec-
chie di legno.
153. Uno bronzino piccolo, altro mezzano, et altro
grande.
XVII. — Nella dispensa (>).
154. Una tavola in mezzo (■*) di legno bianco, et altre
tutto intorno.
155. Una parola grande d'arame (s).
156. Due olle (^) grandi et 4 mezzane.
157. Due rastelleri (7) da pane, una quartana (^),
due cavagne grande.
158. 2 sacchi di pelle, una cadrega di lena (ï') uno
mezzo sacco, et altro guasto.
XVIII. — Nella caméra di don Bernardo.
159. Una tavola, col telaro di legno bianco.
160. Uno tapeto di tapezzaria di Bergamo.
161. Una lettera di legno bianco.
162. Uno pavaglione ('") di filo colorato.
163. Una coperta di lana bianca.
164. Doi letti, tre cussini longhi et tre origlieri et tre
pelli con pelo (").
165. Uno materazzo et una paliazza nova.
166. Uno bronzo grande con tregambe ("), uno can-
deliero di lottone.
167. Due schiofetti (") di lottone, una bona, l'altra
guasta.
168. 2 candelieri di lottone guasti.
169. 2 salini di stagno, uno bono et altro guasto.
170. 2 ghere ('■!) di stagno, una bona, l'altra guasta.
171. Una padella piccola di ferro da frégera ('s).
172. Due cazze ('*) di lottone, col manico di ferro.
173. Una botteglia {'^) da olio, una cazulara di ferro.
174. Una pradesella di ferro, et uno ferro grande per
tener la padella ('^).
175. Cinque catene da vacca di ferro.
176. Una cadregha di legno di noce, doi pendoni ('9)
di corame.
1. Marmite en cuivre, paiiwlo.
2. Marmite plus grande au fond et plus étroite au sommet, le
contraire àw paiuoto qui s'élargit au sommet.
3. Office.
4. Au milieu de la pièce,
5. Paiuoh gratnic, chaudière.
6. Cruches en terre rouge avec les anses au bord,
7. Espèce de grille en bois qu'on suspendait à la voûte pour y
mettre séclier le pain.
8. Mesure ancienne.
9. De laine ?
10. Pavillon de lit.
11. Trois peaux avec le poil.
12. Marmite en bronze avec trois pieds.
13. Porte-braise en terre, servant de potager portatif.
14. -Aiguière.
15. Poêle à frire.
16. Grande cuiller demi-sphériqtfe.
17. Bouteille.
18. Instrument de fer sur lequel on pose la poêle quand elle est
au feu.
19. Pendaglio, pentes.
177. Salieri di legno 22 et un porta formaggio et uno
gavio di legno.
178. Due casse con sue chiavi, una rossa et Taltra
biancha.
179. Uno tapeto di lana di diversi colori.
180. Due tazze di maiorica, un bauUo (') guasto.
XIX. — Nelle carcerl (=).
181. Due pagliazze, una grande e l'altra piccola.
XX. — Nella cappella robbe che non sono di essa(3).
182. Una credenza.
183. Uno tapeto di diversi colori.
184. 3 candelieri di lottone (•<).
185. Quattro quadri di diverse pitture.
XXI. Nella caméra di Carlo Antonio, vicina alla
sala grande.
186. Una lettera di legno bianco, con il telaro.
187. Una paiazza di tela nova.
188. Uno letto di piuma, con suo cussino longo.
189. Una coperta di lana bianca, guasta.
igo. Altra coperta di drappo griso a scachi (5).
191. Altra di pellizza di mottone (*).
192. Uno riglero di piuma.
193. Una cadregha di noce, guasta.
194. Uno mochetto con sua forcina et bandogliera (").
195. Una tavola con trespi di noce.
196. Uno tapeto di diversi colori.
XXII. — Nella caméra dl Francesco, vicina alla
legnara.
197. Una credenza di noce.
198. Una carcota (^) sopra due banche.
199. Una paiazza guasta.
200. Uno letto buono di piuma, con ilsuo cussino longo.
201. Altro cussino longo di lana del materazza.
202. Una coperta di lana bianca.
203. Altre tre coperté di drappo grise, una de' quali è
nova.
203. Doi para di botti diz corame (*) boni, altro poco
bono et altro mezza.
204. Una banca, uno bastolo piccolo guasto ('°), sacchi
per il letame (").
1. En italien, baule, malle.
2. Le cacliot de l'évêché était au couchant du vestibule du palais
et occupait l'emplacement des trois chambres destinées actuellement
à la chancellerie, situées au rez-de-chaussée; on y descend par deux
marches. Au-dessus étaient les prisons proprement dites, et elles ont
fait pl.tce depuis à la chapelle épiscopale, et aux vieilles archives.
3. Dans la chapelle, objets qui ne lui appartiennent pas.
4. Le troisième cliandelier était affecté au cierge du saïuttis.
5. Drap gris quadrillé.
6. Fourrure de peau de mouton.
7. MosL-hetto, mousquet, avec sa baguette en bois pour le charger
et la bandouillère.
8. Petit poids.
9. Deux paires de sacs à vin en cuir pour les vendanges, encore
en usage.
10. Petit biit.
11. Bissacs qu'on met aux bêtes de charge.
ï6o
IReuiic Dc rart cb rétien.
205. Una sigure (') da squarare, uno pioletto, et due
piole da bozza {').
206. Doi sapponi, uno sappone da prato (0, cinque
fossori o sia capponi (■*).
207. Quattio badili (^),uno palo di ferro piccoloC"), uno
candeliero di ferro.
20S. Una cusella ferrata (^), con il suo cordone.
XXIII. — Nella cantina.
209. Nelli doi crottini (7), il vaselli piccoli boni, 2 cat-
tivi, et uno grande bono.
210. In mezzo detti crottini, uno vasello (^) mezzano
bono.
211. Nella crotta ('') grande {-}), vaselli tra piccoli e
mezzani 12 et grandi cinque.
212. Una moscarola ('"); doi zobbari (")> uno grande
l'altro piccolo.
213. Una preggia et doi sestari ('-)
214. Nel torchio ('3) il torchio compito, 4 vaselli
grandi, due tine quadre et due tonde ('••).
215. 2 zubbri da bugada (''), una banca longa.
216. Una ta vola longa di noce et un altro asto ("■)
longo di noce.
XXIV. — Summa in tulto délie retroscritte
cosse ('').
217. Credenze n° cinque, tra bone e guaste et uno cre-
denzone nel peilo.
218. Cadreghe di panno verde et morello 16.
219. Cadreghe di legno 7.
220. Lettere di noce et legno bianco 9.
221. Tavole di noce et legno bianco 12, et 2 guaste,
senza piede.
222. Casse di noce et altro legno, bone S, guaste 3,
et uno cassione ('^) di scrittura.
223. Baulli tra boni e guasti 10.
224. Vasselli, tra grandi e piccoli, 29.
1, Scurc, hache pour équarrir le bois.
2. Petite hache ; deux hachettes pour les tonneaux servant de tine.
5. Deux grosses sapes, une pour les prés.
4. Cinq faux.
5. Pelles à pointe carrée.
6. Barre de fer petite.
a. Courge-bouteille, garnie de bandes en fer, avec son cordon de
suspension.
7. Petite cave.
8. Petit vase.
/■. X\i Mont Doré, on nomme Iniin Je !a Grotte, une source qui,
en 1423 et 1463, était appelée de la Crota (.\. Tardieu, Le Mont
Doré, p. 10).
9. Cave grande.
10. Garde-manger suspendu, en terme vulgaire mousquière.
11. Zobbtiri, espèce de barils portatifs, évasés au sommet, pour
transporter la vendange.
12. Sétier. Preggia ei sestari: mesures du vin.
13. Pressoir.
14. Rondes.
15. Cuvicrs pour la lessive.
16 Planche, affitlo.
17. Somme totale de toutes choses.
18. Gros coffre.
225. Coperte, tra bone e cattive di diverse sorti, di lana
e pelle, seta e filo, 24.
226. Tapeti di diverse sorti, 11.
227. Letti, tra piccoli e grossi di pluma, 11.
228. Cussini longhi da letto di piuma, 12,
229. Origlieri di piuma et lana, 8.
230. 2 matarassi con soi cûssini boni di lana.
231. Banche longhe e curte (') 12.
232. Fornementi da letto, 3.
233. Candelieri 11, lottone et uno di ferro.
234. Paliazze, 1 1.
235. Forcine d'argento 10, c cocchiari d'arg° q.
236. Piatti di stagno grandi, 6, mezzani, 11; piu pic-
coli, 23; tondi, 76; scudelle, 5; due ghere
guaste.
237. Una ghera e bacilla di stagno novo di Lione. (=').
238. Bronzi, 4; paroli, 3.
23g. Schiofette di lottone, 4 et una di ferro.
240. Stagna quartaroni 2, mezzi 3, terzi 2, stagnone i.
241. Scaldaletti di arame, 3.
XXV. — Seguita l'inventario délia lingiaria ( ) et
vesti 6 paramenti (').
242. Due pianete (■•) di damaschino, una verde et
altra morella {''), con sue stole e manipoli.
243. 2 borse per li corporali ('), una verde et altra
bianca, ricamata con oro.
244. 4 corporali, 3 lavorati et altro non lavorato.
245. Uno cordone (■=) di seta rossa con oro, et altro
di refïo (*) bianco.
24C. Una mitra d'ormesino bianco.
247. Doi para di candelieri di lotone da altare, con sua
crocc.
24S. Una bugia (?) d'argento.
249. 4 camici (^), doi sottili et doi mezzani, con soi
amiti.
250. 6 rochetti 3 sottili et 3 mezzani.
251. 2 missali romani, uno pontificale, uno ceremo-
niale romano.
252. 6 tovaglie da mano per la massa (9).
253. 2 scatole da hostie lavorate di seta ('").
254. 2 capelli pontificali ("), et altri 2 con cordoni
verdi ordinarij (<').
1. Courtes.
a. Notons cette aiguière et son bassin en étain de Lyon.
2. Lingerie.
3. Ornements.
4. Chasubles de damas.
/'. Violette.
5. Bourses pour les corporaux.
c. Ces deux cordons, l'un rouge et or, et l'autre un fil blanc, ser-
vaient à suspendre la croix pectorale.
6. Kil, en italien refe,
7. Bougeoir.
8. Aubes,
g. Serviettes.
10. Boites à hosties.
11. Chapeaux pontificaux.
d. Les évoques n'ont droit qu'au cordon vert au chapeau.
Bou\3tUt& et a9clan0cs
361
255. Una cotta (') per servire la messa.
256. 2 vesti, con 2 morette C^) di zambalotto ondato,
morelle.
257. Una veste di seta morella ondata.
258. Una zimarra (=) di zambalotto ondato negra.
259. Uno mantello longo di saietta morella (').
260. Uno manteletto di saietta morella.
261. 2 vesti da cavalcate morelle, una di zambalotto
et altra di saietta.
262. Stivalli, calcette di telaet speroni (^).
263. Camise (s) 10, colari C^), maniglieri para ('),
scalfini para {^).
264. Calcette da stoffa para fasoletti ( 9).
265. Serviette longhe da mano ('°) di lino, 2.
266. Mantili (") di lino 3, de quali uno e damascato.
267. Mantilotti ('-) di lino 54, inclusouno stracciato-
26S. Mantilotti di rista {">) novi 55 inclusi li doppi che
servoao per servietta da mano.
269. Mantilotti di resta oliani ('<) 7; stracciati, 26.
270. Serviette longhe di rista oliane 5, stracciate 10,
nove 6.
271. Mantili di rista novi 6, oliani 7, stracciati 6, per
la urcina 4, tele nove per la cucina 3.
272. Mudande ('s) di tela per Mons''=, para 3.
273. Linzoli ("') di rista boni para 20, guasti para i, et
2 longhi che servono per fornimento da lettoC'').
274. Fodrette di tela 2 oltre le gia scritte.
275. Camise per Agostino 5, per don Lodovico 16.
276. Sacchi di corame 2, di tela 2 et doble 2.
277. Tovaglie di don Lodovico 3.
27S. Camisetta ('^) et sottocalce rosse ('-^) per Mons''^
279. Uno para di calcette a taffetta (-") di lana per
Mons™.
280. Una zimarra d'ermisino, beretino. ('').
281. Una croce d'oro da portareal collo.
282. Uno zendale verde (^').
1. Surplis à manches courtes, que l'on porte dans l'exercice des
offices.
a. Soutanes et mozettes en étoffe de laine moirée,
2. Simarre.
3. Sergette violette.
4. Bottes, guêtres en toile et éperons.
5. Chemises.
'ô. Collets.
7. Manchettes.
8. Une paire de pantoufles.
9. Mouchoirs.
10. Kssuie-mains.
iT. Nappes.
12. Petites nappes.
13. De rite.
14. Mi-usés.
15. Caleçons.
10. Draps.
17. Garniture de lit.
lîj. Chentiseltc.
19. Sous-bas ronges.
20. Taffetas, étoffe de soie fort mince et tissue comme de la toile.
/•. Ormesin, de couleur brune.
21. Tablier.
283. 2 veli da calice uno negro, l'altro bianco.
2S4. Uno balandrano (^) di baracano (') berettino.
285. Uno feltro negro (=).
286. Uno pezzo di damasco taneto (^) e verdo.
287. Uno pezzo di mocaiata in seta.
3lntientairc Des meubles qui se sont
trouvés à rcQlisc D'au?ctiiUc (jBcu.se).
Extrait du registre des délibérations, 1665.
1. Premièrement se trotive dix-neuf serviettes, nappes,
tant bonnes qu'autres.
2. Et trois serviettes truandé (••).
3. Une toille longue pour servir à la Communion.
4. Cinq nappes d'autel de nappcrie.
5. Deux autres en jolivure de dantelle.
6. Et un devant d'autel de mesme parure.
7. Avec la couverture du tableau (s) N» Damme d'une
mesme façon.
S. Cinq autres nappes simple pour servir aussi à l'autel.
9. Une autre petite nappe, propre à inettre sur les fonds
baptismaux.
10. Une paire de courtinne avec les rideaux.
1 1. Et deux autres paires sans rideau.x, scavoir une paire
de petits et une paire de grands, toute de toille.
12. Une courtinne aussy de toille pour servir au crucifix.
13. Deux paires de courtines rouges avec les rideaux.
14. Un devant d'autel verd.
15. Un abis entier de coulleur jaune, scavoir, courtines,
rideaux et devant d'autel.
16. Quatre couvre-chef pour la Vierge.
17. Une couronne avec un carquan (°).
18. Et deux chapelé de chrislal.
19. Un autre petit chapele' bleu, avec une croix d'argent.
20. Deux abis blan tnaillé et lassez.
21. Trois aubes et deux surplis.
22. Un tapis rouge pour servir au pepistre.
Cet Inventaire, que j'ai copié aussi textuelle-
ment que possible, est suivi d'un Mémoire des
maisons qui doivent des huiles à r église.
L'usage d'habiller la statue de la Vierge
n'existe plus guère que dans quelques églises du
diocèse: il a disparu à .,\uzeville, il y a une ving-
taine d'années.
a. Bataduran, manteau de voyage.
1. Bouracan, espèce de camelot d'un grain plus gros que celui
du ramelot ordinaire.
2. Feutre noir.
3. Couleur tannée.
4. Truandé, vieux mot qui signifiait troué ou fatigué par l'usage
et ne pouvant plus servir à rien.
5. Quel était ce tableau ? — Dans l'ancienne église, il y en avait
un peint sur bois représentantleCHKisren croix, et, de chaque coté,
des personnages à genoux surmontés d'armoiries.
6. Collier plus ou moins riche dont on ornait le cou de la Vierge.
Ce vieux mot n'avait pas le sens odieux qu'on lui donne aujourd'hui.
302
ïRctiiie De rart cfj rétien.
Cet inventaire nous montre l'usage des devants
iraiiiel de couleur, — usage qui tend à revivre,
mais qui ne se pratique pas dans notre pays.
Si l'église d'Auzeville était pauvre en aubes et
en surplis, elle était assez riche alors en autres
linges, et surtout en nappes et serviettes. Cela
tient à un usage fort ancien, qui se pratique en-
core dans beaucoup d'églises : aux enterrements
des fidèles, la famille du défunt enveloppait la
croix d'une serviette blanche, et cette serviette
restait à l'église.
GILLANT,
Curé d'Auzeville.
Crcsor De la carfjéDrale D'3o.ste. (picmom.)
Ses principales richesses sont :
I" T JN magnifique diptyque en ivoire de l'empereur
\J Honorius, découvert en 1833 dans une vieille
sacristie de la cathédrale, et dont l'abbé Gazzera a donné
la description à l'Académie des sciences de Turin.
2" Châsses. — Il yen a deux : l'une renferme les reliques
de saint Grat, patron principal du diocèse. Elles y ont été
transférées le 2 juillet 1458. L'autre châsse renfermant les
reliques de saint Joconde, second patron, est du X\'II''
siècle. Toutes les deux sont en argent, ornées de pierre-
ries, et décorées de deu.\ statuettes aussi en argent, repré-
sentant les saints et saintes les plus vénérés dans la vallée.
Leur valeur artistique l'emporte sur le prix de la matière.
2 " Reliquaire de St Jean-Baptiste. — C'est une tête en
argent, représentant le saint. Elle renferme la mâchoire
inférieure du saint apportée à Aoste, par saint Grat. Fran-
çois I", comte de Challand, en fit présent à la cathédrale,
l'an 1421.
4" Agrafe de chape. — Bijou précieux, formé d'un
camée antique entouré d'une monture en filigrane d'or,
dans laquelle sont enchâssés des rubis, des saphirs, des
perles. Le camée offre l'image d'une impératrice romaine.
5° Une chasuble de damas en soie violette. — La tige et
le croisillon de la croix, reproduits en broderie à l'aiguille
sur les deux pans de la chasuble, sont d'un excellent tra-
vail. Sur le pan postérieur, on voit deux écus armoriés de
Mgr Antoine de Prey, évoque d'Aoste (1444-1464).
6° Livres liturgiques. — Un magnifique graduel en deux
volumes, du plus grand format, décorés de neuf miniatures
principales peintes sur vélin — un Missel portant sur plu-
sieurs de ses pages en vélin les armoiries de l'évêque
Oger Moriset (1411-1434) — un pontifical du XIV" siècle.
y" Retable d'autel en bois sculpté. — Plus de vingt scènes
de la vie et de la mort de N. S. y sont représentées par de
petites figures sculptées en demi-relief. Il paraît être du
commencement du XI IP' siècle.
Le cloître de la cathédrale est de 1460.
Les stalles du chœur de 146g.
Pierre Duc,
chanoine d'Aoste.
Réunion des sociétés savantes, à la Sor-
bonne. — J-e Congrès annuel des sociétés savan-
tes s'est ouvert le 8 avril, à midi et demi ; les
délégués se sont réunis en séance préparatoire
dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous
la présidence de M. Chabouillet, qui leur a sou-
haité la bienvenue. Les sections se sont ensuite
formées : celle d'histoire et de philologie, sous la
présidence de M. Léopold Delisle; celle d'archéo-
logie, sous la présidence de M. Chabouillet; celle
des sciences économiques et sociales, sous la
présidence de M. Emile Levasseur ; celle des
sciences mathématiques, sous la présidence de
M. Paye, et celle des sciences naturelles, sous la
présidence de M. de Quatrefages.
Section d'histoire. — Plusieurs communications
ont été faites par MM. Jodare, Dumas de Bauly
et Guibert sur les Livres de raison et les indica-
tions qu'on peut en tirer pour l'histoire locale.
M. Victor Duruy a fait remarquer qu'on pourrait
peut-être puiser dans ces documents des rensei-
gnements sur la question toujours indécise de
la valeur de la monnaie à certaines époques.
M. Forestié, de Montauban, a rappelé que le livre
de comptes des frères Bonis, dont il a entretenu la
réunion à diverses reprises, lui avait permis d'éva-
luer à vingt centimes de notre monnaie la valeur
du denier tournois du XV<^ siècle.
M. l'abbé Rancealu une notice sur l'Académie
d'Arles qui fut fondée en 1647 et fut la première
affiliée à l'Académie française.
M. Ed. Forestié a fait une communication sur
les comptes des consuls de Montauban au XVI"^
siècle.
Section d'archéologie. — Une intéressante
communication de M. Vauquelin, sur des pierres
tombales qu'il a découvertes à Bernay, a eu pour
résultat d'appeler l'attention sur les dégradations
constantes de ces monuments et sur les moyens
d'empêcher qu'ils disparaissent.
Le P. de La Croix a f;iit une communication
sur les pierres tombales qu'il a découvertes dans
le département de la Vienne et sur les moyens de
préciser leur date par le style de leurs ornements.
M. Ed. P'orestié a présenté un très beau reli-
quaire du XI IL' siècle en émaux de Limoges.
Une de ses faces représente le massacre des In-
nocents, l'autre est ornée de têtes d'anges d'un
beau travail.
Section des Beaux-Arts. — M. Kaempfen,
directeur des Beaux-Arts, a ouvert la session par
un discours de circonstance, dans lequel il a en-
tretenu la réunion des expositions de Delacroix,
de Basticn-Lepage et des Pastellistes.
M. Carton a lu un travail très étendu sur
Pierre Adrien Paris, un habile dessinateur du
XVIII'ï siècle, qui, en mourant, a légué son cabi-
net de travail à la ville de Besançon. C'est lui qui,
sous l'Empire, fut chargé d'expédier au Louvre
les sculptures antiques achetées au prince Bor-
ghèse.
M. Cariez a lu une piquante étude sur le Puy
de Musique de Caen (1671-1585). C'était un con-
cours de musique institué par l'évêque et qui
donna de graves soucis à deu.x prélats.
M. Durieux a lu et commenté la correspon-
dance de David d'Angers avec M. Béthune,
maire de Cambrai, au sujet de l'exécution du
tombeau de Fénelon, l'une des œuvres les plus
accomplies du célèbre statuaire.
Le samedi, 13 avril, la séance solennelle de
clôture a eu lieu sous la présidence de M. Goblet,
ministre de l'instruction publique. Dans son dis-
cours, tout entier consacré aux questions scienti-
fiques et artistiques, il a promis de soutenir la
loi en préparation sur la conservation des monu-
ments historiques et d'accorder aux Sociétés des
subventions aussi larges que possible afin de les
aider dans leurs travaux.
M. Goblet a été assurément bien inspiré en
séparant la science et l'art de la politique, con-
trairement à ce qu'avaient fait plusieurs de ses
prédécesseurs dans lom-s discours de Sorbonne.
Mais il a gâté sa péroraison en invoquant Y esprit
de la Révolution. L'esprit révolutionnaire a dé-
moli les églises, mutilé les statues, dévasté les
abbayes, incendié les châteaux, brûlé les archi-
ves, fermé les universités, déporté les professeurs,
guillotiné les savants, inspiré la haine et le
mépris du passé. Nous ne voyons pas trop com-
ment cet esprit là pourrait utilement inspirer les
érudits et les archéologues.
Comité des travaux historiques. —
I\L Maurice Faucon, d'après des documents
inédits, trace l'historique de la construction de
l'église abbatiale de la Chaise-Dieu ; il signale la
part qu'y prit Clément VI, élev'é, dès son enfance
dans ce célèbre monastère ; il fait connaître l'ar-
ttlîVUE DE I. -AKT CHRETIE.N'.
IÊ85. — 3""^ LIVRAISON.
364
Ectiuc oc ract cïjrctien.
chitecte qui en dirigea les travaux et les artistes
qui décorèrent l'édifice. Ses renseignements
détaillés sur la provenance des matériaux, les
moyens de transport, le mode et la quotité des
salaires, nous montrent quelles étaient les condi-
tions économiques du travail dans l'affreuse
solitude oij saint Robert établit un véritable
foyer de civilisation. Cet édifice a été construit
au XIV'= siècle dans le style gothique du midi.
Les caractères dignes de remarque de l'intérieur
sont : 1'^ l'absence totale de chapiteaux dans les
piliers, la forme de ceux-ci et leur pénétration
par les nervures de la voûte, sans qu'elles soient
reçues par aucune colonnette faisant saillie et
leur servant de prolongement le long du pied-
droit ; 2° la hauteur égale des trois nefs et la
tendance de la principale au plein-cintre, en rai-
son de sa largeur. A l'extérieur, il faut noter des
contreforts sans arcs-boutants, appliqués contre
les murs latéraux jusqu'à la naissance du toit,
disposition qui résulte presque nécessairement
de l'égalité des nefs et de l'absence de chapelles
en dehors des collatéraux. M. Maurice Faucon
proteste contre l'erreur, répétée par tous les his-
toriens modernes de l'abbaye, par laquelle on
attribue au maître italien Taddeo Gaddi les car-
tons des quatorze célèbres tapisseries de la
Chaise-Dieu; ils datent manifestement et authen-
tiquement du premier quart du XV!"-' siècle ; ils
portent, quant au dessin, le caractère très marqué
de l'école flamande de ce temps. Le tombeau du
pape Clément VI, aujourd'hui réduit à son effigie
solitaire, était jadis accompagné de quarante-
quatre personnages, rangés comme une garde
d'honneur autour de la figure du pape. Ainsi ce
n'étaient pas,comme à d'autres célèbres tombeaux
de papes qu'a laissés la Renaissance, des sym-
boles de haute puissance temporelle ou spiri-
tuelle, conceptions métaphysiques familières au
génie italien, ou encore des figures d'anges et
de saints, qui décoraient celui de Clément VI.
En ceignant la tiare, il n'avait pu dépouiller
l'esprit féodal, si vivace dans ce Limousin où il
était né ; en devenant pape, il n'avait pas cessé
d'être l'homme de sa maison, et il se faisait
accompagner dans la mort de tous ceux qui,
dans sa vie, lui avaient été le plus étroitement unis
parles liens du sang.
— M. Georges Bourdon décrit ainsi un anneau
épiscopal, trouvé dans la tombe de Jean II de la
Cour d'AubcrgcnviUe, ancien chancelier du roi
saint Louis et évoque d'Evreux de 124.1 à 1256 :
«Ce bijou enormassif se compose de l'anneau pro-
prement dit, finement guilloché, et d'une large pla-
que à quatre lobes, correspondant au chaton d'une
bague ordinaire. Cette plaque, qui s'étendait sur
une partie de la main et que l'évêquc présentait
à baiser aux fidèles, est richement décorée de
filigranes figurant des arabesques ornées de fleurs
et de feuillages. Le centre en est occupé par une
grosse topaze sertie dans un chaton. Huit petits
chatons, répartis sur les quatre lobes, contiennent
des pierres précieuses, un grenat alternant avec
un saphir. Le saphir à droite du lobe supérieur a
disparu. L'anneau de Jean d'Aubergenville est
un ravissant spécimen de ces œuvres d'orfèvrerie
à filigranes et à cabochons, qui caractérisent l'art
du XIIL' siècle et qui restèrent en faveur jusqu'à
la fin du siècle suivant, notamment pour les croix-
reliquaires, et, en général, pour tous les bijoux en
matières précieuses de dimensions peu considé-
rables. »
— M. Robert de Lasteyrie s'occupe de la croix
de Gavre dont nous avons parlé en détail dans
notre dernière livraison (p. 236).
Le même membre rend compte d'une com-
munication de M. Bénet, archiviste de Sâone-et-
Loire, sur un croquis d'architecture du XV<= siècle
conservé à INIàcon ; ce dessin, daté de 149g, donne
le pû/ir/rai/ d'une clôture de chapelle élevée dans
l'église cathédrale deChàlons-sur-Sàone,aux frais
d'un des chanoines de cette église. Les artistes
avaient l'habitude d'annexer ces sortes de croquis
au te.xte du marché qu'ils passaient en bonne et
due forme. L'ensemble du projet est fort riche et
bien composé ; mais l'exécution du dessin est tout
à fait grossière. A cette occasion, M. de Lasteyrie
fait les réflexions suivantes :
En voyant l'extrême délicatesse de ces ouvrages, leur
complication, l'étonnante habileté que les artistes du XV"
siècle apportaient à leur exécution, on est étonné qu'ils
aient pu accomplir de pareilles œuvres d'après des dessins
aussi imparfaits. Le croquis retrouvé par M. Bénet ne
fait pas exception sous ce rapport. On possède un certain
nombre de dessins originaux de maîtres maçons ou d'ar-
tistes du moyen âge, tous sont aussi défectueux de dessin.
Je ne parle pas seulement de ceux cjui peuvent être con-
sidérés comme de simples croquis, uniquement destinés,
dans l'esprit de celui qui les traçait,à rappeler les grandes
lignes d'un éditice, comme le fameux pi. m de Saint-Gall.
J'excepte également le recueil deVilard de Honnecourt,qui
n'est qu'un carnet de notes. Mais que l'on examine les
dessins du .\ 111"= siècle que MM. Varin et Didron ont
découverts, il y a fiuelques années, conservés :\ l'état de
palimpsestes sur les feuillets d'un obituaire de la cathé-
drale de Reims, ou ces grands dessins que possède la
Maison de l'œuvre de la cathédrale de Strasbourg, ou
encore ces dessins du XV'' et du-Wl" siècle tiue l'on con-
serve dans plusieurs villes d'.Allemagnc.on retrouvera dans
tous cette même simplicité d'exécution, ce même mépris
pour ce que les dessinateurs modernes appellent le
re/icù/.
— M. Charles Robert a communiqué au Comité
une plaque d'ivoire représentant les litanies de la
sainte Vierge, ceuvre du XIV'^ siècle.Cc n'est pas
un dipt}-que, mais, comme on disait alors, un
tableau clouant à deux vantaux. Ce qui fait l'inté-
rêt de ce petit monument, ce ne sont pas ses
représentations qu'on trouve fréquemment ail-
leurs, mais les multiples bévues de l'artiste qui a
Crauaur QC0 Sociétés 0ai)ante0.
365
écrit les légendes. RI. An. de Montaiglon, en procé-
dant par comparaison, a pu rétablir les textes
que le graveur, ignorant du latin, avait si étran-
gement estropiés. Si l'on ne se reportait point
aux monuments analogues et aux textes de
l'Ecriture Sainte, il serait difficile de deviner des
inscriptions telles que celles-ci : SPILILIVMNV. —
David cvpre ma. — Fvsa fedeu, etc.
Sociétédel'Histoire ecclésiastique de Paris.
— Le calice de S. Chrodegand, qui se trouvait
jadis à Saint-Martin-des-Champs,fait aujourd'hui
partie de la collection Basilewski, récemment
achetée par l'empereur de Russie. M. Rohault de
Fleury consacre une notice à ce vase, fondu en
bronze et orné de lames d'argent avec dessins
gravés en noir. Les lames forment des triangles
terminés par des rosaces géométriques ou des
rosaces isolées sur le bronze. Le nœud est enrichi,
au milieu, d'une bague avec une suite de petits
cercles et de deux autres bagues perlées. On lit
sur les lèvres du vase cette inscription incom-
plète : iii noniine dni oiniiipotcntis grinifridus
presb... La forme des caractères et des ornements
fait croire à M. Rohault de Fleury que ce calice
doit remonter au commencement du VIII"= siècle.
Société des Antiquaires de l'Ouest. — Le
R. P. Camille de La Croix interprète trois nouvel-
les inscriptions franques, gravées en creux sur des
couvercles de sarcophages découverts à Antigny
(Vienne). Après beaucoup de considérations épi-
graphiques, il croit pouvoir les lire et les traduire
ainsi: i°RVilVLIAN.* VY.t:ka( la pierre deRumilia-
na ou à Rumiliana) ; 2° Tavrvs VIVAT IN Deo.
Tavri (ou) Tavro PETRA (que Taitriis vive en
Dieu, cette pierre esta Taurus ou est celle de Tauriis);
MAGNEFRVD.-E PETRA (la pierre de Magnefriida,
c'est-à-dire : cette sépulture est celle de Magne-
fruda). Cette formule/t?/rrt, dans le sens de sépul-
ture, n'avait pas encore été signalée jusqu'ici dans
les recueils épigraphiques, et c'est là ce qui donne
un intérêt tout particulier à ces inscriptions.Quant
à la formule vivat in Deo, elle avait été men-
tionnée,dans les Gaules, par MM. de Longuemar
et Le Blant, mais sur des monuments qui datent
des III^ et IV"= siècles, tandis que les inscriptions
d'Antigny ne peuvent point remonter au delà de
la fin du VI^ siècle.
Académie du Var. — Le dernier volume de
son Bulletin est occupé presque tout entier par
VHistoire de Toulon, due au docteur Gustave
Lambert. Nous y trouvons de savantes recherches
sur l'église Notre-Dame. Son style, dans les
parties qui ont échappé. aux reconstructions né-
cessitées par les catastrophes qu'elle a subies,
accuse la fin du XI'= siècle, ce qui corrobore
pleinement la tradition. Le plan et le style roman
de l'église primitive se révèlent : dans l'épaisseur
de ses murs hors de toute proportion avec les
dimensions de l'édifice ; dans l'absence d'abside ;
dans l'arcade qui forme l'entrée du maitre-autel,
ainsi que dans les piliers massifs à forme et base
prismatiques. On trouve, il est vrai, dans ce vieux
monument, des parties d'un style architectural
qui répondent à ce qu'on appelle, dans le midi, le
gothique de transition, et qui ne peuvent être que
du mih'eu ou de la fin du XII^ siècle, telles, par
exemple, que le plein-cintre en arc brisé de l'an-
cienne nef médiane et les arcades aiguës à
double rang de claveaux des deux nefs latérales.
Cette bizarrerie, qui pourrait jeter quelque con-
fusion sur l'époque réelle de la construction pri-
mitive, ne présente cependant rien qui ne puisse
être expliqué par l'histoire du monument. On
sait, en effet, que la ville de Toulon a été bien
des fois saccagée et incendiée dans le cours du
XII'^ siècle. On peut donc admettre comme un
fait certain que l'église, qui ne devait avoir,
comme presque toutes les églises de ce temps,
qu'une toiture en charpente, a dû être ruinée
plusieurs fois et finalement réparée dans le goût
de l'époque, vers les dernières années du XI I«
siècle, cent ans environ après sa construction.
De là cette rencontre, dans la voûte et les arcades,
du style gothique de transition greffé sur un
plan conçu et exécuté d'après les formules de
l'architecture romane. J. C.
Académie des Inscriptions et Belles Lettres.
— Dans la séance du 30 janvier, M.Clermont-Gan-
neau a communiqué une note relative à une
découverte faite par lui, il y a une quinzaine
d'années, dans une vieille construction de Jéru-
salem. Il s'agit d'un bloc de pierre sur une des
faces duquel il distingua une inscription grecque.
En fouillant le sol et dégageant le bloc, l'inscrip-
tion apparut tout entière. Elle disait : « Que
l'étranger qui aura franchi cette limite soit averti
que la mort peut s'ensuivre pour lui. > On a\'ait
sous les yeux un fragment des stèles qui, dans le
temple bâti par Hérode, formaient un cordon
entre le parvis des Gentils, situé à l'extérieur, et
l'enceinte intérieure, réservée aux Juifs. Il était
interdit, sous peine de mort, aux Gentils de
s'introduire dans le parvis sacré, et on sait que
saint Paul faillit être lapidé par la foule, parce
qu'on l'accusait d'avoir introduit avec lui des
Grecs dans ce parvis. M. Clermont-Ganneau
voulut s'approprier le bloc en question ; il en fut
empêché par le bruit qu'on fit à dessein autour
de sa trouvaille et par l'intervention des autorités
turques. La précieuse pierre fut transportée à
Constantinople, où elle est aujourd'hui encore
parmi les collections impériales. Grâce à l'obli-
î66
Ecljuc Oc r^rt chrétien,
geance de M. Sorlin-Dorigny, M. Clerniont-
Ganneau a pu obtenir un moulage parfait du
bloc, qu'il a placé sous les yeux de l'Académie
avant de l'offrir au musée du Louvre.
Société Nationale des Antiquaires de France.
- — SàT/ur du 10 dcccuibrc iSS-f.. — M. Rainé fait
l'examen critique de l'ouvrage consacré par le
P. de La Croix à cet li\-pogée de Poitiers, dans
lequel l'auteur des fouilles de Sanxay voudrait
reconnaître un sanctuaire du VI" siècle érigé à
soixante-douze martyrs Poitevins inconnus jus-
qu'ici. M. Ramé ne voit autre chose dans le sou-
terrain, si heureusement découvert par le P. de La
Croix, que le tombeau d'un abbé Mellobaude
dont le nom seul est connu et dont la date est
ignorée. Mais les termes de comparaison fournis
par la Meiitoria Veiierandi k Clermont, et surtout
par le Sacramcntaire de Gellone, permettent d'at-
tribuer le monument au VIII*^ siècle, ce qui le
rend précieux malgré son extrême barbarie, à
raison du petit nombre d'œuvres de cette époque
parvenues jusqu'à nous,
M. Héron de Villefosse lit au nom de
M. Berthelé, un mémoire sur l'église de Gourgé,
près Parthenay. Le chevet de cette église re-
monte aux dix dernières années du IX« siècle ;
il fait partie d'une catégorie d'édifices dont les
spécimens sont excessivement rares en France.
M. de Lasteyrie fait quelques réserves au sujet
de cette attribution. Les caractères signalés par
M. Berthelé sont peu tranchés et conviendraient
aussi bien à un édifice de la première moitié du
XL" siècle.
M. Héron de Villefosse communique ensuite,
de la part de M. Guigue, une inscription décou-
verte dans le Rhône, qui mentionne pour la
première fois les corporations des négociants
transalpins et cisalpins. Le personnage auquel
l'inscription a été élevée et qui fut préfet de cette
corporation est originaire de Trêves.
Le même membre lit une lettre de M. Rochetiii,
contenant d'importantes remarques sur le texte
et le sens d'une inscription en caractères grecs,
découverte à la source du Groseau (Vaucluse).
Séance du 2^ dcceiiibre iSS-j.. — M. Palustre fait
connaître un monument funéraire de la famille
d'Alesso, retrouvé au château d'Ussé (Indre-et-
Loire). Il communique ensuite les photographies
de remarquables objets d'orfèvrerie faisant partie
du trésor de la cathédrale de Trêves.
M. Courajod lit un mémoire intitulé Geniiaiii
Pilon et les monuments de la chapelle de Birague
à Sainte-Catherine du Val des Ecoliers, dans
lequel il démontre à l'aide de gravures et de
dessins anciens, que deux écussons de marbre
blanc, d'un goût charmant et d'une très belle
exécution, entrés récemment au Louvre, pro-
viennent du célèbre tombeau de Valentine Bal-
biani, femme du chancelier de Birague.
M. Héron de Villefosse annonce à la Com-
pagnie que le P. Camille de La Croix vient de
commencer des fouilles à Antigny (Vienne), dans
un ancien cimetière mérovingien et que ces
fouilles, qui promettent d'être fructueuses, ont
donné déjà des résultats importants ; il présente
l'estampage d'une inscription romaine qui avait
été employée pour faire un sarcophage et qui
renferme des noms gaulois intéressants. Une note
de M. Ernault, professeur à la Faculté des lettres
de Poitiers, accompagne l'envoi du P. de La Croix.
Plusieurs inscriptions funéraires mérovingiennes
ont été découvertes ; l'une contient une formule
nouvelle relative au respect dû à la sépulture.
Séance du i^ janvier iSS^. — M. Palustre
présente des photographies de belles miniatures
de manuscrits du XVL' siècle provenant de la
cathédrale de Mirepoix, et appartenant aujour-
d'hui à la Société archéologique de Toulouse.
Elles paraissent devoir être attribuées à Antoine
Nyort, qui travailla pour Philippe de Léris,évêque
de Mirepoi.x. {y . Revue de P Art chrétien, 1885,
pp. 252 à 268.)
Séance du 2j février iSSj. — Une commis-
sion est nommée pour examiner les réponses
faites par les diverses Sociétés savantes de
France à l'appel que la Société leur a faite pour
la conservation des monuments de P'raiice et
d'Algérie.
M. Charle Read communique un beau médail-
lon en bron/.e émaillé représentant le roi Louis
XII. MM. Courajod et Muntz le rapprochent de
diverses pièces analogues.
Séance du y mars. — M. L. Palustre adresse
une note sur une inscription qui se lit sur un
chapiteau du XII'^ siècle dans l'église de Châtil-
lon-sur-Indre et qui donne le nom d'un sculpteur
inconnu jusqu'ici. Elle est ainsi conçue : Petnis
fanitor capitellum istud fecit priinum.
Séance du 11 mars. — M. Courajod commu-
nique une petite figure en terre de pipe repré-
sentant sainte Barbe et qui vient d'être donnée
au Musée du Louvre par M. Henri Havard.
M. Guillaume lit une note sur la découverte
d'une médaille à l'effigie d'Hélène, mère de
Constantin, qui vient d'être faite à Valenciennes.
M. Héron de Villefosse communique de la part
de M. Berthelé le te.xte d'une inscription récem-
ment découverte à Aulnay (Charente Inférieure)
et relative à un soldat de la XIV'-' légion.
Séance du 3j mars. ■ — M. de Barthélémy pré-
sente au nom de MM. Richard et de la Broisse
Ctatjaur Des Sociétés sauantcs
367
un coffret d'ivoire paraissant être de fabrication
persane du XIII<^ouXlVe siècle, et ayant con-
tenu de longue date des reliques de saint Tug-
dual, évèque de Tréguier. Ce coffret appartient
au président du conseil de fabrique de l'église
de la Trinité à Laval.
M. le baron de Geymuller présente un recueil
de dessins d'architecture d'Antonio da San Gallo
(l'Ancien) et de son neveu Francesco.
Séances des i'^'' et 8 avril. — La société archéo-
logique de l'Orléanais adresse une lettre d'adhé-
sion au vœu formulé par la société des Anti-
quaires de France pour la préservation des
monuments anciens.
M. Palustre présente une suite de photographies
des bas-reliefs en marbre blanc disposés e.\té-
rieurement autour de l'abside dans l'église de
St-Paul-lez-Dax ; peut-être proviennent-ils de
l'ancienne église bâtie dans le courant du
X<^ siècle. Les sujets sont tirés de la Passion, sauf
un seul, qui reproduit des animaux fantastiques
décrits dans les anciens bestiaires ; ces bas-reliefs
sont comparables à ceux de Saint-Sernin de
Toulouse.
M. Julliot annonce que le trésor de la cathé-
drale de Sens s'est enrichi d'une collection d'or-
nements pontificaux de diverses époques donnés
par la famille Auguste de Bastard. (V. notre
Chronique, Congrès de la Sorbonne.)
M. Pilloy présente un choix d'objets retirés de
sépultures franques à Homblières (Aisne).
M. Buhot de Kersers présente une plaque de
bronze trouvée à la Croix Moulte-Joie près Bour-
ges ; cet objet, anciennement émaillé,est orné d'un
sujet représentant une femme agenouillée. Au-
dessus, en minuscules gothiques du XIV'^ siècle,
la devise : Espéra en Deo.
M. de Geymiiller dit que le volume de Giuliano
da San Gallo à la bibliothèque Barbcrini a subi
un remmargement qui a agrandi son format. San
Gallo ayant dessiné dans ce volume depuis l'an-
née 1465 jusqu'en 15 14, les dessins de sa jeunesse
sont d'une main plus légère que les suivants et
ont pu être attribués à son fils Francesco qui a
ajouté des annotations manuscrites au volume.
M. Mlintz ajoute que, grâce à l'obligeance de
M. de Geymuller, il peut fi.xer la date d'un des
voyages de Giuliano en P'rance ; au mois d'avril
1496, le célèbre architecte italien quitta Avignon
pour se rendre à Frasse en pasTjant par Arles, St-
Maximin et Draguignan.
Séance du ij avril. — M. Gréau conteste que
la plaque de bronze portant l'inscription espéra
en Deo et communiquée dans la séance précé-
dente ait jamais été émaillée ; il n'y voit qu'un
travail de burin sur un fond doré ; l'objet n'en
est pas moins très intéressant.
M. de Boislisle lit un travail sur la grande
fonte des objets d'orfèvrerie en 1690 ; elle a eu
pour conséquence de développer l'industrie de la
faïence à Aloustiers et à Marseille. M. Nicard
dit, que c'est aux époques les plus tristes de notre
histoire, qu'on a fabriqué le plus d'argenterie,
pendant la guerre de cent ans, par exemple.
M. Bapst annonce que M. le B°" Pichon a re-
cueilli des notes sur toutes les fontes exécutées à
l'hôtel de la Monnaie, et rappelle que, suivant
l'opinion de I\L Darcel, l'argenterie tenait lieu de
numéraire au moyen âge.
M. Courajod lit un mémoire sur le buste de
Jean de Bologne conservé au Musée du Louvre;
il démontre qu'il a été sculpté par Pietro Tacca,
attribution qui a été dernièrement contestée par
M. Abel Desjardins.
Séances des 22 et 2Ç avril. — RL Molinicr
présente divers fragments de poterie italienne du
genre dit à la Castcllana, très répandu dans toute
l'Italie pendant plusieurs siècles ; il décrit ensuite
les faïences du XIV*^ siècle qui décorent l'exté-
rieur de la cathédrale de Lucques.
M. Germain Bapst fait une communication sur
un des joyaux de la couronne de France connu
sous le nom de Côte de Bretagne.
M. Gaidoz lit, sur épreuves, un travail relatif
aux rouelles celtiques qu'il considère comme des
amulettes.
M. Ramé a la parole pour présenter des obser-
vations sur les inscriptions de la crypte de l'église
St-Savinien à Sens ; il les croit antérieures à l'an
857.
M. de Lasteyrie conteste ces conclusions ; il
regarde les inscriptions comme postérieures à
l'an 1068.
M. Gaidoz établit un rapprochement entre le
bas-relief d'Esus conservé au Musée de Cluny et
un sujet analogue figuré parmi les bas-reliefs de
la Porte-Noire à Besançon.
M. Gréau exhibe une roue de bronze, ainsi
qu'un beau choi.x de rouelles en bronze et en
plomb de sa collection.
Séance du 6 mai. — 1\L l'abbé Duchesne pré-
sente des observations sur un manuscrit du Liber
Pontificalis en deux parties séparées mais se rac-
cordant sans aucun doute possible : l'une de ces
parties est à la bibliothèque de Poitiers, l'autre,
comprenant trois cahiers et provenant de la col-
lection d'Ashburnham, a été acquise par l'Italie
pour la bibliothèque de Florence ; il est mainte-
nant prouvé que cette deuxième partie a été
frauduleusement détachée du manuscrit de Poi-
tiers. Monsieur le baron de Geymuller présente
un recueil de dessins d'architecture d'Antonio da
San Gallo (l'.Ancicn) et de son neveu Francesco.
368
iRcuuc De l'art cfjrctien.
Si'aiice du ij mai. — M. Molinier présente la
cbroinolithographic d'un triptyque en cuivre
émaillé appartenant au Musée national de Bu-
dapest. Il établit que ce triptyque, qui passe
pour une œuvre byzantine du X'= siècle, est celle
d'un faussaire qui s'est servi d'une gravure de
Gori représentant une des mosaïques byzantines
conservées au baptistère de Florence.
Séance du 20 mai iSSj. — M. de Villefosse
fait, au nom de M. l'abbé Duchesne, hommage
de son mémoire intitulé: Les Sources du Alartv-
rologe liicroiiymieii ; étude critique d'un précieux
document hagiographique dont M. l'abbé Du-
chesne prépare une édition définitive en collabo-
ration avec M. J. B. de Rossi.
Commi.ssion royale d'Art et d'Archéologie
de Belgique. — M. Ed. Baes entreprend de
prouver que l'art n'a point pris naissance dans
nos contrées septentrionales, mais que l'influence
exercée par la Grèce, et particulièrement par
l'Italie, a fourni l'inspiration première de toutes
nos écoles de peinture. Pour lui, tous les types
primordiaux de l'art des peuples du Nord peuvent
être ramenés à des modèles romains ou byzantins.
L'école de Giotto a donné une tournure nouvelle
à ces types. L'ornement affecte dans nos régions
un caractère plus original, mais la figure byzan-
tine continue à dominer jusqu'au XIV'^ siècle, et
prend plus tard son origine en Italie. L'Italie,
selon notre auteur, a fait l'éducation de nos ar-
tistes gothiques, et non l'école germanique,
comme d'aucuns le prétendent. Il retrouve les
t\-pes italiens dans les figures de l'école de Van
Éyck ; c'est ce qu'il s'efforce d'établir en invo-
quant une multitude d'exemples puisés un peu
partout. Il arrive ainsi à conclure, « que l'art
n'est point un produit spontané du géi.ie, qu'il
s'est toujours composé au moinsd'autant de scien-
ce et d'expérience que d'inspiration ». La déduc-
tion nous parait tout à fait juste, mais nous ne
comprenons plus bien quand il ajoute, comme
autre conséquence, « que l'éclectisme est toujours
le système le plus rationnel, le seul, pour ainsi
dire, capable d'élever l'expression d'un artiste ».
Si nous repoussons ce corollaire, qui ne découle
pas du tout de la proposition, nous ne reconnais-
sons pas moins la justesse de celle-ci, qui ne dif-
fère pas, du reste, de celle qu'incidemment, notre
collaborateur, M. de Linas, développait en termes
plus saisissants dans son article sur le crucifi.x de
Léon (V. livr. de janvier, p. 193).
M. Baes traite en passant une intéressante
question, qui mérite un instant d'examen. On
sait que deu.x usages avaient prévalu autrefois,
en ce qui concerne la manière de traiter la figure
du Christ. Les Grecs orthodoxes la montraient
sereine et belle, malgré la souffrance; les Latins
préoccupés d'exprimer la souffrance, l'altéraient
jusqu'à consacrer un type voulu de laideur.
De là, les efforts des sculpteurs d'Occident,
pour représenter une flexion du torse, plus con-
ventionnelle que vraie, qui se remarque dès le
XIIL siècle, et surtout au XIV^ ce qui donne
aux Christs de cette époque, le caractère de l'art
du XV*^. Cette même fle.xion se retrouve dans
les figures de madones avec l'enfant JÉSUS. Nos
contrées montrent une véritable prédilection pour
les attitudes forcées. D'après M. Baes, les maniè-
res affectées à la cour de France, le parti-pris
d'élégance exagérée, ne peuvent avoir été étran-
gers à l'essor de cet art à allures élégantes ; mais
il fait remonter l'origine de cette sorte de cam-
brure au parti-pris des confréries de sculpteur-,
fabricants de Christs (Jhcsusmainius) à attitude
contorsionnée.
Nous devons une mention toute spéciale à
l'intéressante notice de M. Van Even, sur maître
Jean Borman, le grand sculpteur belge de la fin
du XV>^ siècle, auteur du retable de l'église de
Gusthow, (grand duché de Mecklembourg), dont
la décoration picturale est attribuée à Bernard
Van Orley.
— Avant l'exposition nationale de Bru.\ellcs,
en 1880, on méconnaissait l'existence en Bel-
gique de verres à la façon de Venise. M. H.
Schuermans, a prouvé, nous l'avons dit, (V.
Revue de l' Art chrétien, 18S4, p. 492) que des ver-
res artistiques ont été fabriqués en Belgique dans
le XVIf^ siècle, notamment à Anvers et Liège.
Le savant archéologue, continuant ses recherches
si remarquables et si précieuses, entre dans des
développements sur l'histoire de cette fabrication
à Anvers, Bruxelles, Liège, Huy, Châtelet, Na-
mur, Gand et dans les villes voisines de la Belgi-
que: i\Iaestricht,Bois-le-Duc,]\Iiddelbourg.On sait
aujourd'hui que l'Angleterre, la Hollande, l'Al-
lemagne peuvent prétendre au même honneur ;
et quant à la France, elle a eu aussi de nom-
breux ateliers, comme l'établit un autre article
de M. Schuermans lui-même, dont nous nous
occupons plus loin (V. Périodiques).
Signalons une notice du même auteur sur Si-
mon Cognoullc, sculpteur liégeois. Six panneaux
sculptés par lui, représentant l'histoire d'Alexan-
dre, étaient récemment offerts aux enchères à
l'hôtel Drouot ; ils ont été acquis pour 18,500 frs
par le musée de Berlin.
Société des Sciences, Arts et Lettres du
Hainaut. — Nous avons parlé de X histoire de la
ville de Biiiche, par M. Th. Lejeunc, commencée
dans le tome VII de cette publication (V. Revue
de l'Art chrétien, 1884, p. 185). Le tome VIII
Cratjaur Des ^ocictcs 0atiantes.
369
contient la fin de cette laborieuse étude. — Signa-
lons des détails sur l'antique trésor de l'abbaye de
Lobbes transféré à Binche en 1409. Plus tard les
corps de saint Ursmer et de ses compagnons, la
relique de saint Pierrc.et d'autres reliques insignes
furent placés dans de nouvelles et précieuses cliâs-
ses (1419). Marguerite d'York offrit au chapitre
une parcelle de la sainte Croix enchâssée dans un
reliquaire précieux. Après avoir échappé à plu-
sieurs pillages que subit la ville dcRinche.le trésor
inestimable du chapitre de Saint-Ursmcr tomba
en 17S9 aux mains des révolutionnaires. Les
châsses, conduites à Mons, y furent profanées, les
corps saints brûlés, et leurs cendres jetées aux
quatre vents du ciel, à l'exception de ceux de
saint Théodulphe et de saint Àmoluin.
M. Lejeune nous donne ensuite l'histoire du
château de Fontaine l'Évêque élevé au XIII''
siècle, mais dont il ne reste de primitif que la
chapelle castrale, remaniée en partie au XVI I<^
siècle, et restaurée par M. Cador.
Cercle archéologique de Mons. — Cette
laborieuse société publie de volumineux mé-
moires, qui seront des documents sérieu.x pour
l'histoire. Nous y trouvons reproduite une confé-
rence de M. L. Devillers, l'infatigable archiviste,
qui a dépouillé, depuis de nombreuses années,
les archives paroissiales et communales de Mons,
pour en tirer l'histoire des monuments de cette
ville. Résumant aujourd'hui ses recherches, il
nous donne un aperça sur le passe artistique de
Mons; ce travail demande d'être résumé ici.
On possède à présent la liste des maîtres ma-
çons, pensionnaires de la ville, depuis Jehan le
Roy, nommé en 1316, et l'on connaît la plupart
des anciens maîtres maçons attitrés des comtes
de Hainaut, parmi lesquels brillent Michel de
Rains, l'auteur des plans de la collégiale de Ste-
VVaudru, et Jehan Spiskin, qui fut préposé à la
direction des travaux (1450). Au XVI'= siècle ap-
paraît le célèbre Jacques De Brœucq, le restaura-
teur de l'architecture dans les Pays-Bas, à l'épo-
que de la Renaissance.
Le premier nom de peintre montois se ren-
contre en 1399 : Jehan le Poindeur, peint en
cette année des (^//77/'i' historiés. En 1418, Pierre
Henné e.xécute le portrait de Marguerite de Bour-
gogne et de Jean IV. M. Devillers a recueilli une
quinzaine de noms de peintres du XV'^ siècle.
Nous ne nous arrêterons pas à ceux des siècles
suivants.
Les enlumineurs ne font pas défaut. On sait
que Jacques Pilavoine travailla à la transcription
des ouvrages du fameux VVancquelin. Les archi-
ves montoises mentionnent des ouvrages d'enlu-
minure faits par Martin, enlumineur (1468), par
Jehan Kareton, peintre (1469J, par Jehan Bac-
qon, enlumineur et escripvain (1471-1488), par
Jehan Leroy, calligraphe et enlumineur (1468-
148 1), et par Pierre Gouset (15 19).
Jehan et Henri le Verrier sont souvent cités
dans les comptes de Ste-W'audru, et il y eut à
Mons toute une lignée de peintres sur verre du
nom d'Eve, dont on conserve encore des vitraux
dans la collégiale.
Les orfèvres furent nombreux à Mons aux XV*-'
et XVI'î siècles. On tr.ouve dans le XIII« siècle
Wauthier l'orfèvre. Rappelons ici que le mé-
tier reçut des statuts dès 1406, et que l'on con-
serve au musée de la ville deux plaques d'étain
sur lesquelles les maîtres appliquaient leurs poin-
çons. Les noms de cinquante orfèvres y figurent
avec leurs marques respectives.
M. Devillers ne nous fait connaître que des
sculpteurs du XV^^ siècle. Maître Gilles le Kat
(141 1), A. Coppin et Jehan Melluit (1444), Jac-
quemart Amand (1487). Au XV*= siècle, il cite
Michel Boenne, déjà connu, et Jehan De Thuin,
l'habile collaborateur de Jacques De Brœucq.
Nous avons déjà cité celui-ci comme architecte.
Il s'illustra aussi comme sculpteur, et l'ancien
jubé de Ste-VVaudru, son chef-d'œuvre, remplit
encore l'église de ses débris dispersés. Louis le
Doulx mérite une mention après lui.
Le XVIP volume des Annales du cercle est
consacré tout entier à un travail historique
étendu sur l'abbaye de Cambron (suite au tome
XIV) par M. Clément Monnier. Cette monogra-
phie traitée très minutieusement laisse très peu
à glaner sur le même sujet : tout semble avoir été
dit. Parmi les nombreuses gravures qui accom-
pagnent ce livre, nous en remarquons quelques-
unes très artistiquement lithographiées par Vas-
seur à Tournay, notamment la statue du tombeau
de Williames de Gavre, celle de sa femme, le tom-
beau d\'m seigneur de la famille d'Enghien, etc.
L. C.
Institut royal des Architectes Britanniques
(septième conférence générale, mai iSS^) Cantor-
béry- Londres. (Notes de voyage et rapports) par
Charles Lucas, architecte, membre de la Société
centrale des architectes et de la Société des ingé-
nieurs civils, membre honoraire et correspondant
de l'Institut royal des Architectes Britanniques (^').
L'Institut royal des Architectes Britanniques
est une association puissante, fondée en 1S34, et
qui au 23 octobre 1 884, ne comptait pas moins de
1276 membres, dont 412 membres titulaires, 694
membres associés et 170 membres ou associes
honoraires. Son fonds de réserve, destiné à divers
I. Paris. Librairie Clain, rue l>ert;èie, 20. Uiicheret
C'", 18S5. hi-8', 48 pp.
370
IRcDiic OC rart cbrcticn.
prix ou bourses de voyage, s'élève à cent vingt
mille francs, et la balance des recettes et des dé-
penses annuelles pour l'année 1S83, a dépassé
cent mille francs (p. 15).
« Ses mémoires, » dit M. Lucas, « constituent
« aujourd'hui la première de toutes les publica-
« lions des Sociétés d'architecture du monde
« entier. L'archéologie pure et la science appli-
« quée, les méthodes d'enseignement et les pro-
« cédés de construction y trouvent tour à tour la
« solution d'importants problèmes traités avec les
« développements, et, chose précieuse pour les
« architectes, avec les illustrations qu'ils récla-
« ment... »
On doit féliciter M. Lucas du soin qu'il prend
de tenir les lecteurs français au courant des actes
de cette association importante ; c'est le meilleur
moyen de leur faire connaître la situation et les
tendances de l'architecture en Angleterre.
Les conférences de l'Institut royal des Archi-
tectes Britanniques ressemblent fort au.x réu-
nions annuelles de la Gilde de Saint-Thomas et
de Saint-Luc de Belgique ou aux congrès des
architectes français. Elles comprennent des visites
de monuments, alternant avec des séances con-
sacrées à la lecture de mémoires. Monsieur Lucas
nous fait un récit fidèle des travaux de la confé-
rence de mai 1884. Les membres visitèrent la
nouvelle chambre du conseil et la nou\'elle bi-
bliothèque de Guildhall, le nouveau Stock-Ex-
change, le Metropolitan Railway, le Ro^'al
Architectural Muséum, la nouvelle église catho-
lique de l'Oratoire à Bromptnn, le nouveau collège
central technique de South-Kensington, l'exposi-
tion internationale d'hygiène et d'enseignement,
les hôtels de Sa Grâce le duc de Sutherland, de
sir Wilfrid Lamson, de lord Leconfield et de sir
Stevvart Hogdson, l'exposition de dessins au
Surlington Fine Arts Club et les vastes ateliers de
matériau.x de construction de MM. \V. Cubitt
et C'e.
En dehors de ces visites, six réunions furent
tenues au local de l'Institut royal. Une e.xposition
très intéressante des œuvres de Georges Edmund
Street. William Burger et VioUet Le Duc y avait
été organisée. Elle comprenait des dessins origi-
nau.x, des autographies et des gravures. Voici la
liste des mémoires dont il fut donné lecture :
M. Arthur Gates : Devoirs, obligations et
relations mutuelles de l'architecte, du client et de
l'entrepreneur, eu égard à ce qui se pratique en
A ngleterre et à l'étranger.
MM. Beresford Hope, G. Aitchison et
Wethered : La vie et les œuvres de George Ed-
mnnd Street, William Burger et Eugène Viollet
Le Duc.
M. R. rhcné Spiers : Le diplôme d'architecte
en France et le système allemand d'éducation de
l'architecte.
M. le Prof' Kerr : L'architecture anglaise
dans trente ans d'ici.
On le voit, le programme de la réunion était
bien fourni, mais l'heureuse alternance des visites
aux monuments, parfois un peu fatigantes, avec
les séances à l'Institut royal permit de le réa-
liser en moins d'une semaine.
M. Ch. Lucas a complété ses notes sur la réu-
nion de l'Institut ro)-al par un rapport très
intéressant sur les deu.x derniers volumes des
Transactions de cette association, et le compte-
rendu d'un ouvrage: <i Architecture and Public
Buildings » par William H. White. Deux mots
seulement siir ce dernier ouvrage : M. William
H. White est anglais de naissance, mais il a passé
di.x ans à Paris, et il en a rapporté une admira-
tion, un peu excessive et qu'il ne dissimule pas,
pour l'école nationale des Beau.x-Arts. Au
contraire, il critique amèrement le manque
d'organisation de l'enseignement de l'architecture
en Angleterre. Nous ne pouvons discuter ici en
détail, les idées de M. \Vhite.Nous nous bornerons
à constater que, sans Ecole de Beaux-Arts, l'An-
gleterre, restée plus longtemps que la France
fidèle à ses traditions nationales, y est revenue
avant elle; et que les plus grands adversaires de
l'école des Beaux-Arts se sont précisément ren-
contrés parmi les artistes français qui étaient
certes à même d'apprécier son influence.
Société centrale des Architectes de France.
— Conférences faites au siège de la société pendant
l'année i88q.. — Paris, imprimerie Chain, rue
Bergère, 20. Une brochure in-8", de 88 pp.
Voici la liste des conférences publiées dans ce
fascicule :
M. Gaston- lieriard : Zf/z/ciV sur l'architecture
indienne.
M. Durand-Claye : Le nouveau programme
de l'assainissement de Paris.
M. Charles Lamaire : Aperçu général sur la
décoration monumentale et particulièrement sur la
décoration entre le I V'^ et le X V'^ siècle.
Citons la conclusion de cette intéressante
étude : « Il faut avoir le courage de le dire : la
<i Renaissance a dévoyé l'art décoratif, en lui
« désapprenant les lois rigoureuses de l'esthétique,
« lois toujours observées par ses devanciers...»
C'est aussi l'opinion de la Revue de l'Art
chrétien.
M. Lucas: La septième conférence générale des
A rchitectes Britanniques.
Nous rendrons compte ailleurs de cette confé-
rence publiée séparément par son auteur.
G. H.
'^i^^mms)^m. Btbltograpljie, m^m^smmim
LE LIVRE DES PEINTRES, DE CAREL VAN
MANDER, traduit et commenté par M. Henri
Hv-MAXS, Conservateur du Cabinet des Estampes
de Bruxelles et membre de l'Académie royale de
Belgique. — Librairie de l'Art, J. Rouam, éditeur,
Paris, 1885.
[lE Livre des Peintres de Carel Van
Mander, écrit avec beaucoup de con-
science et non sans de nombreuses
recherches, à une époque oii des sour-
ces d'information actuellement taries
existaient encore, a toujours été estimé des éru-
dits et consulté par tous les écrivains qui ont
voulu étudier avec quelque soin la vie des pein-
tres appartenant aux races germaniques ; mais, à
vrai dire, il n'était connu que de ceux-là. Non seule-
ment le Sc/ii/der-Boeckn's. pas été traduit jusqu'à
ce jour, mais il n'a été ni commenté ni réimprimé
dans une édition moderne, où, tout en donnant
dans leur intégrité les biographies réunies avec
tant de soin par le vieux maitre flamand, on
aurait orienté le lecteur, suppléant aux lacunes
du livre original, par le résultat des investigations
faites depuis l'an 161 8, date de l'édition la plus
récente de Van Mander. Mais même cette édition
est d'une lecture difficile ; lorsque le lecteur se
trouvait en présence de ce respectable in-40, im-
primé en lettres gothiques, — édition posthume
cependant qui commence par une série de pièces
de vers en l'honneur de l'auteur, donnant en-
suite un long poème didactique sur le noble art
de la peinture, abordant enfin l'histoire des di-
vers peintres de l'antiquité classique, poursuivant
par celle des peintres italiens, dont assurément
Van Mander savait moins que Vasari n'en avait
dit avant lui, — il fallait une certaine dose de per-
sévérance pour ne point rester en chemin avant
d'en arriver aux biograpliies des peintres fla-
mands, hollandais et allemands qui, en réalité,
contiennent la moelle du travail de l'auteur ; et,
même ici, on pouvait être rebuté par le ton un peu
déclamatoire, sur lequel celui-ci commence la
plupart de ses vies de peintre. Il n'y a donc pas
d'inexactitude à dire qu'en réalité Van Mander
était connu des seuls érudits et absolument ignoré
du reste des lecteurs.
Il n'en sera plus de même après l'importante
publication dont M. H. H\-mans vient d'enrichir
l'histoire des Beaux-Arts. Dans les deux magni-
fiques volumes, où la traduction française de
Van Mander apparaît éditée avec toutes les
recherches de la typographie moderne,ornée d'un
grand nombre de portraits et de quelques autres
Y)\Anc\\Qs,facsiini/cs du recueil de Lampsonius.des
gravures de Goltzius.de Jean \Viericx,pour lepre-
mier volume, pour le second, reproductions de
même nature d'après les eaux-fortes de Van Dyck,
les burins de Frisius, de Sadeler et de Hondius,
empruntés, on le voit, aux documents anciens,
— le lecteur a les renseignements les plus com-
plets sur l'e.xistence des artistes dont Van
Mander s'est occupé. En effet, après av^oir traduit
et annoté le texte original, .M. Hymans ajoute
dans un « Commentaire » tout ce que, grâce aux
recherches des érudits modernes, on a appris
depuis que le Scliilder-Boeck a vu le jour. Le
commentaire est précieux ; il rectifie les er-
reurs de l'auteur lorque des erreurs ont été
commises. Plus souvent il confirme les renseigne-
ments donnés, les développe par des citations
empruntées aux publications plus réccntes,et con-
dense ainsi, dans un résumé substantiel à peu près
tout ce que l'on connaît sur chaque peintre auquel
Van Mander consacre une notice. — Le traduc-
teur étant un homme de grande érudition, très au
courant des recherches entreprises de toutes parts
et des publications locales qui souvent ont réussi
à répandre la lumière sur plus d'un point contesté,
il en résulte que son nouveau Van Mander est un
livre d'un haut intérêt, indispensable à touthomme
désireux de connaître de près les maîtres de
race germanique dont les œuvres ornent les gale-
ries publiques et les collections particulières.
Au premier abord toutefois les deux volumes
de la nouvelle édition de Van Mander ne paraî-
tront pas d'égale importance, ou plutôt, pour être
plus exact, l'intérêt qu'offre chacun d'eux est d'un
ordre différent. Le premier volume, consacré aux
peintres les plus anciens, entretient le lecteur des
artistes les plus illustres incontestablement, des
hommes sur lesquels il aimera à obtenir les détails
les plus abondants. Citer les noms de Hubert et
de Jean Van Eyck, ceux de Hugues Van der
Goes, Israël Van Meckenen, Hans Memling,
Lancelot Blondeel, Martin Schongauer, Roger
Van der Weyden, Albert Durer, Corneille Engel-
brechtsen, Lucas de Leyde, Quentin Messys,
Jean de Calcar, Joachim Patinier, Henri Blés,
Lambert Lombart, Hans Holbein, Jean de Ma-
buse etc. etc. c'est rappeler les étoiles de première
grandeur cjui, en dehors de l'Italie, ont brillé au
firmament de la peinture. Mais tous ces artistes
ont vécu avant V'an Mander ; c'est donc à ses
recherches, à ses lectures, en un mot aux sources
kKVUE UE l'art CHKÉTIEN.
1885. — 3""= I,IVRA[SON.
372
IRctiiic Dc rart cfjrétien.
ouvertes par ses devanciers que l'on doit les infor-
mations réunies par leur biographe. Avec le
second volume, au contraire, nous arrivons à
l'histoire des peintres occupant un rang secon-
daire dans la hiérarchie des illustrations. Si l'on y
rencontre la biographie d'hommes de talents émi-
ncnts comme Michel Janson Mierveld et les Pour-
bus.c'est presque exclusivement au domainesecon-
daire du portrait qu'ils doivent la notoriété dont
ils jouissent ; mais après eux, il faut descendre.
Les Michel Coxie, les Corneille Molcnacr, les
Fredeman de Vries, les deux Savery ; — Cor-
neille Ketel, l'ami intime de Van Mander — et
Lucas de Heere, son maître et son initiateur
aussi,danslesrccherchesbiographiques,recherches
dont l'élève aurait assez largement profité, dit-on,
— tous ces artistes, d'un talent reconnu et estimé
d'ailleurs — ne peuvent prendre rang à côté des
peintres d'ordre supérieur auxquels bonne partie
du premier volume est consacrée. Mais, ne l'ou-
blions pas, ces artistes moins richement doués,
sont les contemporains, parfois les amis de Van
Mander ; il a été en rapports suivis avec la plu-
part d'entre eux.Pour leurs biographies il devient
donc source à son tour, et désormais on ne peut
étudier leur vie et leurs travau.K sans recourir
au livre de leur confrère bienveillant.le judicieux
témoin de leurs travaux.
M. Henri Hymans n'est pas de ces traducteurs
dont le travail est un acte de trahison envers les
auteurs dont ils ouvrent les livres aux lecteurs
d'une autre langue ; il a rendu au contraire un
service signalé k Carel Van Mander, auquel l'édi-
tion de la Librairie d'Art va donner un regain de
notoriété et dont il étendra largement le cercle
de lecteurs. Mais le traducteur a particulièrement
bien mérité de la littérature consacrée à l'histoire
de l'art qu'il a enrichie d'un livre de valeur.
Au mérite des recherches savantes poursuivies
pendant longtemps en vue delà nouvelle édition
de Van Mander, M. Hymans joint celui de citer
avec une grande loyauté les auteurs auxquels il
emprunte les renseignements ajoutés à l'œuvre
originale. — C'est là, dira-t-on, simple affaire de
probité littéraire. Nous le voulons bien, mais c'est
là un genre de probité qui n'est peut-être pas
aussi commun que sont disposés à le croire ceux
dont on n'a pas démarqué le linge et qui n'ont
jamais retrouvé les fragments de leur travail sous
des signatures dont, comme le geai de la fable,
toute la valeur est empruntée aux plumes
d'autrui.
BIBLIOTHÈQUK DE L'ART ANCIEN. HANS
HOLBEIN, par Jean Rousseau. Ouvrage accompa-
gné de deux portraits de Hans Holbein et de trente-
cinq gravures d'après les œuvres du maître. — Librai-
rie de r.Art, J. Rouam, éditeur, Paris 1885.
Cette élégante plaquette in-4°, de 70 pages, où
une série de gravures exécutées avec beaucoup
de goût prennent la plus grande place, est une
sorte de conférence écrite, non sans verve, sur la
valeur esthétique de l'œuvre de Holbein et la
place qu'il convient d'assigner au maître dans le
domaine des arts. On comprend qu'après les re-
cherches dont le peintre d'Augsbourg a été l'objet
dans les temps récents, et notamment après le
livre du docteur Woltmann (') ; il est difficile
d'éclairer d'une lumière nouvelle les faits de la
vie de Holbein et l'histoire de ses travaux. M.
Rousseau n'y prétend aucunement, mais il cher-
che à mettre en relief le génie du maître, et les
caractères particuliers de son prodigieux talent.
Quelques-unes de ses opinions paraissent très
contestables, entre autres celle-ci : « Comme
artiste, il t/ei/f tout entier dans ses dessins. Ses
plus belles peintures n'ajoutent rien à sa gloire;
û!t contraire. 'h Ceci, évidemment, est excessif. Le
tempérament de Holbein était trop un véritable
tempérament de peintre, et même de coloriste,
quoique l'auteur de l'étude ne soit pas sans réti-
cences à cet égard, pour n'avoir besoin que du
crayon pour se manifester dans toute sa pléni-
tude. Peu de peintres ont même possédé mieux
que ce maître, l'art suprême de modeler en pleine
lumière et en pleine pâte. Retrancher de son
œuvre la Vierge de Darmstadt avec la famille de
Jacob Meyer, la répétition de ce chef-d'œuvre de
la galerie de Dresde, le magistral portrait de
Hubert Morretti, l'orfèvre de Henri VHI, con-
servé dans le même musée qui n'est pas cité
dans l'étude dont nous nous occupons, et les
nombreu.x chefs-d'œuvre qui reproduisent sur la
toile la personnalité toute vivante des contem-
porains de Holbein, chefs-d'œuvre auxquels la
plume de M. Rousseau sait d'ailleurs rendre
justice, — ce serait incontestablement amoindrir
l'éclat dont la postérité a entouré le nom du
maître. — Ceci soit dit sans contester en
rien le mérite des merveiilcu.x dessins de Hans
Holbein.
Les nombreuses gravures, notamment une série
de portraits tirés de la collection de Windsor
Castle, appartenant à S. M. la Reine d'Angle-
terre, sont exécutées avec beaucoup de soin, et
font ressortir la haute intelligence des physiono-
mies qui caractérise le génie de Holbein. — Cette
première étude sernble annoncer une suite ; nous
croyons que des volumes semblables, d'un aspect
aussi séduisant et si accessible à toutes les bour-
ses (le prix est de 2 frs 50) consacrés à d'autres
artistes de même valeur, auraient un grand
succès.
i. Holbein 11 nd seine Zeii von D' Alfred Woltmann^
2 vol. et un supplément.
15 i b l i 0 g r a p 5 i c .
373
Die reiter-statuette karls des gros-
sen aus dem dome zu metz.
M. E. Auss'm Weerth, professeur à l'université
de Bonn, a publié une étude intéressante dans
les « Jahrlntcher des Vereins von Altlierthiims
frennden » sur la statuette équestre de Charle-
magne, travail en bronze, que possédait autrefois
la cathédrale de Metz, et qu'on trouve aujour-
d'hui au musée Carnavalet à Paris.
Les monuments de l'art plastique de l'époque
carolingienne sont fort rares; ils méritent déjà à
ce titre une attention particulière. La statuette,
objet de la notice du savant allemand, est loin
d'être inconnue; elle a déjà été décrite et repro-
duite à différentes reprises par la gravure, notam-
ment dans l'Histoire de France de H. Bordier et
Ed. Charton (') où l'artiste l'a dessinée vue obli-
quement du côté droit, et dans le beau volume
que M. Vétault a consacré à l'histoire du grand
empereur d'Occident (■). Dans cette dernière
planche le cavalier est également vu un peu
obliquement, mais du côté gauche cette fois.
Enfin Albert Lenoir avait déjà antérieurement
fait graver ce monument curieux.
Malgré les doutes de quelques savants, l'ori-
gine de cette figurine et l'époque à laquelle il
convient de l'attribuer, n'ont pas été sérieusement
contestées. Mais nous croyons que son authenti-
cité n'a jamais été mieux établie par la compa-
raison avec des monuments de la même période,
et les documents relatifs au héros représenté, que
dans le travail publié dans le recueil de Bonn.
Jusqu'à présent aussi, on n'avait pas réuni des ren-
seignements aussi précis sur les péripéties par les-
quelles a passé cette statuette. Ces renseignements
nous paraissent trop intéressants pour ne pas les
reproduire d'une manière très succincte, d'après le
travail dont le titre figure en tête de ces lignes.
Jusqu'à la Révolution il existait non pas une,
mais deux statuettes équestres de Charlemagne,
dans la cathédrale de Metz. Les deux ouvrages
en fonte étaient considérés comme des portraits,
exécutés du vivant de l'homme illustre entre tous
qu'ils représentaient. L'une de ces statuettes était
en vermeil, l'autre en bronze doré. Toutes deux
étaient exposées, avec un cérémonial particulier,
à certaines fêtes de l'année.
La statuette en vermeil figurait aux grandes
fêtes, pendant la messe solennelle, sur le lutrin,
au milieu du chœur de la cathédrale. Elle y de-
meurait, depuis le C/w/rt jusqu'après la Commu-
nion ; après cela, le coste précédé d'un chanoine,
tenant à la main un bâton d'ivoire, reprenait la
statuette pour la replacer sur l'autel où il avait
été la chercher.
1. Édition de 1S64, p. 181.
2. Charlemai(ne,^d^\ Alphonse Vctault,Tours,i877, pl-H-
La statuette en bronze apparaissait seulement
à l'anniversaire de la mort de Charlemagne. Dès
la veille du 28 janvier, elle était placée sur un
autel en marbre, entre quatre cierges qui brûlaient
pendant ^6 heures ; cet autel se trouvait sans
doute sur le jubé de la cathédrale démoli en 1764.
La statuette équestre n'était enlevée qu'après la
messe chantée pour le repos de l'âme de l'empe-
reur.
On perd la trace des deux petits monuments
à l'époque de la Révolution. Probablement la
figurine en métal précieux fut fondue. L'autre,
trouvée en 1807 chez un pharmacien de Metz,
fut achetée par Albert Lenoir, alors de passage
en cette ville. A la vente publique qui se fit à la
suite du décès de ce savant, en 1839, ce curieux
objet n'ayant atteint que le prix de 800 frs., fut
retiré par la famille. Il resta un certain nombre
d'années entre les mains de M. Albert Lenoir,
fils du défunt, actuellement secrétaire perpétuel
de l'École des Beau.x-Arts, qui le vendit plus
tard pour la somme de 3000 frs. La statuette
équestre reparaît en 1867, à l'Exposition univer-
selle de Paris, où elle figurait sous le No 1670,
dans le catalogue de l'histoire du travail. Elle
appartenait alors à M™e Evans-Laube.
Peu de temps après cette dame mourut, et sa
collection fut vendue au.K enchères. Notre statuette
fut achetée alors par l'administration communale
de la ville de Paris, au prix de 5000 frs. Malheu-
reusement le précieux monument fut placé dans
une annexe de l'Hôtel-de-Ville, où des bureau.x
se trouvaient installés, et l'annexe, comme l'hôtel
principal, devint la proie des flammes lors du
grand incendie organisé par les soins de la Com-
mune en 1871. — Retrouvée dans les décombres
de l'annexe incendiée, peu de temps après, non
sans avoir souffert de notables dommages, l'œu-
vre carolingienne a étéplacée depuis dans l'ancien-
ne demeure de M'"<= de Sévigné, au musée com-
munal de l'hôtel Carnavalet, où elle se trouve
encore.
L'étude de M. le professeur Auss'm Weerth,
est illustrée d'une jolie phototypie de M.Kuhlen,
représentant la statuette équestre vue de profil,
et de 3 autres planches.
DIE schlosskirchezu wechselburg,
DEM EHEMALIGEN KLOSTER ZSCHILLEN.
Zur Erinncruny an die siebenhundert jahrige Jubelfeier
der Kirchweihe am 15 August 1884. Gezeichnet u.
geschrieben von Joseph Prill, Kaplan. Leipzig, Hugo
Lorenz, 1884.
L'église du château de Wechselburg, en Saxe,
non loin de Rochlitz.est un monument qui, depuis
longtemps, a attiré d'une manière particulière,
l'attention des archéologues allemands. De cons-
truction assez remarquable, ce sont surtout les
374
IReuuc De l'^rt cbtctien.
belles sculptures décorant l'intérieur du monu-
ment qui l'ont mis en fa\'eur. De nombreux
outrages ont d'ailleurs atteint l'édifice et rendu
inévitables de trop importantes restaurations
pour que le caractère primitif de l'œuvre n'ait pas
eu à souffrir.
L'ouvrage que nous signalons à nos lecteurs et
qui a été publié à l'occasion du jubilé sept fois
séculaire de la consécration de l'église, est une
monographie de ce monument intéressant. C'est
une étude écrite après de savantes recherches et
sur des documents authentiques , compulsés
d'ailleurs et ordonnés avec une véritable compé-
tence.
L'auteur consacre d'abord une vingtaine de
pages à l'histoire de cette église qui, pendant les
sept siècles de son existence, a changé plusieurs
fois de destination, et dont la destinée a voulu
que même le nom changeât, de même que l'usage
auquel la construction était affectée.
La construction a été édifiée comme église
conventuelle. Le couvent de Zschillen, — c'est le
nom que portait alors cette maison religieuse, —
a été fondé par Dedo IV, fils de Conrad de Wet-
tin, un ami de l'empereur Lothaire ; il avait
épousé Mathilde, sœur de l'archevêque de Colo-
gne Philippe I, et fille du comte Goswin de
Heinsberg. Par sa_ fille Agnès, il est l'un des
ancêtres de sainte Elisabeth de Hongrie.
Destiné à une communauté de chanoines régu-
liers de l'Ordre de Saint-Augustin, le couvent
était achevé et habitable en 1184, la dédicace de
l'église ayant eu lieu à la fête de l'Assomption de
cette année.
Il ne semble pas que la vie des membres de la
communauté ait répondu à la piété de ses fonda-
teurs ; à peine un siècle plus tard, vers 1275, le
couvent fut supprimé et les religieux chassés ; la
maison fut donnée à cette époque, ou plutôt
vendue au.x chevaliers de l'Ordre Teutonique. Ce
changement avait été amené par le désordre
dans lequel vivaient les chanoines, et la révolte
contre leur prévôt, qui fut même blessé griève-
ment à la jambe par l'un d'entre eux. La suppres-
sion du couvent se fit du consentement de l'évêque
de Meisscn, Withigo, qui, par un document daté
du 7 novembre 1278, permit que la maison
passât aux mains des chevaliers de l'Ordre Teu-
tonique et prît désormais le nom de Sainte-Marie
de Jérusalem. Les chevaliers demeurèrent en
possession de l'église et des bâtiments claustraux
jusqu'au moment des troubles religieu.x, consé-
quence de la réforme préchée par Luther. — Un
incendie considérable, survenu en 1537, réduisit
en cendres la plupart des constructions de l'an-
cien couvent et toutes ses archives. Deux ans
plus tard, les chevaliers durent quitter à leur tour
la maison qu'ils avaient possédée pendant 260
ans, le protestantisme ayant été introduit dans le
pays par Henri, duc de Saxe, qui, suivant un
système suivi de tous temps par^ les ennemis de
l'Église, en fit un domaine de l'Etat. C'est à cette
époque aussi que l'ancien couvent de Zscliillen et
la maison de Sainte-Marie de Jérusalem, prit le
nom fatidique de Wechselburg.
Cependant le domaine ne resta que quatre ansla
propriété des ducs de Saxe ; il fut vendu alors
aux comtes de Schoenberg qui en sont encore les
possesseurs actuels. La maison ayant été sécula-
risée, l'église le fut aussi, et jusqu'au commence-
ment du XVIIL" siècle, aucun service religieux
n'y fut célébré; les constructions, privées en partie
de leurs toitures, servirent de sellerie, de maga-
sins et de remise. Cependant, sous la régence du
comte Alban, en 1843, alors que depuis trois
siècles, le château et l'église de Wechselburg
étaient propriété de la maison de Schoenberg,
une ère nouvelle devait commencer pour ce mo-
nument. Quoique protestant, le propriétaire
voulut ouvrir partiellement le temple au culte
catholique qui n'y avait plus été célébré depuis
l'année 1539. Cet acte de haute générosité devait
porter ses fruits, et vingt-six ans plus tard, le 19
mars 1869, le fils de cet homme de cœur, le
comte Charles de Schoenberg- Forderglauschau
et sa digne épouse, Adèle comtesse de Rechteren-
Limpurg, rentrèrent à Rome dans le giron de
l'Église catholique. Revenu à Wechselburg, le
noble propriétaire entreprit une rcstavu^ation
complète et somptueuse de l'ancien monument,
y réintégrant l'image de la Mère de Dieu, en
l'honneur de laquelle Dedo avait bâti l'église et
fondé la maison religieuse.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans la descrip-
tion architecturale du monument. Celle-ci d'ail-
leurs ne serait utile qu'accompagnée des plan-
ches assez nombreuses de la monographie.
L'église castrale de Wechselburg est un édifice à
trois nefs, avec transept et absides circulaires.
Du côté Nord, un porche de construction élégante
donne accès à l'église. A l'Ouest se trouvent les
soubassements des deux fortes tours qui n'ont
jamais été bâties. Une tour centrale devait aussi
s'élever sur la croisée conformément au petit
modèle de l'église que tient la statue placée sur
le tombeau du fondateur.
Nous avons dit que le monument est particu-
lièrement remarcjuable par sa scul[)ture décorative
et la statuaire qui l'ornent à l'intérieur. Trois
œuvres de l'art plastiquedonnentunc[)h)-sionomie
particulière à ce sanctuaire. Le tombeau de Dedo,
le fondateur, et de sa femme, la chaire de vérité
et le groupe de la croi.x triomphale qui se trouvait
au-de.ssus du jubé et dont on doit regretter le
TB i {) l i 0 g r a p 6 i e .
37 5
déplacement. Ce dernier groupe, qui n'est pas
connu, en dehors de la Saxe, autant qu'il le méri-
terait, se compose d'un ensemble majestueux de
neuf figures. Au centre, le divin Crucifié, a}'ant à
ses côtés sainte Marie et saint Jean, foulant aux
pieds, l'une une figure de reine, l'autre une figure
de roi. La partie supérieure de la croi.x et ses
branches se développent en larges trilobés ; dans
celui qui se trouve au-dessus de la tête du CHRIST,
on voit Dieu le Père, avec le Saint-Esprit, sous la
forme d'une colombe, aux côtés des anges sou-
tiennent les bras de la croix. Au pied de celle-ci,
Adam, magnifiquement drapé dans un ample
linceul, reçoit, en un calice, les prémices du
sang réparateur du CllRl.ST. — Comme style et
comme sentiment, ce calvaire est une œuvre hors
ligne. Le tout est taillé dans le bois de chêne du
pays ; les figures principales ont plus de 2 mètres
de hauteur. Au point de vue de l'iconographie,
le maitre qui a exécuté ce travail a conçu son
œuvre en s'affranchissant des données qui avaient
cours à son époque ; ainsi, il est rare de voir
intervenir Dieu le Père et le Saint-Esprit dans la
scène du Crucifiement.il est plus rare encore d'y
trouver des figures couronnées sous les pieds de
la Mère du Chrlst et de son disciple bien-aimé.
M. Joseph Prill voit dans ces figures, sous la
sainte Vierge, la personnification de l'idolâtrie,
.sous saint Jean, celle du grand prêtre du Judaïs-
me ('). Cette interprétation est entièrement
admissible. Toute la statuaire de l'église parait
appartenir à la fin du XII« siècle, c'est-à-dire
qu'elle est contemporaine de la construction pri-
mitive.
La monographie de l'église castrale de Wech-
selburg est un travail bien fait, qui, non seulement
dénote des recherches historiques et des études
consciencieuses, mais qui révèle chez son auteur
une véritable intelligence archéologique. Douze
planches dessinées par M. Prill, et une photogra-
phie du grand calvaire, accompagnent cette
étude. Ceux qui s'intéressent au.v monuments de
la statuaire si remarquables de Wechselburg,
trouveront trois e.xcellentes phototypies qui les
reproduisent dans le bel ouvrage publié par
M. le professeur C. Andreae en 1S75, sous les
auspices de la reine Carola de Saxe {').
J. H.
LA LINDE KT LES LIBERTÉS COMMUNA-
LES A LA LINDE, par M. l'abbé Croustat, curé de
1. L'importance de ce calvaire et la conception du statuaire rap-
pellent-involontairement que, aux ternies de l'acte de fondation de
l'évùtjue de Meissen l'église est consacrée ; /« lwnori:in saïute et
l'/CTOR/OSSIME tTiicis et fiettte Dei ^etntricis et sempcrvirginU
Marie sanctique Joluinnis apoatoli et evattgeliste.
2. Monumente des Mittelalters u. der Renaissance aus dem
Saechsischen Erzgebirge v. Roniniler u. Jonas, unter artistischer
Leitung v. C. .-Xndreae. Dresden. (ieorg (iilbers 1875.
Pontours. Périgueux, Dupont, 1884, in-8° de 504 pp.
et quatre lithographies: pri.x 4 francs.
QUE ce livre soit le bienvenu et serve de
modèle aux curés qui, mettant à profit
leurs loisirs, entreprennent d'écrire l'histoi-
re des paroisses de leurs diocèses respectifs.
M. Goustat s'est longuement étendu sur La Linde,
petite ville du Périgord, qui a un château, des
fortifications, plusieurs églises et des familles
nobles. J'aurais voulu moins de considérations
générales, presque toujours oiseuses : le volume
eût été abrégé alors d'une centaine de pages et
réduit à de justes proportions. Il semble même
parfois, à son ton doctrinal, que l'auteur est
en chaire et sermonne son public. Plus d'une
étymologie est risquée, il ne faudrait pas se
lancer sur ce terrain glissant sans une connais-
sance spéciale de la philologie.
Il y a, dans cette histoire communale, de
curieux renseignements. J'en énumérerai quel-
ques-uns. Le droit de bourgeoisie s'acquérait par
acte notarié (p. 1 08-109). La liste officielle des
bourgeois est donnée de 15x2 à 1673: comme
don de joyeu.x avènement, ils paient d'ordinaire ou
une somme, qui varie suivant leur générosité,
ou une belle hallebarde « garnye, manchée et
dorée», pour la défense de la ville (p. 109-126).
La ville avait non seulement des armoiries,
mais un « drapeau », confié à la garde du <"< pre-
mier consul ». Il était de « couleur bleue, avec un
soleil et croix blanche pour signe, avec un écus-
son et fleur de lys » (p. Jl, 140, 149).
Les consuls, au nombre de six, administraient
la ville. L'insigne de leur dignité était « un cha-
peron, moitié rouge, moitié noir, sur l'épaule
gauche ». La charge était annuelle et élective :
l'acte d'élection se rédigeait en latin, en 1528 (p.
141, 147, 169).
Un coffre à trois clefs renfermait les titres de
la ville (p. 149).
La prestation de serment par les consuls se
faisait à l'autel même et acte en était dressé. La
« main dextre » du récipiendaire se posait « sur
le myssal garny de crois et sur le Te igitur » ;
ailleurs il est dit sur « le^ Teygitur et croix »
(p. 152) et sur les « saints Évangilles » (p. 176).
Un statut de l'an 1535 porte «que doresna-
vant, touts les dimanches, après que le pain
bényct sera faict et bényct, le mérillier qui a
accoustumé pourter le dict pain bényct au por-
tai de l'esglize, le pourtera et mettra sur une table
ronde ou aultrc table faicte expressément, à
l'yssue et portai de la dicte esglize et chascun que
bon semblera prandra là dudict pain benjct, sans
que le dict mérillier soict tenu le pourter ni le
pourte par ladite esglize à null » (p. 169).
En 163 1, à l'occasion de la peste, on ordonna
376
m eu II c De rart cJjrctien.
de «tuer tous les chiens et les chats pour esviter
plus grand mal » et ce sous peine de « troys
livres d'amande » (p. i6i).
Les collecteurs des tailles allaient dans les
rues, « portant un bâton carré, long de deux
aunes et d'environ deux doigts de large, sur
lequel plusieurs crans tailles au couteau indi-
quaient le montant des sommes dues parles habi-
tants et les paiements faits par eux » (p. 155). Cet
usao-e donna son nom à l'impôt lui-même.
Aucun bâton de ce genre n'a encore été signalé
dans les collections: j'appelle volontiers l'atten-
tion sur ce point.
Il y avait aussi, à La Linde, un collecteur spé-
cial, délégué par le « général et grand maistre
de tout l'ordre de la Sainte Trinité », « pour
lever et recevoir toutes les aumosnes et charrités
que les personnes de piété foiront en faveur des
pauvres esclaves chrétiens détenus dans les fers
et entre les mains des barbares » : ainsi s'exprime
une procuration de l'an 1742 (p. 436).
Toutes les « ordonnances et délibérations »
prises en la « maison commune », étaient « affi-
chées au poteau de la halle et aux trois grandes
portes» de la ville (p. 182).
Passons maintenant à la partie strictement
ecclésiastique. Le syndic, nommé par « tous les
habitants de la paroisse » avait la « gestion et
administration » des <i biens de l'esglize et des
paroissiens», selon la teneur d'un acte de 1766
(p. 355-358). Les habitants étaient encore convo-
qués, <<; au son de la cloche » et à la porte de
l'église, pour les questions d'intérêt général: ainsi,
en 1770, on décida la vente « d'un ormeau et de
certains cerisiers», pour faire un lambris, qui
existe encore et qui porte, au milieu de fleurs et
de dessins de fantaisie, le nom du curé et ces
sentences : Ad majorent Dei gloriam — Sit nouieii
Domini benedictnm — Hors de F église point de
saint (p. 349-360) (').
I. J'ai relevé plusieurs inscriptions analogues dans le diocèse
d'.-\ngers.
A LA PLUS GRANDE GLOIRE DE
DIEV
P.im''. lîciicc ij5irarS T>t X.i Coiidjc a«l
t-ot Tirccbcc Xc iii •Octolirc iflys
îln.iiu Xfoitc P.ic 51011 Jrcot.iniciit Xa
Ranime ûc rtoo 1. Pour J;tcc vtuiviloncc
7i X.i «Coii'jtnictioii aco PCiitcio T^c
X.i _è' Picrflc liit Tic .3^' ;(iilicii >I;t Pour
.l'aire Xc XaniBni Vt oTcttc i!;aiiBC ÎCt
Ojôc jiiBtt aiicii lîrconiioiii'jaiitc
ihanui T)C5 Paroioàiciir. PcHlc l^icii Prier T>icii
Coiio Xcc. Z'imaiicûcû Pour Xc itcpoô
Tic sioii ?tinc v!5t Pûtiv iciiin "Dt %t'j
Pcrc >!-t iP.crc Aîiii .èoiit vl^iiôcpiiltuceoi
Tiaiio icttc Jiollôt
lïcaiiicôcaiit ;tii Pacc.
Je ne m'arrêterai pas aux inscriptions de
cloches, fréquemment mentionnées, pages 281,
306, 310, 316, 328, 342, 348, 346 (').
Page 346, on lit le procès-verbal de la béné-
diction d'une église, qui eut lieu en 171S; p. 479,
\acte capitulaire de la paroisse, qui donne, en 1745,
aux seigneurs de Paty le titre de « restaurateurs
et bienfaiteurs insignes de leur église »; p. 363 et
43 1, les formalités à remplir pour avoir, en dehors
du sanctuaire, droit de banc et de sépulture,
moyennant une taxe; p. 319, un « titre clérical »
pour ordination en 1737 et, p. 323, la légende du
dragon brûlé par St-Front, ce qui aurait fait
donner à une paroisse le nom de St-Front de
Colubri. Comme le dit avec raison l'auteur, il faut
voir là « un emblème du triomphe du culte chré-
tien sur le druidisme et l'idolâtrie », car le même
fait se répète « presque dans chaque ville où
aborde un héraut du nouvel évangile ».
M. Goustat s'étonne que « la nef ne soit pas
dans l'axe de la coupole» (p. 279). Cela s'explique
fort bien, puisque « le transept » est <i apparem-
ment du XlIIe siècle :>> et que la nef n'est que
du « XV*^ ». Ces déviations sont communes en
France et indiquent constamment deux époques
distinctes dans la construction.
Deux chapiteaux romans, placés en regard,
2). Église de Afoti/if^n^! {XVll" siècle).
Semis d'étoiles. — I MA R (Jesui Rcdemptor, Maria). — Fleur de
lis. — Croissant de la lune. — La colombe divine dans une auréole.
(I-'an)
LE PRES.-\NT.
L.-\MBRY.
fa fM)
F.^IRE
IE.-\N S (c!^) RE.
T.\IN'' Frocukeuk de
FABRIQVE.
PAL.
3). Église d' Echcmird (1705).
(Si vous) VOICY
.NE. FAITES MON FILS
PENITE.NCE RIEN AIME
VOVS-PERI (en qui j'ai
RE/.. 'rOV.S mis mes complaisances)
F. P. (fait par) RENE LA.NGLOIS.
1705.
4). Église de Faveraye (1736).
M. (Monsieur) P. GVIÎRIN
P. C. D. F. ( prêtri cnri de Fa-vcraye) 1736.
5). Église de Be/iuard (ijt;).
EN 1777 BEHVAR
A ETE ERl(iERl-:N
CVRE PRKMIl'.R CV
RE M. R. (i.WCJ.VlN ;
PRICMIER l'KOCVKE
VR nie F.MiRlCE M (ai)
TRE P. V.V. (pierre). CADY :
LAMBRV Ft (/ail) EN ME
ME ANE^<:;;«.'f/
I. .•\ ceux qui, comme M. Farnier, s'occupent de la littérature
des cloches, je crois devoir indiquer un procès-verbal de l'an 1784,
reproduit par la Kez-ue Poitevine, 1884, p. 259. Les éléments de la
formule, sont, après la date: la cloche a été présentée,'! la bénédiction
solennelle, par N. N. et N. .\., qui l'ont nommée N., en pré-
sence de
TB i b l i 0 ff r a p b i c
377
ont donné lieu à bien des interprétations qu'il
serait trop long de reproduire. Je me contenterai
d'exposer la mienne, qui me paraît la plus pro-
bable et la mieux motivée. Cette question d'ico-
nographie a son intérêt particulier.
Sur le chapiteau du midi, le serpent est enroulé
autour du pommier fatal, chargé de fruits : il se
tourne vers Eve et lui présente une pomme, en-
core attachée à la tige. Eve la prend d'une main :
derrière elle un gros oiseau semble la saisir.
Adam, de l'autre côté de l'arbre, tend les mains
pour prendre le fruit de perdition. A sa suite
vient un personnage, cheveux hérissés, vêtu d'une
peau d'animal, les pieds chaussés, un bâton pas-
toral dans la gauche et de l'autre brandissant
une croix hastée.Nos premiers parents sont <<: sans
sexe ».
La pensée qui se dégage de cet ensemble est
celle-ci, suivant moi : le serpent tente la femme,
qui consent; aussitôt elle devient la proie du cor-
beau ('), c'est-à-dire que sa mort est la suite du
péché, car cet oiseau s'acharne principalement
sur les cadavres. Ainsi se traduit symboliquement
cette sentence de l'apôtre S. Paul : « Per unum
hominem peccatum introïvit in hune mundum et
per peccatum mors. » {Ad Rom., V, 12). A la
partie opposée apparaît S. Jean-Baptiste, auquel
seul conviennent les caractéristiques indiquées;
armé de sa croix, il prêche la pénitence: « Peni-
tentiam agite » {S. Alatth., III, 2), et leur mon-
trant sa houlette, le peduin antique, il leur dit,
avec la Genèse, que la vie pastorale sera la pu-
nition de leur faute et l'épreuve par laquelle ils
devront reconquérir la grâce perdue (-). Quant
à l'absence de sexe, elle signifie l'état d'innocence;
en effet, l'innocence disparue, ils se voient nus{^').
Au second chapiteau, un animal, à tête d'hom-
me, étale son impudeur, couché sur le dos ;
I. « Et aperli sunl oculi ambaruni, cumque cognovissent se esse
nudos » [Gènes., III, 7.)
c'est le type de la concupiscence et des plaisirs
sensuels, notoirement désignés par le soin que le
sculpteur a eu de mettre en évidence les seins,
1. « Te Satanas diaco invenit et occidit, » dit le P/iyiio!og7is.
2. « In sudoi'O vultiis tui vosccris pane » [Gen., iil, 19) — <[ In
laborib tis comedes ex ca (leira) cur.ciis diebus vitre ux 1> (m, 17).
378
Eetiuc Dc ratt cfjrcticn.
le nombril et l'anus. Deux lions, dont un ailé, se
précipitent sur lui. Par le péché, par la volupté
surtout, conséquence immédiate de la faute ori-
ginelle, l'homme s'est dégradé et est devenu sem-
blable à la bête, ut jiimentum {Psalm. LXXII,22).
Au dernier jour, il reste dans cette posture, qui
est sa condamnation, et le démon sous la forme
du lion, se jette sur lui pour le dévorer. L'office
des morts, empruntant ce symbole à David (')>
nous le dit expressément: i. Domine JESU
Curiste, rex gloric-e, libéra animas omnium fide-
lium defunctorum.... de ore leonis. » Si l'un de
ces lions est ailé, c'est pour mieux exprimer
l'ardeur avec laquelle il fond sur sa proie.
Il faut se tenir en garde contre le symbolisme
faux, qui ne procède pas de la tradition du moyen
â"-e. L'homme-animal n'est donc pas « le dieu
Pan » (p. 327), pas plus que les poils qui ter-
minent sa « double queue » ne sont « deux
branches de lis fleuries ». Ces sortes de queues
sont fort communes à l'époque romane et leur
épanouissement en feuillage pourrait bien ne pas
avoir le sens qu'on leur a prêté dans un article
du Bulletin uionuniental.
Enfin, dois-je insister sur la place même attri-
buée à ces deux chapiteaux. 'Il est convenu, depuis
longtemps, que le nord symbolise le péché, la
mort, la damnation éternelle. Pourquoi alors la
chute serait-elle au midi,quand,commeà la cathé-
drale d'Angers, sa vraie situation est également
au nord ? C'est que , par la pénitence prê-
chée par saint Jean, l'homme coupable s'étant
réhabilité, mérite d'entrer au paradis, figuré par
la chaleur pénétrante et le vif rayonnement du
midi, images de la gloire céleste.
NOTICE HISTORIQUE ET ARCHEOLOGI-
QUESUR L'ABBAYE DE ST-JOUIN DE MAR-
NES, par M. Bélisaire Ledain. Poitiers, Tolmer, 1S84,
in-8", de 88 pages.
Cette notice est très bien conduite et l'intérêt
qu'on éprouve à la lire se soutient jusqu'au bout.
Elle serait complète, si l'on y trouvait, à la fin,
les sceaux et les armoiries des abbés : c'est de
rigueur dans les publications de ce genre.
J'y signalerai, entre autres renseignements ar-
chéologiques, la description de l'église, qui
malheureusement n'est pas toujours exacte au
double point de vue de l'iconographie et dc la
chronologie, deux inventaires datés de 1560 et
1683, l'indication des reliques et la mention d'un
lutrin, terminé par un griffon, au lieu de l'aigle
traditionnel; au Moùtier d'Ahun, c'était un qua-
I. « N'e(iu:indo rapiat ut leo aiiitnim meam » (Psalm. VII, 3). —
« Sf.lva ir.c et ore leonis » (X.^i, 22). — « .\ leonibus uiiicam meam »
(XXXIV, 17). St Pierre dit expressément ; « Diaboliis tanquani leo
riigiens » (1 tipiit. v, 8).
drupède, et wn pélican en Belgique ('). Il y aurait
lieu de rechercher la raison d'être de ces deux
singularités.
M. Ledain me permettra de lui signaler deux
lacunes bibliographiques. La façade de St-Jouin a
été décrite par moi, dès iS/ô.dans \d, Revue de V Art
chrétien, p. 222-225, et les reliques dc S. Aléen et
de St-Judicacl ont été retrouvées en 1S5S dans
l'ancienne église abbatiale de S. Florent-lez-
Saumur, comme il résulte de mes deux bro-
chures : Abrégé de la vie de S. Florent, prêtre et
confesseur, suivi de la translation de ses reliques
et de prières en son honneur, avec une note sur
S. Mécn abbé ; Angers, 1S58, in- 18, de 34 pages.
— Appendice aux actes de S. Florent, prêtre et
confesseur; Angers, 1863, in-8° de 106 pages.
M. Godard-Faultrier a depuis longtemps dé-
terminé le symbolisme de la femme allaitant
deux serpents : d'après un texte contemporain
(XII'=siècle),c'estle supplice des mauvaises mères.
{Annal, arch., t. III, p. 64.) Je ne crois pas que
la statue, placée en haut du pignon, figure le Père
éternel, mais bien le Fils, assis pour le jugement
et, au-dessous, la sainte Vierge, non la Religion.
Au XII'^ siècle, on ne lui donnait guère la forme
humaine et les fresques du baptistère deSt-Jean,
à Poitiers, attestent qu'on se contentait alors
d'une main bénissante, entourée d'un nimbe
crucifère.
Le cardinal Alain, dont il est question p. 66,
est le célèbre Alain de Coétivy, dont le magni-
fique tombeau se voit à Rome dans l'église de
Ste-Praxède : je l'ai publié dans Les chefs-d'œu-
vre de la Renaissance à Rome.
J'ai aussi décrit, en 185 i, dans le fouriial de
Loudun{n^ 17) le sceau et les armoiries de l'abbé
Arthur de Cossé, dont parle M. Ledain, p. 68.
Enfin, je ferai observer que la dédicace et la
fête patronale (je ne dis pas du titulaire, car
l'église est sous le vocable de St-Jean l'évangé-
liste), ont occasionné des foires, et que, en 1751,
l'évêque de Poitiers renvoya la célébration de
cette fête au dimanche. C'est un des plus anciens
exemples de cette mesure sanctionnée par le con-
cordat.
DIE WANDGEMAELDE DER S. GOERGE-
KIRGHE ZU OBERZELL AUF DER REICHE-
NAU, von D' Franz Xaver Kraus, Freiburg im Breis-
gau, 1884, grand iti-t'olio, de 22 pag. à 2 colon, et
16 planches.
La pierre reste froide quand elle n'est pas
réchauffée par la couleur. Au mo)-en âge, la
décoration pohchrome était considérée comme
le complément indispensable de l'architecture
I. Le lutrin de l'église St-Martin, à Chièvres (Belgique),
est surmonte d'un pélican en dinanderie, il est daté de
1484. [Ga^. des Beaux-Arts, 2'"' sér., t. XXX, p. 166.)
Re\)uc De VHvt cl)rcticn.
Résurrection du fils de la Veuve de Naïm.
ï^rcsoucs mi xi' siècle à l'aObapc ti'Obcr>cll.
Pêche miraculeuse.
15 i t) U 0 g r a p & i e .
379
qu'elle avivait. Elle comportait deux éléments :
une ornementation très variée et des scènes
historiées.
L'effet général était produit par l'harmonie
des couleurs et la simplicité de la composition,
qui évitaient de fatiguer à la fois l'œil et l'esprit.
Les spécimens de peinture murale ne sont pas
rares et l'on en découvre sans cesse sous le ba-
digeon. Il importe essentiellement de les conser-
ver et de les décrire. Une étude, accompagnée de
planches, offrira toujours un grand intérêt aux
archéologues : les artistes y trouveront aussi des
modèles. Leur conservation s'impose d'elle-même,
puisque c'est une page de l'histoire de l'art qui
vient s'ajouter à tant d'autres. Les recouvrir ou
gratter constitue un acte réel de vandalisme : on
regrette vivement qu'il ait été fait de la sorte à
Rome, dans la basilique de St-Laurent-hors-les-
murs, pour des fresques du XIIL" siècle qui tapis-
saient les parois de la nef et qui ont disparu à
jamais sous d'autres fresques en style moderne.
Viollet-le-Duc, par son projet de décoration
de Notre-Dame de Paris, avait ouvert une voie
féconde : il n'a été ni goûté ni compris, et cette
tentative heureuse est restée en chemin. Qui la
reprendra? Jusqu'ici on n'a encore fait que des
essais, pas toujours heureux, comme à Notre-
Dame de Poitiers. On a, pour ainsi dire, impro-
visé des variations multiples sur un thème insuffi-
sant. L'étude préalable des types a manqué et
rien ne peut la remplacer, ni le goût personnel ni
l'imagination.
Les ouvrages de Mérimée sur St-Savin, de
Guilhermy sur la Ste Chapelle, d'Ouradoux sur
Notre-Dame de Paris sont devenus classiques sur
la matière. Celui du docteur Kraus y ajoute un
élément nouveau d'information. L'illustre pro-
fesseur de théologie de l'université de Fribourg
et conservateur des antiquités ecclésiastiques de
Bade a fait une œuvre vraiment utile par cette
publication de luxe, qui a paru tout récemment
sous les auspices de leurs Altesses Sérénissimes
le grand Duc et la grande Duchesse de Bade,
protecteurs éclairés et généreux de l'art et de
l'archéologie.
L'église de St-Georges d'Oberzell de Reiche-
nau, l'île voisine de Constance, date des X« et
XI"^ siècles, époque approximative des fresques
qui la décorent ('). Ces fresques se superposent sur
trois rangs : dans les écoinçons des arcades, une
série de médaillons où les abbés probablement du
monastère, figurés en buste, tiennent un livre à
la main; au-dessus, les faits de l'Évangile sur
fond bleu ; à l'étage des fenêtres, aux trumeaux,
I. M. Biyet ( Balkl </•/.'//., 1885, p. 21) écrit : « Les peintures
sont fort anciennes, bien qu on ne soit pas d'accord sur leur date :
quelques archéologues les attribuent .lu X» ou même au Xl<: siècle.
M. Kraus les croit de la fin du diNiénie. »
les apôtres, pieds nus, nimbés et déroulant des
phylactères. Des méandres, de formes diverses,
séparent les trois plans.
La première planche, où se voit la résurrection
de Lazare, est seule en couleur, toutes les autres
sont au trait : elle représente une travée en élé-
vation.
Le Christ est nimbé du nimbe crucifère, mais
les apôtres, qui le suivent, sont dépourvus de ce
signe de la sainteté. Toutefois on les reconnaît au
double vêtement, aux pieds nus et au rouleau
qu'ils ont en main. St Pierre marche le premier,
sa barbe et ses cheveux sont blancs.
Lazare ressemble à une momie : les assistants
se bouchent le nez par suite de l'odeur infecte
qui se dégage du corps putréfié, détail réaliste
que n'ont pas inventé les trécentistes italiens.
A la résurrection du fils de la veuve, les por-
teurs sont au nombre de quatre (') et à leur bran-
card pendent des draperies (pi. V.).
Le lépreux guéri, qui a au côté une corne pour
signaler sa présence, se rend au temple, porteur
d'une colombe qu'il offre au grand prêtre, assis,
le livre de la Loi en main (pi. Vi). Cette colombe
n'indique pas seulement le rachat pour le péché,
mais elle est aussi le symbole de l'innocence
recouvrée.
Les démons, sortis de la bouche des possédés,
sautent à califourchon sur le dos des porcs qu'ils
entraînent à la mer : ils sont nus, ailés et cornus
(pi. VII). Guérison de l'hydropique (pi. Viii). JÉ-
SUS sommeillant dans la barque (pi. IX) : s'étant
réveillé, il se tourne vers deux têtes de diables
cornus qui, du haut des airs, soufflent la tempête,
et par le geste de l'allocution à trois doigts, qui
est aussi celui de la bénédiction latine, leur im-
pose silence. Le distique se lit ainsi :
<i Carne Deus dormit. Perimus. Jhesusque resurgit
Majestate jubet, ventus et unda silent. »
Trois autres sujets : résurrection de la fille de
Jaïre, guérison de l'hémorrhoïsse et guérison de
l'aveugle-né, se voient sur les planches V et X.
Le jugement dernier, de facture plus récente,
remplit la planche XIV. Le Christ, assis dans
une auréole, montre ses plaies ; les morts sortent
de leurs sépulcres, à la voix des anges qui les
appellent ; les apôtres sont rangés sur des bancs à
droite et à gauche du trône, parce que leur maître
les a établis juges des douze tribus d'Israël.
Les deu.x dernières planches reproduisent huit
miniatures empruntées au célèbre évangéliaire
de l'archevêque Egbert, qui est à la bibliothèque
de Trêves et que le D^ Kraus a aussi dernièrement
publié (2). Ces petits tableaux remontent au
1. « Pauperem duorum portât miseratio bajulorum, nec
quattuor, ut mortuo. v> (.S.Augustin., St-n/r. cxxi.)
2. J'en rendrai compte prochainement ici même.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 3"'^ LIVRAISON.
38o
iRctiuc Dc rart cbrcticn.
X" siècle. Sur beaucoup de points, la ressemblance
est frappante avec les fresques d'Oberzell, mêmes
attitudes et costumes, surtout même fond d'ar-
chitecture classique. Ce serait cà croire parfois
que l'artiste fut le même, latin et non certai-
nement byzantin. Je n'ose aller jusque-là, ni re-
monter au X*-" siècle, la peinture murale ayant, à
mon avis du moins, un aspect sincèrement roman.
Toutefois, pour expliquer cette similitude, on
peut admettre que le peintre a connu le manus-
crit de Trêves, qu'il l'a copié par endroits, et en
d'autres s'est contenté de s'en inspirer. Ces sortes
de traditions locales ne sont pas insolites en Al-
lemagne. Par exemple, au trésor de la cathédrale
de Trêves, on constate que, sous l'archevêque
Egbert, le cloisonnage de verroterie se pratiquait
encore, absolument comme au.x temps mérovin-
giens : il y en a deu.x spécimens frappants, l'étui
du saint Clou et l'autel portatif A première vue,
ce qui a été fait pour certaines parties de l'autel,
on croirait à une intercalation de pièces d'époque
antérieure : je ne partage pas du tout cette opi-
nion. De même, pour les fresques d'Oberzell, qui,
quoique postérieures, ont une ph)'sionomic fran-
chement millénaire, s'il m'est permis d'employer
cette expression pour caractériser l'époque qui
suit immédiatement l'ère carlovingienne.
Le texte du D'' Kraus est ce qu'on peut atten-
dre d'un maitre en archéologie chrétienne. Il est
court, mais substantiel. On sent partout que l'au-
teur possède parfaitement son sujet et il prodigue
en notes de véritables trésors d'érudition, qui
mettent sur la voie des recherches à faire pour
juger à l'aide des œuvres analogues. L'épigraphie
surtout y est traitée avec prédilection et les vers
des anciens poètes viennent à propos fournir d'u-
tilesrapprochements oud'ingénieuses restitutions.
Un pareil livre fait certainement honneur à la
science allemande, dont le docte professeur est
un des représentants les plus méritants.
NOTES SUR UN PONTIFICAL DE CLÉMENT
VI et sur un missel, dit de Clément VI, conservé
A la bibliothèque de Clermont, par René Fage ;
Tulle, Crauffon, 1885, in-8", de 18 pp.
Je dirais Missel plutôt que Pontifical, car la
notice ne parle que de messes. Ces messes sont
votives : la même particularité existe dans le
missel poitevin de la bibliothèque Harlcienne, à
Londres, qui est du XII<^ siècle. Je ne vois pas
sur quoi on pourrait s'appuyer pour affirmer que
« ce sont là précisément les messes que les papes
disent ordinairement depuis nombre de siècles».
Les papes disent les messes du missel, tout comme
les autres prêtres. Cet appendice au Missel vient
de se vendre iio fr. : il valait davantage et le
Limousin, haut ou bas, ne devait pas le laisser
écha[)per, car son authenticité est certaine. Peint
par Jean Bosquet ('), il fut vendu à Avignon, en
1352, au pri.x de trois sous d'or.
J'avais, depuis bien des années, établi que le
missel de la bibliothèque de Clermont n'avait pu
appartenir à Clément Vl, mais seulement à un
membre de sa famille. M. Page me donne raison.
Je l'attribuais au XV^ siècle, dans une note insé-
rée dans la Revue de V Art chrétien : on y a lu le
millésime 1462.
Page 15, une miniature est ainsi décrite: « Le
Christ assis sur le même siège qu'un pape ; le
Saint-Esprit sort de la bouche du CHRIST
et va dans celle du pape. » Ces sortes de Trinité
sont communes à cette époque : Didron les a si-
gnalées dans les Annales archéologiques et V His-
toire de Dieu. Leur interprétation ne soulève
aucune difficulté. Si l'on costume le Père éternel
en pape, c'est uniquement pour lui donner les
insignes de la plus haute dignité qui soit sur terre,
comme au même temps on l'habillait aussi en
empereur, témoin un vitrail de la collégiale de
Montreuil-Bellay (ALiine et Loire).
A part cette double erreur liturgique et icono-
graphique, je m'empresse de rendre justice à
l'auteur qui a su écrire un mémoire intéressant
sur deux manuscrits qu'il aidera à faire connaître
comme il convient.
ARMORIAL GÉNÉRAL DE l'ANJOU, par Jo-
seph Denais. .\ngers, (lermain, 3 vol. in-8, avec plan-
ches.
Cet ouvrage important et bien fait, d'une utilité
pratique incontestable, a été commencé en 1878:
j'en ai alors rendu compte dans la Revue. Il
vient de s'achever par la publication du ly" et
dernier fascicule, qui comprend uuq préface, lar-
gement traitée, et deux tables, très commodes
pour les recherches : l'une donnant les meubles
héraldiques, avec renvoi aux diverses familles qui
en ont paré leur écusson; l'autre les devises sei-
gneuriales ; toutes les deux observent Vordre
alphabétique. Enfin l'ouvrage se termine par l'in-
dication des sources mises à contribution et qui
sont pour la plupart manuscrites et inédites.
Sans doute, l'auteur a eu principalement en
vue de rendre service à sa province natale ; bon
exemple à imiter partout ailleursoù les armoriaux
locaux font généralement défaut. Mais son vaste
recueil, qui a exigé tant de patience et de re-
cherches, a aussi une portée générale considérable.
Ainsi, pour me limiter à l'ecclésiologie, je signa-
lerai la triple série d'armoiries des évêques d'An-
gers, des communautés religieuses et des corpora-
I . Parmi les peintres attachés à la décoration du palais
de Sorgiies, en 1321 et 1322, M. Eugène Munlz a signalé
« Joliannes Bosqueti » et <( Petrus Hosi|ueti » {Le palais
ponlipcal de Sorgiies, p. 3).
TBiblio graphie
381
L^
(ions ouvrières. Hors de l'Anjou on sentira
donc le besoin de le consulter, soit pour y ap-
prendre des renseignements ignorés, soit pour
établir des points de comparaison, ou encore pour
combler des lacunes.
Je félicite sincèrement IM. Denais d'avoir mené
à terme un Armoriai qui certainement est un des
modèles du genre.
X. B. DE M.
LK PALAIS DE JUSTICE DE BRUXELLES
CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE ARTISTIQUE,
TECHNIQUE, ADMINISTRATIF ET POLITI-
QUE, par Clément Lab\e. Ingénieur en chef hono-
raire des Ponts et Chaussées. — Liège, Imprimerie
et Lithographie Demarteau, 1885. Brochure in-8°,
de 96 pages.
E Palais de Justice de Bruxelles ne fera
pas école et ne méritera jamais que la
« qualification d'une MONSTRUOSITÉ. '»
i. Considéré au point de vue des mœurs et des
« idées de ce temps, on l'appellera une ŒUVRE
« DE PARVENU.»
« En fait, il n'est que le produit d'une coterie. »
(P- 95-)
Telles sont les conclusions du travail de M. La-
bye. Elles seront admises par tous ceux qui se
donneront la peine d'examiner, à la lumière des
vrais principes de l'art, le nouveau Palais de
Justice de Bruxelles,
M. Labye s'est beaucoup occupé dans sa longue
et honorable carrière des questions administrati-
ves en matière de travaux publics. La critique
qu'il fait du mode d'éxecution et son examen des
responsabilitcs mises tv/yt"//, adopté pour les travaux,
acquièrent par là une valeur toute spéciale. C'est
à notre avis la partie la plus intéressante de son
travail, comme c'est aussi la partie la plus déve-
loppée.
« L'entreprise n'a été, î> dit M. Labye, <i qu'une
« régie déguisée qui a permis à l'entrepreneur de
« se livrer à toutes sortes de combinaisons, de
« manœuvres et de spéculations qu'une régie ad-
<< ministrative francliement, sérieusement et loya-
<i lement exécutée, c'est-à-dire fonctionnant à
« visage découvert, eût rendues impossibles.
«Pour pouvoir apprécier le côté moral de
« l'entreprise, il suffit de lire ce que X Etoile Belge,
« dans son numéro supplémentaire du 17 mars
« 1884, publie des démêlés du sieur Dcvestel
« (l'entrepreneur) avec ses sous-traitants. Le
« nouveau Palais était à peine ouvert, que ses
« locaux retentissaient des procès suscités à l'oc-
« casion de sa eonstruction. » (p. 56.)
Quant aux responsabilités, M. Labye n'hésite
pas à les faire retomber sur l'Administration.
Citons à ce propos cette excellente définition que
les ministres feraient bien de méditer chaque
jour : « L'Administration est une puissance avec
<i laquelle le Parlement doit compter, et son
« premier esclave est d'ordinaire le chef du dépar-
« tement qu'elle salue comme son maître. ^> (p-8i.)
Nous ne partageons pas aussi complètement les
idées de l'auteur sur l'art. Il nous semble qu'il
ne se fait pas une notion absolument exacte de
ce qu'il faut entendre par le style, et qu'il oublie
que la forme est, en architecture comme ailleurs,
l'expression d'une idée ou le résultat de l'appli-
cation d'un principe.
De là sans doute ces affirmations qui paraîtront
bien étranges aux lecteurs de la Revue de l'Art
chrétien.
« il n'est pas douteux que l'association du
« style ogival aux autres types de l'architecture
« ne blesse qu'un préjugé. » (p. 21.)
« Il n'existe aucune incompatibilité scientifi-
« que, artistique ou pratique entre les diverses
« formes de l'architecture. î> (p. 21.)
« Un Palais de Justice est de sa nature un
« monument où il doit être permis, possible et
« même avantageux de combiner entre eux, non
« seulement plusieurs styles, mais encore des
« modes de construction très différents.» (p. 93.)
Jusqu'à présent on reprochait aux adversaires
du Palais de Justice de Bruxelles d'être trop
exclusifs, trop partisans d'un style déterminé.
On expliquait ainsi leur aversion pour le singulier
mélange de formes opéré par Poelaert. Mais
voici un partisan déterminé de l'éclectisme. Et
lui aussi critique amèrement le nouveau Palais.
Que faut-il en conclure? C'est que ce monument
tant prôné comme le chef-d'œuvre de l'architec-
ture laïque, ne satisfait personne.
C'est un fait que nous enregistrons avec plaisir
pour le plus grand honneur de l'architecture
chrétienne.
X.
LEXIQUE D'ART, par J. Adeline. — In-8'^ de
420 pp. 1400 vignettes. — (Bibliothèque de rensei-
gnement des Beaux-Arts.) Paris, Quantin, 1S85. —
Prix, 2,50; relié, 3,00 fr.
L'ART, dans ses branches variées, possède un
\ocabulaire dont tous les termes n'ont pas,
à beaucoup près, été accueillis dans les diction-
naires usuels,voirc même dans les plus volumineux
glossaires. Pourtant tout lettré s'intéresse aujour-
d'hui aux dissertations archéologiques et aux
critiques artistiques d'écrivains spéciaux, dont la
langue se hérisse de termes techniques. Le
lecteur qui veut comprendre est désappointé du
mutisme de son dictionnaire. ]\I. Adeline a
voulu venir en aide à ces profanes ; étant de
382
IRctiuc De l*3rt chrétien.
ceux-ci, nous l'en remercions, ainsi que M. Ouan-
tin, qui a fait de son lexique un joli livre
émaillé d'une foule de vignettes fort gentilles.
Elles donnent au livre une double utilité. S'il
arrive qu'on ignore le sens d'un mot, souvent
aussi l'on oublie le nom d'une chose. De là un
second problème, qu'on pourra désormais ré-
soudre. En l'occurrence, feuilletez le lexique de
M. Adeline : vous y trouverez la plupart du
temps l'image de l'objet, et son nom à coté.
Nous ajouterons nos desiderata à nos félicita-
tions.Pourquoi ne pas indiquer \e genre des noms,
que les spécialistes mêmes intervertissent par-
fois } L'auteur, au surplus, aurait pu formuler ses
définitions en des termes plus rigoureusement
exacts. Quelques exemples au hasard :
Arside : — Extrcinitt'ifune l'glisc située derrih-ele chœur.
— Ce n'est ni bien tourné ni complet. L'abside est un che-
vet en hémicycle ; il y en avait dans les basiliques païen-
nes, dépourvues de chœur.
.■\I)AT-V0IX: — Couronnement... itYtini pour but de cons-
tituer un plafond ou une voi'ite C'est le plafond d'une
chaire ; cela n'a rien d'une voûte.
Amortisse.MENT : — Motif d'ornementation affectant
une forme pyramidale... C'est inexact; e.\.: amortissement
d'un contrefort.
Animaux symboliques : — Représentation d'animaux
monstrueux et fantaisistes, etc.. Pardon, pas nécessaire-
ment monstrueux, jamais fantaisistes, mais, au contraire,
toujours conformes à uneconvention traditionnelle, et très
généralement la traduction, dans la langue imagée de l'art,
des textes sacrés.
Tour : — Construction beaucoup plus haute que large
à base circulaire, polygonale ou carrée... Exemple : une
cheminée de fabrique ?
Tkiforium : — Galerie (ajoutez: généralement aveugle)
placée au-dessus des nefs latérales des basiliques ou des
églises.
Triptyque: — Tableau peint (ou sculpté) que recou-
vrent deux volets... N'est-ce pas plutôt un tableau en trois
panneaux dont deux recouvrent le troisième ?
Assemblage : — Mode de jonction des pièces de char-
pente et du bois de menuiserie. Et les assemblages du
fer }
B.\IE : — Ouverture rectangulaire ou de forme curvi-
ligne, (ces 5 mots n'ajoutent que de l'obscurité) pratiquée
dans une muraille.
Baldaquin : — Dais richement orné (?) supporté par
des colonnes appliquées contre une muraille (?? )
Base : — Soubassement d'un édifice (.')
Battement : — Battée, trini^le saillante (c'est au con-
traire une cavité), contre laquelle s'applique (dans laquelle
se ferme) le battant d'une porte ou d'une fenêtre.
Calv.\ire : — Croix de pierre ou de fer... Erreur que
tout lecteur redressera lui-même.
Gloire : — Cercle de lumière que l'on place autour de
la tête des saitits. C'est le nimbe.
Gothique : — Se dit en peinture et en sculpture des
œuvres du moyen âge, et qui sont caractérisées par des
figures grêles, dont Us attitudes et les 'nouvements affectent
une certaine raideur, mais qui, en revanc/ie, sont d'une
finesse d'exécution et d'une perfection de défaits admi-
rable (!) Nous trouvons cela réussi.
IconOkJRAphie: Art d'étudier (mettez déchiffrer) et de
décrire (?) les sculptures, peintures...
Profil : (Arch.) Se dit des dessins représentant un édi-
fice en coupeverticale... Le profil n'est qu'un trait dans ces
dessins, celui qui marque la forme extérieure de la partie
coupée.
Rempant: ... le rempant d'une toiture. C'est versan,
que l'on dit.
Symbolisme : — Se dit principalement dans le style
gothique de la façon dont on peut interpréter les peintures
et sculptures dans lesquelles les 7'ices et les -c'ertus sont re-
présentés sous forme de personnages et d? animaux fantasti-
ques. Le symbolisme est ici défini d'une façon fantastique.
Plusieurs mots semblent avoir été oubliés ou omis à tort
ex. : pixide, autel portatif, canon d autel, fenestrages, courti-
nes (en étoffe), culde bouteille {terme dev'itrev'it), férusalem
céleste, (sorte de dais), custode, hiérot/tèque, tétramorphe,
thoreutique, palimpseste, etc. etc.
Nous rendrons compte dans notre prochaine
livraison de plusieurs autres volumes récemment
parus de l'intéressante collection de la Bibliothè-
que de l'enseignement des Beaux-Arts.
ANVERS ET SES FAUBOURGS. — GUIDE
D'ANVERS ; histoire et description de ses monu-
ments, par L. Kintsschots. (Prix : relié fr. 4,00.)
La métropole commerciale de la Belgique vient
de voir s'ouvrir dans ses murs une Exposition
universelle qui s'annonce sous les meilleurs aus-
pices, et ne peut manquer d'être un centre puis-
sant d'attraction pour les nations voisines.
L'étranger cependant, après avoir payé un
juste tribut d'admiration aux merveilles entassées
dans les galeries monumentales du Palais de
l'E-xposition, visitera avec plaisir la cité artisti-
que, parcourra ses rues et ses places publiques,
examinera ses monuments grandioses et contem-
plera à loisir les chefs-d'œuvre qu'Anvers garde
avec un soin si vigilant dans ses musées ou dans
ses belles églises.
Les guides ordinaires des voyageurs les con-
duisent comme au pas de course à travers ces
merveilles, donnant çà et là quelque renseigne-
ment ou remarque banale sur les chefs-d'œuvre
les plus en vue. Il nous manquait un guide artis-
tique sérieux, œuvre d'un archéologue.d'un artiste.
C'est cet ouvrage que nous pouvons annoncer
aujourd'hui. — Voici comment l'apprécie le
Journal des Beaux-Arts, dans son N" du 31 mai :
(,< AL L. Kintsschots vient de publier un Guide
d'Anvers, tout à fait bien venu en ce moment.Ce
Guide est réduit à sa plus utile et plus simple
expression avec une excellente entente de la
situation du voyageur. Il est édite par la maison
Descléc dans le style si artistique habituel et
inhérent à cette maison. On y trouve un excel-
lent plan d'Anvers, une vingtaine de gravures
inédites finement tracées, un plan de l'exposition,
etc. Le volume est mignon, facile à emporter,
facile à lire ; en somme, c'est une c.>ccellente
15 i b l i 0 g r a p î) i c .
383
acquisition à faire et à conserver comme souve-
nir. Par une division bien comprise, par un
système d'abréviation pratique, par une sage
part faite à l'histoire et à la critique, le Guide de
M. Kintsschots reste un livre. »
Nous rappelons à nos lecteurs que le même
éditeur a entrepris de publier une collection
complète de Guides be/ges. Trois volumes de la
série ont déjà paru, savoir:
Bruges et ses environs, par J. Weale.
Prix 4,00.
Tournai et Tournaisis, par L. Cloquet.
Prix 4,00.
Anvers et ses faubourgs, par L. Kintsschots.
Prix 3.00.
Les volumes qui concernent Bruxelles, Gand,
Malines, Mons, sont sous presse.
NOTICE SUR DES VASES ORNÉS DE SU-
JETS, UNE PARURE ET DES ÉPÉES EN
BRONZE DÉCOUVERTS DANS L'ARRONDIS-
SEMENT D'ABBEVILLE, par A. Van Robais,
broch. in-8, 22 pp. 14 pi — Amiens, Douillet, 1879.
Cette brochure décrit un vase en bronze décou-
vert à Estrebœuf, et portant une figure de Mi-
nerve ; un autre, provenant d'Abbeville, où est
figuré Vulcain initiant un mortel au travail du fer;
une patère et une parure en bronze, trouvées à
Villers-sur-Authie, et des épées de même ma-
tière, provenant d'Eaucourt-sur-Somme, et de
Mautort près Abbeville.
NOTES D'ARCHÉOLOGIE, D'HISTOIRE ET
DENUMlSMATlQUE,(3"=séne),par leménie, broch.
76 pp. 4 pi. — Abbeville, Paillart, 1883.
Ce petit volume de mélanges s'occupe du
Vimeu (en Ponthieu) et de la bataille de Saucourt
(881), • — de la tour de Saint- Valery-sur-Somme,
à propos de laquelle il combat la légende de la
captivité d'Harold, le vaincu d'Hastings, dans
ladite ville, — de la croix du roi de Bohème à
Crécy, encore conservée et reproduite dans une
des planches de la brochure, — de Ringois, le
patriote martyr d'Abbeville, — d'un dictionnaire
latin écrit au XV<^ siècle, par le prieur le Ver des
Chartrcu.x de Thuison, — de quelques sceaux
religieux d'Abbeville, — de la porte principale,
en style Renaissance, de l'église de St-Vulfran,
— du Mausolée de Rambures, des Minimes d'Ab-
beville, de la statue de Charlemagne du musée
de cette ville, attribuée à Nicolas Blasset (repro-
duite dans une des planches), et de quelques
monnaies et autres antiquités locales.
LE CALICE DE SAINT CHRODEGAND A
SAINT-MARTIN-DES-CHAMPS, parti. Rohault
deFleury. — Broch, inS'de S pp. — Paris, Fechoz, 18S5.
NOUS avons annoncé la vente de la splen-
dide collection Basilewski, naguère encore
l'une des gloires artistiques de Paris. (V. Revue
de l'Art chrétien,^, l'^ô). Sous forme d'adieu à
cette galerie, dont la perte est irréparable, notre
collaborateur, M. Rohault de Fleury vient de
publier une description du calice de saint Chro-
degand, un monument de l'histoire ecclésiasti-
que de Paris. (765-775.)
UN FER A GAUFRES DU XV'' SIÈCLE aux
armoiries de la ville de Besançon et de ses sept
quartiers ou bannières, par A. Castan. Broch. in-S°,
16 pp. Besançon • — Didivers. 1884.
Il ne manque pas de fers à gaufres aux armes
d'une maison nobiliaire ; on n'en a pas encore
signalé portant des armoiries municipales. 'SI. E.
Ri voire de Genève en possède un des plus cu-
rieux,dont M. Castana publié la description dans
les Mémoires de la Société d' Emulation du Doubs.
Il offre les armoiries de la ville de Besancon et
384
Ecuuc De l'art cbttticn.
de ses sept quartiers ou bannières. D'un carac-
tère très artistique, il présente un t)'pe remar-
quable à classer dans la collection des ustensiles
domestiques du moyen âge. C'est à ce titre que
nous le reproduisons, en remerciant l'auteur,
d'avoir bien voulu nous en procurer les clichés.
Ajoutons, détail pittoresque, que le pâtissier qui
débitait les friands disques sortis de ce fer, s'était
fabriqué des armes parlantes ayant pour pièces
trois gaufres circulaires à surface quadrillée.
'î5itilioç);rapf)ie.
385
M. Castan y voit surtout avec raison un docu-
ment héraldique précieux concernant sa ville
natale, dont l'histoire doit tant à son érudition.
LA FILIATION GKNÉALOGIQUE DE TOUTES
LES ÉCOLES GOTHIQUES, par J. F. Colfs, tome
III. (Ecole gothique française.) — Paris 1884, grand
in-8'-', 400 pp. nombreuses gravures.
Nous avons fait connaître la première partie
de ce travail original, qui prétend enlever à la
France non seulement la gloire d'avoir créé le style
ogival, mais même l'honneur de l'avoir compris.
Nous l'avons dit, l'auteur rejette comme gros-
sièrement fautive la classification, due à de Cau-
mont, du style gothique en primaire, rayonnant
et flamboyant. Il y substitue la sienne : école
gothique mère, école allemande, école française
et école flamboyante.
Pour lui l'école allemande est l'école gothique
la plus pure ; l'école française est partie romane,
partie gothique. Elle s'est servie de fragments
gothiques sans connaître le secret du style ogi-
val. De celui-ci, la France et la Belgique n'ont
emprunté à l'Angleterre que quelques éléments :
le contrefort, l'arc-boutant, la fenêtre, la balus-
trade, le pinacle, quelques ornements à moulures.
L'Allemagne possède seule l'école secondaire
gothique continentale.
« L'école française travaillait sans programme
transitionnel. Elle ne comprenait pas le point
de départ d'une école.
« Tandis que la cathédrale d'Amiens était gref-
fée(sic) avec le gothique primaire anglais en arcs-
boutants, en pinacles, en balustrades, en fenêtres,
elle continuait le même jour, à la même heure, à
recevoir des bases et des piliers romans, etc.. »
Telle est l'idée développée dans le volume dont
nous nous occupons.
En somme, M. Colfs reproche au.x architectes
français du XIII*= siècle, d'avoir tenu compte du
passé, de n'avoir pas brisé avec la tradition anté-
rieure, de n'avoir pas fait table rase du roman
préexistant, d'avoir achevé les cathédrales au lieu
de les jeter bas pour les refaire en style ogival
pur, ou du moins de n'avoir pas «architecture les
membres romans en gothique», de n'avoir pas
transformé la grosse colonne romane en pilier
gothique , d'avoir même « architecture à côté
d'un membre», c'est-à-dire, d'avoir ajouté un or-
nement ogival à une ossature romane.
11 cite comme exemple la cathédrale de Reims,
ses portails construits devant les contreforts des
tours, et cachant la structure de celles-ci au lieu
de la montrer, et Notre-Dame de Paris, qui a
emprunté ses deux tours à l'église de Lin-
coln, antérieure de 40 ans, plaçant d'ailleurs un
portail roman entre ses tours gothiques.
Nous ne nous arrêterons pas à réfuter ce sys-
tème, qui se détruit lui-même par l'e.xagération
desesconclusions.il tend,en effet, nous l'avons dit,
àdénier aux artistes français du XIII<^siècle, l'hon-
neur d'avoir compris l'art ogival, et à faire de la
cathédrale de Cologne le chef-d'oeuvre gothique
par excellence. C'est le cas de se servir de
l'adage vulgaire : qui prouve trop ne prouve rien.
Le premier volume de ce trop grand ouvrage
méritait l'attention. Il contenait des données nou-
velles, discutables mais intéressantes, sur les ori-
gines anglaises du style ogival, et des considéra-
tions sur l'art, qui ne manquaient pas de justesse
ni de logique.
Mais deux erreurs se sont glissées dès le prin-
cipe dans les raisonnements de notre auteur, et
l'amènent à des conclusions entièrement contrai-
res à toutes les idées reçues.
L'une est de supposer à tort une sorte d'in-
compatibilité, ou du moins, de désaccord, entre le
style roman et le style gothique, et d'oublier que
le second est le développement et comme la flo-
raison du premier. L'autre est de croire que l'art
ogival consiste dans les ornements et les moulu-
res, plutôt que dans les formes essentielles, dans
la structure générale ; que son propre est « d'ar-
chitecturer des bases et des chapiteaux ». —
Aussi, dans ses longs développements sur les élé-
ments constitutifs des écoles gothiques, M. Colfs
accorde-t-il beaucoup de place à des détails
secondaires, aux profils de bases, aux ornements
de chapiteau.x, aux terminaisons de contreforts,
et laisse-t-il dans l'ombre le système des voûtes
qui joue un rôle si prépondérant dans l'art ogival.
S'il avait étudié son sujet à ce point de \-ue, il
aurait été amené à rendre justice à la France.
Toutefois M. Colfs veut bien reconnaître, que
l'école française, en dépit de ses défauts essentiels,
mérite d'être connue, enseignée, après avoir été
« remise sur plan nouveau ». Ce grand travail
fait, il sera permis à la P'rance d'en propager le
programme et d'établir une école sans défauts.
L'auteur développe le programme de l'école de
l'avenir, qu'il souhaite à la France. Ce programme
complétera l'ensemble des moulures et éléments
nécessaires à une cathédrale gothique française,
attendu que le XI IL' siècle n'en a pas créé
l'alphabet complet. C'est ce que M. Colfs compte
faire, en y ajoutant toutes les parties qui man-
quent. « Il sera libre à la France, ajoute-t-il, de
suivre le complément de style que nous lui pro-
poserons et que nous allons entreprendre nous-
même, par la bonne raison que si c'était un simple
architecte au lieu d'un architecte archéologue,
qui dût composer une église avec ces éléments
constitutifs incomplets, il se perdrait dans la com-
position ; il serait impuissant d'ajouter ce qu'il}-
manque, attendu que, pour le faire, il faut con-
naître les secrets du génie créateur de l'école. »
386
lactiuc t)c rart chrétien.
On voit que notre auteur est convaincu de la
grandeur de sa mission. On pourrait lui souhaiter
des vues plus modestes et un style plus intelligible.
LES VOYAGES DE GULLIVER, édition com-
plète et traduction nouvelle par B. H. Gausseron;
illustrations en couleur par l'oirson. — A. Quantin,
éditeur.
La maison Quantin vient de donner une riche édition de
Gulliver, illustrée en cliromotypie, édition malheureuse-
ment trop complète d'un livre spirituel, mais çà et là fort
incongru. Elle pénétrera dans les familles et sera lue par
une multitude de jeunes gens. Au milieu de pages,
écrites avec un talent plein de fine ironie, d'humour
et d'ingénieuse originalité, ceux-ci trouveront semées
des grossièretés révoltantes et des insinuations impies.
Comment l'éditeur peut-il ;\ ce point perdre de vue la partie
consciencieuse de son public?
Le nouveau livre de M. Quantin est remarquable par un
genre d'illustration dont le premier essai ne date que d'une
couple d'années. Un autre livre d'étrennes, aussi dépravé
qu'élégant, le Co7ite de PArcIicr, avait ouvert la voie d'une
manière plus brillante. L'innovation consiste dans des
illustrations en chromotypie disséminées dans le texte. In-
timement mêlées au texte, les vignettes forment avec
celui-ci une œuvre unique; au point de vue technique,
elles réalisent véritablement l'unité de l'œuvre, produite
sur la presse typographique même. Leur aspect est celui
de gravures en noir qui seraient peintes à l'aquarelle. Les
teintes de couleurs sont obtenues par des tirages restreints.
On ne fait usage que des trois couleurs primitives, le bleu,
le rouge et le jaune, donnant, dans une certaine mesure,
par leur superposition, les couleurs intermédiaires.
Ce qui caractérise cette colorfition, ce sont des teintes
pâles, grainées, nuageuses, donnint dans le livre dont nous
parlons des effets réussis de ciel, et des tons trop légers et
trop creux pour les terrains; les dégradations de la teinte
plate sont obtenues mécaniquement sur zinc, par une mor-
sure d'acide spéciale, constituant la nouveauté du procédé.
Les profanes s'y trompent, et l'autre jour le Courrier de
l' Art, qui devrait s'y connaître, expliquait à ses lecteurs
comment on obtenait ces teintes à la main, en peignant
à la grosse broSse à travers un papier découpé, à la manic-re
de l'imagerie d'Épinal.
Au fait, le mérite de M. Quantin est d'avoir semé large-
ment et mclé intimement la vignette au texte; ,à ce point
de vue, son livre n'a pas eu son pareil encore. D'autres
zinco-chromotypies ont été faites d'une manière bien plus
heureuse comme coloris. Les teintes de celles-ci sont
crues, nullement harmonisées, mal superposées. L'œuvre
semble avoir été faite trop hâtivement et paraît inachevée.
Çà et là quelques vignettes oubliées et restées en noir
l'indiquent assez. Nous recommanderions aux familles le
Gulliver àe M. Quantin, s'il était soigneusement expurgé,
non seulement de certaines grossièretés, mais encore de
considérations sur les religions, à tendance hérétique,
que l'auteur met dans la bouche de ses chevaux intelli-
gents. Lauteur n'a pas craint de laisser percer l'oreille
maçonnique dans des vignettes, où l'on se plaît à montrer
le crucifix foulé aux pieds. L. C.
Nous apprenons que notre collaborateur Mgr
Barbier de Montault, de concert avec M. L. Pa-
lustre, ont sur le métier une monographie com-
plète du trésor de la Cathédrale de Trêves. Nos
lecteurs trouveront ci-contre im spécimen des
belles planches de cette publication de luxe.
C'est une reproduction en phototypie de la fa-
meuse couverture d'évangéliaire conservée au
Trésor de Trêves.
Nous avons reçu une importante Étude biblio-
graphique de M. Cartier sur la Triomphe de
Saint-François, ouvrage magnifique que les fils
du grand Saint d'Assise ont publié naguère à la
gloire du fondateur de leur Ordre. — On sait que
rien n'a été épargné, ni au point de vue typogra-
phique, ni à celui des illustrations, pour rendre ce
volume digne du Saint déjà si populaire, pour le
faire mieux connaître encore et aimer davantage.
Il appartenait assurément à l'auteur des « Let-
tres d'un Solitaire » de commenter l'une des
publications de notre temps oîj la part la plus
large a été faite à l'art chrétien, et, si nous avons
eu le regret de recevoir ce travail trop en retard
pour l'imprimer dans le présent fascicule, nous
nous félicitons cependant de pouvoir l'annoncer à
nos lecteurs, et nous tenons, dès à présent, à
remercier M. Cartier d'avoir donné son Étude à
la Rei'uc de l'Art chrctien. Elle paraîtra dans
notre livraison d'Octobre.
©crioïitques. ^^
BULLETIN DU COMITÉ DES TRAVAUX
HISTORIQUES. Paris, Imprim. nation., 188361 1S84,
in-8°.
Ce bulletin, qui paraît à des époques indéter-
minées, offre totijours un grand intérêt en raison
des documents inédits qu'il contient. Je n'en
ferai point l'analj-se; je veux seulement, à propos
d'inventaires ecclésiastiques, appeler l'attention
sur quatre objets dont il me paraît possible de
déterminer l'attribution avec plus de précision.
Il y a profit pour la science à élucider ainsi ces
questions nouvelles.
M. Darcel, relevant les principales pièces d'ar-
genterie de l'abbaye de Signy, en 1790, écrit :
« Dans la sacristie, une coquille d'argent accom-
pagne le bénitier et le goupillon de même métal.
C'est la première fois que nous rencontrons cette
pièce nécessaire pour administrer le baptême. »
(1883, p. 44.)
Je crois tout autre la destination de cette
coquille. Remarquons d'abord qu'elle se trouve à
la sacristie: si clic eût servi au baptême, elle de-
vrait rester habituelleinent 'aws. fonts baptismaux.
Ue plus, elle accompagne un bcnitier et un gou-
pillon, aussi d'argent ; elle a donc avec ces usten-
siles un rapport direct. Je n'en vois pas d'autre
que celui indiqué par la bénédiction même de
l'eau, qui se faisait, chaque dimanche, dans le
bénitier portatif, avant l'aspersion. Cette cocjuille
contenait donc le sel que le prêtre devait bénir
IBibliOQxaiibic.
387
et elle aidait aussi à le verser dans l'eau du béni-
tier. Le contexte établit clairement cette affec-
tation spéciale.
Parmi les objets requis pour l'administration
du sacrement de baptême, « aliis requisitis», se
trouvée mentionné par le Rituel romain: <i Vascu-
lum cum sale benedicendo vel jam, ut dictum
est, benedicto.),) L'attribution serait donc possible
pour cette destination, même en dehors du rite
de l'infusion. Mais il y a aussi cette rubrique du
Rituel, dans VOrdo ad faciendam aquain bciicdi-
ctam: «Prcxparatosale et aquamundabenedicenda
in ecclesia vel in sacristia. » Or il faut pour con-
tenir ce sel un vase quelconque: ici il a la forme
d'une coquille.
On lit dans Xlincntairc ifAigiies-Mortes, en
1599: «Plus, une chasuble et deux flouques de
pourpre, deux estolles et deux manipouls avec
huict esguillons » (n° 3). « Plus une chasuble de
velours cramoisy rouge, deu.x estolles, deux ma-
nipouls, quatre flouques de même et douze es-
guillons d'argent surdoré» (n° 10).
M. Darcel dit à ce propos: « L'inventaire de
l'église d'Aigues-Mortes nous donne quelquechose
de nouveau, ce sont des « esguillons >>, qui sont au
nombre de huit dans un cas et, dans un autre, au
nombre de douze, « d'argent surdoré». Ils sont
catalogués à la suite des étoles et des manipules.
Nous serions assez perplexes sur leur usage si
l'excellent Glossaire archéologique que publie
M. Victor Gay ne venait nous apporter un éclair-
cissement.Il donne, en effet, un compte de Notre-
Dame de Saint-Omer, du X V'J siècle, ainsi conçu :
« Pour douze aiguillettes de cuir de chien ferrées
« pour atachier les affîques aux chappes de l'é-
«glise. » Les afRques dont il est ici question sont
les agrafes qui servent à maintenir la chape fermée
sur la poitrine. Sans ce document nous aurions
pu croire que ces «esguillons » servaient à ferrer
î'e.xtrémité des cordons des aubes. » (1884, p. 60.)
Les « capes» de l'église d'Aigues-Mortes sont
enregistrées dans une série de numéros de 31 à
45: pas une seule fois la mention des «esguil-
lons » n'y est ajoutée à leur description. J'en
conclus, contrairement au texte cité, que les « es-
guillons » ne se réfèrent pas exclusivement à ce
vêtement ecclésiastique. Accompagnant, au con-
traire, les chasubles, les fiouques ou dalmatiques,
les étales et manipules, ils doivent avoir avec
eux un rapport direct et en faire pour ainsi
dire partie intégrante. En effet, leur usage s'est
maintenu, sinon pour la chasuble, au moins
pour les autres ornements. A la dalmatiquc, ils
relient près du cou les deu.x cùtés laissés ouverts
pour pouvoir y passer librement la tête: on les
maintient encore en Italie. A l'étole, comme au
manipule, ils rapprochent les deux bandes pen-
dantes: ceci est encore d'usage journalier.
Qu'on relise attentivement le texte et l'on verra
aussitôt que le nombre des « esguillons » cor-
respond à celui des ornements : chaque flouque
en comporte deux, chaque étole et chaque mani-
pule un seul. Or, au n° 3, deux flouques, deux
étoles et deu.x manipules donnent précisément un
total de « huict esguillons ». Au n° 10, à deu.x
étoles, deu.x manipules et quatre flouques corres-
pondent nécessairement « douze esguillons ».
Si ces « esguillons » sont mentionnés à part,
c'est évidemment qu'ils étaient mobiles et qu'on
ne les mettait à l'ornement qu'au moment même
où l'on s'en servait.
Le texte de Saint-Omer ne doit pas être pris à
la lettre. Il dénote seulement le genre, c'est-à-dire
un cordonnet ferré. L.a. ferncre terminale était re-
quise en raison même de la destination, car la
pointe devait traverser les trous ou œillets prati-
qués dans l'étoffe. Je citerai, en exemple, une
statue d'évêque qui est au musée de Cluny et
dont j'ai déjà parlé dans le Bulletin monumental,
à propos de l'Inventaire de Paul III : il en existe
une bonne reproduction en plâtre au musée des
Dunes, à Poitiers.
A Aigues-Mortes, la ferrure était « d'argent
surdoré,». Cette matière luxueuse dénote que les
cordons devaient être également en matière pré-
cieuse, comme la soie tressée. Actuellement, on
se sert presque toujours de rubans ou passements,
ce qui n'était pas non plus impossible à l'époque
qui nous occupe.
<<: Esguillons >> est synonyme d' «aiguillettes».
Or les aiguillettes furent très en vogue, dans
le costume civil, au.x XVI*= et XVII'' siècles. La
similitude de nom peut permettre de conclure à
l'analogie de forme, de matière et d'usage. Ce
rapprochement est trop dans la nature même des
choses pour ne pas être indiqué ici.
« Ouoddam reliquiarium argenteum cum armis
de sancto Felice (abbé de ce nom), quod portât
prelatus, dumad celebrandum vadit, ante pectus.»
(Inv. del'abb. de S. Psalmody, 1491, n° 2.) L'usage
est connu. Ces sortes de reliquaires, suspendus
au cou et retombant sur la poitrine, étaient
adoptés par la liturgie angevine, à l'occasion de
la station qui se faisait avant la grand' messe. La
même pratique est indiquée à Monza par une
fresque du XX''-' siècle, dans la chapelle de la reine
Théûdelinde. Ici le reliquaire remplace la croix
pectorale à reliques, dont l'usage n'avait pas en-
core passé des évêques au.x abbés. M. Darcel lui
a donné son vrai nom quand il l'a appelé //yArc-
tcre.{Ann.arcli., t. XVIII, p.344, ^xK. Phylactères.)
Je lui emprunte cette citation : «Ces reliquaires
REVUE DE l'.\RT CHKÉTIEX.
1885. — 3'"- LIVRAISON.
388
Ectiiic DE rart chrétien.
sont évidemment portatifs, car l'ordinaire de
St-Germain renferme cette prescription : « Meb-
« domadarius vero missse portabit crucem cum
« duobiis filacteriis et veniet processionaliter per
« navem monasterii. )) De même dans l'ordre de
Cluny : « Signa autem omnia piilsantiir, sicut
« cum fratres filactcria portant, antequam cgre-
« diantur ab ecclesia, proptcr reliquias ; )) et plus
loin: « Omnis scilicet basilica ornamentis suis ex
« integro decoratur, filactcria appenduntur.» Que
ces phylactères aient été portés au cou, il n'y a
rien d'impossible à cela, mais rien ne le prouve
dans les exemples cités. Aussi Du Cange ou ses
continuateurs, ont-ils tort de dire que le mot
filacieriitiii désigne « une petite boîte à reliques
<i qui se portait suspendue au cou par des phy-
<,< \dLcX.hvcs(Jï/actcriis) ou par des cordons, durant
^^ les processions.» Ils ont donné à un accessoire le
nom du reliquaire lui-même, croyant devoir attri-
buer à ce reliquaire tout entier le nom de ce qui,
suivant eux, le portait. Suspendu ou non à des
cordons, le reliquaire devait s'appeler, dans l'ori-
gine et d'après sa nature propre, « un phylactère ».
Précisons. Les monuments et les usages litur-
giques expliquent les textes, quand ils ne sont pas
suffisamment clairs : donc des reliquaires ont été
portés au cou, où ils étaient suspendus avec des
cordons, soit pour la procession, soit pour la cé-
lébration de la messe, sans préjudice de la croix
portée à la main en quelques endroits par l'offi-
ciant, ainsi que je l'ai expliqué en parlant du
Trésor de l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers. Du
Cange peut se tromper sur l'étymologie, mais il
a raison quant au fond : le phylactère est de
petite dimension, et c'est pour cela même qu'il
est éminemment portatif et peut se mettre au cou,
n'offrant pas un poids incommode.
Les Anakcta juris pontificii m'avaient induit
en erreur au sujet du canivetiivi de Clément V,
mot traduit par canif par Mgr Chaillot. Voici des
textes qui tranchent définitivement la question:
<< Unam canivetam cum vasina (vagina). » (/nz'.
de Farcli. Nicolaï, 1443, n° 30.) Cet article est
précédé de deux autres : « Duos antiquos cultel-
los trenchatorios, cum viris (virolis?) de argento
et vasina » (n° 44). « 1111°'' cultellos ad servien-
dum in mensa, cum vasina » (n° 46). « Item,
duos cultellos ad serviendum in mensa, cum cani-
veto et vasina » (n° 246). Le canivetmn, distinct
du couteau, est donc un instrument tranchant,
renfermé dans une gaine et affecté au service de
la table.
gazette des beaux-arts.
Sommaire du n" de juin 1884.
La part de l'art italien dans quelques vionuincnts de
sculpture de la première Renaissance française, (fi^-) p.ir
Louis CoURAJOD. — Les sculpteurs français de la Renais-
sance. Michel Colombe (fin, fig. et planche), par LÉON
Palustre.
Sommaire du n° de juillet.
Sabha da Castiglione. Azotes sur la curiosité italienne à
la Renaissance, (fig.) par Ed. BonnaffÉ. — Rubens, fii'
article), pi. , par l'AUL Mantz. — La miniature en France
du XIII' au XVL siècle, (fig.) par Lecov DE LAt.M ARCHE.
— Exposition d'œuvres de maîtres anciens tirées des co'l-
lections privées de Berlin, en iSSj, par Ch. Ephrussi.
Sommaire du no d'août.
Sabba da Castiglione. Notes sur la curiosité italienne à
la Renaissance, (fin, fig.), par Ed. Bonnaffé. — La
dinanderie, (fig.) par SPlRE Blondel. — La tapisserie en
Angleterre, (fig.) par E. MuNTZ. — Exposition rétrospec-
tive de Rouen, (fig.) par Paul Mantz. — Les portraits de
Lucrèce Borgia, à propos d'un portrait récemment décou-
vert, (fig.) par CtL YRL4RTE. — La miniature en France
du XI IF au XVF siècle, (2'-' article fig.) par Lecoy de la
M.\RCHE. — La part de Part italien dans quelques monu-
ments de sculpture de la preniière Renaissance française,
(fig., fin) par LouiS Courajod. — La damasquinerie,
(fig.) par Spire Blondel. — Correspondance d'Attgle-
tcrre {Musée Britannique, Galerie Nationale, South
Kensington, fig.), par Claude Philippe.
LA Gazette est une revue mensuelle. Le dernier
volume publié comprend les six livraisons
de juillet à décembre. Sa réputation n'est plus à
faire; elle rend des services incontestables à l'art,
tant ancien que moderne, et aussi à l'archéologie,
qui y occupe une large place. Citons les travaux
qui rentrent dans le cadre de la Kcrne.
Edm. I5onaffé, Sabba da Castiglione. C'était un
amateur de la Renaissance,comiTiandeur de l'ordre
de St-Jean de Jérusalem : bonne étude, vivement
écrite. En français, il faudrait écrire Saba, sans le
redoublement du b. Le coffret en cristal repro-
duit page 29, me paraît être une custode pour la
réserve solennelle de l'Hostie des présanctifiés,
le jeudi saint : les sujets qui y sont figurés ne
laissent pas de doute sur la destination.
Paul Mantz, Rubens. Du maître, une belle eau-
forte de Mercier, d'après le tableau du musée
d'Anvers, où Ste Anne apprend à lire à la Vierge,
sous les yeux de St Joachim.
Lecoy de la Marche, De la miniature en France
dn Xflf^ au XVf'^ siècle. Tableau d'ensemble
qui gagnerait à être plus didactique et qui est
illustré de nombreuses planches, entre autres la
Purification, empruntée aux Grandes Heures du
duc de Berry. On y voit aussi les devises et em-
blèmes de René d'Anjou (p. 74, 362), son portrait
(p. 237, 245), et une Vierge qui lui est attribuée,
(P- 369)-
Spire l^londel, La dinanderie; son origine et
ses diverses transformations.
Eug. Muntz, La tapisserie en Angleterre, ar-
ticle plein d'érudition et révélant pour ainsi dire
le célèbre atelier de Mortlake, fondé en 16 19.
Paul Mantz, l'Exposition rétrospective de Rouen,
coup d'oeil un peu trop rapide, mais dont il faut
l!ôiblioçtâpî)ic
389
retenir une Vierge peinte en Francs au XV<= siècle
sur un modèle byzantin : j'avais en Italie fait la
même remarque. Les deux monogrammes qui
nomment la mère et le fils sont des traductions
du grec: MA DI, IHS XRS. On remarquera
dans Xristus le r latin substitué au rho, qui a la
forme de notre P ; le monogramme MA, avec la
première et dernière lettre signifie MariA : ici
on lui donne, contrairement à l'habitude, le sens
de j\Iater. V. p. 303, une dalmatique en velours de
Gênes,avec orfrois historiés,de la fin duXV'siècle.
L. Courajod, La part de l'art italien dans quel-
ques nionnnients de sculpture de la première Renais-
sance française. Voir surtout le bas-relief de la
mort de la Vierge qui est au Louvre : l'Assomp-
tion y est traitée d'une façon absolument païenne.
Sp. Blondel, La damasquinerie : histoire de ce
procédé décoratif Comment l'auteur a-t-il pu ou-
blier les portes du baptistère de Latran(V'^ siècle),
gravées par Rohault de Fleury dans son album du
Latran et décrites dans la Revue de l'Art chrétien,
t. XXI, p. 219? Comment surtout a-t-il pu écrire
que les portes de St-Paul hors les murs «ont péri
dans l'incendie de 1823 )) ? (p. 272). La Revue
lui donnera encore sur ce point une réponse
satisfaisante, t. XXII, p. 100.
'Eàm.'QonndSé, Le mausolée de Claude de Lorraine,
mort en 1550: il en reste encore d'admirables
bas-reliefs, sculptés par Dominique Florentin et
superbement reproduits en héliogravure.
Eug. Muntz, Jacopp Bellini, d'après le recueil
récemment acquis par le Louvre. Bellini est du
XVI'^ siècle et plusieurs de ses crayons sont con-
sacrés à des scènes religieuses: Martyre de St Sé-
bastien (p. 353), la Nativité de N.-S. (p. 355),
St Georges et le dragon (p. 435, 437), St Chris-
tophe (p. 436), la Crucifixion (p. 440), la Mise au
tombeau (p. 443).
De Chenevières, La mosaïque de l'abside du
Panthéon, exécutée par Poggesi, fondateur de
l'atelier de Sèvres, sur les cartons, assez mal
conçus, d'Hébert.
Paul Sédille, L'architecture moderne à Vienne,
avec une vue et des détails de l'église votive
construite en style de la fin du XIII^ siècle
(p. 462, 463, 464).
Henri Saladin, L'art du moyen âge dans la
Fouille. L'auteur s'est rendu justice en parlant
de «la pauvreté de son bagage archéologique»
(P- 505). Qu'on compare ce qu'il a écrit sur
St-Nicolas de Bari avec ce qu'en a publié la
Revue en 1SS3 et 1884 et l'on sentira de suite la
différence. Le trésor est bien maigrement énoncé
quand on le réduit à sept objets (p. 515, 516J.
L'inscription du ciborium n'a aucun sens telle
qu'elle est transcrite (p. 512). Comme gravures,
pas assez nettes, notons une vue de la crypte
(p. 509), une autre de la grande nef (p. 512) et le
ciborium (p. 5 17).
Em. Molinier, L'exposition rétrospective d'or-
fèvrerie à Budapest, avec un grand dessin de
l'aiguière en bronze du XII« siècle, qui est en
forme de tête de femme (p. 525).
Anatole de Montaig!on,yf(7;/ Goujon ; étude in-
téressante sur ses œuvres existantes ou disparues.
Louis Gonse, La collection Thiers au Louvre.
Elle occupe deux salles et contient des pièces
fausses ou douteuses et quelque peu de bric à
brac. A noter les deux beau.x anges en terre
cuite de Verocchio, gravés p. 412, 413.
Ernest Maindron, ZLé-j affiches illustrées. L'auteur
commence par l'historique des affiches. Il oublie
la célèbre collection de la Minerve, à Rome, qui
remonte au XV= siècle. X. B. DE M.
BULLETIN MONUMENTAL.
SOMMAIRE DU N° I, JANVIER-FÉVRIER.
Avertissement, par le C'' de Marsv. — Le musée
d'Agen, par M. G. Tholix, avec 2 planches. — Le vitrai!
de ta Crucifixion à la cathédrale de Poitiers, par M^^'
X. Barbier de Montault, (premier article), avec une
photogravure. — Les inscriptions des trésors d'argenterie
de Bernay et de Notre-Dame d'Atenço?i, par M. ROBERT
MOWAT, (premier article), avec 9 fac-similé. — Les anciens
pupitres des églises de Reijns, par M. H. Jadart, avec
une planche. — Recueil de peintures et sculptures héraldi-
ques,Ptoulta, Pludual, Lanvolton, Tréguidel, Saint-Quay,
par M. P.\UL Chardin, avec 2 planches et 12 figures. —
Découvertes archéologiques dans l'église de Saint-Ouen
à Rouen, par M. l'abbé S.\UV.\ge. — Société française
d'archéologie. — Chronique. — Bibliographie.
NO 2 MARS-AVRIL.
Les inscriptions des trésors d'argenterie de Bernay et de
Notre-Dame d'Alençon, par M. ROBERT Mo\VAT,(deuxième
article), avec 16 fac-simile. — Le vitrait de la Crucifixion
à la cathédrale de Poitiers, par M*' X. Barbier DE MoN-
TAULT, (deuxième article), avec une planche. —7 Les dé-
bris du Musée des monumettts français à l'Ecole des
Beaux-Arts, par M. Louis CouR.\jOD, avec 4 planches
et 4 figures. — Le tire sur la verrerie à la façon de Venisr,
par M. H. Schuermans. — Notre-Dame-de-'Saux et Mont-
pezat {Ta7-n et Garonne), par Vl. A. DE ROUMEJOUX. —
Abbaye de Montreuil-sous-Laon, par M. le comte DE
1M.4RSY, avec une figure. — Société f-ançaise d' Archéolo-
gie. — Chronique. — Bibliographie forésienne sommaire.
— ■ Bibliographie.
LE Bulletin monumental, la plus ancienne
revue archéologique française, qui vient de
passer sous la direction de M. le comte de Mars\-,
commence sa 6" série, et sa 48'^ année.
Nous y trouvons une notice, par M. G. Tholin,
sur le musée d'Agen, qui, en moins de dix ans, a
pris des développements extraordinaires, surtout
au point de vue archéologique.
Mgr X. B. de Montault a entrepris l'étude du
vitrail de la Crucifixion à la cathédrale de Poi-
tiers, et nous donne à cette occasion quelques
belles pages d'iconographie chrétienne.
390
IRetiiic oc l'art cbrcticn.
L'auteur fixe la date de ce vitrail superbe aux
premières années du XUh' siècle. Ille considère
comme le plus ancien exemple de la peinture sur
verre monumentale, en proportion directe avec
l'édifice et le spectateur. Il commente d'une
manière remarquable le rapport parfait qui existe
entre le «aint sacrifice, célébré au pied du vitrail,
et le triple sujet : Passion, Résurrection et Ascen-
sion, que représente celui-ci.
Deux donateurs, figurés dans le haut de la
fenêtre, ont donné lieu à bien des conjectures.
M.lechanoine Auberya vu Henri II ctEléonore.
Mgr Barbier de Montault est parvenu à déchiffrer
l'énigme de l'importante inscription contenant la
dédicace ; il l'a reconstituée en ces termes :
►f» THEOBALD' COMES BLASONIS DEDIT H.A.NC
VITREAM ET DVAS ALIAS VITREAS CVM VALENCIA
VXORE ET FILIIS SVIS AD HONORÉ XPI ET SCOR El.
Ses prédécesseurs n'avaient lu qu'un fragment
de 6 ou 7 mots presque dénués de sens ; il est fort
curieux de suivre les savantes et ingénieuses dé-
ductions par lesquelles il est arrivé à ce texte si
explicite, sans laisser aucune place à l'arbitraire.
Au point de vue de l'archéologie, remarque
l'auteur, le vitrail de la Crucifixion offre un
intérêt majeur. Son inscription donne une date
positive, et son style offre un brillant spécimen
de l'école poitevine.
Il est le point de départ d'un thème iconogra-
phique qu'on retrouve ailleurs. On voit la Cruci-
fixion représentée aux absides des cathédrales de
Reims, de Troyes et du Mans. Le XIIL siècle
pissé, il faut arriver à la Renaissance avant de
rencontrer de nouveau la Crucifixion. Le même
sujet a été reproduit dans les mosaïques, dans les
retables d'autel, dans les objets figurant sur
l'autel lui-même: les missels, les évangéliaires,au.x
diptyques. Mgr Barbier de Montault cite comme
exemple le célèbre diptyque en ivoire de la
cathédrale de Tournai, dont il donne la gravure.
On y retrouve les trois scènes de la Crucifixion,
de l'Ascension et de la Majesté. Il fait observer,
avec le P. Cavalieri, que, symboliquement, une
des prières du canon rappelle les trois vertus
théologales, qu'il faut également voir dans le
vitrail de Poitiers et dans le diptyque de Tournai.
—K3H f©^-
Si nous ne nous arrêtons pas avec M. R. Mo-
wat au.x inscriptions pointiUées des argenteries
de Bernay d'Alençon, ce n'est pas faute d'ap-
précier ce travail intéressant, mais qui sort du
cadre de notre programme. Il en est autrement
d'un article de M. L. Courajod, retraçant la déso-
lante histoire du musée des monuments français.
Elle se résume en ces quelques lignes, empruntées
à l'auteur : «La Révolution française... renverse les
temples et les palais et jette aux quatre vents du
ciel la poussière des monuments de la France; un
homme ramasse quelques fragments de ces démo-
litions, et constitue simplement, en les recueil-
lant, une collection merveilleuse qui s'appela le
Musée des monuments français. Une pensée
néfaste fait disperser de nouveau tant de chefs-
d'œuvre péniblement restaurés et ferme tout à
coup l'asile qui leur avait été ouvert Des éta-
blissements publics se disputent quelques-uns
des morceaux principau.x et les sauvent une
seconde fois. Les autres, subitement privés de
tous égards, se voient abandonnés ou transformés
en matériaux de construction. »
L'ancien dépôt des Petits-Augustins a gardé
beaucoup de la physionomie que lui avait donnée
Lenoir, en dépit de l'incurie de l'administration
des Beaux-Arts et du vandalisme des artistes. Le
portail d'Anet est toujours à sa place avec les
statues que Lenoir avait placées dans ses niches,
et le buste en marbre de cet homme éminent. Il
en est de même de l'arc de la façade du château
de Gaillon, abritant dans sa baie centrale le bé-
nitier de l'abbaye de Saint-Victor. Une grille
tirée de Saint-Denis ferme cet arc triomphal.
Dans la deuxième cour on retrouve le célèbre
lavabodes moines deSaint-Denis datantduXIIL'
siècle, etc., etc.
—iQi K>i—
Les anciens pupitres de l'église de Reims, que
nous fait connaître M. A. Jadart, sont d'un cer-
tain intérêt, mais se rapportent à des époques
fort récentes.
Bien intéressant dans son genre fort spécial et
à son point de vue local, et illustré d'une ma-
nière charmante, est le recueil fait par M. P.
Chardin, de divers monuments héraldiques(Pluha,
Pludual, LanvoUon, Tréguidcl, Lequoy).
M. l'abbé Sauvage entre dans des détails sur
les découvertes récentes à l'église de Saint-Ouen
de Rouen, dont nous nous occupons plus haut
d'une manière étendue. (V. Mélanges, p. 33'S.)
— f©^ — ^©^-
Nous avons rendu compte des travaux de
M. H. Schuermans, parus dans le Bulletin de
r Académie de Belgique ( V. Revue de l'A rt chrétien,
1884, p. 492) sur les ateliers de verres à la façon
de Venise, qui ont existé dans différentes villes
de Belgique. Cet archéologue a étendu ses in-
vestigations à la PVance, et établi que cette
industrie artistique y fut également en honneur
dès le XVI'' siècle. Saint-Germain-en-La)-e pos-
séda un instant un atelier de ce genre établi
par Henri III. Louis de Gonzague attira à Ne-
vers des verriers d'Altare (Mont-Serrat). Altare,
concurrente deVenisc.étaitune modeste bourgade,
qui eut durant plusieurs siècles corporation close
de verriers. M. l'abbé Boutillier, curé de Coulan-
16 i t) l i 0 g t a p ï) i e .
391
ges, a découvert que Jacques Saroldo fut le pre-
mier verrier appelé à Nevers par Louis de Gonza-
gue. Henri IV attira à son tour les verriers
d'Altare, et M. Schuermans nous montre, sous le
premier, la France divisée en plusieurs départe-
ments de verriers, Lyon, Nevers, Rouen, Nantes,
Melun.
L'église de N.-D. de Saux, près de Montpezat,
est regardée par la plupart des archéologues
comme romane. M. À. de Roumejoux, après
l'avoir étudiée en compagnie de M. P. de Fonte-
nille, entreprend de prouver, qu'on ne peut la
faire remonter, en très grande partie, plus haut
que la fin du XV^'siècle.Les coupoles ne sont pas
byzantines ; ainsi s'évanouit en partie l'intérêt
qu'elles présentaient.
L'église de Montpezat, du XIV° siècle, est
intéressante par son unité. Elle contient plusieurs
objets d'une grande valeur archéologique.
GAZETTK ARCHÉOLOGIQUE.
Sommaire de.s nos j.2. — 1885.
TEXTE. — Tête d'aveugle du Musée d'Orléans, par
E. Babelon. — Bandeaux d'or estampés iroui'és près de
Carcérès, par C. SCHLUM BERGER. — l'êtes chypriotes du
Musée de Constantinople, par S. RlEN.\CH. — Note sur un
miroir grec du cabinet des Médailles, par Hauser. —
Miniatures inédites de « l' Hortus deliciaruin >>, (suite), par
Lasteyrie. — L'Hercule Epitrapézios, de Lysippe, par
Ravaison. — Chronique. — yVcadémie des inscriptions
et belles-lettres. — Société nationale des antiquaires de
France. — Nouvelles diverses. — Sommaires des recueils
périodiques. — Bibliographie.
PLANCHES. I. Tête d'aveugle du Musée d'Odéans.—
II. Bandeaux d'or trouvés près de Carcérès. — III. Têtes
chypriotes du Musée de Constantinople. — iv, v, vi. Mi-
niatures inédites de VHortus deliciarum. — vu, vill.
L'Hercule Epitrapézios.
Sommaire de.s nos ^-4. — 1S85.
TEXTE : — L'Hercule Epitrapézios, par E. R.WAISON.
— Le David de bronze du château de Jjury, par Michel-
Ange, par COURAJOD. — Stucs de la Fanu'sine, par
COLLIGNON. — Vénus génitrix en bronze, par DeWitte.
— Le tombeau des d'Orléans à Saint-Denis, parTsCHUDI.
— La nunatque de Lillebonne, par B.abelon. — Tête de
Gaulois du Musée de Bologne, par A. DE BARTHÉLÉMY. —
Vierge du XI V" siècle à la cathédrale de I^angres, par L.
Palustre. — Les trésors de vaisselle d'argent trouvés en
Gaule (suite), par H. ThÉdenat et A. HÉRON de Vil-
LEFOSSE. — Chronique. — Académie des inscriptions
et belles-lettres. Société nationale des antiquaires de
France. — Nouvelles diverses. — Bibliographie. — Som-
maires de recueils périodiques.
PLANCHES. — IX. David, de Michel-Ange, bronze de
la collection Thiers, et bronze de la collection Pulzsky. —
X. Stuc de la Farnésine. — xi. Vénus génitrix. — xii. Tom-
beau des d'Orléans à Saint-Uenis. — xiil-xiv. Mosaïque de
Lillebonne. — xv. Tête de Gaulois du Musée de Piologne.
— XVI. Vierge du XI V*" siècle à la cathédrale de Langres.
Nous avons fait connaître déjà (V. Rciiic de
l'Art cJirctien, 1884, p. 381) le commencement
d'une très intéressante publication duc à M. Rob.
de Lasteyrie. Elle a pour objet le célèbre manus-
crit VHorliis dcliciarmii de l'abbesse Herrade de
Landsperg, détruit par le feu avec la Bibliothèque
de Strasbourg, mais, heureusement, après avoir
été copié soigneusement par AI. le C'"^de Bastard.
M. de Lasteyrie a fait reproduire au trait quel-
ques nouvelles miniatures inédites, et il les décrit
avec compétence. — Elles représentent la légende
des Sirènes, qui, dans l'iconographie du moyen âge,
symbolisait les dangers que le monde fait courir
aux âmes chrétiennes ; l'histoire de Salomon,
les roues de la Fortune, et l'échelle des Vertus.
Le moyen âge donne aux Sirènes, non pas
comme l'antiquité, la forme d'oiseau.x à tête hu-
maine, mais, comme aux Néréides, la forme de
femmes à queue de poisson. Comme le fait voir
l'auteur de l'article, ce n'est pas seulement dans
ces modèles courants que puisaient les artistes
occidentaux de l'abbesse Herrade, mais à une
source plus voisine de l'antiquité, qui n'était autre
que Byzance. C'est assez évident dans la vignette
de la Descente du Saint-Esprit, qui est reproduite
en même temps.
UHortits contient aussi le sujet du Pressoir
divin, qui était connu du XV<" au XVII^ siècle,
mais dont des exemples du XVII'^ siècle étaient
encore à montrer.
En 1502, Louis XII fit commander un mau-
solée à quatre sculpteurs italiens: Michèle d'Aria
et Girglanno de Viscardo, artistes dont la ré-
putation ne sortit guère de leur ville natale,
Donato di Battesto di Mattea Bcnti et Bene-
detto di Bartolomeo, deux maîtres florentins
distingués, dont le second fut un des artistes
les plus illustres de la Renaissance. Le texte du
contrat d'entreprise a été conservé, et M. H. de
Tschiidi, nous donne la preuve, qu'il se rap-
porte au tombeau des ducs d'Orléans, conservé à
Saint-Denis, et dont l'auteur nous donne un bon
dessin. Il croit pouvoir avancer que le projet fut
fourni par un artiste français. Le monument,
érigé primitivement en l'église des Célestins, fut,
après diverses vicissitudes, transporté à Saint-
Denis en 18 16.
La cathédrale de Langres possède une statue
de la Vierge, en marbre blanc, donnée par le roi
Philippe II à l'évêque Guy III de Bauder
vers 1337. Elle offre une grande ressemblance
avec celle qu'en 1348,1a reine Jeanne d'Évreux
donna à rabba)-e de Saint-Denis. M. Léon Palustre,
qui la signale et en fournit une belle planche, in-
cline à l'attribuer à l'influence flamande. Sa tête
est couverte du bonnet phr\gien, à l'instar des
personnages de l'Ancien Testament élevés en di-
gnité ; l'enfant Jésus serre une colombe dans les
mains. M. Palustre voit dans celle-ci une allusion
aux étreintes de la grâce (.').
392
IRcouc De r^tt cîjccticn.
SEMAINES RELIGIEUSES.
La Semaine rf/igiciise de jl/o/!t/'e//ier continue à
donner les monographies paroissiales (Saint-Ran-
zille le ]\Iontmei, Murviel etc.) de M. l'abbé Sou-
pairac, archiviste du diocèse.
La Semaine religieuse de Clcrviont nous fait
l'honneurderésumernotredernier article touchant
le moitogyammc du Sauveur sur les hosties. Seule-
ment elle néglige l'occasion que cet emprunt lui
procurait, d'accorder à notre Revue une mention
bienveillante, ou tout au moins de la citer. Nous
comptons que l'oubli sera réparé par notre excel-
lent confrère.
De son côté la Semaine religieuse de Bcauvais
reproduit le préambule de l'article que M. L. de
Farcy a donné dans la même livraison sur les
dons offerts à Monseigneur Freppel. Soulignant
les vœux de notre collaborateur, pour l'institution
d'un Comité d'art chrétien, elle rappelle avec
à-propos que cette institution, due à feu M. l'abbé
Barnaud, a existé sous l'épiscopat de Mgr
Gignoux :
« Tous ceux qui ont eu le bonheur de suivre les cours
d'archéologie du savant chanoine, ajoute-t-elle, n'ont pas
oublié les services rendus par le Comité diocésain. Cer-
taines destructions intempestives, certaines restaurations
pires encore que les ruines, suffiraient sans doute à en
motiver la résurrection. A Angers,on apprécie grandement
les avantages de cette direction supérieure ; elle sert très
opportunément à trancher les difficultés qui partagent
souvent, à tort ou à raison, l'exécution et la commande. Si
quelque chose peut être tenté dans ce sens, nous avons la
ferme conviction cjue la haute pensée qui préside à ce
diocèse saura y pourvoir.
Le même journal donne un excellent article sur
Vimagerie religieuse, pour préconiser le résultat
de l'exposition de Rouen, et recommander les
meilleurs produits de la bonne imagerie popu-
laire renaissante.
La Semaine des fidèles du 7l/rt«j poursuit son
étude sur les instruments de la Passion. Celle du
diocèse d'Évreux tire d'un ancien almanach
(1749), une curieuse notice sur la grosse horloge
d'Évreux.
M. l'abbé Abbellot décrit dans la Semaine de
Limoges la châsse émaillée de Bellac, datée du
XII*^ siècle, par l'abbé Texier. Signalons enfin
dans V Aquitaine une petite notice sur les Saints-
Suaires.
MAGASIN PITTORESQUE.
Le Magasin pittoresque, (livr. du 30 nov. 18S4),
donne en gravure le mausolée de Gérard de
Roussillon de Herthe, fondateur de l'abbaye de
Vézelay (XIV*-' siècle).
M. Ch. de Linas pubh'e dans le N" 2 de cette
année une étude sur la croix-reliquaire de la
cathédrale de Tournai, étude dont le savant
archéologue a déjà donné les conclusions dans
notre Revue (V. p. 26, 1SS5). Elle est accompa-
gnée d'une belle gravure sur bois représentant le
joyau en question.
Dans le No 9, nous trouvons un article de
M. Henri Bouchot, du cabinet des estampes, sur
quatre peintres célèbres. Van der Weyden, Gé-
rard Van Ouwater, Jérôme Bosch et Bellcgambc.
M. Bouchot parait ignorer les travaux si lumi-
neux publiés sur ces artistes en Belgique par
MM. Wauterset Pinchart. M. H. Hymans, dans
sa récente traduction de Van Mander dont nous
parlons plus haut (V. p. 371), a complété tout
ce que l'on sait jusqu'à ce jour sur la vie et les
leuvres des quatre artistes cités. Le Magasin
pittoresque a du moins enrichi l'iconographie
artistique de quelques portraits de plus. Il en a
trouvé les éléments dans un précieux recueil ma-
nuscrit de la Bibliothèque d'Arras, recueil de 289
portraits au crayon ou à la sanguine d'artistes qui
ont vécu entre le XIV"^ et le XVII<^ siècle.
Le même numéro contient une description
d'une enseigne de pèlerinage, en étain, du moyen
âge, offrant les effigies de saint Mathurin de
Larchant et de saint Maur, dessinées par G.
Loustau ; et une belle gravure du siège impérial
de Goslar.
MESSAGER DES SCIENCES HISTORIQUES
DE BELGIQUE.
L'église de Brugelette (Hainaut) possède une
série de mausolées de la famille de Jauge-Mas-
taing, de l'époque de la Renaissance. Comme on
peut s'en convaincre par la reproduction de l'un
d'eux, jolie gravure due au burin distingué de
M. Ch. Vasseur, il ne manque pas d'une certaine
valeur artistique. Nous avons quelques motifs de
les attribuer au sculpteur montois Louis Ledoulx,
l'élève de Vr. Duquesnoy. Les archives de Mons,
patiemment dépouillées par M. L. Devillers, nous
apprennent en effet, qu'il était, en 1664, le sculp-
teur choisi par la famille de Mastaing, pour exé-
cuter à Sainte-W'audru des travaux dus aux
largesses d'une dame de cette maison ('). Nous
signalons ce point intéressant à l'auteur érudit
de la description épigraphique et héraldique de
ces sépultures, le R. P. H. R. Vanderspeeten.
M. Paul Bergmans nous fait connaître la bio-
graphie du sonégicn, P. F. Le Blan, carillonneur
de la ville de Gand au siècle dernier,et auteur de
plusieurs compositions musicales ; et M. A. D.
Wauters, fait connaître une artiste peintre mon-
toise du XVI L' siècle, Micheline Woutiers, qui
laissa quelques œuvres signées.
I. V. Ann. du Cercle arch. de Mons, t. XVI.
':5ibUo5tapbic
OVO
M. le comte de Limbourg-Stirum possède le
portrait d'un personnage qui n'est pas sans impor-
tance, (Jacques de Thienne, seigneur de Castres),
exécuté en peinture d'émail par le fameux Léo-
nard Limosin, qui vivait au XVI'^ siècle. M. G.
Varenberg nous donne la description et la photo-
typie de cette œuvre, dans un article comprenant
une notice sur l'artiste Limousin, une étude du
procédé de peinture en émail et une biographie
de Jacques de Thienne.
Les Variétés du J/^jj'rt^^';- contiennent quelques
notes d'un intérêt local. Consignons ici le nom du
graveur Norbert Hegelbrouck, sur lequel sont
fournis des renseignements peu honorables.
REVUE CATHOLIQUE.
Monsieur N. D. Reines a donné dans la livrai-
son de septembre 1884, une intéressante étude
sur la flore ou le règne végétal comrrie symbole
et ornement dans le culte et dans l'art chrétien.
THE AMERICAN JOURNAL OF ARCH^O-
LOGY AND OF THE HISTORY OF THE FINE
ARTS. Baltimore, 29, Cathedral Street, 1885.
L'Amérique, dont l'activité dans les études
archéologiques se fait sentir par deçà l'Océan, et
dont les musées disputent à la vieille Europe ses
antiquités les plus précieuses en cas de vente, vient
de donner le jour aune nouvelle Revue d'archéo-
logie et d'histoire des Beaux-Arts. Cette publi-
cation, de format in-S° et trimestrielle, contiendra
360 pages par an. Elle a pour directeur M. le pro-
fesseur Charles Eliot Norton, pour rédacteur
en chef W. le docteur A. L. Frothingham, et
pour collaborateurs, leurs éminents compatriotes
MM. Alfred Emerson, T. \V. Ludlow, Allan
Marquand, A. R. Marsh, Justin Winsor et Char-
les C. Perkins, le célèbre directeur du Musée de
Boston.
Elle s'est assurée en Europe la précieuse colla-
boration de MM. le docteur Charles Waldstein,
de l'Université de Cambridge ; Eugène Mùntz ;
Emile Molinier, du Musée du Louvre ; Ernest
Babelon, du Cabinet des Médailles ; Enrico
Stevenson, membre de la Commission commu-
nale archéologique de Rome; le professeur Orazio
Marucchi, membre de la même Commission ; le
commandeur G. B.de Rossi, directeur des Musées
du Vatican, etc.
Le premier fascicule trimestriel de The Ame-
rican Journal of Archœology and of the Historyof
tlie Fi>ie Arts débute par un numéro de 103
pages tout à fait attachant. M. Charles Eliot
Norton inaugure le volume en traitant de The
first American Classical Arclueologist, M. Charles
Waldstein s'occupe de la frise du Farthénon, M. A.
C. Merriam, de vases funéraires d'Alexandrie,
M. A. L. Frothingham, de la renaissance de la
sculpture en Europe au XIII« siècle, et M. A. P.
Marsh, de l'Ancient Crude-Brick Construction
and its Influence on the Doric Style.
Viennent ensuite l'intéressante communication
faite par M. Eugène Mtintz de l'acte inédit du
décès d'Antonio da San Gallo, des comptes ren-
dus de livres nouveaux, les sommaires des re-
cueils périodiques et un résumé des découvertes
archéologiques faites récemment en tous pays.
Le numéro est accompagné de trois planches
qui méritent une mention spéciale ; elles sont
exécutées par Y Heliotype Printing Company de
Boston et représentent: trois vases funéraires, le
portail latéral de Notre-Dame de Paris exécuté
par Jean de Chelles en 1 257, et quatre des statues
du porche nord de la cathédrale de Chartres
(1230- 1240).
Nous souhaitons bonne et longue vie à ce
nouveau et distingué confrère.
REVUE DE L'ART FRANÇAIS ANCIEN ET
MODERNE.
Sommaire du x° 2. — Février 18S5.
Partie ancienne : Tapisseries exe'cutées en ijS6 par
Pierre Du Moulin, sur les dessins de Robert Paigne,
document communiqué par M. HENRY Havard. —
fehan II et François Clouet, par M. Henry Jouin. —
Les orfèvres de Paris officiers municipaux (1557-1735),
communiqué par M. Charles Gizoux. — Le portrait de
Louis XV par Justinar et ses copies, par M. H. J. —
Partie moderne: Les sculpteurs de la Restauration,
par M. J.-J. GuiFFREY. — Épitaphes des sculpteurs Cal-
lion et Pajou, par M. A. DE iNIOXTAiGLON. — Épitaphes
de peintres relevées dajts les cimetières de Paris: Dupré,
Johannot, Citenavard, JI^"' Huclierot de Malherbe, Cos-
sard, Langlois, par M. H. J. — NÉCROLOGIE: Rodolplie
Bresdin, par AI. H. J. — Bibliographie.
De vieilles tentures qui décoraient l'État de Bretagne à
Nantes, furent refaites en I5fcl6, par Pierre Du Moulin,
tapissier parisien, sur les cartons du peintre Robert
Paigné. C'est ce qui ressort de documents importants,
découverts récemment par M. Henry Havard. M. Henry
Jouin fait connaître quelques renseignements nouveaux
sur François Clouet et Guillaume Geolîfroys, son confrère,
en qualité de peintres du roi Jean H. M. Ch. Gizoux con-
tinue la liste des orfèvres de Paris officiers municipaux
(1557-1735)-
Sommaire du n° 3. — .aiars 1885.
Partie .ancienne : Tentures de la chambre du roy en
1624, document communiqué par M. J. Ro.max. — Mar-
ché passé pour quatre tableau r de yacques Houx ( 1 663),
document communiqué par M. Ch. de Gr.\NDM.\ison.
— Jean-Iiapliste Blanchard, maître peintre (1705-17 17),
par M. Hexky Jouin. — Lettre de Charles-Xicolas Co-
cliin sur un dessin du cabinet du roi, document commu-
niqué par M. Henry de Chennevières. — Lettre de
Basaii père, relative à une œuvre de Charles-Xicolas Co-
chin, communication de M. IVI.\URICE Tourneux. — Les
orfèvres de Paris of/iciers municipaux (l 557-1735), com-
munication de M. Charles Ginoux (fin). — Tapisseries
exécutées en 1 586 par Pierre Du Moulin,sur les dessins de
Robert Paigné, communication de M. H. H.WWKD ( suite).
— i'n dernier mot à propos de jus/inar, par M. H. J. —
394
îRcuuc De rart cfjrcticn.
Partie moderne: Les sculpteurs de la Restauration,
par M. J.-J. GuifFrej' (fin). — Exposition de l œuvre tt Eu-
gène Delacroix; par M. J. G. — Èpitaphcs de peintres re-
lex'ées dans les cimetières de Paris: Mlle Soi'ais, Vandacl,
Bouchot, IVankowicz, Perlet, par Î\I. H. J. — J3uîLI0-
GRAPHIE.
Sommaire du n" 4. — avril 1885.
Partie ancienne : Guillaume Erondelle, orfèvre de la
reine de Navarre, (1541), par J.-J. GUIFFREY. — Extraits
de divers ini'entaires du château de Afonceaux (1623),
communiqués par M. J. Roman. — Antoine Silvin 01/
Sflvin, peintre du r^Ji' (16S4-16S6), par M. HENRY JOUIN.
— Actes d état-civil de la Rose, Torro, Brun, Hubac,
extraits des archives conununales de Toulon (1687- 1776),
communiqués par M. Charles Ginou.x. — La galerie
de Jacques II à Saint-Germain en L.aye (1701), par
M. V.-J. Vaillant. — Dépenses du voyage du roi à Coinpiè-
çne en 1730, Slodtz, Oudry, Leroy, Messdnnier, document
"communiqué par M. Henry de ChenneviÈRES. — Jean-
Philippe Boulle (1725), par M. Henri Stetn. — Les
sculpteurs Boiston père et fils ( 1 744- 1 789), par M. AUOUSTE
CaSTAN. — Tiipitseries exécutées en i^Sô par Pierre Du
Moulin, sur les dessitts de Robert Paigné, communication
de M. Henry Havard (Jin). — Partie moderne :
Louis David, par M. ANATOLE DE MONTAIGLON. -^ Le
peintre Lamperière, par M. VICTOR Advielle. — Epita-
phcs de peintres relevées dans les ciuictières de Paris :
Mme Haudebourt-Lescot, Giiyot, Tliiénon, Copinet, par
M. H. J. — Bibliographie.
Sommaire du x° 5. — mai 1885.
Partie ancienne : Lettre de Louis XIII aux Consuls
de Toulon au sujet du peintre Fouguières (162c), àocu-
ment communiqué par M. Charles Ginoux. — Etienne
Dumonstier (\ ^gS), note communiquée par M. J.-J. GuiF-
FREV. — Les Fréminet (ij^S-J --,71, par M. HenryJouin.
— Baudrain Yvart, peintre du Roi {1611), par M. V.-J.
Vaillant. — Adam, peintre de la ville d'Amiens (1416),
noie communiquée, par M. Henry Havard. — Crozat
(1728), pièce communiquée par ,M. J. Roman. — Bout de
Van de Louis XII II à Saint-Denis ( 1716; : Perrot, Slodtz,
Gousson, Pillement, Berain, document communiqué par
i\I. Henry de Chennevières. — Le chevalier Ernou
(1731), par M. Anatole de Montaiglon. — Une lettre
de Chardin (1777), communiquée par M. ALFRED Dar-
CEL. — Partie moderne : Lettre d' Horace Vernet à
Victor Schnetz sur le Salon de 1827, communiquée par
M. Gaston Le Breton. — Louis David {1748-182^), par
M. A. DE M. (Suite et fin). — Domini</ue Doncrc (1820),
par M. Victor Advielle. — Èpitaphcs de peintres rele-
vées dans les cimetières de Paris (1846-1848) : Pardon,
Ducis, Gaillot, Marilhat, Vien, M'"' Lebois de Glatignv,
par M. H. J. — Bibliograpliie.
Parmi les documents de cette livraison nous
remarquons celui qui concerne Adam, le peintre,
connu déjà sous le nom d'Adam de France, qui
travaillait pour la ville d'Amiens. Il exécuta
« soixante personnages de saints et saintes peints
es tourelles du tour de la forteresse de la ville ».
L. C.
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS.
SOM.MAIRE DU N° DE DÉCEMBRE 1 884.
TEXTE. — DŒuvre de Clodion, par H. Thirion. —
Les écoles de dessin à la S- exposition de l Union centrale;
réjlexions d'un passant, par J. PassepONT. — Nos planclies
hors texte. — Chronique de l'enseignement (écoles, mu-
sées, manufactures). — Ga;cette universelle (exposition,
œuvres nouvelles, faits divers). — Documents bibliogra-
phiques. La curiosité et les ventes.
PLANCHES HOR.S TEXTE. — Céramique, XVIII=
siècle : cache-pot et jardinière en porcelaine de Sèvres,
pâte tendre (collection de M"" de Cassin et de M. Ed.
André). — Armoire en chêne sculpté, époque Louis XIV
(collection de M. H. Bouilhet). — Cheminée du château
d'Ecouen, par J. Bullant (milieu du X\T'-' siècle).
SOMM. DES N°s DE FÉVRIER-MARS-AVRIL 1885.
TEXTE. — Les carreaux de Bourgogne, par M. HENRI
Monceaux. — Plateau ojjcrt au czarpar la ville de Mos-
cou, par iM. Henry WiLSON. — A'otes sur la broderie,
par M. Th. Biais. — Le Musée de Bailleul, par M. .\N-
tony VALAiîRi.;GUE. — Chroniques. — Bulletin de la
Société de l'Union centrale des Arts décoratifs.
De l'état actuel de l'industrie du mobilier, par AL H F.NRI
FourL)INOIS. — Gustave Doré, artiste de l'industrie, par
AL Paul Dalloz. — Étude sur les coupes phéniciennes,
par AI. Germain Bapst. — Nos planches hors texte. —
Lettre d'Allemagne : Les publications relatives à l'art
industriel, par Hermann Billung. — L'Enseignement
professionnel à l'établissement des L^oges, par AL PlLLE-
mont. — Chroniques. — Erratum.
PLANCHES HORS TEXTE. - Commode ornée de
bronzes ciselés par Cresscnt, ébéniste du Régent (XVIII'=
siècle), collection de sir Richard Wallace, spécimens des
carreaux de Bourgogne (XII''-XV'= siècles). — Orfèvrerie
russe : plateau offert au czar par la ville de AIoscou. —
Pendule en porcelaine dure de Sèvres (fabrication de
1770). — Dessus de buvard en marqueterie de bois de
poirier, d'amarante et d'ébène, exécuté par AI. Henri
Fourdinois. — Meuble-cabinet et meuble-étagère, exécutés
par AL Henri Fourdinois.
GRAVURES DANS LE TEXTE. — Divers motifs de
décoration, frises, bandeaux, etc. en carreaux de Bour-
gogne. — Alortier, sonnette de bronze, anneau en faïence
de Delft (collection du Musée de Bailleul). — Coupes
phéniciennes. — Fleurons, lettres ornées, culs-de-lampe.
BULLETIN D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE A
VALENCE.
So.M.MAIRE DU N° DK SEPTEMBRE-OCTOBRE
1884.
Justine de la Tour-Gouvernet, baronne de Poët-Célard;
épisode des controverses religieuses en Dauphiné durant
les vinot premières années du XVIP siècle, par M. l'abbé
TOUI'IN, curé de Suze-la-Rousse. — Visite des églises du
Bas- Vivarais en i6yj-/6, par M. Monge délégué de réi'êque
de Viviers, par AI. le D' Francus. — Catalogue histori-
que des commandeurs de Saint- 1 'incent-lec-Charpey (dio-
cèse de Valence), par feu Al. Beli.on, ancien maire de
Charpey. — Documents relatifs aux représentations théâ-
trales en Dauphiné de 1 4S4 à JJJJ, publiés par AI. le chan.
Ulysse Chevalier. — Chronique du diocèse de Valence,
par AI. l'abbé L. Chosson, aumônier du T.-S. -Sacrement
à Valence.
So.M.MAIRE DU N" DE NOVEMDRE-DÉCE.MBRE.
Justine de la Tour-Gouvernet, baronne de Poét-Célard,
épisode des contro-aerscs religieuses en Dauphiné durant
tes vingt premières années du XVI P siècle, par M. l'abbé
TOUPIN, curé de Suze-la-Kousse. — Nécrologie : la révé-
rende mère Damascène Buisson, i)ar AI. l'abbé L. Chosson,
aumônier du T.-S. Sacrement à \'alence. — Histoire reli-
gieuse de Ponten-Royans, par AI. l'abbé F1LLEI', aumônier
de la Trinité à Valence. — Chronique du diocèse de Va-
lence, par M. l'abbé L. Chosson, aumônier du T.-S. -Sacre-
ment à Valence.
TB i & U 0 g r a p f) i c .
395
♦!♦ ♦!• *T* ♦T^ •!• •!• •T^ ^f^ ♦T^ ♦!* ♦T^ ♦!* •T^ ^T^ *!• ^t^ *J^ •I^
^^
Tv^TVT^l.TtT%Tt-TVT».TVTv^T^.T^■■T^^^n..vTv^T^.T^. ■vTiTVT -L P- -^ o. Q-T*-n^-a. ^ tt. T1.,ia.T>.-n>.
33E
Iuî)e;c bibliographique.
«2» «s» «X* 4J* «2» «{» «x» «j* «i* 4J* •{* «2» «j* «Z* *r» «2» •£» •{•
:arcl)éologie ctBeau;c :^rts '\
Adeline (J.). (*) — Lexkjue d'Art. — In-8° de
420 pp., 140C vignettes. — (Bibliothèque de rensei-
gnement des Beaux-Arts). Paris, Quantin, 1SS5. —
Prix, 2,50.
Barbier de Montault (Mgr. X.) — Le vitr.\il
DE St-LaURENT .\ LA CATHÉDRALE DE PoiTIERS.
Poitiers, Oudin, in- 8°, de 20 pp.
Bordier (Henri). — Description des peintures
ET AUTRES ORNEMENTS CONTENUS DANS LES MANUS-
CRITS GRECS DE LA BlULIOTHEQUE NATIONALE. —
4= livraison, pp. 281-336. — Paris, Champion, 1884,
in-8°, fig.
Borin (A). — La cathédrale de Moscou et la
LÉGENDE DE SAINT JONAS.— Paris, Ghio. Petit in-8°,
67 pp.
Castan (A). (*) — Un fer a gaufres du XV^
SIÈCLE AUX AR.MOIRIES DE LA VILLE DE BESANÇON ET
DE SES SEPT QUARTIERS OU BANNIERES. BrOChurC,
in-S», 16 pp. Besançon, Didivers, 1884.
Corblet (J.) — Recherches historiques sur les
AGAPES. — Brochure, in-8°, 22 pp. Amiens, Rousseau-
Leroy, 1885.
Congrès archéologique de France. — 50= ses-
sion. — Séances générales tenues à Caen en 1883,
par la Société française d'archéologie pour la conser-
vation et la description des monuments. — Paris,
Champion. In^'^, Lxvii-561 pp. et grav. 10 fr.
Demay (G.). — Inventaire des sceaux de la
COLLECTION ClaIRAMBAULT, A LA BIBLIOTHEQUE NA-
TIONALE. — T. L Paris, Hachette et Cie. In-40 à 2
col., 11-704 pp. 12 fr.
Denais (Joseph). (*) — Ar.morial général de
l'Anjou. — Angers, Germain, 3 vol. in-S^, avec
planches.
Despierres (M"'= G.) — Origine du Point
d'Alençon. — In-S° de 23 pp. Alençon, imprimerie
A. Lepage, 8, rue du Collège, 1882.
Doughty (C.). — Documents épigraphiques
recueillis dans le nord de l'Arabie. — Paris, lib.
Klincksieck. In-4, 69 pp. et 57 pi. 28 fr.
Duhamel (L.). — Une église ro.mane et deux
inscriptions ruMULAiRES A Orange. — Paris, Cham-
pion, 1884, in-8°, 12 pp.
I. Les ouvrages ni,-irqui5s d'un astérisque (*) sont ou seront
l'objet d'un article bibliograpliique dans la Revue.
Fage (René). (*) — Notes sur un pontifical
DE Clément VI et sur un missel, dit de Clément
VI, conservés a la bibliothèque de Clermont. —
Tulle, Crauffon, 1885, in-8°, de 18 pp.
Garnier (J.). — Notice sur la Société des an-
tiquaires de Picardie. — Amiens, in-S° de 22 pp.
Gausseron (B. H.). (*) — Les voyages de Gul-
liver, édition complète et traduction nouvelle ;
illustrations en couleur par Poirson. — A. Quantin,
éditeur.
Girard de Rialle. — Monuments mégalithi-
ques DE Tunisie. — Angers, impr. Burdin,i884, in-8'',
II pp.jfig.et pi. (Extrait du Bulletin des antiquités afri-
caines, 1884.)
Goustat (l'abbé), curé de Pontours. (*) — La
LiNDE ET LES LIBERTÉS COMMUNALES A LA LiNDE.
Périgueux, Dupont, 1884, in-8° de 504 pp. et quatre
lithographies : prix 4 fr.
Hamy (le Dr. E. T.). — Décades American.ï:,
mémoires d'archéologie et d'ethnographie améri-
caines. — Livraison I. Paris, lib. Leroux. In-S", 32 pp.
avec fig. 4 fr.
Hardy (M.). — Le cimetière fr.anc d'Eu (Seine-
Inférieure) et la tombe d'un monétaire. —
Rouen, lib. Métérie. In-S», 32 pp. avec dessins. 2 fr.
Heiss (A.). — Les Médailleurs de la Renais-
sance. — (Cinquième monographie Spinelli ; Anony-
mes d'Alphonse \" d'Esté, de Lucrèce Borgia, etc.,
les Délia Robbia, G. délie Corniole, Bellini, Cortanzo,
etc.) Paris, Rothschild. Grand in-4°, 88 pp avec 11
phototypographies inaltérables et 100 vign. 60 fr.
Lecoy de laMarche(A.). (*) — Les Manuscrits
ET la Miniature. — • Paris, imp. et libr. Quantin. In-
8°, 359 PP- avec 107 fig. 3 fr. 50.
Lécuyer. — Collection Camille Lécuyer. —
Terres cuites antiques, trouvées en Grèce et en Asie-
Mineure. Notices de MM. Fr. Lenormant, J. De Wit-
te, A. Cartault, G. Schluniberger, E. Babelon, C.
Lécuyer. — Paris, RoUin et Feuarden, 4= livr., in-fol.
Ledain (B.). — Notice historique et archéo-
logique de l'abbaye de Saint-Jouin de Marnes. —
Poitiers, imp. Tolmcr et C"^. In-8, 91 pp. (Extrait des
Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest.)
Lucas (Ch.). (*) — L'institut royal des archi-
tectes BRITANNIQUES : Notes de voyage et rapports,
1884 et 1885. Paris, Chaix, in-8''. 48 pp.
Ménard (René). — Histoire des arts décora-
tifs : — les Emblèmes et .attributs des Grecs et des
Romains. Paris, Rouam, in- 16, 93 pp. avec 27 fig.
o fr. 75.
Miintz (E). — La Renaissance en Italie et en
France a l'époque de Charles VIII, ouvrage publié
sous la direction et avec le concours de M. Paul
d'Albert de Luynes et de Chevreuse, duc de Chaul-
nes. Illustré de 300 grav. et de 38 pi. tirées à part.
Paris, Finnin-Didot et C"". ^1-4", xi-564 pp. 30 fr.
KEVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 3""^ LIVRAISON.
396
ïRctiue DE rart cl) rétien.
Peladan (].). — Introduction a l'histoire des
PEINTRES DE TOUTES LES ÉCOLES DEPUIS LES ORIGINES
jusqu'à la Renaissance. Accompagné du portrait des
peintres et de la reproduction de leurs chefs-d'œuvre.
(Pinacographie des œuvres existantes et des œuvres
perdues de chaque maître.) Quattrocentisti. Ecole
florentine : l'Angelico. Paris, libr. Loones. In-4, 32 pp.
et I I grav.
Cette publication, consacrée aux maîtres du moyen
âge, commencera par les écoles italiennes. Chaque
monographie se vend séparément au prix de o fr. 60
la livraison d'une feuille.
Perrot (G.) et Chipiez (Ch.). — Histoire de
l'art dans l'antiquitk_ (Egypte, Assyrie, Perse,
Asie Mineure, Grèce, Étrurie, Rome.) T. I (l'E-
gypte), LXXiv-880 pp. avec 66 grav. et 20 planches
hors texte, dont 5 en couleurs ; t. II (la Chaldée et
l'Assyrie), 826 pp. avec 432 grav. et 15 planches dont
4 en couleurs; t. III (Phénicie, Chypre, Asie Mineure),
928 pp. avec 452 grav. et 10 planches dont g en cou-
leurs, dessinées d'après les originaux ou d'après les
documents les plus authentiques. Paris, imp. Chame-
rot ; lib. Hachette et C=.
L'histoire de l'art dans l'antiquité formera 5 ou 6
volumes. Chaque volume, 30 fr.
Pognon. — Inscription de Mérou-Nérar I",
ROI d'Assyrie. Paris, Leroux. In-S,i28 pp. (Extrait du
Joiir7ial asiatique. )
Poncet (P. F.). — Étude historique et artisti-
que sur LES anciennes ÉGLISES DE LA SaVOIE ET DES
rives DU LAC LÉMAN. Annecy, imp. Niérat et C<=. In-8,
98 pp. Extrait des Mémoires et dociiments publics par
r Académie Salcsienne.
Quicherat (J.). Mélanges d'archéologie et
d'histoire. Antiquités celtiques, romaines et gallo-
romaines, mémoires et fragments réunis et mis en ordre
par Arthur Giry et Auguste Castan. In-S°, viii-581
pp. avec portrait, figures et 8 planches. Paris, Picard.
Racinet (A.). — Le Costume hlstorique : 500
planches, 300 en couleurs, or et argent, 200 en camaïeu,
avec des notices explicatives et une étude historique ;
i6<= livraison. Paris, lib. Firmin-Didot et CK In-f<=, iiS
pp. et 23 pi.
Chaque livraison ordinaire : 1 2 fr.
Raguenet de Saint-Albin (Octave). — Joseph
Etienne Vaslin, annaliste de l'église de Beau-
vais, (1690-1771). — Broch. in-8°, 161 8, Orléans,
Cologne, 1S84.
Ramée (Daniel). Histoire générale de l'archi-
tecture. Renaissance. Paris, Dunod, 1885, gr. in-8",
471 pp., fig.
Rogeron (L.). Les i-oRTiFic.vrioNS et la tour
de CÉSAR de Provins. Provins, Vernant, 1864, in-8",
24 pp.
Rohault de Fleury (G.). (*) - - Le calice de
SAiN-i- Chrodrgand a Saini'-Martin dk Champs. —
Broch. in-8", de 88 pp. Paris, F'echo/,, 1825.
Rondot (N.). (*) — Les Sculpteurs de Lyon du
xiv"= au xviii= siècle. Paris, Charavay frères. Grand
in-8, 79 pp. 8 fr. {^yM.àç.X'x Revue lyo7inaisei)
Roulliet (.\.). — Michel Colombe et son ieuvre.
Tours, Rouillé- Ladevè/.e In-8, 76 pp. (^yXx.Ae.'s, Anna-
les de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-let-
tres du département d' Indre-et-Loire.)
Rousseau (Jean). (*) — • Bibliothèque de l'art
ancien. Hans Holbein. Ouvrage accompagné de
deux portraits de Hans Holbein et de trente-cinq
gravures d'après les œuvres du maître. — Librairie de
l'Art, J. Rouam, Éditeur, Paris 1885.
Sainte-Marie (E. de). — Mission a Carthage.
Paris, Leroux. Grand in-8, 238 pp. et grav. 15 fr.
Schlumberger (G.). — Sigillographie de l'em-
pire byzantin. Paris, Leroux. In-4, vii-749 pp. avec
1 100 dessins par Uardel. 100 fr.
Thirion (H.). — Les Ada.m et Clodion. Paris,
Quantin. In-4, 416 pp. avec 75 grav., dont 15 pi. hors
texte, tirées en couleurs et or. 50 fr.
Van Mander (C). (*) — Le livre des peintres.
Vie des peintres flamands, hollandais et allemands
(1604). Traduction, notes et commentaires par Henri
Hymans, conservateur à la bibliothèque royale de
Belgique. T. II. Suivi d'une table analytique des
matières contenues dans l'ouvrage. Paris, Rouam. In-4,
498 pp. et 39 grav. 50 fr.
Van Robais (A.). (*) — Notice sur des vases
ornés de sujets, une parure et des épées en
BRONZE découverts DANS l'ARRONDISSEMENT d'Ab-
beville. — Brochure, in-8", 22 pp. Amiens, Douillet,
1879.
Van Robais (A.). (*) — Notes d'archéologie,
d'histoire et de numismatique, (3= série). — Broch.
76 pp. 4 pi. Abbeville, Paillart, 1883.
Vaudin (Eugène). — Fastes de la Sénonie
monument.\le et historique. Auxerre, Drot, in-8°,
328 pp.
Vigouroux (l'abbé F.). — La Bip.le et les dé-
couvertes modernes en Palestine,en Egypte et en
Assyrie, avec i 24 plans, cartes et illustrations d'après
les monuments, par M. l'abbé Douiliard, architecte.
Précédé d'une lettre de Mgrl'évêque de Rodez.4^ édit.,
revue et augmentée. Pans, Berche et Tralin. 2 vol.
in-8 j. : t. I, X-272 pp. ; t. II, 634 pp. 16 fr.
9ng:Ictcrrc.
Hodgetts (J. Frederick). — Older England.
Illust. by the Anglo-Saxon Antiquities in the British
Muséum. In a Course of six Lectures. 2= série. London,
Whiting. In-8, 142 pj). 7 fr. 25.
Kastromenos (P.-G.). — The monuments of
ATHENS:.'\n Historical and Archaeological description.
Translated from the Greek by Agnès Smith. Londres,
Stanford, in-8".
IBibUoQïà^bit
397
ailemagnc et 3utricf)e.
Arendt (Archit. Ch.). — Monographie du châ-
teau DE ViANDEX. Luxemburg, Buck. Grand in f",
VI-20 pp. et 2 1 pi. 25 h.
Bahrfeldt (M.). — Nu.mismatisches Literatur
BLAiT. Vol. VI, Hannover, Mayer. In-8, 131 pp. et pi.
4 fr. 50.
Brugsch (Heinr.). — Thésaurus inscriptionu.m
.AEGVPTiACARU.M. .'Vltagyptische Inschriften,gesammelt,
verglichen, iibertragen, erklart u. autographiert. Mytho-
logische Inschriften altagypt. Denkmaler. (4*= livraison).
Leipzig, Hinrichs. In-4, 619-850 pp. 69 fr.
Cesnola (Dir. Louis P. di). — A descriptive
.\TLAS OF THE CeSNOLA COLLECTION OF CYPRIOTE AN-
TIQUITIES IN THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART,
New- York, [In-3 vols.] Vol. i. With préface by Samuel
Birch, LL. D. 5 parties. Berlin, .\sher et C. In-fol.,
150 pp. et 150. 264 fr.
Furtwaengler (A.). — Collection Sabouroff.
Monuments de l'art grec, 9= livr. Berlin, Asher, in-f°.
Hauser (Alois). — Styllehre der architekto-
nischen Formen des Mittelalters. Im Auftrage
des k. k. Ministeriums fiir Cultus und Unterricht.
AVien, Alf. Holder. In-8°, viii-132 pp. et 115 gravures.
3f-
Katalog der orientalisch-keramischen Aus-
stellung im Orientalischen Museu.m 1884. Mit
zahlreichen Illustr. (eingedr. u. i Lichtdr.-Taf ). Wien.
Gerold. In-8°, XLiii-150 pp. 4 fr.
Kraus (F. X.). — Real-Encyklopaedie der
christlichen Alterthumer. Mit zahlreichen, zum
grossten Theil Martigny's Dictio7inaire des antiquités
chrétiennes entnommenen Holzschn. lo" livraison.
Volume II, pp. 193-288. Freibourg im Brisgau, Herder.
In-8°. 2,50 fr.
Kraus (D'' Franz-Xaver). (*) — Die Wandge-
maelde der S.Georgekirche zu Oberzell aufder
Reichenau. — • Freiburg im Breisgau, 1884, giand
in-folio, de 22 pp. à 2 colon, et 16 planches.
Lubke(Wilh.). — Geschichte der Architektur
VON den altesten Zeiten bis auf die Gegenwart
dargestelt. 6. verm. u. verb. Aufl. In-4 Halbbdn).
Vol. I (2 fascicules). In-8", xii-674 pp. 10 fr. 20.
Ludwig (Heinr.). — Lionardo da Vinci, d\s
BucH V. der Malerei. Neues Material aus den Orig.-
Manuscripten, gesichtet u. dem Cod. Vatic. 1270
eingeordnet. Stuttgart, Kohlhammer. Iii-8°, xii-288 pp.
8 fr. 25.
Miller (Prof U'' Konr.). — Die romischen Be-
grabnisst.atten in Wurtte.mberg. Stuttgard, Wildt'
sche Buchhandlung. In-4°, 56 pp. et illustr. 2 fr. 15.
Petteneg (D"' Ed. Grafvon). — Sphragistische
MiTTHEILUNGlONAUSIlKM OeUTSCH-OrDENS-CeNTRAL-
archive Frankfurt a, -Main, Rommel. In-8o, 40 pp.
4 fr. 25.
Riess (Prof Cari). — Grabmonumente. Eine
.Sammlg. von Grabsteinen, Stelen, Grabkreuzen, Obe-
lisken etc. in verscheidenen .Stilarten, entworfen und
gezeichnet, t« et 2'= livraisons. Stuttgart, Wittwer.
In-f°, 5 pl- La livraison : 5 fr. L'ouvrage aura 10 livrai-
sons.
'IPcIgiQuc-
Golfs (J. F.). (*) — La fili.\tion généalogique
de toutes les écoles gothiques. — Tome III,
(Ecole gothique française). Paris, 1885, grand in-8'^,
400 pp. nombreuses gravures.
Hymans (Henri). (*) Conservateur du Cabinet
des Estampes de Bruxelles et membre de r.\cadémie
royale de Belgique. — Le livre des peintres, de
Çarel van Mander. — Librairie de r.A.rt, J. Rouam,
Editeur, Paris, 1885.
Kintsschots (L). (*) — Anvers et ses Fau-
bourgs. — Guide d'Anvers ; histoire et descriptioa
de ses monuments. — Prix: relié fr. 4,00.
Labye(C.), Ingénieur en chef honoraire des Ponts
et Chaussées. (*) — Le Palais de Justice de Bru-
xelles considéré au point de vue artistique,
TECHNIQUE, ADMINISTRATIF ET POLITIQUE. Liège,
imprimerie et lithographie Demarteau, 1885. Broch.
in-8°, de 96 pp.
Poncin (Désiré). — De la science .\u moyen
AGE. Archéologie balistique, i'' partie. Anvers, Louis
Legros. In-8°, 219 pp. 6 fr.
Seghers (Julien et Louis). — Trésor calligra-
phique. Recueil de lettres, initiales, etc., du moyen
âge et de l'époque de la renaissance. 46 feuilles sépa-
rées, contenues dans un magnifique custode porte-
feuille en percaline rouge, 0.43 '0.32 avec plaque
spéciale or et noir. Bruxelles, Muquardt, éditeur. 50 fr.
Danemark.
Sehested (N. F. B.). — Arch.eologiske Under-
siEGELSER 1S7S-1S81. Udgivue efter hans Dœd. Med.
V. lithogr. Kort og XXXVI Kobbertavler. (Un guide
en francj-ais pour l'intelligence des figures se trouve à la
fin de l'ouvrage). Kjœbenhavn, Reitzel. In-4°, 192 pp.
12 fr.
Sick (J. F.). Notice sur les ouvrages en or et
EN argent dans le Nord et sur la « S<elvka.mmer »
des rois de Dane.marck. KjtEBEHAVN, Lehmann et
Stage. — In-8°, 52 pp. avec 9 pl. 6 fr. 70.
■■ OBspaçtnc.^
Gestozo y Ferez (P.). — Guia artistica de
SeVILLA. HisTORIA V DESCRIPCION DE SUS PRINCIPALES
monu.mentos religiosos y civiles, y noticia de l.\s
preciosidades artistico- arqueologic.\s que en
ella se conservan de .\cquitectur.\, escultura v
pintura, grabado, orfebreria, ceramic.a., etc.
Sevilla. Est. tip. de El Ordeti. In-4°, 187 pp. 4 fr.
398
ïRetiuc De rart ci) ré tien.
aEtat.s=33ni5.'
DESCRiTTi. — Torino, tip. Paravia di I. Vigliardi. In-
i6, 31 pp.
Hunnewell (Jam. F.). The hisïorical monu-
ments OF France. Boston, James R. Osgood & C°.
— In-S'^, 336 p. avec illustrations. 9 fr. 40.
<3\tâ\ic.^
Bertolotti (A.). Artisti subalpini a Roma nei
SECOLi XV, XVI et XVII. Mantova, tip.-editr. Mon
dovi. — In-8° gr. 300 pp. 5 fr.
Campani (A.). Guida per il visit.\tore dei
R. Museo Nazionale nell' antico palazzo del
PoTESTA IN Firenze. Firenzc, tip. Bencini. — In-16,
164 pp. 2 fr.
Cernicchi (J.). — The cathedral of Perugia,
(english, french and italian Guide). — Perugia, typ.
of Santucci. In-i6, 39 pp.
Dani (prof. d. Girolamo). — Memorie storiche
DELLA CHIESA E ANTICA SCUOLA Dl SaN NiCOLA DA
ToLENTINO IN VICENZA, d'ALL'a 1499 AL 1817. Vi-
cenza, tip. Commerciale. In-8, 56 pp.
De Mari (Francesco), Duca di Castellaneta. — Ri-
CORDI p.\TRii : relazione alla Commissione dei monu-
menti, sul ristauro di quelli esistenti nella chiesa di
San Giovanni a Carbonera. Napoli, tip. e lib. Festa.
— In-i6, 32 pp. I fr.
Ferretti (Corrado). — Memorie storico-critiche
DEI PITTORI ANCONITANI DAL XV AL XIX SECOLO.
Ancona, A. G. Morelli edit. In-8, 184 pp. 3 fr. 50.
Garigulo (can. T. M.). — Appunti storici in-
TORNO ALLA COLONNA ERETTA NELLA PIAZZA PRINCI-
PALE DI Lecce IN ON0RE DI sant'Oronzo. • — Lecce,
tip. Campanella. In- 16, 14 pp.
Giampaoli (le chanoine Lorenzo). — Il monu-
mentale OSPIZIO DEL GRAN SAN BeRNARDO SUL
MONTE GiovE : memoria storica, compilata su docu-
menti inediti ; con brève appendice. — Prato,tip. Lici.
In 8,° So pp. 3 fr. 50.
Luciani (C. S.) — Catalogo illustrato delle
ANTICHE MONETE romane disposte IN ORDINE CRO-
NOLOGICO NEL SUO MONETIERE IN ACQUAVIVA DELLE
FoNTi. — Bari, Gissi e Avellino. In-8% 60 pp.
Manno (barone Antonio). — Due insigni moxu-
MENTI d'ARTE ERETTI IN ToRINO NELLA CHIESA PAR-
rochiale dei sancti Pietro E P.\0L0, BREVEMENTE
Masini (G.). — Cenni storici sulle belle arti
in Bologna, publicati dalle locale Giunta dis-
trettuale per l'Esposizione Générale italiana
IN Torino 18S4. — Bologna, Regia tipogr. In-8°,
33 PP-
Molmenti (P. G.). — Lo statuto dei pittori
VENEziANi NEL SECOLO XV. — Venezia, tip. dell'Em-
porio. In-8°, 58 pp.
Ostoya (G.). — Les anciens maîtres et leurs
œuvres a Florence : guide artistique. — • Florence,
imp. suce. Le Monnier. In-8°, vi-301 pp. 4 fr.
Servanti Collio (conte Severino). Descrizione
DI NOVE CROCI antiche stazionali e processionali.
— Camerino, Savini. In-8'', 42 pp.
Urbani de Gheltof (G. M.). — I .miniatori di
San Marco. — Venezia, tip. dell' Emporio. In-S",
68 pp.
Non mis en vente.
Zuradelli (Crisanto). — La Basilica in San Pie-
tro d'Oro. — Pavia, tip. Fusi. In-8°, 291 pp.
ïRoumanie.
Melchisedec (l'évêque). — Inscriptiunile bi-
sericelor armenesci din Moldova. — Bucuresci,
tip. Academiei Romane. In-4% 12 pp., o fr. 60. —
(Extrait des Annales de l'Académie roumaijie).
iRussie.
Compte-rendu de la commission impériale ar-
chéologique POUR l'année 1 88 1. Avec un atlas(3lith.,
I chromolith. u. 2 Lichdr.-Taf in gr. Fol.) • — Saint-
Pétersbourg et Leipzig, Voss. In-4°, .xxi-148 pp. 40 fr.
Mélanges gréco-ro.mains, tirés du Bulletin de
l' Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg.
— Tome V, liv. I. St-Pétersbourg et Leipzig, Voss,
Sort. In-8°, 91 pp. i fr. 50.
^UèDC.
Botliger (John). — Bronsarbeten of Adrian
de Fries I Sverige, sarskildt a Drottningholm
En konsthistorisk undersôkning. Samson et Wallin,
Stockholm. In-4", 68 pp. et 16 pi. 26 fr. J. C.
^m'mm
^ ^:^Ji:^^:^j^LjLJ^JL^JL:^^Ji^jL^^:^^^j^^^
SOMMAIRE. — CHAPELLE DES ARTS. — ŒUVRES NOUVELLES: Églises de
Châtillon-sur-Indre ; de Chaillot (Amiens) ; de Castillon-sur-Dordogne ; d'Arcachon ; de Bieujac
(Bazas);de Bordeaux ; de Chandernagor ; de Gheratte-Hau leurs ; de Sens ; de Lourdes ; peintures au
Vatican ;au Panthéon de Paris ; CollcgiuDi martyricm; médaille du bienheureux Charles-le-Bon ; mo-
saïque du dôme d'Aix-la-Chapelle.— RESTAURATIONS ET DESTRUCTIONS : Subsides alloués ;
travaux à la cathédrale de Paris ; à la porte Saint-Denis ; à l'église de Honfleur ; à la cathédrale
de Laval ;à l'église de Saint- Vincent-de-Paul de Marseille ; au sanctuaire de St Bernard à Dijon ;
restauration des vitraux deSaint-Etienne du Mont ", démolition du jubé de Pagny ; du prieuré de
Bonne-Nouvelle à Rouen ; peintures murales du château de Runkelstein ; la Saalburg (Hom-
bourg) ; Florence ; Rome ; etc — NOUVELLES ET TROUVAILLES : Découverte à Tournai ;
trouvaille en Palestine, etc.... — EXPOSITIONS : Paris; Nurenberg; Anvers ; etc.... — CONGRÈS
ET EXCURSIONS: en Provence; à la Sorbonne ; à Lille. — MDSÉES.
r
'^^'WTWWWWTWTTWTWWWWWTWTWWWW
Hppcl en fatieur De la CCbapcIIc Des Hrts
Uans laBasiliquc ocdiontmartre à Baris.
OUS sommes heureux de
reproduire XAppel suivant
que la Société de Saint-
Jean vient de publier pour
solliciter des offrandes en
faveur de la chapelle des
Arts :
Nous venons avec confiance
solliciter votre adhésion à une
œuvre qui affirmera l'une des plus anciennes et des plus
glorieuses traditions de notre pays : l'iilliance de la Reli-
gion et de l'Art.
Après nos désastres la France eut la pensée d'implorer
la clémence et la protection de Uieu, en lui élevant un
temple magnifique au sommet de Montmartre. Riches et
pauvres apportèrent bientôt et continuent d'apporter leurs
offrandes.
Bien plus, la magistrature, l'armée, la marine, la méde-
cine, l'agriculture, l'industrie ont voulu avoir dans la basi-
lique, chacune sa chapelle, dédiée à son patron tradition-
nel, suivant la coutume de nos ancêtres; et S. Em. le
cardinal Guibert a daigné accueillir favorablement ces
vœux.
Les artistes, les personnes s'intéressant à l'art n'étaient
pas jusqu'à présent représentes dans cette église, qui sera
cependant une des œuvres d'architecture les plus considé-
rables de notre siècle.
La Socii'té de Saint-Jean pour le développement de Part
chrétien ('), composée de peintres, de sculpteurs, de mu-
siciens, d'architectes, de graveurs, de professeurs et de
critiques d'art, d'hommes et de femmes du monde, a pris
l'initiative, avec l'assentiment de .S. Ém. le Cardinal, d'une
souscription, à l'effet d'élever et de décorer une chapelle
dédiée à saint Jean, laquelle sera nominativement et spé-
cialement la Chapelle des Arts. Les artistes sauront qu'ils
I. Fondée en 1872 et reconnue d'utilité publique par décret du 5
mars 1878.
ont à Paris un sanctuaire où l'on prie régulièrement pour
eu.x, pour les membres de leurs familles vivants ou décédés.
Déjà plusieurs versements considérables ont été spon-
tanément effectués. Aujourd'hui la Société de Saint-Jean
fait appel aux sentiments généreux de tous les artistes ;
elle s'adresse encore à ceux qui veulent aider à la gran-
deur de l'art par la religion.
Les souscriptions en espèces ou en objets d'art en vue
d'une vente seront reçues avec reconnaissance, et publiées
tous les mois dans le Bulletin spécial de l'œuvre. Un reçu
sera toujours délivré. Les versements pourront être faits
ait bureau du l 'œii national, 6, rue de Furstenièer'^ Paris
avec indication de la destination spéciale de l'offrande.
Pour la remise des objets d'art et tous renseignements
écrire à M. le Secrétaire de la Société de Saint-Jean, jj
rue de Grenelle, Paris.
Les membres du conseil :
Baron rVA\'RII., ministre plénipotentiaire, président.
Duc DF. Brissac, \" vice-président.
Germer-Durand, des Pères de l'Assomption, 2'-' vice-
président.
A. GiLLET, du clergé de Paris, secrétaire.
BOUVRAIN, architecte, trésorier.
LÉON Babeur, archiviste.
E. Descoites, inspecteur général des mines, conseiller.
Ed. DidrON, peintre verrier, conseiller.
Arnold Mascarel, ancien magistrat, chargé du coitrs
d'esthéti(/ue à l'Institut de Jf. Prat, conseiller.
'^llcn'Eh, peintre d'histoire, conseiller.
Mouroux, critique d'art, conseiller.
État des souscriptions au 1" juin 1885.
Anonyme par M. le Curé de Sainte-Elisabeth
à Paris fr. looo
— M. l'abbé Giraud, chanoine honoraire d'Avi-
gnon et d'Aix ... ... ... ... ... fr. loo
— Fleurs de la colline (r versement) ... » 200
— I\L"''de Lejallet, offrande de son premier tableau. 120
— Fleurs de la colline (2'' versement) — — 184
— M. le Comte de Grimoiiard de Saint-Laurent. 500
Total fr. 2104
400
IRctiue De ract chrétien
ŒCuDrcs noiiucllcs.
LA Semaine religieuse de Bourges rend compte
des travaux exécutés à l'ancienne collégiale
romane de Châtillon-sur-Indre. Nous ne savons
ce qu'il faut penser de « l'escalier monumental »
qui « se développe... avec des courbes gracieuses
aux extrémités qui contournent le contrefort cir-
culaire supportant les piliers de l'ancien narthex »
détruit par les protestants en 1569; ni des ta-
bleaux du Chemin de la croix en bronze galva-
nisé, lesquels sont enchâssés dans un premier
tableau « de forrtie romane en bois du Nord )),
tableau posé en saillie « sur un second cadre
foncé, de deux mètres de hauteur, en magnifique
chêne de Hollande, poli comme le marbre, avec
courbes gracieuses en haut et en bas, et dont les
fonds sont décorés d'arabesques en platine ».
Tout cela nous paraît d'un goût bien suspect,
à en juger à simple lecture.
On a suspendu à l'arc triomphal une couronne
de lumières vraiment monumentale ; elle mesure
2™85 de diamètre sur 4™oo de hauteur, et com-
porte 108 lumières. Cette œuvre importante a
été exécutée par la maison Béer.
— K!H KiX—
ON va démolir, paraît-il, la vieille église de
Chaillot (Amiens), pour la reconstruire
dans le nouveau quartier Marbeuf, à côté de l'em-
placement occupé par le presbytère. Les plans
et devis ont été dressés par M. Magne.
L'église de Saint-Pierre de Chaillot, remonte
à 1097. Vers 1740 on reconstruisit la nef et le
portail.
— K5< K><—
ON vient d'inaugurer les travaux de l'église
de Castillon-sur-Dordogne, élevée sur les
plans de M. H. Ducourt.
— >Oi K><—
IL s'est formé à Arcachon un comité ayant
pour but d'aviser aux voies et moyens né-
cessaires à la reconstruction de l'église parois-
siale de Saint-Ferdinand. M. le maire d'Arcachon
et M. le curé de Saint-Ferdinand sont présidents
d'honneur de ce comité.
— fO< KM-<
E
N mars dernier a eu lieu la bénédiction de
la nouvelle église de Bieujac (Bazas).
— >0^ fO-<
EN septembre ont eu lieu la bénédiction et
l'inauguration de l'église votive et diocé-
saine du Sacré-Cœur, récemment construite dans
le quartier de la gare du midi à Bordeaux. S. G.
Mgr Guilbert, entouré d'un nombreux clergé, a
présidé la cérémonie.
LE 25 janvier 1875, on posait la première
pierre de l'église du Sacré-Cœur à Chan-
dernagor (Indes françaises). L'église a été ter-
minée au commencement de cette année et
solennellement bénie le 27 janvier, par Mgr
l'archevêque de Calcutta.
« C'est, assure-t-on, un des plus beaux monuments de
Chandernagor. Elle est située presque sur la rive du
fleuve. Elle est voûtée, et un dôme élégant surmonte le
sanctuaire. Les fenêtres sont ornées de beaux vitraux.
Elle est composée d'une nef et de deux bas-côtés avec des
passages pavés en marbre, aussi bien que le sanctuaire
où ils aboutissent. Le long des murs des bas-côtés, en de-
hors, circulent des galeries couvertes, faites pour entrete-
nir la fraîcheur pendant les grandes chaleurs.
« L'église est dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, et les
autels latéraux sont consacrés à la sainte Vierge et à
saint Joseph. »
LE 27 avril a eu lieu la consécration de la
nouvelle église de Cheratte-Hauteurs, pro-
vince de Liège, par Mgr Doutreloux, évêque du
diocèse. La cérémonie s'est faite avec grande
solennité, et tout le monde a rendu justice au
mérite de la nouvelle construction.
L'église, dont on doit les plans à M. l'archi-
tecte Van Assche, est à trois nefs ; elle est con-
çue dans le style roman, et elle est divisée en six
travées par des piliers carrés. La tour est placée
à l'entrée de la nef centrale, le chœur se termine
carrément.
La longueur totale de l'église est de 36 mè-
tres. La nef et les collatéraux ont une largeur,
prise hors œuvre, de 15^60.
La nef est éclairée par des lumières en forme
d'oculus, et le chœur par une grande fenêtre à
trois lumières. Les ressources étant très restrein-
tes pour l'importance de l'édifice, on a employé
les moyens les plus simples pour la construc-
tion. Les murs ont été élevés en appareil irrégu-
lier, en moellons de grès houiller, pris dans les
carrières des environs. Les piliers, les arcs et les
encadrements des fenêtres et des portes sont en
appareil régulier. La charpente et le plafond, —
la nef n'est pas voûtée, — -sont construits en bois
de sapin du Nord, avec solives moulurées apparen-
tes. Le chœur a une voûte cintrée en bardeau.x.
Avec ces moyens et ces matériaux aussi simples
qu'économiques, l'effet produit est excellent, et
l'on doit particulièrement féliciter l'architecte
d'avoir dédaigné l'emploi du plâtre et des ma-
tériaux qui n'ont pas plus de sincérité qu'ils n'ont
de durée, et qui cependant sont la grande res-
source de la plupart des architectes en Belgique.
— J©< K>^-
LA métropole de Sens vient de s'enrichir
d'un nouvel objet: c'est un fauteuil en bron-
ze doré et ciselé, destiné à servir de trône épis-
copal, \xx\ faiiJcstcuil, comme on disait autrefois
chronique.
401
(faldistoriitiii). Il a été confectionné par la maison
Poussielgue de Paris, sur un modèle du XII*^
siècle, dont le dessin se trouve dans le Diction-
naire raisonné du Mobilier finançais, àe Viollet-le-
Duc, tome !«■■.
A LOURDES, le trésor de la Basilique s'est
enrichi d'un présent qui tire son prix de sa
haute provenance. Il s'agit d'un ornement en ap-
plication. Une reine d'Europe l'a brodé de ses
propres mains ; elle l'offre à Notre-Dame de
Lourdes, pour attirer sur sa royale famille et sur
son peuple les bénédictions de la Reine du ciel.
SA Sainteté Léon XIII a fait couvrir de pein-
tures les voûtes de la galerie des Candcla-
bres au Vatican. Ce travail a été confié à M. Louis
Seidz, peintre bavarois, qui, sur les indications du
Pape, y a représenté, dans une série de tableaux,
saint Thomas d'Aquin, vainqueur des hérésies.
En voici les sujets :
Dans le premier, le saint docteur remet à l'Église ses
œuvres et reçoit en récompense l'éloge des hommes et
celui du Christ. Le Saint-Esprit éclaire l'Eglise assise sur
la chaire de saint Pierre, d'où sort la branche fleurie. Un
ange porte la manne de la loi nouvelle, le Saint-Sacre-
ment, et un autre ange porte l'Ancien et le Nouveau Tes-
tament.La Raison humaine est figurée par Aristote, cju'ins-
pire le Docteur angélique.
Le second tableau représente l'Église repoussant, grâce
à l'aide de saint Thomas, les assauts de la fausse philoso-
phie et de l'hérésie. La foudre part des œuvres du saint
et fait écrouler leur édifice de mensonge.
Dans le troisième, on voit la science et la religion unies
entre elles.
Dans le quatrième tableau, l'art païen montre à l'art
chrétien l'école du beau.
Le 5" sujet comprend une figure ailée qui montre le
soleil, symbole de la bénédiction du Ciel, vivifiant de sa
lumière les œuvres humaines.
Le 6>^ et dernier sujet représente un chevalier armé re-
cevant le Rosaire et le bas-relief représente la victoire de
Lépante.
ON venait de découvrir — ou à peu près —
les nouvelles peintures murales entrant
dans la décoration d'ensemble du Panthéon, au
moment oîi ce temple a été profané de la manière
que l'on sait. Ces nouvelles peintures ont pour
auteurs : celles de droite — chapelle Sainte-
Geneviève — M. Blanc, et celles de gauche, M.
Henri Lévy.
Dans un ensemble de huit panneaux, M. Blanc
a représenté la marche d'Attila sur Paris et Clo-
vis à la bataille de Tolbiac.
M. Henri Lévy a peint tout le côté gauche de
cette chapelle comportant également huit pan-
neaux. L'artiste a emprunté ses sujets à l'histoire
de Charlemagne.
Dans les deux grands panneaux du milieu, il
a représenté Charlemagne couronné empereur
d'Occident par le pape Léon III, l'an 800, et les
ambassadeurs envo)-és par Haroun-al-Raschid à
l'empereur.
NOUS recevons les statuts du Collegiuui cul-
tornni martynim. Cette société, qui a son
siège à Rome, se propose le noble but de pro-
mouvoir le culte des martyrs et en même temps
l'étude de l'archéologie chrétienne. — Son règle-
ment indique une organisation très sérieuse.
Tous nos vuLUx accompagnent une œuvre aussi
excellente.
NOUS avons décrit le magnifique cortège
historique organisé à Bruges, au mois
d'août de l'année dernière, pour inaugurer solen-
nellement le culte du bienheureu.x Charles le
Bon. Une médaille, d'un beau style, vient d'être
frappée d'après le dessin de M. le baron J.
Béthune d'Ydewalle. C'est, on le sait, ce maître
qui a tracé le dessin de la châsse remarquable,
joyau de cette splendide démonstration artistique
et religieuse. Le pri.x de cette médaille, par
exemplaire en argent, sera de 20 frs. et de 5 fr.
par exemplaire en bronze. Une réduction de 2 fr.
par médaille en argent, et de i fr. par médaille
en bronze sera accordée aux souscripteurs de
YAlbiun illustre du cortège.
Adresser les souscriptions à M. le comte de
Waldbott de Bassenheim, à Saint-André, lez-
Bru ères.
Le Courrier de l'Art^àe Paris, rend compte, en
ces termes, d'un travail dû à l'un des meilleurs
artistes chrétien de ce temps :
UN travail artistique très important vient d'être ter-
miné h la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. Dans la
seconde moitié du X\'lll'' siècle les mosaïques de la cou-
pole dans la chapelle dite du Palatinat avaient été rempla-
cées par des ornements en stuc de très mauvais goût, qui
furent enlevés il y a quelques années. On trouva alors en
dessous des traces de mosaïques anciennes, et, en les
e.xaminant de près, on les trouva conformes aux descrip-
tions des chroniqueurs d'Aix-la-Chapelle. Le baron
Béthune, de (iand, fut chargé aussitôt de les reconstituer.
Après avoir étudié de très près les mosaïques de Rome
et de San-\'itale de Ravenne, il se mit ^ l'œuvre et pré-
para ses cartons, qui furent exécutés par la maison Sal-
viati, de \"enise. La composition de i\I. Béthune repré-
sente le Christ trônant, sur fond d'or, entouré des divers
emblèmes évangélii|ues et des Prophètes en blanc qui lui
apportent la couronne. Le gouvernement et la Société
archéologique, dite de Charlemagne d'Aix, s'intéressent
beaucoup .\ ces restaurations, et l'on espère que le mur
octogonal de la chapelle ainsi que le sol et le sous-sol
seront prochainement couverts de mosaïques analogues.
402
îRctiuc De rart cbrcticn.
ïlcstauratlons et X)C5tructions. •--^
A commission des monuments histo-
riques a proposé diverses allocations,
montant à So.ooo fr. environ, à répartir
entre les édifices suivants : Hôtel-de-
ville de Saint-Amand (Nord), églises d'Eu (Seine-
Inférieure), de Vertheuil (Seine-et-Oise), et de
Prémery (Nièvre) ; églises de Cour-sur-Loire
(Loire-et-Cher), de Javarzay et d'Airvault (Deux-
Sèvres), Notre-Dame de Cléry (Loiret) ; de
Saint- Avit-Senieur fDordogne),et de Rozoy-en-
Brie (Seine-et-Marne). La Commission a en outre
proposé le classement de la grille de l'iiospice
de Troyes (Aube), œuvre de ferronnerie très
importante du dix-huitième siècle, et de l'église
de Manéglise (Scine-Inféricure), type remarqua-
ble de l'architecture normande au XII"^ siècle.
Elle s'est prononcée, en outre, en faveur du clas-
sement de l'église du Grand-Brassac (Dordogne),
un des édifices à coupoles les plus intéressants
et les mieux conservés du Périgord, et du clocher
de Beny-sur-Mer (Calvados), édifice remarquable
du XII'^ siècle.
ON vient de dresser, en bordure de la rue du
Cloître-Notre-Dame, un énorme échafau-
dage pour la restauration d'un des clochetons de
la cathédrale. Il s'agit de hisser à la hauteur de
plus de trente mètres un bloc de pierre pesant
plusieurs tonnes.
D'un autre côté, il est question d'exécuter à
bref délai le projet de dégagement de la vieille
basilique du côté de la Seine. Tout un pâté de
vieilles maisons qui s'élevaient entre la rue Cha-
noinesse et la rue Massillon est déjà rasé, laissant
libre un vaste emplacement qui permettra de
porter à 25 mètres la largeur de la rue du Cloître
qui longe la cathédrale.
ON sait dans quel état déplorable se trouve la
porte Saint-Denis. Nous avons dit que des
démarches avaient été faites à ce sujet par la
Société des Amis des Monuments parisiens. On
s'avise en ce moment à sa consolidation.
ON s'occupe des travaux de restauration de
l'église Sainte-Catherine de Ronfleur, mo-
nument du XV'^ siècle, qui offre un intérêt tout
spécial, en ce qu'il est com[)lètement construit en
bois et qu'à ce titre il est unique en Prance. Ces
travau.x, qui sont exécutés avec soin, ont été inter-
rompus quelque temps, faute de ressources ; mais
ils viennent d'être repris et tout fait espérer que
l'exécution s'en poursuivra désormais jusqu'à en-
tier achèvement, grâce au.K subventions de l'État,
aux allocations municipales et aux souscriptions
particulières sur lesquelles comptent le clergé et
la Fabrique de la paroisse.
ON a commencé les travaux de restauration
qui doivent transformer la cathédrale de
Laval. On s'est occupé d'abord du portail orien-
tal, qui fait face à la petite rue des Curés. Un
certain nombre de masures donnant sur la rue
Renaise et sur celle du Sacriste vont être abat-
tues. Un escalier sera établi pour donner accès a
la porte placée sous l'orgue. On se propose ensuite
de placer une flèche sur la base de la tour posée
sur l'abside, et de construire un chœur dans le
style du XIIL' siècle.
o
N fait en ce moment d'importants travaux
à la nouvelle église de Saint-Vincent-de-
Paul, à Marseille.
La sculpture et les ornementations sont ache-
vées depuis le sommet des flèches jusqu'à l'étage
des cloches. Il n'y aura pas moins de 900 statues
ou figures à sculpter sur la façade. Ces travaux
occasionneront une dépense de plus de 600,000
francs dont l'entreprise ne dispose pas en ce mo-
ment.
Les vitraux des fenêtres hautes représentent
des sujets tirés de l'Ancien et du Nouveau Testa-
ment. Tous sortent des ateliers de M. Ed. Didron.
Le vitrail qui décore la cinquième fenêtre de la
nef latérale donnant sur le cours Devilliers, repré-
sente la vie de saint Louis — patron du donateur,
Mgr Robert, — en une douzaine de médaillons
figurant les événements principaux, depuis la
naissance jusqu'à la mort de Louis IX.
L'ŒUVRE de la restauration du sanctuaire
natal de S. Bernard, à Fontaines, près Dijon,
se poursuit avec activité. Déjà on a achevé le
donjon. Les travaux de cette année ont pour but
la restauration du sanctuaire. Un grattage déjà
commencé va permettre de reconnaître la forme
précise de cette chambre où naquit le grand doc-
teur du douzième siècle, et de déterminer, par
conséquent, la voûte à construire et l'ornementa-
tion des murs.
NOUS avons annoncé, dans notre dernière
livraison (V. p. 262), que le ministre de
l'Instruction publique et des Beaux-Arts venait
d'approuver le projet de restauration des vitrau.K
de l'église de Saint-Ltienne-du-Mont. Voici
quelques détails au sujet de leurs auteurs.
Cbroni que.
403
On sait que la plupart de ces magnifiques
vitraux, placés dans les chapelles des bas-côtés
sont peints par Jean Cousin, Nicolas Pinaigrier,
et, assure-t-on, les fils de ce dernier. En se repor-
tant à l'historien Chalmel et à d'autres auteurs, on
peut se demander si l'attribution des verrières de
Saint-Étienne-du-Mont, faite à Nicolas Pinai-
grier, deuxième enfant, est bien exacte (').
Cet artiste eut quatre fils : Robert, Nicolas, Jean
et Louis ; tous les quatre sont nés à Tours ; ils
furent élèves, et aussi, dit-on, collaborateurs
de leur père. Ils se firent tous un .nom dans
la peinture sur verre, mais le plus célèbre fut
A'icolûs, auquel on attribue, concurremment avec
Jean Cousin, la peinture des verrières de Saint-
Étienne-du-Mont.
D'après M. Doublet de Boisthibault, dans sa
Notice sur les Pinaigrier, il y eut un Nicolas
Pinaigrier, fils du Nicolas dont nous venons de
parler, et petit-fils de Robert, qui, de 1618 à 1635,
exécuta un grand nombre de vitraux dans diver-
ses églises de Paris et particulièrement dans une
chapelle du cimetière de St-Étienne-du-Mont. Ce
ne peut être celui-là qui travailla concurremment
avec Jean Cousin, ce dernier étant mort depuis
plus de cinquante ans.
Est-ce Robert Pinaigrier, qui a peint les vi-
traux de St-Étienne-du-Mont, dont parlent les
journaux de Paris? Est-ce Nicolas Pinaigrier,
son fils?... II est regrettable de ne pouvoir être
fixé à cet égard. Mais il semble bien établi que
les belles verrières qui vont être l'objet d'une res-
tauration, sont l'œuvre de l'un des membres de
la famille des Pinaigrier.
LE département de la Côte-d'Or vient de
perdre une de ses anciennes œuvres d'art ;
le jubé, ou pour mieux dire, la clôture du chœur
de la chapelle de Pagny a été enlevée et trans-
portée à Paris.
Nous lisons à ce sujet dans le Journal des Arts:
« 'D lEN de mieux composé, de plus élcgant et de plus
XV ferme à la fois que ce petit monument élevé en
1538 et attribué, selon toute vraisemblance, à l'architecte
sculpteur dijonnais Hugues Sambin ; de fines colonnettes
I. Robert Pinaigrier est né à Tours vers 1490 et mort dans la
même ville vers le milieu du XVl'; siècle. 11 fut l'un des grands
peintres-verriers do l'école française et sut dans ses travaux allier la
puissance du génie à une gracieuse originalité. D'une nature fran-
chement prime-sautière, il fut gaulois avant tout et gaulois de !a
rabelaisienne Touraine.
On lui attribue généralement les magnifiques vitraux de Cliampi-
gny-sur- Vende ; ce fut lai qui, vers 1530, peignit ,à Cliartres les
vitraux de l'église de St-Hilaire. Quelques années après, il était
appelé à Paris pour peindre, avec Jean Cousin, ceux de l'église de
St-Gervais. « On compte encore parmi ses ouvrages », dit Chalmel,
« les vitraux de Saint-J,acques-de-la-Boucherie, de Sainte-Croix en la
« é.\.é., ceux de Saiut-Éticinic-dii-Monl. » Le célèbre antiquaire Le-
noir, estimait que les verrières de Saint-Etieime-du-Mont « offraient
« mie des plus riches collections qui fussent sorties du pinceau de
« Robert Pmaigriei. »
posées sur une arcature basse et pleine supportent une
frise d'une excellente exécution ; la porte centrale est
surmontée d'un arc élancé dont les pieds-droits sont ac-
costés de deux statues ; deux autres figures se dressent
au-dessus des grands panneaux servant de retables à deux
autels placés aux extrémités. Les colonnettes en pierre
rougeâtre et polie, les marbres noirs du soubassement
contrastent de la manière la plus heureuse a\ec l'albâtre
blanc dont sont faites toutes les parties sculptées et il en
résulte un effet d'ensemble très soutenu et cependant
discret et sobre.
Les armoiries prodiguées à l'intérieur et à l'extérieur de
la chapelle en faisaient un véritable monument historique,
et les écus des \'ienne, des Longvy, des Chabot, etc., met-
tent partout une signature héraldique ; aussi avions-nous
souvent rêvé une restauration générale de ce précieux
sanctuaire seigneurial ; il nous semblait digne de la pre-
mière famille ducale de France, de restituer, — et il fallait
pour cela si peu de bonne volonté et d'argent ! — de
rendre à la chapelle de Pagny sa parure d'art et de sou-
venirs. Au lieu de cela, le propriétaire a mieux aimé
l'exploiter, et l'ordre est venu par le télégraphe d'expédier
le jubé à Paris, non pour en orner une chapelle de fainille,
ce qui serait encore admissible, mais pour le vendre fort
cher, il est vrai, h. un amateur du quartier des Champs-
Elysées, dont on cite le nom. Voilà ce qui se répète à
Dijon, et ce que nous aimerions à entendre démentir,
mais le fait même de l'enlèvement n'est que trop certain.
Au surplus, pour nous, les monuments sont faits moins
de pierres que de souvenirs ; on peut transporter les pier-
res, on ne déplace pas les souvenirs, et ce qu'il y a de
meilleur dans une œuvre comme le jubé de Pagny, si beau
qu'il soit intrinsèquement,ne peut ni se vendre ni s'acheter.
André Arnoult. »
NOUS avons parlé delà démolition des der-
niers restes 'du prieuré deBonne-Nouvelle à
Rouen, et nous avons été l'écho des protestations
qu'a élevées M. Paul Baudry contre cet acte de
destruction. Celui-ci veut bien nous envoyer, à
ce sujet, d'intéressants renseignements.
« Il n'est malheureusement que trop certain que tout
le prieuré de Bonne-Nouvelle, de Rouen, lequel dépendait
autrefois de l'abbaye du Bec et servait à usage militaire
depuis longtemps, a disparu aujourd'hui, sauf la façade
de la chapelle dont d'ailleurs les derniers instants sont
comptés.
De ses vieux monuments notre ville était fière.
On vantait leur grand nombre et leur antiquité.
C'était trop de richesse : on les jette par terre.
La ville s'ennuyait de l'uniformité.
Un bertiment en pierre, datant des religieux bénédictins
et relativement moderne, mais très beau, a été rasé ; et
il est regrettable que l'on n'ait pas pu ou cru pouvoir
le reconstruire ailleurs. On n'aurait eu que l'embarras
du choix pour lui donner une destination. On a cru, sans
doute, que les pierres ne supporteraient pas une réédifi-
cation. Croyons-le.
Ce qui sera éminemment déplorable, ce sera l'abattafc
et la non reconstruction de la façade de l'ancienne chapelle
ou église. La façade était en pierre sculptée, et la seule
partie de la chapelle à conserver ; mais au point de vue de
l'art et de l'histoire, il fallait la conserver. Ici encore on
aura reculé devant les frais. Dans d'autres circonstances
cependant, l'argent ne nous fait pas encore absolument
défaut.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1335. — 3"'° LIVRAISON.
404
iRcDiic De rart cbccticn.
Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, était,
d'après la chronique, en prière à cet endroit, où déjà
existait une maison religieuse, lorsque, un jour de la fin
d'octobre 1066, elle y apprit la victoire d'Hastings. Joignant
alors cette heureuse nouvelle à celle que l'ange annoni;aà
Marie, elle voulut que l'édifice où elle se trouvait, devint
un beau temple dédié au mystère de rAnnonciation,sous
le vocable de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
Une autre Mathilde, la veuve de Henri V, empereur
d'Allemagne, mourut dans ce monastère et y fut inhumée
en 1 167.
Le prieuré de Bonne-Nouvelle eut beaucoup à souft'rir
des guerres qui affligèrent notre ville au moyen âge, et la
couvrirent de ruines.
Davanne, prieur de Meulan, devenu prieur de Bonne-
Nouvelle, qui s'appelait aussi Notre-Dame du Pré, y
iniroduisit la réforme de Saint-Mauret voulut rendre à la
maison sa splendeur primitive. 11 répara et embellit
l'église qui, dans tous les cas, n'était plus celle de
Mathilde; il l'allongea, et l'agrandit de plusieurs chapelles.
Enfin, le 16 février 1655, il posa, au nom de la Duchesse de
I.ongueville,la première pierre du beau portail qui va être
perdu, et dont vous donnera une insuffisante idée la
lithographie qui accompagne ma lettre.
C'est ;\ tort que l'artiste a figuré, à la partie supérieure,
deux anges. L'un des personnages est un ange, l'autre la
Sainte Vierge.
Le portail était accolé à la partie occidentale de l'édi-
fice ; et, malgré ses défauts et quelques ornements un peu
prétentieu.x, oft'rait un riche spécimen de l'architecture
religieuse du XVI1<^ siècle. L'entrée, au-dessus de laquelle
paraissait la date de 1656, était surmontée d'un fronton
triangulaire percé d'une niche et reposant sur quatre
colonnes corinthiennes dont les fûts cylindriques enca-
draient probablement les statues de saint Benoit et de
saint Maur. Plus haut,quatre pilastres alternaient avec des
bouquets de fruits et de fleurs, accompagnés eu.\-mcmes
de deux cartouches, sur l'un desquels le mot Pax, carac-
téristique de la congrégation de Saint-Maur, était sculpté.
Au milieu, dernier souvenir de l'architecture ogivale,
paraissait une longue fenêtre dont la pointe supportait un
acrotère chargé d'un vase, et dont les meneaux émoussés
se terminaient par une grande fleur de lis. Enfin tout
l'c-tage supérieur était occupé par un sujet représentant
l'.Annonciation de la Sainte Vierge. Au-dessus se trouvait
le Saint-Esprit, et les côtés de l'amortissement, contour-
nés en ailerons, (l'artiste les a faits à tort en carré) for-
maient un fronton circulaire que dominait la croix.
Voisin de cette ancienne et intéressante maison, dont
j'ai publié une notice dès 1847, j'ai tenu à plaider sa cause
auprès de la ville et auprès de la Commission départe-
mentale des antiquités dont je suis membre.
Far deu.x fois, en effet, cette commission a émis un
vœu favorable à la reconstruction de la façade de l'église.
Aussi, quelle a été ma surprise, lorsque j'ai lu dans le
n" à.uNouve//iste de Rouen du 24 janvier dernier (je crois), à
propos du compte-rendu d'une séance du conseil municipal,
que la commission départementale des antiquités n'avait
pas estimé cjue cette façade valût les frais de reconstruc-
tion.
J'ai répondu, comme vous le savez, dans le n" du
25 janvier, qu'il y avait là une inexactitude complète et
que nous avions, au contraire, exprimé le vteu que la ville
de Rouen prit les dispositions nécessaires pour assurer la
conservation de la façade.
Dans le compte-rendu, qui n'avait d'ailleurs rien d'offi-
ciel, s'est-on trompé ou a-t-on voulu rappeler l'avis d'une
commission autre que la nôtre.' Toujours est-il que mes
efforts ont été insuffisants pour défendre le monument.
Excusez mon griffonnage que je n'ai pas le temps de
relire et croyez à mon dévouement.
P.'\UL B.^UDRY. »
Nous recevons au moment de mettre sous
presse cette nouvelle communication :
La Motte à Rouen, 20 juin 1885.
Ce matin, vers 10 heures, à été abattue, d'un coup, la
façade de l'église du prieuré de Bonne-Nouvelle, au sujet
de laquelle vous avez bien voulu accueillir une note
de moi.
Des madriers avaient été disposés contre la malheu-
reuse façade, on les a fait mouvoir au moyen de crics,
pendant que l'on tirait avec une longue corde la partie
supérieure du monument ; et en 3 ou 4 minutes, tout est
tombé sur le sol, sans le couvrir à une grande distance,
mais presque en s'aftaissant.
Il sera difficile de recueillir quelques épaves d'une pa-
reille ruine, quatre colonnes, la date de 1656, les armes de
la congrégation de St-Maur, et quelques fragments de
guirlandes peuvent cependant être sauvés. Àlais quel
malheur qu'un amateur riche ne se soit pas présenté pour
acquérir et faire réédifier ce curieux type de l'architecture
Louis XIV (').
Encore un souvenir archéologique perdu.
P.\UL B.AUDRV.
NOUS tirons un extrait piquant du savant
ouvrage dont un historien belge, M. le
baron Kervyn de Lettenhove, vient de publier
le 5"^ volume (-').
On sait tout le vacarme, qui s'est fait depuis bientôt
trois quarts de siècle autour de la vente malencontreuse,
consentie par les chanoines delà cathédrale de St-Bavon,
de deux ou trois panneaux du célèbre tableau des frères
Van Eyck, l'Adoration de l'.Agneau, l'une des perles de
l'art flamand, — panneaux peu convenables du reste pour
être placés dans une église.
Qui se douterait que nous avons failli perdre le tableau
tout entie>\ sous l'administration << paternelle » du prince
d'Orange, Guillaume le Taciturne .'
C'était en 1579. Le Taciturne, maître de fa Hollande
et de la Zélande, avec Anvers et Gand, se flattait de
dominer toutes les autres provinces. Une seule chose lui
manquait pour réaliser son projet ; l'argent faisait défaut,
mais il avait résolu de confisquer les biens du clergé, des
hôpitaux et des nobles cjui avaient quitté le pays.... Elisa-
beth d'Angleterre vint au secours de nos Gueux et leur
fit des prêts assez considérables. Son agent, _Davison,
emporta de notre pays comme gage des prêts d'Elisabeth,
des joyaux d'une valeur de vingt-huit mille livres.
Les magistrats de Gand voulurent faire davantage ;
ils songèrent à remettre à Davison, afin qu'il l'oftrît à sa
souveraine, le chef-d'œuvre des Van Eyck, enlevé de
l'église de .Saint-Bavon. Grâce au zèle de quelques catho-
liques gantois, l'Agneau mystique n'alla pas rejoindre
dans les galeries d'Hampton-Court d'autres monuments
des arts, précieuses dépouilles de la maison de Bourgogne.
1. La façade ne mesurait que 12 mitres à la base.
2. Les Huguenots et tes Gueux. Etude liistoriquc sur vingt-cinq
années du XVl*-' siècle, par M. le baron Kervyn de Lettenhove.
Tome V, Rruges, chez ISeyaert-Storie.
Cfjtonique.
405
Le projet de cession du célèbre tableau des van Eyck,
doit donc être inscrit à l'actif de nos Gueux, à côté des
innombrables actes de vandalisme dont nous leur
sommes malheureusement redevables.
ON ne se contente plus d'édifier à Anvers
des monuments de tout calibre et de toute
nature, on fait aussi disparaître peu à peu les
vieux monuments artistiques.
Depuis que la Tour bleue a ouvert la marche,
bien des souvenirs historiques et séculaires l'ont
suivie dans l'oubH. On modernise des rues pit-
toresques, et l'on ne s'apercevra que trop tard du
vandalisme qu'on commet. C'est ainsi que ces
jours-ci la vieille pompe de la plaine de Malines
— une colonne un peu délabrée, surmontée d'une
statue de la Vierge, à laquelle on s'accorde à
reconnaître une véritable valeur artistique — a
été totalement enlevée pour être remplacée par
un candélabre rococo au milieu d'un stationne-
ment de voitures. Il est vrai qu'ici, si le bon goût
est lésé, on s'est débarrassé d'autre part d'un
emblème superstitieux, ce qui fait compensation
peut-être, dans certaines sphères.
CHARGE pour les Halles d'Ypres d'un
travail décoratif par un procédé analogue
à celui des Graffiti de la cathédrale de Sienne,
M. Delbeke a soumis un avant-projet à la Com-
mission des monuments qui avait conseillé ce
genre de décoration.
DES peintures murales, bien intéressantes
par leur antiquité et leur importance his-
torique, puisqu'elles remontent au moyen âge et
retracent des scènes de la légende de Tristan et
du St-Graal, vont être rendues, après d'émou-
vantes péripéties, à leur lieu d'origine, le château
de Runkelstein.Cet antique manoir s'était écroulé
en partie en 1868 et de grands pans de murs, re-
couverts de précieuses fresques, restaient debout
à une hauteur vertigineuse. Le locataire de ces
ruines, le D'^ de Kofler, fit alors scier et retirer à
grande peine et à grands frais, ces reliques artis-
tisques pour les transporter à son château de
Klobenstein.
Plus tard, le château de Runkelstein ayant
passé en la possession de l'empereur d'Autriche,
le D'' de Kofler a fait hommage au nouveau pro-
priétaire du trésor qu'il avait sauvé.
LES travaux de réédification de la Saalburg,
près de Hombourg, qui ont déjà coûté à
l'empereur Guillaume la somme de 26,600 marks,
se continuent: ils ont été entrepris après i870,sous
la surveillance du colonel Cohausen et visités à
différentes reprises par l'empereur. Ce vieux castel
remonte à l'époque de l'invasion romaine, avant
J.-C. Sa ruine complète date de 213, comme le
prouve une pierre votive dédiée à Caracalla, dé-
couverte sur les lieu.x et qui se trouve actuelle-
ment dans la tour du château de Hombourg.
IL est question à Rome, sous prétexte d'embel-
lissement, de bouleverser l'ile Saint-Barthélé-
my et de reconstruire (nous ne disons pas réparer)
les deux ponts qui la mettent en communication
avec la ville et avec le Transtevere. Ce projet,
déjà vieux d'un an, semblait avoir été abandonné
par suite des protestations de tout ce que Rome
compte d'artistes et d'archéologues. Le conseil
municipal avait émis un vœu dans le même sens
et le ministre de l'Instruction s'était prononcé
également pour « la conservation des deux vieux
ponts et de l'île historique du Tibre dans leur
intégrité ». Le génie civil, de qui émanait
ce projet destructeur, revient à la charge, et l'on
craint de voir disparaître ces restes précieu.x du
temps d'Auguste, de Valentinien et de Gratien.
Ceux qui n'ont pas vu Rome depuis 8 ou 10
ans, ne se reconnaîtraient plus dans certains quar-
tiers de la ville. Des palais, des églises, des cou-
vents,des rangées entières de maisons ont disparu.
Et l'on n'en est qu'au commencement, à en juger
par les plans dressés par la municipalité. Sous peu
on verra encore tomber la façade du palais Altieri ;
le palais Borromeo, qui abrite, outre le collège
Germanique-Hongrois, l'université Grégorienne,
est condamné également à être coupé en deux et
à être abandonné. La démolition du palais Tor-
lonia n'est qu'une affaire de temps.
A Florence, on s'occupe activement delà pro-
chaine restauration de l'église de la Trinité.
Les études et recherches préparatoires ont amené
la découverte de plusieurs inscriptions, de sculp-
tures sur pierre et de traces de peintures à fres-
que. Cette église, on le sait, contient quelques
chapelles de familles patriciennes qui présentent
par conséquent un grand intérêt historique. Le
marquis Salembeni fera restaurer la sienne à ses
frais. Les descendants des autres familles illustres
suivront sans doute cet exemple. Les projets et
dessins de restauration sont déjà prêts, et l'on
n'attend plus, pour commencer les travaux, que
l'approbation de la Commission conservatrice et
du Gouvernement.
Tel est aussi le cas de la chapelle (ft-//a PUtà,
à l'église San Satiro de Milan, chapelle qui serait
l'œuvre du Bramante. Les travaux de restaura-
tion ont été confiés à M. Enrico Strada.
4o6
Ectiiic De l'art cDrctien
LES travaux entrepris au Mercato Vecchio à
Florence se continuent avec une activité dé-
plorable. On démolit et on nivelle l'ilôt circonscrit
par les rues Caliniera et dei Speciali et la place
des Tre Re, sans tenir aucun compte, sans garder
aucun plan des antiques substructions mises à
jour.Dans le premier bloc de maisons supprimées
on a retrouvéuneancienneimpassequi,delaruedes
Peintres, aboutissait à l'auberge de la Coroncina.
Elle était bordée de portes basses du XI V'^ siècle
donnant dans des salles très solidement voûtées;
le sous-sol était formé de murs énormes en
pierres carrées qui ont appartenu sans doute aux
constructions romaines de ce quartier, le plus an-
tique de la cité. Il est vraiment regrettable, dit le
journal A rte e Stor/a, que l'on détruise ainsi à
l'étourdie, sans se donner le temps de les étudier,
sans même prendre la peine de les relever, ces
restes aussitôt abattus que découverts, malgré
l'intérêt qu'ils présentent, notamment pour l'éta-
blissement d'un plan topographique de Florence
au moyen âge.
Quelques misérables, aj'ant à leur tête les auto-
rités locales, viennent de profaner, à Viterbe, les
restes mortels du Pontife Clément IV, après avoir
enlevé aux PP. Dominicains l'église monumen-
tale de Ste-Marie-dei-C^W/'. Pendant la nuit du
19 au 20 quelques ouvriers conduits par le secré-
taire et l'ingénieur de la municipalité, ont mis la
main à la démolition du mausolée. Bientôt on trou-
va à l'intérieur l'urne en marbre qui en contenait
une autre en bois, et, celle-ci ayant été ouverte,
on aperçut la dépouille du Pontife. Dès le lende-
main matin, le sous-préfet et le syndic, sans autre
formalité, firent enlever au squelette le riche
anneau pontifical qu'il portait encore, les gants,
les sandales, les agrafes de la chape et l'étole :
puis, les ossements ont été pris et jetés pêle-mêle
dans une cassette que l'on a emportée au palais
municipal d'oii elle sera envoyée, dit-on, à la
pinacothèque ou musée de l'ancienne église de
Saint-François ; et tout cela a été fait sans que
l'on ait même pris la peine de rédiger le moindre
procès-verbal constatant l'authenticité des restes
mortels de Clément IV si audacieusement pro-
fanés.
X?oiit)clies et Tioimaiileô. -
'U moment oij cette livraison va paraître
Wi nous apprenons qu'une importante
ï\^' découverte a été faite à la cathédrale
&ai de Tournai. On démolit actuellement
les dcu.x autels gigantesques en marbre qui dé-
daraient et rapetissaient le splendide transept
de cette basilique. On savait depuis longtemps
qu'ils masquaient des fresques romanes, datant de
vers 1200, dont des fragments ont été mis au jour
lors du grattage des murs. L'attente des archéolo-
gues n'a pas été trompée, et un monument pictural
remarquable s'offre à leurs études. Déjà l'on a
découvert, au transept septentrionnal, un panneau
d'environ 10 mètres de hauteur sur 3 de largeur,
la plus fameuse page iconographique de l'époque
qui existe dans le pays, pour ne pas dire plus.
La légende de sainte Marguerite d'Antioche
s'y déroule dans sept zones horizontales de pein-
tures, s'étageant de haut en bas. Au sommet, la
fille du prêtre des gentils. Théodose, gardant le
troupeau de sa nourrice, est appréhendée par les
esclaves du gouverneur Olibrius, qui a résolu
de la prendre pour femme; plus bas on voit la
vierge amenée devant le gouverneur (assis dans
une cathédrale) et résistant à ses sollicitations.
Dans le troisième panneau elle est emmenée et
décapitée. Les deux zones inférieures ne sont
qu'incomplètement dégagées ; on reconnaît la
Sainte dans une femme dépouillée de ses habits,
et renversée, qu'un sbire saisit aux cheveux (peut-
être une allusion à la tentative qu'on fit de noyer
la Sainte). Le panneau inférieur, dont un ange
aux ailes éployées occupe le centre, est consacré
à l'apothéose de sainte Marguerite.
Dans la partie moyenne, ces zones régulières
sont interrompues par la présence, dans l'archi-
tecture de l'édifice, d'une grande arche romane,
sous laquelle on a représenté l'épisode qui,
selon la Légende dorée, marqua la captivité
de sainte Marguerite : un dragon apparut dans
son cachot, et l'engloutit dans sa gueule immense;
mais la croix que portait la vierge de JÉ.SUS-
Christ, se mit à croître dans le ventre du mons-
tre, et l'ouvrit en deux, donnant la liberté à
sainte Marguerite. La figure de celle-ci, peinte
au centre de l'arche, a été cachée à une époque
postérieure par une rose héraldique gigantesque.
On a déjà enlevé celle-ci, et mis à nu l'immense
et vigoureuse figure du dragon ; le corps de la
sainte disparaît dans sa gueule béante, tandis
que d'autre part elle sort saine et sauve, dans
l'attitude d'une orante, des flancs entrouverts du
monstre. Les tympans de l'arche sont décorés de
deux branches de palmier.
Le retour d'un mur voisin offre une majes-
tueuse et élégante figure de femme couronnée,
vêtue d'un ample manteau et tenant de la main
gauche un disque crucifère; plus bas, un fragment
d'une autre figure féminine, tenant une flèche.
Autour de ces peintures historiées on retrouve
des fragments, singulièrement intéressants, de la
peinture décorative qui ornait tout le transept.
On a des raisons sérieuses de croire que cette
décoration picturale consacre le souvenir d'une
Cfjronique.
407
grande bienfaitrice de la cathédrale, Marguerite
d'Alsace, fille du comte de Flandre Thierry et
épouse de Baudouin IV, comte du Hainaut.
Sous peu, on découvrira l'autre fresque, qui,
on a lieu de le croire, offrira un intérêt non moins
puissant. Comme pour la première on connaît d'a-
vance la partie supérieure du panneau. Elle figure
une cité, la Jérusalem céleste.dans l'enceinte de
laquelle se presse un groupe serré d'anges ayant
à leur tête les archanges Michel et Gabriel. M. le
vicaire général Voisin croyait que, conformément
à ce qui se voit ailleurs, la scène qui domine cet
épisode devait être celle du Jugement dernier ;
nous saurons prochainement si l'éminent prélat
a deviné juste. Ces peintures sont d'un carac-
tère plus mystique, plus grandiose, et tracées
d'une main plus habile, que les naïves liistoires
qui leur font pendant. — On sait que, lorsqu'au
milieu du siècle dernier, il fut question d'élever
l'autel qu'il s'agit à présent de démolir, les bons
chanoines eurent un moment d'hésitation à
sacrifier ces peintures, à cause de leur richesse
extraordinaire, chose qui n'eut pas lieu pour
celles du transept Nord ; ils chargèrent deux de
leurs collègues d'examiner s'il n'y avait pas
lieu de les conserver ; elles furent finalement
condamnées à disparaître.
Nous n'entrerons pas pour le moment dans
des détails, comptant pouvoir donner dans la
prochaine livraison de la Revue une description
détaillée de ces peintures.
LA légende avait fait de Jean Goujon une
victime de la Saint-Barthélémy. M. Anatole
de Montaiglon vient de publier, dans la Gazette
des Beaux-Arts, des documents authentiques qui
sont de nature à désespérer les partisans de cette
fin tragique du célèbre sculpteur. Il résulte, en
effet, de ces documents, découverts dans les
archives italiennes par un chercheur italien,
M. Sandonnini, que Jean Goujon s'est expatrié en
1562, qu'il s'est fixé à Bologne, et que c'est là
qu'il doit être mort de 1564 a 1568, soit au moins
six ans avant la Saint-Barthélémy.
LES fouilles opérées par la Société orthodoxe
de la Palestine, aux abords du temple de la
Résurrection à Jérusalem, ont mis à jour les restes
du mur d'enceinte de cette ville et du seuil de la
porte par laquelle on sortait du temple de Jésus.
Ces vestiges touchent les édifices construits par
l'empereur Constantin, c'est-à-dire l'emplacement
où, d'après la légende, le Christ est mort et res-
suscité.
eCrpositions.
dernière
''k*S!s»^^ANS notre dernière livraison
^ \ n'avons dit qu'un mot (v. p. 258) de
- l'exposition ouverte, rue de Sèvres, 33,
par une réunion de jeunes artistes,
sous les auspices de la Société de Saint-Jean.
Cette exposition a été fort intéressante et fait
honneur à ceux qui en ont pris l'initiative.
Parmi les œuvres d'art ancien signalons une
curieuse collection de toiles peintes, représentant
des sujets tirés des tapisseries d'Arras. Certains
indices autorisent à penser que ces copies ont
été exécutées sous les yeux et dans l'atelier de
Raphaël, pendant que le maître composait les
célèbres cartons d'Hamptoncourt. Citons encore
un très beau portrait de Bossiiet à y^ ans, par
Rigaud ; deux ravissants Mignard faisant partie
de la collection de M. le duc de Brissac, et
surtout un merveilleux buste de saint Ignace,
argent et bronze doré, d'Alonzo Cano.
Un goût sévère a présidé au choix des œuvres
modernes admises à l'honneur de figurer dans ce
charmant salon.
Cette exposition est destinée à se renouveler
annuellement par les soins de la Réunion artis-
tique de la rue de Sèvres, association de jeunes
artistes chrétiens fondée en 1884, et formant une
section de la société de Saint-Jean.
Nous n'avons que des sympathies pour les
efforts de nos amis s'associant pour la pratique
de l'art honnête. — Nous éprouvons le besoin
d'ajouter que notre idéal serait encore bien autre
chose: nous voudrions voir non seulement des
chrétiens cultiver l'art quelconque, mais encore
des artistes généreux embrasser l'art essentiel-
lement chrétien.
— KH f©i—
L'EXPOSITION internationale d'ouvrages
d'orfèvrerie, joaillerie, bronzes d'art et
d'ameublement, qui doit avoir lieu à Nuremberg
du 15 juin au 30 septembre 1885 se prépare acti-
vement. Les travaux de construction s'achèvent.
La France, qui s'était d'abord tenue sur la
réserve, y sera glorieusement représentée. De
nombreuses adhésions sont parvenues au secré-
tariat du Comité. Cette exposition offrira à l'ad-
miration des visiteurs des collections intéressan-
tes et choisies. Elle montrera bien 3,000 chefs-
d'œuvre artistiques, depuis les temps égyptiens,
jusqu'au commencement de notre siècle, et don-
nera ainsi une image complète du développement
des arts et métiers métallurgiques. Le projet de
la loterie jointe à l'exposition est arrêté et l'exé-
cution en est remise à des personnes de confiance.
4o8
IRcuuc De rart cfjrétien.
La loterie consistera en 5,ooolots, parmi lesquels
un gros lot de 20,000 marcs (valeur de 25,000 fr.).
-^<3H JCM—
C'EST à Portsmouth que se tiendra cette fois
l'exposition annuelle d'art ecclésiastique
ancien et moderne.
A
Bath vient d'être inaugurée une Exposition
industrielle et artistique.
'-^K>'. — K5^-
UXE exposition internationale de céramique
est annoncée comme devant avoir lieu à
Delft du I juin au 31 juillet prochain, sous le
patronage de la Société Néerlandaise pour le
développement de l'Industrie.
L'EXPOSITION d'Anvers a subi la loi fatale
de l'imperfection humaine ; elle s'est ouverte
au milieu d'un amoncellement gigantesque de
caisses non déballées. Aussi ne sommes-nous pas
à même d'en donner à nos lecteurs un aperçu
général au point de vue spécial de l'art chrétien.
Les installations largement conçues et com-
binées avec intelligence et avec goût, sont d'un
aspect superbe. Des hectares de charpentes mé-
talliques légères couvrent de larges allées; elles
sont portées sur des supports dont on a un peu
gâté la légèreté d'aspect, par les colonnades pos-
tiches qui les habillent : les vitrages sont voilés
par des veliini d'un bel effet décoratif ; toutes les
nations ont rivalisé de bon goût pour compléter
l'ornementation de ces multiples nefs, qui étendent
à perte de vue leurs perspectives fuj'antes. Bref:
l'intérieur est réussi, remarquable même, et fait
grand honneur à M. Bordiau, l'architecte de cette
colossale construction. Il a tiré un parti singuliè-
rement heureux d'une circonstance qui aurait
pu contrarier beaucoup l'œuvre d'un architecte
moins avisé. Obligé de livrer passage à la rue de
Bruxelles, qui coupe en deux l'emplacement des
Halles, il a jeté au-dessus de cette voie un pont,
qui ménage sous toit un immense palier domi-
nant, d'une part, la galerie centrale des Halles de
l'Industrie, d'autre part, les Halles des machines.
De ce vaste observatoire, le coup d'œil est féeri-
que, peut-on dire ici sans trop d'emphase.
Nous tenons à dire un mot de la façade, qui
n'est pas terminée à l'heure oii nous écrivons, en
plein mois de juin ! — plus d'un mois après l'ou-
verture.— Nous y trouvons, poussé à l'e.xtrémité de
ses conséquences les plus absurdes, ce système es-
sentiellement faux, celui de la décoration postiche.
Nous avions vu toutes les excentricités que peut
produire une architecture aux abois et dénuée de
principes, surtout en fait de façades ; nous con-
naissions des monuments dont la porte principale
s'élè\-e plus haut que les toits; des façades qui
n'ont avec l'édifice aucun rapport de structure,
etc A Anvers on a imaginé mieux que tout
cela; on a élevé une façade devant le bâtiment,
en avant des Halles, n'ayant pas même avec
celles-ci un point de contact quelconque.La façade
est une œuvre à part, indépendante du reste
de l'œuvre! — Le bâtiment offre en façade réelle
une cloison légère, basse, longue à l'infini ; la fa-
çade d'apparat est prodigieusement haute, et flan-
quée de tours élancées. C'est le monde renversé:au
lieu de l'harmonie, la contradiction. Etrange aber-
ration, d'un esprit cependant plein de ressources,
mais lancé dans une voie fausse. — Et quels
mensonges systématiques dans tout le détail ! Cet
arc de triomphe gigantesque, semblable aux
monuments séculaires dont le sol a peine à porter
la masse effrayante, c'est un décor tendu sur un
squelette de fer. Et le long péristyle dont les
arcades s'étendent à perte de vue derrière ce
colosse, et. cette terrasse qui le précède, soutenue
par un long mur aux lourdes assises de pierres
vigoureusement appareillées, tout cela n'est que
planches et plâtre, tout cela n'est qu'un masque
indigne, s'il parvient à tromper le spectateur,
grotesque, s'il laisse apercevoir le truc. Eh bien!
voilà, nous semble-t-il, la splendeur du faux et du
laid, le type achevé d'un système, qui est le con-
trepied de ce que réclame le bons sens et le sen-
timent véritable de l'art architectural. En présence
de cette orgie de carton-pierre et de plâtre, on
se demande si l'on n'aurait pas obtenu un effet
bien plus heureux, en consacrant une mince part
des sommes folles englouties dans ces construc-
tions décoratives, à l'achèvement pur et simple,
avec des matériaux de bon aloi, et une ornemen-
tation logique, naïve et naturelle, de la construc-
tion telle qu'elle est dans ses lignes nécessaires et
rationnelles. Nous posons cette question à ceux
de nos lecteurs, qui iront à Anvers.
LES éditeurs de notre Revue, dont les édi-
tions sont si conformes aux principes ar-
tistiques que nous préconisons, ont e.xposé à
Anvers quelques spécimens de leurs produits.
Il est juste que nous leur accordions une des
premières places dans la revue de \ Exposition
iinivei'seile, que nous commençons aujourd'hui, et
que nous insérions ce compte-rendu, que nous
adresse un appréciateur compétent :
Non loin de l'entrce principale, au commencement de la
section belge, on rencontre l'exposition des imprimeries
rdunics de Saint-Jean l'Évang^liste, à Tournai, et de
Saint-Augustin, à Bruges-Lille.
Le mobilier est tout d'abord digne d'attention. Il est
modeste, mais de bon style. Il est fait de sapin verni, go-
thiquement moulure, rehaussé de filets rouges et d'un sys-
tème très riche de bandes ornementales à. fond d'or. On
chronique,
409
nous fait remarquer que ce riche ddcor est lui-même un
produit de l'imprimerie brugeoise. Il consiste en bandes
de papier collées dans des creux qu'offrent les moulures
d'encadrements. Les bandes sont d'un dessin distingué;
elles se vendent en feuilles, et l'on s'en sert d'une manière
très heureuse à orner des cadres. La démonstration de leur
emploi est faite ici d'une manière complète.
Les meubles de MM. Desclée et C" se distinguent aussi
par la manière ingénieuse dont on a multiplié les surfaces
utiles dans une installation relativement restreinte. L'idéal
en ce genre est réalisé par un long retable, qui se dresse
entre deux rangées de vitrines adossées. Ce retable offre,
à chacune de ses deux faces, une triple superficie couverte
de feuilles d impression et d'images, grâce à un système de
volets, dont les 16 panneaux mobiles sont utilisés tant au
revers cju'à l'avers et s'ajoutent aux panneaux de fond.
Cette combinaison, empruntée aux triptyques du moyen
âge, montre comment on peut profiter des exemples du
passé pour les applications les plus modernes.
A côté de ce meuble original on remarque un arbre ver-
tical au pourtour duquel se feuillettent une dizaine de
grands panneaux tournants à double face. Ce système n'est
pas nouveau. Nous nous rappelons l'avoir vu employé a
l'exposition nationale de Bruxelles, section des manuscrits.
Mais il est ici réalisé dune manière plus élégante. A côté
se trouve une table de bibliothèque, aux sculptures gothi-
ques, disposée en gradins, sur laquelle de splendides mis-
sels sont ouverts sur des lutrins, et des livres d'une richesse
étonnante étalés aux yeux du passant.
Nous nous sommes trop arrêté aux bagatelles de l'exté-
rieur. Ce n'est pas que le contenu ne vaille le contenant :
il méritait même une plus riche enveloppe. Le monde mo-
derne n'a pas vu de plus belles reliures, que celles de ces
missels, somptueux, dignes de reposer sur l'autel majeur
de quelque cathédrale gothique. Les plus beaux cuirs du
Levant garnissent leurs plats, disposés en une mosaïque
polychrome, dont les couleurs diverses font ressortir le
dessin plein de style d'une riche impression en or. Les cor-
nières, les clous ornés, les fermoirs émaillés, forment une
précieuse garniture d'or ou de vermeil, rappelant la belle
orfèvrerie du moyen âge. — Ouvrons délicatement l'un de
ces beaux volumes, sans souiller la tranche dorée aux
reflets obliques de vermillon, ni les gardes précieuses, où
des emblèmes sacrés se jouent dans de merveilleux dia-
prages. Nous trouvons à l'intérieur cette perfection typo-
graphique, qui fit la gloire des Plantin. Les amateurs de
toutes nations qui visiteront Anvers cet été, iront tous
admirer les merveilles du palais Morétus. Ils croiront
peut-être perdue pour jamais cette race de typographes
artistes, cpii ne parait guère pou\oir revivre dans le siècle
de la vapeur, du journalisme et de la grosse manufacture.
Mais qu'ils viennent voir ici les impressions liturgiques de
Saint-Jean, et ils ne désespéreront pas de notre époque,
même sous ce rapport.
Non pas que nous admettions que d'emblée les modernes
émules des Elzévir et des Plantin aient atteint la perfec-
tion de ces maîtres illustres. Mais c'est un grand mérite,
d'avoir entrepris du moins de renouer leurs traditions, qui
ont précisément fait la gloire do cette ville dAnvers. Ils
ont fait plus ; au point de vue esthétique et iconographique,
ils ont remonté plus haut, ils ont cherché un idéal plus
complet, un style plus pur, un sentiment plus profondé-
ment chrétien et liturgique. Les graves vignettes xylogra-
phiques qui ornent leurs livres liturgiques ne seront
comprises que par les personnes initiées au grand style
chrétien; mais celles-là pourront mesurer la distance qui
sépare, au point de vue artistique et idéal, ces œuvres
liturgiques si naïvement expressives, et si pleines de sens
chrétien, des modèles mêmes exécutés par des maîtres
sans rivaux au point de vue de la technique, mais appar-
tenant à l'époque de la décadence du style.
Nous serions entraînés trop loin, si nous entreprenions
de décrire ici les missels et bréviaires de divers formats,
les bibles et livres liturgiques pour fidèles, et les nombreux
produits dus à l'initiative de la maison de Saint-Jean.
Notons en passant, que ces somptueuses éditions sont,
dans des exemplaires de choix, encore rehaussées par des
enluminures à la main, dont des spécimens sont exposés
dans les panneaux intérieurs du polyptyque dont nous avons
parlé plus haut.
La partie la plus importante de l'oeuvre iconographique
et hautement artistique de cette maison déjà célèbre, se
retrouve dans une publication à la portée de tous et par-
ticulièrement opportune. Nous voulons parler de la col-
lection de ces images liturgiques populaires, qui repro-
duisent fidèlement la tradition ancienne, consacrée au
moyen âge par la pratique constante d'un thème si poétique
et à la fois si plein de doctrine, dans une forme artisticiuc
si pure.
Cette œuvre aux apparences bien modestes (ces images
se vendent au vil prix de un ou deux centimes, selon le
luxe du tirage), est en réalité un des monuments modernes
de l'art chrétien renaissant. Le jour, que nous appelons de
nos vœux, où la maison Uesclée aura créé le calendrier
complet des Saints (il nous semble qu'elle n'en a fourni
jusqu'ici qu'un tiers) elle aura ofiert à l'Église le plus bel
hommage qui puisse lui être fait, et doté le monde chré-
tien d'un instrument d'apostolat des plus puissants.
A côté de ces œuvres liturgiques monumentales, de ces
impressions austères, en rouge et noir, de ces gravures au
simple trait et aux formes hiératiques, voici la riche col-
lection des chromolithographies de la maison de Saint-
Augustin, à Bruges. Ici c'est le charme des couleurs pures
et harmonieuses, la délicatesse du dessin, le fini du modelé,
mis au service, non seulement de la grande iconographie
chrétienne, mais encore de sujets moins graves, d'œ'uvres
profanes, et même d'articles courants de la papeterie
d'usage commun, mais toujours d'allure distinguée. Car
quel est l'objet usuel que l'artiste ne puisse anoblir, par
la pureté de la forme ou le bon goût des décors .'
Ce sont d'abord les images religieuses interprétées dans
le style de la miniature du moyen âge. Signalons un Ecce
Homo, une Mater dolorosa, une sainte Ursule, une sainte
Clotilde et un saint Rémi, qui sont des chefs-d'œuvre du
genre. Les petites images, format livres de prières, forment
déjà une riche collection, qui, nous l'espérons, s'accroîtra
de jour en jour. Elles sont exécutées non seulement en
chromo, mais également en grisaille, genre qui plaira
davantage au public d'un goût distingué, mais de convic-
tion tiède à l'égard du style ancien. Voici une superbe
série de diplômes en chromolithographie, d'un grand style
décoratif. Remarquons la collection des billets des rois,
respirant un vrai parfum moyen âge et quelques pages
très riches du Livre de Famille, publication sous presse
qui est annoncée, si nous avons bon souvenir, depuis plu-
sieurs années déjà, et que nous nous étonnions de ne pas
voir encore paraître ; des spécimens de la fameuse collec-
tion de Modèles de dessin d'après l'excellente méthode du
F. Mares, directeur de l'école de Saint-Luc de Gand ; des
planches magistrales de la monographie de l'église Saint-
Sauveur, par A. Verhaeghen ; deux planches'de l'album
en voie de publication, du cortège historique de Louvain,
spécimens de ce que la maison a produit de plus fort en
fait de chromolithographie quelque peu rcalistique; telles
sont, au milieu de bien d'autres, les pages saillantes enca-
drées dans les tableaux tournants que nous avons signalés.
Sous les vitrines nous remarquons les publications les
plus riches, notamment une superbe édition de V Imitation,
traduction en vers, de Corneille, impression en rouge et
noir sur papier de Hollande, avec planches en couleurs
de toute beauté, presque égales aux plus fines enlumi-
410
JRetJUC De r^rt cfjrcticn.
mires. Notons aussi la série des Almanachs catholiques de
luxe, une des productions spéciales de MM. Desclce, par
laquelle ils ont du coup dépassé en richesse et en distinc-
tion tout ce qu'on avait produit jusqu'ici dans le genre
almanach. La Kcviu- de t'.lrtc/irctien, un de leurs périodi-
ques, étale ses belles et savantes pages illustrées, et ses
planches soignées, représentant tous les genres d'illustra-
tion modernes, gravure xylographique, chromolithogra-
phie, phototypic, etc., etc. X.
UN des attraits de rE.xposition d'Anvers est
l'e-xhibitioii de l'École de St-Luc de Gand.
Des protecteurs et d'anciens élèves de cette
école se .sont entendus pour organiser à Anvers
un ensemble, qui rappelle le quartier gothique de
l'exposition de Ttn-in, que tous les visiteurs ont
admiré. Nos amis ont construit, dans l'une des
plus importantes galeries de l'exposition, une
chapelle, une sacristie, un salon et un bureau.
Ces diverses pièces sont reliées entre elles, et le
visiteur peut les parcourir à l'aise. Elles offrent
chacune dans son genre, un spécimen du savoir-
faire des artistes formés par les principes artisti-
ques de l'École de St-Luc.
Ainsi, l'enseinble des constructions, le gros
œuvre, la voûte en bardeaux de la chapelle, les
belles portes et les châssis de chêne, les plafonds,
les lambris, et la somptueuse cheminée de pierre
sont l'œuvre de M. Louis Gildemyn, constructeur
à Gand ; l'autel, avec son retable sculpté et poly-
chrome, la crédence, les chaises d'église, la pein-
ture de la chapelle, la statue de N.-D. de Lourdes,
avec un superbe baldaquin,bonnombrede meubles
et de menus objets de décoration, sont confec-
tionnés par les frères Blanchaert, de RLiltebriigge,
habiles sculpteurs s'il en fut, et par M. Bressers-
Blanchaert, peintre décorateur à Gand; M. Rooms,
lui aussi sculpteur de talent et d'avenir, e.xpose
un magnifique retable de cheminée, en chêne
massif, orné de statues ravissantes, des chaises,
une table de salon et un btireau-ministre. MM.
De Clercq, frères, se sont chargés des menus
objets de sculpture ; un guéridon couvert de
cadres, de boîtes à ouvrage, de coffrets à bijou.x
et d'autres gracieux petits meubles faits dans leur
atelier champêtre, une vraie succursale des ateliers
de la Forêt-Noire et du Tyrol, montrera aux
visiteurs les plus délicats, que l'art chrétien, saine-
ment entendu, s'applique à tous les objets utiles.
M. Bourdon-Dc Bruync, l'éminent orfèvre gan-
tois, que le roi a décoré, a orné de lustres, chan-
deliers, bénitiers, porte-missel, de vases sacrés,
d'objets ravissants, les appartements que nous
avons décrits. MM. Janssens, de Nevele, qui ont
rapidement conquis une réputation bien méritée
comme peintres-décorateurs, ont bien voulu
décorer le salon. M. l'auwels, jeune sculpteur
gantois, qui a récemment terminé de brillantes
études à l'École de St-Luc, expose une fort
belle statue.
MM. Robert De Pauw et Henri de Tracy,
artistes-peintres, ont complété l'ensemble de ces
diverses pièces, l'un par quelques portraits, l'autre
par un retable peint et des miniatures sur par-
chemin.
M. Duquesne, l'excellent relieur,a déposé sur les
tables plusieurs spécimens de reliures gothiques.
Enfin M. Aug. Van Assche, l'architecte que
toute la Belgique apprécie, et dont nous parlions
un peu plus haut, et M. Van Kerkhove, architecte
provincial de la Flandre Orientale, l'auteur de
l'hôtel de ville de St-Nicolas dont nous avons
parlé dans notre avant-dernière livraison (p. 125),
se sont joints à leurs confrères et ont e.xhibé quel-
ques-uns de leurs beaux plans de restauration et
de constructions nouvelles. Nous devrions encore
ajouter, qu'on peut admirer des plats et des v-ases
de porcelaine peints, des vitraux religieux et
civils, des étoffes, des objets de ferronnerie, etc.
Bref,rexposition qu'a organisée l'École de St-Luc
forme un tout; toutes les industries artistiques y
donnent la main à tous les arts, pour produire
un ensemble harmonieux, rationnel, vraiment
chrétien et national.
Nous lisons au même sujet dans le Bien
Public de Gand :
A INSI que nous l'avons dit avant-hier, le Roi a visité
xi. l'exposition collective organisée par l'Ecole de St-
Luc, de Gand. _ Sa Majesté a été reçue par l'éminent
fondateur de l'École, M. le baron Béthune, fils de l'an-
cien membre du Congrès national, et ancien sénateur
de Courtrai, que Léopold I avait en haute estime.
AL Béthune, après avoir présenté à -Sa Majesté les artistes
présents à la visite royale, M^L R. De Pauw, Bourdon-
De Bruyne, Léop. Blanchaert, de. Tracy, Bressers et L.
Cjildemyn, a rappelé au Roi que l'École de St-Luc a été
fondée, il y a 24 ans, dans le but de former des artistes
chrétiens ; il a résumé, en c[uelques phrases, les progrès
réalisés depuis la fondation, sans cju'aucun subside
officiel soit venu alléger les charges des bienfaiteurs, —
le nombre considérable des élèves (500) et les principaux
travaux exécutés par les professeurs et les élèves sur tous
les points du pays.
Sa .Majesté a daigné examiner avec la plus grande
attention les ouvrages exposés et paraissait enchantée de
l'aspect harmonieux et poétique de l'exposition de Saint-
Luc. Elle a complimenté clnleureusement les exposants,
notamment M. Gildemyn pour ses belles boiseries,
M. de Tracy pour ses charmantes miniatures et son trip-
tyque, I\L Bressers pour ses magnifiques peintures déco-
ratives. Le Roi s'est arrêté, avec une visible satisfaction,
devant l'aulel, œuvre de M.NL Léopold et Léonard Blan-
chaert et de i\L Bressers-Blanchaert, il a beaucoup loué le
caractère artistic|ue de cette œuvre et son étroite affinité
avec les chefs-d'œuvre du moyen âge. En passant dans le
salon, le Roi n'a pas ménagé ses éloges aux tableaux, si
bien peints, de AL Robert De l'auw ; il a félicité l'artiste
de la parfaite ressemblance du portrait de feu AL Cruyt,
et de son talent dans la peinture intitulée Ln érudit et
dans le portrait déjeune fille qu'il a exposé.
chronique.
411
Le grand argentier de M. Léonard Blanchaert a eu
auprès de Sa Majesté, le succès qu'il obtient auprès de
tous les visiteurs.
Le Roi paraissait si charmé de l'exhibition de Saint-Luc,
qu'il a voulu en faire une seconde fois le tour et admirer
de nouveau le beau triptyque de Saint-Joseph, œuvre de
M. Henri de Tracy. Enlin, il a examiné attentivement les
superbes plans de restaurations exposés par MM. les
architectes Van Assche et Van Kerkhove et a tenniné sa
visite en réitérant à ^L le baron Béthune ses félicitations
au sujet du beau succès par lequel l'École de St-Luc vient
de s'affirmer une fois de plus.
On nous annonce que plusieurs des meubles exposés
dans les salons de l'Ecole de St-Luc, sont acquis pour la
Tombola.
Pour trouver l'École de St-Luc, à l'Exposition d'Anvers,
demander l'exposition du Ministcre des Travaux Publics;
l'École de Saint-Luc se trouve à côté de cette dernière.
L'EXPOSITION des Beaux-Arts à Anvers a
été signalée déjà par toute la presse comme
le témoignage d'une sorte d'effondrement artis-
tique; et cela est vrai tout particulièrement pour
la France et la Belgique ('). — Les €Bcaiix-Arts»
tels que les entendent nos artistes modernes, n'ont
rien qui puisse intéresser spécialement nos
lecteurs, et nous n'avons pas assumé la mission
de leur rendre compte des exhibitions des salons.
Nous nous bornerons, en ce qui concerne cette
importante exposition d'Anvers, à reproduire
les conclusions formulées par un de nos amis de
Belgique, dans un journal de son pays. — Après
avoir rendu justice au talent des exposants, et
décrit les toiles les plus remarquables de la
section française, il termine par ces conclusions
profondément justes :
Je n'ignore pas que bon nombre de journaux et de cri-
tiques d'art feront grand état de toute une catégorie de
tableaux dont, par respect pour mes lecteurs et mes lec-
trices, je n'ai pas parlé. — On voudra ériger peut-être la
grande toile, la Jeunesse de Bacchiis, en clou, — c'est
ainsi qu'ils parlent, — de l'exposition. Nous savons fort
bien que AL Bouguerau, l'auteur de ce tableau et qui a
peint aussi, hélas ! la Vierge aîix A/iges, membre de l'Ins-
titut, officier de la Légion d'honneur, est une célébrité à
Paris, et un très habile peintre. Mais quel nerf et cjuelle
conviction peut avoir, je vous le demande, l'artiste qui, à
notre époque de lutte acharnée entre le bien et le inal,
peint un jour la Vierge aux Atiges et qui mettra ensuite
tous ses soins, tout son art, à cette autre peinture où le
grand attrait consiste dans une exhibition de femmes dont
le costume ne peut se décrire que par un éloquent silence.''
— Assurément AL Bouguerau n'est pas le seul virtuose du
genre et on trouve, presque dans tous les salons de l'Ex-
position française et même, dans une moindre mesure,
chez les autres nations, des images où les lois de la pu-
deur sont absolument sacrifiées aux règles académiques,
mais cela ne relève guère la valeur de l'école, au con-
traire...
I. Les journaux artistiques belges avouent ([ue l'exposition des
Beaux-Arts d'.\nvers est un désastre, en ce qui concerne les œuvres
belges. — l'ius rien de l'école flamande jadis florissante. — Le
journal des Beaux-Arts déclare cjuc l'œuvre de ce « Kracli » est le
mépris des principes. L'avons-nous assez dit? —
Il faut conclure: Si l'art n'est qu'une convention par
laquelle nous cherchons à prolonger parmi nous les er-
reurs morales et les principes matérialistes des civilisations
éteintes dans la honte et les débauches les plus ignomi-
nieuses ; — si l'objet de l'art est de représenter ce qui reste
encore de beauté dans l'animalité de notre pauvre nature
déchue ; de tendre aux sens grossiers des pièges subtils ;
si enfin l'art doit être un des nombreux agents qui con-
duisent les nations à une inéluctable décadence, — oui, la
France a encore quelques artistes hors pair. Ils ont appris
le métier de leur art ; ils possèdent leur académie, savent
dessiner le nu et modeler les chairs.
Mais si, au contraire, l'art doit servir à ramener le règne
du Christ dans les âmes; s'il doit être l'expression d'une
foi vivante, règle de nos consciences ; s'il est le signe d'une
civilisation qui puise sa force dans la lutte contre la cor-
ruption native de l'homme; — si enfin, l'artiste a pour
mission de prendre dans la nature créée les éléments d'une
beauté supérieure, éternelle, — entrevue seulement sur la
terre et dont la pleine possession sera la récompense de
ceux qui, ayant conservé un cœur pur, auront mérité de
voir Dieu, — oh I alors, je prie ces messieurs de conserver
tous ces titres à la gloire pour les marchés peut-être un peu
encombrés de leur propre pays, et de ne pas les envoyer
dans le nôtre, comme articles d'exportation.
XX.
Au mois d'avril, trois expositions ont été ouvertes pres-
que simultanémentaupalaisde la via Nazionale : i^l'expo-
sition des objets et documents recueillis par la Commission
nommée ad hoc, pour servir à l'histoire de la Renaissance
italienne ; 2" l'exposition artistico-historique de la ville
de Rome : 3° l'exposition des objets d'art anciens et mo-
dernes en bois, organisée par la Commission du Museo
artisticû industriale.
ecrposîtions prochaines.
AMIENS. — Exposition du 28 juin au 31 juillet.
ANVERS. — Exposition universelle des Beaux-Arts et
d'art rétrospectif du 2 mai h octobre 1885.
BUDAPEST. — Exposition en 2 séries: i''du i^juin
au 25 juillet ; 2° du 10 août au 30 septembre 1SS5.
CHICAGO (États Unis). — Exposition des Beaux-Arts
du 2 septembre au 17 octobre 1885.
DELFT. — Du t" juin au 31 juillet : exposition inter-
nationale de céramique et de verrerie.
DIJON. — Exposition du \" juin au 15 juillet.
DOUAI. — Exposition du 6 juillet au 6 aoiit.
LE HAVRE. — Exposition du i" août au 20 septembre.
LIMOUX. — Exposition du 6 septembre au 11 octobre
1885.
LONDRES. — Exposition de la Royal Academy.
Ouverture le i" mai à Burlington-House.
LONDRES. — Exposition des Painters Eichers, (eaux
fortes originales), Dudley (ialerj-, du 25 mai au 4 juillet.
MONTPELLIER. — Exposition de la Société artisti-
que, ouverture i^r mai 1SS5.
MOULINS. — Exposition du 16 mai au 16 juin 1S85.
NUREMBERG. — Exposition internationale d'orfè-
vrerie, joaillerie, bronzes, du 15 juin au 30 septembre 1S85.
PARIS. — Exposition libre des Beaux-Arts, rue des
Tuileries, Pavillon B., du 10 mai au 15 juin.
PARIS. — Palais du Louvre, salle des États ; exposi-
tion de peinture au profit des orphelins d'Alsace-Lorraine.
EVUK DE l'art CHRÉTIEN
1885. — 3'"^ LIVRAISON.
412
iRcuuc Dc l'art cfjrcticn
ROME. — Via Nazionale, exposition de l!eaux-Ans,
objets historiques et de sculpture sur bois.
ROTTERDAM. — E.xposition triennale de l'acadcmie
des Beaux-Arts, du 31 mai au 12 juillet 1885.
VERSAILLES. — Exposition des Beaux-Arts, du 19
juillet au 5 octobre.
aonaics et ecrcuisions.
j»^^^^ l'^NDANT les vacances de Pâques a eu
^^, lieu la neuvième réunion annuelle de
^?;' délégués des sociétés des Beau.x-Arts
*^^^- de Provence, sous la présidence de
M. Kaempfen. Voici les communications les plus
intéressantes qui y ont été faites :
M. A. Diu'ieu, secrétaire de la Société d'PLmu-
lation de Cambrai, lit une monographie sur trois
artistes Cambrésiens, E. Van Pulaere. — M. A.
Castan (Doubs), résume la vie de l'architecte
P.-A. Paris. — M. Lhuillier, vice-président de la
Société d'archéologie de Seine-et-Marne, com-
munique une monographie de la tapisserie dans
la Brie. — M. Ed. Forestier est parvenu à établir
l'identité des luthiers qui fabriquèrent les
anciennes orgues des églises de Montauban. —
M. L. Giron, dont nous avons fait connaître les
travaux a décrit la fresque de la Dame Maestre
de la Chaire-Dieu (XV*^ siècle). — M. Guiroux
(Var), donne lecture d'une étude sur l'orfèvrerie,
la serrurerie et la fonderie d'art à Toulon au
XVIh- et XVIIP- siècle.
Au nom de M. Godard-Faultrier, on lit un tra-
vail ayant trait à une peinture du XVI'= siècle,
/û Vierge au livre, attribuée à Léonard de Vinci,
et qui fait aujourd'hui partie de la collection
particulière de M. Godard, fondateur directeur du
musée d'antiquités d'Angers.
M. Albert Jacquot, membre de la Société
d'archéologie lorraine, donne communication
d'une étude sur les artistes lorrains : musiciens,
architectes, peintres ou graveurs, qui ont reçu
antérieurement à 1789 des titres de noblesse
en récompense de leur mérite. Le mémoire de
M. Jacquot comprend une période de près de
trois siècles.
M. Roman, des Hautes-Alpes, en dépouillant
le Registre des requêtes présentées au roi de
France, manuscrit de la Bibliothèque nationale,
a recueilli de nombreux documents inédits sur
quelques peintres français.
L'absence de M. l'abbé Cerf em[)êche de lire son
mémoire sur la restauration des peintures de la
chapelle de la Vierge à l'église Notre-Dame de
Reims, restauration exécutée par M. Charles
Lameirc.
M. Bouchard, président de la Société d'émula-
tion de l'Allier, communique une étude sur La
peinture sur l'erre et Jacques de Pnrroys, peintre-
verrier, né en Bourgogne vers la fin du XVI" siè-
cle, et qui s'est rendu célèbre notamment par ses
verrières de l'église Saint-Merry, cà Paris.
M. Tancrède Abraham, conservateur du musée
de Château-Gontier, lit une Xotice sur Pierre
Besnard, peintre en titre de la ville d'Angers à la
fin du XVIIe siècle.
M. Castagnary a prononcé dans cette session
un discours remarquable, que nous croyons de-
voir résimier ici, car il développe dans ses grandes
lignes, nos propres idées, et défend éloquemment
des principes que tant de fois nous nous sommes
efforcés de faire prévaloir :
DEPUIS combien de temps connaît-on l'art fran(;ais en
France' Depuis combien de temps l'estîme-t-on à
sa valeur? Le connaît-on même et l'apprécie-t-on autant
qu'il vaut?
On ne l'enseigne nulle part dans nos écoles. Avons-nous
même des écoles, où l'on apprenne à penser, à parler et h.
écrire français en art, comme on l'apprend en littérature?
Je n'ose me faire la réponse.
Ce qui est certain, c'est qu'il y a cent ans, personne en
France ne soupçonnait que nous eussions un art. On ad-
mirait beaucoup les étrangers,les Italiens notamment,^ qui
l'on ne se faisait pas faute d'attribuer la paternité des plus
belles œuvres exécutées chez nous. Quant à ce qui venait
incontestablement de nos artistes, on le dédaignait. Sous
le nom de vieillerie gothique, le moyen âge était enveloppé
dans l'universel mépris, et la Renaissance n'(''chappait pas
toujours à cette condamnation sommaire. On ne remontait
guère au-delà du grand siècle et du palais de \'ersailles;
au-delh, en effet, c'était la nuit, l'ignorance, le mauvais
goût. Vous vous rappelez ce passage de La Bruyère : « On
a entièrement abandonné l'ordre gothique que la barbarie
avait introduit pour les palais et pour les temples. » Et
cet autre du président de Brosses : << Je ne sais si je ne
me trompe, luais qui dit gothique, dit presque infaillible-
ment un mauvais ouvrage. » Cette opinion des lettres
était commune aux artistes et aux bourgeois. Le clergé
lui-même ne pensait pas autrement : il restaurait les
vieilles églises en style Louis XV, avec la conviction qu'il
les embellissait.
Quand commença la vente des maisons religieuses,
un artiste peintre, Alexandre Lenoir, fut chargé de re-
cueillir dans le couvent des Petils-Augustins, devenu pro-
priété nationale, tout ce qui concernait l'art français.
C'est là, dans ce sanctuaire, à la place même où s'élève
aujourd'!uiirécoledesBeaux-Arts,qucle génie artistique de
notre race apparaît pour la première fois et que la France
commence à en prendre connaissance. Lenoir y avait
réuni en quelques années près de six cents objets, autels,
tombeaux, statues, bustes, bas-reliefs, tableaux, vitraux,
appartenant à tous les siècles de notre histoire. Jamais
trésor historique plus riche n'avait été vu à aucune épocpie
chez aucun peuple.
Tous ceux qui y entrèrent en furent profondément remués.
« Que d'âmes, s'écrie Michelet, y ont pris l'étincelle his-
torique, l'intérêt des grands souvenirs, le vague désir de
remonter les âges! »
La Restauration supprime le Musée tics inoituinenis
français, mais les défenseurs se lèvent de toutes parts.
\"ictor Hugo, \'itet, Mérimée, (de Caumont est ici oublié),
\'iollet-le-i)uc, signalent à l'attention du gouvernement
chronique
413
ces trésors inconnus. Un sentiment tout nouveau de pro-
tection pour les monuments du passé pénètre dans les es-
prits. Non seulement il ne faut pas les détruire, mais il
faut les restaurer.
La commission des monuments historiques et le comité
des sociétés savantes sont formés; les recherches archéo-
logiques commencent.
Aujourd'hui la France commence à savoir qu'elle a pos-
sédé pendant plusieurs siècles une école d'architecture sans
rivale, et qu'elle est une des contrées de l'Europe les plus
riches en monuments remarquables ; — que son école de
sculpture l'emporte sur celle de tous les peuples modernes
etsnus certains rapports peut lutteravec laGrèce ancienne,
— qu'enfin, son école de peinture a maintenu son rang avec
honneur.
Je voudrais un livre populaire, destiné à porter aux en-
fants, aux ouvriers, aux artistes, l'esprit de vos découvertes
et le résultat général de vos travaux; à leur enseignerqu'ily a
un art français vieux de huit siècles,façonné à nos mœurs et
à nos idées, qui a varié comme nous-mêmes et variera
encore, avec lequel, pour cette raison, nous avons les af-
finités les plus étroites, et que nous devons étudier sans
cesse.
Il est question de fonder des musées scolaires auprès
de nos lycées, de nos collèges et même de nos écoles,
tr'estune idée e.xcellente que,pour ma part, je voudrais bien
voir réaliser. Mais soyez persuadés que le premier fonds
de ces petits musées sera fait avec des réductions de la
statuaire grecque et des gravures des tableaux italiens.
L'art français y entrera sans doute, mais pour une part
infime, et à son rang, — le dernier. Et cependant que de
choses à dire! ces entants auront à lutter un jour contre
la concurrence étrangère, soit comme ouvriers, soit comme
chefs d'industrie. Est-ce les armer pour le combat que de
]jlacer, dès le début, sous leurs yeux, les modèles d'un art
étranger, qu'on leur présente comme un idéal de perfec-
tion, ne pouvant être ni imité, ni dépassé.'
Ces petits musées me font songer au grand, à notre
Musée national, c'est p.ar lui que je terminerai.
Entrez au Louvre, et cherchez l'école française : vous
ne la trouverez pas, ou vous la trouverez dans un tel état
de morcellement, de dispersion, d'écrasement de toute
nature, que c'est presque comme si elle n'existait pas.
Ici l'éloquent conférencier fait un tableau sai-
sissant du désordre déplorable qui règne dans le
classement du Louvre et préconise le classement
méthodique que nous ne pouvons qu'approuver.
^'
MJULLIOT, de la Société archéologique
. de Sens, a lu un excellent mémoire sur
de précieux ornements pontificau.\-, récemment
donnés au trésor de la cathédrale de Sens par
M"^<= la comtesse de Bastard. Ces ornements se
composent d'une mitre en soie blanche sur la-
quelle est brodé en or le martyre de saint Thomas
de Cantorbéry, une chasuble attribuée à saint
Ebbon, archevêque de Sens, une dalmatique qui
aurait appartenu au même prélat, une ceinture
en soie rose, un manipule richement brodé, et un
parement d'aube en étoffe rouge, sur lequel sont
brodées en or des figures d'apôtres, et qui aurait
été trouvé en 1763, dans la châsse de saint
Edme.
M. l'abbé Pottier, président de la Société ar-
chéologique de Tarn-et-Garonne, a présenté une
intéressante série de photographies d'anciens mo-
numents de Tarn-et-Garonne. Notamment celles
de deu-x grandes châsses en orfèvrerie, provenant
de l'abbaye de Grandselve, et qui sont probable-
ment des produits des ateliers de Toulouse.
Le même membre a communiqué les photo-
graphies d'une curieuse étoffe brodée, du XIV>=
siècle, représentant les travau.x des mois, et une
bonne étude avec dessins à l'appui, sur une grange
du XIII^^ siècle qui dépendait jadis de l'abbaye
de Grandselve.
M. Léon Palustre a présenté une suite de pho-
tographies reproduisant les curieux bas-reliefs
qui décorent le pourtour de l'abside de l'église
de St-Paul-lez-Dax. Il attribue ces sculptures à
l'époque carlovingienne.
M. Buhot de Kersers a lu un bon mémoire sur
les inscriptions funéraires du XI I<^ siècle de
l'église de Plaimpied (Cher).
M. Caron a communiqué la photographie d'un
fragment de bas-relief du IV"-' siècle, récemment
trouvé à Carthage par le P. Delattre, et repré-
sentant la Vierge et l'enfant JÉ.SUS. Cette sculp-
ture est d'un beau style. Elle faisait probable-
ment partie d'une adoration des mages.
La session a été close le 1 1. avril par la séance
solennelle présidée par le ministre de l'Instruc-
tion, qui, dans son discours de clôture, a appelé
l'attention des Sociétés savantes sur l'abandon
dans lequel se trouvent la plupart de nos musées
archéologiques et principalement nos collections
lapidaires.
LA Rcnnion des Socictcs savantes a eu lien à
l'a Sorbonne en avril dentier.
Le Père de la Croix a communiqué une nom-
breuse suite de dessins représentant des couver-
cles de sépultures provenant des cimetières de
Civaux, d'Antigny, de Rom et autres localités
des environs de Poitiers. Ces couvercles sont
décorés d'une ornementation élégante et très
riche. Les inscriptions appartiennent à l'épigra-
phie mérovingienne, ce qui place ces monuinents
dans le VII<= et le ¥111== siècle.
M. Maxe-Werly produit un mémoire sur la
classification des anciennes monnaies gauloises,
et M. le baron de Baye, un autre sur l'usage du
Torque chez les Gaulois.
Une élégante châsse limousine appartenant
jadis à une église de Montfianquin (Lot-et-Ga-
ronne) et aujourd'hui à Mlle Lagravière de Mon-
tauban est présentée par M. Forestié. Cette châsse
qui représente le Massacre des Innocents, la
Présentation au Temple, des bustes d'anges et
414
iRcDuc Î3C rart cfjrcticn.
des médaillons, est reconnue pour être un travail
du commencement du treizième siècle.
M. Esmonnot a trouvé dans des cimetières de
l'Allier un assez grand nombre de vases gaulois
et d'urnes funéraires de forme conique.
La fin de la séance est consacrée à. l'examen
de diverses communications relatives à de fort
curieux bas-reliefs du dixième siècle, actuelle-
ment placés dans l'église Saint-Paul-lez-Dax
(Landes). On s'y occupe aussi d'inscriptions in-
téressantes relevées dans l'église de Plaimpied
(Cher). (1130 environ.)
M. l'abbé Arbellot de la Société historique et
archéologique du Limousin, lit un mémoire sur
l'orfèvrerie limousine du moyen âge. Il signale
une série de textes où il est question d'objets
émaillés désignés sous le nom d'œiivre de Limo-
ges. Comme spécimen de ce travail, l'auteur cite
la châsse de Eellac ornée de pierres gravées an-
tiques et la croi.x à double traverse de l'église des
Cars.
Il est aussi question d'un bas-relief trouvé à
Carthage représentant la Vierge et l'enfant JÉSUS
assis sur ses genou.x, et qui peut être attribué au
IV'-' siècle.
NOUS n'avons pu donner dans notre der-
nière livraison le compte rendu du Con-
grès catholique de Lille. Quoique éloignée déjà,
cette session a été assez importante pour que le
souvenir en reste consigné dans nos annales.
La commission de l'art chrétien avait pour Président,
M. le chanoine Dehaisnes; pour vice-président, M. Ha-
zard; pour secrétaire, M. Bunnens.
Il est ensuite donné lecture d'une lettre de M. le baron
d'Avril, qui ne peut, à, cause de son état de santé, assister
îi la séance et cjui recommande l'étude de l'atelier chrétien.
L'ordre du jour appelle la question de la recherche et
de la restauration des objets d'art religieux.
M. Hazard se plaint de ce que parfois l'on est trop ex-
clusif dans les restaurations. On peut, dit-il, remplacer
sans inconvénient les objets mobiliers et les objets d'art
d'une église, pour ramener l'édifice à l'unité, s'ils n'ont pas
un véritable caractère artistique et s'il n'y a pas des sou-
venirs pieux, des traditions locales qui s'y rattachent.
Mais lorsque ces souvenirs et ces traditions existent, lors-
que les objets en question ont en eux-mêmes, pris isolé-
ment, une importance artistique, il est préférable de les
laisser subsister à l'endroit où ils se trouvent depuis grand
nombre d'années déjà.
M. le Président ajoute quelques mots à l'appui des
observations de iM. Hazard. Chaque siècle a laissé, dans
les églises, un certain nombre d'objets qui sont des témoi-
gnages de la piété et du goût artistique de nos pères. A ce
double point de vue, il est nécessaire de conserver ces
objets. Les ecclésiastiques seraient moins portés à laisser
détruire ou à vendre ces objets, s'il y avait dans les sémi-
naires un cours iV archéologie cl d'arl religieux. Ce cours
aété établi dans quelques diocèses ; il sera'it à désirer qu'il
fût ouvert partout. La formation, auprès de chaque évê-
ché, d'une commission diocésaine, chargée d'étudier tous
les plans de construction ou de restauration des églises et
de donner son avis sur la valeur ou l'importance des objets
anciens qu'on aurait le projet d'aliéner, serait chose non
moins utile. A la suite de ces observations, M. le Prési-
dent fait connaître qu'il y a des objets d'art très curieux
en diverses églises, parmi lesquelles celles de Sainghin-
en-Mclantois, Wattignies près Lille, La Bassée, Wasnes-
au-Bac, Crespin, Liessies, Maubeuge, etc., etc. La com-
mission exprime. le vœu qu'on dresse l'inventaire de ces
richesses artistiques.
M. le Président attire tout spécialement l'attention sur
l'Encensoir de Lille, le plus beau des encensoirs connus,
et sur la châsse de sainte Gertrude de Nivelles, splen-
dide objet d'orfèvrerie fait au XI II" siècle, par deux
orfèvres, l'un d'.\rras et l'autre de Nivelles, sur les dessins
d'un moine de l'abbaye d'.'\nchin. Il lit une description
détaillée de ces deux objets.
M. le Président met ensuite sous les yeux de la Com-
mission des gravures et chromo-lithographies déposées
sur le Bureau, qui ont été exécutées par l'imprimerie
St-Augustin. La commission décide à l'unanimité qu'elle
recommande les images religieuses de cette maison, dont
l'exécution offre un caractère profondément religieux,
ainsi que la Revue de l'Art chrétien qui s'imprime à
Lille.
M. le Président donne lecture d'une lettre de M. Guer-
bert, qui signale certains abus que se permettent les orga-
nistes. Trop souvent l'on ne chante qu'un verset sur deux
au Gloria et au Credo, et les organistes remplissent
l'intervalle par des variations parfois très longues, qui
sont des improvisations fantaisistes ou des réminiscences
de morceaux profanes, d'airs de danse et d'opéra. Ces
réminiscences se jouent même quelquefois au moment de
l'élévation. La cominission s'associe à la pensée de
M. Guerbert ; mais, comme les prescriptions des statuts
diocésains et les décisions récentes de la congrégation des
rites ont condamné et déjà en grande partie corrigé les
abus en question, elle ne croit pas devoir émettre de vœu
à ce sujet.
Une lettre de M. l'abbé Tessier, curé d'Argenteuil,
expose une méthode qui permet d'accompagner le plain-
chant d'une manière plus artistique et plus en harmonie
avec la musique religieuse. Des observations qui sont
échangées à la suite de la lecture de cette lettre, il résulte
que la méthode préconisée et mise en usage par M. l'abbé
Tessier est excellente en elle-même et peut être mise à
profit par les organistes de talent ; mais elle serait diflicile-
ment applicable dans les petites villes et les campagnes où
l'on n'a ordinairement que des organistes incapables de
surmonter les difiicultés.
M. le vice-président Hazard donne ensuite lecture d'une
étude faite par M. Grimouard de Saint-Laurent sur \'Art
chrétien dans le service divin.
L'assemblée conclut en formulant les vœux suivants :
I. — Il serait à désirer, dans l'intérêt de
l'art chrétien, que des cours d'arclu'ologie fussent
établis dans tons les séminaires.
II. — Il serait très utile que, dans tous les dio-
cèses, comme cela se pratique en quelques con-
trées, on nommât une Commission diocésaine
chargée d'examiner tous les plans de construction
et de restauration des églises.
III. — Le Congrès émet le vœu de voir
publier un inventaire de tons les objets d'art pos-
sédés par les églises des diocèses de Cambrai et
d'Arras.
Cf)roniquc.
415
IV. — Afin d'amener les fidèles à prendre
part aux chants dans les églises, il serait utile
d'apprendre aux enfants qui fréquentent les
écoles catholiques, les principaux chants de la
messe, les psaumes, les prières, en les faisant
chanter à l'unisson.
V. — Il serait à désirer que les manuels ou
ouvrages élémentaires de chant publiés d'après
le travail de la Commission de Reims et de
Cambrai, reproduisissent bien exactement le
texte adopté par cette Commission.
VI. — Le Congrès émet le vœu que l'on en-
courage les artistes chrétiens et que l'on ne confie
l'exécution des objets destinés aux églises qu'à
des hommes s'inspirant du sentiment religieux.
Depuis, à la fin du mois de mai, a eu lieu à Paris
\ Assemblée générale de catholiques, qui avait mis
à son ordre du jour l'art chrétien.
M. le baron d'Avril a donné lecture d'un rapport qui
est un modèle à imiter et un modèle à envier. A imiter,
pour l'art avec lequel a été dit, d'une fai;on claire et spiri-
tuelle, tout ce qu'il y avait à dire et rien de plus ; à envier,
parce que le rapport de M. le baron d'Avril ne consistait
pas à émettre des projets pour l'avenir et à exprimer des
désirs, mais qu'il disait des résultats, des succès. Ces suc-
cès obtenus par la Société de Saint-Jean pour le dévelop-
pement de l'art chrétien, nous les avons mentionnés déjà.
M. Vabbé Bonhomme a prononcé ensuite une allocution
pleine d'intérêt au sujet du chant liturgique. M. le curé de
Grenelle ne se proposait, a-t-il dit, que d'annoncer la
messe, accompagnée de chants grégoriens, qui devait être
célébrée le lendemain à Saint-Thomas d'Aquin. Cette
messe a été, en effet, chantée ce matin ; les chants liturgi-
ques ont été exécutés sous la direction de M. l'abbé Bon-
homme et cette seconde manière de plaider la cause du
chant liturgique était plus puissante encore que la pre-
mière.
COMME nous l'avons déjà annoncé, Le Con-
grès archéologique de France, sous la direc-
tion de la Société française d'Archéologie, tient
en ce moment sa cinquante-deuxième session à
Montbrison (Loire). Cette session a dû s'ouvrir le
jeudi 25 juin, dans la salie de La Diana.
'XHusccs.
jE Musée de l'Union centrale des arts décoratifs,
fermé pendant quelques mois, vient de
subir une transformation complète. Installé
au premier étage du palais de l'Industrie
(pavillon Nord-Est), ce musée occupe aujour-
d'hui quatre vastes salles où l'on vient de réunir, méthodi-
quement classées, plusieurs collections nouvelles, jusqu'ici
inconnues du public. Indépendamment des acquisitions
faites récemment par la Société de l'Union centrale,
nombre d'objets rares restés enfermés jusqu'à ce jour dans
des collections particulières (vases, poteries, tentures,
meubles anciens, etc.), prêtés par leurs propriétaires, figu-
rent dans ce musée réorganisé, dont la réouverture a eu
lieu vers le 15 mai. Ou va prendre des dispositions pour
établir une communication directe entre le Salon et le
Musée de l'Union centrale.
Parmi les acquisitions nouvelles, nous citerons : Un
panneau Louis X\'I, des cannelles en faïence de Rouen,
des faïences de Moustiers, des verreries de la Perse, des
faïences orientales, des plaques d'armures orientales niel-
lées d'or ou d'argent, des brocarts à branches serpentines,
style du XV'I' siècle, etc.
— î©^ K5f—
NOUS avons parlé dans notre livraison de janvier (v.
p. 134) de la création au palais du Trocadéro d'un
nouveau Musée exclusivement composé de moulages de
tous les chefs-d'œuvre dispersés dans les différents Musées
d'Europe. On travaille depuis quelques jours à l'installation
de ce Musée, qui occupera la vaste galerie de l'aile droite
du palais.
On a commencé à ranger les socles destinés à recevoir
les ouvrages de sculpture appartenant, pour la plupart, à
la statuaire. Cette nouvelle collection ne comprendra, en
effet, que des statues en pied, des bustes ou des bas-reliefs
représentant des personnages. Le monument proprement
dit en sera exclu, la galerie de l'aile gauche du palais étant
réservée à ce dernier genre démoulage.
Tous les morceaux de sculpture devant figurer dans ce
nouveau Musée seront classés dans un ordre chronolo-
gique, de façon à former une sorte d'histoire de l'art
antique, par la représentation de ses personnages les plus
célèbres et la reproduction des scènes empruntées à l'his-
toire ou à la mythologie.
— J©i K5i-^
N,î A. Goupil vient de léguer au Louvre un buste de
1. saint Jean par Donatello, et plusieurs belles tapis-
series du XV" siècle à la manufacture des Gobelins.
M. Bancel a donné au premier musée un tableau attri-
bué à Jean Perréal (.'), œuvre franco-flamande d'un grand
intérêt. Ce généreux amateur, qui a récemment consacré
un magnifique volume à la vie et aux œuvres de ce Jean
Perréal, peintre et valet de chambre des rois Charles \T I !,
Louis XII et François I"', vient d'offrir à la Bibliothèque
nationale deux des plus précieux documents cjui nous
soient parvenus sur ce grand artiste.C'est d'abord une
lettre du 15 novembre 1510, par laquelle Jean Lemaire
de Belges recommande à iVIaiguerite d'Autriche pour les
travaux de l'église de Brou, « maistre Jehan Perréal de
Paris, homme à ce propre, riche de science, d'amys,
d'entendement, d'ingéniosité, d'audace, d'honneur, d'avoir
ou d'auctorité, et qui désireroit de tout son cueur y faire
son chief-d'œuvre à peu de coust ».
L'autre document est une lettre de Jean Perréal lui-
même, en date du 9 octobre 151 1 ; il y rend compte des
projets qu'il avait conçus pour les constructions de Brou.
— JO^ ïOî—
LE Musée des Gobelins est définitivement fondé. On
ne saurait trop vivement louer M. Kaempfen d'avoir
proposé cette résolution, et M. Fallières de l'avoir adoptée.
On a compris, dit le Courrier de P Art, c^^ l'étiquette joue
un rôle considérable aux yeux du vulgaire et qu'on ne
croirait aux merveilleuses richesses historiques de notre
célèbre manufacture nationale, que lorsqu'elles seraient
publiquement consacrées par le titre de Musée. L'enseigne
nouvelle attirera autant de visiteurs, en effet, qu'il y en
avait relativement de peu disposés jusqu'ici à faire le
voyage des Gobelins, pour en étudier ou en admirer les
précieuses collections.
— K>^— }©<—
4i6
iRctiue tje rart cbrétien.
IL n'y a qu'une voix pour applaudir à la nomination de
M. Alfred Daroel à la direction de Musée des Thermes
et de l'Hôtel de Cluny ; M. du Sommerard ne pouvait
avoir plus digne successeur.
M. Gerspach, qui était à la tête du Bureau des Manufac-
tures nationales au ministère de l'Instruction publique et
des Beaux-Arts, remplace M. Darcel. C'est également un
choix digne d'approbation.
LE Musée d'Agen a pris depuis quelques années de
grands développements, sous l'action d'une société
libre dont on ne peut trop louer l'initiative, et la protec-
tion intelligente de la municipalité. Le conservateur,
M. Dombrouski, prépare un catalogue méthodique de ses
richesses. On y remarque le mobilier funéraire d'un chef
gaulois, découvert près de la ville, comprenant un casque
en fer fort curieux, un bracelet d'or massif, trouvé parmi
des poteries de l'âge de bronze, trois plaques de bronze
du IV' siècle, constituant des diplômes délivrés à Claudius
Lupissinius et portant le monogramme chrétien A îî au
pointillé, un des plus anciens exemples à date certaine de
ce symbole chrétien dans notre pays, une belle cheminée
du moyen âge, etc.
— J©S iOi—
LE musée céramique de Roiioi vient de s'enrichir
d'une pièce remarquable, qui figurait l'année der-
nière à l'exposition du palais des Consuls. Il s'agit du
carrelage au riche décor polychrome qui ornait autrefois
une des salles de la maison de Mme Lecocq de Villeray,
rue d'Elbeuf Ce panneau en faïenoe est appelé \ servir de
pendant au magnifique carrelage du château de la Bâtie-
en-Forez, acquis également par le musée céramique de
Rouen et qui provient aussi d'un atelier rouennais.
APRÈS un procès de 12 ans, la belle collection de ta-
bleaux du marquis Giacomo Zumbeccard vient d'être
remise à la Pmacothèque de Bologne. Elle comprend entre
autres richesses : un Sain- François du Dominiquin, un
Saint Jean- Baptiste de Simone da Pesaro, un Concerto du
Primatice, une Muse du Guerchin, un Louis Carrache, un
Tibaldi, un Albani. L'écule bolonaise y est représentée
par un Crucifiement de Palma, une .Mise au tombeau de
Véronèse, une Visitation an Tintoret, une Sainte Famille
du Corrège. Parmi les étrangers, on remarque une série
de compositions de Lucas d'Ûlanda (de Leyde) représen-
tant V Histoire d'Esther, un C/zw/ attribué à Albert Durer,
deux Metzu, un Van der Goes, un portrait de Van Dyck
et un groupe d'anges de Rubens.
En attendant que le gouvernement fasse construire un
Musée de l'art moderne, le ministre de l'Instruction publi-
que a décidé que les tableaux et statues acquis aux expo-
sitions nationales seraient provisoirement installés dans
les salles supérieures du palais de la via Nazionale.
NOUS trouvons parmi les récentes acquisitions delà
Xational Gallery, les œuvres suivantes : la Nais-
sance dic Christ, un Luca Signorelli payé £ l,30O' ; la
Montée au Calvaire, de Ridolfo del Ghirlandajo, £ 1,200;
le Christ en croix, d'Andréa del Castagno, £ I37'; une
Madone entourée de saints, du Sodoma, £ 160': Sainson et
Dalila, d'.A.ndrea Mantegna, £ 2, 362-'; la Madone avec
l'enfant Jésus, de Marco d'Oggione, £ 150'; Saint Jean-
Baptiste dans le désert, de Martino Piazz.i, £1x0; un
Portrait d'un jeune homme, par Antonello de Messine,
acquis ;\ Gênes pour ^ 1,040 ; une Madone, de Libérale
da Vérone et deux tableaux de l'école du Véronèse relatifs
à l'épisode de Trajan et de la 'V'euve, achetés, les trois
pour £ 240; un Portrait d'enja-it d'isaac van Ostade,
£ 840 ; Portrait d'homme attribué à Jacopo Carucci,
£ 50 ; la Mise au tombeau, tableau de l'école flamande
primitive, £ So'": le Christ truérissant unaveuok' et l'An-
7ionciation de Duccio di Buoninsegna, ensemble pour
£ 178.
U
A
N Art Treasures Muséum va être fondé à Folke-
stone.
LE Sénat de l'Université. d'Aberdeen a décidé la for-
mation d'un Musée d'antiquités relatives au comté
d'Aberdeen — Aberdeenshire — et au nord de l'Ecosse.
PARME, le Musée d'antiquités vient d'être merveil-
leusement réorganisé dans le Palaszo délia Pilotta.
AAREZZO, la réorganisation du Musée ne tardera pas
à être achevée dans les pli's intelligentes conditions.
— }©< ^©<—
LE Musée d'Alkmaar (Hollande) vient d'être doté de
son catalogue, rédigé par M. C.W. Bruinvis, président
de la commission du Musée, avec un soin digne d'éloges.
Dans un tableau systématique auquel il a consacré son
introduction, l'auteur a eu l'heureuse pensée d'établir le
classement de tous les objets relatifs à Alkmaar et à ses
environs, et de mettre en relief les artistes de la contrée.
Signalons plusieurs vues de la ville, du XVI= siècle. On
trouve dans le catalogue l'indication des trois tableaux
suivants :
24. Leyugementde Salomon. Peint en 1616.
25. La Justice du comte Guillaume III de Hainaut.
Peint en 1618.
26. La Justice durai Camhyse. Peint en 1620.
Ces trois tableaux sont de C. V'an der Heck.
Il est curieux de constater que précisément, le sujet : la
Justice du roi Camhyse était représenté sur « ung
drap point surtoille» que la ville de Mons acheta en 1498,
à Martin de Haulchin, clerc, et qu'elle fit placer dans la
maison de Pair.
M. L. de Villers, qui nous révèle cette particularité dans
l'étude savante que nous avons mentionnée ailleurs, fait
remarquer que le Musée de l'académie de Bruges pos-
sède deux tableaux peints sur bois représentant, l'un, le
jugement de Cambsye, et l'autre, l'écorchement de Sisamnis,
et que le premier est précisément daté de 1498.
Soit coïncidence, soit parenté d'origine, il y a entre ces
trois séries de peintures, des rapports curieux, que nous
signalons aux connaisseurs.
I. Co-talogus der Scliildcrijen en Oudtieden, aanwezig in tiet Ste-
delijli Muséum te Atttmaar, door C. VV. Bruinvis, V'oorzitter der
Commissie van ToeziclU. Alkma.ir. Herm. Coster enZoon, 1885. In-
18, de XIV et 44 pages.
ne ¥ï^e^oï^ De ©ï^evejs
PL XII
gouatèmc sikle
XII
COUVERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE
Hauteur 0, 26: largeur. 0, 18
CATHEDRALE. — XIP SIECLE
— t<■<■<^<7yy»'>«' —
Une large bande d'argent doré contourne la Crucifixion. Des plaques,
filigranées et gemmées, y alternent avec des plaques émaillées. L'émail,
champlevé, a été fabriqué sur les bords de la Moselle : il est toujours uni,
sans nuances et ses quatre couleurs sont le bleu lapis, le bleu clair, le vert
et le jaune. Il oppose quatre prophètes aux quatre évangélistes. De ces
prophètes, deux seuls se reconnaissent à leurs attributs : ce sont Moïse et
saint Jean-Baptiste. Les deux autres, placés en regard, déroulent un phy-
lactère. Peut-être pourrait-on les désigner comme étant Isaïe et Jérémie,
qui occupent le premier rang parmi les grands prophètes. Ils ont le nimbe
de la sainteté : jaune, comme le sol qu'il foule, pour celui de droite, debout
sur un fond bleu lapis ; foncé, également comme le sol, pour son vis-à-vis,
qui se détache sur un fond bleu clair. Moïse ressort sur un champ vert, son
nimbe est bleu, les deux tables de la Loi bleues aussi et le sol bleu lapis :
son rouleau le classe parmi ceux qui ont annoncé la venue du Messie. Saint
Jean, qui l'a montré, tend l'index et développe un phylactère. Son nimbe
est vert et le champ de la plaque bleu lapis. Pieds nus, en raison de sa
mission qui l'assimile aux apôtres, il est vêtu d'une peau de chameau et
brandit de la main gauche le glaive de sa décollation.
Les symboles des évangélistes occupent les quatre angles de la cou-
verture : il manque le lion de Saint Marc. Ailés, et figurés à mi-corps ils
tiennent une tablette ou un phylactère. Le bœuf et l'aigle ont un nimbe
bleu foncé, qui contraste avec le bleu clair du fond : il n'en est pas de
même de l'ange, où les nuances se présentent en sens inverse.
COUVERTURE D'EVANGELIAIRE
Les plaques de joaillerie, offreat invariablement, sur un courant de
liligranes dont les vrilles se terminent en tète de clou, un gros cabochon
central, entouré de huit petits. Le montage est uniforme, c'est-à-dire en
bâte à rebord dentelé. Le gros cabochon est généralement à arête et en
cristal de roche. Les autres gemmes sont des plus variées : saphirs, rubis,
rubis balais, émeraudes, plasmes d'émeraude. Quelques-uns des saphirs
et des balais sont percés de part en part, ce qui témoigne qu'ils ont été
autrefois enfilés et primitivement portés en collier. Un plasme d'émeraude,
à section cylindrique, est également percé et, comme à Aix-la-Chapelle et
à Cologne, un morceau de verre phénicien a été utilisé à titre de pierre pré-
cieuse ; enfin un des cristaux est moucheté de bleu.
Le nombre total des pierres est de soixante-douze, dont huit nicolos
gravés en intailles. Tous appartiennent aux bas-temps et accusent un
travail assez négligé. Le plus intéressant porte une inscription grecque :
K\C 0EOC, iU Qioç, un seul Dieu. Sur les autres, on voit deux hommes à
tète d'àne qui se serrent la main, un gladiateur, un soldat armé de la lance
et du bouclier, trois oiseaux et une plante marine.
Sur le panneau du milieu, dont l'encadrement au repoussé atteste
le XIL siècle, ont été appliqués trois morceaux d'ivoire, qui peuvent remon-
ter jusqu'au XL' siècle et proviennent d'ailleurs. Le Christ étend les bras
horizontalement, un jupon couvre les reins, les pieds posent sur un support
et les 3'^eux sont vifs. A droite, Marie, la tète voilée, porte la main gauche
à sa figure, comme si elle voulait essuyer des larmes. Saint Jean, de l'autre
côté, soutient de la droite son menton : la physionomie est pensive. Les
trois statuettes, élancées et sveltes, ont un certain cachet de dignité; elles
appartiennent incontestablement à l'art latin.
Dans la composition première, l'idée d'une crucifixion est fort accep-
table. On peut donc y voir comme thème général, la mort du Christ annon-
cée par les prophètes, se réalisant sur l'arbre de la croix et finalement pro-
mulguée par les évangélistes. Tout cela convient bien à un évangéliaire,
qui consacre toutes ses pages à la glorification de ITJomme-Dieu.
'^
QUESTION.
Chambl}-, 5 mars 1885.
Monsieur le Secrétaire,
L'ancienne Revue de l'Art chrétien dans ses
premières années a fait connaitre une utile publi-
cation : c'est l'album de broderies religieuses du
père Martin et de M. Hubert. Elle a eu le grand
et incontestable mérite d'être une initiative, mais
malgré ses précieuses qualités, il faut reconnaître
que depuis on a progressé et les dessins souvent
un peu maigres du père Martin ne répondent pas
à toutes les exigences de l'art ; je vous serais très
reconnaissant si vous pouviez me dire par l'organe
de la Revue, s'il existe quelque album similaire
et où il est édité. J'espère bien aussi que la Revue
de l'Art chrétien, fidèle à sa mission, éditera le plus
possible de bons modèles de broderies religieuses:
c'est ce qui manque le plus. On vit encore sur
le père Martin évidemment insuffisant. Éditer de
bons modèles c'est rendre un service signalé aux
œuvres des églises pauvres, à leurs zélées patron-
nesses et aussi, j'ose le dire, aux curés qui veulent
faire travailler sous leurs )'cux des ouvrières fort
habiles dans la main d'œuvre mais qui attendent
une direction.
Recevez, Monsieur, l'assurance de mes meilleurs
sentiments.
L. Maks.\ux,
Curé-doyen de Chambly, (Oise).
REPONSE.
Angers, 15 mars 1885.
L'ALBUM du R. P. Martin est le seul ouvrage
français que je connaisse. ^Malgré son insuf-
fisance, il eut le mérite d'ouvrir une nouvelle
ère à la broderie religieuse.
En Allemagne un ouvrage tout spécial ( T Orne-
ment d'Eglise) parut en 27 volumes de 1857 a 1 870
sous la direction de deux prêtres, MM. Laib et
Schwartz.On y donnait nombre de modèles (gran-
deur d'exécution) de croix de chasuble, chapes,
broderies sur toile tracées en rouge, bleu et or pour
aubes, nappes d'autel ou de communion, pales etc..
des projets d'autels, de vases sacrés, en un mot, tout
ce qui touche au mobilier religieux, mais princi-
palement des vêtements liturgiques. Le style
roman et celui du XV'-' au XVI"^ siècle étaient
assurément préférés par les auteurs. Le format,
grand in-S", avait un grave inconvénient, celui de
nécessiter de plier les planches indéfiniment.
La publication, interrompue en i870,fut reprise
avec succès en 1S73 par M. l'abbé Dengler, vicaire
de la cathédrale de Ratisbonne. Elle paraît
encore, mais d'une façon irréguh'ère, en cahiers,
petit in-folio, renfermés dans de larges enveloppes,
dans lesquelles les planches sont beaucoup
moins froissées que dans l'autre série.
Les premiers numéros seuls sont imprimés en
allemand, anglais et français ; les suivants en
allemand seulement. L'auteur, dans une excel-
lente introduction, avertit ses lecteurs qu'il s'est
mis en rapport avec l'institut de M'^"« Âlathilde
Jorres de Âlunich, dans le but d'ajouter à chaque
dessin de broderie une description exacte et
minutieuse.
Un article préparatoire, aussi clair que possible,
initie les lecteurs à la technique de la broderie, à
la connaissance des différents points, aux pro-
cédés à employer etc.... Onze livraisons ont paru
jusqu'ici ; elles renferment de beaux dessins de
broderies (croi.K de chasuble, chapes, antependia,
vitraux, vases sacrés, meubles, etc.).
Bien que le style adopté en général ne réponde
pas parfaitement au nôtre, surtout à notre XIII'^
siècle, cet ouvrage est fort recommandable. On
peut le faire venir de la librairie de S. Habbel à
Amberg.
J'avais tenté une publication analogue {ATé-
langes de décoration religieuse). Au bout de trois
années, j'ai dû l'interrompre, faute d'un nombre
suffisant d'abonnés. J'espère cependant qu'elle
n'a pas été sans résultat. Elle sera reprise, je
l'espère, par d'autres en des temps meilleurs.
Il m'est impossiblede terminer cette réponse sans
recommander aux amateurs de belles broderies
l'atelier de M. Louis Grosse, de Bruges, où j'ai fait
exécuter à la pleine satisfaction des plus diffi-
ciles, de bons travaux, entre autres plusieurs
chapes, avec la vie d'un saint, représentée en
petits personnages, de très belles bannières, etc.. .
C'est là qu'il faut aller chercher la résurrection
de cette broderie historiée, dont les scènes riva-
lisaient au moyen âge avec les miniatures des
manuscrits ('). L. DE Farcv.
I. U existe d'autres ateliers de broderie hautement reconiman -
dables, notamment ceux des Sœurs de l'Enfant JÉSUS, à Bruxelles
et à Simpleveld (Hollande). N. D. L. R.
^kt^kUkUk^kUkt^kf^k^k^idAid^^idAid^'^
Belîue lie
FHrt tïjrétien
X pnraîGruint rauri Icg tvoiG maid. J1|
28™e année. — 4° %érie.
-;; ^
f^amc 111/ C-xxxv bc la caiicction). 4;
4"^^ livraison.— octobre ^885. <^|
'7""''"'"*'""^ ■ giTtiimiir HVIH'i^^ffir?1'll»i«il'rT<t'^1f^^^^^^Wr?TTT»rT«rTTif?1f]3ggg^p'
^^li^^ lie triompbt te statut Erancois. ^m^m
C<>><<»><'@'><<>>g:<>:i^<>><<»>g:<>^s:<>3^<>>E;<>>s^^
<Ox<3.>
I. — %c CLMitcnairc bc pnint JriMiuaiii.
lEU fait naître les saints
selon les besoins de son
Église Comment expli-
quer ceux qu'il a choisis
230ur notre époque et
que nous avons vu pla-
cer sur les autels: sainte
Germaine, l'obscure bergère de Pibrac, et
saint Joseph Labre , le pèlerin mendiant
dont les vêtements misérables sont devenus
des reliques ? N'y a-t-il pas là une glorifica-
tion providentielle de la pauvreté, un grand
enseignement pour notre siècle si fier de ses
richesses et de ses progrès ? A quoi nous
servent les découvertes de la science, les
prodiges de l'industrie et le luxe des beaux
arts? Les hommes sont-ils plus heureux ? la
paix règne-t-elle sur la terre et la société
peut-elle espérer le retour de l'âge d'or ?
Jamais les besoins n'ont été plus nombreux,
l'ambition plus insatiable et la misère plus
irritée. Jamais le travail n'a été plus pénible
et le lendemain moins assuré. La Guerre est
partout ; le riche et le pauvre, le patron et
l'ouvrier sont des ennemis en présence.
Ceux qui souffrent et qui sont le grand
nombre, prétendent imposer à ceux qui
jouissent une chimérique égalité. Dieu a
voulu l'inégalité des conditions pour unir les
hommes par la charité. Changer ce plan, c'est
vouloir renverser les montasfnes et com-
bler les vallées. Alors plus de sources bien-
faisantes, de grands fleuves qui fécondent
les campagnes, mais des déserts arides ou
des marécages infects dont les miasmes
répandent au loin la mort.
Quelle solution donner à la question so-
ciale qui se pose d'une manière si mena-
çante ? Toujours la même : revenir au plan
divin et réconcilier les hommes dans la
vérité et l'amour. C'est ce que Notre-Sei-
gneur a fait, lorsqu'il est venu sauver le
monde qui périssait dans la corruption et
l'esclavage. 11 l'a fait par sa parole et son
KEVL'E DE LAKr CliKÊTIE.'J.
13S5. — 4"'^' LIVRAISON.
420
Ecuuc De rart cîjrcticn
exemple, en enseignant la pauvreté volon-
taire comme le meilleur moyen d'aimer
Dieu et le prochain, d'éteindre toutes les
ambitions, toutes les haines et de gagner
tous les cœurs. Lui, le Créateur et le riche
de toutes les choses, il s'est fait pauvre, et il
a déclaré parfaits ceux qui renonceraient à
leurs biens pour le suivre. C'est avec cette
troupe de pauvres volontaires qu'il a vaincu
le monde et affranchi les peuples de la ty-
rannie païenne.
Au XI 11^ siècle, la chrétienté était me-
nacée de retomber sous le joug de la vio-
lence et des passions; les guerres du sacer-
doce et de l'empire multipliaient les haines.
Les doctrines manichéennes soulevaient
contre l'Eglise l'ambition des princes et les
convoitises du peuple. Dieu alors donna au
monde deux grands pauvres volontaires :
saint Dominique et saint François s'unirent
pour combattre ensemble, et cette croisade
réussit mieux que les autres.
A notre époque, les mêmes dangers ré-
clament les mêmes secours. Les Albigeois
renaissent plus nombreux et plus habiles
qu'autrefois ; la lutte est engagée. Le repré-
sentant du Christ est prisonnier au Vatican.
Les pouvoirs civils persécutent l'Église au
nom de la liberté; ils organisent une oppres-
sion légale contre son culte et ses enseiene-
ments, ils proscrivent les religieux dont ils
redoutent le dévouement et la pauvreté.
C'est en effet par eux que l'Église peut
s'opposer à leurs théories sociales et en ar-
rêter les funestes conséquences. Dieu donne
aux chrétiens pour chefs, dans les combats
qui se préparent, les pauvres volontaires.
Saint François d'Assise, leur frère et leur
modèle semble descendre du ciel pour les
commander. Son tombeau a été retrouvé
de nos jours, et le Souverain Pontife a
convié le monde entier à célébrer son cen-
tenaire. C'est à cette occasion que ses en-
fants ont voulu élever un monument digne
de leur fondateur, en publiant sa vie illustrée,
véritable triomphe auquel ont pris part les
artistes de tous les pays et de tous les siècles.
IL — ICe libre illiistré.
LA préface de ce splendide volume est la
lettre encyclique de Sa Sainteté, Léon
XI IL Celui dont la parole infaillible retentit
jusqu'aux extrémités de la terre, glorifie saint
François et proclame son admirable ressem-
blance avec le Christ. Il le propose à l'imi-
tation de tous les fidèles et les invite à
s'enrôler dans les rangs du tiers-ordre, pour
défendre l'Église et la société contre les
erreurs contemporaines. Il charge tous les
évêques du monde catholique de prêcher
cette nouvelle croisade.
Les disciples de saint François ont ré-
pondu à l'appel du Souverain Pontife. Leur
livre est divisé en deux parties. La première
expose la vie du Saint d'après les auteurs
anciens et des documents inédits; elle résume
parfaitement les faits si simplement et si
pieusement racontés par Thomas de Celano
et par saint Bonaventure. On y retrouve le
parfum des Fioretti que nous a fait connaître
Ozanam dans ses Poètes Franciscains. La
seconde partie nous montre saint François
après sa mort, se survivant par son oeuvre
et son influence sociale. Le développement
de son Ordre a été si prodigieux qu'il a fallu
se borner à une sorte de statistique géogra-
phique et chronologique des couvents éta-
blis dans toutes les parties du monde. Ces
chiffres ont leur éloquence et montrent
quelle milice saint François a donnée à
l'Eglise. Sa famille se partage en plusieurs
observances qu'on peut classer en trois
branches principales : les Conventuels les
Observants et les Capucins. Tous ont eu de
grands saints et une glorieuse histoire. Les
Le triomphe ûc saint jFrancoi.0.
421
disciples de saint François eurent des sœurs
qui rivalisèrent avec eux de ferveur et de
pauvreté. Les Clarisses se répandirent dans
toute l'Europe, et les adoucissements appor-
tés à leur règle par les Souverains Pontifes
leur permirent de se consacrer aux bonnes
œuvres et à l'éducation des jeunes filles.
Enfin, par le tiers-ordre, saint François
recruta d'innombrables disciples qui s'effor-
cèrent d'imiter ses exemples.
Il est impossible de dire en quelques
pages ce que les trois Ordres franciscains
ont fait dans le monde; on en a seulement
quelque idée par des notices sur leurs mem-
bres les plus illustres. Il suffit de nommer
parmi les saints, saint Bonaventure, saint
Antoine de Padoue, saint Bernardin de
Sienne, sainte Claire, sainte Agnès, sa
sœur et sainte Colette qui fit revivre au
XV^ siècle la règle dans sa beauté primitive.
Le tiers ordre est noblement représenté par
sainte Elisabeth de Hongrie et par saint
Louis, roi de France.
La famille de saint François produisit
non seulement des apôtres et des martyrs,
mais encore des docteurs et des savants :
Alexandre de Halès, le maître de saint
Thomas d'Aquin, et Duns Scot, le Docteur
sîtbtil qui explore les chemins nouveaux :
Roger Bacon, qui entrevoit la science mo-
derne, le B. Raymond de Lulle qui révèle
les harmonies de l'ordre naturel et de l'ordre
surnaturel. Viennent ensuite les défenseurs
que Dieu envoie au secours de la chrétienté
menacée, saint Jean de Capistran et saint
Laurent de Brindes dont la parole et les
exemples arrêtent les Turcs qui envahissent
l'Europe ; les hommes d'État comme le car-
dinal Ximenès qui délivre l'Espagne des
Maures, et le Père Joseph du Tremblay,
\ Éiiiinencc grise, auquel Richelieu doit le
meilleur de sa politique et de sa gloire. Les
honneurs ne leur font pas abandonner leur
vie austère ; ils regrettent leur humble cellule
au milieu des splendeurs de la cour.
La mission spéciale des disciples de saint
François est d'être les amis et les bienfaiteurs
du peuple ; c'est pour lui surtout qu'ils se font
pauvres, c'est pour mieux l'évangéliser, le
consoler dans ses peines et le guérir de ses
vices. Nous voyons en Italie le B. Bernardin
de Feltre et ses frères organiser les monts-
de-piété pour défendre l'ouvrier contre
l'usure, et de nos jours, un capucin irlandais,
le Père Mathew, établir cette société de
tempérance qui arrache des populations
entières à la ruine et à l'abrutissement.
IIL — 5»DiiUcn(i*5 et niDiunncnta.
CET exposé rapide de l'action sociale de
saint François se termine par une étude
sur son influence dans l'art. L'auteur cherche
quelle a été l'action du pauvre d'Assise sur
la littérature, la peinture, la sculpture et l'ar-
chitecture au moyen âge. Le sujet est trop
vaste pour être traité en quelques pages,
mais l'illustration de l'ouvrage y supplée en
quelque sorte, et c'est elle surtout qui doit
intéresser les lecteurs de la Revue de l'art
chrétien.
Ce magnifique volume est un vrai monu-
ment élevé à la gloire de saint François.
L'impression fait honneur aux presses de
M. Pion. Le format est plus grand que
celui des livres illustrés ordinaires, afin de
donner plus de place aux grandes composi-
tions et aux nombreuses gravures qui ornent
le texte. Le choix en est très sérieux et très
intelligent. Les chromolithographies sont
rares parce qu'elles sont souvent plutôt des
objets de luxe que des œuvres d'art ; les
reports multipliés que demande la variété
des couleurs altèrent nécessairement le des-
sin. Sur plus de deux cents gravures, on en
compte trois seulement, mais elles sont ac-
422
IRcuuc De l'ilrt cljrcticu.
compagnées de belles eaux-fortes et d'hélio-
gravures remarquables. Les ornements qui
commencent et finissent les chapitres sont
de charmantes lettrines, tirées des manus-
crits, des détails d'architecture, des sceaux
et des médailles, ayant rapport comme les
sujets, à la vie de saint François et à l'his-
toire de son Ordre.
L'ensemble de cette illustration peut être
comparé à une de ces fêtes que les villes
organisent pour célébrer un événement
Morieux ou la mémoire d'un o-rand homme.
Orléans, par exemple, célèbre l'anniver-
saire de sa délivrance et réveille tous les
souvenirs de Jeanne d'Arc, en ornant de
drapeaux et d'arcs de triomphe, les lieux té-
moins de ses victoires. Un cortège historique
les parcourt et rappelle les grands capitaines
qui ont sauvé la France, en suivant la jeune
fille inspirée. De même pour célébrer le
centenaire du glorieux pauvre d'Assise, ses
disciples ont organisé une fête à laquelle ils
ont convié toute la terre. Les artistes ont
été chargés de l'orner et d'en perpétuer les
magnificences. Ils l'ont fait en représentant
les lieux illustrés par la présence de saint
François et en chargeant les grands maîtres
de toutes les époques de raconter sa vie et
ses miracles.
Les paysages et les monuments sont la
partie de l'illustration la plus remarquable
comme gravure. Les vues sont photogra-
phiées avec goût et gravées avec une éton-
nante perfection. Les plans sont bien con-
Tombeau de sainte Claire, (XIII"-" siècle.)
(Londres, Musée de South-Kensinglon.)
serves, et la lumière, loin d'être affaiblie, est
très précise et très harmonieuse. L'artiste a
corrigé les duretés que donnent certaines
couleurs. Nous croyons qu'il est impossible
de mieu.x faire. On admire les beaux hori-
zons de rOmbrie, ce ciel transparent, cette
douce nature qu'aimait tant saint François,
ces montagnes, ces vallées, ces charmantes
solitudes qu'il parcourait avec ses disciples,
en chantant son cantique au soleil, ces petits
couvents où rieurit encore la pauvreté,cette
porte où Dante proscrit venait demander la
pai.K et où on trouve toujours une fraternelle
hospitalité ; puis tous ces lieux célèbres
dans l'histoire de l'Ordre. Assise avec son
vieux château en ruines, et les grandes
lignes du Sagro Convcnio, Notre-Dame-des-
Anges, le lac de Pérouse et le mont Alver-
le triompfjE De saint jTrancois
423
ne où l'amour crucifia saint François, ces
pentes escarpées et ces rochers sauvages qui
se fendirent comme celui du Calvaire au
moment où Notre-Seigneur expira.
Les monuments sont aussi bien gravés
que les paysages. Les grandes églises fran-
ciscaines y sont représentées ; la basilique
d'Assise avec ses entrées différentes, ses
galeries et ses cloîtres intérieurs ; Sainte-
Croix de Florence ; VAra Cœli et l'église
des saints Apôtres à Rome, l'église de Saint-
Antoine de Padoue, avec ses coupoles orien-
tales et ses minarets chrétiens ; cette gra-
vure surtout est un chef-d'œuvre.
IV. — KC'^gliGE b'aéGipc.
L'Eglise de Saint-François d'Assise est
une grande date dans l'histoire de l'art
chrétien, car elle marque le triomphe de
notre style ogival et le développement mer-
veilleux de la peinture, en Italie. Le frère
Élie qui succéda dans l'Ordre au saint fonda-
teur ouvrit un concours pour élever sur son
tombeau un monument digne de lui. Un
artiste du Nord, Jacques l'Allemand, obtint
la préférence. Il fit son œuvre et fonda une
école qui enrichit les villes d'Italie de leurs
plus beaux édifices. A Florence, Arnolfo di
Lapo, son élève, bâtit Sainte-Marie-des-
Fleurs et l'église franciscaine de Sainte-
Croix. Les architectes dominicains, Fra
Sisto et Fra Ristoro élevèrent Santa-Maria-
«oz'é'//ia;que M ichel-Ange admirait et appelait
^.■a, fiancée. Sienne, Pise, Lucques, Bologne,
Orviete, Rome même, eurent leurs églises
de style ogival, mais cette imitation de notre
architecture ne fut pas servile. Le génie
national se l'appropria, et Giotto surtout
l'influença par l'ornementation de l'église
d'Assise et par les motifs charmants dont
il encadra ses compositions. C'est à lui
qu'on attribue le Campanile de Florence,
gracieux spécimen du style italien au
moyen âge.
La Vie de saint François explique pour-
quoi son église est devenue le sanctuaire
de l'art chrétien. L'amour est la grande ins-
piration de l'art ; saint François en a été un
ardent foyer qui a rayonné sur le monde.
Il avait entendu l'appel du Christ, et il l'a
tellement aimé qu'il a tout quitté pour sui-
vre ses traces, depuis l'étable de Bethléem
jusqu'au sommet du Calvaire. Il s'est iden-
tifié avec lui et il a pris pour épouse, sa
compagne fidèle, la sainte pauvreté que son
siècle méprisait. Saint François est devenu
fou d'amour, et cet amour débordait sur la
nature entière. Il l'aimait parce qu'il y voyait
l'amour du Créateur, et il invitait tous les
êtres à s'unir à lui pour chanter ses louan-
ges. Mais c'était surtout les hommes qu'il
appelait à partager son amour. Sa charité
s'épanchait à flots sur eux pour adoucir
leurs souffrances et sauver leurs âmes.
Ce fut une nouvelle prédication del' Evan-
gile, une apparition du Christ. Rien n'est
plus persuasif que l'amour qui a pour prin-
cipe la vérité. Les populations s'émurent ;
les artistes furent séduits par cette révéla-
tion vivante du beau, par cette lumière qui
éclaira tout à coup l'Orient et l'Occident « et
là où était le corps, se rassemblèrent les
aigles» ('). De toutes les villes d'Italie,
vinrent des pèlerinages au tombeau de saint
François. Les Q^rands maîtres de toutes les
écoles l'ornèrent de leurs chefs-d'œuvre,
et quand les murs de la Basilique en furent
couverts, ils déposèrent leurs ex-voto dans
les autres églises de la ville. Assise fut le
rendez-vous des peintres les plus célèbres:
Cimabuë, Pietro Cavallini, Giotto, Simone
Memmi, Taddeo Gaddi, Buftalmaco, Giot-
tino, y ont laissé leurs plus belles composi-
tions. C'est là qu'il faut étudier les premiers
I. S- Mattli. XXIV, 28.
424
iilcDuc De rart cbtétien.
temps de la peinture italienne et ses mer-
veilleux développements ; c'est là que les
artistes pourront bien comprendre les prin-
cipes et le but de l'art chrétien. Pour le
prouver, nous citerons le témoignage du
Père Besson, bon juge en pareille matière,
car s'il n'eût pas sacrifié ses pinceaux à sa
vocation religieuse, il eût rappelé dans ses
œuvres la sainteté de fra Angelico et la
noble simplicité de Lesueur. Ses peintures
Cathédrale d'Assise,
de Saint-Sixte ont été admirées par Over-
beck et par Flandrin.
Le Père Besson écrivait à son ami Cabat,
le célèbre paysagiste: «Je suis à Assise
depuis quinze jours et je ne saurais vous
dire combien j'y suis heureux. Figurez-vous
Le tciompf)C Oc saint jfrancois.
425
une petite ville, bâtie en amphithéâtre sur
le penchant d'une montagne, ayant à ses
pieds une riche campagne que borde un
magnifique horizon; tout y respire le calme
le plus pur, la tranquillité la plus douce; les
habitants en sont pauvres et pieux. Comme
les étrangers y viennent rarement, tout y
a conservé les allures anciennes ; je m'y
plais infiniment.
« Depuis que j'y suis, je n'ai encore visité
qu'une seule église, celle de Saint-François.
La vénération toute particulière que j'ai
pour ce grand saint, la beauté de l'église
elle-même et les peintures qui la couvrent,
font que j'y passe des heures si délicieuses
qu'il ne m'est pas encore venu le plus petit
désir d'en visiter d'autres. J'essaie bien de
faire quelques croquis, mais dans les pein-
tures que j'ai sous les yeu.x, il y a tant
d'élévation, tant de pureté que l'on peut
dire d'elles que ce sont des choses plus
admirables qu'imitables.
« Si vous venez à Assise, vous verrez
combien la peinture chrétienne était grande
à son début, quel goût exquis avait présidé
au choix de tous les matériaux dont devait
se composer son œuvre, combien la piété
alors s'alliait à la noblesse et à la beauté,
de telle sorte que la forme de ces choses
était presque toujours à la hauteur des
sujets. Je ne vous parlerai de rien en parti-
culier, car pour entrer dans un détail,
quelque petit qu'il soit, il y aurait trop à
dire: les scènes les plus touchantes, les élans
de l'âme les plus ardents, les méditations
les plus douces et les plus pures sont peints
sur les murs avec une vérité qui fait de
tout, une source inépuisable d'émotions
consolantes et fécondes. Rien ne m'a encore
autant touché, et je vous avoue que, si
j'avais à choisir.je préférerais cette peinture
à toute autre, mais je sens bien péniblement
la différence qu'il y a entre notre siècle et
celui-là, combien notre foi est petite, notre
piété avare en comparaison !
« Il est impossible de vous dire avec
quel amour tout a été peint. Jusqu'au plus
petit rien, tout y fait preuve de la généro-
sité des artistes. Comme on voit qu'ils étaient
pénétrés de la présence de Dieu et qu'ils
cherchaient bien plus que l'admiration des
hommes ! Notre-Seigneur bénissait les
œuvres de ses ouvriers, et si, pour laisser
quelque aliment à leur humilité, il ne leur
donnait pas la perfection de la science que
le monde admire, il les en récompensait
bien largement d'un autre côté, en répan-
dant dans ce qui était spirituel, l'abondance
de son onction et de sa grâce. Que d'âmes
pieuses ont été consolées, en les regardant!
Ne jouissent-ils pas maintenant beaucoup
plus d'un pareil fruit que de celui qu'aurait
pu leur apporter le néant d'une gloire
mondaine (') ? »
Y. — %\Kt M uiDucu àgc. %'ibit et
LES admirateurs passionnés de la Re-
naissance sont incapables de bien
comprendre ces peintures ; ils traitent de
Prérapha'élistes ceux qui les aiment, en leur
prêtant les idées les plus bizarres et les
théories les plus absolues. — • A les en
croire, ces fanatiques du moyen âge sont
ennemis de tout progrès; ils confondent l'art
religieux avec le mysticisme et le condam-
nent à l'imitation d'une époque, aux types
hiératiques, aux poses et aux draperies
byzantines. Ils proscrivent toute étude de
la nature ; ils ont horreur de tout mouve
ment vrai, de toute figure expressive, et ne
veulent que des images dévotes qui aident
à prier dans les oratoires.
Nous ne connaissons personne qu'on
I. Vie du Pire Besson. 2'-" édit. p. 50.
426
ïRcuuc De l'art cf) rétien.
puisse accuser de semblables énormités.
Pour nous, voilà près de trente ans que
nous soutenons des doctrines contraires et
que nous avions proposé fra Angelico de
Fiésole comme le plus parfait modèle de
l'artiste chrétien, parce qu'il a toujours cher-
ché le progrès « en demandant tour à tour
à la tradition, à la nature et à l'antique, les
moyens derendre ses saintes inspirations (').»
Si nous avons vu dans la Renaissance, une
décadence de l'art chrétien, ce n'est pas
parce que les artistes ont étudié la nature,
c'est parce qu'ils ne l'ont pas choisie et
appropriée aux idées qu'ils devaient rendre;
ils l'ont isolée du sentiment religieux, et
ils ont cherché avant tout, à faire admirer
dans leurs œuvres la science du dessin et
l'harmonie de la couleur. Le but, la perfec-
tion de l'art est d'élever, de spiritualiser la
nature visible, et, quoi qu'en dise Charles
Blanc, un rayon de lumière ne suffit pas
pour diviniser les plus ignobles figures (^).
Toute œuvre d'art se compose d'une âme
et d'un corps ; l'artiste, comme le Créateur,
doit approprier le corps à l'âme, la forme à
l'idée.de manière à en manifester l'existence,
la vie, à en communiquer la puissance, l'ex-
pression.En sculpture et en peinture comme
en architecture, la convenance est la pre-
mière qualité requise. Il faut que la nature
convienne à l'idée comme le mot à la chose
qu'il désigne, et c'est pour cela que l'idée
doit choisir la nature et précéder la forme,
parce que c'est elle qui en est le principe, la
cause, la substance ; c'est elle qui en fait
l'unité, qui en harmonise toutes les parties
et en règle tous les détails.
La supériorité de l'art antique est dans
cette convenance de la nature, cette ressem-
blance de la forme avec l'idée. Quand l'artiste
grec admirait une idée dans Homère ou
1. Vie de Fra Angelico. ch. xiv.
2. Lart chrétien. Lettres d'un solitaire t. II, p. 307.
Platon, et voulait la traduire en sculpture
ou en peinture, il empruntait à la nature
humaine tout ce qui pouvait la rendre vi-
sible et communiquer à ses concitoyens le
sentiment qu'il avait éprouvé, en lisant le
poète ou le philosophe. Il créait un type qui
personnifiait l'idée et qui devenait Jupiter,
Minerve ou Apollon ; et ces œuvres d'art
étaient si belles que la Grèce leur bâtissait
des temples et leur prodiguait son encens.
Elles surpassaient la nature humaine qui
avait servi de modèle, parce que l'artiste qui
l'avait copiée, l'avait perfectionnée, en effa-
çant les détails inutiles et les défauts indi-
viduels. Il représentait ainsi tout ce qui lui
semblait vrai et beau dans le monde phy-
sique et social: l'ordre, l'harmonie, la lumière,
la puissance, la justice, la patrie, le courage,
le devoir, l'amour qui fonde la famille et les
vertus qui la rendent heureuse. Il emprun-
tait à la nature des formes et des symboles;
il créait des dieux, des demi-dieux, des
héros, des mythes pour exprimer l'idée qu'il
avait conçue ; et plus cette idée était vraie
et grande, plus la nature dont il la revêtait,
devenait belle, tandis que si l'idée descen-
dait des hauteurs de la philosophie aux pas-
sions vulgaires, aux convoitises de la sensa-
tion, la nature se déformait, s'avilissait ; la
beauté disparaissait. Les admirables théories
des Panathénées faisaient place au triomphe
de Bacchus et à son grossier cortège.
L'art chrétien, comme l'art antique, doit
demander à la nature les moyens de rendre
visible l'idée, mais la difficulté est plus
grande, parce que l'idée est incomparable-
ment supérieure. Ce n'est pas dans Homère
ou Platon qu'il la trouve, c'est dans l'Évan-
gile. Cette idée est une vérité révélée, une
idée de Dieu même, un souffle de vie qu'il
inspire à l'âme pour la faire à sa ressem-
blance. Il ne s'agit plus de spiritualiser la
nature, il faut la diviniser, et si l'artiste ne
ïLe triomphe De saint jTrancois.
427
réussit pas, c'est par impuissance, et non par
système ; il ne veut pas détruire la nature,
mais au contraire la perfectionner comme le
fait la grâce.
Par nature, il ne faut pas entendre seule-
ment la nature matérielle et visible, mais la
nature dans son ensemble, son immensité,
cette création, cette hiérarchie des êtres qui
unit le plus simple atome aux substances les
plus parfaites, qui progresse dans la vie et
la beauté, qui arrive à la nature humaine,
à la nature angélique, à la nature divine
même, par l'incarnation du Verbe, de l'idée
infinie, éternelle. Le progrès de chaque être
dans la nature est de tendre vers son centre;
sa perfection est de s'unir, de s'assimiler
aux êtres d'une nature supérieure, et cette
gradation qui existe dans la nature inorga-
nique, végétale et animale peut aussi se
réaliser dans la nature spirituelle avec l'aide
de Dieu et le concours de notre volonté.
Dieu créateur et rédempteur veut nous faire
monter jusqu'à lui et n'être qu'un avec nous;
tel est le plan divin, et l'art chrétien doit
s'efforcer de le suivre, en idéalisant la nature
visible, pour la rendre digne d'exprimer la
vérité et de la faire aimer.
Les amateurs de la Renaissance préten-
dent qu'elle a inauguré l'étude de la nature
et qu'elle en a eu seule l'intelligence et
l'amour. Le contraire est prouvé par l'his-
toire. L'art chrétien n'a jamais répudié l'étude
de la nature, et dès l'origine, il a été docile
aux leçons de l'art antique qui l'avait portée
à une rare perfection ; mais en adoptant ses
types et ses symboles, les artistes des cata-
combes cherchèrent à les approprier aux
vérités nouvelles qu'ils voulaient exprimer.
La convenance de l'idée et de la forme était
difificile à trouver au milieu des violences
de la persécution et des invasions barbares;
le travail fut lent et progressif. A Rome
comme à Constantinople, il suivit les phases
de la civilisation et dut passer parles naïve-
tés de l'esquisse et les tâtonnements de
l'ébauche avant d'arriver à la perfection.
L'art chrétien étudie avant tout le sujet ; il
s'efforce de le rendre par la vérité de la com-
position, la justesse du mouvement et l'in-
tensité de l'expression. C'est peu à peu qu'il
ajoute au principal, les qualités accessoires,
la fidélité du dessin et le charme de la cou-
leur. Depuis le XI 11^ siècle jusqu'au XVI^,
il est toujours en progrès ; chaque généra-
tion d'artistes augmente ses conquêtes.
Giuntade Pise, Guido de Sienne, Cimabuë,
Giotto, Taddeo Gaddi, Orcagna, Fra Ange-
lico, Benozzo Gozzoli, Le Pérugin, préparent
Raphaël et montrent par leurs œuvres
comment il faut utiliser les beautés de la
nature.
La Renaissance n'avait qu'à suivre leurs
exemples, mais elle dissipa son héritage
comme le prodigue ; elle abandonna les tra-
ditions de l'art chrétien et l'idée qui en est
l'inspiration, pour inaugurer un art à'itniia-
tion, un art de la nature qui l'appauvrit au
lieu de l'élever, de la spiritualiser ; car il la
limite, il l'abaisse aux choses ordinaires de
la vie, tandis que sa mission était de mani-
fester et de glorifier le Créateur.
Non, la Renaissance n'a pas l'intelligence
et l'amour de la nature puisqu'elle la dé-
tourne de son but et la profane même, en
l'employant à flatter les sens et les passions.
L'artiste chrétien comprenait et aimait la
nature parce qu'il y voyait la puissance et
la bonté divines ; son œuvre était un acte
d'adoration et de reconaissance. L'artiste
de la Renaissance au contraire séparait la
nature de son Auteur et l'isolait ainsi de
son principe et de la fin. S'il l'aimait, c'était
de cet amour égoïste et faux qui ne cherche
que son plaisir et son intérêt dans l'objet
préféré ; la gloire et la fortune étaient ses
grandes inspirations. Aussi les résultats
KEVUE DE l'art CHKÉTIEN.
1885. — 4'"*^ LIVRAISON.
428
IRctiue Dc rart cfjrcticn.
ont été bien différents. L'artiste chrétien en
étudiant pieusement la nature a développé
son talent ; le succès a été sa récompense,
l'Église a béni et protégé son œuvre. Il a
trouvé dans le peuple plus que des admi-
rateurs, une multitude d'amis et de frères
qui ont partagé ses pensées et ses senti-
ments, tandis que l'artiste de la Renais-
sance, en imitant servilement la nature, est
tombé dans une rapide décadence et n'a
obtenu, avec l'argent des princes, que l'ap-
probation de quelques rares connaisseurs.
Nous pourrions, pour le prouver, citer bien
des noms et comparer ces peintures véné-
rées, ces grands poèmes qui décorent les
églises d'Italie à ces tableaux des musées
que les touristes vont admirer sur la foi
d'autrui et qui ne rendent pas les hommes
meilleurs ; mais il nous suffira de montrer
par l'iconographie de saint Françoisd' Assise
que la perfection de l'art chrétien est dans
l'élévation de l'idée et la convenance de la
forme.
VI. — Xc yorruait tic çaiiit j'ranroîG.
AU XI 11^ siècle, la vieille école grecque
et 1 école italienne se disputaient la
prééminence; toutes les deux firent le portrait
de saint François. Le plus ancien est celui de
Subiaco ; on le croit fait de son vivant, par
un moine bénédictin, en souvenir de sa vi-
site. L'inscription indique seulement le frère
François, fr. fraciscv; le Saint n'a pas en-
core les stigmates et tient un parchemin où
on lit, FAX HUic DO.MVi, paix à cette maison.
L'ordre de Saint-Benoît est l'aîné de la
famille monastique, et en cette qualité, il a
toujours protégé ses plus jeunes frères et
veillé sur leur berceau. On retrouve son sou-
venir aux premières pages de leur histoire.
Saint Dominique de Silos fut le patron de
saint Dominique des Frères Prêcheurs, et ce
fut dans le monastère de Monserrat que saint
Ignace répondit à l'appel de Dieu, qui vou-
lait l'employer à sa plus grande gloire. Saint
François avait reçu des religieux bénédic-
tins ses premiers couvents ; il accomplit en
1222, un pèlerinage de reconnaissance au
célèbre sanctuaire de l'Ordre, vénéra les
souvenirs du saint Patriarche et fit fleurir
des roses sur les ronces qui lui avaient ser-
vi à triompher de Satan.
Saint François n'a pas posé sans doute
pour son portrait; on ne peut y voir sa ressem-
blance, mais il doit être fidèle pour son cos-
tume primitif, sa robe grossière et la grosse
corde qui lui sert de ceinture. Le style rap-
pelle la vieilleécole grecque, comme les deux
portraits qui ont été faits, peu de temps
après sa mort. Le premier a été exécuté par
Giunta de Pise en 1230 sur une planche du
brancard de ses funérailles; le second fait en
1235, par Bonaventure Berlingheri, en est
presque une copie. La pose est la même, et
les mêmes compositions l'encadrent ; on y
retrouve les traditions byzantines, les pro-
portions exagérées, les gestes e.xpressifs,
mais sans aucune préoccupation de la forme.
Le progrès se montre dans deux autres por-
traits qui se trouvent à Subiaco. Le premier
conserve encore le style de la vieille école,
mais dénote une étude sérieuse de la nature;
le second est postérieur à Giotto et indique
son heureuse influence.
VII. — a?iotta. 4.5aturali«4nic et mp^ti*
GIOTTO est le grand peintre de saint
François ; c'est lui sans doute qui l'a fait
le plus ressemblant. Pour fixer ses traits, non
seulement, il a consulté la tradition encore
vivante et les témoignages de ses premiers
disciples, mais il a étudié, médité sa vie et
ses vertus; il a aimé, prié, enseigné son hé-
iLe triomphe De saint jTrancois.
429
ros et il a composé à sa gloire un poème
admirable dont il a reçu la récompense ; car
c'est à saint François que Giotto doit le
meilleur de son talent, le progrès qu'il a fait
faire à la peinture italienne, et la placed'hon-
neur qu'il occupe dans l'histoire de l'art.
Nul artiste n'a exercé sur son époque une
pareille action, n'a réuni tant d'élèves, pas-
sionné tant de villes, décoré tant de monu-
ments ; et cette puissance, cette royauté
c'est dans l'église d'Assise qu'il l'a reçue.
L'école italienne e.xistait avant Giotto ('),
elle était distincte de l'école byzantine dont
elle écoutait cependant les leçons. Les
vieux maîtres grecs, exilés par les icono-
clastes, avaient apporté en Italie des types
religieux consacrés par le temps et la persé-
cution. Les artistes les accueillirent avec
respect et en conservèrent lesgrandes lignes,
mais ils en corrigèrent peu à peu la raideur
et les défauts par la vérité du dessin, par la
vie et la variété des figures. Le progrès se
montre surtout dans Cimabuë, le maître de
Giotto. La madone qui eut les honneurs du
triomphe à Florence, rappelle les madones
byzantines par la composition, mais elle
leur est bien supérieure par la simplicité des
draperies, le charme de la couleur et la dou
ceur des expressions.
Il y a plus qu'un progrès dans Giotto, il y
a une révolution de l'art, une sève nouvelle
que lui donne l'étude de la nature ; et cette
étude devient nécessaire par le sujet que
l'artiste doit rendre. Saint François est en-
core présent, il vit dans ses miracles, dans
son culte et ses disciples. Ce ne sont plus des
faits anciens, l'histoire de Notre-Seigneur,
de la Vierge et des Apôtres, qu'on peut ren-
dre par des formes traditionnelles, ce sont
des événements contemporains qui néces-
sitent la ressemblance des personnes ; la
fidélité des costumes, la vérité des détails.
I. Vie defra Angelico, Ch. I, p. 48.
Il n'y avait pas à chercher la convenance de
l'idée et de la forme, elle existait, il fallait
la copier, et Giotto l'a fait avec un grand
talent. Cette étude de la nature lui donne sur
l'art une heureuse influence, et parce qu'elle
est toujours au service de l'inspiration reli-
gieuse. On a vu dans le peintre de saint Fran-
çois, le père de deux écoles rivales, par son
naturalisme et son mysticisme (').
Le naturalisme et le mysticisme, quel
sens donner à ces mots dans l'histoire de
l'art.'' La Révolution a bouleversé le langage
comme les idées; il a fallu inventer des mots
nouveaux ou torturer les anciens pour expri-
mer nos erreurs modernes. Dans son En-
cyclique pour le centenaire desaint François,
Sa Sainteté Léon XIII dénonce le natura-
lisme comme l'hérésie la plus dangereuse
de notre époque. Ce naturalisme n'est cer-
tainement pas l'étude de la nature, mais le
matérialisme révolté qui exclut Dieu de la
nature, ou le panthéisme absurde qui le con-
fond avec elle pour diviniser l'homme et
l'affranchir de toute loi, de toute morale.
L'art ne peut se rattacher à ce naturalisme
que par un réalisme grossier ou par un
sensualisme corrupteur. Si par, naturalisme,
on veut e.xprimer seulement l'amour de la
nature, il faut distinguer le naturalisme chré-
tien, qui est l'amour de Dieu dans la nature,
et le naturalisme de la Renaissance, qui est
l'amour de la nature, sans Dieu. Rien n'est
plus légitime que le naturalisme chrétien, car
Dieu lui-même s'aime dans son œuvre.
Saint François en était embrasé ; il prêtait
son âme à toutes les créatures pour glorifier
leur Auteur. L'art chrétien doit faire de
même, et s'efforcer par l'étude de la nature,
d'acquérir les moyens d'exprimer les vérités
les plus sublimes sans crainte d'être accusé
de mysticisme.
Le mysticisme, encore un mot qui reçoit
I. Guide de Pari chrétien, t. J,p. 65.
430
iacDuc De rart cOrcticn.
des interprétations bien différentes. Il y a
des critiques d'art qui l'appliquent à des
peintures religieuses sans le comprendre.
Le mysticisme pour eux est une rêverie
pieuse, une dévotion exagérée, ennemie de
tout progrès, de toute recherche du beau.
Le mysticisme est le cléricalisme de l'art
qu'il faut combattre. Dans le langage de
l'Église, le mysticisme est un état mysté-
rieux, une intimité divine qui élève l'âme
au delà du monde visible et lui fait entrevoir
dans l'éblouissement de l'extase, quelques
rayons des perfections infinies. Les saints
qui jouissent de ce privilège de la grâce,
refusent d'en parler, tant les mots leur sem-
blent incapables d'exprimer ce que jamais
l'œil de l'homme n'a vu et son oreille enten-
du. Il y en a cependant qui en ont balbutié
quelque chose, et des théologiens ont étudié
cette vie surnaturelle pour en admirer les
merveilles ou en prévenir les égarements.
Il y a donc des auteurs mystiques, mais y
a-t-il des peintres mystiques, et ce mot n'est-
il pas bien ambitieux pour indiquer le carac-
tère religieux de leurs œuvres } Le pin-
ceau doit être encore plus inhabile que la
parole à représenter ces visions spirituelles.
Si l'art est impuissant à en exprimer les
mystères, il peut du moins en donner quel-
que idée, en reproduisant les traces qu'elles
laissent sur le visage des voyants et les
phénomènes qu'elles déterminent dans leur
existence. Le front de Moïse reflétait la
lumière divine qui l'avait inondé au som-
met du Sinaï, et saint François d'Assise au
mont Alverne recevait sur son corps l'em-
preinte ineffable de l'amour du Christ.
N'avons-nous pas vu à notre époque, Louise
Lateau transfigurée par l'extase, et ne pou-
vait-on pas suivre dans son [regard les
phases de sa contemplation }
Non seulement l'artiste peut voir le
mysticisme sur le visage de l'homme, mais
encore il peut l'exprimer par des faits et
des symboles. Quoi de plus mystique que
l'Évangile. Tous ses enseisfnements tendent
à l'union divine et nous révèlent des vérités
inaccessiblesàla raison humaine. Mais Notre-
Seigneur nous les explique par sa vie, et les
met à la portée des plus simples par de
touchantes paraboles, pour nous apprendre
à n'être qu'un avec lui, comme il n'est qu'un
avec son Père. Il est la vigne et nous som-
mes les rameaux ; il est le bon pasteur,
l'époux de nos âmes, et il nous convie à
des noces éternelles. L'art chrétien peut
ainsi revêtir d'images ces vérités surnatu-
relles et communiquer par ce moyen, les
sentiments qu'elles doivent faire naître dans
les cœurs, car la vérité est le principe du
beau, et par conséquent de l'amour. Il serait
absurde de prétendre que l'élément mystique
est contraire au progrès de l'art et qu'il fait
sacrifier la forme aux sentiments. C'est l'idée
qui élève et perfectionne la forme, et si le
sentiment la fait oublier quelquefois, il en
dédommage par la force de l'expression qui
est le but réel de l'art. N'y a-t-il pas souvent
beaucoup plus de charme et de puissance
dans la naïveté, la vivacité d'un croquis que
dans la science d'une œuvre plus achevée ?
L'artiste chrétien ne négligera jamais systé-
matiquement la forme, mais il la soumettra
au principal qui est l'idée religieuse, et en
cherchant sa convenance, il tendra toujours
à la perfection.
Ce qu'on appelle le naturalisme et le
mysticisme de Giotto n'est que cette conve-
nance de la forme et de l'idée religieuse
qu'on admire dans ses œuvres, et surtout
dans les peintures qu'il a consacrées à la
gloire de saint François. L'illustration de
sa vie en donne un grand nombre, et malgré
l'imperfection inévitable des gravures, on
peut y apercevoir le génie et la piété de
l'artiste.
ile triompbc De saint jrrancois
431
VIII. — %t
mam\ii)aL
yociiic bc aTMDttD. Ji'avc
G I OTTO est franciscain d'esprit et de
cœur; il représente avec amour.l'épopée
du héros de lapauvreté, il en fait ressortir le
caractère poétique et chevaleresque. Par ses
peintures de l'église supérieure d'Assise, il
trace le chemin par lequel le Saint est monté
au ciel, et il élève sur son tombeau, à l'entrée
de lajérusalem céleste,un arc de triomphe oîi
il résume sa vie et les causes de sa gloire. On
peut admirer ce poème dans l'ouvrage illus-
tré ; les gravures sont petites et exécutées
sur d'autres gravures; ces traductions, ces
trahisons successives ont affaibli l'œuvre de
l'artiste, mais la composition reste et donne
une idée de son mérite. Parmi ces trente-
deux sujets, nous signalerons surtout Saint
François se dêpotùllant de son manteau potcr
un pauvre (page 24), U audience d Innocent
III, (p. 40), La Messe de Noël à Greccio (p.
200),I! épreîivedu feu proposée atix prêtres du
Soudan{\>. 134), La source dît mont Alverne
oùboitle célèbre altéré q^\ ravitles altérésde
naturalisme et leur fait oublier le mysticisme
de saint François, source véritable de l'eau
miraculeuse (p. 229). Quant à l'exécution de
ces peintures, il faut les voir, les étudier
pour bien l'apprécier; il y a une fermeté, une
énergie de dessin, une largeur de plan, une
simplicité de modelé qui étonnent, quand
on cherche à les copier. Du reste, nous en
avonsunspécimen dans le tableau du Louvre
représentant saint François recevant les
stigmates: l'illustration en donne une bonne
héliogravure (p. 234).
Les peintures les plus remarquables sont
assurément les quatre grandes compositions
qui couronnent l'autel principal de l'église
inférieure. Les beaux dessins qu'en a faits
M. Fritel permettent d'admirer avec quel
bonheur et quelle vérité l'art peut exprimer
les idées religieuses.
Giotto avait à rendre une des vérités les
plus sublimes de l'Évangile, la Béatitude
de la pauvreté, la première proclamée par
Notre-Seigneur.le principe, la mère de toutes
les autres.: Beati patiperes spiritu : qîioniam
ipsorum est regnum cœlorum. Ce renonce-
ment parfait de la volonté donne la douceur,
la miséricorde, la paix, la pureté du cœur,
l'amourde la justice, la consolation au milieu
des larmes et la joie de la persécution.
Giotto glorifie cette béatitude en saint
François avec toute la foi, la science et la
poésie du moyen âge.
François, le chevalier du Christ a,
comme les autres chevaliers, une dame qui
occupe toutes ses pensées, qui inspire toutes
ses actions: c'est la Pauvreté, la veuve bien-
aimée de Notre-Seigneur qu'il a laissée en
ce monde, quand il est allé régner à la droite
du Père. L'ambition de François est de
l'épouser. Deux anges vont la demander
pour lui, en portant au Ciel, les trophées
de ses deux premières victoires, le riche
vêtement qu'il a donné à un pauvre et la
petite église deSaint-Damien qu'il a réparée.
Notre-Seiajneur descend célébrer le mariag-e.
La Pauvreté sur un rocher aride, est expo-
sée à toutes les insultes; un chien aboie
après elle, et des enfants lui jettent des
pierres et mettent des épines sous ses pieds
ensanMantés ; mais derrière sa tête fleu-
rissent les roses et les lis. Sa robe trop courte
et en lambeaux est sans tache. Elle a des
ailes pour s'élever au-dessus des choses de
la terre; elle est belle et souriante malgré sa
maigreur et ses privations. Les anges qui
l'entourent l'admirent, et les vertus lui
offrent des présents. Saint François lui met
au doigt l'anneau nuptial; elle devient son
épouse, sa reine; il fera pour elle de grandes
conquêtes et lui donnera des sujets fidèles
432
Ectiuc De l'3rt chrétien.
dans tout l'univers. Son exemple a déjà des
imitateurs; à sa droite, un jeune homme
revêt un pauvre de son manteau, tandis qu a
sa eauche, des mauvais riches et des avares
résistent aux exhortations d'un ange (p. 66).
A l'épouse, à la reine, il faut des dames
d'honneur ; saint François les lui donne par
les vœux d'obéissance et de chasteté.
L'obéissance et la chasteté sont les amies,
les parentes de la pauvreté. La chasteté
religieuse n'est-elle pas la pauvreté des sens,
le renoncement à des jouissances permises;
et l'obéissance, la pauvreté de la volonté, sa
soumission à un supérieur?
La Chasteté habite un château fortifié
dont les abords sont gardés par des anges et
de vieux guerriers, armés de toutes pièces.
Elle prie dans le donjon élevé et surmonté
d'une cloche d'alarme. Deux anges sont à
son service. Elle a pour compagnes la
Pureté, S. munditia et la force, S. forti-
TUDO. Du haut de la muraille crénelée, la
Pureté présente à un jeune homme qui veut
être chaste, la blanche bannière du combat
tandis que la Force lui montre la couronne
de la victoire. Au premier plan des anges
plongent le jeune homme dans une fontaine
et lui donnent un second baptême pour le
purifier de toute souillure et le revêtir de
vêtements nouveaux. A droite, saint Fran-
çois aide trois personnes à gravir le rocher
sur lequel est bâti le château; ce sont un
religieux, une femme et un homme du
monde qui représentent sans doute les trois
ordres qu'il a fondés. A gauche, la Pénitence
armée de verges, chasse l'amour sensuel ;
les anges et les vieux guerriers refoulent
les démons dans l'abîme en leur montrant
la croix {p. 216).
Sous un élégant portique, l'Obéissance
assistée de la Prudence et de l'Humilité,
impose à saint François le joug de la vie
religieuse. Elle a pris l'apparence et le man-
teau d'un supérieur, et elle met le doigt sur
ses lèvres pour indiquer qu'il faut obéir sans
observations et sans murmure. Saint Fran-
çois prend lui-même le joug pour le placer
sur ses épaules. Derrière lui, deux disciples
vont le recevoir à leur tour. Les anges age-
nouillés assistent pieusement à la cérémonie.
Un ange montre l'Obéissance à un centaure
dont les passions sauvages se révoltent et
repoussent toute dépendance de la volonté.
Dans la partie supérieure, saint François
est enlevé au Ciel par les liens mêmes du
joug dont il a goûté la douceur (p. 184).
Ainsi c'est par les trois vœux de la vie
religieuse que saint François est entré dans
la gloire, et Giotto nous rend témoins de son
triomphe. Le Saint est assis sous un dais
magnifique que surmonte la bannière du
Christ. Il est revêtu de la dalmatique des
diacres, toute resplendissante d'or. D'une
main il tient la croix, emblème de sa victoire,
et de l'autre l'Evangile qu'il a enseigné par
sa parole et son exemple. Autour de son
trône, les anges sont dans l'allégresse et
célèbrent ses louanges. Ceux qui sont devant
lui portent des fleurs symboliques, des lis,
des palmes et des épis. D'autres jouent de
divers instruments. Nul artiste n'a mieux
représenté que Giotto ces purs esprits qui
exécutent les ordres de Dieu. Il a évité les
formes trop enfantines ou trop féminines de
la Renaissance, et il les a revêtus de grandes
aubes qui en font les ministres de la liturgie
divine; et cela, avec une variété de mouve-
ments et d'expressions impossible à décrire.
Ce triomphe de saint François est un chef-
d'œuvre. Malgré les ravages du temps et
le peu de jour qui l'éclairé, son effet est
éblouissant. On dirait les dernières clartés
d'une vision céleste (p. 336).
A la suite de Giotto, les peintres de son
école honorent saint François et se plaisent
à reproduire les compositions du maître.
le triomphe De saint jFrancois
433
Au moyen âge, comme dans l'antiquité,
lorsqu'une œuvre avait mérité la faveur
publique, les artistes ne craignaient pas de
l'imiter, en y ajoutant l'originalité de leur
talent. C'est ainsi que Puccio Capanna refit
à Pistoie, le triomphe de saint François. Le
Saint est assis sur un trône d'une belle
architecture; les anges lui donnent un con-
cert, tandis que d'autres expriment leur joie
par des danses gracieuses (p. 269).
Un des sujets le plus souvent répétés
est le mariage de la Pauvreté. Sano di Pietro,
de l'école siennoise, en a fait une idylle
charmante. Le Saint et son compagnon
rencontrent dans un site solitaire, les trois
vertus bien-aimées. Saint François met au
doigt de sa chère Pauvreté l'anneau des
fiançailles. Les trois vertus s'envolent au
Ciel pour lui en montrer le chemin; mais
la Pauvreté détourne encore la tête et salue
d'un doux regard son fiancé (').
Dans une petite église des environs de
Sienne, se trouve aussi un tableau du XV^
siècle représentant l'exaltation de saint Fran-
çois ; il est dans une gloire de Séraphins et
sur son auréole on lit ces mots : Patriarcha
Paupervm Franciscvs. Il domine la mer du
monde et foule aux pieds l'orgueil, la luxure
et l'avarice qui sont portés sur des animaux
symboliques (').
IX. — lies artiétcp bc la Ixcnniépaiiic.
L'ILLUSTRATION de la vie de saint
François offre comme une galerie de
tableaux où on peut étudier l'histoire de l'art
depuis Giotto jusqu'à nos jours. Les maîtres
de toutes les écoles y figurent par des œuvres
remarquables. Fra Angelico cependant n'y
est pas dignement représenté. Le saint
François qui sert de frontispice au vol-ume
1. P. 192. Ce tableau publié par Rosini appartient main-
tenant au duc d'Aumale.
2. P. 193. V. Mélanges cTardiéologù; t. II, p. 28.
est emprunté à la grande fresque du chapitre
deSaint-Marc. Cette belle composition a été
malheureusement détériorée par le temps et
surtout par des restaurations maladroites.
Le fond a été repeint; la couleur et le dessin
sont altérés (') et saint François est un des
plus maltraités. Reste la pose qu'il est diffi-
cile d'apprécier, séparée de l'ensemble. Il
est vraiment regrettable que le talent de
M. Gaillard ait été employé à facsimiler
cette ruine. Il y avait tant d'autres saints
François à choisir. Fra Angelico l'a repré-
senté dans plusieurs de ses tableaux, près
de ses madones, dans le Coici'07memeni du
Louvre, le Paradis de la galerie de Florence
et dans ses jugements derniers. Pour saint
François comme pour saint Dominique, il
n'a pas adopté un type unique. Il a étudié la
nature et l'expression sur différents religieux
qui reflétaient le mieux la sainteté.
Saint François a été convenablement re-
présenté par les artistes de la Renaissance,
sa vie du reste prêtait peu aux nudités
païennes. Les plus fidèles à son culte furent
les disciples de Savonarole. Le moine réfor-
mateur, loin d'être l'ennemi de l'art, en vou-
lait le progrès et le défendait contre la
corruption des mœurs (-). Son heureuse
influence paraît surtout dans les œuvres
sorties de l'atelier d'Andréa délia Robbia.
Ces terres cuites, émaillées et si bien con-
servées, nous montrent comment la forme
peut rendre l'idée et à quelle perfection
l'art pouvait atteindre, en suivant une
esthétique vraiment chrétienne. Saint Fran-
çois y figure avec honneur. Nous signale-
rons principalement les belles gravures,
représentant le baiser de saint Dominique
et de saint François (p. 106), saint François
donnant la rèzle du tiers-ordre à saint Louis
et à sainte Elisabeth (p. 163), et la ravis-
1. Vie de Fra Angelico, p. 284.
2. L Art chrétien. Lettres d'un solitaire. \'II, 3. p. 121.
434
Ectiiic tJC rart cbtcticn.
santé Nativité à laquelle assistent avec les
anges, saint François et saint Antoine de
Padoue (p. 430).
La Renaissance offre une grande variété
de types de saint François, et beaucoup ne
semblent pas appartenir à la stricte obser-
vance. Tous portent le caractère de leur
école et de leur temps. On dirait un con-
cours d'artistes. Libre à chacun de décerner
le prix selon ses préférences. Le Pérugin
n'est représenté que par une étude d'après
un jeune religieux. L'auréole et les stigmates
en font un saint François (p. 400). Raphaël
est absent ; il eût facilement surpassé son
maître par le saint François qui prie la
madone de Foligno. Celui du Corrège est
charmant et relève sa robe avec beaucoup
de grâce (p. 144). — Titien a pris pour
modèle un de ses amis qui recommande
à l'enfant Jésus la noble et belliqueuse fa-
mille Pezaro (p. 400). — André del Sarte
en fait un savant théologien qui discute le
mystère de la sainte Trinité en présence de
sainte Marie Madeleine et d'un saint Sébas-
tien qui, selon l'usage, est très peu habillé
(p. 192). Paul Véronèse le fait jouer avec le
petit saint Jean, devant la sainte Famille
(p. 40S). Tous ces peintres ont certainement
beaucoup plus de talent que de dévotion.
Vient ensuite l'école des Carraches et ses
types vulgaires. Annibal Carrache, son chef,
représente saint François malade sur son
lit, disant son chapelet, en écoutant la mu-
sique d'un ange qui joue du violon pour le
récréer (p. 405). Le Guerchin se lance dans
le mysticisme; un ange lui explique symbo-
liquement la sublimité du sacerdoce ; on ne
sait pourquoi le Saint se passe la corde au
cou comme pour s'étrangler (p. 212).
L'école espagnole est plus chrétienne et
Murillo lui fait honneur par une de ses plus
belles compositions. Saint François repousse
du pied le monde et tient embrassé Notre-
Seieneur crucifié dont le bras se détache de
o
la croix pour le presser sur son cœur. Deux
petits amours portent l'Évangile ouvert à
ces paroles: Qiti non rcniintiat omnibus qjiœ
possidet, non potest esse meus discipidus. Ce
groupe est de trop, la pensée de l'artiste est
lumineuse comme son tableau (p. 34). Zur-
baran traite son sujet avec une réalité
saisissante, mais avec une vérité incomplète;
il ne suffit pas de photographier un moine
en prière ou étendu mort par terre pour
représenter saint François (p. 258, 411).
La statue d'Alfonso Cano nous le montre
en extase. L'austérité de l'ensemble et l'ex-
pression de la figure impressionnent vive-
ment. Le regard du Saint plonge dans
l'infini (p. 2S0).
Que dire de l'école flamande ? Rem-
brandt fait poser un moine dans une grotte
pour un effet de lumière. Le moine est à
genoux, avec un crucifix, un livre et une tête
de mort (p. 60).
Le saint François de Teniers est meublé
de la même manière, à l'abri d'un rocher,
mais il est distrait et détourne la tête, comme
s'il entendait au loin les cris joyeux d'une
kermesse (p. 61). Quant à Rubens, il a
poussé la vulgarité de la forme jusqu'à
l'inconvenance. Il a choisi des portefaix
d'Anvers pour leur donner la robe de moine.
Celui qui reçoit les stigmates, semble effrayé
de l'étrange Séraphin qui lui apparaît (p.
412). Rubens seul a eu l'idée de déshabiller
saint François pour le faire communier à
l'heure de la mort. De vieux moines qui
l'entourent l'empêchent de tomber. Cette
composition semble être une grossière con-
trefaçon de la Communion de saint Jérôme
par le Dominiquin (p. 256). Que nous
sommes loin d'Assise et de Giotto !
La vieille école française est représentée
par le seul tableau de Lahire qui est au
Louvre. Le sujet est légendaire; c'est la
le triomphe De saint jFrancois.
435
visite du pape Nicolas V à saint François
■en prière dans son tombeau (p. 265).
L'école moderne nous offre le carton d'un
vitrail dessiné par Ingres : saint François
enllammé d'amour pour la croix. L'expres-
sion est un peu forcée et ressemble à une
crise nerveuse (p. 415). Flandrin, plus chré-
tien que son maître, a mieux rendu le
Séraphin d'Assise, dans ses peintures de
saint Vincent de Paul. C'est une des plus
belles figures de cette procession de saints
qui cheminent de la terre au ciel (p. 2S9).
Enfin le charmant tableau de Bénouville
nous fait assister à la dernière bénédiction
que saint François donne à sa ville natale.
Les grandes et paisibles lignes du paysage
sont pour beaucoup dans la douce émotion
que produit la scène (p. 252).
Il serait facile de citer d'autres œuvres
contemporaines à la gloire de saint Fran-
çois. Sa vie est toujours féconde ; elle peut
inspirer le talent des artistes comme la
charité des petites soeurs des pauvres. L'art
■chrétien n'est pas mort ; il sommeille seule-
ment et l'Église le réveillera au jour de la
victoire, lorsqu'elle aura triomphé des per-
sécutions présentes. Il faut s'y préparer par
l'étude du vrai et du beau. Ce sont les efforts
individuels qui vaincront les obstacles et
rendront à l'art sa mission sociale.
X. — KCa «idcnrc et rnmaiir de ï'nrt
L'I LLUSTRATION de la vie de saint
François résume pour ainsi dire l'his-
toire de l'art, en nous montrant dans un seul
sujet la différence des époques et des écoles.
Si nous ne l'avons considérée qu'au point de
vue religieux, ce n'est pas que nous mépri-
sions les arts d'imitation développés par la
Renaissance. Nous les aimons au contraire
et nous désirons leur perfection, pourvu que
ce soit au profit du bien et non du vice. Ils
procurent des jouissances légitimes aux con-
naisseurs qui seront toujours le petit nom-
bre, car le peuple ne sait pas apprécier la
vérité du dessin et l'harmonie des couleurs.
Il ne voit dans un tableau que le fait qu'il
représente et le sentiment qu'il exprime.
C'est pourquoi il s'agenouille plutôt devant
une peinture naïve du moyen âge que devant
le chef-d'œuvre d'un grand maître.
Qu'il nous soit permis, pour conclure et
pour nous défendre des théories exclusives
qu'on nous attribue ('), de citer ce que nous
écrivions en 1857, dans la Vie de fra Ange-
lico de Fiesole. Nous la terminions, en pro-
posant le saint religieux comme le meilleur
guide à suivre dans la renaissance de l'art
chrétien, et nous disions : « C'est à lui qu'il
faut reprendre la tradition interrompue ; il
faut, à son exemple, croire fermement aux
dogmes,méditer l'Évangile et en admirer les
beautés dans la vie des saints ; il faut aussi
les étudier dans les œuvres des maîtres des
écoles anciennes qui sont les pères de l'art
chrétien, non pas pour en imiter le vieux
style, mais pour en suivre les types, qui sont
les définitions des vérités à rendre. L'art a
besoin, comme la religion, d'une autorité
doctrinale qui donne à tous les mêmes vé-
rités.
« L'artiste chrétien doit étudier la na-
ture. N'est-ce pas pour exprimer la vérité
que Dieu a fait toutes les merveilles du
monde visible.-' Qu'il s'en pénètre donc et
qu'il les reflète en luttant avec son divin
modèle ; qu'il emploie, comme une langue
docile, la noblesse des proportions, la sou-
plesse des lignes, la magie de la lumière,
l'harmonie des couleurs, et qu'il les réunisse
sur la figure de l'homme pour que la nature
entière glorifie son Auteur.
« Toutes ces beautés, l'artiste peut les
I. Le Monde, 10 avril 1885.
REVUE DK l'art CHKÉ'riEN.
1885. — 4'"*^ LIVRAISON.
436
îacuuc De rart cljrcticn.
étudier dans les œuvres de ceux qui les ont
consacrées à de vaines idoles. Il peut, comme
le peuple d'isracl, prendre les vases précieux
de l'Egypte, pour aller sacrifier au vrai
Dieu dans le désert. L'art antique est un
riche métal que sa main doit fondre pour en
décorer le sanctuaire. Tout ce qui est beau
est chrétien ; qu'il s'approprie donc cette
pureté de goût, cette perfection de forme,
cette simplicité, cette mesure qui brillent
dans les monuments de Rome et d'Athènes.
Le paganisme que nous avons à craindre,
c'est le paganisme de nos âmes ('). »
I. Vte dcfra Angelico, Ch. XH', p. 369.
Nos principes sont toujours les mêmes et
nous les avons développés dans nos « Lettres
d'un solitaire ». Nous conseillerons toujours
aux artistes l'étude intelligente de la tradi-
tion, de la nature et de l'antique, afin de
rendre dignement la vérité par la forme ;
mais pour y parvenir, il ne suffit pas de con-
naître la vérité, il faut encore l'aimer. La
science et l'amour sont les deux ailes qui
élèvent l'âme vers Dieu et la perfection ; la
science et l'amour doivent s'embrasser
comme saint Dominique et saint François.
E. Cartier.
Fer cL hosties conservé au couvent de Greccio. Hostie faite avec le moule de Greccio.
Retjue Dt l'Hrt t\)xttxm<
PL. XVI.
n
I. — Calice de saint Gérard (X' siècle).
(r.aliccs à an9cs.
^
^^M^^^^^^^^^^^^^^^:^::^:^::^::-^::^:-^::^::^::^:^
y^/■v^v^v^/•v.v^•/^7^/^/■v^y^•/^•,^S/^•/^y^•/^•/^^
&
CCalices ïie saint Gcrarli et lie saint -Josse.
I^S^li^S® X)'aprc.s les arcbitics bcncDictincs. iB^1BBriBB>lB
:S^^:;<^z^^^7^y^•/^y^y^/^•/^c^•/^\^ ^S^^^^^^^^^^^^^^-^S'^S^S^^S
C'est ce dernier privilège, le plus précieux
en archéologie, qui nous rappelle les deux
calices de saint Gérard et de saint Josse; et
ce sont ces dessins, copiés dans les papiers
de Montfaucon pour notre grande collec-
tion (') de calices, que nous mettons ici sous
les yeux des lecteurs de la Revjie.
Montfaucon en constituant ses vastes
recueils de monuments, cherchait de tous
côtés, il demandait qu'on les lui fit connaître
et surtout qu'on lui en fournît les copies. Il
avait des correspondants dans beaucoup
de pays qui s'efforçaient de satisfaire sa
curiosité, et d'apporter leur pierre à sa grande
entreprise. Leurs lettres sont curieuses ;
elles montrent ce grand homme, si avide de
science, écrivant, interrogeant, n'obtenant
pas toujours des réponses suffisantes, mais
rencontrant le plus souvent des hommes
empressés et fiers de lui prêter leur con-
cours. Elles donnent l'idée des difficultés
qu'il trouvait à obtenir de bons dessinateurs,
difficultés que les communications lentes de
son temps compliquaient pour lui ; elles re-
tracent,en un mot, ces péripéties des corres-
pondances archéologiques, dont les joies et
les déboires ne sont compris que de ceux
qui s'y livrent.
Au dessin du calice de saint Gérard que
nous empruntons à ces documents, est atta-
ché non seulement le souvenir de Rlont-
ES calices à anses ont
figuré dans la liturgie
primitive ; les anciens
avaient des verres à
boire, garnis d'anses, et
le bon sens indiquerait,
à défaut de nombreux
monuments, que les apôtres durent en faire
usage pour consacrer. Les pierres cimeté-
riales répètent à l'infini cette forme de
vases où l'intention mystique du graveur
n'écartait pas certainement l'imitation si
naturelle en cette circonstance des vaisseaux
sacrés. Les mosaïques de Ravenne et de
Classe présentent des calices anses d'un
caractère liturgique incontestable dont nous
retrouverons la reproduction presque tex-
tuelle dans les vases éblouissants de richesse
du trésor de Venise.
S'il y eut des calices simples comme à
Lamon (VI^ siècle), à Kremsmunster {VI I^),
à Werden (IX^), la tradition antique des
anses se perpétua à travers toute la période
des Carlovingiens ; on peut le voir sur l'i-
voire de Francfort, le sacramentaire de
Drogon, et surtout le calice de saint Gau-
zelin à Nancy ( ►J< 963), peut-être la seule
épave de ce genre que n'ait pas engloutie la
Révolution. On en saisirait encore mieux le
fil, sans ce vandalisme de la fin du XVI 11^
siècle qui nous a ravi tant de précieux spé-
cimens ; pour la plupart le souvenir même
en est effacé, pour plusieurs nous avons
encore quelques lignes de description; enfin
pour quelques-uns nous possédons des
dessins.
I. Ch. Rohault de Fleury : La messe, études a>-c/it'ûlo<^igucs
sur ses monuments. Les trois premiers volumes ornés
chacun de plus de 80 planches gravées, et pourvues d'un
texte, ont paru chez des Fossez, 13, rue Bonaparte. Les
suivants comprendront les vases sacres, les vêtements
sacerdotaux et les divers objets de la sainte liturgie.
438 .
ïacuuc oc rart chrétien
faucon mais le nom de l'illustre Dom Cal-
met ('). Dans une lettre d'envoi datée du
12 janvier 1726, celui-ci commence par
entretenir son correspondant de sujets de
librairie ; il lui mande qu'il a trouvé deux
acquéreurs pour son ouvrage et lui indique
la manière dont les ballots doivent être
adressés. Il aurait lui-même désiré se procu-
rer des livres du grand bénédictin, malheu-
reusement il est livré dans son monastère à
des travaux de construction qui absorbent
ses ressources. Il ajoute enfin qu'il lui envoie
un dessin du calice de saint Gérard. En effet
ce dessin sur une feuille de papier séparée,
était inséré dans la lettre ; finement tracé
et ombré à la sanguine, il a laissé quelques
traces de crayon rouge sur la lettre elle-
même. Calmet l'avait accompagnée de la lé-
gende suivante, écrite de sa propre main.
Quelque part, il s'excuse de sa mauvaise
écriture, laquelle offre parfois des lettres
mal formées, mais reste toujours ferme et
accentuée.
« Autour de la coupe sont gravées l'image
« de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge,
« de saint Pierre, de saint Paul et de six
« apôtres, en tout dix personnages.
« Autour du pied du même calice sont
ofravés les emblèmes des auatre évan^é-
listes ou des quatre animaux d'Ézéchiel.
« Calice de saint Gérard, évêque de Toul,
« mort en 994, conservé dans l'abbaye de
« St-Mansuy, près la ville de Toul. Il est
« d'argent doré ; haut de cinq pouces, cinq
« lignes. La couppe a quatre pouces et demy
« de diamètre, le pied autant de diamètre ;
« la patène a six pouces en tout de diamètre
« et le diamètre du milieu de la même pa-
« tène quatre pouces et demy. Au centre on
« voit l'agneau pascal portant une croix avec
« une petite bannière. »
I. Dibliolhcque nationale, fonds latin iiçis, /'• gS et çg.
Dom Ruynart l'avait déjà vu à Toul en
1696; dans son « Ifer litterarhini », il nous
en a laissé cette description: « Dans le tré-
« sor il existe un antique calice avec deux
« anses sur lequel sont représentées diverses
« figures qui paraissent avoir été sculptées
« il y a environ 700 ans. Aussi nous suppo-
« sons que ce calice fut donné par saint Gé-
« rard dont on conserve aussi la chasuble
« et l'aube. »
Dans le Voyage littéraire de detix béné-
dictins nous lisons simplement qu'ils virent
(17 17) « dans l'abbaye de Saint-Mansui,
« fondée par saint Gérard, le calice de ce
« saint dont la coupe est fort large et qui a
« des ances et son aube qui est aussi fort
« large par le bas ('). »
Mention est encore faite de ce calice par
Gerbert qui le vit, peut-être un des derniers,,
à la fin du XVI Ile siècle (=).
On pourra compléter sur le dessin ce que
ces descriptions offrent de trop laconique:
on y verra que les personnages étaient placés
chacun sous une arcade avec colonnes torses
que surmontaient un chapiteau ionique
et un petit fronton. Le Sauveur nimbé,
debout, bénissait de la main droite et tenait
un livre de la gauche. Le nœud était formé
de côtes entre deux rangs de perles.
Sur le pied, entre deux zones d'ornements,
on voit gravé le lion symbolique de St Marc,
qui semble.appuyé sur ses pattes de derrière,
prêt à s'élancer ; on distingue difficilement
les autres attributs vus en raccourci.
Ce dessin, quoique d'une médiocre gran-
deur, est tracé avec assez de soin pour qu'on
puisse deviner le style, et ce style confirme
le jugement chronologique que D. Ruinart
et D. Calmet, à deux reprises différentes,
ont porté sur ce vase. Le petit portique
sous lequel sont figurés les saints, ses co-
1. Voyage litt. II, 130.
2. Veius Lilurgia Alcinannica, i.
Calices De saint ©érarti et te saint 3losse.
439
lonnes ont encore cet accent que les ouvriers
carlovingiens surent souvent emprunter à
l'antiquité avec une étonnante habileté ;
d'une autre part la manière du nœud, l'éva-
sement du pied sur lequel les attributs évan-
géliques nous annoncent déjà les composi-
tions symboliques dont se couvriront bien-
tôt les calices, sont des traits de l'époque
romane. S'il nous est permis de former une
résultante moyenne de ces deux observa-
tions, nous convergerons vers une époque
de transition placée entre les carlovingiens
et les romans, et nous pourrons reconnaître
dans ce calice, à la suite des bénédictins,
une relique de saint Gérard (963-994).
Nous n'avons pas placé d'abord, dans la
double étude que nous nous sommes propo-
sée ici, le calice de saint Josse, qui vivait au
Vile siècle, parce qu'il nous paraît impos-
sible de souscrire, comme pour le précédent,
à l'authenticité de la tradition et de le faire
remonter à cette époque reculée. On pourra
s'en convaincre en jetant les yeux sur les
dessins que nous en a aussi conservés
Montfaucon(i).Ces dessins, datés de i730,et
signés F. S. Retel, sont seulement au crayon
et négligés sur certains détails; néanmoins,
comme ils sont de la grandeur de l'original,
et qu'ils nous le montrent sur les deux faces,
on peut juger le caractère du travail.
La lettre d'envoi est intéressante et nous
demandons permission de la transcrire quoi-
qu'elle n'ait pas intégralement trait à l'ar-
chéologie du calice. Elle met en relief
les difficultés et les retards qu'avaient
Montfaucon et ses correspondants dans leurs
recherches.
« A St-Josse-sur-mer, 27 juillet 1730.
« Mon Révérend Père,
« Au mois d'octobre dernier j'eus l'honneur
« de vous dire que nous avions un calice
I. Bibl. nat., fonds latin il 907.
« digne de remarque, qu'il y en avait aussi
« un autre venant du même saint, dont nous
« parlerons, en l'abbaye de St-Josse-au-bois,
« dit Dom-Martin prémontrés ; j'eus l'hon-
« neur de leur mander que le leur et le nôtre
<( méritoit d'avoir place dans vos ouvrages. . .
« Ces messieurs m'envoyèrent un chifon de
« dessin qui n'étoit point à vous présenter...
« St-Josse dont le Père était Juthaël, roy
« de la Basse-Bretagne, qui mourut en 618
« se retira dans la même année dans le
« Ponthieu pour éviter la courousse que son
« frère aisné voulut lui defferer. Celui-cy
« s'apelloit Judichaël et estoit âgé de 27 ans
« lorsqu'on le couronna en 6 1 8, et saint Josse
« de 25 ans lorsqu'il vint en ce pays de
« Ponthieu où il demeura 7 ans, durant
« lesquels il prit les SS. Ordres dans le châ-
« teau du comte Haymou qui l'avait reçu
« en 618 ; il passa ces 7 ans, en 625 il se
« retira dans une cabane ou hermitasfe en
« un lieu nommé en ces temps brahic où a
« été l'abaye Devaloir aujourd'huy couverte
« des sables de la mer, entourée de la rivière
« d'Authie. En 633 il changea de lieu et vint
« planter son piquet à Rimach, sur le bord
« de la rivière de Cancho où est aujourd'huy
(( notre abaye. Il fut à Rome en 650 alors
« âgé de 57 ans et à son retour il eut ce mi-
« racle qui a rendu précieux les 2 calices
« de Dom Martin et de saint Josse. Saint
« Josse célébrant un jour, un ii^ de juin
« en présence du comte Haimon la Ste
« Messe, au moment de la consécration
« aparut au-dessus de sa tête une main
« céleste qui bénit l'oblation et celuy qui
« l'offroit et une voix fut entendue qui
« disoit, etc.
« On tient qu'il se servoit alors de ces
« deux calices dont je vous donne le détail
« ou plutôt la description ; pardon cest un
« procureur qui parle et non un historien.
« Les calices sont fort anciens. La matière
440
ïactiuc Dc rart cijrcticn.
« paraît être d'un estain fort affiné, le fond
« de la coupe est traversé et meslé de
« petites rayes jaunes qui donnent à croire
« qu'il y a de l'or dans la composition. Cette
« figure est juste pour la hauteur et lar-
« geur (■). La coupe peut tenir trois demis
« septiers de Paris. Celuy de Dom Martin
« porte aussi une légende que voicy suniittir
« hic Christi sangicis protectio iimndi. Ils
« servaient tous deux l'un pour la consécra-
« tion, l'autre pour l'administration du pré-
« cieux sang lors du miracle.
« Si votre Révérence a besoin de plus
« ample explication, elle aura la bonté de
« me le faire mander par un de ses scribes.
« Je demeure avec une profonde vénéra-
« tion.
Mon Révérend Père
votre très humble et obéissant religieux
Fr. Mathias François
Moîdini.
Les deux bénédictins (°) ont vu ce pré-
cieux calice dans leur visite à l'abbaye, et,
ils nous en ont laissé cette description utile
à citer après le manuscrit précédent: « On
« trouve à deux lieues de là (Monstreuil)
« l'abbaye de St-Josse-sur-mer, où nous
« n'avons rien vu de remarquable, que le
« calice de saint Josse, qu'on ne peut nier
« être très ancien. Il est de fonte et peu
« élevé; mais la coupe est fort large; elle a
« deux ances ; et on y lit cette inscription :
^ CUM VINO MIXTA FIT XPI SANGUIS EX (.') UNDA
►J« Talibus his sumptis salvatur quisque fidelis
« Sur la coupe est représenté un Christ
« dans son siège, entre saint Pierre et saint
« Paul et de l'autre côté un agneau entre
« deux anges. Sur le pied du calice sont
« représentés quatre figures de saints; l'un
« revêtu en prêtre avec cette inscription
« 5". Sacerdos Christi et conf essor. L'autre en
1. 0,20 de haut.
2. Voyage littéraire^ II, 179.
« habits sacerdotaux mais sans mitre avec
« ces mots : Hic est sanctus Martinus ar-
« chiepiscopus. Le troisième en habits sacer-
« dotaux tenant la crosse en main, mais
«sans mitre avec cette inscription: Pater
« monachorum Benedictus abbas. Enfin le
« quatrième revêtu en habits pontificaux
« tenant la crosse en main mais sans mitre
« avec cette inscription: Hic est S. Vcdastits
« episcopîts. »
L'abbé Texier (') dans son Dictionnaire
d orfèvrerie, publie une gravure de ce calice,
mais ce dessin paraît infiniment moins digne
de confiance que celui de Montfaucon.
Nous avons dit que nous devions péremp-
toirement écarter pour l'âge de ce ca-
lice l'époque où vivait saint Josse qui lui a
donné son nom mais il est plus difficile
d'apporter ici une affirmation chronologique
précise. Le caractère des personnages, leur
attitude, la figure du Christ qui semble être
imberbe, les bustes de saints sur le pied qui
ne portent pas de mitre, offrent des traits
encore carlovingiens; s'ils étaient les seuls
nous n'hésiterions pas à adopter le X^ siècle
comme solution ; mais les feuillages du nœud
et des bordures, les perles, la forme des
caractères de l'inscription, autant qu'on peut
le dire dans les questions si obscures de
l'épigraphie, les abréviations tendent à
faire descendre notre attribution à l'époque
romane ; enfin la forme léonine des vers
inscrits sur les lèvres du calice milite
pour une époque plus tardive. D'après ces
motifs, on pensera sans doute que le mieux
est de voir dans ce précieux vase un mo-
nument du Xle siècle.
Les deux calices dont nous rapprochons
ici les dessins forment une page intéressante
de l'histoire des vases eucharistiques; ils
sont, pour ainsi dire, le prélude de l'école
I. Voy. Migne, col. 307 et 1475. Il renvoie îi Mabillon,
Ann. bcncd. et Voyage des bénédictins, p. 35.
Calices De saint (SérarD et De saint Jossc.
441
mystique des orfèvres rhénans, ils nous
montrent déjà ces compositions symboliques
dont le XI !« siècle fit des poèmes entiers
et qu'il dév^eloppa sur les galbes de vermeil
des calices. Dans le premier on voit les
quatre évangélistes, les fleuves du paradis
sur les bords desquels s'élèvent la Jérusalem
céleste et ses portiques où l'artiste nous
montre le Christ et les apôtres. Dans le
second sous une forme différente et à une
époque une peu moins reculée se mani-
feste l'idée d'ascension de la terre au ciel:
la terre représentée par le pied et les
saints qui l'ont quittée depuis peu de temps,
le ciel par le Christ et les apôtres en posses-
sion du bonheur éternel, et rapprochés des
lèvres du calice où coule le breuvage d'im-
mortalité. Nous verrons en avançant dans
la période romane ces sentiments se déve-
lopper de plus en plus, sous des formes et des
images variées, mais constantes dans le fond.
C'est toujours l'idée d'une fleur plantée sur
la terre, y puisant les sucs de sa substance,
élevant sa tige et ses feuilles à travers les
siècles et les saints qu'ils ont produits, puis
ouvrant vers le ciel son calice pour y rece-
voir la liqueur divine. — Cette poésie ne
disparaît qu'à la Renaissance qui orne, qui
cisèle avec plus de perfection, mais qui ne
pense plus. Efforçons-nous de revenir vers
ces grands siècles et ces fortes écoles, et
remercions les bénédictins du XVI I^ siècle
qui nous ont conservé, au prix de tant d'ef-
forts de si nombreux et si féconds souvenirs.
G. ROHAULT DE FlEURY.
^^j^A ^^^Jl^^ :^^.^t^JiJ^^:^^:^^-^LJ^^:^.^^
mk
Peintures murales romanes à la cat{)élirale
lie ©ournat. ^m^^^m^m^m^m^
=îm^m^m^^^^^^m^^^^^^m^^^^mm^^^i^m^^ii^m^m^^i^^i^^^^^^^,
^'^'^"'Ç'^^'^'YTTTTTTTTTTTTTTTTm
OUS avons dit quelques
mots, dans la dernière
livraison de la Revue de
r Art chrétien, des im-
portantes peintures mu-
rales de l'époque ro-
>^v9^m:^^wwmvi mane découvertes dans
le transept de la cathédrale de Tournai
au mois de juillet dernier. Cette trouvaille
n'était pas tout à fait imprévue. Dès 1865
deux fragments de la même décoration
pittoresque, mis au jour en grattant le crépi
des murs, avaient été décrits par feu le
Vicaire-général Voisin, le vénéré président
de la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-
Luc (I).
Ils se voyaient au-dessus de deux autels
gigantesques en style classique, qui dépa-
raient, depuis le siècle dernier, la belle cathé-
drale romane. En enlevant cet été les autels
intrus on a mis au jour, nous l'avons dit,
six nouveaux panneaux de peintures légen-
daires, faisant suite à l'un des deux premiers.
Contrairement aux prévisions exprimées
dans notre entrefilet rappelé plus haut, on
n'a jusqu'ici rien découvert d'analogue
derrière l'autel du côté méridional. Nous
n'aurons donc à nousoccuper dans cet article,
que de la Légende de sainte Marguerite,
qui, dans le bras septentrional du transept,
se développe en 7 registres étages sur une
paroi de mur d'environ 3 mètres de largeur
et de 10 de hauteur. La légende doit se lire
I. Bulletin de la Commission royale (Part et d'archéo-
logie de Belgique, t. IV.
de haut en bas ; ses divers épisodes se dé-
roulent dans des zones horizontales super-
posées, qu'une bordure perlée sépare et
ensère latéralement.
Constatons d'abord que tout le transept
semble avoir été orné de peintures sur crépi.
On a trouvé, à côté de cette grande page
historiée, de très intéressants fragments de
peinture décorative. Notons surtout l'orne-
ment qui serpente en hélice autour des
colonnettes voisines de notre vaste panneau
polychrome; il est formé de deux larges
bandes alternant, séparées par un liseré
blanc; leurs couleurs appartiennent à la
même gamme que les peintures légendaires;
l'une est verte, l'autre, à fond rose, est
rehaussée d'arabesques brunes, qui rappel-
lent les filigranes couvrant les objets d'or-
fèvrerie de l'époque. Remarquons que des
ornements analogues décorent déjà les
colonnettes qui figurent, dès le IX^ siècle,
dans les encadrements à motifs architecto-
niques des manuscrits.
Sommes-nous en présence de peintures
à la détrempe, ou, ce qui augmenterait l'in-
térêt de la découverte, avons-nous affaire à
une véritable fresque? La seconde hypo-
thèse n'est guère douteuse pour nous, et
elle est conforme aux renseignements que
nous tenons du peintre officiellement chargé
de prendre copie des peintures ('). Mais, à
notre grand regret, il ne nous a pas été
donné de bien examiner de près l'enduit
I. M. Pollet-Liagre de Tournai nous a dit avoir con-
staté que les couleurs plates du fond pénètrent la couche
supérieure de Tenduit du mur.
s-
tn
'^mmm, i
•S.
a-
-a
(0
o
H
t-
xi
X
te
c
(0
en
cl.
_2
c
S
CL
Peintures murales romanes à la catbéDrale De Cournai.
443
I
que couvrent ou pénètrent les couleurs.
Nous sommes obligé d'en prévenir nos
lecteurs, ce n'est qu'avec le secours de la
lunette d'approche et de la photographie,
que nous avons pu relever péniblement et
de très loin les dessins que nous leur
présentons.
IL
L existe une analogie frappante entre
les peintures de Tournai et celles qu'on
a mises au jour en 1873 dans l'antique
chapelle castrale des comtes de Hainaut à
Mons. RI. L. Dosveld, qui date ces dernières
du XI I^ siècle et penche pour le milieu
de ce siècle (?), les a dégagées et décrites
d'une manière consciencieuse ('); son travail,
accompagné de planches exécutées avec une
remarquable fidélité, ne peut être ignoré de
ceux qu'intéresse la peinture murale romane.
Il n'est pas téméraire d'attribuer les unes
et les autres à la même école et à la même
période. On rencontre dans celles de Mons
un fragment d'architecture appartenant au
même type que les murs de la Jérusalem
céleste peinte au transept méridional de
Tournai, et contemporaine de la Légetide
de sainte Marguerite. Si nous comparons
cette dernière aux fresques de Mons, nous
trouvons de part et d'autre des scènes à peu
près également mouvementées, se déta-
chant sur le même beau fond bleu, et enca-
drées dans le même galon caractéristique,
qui offre un perlé blanc à cheval sur un ruban
dont la couleur passe du jaune d'ocre au
brun foncé ; les caractères des légendes
sont pareils, et il y a une grande analogie
dans le style et les couleurs des draperies ;
enfin une ressemblance des plus significa-
tives existe dans le dessin du principal
motif décoratif des deux peintures.
L'intrados de l'arcade en plein cintre qui
I. Frasques romanes découvertes au châleau des lOintes
de llainattt à Mons. — Mons, 1873.
abrite la scène principale des fresques de
Rions, comme l'une de celles des peintures
de Tournai, est orné d'une litre formée par
un de ces méandres rectilignes à effet de
perspective, si caractéristiques de l'époque,
méandres dont on trouve des exemples à
l'église du prieuré d'Hastière en Belgique,
à la basilique d'Echternach dans le Luxem-
bourg, et, en France, au baptistère de Saint-
Jean à Poitiers, ainsi qu'à l'église des Jaco-
bins d'x-\gen ('). Il consiste ici en une chaîne
de losanges déterminés par le croisement
de deux rubans plies en zig-zag. Nous
donnons (PI. XVII) un tronçon de cette
bande telle qu'on la trouve à Tournai
(fig. i) et à Mons (fig. 2).
Les peintres qui décoraient les monu-
ments s'inspiraient des mêmes sentiments et
travaillaient dans le même style, que ceux
qui ornaient d'enluminures les manuscrits.
Or la Bibliothèque nationale (fond latin,
n° i5675),possède un manuscrit tiamand très
curieux à rapprocher de nos peintures. Il
appartenait, dès l'année 1217 a l'abbaye de
Vorst en Brabant ("). Il date de la seconde
moitié du XI I^ siècle, et contient une série
d'épisodes de la légende de Job (^). La
ressemblance qu'elles offrent avec notre
légende de sainte Marguerite est remar-
quable en ce qui concerne les figures, les
barbes, les couleurs et le dessin des drape-
ries, le costume, l'absence de terrain dans
plusieurs tableaux, le fond bleu, et l'enca-
drement. Comme à Tournai celui-ci présente
une bordure extérieure, dont la nuance
passe, d'un bord à l'autre, du clair au foncé,
et une large bordure intérieure verte, sépa-
1. V. VioUet Leduc. Dictionnaire raisonné tfarchitee-
tiire. Art. peinture, pp. 86 à 88.
2. Nous exprimons ici notre reconnaissance à M. L.
Delisle, Directeur de la liibliothèque nationale de France,
qui a eu la bould de nous renseigner sur la provenance
de cet inti^ressant manuscrit.
3. Doux de ses miniatures sont reproduites dans les .4ris
soinptuaires,{ViMrga.xd.-'Sls.\X'gé, Paris, 1S58.)
BEVUB DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 4'"*-' LIVKMSOX.
444
la c u u c De r a r t clj r c 1 1 c n .
rée, comme celle de Tournai, du fond bleu
par un liseré blanc, et envahie également
par les personnages mis en scène.
Les données de l'histoire nous forcent à
admettre pour nos peintures une date pos-
térieure à celle que M. Dosveld adopte pour
celles de Mons. On convient générale-
ment (') que le transept de la cathédrale de
Tournai a été élevé après le rétablissement
du siège épiscopal de cette ville (i 140) et
terminé dans les dernières années du XII'^
siècle. Nous avons exposé ailleurs (-') les
raisons qui nous portent à attribuer l'im-
portant travail de décoration dont les restes
viennent d'être mis au jour, à la munificence
de la fille du comte de Flandre, Marguerite
d'Alsace, mariée en 1167 au comte de
Hainaut, Baudouin le Courageux (').
IIL
PAR une exagération dont on commence
à faire justice, on a trop souvent voulu
voir des caractères byzantins dans la plupart
des œuvres d'art de l'époque romane en
Occident. Nous sommes ici bien loin des
formes hiératiques et des attitudes immo-
biles des personnages du bas empire. L'in-
fluence latine apparaît seule dans les types
des figures, et le sentiment occidental s'ac-
cuse d'une manière remarquable dans le
mouvement naturel du geste, et l'allure
dramatique de la composition. Remarquons
surtout le modelé du nu, exprimé à travers
les draperies souples, quasi transparentes,
1. V. Tournai et Toiirnaisis et notre mémoire
présenté dans la séance du 8 juillet de la Société nationaU
des antiquaires de France.
2. Voir Mémoire précité.
3. Telle était, du reste, l'opinion de M. le vicaire-général
X'oisin, adoptée par M. le professeur E. Reusens, bien
connu de nos lecteurs, et jouissant d'une grande autorité
dans cette matière. V. Eléments d'archéolotiic chrétienne,
2'- édition, t. I, p. 415. Les peintures de sainte Marguerite
doivent dater tout à fait de la fin du .XII"^ siijcle, sinon des
premières années du XI II*'. Le faire est encore roman,
mais avec une tendance bien marquée à l'amélioration
dans le dessin, correction, expression et mouvement.
et la manière caractéristique dont les plis
détaillent les membres du corps sur lequel
elles paraissent collées. On voit que l'in-
stinct d'observation et la tendance natu-
raliste propres à l'artiste du Nord se sont
déjà emparés du peintre de Tournai. Il
semble avoir, avec le pinceau, habillé de
costumes locau.x et contemporains, les nu-
dités antiques, dont les monuments sculptés
de l'époque romaine lui offraient les mo-
dèles sans doute encore à chaque pas dans
notre vieille cité. Non pas, que nous mécon-
naissions le caractère expressif, naïf et sou-
vent conventionnel de ces figures pleines de
style : nous ferons remarquer nous-même,
que notamment le second personnage, vers
la gauche, du troisième tableau à partir du
haut, présente une étonnante expression; on
la dirait copiée sur le carton d'un mosaïste.
Les corps sont généralement bien propor-
tionnés et les attitudes nobles et expressives.
Comme dans un grand nombre de pein-
tures exécutées sur vélin par des artistes
français à cette époque, les figures se déta-
chent en clair sur un fond de lapis-lazuli
très riche, séparé par un filet blanc de bor-
dures d'encadrement, que nous avons déjà
décrites. Il n'y a, sauf exception, d'autre sol
que la ligne horizontale du cadre. Les plis
des draperies sont marqués au trait sur des
teintes plates, et cette partie de l'œuvre
dénote d'habiles dessinateurs. Les cheveux,
souvent très variés de tons dans les compo-
sitions de l'époque ('), sont ici généralement
bruns ; les hommes, comme les femmes, les
portent divisés par une raie au milieu du
front; aucun personnage n'a de coiffure. La
sainte porte la robe longue collante, serrée
aux manches ; les hommes, des caleçons de
couleur variées. Les sbires sont vêtus du
simple sayon descendant jusqu'aux genoux ;
le gouverneur porte une tunique verte plus
I. V. L. Dosveld, ouv. cité.
Peintures murales romanes à la catljcnrale De Cournaî.
445
longue, bordée d'orfrois au limbe inférieur,
ainsi qu'aux manches, qui sont larges et
courtes ; la croix grecque est le motif
décoratif des étoffes; un large galon, à fond
bleu, semé de petites croisettes blanches,
ourle la tunique, qui couvre le sayon blanc
aux manches collantes ; un manteau de
pourpre est jeté sur les épaules.
Par une précaution naïve, les noms
d'OLiBRivs et de S. RIakgvareta (une fois
on a écrit Margarita) sont tracés fréquem-
ment à côté des personnages.
Il n'y a dans les tableaux ni ombre ni
perspective. Le XI I^ siècle, où fut atteint,
selon Viollet-le-Duc ('), l'apogée de la
peinture murale pendant le moyen âge, s'est
gardé de rechercher l'illusion. Il n'a jamais
commis cette énormité, de peindre sur les
murs des scènes en perspective, ayant un
point de vue unique en dehors duquel la
composition ne peut être vue, « sans don-
ner le mal de mer » aux gens qui ont l'ha-
bitude de se rendre compte de ce qu'ils re-
gardent. A cette époque on ne serait pas
tombé non plus dans cette autre erreur,
encore plus grave, d'adopter des points de
vue multiples ou inaccessibles au spectateur,
et incompatibles avec un bel aspect d'en-
semble et un effet monumental. C'est donc
à l'instinct intelligent des artistes, qu'il faut
attribuer la suppression de la perspective
dans les peintures de cette époque. Ces prin-
cipes, souvent exposés, mais encore trop peu
répandus, nous ont parus utiles à rappeler ici.
En la bonne ville de Tournai, il n'y a guère
d'amateur, qui, en présence des peintures
«curieuses mais barbares », dont nous nous
occupons, n'ait été ému de quelque commisé-
ration pour l'artiste qui les traça, etqui « était
encore étranger à la science moderne de la
perspective.» Affirmons hautement que cette
ignorance est tout à l'avantage de son œuvre.
IV.
RE.STE à expliquer les sujets des divers
compartiments. Nous n'aurons pour
cela qu'à ouvrir X-â. Légende dorce ; nous en
.ÎMARCAKITA
avons sous la main un intéressant exeni- 1 Tournai, (n" cxxvii) enrichi de fort riches
plaire, un beau manuscrit du XI V^ siècle ap- j enluminures, et qui mérite d'être signalé en
passant.
Sainte Marguerite, fille de Théodose,
partenant à la Bibliothèque publique de
I. Dict. raisomié d'Architecture. An. peinture, p. 6i.
446
ïRcuiic ne rart cbrcticn.
prêtre des Gentils, naquit à Antioche. Ses
parents la confièrent à une femme de la
campagne, et, dès qu'elle eut atteint l'âge
de raison, elle reçut le baptême. Elle venait
d'atteindre ses quinze ans et gardait aux
champ les brebis de sa nourrice, lorsque le
gouverneur Olibrius la recontra. Frappé de
sa beauté, il conçut pour elle une grande
passion, et il dit à ses esclaves : Allez et
amenez cette fille, afin que, si elle est libre,
j'en fasse mon épouse, et, si elle est esclave,
je la prenne pour concubine.
C'est le sujet du tableau supérieur, dont
la oravure ci-dessus reproduit le trait, et
qu'il est superdu de détailler davantage.
La sainte apparaît deux fois dans la scène
suivante, par une de ces reproductions simul-
tanées de faits successifs, fréquentes à cette
époque naïve, où l'art avait pour objet de
raconter des « histoires ». A gauche du
tableau, elle est amenée par le sbire, et plus
loin, brutalement poussée devant le tyran.
Olibrius est assis sur une chaire en bois
peint, aux montants tournés et décorés d'an-
neaux, comme on en rencontre en grand
nombre à partir du X'- siècle ("). Elle est tout
à fait pareille, à celle qui est reproduite dans
l'antique image de Notre-Dame de Chartres.
Une partie de ce groupe, celle qui figure
en pointillé sur notre gravure, a été refaite
à une époque relativement récente, et assez
grossièrement, sur nouveau crépi.
OLIBRIV.Î i
Quand la jeune fille fut en sa présence, le
tyran s'informa de son nom, de sa lignée et
de sa religion. Elle répondit qu'elle s'appelait
Marguerite, qu'elle était noble et chrétienne.
Olibrius répliqua, que les deux premiers
points de sa réponse lui convenaient, mais
quant au troisième, qu'il ne lui plaisait point,
qu'elle eût un Dieu qui avait été crucifié. — •
Comment, demanda la sainte, savez-vous que
mon Dieu a été crucifié ? — Par les livres des
chrétiens. — Marguerite s'étonna, qu'en y
lisant sa puissance et sa gloire, il eût pu ne
pas croire au Ci iRisT;et comme elle soutenait
que Dieu était mort volontairement pour
nous racheter, et qu'il vivait dans la gloire
éternelle, le gouverneur la fit jeter en prison.
Amenée de nouveau devant Olibrius,
la vierge confessa qu'elle adorait celui qui
a créé la terre, les mers, le ciel et toute
créature. — Le tyran la menaça, si elle ne lui
obéissait, de la faire mettre en pièces. —
Elle répliqua qu'elle ne craignait point de
mourir pour son Dieu, qui lui-même était
I. Des montants tout pareils figurent aux angles du lit d'un
X 11'= siècle, figure d,ans le manuscrit n" 1 194 de la Biblio-
thèque nationale. — V. Les Arts sompluaires, r" vol. p. 93.
Peintures murales romanes à la eat&cDralc ne Cournai.
447
mort pour elle. Alors elle fut livrée aux
tourments, son corps fut criblé de blessures,
et finalement l'héroïque jeune fille eut la
tête tranchée, après plusieurs événements
merveilleux dont nous parlerons plus loin.
Le troisième tableau offre le dénouement
du drame: le martyre de sainte Marguerite.
Olibrius est à gauche, assis cette fois sur un
tabouret garni d'une étoffe à fond blanc,
dont le décor est formé de croix bleues
recroisetées, inscrites dans des losanges que
cernent de doubles filets bruns. Le eouver-
neur donne l'ordre du supplice, que transmet
aux bourreaux un officier, vêtu d'une tunique
longue et d'un manteau. Nous avons plus
haut attiré l'attention du lecteur sur le dessin
nerveux et relativement savant qui caracté-
rise la tête énergique de ce personnage. A
droite on voit un bourreau brandissant le ci-
meterre qui vatrancher la tête de Marguerite;
unautresbire tient des deux mains les liens
de sa prisonnière; la sainte, sur la tête de
laquelle s'étend la main bénissante de Dieu,
est représentée les bras levés au ciel, dépouil-
lée de son vêtement ; son corps meurtri est
peint avec un certain réalisme, qui n'est pas
exempt de prétentions anatomiques.
V.
PLUS bas est pratiqué dans le mur une
arcade aveugle en plein cintre, offrant
aux peintures un champ plus étroit,en retrait
sur la paroi supérieure. Les deux triangles
du tympan sont ornés de palmiers ('), em-
I. Ces palmiers ont de l'analogie avec ceux figurés en
mosaïque dans l'abside de saint Ambroise de Milan, au
XI h siccle.
blêmes du martyre et de la félicité éternelle,
dessinés dans un sentiment tout décoratif.
L'intrados du plein cintre est orné d'une
litre dont nous avons plus haut indiqué le
motif. (V. pi. XVII, fig. i). Dans toute la
partie inférieure se déroulent, en quatre
panneaux, des scènes complémentaires de
l'histoire de la sainte, figurée plus haut en
abrégé : au thème strictement historique
succède la partie surnaturelle et merveilleuse
de la légende.
Une réflexion nous parait nécessaire pour
l'intelligence de ce qui va suivre. Notre
légende est apocryphe; absente àwÂIénologc
de Basile //comme du Guide de la peinture,
elle semble avoir formé, postérieurement au
XI^ siècle, une variante de celle de la taras-
çue de sainte Marthe, mêlant à l'histoire
vraie des épisodes fabuleux. Qu'on ne
s'exagère point toutefois la crédulité de nos
pieux ancêtres ; les fictions légendaires
avaient une sens figuré qu'ils savaient dis-
cerner, et, dans la lutte héroïque de Mar-
guerite avec un monstre, à laquelle nous
allons assister, nous ne devons voir, comme
448
îRciîuc De rart cfjrcticn.
eux, qu'une poétique image de la puissance
souveraine donnée sur Satan, par la grâce
divine, à une faible \'ierge. Le peintre de
la comtesse Alarç^uerite nous semble avoir
voulu expressément séparer l'histoire de la
lésfende, en faisant de l'une et de l'autre les
sujets de deux séries différentes de tableaux.
Sous le plein cintre se dresse un des plus
fiers dragons qu'aient inventés les peintres
d'Occident, si ingénieux à créer des mons-
tres fantastiques. Il déroule majestueuse-
ment les anneaux de sa queue, tandis que sa
gueule béante engloutit le corps de la sainte.
Par un tracé noble et sévère de la dra-
perie qui enveloppe et dessine avec tact la
partie inférieure du corps, l'artiste s'est
habilement sauvé du danger de rendre
l'épisode grotesque. L'illustre Floris, ayant
à sculpter, à quelques pas de là, à la façade
du jubé, l'histoire de la baleine englou-
tissant Jonas, a été moins heureux que lui :
il est tombé dans le ridicule, en introduisant
Jonas nu dans la gueule du monstre, pour
l'en faire sortir habillé.
Mais nous devons, avant de poursuivre
notre description, revenir à notre légende.
Le tyran ayant trouvé la jeune fille inébran-
lable dans sa foi, la renvoya dans sa prison,
qu'elle trouva resplendissante de lumière.
Là elle pria Jésus-Christ de lui faire voir
de ses yeux celui qui s'acharnait contre
elle. Alors un grand dragon apparut, qui
s'avança pour la dévorer; mais, en faisant le
signe de la croix, elle le dompta. D'autres
disent, ajoute \-â.Ldgende dorée, que c'est après
avoir été engloutie et crue morte, que la
vierge fit le signe de la croix; alors le
dragon s'ouvrit et Marguerite en sortit sans
blessures. En effet des flancs entrouverts
du monstre on voit surgir Marguerite, dans
l'attitude d'une orante ; une petite croix
blanche est peinte au-dessus d'elle, par
allusion au signe symbolique qui lui valut
sa victoire et sa délivrance.
Cette partie intéressante de la scène est
peu visible, étant recouverte aujourd'hui
par une grande rose héraldique. Un corres-
pondant anonyme du Bien Public de Gand
a fort justement fait remarquer, à la suite
de notre article paru dans la précédente
livraison de la Revue, que cette rose doit
être la Rose rouge de la Rlaisoii de Lancaster,
du blason de Henri VI IL Le monarque
anglais, détail intéressant, et peu connu, fut
pendant quelque temps paroissien très dévot
de l'église de Notre-Dame de Tournai ; le
futur promoteur du schisme anglican édifia
nos compatriotes pendant son court séjour
dans leurs murs en 15 13 ; il avait à l'église
de Saint-Nicolas sa stalle, dont on garde un
Peintures murales romanes à la catf)criralc De Cournai.
449
beau fragment ; (nous en réservons un des-
sin aux lecteurs de Is. Revue) ; il fit élever la
chapelle paroissiale annexée à la cathédrale;
et, pour en revenir à notre sujet, il voulut
décorer l'autel adossé au mur que couvrent
nos peintures, et dédia cet autel à saint
Georges. Notre judicieux interlocuteur, en
rappelant cette circonstance, ignorait peut-
être, qu'au pied des peintures romanes qui
font l'objet de cet article, on a découvert
en même temps une peinture en grisaille
représentant la légende de saint Georges.
C'est un sujet sur lequel nous aurons peut-
être à revenir (").
Les Bollandistes nous apprennent (') un
autre épisode de la légende. Le déiiioii appa-
rut de nouveau à la sainte sous lafigitre d'tin
/i07nine noir. Nous donnons en note le
dialogue charmant tenu dans l'entrevue ; il
allongerait trop notre description (3).
Il nous suffira de rappeler, pour l'intel-
1. Comme nous l'avons fait connaître plus haut, ce
n'est guère qu'à travers les mâts et les planches des
échafaudages, qu'à certain moment il nous a été permis
d'examiner les peintures. Ainsi est-il arrivé que, par une
erreur matérielle dont on ne peut nous faire un crime,
nous avons dit à cette place que ladite rose était déjà
elTacée. -- Une personne respectable intéressée dans
l'affaire y a vu malice. Au nom de la créance que se
doivent d'honnêtes gens, nous demandons que l'on croie
à notre bonne foi.
2. D'après Mombritus, T. II. fol. 103.
3. Quand elle le vit, elle se mit en oraison. Le démon
s'approcha d'elle, lui prit la main, avoua sa défaite, et lui
demanda de cesser de se jouer de lui. Alors elle le prit
par la tête, le jeta à terre, le foula du pied droit, et lui dit :
Orgueilleux eiinemi, rampe sous les pieds d'une femme. Son
ennemi lui cria: Marguerite, je suis vaincu ; si un jou-
venceau m'eût vaincu, je me serais consolé, mais c'est trop
de honte, d'être vaincu par une jouvencelle. — Alors elle
lui demanda pourquoi il poursuivait ainsi les chrétiens. —
Il répondit, qu'il haïssait naturellement les personnes
vertueuses, et que son désir de les tourmenter croissait
sans cesse, qu'il enviait la félicité qu'il avait perdue et
qu'il voulait l'enlever aux autres. — -Il ajouta, que Salomon
avait enclos une multitude d'ennemis dans un vassiel, et
quand il fut mort, les gens qui croyaient qu'un trésor y
était renfermé, le brisèrent, et les ennemis remplirent alors
le ciel et la terre. — Quand il eut ainsi parlé le monstre
disparut.
ligence de notre sujet, que Marguerite
prit le Malin par la tête et le terrassa, et
qu'à sa jDrière celui-ci disparut. On voit
en effet la sainte précipiter l'hornme noir,
qu'elle appréhende sans doute par les che-
veux. Par cette sorte de dualisme que nous
avons remarqué tantôt, on revoit à côté,
dans le même tableau, la sainte à grenoux,
les mains levées au ciel, tandis que le diable
s'engouffre dans un soupirail de l'enfer,
qui a la forme d'un cratère de volcan au
sommet d'un monticule, et que saint Jean,
dans l'Apocalypse, a nommé le puits de
l'abîme.
La scène suivante est difficile à expliquer
entièrement. A droite on v^oit un épisode
du supplice. Marguerite, dépouillée de ses
vêtements, est livrée à deux bourreaux; l'un
tient à deux mains, peut-être le manche
flexible d'un instrument,ou plutôt une grosse
corde (.'*) avec laquelle la sainte semble liée ;
une éraflure faite au crépi, en enlevant
malencontreusement la main droite de l'au-
tre sbire, ne nous permet point de constater
de quel objet (flagruiu ?) elle est armée. La
légende nous apprend que, le lendemain
de l'apparition merveilleuse, Olibrius fit
comparaître Marguerite devant lui, et lui
dit : « qu'elle eût pitié de sa beauté », et
qu'elle sacrifiât aux dieux. Sur son refus,
elle tut dépouillée de ses vêtements et brûlée
avec des platines de fer rougies ; et chacun
s'émerveillait, qu'elle pût endurer tant de
souffrances. Pour augmenter ses tourments,
on la lia et la plongea dans une cuve d'eau
froide. Soudain la terre trembla, chacun
eut grand'peur, et la sainte se releva sans
blessures. Alors « bien cinq mille personnes
se convertirent et souffrirent le martyre. »
Ce que voyant le tyran craignit un plus
grand nombre encore de conversions, et
ordonna que la jeune fille fût décapitée. Mar-
guerite demanda le temps de se recueillir;
450
iRcuuc De rart cbrcticn.
elle pria pour son persécuteur, pour tous
ceux qui feraient mémoire d'elle et l'invo-
queraient, spécialement les femmes qui
l'imploreraient en péril d'enfantement, afin
que Jésus-Christ les aidât ('). Et une voix
fut entendue, qui dit que sa prière était
exaucée. Alors elle s'agenouilla et on lui
trancha la tête d'un coup de glaive.
VI.
N' OUS avons omis dans ce récit, pour la
mettre en évidence, une circonstance
qui explique peut-être le rôle des deux autres
personnages de notre tableau.
La sainte fut livrée aux tourments d'une
manière si cruelle, que le sang ruisselait de
son corps et coulait comme d'une source.
En vain les assistants l'adjuraient-ils d'avoir
pitié de sa beauté ; elle leur répondait,
que la cruauté même de son supplice était
le gage de son salut, et, s'adressant à son
persécuteur, elle ajoutait, qu'il avait pouvoir
sur sa chair, mais que Dieu garde l'esprit.
Celui-ci se couvrait les yeuv de son maniel,
ne pouvant voir le sang cotiler. La draperie
qu'un subalterne semble étendre devant
les yeux d'Olibrius comme pour leur cacher
I. Voir à ce sujet les réflexions du P. Cahier dans les
Noimeiuix Mélanges d'archéologie et les oralsûiis des
livres d'heures gothiques.
Peintures murales romanes à la eatbéDrale ne Cournai.
451
la martyre, ne rendrait-elle pas, avec une
légère variante, ce dernier trait si émouvant,
et si propre à faire ressortir la cruauté du
supplice?
Le passage que nous venons de citer nous
donnera peut-être aussi la clef du dernier
sujet. Pourquoi reproduire une seconde fois
l'épisode de la décollation, en regard de
l'apothéose, (car le lecteur aura déjà reconnu
ces deux épisodes dans notre dernière gra-
vure). C'est peut-être pour traduire en image
cette sublime réponse de la vierge: Vous
avez pouvoir sur ma chair, mais Dieu garde
r esprit. La peinture est d'après nous la pa-
raphrase de ce texte. Le tyran dipouvoir sur
la chair: ce pouvoir est exprimé, et par le
soldat dont le glaive va trancher la tête de
Marguerite, et par cet autre, qui semble
encore tenir le lienqui enchaîne sa dépouille
terrestre restée au pouvoir du persécuteur.
Mais Dieu garde l'esprit: c'est sous
l'égide et la garde de l'ange de Dieu, que
la patiente attend le coup qui lui ouvrira
le ciel. Cet ange est beau, dans son attitude
protectrice, bénissant de la droite et tenant
de la gauche le globe qui symbolise la
puissance de celui qui l'envie. Dieu garde
l'esprit, c'est-à-dire l'âme, qu'un autre ange
enlève au ciel. C'est l'apothéose de la
sainte. Jusqu'ici, sa tête n'était point nim-
bée; le nimbe apparaît, même dans la
dépouille sans vie, dès l'instant que le sa-
crifice consommé a ouvert le ciel à l'âme
bienheureuse. Celle-ci est figurée par un
petit corps nu, suivant l'usage tradition-
nel, dont nous retrouvons, à la fin du
moyen âge, au XV*^ siècle, un charmant
exemple dans un mausolée de l'église ab-
batiale de Cambron. L'âme a la tête cou-
ronnée d'un bandeau royal, et l'ange qui
l'enlève, portée dans les plis d'une draperie,
la présente au Tout-Puissant, dont la main
bénit à la manière latine.
Ajoutons que sur le retour
d'un pilier voisin on voit la
figure majestueuse et élégante
d'un personnage couronné, vê-
tu d'un ample manteau et
tenant de la main gauche, un
disque blanc, marqué d'une
croix noire, qui constituent trois insignes de
sa souveraineté. Sous ses pieds est accroupie
une figure humaine à l'attitude humiliée. S'il
nous était permis de risquer une hypothèse,
nous rappellerions qu'en 1204, époque
vers laquelle ces peintures ont dû être
exécutées, le fils de la comtesse Marguerite
dont elles consacrent le souvenir et rappel-
KEVOE DE L'aKT CHKÉTIliN.
1885. — 4'"*^ LIVRAISON.
452
îRcuiic De r^rt cDrcticn.
lent les largesses, montait sur le trône de
Constantinople. Comme notre personnage
paraît n'avoir pas de nimbe, il nous semble
qu'on peut y voir la figure de Baudouin VI.
Nous n'avancerons aucune supposition sur
la figure féminine, tenant une flèche, dont
on distingue quelques parties au-dessous
de celle-ci ('). Il y avait plus bas encore
des personnages, malheureusement effacés.
Peut-être les autres parties du monument
r. On pourrait risquer sainte Ursule.
étaient-elles également couvertes de pein-
tures et d'histoires ?
Terminons en faisant des vœux, pour
que ces peintures romanes, à peu près
uniques en Belgique, soient conservées, et
que leur restauration, aussi sobre que pos-
sible, soit confiée à des artistes familiarisés
avec l'art du moyen âge.
Août 1885.
L. Cloquet.
Nous sommes heureux d'adresser nos plus vifs remerciements à M. le comte Albert de
Robiano, qui a tenu à faire les frais de la chromolithographie jointe à cet article. Cet
amateur zélé des beaux arts, ce patriote dévoué, a voulu par là témoigner à la fois de sa
sympathie pour la Revue de l'Art chr(!tien,çX de son intérêt pour les vieilles peintures
tournaisiennes relevées et décrites par M. L. Cloquet. (N. de la R.)
* ^^ ^^ ^^. ^^ ^^. ^^ ^^. ^. -^^ ^s, ^% ^^ ^^. ^^. ^^ ^ ^ ^ ^^ ^^ ^. ^ <^. ^ ^^ôt i
!7^^ô^^ô^c-^^o^\y^•/^y^•/^y.V/:^■^7^;A;A;^/^c7:s>^5^^^
lies rrucifix tl)amplebés polpcI)romrs, en plate
peinture, et ks eroiv émaïUées. ^^mmm^^m
->^.-/v/\y.^o^-/\-/\-/\-/^y.v/.sy>v^v^<v^7^yv/vAy>o^
y .-'^^ ■■^*' ■■^^' •■'^* •■^TW ■■^'<t •.■^-* ■.•^* ■.'^-*" •:^,-*r -.-^W ■■^^' ■■^-*? --^-(c" ■■^-*-" .-Tx^" ..T^^ ■-^+ --^W ■-^^* ..Tx^" ■•^>*' ■■^-J .-K J ..NJ
e ^^jf -^vjf ■■■■rt)^ ■■■■>/)( ■■■■^)^ •••■*v '-'A '■'^K ••■^v •••''V •'■''V -'A -'^k -'A •■''V ■■''V '■■''v ■•■''V ■'•■•<)? ■•■'<)? ■■•>)? ••■'^ ■•■''if -■■■^)^ ■•■><?
I.
[UELOUES collections
^ publiques et privées ren-
ferment des crucifix d'un
genre spécial. Ils ont, à
diverses reprises, provo-
[| que l'attention, mais, du
moins à ma connais-
sance, nulle étude ex professa n'en a encore
été faite.
Ces pièces intéressantes se composent
d'une lame de cuivre rouge (épaisseur :o™oo3)
découpée en forme de croix ; l'image du
Sauveur crucifié y figure en émail champ-
levé Aç. plate peinture ; des personnages et
des inscriptions de même technique l'accom-
pagnent : le tout se détache en polychromie
sur un fond d'or ou à ornements dorés.
Destinés à être cloués sur une âme en
bois, nos crucifix, lorsqu'ils sont encore
montés, ont leurs terminaisons munies d'ap-
pendices rapportés en émail. Des motifs
historiés de figures décorent la plaque pos-
térieure également émaillée.
Les croix entières sont très rares ; les
faces christophores et les revers tout d'une
pièce ne sont pas communs à l'état isolé. On
rencontre aussi séparément des écussons à
personnages, qui garnissaient par derrière
certains échantillons du genre. Les crucifix
offrent matière à discussion ; plusieurs les
attribuant à l'Allemagne, d'autres à Limoges.
Dans l'état actuel de la question, ne
serait-il pas opportun de soumettre à une
rigoureuse analyse les monuments dont les
caractères généraux viennent d'être expo-
sés ; de comparer les objets en litige à ceux
dont l'origine reste hors de doute ; enfin
d'aboutir à une solution, sinon mathémati-
quement exacte, du moins assise sur des
preuves difficiles à récuser ? J'entreprends
cette tâche ardue en réclamant l'indulgence
des lecteurs.
IL
DES spécimens qu'il m'a été loisible
d'examiner, un seul possède intégra-
lement sa face et son revers. Bien que l'on
ne puisse lui assigner le premier rang à titre
d'ancienneté, son état de conservation lui
donne le droit de passer en tête de liste. Je le
décris d'après les notes de M. Emile Moli-
nier, qui, fort à propos, sont venues me
rafraîchir la mémoire.
Croix statioxxale auréolée et potencée;
la potence consiste en un redent et un cavet
mourant dans une plate-bande (voir plus
bas les figures). Champ bleu-gris, rehaussé
d'enroulements métalliques épargnés et gra-
vés. Face : Christ vêtu d'un pcrizoïiiwn
bleu-gris ; les pieds, cloués séparément,
reposent sur un S7ippedaneuin bleu très clair.
Carnations blanches ou légèrement teintées
en rose; chevelure et barbe, bleu et bleu
verdâtre. Nimbe crucifère, rouge, vert, bleu-
clair, blanc. Quatre bustes d'Apôtres rap-
portés sur les potences sont uniformément
costumés en bleu-turquoise ; nimbe de cou-
leur pareille ; codex rouge à la main. Les trois
personnages, placés au sommet et au.x extré-
mités latérales, manquent de barbe ; celui
454
Ixcuuc De l'art cfjrcticn.
du bas est saint Pierre, barbu et reconnais-
sable aux deux clefs qui accompagnent son
livre. Revers : au centre, un médaillon circu-
laire inscrit la jVajes^as Domini trônant sur
l'arc-en-ciel; au bout des branches, les sym-
boles évangélistiques. En haut, l'aigle ; à
droite, le bœuf; à gauche, le lion; au bas,
l'homme ailé. L'or de toutes les figures,
épargnées et gravées, émerge d'un lond
bleu-gris ; les nimbes sont bleu orlé de blanc.
Cinq disques ornés de rosaces à huit pétales,
blanc sur champ bleu, occupent les vides
ménagés entre les symboles et le médaillon
central. Une douille, qu'interrompt un
nœud sphérique, prolonge l'arbre.
L'objet, dont Madame la comtesse Dzya-
linska est propriétaire, fut exposé à Paris,
en 1880, dans les galeries de Y C/m'071 cen-
trale des Bemtx-Arts appliqués à l' Industrie.
Le catalogue ne lui accorde qu'une mention
très laconique : « Limoges, XI P siècle. »
Je ne contredirai pas la nationalité (") ; il en
est autrement de l'époque : le premier quart
du XII P siècle me semble beaucoup plus
admissible.
Abordons maintenant l'article des crucifix
garnis ou démontés : je tâcherai de suivre
à leur endroit un ordre à peu près chrono-
logique.
N° I. Croix auréolée et potencée, même
type que la précédente, mais notablement
effilé. La face est complète ; le revers a dis-
paru. Christ raide, émacié, tête inclinée à
droite, longue chevelure, barbe bifide, bras
horizontalement étendus. Les détails ana-
tomiques du torse ont une visible tendance
à l'exagération; deux énormes clous saillants
transpercent les pieds; un flot de sang jaillit
I. Cette croix provient de la collection Germeau, dont
nombre de pit:ces furent acquises par le défunt comte
Dzyalinski. Successivement Préfet de la Haute-Vienne
et de la Moselle, M. Germeau avait formé son cabinet en
Limousin et en Lorraine. Des motifs, que je produirai
plus loin, confirmeront l'attribution à Limoges, inscrite sur
le catalogue.
du côté droit. Carnations blanches, le visage
légèrement rosé ; nimbe crucifère bleu à
l'intérieur, puis, en tons juxtaposés, jaune
et rechampi bleu. Perizoniuni bleu à limbe
jaune ponctué. Le fond est doré, mais la
figure s'applique directement sur un arbre
vert-sombre, puis vert-clair orlé de jaune ;
de petites rosaces agrémentent les croisil-
lons latéraux et supérieur : ce dernier com-
porte en outre l'inscription
n
IHS
n
XPS;
l'H et le P couronnés du sigle en û aplati.
.Sous les pieds, un sttppedaneum bleu, domi-
nant une tête de mort blanche à terrasse
imbriquée polychrome. Quatre personnages
accessoires rapportés : sommet, ange issant
d'un nuage et volant la tête en bas ; droite,
la Vierge ; gauche, saint Jean, l'un et l'autre
à mi-corps; soubassement, effigie de saint
Pierre marchant sur un terrain onduleux.
Tons des vêtements : manteaux de l'ange,
de saint Jean et de saint Pierre, bleu-foncé;
leur tunique est bleu-clair ; la Vierge a
un voile bleu-clair rechampi de blanc ;
les nimbes, non crucifères bien entendu,
offrent les mêmes couleurs que celui du
Christ. Un filet d'émail épouse les contours
de notre croix qui mesure o'"66 en hauteur
et o'"42 en largeur. Adjugée pour 2350 fr.
à la vente du lieutenant-général belo-e,
B. Meyers, la pièce figure aujourd'hui dans
la richissime collection de M. Spitzer. Le
catalogue dit : « Ouvrage des bords du
Rhin, au XI 11^ siècle» ; j'avancerai provi-
soirement que l'objet sort d'un atelier limou-
sin, entre 1 180 et 12 10 (").
I. Voy. Catalogue n" 5, p. 6, fig. p. 7; Paris, novembre
1877. Cette brochure, dénuée de critique, est devenue assez
rare ; sans l'obligeance de M. Ernest Odiot, qui m'adonne
son exemplaire, je n'aurais vraisemblablement pu me hi
procurer. La croix provient-elle de la collection Meyers.' Il
me semble l'avoir vue, en 1S69, chez, mon ancien camarade
au siège d'Anvers, mais le souvenir remonte trop loin pour
les crucifir cbamplcocs polycfjromcs.
455
N° 2. Croix auréolée et potencée ; cinq
morceaux ajustés sur bois, le Christ et quatre
anges. Figures émaillées ; carnations blan-
ches, le reste bleu-foncé, bleu-clair, rouge,
Crucifix émaillé en platt: pcinUirc
XII' -Xnr- siècles.
(Collection de M. Spitzer.)
vert et jaune, champ doré et gravé. Titulus:
lesvs Nazarenvs rex Ivdeorviu en quatre
que je risque une affirmation positive. Ma remarque a sa
raison d'être ; de renseignements obtenus dans la famille
Meyers, il s'ensuivrait qu'un certain nombre de pièces
reprises sur l'inventaire de la succession ne figurent pas
au catalogue : on les avait vendues à Cologne ou à Vienne.
En revanche, nombre de fonds de boutique auraient rem-
placd à Paris es objets distraits. Toutefois, les frais d'une
lignes ; le .z prend la forme d'
perdu. XlIe-XIIIe siècle;
Pezzoli, à Milan (').
un 8. Revers
Musée Poldi-
gravure et le haut prix atteint aux enchères,prouvent sura-
bondamment que notre croix n'appartenait pour personne
;i la catégorie des rossignols.
I. Calci/ûi^o delta Fundasionc artisiica Poldi-Pezzoli.
Ch. de Linas, La châsse de Giiiiel, p. il 8.
456
IRcuuc De rart cDréticn.
N° 3. Crucifix démonté. Croix auréolée,
dorée et bordée de filets bleu-turquoise ;
Christ analogue au n'' i, mais le corps est
moins allontré et les bras s'infléchissent
légèrement. Carnations blanches, le visage
un peu sali. Le sang coule en abondance
des mains et des pieds ; de hautes chevilles
brunes clouent ces derniers à un suppeda-
neuni bleu-clair. Le perizonium bleu ne
couvre pas les genoux ; il est bordé de lim-
bes, jaune en haut, turquoise en bas, truites
de rouge ; la bande jaune nouée contre le
flanc gauche. Un orbicule, denticulé en scie
et relativement grand, indique chaque ma-
melon. Barbe arrondie et cheveux flottants,
bleu. Le nimbe crucifère est formé à l'inté-
rieur de quatre zones juxtaposées, rouge,
bleu, vert, jaune; le vert ponctué de rouge.
Une cloison métallique, festonnée et den-
ticulée, sépare le rechampi jaune d'une cin-
quième zone bleue. Les rais du nimbe sont
bleu, ponctué de rouge et orlé de turquoise.
Au-dessus de la tète, le titulus
n
IHS
XP"S
sur deux lignes comprises entre des rec-
tangles quadrillés ; champ turquoise, let-
tres d'or. On remarquera les sigles en Q
aplati ; leur disposition s'écarte de celle du
n° I. Un personnage à mi-corps, issant d'une
nuée, bleu, blanc, rouge, vert, jaune, amor-
tit le titulus. Cette femme au voile bleu, à
la robe bleu-clair rechampi de blanc, ayant
pour caractéristique un grand croissant
blanc derrière la tête, représente à coup sûr
la lune : mais où était le soleil, compagnon
obligatoire de l'astre nocturne dans le drame
sanglant du Calvaire ? Le disque terminal
inscrivant un quatrefeuilles, disque dont
nous n'avons que la moitié, laisserait soup-
çonner la place insolite que Phœbus occu-
pait dans l'ordonnance du tableau. Au bout
de chaque croisillon, un encensoir poly-
chrome lancé à toute volée.
Les extrémités de la plaque sont tran-
chées carrément, et le fraisé des bords s'in-
terrompt aux coupures ; il n'y a donc aucun
doute possible quant à la forme primordiale
de l'objet : une croix potencée, semblable
aux exemplaires décrits ci-dessus. Les ap-
pendices latéraux comportaient évidemment
des anges motivés par l'encensoir ; un Adam
ou une tête de mort rehaussaient vraisem-
blablement la potence inférieure; au sommet,
peut-être la figure humaine du soleil.
La tonalité est superbe : rouge-vif, tur-
quoise très brillant ; le reste à l'avenant.
Hauteur: o'"443 ; développement des bras :
o'"295 ; largeur des croisillons:o'"056. Fin du
Xlle siècle ou aube du XI Ile (PI. XVIII).
D'abord à M. le baron Davillier — on
ignore où il se l'est procuré — notre cruci-
fix, légué à l'État par ce regrettable dilet-
tante, est récemment entré au Louvre avec
toute sa collection. Il m'a été permis de l'é-
tudier et de le dessiner à loisir, et je dois
avouer que certaines réticences sur sa natio-
nalité contribuèrent pour beaucoup à m'en-
gager dans le présent travail.
No 4. Crucifix démonté ; même type et
même famille que le n" 3, dont il diffère
seulement par de légères variantes. Champ
d'or à filets turquoise ; carnations blanches;
perizonium bleu ; nimbe à zones festonnées,
bleu, vert, jaune et rouge, avec quelques
points blancs ; titulus bleu à fond métal-
lique. Le suppedaneuni bleu repose sur une
tête de mort blanche. Un encensoir se
montre aux extrémités des croisillons. XI I^-
XI I le siècle. Propriétaire actuel, M. Spitzer;
vendeur inconnu (').
I. Malgré ses nombreuses occupations et sa santé chan-
celante, i\I. Victor Gay est allé exprès chez M. Spitzer pour
compléter les notes que j'avais, l'an dernier, prises trop à
la hâte sur les crucifix n" l et 3. i^wc mon savant ami
rei;oive ici le témoignage public d'une gratitude dont il ne
saurait douter.
H
fi
R
I
C)
(U
1)
■ — 1
(n
u
0)
11) ■
1 — 1
tn
X
!)•
a>
I— »
^
^
o
X
X.
o
w
(D
ir,
(-.
(U ■
p:
■0)
o
1 — '
m
C
t — '
X
;3
0
o
c
u
s
œ
H
o
0)
^ï
' — '
•n
O
o
(0
c
g
o
d
o
, ,
0)
■<u
.>j
u
-0
X!
u
Ï>X.'. XVIII.
Musée du Louvre.
Crucifix en émail champlevé, XII^-XIII^ siècle
iLc0 ccucifir cbamplctics polgcbvomcs.
457
No 5. Crucifix démonté. Lame de métal
complètement émaillée; champ vert-sombre
à enroulements réservés. Carnations du
Christ rosées; les cheveux, la barbe, \e.peri-
zomum,\e tiiiilus,\e. stippedmieuni et les filets
de bordure sont bleus ; les rais du nimbe
crucifère sont rouges. Premier quart du
XI Ils siècle. M usée germanique de Nurem-
berg (').
N°6. Crucifix démonté. Hauteur: o™444;
largeur : o'^2i. Croix auréolée ; champ d'or
prolongé par un filet blanc continu. Christ
très correctement dessiné ; anatomie nor-
male ; tête fortement penchée à droite ; bras
et torse infléchis. Nimbe métallique cerné
de bleu, rais rouge-sombre à losanges d'or.
Les plis savants du pcrizoniiivt bleu accu-
sent une remarquable entente de la draperie;
le suppedaneum est vert. Juste au-dessous,
Adam, les mains jointes, sort d'une tombe
blanche encastrée dans une terrasse imbri-
quée noir et gris. Les carnations des person-
nages sont d'un rose-foncé violent; les bar-
bes et les chevelures sont noires. Le tiiiilus
n
IHS
XPS
apparaît en capitales noduleuses, bleu sur
fond d'or, interlignes verts. L'inscription
suivante, lettres romanes tirant sur le go-
thique, noires et interlignées de rouge-
sombre, surmonte le titulus :
JOHANN
IS: GARN
eRIVS: Le
MOVICeN
SIS : FRAT
RIS: Mei
(Pi. XIX, fig. i.)
Ce texte tronqué, dont la fin se trouvait
probablement au revers, nous apprend que,
I. Ch. de Linas, Œuvres de Limoges conservées à
/'étranger, p. 18.
vers le premier quart du XI 11^ siècle —
guères plus tôt, ni plus tard — Jean Gar-
nier, habile émailleur de Limoges, fabriquait
des Christs polychromes en plate peintnrc.
Le spécimen que nous en possédons témoi-
gne d'une palette assez pauvre, comparati-
vement aux gammes bruyantes des pièces
décrites en premier lieu, mais qui fait gagner
en harmonie ce qu'elle pourrait faire perdre
en éclat. Dessinateur de haut mérite, l'artiste
limousin, s'appropriant une technique et un
type connus avant lui, les améliora si bien,
qu'il est sorti de l'ornière du poncif et qu'il
a produit une œuvre digne de recevoir la
sig-nature du maître.
Les extrémités de la croix ne sont pas
tranchées carrément; elles se creusent en
arcs de cercle où devaient s'emboîter des
écussons quadrilobés: une potence terminale
prolongeait ces écussons. Je donne ici ma
restitution; un exempleque je fournirai plus
bas prouvera sa grande vraisemblance.
Type restitué du Crucifix de Jeau Garuier.
Épave, dit-on, du monastère de Savigny
(ancien diocèse d'Avranches), recueillie par
un habitant du pays, l'objet est récemment
458
iRcuiic Dc l'art cfjrcticn.
entré dans la collection de M. Victor Gay
qui m'a autorisé à le publier (').
Des faces, passons maintenant aux revers
isolés ; deux seulement, encore intacts, sont
parvenus à ma connaissance.
N° I. Croix auréolée et potencée, type
des précédentes. Champ d'or rehaussé d'en-
roulements et bordé d'un filet d'émail. A la
croisée, une vesica piscis inscrivant le Christ
debout, caché jusqu'aux genoux par un
nuage. Les mains sont élevées dans une
position presque symétrique; la droite tient
un codex ; l'A et l'd) accostent la tête du
Sauveur. Cinq autres vesicœ piscis, encadrant
des anges à mi-corps, ornent l'arbre et les
branches. Sur les potences rapportées, les
quatre symboles évangélistiques : en haut,
l'aigle ; au bas, l'homme ailé ; à droite le
lion; à gauche, le bœuf. Les personnages sont
réservés en métal sur fond bleu semé d'or-
bicules polychromes ; l'émail recouvre aussi
les nimbes. Quant aux appendices rapportés,
I. Bullelmde la Soc. des Antiq. de France, 1884, p. 192
à 195, communication de M. le comte Robert de Lasteyiie.
Emile Molinier, Dict. des e'maillcurs, p. 33, 34 ; V. Gay,
Glossaire archéol. du vtoyen â^e et de la Renaiss., fasc.
IV, p. 618, fig. — Voici l'opinion de M. de Lasteyrie sur la
légende de la croix : <,< Il est inutile de chercher à pénétrer
le sens des deux derniers mots de ce petit texte. Ils font
sans doute partie d'un membre de phrase que l'artiste,
aussi illettré que la plupart des émailleurs ses compatriotes,
aura tronqué par négligence ou faute de le comprendre. »
M. Molinier émet l'avis que l'inscription pouvait se
continuer sur le revers de la croix. J'accepte volontiers
l'hypothèse de M. Molinier, d'autant mieux que MEI
n'est suivi d'aucun arrêt et que la place ne manquait pas
pour introduire un signe destiné à clore la phrase. Ne
serait-il pas admissible que la croix eût été offerte à
l'église de Savigny par un frère de Jean Garnier, moine
ou laie? Alors on compléterait ainsi la légende: FRATRIS
MEI (N... .• donvin : ecclesie : B : Marie : Virginis :
Savi/iiace/tsis :) L'abbaye cistercienne de Savigny fut
fondée entre 1105 et 11 12 sous le vocable de la Sainte-
Vierge ; les accessoires de notre crucifix — évidemment
une pièce de commande, — devaient en conséquence re-
produire plusieurs fois l'image de la Mère de Dieu. Sur la
face : la Vierge traditionnelle en regard de saint Jean,
des anges, des apôtres. Au centre du revers, le couronne-
ment de Marie ; aux terminaisons, les symboles évangé-
listiques ; dans les quadrilobes et le long de l'arbre et des
branches, des esprits célestes.
leurs figures émergent en couleur d'un
champ d'or. XI 11^ siècle, première moitié.
Type de croix limousine ; revers,
(Collection de M. le comte Ouvarov.)
Cette magnifique pièce (haut. : o'"5 7, larg. :
o'"34), se trouve aujourd'hui, à Moscou,
chez M. le comte A. Ouvarov qui l'a acquise
de l'abbé Texier ; sa nationalité limousine
ne peut donc soulever aucune objection (').
N° 2. Croix auréolée et potencée. L'au-
réole n'a qu'une minime saillie ; la potence,
réduite à sa plus simple expression — un
cavet sans redent et une plate-bande — est
prise dans le corps même de la lame dont
elle fait partie intégrante. Le décor, réservé
et gravé sur champ bleu, se compose d'en-
roulements feuillages et fleuronnés, déter-
minant au centre une ellipse ventrue où
figure le Sauveur issant d'un nuage. Aux
extrémités, les symboles évangélistiques
dans le même ordre que sur la croix Ouva-
I. Voy. Annales archéol., t. XIX, p. 87, fig. ; Ch. de
Linas, La châsse de Gimcl, p. 89.
Les cruciôr cbamplctics polî^cbromcs.
459
rov, inspiratrice manifeste de celle-ci. L'œu-
vre, incontestablement limousine, accuse le
plein milieu du XIII«^ siècle; Musée chré-
tien du Vatican (').
Revers de crucifix limousin. D'après une photographie.
(Musée chrétien du Vatican.)
III.
LES crucifix émaillés ç.n plate peinture
devaient coûter fort cher ; ils ne pou-
vaient donc pas rentrer dans la catégorie des
articles commerciaux, et on ne les exécutait
vraisemblablement que sur commande. Pour
simplifier le travail et faciliter par un prix
moins haut, l'écoulement de leur marchan-
dise, les industriels de Limoges, vers la
première moitié du XIII^ siècle, sinon au-
paravant,imaginèrent de fabriquer des croix
I. Ch. de Linas, Œtivres de Limoges conservées à
l^ étranger, p. 31.
émaillées où la silhouette du Christ était
épargnée pour recevoir une image en ronde-
bosse, au perisonium souvent polychrome.
Ces croix, toutes à peu près établies sur le
modèle auréolé et potence, offrent certaines
différences dans le système d'ornementa-
tion : on me permettra d'en décrire quelques
spécimens relevés çà et là.
No I. Crucifix démonté (haut. : o'"235,
larg. :o'^i53, id. des branches: ©'"035 ; l'objet
intact atteignait au moins, potences com-
prises, une longueur de o™33.) Croix auréo-
lée ; champ bleu-lapis, semé de rosettes et
de fusées en émail nué, soit rouge, bleu, bleu-
pâle et blanc, soit rouge, vert- tendre et jaune-
clair. Filets de bordure, mi-parti bleu-clair
et blanc. Nimbe crucifère nué, rouge, bleu,
bleu-pâle et blanc ; une large zone bleu-
turquoise, séparée du blanc par une cloison
festonnée, le cerne à l'e.xtérieur ; les rais
sont tranché rouge et jaune. Arbre intérieur
vert rechampi de jaune; suppedancum bleu-
clair ponctué de rouge ; au milieu, une
fîèche trilobée. Au sommet, la main bénis-
sante, réservée et burinée, sort d'un nuage
polychrome, les doigts dirigés vers un paral-
lélogramme également réservé, où le sigle
I H 8 {sic) est inscrit. La figure en ronde-
bosse a disparu ; la silhouette, qui porte
encore des traces de dorure, est assez cor-
rectement dessinée ; des trous percent les
mains et les pieds, collection de M. le cha-
noine Van Drivai, à Arras.
N° 2. Croix auréolée et potencée. Elle
est presque complète face et revers ; man-
quent seulement la potence inférieure en-
tière et deux plaquettes d'émail aux appen-
dices restants. Largeur : o'"30 ; la hauteur
primitive devait atteindre o'"45. L'âme, en
bois, est recouverte d'une feuille métallique
gravée, bouquets et enroulements; sur la
tranche court un cordon de disques inscri-
vant des quatrefeuilles étampés. Potences
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 4""^ LIVRAISON.
460
IRcuiic ne rart cbrctien.
trifides à cavets sans redents. Face : plaque
cruciforme (h. : 0^20, larg. : o"M4, id. des
branches : o'"04) ; fond bleu-gris. Arbre
intérieur bleu-lapis, cantonné aux angles de
Crucifix limousin a silhouette réservée.
Collection de M. le chanoine Van Drivai.
(D'après un dessin de l'auteur.)
rosettes à pétales brun, gris et blanc. Un
rang d'orbicules dorés prolonge la tige et
les branches. Tihiliis et siippedaueiun bleu-
clair ; sur le tituliis, l'inscription
n
I H S
n
XPS.
Nimbe cerné de blanc, rais rouges, champ
nué bleu-lapis, bleu-pâle et blanc. Le Christ
en ronde-bosse est perdu ; sa silhouette
réservée accuse une maigreur excessive ; on
croirait voir une image des Saints Suaires
de Besançon ou de Turin. Les filets qui
bordent la plaque sont bleu-lapis et bleu-
céleste rechampi de blanc. Les potences
encadrent des demi-figures : en haut, un
ange; à droite, la Vierge; à gauche, saint
Jean. Réserve sur champ bleu-lapis; têtes
saillantes ; lunules, nimbes et nuage,
rouge, vert et jaune. Cinq médaillons
circulaires (diam. : 0^04), sertis en relief,
rehaussent les espaces compris entre la
plaque centrale et les potences : ces orne-
ments doivent nous arrêter. D'un fond
bleu-lapis, émerge un grand quadrilobe
bleu-pâle angle de perles rouges ; il
comporte un quatrefeuille à pétales aigus,
nues rouge, vert-foncé, vert-clair et jaune;
pour cœur, un bouton doré. Revers :
Majestas Domini épargnée dans une
vesica piscis bleu-lapis ; tête couronnée
saillante ; nimbe bleu-clair à croix rouge;
codex xou'git; nuages rouge, vert et jaune;
semis de besants d'or et de rosaces poly-
chromes. Le lion de saint Marc, seul
appendice persistant sur la potence droite,
offre la même technique. Cinq médail-
lons, exactement pareils à leurs corres-
pondants de la face, ornent la hampe et les
croisillons. Une telle analogie de style
rèene entre ces médaillons et le décor de
o
la châsse d'Ambazac, épave de l'abbaye de
Grandmont, qu'elle affirme, et la contempo-
ranéité des deux monuments, et leur exécu-
tion, sinon par le même artiste, au moins
dans le même atelier. Notre croix, jadis au
monastère de Sainte-Colombe (Blandecques
près Saint-Omer), est passée, de la collection
Legrand, chez un amateur de Lille (').
I. Madame Legrand a eu l'obligeance de me communi-
quer les dessins, face et revers, de la croix, e.\(5cutés à
les crucifiir cbampictics polpcbromcs.
461
N" 3. Croix auréolée ; les potences man-
quent, mais elles ne sauraient être révoquées
en doute. Champ bleu semé de disques et
de rosaces polychromes. Filets de bordure
émaillés. Au sommet, un demi quadrilobe ;
. n
la main bénissante; le tiitiljis IHS avec le
sigle en O aplati. Le Christ, en relief, est
appliqué contre un arbre de couleur : le
nimbe, aussi coloré, a été champlevé dans la
plaque ; un lis surgit à sa partie supérieure.
Ceinture et suppedancuiii ponctués ; au-
dessous, une tête de mort et une terrasse
conique imbriquée. XII I^ siècle; Monastère
de Saint-Paul, en Carinthie (').
No 4. Croix auréolée. Bordure perlée
fermant les terminaisons, mais n'excluant
pas l'idée de potences disparues. Champ
intégralement émaillé, fond bleu, disques,
rosaces et fleurettes polychromes ; main
divine; tituhis IHS XPS. Christ en ronde-
bosse, couronné, sans nimbe ; perizonium
bleu à limbe truite. Sous le sicppedanejun,
Adam sort d'un tombeau que décore une
demi-rosace imbriquée. XI II'^ siècle; Musée
chrétien du Vatican ('').
N° 5. Croix auréolée et potencée. Ce
monument est très complexe. Champ bleu
semé de disques inscrivant des quadrilobes;
orle de filets turquoise. Branche supérieure:
figurine en relief et rapportée du Sauveur ;
il sort d'un nuage, sous lequel on voit un
cercle encadrant une étoile à six rais (le
soleil) et un croissant, sur fond constellé
d'orbicules métalliques. Puis viennent un
l'aquarelle par feu Auguste Descliamps de Pas, avec le
soin minutieux qui distinguait cet archt'ologue dminent.
Je regrette de ne pas publier ici un morceau vraiment
remarquable ; mais il joue dans mon travail un rôle trop
secondaire pour compenser les frais d'une chromolitho-
graphie.
1. MittJieilungen der K. K. Central - Coininission,
t. XV'III, p. 307, fig. 9 ; Vienne, 1873. Ch. de Linas, La
châsse di Giiiiel, p. 95.
2. Ann.archcol., t. XX\^II, pi. 11. Ch. de Linas, Œii-
vrcs de LiDioges conservées à l'étra)igcr, p. 31.
ange épargné, à mi-corps, et le titulus XPS.
Christ en relief Niinbe crucifère émaillé ;
arbre intérieur, prolongé au delà du j/z/J/^-
daneuDi et chargé au bas d'une tête de mort.
Le pied de cet arbre aboutit à un per-
sonnage nimbé, debout, réservé, mais si
fruste que son attribut — un dragon ailé
qu'il foule — autoriserait seul à le baptiser
sainte Marthe ou sainte Marguerite. Poten-
ces latérales ornées d'anges épargnés, à
mi-corps, et des bustes rapportés, en relief,
de la Vierge et de saint Jean. Dimensions :
haut, totale: oi"6[2 ; larg. id. : 0^352 ; haut,
de l'auréole: o"i096; larg. id.:o'"o72; longueur
de la branche supérieure : o'"i92 ; id. du fût :
0^324 ; longueur de chaque branche latérale:
0^14. Limoges; XIII^ siècle; Musée des
Antiquités du Nord, à Copenhague (').
N° 6. Croix auréolée et potencée. Champ
semé de disques ; Christ en ronde-bosse ;
titîilus IHS surmonté d'un ange à mi-
corps ; nimbe crucifère champlevé dans
la plaque. Potences : au sommet, l'aigle ;
au pied, l'homme ailé, la tête en bas ; à
droite, la Vierge ; à gauche, saint Jean.
Gamme allant du bleu foncé au bleu très
clair. Bordure et fleurons d'appendice ornés
de filigranes et de cabochons. Revers en
métal gravé : au centre, couronnement de
Marie; sur les fleurons, les symboles évan-
gélistiques; sur les branches des feuillages
et des fruits. XI 11'= siècle; Trésor de la
cathédrale de Coloç^ne.
11 est évident que nous avons là un cru-
cifix limousin, mutilé puis rhabillé en Alle-
magne. La bordure, les fleurons terminaux,
le revers sont des additions rhénanes (■).
N" 7. Croix auréolée et potencée. Au
lieu d'être coupées carrément, les potences
1. Worsaae, Nordiske Oldsager det Kongelige Muséum
i Kjobenhavn, p. 135, fig. 520. Ch. de Linas, La châsse de
Giinel, p. 89.
2. F. Bock, Les trésors sacrés de Cologne, pi. ix, n" 35,
p. 47. Ch. de Linas, La châsse de Glmel, p. 104.
462
iRctiuc De rart chrétien.
sont arrondies et trifides.Champ bleu-foncé,
semé de disques, de rosaces, de losanges
polychromes, blanc, jaune, vert, bleu-clair
et rouge. Le Christ, en ronde-bosse, repose
sur un arbre intérieur, vert-sombre rechampi
de vert-clair et de jaune. Nimbe crucifère
champlevé dans la plaque ; le ton rouge y
apparaît. Titulus IHS XPS avec le sigle
en O ; main bénissante sortant d'un nuage
Au-dessous du siippedaneîim, Adam, com-
plètement nu, est assis sur un cône imbriqué.
Potences : en haut, l'aigle ; en bas, le bœuf;
à droite, le lion ; à gauche, saint Jean
remplace l'homme ailé. Hauteur : o'"6o.
Limoges, XI Ile siècle ; Église de Pfalzel,
près Trêves (').
Cette croix stationnale, encore munie de
sa queue, me semble remaniée ; les acces-
soires épargnés ne vont pas ensemble. Nos
trois symboles appartenaient sans doute au
revers ; le saint Jean, dont la tête est en
relief et qui est accompagné d'une rosace
fort riche, correspondait sur la face à une
Vierge de même technique. La moitié du
décor ayant été perdue ou trop détériorée,
on s'est servi du reste le mieux possible.
N° 8. Croix. Champ émaillé de bleu.
Quatre personnages réservés accompagnent
le Christ en relief, dont le nimbe crucifère
est mi-parti jaune et rouge sur fond bleu.
Revers: Majcstas Doiiiini et symboles évan-
gélistiques épargnés. Haut.: o'"525 ; largeur:
o'"36. Limoges, XI II^ siècle; Musée diocé-
sain de Liège; provenance, une église des
environs de Tongres (").
N° 9. Croix émaillée bleu et vert ; rosaces
polychromes. Limoges, XII I^ siècle; Musée
de la Porte de Hal, à Bruxelles.
N° 10. Croix ornée aux extrémités des
1. E. aus'm Weerth, Kiiiislilciikmàlcr des cliristlichen
Mittelallers in dcn Rlicinlaiuicii,'^\. LIV, fig. Il, t. III,
p. 69. Ch. de Linas, La châsse de Giiiiel, p. 102. — Une
pièce analogue existerait au cliàtcau de liiaunfels.
2. La châsse de (Jiinct, p. 105.
quatre symboles évangélistiques en émail.
Limoges, XI 11^ siècle ; provenance, Huy.
Même Musée (').
N° 1 1. Croix bleu-lapis semé de rosettes
polychromes. Limoges, XI 11^ siècle; col-
lection de Madame la baronne de Wolf
( Belgique) (=).
N'^ 12. Croix. Champ d'or encadrant un
arbre bleu rechampi de blanc. Limoges,
XI Ile siècle; Musée germanique de Nu-
remberg (^).
No 13. Crucifix habillé ; robe bleue. 11
est monté sur une croix, champ bleu semé
de rosettes polychromes. Haut. : o'"27.
N" 14. Croix. Face: même décor et
mêmes couleurs que la pièce précédente.
Revers : plaques émaillées représentant la
H/aJcslas Doiiiini&i des anges. Haut. : o'"4i.
Les n"s 13 et 14, Limoges, XI II^ siècle,
appartiennent à M. Robert Curzon junior
(Angleterre) (").
La mode, toujours souveraine en France...
et ailleurs, la concurrence commerciale qui
oblige l'industriel à faire autrement que son
voisin, même aux dépens du goût, pous-
sèrent les ateliers de Limoges dans une voie
nouvelle de production. La joaillerie vint
s'allier à l'émail sur la face des croix, tandis
qu'on continuait à orner le revers d'écussons
rapportés et cloués. Ce système décoratif,
très inférieur aux techniques précédemment
exposées, employait, outre les cabochons de
cristal et de verre, certaines figurines poly-
chromées en relief, dont, hors des cas
exceptionnels, la valeur artistique est com-
plètement nulle. Les formes premières ayant
à peine subi d'insignifiantes modifications,
il s'ensuit que les deux méthodes de l'émail
pur et de l'émail gemmé sont à peu près
1. Ibid., p. 109.
2. Œuvres de Limoi^es,'ç. 21.
3. Ibid., p. 18.
4. Lâchasse de Giinel, p. 1 10.
les crucifir cbampictics polpcbromcs.
463
contemporaines; elles prirent naissance dans
des ateliers rivaux.
Arrêtons-nous à quelques exemples.
N° I. Croix auréolée et potencée. Les
potences, rigides, manquent de cavet, mais
elles offrent, à une faible distance de la plate-
bande terminale, des renflements arrondis
dont nous nous occuperons tout à Iheure.
Aux extrémités se trouvent des figurines
polychromes en relief. Le buste du sommet
est tombé, on n'en voit que la place. A droite
et à gauche, la Vierge et saint Jean trans-
posés se tournent le dos. Au bas, un per-
sonnage sans nimbe, insigne que le Christ
en bosse n'a pas davantage. Le champ,
bleu-clair, est ocellé de cabochons sertis au
rabattu, alternant avec des quatrefeuilles
épargnés. Le tituhis en deux lignes, lettres
d'or, fond bleu lapis, accuse une parfaite
ignorance des règles de l'épigraphie :
c/5 H X
X P c/)
Au centre du revers,dans une vcsica piscis
élégamment polylobée, apparaît le Sauveur
assis sur l'arc-en-ciel. Le personnage, en
réserve, émerge d'un champ lapis orlé de
bleu-turquoise ; deux disques de cette der-
nière couleur l'accostent ; scabelbun vert ;
nimbe bleu-sombre à croix rouge : sous la
vesica piscis, une roue lapis à rais d'or. Des
écussons quadrilobés qui cantonnent la
plaque médiane, trois inscrivent un aigle ;
le dernier, un ange. Tous, symboles évan-
gélistiques reconnaissables à leur nimbe, ils
sont épargnés sur fond versicolore semé de
X et de billettes. La répétition des aigles
semblerait intentionnelle, car il y en a deux
qui se regardent. Ces écussons, dont les lobes
supérieur et inférieur s'adaptent exactement
aux renflements arrondis signalés plus haut,
ont suggéré ma restitution du crucifix de
Jean Garnicr. Limoges, XI II'-' siècle;
Église de Bartholomœiberg (Vorarlberg) (').
N'^ 2. Croix auréolée et potencée ; ca-
vets ; renflements arrondis. Entre ces ren-
flements et les potences latérales, les bustes
de saint Jean et de la Vierge polychromes
en relief; leur transposition est indubitable.
Au sommet, la place d'un troisième buste
perdu. Le Christ, en bosse, manque de
nimbe ; titidiis en capitales nodulées de
couleur bleue, sigles en Q aplati. Champ
n
IHS
n
XPS
bleu-lapis, semé de cabochons, d'étoiles, de
rosettes et de quatrefeuilles épargnés. Aux
extrémités des potences latérales, un double
triangle bleu-clair. Le pied, coupé à la hau-
teur du sitppedanaun, est muni d'une queue
plate, emmanchée dans un sphéroïde aplati
surmontant une douille. Ces appendices, en
métal gravé, accusent un remaniement et
une mutilation. Sous chaque bras , une
pendeloque accrochée à une chaînette d'an-
cien style. Limoges, XI 1 L siècle; Musée des
antiquités nationales, à Stockholm. Prove-
nance, l'église de Berfïendal (Bohuslan) [-).
Pour simplifier encore davantage la main-
d'œuvre, on n'émailla plus le champ des
croix. Au Musée Poldi-Pezzoli, se trouve
un CRUCIFIX, arbre doré, rehaussé de cabo-
chons; aux extrémités, des figurines à mi-
corps, relief polychrome, l^e. perizoniîiin du
Christ est émaillé ainsi que les appliques du
revers. Limoges, XI 11^= siècle ('). Le Musée
Germanique de Nuremberg possède un
CRUCIFIX également doré. Les extrémités
fleuronnées sont munies de renflements
arrondis. Sur la face, Christ en bosse dont
1. Mitlhàhingen etc., t. cité, p. 306, fig. 7.
2. O. Montelius, Fiihrer diircli das Afuseum vaterlan-
discher Altcrihiimer in Stockholm, trad. J. Mestorf, p. 105,
fig- Ï33- (Jitivrcs de Limoges etc., p. 3. Le Musée suédois
possède un autre crucifix semblable, provenant de l'église
de d'iKggestorp (Snialand) ; Fiihrer etc., p. 106.
3. Ciitatogo, etc. La châsse de Giiiiel,-^. 11 S.
464
iRcDuc De V^ït cfjrctien
un seul clou transperce les pieds croisés;
quatre figurines rapportées le cantonnaient:
elles ont disparu. Nimbe en partie émaillé ;
à l'intérieur des fleurons latéraux, on voit
des quatrefeuilles bleus mis en croix; un
seul cabochon rehausse chaque branche.
7"//?//«^ oblique, IN RI en romane tardive.
Revers métallique à enroulements gravés,
épargnés sur fond guilloché; décor d'un
grand style. Les quadrilobes terminaux, qui
correspondaient aux renflements de la face,
sont perdus, mais la vcsica piscis polylobée
du centre existe toujours. On y voit le
Sauveur debout dans l'attitude de la pré-
dication : personnage réservé sur champ
bleu; nimbe coloré; rinceaux fleuronnés.
Limoges, seconde moitié du XII I^ siècle(').
Encore au Musée Germanique : Croix
STATioNNALE auréolée et fleuronnée. Métal
rehaussé de cabochons; plaques historiées,
réservées sur champ bleu à rosaces, blanc,
bleu, vert, jaune, rouge. Sujets : la Main
divine bénissant le Christ en relief; un ange
tenant une croix et un livre ; la Vierge ; saint
Jean; le Sauveur ressuscité: la Majestas
Domini dans une vcsica piscis ; les symboles
évangélistiques. Limoges, XIII*^ siècle.
Une autre croix, de même forme que la
précédente, et aussi au Musée Germanique,
a subi des remaniements qui m'interdisent
de la détailler ici (').
Des écussons d'applique ont survécu à
leurs crucifix jetés au rebut par la mode, ou
victimes des iconoclastes de tous les temps :
en cherchant bien, on en trouverait dans
les collections publiques et privées. Je vais
décrire quelques types de ces épaves qui
font regretter la perte des monuments dont
elles décoraient le revers.
N" I. Vesica piscis polylobée. Champ
d'or pointillé, semé de fleurs polychromes
1. La châsse de Gimel,'ç. 122.
2. Œuvres de Limoges, p. 17 et 18.
et de violettes réservées. Personnage en-
tièrement émaillé : robe bleu-clair, man-
teau lapis, carnations blanchâtres, barbe et
cheveux noirs. Les pieds sont nus, la main
droite, étendue, bénit; la gauche, cachée
sous la draperie, élève un codex rouge; le
nimbe, bleu autour de la tête, est cerné
d'une zone rouge. Un filet bleu-clair borde
l'écusson. Cette figure représente un Apôtre;
selon toute vraisemblance le patron de
l'église à laquelle appartenait la croix. En
général, le Christ, juge ou docteur, occupe
le centre des revers, mais il peut y avoir des
exceptions; je signalerai bientôt d'autres
cas du même oenre. Limoges, Xi 11^ siècle.
Haut.: o™i 5, plus grand diamètre: o™io, col-
lection de M. Victor Gay. (PI. XIX, fig. 2.)
N° 2. Dlsque. Champ d'or; buste du
Christ bénissant de la main droite, un codex
rouge dans la gauche; carnations blanches ;
barbe brun-clair ; robe verte; manteau bleu.
Le nimbe crucifère est vert et rousfe. Le
médaillon, qui a o'"o6 environ de diamètre,
me paraît de la même école que l'objet
précédent. Limoges, XI 11*^ siècle; Musée
départemental des Antiquités, à Rouen (').
N° 3. Vesica piscis ovale. Haut. : 0^125.
Majestas Domini réservée dans un champ
émaillé. Limoges, XI 11^ siècle; collection
de M. l'abbé Alexandre Schnlitgen, à Co-
logne (^).
N" 4. Vesica piscis polylobée. Hauteur:
o'"i45, plus grande largeur: o'" 1 1. Majeslas
Z?cP/;//;//épargnée et gravée sur champ bleu-
lapis semé de rouelles et de losanges poly-
chromes. Nimbe crucifère bleu-clair recham-
pi de blanc ; entre les rais, des billettes
rouges ; codex rouge. Bordure bleu-clair en-
cadrée d'une baguette métallique vivrée.
1. Je dois des remerciements à mon ami, M. Gustave
Gouellain, qui a pris la peine d'aller au Musée pour me
renseigner exactement sur la gamme et les dimensions de
Tobjet.
2. La châsse de Giiiiel, p. 1 04.
Les crucifir cbamplctics polpcbromcs.
465
Limoees, XIII« siècle; Musée chrétien du
Vatican.
Écusson de croix limousine, Musée chrétien du Vatican.
(D'après Gori.)
N° 5. Vesica piscis polylobée, plus allon-
gée que le n" 4. Haut. : o'" 1 6, largeur : o™ 1 1 .
Écusson de croix limousine, Musée chrétien du Vatican
(D'après Gori.)
Le Sauveur est debout, les mains étendues
vers la terre ; l'Ascension ? La figure se
détache en métal gravé sur champ bleu-lapis
rehaussé de rouelles, de rosaces, de losanges
et de X, versicolores ou épargnés. Nimbe
crucifère turquoise à rais rouges. Filet de
bordure bleu ; un bandeau turquoise, re-
haussé d'anguilles dorées, coupe horizonta-
lement le milieu du tableau. Limoges, XI 1 1^
siècle ; Musée chrétien du Vatican.
Ces plaques furent données au pape
Benoît XIV par un collectionneur florentin,
le chevalier François Vittorio. Gori les a
reproduites avec beaucoup d'exactitude ; le
dessinateur semble avoir calqué son modèle,
et il a cherché à rendre les couleurs au
moyen de hachures héraldiques (').
La Bibliothèque Vaticane possède encore
cinq autres Vesiccs piscis représentant la
jMajestas Doinini a.vçic quelques variantes ;
Limoges, XIII<^ siècle. A ce contingent, on
peut ajouter les pièces limousines suivantes,
également débris d'anciennes croix : Ange
tenant un livre, XIII*^ siècle ; Crticifix ac-
costé de la Vierge et de saint Jean dans un
quatrefeuilles; AVj>7/;vr("//(:w de même forme;
Agniis Dci portant l'étendard victorieux,
losange inscrivant un quadrilobe à champ
bleu. Les trois dernières plaques datent du
XlVe siècle (^).
La fabrication des croix à écussons émail-
lés persista en Limousin jusqu'au XIV^
siècle inclusivement : deux spécimens en-
tiers de cette époque existent au Musée des
Antiquités de Bruxelles (^).
Le courant, qui entraine aujourd'hui au
delà des Pyrénées les travailleurs de l'Au-
vergne et du Limousin, existait déjà au
XlVe siècle, sinon auparavant. Il me parait
certain que, au commencement de la dite
période, des émailleurs limousins portèrent
leur industrie en Espagne, et qu'ils y for-
mèrent des élèves. Je ne m'arrêterai pas au.x
1. Thcsaimis vet. diptychorum, t. III, p. .J4 et 67, fig.
La châsse de Giiitet, p. 1 20.
2. Œuvres de Limoges, etc.. p. 30. Barbier de
Montault, La Bihlioihcque Vaticane, Rome, 1S67.
3. La châsse de Giiiict, p. icg.
466
JRctiuc De r3rt chrétien
ouvrages d'or mentionnés sur les inventaires
depuis 1380, mais seulement aux pièces en
cuivre rouge, parce qu'elles rentrent dans
mon sujet. La technique espagnole est celle
qu'employaient au Xll^ siècle les grands
artistes de la Meuse, et que Limoges, renon-
çant aux cloisons champlevées, n'adopta
généralement qu'au XIV^ pour augmenter
l'effet de ses réserves métalliques. Le dessin
des personnages, épargnés sur champ de
couleur, est indiqué par de larges tailles s'effi-
lant en traits minces. Ces creux, destinés à
marquer les lignes et les ombres des draperies
ou des carnations, sont ensuite remplis d'é-
mail suivant la méthode du nielle. Les émaux
espagnols, assez rares hors de leur pays, se
distinguent par une physionomie s?ii gcncris
qui les fait aisément reconnaître. La gamme,
peu étendue, comprendjustele bleu-sombre
le rouge-brun et le blanc ; les figures, bruta-
lement esquissées, ne manquent pas néan-
moins de grandeur. Comme praticiens, les
élèves sont inférieurs à leurs maîtres ; ils
l'emportent sur eux en originalité. M. Victor
Gay a publié deux écussons de croix espa-
gnoles appartenant à sa collection : une po-
tence et un centre de revers. Sur la potence,
l'ange Gabriel, debout, tient une bande-
rolle avec les mots Ave Maria en gothique
trecentiste ; près de lui, une rosace et un
quatre feuilles rappellent les caractéristiques
limousines. La seconde plaque, carrée,
montre, dans un quadrilobe, un saint évêque
&n poiitijica/ia,3.ccosièdii branches de chêne.
L'épargne des deux pièces, rehaussée de
rouge et de bleu-sombre, se détache vigou-
reusement sur un champ de la dernière
couleur ;révêque fournitun exemple de saint
patron remplaçant l'effigie ordinaire du
Christ (■).
Plus heureux que M. Gay, un collection-
I. Glossaire arcfu'ol., fasc. IV, p. 623, fig. La légende
de la plaque carrée désigne cet objet comme étant un
neur d'Arras, M. Ernest Deusy, a eu la
chance d'acquérir un crucifi,x espagnol en
état de conservation presque intégrale. Il est
en cuivre rouge doré, gravé et enrichi
d'émaux. Hauteur, queue comprise, o'"58 ;
largeur : 0^40. Extrémités fleurdelisées ;
tiges munies d'ovales barlongs formant des
ressauts à l'extérieur ; à l'intersection des
branches, un carré dont les angles rayonnent
en saillie. Le décor sfravé de la face consiste
en feuillages émergeant d'un fond guilloché.
Le carré offre une croix pattée et évidée :
des feuilles occupent les intervalles ; au
croisillon inférieur, un nimbe rudimentaire
tracé à la pointe. Quatre figures en relief sont
rivées aux champs, contre des silhouettes
ménagées à dessein. Au centre, un Christ
relativement petit (haut.: o™io), contracté
et fixé par trois gros clous à tête pyramidale;
sur les fieurons extrêmes, les statuettes tra-
ditionnelles de la Vierge et de saint Jean que
supportent des consoles à arêtes vives ; au
bas, Adam, nu, sort du tombeau et tend les
mains vers son Rédempteur. Le Christ, la
Vierge et le disciple bien-aimé, grossière-
ment fondus sans autres retouches que
quelques coups de burin, ont un aspect très
médiocre ; l'Adam est beaucoup meilleur,
un ancien type l'a certainement inspiré (').
Des appliques émaillées couvrent les ovales
à ressauts. Au pied, la Descente aux Eiifers ;
le Sauveur, portant sa croix triomphante,
retire le père des hommes de la gueule d'un
monstre. A droite, le bon larron regarde le
Christ ; le mauvais, à gauche, se détourne.
En haut, le Couroniicnicnt de la Vierge. La
fleur de lis supérieure offre les traces d'un
mors de chape. Je pense que le crucifix de M. Deusy
confirmera mon attribution à un revers de croix.
I. Ce modelé pourrait fort bien être limousin ; l'Adam
du crucifix de Jean (".arnicr a la même tournure que notre
figure espagnole : au contraire, l'attitude du père des hu-
mains, sur Xex-'joto royal de Ferdinand de Léon (XI'-"
siècle), est très différente.
les crucifir cbamplctics polj^cfiromcs.
467
écusson circulaire, hélas ! perdu, dont le
sujet en émail n'est guère difficile à établir:
le Père éternel et le Saint-Esprit, complé-
ment ordinaire de la scène tracée au-des-
sous. Entre le Coîironnemoit et le carré
central, un rhombe disposé obliquement : il
est également émaillé ; l'inscription 3i J|) ^
s'y voit en lettres gothiques.
Les gravures du revers présentent les mê-
mes motifs que la face, mais on y a ajouté les
quatre symboles évangélistiques dans l'ordre
suivant : aigle, lion, bœuf et homme ailé. Une
plaque émaillée, cintrée en haut, recouvre
exactement le carré central. Sujet: le Sauveur
assis sur une cathedra blanche et rouo-e • sa
main droite bénit, la gauche maintient un
livre ouvert. L'intérieur du nimbe crucifère,
les prunelles, les narines et la bouche sont
rouges ; le vionile du manteau est blanc.
Le bleu-soinbre remplit le champ et les
Croix ornée d'émaux, Espagne, XIV"^ siècle. Collection de M. Ernest Deusy
(D'après un dessin de l'auteur.)
tailles de tous les écussons
j'ai signalé
une exception pour les accessoires de la
Majestas Domini. — Des orbicules blancs à
cœur rouge, incrustes par juxtaposition,
diaprent les fonds bleus ; ces orbicules ont
une tendance marquée au quadrilobe.
KEVUE DE l'art CllRÉTIE.-J.
1885. — 4'"= LIVRAISON.
468
IRctJuc Dc rart cbrcticn.
Les émaux espagnols, notamment les
appliques du crucifix de M. Deusy, ne sont
pas précisément des chefs-d'œuvTe, mais un
puissant individualisme y fait oublier les
incorrections du travail. En consacrant une
longue digression à des ouvrages peu répan-
dus, il ne m'a pas semblé que c'était trop
s'écarter de l'objectif principal de mon étude.
IV.
UN savant pratique n'exigerait pas
davantage. Derrière mon aride no-
menclature, il saisit déjà que tous les cruci-
fix émaillés en plate pemture &t leurs acces-
soires appartiennent à une même famille ;
qu'ils ont une patrie commune, bien que fa-
briqués par divers maîtres ; enfin que l'ori-
gine d'une seule pièce, légalement constatée,
établit la filiation des autres. Donc, à la ri-
gueur, j'en aurais suffisamment dit pour ne
pas avoir besoin de creuser plus avant mon
sujet, et pour formuler une conclusion immé-
diate, si je n'avais affaire à des infaillibilités
mercantiles, — celles-là je renonce à les con-
vaincre — et aussi à des spécialistes aimant
la lumière, pourvu qu'elle jaillisse d'une ar-
gumentation solidement appuyée. J'adresse
à ces derniers les lignes qui vont suivre.
Les principaux caractères à examiner chez
nos monuments litigieux — le crucifix de
Jean Garnier, muni d'un état civil authen-
tique,reste naturellement en dehors — sont la
forme générale, le style décoratif, le type des
figures, la technique, la gamme des émaux.
Ces monuments rentrant tous, vu leurs di-
mensions, dans la catégorie des croix station-
nais, je n'emprunterai mes termes de com-
paraison qu'à des objets du même genre.
L'étude des symboles héraldiques fournit
un grand nombre d'exemples de croix va-
riées, depuis la croix pleine jusqu'à la croix
vidée, pommetée et cléchée de Toulouse.
D'abord, chaque art topique eut ses types
privilégiés, types que l'étranger adopta en-
suite lorsqu'ils lui convinrent, mais en leur
imposant les caprices de son goût personnel.
Ainsi le disque engagé, cantonné de crosses
végétales saillantes, qui termine la croi.x da-
noise de Gunhilde (milieu du XI« siècle) ('),
se trouve au XIV^ siècle en Allemagne,
où, au lieu de personnages, il inscrit un
quadrilobe (^) ; le modèle fleurdelisé, dont
l'origine française n'est pas douteuse, s'effile
outre mesure, vers le dernier tiers du XI 1 1^
siècle, chez nos limitrophes de la Meuse et
du Rhin: il y gagne en élégance ce qu'il y
perd en ampleur (3). Néanmoins, avant que
le système ogival n'eût franchi les Vosges
et le fleuve germain, pour envahir l'Europe
orientale, l'Allemagne s'en tint à des formes
qui lui appartenaient en propre : décrivons-
les sommairement.
Croix rectiligne à potences triangulaires
F^
Type de croix allemande.
X- siècle, Essen.
(D'après H. Otte.)
ou trapézoïdales; moulures à quart de rond
1. Nord. Oldsas;cr, p. 134, fig. 519. — Une croix du
XII' siècle, cuivre étampé, analogue h. celle de Gunhilde, se
trouve au Musée archéologique d'Angers. Les différences
typiques entre les deux monuments ne résident que dans
le détail. Selon toute vraisemblance, la croix d'.Vngers
est d'origine locale. \'oy. L. de Farcy, Recueil d'objets
d'art religieux, III" année, 4' liv., deux pi.
2. F. Bock, Les trésors sacrés de Cologne, pi. X.XXI.x,
fig. IIO.
3. Voy. J. Helbig, Les reliques et les reliquaires donnés
par saint Louis aux Dominicains de Liège, pi. V, ap.
Mém.dePAcad.roy. de Belgique, t. XL IV.
les cruciûr cfjamplctjés polpcbromcs.
469
et à chanfrein double. X^-XI° siècles : Aix-
la-Chapelle ; Essen (").
Croix rectiligne à potences rectangulaires;
au centre, un carrédont les angles rayonnent
à l'intersection des branches. XII' siècle :
cathédrale de Mayence; collection Essingh,
à Cologne (^).
Type de croix allemande.
XII^ siècle, Cathédrale de Mayence.
(D'après H. Otte.)
Croix évidée ; potences trapézoïdales aux
flancs légèrement arqués. Entre les tiges et
les potences, un rectangle saillant; au centre,
un carré dépassant de beaucoup les angles
rentrants de la croisée. Eglise de Saint-Sé-
verin, à Cologne; XII* siècle {^).
1. Cahier et Martin, Mif/. (Tarchéol., t. I, pi. XXXI,
fig. H. F. Boclv, KarPs der Grossen Pfahkapelle, t. I, p.
34, fig. XV. E. aus'm Weerth, Kunsldenkimiler, pi. xxxix,
fig. I ; pi. XXIV à XXVI. H. Otte, Handbuch der kirkl.
Kunst-archiiol. des deutschen Miitelaltcrs, t. I, p. 154, fig.
56, 5" éd. — La croi.x d'Essen n" 3 accuse une tendance à
l'auréole, c'est-à-dire que les arcs de la plaque elliptique
du centre débordent de o^.ooô les angles rentrants de la
croisée. Cette circonstance exceptionnelle est motivée par
un grand cristal de roche ovoïde posé en cœur, et à qui il
fallait bien ménager une bordure proportionnée ;\ sa
taille.
2. H. Otte, y.ur Ikonographie des Crucijivus, ap.
Jahrbiicher des Vereins von Alterthumsfreimden im Rhcin-
lande, t. XLIV-XLV. pi. Vlll, ix, xill.
3. F. Bock, Les trésors sacrés de Coloi>ne, pi. XL,
fig- 113-
Type de croix allemande. XU'- siècle.
Eglise de Saint-Séverin, à Cologne.
(D'après Bock.)
Rien ici n'offre de rapports directs avec
la croi.x Ouvarov, qui est essentiellement
limousine (Voy. plus haut); ni avec sa sœur
de Copenhague, qui ne l'est pas moins; ni
avec sa jumelle de la collection Dzyalinska,
dont on n'a jamais ostensiblement refusé
la paternité à Limoges. Le crucifix Spitzer-
Meyers (Voy. plus haut), entièrement
semblable à ces dernières, doit donc avoir eu
nécessairement la même origine qu'elles, et
alors, je ne sais trop les raisons qu'on allé-
guerait pour contester la provenance limou-
sine des monuments analogues, soit intacts,
soit de facile restitution. Tout compté, le
type auréolé, aux terminaisons en potence
à cavets, me paraît être, sauf meilleur avis,
l'une des caractéristiques de l'orfèvrerie li-
mousine aux XI l'-XI I V siècles, une marque
de fabrique en quelque sorte.
Les motifs les plus fréquemment em-
ployés par les émailleurs limousins sont la
fleurette et la rouelle à zones concentriques
juxtaposées. Fleurettes et rouelles constel-
lent à plaisir les châsses et les croix de
Limoges: on n'en rencontre pas sur les
pièces allemandes. Or ces motifs existent
sur les branches de l'arbre intérieur du cru-
cifix Spitzer-Meyers. L'arbre émaillé dans
le champ métallique des croix est lui-même
470
IRcuuc De Vàït Chrétien.
limousin; je l'ai signalé à Pfalzel et à Copen-
hague, je le signalerai encore à Trêves, sur
un crucifix de la cathédrale (■). Les orfèvres
du Rhin ont néanmoins figuré l'arbre inté-
rieur en orravure ; il est très visible sur
plusieurs de mes exemples. On conserve
dans l'église des Minorités, à Cologne, une
croix stationnale haute de i"^2o: son prolon-
gement en T est fort ancien, on voit le
pareil au Xe siècle (=) ; mais, d'après les vers
léonins inscrits à l'entour, elle ne saurait
Crucifix allemand. XH'' et XIV= siècles.
Eglise des Minorités, à Cologne.
(D'après Bock.)
remonter plus loin que le XII^ siècle. Le
Christ, daté du XIV^, repose sur un arbre
1. Kunstdenkmiiler, pi. lvii, fig. 2. Cette pièce ne figure
pas dans mes notices sur les émaux limousins conservés
à l'étranger ; elle m'échappa quand je rédigeais. Croi.\
auréolée, champ bleu semé de disques et de rosettes ;
arbre vert ; main bénissante : tifiilus I H P .S. Christ en
relief; nimbe crucifère, suppcdancum et terrasse imbri-
quée, polychromes. Les potences manquent, Haut. : o'"22 ;
avec ses appendices, l'objet devait mesurer plus de o"'32.
XII Ii^ siècle.
2. .^i/fj«o-^//a/;-<? d'Egberl, à la bibliothèque de Trêves;
H. Otte, Zur Ikon, des Crucifixtis, pi. xii, fig. i.
écoté qui pourrait bien être son contem-
porain (').
Des émaux rehaussent la face antérieure
des croix d'Essen, dont le revers est gravé.
Tous sont cloisonnés: pièces d'applique en
bordure; symboles évangélistiques; images
des donateurs; Crucifixion accostée de la
Vierge, de saint Jean, du soleil et de la lune.
Le titnlus, IHC NAZARENVS REX
IVDEORVM, qu'on y lit, reproduit la
formule toujours usitée en Allemagne, soit
Ï!i extenso, soit abrégée; je n'ai pu rencon-
trer dans ce pays un seul exemple du IHS
XPS, si fréquent à Limoges.
A la fin du X^ siècle, les Allemands
recourent à la gravure pour illustrer leurs
croix stationnâtes; témoins les revers d'Es-
sen et d'Aix-la-Chapelle. Au XI I^, les
appendices du spécimen cité de Mayence
(haut.: o'"4i) sont chargés de scènes paral-
lèles, empruntées aux deux Testaments, gra-
vées et expliquées avec le luxe épigraphique
habituel chez les Germains du moyen âge.
Un arbre, formé de bandeaux à mailles
inscrivant des feuilles, rehausse les tiges et
les branches; il s'interrompt à la place que
recouvrait le torse d'un Christ aujourd'hui
perdu, Christ auquel un Agmis Dei, cerné
de la légende PATER OFFERT IN
CRVCE NATV(m), servait de nimbe. Sur
la queue, l'effigie en pied du donateur ;
THEODORlCV(s) ABBAS.
L'église de Planig, près Kreuznach (non
loin de Mayence), possède une croix recti-
ligne très simple (haut. : o'"4o). Le revers —
je parlerai plus loin de la face — comporte
un arbre intérieur à palmettes, dont la tige
est coupée au milieu par un médaillon con-
tenant le buste du donateur, ►}> RVTHAR-
UVS CVSTOS; le tout gravé. Au centre,
un Agnus Dei, en relief et ajouré. Les
extrémités des branches viennent mourir
I. Les trhors sacrés de Cologne, pi. xxv, fig. 87.
Les crucifîr cbamplctics polpdjroiiics.
471
contre les traces parfaitement visibles de
disques cloués, que la négligence a détruits.
Ces disques étaient pleins, car le décor per-
siste sous le fenestrage de l'Agneau, et on
l'aurait prolongé jusqu'au bout s'il n'avait
pas dû être entièrement caché (").
' bleu- tendre; nimbe et galon turquoise;
orbicules blancs (').
Type de croix allemande, revers, XII^ siècle.
Eglise de Planig, près Kreuznach.
(D'après H. Otte )
Quelle technique attribuer à de si regret-
tables absents? La fonte ou l'émail; il ne
peut être question de la gravure. Selon toute
vraisemblance, les symboles évangélistiques
figuraient là en ciselure ; l'émail néanmoins
ne serait pas entièrement à repousser. J'ai
dessiné jadis au musée de Rouen, un
disque légèrement bombé (diam. : o™o64);
il offre, sur champ de cuivre doré, le buste
cloisonné du prophète Osée, OSGAe.
Carnations rose-pâle; barbe et cheveux
noirs; manteau et légende bleu-lapis; tunique
I. Zurikon. des Crucifix-us, pi. XI.
Médaillon en émail cloisonné.
École du Rhin, XI'" siècle ; Musée de Rouen.
(D'après le dessin de l'auteur.)
Dans l'inappréciable collection de M. Vic-
tor Gay, on distingue une vcsica piscis de
même matière et de même travail que le
médaillon de Rouen (haut. : o"^ i o, plus grande
largeur : o"''05 8). Sujet: une sainte en pied,
couronnée, sans nimbe, et tenant la palme
du martyre. Carnations à peine rosées: cou-
ronne anguleuse tleuronnée, de style byzan-
tin, et manteau, verts ; voile et chaussures
bleu-clair; robe et galon turquoise ; tunique
de dessus bleu-lapis. Les folioles de la palme
alternent du lapis au vert et au bleu-clair ;
une joaillerie blanche ou lapis rehausse la
couronne et le galon. (PI. XIX, fig. 3.) (^).
Nos deux appliques sortent des ateliers
rhénans, au XL siècle; la sainte est une
merveille : ont-elles orné des croix ou des
châsses .'' Leurs faibles dimensions me sem-
bleraient plaider en faveur des croix. Il
serait également possible qu'un disque
1. Au congrès international de Bonn, en iS6S, la dis-
cussion de cet e'mail m'attira les observations peu cour-
toises d'un savant berlinois beaucoup plus superficiel que
profond ; elle me valut en échange d'honorables amitiés.
Le savant a vécu, mais les amitiés ont persisté.
2. Un petit cliché reproduit cette figure dans le Glos-
saire arc/u'ologique, fasç. 1\', p. 61g.
472
Ectîue De l'art cbrcticn.
représentant saint Séverin, émail cloisonné
sur cuivre (diam. : o'"i i), eût illustré, au
revers, le carré central de la croix, figurée
plus haut — leur raccord est exact — avant
d'être cloué sur un pignon de la carcasse
dénudée de l'antique fierté du troisième
évêque de Cologne ('). Quoi qu'il en soit
un exemple de croix allemande, dont le
champ est émaillé d'un seul tenant, existe,
au moins à ma connaissance.
L'église de Sainte-Marie in der Schnur-
o-assc',à. Cologne, possède l'objet en question.
Croix rectiligne.légèrement anglée; hauteur:
o'"405, largeur: o'"225. Cuivre doré ; plat
Crucifix de Sainte-Marie in dcr
Christ supprim
(D'après
recto couvert d'enroulements champlevés
polychromes, disposés de façon à ménager
I. Les trésors sacrés de Cologne, pi. XLi, fig. 114. Ch.
de Linas, Les Expositions rétrospectives en 18S0, p. 130.
Trompé par l'éclat du métal, j'ai pris alors pour de l'or ce
qui n'est réellement que du cuivre doré. Cette épave, de
haute valeur artistique, peut remonter à la fin du Xl'siècle.
— L'orfèvrerie occidentale du moyen âge s'est complue à
sertir des appliques en émail cloisonné byzantin sur les
branches de ses croùt reliquaires. E.xemples : la croix de
SchntirgasaCj à Cologne ; recto :
2. Xir" siècle.
Bock.)
la place de la tête, du torse et des jambes
du Christ. Nimbe crucifère,richement coloré;
l'abbaye d'Oignies, aujourd'hui chez les religieuses de
Notre-Dame, à Namur (Ann. archéol., t. V, pi. xvii). La
croix du monastère de Hohenfurt (Bohême), gravée dans
les Mittheil. cités, t. XVIII, p. 202, fig. S2. Les deux pic-
ces sont à doubles croisillons : Namur, potences triangu-
laires, renflements arrondis, centre angle, XI'= siècle;
Hohenfurt, appendices fleuronnés, centre à lobes elliptiques
rayonnants, XI 1>^ siècle. M. Gay possède un petit disque
les crucifiir cbamplctjcs polpc^romcs.
473
sous les pieds, une capsule ovale qui abritait
jadis des reliques dont l'état est inscrit sur
la douille. Un Christ moderne, malheureu-
sement substitué à l'ancien, gâte l'effet
général; mieux vaudrait — nous avons pris
ce parti — que l'espace libre fût vacant :
une bonne silhouette est préférable à un
médiocre relief.
Au plat verso, un décor gravé. Centre,
buste du Christ accosté de l'A et de l'O ;
extrémités,les symboles évangélistiques dans
des demi-cercles: ces terminaisons prouvent
que le monument n'eut jamais d'appendices
rapportés. Le style des enroulements feuil-
lus est empreint d'un caractère germanique
très prononcé ; la légende des reliques finit
par une invocation du donateur : MISE-
RERE MEI ALBERTI. Or la croix
provient de l'abbaye de Saint-Pantaléon,
où un Albert fut prieur de 1 167 à 1 1 76 (').
Hormis le petit tableau cloisonné d'Essen
et un Christ gravé au revers de la croix dite
de Lothaire, à Aix-la-Chapelle (-), tous les
crucifix de travail allemand bien authen-
tique, que j'ai signalés, et d'autres encore de
pareille origine laissés à l'écart, compor-
tent des Christs en relief, soit repous-
sés, soit fondus. Analysons leurs détails
typiques, sans dépasser le milieu du XI 11^
siècle. En général, le Christ allemand écarte
les jambes; elles sont au contraire fréquem-
ment adhérentes ou superposées chez les
Christs limousins, malgré la séparation des
pieds, percés chacun d'un clou (^). Or la
byzantin également destiné à la sertissure; émail cloisonné
du X-^ siècle représentant un buste d'Ange. Ce mode d'or-
nementation, employé à Essen avec des ouvrages indi-
gènes, a pu et dû persévérer en Allemagne.
I Les trésors sacrés de Cologne, pi. X.KXIX, fig. 109 et
p. 164-165.
2. Mél. ci'archéfl/., t. I, pi. XXXII.
3. Pour l'Allemagne, \'oy. les Christs d'Essen, de
Planig, de Wetzlar (Kunstiieiikmàlcr, pi. l.lll, fig. 5), etc.
etc. Pour Limoges, voy. Copenhague, Pfalzel, une châsse
de Siegbourg (Ktoistdenlcm., pi. XLix, fig. i), etc. etc. —
Les jambes du Christ, sur la croix d'Aix-la-Chapelle sont
adhérentes; mais il est figuré de trois-quarts et non de face.
superposition des jambes est l'un des dia-
gnostics de nos crucifix en plate peinture.
L'émaciation n'est pasmoinscaractéristique.
L'ancien art allemand donne souvent à ses
figures nues des proportions presque nor-
males ; il exagère peu les saillies anato-
miques et reste dans les limites d'un embon-
point modéré. Si le torse s'effile, comme
sur la croix d'Aix-la-Chapelle, il n'est jamais
efflanqué. Des Français et des Limousins
émane en réalité le type du Divin Crucifié
réduit à l'état de squelette, accablé qu'il se
trouve par la torture physique et le poids
moral des crimes de l'humanité pris à sa
charge. Un Christ bourguignon du XII^
siècle, appartenant à M. L. Courajod, offre
l'aspect d'un cadavre encore élastique, mais
tout à fait décharné, n'ayant plus que la peau
et les os (') ; un Christ manceau en bronze,
même époque, collection de M. L. Farcy,
à Angers, un peu moins affaissé que le pré-
Christ manceau en bronze. XH*-' siècle, Collection de
M. L. de Farcy, à Angers.
(D'après une photographie de M. Paul Desavary, à Arras.)
cèdent, ne lui cède en rien sous le rapport
de l'amaigrissement outré.
I. Voy. Gasette archéologique, 1S84, pi. xiv.
474
IRctiuc De l'3rt cbtcticn.
Cette espèce de momification, oi!i pas une
seule côte ne se dissimule, incombe aussi
aux statuettes limousines de Copenhague
et de Pfalzel ; l'excessive maigreur, très
accentuée déjà chez le crucifix Davillier,
allonge le Christ Spitzer-Meyers au point
de l'identifier absolument avec la capitale
romaine T.
L'Allemagne exprima au besoin les plaies
saignantes du Rédempteur. De faibles traces
de sang, légèrement burinées, apparaissent
aux mains, au flanc et aux pieds du Christ
d'Aix-la-Chapellle. Des mains et des pieds
du Christ de Planig s'échappe un triple filet
de sang ; celui des pieds traverse un suppe-
daneum tronconique, sorte de réservoir mys-
tique, et tombe dans un calice gravé au-
dessous : une tête de lion ciselée en ronde-
bosse, symbole du monstre infernal vaincu,
mord la partie inférieure du vase et arrête
la queue de la croix ('). Entre filet et flot,
il y a une certaine distance, et je soupçonne
au dernier une origine méridionale. Le trésor
de la cathédrale de Narbonne possède un
panneau d'ivoire (XI^-XII^ siècle) où la
Crucifixion est escortée d'épisodes évangé-
liques. Au bas : la Cène, le Partage des
vêtements, l'Incrédulité de saint Thomas.
Aux flancs : le Baiser de Judas, les Maries
au sépulcre, un groupe de la Vierge et des
Saintes Femmes, Longin, l'Estafier à
l'éponge (Stéphaton), saint Jean, Nicodème
et Joseph d'Arimathie. En haut: l'Ascen-
sion, le Soleil et la Lune personnifiés, la
Descente du Saint-Esprit. Un véritable
torrent coule des mains et des pieds du
Christ ('). Au premier abord on croirait
que l'œuvre est allemande ou mosane ;
mais le style particulier de l'encadrement
s'opposerait à l'attribution germanique.
1. Ziir Ikon, des Critcifixiis, pi. x.
2. Grimouard de Saint-Laurent, Iconographie di la
croix et du crucifix, np. .Inn. arcliéol. t. XX Vil, pi. I,
photographie.
Quant à la formule insolite du tifnhis rectan-
gulaire, HIC EST I HS — N AZAREN VS
— REX IVDEORV (m), si on la ren-
contre en Allemagne, elle y semble du
moins très rare ('}. Notre panneau accuse
un ciseau espagnol. Le crucifix votif de
Ferdinand et Sancha prouve le talent des
ivoiriers léonais au XI^ siècle; le Christ
imberbe du Sacratnentaire catalan de
Roda (-) ramène singulièrement au type
grassouillet de la sculpture narbonnaise. Or,
ici le double flot, qui jaillit des pieds, bifurque
comme sur l'exemplaire émaillé du Louvre.
Les énormes chevilles de bois, communes
aux crucifix Davillier et Spitzer-Meyers,
auraient charmé, au X'V^ siècle, la fantaisie
des maîtres de Nuremberg; leurs prédéces-
seurs du Rhin se bornèrent toujours aux
clous vulgaires. L'idée primordiale de la
plaie saignante au côté droit, et du crâne
décharné (voy. plus haut la fig.), est proba-
blement originaire de Byzance (^) ; l'effigie
d'Adam doit être occidentale. Nous la ren-
controns en Espagne, au Xl^ siècle, sur le
don royal de Ferdinand ; à Limoges, au
XlIe-XIIIe, sur les crucifix de Pfalzel, du
Vatican et de Jean Garnier. L'image de
notre premier père, sortant du tombeau à
l'appel du Fils de Dieu, semble n'avoir pas
gagné l'est et le nord de l'Europe avant
l'époque de saint Louis, car elle ne s'y
1. On trouve en effet la même formule sur le tiliilus
rhomboidal du crucifix d'Aix-la-Chapelle, mais avec la
variante IHC au lieu de IHS. Du reste les types des deux
Christs diffèrent complètement.
2. Voy. mon précédent travail. Le crucifix de la catlie-
drale de Léon au musée de Madrid, pi. et fig.
3. Voy. le Crucifix émaillé de la collection Sevastianov,
ap. Bock, Gescliic/i/e der li/urg. Ge7aander.,t. 11, pi. XXVUI,
fig. sans renvoi ; la Crucifixion trouvée au Caucase par
M. Svenigorodskoi,ap. J. Schulz, Die byzant. Zellcn-Entails
der Sain/nlunc;- Siaenis^orodsi-ûi, phototypie h la p. 36. Un
masque humain figure aux pieds du crucifix sur une minia-
ture de la Bible de l'abbaye de Farfa, ms. du .K'-" siècle, à
la Bibliothèque Vaticane ; 2^ur Ikon, des Crncif., pi. xii,
fig. 2. Le style de cette peinture accuse un élève des By-
zantins.
les crucifir cbamplctics polycbromcs.
475
montre incontestable qu'à partir des croix-
reliquaires artésiennes d'Oisy et de Clair-
marais ('). Une hypothèse très vraisem-
blable, déjà émise plus haut, permettrait
de restituer Adam à la potence inférieure
du crucifix Davillier.
De consciencieuses recherches, parmi les
émaux champlevés des écoles de la Meuse
et du Rhin, n'ont pas abouti à me fournir
un seul exemple de tons crus, brutalement
juxtaposés sans intermédiaire, avec les har-
diesses de la textrine orientale. L'autel por-
tatif de Stavelot et les épaves du retable
de cette abbaye {-) ; le chef-d'œuvre de
Nicolas de Verdun, à Klosterneubourg (^);
les merveilleuses châsses de Deutz , de
Siegbourg et d'Aix-la-Chapelle (■•); le pied
de croix de Saint-Bertin , au Musée de
Saint-Omer (') ; les reliquaires de Saint-
Gondulf (jadis à Maestricht), de l'ancienne
collection Soltykov et des Ursulines d'Ar-
ras C^); bien d'autres monuments secon-
1. Revue de l'Art chrétien, série I, t. II, pi. vu et l.\.
Ann. archcoL, t. XIV, pi. .xvii ; t. XV, pi. l. Les exemples
plus anciens, donnés par M. le comte de Saint-Laurent,
loc. cit., ne me semblent pas concluantb.
2. Der Reliquien-iiiiil, Ornaincnlcnscliatz der Abteikirche
zti Stablo'pav E. aus'm Weerth, ap. Jahrb. des Ver. von
Alterthtimsfr.in RheiiiL, t. XLVl, pi. xn et xiii. L'autel
portatif est au Musée de la Porte de Hal. Un dessin
authentique du retable, découvert aux archives de Liège
par M. D. Van de Casteele, a été publié par ce savant et
M. le chanoine Reusens ; ensuite par M. Jos. Demarteau.
3. Camesina, Das Nicllo-Antipcndiuin zu Kloslcrnctt-
burg, 28 chromol. grand, d'exécution représentant les
divers compartiments du retable. C. Heider, Der Altar-
au/satz...,su Klosterneiiburg, T,2^\. àoni une en couleurs.
Haller et Festorazzo, Das Stift zu Klosteriieîiburt^; parmi
les planches, une vue d'ensemble de l'autel.
4. Kuiiitd^nkm., pi. XLIV et xxxix, chromol. Méldit-
i^es d'archéol. t. I, pi. VU à ix.
5. Ann. archéoL, t. XVIII, pi. I. Malheureusement
Didron n'a fait reproduire cpi'en noir l'aquarelle d'Auguste
Deschamps de Pas. Du Somnierard, Les arts au moyen
âi^e, a publié un très médiocre coloriage du pied de croix
de Saint-Bertin.
6. Labarte, f/cst. des arts industr., \\bum,p\. CVH etcix.
Le reliquaire de saint Gondulf a été acquis par M. le
baron Seillière. La châsse rhénane du prince Soltykov
est au .South-Kensington Muséum. Ch. de Linas, Notice
sur un reliquaire apfiart. aux Ursuli)ies d'Arras, 1866,
chromol. ; publié d'abord dans le Beffroi, t. III, p. i à 38.
daires dont l'énumération irait trop loin :
rien dans tout cela ne m'a montré un rouge
adhérent à un bleu-foncé, ou à un vert
intense. Une cloison métallique s'interpose
entre eux pour atténuer la brusquerie des
transitions; le jaune-clair, le blanc ou le gris-
bleu réchampissent les couleurs franches
qui ne se heurtent jamais directement (').
Limoges prend moins de précautions ; ses
rouelles concentriques, ses fleurettes, les
épanouissements de ses rinceaux, offrent
par centaines des chocs immédiats de rouge
vif, de bleu-lapis ou de vert franc : musées
publics, collections particulières, trésors
d'églises, s'ouvrent aux sceptiques pour
vérifier mon assertion. Des sept Christs
émaillés &Vi plaie peinture que j'ai mention-
nés, six ont leurs nimbes coloriés à la façon
limousine, et le dernier porte la signature
d'un artiste limousin !
Eu égard aux carnations blanches, la
châsse polychromée de Nantouillet (Seine
et Marne) en offre un exemple limousin des
plus frappants. Le Christ exsangue de la
Descente de ^;-tf/:t-, figurée au milieu de l'auge,
est blanc mat ; une légère teinte bleuâtre
réchampie de blanc colore, à droite du sujet
central, le corps nu d'Adam, à qui le Sau-
veur ressuscité ouvre les portes du ciel (-).
Une autre châsse limousine (collection de
M. Monvoisin, à Arras) oppose un ton brun
à un ton rouge symétrique, de telle sorte
que leur confusion devient impossible.
Le calvinisme et la Révolution ont dé-
1. Comme on doit éviter d'être trop absolu en quoi que
ce soit, je dirai qu'il me semble avoir observé, notamment
sur les émaux rhénans de la reliure de X Evanoéliaire de
Notger (Hibl. de l'Université, à Liège) certains contacts
immédiats de rouge et de vert. Ou la cloison a l'épaisseur
d'un cheveu, ou elle n'existe pas. De toute manière, le
vert, terne et non brillant, ne saute nullement i\ l'œil ; en
outre, les tons forment un tranche et non un nué pareil à
l'arc-en-ciel limousin.
2. Voy. Comptes-rendus du Comité archéol. de Sentis,
2*^ série, t. III, 1S77, p. 20J et sq., pl. en couleurs d'après
le procédé Vidal ; La citasse de Gimel, p. 36.
RiiVUE DE l'art CHRÉTIEN.
18S5. — 4""^ LIVR.VISO.N.
476
IRcuiic Dc part cïjrcticn
truit beaucoup de monuments d'orfèvrerie
allemande. Le nord et l'est de la France, la
Belgique, le cours du Rhin, eurent plus ou
moins h. souffrir de l'un de ces fléaux, sinon
des deux ; mais le zèle catholique et la tolé-
rance luthérienne sauvèrent assez d'objets
pour que l'on possède encore bon nombre
d'échantillons de chaque espèce. Parmi ces
échantillons — j'entends les incontestables
— • en est-il un qui soit, non pas identique,
mais seulement analogue à nos crucifix
émaillés en />/ûà' peiiitui-e ? Non certes.
D'autre part la forme que les dits crucifix
retiennent au montage, forme qu'ils durent
tous primitivement avoir, le style de leurs
heures et de leur décor, la teneur de leur
tituli, la gamme bruyante de leurs tons
juxtaposés, leur spécialité de carnations
blanches et de détails bruns, caractérisent
les productions limousines.
On m'objectera que la tonalité très douce
de l'œuvre signée Jean Garnier, s'écarte
infiniment de la violente coloration des
autres pièces; que celles-ci n'ont ni le dessin
correct, ni les draperies élégantes de la
première. La réponse est facile. Entre la
fin du XI le siècle et l'aube du XI 11^, fioris-
sait à Limoges un atelier spécial de crucifix
émaillés à plat; de là sortirent les articles à
carnations blanches ou légèrement teintées.
Chargé, quelques années plus tard, d'exé-
cuter un ex-voto fraternel, Garnier voulut
faire mieux que ses émules ; il chercha l'har-
monie là où ils avaient visé l'éclat, de plus
il dessinait en maitre. Accentuant les car-
nations, tempérant les autres notes d'une
gamme réduite, Garnier mit au jour l'œuvre
remarquable qu'un hasard miraculeux pré-
serva, et qu'on n'essaya peut-être jamais
d'imiter : elle n'attirait pas assez l'œil.
Les émailleurs des bords de la Meuse et
du Rhin ne travaillaient guères que sur
commande, aussi leurs productions franchi-
rent-elles à peine les limites de ces régions.
Quelques spécimens au trésor de Con-
ques (') ; deux grandes châsses dévolues
aux cathédrales d'Amiens et de Troyes (') ;
les épaves signalées à Saint-Omer et à
Arras; le souvenir du pied de croix, que
des Lotharingiens, mandés par Suger,
vinrent fabriquer à Saint-Denys : la France
nous fournirait-elle aujourd'hui davantage,
en dehors de ses collections publiques
ou privées? Au contraire, les Limousins,
fréquemment industriels, artistes à l'oc-
casion, inondèrent l'Europe de leurs cui-
vres polychromes. Dans deux récentes
brochures, maintes fois citées au cours de la
présente étude, j'ai relevé — sans doute
encore incomplètement — les émaux limou-
sins conservés à l'étranger : beaucoup n'ont
pas quitté leurs possesseurs originaires, les
établissements religieux, où, du XI 1 1*^ siècle
au XI Ve, ils furent introduits par la voie des
pèlerinages ('). Depuis longtemps, la prin-
cipauté de Liège, l'Allemagne et la Belgique
envoyaient chaque année, à Rocamadour et
à Saint-Jacques de Galice, des caravanes
de pèlerins, soit volontaires, soit forcés, que
doublaient des négociants, charmés de voya-
ger en nombreuse compagnie. N'importe le
but pieux qu'elles voulaient atteindre, ces
caravanes devaient nécessairement traver-
ser Limoges, et elles profitaient de leur
étape pour s'approvisionner d'objets du
pays, destinés, au retour, à être offerts en
1. \'oy. A. Darcel, Trésor de Pi'i^lise de Cc/n/ins, pi. n
et vni. Un reliquaire inédit, que l'on ne voulut pas montrer
à M. Darcel, comporte aussi des dmaux cloisonnes alle-
mands. Je dois publier incessamment cette œuvre impor-
tante, et je réclame ici la priorité, au cas où un autre
archéologue voudrait moissonner sur mon terrain.
2. La châsse d'Amiens a été photographiée à mon
intention par un habile praticien d'Arras, M. François
Normand ; celle ce Troyes, qui provient de l'abbaye béné-
dictine de Nesle-la-Reposte (Marne), est chromolithogra-
phiée dans (iaussen, Portefeuille archéol. de la C/utmpagne,
Ori-èvrkrie, pi. vin.
3. La chihse de Gimel. — Œuvres de Limoges con-
servc'es à VHi anoer.
Les cciififir cbamplctjcs poI|?cf)romcs.
477
cadeau ou revendus à bénéfice. Malgré le
défaut de renseignements, on ne saurait dou-
ter que les peuples septentrionaux n'aient
suivi l'exemple des régions centrales, et
dirigé aussi leurs pas vers les sanctuaires du
midi ; un tel mouvement explique l'af-
fluence d'ouvrages limousins répandus, de
la Meuse et du Rhin, au Danube, à la Bal-
tique et aux bords de la Moskva. Si cher
que pussent coûter les meilleurs articles des
fabriques aquitaines, ils revenaient toujours
à un prix moins élevé que les luxueuses con-
ceptions des orfèvres renommés de Maes-
tricht ou de Cologne.
A Limoges, où la division du travail,
cette plaie de l'art industriel moderne,
semble avoir été parfois observée, le même
sujet, avec d'insignifiantes modifications, se
reproduit à satiété. Chaque atelier détenait
ses poncifs de Majestas Domini, de Cruci-
fixions, d'anges, d'apôtres, d'écussons ar-
moriés et de motifs ornementaux. Invention
nulle : l'ouvrier réduisait ou agrandissait le
carton primitif du maître, qui se bornait
ensuite à donner quelques coups de crayon
au nouveau dessin. La négligence des
champlevés polychromes est fréquente ; les
fonds ne sont pas exempts de bavures.
Aussi, à côté de chefs-d'œuvre tels que les
émaux de Grandmont, les châsses de Gimel,
de Sainte- Valérie (ancienne collection Ba-
silewsky), d'Ambazac et même de Noailles,
tous empreints d'un goût primesautier, four-
millent les reliquaires de saint Thomas
Becket, les pyxides eucharistiques, les
magots en relief, les custodes anonymes où
on pouvait loger les ossements d'un saint
quelconque, une .série de croix stationnales.
L'orfèvre allemand procédait d'une manière
différente. Artiste toujours, il se met d'abord
en frais de composition : qu'il grave ou bien
émaille les scènes vulgarisées de l'P^criture,
les épisodes inédits de la vie d'un Bienheu-
' reux, les types majestueux des Prophètes et
des Apôtres, les figures symboliques des
Sacrements ou des Vertus, il marque ses
personnages et son décor d'une estampille
qui lui est propre ; enfin il pousse jusqu'à la
minutie le soin de l'exécution technique. La
frappante analogie qu'offrent entre eux nos
spécimens de crucifix et de croix en plate
peiniiire, démontrerait à elle seule leur ori-
gine aquitaine.
Que plusieurs des monuments ci-dessus
aient été acquis en Allemagne; le cas est
possible et je suis loin de le nier ; abstrac-
tion faite du brocantage actuel, l'ancienne
importation des ouvrages français à l'étran-
ger vient d'être suffisamment expliquée et
motivée. Mais la croix Ouvarov et, vraisem-
blablement aussi le crucifix Dzyalinska,
échappés aux creusets de la Haute- Vienne
ou du Cantal, proviennent en droite licme
des établissements religieux du Limousin !
A tant de preuves, ne pourrait-on ajou-
ter encore le dicton populaire du XI Ile
siècle, Crucefix de Li)noges (') .''Il ne devait
pas s'appliquer aux images ordinaires, fon-
dues et ciselées par les orfèvres dans tous
les pays, mais bien à une spécialité limou-
sine s'écartant des procédés habituels. Le
mot me semblerait alors viser nos crucifix
en plate peinture.
o
V.
N lit dans le Catalogue récemment
imprimé de la collection Davillier ("):
Croix en cuivre champlevé, émaillé et doré.
Hauteur : o"'4-}3. Largeur : o'"295.
Sur la croix est représenté le Christ, nimbé, barbu,
cloué par quatre clous, vêtu d'un jupon ([ui descend
jusqu'aux genoux. .A^u-dessus de sa tète sur deux lignes
l'inscription : IHS — XP — S. Au-dessus de cette inscrip-
tion est représentée, suivant la tradition, la Lune, sous
1. Proverbes et dictons populaires^ éd. Crapelet.
2. P. I4J, n"27o.
478
IRcuiic De l'3rt cbrctien
la figure d'une femme vue à mi-corps, un large crois-
sant derrière la tête. Aux deux extrémités des bras de
la croix on remaniue la représentation d'encensoirs,
que tenaient sans doute les anges, figurés sur d'au-
tres plaques destinées à compléter l'ensemble du cru-
cifix. Le tout était cloué sur une âme de bois. Chairs
émaillées de blanc ; teintes bleu lapis, bleu clair, bleu
turquoise, rouge, vert clair et jaune.
Travail rhénan; fin du XI !•; siècle ou commence-
ment du XIII<^ siècle.
L'article ci-dessus est parfaitement con-
forme à ma propre description, hormis
la nationalité de l'objet ; à quelle cause
attribuer cette divergence d'opinions ? Je
connais assez les rédacteurs du Catalogiie,
pour être persuadé qu'ils n'ont pas agi tout
à fait de leur plein gré et que la pression
d'une influence étrangère dût paralyser leur
sentiment personnel. Derrière le qualificatif
rJiénaii, je soupçonne la redoutable omnipo-
tence des infaillibilités mercantiles qui, les
ouvrages de Labarte en main, donnent le
mot d'ordre à la haute clientèle de l'Hôtel
Drouot. Malgré un état-civil français, ces
inlaillibilités ne cacheraient-elles pas, sous
des noms tudesques, quelque vieux levain
du Vaterla)id ox'x'gxviTkxxit^ Je ne crains guères
de me tromper en affirmant qu'elles ont
puisé leur thème au sac des revendications
germaniques à l'ordre du jour. L'Allemagne
a pris notre territoire, notre argent, notre
sang ; j'ai courbé la tête en face des lois de
la guerre. L'Allemagne veut encore ranger
à son actif nos gloires industrielles passées ;
je proteste cette fois : m'accusera-t-on de
chauvinisme exagéré pour avoir défendu
une cause nationale ?
Au demeurant mon plaidoyer, tiré à peu
d'e.xemplaires relativement coûteux, n'aura
jamais qu'un nombre fort restreint de lec-
teurs. On dit à la vérité que le Catalogue,
imprimé à 200, se vendra 10 ou 15 francs,
et que personne ne l'achètera. Cela me
réjouit médiocrement, les livres rares étant
destinés aux bibliothèques d'amateurs. Hé-
las ! combien de temps s'écoulera-t-il avant
qu'un regrettable cliché ne soit martelé .''
Charles dk Linas.
kf^kUk9^kUk9^k^k9^kf^k^k^kf;^kUk9^k^^
fi
I^e trégor De Fcglige ïie JSainte'Qarie près
JSaint^CCelse, à Qilan. (.^ article), (v
3"" Hv., p.
1
^^mK^l^i¥WWî^îWÎWÎ¥^^^î^^^^î l
IV. autographe De ^t Cf^arlcs (157:.).
AINT Charles a beaucoup écrit. Veil-
lant à tous les détails de l'adminis-
r^k^^'^'JWJ tration diocésaine, il a laissé dans les
^'^■^^^^-^^^^ archives des églises de nombreux
témoignages de sa sollicitude et de son zèle.
Ste-Marie possède de lui une pancarte d'indul-
gences, datée du 8 août 1575, et écrite sur papier,
qu'il a signée de sa main et à laquelle il a fait
apposer son sceau.
La signature donne le prénom par son initiale,
énonce la dignité avec le titre cardinalice et enfin
affirme le pouvoir de juridiction par la qualité
d'ordinaire du lieu.
C. Car'is. 5'**= praxedis Archiep^
Ce qui s'interprète : Caroliis, cardinalis (tituli)
Sanctœ Praxedis, arcliiepiscopus (Mediolanensis).
Cette manière de signer est typique et je dois
en consigner les particularités. Le nom de bap-
tême est abrégé pour ne pas allonger la signature
qui forme déjà presque une ligne : l'initiale C est
suivie d'un point qui indique un mot inachevé.
Cardhia/ïs est a.ussi tronqué, n'admettant que
la première et la dernière syllabe, laquelle est en
l'air avec un point au-dessous, signe habituel de
l'abréviation.
Au moyen âge et à la renaissance, les cardi-
naux étaient indifféremment appelés par leur
nom de famille ou, ce qui est plus ecclésiastique,
par le titre qui leur avait été assigné lorsqu'ils
recevaient le chapeau rouge. St Charles eut en
partage l'église de Ste-Praxède sur l'Esquilin ;
c'est pourquoi il signe cardi)ial de Stc-Praxcde,
titre qu'eut également, près de cent ans plus tôt,
le célèbre cardinal Balue.
Enfin, comme le font encore les év'éques ita-
liens, le mot archevêque n'est pas suivi de la
désignation du siège, détail inutile dans le dio-
cèse même et qui ne se mentionne que hors du
diocèse, pour éviter alors toute confusion avec
des prélats du même nom.
Au point de vue de la graphologie ('), je noterai
que l'écriture est peu appuyée et très nette, que
les lettres sont liées et légèrement inclinées, avec
des redressements et des angles, que les majus-
cules se rapprochent de celles de la t\^pographie,
que dans Praxedis, le P initial est minuscule et
que la signature n'est compliquée d'aucun pa-
raphe, caractères qui dénotent le spiritualisme,
la clarté d'esprit, plus d'aptitude à la réalisation
immédiate des idées qu'à leur création, la sensi-
bilité contenue dans son côté affectif, l'entête-
ment dans l'exécution des projets, le goût artis-
tique et la simplicité naturelle, qui n'exclut pas
toutefois l'instinct aristocratique que lui avait
inculqué, de droit, sa naissance dans un palais et
d'une noble famille.
V. .(nissel (i5!j-i-).
L'ÉDITION est celle de 1594; sortie des
presses de Milan, elle est, comme t)-pogra-
phie, en retard sur les produits contemporains,
cartons les caractères employés sont en gothique
carrée. Le rit suivi est l'Ambrosien, de là le titre
Missale Ainbrosianuin. Les rubriques ressortent
en rouge, suivant la pratique constante de l'Église
d'Occident et les têtes de lettres sont des gravures
sur bois.
La reliure très soignée n'a gardé que trois
fermoirs sur quatre ; ils étaient ainsi disposés : un
sur chaque petit côté et deux sur le grand. Ces
fermoirs sont en argent fondu (-'); exécutés dans le
1. Le trésor de la basilique royale de A fonça, p.203-205.
2. « Unum missale pulcherrimum,tavolatum, cum armis
Ursinorum et cum strictoriisdeargento. Breviarium com-
pletum, valde pulchrum, cum predictis armis et strictoriis
similibus. >) (Jhz'. de St-Pierre de Rome,l\'i6.)
« Unum volumen majus... cum coperta de veluto cœ-
lesti, cum serraturis de argento cum armis seu scuto
argenti et barra rubea in medio... Item unum volumen
formaî regalis... copertum de serico carmesyno, cum 4
serraturis argenti deauniti cum smalto in medio,cum armis
domini Nicolai , cum platanis octo de argento in
REVUE DE l'aKT CHRÉTIEN.
1885. — 4"'° LIVRAISON.
48o
iRctiuc De ï'3rt cbtcticn.
goût de la renaissance, ils ont quelque analogie
de style avec le dessin de l'aiguière. Ils représen-
tent une femme dont le buste se termine en
gaine, accompagnée, en haut, de deux enfants
entre deux oiseaux à face humaine et,en bas,d'un
homme et d'une femme tenant des cornes
d'abondance; motif gracieux, sans doute, mais
sans rapport avec la destination du livre litur-
gique.
La tranche dorée est avivée de rinceaux peints
et de médaillons ('). On y lit, en trois sections,
les premiers mots de la salutation angélique:
AVE M.\RIA — GRATIA PLENA — DOiMINVS TECVM.
Les signets, qui sont partout une rareté,
existent encore à leur place première. Ce sont
des rubans de soie multicolore, rayée blanc, jaune
et bleu (^). Ils sont réunis, au sommet, à un rouleau
d'argent (3), agrémenté de reliefs,et leur extrémité
angulis libri. Item unum volumen formœ regalis ex per-
gameno, cum quatuor serraturis argenteis deauratis. »
(Inv. du pafe Nicolas V.)
« Item, quattuor fremaus de argento deaurato, quorum
duo fuerunt de magno missali. » (Inv. de la cath. dAix,
n° 117.)
1. « Les armes fde la famille Jouvenel des Ursins)
furent peintes au XV" siècle, sur les tranches de deux
volumes )) du bréviaire de Belleville. (Gaz. des Beaux-
Arts, 1" sér., t. XXIX, p. 283.)
2. « Pour 5 douzaines de signaux de soye de plusieurs
couleurs, oùil a frèzes au bout, au pris de 12 s. pour la
douzaine, valeur 60 s. p. » (Coiiipt. de Charles l'I, 1404.)
3. Ce rouleau se nommait indifféremment bâton, pipe ou
chapiteau. (G lois, arch., au mot chapiteau. )\'o\r sur les
pipes gemmées, l'inventaire du duc Jean de Berry, XIV<=-
XV'= siècles, dans la Gazette des Beaux-Arts, 2' sér.,
t. XXIX, p. 99, 100, 101, 104, 105, 106, 107.
« Item, unes très grans moult belles et riches heures, ...
et y a une pipe d'or où sont atachiez les seignaulx, garnie
d'un gros balay et un grosses perles. » (/nv. du due de
Berry, 1413.) — « Item ung très bon et bel brevière en
deux volumes, ... et deux pipes d'argent dorées garnies
de seignaulx. » ( Ibid.) — « Ung petit coffret d'acier,
ouquel a ... une petite pipe d'or à mectre les merches
d'un livre ». (Inv. de Marc;, de Bretagne, 1469, n° 47.)
« Ung autre petit livre de plusieurs oroisons en françois,
en parchemin couvert de velours usé noir h cloans d'or et
le baston dor à 2 perles et ung rubis. » (Librairie des ducs
de Bourgogne, 1467,)
« Unes très grans, moult belles et riches Heures,très no-
tablement enluminées et historiées de grans histoires, de
la main de Jacquemart de Hesdin, couvertes de veluyau
violet et fermant à deux grans fcrnioers d'or garnis chascun
d'un balay, un saphir, et VI grosses perles et il y a une
pipe d'or où sont attachés les seigneaulx. » (Inv. du duc
de lierry, 1416.) Le compte de Jean Le Hourne nous révèle
inférieure, à l'endroit que toucheront les doigts,
est garnie d'un petit cylindre d'argent où la fonte
a cherché à imiter le filigrane.
Les deux plats, hauts de o, 42 et larges de 0,34,
sont recouverts d'une broderie, soie et or, remar-
quable par la pureté du dessin, la finesse du travail
et l'harmonie des couleurs. La bordure offre un
courant de rinceaux pris entre deux bandeaux de
perles fines : les perles reparaissent au cœur des
roses, aux grappes de raisin et aux attaches des
tiges. L'artiste a voulu faire à la fois beau et
riche, il a si bien réussi que son œuvre est de
nature à contenter les amateurs les plus difficiles
qui loueront surtout l'expression des physiono-
mies rendue avec une rare perfection. Les sujets
représentés dans le champ sont la Nativité et
l'Assomption de Marie.
La Nativité occupe le plan inférieur. Nous
sommes dans un intérieur de maison. Ste Anne
est assise sur son lit à pavillon et rideaux rouges
Ses parentes s'empressent autour d'elle : une lui
apporte différents mets sur un plateau d'or, une
autre tient le nouveau-né sur ses genoux et s'ap-
prête à le plonger nu dans un bassin carré dont
elle tâte préalablement le contenu pour s'assurer
que l'eau n'est pas trop chaude ; une quatrième
ajoute de l'eau froide et une autre encore pré-
sente le linge qui servira à assécher le corps
humide de l'enfant. St Joachim est au pied du lit,
regardant la scène qui se passe.
Les apôtres, debout au second plan, agenouil-
lés au premier, entourent le sarcophage d'où la
Vierge vient de s'élancer vers les cieux. Elle est
vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu,
ses mains sont jointes, ses pieds ont pour support
une tête d'ange ailée et ses cheveux flottent
sur ses épaules. Une auréole l'enveloppe de clarté
et ses rayons d'or se projettent au loin sur l'azur
du ciel.
que le duc de Berry mit en gage « une pipe d'unes très
belles heures de Notre-Dame pour la feste et jouste faite
à Bourges le xxj et xxij jour d'avril MCCCLV. » Au n° 3
de Vlimentaire, une pipe d'une petite Bible latine est
prisée « cent escus, valant cent douze livres tournois », ce
qui représente 3,600 fr. (Ambr. Firm. Didot, Le Missel de
Jacques Juvénal des Ursins, p. 34, 35.)
<,< Item, duo sygnarelia librorum, de argento, quorum
unum est fractum. » {Inv. de la cath. d'Aix, 1533, n" 122.)
Les bouts seuls devaient être en argent.
ïLe trésor De l'cglise De %ainte=^arie près ^ainr^Cclse, à a^ilan. 481
VI. Croir (rtiif siècle).
Hauteur : o"\5i ; largeur au croisillon : o"',22.
CETTE croix est peu artistique, mais riche
de forme et de détails ; ce qui fait oublier
la pauvreté de l'idée, habilement masquée par
un éclat trompeur auquel se laissent prendre les
masses.
Le crucifix est en argent. Sa tête s'appuie sur
un quatrefeuilles en lapis-lazuli, matière pré-
cieuse qui forme aussi son cœur, percé de trois
clous et singulièrement placé à la naissance du
bois sacré. Que signifie ce pléonasme iconogra-
phique, puisque déjà les pieds et les mains sont
percés par les clous et que la plaie du côté atteint
le cœur ?
L'instrument du supplice est en bois d'ébène,
avec appliques d'argent qui se développent en
rinceaux ou en cadres pour des panneauxde jaspe,
de cornaline et de lapis. L'argent rapporté sur le
fond est encore employé à figurer en relief les
instruments de la passion et, aux extrémités, des
têtes d'anges ailées que relie une découpure à
jour. Enfin, sur les contreforts qui butent le dais
quatre vases sont posés en amortissement. Le
dais est un honneur souverain dû à la divinité
et, suivant le goût de l'époque, les vases sont des
pots à feu d'où s'échappent des vapeurs odorifé-
rantes, pour lui rendre un nouvel hommage à la
façon du culte liturgique.
Vil. Croir pectorale {vW siècle).
CETTEcroix,quiaurait appartenu au cardinal
Archinto, est du genre de celles qui servent
aux pontificaux : aussi est-elle embellie de gem-
mes. Six cornalines ovales, montées en argent
doré, couvrent le champ ; des fleurons garnissent
les angles rentrants et des coquilles ressortent
aux extrémités, par allusion au meuble des ar-
moiries de Son Emincnce.
Hauteur: o"\09, largeur: o"\o8.
VIH. ©stensoir (jTin Du xm' siècle).
L'OSTENSOIR en soleil ne s'emploie pas
dans le rit ambrosien, qui a conservé la
forme primitive de monstrance ou de tabernacle,
suivant l'expression usitée dans les textes litur-
giques et les inventaires. On serait donc étonné
de voir dans le trésor de Ste-Marie un vase sacré
sans destination, ou faisant exception à la règle-
commune, si l'on ne savait qu'il provient de l'ab-
ba}-e cistercienne de Chiaravalle, près Milan.
Sa hauteur est de o'",52, et sa largeur de o'",28.
Façonné en cuivre doré, il se distingue par des
incrustations de coraux (') et d'émail champ-
levé (^). Le corail, employé sous toutes ses formes,
est découpé en lignes droites ou courbes; il imite
des gemmes ou des perles, ou encore, par petits
fragments, il simule des feuillages, en sorte que
morceaux, grands ou minimes, trouvent tous
leur place dans cette composition originale, à
laquelle je connais un similaire dans la métro-
pole de Bénévent i^). Le corail, pour plus de soli-
dité, est constamment incrusté dans le métal
1. Le corail se montre dès le XI II'' siècle. « Itein, ununi
ciathum de argento deauratum, laboratum ad vites et
folia, cum diversis lapidibus, vitris et coralis. » ('/w?'. rt';^
St-Siège, 1295, n° 179.) — « Item, unam ramam cum pede
argent! acuto... ipsa autem rama est de corallo. » (n" 280.)
— « Item unam cupain auri cum coperculo,factam in mo-
dum navicule, cum lapidibus, perlis et corallis. :>> (n" 25.)
<i Item unum ciathuin cum coperculo, cum grossis et
parvis lapidibus, corallis et perlis. » (n° 26.) — « Item, unum
alium ciathum auri cum coperculo ad lapides, cor.illos
et perlas.... deficiunt vj lapides et corallus de summitate
coperculi. » (n° 27.) — « Item unum ciathum auri cum
coperculo, ad lapides, perlas et corellos. » (n°2S.) — «: Item,
unam crucem de argento, circa quam sunt iiij zaffiri
grossi et iiij esmalta, cum pluribus corallis, turchiscis et
granatellis in circuitu. » (n° 29.)
«: Item un reliquaire, auquel il y a deux anges avec les
ailes d'argent doré, tenant un reliquaire en façon de rose,
dans lequel sont enchâssées plusieurs reliques de saints,
assis sur un pied de cuivre doré sur quatre pattes, à l'en-
tour duquel pied sont douze pierres de diverses couleurs
et quatre petits coraux. » ( Inv. de la cathédr. de Reims,
1622, n° 670.)
« Un grand reliquaire pour exposer le St Sacrement,qui
est de cuivre doré avec des branches de corail, au pied
duquel sont les images de Notre-Dame et St-Jean, et dans
une niche faite h. jour qui est au milieu d'iceluy, sont les
images de St Nazaire et St Celse avec les armes au bas
d'un évêque. * ( Visite de la catlu'dr. de Be'ziers, 1633, n" 14.')
2. M. E. Pion ( Benveniito Celtini, p. 293) a signalé sur
une « couverture de missel », qui appartient au musée de
South-Kensington et qui est <,< un ouvrage italien du milieu
de la seconde moitié du XVI" siècle >, « des émaux
champlevés translucides », «mêlés à des émaux opaques. >
La pièce est en or fin.
Les derniers émaux champlevés que signale M. Darcel
sont de 1554 en .Angleterre et de 1664 en Russie. {Gaz. des
Beaux- Arts, t. XXÏV, p. 372, 373.)
3. Le trésor de la cath. de Bénévent , p. 15.
482
IR cuuE DE rsirt chrétien.
évidé, ce qui constitue une espèce de champlevé,
procédé qui n'a pas été négligé non plus pour
fixer l'émail blanc, le seul dont l'artiste ait cru
devoir faire usage ici. Ce fait mérite d'être signalé,
car l'émail ne s'employait plus alors qu'en couche
mince, superposée au métal, en manière de
glaçurc.
Le métal est des plus communs, malgré le
respect dû au Saint Sacrement ; mais toute la
richesse est systématiquement reportée sur
l'ornementation qui puise ses ressources dans
deux matières réputées précieuses, le corail et
l'émail.
Le style est élégant, et l'effet .s'obtient plus par
l'ensemble que par le détail. Nous retrouverons
un faire identique dans deux tableaux votifs,
ce qui indique ou le même artiste C)U le même
atelier.
Sous le pied, épanelé en he.xagone, et par
conséquent, dans une position modeste et pour
ainsi dire cachée, le donateur a accompagné son
nom de son écusson,en ayant soin, comme jadis,
de faire précéder d'une croix de par Dieu l'ins-
cription commémorative : *b MARCELLINO
AIROLDO. Il n'en eut pas coûté davantage
d'ajouter la date, si utile pour la postérité, car,
dans la suite des temps, quand les origines sont
oubliées et les traditions muettes, qui se rappelle
l'époque où vivait ce bienfaiteur désormais
inconnu ? Le champ est gravé au trait.
Le soubassement s'exhausse de deux degrés,
honneur rendu au Roi des rois pour qui l'osten-
soir équivaut à un trône. Ces degrés sont cou-
verts de bandes de corail, ainsi que le pied; mais,
au second, les angles sont dissimulés par des
têtes d'anges, rapportées en corail et dont les
ailes champlevées sont avivées d'émail blanc.
Un tel décor est fréquent dans l'iconographie
eucharistique, par allusion à cette parole du
prophète : JÉSUS est le pain des anges qui
devient la nourriture spirituelle de l'homme,
panem angelorum manducovit Iionio.
La tige fuselée e.st divisée dans sa hauteur par
trois anneaux, dont deux à la partie inférieure :
le plus élevé supporte une tête d'ange en corail
qui s'appuie sur deux blanches ailes en émail.
Le cercle qui entoure immédiatement l'hostie
(la sphère, sfera, selon l'expression italienne) est
bombé, incrusté de corail et orné de quatre têtes
d'anges semblables à la précédente. Le pourtour
de la circonférence extérieure rayonne en manière
de gloire. Les rayons, droits ou flamboyants, sont
ainsi disposés : entre deux flammes de corail se
dresse un rayon, de corail également, lequel est
accosté.à droite et à gauche,de trois autres rayons
droits et gladiolés, dont un en corail entre deux
d'émail blanc ('). La même décoration se reproduit
des deux côtés, car, avec la disposition des autels
isolés, l'ostensoir peut être vu en arrière aussi
bien qu'en avant.
IX. Calice (rtiif siècle).
Hauteur: o"'.26 ; largeur du pied ; o'". i6; diamètre de la coupe:
o'". 105: sa profondeur o'". 11.
C~^E calice, en argent fondu et ciselé, doré par
^ endroits, se recommande par une ornemen-
tation à la fois eucharistique et topique: on y voit
des anges et le Christ entouré des instruments
de la passion, car le sacrifice de l'autel renouvelle
le sacrifice de la croix ; de plus, les saints patrons,
soit du donateur, soit de l'église.à laquelle le vase
sacré fut destiné. La signification de ce décor ré-
sulte de cette prière que le prêtre récite à la messe
après le lavement des mains : « Suscipe, sancta
Trinitas, hanc oblationem quam tibi offerimus ob
memoriam Passionis, Resurrectionis et Ascensio-
nis J. C. D. N. et in honorem beatre Mariœ semper
virginis et beati Joannis Baptistre et sanctorum
apostolorum Pétri et Pauli et istorum et omnium
sanctorum, ut illis proficiat ad honorem, nobis
autem ad salutem et illi pro nobis intercedere
dignentur in cœlis quorum memoriam agimus in
terris. » Les saints sont donc des intercesseurs
auprès de la Victime de propitiation.
Le pied est décoré, sur la tranche, de têtes
d'anges et de festons et, sur le plat supérieur, de
six médaillons ovales, historiés sur fond pointillé.
Les sujets se présentent dans cet ordre, en faisant
le tour de la circonférence : La Vierge tenant
l'enfant Jésus ; un pape bénissant, la tiare en
tête et la croix à triple croisillon dans la main
gauche; St Paul, appuyé sur l'épée de sadécolla-
I. Un sceau ogival, du XV'!!" siècle, qui a servi aux
Récollets d'Argental, porte un ostensoir, dont la sphère
est ornée de rayons flamboyants qui alternent avec deux
rayons droits. (lUttlet. de la soc. aix/i. de la Corr}ze, t. IV,
p. 373-)
jie trésor De Vcçlm De ^ainte^Q^arie prés ^aint=<zrelse, à Q9ilan. 483
tion et portant le livre de l'enseignement doc-
trinal ; St Etienne, en diacre et martyr, avec
la dalmatique et l'évangéliaire, une palme dans
la main droite et les pierres de sa lapidation
éparses sur sa tête et ses épaules ; St Nicolas,
vêtu pontifica lement et montrant les trois boules
d'or, qui symbolisent les trois dots qu'il donna
généreusement à de jeunes filles pauvres ; St
Pierre, avec ses deux clefs, ce qui le place à la
droite de Marie.
Sur le nœud apparaît le CHRIST, armé de sa
croix, un calice à ses pieds, debout entre deux
anges, dont un tient l'échelle et l'autre l'éponge
et les clous, tandis que les autres instruments du
supplice sont exposés, par groupes, entre les trois
statuettes.
A la fausse coupe, des têtes d'anges soutiennent
des encarpes, pendant que d'autres anges, couchés
au-dessus d'eux, sonnent de la trompette, ce qui
veut dire que les esprits célestes se réjouissent
des mystères eucharistiques, s'efîforçant de les
honorer et de les faire connaître au monde.
X. Calice (1600).
Hauteur ; o™,22 ; largeur du pied : o"',i6 ; de la coupe : o'i.og.
CE calice, en argent doré, est doublement
curieux, par ses appliques de métal et sa
date que l'on ne peut récuser, quoique sa forme
soit celle du XV'^ siècle et l'ornementation celle
du XVP : voilà donc un artiste qui, sans sacrifier
à la mode du jour, jetait résolument un regard
sur le passé. Son œuvre est vraiment belle et
intéressante, quoiqu'il ne s'en dégage aucune
pensée capable d'élever les cœurs au-dessus de
la matière.
Le pied maintient les six lobes, si chers au
moyen âge. Sur son rebord plat, on lit cette
antienne à la Vierge, tirée de l'office de l'As-
somption :
•ASSVMPTA- EST • MARIA • IN • C^ELVM •
GAVDENT • ANGELI • LAVDANTES •
BENEDICVNT • DOMINVM • ANO (sh-) ■
DOMINI • J • 6 • O ■ O •
Comme Marie a quitté la terre pour s'asseoir
sur le trône étoile de son Fils, stellato sedet solio,
des étoiles remplacent partout les points-milieu.
La tranche est découpée à jour : j'y relève des
quatrefeuilles et des flammes, comme au déclin
de l'art gothique. Sur le pied, les feuillages en
applique sont mêlés aux pierres précieuses,
alignées sur deux rangs : elles sont taillées à
facettes et montées dans des bâtes, rapportées
après coup et fixées par des clous.
La tige est à pans, autre caractère d'imitation
ancienne et sur le nœud arrondi des têtes d'anges
alternent avec des bâtes gemmées.
Six pierres, enchâssées dans des bâtes carrées,
égaient la fausse coupe, tapissée d'appliques
dessinant des rinceau.x et des fleurs (évidemment
la joie est partout) et terminée par un bandeau
de perles d'où s'échappe une couronne mobile, à
pointes tréflées, car Marie règne dans les cieux.
Enfin, au revers de la patène, est gravée
l'Assomption. La Vierge, les cheveux flottants et
les mains jointes, les pieds posés sur le croissant
de la lune, est enlevée au-delà des nuages par
quatre anges, dont deux tiennent au-dessus de
sa tête une couronne fleuronnée (').
XI. Calice papal (fin Du xW siècle).
Hauteur totale : o'i',42 ; largeur du pied:o"', i8; diamètre de la
coupe : o"\ii ; sa profondeur : o'", lo ; hauteur du calice seul:
8i',29; diamètre du couvercle ;o'",i6.
CETobjet m'a beaucoup intrigué et m'intrigue
encore. Sa dénomination est non moins
étrange que sa forme et je ne sais vraiment que
penser de l'une et de l'autre. A Ste-Marie, on dit :
c'est un calice papal, parce qu'il ne peut servir
qu'au pape et a été donné par un pape. Mais quel
est ce pape? La tradition ne le fait pas connaître,
quoique ce fût facile, à une époque aussi rappro-
chée de nous, car le vase sacré peut même dater
du commencement du siècle dernier : de plus,
comment le pape donateur aurait-il omis son
nom et son écusson, quand partout ailleurs les
I. A part la couronne imposée par des mains cdlestes,
on dirait une Immaculée Conception.
La même observation ou critique, si l'on aime mieux,
doit être faite relativement au célèbre tableau de Murillo,
qui est l'ornement du Salon carré au Louvre. On nomme
Immaculée Conception le sujet qui y est traité, mais ce
peut être tout aussi bien une Assomption qui ne com-
porte pas des éléments différents.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN.
1885. ■
- LIVRAISON.
484
îRctJUC tic l'art chrétien.
souverains pontifes les reproduisent ad perpetnam
rei meinoriam ?
Je ne connais aucun vase analogue dans le
trésor de la chapelle papale et les inventaires,
comme les rubriques, ne nous fournissent aucun
renseignement à cet égard. L'aspect est celui
d'un ciboire et pourtant ce n'en est pas un, car le
bouton terminal se dévisse pour donner passage
au chalumeau : c'est donc bien un calice. Le
couvercle s'explique par cette raison que le calice
est porté de l'autel au trône, oîi le pape communie
et de la sorte le précieux Sang se trouve couvert:
un dôme de métal est toujours plus précieux et
plus artistique qu'une simple pale, comme il se
pratique de nos jours (■).
Quoi qu'il en soit, l'objet est digne par lui-même
de figurer au pontifical d'un pape ; rien, en effet,
n'a été épargné pour l'embellir, filigranes, pierres
précieuses, émaux, fondus dans une louable
harmonie de couleurs.
Le fond est en argent doré, de manière à mieu.K
faire encore ressortir les filigranes d'argent qui
forment partout des enroulements en vrilles,
serrés entre des bandes lisses ou cloisons et
terminés en grappes de raisin ou en roses, avec
un semis de pierres précieuses.
Le pied est découpé à six lobes, dont trois
seulement sont décorés de médaillons ovales, en
émail peint, hauts de quatre centimètres et entou-
rés de rubis. Les sujets figures sur les médaillons
sont : le Christ, blond et imberbe, bénissant et
soutenant le globe du monde ; la sainte Vierge,
I. M. le chanoine Corblet écrit : « Parfois, au moyen
d'un couvercle, le calice pouvait être métamorphosé en
ciboire. On lit dans \ Inventaire de Saint-Denis : « Avec
« le calice est un couvercle, servant pour le dit calice lors-
« qu'on le veult faire servir de ciboire. » (Revue de l'Art
chrétien, 1884, p. 434). Ici, tel n'est pas le cas, car reste-
rait à résoudre cette difficulté du trou pratiqué dans le
couvercle. Une autre hypothèse, justifiée par des monu-
ments espagnols et français, consisterait à voir dans le
couvercle la base ou support de la sphère de l'ostensoir ;
mais alors qu'est devenue cette sphère et pourrait-on
citer des exemples analogues en Italie, dans la I.ombardie
principalement .'
Un des privilèges de l'empereur est de communier sous
les deu.x espèces. Or l'empereur recevait à Monza ou à
Milan la couronne de fer. Xe serait-ce pas alors le calice
propre au sacre } La difficulté n'est que reculée, car cette
couronne était remise, non par le pape, mais par l'arche-
vêque de Milan. Provisoirement, le calice de Sainte-Marie
est donc plutôt impérial que papal.
les mains croisées sur la poitrine, comme on
représente l'Immaculée Conception; saint Joseph,
âgé, un lis à la main. La facture de ces émaux
est bonne et le dessin finement tracé : le fond
est teinté en rose et des têtes s'échappe un
rayonnement jaune qui dissipe les nuages peu
foncés, accumulés au pourtour du médaillon.
La fausse coupe est tapissée de filigranes, où
le fleuron central porte alternativement une
émeraude et un rubis. Le décor est le même que
sur le pied, c'est-à-dire agrémenté de trois mé-
daillons en émail, allusifs à la passion : le CHRIST
au jardin des oliviers, prie, les mains en croix,
devant un calice d'or que porte un nuage;couronné
d'épines, vêtu d'une pourpre dérisoire, le corps
ensanglanté, il tient dans ses mains les verges et
les fouets de la flagellation ; épuisé de fatigue, il
tombe sous le poids de sa croix.
Le couvercle, débordant sur la coupe, s'y
emboîte hermétiquement. Il reproduit l'orne-
mentation de filigrane et de médaillons, mais
ceux-ci dans des proportions un peu plus
restreintes: le chapelet de rubis a aussi des grains
plus petits. Les médaillons d'émail reviennent
sur la passion, quand tout indiquait ici les scènes
du triomphe, car les prières du missel les associent
ensemble : « in memoriam Passionis,Restirrcctionis
et Ascensiottis J. C. D. N. » Les trois sujets
choisis sont : la flagellation, où le CHRIST a les
mains attachées en avant à la colonne, afin que le
dos reste dégagé; \'Ecce Homo, où Pilate montre
au peuple le roi des Juifs, avec sa couronne
d'épines au front, son manteau de pourpre sur
les épaules et le roseau entre ses mains liées de
cordes ; les suites de la flagellation, lorsque
Jésus, couvert de plaies, tombe au pied de la
colonne de son supplice. Le fond de ces émaux
est bleu clair, traversé de nuages.
Le couvercle se termine par un pélican, res-
suscitant par l'effusion de son sang, sa piété,
composée de trois petits qui ont été dorés, à
cause de l'importance du sj^mbole que saint
Thomas d'Aquin a si bien exprimé dans une
strophe de YAdoro te :
« Pie pellicane, Jesu Domine,
Me immundum munda tuo sanguine,
Cujus una stilla salvum facere
Totum quit ab omni niundum scelere. »
Le trésor De Tcglise tic ^ainte=8©arie près %aint=CeIse, à a^ilan. 485
XII. Croir D'autel {xW siècle).
Hauteur; i"',59 ; largeur : o'", 75.
FAITE pour le maître-autel et accompagnée
jadis de chandeliers du même style, cette
croix a perdu son pied, mais on oublie vite cette
diminution ou altération en la considérant elle-
même. La plume se sent réellement impuissante à
rendre, comme il convient, le talent de l'artiste et
les ingéniosités de sa conception. Cette pièce
d'orfèvrerie est réellement incomparable par sa
richesse non moins que par le goût e.xquis qui a
présidé à son exécution si soignée. Les feuillages,
habilement découpés, se détachent en très fort
relief et animent l'arbre sacré dont on comprend
de suite la haute signification mystique. L'effet
général est saisissant et la critique ne trouve
à redire qu'aux rayons trop épais des angles qui
alourdissent l'ensemble, essentiellement léger et
délicat.
Par d'heureuses combinaisons de nuances, l'ar-
gent du fond fait valoir les appliques d'argent
doré : sont aussi dorés les vêtements des person-
nages, les cheveux et les ailes des anges, qui ont
le tort grave, mais fort commun en Italie, d'être
complètement déshabillés.
Sur le nœud sont assis quatre prophètes, qui
sur leurs longues banderoles doivent annoncer à
l'avance la mort du Sauveur. Sur l'une d'elles, je
lis cette fin de verset : MONTE ANIMA
RAM.
La croi.x émerge de feuilles d'acanthe; d'autres
feuilles, où se mêlent des anges, tapissent la
tranche épaisse. Aux angles rentrants, d'abon-
dants feuillages donnent naissance à des rayons
et de larges roses compliquées d'anges s'épanouis-
sent aux extrémités.
En avant, le CllRlsT percé de clous ; en arrière
l'Assomption de Marie, les pieds sur les nuages,
les mains levées, en signe d'allégresse, vers la cou-
ronne qui plane au-dessus de sa tête; en haut, le
pélican avec ses trois petits.
XIII. pair {xW siècle).
CETTE paix est en cuivre foiuhi, argenté sur
toute la surface et doré par parties, car les
Italiens ont toujours aimé cette opposition pour
rompre la monotonie d'un seul métal. Le sujet re-
présenté est la déposition de la croix ou plutôt
ce que l'on nomme la Vierge de Pitic. Marie
étend les bras : sa douleur est immense en con-
templant le corps inanimé de son fils, assis devant
elle et soutenu par deux anges. Il y a là comme
la traduction de ces belles strophes du pape
Innocent III :
« O Quam tristis et afflicta
Fuit illa benedicta
Mater unigeniti !
« Quas mœrebat et dolebat
Pia mater, dum vibebat
Nati pœnas inclyti.
« Quis est homo qui non fleret
Matrem Christi si videret
In tanto supplicio.'
« Quis non posset contristari
Christi matrem contemplari
Dolentem cuni filio .' '»
Ces derniers mots nous donnent parfaitement
le sens de la composition : il s'agit d'arracher des
larmes au pieux fidèle qui regarde la sainte image
et de lui faire faire un retour sur lui-même.
Comme à VAgniis Dei, moment de la messe où
se présente le baiser de paix, il doit alors s'écrier :
« Seigneur, ayez pitié de nous. » La pensée se
complète par cette autre invocation : «Marie, mère
de l'homme de douleur, intercédez pour nous. »
Du haut des cieux, le Père éternel bénit son
Fils bien-aimc et accepte son sacrifice qui sauve
l'humanité perdue par le péché : la mort d'un
Dieu préserve sa créature de la mort éternelle.
XIV. autre Ipair {xW siècle).
Hauteur: o'".i9; largeur: o'",i4.
L'ASPECT est celui d'un tableau, avec son
cadre de faux ébène ou poirier noirci ('),
que rehaussent des appliques d'argent : la paix
I. L'inventaire de Fulvio Orsini, ainateur romain, mort
en 1600, énumère souvent des cadres de noyer ou en
poirier teint : « Quadro corniciato di noce », « quadro
corniciato di pero tintoy>. (Gaz. des Beaux Arts, 2' sér.,
t. XXIX, p. 43', 432)-
Le <,< bureau » de Colbert dtait « tout de bois de poirier
noircy de placage de rapport, représentant des fleurs et
animaux », d'après son inventaire cite par ,^L lionnaffé
(Dut. i/c's a/nat./ranç., p. 67).
« Plus un miroucr d'environ deux piedz en carré, avecq
une bordure de poirier et son cordon. » (Inv. <iu suriiit.
Fûiii/ii'-t, lùùi.)
486
îRct) uc De l'3rt cfjrctien.
elle-même est en argent repoussé d'un fort relief
et d'une bonne exécution. La Vierge, assise, tient
sur ses genoux l'enfant Jésus, debout et avançant
la main gauche pour prendre les raisins et les
pommes que saint Jean-Baptiste, enfant comme
lui, lui offre sur un plateau ; scène gracieuse, mais
fantaisiste, qui nous invite à porter à l'Homme-
Uicu les fruits de nos vertus pour mériter la ré-
compense finale qu'il nous destine.
XV. CatJlcau uotif {xW siècle).
CE tableau n'a aucune affectation liturgique
ni même ecclésiastique : trop souvent les
personnes pieuses donnent aux églises des inuti-
lités. Aussi il faut le considérer comme un meuble
décoratif ou, plus probablement, comme un ex-voto
offert pour être appendu près de l'autel et de
l'image vénérée de Marie; mais on s'empressa
sans doute de le retirer pour lui assigner une
place plus sûre dans le trésor, qui met à l'abri
des mains rapaces.
L'objet est en cuivre doré, de forme octogo-
nale, d'une largeur de o™,i4, avec un anneau de
suspension à la partie supérieure, car sa destina-
tion évidente est d'être accroché à un mur. Le
cadre est glacé d'émail blanc, avec incrustation
de corail en grain : il s'en détache une bordure
découpée à jour, où ressortent des roses de corail,
à étamines d'émail blanc. Cette couleur est propre
à la Reine des vierges et la rose ne convient pas
moins à celle que l'Église nomme la Rose mystique
et dont la prière la plus populaire est une succes-
sion de roses, d'où lui est venu le nom de rosaire.
Le fond du tableau est occupé par une sta-
tuette en corail : Marie a les pieds posés sur la
lune, comme le prescrit l'Apocalypse, haia sub
pediâus ejus et }oint les mains dans un acte de
recueillement. Une tête d'ange lui sert de sup-
port et huit autres têtes l'entourent, formant
ainsi comme une auréole autour de celle que la
liturgie proclame dans les litanies de Lorctte la
Reine des anges, Regina angelorum.
Comment appeler cette Vierge? Est-ce une
Immaculée Conception ou une Assomption?
L'embarras provient de ce que, à cette époque,
les caractères iconographiques de l'une et l'autre
scène se confondent, la seconde étant le complé-
ment logique de la première.
La présence du corail indique un artiste italien,
peut-être napolitain. Si la bordure est charmante,
le style des personnages est, au contraire, mauvais
et d'une infériorité qui ne s'explique que par la
dureté de la matière.
Le revers du tableau est gravé, à la pointe, d'un
large ornement dans le goût tie l'époque, comme
on en voit principalement sur les étoffes.
XVI. autre tableau tioiif(itJif siècle).
ANALOGUE au précédent, tant pour la
forme générale que pour la destination,
ce tableau a plus d'importance en raison de ses
dimensions et de sa décoration, qui dénote la
même main ou le même atelier. L'octogone est
irrégulier, car il mesure o'",49 de hauteur sur
o™,36 de largeur. Un soleil en corail brille au-
dessous de la boucle de suspension. Le cadre en
relief est incrusté de perles de corail, alternative-
ment rondes et longues : aux angles saillissent
des têtes d'anges, également en corail. En dehors
court une bordure à jour, oii se répète à chaque
pan le même motif d'ornementation : au milieu
sourit une tête d'ange, sculptée en corail, soute-
nue de deux ailes champlevécs d'émail blanc,
supportée par une coquille émaillée blanc et bleu
et flanquée de quatre roses de corail dont les éta-
mines sont en émail blanc; aux angles, des pal-
mettes blanches enlacent deu.x roses semblables
au.x quatre précédentes et au sommet de ce bou-
quet s'épanouit une fleur, à doubles pétales de
corail et d'émail blanc, glacé de bleu aux extré-
mités. Cette élégante décoration s'appuie sur un
bandeau où l'émail bleu et l'émail blanc forment,
en alternant, un chevronné continu.
Le champ du tableau est garni par une Assomp-
tion, en relief, façonnée de pièces rapportées : la
hauteur de la Vierge est de dix centimètres. Sem-
blable à celle de l'autre tableau, elle a une cou-
ronne au-dessus de la tête, car en quittant la
terre,Marie est devenue la reine des cicu.x, irgiiia
cœli : aussi six anges voltigent à l'entour. La
gloire qui convient au triomphe est rendue par
un médaillon, formant auréole, qui se prolonge
en rayons droits ou flamboyants taillés dans des
tiges de corail : des croi.x d'or y sont semées, sur
un émail tantôt blanc, tantôt bleu.
Au revers, le nom de jÉ.sus, dans sa forme
Le trésor De l'église De ^ainte^^arie près %aint=€clsc, à ^ilan. 487
nouvelle, c'est-à-dire avec la croix surmontant la
lettre médiane, IHS> et au-dessous, un cœur
percé de trois clous, se détache sur un fond de
rinceaux gravés au trait. La vie tout entière du
Sauveur se résume dans ces deux symboles : le
nom rappelle la naissance, puisqu'il lui fut imposé
le jour de la circoncision et le cœur montre en
abrégé les cinq plaies qui transpercèrent les pieds,
les mains et jusqu'à l'organe principal de la vie.
Le mélange du corail à l'émail produit un
heureu.K effet et, par un singulier retour vers le
haut moyen âge, l'artiste emploie pour la pâte
vitreuse le procédé,si longtemps oublié, du champ-
levé, mais sa palette est à court de tons, puisqu'il
se limite à deux couleurs, le blanc et le bleu.
Les défauts, comme je l'ai déjà dit, tiennent
à la dureté du corail, tandis que le métal plus
souple se découpe en une floraison gracieuse et
une végétation abondante, qui donnent un charme
infini à la composition.
XVII. 'îBénitier (rtiir siècle).
Lu bénitier portatif sert à l'aspersion, le
dimanche, ainsi que pour l'absoute des
défunts. En Italie, on lui a conservé sa forme
première : autrement dit, c'est un vase bien pro-
portionné, d'une capacité médiocre et léger à la
main, sans ces exagérations prétentieuses que lui
infligent habituellement les orfèvres français. La
hauteur, y compris l'anse, est de o'",i9 et la lar-
geur de 0™,I5 ; on ne peut être plus modeste. La
matière est l'argent, car rien de vulgaire n'entre
dans le mobilier de cette riche église. Le pied est
rond et la panse, avec ses huit lobes gravés, s'en
dégage comme une fleur qui s'entr'ouvre; heu-
reuse comparaison, car l'eau purifiée qu'il contient
est pour l'âme un symbole de sanctification,
efflorcbit sanctificatio vestm, a dit le psalmiste (').
L'anse, profilée en trèfle, est pourvue, à sa partie
supérieure, d'un anneau de suspension : le trèfle,
c'est la Trinité qui, par sa grâce, féconde l'eau et
lui donne sa vertu (=1 Quant à l'anneau, il rappelle
1. Psalm. cxxxi, 28.
2. Le Rituel prescrit l'invocation des trois personnes
divines pour l'exorcisme de l'eau et le mélange du sel à
l'eau : « lixorciso te, creatura aqu;u, in nomine Uei Patris
omnipotentis et in nomine JksuChristi Filii ejus Domini
nostri, et in virtute Spiritus Sancti, ut fias aqua exorci-
un usage disparu, mais dont j'ai retrouvé les
traces en Anjou et en Allemagne : après l'asper-
sion du dimanche, le bénitier portatif se suspen-
dait à la porte de l'église pour les fidèles, là où il
n'y avait pas de grand bénitier en pierre ou en
métal ; mais souvent aussi, on le fixait à l'entrée
du chœur, car il servait alors à deux fins, le
prêtre s'en signait avant de se rendre à l'autel
(ce que prescrit encore la rubrique romaine)
et, le soir, après compiles, l'hebdomadier en
aspergeait individuellement les chanoines défi-
lant devant lui (').
XVIII. CatJlette pour la consécration
(rtJi)' siècle).
LE rit Ambrosien, comme autrefois le rit
romain, ne fait pas usage des cartons d'autel :
tout se lit dans le missel. Mais il serait incom-
mode et presque inconvenant, au moment de la
consécration, de détourner les regards de la
sainte Hostie pour les reporter sur le livre; en
conséquence, on a songé à aider la mémoire
défaillante du prêtre en plaçant devant lui une
tablette contenant les seules paroles de la con-
sécration du pain et du vin.
A Sainte-Marie près Saint-Celse.cette tablette
est en argent et mesure o"',66 de hauteur sur
0^,42 de largeur. Le pied est exhaussé de plu-
sieurs degrés, des feuilles d'acanthe enveloppent
la tige et le tableau, de forme ovale, est entouré
d'anges, en tête ou en buste, et surmonté d'une
Assomption. Marie monte aux cieux, assise sur
les bras de deux anges qui la soulèvent : de cha-
que côté, deux vases portent des épis, allusion
peut-être à la saison d'été où tombe cette fête,
mais plus probablement à la matière même du
sacrifice eucharistique.
Au revers apparaissent les écrous, ce qui
sata ad effugandam omnem potestatem inimici. » —
« Commixtio salis et aqu;c pariter fiât in nomine l'atris, et
Filii, et Spiritus Sancti. »
I. J'ai vu au musée Poldi, à Milan, un bénitier en cuivre
du XVII' siècle. Il est de forme octogone, des coraux sont
semés sur la bordure ; au milieu, le crucifix et les anges
sont aussi en corail : autour est découpée une crcte h jour,
émaillée de blanc et avivée de corail ; en haut, un orne-
ment plus grand tient l'anneau de suspension ; au bas, la
coupe ronde, destinée à l'eau, est décorée de roses et de
guirlandes en corail, avec un bouton de même au-dessous.
488
iRctiuc tic ract cbrcticn.
indique le soin en même temps que le procédé
de montage des pièces de rapport.
Les caractères sont ceux de l'impression, c'est-
à-dire minuscules et ronds ;
Hoc est enim corpus iiieum
Hic est enim calix sanguinis mei, novi et
asterni testamenti, mysterium fidei qui
pro vobis, et pro multis effundetur in
remissionem peccatoruni.
Je ferai une simple remarque sur laponctuation.
Dans le missel romain.il y a deux points après tes-
tamenti et fidei; ce membre de phrase mysterinin
fidei serait beaucoup mieux entre deux virgules,
qui marquent une incidence, mais non une sus-
pension. Je ne comprends pas la virgule après
îW;/.f.- comment associer une disjonctive à une
liaison, comme est la préposition et? Il s'en suit
une anomalie des plus bizarres. La ponctuation
des livres latins me semblé des plus défectueuses,
car elle est arbitraire, faite souvent à rebours du
bon sens et n'aide nullement à la lecture ni à l'in-
telligence du texte. Il y aurait là une réforme
sérieuse à introduire.
XIX. aroft'cct (ruif siècle).
CE coffret, formant reliquaire, est en argent
fondu, avec plaques de cristal sur toutes les
faces, de façon à laisser voir l'intérieur. Des anges,
placés aux angles, soutiennent la corniche : sur
le couvercle, des têtes d'anges ailées, à la manière
antique, servent d'attache à des encarpes.
Sur un fond de velours rouge ciselé repose le
voile miraculeu.x, découvert lors de l'invention du
tableau de la Vierge. C'est une gaze de soie
blanche, rayée, de distance en distance, de larges
bandes jaunes, bordées de bleu, avec deu.x lignes
vertes au milieu.
Hauteur : o"\iO, largeur : 0"\23.
XX. Ecltquaire {xW siècle).
LE XVII'= siècle a peu varié l'ornementation,
qui prodigue invariablement les anges ré-
duits à l'état de têtes et d'ailes, c'est-à-dire de
symboles exprimant qu'ils sont à la fois intelli-
gences spirituelles et messagers célestes. La
conformation est celle d'un tableau d'argent,
haut de o"\59 sans le soubassement de bois, et
large de o"',38.
Des têtes d'anges ailées ornent les consoles qui
flanquent les côtés. Au fronton brisé surgit une
Assomption, car, dans cette église, on paraît beau-
coup plus occupé de la sainte Vierge que du
co-titulaire saint Celse('). Marie est accompagnée,
sans doute à cause de la présence de leurs reli-
ques, de saint Ambroise et de sa sœur sainte
Marcellinc, qui a pour attributs une couronne sur
la tête, une palme dans la main gauche et une
espèce de bouclier sur lequel elle appuie la droite.
Le P. Cahier ne lui donne aucune de ces carac-
téristiques.
La frise porte, en inscription commémorative,
le nom du donateur ou de l'artiste, car le F ini-
tial peut aussi bien ■i{gn\?\eT /rater c\\\e fecit :
F. CHERVBINVS. GORNVS
XXI. autres reliquaires (ruif siècle).
Hauteur: o"',59 ; largeur : o'", 42.
LES reliquaires.au nombre de quatre, sont faits
pour être placés entre les chandeliers et
ajouter à la parure de l'autel: aussi sont-ils
rigoureusement semblables. Le fond est plat,
mais la partie antérieure se brise en cinq pans,
dont les trois principaux dessinent une fenêtre en
plein cintre et les deux autres des cartouches
allongés. Des tètes d'anges flanquent les angles
du soubassement et reparaissent sous la corniche,
pour indiquer que les saints dont on a ici les re-
liques, régnent au ciel. La partie supérieure forme
une espèce de dôme à quatre plans, en retraite
les uns sur les autres : celui du milieu porte des
anges et des festons. Tout en haut, pour amor-
tissement, un vase d'où sortent une croix et deu.x
palmes, par allusion au supplice et au triomphe
des martyrs: en eftet, parmi les reliques minus-
cules, je note deux têtes des saints Innocents.
XXI L laeliqimire {xW siècle).
DANS la forme habituelle de Vaiicona, ce
reliquaire, haut de 0'",58 et large deO'",52,
est en argent. L'inscription suivante, empruntée
à V Apocalypse et faisant allusion au martyre,
précise sa destination :
\i\ ■ .SVXT ■ ny\ ■ VENERVNT • DR " TRIBVLA-
TrONE • M.\GNA ' APOCALY ' CAP ' VU.
I. Dans le langage populaire, l'église s'appelle la Ma-
donna di sait Cclsn, comme si cette Madone avait appar-
tenu à saint Celse.
Le trésor De rcglisc De %ainte=8@aric près ^aint^Cclse, à Q9ilan. 489
Au-dessus de ce soubassement inscrit, deux
anges sonnent de la trompette, comme pour dire
aux morts: Levez-vous, venez jouir de la gloire
que vous avez acquise par la tribulation.
Au milieu se dresse sur un piédestal l'image, en
haut-relief et en argent, de la sainte Vierge enca-
drée,ce qui indique son triomphe, dans une auréole
elliptique, dont les jets lumineux rayonnent et
flamboient. C'est la Reine des martyrs : aussi les
saintes reliques lui font-elles escorte, se groupant
autour d'elle et se disséminant sur les piédestaux
et les pilastres, qui ont pour mission de supporter
un fronton brisé, terminé par trois anges assis,
que l'artiste a malencontreusement négligé de
couvrir d'un vêtement quelconque (').
Au sommet du tableau, on vénère une croix
faite avec le bois de la croix du bon larron: elle
est haute de 0^,0/ et large de 0^,04 (-).
XXIII. ancona (ruij' siècle).
ON nomme ainsi en Italie, par altération du
mot icona, qui dérive du grec et signifie
image, une représentation pieuse, statuette ou
I. Je souscris pleinement à ces observations si sensées
de M. Constantin dans le Rosier de Marie (1882, n° 52) :
« Dieu lui-même réprouva ce que l'on prend à tâche de jus-
tifier; jamais ses anges ne sont descendus sur la terre sans
vêtement ou sans voile. Les anges qui apparurent à Abra-
ham, celui qui conduisit Tobie à Rages, les deux qui s'as-
sirent sur la pierre du tombeau du Christ ressuscité,
étaient modestement vêtus. Pourquoi donc les peintres
représentent-ils les anges décolletés ou complctement nus?
« Les Médicis patronnèrent les nudités à Florence et à
Rome, et c'est pour cela que nos regards attristés rencon-
trent si souvent dans la Ville éternelle, au \'atican et à
Saint-Pierre, des peintures et des sculptures religieuses
qui nous font rougir. Ce sont des images splendides de
beauté, il est vrai, mais elles ne portent pas moins la mort
dans l'âme. L'art qui tue la piété, peut-il mériter l'appro-
bation d'un chrétien? Qu'importe la beauté du fruit, s'il
renferme un poison ? Dieu dans le ciel, où il n'y a rien à
craindre, a vêtu ses élus; sequiintur agnitin in vestibus
albis, dit l'auteur inspiré du livre de V Apocalypse. .Souhai-
tons que la peinture et la sculpture, au nom de la prudence,
imitent cet exemple et charment nos regards, au lieu de
les blesser. »
Cependant, il y a une excuse h. ces nudités dans l'inten-
tion même des artistes. A la fin du XV" siècle, on donnait
au nu une signification particulière. Ainsi, Charles VIII,
ayant, lors de son expédition en Italie, admiré les chevaux
de Monte-Cavallo, à Rome, son chroniqueur dit : « Et
« qu'ils sont nuz (Praxiteles et Phitias) auprès des che-
« vaulx... et ainsi comme ils sont nuz, ainsi la science de
« ce monde en leurs entendemens estoit nue et ouverte. »
(Muntz, les Précurseurs de la J\enaissance, p. 3.)
2 A Rome, l'église de Sainte-Croix de Jérusalem possède
la traverse entière de cette croix.
tableau, encadrée d'un ornement architectonique
comme furent les retables des autels à partir du
XVL" siècle. C'est un architecte plutôt qu'un or-
nemaniste, qui a dessiné le çeXXt oratoi7-e ('), pour
employer le terme usité autrefois, de l'église de
Ste-Marie.
Haut de 0"\25, il renferme,sous une grille d'ar-
gent, une Vierge peinte sur bois, semblable à celle
qui fut trouvée sous l'autel et qui est en grande
vénération en ce lieu. Le cadre est en ébène,
matière triste malgré son poli brillant et qui ap-
paraît encore trop sous les appliques d'argent
auxquelles se mêlent de petites pierres montées
en griffes. Deux colonnes ioniques, aussi en ar-
gent, supportent le fronton de l'édicule dont le
tympan est rempli par une téted ange, pour faire
penser au ciel.
XXIV. "!i?roDcnc (ruir siècle).
ON a voulu faire honneur à l'habile artiste
Lidovina Pellegrini d'une broderie au petit
point, soie et or, qui se recommande effectivement
par une grande finesse d'exécution, surtout à l'en-
droit des carnations; mais je ne la crois pas du
XVI'=siècle,même expirant, tandis que je n'hésite
pas à la reporter aux débuts du XVII'=.
L'ange est assis sur la pierre renversée du sé-
pulcre, à l'entrée du caveau funèbre. Les trois
Maries lui parlent et lui demandent où est le
I. Altarino est aussi un terme consacré en Italie. En
France, on disait indifféremment chapelle ou oratoire. «A
Pierre Roffet, libraire demourant à Paris, ... 51'. y t. pour
ung cabinet de cuir doré, à ouvrages moresques, au dedans
duquel il y a 3 entrelatz, ung petit oratoire. » (Compte
des menus plaisirs du roi, 1528).
Philippe Tixier, dans son testament daté de 171 1, inséra
les clauses suivantes : « Je donne à madame la comtesse
de Longoné la niche et chapelle d'un petit Jésus naissant,
ornée de petites figures d'émail enflammées, qui est sur le
cabinet de ma chambre... Je donne à madame de Pressi-
gny mon prie-Dieu, concistant en un très beau crucifix
d'hivoir de M. de Willierme des Goblins, dont le cadre est
doré et le fond garni de velours noir et en un bénistier
d'argent très artistement travaillé, représentant la très
sainte Vierge, serrant le petit Jésus entre ses bras, une
croix où est un Saint-Esprit accompagné de six anges, le
fond dudit bénistier représente plusieurs coquilles et l'as-
pergés est aussy d'argent. Je donne à madame deCajeux...
une chapelle d'albastre... qui représente Jf.sus-Christ
crucifié sur le mont Calvaire entre le bon et le méchant
larron, où la sainte Vierge et la Magdelaine sont représen-
tées avec plusieurs Juifs,le tout d'albastre très artistement
travaillé, enfermé d'un cadre doré où tous les instruments
de la passion sont parfaitement bien sculptés. » ( Afein.
de lu Soc. Eduenne, nouv. sér., t. \'lll, p. 427, 428.;
490
iRcuuc De rart cbtéticn
Sauveur; l'une d'elles, sainte Madeleine, tient à
la main le vase de parfums qui est devenu son
attribut habituel. La colline est agréablement
plantée d'arbres. Au second plan, à la cime d'un
rocher, se dressent trois croix et l'on aperçoit dans
le lointain la ville de Jérusalem (').
XXV. ornements (roir, ruiir siccicg)".
ON nomme onicincnts les vêtements liturgi-
ques, tels que chasuble, dalmatique, tunique,
chape, avec leurs accessoires, étoles, manipules,
bourses et voiles de calice.
L'ornement du XVI P siècle présente, sur fond
d'argent, une broderie de fleurs au naturel et de
lambrequins d'or.
Il a été fait dernièrement une imitation de ce
même style, où les rinceaux d'or se mêlent aux
fleurs.
Le XVIII'^ siècle a consacré aux emblèmes de
Marie un ornement de satin blanc, brodé or et
soie. Sur un semis de fleurs variées, voici le pal-
mier, la nuée, la fontaine, le soleil levant, la na-
celle, l'arc-en-ciel, l'olivier, la cité mystique,
l'étoile de la mer, le buisson ardent, la rosée hu-
mectant la toison de Gédéon, figures et allégories
empruntées aux livres saints, à la liturgie et à la
tradition ecclésiastique.
XXYI. OEalice (jcDiif .siècle).
Nous arrivons avec ce vase sacré à une
transformation de l'art, qui, à l'aurore du
siècle dernier, introduisit le style rocaille. La
hauteur est de 0'",23 et la largeur du pied de
0"',I5. L'argent, fondu et retouché au ciselet,
apparaît partout, moins en certains endroits,
comme les reliefs, qui ont été dorés.
Six lobes arrondis dessinent le contour du pied,
où se tiennent debout et en relief la sainte Vierge
et deux saints que le défaut d'attributs ne per-
met pas de dénommer. Sur le nœud, quatre
autres saints, sans caractères distinctifs, mais en
buste, vu l'exiguité de l'emplacement, sont sépa-
rés par des têtes d'anges. A la fausse coupe, les
anges, consistant en une simple tête ailée, sont
encore là pour alterner avec les raisins et les épis,
emblèmes bien connus de l'Eucharistie, qui trouve
en eux sa matière première.
I. Contre 1.1 clôture du chœur est tendue une tapisserie
du XV!*" siècle, de petite dimension, qui représente la
Résurrection.
Un fait digne de remarque, c'est la variabilité
de l'iconographie : au nœud, les saints ont le
nimbe plein, lorsque sur le pied la tète est en-
tourée d'un rayonnement lumineux, réservé par
l'Église aux seuls bienheureux, le cercle du nimbe
attestant la plénitude de la sainteté et de la gloire.
XXVII. Croir et crposition (ruiir siècle).
LA croix, en bois, est décorée d'appliques
d'argent encadrant des panneaux d'écaillé,
d'un Christ également en argent, ainsi que de
fleurons de même métal qui ornent les extrémités
de la tête et des deux bras.
La niche où s'abrite cette croi.x, est en écaille
avec application d'argent. Deu.x belles colonnes
d'albâtre blanc, à la base et au chapiteau d'argent,
flanquent la niche et supportent son couronne-
ment, qui consiste en un fronton brisé. L'en-
semble ressemble donc à un retable d'architec-
ture : ce petit monument convient mieu.x à la dé-
votion privée qu'à une église. Dans un trésor
c'est un objet de lu.xe, sans afiectatiori présumée,
à moins qu'on ne veuille en garnir le dessus d'un
de ces agenouilloirs oi^t les prêtres font leur pré-
paration et leur action de grâces.
XXVIII. Croir (ruiif siècle).
Hauteur : o'". 15 ; largeur ; o'". 10.
LE travail est médiocre, quoiqu'on ait voulu le
faire riche en prodiguant les brillants en
bordure et en rayons. La croi.x elle-même est tout
entière en émail et le crucifix y est peint aussi en
émail, mais sans saillie aucune,ce qui constitue une
originalité, bonne à citer, non à recommander(').
Ce crucifix, dans une sacristie bien tenue et
décorée comme toutes les sacristies d'Italie, ferait
bonne figure au-dessus d'un prie-Dieu, pour lequel
il a été probablement destiné dans le principe.
X. B.\RBIER DE MONTAULT.
I. Le chanoine de Ligron, à Poitiers, possède un Christ
de ce genre, en émail de Limoges, du XVII'' siècle. Sa
hauteur est de o"',23 et sa largeur de o"',i45. Le fond
est noir; les bras du .Sauveur, qui est nimbé, sont obliques;
un papier, posé de biais, porte le titre IN RI ; les plaies sai-
gnent; celle du côte est à gauche, contrairement à la tra-
dition qui la veut à droite; les chairs sont violacées et les
cheveux et la barbe de couleur blonde, un linge étroit
serre les reins, quatre clous dorés percent les pieds et les
mains, une tète de mort blanche grimace au pied de la
croix, quelques traits d'or rehaussent l'ém.iil. Au dos, sur
émail noir, se lit Tinitiale du nom de l'émailleur P., qui est
un Pénicaud, d'après M. de Lasteyric.
■ r\ - :: - • y-i ' .
ïloubrlles et Ciclange^, m^mm^^.
/^^
M
fe
^g^^^^^gg^^^^^^ggggggg
v^V,/ v^r^ , A^
ïlc stauracis et la quaDrapola.
'-V^ -s^ "-v^ "^ -v^' '-v^ '^/r ^s/y -.^^ -^/j -^^j --v^ -^ '^ j^a 'Aj^ "^
^^ ON docte ami, M. l'archiprêtre Ambro-
siani, a eu l'imprudence de me mettre
en cause (') dans l'article où il vient de
donner son sentiment sur deux étoffes
mentionnées par le Liâar pontificalis i^). Je le
regrette pour lui, parce que je vais soutenir une
opinion diamétralement opposée à la sienne,
mais non pour la science qui pourra profiter de
mes observations.
Homme de lecture, le T. R. archiprêtre de
IMonacilioni a adopté des idées qui ne peuvent
plus avoir cours, parce qu'elles se basent sur des
citations d'ouvrages bien démodés, comme celui
des frères Macri. Cependant, il n'a pas absolument
tort, puisque de bons étofïiers ne pensent pas
autrement (3). Mais il y a place, ce me semble,
pour une opinion nouvelle, mteux fondée et plus
technique. C'est un des avantages de l'archéologie
contemporaine d'avoir éclairci pratiquement des
notions fort confuses chez les auteurs des deux
derniers siècles.
Ma thèse est très simple. On a voulu qualifier
les étoffes par leur orneinentation ; je crois, au
contraire, qu'il faut les dénommer d'après leur
procède de confection. Or ce procédé est double:
fil emploj'é au tissu et teinture àa ce tissu.
La comparaison des termes employés par les
inventaires amène à ces résultats. Le stauracis
est teint en jaune, comme la hlatta en pourpre,
autrement la couleur jaune manquerait. Le
ticrcclin est à trois fils (■*), le sainit (hexainitum)
1. Rev. de PArl chrc't., 1885, p. 355.
2. Quelques j-einarques sur l'ancietme étoffe dite stau-
racis on stauracinus (Ibid.), p. 351-355.
3. Ibid., p. 207.
4. Le tiercelin, sorte de taffetas renforcé, dtait de trois
fils, tereti tint. (Rev. des Soc. Sav., 6" sér., t. 1\', p. 1 34.)
M. Gay, dans son Glossaire archéologique, page 29, cite
ce te.\te de l'an 1 189: « Vous verrez sortir de là (Palerme)
des étoffes de deux à trois f\\s(ainita, dimiia et triiitita),
aussi bien que des étoffes à 6 tîls, (/tevainita), dont
le tissu plus é[)ais demande plus de matière. >
à six; de même la quadrapola est à quatre fils et
Voctapuluin à huit.
En 1864, j'ai publié à Oxford, à la librairie
Parker, un extrait de tous les inventaires insérés
dans le Livre pontifical (i). Le texte latin a seul
paru ; le Glossaire qui doit l'accompagner et for-
mera deux volumes, attend toujours un éditeur.
Je vais donner une idée de ce travail en déta-
chant le commentaire qui se réfère aux mots en
discussion.
^^TORAX, «if/j, substantif masculin et féminin;
vj résine odoriférante.
1. Le storax est une résine odoriférante, de
couleur jaune et qui découle du storax ou alibou-
sier, arbre d'Arabie, nommé en grec (ji-^j-j.i et en
latin storax et styrax. Isidore de Séville s'étend
beaucoup sur l'essence de cet arbre et de la liqueur
colorante qu'il produit: « Storax, arbor Arabia;,
similis malo cidonio, cujus virgula; intcr canicula;
ortum cavernatim lacrymam fluunt. Distillatio
ejus in terram cadens, munda non est, sed cum
proprii corticis scrobe servatur. Illa autem quœ
virgis et calamis inhieserit, munda est et albida:
dehinc fulva fit solis causa et ipse storax cala-
mites pinguis, resinosa, odoris jucundi, humecta
et velut mellosum liquorem emittens. Storax
autem dicta, quod fit i^iitta arboris profluens et
congelata. Nam Gr;tci styriani guttam dicunt.
Graece autem 7rJoa£, \^Wx\ç. storax dicitur. » {Ori-
gin., lib. XVII, cap. S.)
Le grammairien Papias écrivait au XI« siècle:
<( Storax lacryma est. Unde eodem nomine
dicitur similis mali cydonii, cujus distillatio illa
quns virgis et calamis inha^serit, storax calamités
dicitur, id est munda. >) (Focal), latin.)
2. Les actes de sainte Eudocie font l'inventaire
de son mobilier lorsqu'elle pratiquait le métier
de courtisane. (BoUand., t. I mart.) On \- relève
« des milliers de livres d'or; un grand nombre de
1. l imentaria ecelesiaruin urbis Roma.... Libro pontifi-
cali inserta, in-S" de 90 pag.
REVUE DE L'.\RT CHKÉTIEN'
1885. — 4'"*= LIVKAISO.S.
49-
dctiuc De l'art cftrctien.
bijoux, de perles, de pierreries; 275 coffres de
vêtements de soie, 410 de vêtements de lin fin,
160 de vêtements brochés d'or, 152 d'autres
brodés de gemmes, une grande somme en or
monnayé, 12 caisses de musc, 33 caisses de pur
styrax, Sooo livres de vases d'argent, un char
incrusté de pierres précieuses, 132 livres de voiles
de soie rehaussés d'or. » (Le Blant, Les Actes des
Martyrs, ç. 258-259.)
3. Le Liôer pou tifica/is rapporte dans la vie du
pape saint Sylvestre que l'empereur Constantin,
parmi les dons qu'il fit à la basilique de St-Pierre,
voulut que l'Orient envoyât, chaque année, cent
cinquante et une livres de storax pour brûler à
la manière de l'encens: « Item, in reditum
donum, quod obtulit Constantinus Augustus
beato Petro apostolo siib civitate Alexan-
drise, possessio Timialia prastans storacis
Isaurice lib. I Possessionem Pattinopolim,
pra.'stans (de) storace libras centum etquin-
quaginta. » La basilique de St-Paul eut aussi sa
rente de trente livres de storax: « Eodem
tempore fecit Augustus Constantinus basilicam
beato Paulo apostolo Sicut et in basilicam
sancti Pétri apostoli, ita et beati Pauli apostoli
ordinavit Sub civitate /Egypti, possessio
Cyrias, pra^stans (de) storace lib. triginta. »
II.
1. Stauracis, w,subst. masc. et fém.; variantes:
staiiracin et stanraciicin, subst. neutre : étoffe de
soie jaune, teinte par le storax.
2. Ce mot, sous sa triple forme, tire sa signifi-
cation de son étymologie même. Papias donne
une définition très précise de l'étoffe teinte parle
storax, dont la couleur ressemblait à celle du
coing, c'est-à-dire jaune-clair: « 2\ storace, storacis,
stauracis, stauracius, storacinus, staiiracinns. Stan-
raciiun, genus palliorum depictorum ex storace,
quiE gutta similis est mali cydonii. »
La vraie orthographe devrait être storacis ('),
mais stauracis a prévalu au moyen âge, d'oîi est
résultée une fausse étymologie et, partant, une
non moins fausse application à un tissu.
3. L'opinion de Torrigi {Délie grotte vaticane,
I. Je n'estime pas que cette « variante d'orthoj;raphe, o
et au, mcrite considdration, » malgré l'opinion de M.
de Linas (Kev. de t'Art clirct., 1885, p. 207), avec lequel il
f.iut compter, j'en conviens.
2<= édit., p. 184), des frères IMacri { Hicrolcxic.)
des ^o\\a.wà\iX.ç.s{Aita saiict., maii, t. IH, p. 394;
t. Vil, p. 421) et de quelques archéologues
anciens et modernes ('), tombe devant l'article
suivant de l'iiu-eiitaire de Nicolas I, qui à lui seul
suffirait pour démontrer que le stauracis n'est
pas une étoffe semée de croix, rri^xs à! •c.wç. couleur
spéciale: « Pannos, tam de stauraci quam et de
fundato, vel aliis pulchris variisquc coloribus. »
De plus, si cette expression dérivait de oraupôç,
croix, nous aurions logiquement staurosis et non
stauracis.
4. Le stauracis constituait une variété de
Vholosericuui, c'est-à-dire qu'il était entièrement en
soie, trame et chaîne: <( Plumacium ex holoserico
superpositum, quod stauracis dicitur » (no 353).
<.<Vestem holosericam unam de stauraci»(n° 1738).
Sous Adrien I, on le classait parmi les étoffes de
soie, « syrica ». Mince et léger, souple et se
prêtant facilement à des plis gracieux, il était
par conséquent très convenable pour les tentures
et les vêtements de dessus.
5. Le Liber pontificalis ne le mentionne pas
avant le VI 1= siècle, quoiqu'il fût plus ancien,
puisque le morceau qui enveloppait une relique de
la vraie croix et que Serge I trouva dans une
cassette noircie par le temps, devait y être depuis
de longues années (n° 353). Pendant le VIII'' et
le IX'= siècle, on en fit àes pallia, des voiles, des
parements d'autel, des panni, des courtines, des
pièces au milieu des parements et des voiles,
ainsi que des bordures de courtines, de voiles et
de parements.
6. Une fois, ce mot est pris adjectivement,
« vêla stauracia » (n° 478).
7. Le stauracis va avec la soie blanche (n° 599)>
le rouge tyrien (n° 798), \e fiindatuin (n° 713) et
la quadrapola (n° 1006). Trois fois, cette étoffe
est qualifiée ^;r.f belle, <( pulchcrrima * (n°^ 6S1,
711, 1127).
8. L'article 609 est à peine intelligible dans sa
rédaction fautive, car il semble constituer une
exception en attribuant le blanc au stauracis :
^< Vestem albam de stauraci chrysoclavam »
(no 609). La seule interprétation plausible est
celle-ci : Le parement est en stauracis, par consé-
quent jaune, avec un chrysoclavum à âme de soie
I. Ibiil., p. 208.
jl^o libelles et 00élange5
493
blanche, au lieu de soie rouge ; d'où résulte que le
blanc et l'or du décor annihilent le jaune du fond.
g. he siauracis, en dehors <1m Liber pontificalis,
est mentionné comme employé à confectionner
des tentures et des chasubles : « De vestimentis
vero ecclesiasticis largitus est pallia quae dicun-
tur fundata tria, stauracia à\xo.» {Ckroiiic. Fon-
tanellcn., cap. XVI.) — « Storacium pallium
unum, habentempavones. » {Cod. C^rnV///., Epist.
XV Pauli I pap.) — «Casulas... de storace. »
(Hariulf., lib. II, cap. lO.)
10. Les mosaïques de Milan, au V>= siècle, mon-
trent saint Materne avec une chasuble jaune, dans
la chapelle Saint-Satyre à Saint-Ambroise, et un
berger, avec une tunique blanche et un manteau
jaune, ou une tunique jaune à reflets rouges, dans
la chapelle Saint-Aquilin, à Saint-Laurent.
A l'époque du Liber pont:fica/is,\QS mosaïques
de Rome ont des personnages vêtus de 'jaune.
Tels sont le manteau de saint Jean-Baptiste à
l'oratoire de Saint-Venance (VII= siècle) ; la robe
et le manteau de l'enfant-jÉsus, à .Sainte-Marie
in Cosviedin (VIII« siècle) ; les clavi de la tunique
du Christ et la bordure de son manteau, puis
les manteaux de Constantin et de Charlemagne,
au Tricliniuin de Latran (IX^ siècle) ;la chasuble
du pape Pascal I", à Sainte-Marie in Dotiinica
(IX<-' siècle) ; le manteau de saint Paul, la para-
gaude de sainte Cécile, et la pièce du manteau de
saint Valérien, à sainte Cécile au Transtévère
(IX<^ siècle).
11. Deux tissus de même nature, conservés
dans le trésor du dôme d'Ai.x-la-Chapelle, ont
été chromolithographies dans les Mclanges d'ar-
chéologie. L'un, du VIII^ ou IX« siècle (t. II,
pi. .\I, B.), offre des canards bleus sur un fond
jaune-clair ; l'autre des éléphants jaunes sur fond
rouge (t. II, pi. I.K).
12. La tradition s'est maintenue à Rome jusqu'à
nos jours de parer les églises de tentures jaunes,
concurremment avec du blanc et du rouge.
Remontons plus haut. Euripide {Hécicbe, 468)
dit du pcp/iini brodé de Minerve qu'il était jaune
couleur de safran. M. de Ronchaud suppose
que les draperies du Parthénon,à Athènes, étaient
de cette même nuance.
13. Enfin, ce qui renverse l'opinion contraire,
c'est que si les étoffes semées de croix sont fré-
quentes chez les Byzantins ("), il n'en est pas de
même chez les Latins, à en juger par les monu-
ments qui nous restent. Il y a donc certitude
absolue, acquise à la fois par l'interprétation des
textes comparés aux monuments et à la tradi-
tion, que le stauracis a toujours désigné une
étoffe teinte en jaune.
IIL
1. QuAnR.A.l'OL.\, œ, subs. fém: étoffe tissée à
quatre fils.
Les variantes de ce mot sont quadrapuhnn et,
par contraction, quadraphim.
2. Tout tissu se compose d'une chaîne, « sta-
men » et d'une trame, « substamen ». La chaîne
est fixe, la trame croise les fils qu'elle passe à
l'aide de la navette. Si le fil de la trame passe sur
un, puis sous deux, trois, quatre, huit, il en résulte
comme des côtes le long du tissu ; de là des noms
spéciau.x pour chaque catégorie. C'est l'opinion de
Rich dans son Dictionnaire des antiquités romaines.
Je ne la crois pas solide pour le moyen âge.
3. La seconde est celle d'Henschenius (Acta
sanct., t. III, maii, p. 39), reproduite par le P.
Martin (Mélanges d'Arch., t. II, p. 250), qui voit
dans le « quadrapulum l'encadrement carré »,
d'où il conclut par analogie que «l'octapulum
est le médaillon octogone » (2).
4. La troisième opinion est celle que je viens d'é-
mettre: je ne sache pas qu'on l'ait produite ailleurs
Le Glossaire archéologique, p. 432, me fournit
une citation précieuse, quoique tardive, pour
assimiler la quadrapola au taffetas: « 1536. 7J^
aunes de taffetas blanc, en 4 filz. »
5. Remarquons que ce tissu est propre au.x
VIII<= et IX^ siècles. L'expression revient cin-
quante-huit fois dans le IJber pontificalis. On en
fait des /rt///rt ou pailles de tenture, une couronne,
des voiles, des parements, des periclysis aux pare-
ments et aux voiles, des gammadia aux voiles et
aux parements, des croix ibidem, des ornements
divers au.x voiles et enfin aux tctravela une bor-
dure, de même qu'au.x roues d'un parement.
IV.
L'OCTAPULUM est un Wssnh. huit fils. Ce
mot est répété quinze fois, deux au VIII'=
siècle et les autres au IX^. On en fait des voiles,
I. Rev.deVArtchrét., p. 20S.
z. C'est aussi lopinion de M. de Linas. (Ibid.)
494
iRcuue De r^rt cfjrctien.
des gamniadia aux voiles et aux parements et des
periclysis à ces derniers.
La preuve que Xoctapuluin n'est pas une figure
à huit pans (i), c'est que le Liber pontificalis a,
pour désigner ce mode d'ornementation, le mot
octogonum.
V.
JE ne dirai qu'un mot du compas des inven-
taires (2). Les étoffes à compas sont fréquentes
au moyen âge (3), mais le mot est aussi
usité pour des vases et ustensiles, comme calices
et reliquaires. Ainsi que je l'ai affirmé, il signifie
tout jeu fait avec un compas, non pas le rond
qui a un nom particulier, mais le demi-cercle et le
quart de cercle. L'étymologie seule suffirait à
guider, car on peut tracer des lignes droites avec
une règle, mais non avec un compas, qui ne
produit que des courbes plus ou moins complètes-
Les carrés et les croix gammadées n'ont rien
à faire ici.
anc Bible Ou riij' siècle. ^-.— ---.—— -
.\ ]5ibliothèquc de la ville de Poitiers
possède une bible glosée, Bibliaglosata,
comme on disait alors, qui remonte au
XlIIssiècle. Je n'y trouve d'intéressant
à signaler que huit vers destinés à rappeler à la
mémoire les noms et l'ordre des différents livres
dont se compose la Sainte Ecriture. Voici textuel-
lement cehuitain en hc.\amètres, avec la rubrique
qui le précède :
Is/i versus suiit utiles ad felinendum ineinoriter nomitta
et ordinein libroruin Biblie:
.Sunt Gènes. E.k. Le. Nu. De. losu. lu. Ruth. Reg. Parai.
Es. Ne.
Tob. Judith. Hesther. Job. David. Salomonque. Sap.
Eccle.
Is. Je. Bar. Eze. Dani. post Ose. loel. Amos. Abdi.
lo. Mi. Na. post Aba. Sophonias. Ag. Zacha. Mala.
Post Mâcha, scribe Mathc. Mar. cum Lu. cumque
Johanne
Rom. Corin. et (;al. Ephe. Plii. Co. Tes. Thimo. Ti.
Phil. et Hebr.
Actus canonicas prectduni post .Apo. scribas.
Una Jacob. Pe. due. ties sunt Johan. unica. lude.
1. ^L de Linas admet des « caissons octogones >> pour
expliquer le <' periclysin de octapulo ». (Ibid.)
2. Rev. de l\lrl chrét., 1885, p. 355.
3. Mél. d'Arch., t. III, pi. xxil 15.
Ce qui se traduit ainsi :
.Sunt Genesis, Exodus, Leviticus, Numeri, Deuteni-
noniiuSj Josue, Judices, Ruth, Reges, Paralipomena,
Esdras, Nehemias ;
Tobias, Judith, Hesther, Job, David ( Liber Psaliiwruiii ),
Sa.\om.oni:[\.\<i( Liber Proverbiorum ),Sa.'p\eï\\.\a.,'Kcc\t%\ixite:i\
Isaïas, Jeremias, Baruch, Ezechiel, Daniel, post Osée,
Joël, .Amos, Abdias ;
Jonas, Micheas, Nahum, post Abacuc, Sophonias,
Aggnsus, Zacharias, Malachias ;
Post Machabasos scribe Matthœum, Marcum cum Luca,
cumque Johanne;
Actus canonicas (epistolas) précédant, post Apocalyp-
sim scribas :
Una Jacobi, Pétri due, très sunt Johannis, unica Judie.
Inucnraire De la cfjapcllc St^Caicorges, au
pcicuré D'Hquitaine, à Boitiers, en I(i27.
« AT OUS soinmes transportés en la chappello
1 \l de la d^ maison de St George, seize
en cette ville, laq"« est fondée de St George.
1. « Sur l'hostel de laq"<^ y a trois napes,
2. <( Ung devant d'hostel,
3. <i Et une chesublc de dainars blanc, 011 sont
les armes de M^ le grand prieur, de présent de
Gaillardboin (') ;
4. « Plus ung calice avecq sa platenne,
5. <,< Et une croix de bois, garnye d'argent;
6. « Ung livre messel, sur ung pulpître de bois.
7. « Et au devant dud' hostel y a un tableau
peint en huille de la Passion,
8. (( Et dans lad. chappelle y a deux bancz à se
mettre à genoux.
9. « Y ayant cinq vitraux, dont les vitres sont
de couUeur avec des images dépeins et les armes
du Ploquin (2).
10. « Et au pignon de la porte par le dedans
est dépeint un St Georges.
1 1. <,( Et au devant de la d''^ chappelle y a ung
ballet couvert d'ardoise. »
(Arc/iiv. département.)
X. Barbier dh Montault. ■
1. « Jacques de Gaillardboys de Marconnille » se ren-
contre aussi dans un acte de 1635. (J>"llet. de la Soc. des
Antiq. de l'Ouest, t. XIII, p. 174.)
2. Jacques Peloquin, grand prieur d'Aquitaine, est nien-
tionni5 dans des actes de 1541 et 1559. Ce fut lui qui con-
struisit la chapelle de l'hôtel d'Aquitaine, la dota de son
mobilier et y fonda une messe à dire le dimanche, au.\
fctes annuelles, aux quatre fêtes de la Vierge et ;\ celles
de saint Jean-Baptiste et de saint Jacques, (liullet. de ta
Soc, t. XIII, p. 173.)
Boutieïlcs et ^élange0.
495
JIzs Inscclption.s ï^uncraiccs.
■'INVOCATION solennelle de la divi-
nité sur la tombe de l'homme, quand
son âme est dans le sein de l'Eternel,
a quelque chose qui poigne et saisit.
Aussi voyons-nous sans étonnement M. Ricci
faire remarquer, saisi d'émotion, que les pèlerins
chrétiens, qui visitaient les catacombes de Rome,
inscrivaient leurs noms sur les murailles, en
ajoutant quelque prière fervente à Dieu ou aux
saints. C'était là une coutume déjà profondément
gravée dans le cœur des catholiques des siècles
reculés : on la retrouve jusque sur le Wadi
Mokatteb de l'Egypte. Là passa un pèlerin qui
fit le signe de la croix et grava sur le roc :
►J« K-jptî /Bo/j
« Seigneur, venez en aide à Etienne. »
Un autre estampilla le chrisme cruciforme sur
pierre dure et n'ajouta que deux mots :
My/;c75-/;
A^py.y.u.r,;
« Souviens-toi d'Abraham, » — probablement
un juif converti.
Dans les ruines d'un cloître au sud d'Esneh,
nous retrouvons exactement le symbole — dont
parle M. Ricci — de la colombe avec le rameau
d'olivier pour e.'^primer la paix en Dieu :
m; 0 j3td
y;5wy
«Le seul Dieu protecteur. »
Et le Dieu protecteur réapparaît dans les trois
inscriptions qui entourent la colombe et dont
l'une rappelle l'immuable et éternel A et il.
Yltzpoi signe de son nom le roc de la dernière
inscription. Serait-ce lui qui aurait légué à la
postérité l'effigie grave et majestueuse de son
patron, reproduite sur le mur intérieur d'une des
salles de Sebua, que le célèbre Lepsius a repro-
duite dans son magnifique ouvrage sur l'Egypte?
L'évocation solennelle de Dieu, après l'heure
suprême, quand l'âme regrettée est dans le sein
de l'Eternel, a quelque chose de saisissant ;
écoutez l'égyptien de Wadi Gazai et vous sen-
tirez votre âme attendrie et votre main prête à
graver le nom de Dieu sur le roc de la montagne :
£V ZoXtTOIO A-
x.ai Ix/.'jjS £V 70-
OvSl.ry 70J I-
o<-y/r:vj-y. ava- "w swrivM.
Cette inscription, comme toutes celles que nous
avons rapportées ici et ailleurs, est précédée du
signe de la croi.x, signe de triomphe de l'éter-
nelle vérité chrétienne.
Le juif du reste aussi gravait, dans les temps
antiques, ses aspirations sur la pierre. Nous lisons
en effet parmi les inscriptions grecques appor-
tées d'Egypte par Lepsius (n^ 144) cette excla-
mation :
W- ù-fj y.i'jz,
Atovjitoj
loj'jzio;
PH. VAX DER HAEGHEX.
ecrcursion De la GilDc Qc St=Jluc et De
St=Tbomas.
E 24 août dernier, les membres de la
Gilde, amenés par les trains partis de
tous les points du pays, se trouvaient
réunis à Dinant, assurément la ville la
plus pittoresque des bords de la ]\Ieuse. Après
un joyeux repas pris en commun dans l'une des
vastes salles du collège de Belle- Vue, la nom-
breuse société, — on était près de soixante-dix
membres — prenait le train, afin de se rendre à
Hastière pour y visiter l'ancienne église du prieuré,
par laquelle, suivant l'ordre du jour, devaient
commencer les études projetées pour l'excursion.
L'ancienne église du prieuré d'Hastière, dépen-
dant de la célèbre abbaye de Waulsort, située sur
la rive droite de la Meuse, offre à l'archéologue
un intéressant sujet d'observations. Actuellement
cette église présente un singulier mélange de
ruine et de rénovation. L'édifice est divisé en
deux parties à peu près égales, par un mur de
refend ; la moitié occidentale sans usage mainte-
nant, abandonnée, le sol éventré, les baies des
fenêtres ouvertes à tous les vents, est divisée
REVL'H DE l'art CHRÉTIEN.
1885. — 4'"'-" LIVHAISJN.
496
Eeuue De rart cbrcticn.
cil trois nefs par de robustes piliers carrés.
Elle semble bien, dans tout ce qui est demeuré
debout, remonter à l'époque de Rodulphe,
1033- 1055, — neuvième abbé de Waulsort, après
avoir longtemps été prieur d'Hastière, — et qui,
suivant des données authentiques, fut le cons-
tructeur de cette église. De l'autre côté du mur,
vers l'Orient, s'étend la partie de l'ancienne
église encore consacrée au culte, à titre de cha-
pelle annexée à la paroisse d'Hastière-Lavau.x
qui se trouve de l'autre côté de la rivière. Dans
cette portion du monument, des travaux de res-
tauration qui se font sous la direction de M.
l'architecte \'an Assche, ont amené récemment
plusieurs découvertes assez remarquables. C'est
ainsi que l'on a retrouvé et déblayé avec beau-
coup de soin, tout au devant du chœur de l'église,
bâti en 1264, par l'abbé AUard d'Hierges, une
crypte remontant à une haute antiquité, sans
aucun doute, et sur la suppression de laquelle on
n'a aucun renseignement historique. L'opinion
la plus admissible est que cette cr}-ptc aurait été
comblée au XIIL' siècle, lors de la construction
du nouveau chœur. Au-dessus de la crj-pte et
correspondant à sa disposition, se trouve l'arc-
doubleau, aujourd'hui dans un état voisin de la
ruine, qui limitait du côté de la nef, le chœur en
cul de four de l'église bâtie par l'abbé Ro-
dulphe. De nombreux restes de peintures mu-
rales, malheureusement fort oblitérés aujourd'hui,
donnent un intérêt particulier à cet ancien
arc triomphal du chœur. Il résulte des études
faites par un confrère de la Gilde qu'au-dessus de
cet arc, de même que le long des murs goutte-
rots de l'église, il régnait autrefois, immédiate-
ment en dessous du plafond en bois qui couvrait
les nefs, une litre composée d'un de ces méandres
en forme de grecque, à rubans compliqués,
comme on les rencontre si fréquemment dans les
peintures murales du Xî'^ et du Xll'^ siècle. Des
deux côtés de la retombée de l'arc triomphal se
trouve une figure, plus grande que nature, tenant
un phylactère de dimensions énormes. La figure
du côté de l'évangile est la mieux conservée des
deux. Elle est peinte en tons clairs, draperies en
blanc rompu, se détachant sur un fond bleu-clair,
entouré d'un large champ vert, comme dans
certains émaux de la même époque; la tète est
nimbée, le visage barbu, et sur le phylactère on
lit encore distinctement : l/i principio crcavit Dcus
celuni et terrain. On peut lire aussi, sur le phylac-
tère tenu par la figure qui, du côté de l'épître fait
pendant à la première: /«/;7;/«//o erat verlnim
peut-être l'artiste a-t-il voulu mettre ainsi en
regard Moïse et saint Jean l'évangéliste, l'Ancien
et le Nouveau Testament, comme l'a fait souvent
l'art de cette époque. On peut encore lire au-
dessous de ces figures, les fragments d'une légende
qui contournait l'arc triomphal commençant
par ces mots Deits oinni... doatit vcri... t... omnia
fada. Il est à regretter que les peintures murales
qui forment le décor du plat de l'arc-doubleau
aient trop souffert pour être même partiellement
reconstituées; quelques détails dénotent qu'elles
devaient être très intéressantes. La ferronnerie de
l'une des portes, l'ancien narthex et la chapelle
qui, à l'étage, se trouvait au-dessus de celui-ci,
fixèrent tour à tour l'attention des confrères,
ainsi qu'un musée formé des débris de l'ancien
prieuré que le voisin immédiat de l'église a eu le
bon esprit de recueillir: chapiteaux, bases, colon-
nettes, sculptures, fragments de dallage, rangés
le long des chemins d'un jardin dont les fleurs et
la luxuriante végétation forment un pittoresque
contraste avec ces mille débris, dont il serait
difficile parfois de retrouver la place et les fonc-
tions primitives. Ce qui intéressa particulière-
ment les confrères, ce fut l'ancienne crypte dont
la disposition générale s'accuse clairement, et
dont les murs couverts de nombreux ^/rt^V/, — ■
inscriptions, sigles et dessins, — ne sont pas aisés
à déchiffrer, mais dont les plus distincts sem-
blent bien avoir été incisés dans le mortier au
XIII<= siècle.
Lorsque la Gilde fut rentrée â Dinant, les
observations échangées sur l'église d'Hastière,
firent les principaux frais de la séance. La
manière de restaurer et de conserver la crypte,
le parti à tirer des découvertes récentes, sont les
points les plus difficiles de la restauration en voie
d'exécution, qui doit s'étendre aux deux por-
tions de l'église actuellement séparées et qu'il
s'agit de réunir de nouveau. Un membre de la
réunion, M. .Vrth. \'erhaegcn, proposa de ne pas
toucher à la crypte mais, l'entourant d'un gril-
lage, de la conserver dans son état actuel plutôt
que de tenter une restauration toujours très
problématique et qui, dans l'état où se trouve
jl5ou\3cUcs et S0élano:cs.
497
aujourd'hui le monument serait hérissée de diffi-
cultés presque insurmontables. Cette solution
sembla réunir le suffrage de la plupart des mem-
bres présents à la séance; elle paraît d'ailleurs
d'autant plus rationnelle que, même en retran-
chant à l'usage du culte la place occupée par la
crypte, l'église restera encore beaucoup trop
spacieuse pour la petite communauté de fidèles
qui viendra y assister aux cérémonies religieuses.
La journée du lendemain devait être bien
remplie; aussi vers six heures les rares dinantais
deboutàcette heure, pouvaient-ils voir défiler dans
les brumes du matin la caravane archéologique
distribuée dans tous les carrosses et carrioles —
dont le génie fécond en expédients du propriétaire
de r Hôtel des Postes avait pu réunir l'intéressante
collection, — longer, au grand trot de leurs che-
vaux, la rive gauche de la Meuse et, passant par
l'historique petite ville de Bouvignes, gagner les
bords de la Molignée. Il s'agissait en effet d'arri-
ver à neuf heures à l'abbaye de Maredsous, à
temps pour assister à la j\lesse conventuelle qui,
cette fois, devait être chantée par les PP. Béné-
dictins à l'intention des membres de la Gilde,
défunts et vivants. Après un trajet de plusieurs
heures sur un chemin qui suit presque constam-
ment le cours sinueux de la Molignée, bordée
tantôt de roches abruptes, tantôt de riantes
prairies garnies de bouquets d'aulnes et de
saules, on aperçut bientôt, sur les hauteurs domi-
nant de loin le village de Sausoye, l'austère profil
de l'abbaye de Maredsous, où déjà le son des
cloches annonçait la Messe conventuelle.
L'abbaye de Saint-Benoît à Maredsous, de
construction récente et «déjà célèbre», comme
s'e.xprime un guide aux environs de Dînant, a
été fondée en 1872, par les moines bénédictins
de la Congrégation de Beuron. Les travaux de
fondation furent commencés au cours même
de l'hiver de 1872- 1873, la première pierre du
monastère fut posée le 20 mars 1873. Les bâti-
ments claustraux étaient habitables dès 1S76 et
l'église abbatiale fut consacrée en 1881. Déjà
S. S. Léon XIII avait érigé le nouveau prieuré
en abbaye par décret, en 187S.
Les constructions abbatiales forment un vaste
quadrilatère de 87"',50 à l'extérieur, dont le côté
septentrional est occupé par l'église. Sur les trois
autres façades s'étendent les bâtiments claustraux.
Les cloîtres sont établis, comme c'était géné-
ralement l'usage chez les Bénédictins, au midi de
l'église abbatiale. Une construction imposante,
formant ressaut à angle droit sur la façade
méridionale, est affectée au rez-de-chaussée, au
réfectoire, et à l'étage, à la bibliothèque.
L'église abbatiale, consacrée sous le vocable
de Saint-Benoît, est divisée en trois nefs par de
robustes piliers que couronnent d'élégants chapi-
teaux à crochets. Toute sa disposition de même
que son ornementation dont la sculpture décora-
tive est exclue, est d'une sévère grandeur. Le
chœur dirigé vers l'Orient se termine carrément;
il est éclairé par une fenêtre à triples lancettes,
surmontées d'une rosace. Les trois nefs, les tran-
septs et le chœur sont couverts de voûtes en
bardeaux, où le ton chaud du bois de sapin est
heureusement relevé par une polj-chromie sobre
et intelligente. Une crypte fort spacieuse s'étend
sous le chœur et les bas-côtés. — Conformément
au plan, trois tours dont deux flanqueront l'entrée
de l'église à l'Occident, et dont la troisième
s'élèvera à l'intersection de la nef et du chœur,
compléteront l'abbatiale dont la construction est
achevée à l'intérieur. Une seule des tours occi-
dentales est bâtie aujourd'hui. Tel est l'édifice que
les confrères de la Gilde venaient visiter. Si l'on
se rappelle que les plans de cet ensemble sont dus
à M. le baron Béthune, président de la Gilde, et
que chaque détail presque a été conçu et dessiné
par lui; que,d'autre part c'est à l'esprit de sacrifice,
à la pieuse générosité d'un autre membre de la
Gilde et de sa famille que l'on doit les ressources
considérables qui ont rendu possible la réali-
sation par la pierre des roches de ce rêve monu-
mental ; si enfin on se souvient que bon nombre
de confrères ont concouru par leur travail, mais
toujours inspirés par le maître de l'œuvre, à
l'ornement de ce sanctuaire bénédictin, on com-
prendra peut-être de quels sentiments étaient
animés les visiteurs qui, ce jour-là venaient
troubler la paix et le silence habituels aux
habitants de ces cloîtres. On comprendra ces
sentiments mieux encore si l'on se souvient que
plusieurs des jeunes confrères de Saint-Luc ont
entendu, peut-être, au milieu des joyeuses études
faites en commun, les mystérieu.x appels aune
498
iRctiuc Dc rart cîjréticn.
vocation supérieure et sont venus revêtir a
l'abbaye deMaredsous la coule du bénédictin et
)• embrasser les perfections d'une vie entièrement
consacrée à Dieu. C'est l'un d'entre eux qui
devait ce jour-là monter à l'autel pour offrir, à
l'intention des membres de la Gilde, le sacrifice
divin.
La Messe fut chantée en plain chant avec
accompagnement de l'orgue. L'espace nous fait
défaut et notre plume est inhabile à rendre les
impressions des assistants à cette messe, où tout
était à l'unisson. La grandeur et la beauté du
temple; la solennité extrême de l'Office, ces
religieu.x officiant devant cet autel à ciboriuui
entouré de courtines, revêtus eux-mêmes de la
chasuble et de dalmatiques à formes amples,
comme nous les voyons dans les peintures des
maîtres du moyen âge ; cet incomparable chant,
vraiment liturgique celui-là, et qui semble faire
écho au.x chants des anges ; ces charmants aco-
lytes si nombreux et si pénétrés de leurs saintes
fonctions, tout semblait d'accord pour pénétrer
l'âme et lui donner un avant-goût des joies de la
Jérusalem céleste. Après l'Office conventuel, la
Gilde, guidée par le Rév. Père Prieur, visita
l'ensemble du monastère. L'examen détaillé de
l'église abbatiale, de ses autels, des broderies
magnifiques qui décorent Yantepeiidiinn de l'au-
tel majeur et les ornements sacerdotau.x, —
dus au travail et au talent d'une dame qui
s'est fait de la broderie liturgique une ravis-
sante spécialité, et qui aurait pu acquérir une
véritable célébrité, si, à la fois son rang et son
humilité ne s'opposaient à une publicité quêtant
d'autres recherchent; — la visite du trésor déjà
considérable, comprenant les reliquaires et les
vases sacrés de la sacristie, une promenade dans
les cloîtres, le réfectoire et les dépendances de
l'abbaj'c, absorba une bonne partie de la matinée.
Au moment d'entrer dans la bibliothèque, un inci-
dent aussi charmant qu'inattendu devait marquer
tout particulièrement dans les joies de cette jour-
née, où tout paraissait se concerter et se combi-
ner, pour élever l'esprit et réjouir le cœur des
visiteurs du monastère. Mgr Mermillod, l'illustre
évêque de Genève, l'Apôtre dont bonne partie
de la chrétienté connaît la parole vibrante et
toujours inspirée, était là. — En route pour aller
présider le Congrès eucharistique de l'ribourg.
Mgr Mermillod ne devait passer qu'un petit
nombre d'heures à l'abbaye et par la plus heureuse
coïncidence, ou plutôt par une disposition de la
Providence, particulièrement favorable ce jour-
là à la Gilde, ce petit nombre d'heures était
précisément celui que notre ordre du jour avait
fixé pour la visite de l'Abbaye de Maredsous.
M. le baron Bethune présenta chacun des
membres à Sa Grandeur qui trouva un mot gra-
cieux pour tous ceux qui, à un titre quelconque,
lui étaient connus. Après cette présentation, sur
l'invitation du président, on fit cercle autour de
Mgr Mermillod qui voulut adresser à la réunion,
une de ces allocutions dont peuvent deviner la
portée ceu.x qui ont eu le bonheur d'entendre
l'orateur de la chaire chrétienne le plus fécond
et, à juste titre, le plus célèbre parmi nos contem-
porains. Rien de plus encourageant pour les tra-
vaux et les efforts de la Gilde que cette parole à
la fois paternelle et élevée, 'orillante et grave, qui
sut tirer les rapprochements les plus heureux de
cette rencontre au milieu des grandeurs et des
austérités de la vie monacale, dans un monument
où tout était inspiré par les traditions de l'art
catholique et oii une grande œuvre, réalisée par
le président de la Gilde et son école, permettait
déjà de mesurer la fécondité des principes qui ser-
vent de lien entre les membres de l'Association.
Nous regrettons qu'aucun sténographe ne fût là
pour recueillir les paroles du prélat sur l'impor-
tance de l'Ordre bénédictin, de la vie consacrée
à Dieu, à l'étude et aux arts, sur le rôle considé-
rable que l'esprit de prière, d'austérité est appelé
à jouer encore dans la société moderne, sur la
beauté de la mission de l'artiste appelé à rendre
gloire à Dieu par sa vie et par ses œuvres. —
Nous ne chercherons pas à donner une analyse
qui ne pourrait être que pâle et décolorée
de ce discours qui laissa l'impression la plus
profonde dans l'esprit de tous les auditeurs. —
Après quelques mots de remerciments chaleureu.x
du président, on prit congé provisoirement de
Mgr Mermillod qui devait se rendre à l'église
abbatiale, en compagnie du Révérendissime
Abbé, Dom VVoIter qu'une coïncidence également
heureuse, ramenait au monastère après un long
voyage. On allait au surplus se revoir au dîner,
car au nombre des vertus chrétiennes qu'exercent
par tradition comme par précepte les religieu.x
jRoiiucUcs et mélanges.
499
bénédictins, se trouve aussi l'hospitalité ; les
excursionnistes qui, depuis leur arrivée, passaient
pour ainsi dire d'une joyeuse impression à l'autre,
devaient faire, dans peu d'instants, une bien
douce expérience de l'observation, à Alaredsous,
de cette séculaire et chrétienne tradition. Après
une visite au jardin, des alentours immédiats et
du collège, car — autre tradition bénédictine —
une école abbatiale est annexée au monastère
— on se rendit au réfectoire de ce collège, dont
les vastes constructions témoignent déjà d'une
grande prospérité.
Le dîner était présidé par le Révérendissimc
Abbé, Dom Wolter ; il avait à sa droite Mgr
l'évéque de Genève, à sa gauche M. le baron
Béthune. Le diner était servi par les Pères,
sous la direction du R. P. Prieur, et avec l'aide
de Frères de l'abbaye. Beaucoup de nos confrères
prenaient pour la première fois leur repas dans
des conditions où la grâce et la simplicité de
l'accueil étaient unies dans une aussi large mesure,
aux chrétiennes grandeurs de la vie monastique.
De tous les cœurs se dégageaient les sentiments
de la plus joyeuse fraternité, d'une satisfaction
entière après les émotions de la matinée. Nous
ne chercherons pas à résumer ces sentiments qui,
naturellement, se manifestèrent dans les toasts
vraiment éloquents prononcés au dessert; toast
du Révérendissimc Abbé à Mgr Mermillod et au
Président de la Gilde; réponse de ce dernier, oij
il fit connaître aux confrères que ces deux émi-
nents prélats avaient voulu être associés à titre de
Membres honoraires à la Gilde; toast très étendu
et magnifique de Mgr Mermillod, — enfin toast
de M. le chanoine Delvigne au Rév. P. Prieur,
Dom de Kerchove, aux soins et à la gracieuse
sollicitude duquel la Gilde devait l'accueil si
splendide et si cordial qu'elle avait reçu — tous ces
discours furent salués des acclamations et des
applaudissements les plus chaleureux par la
société tout entière. Mais les moments les plus
heureux passent et passent rapidement. Après
une très courte promenade, la société se réunis-
sait de nouveau dans l'un des auditoires du Collège
pour une séance qui nécessairement devait être
courte aussi, car déjà s'avançait l'heure des vê-
pres conventuelles; les excursionnistes voulaient
y assister, et leur départ devait se faire immé-
diatement après cet office.
Dans cette séance, M. le Président profita de
la présence de M. le chanoine Reusens, obligé de
quitter la Gilde le lendemain, pour prier ce der-
nier de donner quelques renseignements sur les
monuments de l'émaillerie et de l'orfèvrerie que
l'on verrait, le surlendemain, dans le Musée de
Namur, au trésor des sœurs de Notre-Dame
et à celui de la cathédrale. M. le professeur
Reusens s'empressa de déférer à ce désir. Il
compléta les notions données, l'année dernière, à
Trêves, sur l'art de l'émaillerie, et donna quel-
ques indications sur la technique, en partie
inconnue encore, des monuments primitifs de
cet art dont le Musée de Namur fournit d'inté-
ressants exemples en assez grand nombre. Il
chercha à caractériser ensuite le style spécial des
œuvres de l'orfèvrerie aux bords de la Meuse,
style dont les travaux du frère Hugo, l'auteur
des pièces les plus remarquables conservées au
trésor des sœurs de Notre-Dame, sont assurément
les monuments les plus marquants et les plus
dignes d'étude.
Outre leur mérite hors ligne, comme concep-
tion et comme travail, ces monuments ont encore
au point de vue des études archéologiques, le grand
avantage d'être signés pour la plupart et datés.
Le frère Hugo d'Oignies est un chef d'école qui,
sortant dévoies battues, inaugure une manière de
travailler qui lui est propre. Pour la décoration
de ses chefs-d'œuvre, il renonce très généralement
aux émaux dont les orfèvres de son époque étaient
si prodigues ; il ne s'en sert, au contraire, qu'excep-
tionnellement et en très petite quantité. — C'est
par le dessin, la ciselure, les nielles, — c'est sur-
tout par la riche et délicate végétation, obtenue
par de petites feuilles étampées à l'avance, soudées
ensuite à des tigcllcs, qu'il donne à ses travaux
le cachet de rare élégance qui les distingue. Dans
les rinceaux se jouent des figurines d'hommes et
d'animaux, se meuvent des chasses que plusieurs
auteurs reconnaissent comme symboliques; — à
côté de ces éléments décoratifs, frère Hugo intro-
duit des plaques où des figures dessinées avec
son talent supérieur, se détachent des nielles,
qui donnent à l'ensemble un aspect précieux
et doux à l'œil — effet que ne produisent pas
toujours les œuvres plus vo}-antes de l'émail-
lerie — Mais l'heure des vêpres a sonné, il
n'est plus temps, comme c'est de tradition dans les
500
ïRctiuc Dc I'3rt chrétien.
séances, de faire les observations sur les monu-
ments visités; M. le président profite cependant
encore des quelques instants qui restent et de la
présence du Révérend P. Prieur, pour exprimer
à ce dernier toute la gratitude de la Gilde pour
l'accueil inoubliable reçu à Maredsous. — • Le P.
Prieur répond en excellents termes, invitant la
société à terminer la visite faite à l'Abbaye,
comme elle l'a commencée, c'est-à-dire, par la
prière, et sur ces paroles les confrères se rendent
à l'église. Après l'Office on prend encore congé
des RR. PP. Bénédictins dont plusieurs recon-
duisent les membres jusqu'à leurs voitures.
Les voitures reprennent le chemin parcouru le
matin. Mais le soleil brillant, haut à l'horizon, a
eu raison des brouillards qui se dégageaient alors
des eaux limpides de la Molignée, et l'on peut
admirer dans toute leur étendue, les sites ravis-
sants qui, tour à tour, se montrent et disparais-
sent à chaque tournant de la route. Bientôt la
caravane est arrivée dans une vallée particulière-
ment pittoresque, dominée par une roche escarpée
sur laquelle s'élèvent, encore considérables dans
leur silhouette, les ruines du château de Montaigle.
— Les voyageurs descendent de voiture pour les
visiter, sous la direction de deux guides particu-
lièrement expérimentés MM. Delmarmol et
Bequet.Ce dernier a fait d'ancienne date une étude
minutieuse, non seulement des ruines du château,
mais encore des archives et documents qui se
rapportent à son histoire. Il donne à ses confrères
des renseignements précis sur les différentes
constructions dont ils ont les restes sous les yeux
et sur leur affectation alors que le château de Mon-
taigle était un fort redoutable et redouté, plusieurs
fois assiégé et vigoureusement défendu jusqu'en
1554. Cette courte visite est ainsi rendue aussi
instructive qu'elle pouvait l'être.
Cependant le soleil s'abaisse dans son cours et
il s'agit d'atteindre, avant la nuit, l'église de
Bouvignes où notre visite est attendue par le
vénérable pasteur de cette petite ville, autrefois
l'émule de Dinant, les fondeurs de cuivre y
exerçant la même industrie à laquelle cette
dernière cité a donné son nom. On assure que
sous le règne de Charles V on y comptait
encore 253 maîtres-batteurs de cuivre. C'est à ce
moment, à l'apogée de sa prospérité, qu'elle
tomba, assiégée par la puissante armée comman-
dée par Henri II, roi de France, et que se passa
l'acte mémorable par lequel trois dames héroïques
firent autant pour la célébrité de Bouvignes,
que toutes les générations de batteurs de cuivre.
Le respectable curé vint au-devant de nous, et,
en entrant dans l'église aux accords de l'orgue,
la troupe d'archéologues n'eut qu'un regret,
celui d'y être arrivé à une heure aussi avancée. M.
le curé avait fait placer dans l'église les différents
ornements que l'on y conserve. Une belle chape,
une chasuble et deux dalmatiques en magnifique
brocart de l'époque bourguignonne, avec ses
grands dessins à types de pommes de grenade
ou d'ananas, fixèrent d'abord l'attention de ceux
des membres de la Gilde qui s'adonnent à l'étude
des tissus. Un autre ornement, dont les parements
sont ornés de figures brodées, également du milieu
du XV« siècle, mais dont malheureusement les
broderies ont subi une restauration qui n'est pas
toujours judicieuse, offre un caractère particulier
et fort intéressant. Ailleurs les orfèvres et les
dessinateurs entourent deu.x jolies statuettes-
reliquaires de la Sainte Vierge et de saint Lam-
bert, une croix à double traverse de la fin de XV"^
siècle, dont le pied présente sur différents écus-
sons, les armes de la maison de Châtillon. Tous
ces objets devaient être envoyés à Dinant, où un
orfèvre-émailleur de la Gilde qui est doublé d'un
excellent phothographe, M. Wilmotte, les récla-
mait pour les soumettre à l'action magique de
son appareil. Les architectes enfin étudiaient dans
la sacristie de beaux chapiteaux à crochets du
XlIIe siècle, dans l'église un retable de la fin du
XVl^ siècle, encore vivant des traditions de la
période antérieure. On n'oublia pas, dans le chceui,
un lutrin-pélican, dernier reste de l'industrie
locale malheureusement mutilé et dont le pied
est relativement moderne. Les ombres de la nuit
survenaient, et c'est bien à regret que les confrères
durent renoncer à l'e.xamen de l'ancien chœur,
séparé aujourd'hui du reste de l'église et converti
en une sorte de magasin. On se sépara aussi bien
à regret de M. le curé qui avait mis une obli-
geance si aimable à faire les honneurs du temple
dont il est le ministre et des curiosités archéolo-
giques dont il est le gardien zélé et soigneux.
En sortant de l'église, l'ob.scurité se faisait
moins sentir et au crépuscule les confrères admi-
rèrent encore l'aspect jMttoresque de la place, oïi
BouueUcs et Q^clangcs.
501
une jolie et importante maison de style de la
Renaissance, et qui sera prochainement l'hôtel
de ville, marie le groupe de ses pignons avec le
chœur et la tour de l'église. — Cet ensemble est
dominé par la ruine du château, encore fièrement
campé sur son rocher, que le touriste aperçoit
au loin, soit de la Meuse, s'il voyage en bateau à
vapeur, soit du chemin de fer, s'il préfère ce
moyen de locomotion rapide. Quant à nous, nous
regagnâmes nos voitures qui, en peu de minutes,
nous ramenèrent à Dinant, notre point de départ;
toute la troupe ne tarda pas à gravir les hauteurs
du collège de Belle- Vue, où un joyeux et confor-
table souper répara les forces des voyageurs,
tous un peu fatigués, mais tous aussi heureux
de la journée qu'ils venaient de passer ensemble.
Le lendemain 26 août, le programme était de
nouveau d'un ordre bien différent de celui de
la veille. Si, en visitant l'abbaye de Maredsous,
on avait vu réalisé déjà dans une certaine mesure,
les espérances des membres de la Gilde, on allait
dans l'excursion de ce jour, éclairé dès l'aurore
des splendeurs d'un soleil d'août sans nuages, se
récréer aux beautés de la nature souvent sauvage,
parfois riante, en parcourant les bords de la
Lesse. On allait toucher aux origines mêmes de
l'histoire du pays en mettant les pieds sur un
camp Belgo-Romain, visiter une église romane
avec deux cryptes, parcourir le royaume des pre-
mières populations autochthones restées sans his-
toire,côtoyer leurs demeures inaccessibles dans les
cavernes des rochers et que, longtemps après eu.x,
l'imagination des naïves populations de ces con-
trées peuplait encore de Niitoiis et de Soltais,
esprits tour à tour bienfaisants et malins, mais
dont le voisinage était généralement peu redouté.
C'est de bonne heure encore que se forment, à
l'hôtel des Postes, les nombreuses carrossées. Mais
cette fois, passant sur le pont de la Meuse, on
allait gagner la rive droite du fleuve; sortant de
la ville et d'une sorte de faubourg par la porte
formée par la nature, dont la roche Bayart, —
aiguille effilée détachée par la main de l'homme
de la lame rocheuse à laquelle elle appartenait
autrefois, — est l'immuable sentinelle. La ca-
ravane tourna brusquement vers l'Est, remon-
tant la route de Neufchâteau, pour atteindre
au riant village de Celles. Cette jolie agglo-
mération de maisons, dominées par les collines
boisées des environs, groupées de la manière
la plus pittoresque autour de l'église Saint-
Hadelin, doit, dit-on, son origine aux cellules
que le saint Patron de ce sanctuaire y â élevées
pour servir de refuge à ses compagnons, vers
le milieu du VII<= siècle. Un monastère s'y
éleva et fut doté par Pépin de Herstal. Plus tard
un chapitre de douze chanoines remplaça la mai-
son bénédictine; mais ce chapitre, après quelques
siècles, dut à son tour abandonner la place, étant
constamment molesté par les seigneurs des
château.x environnants et par leurs avoués. Ils
émigrèrcnt à Visé, petite ville située sur la Meuse
à 3 lieues en aval de Liège, emportant avec
eux la châsse de leur saint patron, — oeuvre d'art
bien remarquable qui a été l'objet de l'étude
et de l'admiration des archéologues, lors de l'ex-
position de l'art ancien organisée à Liège en 1881.
Bien que l'église de Celles ait eu à subir, il y a
une trentaine d'années, une restauration peu
intelligente, elle présente beaucoup d'intérêt.
C'est un édifice de style basilical, divisé en trois
nefs par des piliers carrés surmontés d'une simple
moulure. L'église est couverte d'un plafond
en bois, à part le chœur voûté en cul-de-four.
Sous ce chœur se trouve une crypte, également
divisée en trois nefs, dont les voûtes reposent
sur quatre piliers carrés et quatre colonnes enga-
gées. On a accès à la crypte par des escaliers
s'ouvrant sur les transepts. Une autre crypte se
trouve sous la tour; il n'_\- a pas de fenêtre, mais
au côté de l'Est, il existe dans le mur une sorte
de niche oblongue, vis-à-vis de laquelle une porte
communique avec un étroit passage souterrain.
L'église Saint- Hadelin est remarquable encore
par le nombre d'objets intéressants pour l'archéo-
logue qui s'y trouvent : stalles en bois de chêne,
lutrin en pierre du XIIL' siècle, encastré dans le
mur occidental du chœur pour recevoir le livre
des Évangiles ; pierre tombale de la famille de
Beaufort d'une riche composition en bas-relief,
portée par quatre figurines à genoux ; deux
pierres tombales gravées, des fonts baptismaux,
un bénitier, la statue en bois de saint Hadelin,
représenté en costume sacerdotal, — tous ces
détails furent successivement étudiés et notés
par les confrères de la Gilde. Il fallut quelques
efforts pour arracher les dessinateurs à leurs
50^
Ectiuc De rart ci) rétien.
croquis, les archéologues aux notes qu'ils étaient
occupés à recueillir, les architectes à leurs études ;
encore y eut-il des retardataires, lorsque le gros
de la troupe remonta en voiture pour prendre le
chemin des hauteurs où s'étend le camp romain
de Furfooz. Dans le bataillon sacré de la Gilde,
ce sont souvent les soldats indisciplinés qui
emportent le plus ample butin et les traînards qui
font le plus de conquêtes. — Cependant on se met
en route par les chemins les plus périlleux pour
les chevaux, mais le plus délicieusement pitto-
resques qui se puissent imaginer. Du haut des
impériales, comme nos premiers parents, nos
voyageurs, dans un paradis terrestre, sont tentés
par les pommiers des vergers, dont les branches
lourdement chargées de fruits viennent, pour
ainsi dire, se mettre sous la main des maraudeurs.
Mais voici le château de Celles, ou plutôt de
Vêve appartenant au comte de Liedekerke-
Beaufort, dont le vaste domaine comprend quinze
cents hectares de cette charmante contrée. —
Cette demeure féodale du XV'= siècle, qui domine
une colline entourée de bois, fièrement flanquée
de ses quatre tours surmontées de flèches, appa-
raît au premier abord comme un manoir, encore
habitable, parvenu intact presque, à notre géné-
ration.— On quitte les véhicules pour aller le
visiter; la porte toute bardée de fer, est grande-
ment ouverte et rien ne s'oppose à l'invasion de
la forteresse. Bientôt la société s'éparpille dans
tous les appartements, abandonnés à un regret-
table état de ruine dont les progrès se constatent
partout. Si l'on ne se hâte de venir à la rescousse
de cette intéressante demeure, le temps, les
frimas de l'hiver et les vents de l'automne en
auront bientôt raison. Cependant elle est habitée
encore par quelque garde invisible. Un feu
flambe dans l'àtre de la cuisine, et sous le vaste
manteau de la cheminée, on voit scellée au mur
une crémaillère monumentale, à laquelle est sus-
pendu — oh! anachronisme! — un chaudron de
pommes de terre. La crémaillère est un objet
d'art, où suivant le précepte des anciens, l'agréable
se joint à l'utile. Un délicat rinceau est guilloché
sur la barre puissante qui a tenu sur un feu trans-
formateur les aliments de tant de générations
passées ! Un poisson symbolique, dessiné avec
style, décore l'extrémité de la crémaillère qui va
s'engager dans le gond sur lequel elle tourne.
C'est une véritable pièce de musée, aussi nos
jeunes artistes prennent un estampagedu poisson,
mesurent exactement ce meuble culinaire et
dessinent le décor gravé. Ce modèle ne sera point
perdu pour les générations futures. Si, ami lec-
teur, vous avez jamais besoin d'une crémaillère
de grand style, adressez-vous à moi, je vous
dirai l'artiste capable de vous satisfaire. Mais
voici que d'autres confrères ont fait à l'étage une
nouvelle trouvaille! Vous avez peut-être souvenir
que, dans la 4""= liv. de la Revue de l'Art chrétien,
année 1883, on demandait, page 621, quelle est
la date la plus reculée que l'on puisse attribuer
aux plaques en fonte de fer qui autrefois garnis-
saient le fond de l'âtre de la plupart des chemi-
nées? Dans une des pièces de l'étage se trouve
un de ces contre-cœurs, — c'est le nom propre de
ces sortes de plaques — qui pourrait bien remon-
ter au XV*^ siècle. Le décor est formé par deux
zones de trois figurines, qui se répètent, sauf la
disposition, et qui sont encadrées dans des
niches ogivales d'assez bon style. Les figurines
représentent la Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste
et saint Jacques; le blason des Beaufort s'y
trouve répété quatre fois. La plaque de fonte a
donc été faite pour ce château et sans doute dans
le pays ; inutile de dire que l'objet est dessiné,
mesuré à la hâte; — il faut remonter en voiture.
On ne tarde pas à en descendre de nouveau,
car les hauteurs du camp romain de Furfooz ne
sont pas accessibles aux équipages du XIX*-'
siècle, et même pour le piéton, l'ascension est
parfois périlleuse. Il faut longer pendant quelque
temps la crête des rochers qui, d'un côté
surplombent un abîme, tandis que de l'autre ils
sont bordés par un versant qui descend par un
plan étendu et escarpé vers le fond où coule un
ruisseau; ce versant est couvert d'une herbe
sèche, courte et tellement glissante qu'à chaque
pas une chute, dont les conséquences peuvent
être fatales, est à redouter; aussi, quelques grim-
peurs ont ôté leur chaussure pour avoir le pied
plus assuré. D'autres se sont mis au service de
quelques ecclésiastiques jilus âgés ou moins
ingambes, incapables d'avancer. Pour ceux-ci
la situation devient particulièrement critique
lorsqu'il s'agit de remonter la dernière déclivité,
le glacis naturel bordant, dans une partie de sa
longueur, le plateau sur lequel était assis le camp
j^outiclUs et ei9cl anges.
503
romain. Ici, l'organisation d'un sauvetage devient
nécessaire : Une vingtaine de jeunes et robustes
membres de la Gilde, se tenant par la main, for-
ment une chaîne; les plus forts demeurant sur la
hauteur, le dernier au bas du glacis tendant une
main secourable au confrère en détresse. —
Celui-ci, solidement empoigné, toute la chaîne se
met en mouvement, dans le sens ascensionnel,
et cette irrésistible traction ne manque jamais
d'amener sur le plateau le confrère qui, aban-
donné à ses propres forces, désespérait déjà de
s'élever à cette altitude. Une dizaine de chrétiens
sont ainsi hissés dans le camp païen, au moyen
d'un ascenseur humain, et l'arrivée de chacun
d'eu.x en lieu sûr est saluée par des hourras
formidables, répercutés au loin par les gorges, les
vallons et les antres des rochers qui, sans doute,
n'en avaient plus entendu de semblables, depuis
que les troupes romaines ont abandonné ce
plateau solitaire.livré aujourd'hui aux genévriers,
aux ronces et à l'arbrisseau épincuK (7'acdjiùan)
qui porte les airelles.
Du camp belgo-romain de Furfooz on ne voit
naturellement plus que l'assiette. Avec un peu
d'étude toutefois, on peut en déterminer le con-
tour extérieur; çà et là des tas de pierres, cou-
verts en grande partie par les fougères, les digi-
tales et les églantiers, accusent encore le dernier
reste des ruines de fortifications construites labo-
rieusement par les conquérants de ces contrées.
La nature éternelle, qui toujours reprend son
œuvre quand l'homme abandonne le sien, a jeté
sur ces débris qui aujourd'hui se confondent
avec le rocher, le voile verdoyant d'une parure qui
se renouvelle sans cesse. La fleur qui croît sur ce
sol aride et sur ces pierres abandonnées, annonce
la bonté et la puissance du Créateur renouvelant
l'œuvre des six jours, et qui reste toujours victo-
rieu.x là où l'homme a passé, oii il a combattu et
où il est oublié. Tout aux confins du camp cepen-
dant quelques pans de murs restent adhérents,
et l'on peut y reconnaître encore l'appareil en
arête de poisson, o/'us spicatutii, si rare dans les
monuments des régions de la Meuse.
La société ne pouvait guère songer, après les
fatigues de la journée déjà subies et à prévoir
encore, à explorer le trou du « Frontal » ni celui
des «Nutons» qui se trouvent dans les environs,
le domaine des études préhistoriques lui étant
d'ailleurs assez étranger. Au point de vue archéo-
logique, on était arrivé au terme de la prome-
nade. Mais il fallait atteindre la ville de Dînant,
dont on devait encore, ce jour-là, voir l'impor-
tante collégiale. Le guide général, M. Bequet,
avait pris ses mesures pour initier les excur-
sionnistes aux beautés du pays, et c'est à une
lieue du camp romain qu'il s'agissait de rega-
gner les voitures par des chemins impraticables
pour celles-ci. Personne ne regretta cette course
sur les bords, et à travers les gués de la Lesse ;
les nombreux incidents de la route ne firent que
mettre en relief les charmes pittoresques de la
contrée, dont la vue ne parut pas achetée à
trop haut pri.x, par quelques efforts et quelques
fatigues, évitées d'ordinaire dans les routes bat-
tues. Le chemin suivi par nos piétons ne l'était
guère, et plus d'une fois bon nombre d'entre eux
dut quitter ses chaussures pour passer la rivière,
heureusement plus large que profonde à certains
gués, bien connus des naturels du pays.
Il était déjà tard à notre grand regret, lorsqu'on
fut de retour à Dînant, et la plupart des
membres qui avaient pris part à l'excursion des
bords de la Lesse se ressentaient des fatigues
inévitables de la journée. L'examen de la collé-
giale de Notre-Dame en souffrit ; ce beau
monument, assurément dans son ensemble le plus
intéressant et le plus digne de fixer l'attention
entre tous ceu.x qui formaient l'objet de l'excur-
sion, ne fut pas étudié avec le soin que l'on y
aurait apporté dans d'autres circonstances.
L'origine de cette église est fort ancienne, on
l'associe même aux premières prédications que
saint Materne fit dans ces contrées. La construc-
tion du monument actuel n'a malheureusement
pas d'histoire. On sait seulement qu'une église
romane a prée.xisté à l'église actuelle qui, dans ses
parties essentielles, accuse le milieu du XIIL'
siècle ; quelques parties de la construction romane
sont encore debout, notamment un porche orné
de sculptures dans les voussoirs de la porte inté-
rieure. Ce porche, qui donnait autrefois directe-
ment dans le transept sud, est bouché aujourd'hui ;
il sert de baptistère, et un petit autel a été placé
contre la porte murée. Sous les fenêtres du
chevet une arcade cintrée présente également
l'un des restes de cette ancienne église. On sait
que le 22 décembre 1226, le chevet de l'église
KEVUE DE l'art CHKÉTIENt
1885. — 4""^ LIVRAISON.
504
IRcu uc De r3rt cfjrcticn.
s'écroula sous le poids d'un bloc énorme.détaché
du rocher granitique qui surplombe le monument,
et dont le voisinage immédiat a nécessairement
empêché l'architecte de développer l'église vers.
l'Orient. Suivant l'historien liégeois Fisen, cette
catastrophe se produisit au moment oîi se
célébraient les obsèques d'un bourgeois notable
de la ville, et trente à quarante personnes auraient
péri dans cette circonstance.
Les voûtes, les bas-côtés, et les fenestrages
portent à l'évidence le caractère de la seconde
moitié du XV'= siècle ; ce sont les parties de
l'édifice consumées en 1466 lors de l'incendie et
du sac de Dinant, sous Philippe le Bon, duc de
Bourgogne, que, six ans plus tard, les chanoines
cherchèrent à relever de l'état de ruines dans
lequel elles se trouvaient. Ces travaux ne furent
achevés que dix ans après. D'autres réparations
se firent au cours des années 1581-1590, et
jusque vers le commencement du siècle dernier.
Mais, peut-être à aucune époque on ne tra-
vailla à l'ancienne collégiale de Dinant avec
autant d'esprit de suite que depuis une vingtaine
d'années. Ces travaux se poursuivent encore
grâce au zèle intelligent de M. le Doyen et de
ses fabriciens, sous la direction de M. l'architecte
Van Assche. Presque tout le mobilier a été renou-
velé : autel majeur, buffet d'orgues, confession-
naux, chemin de croix, banc de communion, tout
cela existe aujourd'hui et a été exécuté dans un
style digne du monument, par les artistes les
plus connus pour leur compétence et par des
travaux de même nature, faits antérieurement
dans d'autres monuments.
Une restauration qui s'imposera nécessaire-
ment dans un avenir prochain, c'est celle des
flèches des deux tours de la façade occidentale.
En effet, la flèche en bois qui se trouve aujour-
d'hui à cheval entre les deux tours, qui a parfois
effrayé les habitants par son inclinaison et plus
souvent égayé les voyageurs par sa forme, n'a pas
été construite pour l'église. — Elle a été faite en
1561 pour couvrir l'hôtcl-de-ville, établi alors sur
le pont de pierre qui reliait les deux rives de la
]\Ieuse. Par une fantaisie assez difficile à expli-
quer, Robert de Bergues, prince-évêque de Liège,
pria les magistrats de changer la destination de la
charpente en voie de construction et de poser
cette flèche sur les tours de la collégiale. Les
magistrats, d'accord avec le conseil de la ville, y
consentirent, et, pour compléter leur œuvre, ils y
ajoutèrent l'horloge, la cloche sonnant les heures
et le carillon. Ces travaux étaient achevés en i 566.
Les conditions dans lesquelles cette flèche aux
formes bulbeuses a été placée, sont donc aussi
bizarres que son aspect et l'assiette sur laquelle
elle est établie. Victor Hugo qui, passant par
Dinant et voyant dans un jardinet des statues
au milieu des fleurs, s'est aperçu « qu'il était en
Flandre », compare le clocher à un immense pot
à l'eau. Ses formes arrondies l'ont plus souvent
fait comparer à une citrouille.
L'église de Notre-Dame est un édifice à trois
nefs de plan cruciforme. Le chœur avec son déam-
bulatoire est d'une disposition aussi élégante que
peu usitée dans les églises des bords de la Meuse.
La décoration sculpturale qui ornait autrefois
l'extérieur de l'église est très remarquable; mal-
heureusement, il est peu de monuments qui aient
eu autant à souffrir du vandalisme révolution-
naire ; toute la statuaire notamment a été mutilée
de la manière la plus stupidement barbare.
A l'extérieur, on voit encore dans le tympan
du portail sud donnant sur la place, la partie
inférieure d'un groupe représentant le couronne-
ment de la Sainte Vierge. Les voussoirs de ce
même portail étaient décorés de figures assises,
représentant les quatre Évangélistes et les douze
Apôtres. Toutes ces figures ont été brisées : elles
sont acéphales aujourd'hui, mais on peut encore
reconnaître la souplesse du ciseau qui les a
taillées,par les draperies et les corps de la plupart
d'entre elles. Ce portail conserve encore quelques
traces de polychromie extérieure. L'entrée prin-
cipale, à la façade de l'ouest, était également
richement décorée des œuvres de la statuaire qui,
dans les ébrasements de la porte, s'étageaient sur
quatre rangs. Aujourd'hui, toutes les niches sur-
montées de riches dais qui abritaient ces figures
sont vides. On voit seulement sur le linteau qui
recouvre les baies géminées de la porte, une arca-
ture où une série de figurines représente la résur-
rection des morts. Ces sculptures se rattachaient
autrefois au thème iconographique traité dans
l'ensemble de la décoration plastique du portail,
qui se rapportait sans doute au jugement dernier.
L'intérieur de l'église a naturellement été
également dévasté a\ec beaucoup de soin par la
jl^ouucUcs et egclangcs.
505
Révolution dont les adeptes répandaient la
lumière dans les régions qu'ils traversaient, par
ces procédés radicalement rénovateurs.
Bien que la séance du soir se ressentît de
la lassitude de la plupart des membres qui y
assistaient, plusieurs questions intéressantes y
furent traitées. Dès la veille, il avait été décidé
que la prochaine réunion de la Gilde se ferait à
Reims et aurait pour objet l'étude des édifices
si remarquables de cette ville et de ses environs.
Plusieurs membres présentèrent ensuite des
observations sur les monuments visités la veille
et au cours de la journée. On regretta que la
dernière restauration de l'église de Celles ait
enlevé le porche de cette intéressante église,
porche qu'un des membres de la réunion se
rappela avoir vu encore ; des regrets furent
également exprimés en ce qui concerne le parti
adopté pour la restauration du chœur, où la
fenêtre orientale dont on reconnaît encore
l'encadrement à l'extérieur, et d'autres fenêtres,
sont restées bouchées, et pour la crypte sous la
tour, dont quelques dispositions ont été modifiées.
— Une récente polychromie de la statue de saint
Hadelin est assez barbare ; ne tenant aucun
compte, ni de la forme, ni de la nature des vête-
ments sacerdotaux dont le Saint est revêtu, elle
enlève à cette sculpture, non seulement sa valeur
au point de vue de l'art, mais encore les enseigne-
ments que l'on peut en tirer. Revenant sur les
monuments visités la veille, quelques remarques
furent échangées sur l'église abbatiale de Mared-
sous, et sur le système de polychromie qu'il
conviendrait d'y adopter. La plupart des membres
qui prirent la parole se déclarèrent très satisfaits
des travaux partiels de cette nature, exécutés
jusqu'à présent, et tous furent d'accord pour
approuver l'excellent effet produit par la peinture
décorative de la voûte en lambrissage, où l'artiste
a tiré un parti fort heureux du ton à la fois riche
et chaud du bois de sapin, laissé dans son état
naturel et qui sert de fond à la peinture décora-
tive. L'heure avancée toutefois ne permit pas
d'examiner à fond cette question importante de
la peinture intérieure du vaste vaisseau de l'abba-
tiale. La même raison aussi ne permit pas à la
réunion de s'étendre sur la collégiale de Dinant.
On exprima le désir de voir restaurer, en faisant
usage des restes mutilés des statuettes.la statuaire
si élégante du porche méridional. On pourrait,
à titre d'essai, commencer par la réparation de
quelques figures. Un membre se demanda aussi,
en constatant l'existence d'une sorte de galerie
de service qui, dans les bas-côtés, règne presque
tout autour de l'église, si cette galerie n'était
pas destinée à recevoir une balustrade, dans
le genre du triforium qui règne dans la grande
nef, sous la claire-voie. Le vide peu ornemental,
si sensible sous les fenêtres des nefs et qui
contraste avec l'élégance du reste des vaisseaux,
semble répondre affirmativement à cette question.
Enfin, au moment de lever la séance, M. le prési-
dent, en annonçant l'heure matinale à laquelle la
Gilde devait partir le lendemain pour Namur,
saisit cette occasion pour remercier M. le Doyen
de Dinant et tous les habitants de la ville avec
lesquels la société avait été mise en rapport, de
l'accueil empreint de la plus gracieuse bienveil-
lance dont les membres de la Gilde avaient été
l'objet. M. le Doyen répondit très cordialement,
en rappelant qu'il avait eu souvent recours aux
membres de la Gilde pour la restauration de son
église et qu'il avait toujours rencontré l'appui le
plus dévoué et le plus efficace auprès d'eux.
La quatrième et dernière journée, offrait cette
fois encore aux confrères de la Gilde des sujets
d'étude d'un ordre fort différent de ceux auxquels
ils s'étaient livrés les journées précédentes. En
général, l'un des charmes de l'excursion faite dans
le pays de Namur consistait dans la diversité des
objets qui passaient sous les yeux de nos archéo-
logues chrétiens, de la variété des impressions
perçues dans leur course. De bon matin, la Gilde
prenait son essor vers Namur, par le chemin de
fer cette fois, prenant congé de l'aimable et hospi-
talière ville de Dinant, dans la personne de son
vénérable et vaillant Doyen. Celui-ci avait tenu à
reconduire jusqu'à la gare le président de la Gilde,
ses hôtes et les amis nombreu.^ qu'il compte parmi
les adeptes de Saint-Luc. A 8 heures, on était à
Namur. C'est sous la direction du guide, à la fois
le plus compétent et le plus aimable, M. Alfred
Bcquet, le conservateur du Musée de Namur,
qu'il s'agissait de voir successivement l'incompa-
rable trésor des sœurs de Notre-Dame, celui de
la cathédrale non moins remarquable et enfin
le musée de la société archéologique, assuré-
5o6
Ecuuc Dc ratt cbvcticn.
ment l'une des collections régionales de cette
nature les plus intéressantes et les plus instruc-
tives que l'on puisse visiter. II faudrait des
volumes pour décrire d'une manière compétente,
tout ce qui, au cours d'une matinée beaucoup
trop courte, fut l'objet de l'examen des touristes.
Nous ne tenterons pas de donner, ne fût-ce qu'une
table des matières. Le trésor des sœurs de Notre-
Dame de Namur, fort connu des archéologues
et dont un certain nombre de pièces ont été
publiées, provient, comme on sait, du monastère
de Saint-Nicolas d'Oignies, et fut légué aux
religieuses par le dernier abbé du couvent. Le
monastère d'Oignies a été fondé dans la seconde
moitié du XIL' siècle, par quatre frères, les fils
d'un citoyen de Walcourt. Trois de ses fils, Gilles,
Robert et Jean embrassèrent de bonne heure le
sacerdoce; le quatrième resta simple frère, mais il
ne se rendit pas moins hautement utile à !a com-
munauté, s')' livrant aux travaux de l'orfèvrerie
pour lesquels il avait un génie extraordinaire,
façonnant des vases sacrés et des reliquaires,
marqués tous du cachet de son talent hors pair et
signés de son nom pour la plupart. Ce sont ses
travaux qui forment le fond du trésor des sœurs
de Notre-Dame. On y conserve cependant encore
d'autres objets bien remarquables, notamment
deux mitres qui ont appartenu à Jacques de
Vitry, le docteur en théologie de Paris qui, après
avoir pris l'habit de religieux à Oignics, fut plus
tard de la croisade entreprise contre les Albigeois,
puis se joignit à une expédition contre Damiettc.
Il fut créé évêque de Ptolémaïs et légat du Saint-
Siège en Syrie; ses restes ont été inhumés au
monastère d'Oignies qu'il n'avait jamais oublié
dans sa vie aussi agitée qu'utile. — Le trésor des
sœurs de Notre-Dame, on le voit, montre de
grandes œuvres et éveille de grands souvenirs.
Après la visite de ce trésor, ce fut le tour de ce-
lui delà cathédrale. Ici, les objets conservés sont
en petit nombre, à la vérité, mais le visiteur ne sort
pas moins charmé de l'examen de ce trésor qui se
compose surtout d'un autel portatif orné d'ivoires,
de la couronne donnée à la cathédrale par
Philippe II, marquis de Namur et frère d'Henri,
empereur de Constantinoplc, d'une statuette de
saint Biaise et d'un petit triptyque. Baiser de
paix, orné d'émau.x translucides — tous deux du
XI V'=siècle,d'une croix à double traversa, etc.,etc.
Mais le temps presse, on prend congé de
l'obligeant et savant chanoine Aigret, coste du
trésor de Namur, et toujours guidée par M.
Bequet la troupe des excursionnistes se dirige
vers le musée de la société archéologique, installé
sur les bords de la Sambre, dans les bâtiments de
la vieille boucherie.
Le musée provincial de Namur n'est pas
seulement connu en Belgique, mais il est peu
d'archéologues étrangers qui ne l'aient visité avec
fruit. Les fondateurs de ce musée, iVIlM. Jules
Borgnet, le chanoine Cajot, le baron Delmarmol
et Alfred Bequet se sont attachés, avec une très
grande intelligence et un entier dévouement,
à réunir tout ce qui, dans la province de Namur,
pouvait jeter quelque lumière sur la vie intime et
publique des populations qui ont successivement
habité ces régions des bords de la Meuse ; sur le
développement de la civilisation et des arts,
depuis les périodes préhistoriques jusqu'à l'époque
moderne. Des fouilles aussi nombreuses que
fécondes ont été entreprises, et à mesure que l'on
arrachait à la terre les restes historiques des
générations qui ont passé sur sa surface, tous les
objets trouvés étaient déposés et classés dans les
montres et les armoires du musée, avec un soin,
une méthode et un ordre au-dessus de tout
éloge. Aussi que de renseignements précieux s'y
trouvent réunis aujourd'hui, notamment sur la
vie et les industries des populations souvent
nomades qui, au cours des premiers siècles de
notre ère, ont passé dans ces régions ! que
d'enseignements précieux à recueillir en visitant
successivement ces longues files de bijoutières et
d'armoires à glaces, si bien disposées! Orfèvrerie
gallo-romaine, belgo-romaine, avec ses nom-
breuses fibules ou agrafes, bijou.x émaillcs à
émaux juxtaposés, avec et sans cloisons ; ver-
roteries franques serties avec filigranes, bagues
aux monogrammes chrétiens, armes franques,
amulettes, vases en verre formant une collection
aussi nombreuse que variée ; collection non
moins importante de boucles damasquinées,
armes de toutes formes, et parmi lesquelles il
y en a d'un état de conservation remarcjuable,
tout cela se trouve réuni dans la grande salle
consacrée aux objets d'origine préhistorique,
romaine et franque. — La section renfermant
les objets du moyen cage, quoique également
jBouticUcs et a^clanges.
507
intéressante est loin d'être aussi riche et aussi
complète, si toutefois l'on peut employer ce
qualificatif en parlant d'un musée. L'attention
des membres de la Gilde se porta particulière-
ment sur divers phylactères émaillés du XII*-'
siècle, provenant de l'abbaye de Waulsort, sur
une croix de la même époque qui a appartenu
au monastère d'Oignies, sur différentes sculptures
et statues polychromées, et enfin sur quelques
tableaux des artistes que l'on peut regarder
comme les fondateurs de l'école de paysagistes
sur les bords de la Meuse. MM. Bequet et le
baron Delmarmol se firent constamment auprès
de leurs confrères, les cicéroni les plus dévoués.
Aussi tout le monde était enchanté de la matinée
passée à Namur, lorsque sonna l'heure du repas
préparé à l'hùtel Saint-Loup, et comme un
certain nombie de membres de la Gilde ne
pouvaient faire l'excursion à Saint-Hubert, c'était
la dernière fois que la société, encore au complet,
devait dîner en commun.
Le dernier repas après une réunion générale
de la Gilde, est toujours un moment de regrets et
d'expansion ; l'expression de la gaîté de se trou-
ver ensemble et de l'espoir de se revoir y trouve
ordinairement, sous forme de toasts, des organes
nombreu.x. A l'hùtel Saint- Loup oii la salle était
bondée et où, il faut bien le dire, le contenant
n'était pas en proportion avec le contenu,
l'atmosphère était d'une température fort élevée;
on était tout à la joie, et la reconnaissance pour
les membres qui avaient le plus largement con-
tribué à rendre l'excursion instructive et agréable,
devait trouver d'éloquents interprètes. Aussi,
le potage était à peine mangé, qu'un bouillant
orateur qui, non sans des raisons très valables,
se disait l'organe de la jeunesse de la Gilde, porta
un toast acclamé avec enthousiasine à M. le
baron Bcthunc, le président de la Gilde de Saint-
Thomas et de Saint-Luc. M. le chanoine Del-
vigne but ensuite à la santé de M. Bequet qui,
depuis trois jours, s'était fait le guide aussi érudit
que constamment obligeant de la troupe, et son
toast trouva un écho non moins chaleureux que
celui qui venait d'être porté au président. D'autres
santés furent proposées, car d'autres membres
avaient travaillé à préparer et à organiser cette
réunion dont la réussite était si complète. En
réalité, cet échange de toasts aurait pu continuer
fort longtemps encore, les réunions de la Gilde
étant une sorte de pique-nique, oîi les uns
apportent leur science, les autres leur dévouement,
tous enfin un fond de gaité et de bonne humeur,
qui n'exclut en aucune façon les études sérieuses
et attentives, le désir de travailler à la restaura-
tion de l'art religieux, et de faire profiter l'avenir
des modèles si précieux légués par le passé.
On se rendit en corps à la gare où le gros de
la troupe partait pour Saint-Hubert: d'autres, et
nous eûmes le regret d'être du nombre de ces
derniers, prirent, forcés par les nécessités du
labeur quotidien, le chemin de leurs domiciles
respectifs. — La plume d'un obligeant ami toute-
fois nous a mis à même d'achever ce rapide
compte-rendu. J. H.
UNE dernière étape amène les membres de la
Gilde dans la petite ville de Saint-Hubert.
Elle y était attendue par l'un des confrères les plus
dévoués, M. Helleputtc, aux soins de qui la restau-
ration de l'église abbatiale est désormais confiée.
Avec un semblable guide, la visite du monu-
ment ne pouvait qu'être profitable et instructive:
elle a même révélé des particularités qui, jusqu'ici,
semblent avoir échappé à l'attention.
Grandiose dans ses proportions, imposante
dans son aspect, l'église de St-Hubert trahit en
plus d'un point la décadence du st}-le ogival; le
dessin des moulures, la décoration du triforium
témoignent d'une imagination plus fantaisiste,
que de logique et de véritable élégance ; à
certaines fenêtres, les meneaux s'éloignent mani-
festement des saines traditions de l'art ocfi\al ; cà
et là enfin la sculpture porte déjà l'empreinte de
la Renaissance.
On a remarqué que, par un système général,
le plat des arcs-doubleaux portait des moulures
saillantes, lesquelles venaient retomber sur de
petits culs-de-lampe. Ces consoles ne répondent
à aucun besoin sérieux : il est permis de penser
que l'architecte n'y a eu recours que pour suppléer
aux chapiteaux qu'il supprimait, à l'exemple de
ses contemporains, par la conséquence exagérée
d'une idée logique. Il a senti qu'il était nécessaire
d'accuser le point où finit la colonne et où l'arc
commence ; donnant ainsi une confirmation
indirecte au système du XnL' siècle sur le rôle
et les fonctions des chapiteau.x.
5o8
IReuuc De rart cfjrcticn.
Plusieurs constructions se sont succédé sur
l'emplacement actuel de l'église de St-Hubert.Au
témoignage des historiens les premières datent du
IX^ siècle: de celles-ci, aucun vestige ne demeure.
Il reste trace de l'édifice achevé au XI II» siècle:
la grosse maçonnerie des deux tours remonte à
cette époque. Sous ces tours, aux angles droits,
se trouvaient autrefois des colonnes: les chapi-
teaux et les bases qui se voient encore, accusent
par leur sculpture le style du XIII'-' siècle.
L'intérieur des tours réservait aux membres de
la Gilde une surprise. Une peinture relativement
récente a laissé apparaître, en s'écaillant, les
traces d'une décoration importante. Au premier
étage s'ouvrait primitivement une grande arcade
donnant sur l'intérieur de l'église; plus tard une
seconde arcade, plus petite, a été pratiquée dans
la grande et l'intervalle bouché.
Sur le plat très large de la grande arcade sont
tracés à l'ocre rouge des méandres, dont le dessin
atteste l'ancienneté : les claveaux de la seconde
arcade portent des entrelacs. — • Un rusticage
d'ocre rouge sur fond d'ocre jaune remplit la
partie supérieure du fond : il aboutit à une litre
où court un rinceau de feuilles de lierre: le rinceau
se détache en blanc sur le fond rouge ; les feuilles
sont peintes en jaune.
Sous la litre se déroulait une composition
historique divisée en deux parties par la petite
arcade, dont elle recouvrait jusqu'au plat. Sur
la partie de droite, semble avoir été représenté
un combat : sur la partie de gauche, on reconnaît
distinctement deux guerriers et un manant lequel
fait mouvoir une grande scie.Ces peintures, malgré
la simplicité des moyens d'exécution, présentaient
sans aucun doute, un effet des plus décoratifs.
Elles soulèvent le problème desavoir à quelle
destination a servi l'espace qu'elles ornaient. Les
deux tours formaient-elles un narthex comme à
St-Barthélcmy de Liège et les peintures corres-
pondaient-elles à une chambre à reliques ? c'est
ce qu'il est difficile de décider, aussi longtemps,
du moins, que la restauration n'aura pas poussé
plus avant ses découvertes.
Lntre 1525 et 1568, on a bâti l'église, telle
qu'elle existe : les tours ont été transformées
à cette époque : seules, subsistent intactes les
tourelles d'escalier des tours anciennes.
A la fin du XVI"^ siècle, l'édifice eut à subir
deux incendies; le premier résultat d'un accident,
le second allumé par la main des Gueux, en 1568.
Plus tard un coup de vent renversa l'une des tours.
Enfin au XVIIL' siècle a été élevée la façade ac-
tuelle qui cache les parties anciennes subsistantes.
On pourrait ajouter que le monument a eu à
siedir aussi deux restaurations : la première qui
au XVIIL' siècle introduisit dans l'édifice les
déplorables splendeurs du marbre ; qui ne se
contenta pas de dresser ces autels monumentaux
dont l'aspect frappe si désagréablement le
visiteur, mais qui alla jusqu'à raser toutes les
moulures au.x bases des colonnes pour envelopper
les bases d'un revêtement de marbre.
La seconde restauration est plus récente : et
s'il est vrai que le devoir le plus impérieux
de l'artiste et du restaurateur soit de s'attacher à
la conception du maître de l'œuvre primitive,
combien de reproches cette entreprise ne mérite-
t-elle pas ! Autrefois il y avait des arcs-boutants
au-dessus du chœur : on les a tout simplement
supprimés ; les gables au-dessus des fenêtres ont
subi le même sort ; l'inclinaison des toits a été
modifiée ; sans parler des parties entièrement
renouvelées et qu'il est permis de ne pas croire
toujours entièrement conformes au plan primitif.
Ce n'est pas sans étonnement que les membres
de la Gilde ont appris que l'œuvre de la restaura-
tion avait absorbé jusqu'ici près de six cent mille
francs
Ils ont été unanimes à s'associer aux paroles
de leur président, pour se féliciter de voir cette
feuvre remise aux mains de M. Helleputtc dont,
à chaque session, ils ont pu apprécier les solides
connaissances et qui joint à l'expérience du
praticien, une scrupuleuse conscience artistique.
La séance du soir a été consacrée, pour une
bonne part, aux explications que M. Helleputte
avait à donner sur l'église de Saint-Hubert.
Une courte revue des monuments visités à
Namur a permis de s'arrêter quelques instants
aux pièces d'orfèvrerie admirées, le matin même,
chez les Sœurs de Notre-Dame et dans le trésor
de la cathédrale.
M. le baron Béthune a fait ressortir la supé-
riorité des artistes qui, dans les régions de
la Meuse et de l'Entre-Sambrc et Meuse ont
produit tant de chefs-d'œuvre: école sans rivale.
BoutJCllcs et mélanges.
509
pour le nombre, comme pour la richesse et le bon
goût de ses ouvrages.
Pour les monuments de l'architecture, Namur
n'avait rien à offrir aux membres de la Gilde. Il y
a cependant une leçon à tirer du spectacle qu'offre
aujourd'hui la façade de la cathédrale. M. le baron
Béthune n'a pas manqué de la faire ressortir: ces
ordres superposés, cet entassement de colonnes, de
frontons, de corniches, forment bien la conception
la plus illogique, la moins constructive qu'il soit
possible d'imaginer. Les parties saillantes, multi-
pliées à l'infini, sans nécessité aucune, recueillent
l'humidité, emmagasinant ainsi le plus rapide et le
plus sûr agent de destruction: les porte-à-faux ne
se comptent pas: en un mot, c'est l'expression
complète d'un art qui, sans souci de la destination
de l'édifice, ni des traditions locales, ne visait qu'à
piquer la curiosité blasée: « importation de pé-
dants»,commea dit justement un écrivain français.
La nature n'a pas tardé à avoir raison des
contre-sens qui lui étaient infligés: et tandis que
les églises du moyen âge défient, depuis des
siècles, les efforts du temps, la façade de la
cathédrale Saint-Aubin relativement récente, est
à ce point décrépite, à ce point ébranlée, qu'on se
demande s'il ne vaudrait pas mieu.x la rebâtir de
fond en comble que de tenter de la restaurer.
L'heure était avancée et les confrères avaient
bien gagné le repos.
La fin de la séance n'a pas permis d'effleurer
seulement un sujet qui peut fournir aux sessions
prochaines les plus intéressantes discussions :
quelles sont les règles à suivre dans la restauration
du mobilier des églises?
Il semble qu'on puisse reprendre ici le principe
si justement rappelé par M. le chanoine Delvigne
à propos de la restauration des édifices : rcclicrcher
la conception de r architecte primitif et la suivre
pas à pas.
Mais ce principe est-il absolu et la loi d'unité
est-elle si rigoureuse, qu'il faille, par exemple,
dans une église de la Renaissance, rétablir la
décoration tout imprégnée de sensualisme païen,
que cette époque tenait en honneur.''
Verrons-nous un artiste chrétien restaurer les
petits anges court vêtus, les vertus déhanchées,
les saints maniérés, dont le style rappelle tant
bien que mal le paganisme ancien, mais n'éveille
aucune idée chrétienne?
Son premier devoir, au contraire, n'est-il pas
d'écarter tout ce qui, pour le fidèle, serait matière
à distraction, tout ce qui choque une conscience
délicate, tout ce qui trouble le recueillement?
Graves questions que celles-là et qui prêtent à
bien de développements.
Le président de la Gilde en clôturant la séance
a promis de reprendre cette discussion au cours
de la session prochaine, tenue à Reims, où trop
souvent des édifices magnifiques renferment un
ameublement déplorable.
La Gilde s'est débandée dès le soir de la
journée passée à Saint-Hubert. Pour beaucoup de
ses membres, il est devenu d'habitude d'ajouter
un supplément à l'excursion commune: tandis
que les uns s'engageaient dans les pittoresques
chemins d'Ardenne, d'autres se laissaient tenter
par le voisinage des grottes de Ham et de
Rochefort et allaient étudier ces manifestations
de l'architecture spontanée.
Un petit groupe a poussé jusqu'à Aviotte; les
honneurs du monument leur ont été faits par le
curé de la paroisse, auteur d'une monographie
que la Revue de l'Art chrétien a eu l'occasion
d'analyser: ils sont revenus aussi enchantés de ce
qu'ils avaient vu que de l'accueil qui leur a été fait.
Chacun d'ailleurs, en quittant la Gilde, emporte
le souvenir d'heureuses journées trop courtes à son
gré; jours de calme et de paix, sans trouble et
sans souci. Il est vrai de dire que, composée des
éléments les plus divers, la Gilde ne forme qu'un
corps et qu'une âme: corps que rien ne trouble,
âme que rien n'altère. La bonne humeur est
sans nuage, la cordialité sans défaillance : ni
dissensions, ni rivalités; nulle affectation, nulle
pédanterie : les plus détestables plaisanteries
d'écoliers en vacances ne provoquent même pas
un mouvement d'impatience.
Telle est la Gilde : voilà ce qui en fait le charme,
voilà ce qui lui vaut l'affection de tous ses
membres. Et peut-être, n'est-ce pas la moindre
merveille qu'ait produite l'Art chrétien.
G. F.
L'abondance des matières nous oblige à re-
mettre à la prochaine livraison la suite de l'article
de M. l'archiprêtrc \'inccnt Ambrosiani sur le
Chrisme.
\i gS .tA^ J<V .^j. .-"■■ jAl A JJH. J^i. J^ J^ J^ .l^J^ J>^ J^ tf<i tf>i. J>i. J^ tAi cfa cNi tf^ tf<^ çft;. j:f^x!i\. J^ ^i ^^^ .!^ ■A..'A^j^_;^
^§)®<SKg)î^Kg5iSKg) ce 0 r r c S p 0 II II a n c c ♦ m^mmmëm^
A Revue de l'Art chrétien ayant bien
voulu citer le modeste travail que la
revue de Paray-le-Monial, Le Règne
de Jésus-Christ, a naguère inséré de
moi sur un groupe en pierre conservé dans le
cloître de la cathédrale de Verdun et représen-
tant, à mon avis, la Sainte Famille, affirme « qu'en
réalité c'est une Présentation au Temple. » (Tome
II, avril 18S4, p. 228.) Le Règne lui-même (avril
18S4, p. 119) a reproduit cette appréciation en
l'attribuant à Mgr Barbier de Montault dont
l'autorité est fort considérable. Je tiens cepen-
dant à dire ici que, pour de bonnes raisons
que je viens de signaler à la revue du Règne, je
maintiens absolument mon interprétation de
cette importante sculpture verdunoise.
La Revue de l'Art chrétien s'est occupée à trois
reprises de la question des Saints de Solesmes et
de leur origine. La première fois, c'était pour
donner l'hospitalité à mon compte-rendu de l'his-
toire des Richierça.r M. l'abbé Souhaut. (Livr. de
juillet 1884, p. 359.) — La seconde, (livraison de
janvier 1885, p. 102), c'était pour annoncer et
analyser la brochure publiée par M. E. Cartier,
en réponse à M. l'abbé Souhaut et en défense
de l'opinion précédemment émise par le docte
«, solitaire }> et esthéticien de Solesmes, qui
attribue les sculptures de la célèbre abbaye
à l'atelier flamand des Floris. — La troisième,
(même livr., p. 112), c'était pour signaler de
nouvelles découvertes faites à Lyon par M.
Rondot, touchant l'histoire des Richier, et pour
avertir le lecteur « qu'un travail récent de M. E.
Cartier bat en brèche l'opinion qu'a émise dans
nos colonnes M. le chanoine J. Didiot, en adop-
tant l'avis de M. le chanoine Bouchant au sujet des
gros saints de Solesmes. » Je crois devoir, en
conséquence, dire encore un mot de cette inté-
ressante question d'histoire artistique, et observer
avant tout que mon très honorable ami s'appelle
de son vrai nom et titre M. l'abbé Souhaut.
AI. Cartier, dans son travail d'abord commu-
niqué à la Revue du Monde catholique, s'indigne
de la qualification de « gros saints )> donnée à
ses chères sculptures (p. 8) ; n'aura-t-il pas été
surpris de la retrouver dans la Revue de l'Art
chrétien, sous une autre plume que la mienne?
Il se pourrait bien que cette épithètc, nullement
désobligeante, fit donc toujours son chemin en
archéologie.
M. Cartier reproche à son adversaire de n'avoir
visité Solesmes que rapidement (p. 7) ; comment
espère-t-il donc lui-même pouvoir apprécier
sûrement les chefs-d'œuvre de Richier, en décla-
rant qu'il les juge seulement d'après « un livre et
des photographies ?» (p. 13.) En réalité, ses pro-
cédés de critique nous paraissent aussi subjectifs
que ceu.K dont il se plaint, et quelquefois même, ils
nous semblent moins calmes ; nous le regrettons
beaucoup pour la vérité : elle n'y peut rien gagner.
De la chute de Richier dans l'hérésie calviniste,
je ne crois pas non plus que M. Cartier puisse
logiquement conclure à son incapacité antérieure
de bien comprendre les données de la théologie
catholique et d'exceller même dans l'art chrétien.
Que M. l'abbé Souhaut ait peut-être trop abon-
damment et trop pieusement expliqué les sculp-
tures de l'école Saint-Mihielloise, c'est possible;
mais ce n'est pas un motif pour lui répondre par
une censure amère et un véritable dénigrement de
Ligier Richier et de ses plus belles œuvres. Quoi
qu'en dise le brillant critique de Solesmes, le
Sépulcre de Saint-Mihiel n'est pas du tout une
« Marie-Madeleine embrassant le pied de Notre
Seigneur. » (p. 19.) Comment peut-on dire « qu'il
n'y a là ni sépulcre ni ensevelissement, » (ibid.)
quand justement on va déposer le corps du Sauveur
dans le tombeau très visible où une sainte femme,
Salomé, étend le linceul ? Comment peut-on
accuser les personnages d'arrière-plan de <>< trou-
bler » l'unité de la scène, (p. 20) quand au con-
traire ils la complètent et la soutiennent? Je ne
dis rien du reproche fait à Madeleine et au divin
Supplicié lui-même d'être trop beaux, (pp. 20-23.)
Mais je dois protester, — moi qui ai vu et longue-
ment contemplé ces sculptures, ces pièces origi-
nales du procès, et qui, j'ose le dire, ne suis nulle-
ment enclin à excuser les artistes en qui je ne
trouve pas « l'intelligence de cette pureté de l'art
chrétien que nous admirons au moyen âge, »
(p. 23) — je dois protester, dis-je, contre le juge-
ment, absolument inexact au fond et non moins
contestable en la forme, que M. Cartier prononce
contre le groupe de la Vierge soutenue par saint
CorrcsponDan ce
511
Jean dans la scène du Sépulcre, et contre l'admi-
rable Pâmoison ou Pietà qui se voit dans l'église
principalede Saint-Mihicl. Il se peut que la pho-
tographie ait trahi la réalité en accentuant d'une
façon maladroite, comme elle fait souvent, des
formes et des intentions exquises ; mais je puis
affirmer, et tous les visiteurs affirmeront comme
moi, que nulle part, dans tout le moyen âge, on
ne rencontrera plus de délicatesse et de parfaite
convenance que dans ces deux morceaux.
M. Cartier n'est guère plus heureux dans
l'étude qu'il fait du personnage de Longin (p. 25),
dont le strabisme a fort bien pu survivre à la
demi-cécité guérie, dit la tradition, par l'eau et le
sang qui jaillirent du côté du Sauveur. Non, ce
n'est pas là le portrait de Ligier Richier, comme
se l'imagine tout à coup M. Cartier ; et ce n'est pas
le manche d'un ciseau, mais bien la poignée d'une
lance qu'on voit dans la main de ce vrai Longin.
De tels doutes, de telles hypothèses, ne sont pas
pour prévaloir contre l'évidence des faits et contre
l'unanime sentiment des connaisseurs.
Quant à <ï s'affranchir delà tradition », (p. 30)
Ligier Richier n'avait certainement pas cette
passion, au moins alors et en fait d'art ; il se
contentait de mieu.x réussir que ses devanciers
dont les Sépulcres et les Vierges « addolorate »
n'étaient rares au siècle précédent, ni en Italie, ni
en Lorraine même. L'accusation portée contre lui
de n'avoir vu dans son sujet qu'une commande
et une occasion de montrer son talent (ibid.)
semblera une injustice dont le vengeront toujours
ses œuvres les plus considérables et les plus
éclatantes. A coup sûr, si la Renaissance n'avait
pas d'autres fautes et d'autres imperfections que
celles dont il est coupable, elle serait bien près de
représenter le type même de l'art chrétien, non pas
tel qu'il a été, mais tel qu'il devrait être et qu'il
sera peut-être un jour, si le monde est encore
capable de rajeunir au souffle de cet Esprit
toujours jeune qui empêche l'Église, dit quelque
part saint Irénée, de vieillir, sous le poids des
siècles et sous l'action mortelle des vices.
Je ne le sais que trop : le grand sculpteur lor-
rain s'est tristement éteint dans les ténèbres et
les glaces du protestantisme; mais est-ce donc là
une suffisante raison pour le rejeter tout entier,
et pour ne pas sauver au moins de lui, par une
admiration également éclairée et religieuse, ce
qu'il nous a laissé de vraiment impérissable parce
que l'inspiration en fut réellement catholique : le
Sépulcre et la Vierge défaillante Aç. Saint-Mihiel,
les Crucifiés de Bar-le-Duc, et même, qui sait ?
quelques-uns des Saints de Solesines (') .'
Chanoine Jl'i.ES Didiot.
Un Dernier mot sur le tiitrail Des saints
à la catfjctirale De a'bâtons, (4' trauce.)
DANS le présent volume de notre Kcvue,
p. 244, l'un de nos collaborateurs les plus
féconds et les plus compétents, Mgr Barbier de
Montault, a émis d'assez nombreuses critiques
sur la restauration de la cathédrale de Châlons
et des verrières de cette église. M. le chanoine
Lucot, archiprêtre de la cathédrale, nous prie
d'insérer la note suivante, en réponse à ces
critiques. N'étant pas à même de juger le
différend, nous croyons que l'équité nous fait un
devoir de dé.férer à cette demande (').
Dans un récent article de la Revue de l'Art chrétien,
(n° d'avril 18S5), la restauration de cette verrière, objet
d'une dtude spéciale de notre part, a été vivement criti-
quée par notre savant confrère, Mgr Barbier de Montault,
chanoine de Poitiers. Plusieurs de ses critiques ne sont
pas sans fondement ; mais il y en a qui ne se justifient
guère: nous allons tâcher de l'établir.
Mgr Barbier de Montault reproche à l'auteur de la res-
tauration de cette verrière d'avoir réuni en un seul vitrail
des figures de saints qui avaient été faites pour en former
deux, et qui, originairement, étaient en effet réparties entre
deux fenêtres: d'où l'inconvénient de voir dans le même
vitrail deux figures de la Vierge.
Si l'on veut bien se reporter à mon travail de l'an der-
nier, on verra que j'ai signalé ce fait, que j'ai exposé com-
ment M. Steinheil crut devoir se résigner .\ cette contrac-
tion. L'inconvénient signalé par Mgr Barbier de .Montault
n'en subsiste pas moins, je l'avoue.
Le savant archéologue eût pu d'ailleurs montrer aisé-
ment que ces grandes figures, en s'étageant, perdaient de
leur grâce, et qu'elles manquaient d'air dans le cadre oii
elles avaient dû entrer.
Très justement encore, il critique le choix de la sainte
adoptée par >L .Steinheil pour remplacer le personnage
manquant à la première ligne des saints. .M. Steinheil a
peint sainte Ursule. Mgr de .Montault approuve ma préfé-
rence pour sainte ^Larguerite. Dans la préoccupation où
j'étais, non sans raison, comme on le verra, que le vitrail
étant de l'époque de Jeanne d'.Arc, devait rappeler les
grandes dévotions de la libératrice de la France, j'avais
indiqué l'illustre vierge d'.-\ntioche, dont nos livres d'heures
au quinzième siècle contenaient toujours la mémoire.
J'avais aussi regretté que la \icrge, dans la ligne du
bas, n'ait pas été rapprochée de saint Jacques, à cause du
donateur que ce saint veut lui faire bénir. Sur ce point
encore, Mgr Barbier est d'accord avec moi et approuve
pleinement mon regret ; je crois qu'il a tout à fait raison.
\. Poui- riiuelligence complète do cette note, le lecteur pourra re-
lire avec fruit une étude de .\I. r.ircliiprétre Lucot. .ly.int pour objet
les mêmes viti-aux, que nous avons reproduite dans le miïme numéro
de la Revue de l' Art clirilien , p. 264.
KEVUE DU l'art CHKÉTIEN.
1S35. — 4""^ L1VR.\IS0.N.
512
EctiUE De rart chrétien.
Où il a tort, c'est quand il voit partout le style du trei-
zième siècle dans les baies de nos collatéraux ; c'est quand
il nous signale, comme parties anciennes de verrières du
quinzième siècle, des fragments complémentaires, d'une
imitation merveilleuse h la vérité, mais absolument mo-
dernes, et qu'il les déclare malencontreusement placés
dans l'endroit pour lequel ils ont été précisément faits ;
c'est quand il blâme notamment l'artiste (M. Steinheil)
d'avoir représenté, au tympan du Vitrail des saiii/s,^ le
Père éternel « bénissant dans le ciel des saints qui n'en
ont plus besoin ». Oublie-t-il donc que le bonheur du ciel
est tout entier dans les bénédictions de Dieu et dans ses
éternelles complaisances, ainsi que nous le fait entendre
l'Église dans sa liturgie : Bciicdictionc perpétua bencdicat
nos Pater aternus ?
Où encore il s'égare dans sa critique, c'est quand il
nous accuse d'introduire dans des baies du treizième siècle
des verrières du quinzième, comme si ces fenêtres qui
semblent du treizième siècle par leur conformation générale
n'accusaient pas le quinzième dans leurs meneaux et dans
tous les détails de l'architecture ; comme si, depuis sept
ans, nous faisions autre chose, dans nos restaurations de
vitraux, que de remettre les verrières de nos pères dans
les fenêtres mêmes où ils les avaient mises.
La suppression des chapelles, toutes postérieures à la
construction du monument, n'a nullement entraîné la mo-
dification des fenêtres, comme s'en plaint notre critique.
Les fenêtres ont toujours été ce qu'elles sont aujourd'hui :
elles manquaient seulement du développement que nous
leur avons rendu.
Au seizième et au dix-septième siècle, on les avait rac-
courcies par le bas, pour permettre aux chapelles qu'on
établissait entre les contreforts, de s'ouvrir à une hauteur
convenable. C'est dans ces innovations que disparurent
nombre de panneaux de verre de la partie basse des
fenêtres. Placés on ne sait où, employés maladroitement à
réparer des verrières brisées, ces fragments sont à jamais
perdus : il fallut les recomposer. Mais, quant aux fenêtres
elles-mêmes, les restaurations modernes du monument
ne leur ont fait subir aucune déformation.
Mgr Barbier de Montault est donc dans l'erreur quand
il écrit \ propos de la suppression des chapelles : <.< De ce
« remaniement intempestif e.s\. résulté un bouleversement
« général des verrières qui reprennent, tant bien que mal,
« position dans des baies pour lesquelles elles n'étaient
« pas faites. » Et il ajoute : « Ces prétendues restaurations,
« opérées sans études préalables et sans contrôle ultérieur,
« sont funestes à l'art et à l'archéologie : elles détruisent
« ou mutilent gravement de belles pages d'iconographie
« chrétienne: le mal fait est presque toujours irréparable.
« Empêchez de tomber, réparez les plombs, comblez les
« lacunes, mais ne refaites pas de fond en comble un
< sujet que vous n'avez pas compris. »
Rien de moins fondé que cette dernière critique. Ce
que blâme Mgr Barbier de Montault est précisément ce
qu'ont évité nos architectes diocésains, MM. Millet, Ou-
radou et Vagny, dans leu'- restauration de l'édifice. Ce
qu'il réclame, c'est ce qu'ont fait soigneusement notre
regretté M. Steinheil et l'intelligent M. Leprévost dans
leur réparation des verrières. Ils ont conservé, ils ont res-
tauré, ils ont complété avec un soin pieux ce qui nous
restait du passé; ils n'ont pas excepté, dans leur culte du
pas.ié, la verrière de la Création que semble incriminer
Mgr Barbier de Montault. Assurément, en nos temps où
la naïveté n'est plus connue, ils ne l'eussent pas imaginée.
Mais elle existait; fallait-il donc la briser? Fallait-il
condamner ce qu'avaient fait nos pères.' Ils ne l'ont pas
pensé.
Ainsi tombent la plupart des critiques de Mgr Barbier
de Montault. Tant il est vrai que, si habile archéologue
que l'on soit, il est bien difficile dans une visite rapide,
dans l'inspection à vol d'oiseau du touriste, d'apprécier
comme il faut, de juger définitivement des œuvres impor-
tantes, telles que les restaurations dont s'est occupé notre
éminent ami et contradicteur. Ces jugements, toujours
précipités, courent risque d'être erronés par quelque en-
droit et sujets à caution. On en appelle du critique mal
informé au critique mieux informé : c'est ce que nous
avons essayé de faire.
Avant de clore cette note, je crois devoir revenir sur la
substitution que j'ai proposée de sainte Marguerite à
sainte Ursule. Une heureuse trouvaille que j'ai faite dans
ces derniers temps à la Bibliothèque de Chàlons me per-
met d'indiquer sûrement le personnage qu'il faut substituer.
M. E. de Barthélémy a publié en 185S, dans les ^««rt/<?j
ou Mémoires de P Académie de Reims, un aperçu sur nos
vitraux de Châlons: Les Vitraux des églises de Chàlons-
sur-Marne, Etude et description. Il en a fait une plaquette
dont M. Didron, de Paris, a été l'éditeur en 1858.
La description n'est pas toujours d'une parfaite exacti-
tude, mais elle est d'un grand intérêt, parce qu'elle nous
donne la place qu'occupait chaque verrière avant la res-
tauration des fenêtres ; parce qu'elle nous fait connaître
les saints ou les personnages représentés dans chaque
baie et la disposition que le peintre leur avait donnée.
Ainsi, pour ne parler que des deux verrières des saints
qui aujourd'hui n'en forment qu'une et qui étaient primi-
tivement en face l'une de l'autre dans les collatéraux,
l'ordre des saints, dans celui du nord, était le suivant :
i" saint Vincent, diacre ; 2" saint Jacques présentant le
petit chanoine ; 3° la sainte Vierge et l'Enfant Jésus bé-
nissant le chanoine ; 4° saint Etienne, premier martyr et
patron de l'église. C'est l'ordre que j'avais pressenti et
réclamé dans l'étude de l'an dernier.
Dans le collatéral du midi, les saints étaient ainsi ran-
gés : 1° sainte Catherine ; 2" la sainte Vierge et l'Enfant
JÉSUS bénissant; 3° « saint Michel, armé de toutes pièces,
« tête découverte et cheveux blonds, dit M. E. de Barthé-
« lemy d'après ses notes; d'une main il tient une croix, de
« l'autre, il s'appuie sur un prêtre vêtu de blanc, age-
« nouille et très petit. » (C'est le donateur; l'Enfant JÉSUS
placé dans les bras de Marie, s'incline pour le bénir) ;
4" sainte Barbe.
Nous n'avons plus d'hypothèses à faire sur le person-
nage à. mettre à la place de sainte Ursule. Ce n'est pas
sainte Marguerite, dont la présence pourtant était na-
turelle ici et eût bien accusé l'époque du vitrail : c'est
saint Michel, l'archange plus cher encore à Jeanne d'Arc
que les vierges Catherine et Marguerite, saint Michel qui
lui inspira la libération de la France et qui lui enseigna
les moyens de l'accomplir.
L'image du célèbre protecteur de notre pays doit donc
reparaître dans ce beau vitrail, où le quinzième siècle se
révèle avec autant d'évidence dans le choix des sujets que
dans leur gracieuse exécution.
P. LUCOT.
CO.-^TRICXÉVILLE, 15 JUILLET 1885.
©rabaujc Des Hocictés sabantes.
'i^
Comité des travaux historiques. — C'est
sous les auspices de ce Comité, que l'un de ses
membres les plus distingués, M. R. de Lasteyrie,
vient de donner la première livraison de la Biblio-
grapJiie des travaux histoi-iques et archéologiques
publics par les Sociétés savantes de la France. Que
de fois les travailleurs ont déploré de ne pouvoir
connaître la bibliographie des travaux qui sont
contenus dans les Mémoires et les Bulletins d'un
millier de sociétés savantes ! Feuilleter un à un
tous ces volumes, c'était une perte de temps con-
sidérable et une besogne fastidieuse devant
laquelle reculaient les plus courageux. Aussi,
combien d'archéologues n'ont-ils pas publié des
études incomplètes, faute d'avoir pu consulter un
travail analogue, perdu dans les Mémoires d'une
société provinciale ! Combien d'autres ont pour-
suivi la solution d'une question qui avait été ré-
solue avant eux! La nécessité d'une bibliographie
spéciale s'était fait sentir depuis longtemps, et
quelques essais de ce genre avaient été tentés à
l'étranger, par M. le docteur Koner et M. Poole,
en France par MM. A. d'Héricourt, Ulysse
Robert, Octave Teissier, Alexis Bureau, Anthime
Saint-Paul, etc. On pouvait encore, à Paris, con-
sulter les listes de la bibliothèque Mazarine et, à
la Bibliothèque nationale, celles d'un employé
fort zélé, M. Théry, décédé récemment. Grâce à
l'exquise obligeance des conservateurs de ces
deux dépôts, nous avons pu utiliser plus d'une
fois ces précieuses indications et, grâce à elles,
prendre communication de travaux dont nous
aurions toujours ignoré l'existence. Mais ces
diverses ressources d'information étaient bien
incomplètes et tout à fait insuffisantes. La publi-
cation de M. de Lasteyrie va satisfaire les vœux
les plus exigeants et rendre un immense service
aux sciences historiques et archéologiques. Son
travail est divisé en trois parties ; dans la
première, il dépouille tous les recueils les uns
après les autres, en les rangeant par ordre alpha-
bétique de départements et, dans chaque dépar-
tement, par ordre alphabétique de villes. La
seconde contiendra une table par noms d'auteurs
renvoyant aux numéros d'ordre des articles
inscrits dans la première partie. La troisième sera
une table alphabétique des matières renvoyant
également aux numéros de la première partie.
C'est surtout cette dernière section qui devra
être fréquemment consultée. Aussi faisons-nous
des vœux pour que cette Bibliographie, tout
immense qu'elle soit, voie succéder ses livraisons
le plus rapidement possible; la rapidité de l'exé-
cution doublera la reconnaissance des intéressés
envers M. R. de Lasteyrie et le Comité des
travaux historiques.
Société archéologique du Limousin. —
MM. Du Boys, Maurice Ardant et l'abbé Texier
avaient déjà dressé des listes d'orfèvres et d'émail-
leurs limousins. En joignant aux renseignements
recueillis par ces trois laborieux savants, le fruit
de ses recherches personnelles, M. Louis Guibert
a pu dresser un catalogue moins incomplet et
plus précis que ceux de ses devanciers. Sa liste,
qui comprend 426 noms, s'ouvre par celui
d'Ablon, au VI<= siècle et se clôt par celui de Jean-
Baptiste II Noalhier, né en 1739. L'auteur a fait
précéder ce catalogue d'une intéressante étude,
intitulée : L orfèvrerie et les orfèvres de Limoges.
On a trouvé, sur divers points du Limousin,
des vestiges dénotant que, dès une époque fort
reculée, les habitants de cette province se sont
occupés de la recherche et du travail des métaux.
Aussi loin que le regard puisse remonter dans
le passé de Limoges, on voit les bassiniers, les
fondeurs, les forgerons, les balanciers, les clou-
tiers, les couteliers, former une bonne partie de
sa population.
A côté de ces ouvriers, apparaissent de bonne
heure les artistes. Sous les deux premières races,
Limoges fut un grand centre de production
monétaire; on y fabriquait les coins qui devaient
servir à frapper des flans dans un grand nombre
d'officines secondaires ; là, résidait une population
industrieuse, laborieuse, préparée à la besogne
plus délicate de l'orfèvre par le travail du fondeur
et du forgeron. Là, dans les premières années du
VIP- siècle, un maître renommé, Abbon, qui
exerçait la charge de préposé à la monnaie rovale,
initia aux secrets de son art un apprenti, Éloi,
qui devait devenir le plus célèbre artiste de son
siècle, mais dont il ne reste aucune œuvre vérita-
blement authentique. L'abbaye de Solignac, fon-
dée par Dagobert, à la prière de saint Eloi, forma
une célèbre école d'orfèvres. Au commencement
du X"- siècle, l'abbaye de Saint-Martial rivalisa
avec elle par ses riches productions. La tradition
prétend que, vers cette époque, des négociants
vénitiens auraient établi un entrepôt à Limoges,
ce qui aurait exercé une influence décisive sur le
style, les procédés et les destinées de l'orfèvrerie
514
îRctiuc OC l'art cljrcticn.
limousine. M. Guibert croit que ce sont des mar-
cliands de Montpellier qui établirent un comptoir
à Limoges et que, parmi eux, il y eut, dans les
premiers temps, quelques-uns des Vénitiens qui
avaient fondé une colonie commerciale à Mont-
pellier. L'influence vénitienne, si elle a existé, a
donc été considérablement surfaite. On a voulu
aussi attribuer aux artistes grecs l'honneur d'avoir
révélé aux artistes limousins les procédés de
l'émail. Les découvertes les plus récentes de
l'archéologie ont démontré que l'émail a été
connu de toute antiquité en Gaule et dans les
pays voisins. D'après M. Labarte, c'est l'Alle-
magne qui aurait initié nos artistes auxsecrets de
l'emploi de l'émail, et cet art, au lieu de s'établir
dans le centre de la France, dès le X'^ siècle, n'y
aurait été connu que deux cents ans plus tard.
M. L. Guibert ne partage point cet avis et croit,
avec MM. F. de Verneilh et Darcel, que l'école
de Limoges, très différente de celle d'Allemagne,
ne doit rien à celle-ci.
La première mention certaine d'un ouvrage
émaillé d'origine limousine n'est pas antérieure à
1208. A cette époque, la fabrication des objets à
l'usage des particuliers, des ornements profanes,
des ustensiles de table et des accessoires de toi-
lette, paraît avoir pris un développement assez
considérable; en même temps, les châsses, les
reliquaires, les croix, les crosses, les plaques
émaillés, sont souvent d'un dessin exquis et
attestent une remarquable éducation artistique,
en même temps qu'une souplesse merveilleuse de
burin et de ciseau. Les orfèvres sont organisés
en corps de métier et les noms de quelques-uns
d'entre eux sont aujourd'hui connus.
L'orfèvrerie limousine déchoit au XIV« siècle
pour tomber en pleine décadence au XV*^. C'est
alors que l'industrie limousine se transforme et
que les émau.x peints succèdent à l'orfèvrerie
émaillée. Ils atteignent leur perfection au XVL'
siècle et tombent en décadence dès le commen-
cement du suivant.
Le travail de M. Guibert est accompagné d'un
certain nombre de gravures. L'une d'elles repré-
sente un reliquaire du XII F' siècle, conservé
à l'église des Billanges (Haute-Vienne). L'auteur
dit avec raison que le Limousin, si riche encore en
œuvres de ce genre, en possède peu dont l'aspect
satisfasse aussi complètement lesyeu.x et le goût
et qui n'ait rien à craindre d'une étude attentive.
Société académique de l'Oise. — La deu-
xième partie du tome XII de ses Mémoires con-
tient la fin de V Étude historique et arclu'ologiqiie
sur Saint- Just-en-Chaiissi'e par M. l'abbé Fihan.
L'auteur consacre un long chapitre à la cure et
au.\ édifices paroissiaux. L'ancienne église qui a
servi de paroisse jusqu'en 1870, ne remonte qu'au
XV<= siècle, et n'offre rien de bien remarquable à
noter ; mais elle conserve un monument fort
curieux dont les sculptures doivent faire remon-
ter l'origine au XIF siècle, peut-être même au
XF. C'est une cuve baptismale, en pierre noire,
reposant sur un tronçon de colonne, couronné
par un bandeau rectangulaire que supportent
quatre colonnettes. Sur une des grandes bases du
bandeau sont représentés, en bas-reliefs, deux
animaux assez semblables à des lions. Ailleurs,ce
sont des rosaces, des têtes humaines, d'autres têtes
couvertes de mitres, des palmiers, etc. En raison
du caractère tout particulier des sculptures peu
profondément fouillées et d'un certain faire qu'on
ne retrouve pas dans les ornements des églises
construites en Beauvoisis, aux XF et XIF siè-
cles, M. l'abbé Barraud était porté à croire que
les fonts baptismau.x de Saint-Just ont été faits
par des artistes étrangers.
Société d'archéologie d'Avranches. — Au
moyen âge, un drame liturgique se jouait avec
grande pompe, le jour de Pâques, dans le chœur
de l'église abbatiale du Mont-Saint-Michel. M. Le
Fléricher en rend compte d'après un manuscrit
du XIIF siècle, conservé à la Bibliothèque d'A-
vranches. Voici un extrait de sa notice :
(< Le jour de Pâques, un religieux représentant le Christ
avec une aube teinte de sang, le diadème en tête, avec la
barbe, pieds nus, passait à travers le chœur: « Fratcr gui
eril Dcus luibebit habitian de alba tincta in sanguine, (tint
diadeinatc, etc. Trois diacres, ou les saintes femmes, en
dalmatique, avec l'amict sur la tête, tenant des vases de
parfums, venaient par le bas du chœur et chantaient :
Quis rcvolvet lapidem ab ostio ino?iU!iicn/i f Un autre reli-
gieux, représentant l'ange, vêtu d'une chape blanche, la
palme h la main, la couronne en tête, chantait sur l'autel :
QuoH quteritis ? et les trois diacres répondaient yt'jv/j- de
Nazareth ; puis l'ange .• Xon est /lie. Et l'ange disparais-
sait et les diacres restaient près du sépulcre ouvert. En-
suite deux frères, deux diacres, vêtus de chapes rot'ges,
disaient du fond du sépulcre : (Juid ptoras / et un des dia-
cres ■A2uia tulerunl Doniinuin tneuni, et les deux anges
continuaient: Quem tjuœritisL.. non est Jiie, et les diacres
entraient dans le tombeau, puis les anges s'écriaient: i\'««-
iiate disciptilis qiiod resurrexit. Alors les diacres sor-
taient de la tombe, et le Seigneur, venant par un autre
côté, disait à l'un d'eux : Mulier, ijuid ploras .' Quem qiiœ-
ris f et le diacre comme la .Madeleine répondait: Domine,
si sus/uiisti eiiin, dieito mihi itbi posuisti eum / Le Christ
montrant le crucifix, chantait ce seul mot .Maria / et le
diacre l'appelait maître et se prosternait, mais le Christ :
Noli me tangere, et il donnait sa bénédiction, puis se reti-
rait. Le premier diacre, en se relevant, disait : Christus
vivit ; le second : laeeratits est ; le troisième: ergo clausa;
lange, sur l'autel : resurre.xit, et les diacres à haute voix:
resurrexit, puis ils entonnaient le Te Deum.
Société archéologique de Béziers. — M. L.
Noguier signale et décrit une grande croix his-
toriée i)lantée au milieu du cimetière de Mousson
(Aude). Le Christ, imberbe, aux cheveux longs,
est habillé d'un tonnelet. Le sommet de la croi.x se
termine par un oiseau à bec aigu, un pélican sans
Crauaur Des Sociétés savantes.
515
doute. A droite du Christ, on voit le bon larron
sur une croix de dimension beaucoup plus petite:
au-dessus de sa tête, un ange paraît vouloir
défendre son âme contre le démon représenté
par un animal à oreilles saillantes. A la gauche
du Sauveur, deux personnages mal conservés sont
probablement la Vierge et saint Jean. Sur la face
postérieure, la Vierge tenant l'enfant JÉSUS est
supportée par un ange. Deux anges portent une
couronne sur sa tête, tandis qu'à ses côtés deux
autres anges promènent leur archet sur un instru-
ment à cordes. Aux deux extrémités de la branche
transversale de la croix, sont figurés le soleil
et la lune. En dessous de la sainte Vierge, sur le
pilier carré de support, est sculptée la figure de
saint Laurent, tenant en main le gril de son
martyre. Le caractère architectural du monument
accuse la fin du XV"^ siècle ou le commencement
du XVL'. M. de Caumont avait indiqué plusieurs
croix cimetériales, dont la composition est ana-
logue à celle de Moussan, notamment les croix
de Scaer (Finistère) et d'Eroudeville (Manche).
M. Noguier en trouve d'autres exemples à
Champagnac (Creuse), à Coucher)' (Côte d'Or), à
Poma (Aude) et au musée lapidaire de Béziers.
Les croix tombales des XV"=et XVI<= siècles sont
moins rares que les croix cimetériales de la même
époque : celles des siècles antérieurs méritent
d'être signalées, il y en a une au musée de Béziers
qui s'élevait sur la sépulture d'un maître-ès lois,
nommé Matjan. La face postérieure est décorée
d'une croix pattée, inscrite dans un cercle à bour-
relet, orné d'une série de petits modillons ; elle
est cantonnée de fleurs de lis fines, élancées, d'un
beau caractère. M. Noguier l'attribue à la seconde
moitié du XIIL siècle, en se basant sur cette
considération que l'usage des fleurs de lis ne dut
guère s'introduire dans les habitudes sculpturales
du midi de la France qu'après la croisade albi-
geoise.
Société des sciences morales de Seine et
Oise. — Le travail le plus étendu et l'un des
plus remarquables du tome XIV de ses Mctnoircs
est une notice de M. Dutilleux sur un manus-
crit du XVI<= siècle contenant le texte des
statuts de l'ordre de Saint-Michel, appartenant à
la Bibliothèque communale de Saint-Gerrnain en
Laye. Ce précieux manuscrit qui a appartenu
au cardinal de Lorraine, est enrichi d'une reliure
à compartiments de couleurs, dans le goût de
celles adoptées, en Italie, par les deux Maïoli, et,
après eux, par Jean Grolier, trésorier général
sous François I"^"". Une magnifique miniature
représente saint Michel terrassant le démon : c'est
une réminiscence du même sujet peint par
Raphaël pour François I'^'' (salon carré du Lou-
vre). Une deuxième miniature représente le roi
1 lenri II présidant le chapitre de l'ordre de Saint-
Michel. Cette composition, richement encadrée,
rappelle, sans perdre aucunement à la compa-
raison, les œuvres les plus renommées de notre
primitive école française. M. Dutilleux, procédant
par de nombreu.x rapprochements, surtout avec
une miniature de la collection de ]\I. Ambroise
Firmin Didot, conjecture que celles de Saint-
Germain en Laye sont l'œuvre du célèbre peintre
Jean Cousin.
A l'occasion de ce manuscrit, M. Dutilleux a
retracé l'histoire de l'ordre de Saint-Michel et s'est
trouvé amené à parler de l'insigne donné aux
chevaliers par Louis XI et modifié par Fran-
çois Is''. Le collier de l'ordre est souvent gravé,
ou reproduit au repoussé, sur les armures de
cette époque. On le voit également représenté
sur de nombreuses effigies funéraires du XVI^
siècle. Au moment des funérailles, des colliers
en cuivre doré étaient déposés sur le tombeau ou
le catafalque. C'est d'après les indications fournies
par les monuments de l'époque, que M. le comte
de Marsy a pu reconstituer le t)'pe du collier qui
figure dans la collection des ordres militaires,
organisée, avec son utile concours, par la direc-
tion du musée d'artillerie. Malgré toutes les
recherches poursuivies pendant plusieurs années,
M. de Marsy n'a pu encore retrouver un collier
original de l'ordre de Saint-Michel, ce qui peut
s'expliquer par ce fait qu'à la mort de chaque
titulaire, les héritiers ou sa veuve devaient
renvoyer les insignes au roi ou aux officiers de
l'ordre.
Académie de Bordeaux. — M. Léo Drouyn
continue son Essai historique et arcJiéologiqiie sur
la partie de l'ancien diocèse de Bazas qui est ren-
fermée entre la Garonne et la Dordogne. Parmi
les églises qu'il décrit, l'une des plus intéres-
santes est celle de Blazimont, qui, de monastique
est devenue paroissiale. Les sculptures de la
façade occidentale sont les plus belles que le
roman fleuri ait laissées dans le département de
la Gironde, et, rapprochées de celles de l'intérieur,
elles offrent, selon M. Drouyn, un remarqual:)le
ensemble de symbolisme. La porte principale
s'ouvre sous six arcs en retrait retombant sur des
colonnettes couronnées de riches chapiteaux; les
arcs sont couverts de figures en haut relief ou de
palmettes et de moulures flabelliformes. Une
partie de chasse en plusieurs tableaux est figurée
sur la première archivolte. On y voit un homme
au pied d'un arbre, décochant une flèche contre
un oiseau perché sur cet arbre; un chasseur au
repos tenant son chien en laisse; un cerf pour-
suivi par un chien et atteint par la flèche d'un
chasseur; un centaure attaquant un sanglier avec
un épicu ; un chasseur appu}-é sur une lance, etc.
Dans la troisième archivolte, est figuré le com-
5i6
îRctiuc De l'arr cfjrcticn
bat des Vertus et des Vices; les Vertus, revêtues
de longues robes, flottantes dans la partie infé-
rieure et collantes sur le buste et les bras, foulant
aux pieds les Vices, sous la forme de monstres
hideux qu'elles précipitent dans les abîmes; sous
l'un deux s'élèvent des flammes. Les Vertus sont
armées de lances, d'épées et de poignards; celles
de droite seules ont des boucliers. Dans le
sixième arc, quatre anges adorent l'Agneau divin,
placé dans une auréole. Les chapiteaux représen-
tent un homme entre deux oiseaux contournés,
qui se touchent par le bout de la queue et qui
mordent la tête de l'homme, lequel saisit le cou
des oiseaux; un personnage entre deux dragons;
une hideuse figure de démon accroupi; deux
monstres à tête de lion, corps d'oiseaux et
queue de serpent ; un diable aux cheveux
hérissés; un personnage assis entre deux lions,
peut-être Daniel dans la fosse aux lions, etc.
A la corniche qui surmonte le rez-de-chaussée,
on remarque un dragon ailé à tête humaine, un
diable cornu, une tête barbue coiffée d'une mitre,
des têtes d'animaux, etc.
A l'intérieur, les clefs de voûte figurent la
Sainte Vierge tenant l'Enfant-jÉSUS, entourée
de quatre anges adorateurs, l'Agneau portant le
labarum, etc. A gauche, les consoles des colon-
nettes représentent trois têtes de damnés: la
première est celle d'un homme aux yeux hagards,
dont la bouche aux coins abaissés est à moitié
ouverte; la seconde, au milieu, est une tête de
femme pleurant; la troisième est coiffée d'une
couronne; ce puissant de la terre se dévore les
mains. Les consoles de droite offrent aussi trois
têtes, mais d'une expression bien différente. Au
milieu est une tête de femme dont la bouche est
rétrécie au point de ne présenter qu'un très petit
orifice entouré de lèvres saillantes et rondes; les
deux têtes voisines, appartenant à des hommes,
sont calmes, sinon gaies.
« Les sculptures du portail et celles de l'inté-
rieur de l'église de Blazimont, conclut AI. L.
Drouyn, se complètent et forment un ensemble
symbolique dont la clarté doit frapper tout le
monde: à l'extérieur, le combat dans les vous-
sures et les chapiteaux; dans l'intérieur, à droite,
la récompense pour les vainqueurs; à gauche, la
punition pour les vaincus. »
Académie de Rouen. — M. Lefort consacre
une étude à V architecture du XI' au X VI II' siècle
et se plaint avec raison que les architectes n'aient
pas leurs historiens comme les peintres et les
sculpteurs : c'est que l'art de l'architecte échappe
à la compétence de la foule, bien qu'elle soit fort
apte à donner son appréciation sur les édifices
que cet art élève ; mais il faut un apprentissage
même pour lire un plan, et une éducation
spéciale est nécessaire pour en découvrir les qua-
lités. La masse lettrée du public connaît les noms
de beaucoup de peintres de deuxième ordre ; mais
combien de personnes savent-elles que le vieux
Louvre est de Pierre Lescot,et le Palais de Justice
de Rouen, de RouUand le Roux ?
Ce n'est qu'au XII'= siècle qu'apparaissent pour
la première fois,dans les documents, les architectes
laïques ; mais de ceux qui ont échappé à l'oubli,
on ne connaît guère que les noms. Ces artistes
étaient simplement des ouvriers mieux doués
ou plus instruits que leurs camarades, qu'ils
dirigeaient. Les cartulaires et les nécrologes les
appellent ordinairement maîtres des pierres. Wnsi,
au XI 1*= siècle, l'architecte semblait ne s'occuper
que de la pierre : les autres corps de métier ne
relevaient pas de lui. Il était assimilable à celui
que nous nommons aujourd'hui,dans un chantier,
l'appareilleur, car tous les matériaux lui étaient
fournis. Ce n'est que tout récemment , au
XVIIL' siècle, qu'intervient l'entrepreneur. Au
XIII<=, l'architecte est appelé maître de l'ouvrage
et quelquefois maçon du rez ; vers la fin du XIV*
siècle, apparaît la qualification âeiiiaître de l'œuvre
ou des œuvres. Ce titre finit par prévaloir et
fut employé le plus souvent jusqu'au milieu du
XVI II'- siècle. Riais dès le XVI'=, l'invasion des
artistes italiens à Fontainebleau naturalisa la
qualification ^'architecte, que nous voyons déjà
dans l'édition princcps de Vitruve, illustrée par
Jean Goujon.
M. Lefort donne d'intéressants détails sur le
salaire des architectes. Au moyen âge, il consis-
tait en un salaire quotidien, joint à une indemnité
annuelle. Jean de Bayeux, constructeur du cha-
pitre de la cathédrale de Rouen, avait une pen-
sion de 3,200 fr. (valeur actuelle) outre 15 fr. par
jour de travail et 300 fr. pour sa robe, c'est-à-dire
son habillement. J. Alorge, qui bâtit la porte Mar-
tainville, à Rouen, recevait un traitement annuel
de 5,862 fr., mais sans robe. En dehors du salaire
quotidien et du traitement annuel, on accordait
parfois aux œuvres méritantes une récompense
exceptionnelle: c'est ainsi que Roulland le Roux,
auteur du tombeau de Georges d'Amboise, reçut
en 15 10, comme témoignage de satisfaction,
une somme d'environ 1785 fr. (57 livres, 10 sols).
Des indemnités à part étaient allouées pour les
voyages nécessaires : De Chaume, architecte de
la cathédrale de Sens, se rendant à Paris, en 1 320,
pour acheter de la pierre, reçut du chapitre la
somme de 215 francs. Enfin une immunité d'une
nature particulière existait au profit de l'archi-
tecte, pour les travau.x de longue durée. On
mettait gratuitement à sa disposition un local
vaste et spécial, où étaient conservés non seule-
ment les dessins, mais aussi les marchés, les
comptes et même les tracés de la grandeur de
Cratiaur Des Sociétés sauantcs
517
l'exécution.laquelle se faisait quelquefois attendre
pendant un quart de siècle et plus. Un de ses plus
intéressants édifices est la construction du
XVI*^ siècle, qui, à Sens, sert encore aujourd'hui
de bureau à l'architecte de la ville. J. C.
La Société des Antiquaires de Picardie
fêtera l'an prochain son cinquantenaire par une
exposition d'archéologie locale, et par un congrès
historique et archéologique, qui se réunira à
Amiens à l'époque de l'exposition pour discuter
des questions déterminées à l'avance. Cette
session durera 8 jours, et coïncidera avec la séance
publique annuelle de la Société.
Société archéologique de Chauny. — Une
nouvelle société savante vient de se fonder à
Chauny (Aisne), grâce à l'initiative de M. l'abbé
Caron. Cette association se propose de se consa-
crer à l'étude historique, archéologique et scien-
tifique de cette partie du département de l'Aisne,
et met en tête de son programme la publication
avec notes et additions des manuscrits du P.
Labbé.
Société Nationale des Antiquaires de France.
Séance du 3 juin i8S§. — Présidence de M.
Courajod. M.L.MaxeVerly présente deux moules
en schiste ardoisier destinés à reproduire en métal
des enseignes de pèlerinage et pouvant être
rapportés au XI ¥•= siècle, l'un appartenant à M. le
général Meyers, représente la Mort du Pèlerin et
la Délivrance de son âme. L'autre trouvé à
Rennes et appartenant à M. A. Ramé, offre
l'image de l'archange saint Michel pesant les
âmes au jour du jugement dernier.
Séance du 10 juin. — Présidence deM. Courajod.
M. Movvat présente des empreintes d'une pierre
à moules découverte à Rennes et conservée au
Musée archéologique: sur l'une des faces, on voit
les instruments de la Passion; sur l'autre face,
un personnage vêtu d'une sorte de caleçon
court auquel une bourse est attachée : il est
violemment attiré par les mains crochues d'un
personnage dont le corps est détruit ; ce tableau
représente sans doute un damné entraîné dans
l'enfer par le diable. La pierre parait devoir être
rapportée à la fin du XV'^ siècle.
Séance du i^juin. — Présidence de M. Courajod.
M. d'Arbois de Jubainville lit un travail intitulé
« Lugus, Lugones; le Mercure gaulois j}.
M. Flouest lit au nom de M. le comte de la Noè
un mémoire sur « V! Oppidum gaulois en général!).
M. le chanoine Julien-Laferrière communique
deux inscriptions inédites relevées par lui, l'une
au portail de l'église de St-Léger, en Saintongc,
l'autre sur la cloche de la même église; il signale
quelques particularités des églises romanes en
Saintonge, notamment leur réfection partielle au
commencement du XIII'^ siècle et l'emploi du
fer à cheval comme motif d'ornementation. Un
membre dit que ce dernier ornement fait allusion
à des pèlerinages accomplis au tombeau de saint
Martin.
M. E. Mùntz rappelle que M. Grimm a démon-
tré que le cheval du St-Gcorges de Raphaël au
Musée du Louvre était imité de l'un des chevau.x
antiques de Monte Cavallo et qu'il en a conclu
que le tableau de Raphaël était postérieur à
l'établissement du maitre à Rome en 1 507-1508.
M. Mijntz se servant d'un dessin publié par
M. Courajod établit que Raphaël a connu les
colosses de Monte Cavallo par l'intermédiaire de
Léonard de Vinci dans l'atelier duquel ce dessin
a été exécuté et que le St-Geoiges du Louvre doit
en conséquence être daté de 1 504 et non de
1507- 1508.
Séance du ijjuin. — Présidence deM. Courajod.
M. de Geymuller présente les épreuves photo-
graphiques des dessins d'un architecte français
conservés à la Bibliothèque royale de Munich ;
d'après des indices certains, il les restitue à Du
Cerceau; ces dessins représentent des monuments
vus par l'auteur dans un voyage qu'il aurait
exécuté en Italie vers 1575.
M. Germain Bapst annonce que des fouilles
viennent d'être exécutées à Van (Arménie) et
qu'on y a trouvé des monuments de l'art chal-
déo-assyrien dont le travail rappelle celui du
siège de bronze de même provenance acquis par
M. le Mq"'s de Vogué.
M. Flouest donne des détails circonstanciés
sur une sépulture à char gaulois découverte près
de Stuppe (Marne) par M. Counhaye; il commu-
nique des dessins coloriés de la garniture de
bout de timon consistant en plaques de bronze
ciselées à jour et incrustées de cabochons qui
paraissent être en corail, ou peut-être en émail
analogue à celui qui a été signalé dans les
fouilles du Mont Beuvrey par M. BuUiot.
M. de Montaiglon exhibe une espèce d'arma-
ture en fer forgé qu'il suppose avoir servi à main-
tenir la fraise dans le costume des femmes à
l'époque des Valois.
Séance du i'''' juillet. — Présidence de M. Cou-
rajod et de M. Héron de Villefosse. M. de Goy
communique la photographie d'une ^fise au
tombeau de la cathédrale de Bourges. M. Maxe-
Verly présente le dessin d'une roulette de bronze
conservée au Musée de Rouen et destinée à
reproduire en relief sur la terre molle des poteries
les ornements gravés en creu.x sur la tranche.
M. Gaidoz lit une notice sur les monnaies à la
croix roue et à la croix de la Gaule ; il ramène
5i8
Ectiue De rart chrétien.
ces monnaies à un seul type primitif celui de la
roue,(\\x\ est celui des monnaies grecques imitées
par les Gaulois. L'avènement et le triomphe du
Christianisme vinrent donner une signification
nouvelle à ces monnaies, qui paraissaient porter
le signe de la croix chrétienne et assurèrent la
continuation de ce type jusque dans les temps
modernes. M. Courajod lit un mémoire intitulé:
« Documents sur l'histoire des arts et des artistes
à Crémone aux XV"^ et XVP siècles. »
Séances des 8 et ij juillet. — Présidence de
M. Courajod. M. Al. Bertrand communique les
photographies d'une tête de marbre blanc qu'il
a reçue de M. Aug. Nicaise et que l'on croit
provenir des anciennes fouilles exécutées par
Grignon au Chatelet (Haute Marne).
M. Flouest communique de beaux dessins
coloriés d'objets antiques retirés d'un tumulus de
la forêt de Chamberceau, commune de Rivières-
les-Fosses (Haute Marne), notamment une feuille
mince et flexible de bronze façonnée en ceinture.
M. Molinier lit un extrait d'un mémoire de
M. L. Cloquet sur une peinture murale de l'église
cathédrale de Tournai (Belgique).
M. l'abbé Thedenat fait circuler les empreintes
de deux masques moulés sur le visage de deux
enfants défunts (époque romaine).
M. le président présente avec éloge le livre de
M. Ch.de Linas: <( Œuvres de Limoges conservées
à l'étranger et documents relatifs à Fémaillerie
limousine')).
M. Lecoy de la Marche lit une analyse détail-
lée du manuscrit du XIV^ sièle conservé à la
bibliothèque de Naples, De arte illuminandi. M.
de Barthélémy achève la lecture du mémoire de
M. de la Noè sur Y Oppidum gaulois en général.
Séance du 22 juillet. — Présidence de M. Cou-
rajod. M. Collignon communique la photographie
d'une sculpture trouvée sur la ligne du chemin de
fer de l'Est, près de Gondrecourt, et représentant
une divinité
M. l'abbé Tourct donne divers renseignements
sur trois missels anciens du diocèse d'Elne, offrant
un intérêt archéologique.
M. Lecoy de la Marche achève la lecture de
son étude sur le manuscrit de la liibliothèque
de Naples renfermant le De Arte illuminandi, et ■
donne, d'après ce traité, des explications sur le
broyement des couleurs, sur leur application et
sur les instruments de l'enlumineur.
M. l'abbé Thedenat fait circuler l'estampage
d'une coupe de marbre trouvée près de Cherchell
(Algérie) représentant dcu.x personnages.
Séance du 2Ç juillet. — Présidence de M. Cou-
rajod. M. Mùntz propose une interprétation
nouvelle pour un passage du moine Théophile. Il
signale l'analogie entre l'exécution de la pierre
tombale de Frédegonde, à Saint-Denis, et les
procédés décrits par Théophile au chapitre 12 du
livre II de son traité. M. de Montaiglon fait
observer qu'il serait difficile de fixer la date précise
de ce tombeau, mais qu'il présente les caractères
de l'école romane du XI^ ou du XII<= siècle.
L'Académie d'Arras tenait sa séance publique
annuelle le vendredi 21 août dernier. Un nom-
breu.x auditoire, massé dans le grand salon de
l'Hôtel de Ville, a eu la bonne fortune d'entendre
un très éloquent discours du nouveau président,
M. H. de Mallortie, discours où l'élévation des
pensées s'alliait aux formes les plus pures du
langage. L'orateur a été surtout applaudi, quand
il a démontré que le niveau très bas, où sont
descendus l'art et la littérature modernes, ne doit
pas être imputé aux artistes et aux écrivains, mais
bien aux goûts dépravés d'une clientèle maladive.
Les doctrines de M. de Mallortie ont déjà trouvé
et elles trouveront encore un écho dans la Revue
de r Art chrétien; néanmoins on se demandera
comment un homme de pareille valeur, un Fran-
çais de si haute école, a vieilli dans la direction
d'un collège municipal, au lieu de briller — là
était sa véritable place — dans la chaire d'une
Faculté de l'État.
En rendant compte des travaux de l'Académie,
session 1884- 1885, M. le chanoine Van Drivai
secrétaire-général, a bien voulu adresser un
compliment flatteur à la Revue de l' Art chrétien.
M. Van Drivai, qui a de la mémoire, lorsque tant
d'autres en manquent, n'a pas oublié qu'avant
de s'adonner exclusivement à l'histoire et à la
linguistique, il s'est occupé d'archéologie, et que
le recueil fondé par M. l'abbé Corblet ne lui
marchandait pas la place.
Académie Pontificale d'Archéologie. —
La dernière séance de l'Académie Pontificale
d'Archéologie à Rome a été fort intéressante.
Le R. D. Isidore Carini, sous-archiviste du
Saint-Siège, a parlé de quelques anciens manus-
crits des archives du Ciiapitre de Palcrme, où il
est question notamment d'usages introduits dans
l'ile par les Normands au XL' et auXII"^ siècle.
M. le professeur Armellini a fait ensuite une
communication sur les découvertes qui ont eu
lieu récemment à Sainte-Agnès-hors-les-murs et
sur celles du Forum, près de Sainte-Marie Libé-
ratrice. 11 croit qu'il y avait là jadis un monastère
bénédictin: on a, du reste, mis au jour dernière-
ment en ce lieu une fresque curieuse représentant
le patriarche des moines d'Occident. Un docu-
ment existant dans les archives de Sainte-Anne
de' Funari parle également du monastère comme
florissant encore au XIV'^' siècle. L. C.
i^
'mmsmifmmiSï BibIiog;rapl)te» '^m^smmsuim
LES ARTISTES CELEBRES. DONATELLO,
par Eugène Muntz, in-4", Paris J. Rouam, 29, Cite
d'Antin, 1885.
'ART religieux — je n'entends pas
seulement l'art chrétien, ou plutôt
/'itri appliqué au christianisme —
cherche à idéaliser la nature; le
réalisme s'efforce de la rendre telle
qu'elle est, et, loin d'en dissimuler
les défauts, il ne se gêne pas au besoin pour les
aggraver. Le titre que porte notre Revue —
j'aimerais assez à le modifier dans le sens indiqué
ci-dessus — me dispenserait à coup sûr d'y parler
d'un homme qui, s'il n'inventa pas le réalisme,
en fut au moins l'un des plus zélés apôtres
jusqu'au dernier quart du XV" siècle. Mais, ici,
l'auteur prime le sujet ; M. Mijntz a rendu à
l'archéologie chrétienne de trop éminents services,
pour qu'il nous soit permis de laisser dans
l'ombre aucun ouvrage dû à sa plume. M. MiJntz
— DU taleui avertite casum — écrirait un dithy-
rambe en l'honneur des Carraches, que nous
nous croirions obligé de le mentionner.
Le sculpteur Donato ou Donatello, né et mort
à Florence (1386 — ^1466), était un puissant génie,
chercheur et révolutionnaire, tantôt marchant sur
les traces de l'antique qu'il aimait passionnément,
tantôt livré à ses propres inspirations. Selon le
vent qui souffle, Donatello, tour à tour noble ou
trivial, ascétique, gracieux ou maniéré, passe
brusquement d'un extrême à l'autre; mais, n'im-
porte le parti pris, l'œuvre reste toujours em-
preinte d'un cachet personnel, elle n'a pas besoin
de signature.
Aussi peu chrétien que possible, l'artiste flo-
rentin se montre à l'occasion biblique. Le style
biblique, très distinct du style chrétien, fut plus
tard la principale corde qui vibra dans le cerveau
de Michel-Ange. U opéra del Duo ino commande à
Donatello un saint Jean l'Evangéliste pour
Santa-Maria-de Fiori ; quel personnage éclot
sous la main du statuaire .' L'apôtre de la charité,
le visionnaire inspiré de Patmos.' Nullement, un
Moïse. Lafigure est belle, j'en conviens, sans valoir
à beaucoup près le fougueux législateur hébreu
de Buonarotti. ^L Mùntz trouve que le Moïse de
Sati-Fietro-in Vincoli existe en germe dans le
saint Jean de Florence; c'est aller trop loin: j'y
vois pour mon compte l'accord fortuit de deux
hommes de génie Seulement, Michel-Ange était
imbu de son sujet; Donatello ne se douta pas du
sien, l'^antastiquement accoutré, le David en
marbre du Museo nazionale s'éloigne tout à fait
du cycle biblique; le David en bronze de la même
galerie n'est qu'un Persée venant de décapiter
Méduse. Le saint Pierre et le saint Marc à'Or
San-Michele offrent un grand caractère, leur exé-
cution est irréprochable ; mais on sent Giotto
derrière, et derrière Giotto ! Silence devant
la Judith tuant ce pauvre Holopheriie ; lourde en
dépit de certaines qualités. Je l'ai vue jadis, sans
beaucoup la regarder, dans son merveilleux cadre
architectural, la Loggia de'Lanai.
Il nous faudra retourner à Or San-Mickele
pour payer à Donatello le tribut d'hommage dont
il est vraiment digne. Admirons le saint Georges,
un chef-d'œuvre à mon avis; je n'y mets aucune
restriction. L'Italie, au XV*^ siècle, connut-elle la
plastique byzantine du X"-' ? On peut hésiter à le
croire, d'autant mieux que, au XVIII<^, Gori et
Passeri en ignoraient le premier mot. Néanmoins
ce guerrier, si fièrement campé dans une attitude
calme et majestueuse, me rappelle vaguement
un art favori. Plus savant, plus correct.plus sobre,
que ses prédécesseurs grecs, le Florentin semble
avoir deviné leur style magistral qu'il s'approprie
en le faisant sortir de l'ornière hiératique.
Regrettons sincèrement que Donatello n'ait
pas appliqué aux portes de la sacristie de Sati-
Lorcnco (Florence) la méthode suivie à Or San-
Michelc. A défaut de Bénévent et de Ravello, il
avait vu Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, et
il y puisa son thème. Par malheur les change-
ments introduits dans ce thème laissent fort à
désirer; M. Mijntz en convient de très bonne foi.
Substituer à l'immobilité des couples S}'métriques
un mouvement désordonné, gâte l'etfet général
d'une composition oii chaque figure est indivi-
duellement bonne.
Les bas-reliefs de Saint-Antoine (Padoue) me
plairaient ailleurs qu'à l'église ■ j'en dirai autant
d'une chaire extérieure (Pulpito délia cintola) à
la cathédrale de Prato: des panneau.x de sarco-
phage antique jurent avec la ceinture de la
Vierge.
Les statues romaines, baptisées /rt//-M;-^//t?j- ou
prophètes, à Santa-Maria de' Fiori, sont en géné-
ral bien drapées ; mais ... Je cède la parole à M.
Muntz : « Ce qui domine dans les patriarches et
les prophètes du campanile, c'est l'originalité, la
puissance, l'étrangeté, sur lesquelles l'artiste a
compté pour les faire sortir à jamais de la foule ;
il y a réussi, non toutefois sans que l'impression
religieuse \- ait perdu singulièrement (elle est
RKVTE DE l'art CHKÉTIKN
1885. — 4'"° I.IVKAISO.N.
520
iRcuuc Dc rart cbrcticn.
nulle). Les traits qu'il leur a donnés conviennent
à des malfaiteurs plutôt qu'à des personnages
sacrés, et s'il est une impression que ces figures
soient appelées à produire, c'est celle de la terreur,
non de la vénération. Disons-le bien franche
ment, Donatello s'est ici livré à une véritable
débauche de réalisme. Il a poussé jusqu'à ses
dernières limites son dessein, qui était de pour-
traire, du moins dans deux d'entre elles, des amis
ou concitoyens dont les têtes à caractère l'avaient
frappé. » (p. 23 et 24.)
Le portrait, voilà où excelle notre artiste !
Niccolo de Uzzano revit dans son buste au Musco
nazionale ; un inconnu, dans le buste de saint
Laurent, à la sacristie de San-Lorenzo. Certaines
têtes d'enfants et à' éçWches {saint Jean-Baptiste,
Musée de Faenza, église des Vanchettoni, à
Florence), le profil de sainte Cécile (collection
de Lord Elcho) exhalent un parfum de suavité
hors ligne : ici, pas d'invention, un dessin d'après
nature. En revanche, un ascétisme outré caracté-
rise les statues du Précurseur,au Miiseo nazionale
et au Palazzo Martelli (Florence). La mine de la
seconde — unadolescent — est vraiment hagarde;
le masque de la première — moins jeune — s'em-
preint d'une vulgarité fàcheu.se: puis la maigreur
exagérée de ces figures presque nues! Le Frodro-
mos byzantin montre aussi l'homme « nourri de
sauterelles et de miel sauvage», mais il cache
sous d'amples vêtements une émaciation que l'on
constate sans l'apercevoir : drapé dans son man-
teau, il est superbe, non repoussant!
L'effigie équestre de Gattamelata (Padoue)
accuse un profond sentiment de l'antique ; la tête
de cheval en bronze (Musée de Naples), une rémi-
niscence des célèbres chevaux grecs de Venise.
Prodigue de louanges envers son héros,
M. Miintz lui sert à l'occasion une petite dose de
coups d'épingles. A propos d'une Annonciation
(bas-relief de la chapelle Cavalcanti, à Santa-
Croce, Florence) qui me déplaît souverainement,
l'auteur, parmi des éloges immérités, glisse en
traître quelques mots aggressifs, dont je suis
charmé de reproduire la lettre, attendu qu'ils
rendent exactement ma pensée.
« Marie, avec sa tête ronde et ses cheveux
coquettement relevés, a un air de jeunesse et de
grâce que Donatello n'a que rarement su mettre
dans ce type favori du moyen âge. Dans son
attitude, l'afféterie coudoie la grâce, et la recherche
.se mêle à l'émotion... Abstraction faite du dua-
lisme dans le mouvement, et des plis disgracieux
qu'il produit, la figure de la Vierge est belle,
touchante. » (p. 13 et 14.) Jolie, oui; noble et
touchante, assurément non !
J'ai soupçonné Donatello d'avoir deviné l'esthé-
tique byzantine du X' siècle ; il eut certaine-
ment l'intuition d'un autre art, alors enfoui sous
terre, et que notre temps mit au jour. En com-
parant les deux archers du martyre de saint
Sébastien (plaquette de bronze, collection Ed.
André, à Paris) aux sculptures assyriennes, on
sera frappé du rapport qui existe entre des mo-
numentsd'àges et de provenances si lointains.
Tout pesé, Donatello, qu'il ait bien ou mal
employé des facultés hors ligne, comptera dans
l'histoire pour un «génie prodigieux ». On doit
donc remercier M. Mijntz d'avoir révélé à la
France un artiste qu'elle connaissait à peine.
Moins prolixe que le D'' Hans Semper (Donatello
's Vorlàufer ; Donatello, seine Zcit und Schule),
plus riche en détails que Jacob Burckhardt et
le D'' Wilhelm Bode (Der Cicérone), le livre de
M. Miintz réunit, aux qualités du style et à une
attra\'ante mise en scène, 46 magnifiques illustra-
tions qui suivent les différentes phases du Maître.
Hormis les rêveurs intransigeants, ennemis
acharnés de la Renaissance, preneurs quand même
des dislocations flamandes et germaniques du
XV<^ siècle aux dépens de Raphaël (jeune) et de
Michel-Ange, en attendant qu'ils s'en prennent
à l'illustre Jean Van Eyck, pas un ami des
Beaux-Arts ne bannira le Donatello des rayons
de sa bibliothèque.
Un dernier mot avant de quitter notre sculpteur
florentin. Dans un récent numéro de la Gazette
des Beaux-Arts, M. Emile Molinier consacre à
la collection de défunt Albert Goupil, un article
oi;i le savoir d'un élève de l'Ecole des Chartes
s'allie à la pratique d'un Attaché fort sérieux aux
Musées du Louvre. Goupil ayant légué au Gou-
vernement un buste de saint Jean-Baptiste par
Donatello, qu'aucune œuvre ne représentait chez
nous, W. Molinier en profite pour aborder cet
artiste et le traiter assez cavalièrement. Selon le
critique — il n'a hélas ! que trop raison — la
statue du Précurseur, au Museo nazionale, ^xo<^\i\X.
« l'effet d'une pièce d'anatomie égarée au milieu
d'un musée de sculpture». En revanche, le legs
Goupil ne reçoit guère que des éloges. Je serai
moins indulgent: le sourire béat, la bouche ou-
verte, le masque allongé du saint, me rappellent
un cockney londonien en extase devant la boutique
de Chevet, au Palais- Royal.
HISTOIRE DES PERSÉCUTIONS DANS LES
DEUX PREMIERS SIÈCLES, d'après les docu-
ments archéologiques, par Paul Allard. i vol. in-S";
Paris, Lecoffre, 1885.
Le beau livre, dont j'entreprends l'analyse,
valut à son auteur un Bref très élogieux du
Saint-Père Léon XIII ; mais, à mon pomt de
vue, la lettre qui suit est une récompense encore
plus flatteuse.
IBi&IiograpMc
521
Rome, 9 déc. 1884.
Très cher Monsieur et ami,
Votre beau livre sur les Persécutions est un nouveau
titre, et très éclatant, à la reconnaissance que vous doivent
tous ceux qui aiment ces nobles études et qui sont attristés
de les voir si souvent dénaturées par les productions plus
ou moins savantes des ennemis de l'Église. Vous avez
employé tous les matériaux utiles à tracer de main de
maître les grandes lignes du grand cadre ; et vous y avez
fait entrer toutes les découvertes archéologiques avec la
connaissance qui vous distingue des détails de ces décou-
vertes et de la littérature contemporaine relative au sujet.
Je ne doute pas du succès de votre livre et de la néces-
sité où vous serez bientôt d'en faire une seconde édition.
Vous allez aussi, je l'espère, poursuivre le récit et la discus-
sion critique jusqu'à la paix de l'Église et à Constantin.
Je n'ose pas vous offrir mes services, car la besogne de
tout ce que je traîne de travaux commence à être supé-
rieure h. mes forces : et je suis obligé de sacrifier le com-
merce épistolaire. Néanmoins, si vous avez quelque point
particulier ou détail à éclaircir, je chercherai âne pas faire
défaut à votre appel.
Mille vœux de bonnes fêtes et de nouvelle année, très
cher confrère et ami.
Agréez les sentiments de sympathie, d'estime et de
reconnaissance de
Votre tout dévoué
Jean B' de Rossi.
Le prince de la science, notre maître à tous, a
parlé; en quelques mots sortis du cœur et dénués
de caractère officiel, il a résumé ses impressions. Il
dit à notre ami coinmun : vous avez fait une
œuvre grande et généreuse ; avec un talent hors
ligne, vous avez vengé l'Eglise d'allégations
perfides ou mensongères. Qu'ajouterais-je à cette
vigoureuse esquisse, sinon des glacis qui en
diminueraient l'effet .'
Néanmoins, les conviés à un festin, avant de
goûteraux mets,aiment à en parcourir le menu;or
je n'ai pas vu jusqu'ici \ Histoire des Persécutions
trôner aux étalages des débits de livres, parmi les
fanges de la littérature contemporaine. Les nobles
écrits des Taine et des Dti Camp subissent,
il est vrai, le même ostracisme du kiosque :
oui, mais le public lirait-il ces ouvrages, si on
ne lui en avait pas d'abord mâché la substance.?
Donc, puisque le compte-rendu est une nécessité
de l'époque, acceptons le rôle de proxénète
intellectuel et remplissons-le du mieux qu'il sera
possible.
Les critiques modernes attribuent l'origine des
persécutions à des raisons purement politiques.
La puissance romaine n'avait pas, selon eux, à
intervenir dans les doctrines religieuses de ses
innombrables sujets ; elle les acceptait toutes,
ou plutôt les méprisait toutes; daignant n'y faire
attention que lorsqu'elles lui semblèrent consti-
tuer un péril social. Pourvu que l'on brûlât un
grain d'encens aux pieds de Jupiter Capitolin,
de la déesse Rome et des effigies iinpérialcs, le
souverain ne s'inquiétait guères des divergences
de foi intérieure. M. P. AUard n'est pas d'un avis
que je partageais moi-même avant de recevoir
son volume ; il tend à dégager l'histoire de
préjugés traditionnels, et à démontrer qu'un refus
d'obéissance au.x lois existantes n'entra pour rien
— du moins aux premiers âges — dans les raisons
qui causèrent le massacre de tant d'hommes
inoffensifs. Que nous apprennent Justin, Aléliton,
Athénagore, Théophile d'Antioche, doux et
larges esprits, sans cesse préoccupés, au IP siècle,
des rapports du christianisme avec la philosophie
grecque ; apologistes plus enclins à signaler le
point de contact que l'abîme de séparation? <i Les
chrétiens ne sont pas réfractaires à une civili-
sation organisée. Hormis quelques irréguliers
errant sur les confins du judaïsme ou quelques
rêveurs maladifs, les disciples de JÉ.SUS ne s'isolè-
rent jamais volontairement du courant de la vie
romaine. Ils prient pour l'empereur, pour les
magistrats, pour l'armée, pour tous les pouvoirs
établis, selon le précepte apostolique. Ils paient
l'impôt. Ils font le commerce. Ils servent dans les
légions. Ils reconnaissent les lois, s'adressent aux
tribunaux, portent même leurs causes devant le
souverain. Ils se marient, et les familles chré-
tiennes sont plus fécondes et plus nombreuses
que les unions païennes. Ils travaillent, et le
labeur manuel, méprisé par l'idolâtrie, est réha-
bilité par eux. Ils n'attaquent même pas ouver-
tement les institutions qui, comme la servitude,
répugnent davantage à l'essence du christianisme.
Si les apologies critiquent vivement les cultes
polythéistes, l'audace de leurs traits ne dépasse
point celle de quelques libres esprits du paga-
nisme laissés en repos par l'autorité. Si les
mauvaises mœurs, que favorisait l'idolâtrie, sont
blâmées, c'est un droit incontesté aux moralistes,
n'importe leur religion. Au demeurant, les
écrits des premiers docteurs chrétiens ne révè-
lent aucune trace d'hostilité contre la société
romaine: ils protestent de leur fidélité à ses lois,
de leur gratitude pour ses bienfaits; ils e.xaltent
une civilisation qui donne la paix au monde ; ils
tendent sans cesse à l'empire une main amie.»
Les chrétiens hellénistes ne restent pas seuls
à exprimer de tels sentiments; le grand orateur
africain Terttillien, avec son éloquence âpre et
fougueuse, tient un langage aussi patriotique.
« Les adorateurs du Christ ont, autant que les
païens, intérêt à la stabilité de l'empire ; car, s'il
venait à se dissoudre, tous seraient également
entraînés dans sa ruine. Mais un tel désastre ne
se produira pas: l'empire durera autant que le
monde... Nous savons que la fin des choses
créées est uniquement retardée par le cours de
l'empire. Les chrétiens prient chaque jour pour
l'empire et pour l'empereur. Ouvrez nos livres,
ils sont la parole de Dieu, nous ne les cachons à
personne; vous y apprendrez qu'il nous est
522
IRetiuc De l'art cfjrcticn
ordonné de pousser la charité jusqu'à prier pour
nos persécuteurs: cette règle est fidèlement suivie.
Saintement ligués contre Dieu, nous l'assiégeons
de nos prières, afin de lui arracher^ avec une
violence qu'il aime, ce que nous demandons.
Nous l'invoquons pour les empereurs, pour leurs
ministres, pour toutes les puissances, pour l'état
présent du siècle, pour la paix, pour l'ajourne-
ment de la catastrophe finale. »
Le prenu'er chapitre du livre offre un tableau
magistral, au double point de vue historique et
archéologique, de la situation des Juifs à Rome
sous la d}'nastie presque héréditaire des succes-
seurs immédiats d'Auguste. Favorisés en général,
parfois victimes d'un exil temporaire, les Juifs,
grâce à leur instinct du lucre et à un ardent
prosélj'tisme, jouissaient alors d'une influence
considérable au sein de la Ville Eternelle. Im-
placablement hostiles aux chrétiens, avec qui
l'ignorance populaire se plaisait néanmoins à les
confondre, ils ne perdaient jamais une occasion
de manifester leur haine contre le Crucifié çX. les
partisans de sa doctrine. Nombreux, formant
alors comme aujourd'hui une nation au milieu
d'une autre, surtout enclins à la révolte, les des-
cendants d'Abraham ne ressemblaient pourtant
guères aux disciples du Christ. Quand saint
Pierre vint à Rome, l'an 42, il alla demeurer sur
la Voie Nomentane, fort loin de ses compatriotes.
Or quelle doctrine l'Apôtre avait-il prêchée en
Asie ? « Deum tiinete, regcm honorificah\ servi
subditi estote in oinni timoré doviinis, non taniuvi
bonis et inodestis,sed etiaiii dyscolis.^ Saint Paul
ne disait-il pas aux Juifs convertis de Rome
qu'il fallait payer l'impôt, non seulement par
crainte, mais encore par devoir .' Néron n'aurait
donc eu aucun motif raisonnable à invoquer pour
sa persécution de 64, lui surtout qui venait récem-
ment d'acquitter saint Paul ; le despotisme y
regarde-t-il de si près? un incendie a dévoré les
quartiers les plus populeux de la capitale ; une
multitude de pauvres gens se trouve réduite à la
misère; la plèbe accuse l'empereur et gronde tout
bas en menaçant de crier tout haut. Pour la
première fois depuis son règne, Néron se voit en
butte à l'indignation populaire ; il tremble ; il lui
faut à tout prix un éditeur responsable, des
victimes à jeter en pâture à l'émeute qui peut
éclater. On pense d'alsord aux Juifs, mais les Juifs
sont en haute faveur au palais, et ils détournent
l'orage sur la tête des chrétiens. Le virement
était facile ; tout le monde avait plus ou moins
besoin des fils de Jacob, tandis que les chrétiens,
moralistes gênants et adorateurs d'un supplicié,
vi\aient, au dire de Tacite, sous le poids d'une
exécration universelle. Je ne referai pas le tableau
de meurtres accomplis avec les raffinements d'une
cruauté orientale ; qui n'en a pas lu le terrible
récit? Mais j'engage à le relire dans les pages
émouvantes de M. P. Allard.
La persécution néronienne s'étendit-elle hors
de Rome? De nombreux documents concluent à
l'affirmative ; les provinces virent couler le sang
chrétien en abondance.
De Néron à Domitien, accalmie générale.
Vespasien ne pouvait oublier les services que
plusieurs Juifs lui avaient rendus ; Titus pas
davantage. Alors, la politique romaine confondit
de nouveau les chrétiens avec les sectateurs du
mosaïsme dont, à ses }-eux, ils ne différaient que
par des nuances insaisissables. Un membre de
la famille impériale est même, non sans motifs,
soupçonné de christianisme; l'un de ses fils va
bientôt mourir pour le Christ. L'empire fût pro-
bablement échu aux rejetons de cette branche
chrétienne sans la cruauté versatile de leur parent.
Les débuts de Domitien ne présagèrent pas un
trop mauvais règne; mais les dilapidations du
maître, son orgueil insensé, devaient amener
fatalement une catastrophe. Quand les moyens
extralégaux de pomper l'argent, testaments forcés
et confiscations, furent épuisés, il fallut bien re-
courir à l'impôt; la taxe à la fois nationale et
religieuse du didrachine, que, depuis 70, les Juifs
payaient à leurs vainqueurs, frappe désormais
les citoyens vivant 7nore Ji/daico, circoncis et
incirconcis. Les chrétiens indignés réclamèrent
ou refusèrent ; peu importe ; le bourreau se
chargea de trancher la question. Un cousin de
l'empereur, le père de deux enfants destinés au
trône, le consul Flavius Clemcns, paya de sa tête
une dénonciation de christianisme; Domitilla,
épouse de Clemens, fut reléguée dans l'île de
Pandataria.Le cnmQà'atIu'isine servit de prétexte
à ces condamnations. Domitien, mis en éveil,
chercha d'autres victimes; il renouvela l'édit de
Néron contre les chrétiens, les Juifsn'ayant jamais
été accusés d'athéisme. Pour ne parler que du
plus illustre des persécutés, un ordre d'exil
envoya saint Jean à Patmos.
Malgré son habileté d'exposition, l'auteur
n'arrive pas entièrement à dissimuler le côté
politique des actes de Domitien. Au fond, les
mesures personnelles d'un despote ombrageux;
à la surface néanmoins, une résistance aux lois.
Je ne saurais contester l'injustice flagrante de
ces lois, mais le dura lex, sed /ex, fut, est et sera
toujours un axiome de jurisprudence.
Entre Domitien et Trajan, énorme différence
de tempéraments ; pourquoi s'abandonnèrent-ils
aux mêmes excès? En 1 1 1, Pline, un rhéteur, est
appelé au gouvernement des provinces septen-
trionales de l'Asie Mineure. Quelques délateurs
intéressés signalent des chrétiens au nouveau
légat impérial ; Pline, après hésitation, condamne
IBiblioQïavbic .
523
à mort ces hommes que l'hypocrite couardise de
Néron avait seul mis au ban de la société, puis il
en réfère à l'empereur. L'aiTct du maître est illo-
gique et contradictoire : il ne faut pas rechercher
les chrétiens; si on les dénonce et qu'ils soient
convaincus, punissons-les. En résumé, fermez les
yeux le plus possible ; ne sévissez qu'à la suite
d'aveux formels, uniquement parce qu'il plut
à l'un de nos prédécesseurs d'incriminer une
doctrine religieuse. Ici rien de politique; un triste
aveuglement d'esprit, commun au mesquin neveu
de l'illustre encyclopédiste et à la haute intelli-
gence de Trajan.
Un règne justement célèbre compta de nom-
breux martyrs. Avec les ressources de l'archéo-
logie moderne, M. P. AUard nous les fait passer
en revue. Une seconde Flavia Domitilla, nièce de
Clemens, revient de l'exil pour subir le dernier
supplice ; Nérée et Achillée, serviteurs de la
maison flavienne, le pape saint Clément, Siméon
de Jérusalem, Ignace d'Antioche, bien d'autres,
dont les noms sont inscrits au ciel, éprouvent le
même sort.
Trajan était un véritable romain ; Hadrien,
guerrier prudent, administrateur hors ligne, fut
par-dessus tout un artiste nomade. Exempt de
préjugés vulgaires, Hadrien cependant ne put ou
ne daigna pas annuler les rescrits meurtriers
de son père adoptif. Aux premiers temps du
sceptique empereur, des procédures régulières,
oti il intervient rarement, envoient beaucoup de
chrétiens à la mort : L'examen critique des Actes
de ces victimes forme un chapitre du plus haut
intérêt.
D'abord sourdes et anonymes, les accusations
portées contre les chrétiens prirent ensuite un
effrayant caractère de publicité. Durant le règne
d'Hadrien, ils furent souvent assaillis par la
clameur des foules et par ces pétitions tumul-
tueuses qui commandent à la faiblesse de fonc-
tionnaires insouciants. Une plèbe surexcitée
imputait aux adorateurs du Christ d'abominables
outrages aux mœurs et des faits monstrueux de
cannibalisme. Maints esprits sérieux résistèrent
à l'agitation populaire et ne voulurent pas livrer
des innocents à l'échafaud. D'honnêtes magistrats
s'adressèrent au pouvoir, non pour demander
des ordres, mais pour manifester leurs sentiments.
Hadrien, suivant Méliton et TertuUien, dut
répondre à nombre de gouverneurs qui lui
avaient transmis des mémoires relatifs au.v chré-
tiens. Un proconsul, Quintus Lucius Granianus,
virclarissinius, eut le courage de mander à l'em-
pereur qu'il était inique d'abandonner des têtes
innocentes au.x séditieuses réclamations du vul-
gaire, et de condamner, à cause de leur nom seul
et de leur religion, des hommes qui n'étaient
coupables d'aucun crime. On n'a pas, en original.
l'écrit du digne proconsul, mais l'année suivante
— 124 ou 125 — Hadrien envoyait à Caius
Minucius Fundanus, successeur deGranianus, une
réponse que nous possédons; réponse embarrassée,
laissant une entière latitude aux accusateurs
comme aux juges, et seulement menaçante pour
les calomniateurs.
Malgré les écarts qui distinguent la noble fran-
chise de Granianus de l'attitude gênée de Pline,
et la concision de Trajan du style filandreux
d'Hadrien, un parallélisme évident existe entre
les correspondances. Ce parallélisme a néanmoins
quelque chose de factice qui éveille la défiance,
et l'on a soupçonné que les pièces de l'an 125
étaient une œuvre de faussaire, calquée sur les
lettres de m ; l'auteur garantit la complète
authenticité des premières, et sa cause me semble
gagnée.
Qu'Hadrien ait eu à certaine dose un bon vou-
loir à l'égard du christianisme, sentiment favorisé
par les écrits des apologistes, on n'en saurait
guères douter: mais la trêve dura peu. L'âge et les
soucis aigrirent le caractère de l'empereur; bien-
tôt une cruauté native, momentanément assoupie,
reprit le dessus chez lui. La dernière révolte des
Juifs l'exaspéra, d'autant mieux qu'il ne fut sûr
de vaincre qu'après l'événement accompli. Les
soldats de Bar-Cotziba avaient massacré les
chrétiens de Jérusalem, sujets loyaux de l'empire;
Hadrien n'en tint aucun compte, et la fidélité
éprouva les effets de sa colère aussi bien que la
rébellion. Le sang des disciples du Christ coula de
rechef à flots, témoin le martyre de Symphorose
et de ses sept fils. La relation de ce tragique
épisode, admise déjà dans les Acta sincera de
Dom Ruinart, est discutée par M. Allard avec
une remarquable érudition; rien n'est omis de ce
qui peut en établir la véracité.
Au cosmopolite, artiste, débauché, railleur et
cruel, succèdent deux princes honnêtes; leur tem-
pérament est enclin à la douceur, leur vie privée
est irréprochable : la situation des chrétiens
va-t-elle enfin changer? Non. Écoutons l'auteur.
« Sous Antonin le Pieux et sous Marc-Aurèle,
les rapports des chrétiens avec l'empire romain
restent ce qu'ils étaient sous Hadrien. Aucun
trait de la situation n'est changé : la législation
de Trajan, remise en vigueur par Hadrien,
continue d'être a])pliquéc ; les passions populaires
sont toujours aussi ardentes, les magistrats
toujours aussi faibles ; les apologistes plaident la
cause du ciiristianisme avec un courage qui ne se
dément pas. Malheureusement leur voix, qui
paraît si retentissante à la postérité, ne réussit
pas à se faire entendre des souverains auxquels
ils s'adressent ; ni la bonté un peu banale
d'Antonin, ni la philosophie nonchalante de
Marc-Aurèle, ne se décident à examiner les
524
IRcUue De rart cfjrcticn.
questions que leur soumettent les apologistes :
ils font ou laissent faire des martyrs avec une
sereine indifférence. »
Deux mots : faiblesse, indifférence, résument
en effet la question. Qu'exige-t-on des chrétiens?
Bien peu : un grain d'encens brûlé devant l'effi-
gie impériale. Mais ce peu est un acte public
d'adhésion au culte opposé; ils refusent, et on les
tue. Qu'à un enterrement catholique des Juifs ou
des protestants répugnent aujourd'hui à jeter
quelques gouttes d'eau bénite sur le cercueil, il
ne manquera pas de gens pour crier à l'inconve-
nance : ne doit-on pas se conformer aux usages
reçus .' Juifs et Frères séparés sont logiques en
repoussant un signe extérieur contraire à leur
foi; les chrétiens primitifs ne le furent pas moins
quand ils agirent de la même manière. D'ailleurs
que voir dans l'encens ou l'eau bénite, sinon
une simple formalité religieuse, étrangère à la
législation comme à la politique?
La formalité n'était au fond qu'un prétexte; de
la fange sourdaient des motifs de persécution
plus réels et moins avouables. Les prêtres qui ne
trouvaient pas à revendre la chair des victimes
immolées en l'honneur des dieux, les ministres
charlatans des oracles, privés de clientèle et
réduits à la portion congrue ; tous rivalisent
d'efforts dans une lutte contre l'ennemi de leur
intérêt personnel. Ils fomentent des manifesta-
tions tapageuses, ameutent la populace, et, à
Smyrne, en 155, ils réussissent à jeter en pâture,
aux bêtes de l'amphithéâtre, onze chrétiens de
Philadelphie, à faire périr saint Folycarpe sur un
bûcher. Au siècle précédent, l'orfèvre Démétrius
n'avait-il pas agi de même à Ephèse, quand la
prédication de saint Paul entrava le débit de ses
Dianes .' Depuis lors, l'utopie sociale a souvent
remplacé la Diane comme moteur d'agitation
populaire, mais un individualisme froissé quel-
conque perce toujours au fond de l'émeute.
Les accusations d'impiété suivaient leur cours,
propagées par une philosophie inquiète et jalouse.
Que dit Ca;cilius,ou, si l'on aime mieu.x. Fronton,
se plaignant que « des hommes d'une faction
infâme, turbulente, désespérée, osent convertir au
christianisme des femmes crédules, entraînées
par la faiblesse de leur sexe?» Celse dénonce à
plusieurs reprises les esclaves ou artisans chré-
tiens qui, introduits dans l'intimité des familles,
racontent des merveilles «aux enfants ou au.x
femmes qui n'ont pas plus de raison qu'eux-
mêmes.» Cet apostolat secret, la grande force du
zèle chrétien, irritait profondément les soutiens
du vieux culte. La société païenne aurait-elle
cherché la foi dans une cellule ignorée ou un
recoin de catacombc .? Non certes. Mais un
impalpable réseau l'enveloppait à .son insu ; la
doctrine du Christ y surgissait de tous côtés .sans
que l'on en pût exactement fixer le point de
départ. Cet enseignement à l'ombre gênait beau-
coup les maîtres de l'enseignement public; ils
étaient les plus forts, ils avaient pour eu.x les
sympathies du pouvoir, ils ne reculèrent devant
aucun moyen pour écraser leurs adversaires. Les
calomnies des grammairiens, rhéteurs ou philo-
sophes influèrent sur le sort des chrétiens encore
plus que les rancunes sacerdotales.
Les dix-neuf années du règne de Marc-Aurèle
vont nous montrer ce que l'élévation au trône
peut faire d'un lettré doux et honnête, sans
énergie pour lutter contre l'injustice, dominé par
les pédagogues et dupe d'un charlatan paphlago-
nien. Marc-Aurèle est un écrivain parfumé d'idyl-
lisme, à la façon de Berquin et de Florian ; si
hellénisé, qu'après une harangue militaire mal
accueillie, un officier lui répond. « Tu vois bien
que ceu.x-ci n'entendent pas le grec»; si humain,
qu'il témoigne son horreur envers les jeux san-
glants de l'amphithéâtre, et qu'il réprime leurs
excès : eh bien! cet idéal couronné confirme les
ordonnances de ses prédécesseurs. Il déclare une
fois de plus le christianisme illicite, quelle que
soit l'innocence des individus qui le professent.
Des fléaux incessants accablaient l'empire : au
dehors, les Barbares ; au dedans, les inondations,
la famine et la peste. Tant de maux accumulés
exigent des victimes expiatoires; un cri s'élève :
les chrétiens au.x lions! à mort les chrétiens!
Mieux que tout autre, l'empereur savait à quoi
s'en tenir; néanmoins il n'essaie même pas d'impo-
ser une digue au torrent ou d'éclairer le préjugé : il
incline la tête, sourit tristement, garde le silence
et laisse agir. Avec la sanction officielle du maître
et son approbation tacite, les délateurs eurent
beau jeu, ils en profitèrent largement.
A Rome, sainte Félicité et ses sept fils ouvrent
la marche ; ils sont immolés à la requête de
pontifes jaloux. Suivent le célèbre apologiste
Justin et quelques-uns de ses disciples intimes;
un cynique, Crescens, dont Justin avait maintes
fois humilié l'amour-propre, se vengeait en les
dénonçant : fouettés, puis décapités. En province,
de nombreux chrétiens subissent le dernier
supplice ; d'autres, non moins nombreux, sont
condamnés au.x mines.
La Gaule chrétienne, dont les origines obscures
ne sont pas encore bien éclaircies malgré des
recherches multipliées, s'introduit brusquement
dans l'histoire à la fin du règne de Marc-Aurèle.
En 177, L}'on, la métropole gallo-romaine, voit
torturer, supplicier à l'amphithéâtre ou mourir
dans les fers, une cinquantaine de chrétiens parmi
lesquels brillent, voués à l'immortalité, les noms
d'Attalc, de Sanctus, de Maturus, d'Alexandre,
de la jeune esclave Blandine, de l'évêque
nonagénaire Pothin. L'hécatombe ne se borne
pas à Lyon, elle remonte le cours de la Saône ;
Symphorien d'Autun est le plus célèbre des
martyrs arariens.
Entre juin 177 et mars 180, nouveaux indices
de persécution à Rome. D'illustres patriciens,
Cécile, Valérien, Tiburce, et, converti par les deux
derniers, le greffier Maxime, scellent de leur sang
un attachement inébranlable à la foi du Christ.
J'ai abrégé, on le comprend du reste, un luxe
de détails permis à l'auteur ; il avait des preuves à
fournir, moi je dois m'en tenir aux grandes lignes.
L'antithèse absolue du stoïcien Marc-Aurèle,
Commode, devait au moins suivre les errements
paternels en matière de sang chrétien répandu ;
il n'y manqua pas : l'Afrique, l'Asie, Rome même,
furent encore, sous son règne, le théâtre de nom-
breuses exécutions. Cependant, grâce à l'indiffé-
rence personnelle du prince, grâce surtout à des
influences domestiques , oij la tendre Marcia
figure au premier rang, la situation de l'Église
devint bien meilleure alors que sous le César
précédent. Désireux de flatter Commode en
épargnant les amis de Marcia, certains proconsuls
fermèrent les yeux jusqu'à la tolérance.
La sévérité, montrée à l'égard de Marc-Aurèle
par M. Allard, soulèvera bien des critiques. Une
opinion qui, « pour plusieurs en France, est pas-
sée à l'état de dogme, s'efforce, avec un mélange
d'attendrissement et d'indignation quelquefois
comique, de laver le boïi empereur àc tout soupçon
de sang versé. » Néanmoins l'auteur est im-
partial , et il produit les circonstances atté-
nuantes, même lorsqu'il y croit à moitié. Le
respect des apologistes envers la majesté impé-
riale demeure incontestable. Que maintenant
Théophile s'en prenne aux violences populaires;
que Méliton accuse particulièrement les inagis-
trats; que Tertullien nie l'existence à'cdiis
nouveaux promulgués par l'empereur contre les
chrétiens : il y a du vrai dans tout cela. Mais que le
grand polémiste africain, d'après un document
accueilli avec trop de facilité, prête à Marc-Aurèle
une indulgence relative, dont le miracle de la /eg'io
fu/iuÙMia aurait été cause ; M. Allard, s'insurge
et démontre la fausseté du témoignage invoqué.
Méliton, en style qui sent un peu l'avocat, a
beau dire que Néron et Domitien trompés par
la calomnie ont seuls été malveillants à l'égard
de la religion du Christ. Il a beau rappeler des
rescrits plus ou moins clairs d'Hadrien et
d'Antonin; descendre même jusqu'à la flatterie :
César n'écoute rien, ni raisons, ni prières. Pou-
vait-il au fond réagir contre des préjugés incrustés
dans tous les esprits de l'époque à commencer
par le sien? Ces imputations calomnieuses,
grouillant au sein du peuple, la philosophie de
cour les acceptait sans e.xamen, et, chose assez
singulière, au milieu d'un étalage mensonger, les
sophistes appuyaient notamment sur deux points
rigoureusement exacts : le dédain de la mort, la
croyance à une vie future. Le mépris de la vie,
en honneur chez les chrétiens, scandalisait,
agaçait la haute littérature ; Marc-Aurèle aussi
supportait avec peine une telle idée. Incrédule,
car il n'en parle jamais, au.x bruits vulgaires, il
n'apercevait chez les disciples de JÉSUS que leur
facilité à mourir ; et ce trait étrange, que son
stoïcisme indécis ne savait pas expliquer, suffisait
à le tourner contre eux. Une seule note tracée
par Marc-Aurèle, dans le voisinage du Danube,
montre sa pensée dédaigneuse et superficielle à
l'endroit des chrétiens. Méditant sur la prépara-
tion à la mort, il lui échappe cette parole :
« Disposition de l'âme toujours prête à se séparer
du corps, soit pour s'éteindre, soit pour se disper-
ser, soit pour persister. Quand je dis prête,
j'entends que ce soit par l'effet d'un jugement
propre, non par pure opposition, comme fout les
chrétiens; il faut que ce soit un acte réfléchi,
grave, capable de persuader les autres, sans
mélange de tragique.» « Un tel jugement, conclut
M. Allard , n'était pas d'un prince disposé à
prendre au sérieux les doléances des chrétiens
et à faire cesser la persécution.»
^A Celse, le plus redoutable adversaire que
l'Eglise ait rencontré au.x premiers siècles, au
créateur du fonds, sur lequel ont vécu' et vivent
encore les ennemis du christianisme, le mot de
la fin. Ce néo-platonicien entaché d'épicurisme
montre avec un accent triomphal <;< les Fidèles
traqués de toutes parts, errants, vagabonds,
recherchés parce que l'on veut en finir avec eux. »
Les Celses qui veulent en finir ne manquent pas
aujourd'hui ; ils ont à leur service la parole, la
presse et la force armée, pour accomplir des pro-
jets au moins manifestés en pleine lumière :
mais les Crescens ne manquent pas davantage.
A quoi bon s'en plaindre.? Le Crescens, qui
opère à l'ombre, est de tous les temps. Il portait
jadis la pénuleou le froc, il arbore maintenant
l'épitoge universitaire ou la carmagnole du Ja-
cobin. Le costume s'est inodifié ; envieux, lâche,
égoïste et vindicatif, le caractère reste immuable.
Les persécutions n'étaient pas un sujet neuf;
en France, M. Aube l'avait déjà traité avec une
bonne foi incontestable; cependant, M. Allard a
su en tirer un li\'re neuf L'épigraphic et la topo-
graphie,ces modernes et précieuses ressources de
l'historien, y ont contribué pour beaucoup; sans
les découvertes et les aperçus miraculeu.x de
M. deRossi, l'auteur aurait-il pu nous renseigner
comme il l'a fait sur le sénateur Flavius Clemens,
le pape saint (l\én\cv\\.,\e^ passiones de Faustinus,
Jovita, Calocerus et Afra, l'existence réelle
d'Hermès, les sépultures de Sophia, l'otis, Elpis,
Agape,Symphorose, Félicité, Januarius, Valérien,
526
Ectiiic De r3rt chrétien.
Tiburce et Cécile? Assurément non; prendre la
plume eût été vraiment inutile: le talent ne
s'abaisse pas à récrépir, il construit.
Parlerons-nous du st}-le? Je l'ai fait connaître
entre guillemets, et j'ai tenté à l'occasion de
m'en approprier les formes. Il est digne d'un
lauréat de l'Académie française, d'un — -que la
modestie de M. Allard ne s'effarouche pas trop —
candidat de l'av-enir au fauteuil des Immortels.
Hormis l'imperceptible accroc de Domitien,
la tlièse de M. Allard se soutient sans interrup-
tions.Un despote a besoin de détourner l'opinion,
il proscrit; les autres continuent à persécuter
parce que le premier a commencé. Des calomnies
odieuses, des imputations ridicules servent de
prétextes aux massacres; la raison d'Etat n'y
entre pour rien. Les Persécutions au IIP siècle,
que l'auteur nous promet incessamment, poursui-
vront-elles le même ordre d'idées.-' Des écarts
d'aspect sont signalés à l'avance; « le sang chré-
tien ne coulera plus qu'à la suite de formelles
déclarations de guerre, qui pourront se terminer
par des traités de paix. » Très bien; mais quels
motifs provoquèrent ces guerres intermittentes?
Dioclétien voit — et il a raison — dans le chris-
tianisme un danger pour les vieilles institutions
qu'il veut maintenir à tout prix, danger, au pétrole
et à l'émeute près, comparable aux périls dont
le socialisme menace notre civilisation actuelle.
D'un autre côté, des contraventions, des refus
d'obéir aux lois, des attentats à la propriété, des
incendies allumés par un zèle aveugle; délits ou
crimes punis en tous temps et en tous lieux! que
Dioclétien se soit trompé, que les porteurs osten-
sibles d'insignes défendus, les soldats réfractaires,
les briseurs d'idoles, les destructeurs de temples
aient été exceptionnels ? J'en conviens ; les faits
en subsistent-ils moins.' Comment fera désormais
M. Paul Allard au cas où il voudrait encore
écarter la politique.'' Attendons!
Charles de Linas.
L'IMAGERIE DES SOCIETES DE ST-AUGUS-
TIN ET DE ST-JEAN, EN BELGIQUE.
LA Belgique marche en tête du relèvement de
l'imagerie religieuse et populaire, avec un
entrain et un succès dignes d'éloges. Au premier
rang se maintiennent toujours la Société de St-
Augustin,dont lesiège est à Bruges et à Lille, et
celle de St-Jean Évangéliste, fixée à Tournai. Si
nous sommes devancés par l'étranger, nous ne
nous en plaindrons pas, puisque notre pays est
tombé si bas en fait d'art industriel. Au moins
sachons profiter d'une si fière leçon.
Je tiens à faire connaître en quelques mots les
produits iconographiques des deu.x maisons
Descléc,et surtout aies recommander chaudement
comme elles le méritent. On ne saurait trop
encourager ceux qui rendent de tels services à
l'Église et à l'art.
A qui s'adressent, en principe, ces images? A
la dévotion et aux enfants. Elles sont faites pour
être données en récompense aux sages et aux
travailleurs ou pour stimuler la piété. Les plus
petites se mettent dans les livres qu'on porte
aux offices, oui on les a alors sous les )-eux ; les
plus grandes peuvent s'encadrer et se placer dans
les appartements.
Ce but primordiale! principal est trop modeste :
je lui en veux un autre plus étendu et non moins
utile. Par ces images, il faut atteindre en même
temps l'archéologue et le décorateur. Le savant y
retrouvera ce qu'il aime, l'application pratique de
ses études : passer ainsi de la théorie à la réalisa-
tion n'est-ce pas, d'ordinaire, son plus vif désir?
Pour celui qui sait, comme pour celui qui veut
apprendre, je vois là en germe un vrai manuel
d'archéologie et surtout d'iconographie. On peut
entreprendre des collections peu coûteuses, à ce
double point de vue.
Je ne sais rien de plus propre pour former et
épurer le goût de l'artiste, qui aura là d'excel-
lents modèles, qu'il sculpte, peigne ou décore
simplement. A peu de frais aussi, il se constituera
un album, auquel il devra souvent recourir pour
ses travaux personnels. Que de temps ainsi
épargné à la recherche de documents qu'il aura
constamment sous la main !
J'ai parlé de goût. Il faut avouer que le goût
public est ou dépravé ou inintelligent. Singulière
idée ! En F'rance, c'est ce goût informe et ignare
que nous prenons pour base de nos opérations, et
comme le point de départ est radicalement faux,
jugez ce qui en résulte. On amuse, on n'édifie
pas : on distrait, sans parvenir à instruire. Les
maisons sous le patronage de St Augustin et de
St Jean pensent bien autrement et comme elles
ont grandement raison ! Elles se sont dit : <,( Le
goût est en baisse, relevons-le ; il est généralement
païen, faisons-le chrétien.» Et elles se sont mises
aussitôt à l'œuvre avec activité et persévérance,
groupant autour d'elles les hommes les plus
capables, par leur talent et leurs connaissances
spéciales, démener à bien une si délicate affaire.
Deux moyens ont été choisis de préférence :
le style du moyen âge et la couleur.
La coloration est le perfectionnement de
l'imagerie et, avec les procédés modernes,on arrive
promptement à des résultats très satisfaisants ;
l'image est ainsi vivante aux yeux de tous et
comme la nature, elle échauffe le cœur et pénètre
jusqu'à l'àme. Il est bon de présenter les scènes
et les personnages avec quelque réalité et d'en
faire en quelque sorte un tableau expressif.
15 i 0 1 i 0 g r a p ï) i e
527
L'imagerie noire (') ne doit être qu'une excep-
tion, car elle est nécessairement imparfaite. Je ne
la repousse pas cependant, puisqu'elle est plus
économique, mais il ne faudrait point qu'on
lui accordât sur l'autre une prééminence qui ne
se justifie pas. C'est encore parce côté que nous
romprons résolument avec la tradition française
contemporaine.
La question de style n'est pas à dédaigner.
Dans des contrées oîi dominent les monuinents
en beau style gothique, je conçois qu'on s'en soit
inspiré. Il y avait à cela double avantage : les
types étaient alors moins rares et on donnait de
la sorte facilité de mieu.x apprécier les édifices
au milieu desquels on vit. L'image reporte
nécessairement à l'église, oîi l'on rencontre les
mêmes sujets en peinture et sculpture : par là
s'établit une ingénieuse comparaison et l'on
commence dès lors à déchiffrer les bas-reliefs et
les vitraux devant lesquels on passait auparavant
avec indifférence et sans profit.
La Société de Saint-Augustin, dans ses repro-
ductions, a surtout mis en évidence le XIII"^ et le
XV*^ siècle : elle a bien fait. C'est la date la plus
commune de nos édifices religieu.x et, en s'arrê-
tant au seuil de la Renaissance, elle a indiqué
nettement sa tendance à ne pas adopter l'élément
sensuel et naturaliste.
Copier les miniatures ou les vitraux, tels qu'ils
sont, eût été un tort grave. Cet écueil a été
sagement évité. On a retenu du moyen âge ses
qualités sans ses défauts : une sélection intelli-
gente a mis de côté la raideur et les erreurs
anatomiques, en gardant scrupuleusement la
naïveté, la grâce, l'idéalisme, qui donnent tant
de saveur à l'iconographie du moyen âge. Le
procédé lui-même a été imité autant que possible,
c'est-à-dire des teintes plutôt plates.
Cette imagerie réunit ce caractère multiple :
son dessin est correct et on sent qu'une main
habile a tracé des contours si nettement arrêtés ;
sa coloration est harmonique, tout en étant vivace;
l'ensemble est réellement artistique, contentant
à la fois l'œil et lesprit ; sa composition est
savante, manifestant de sérieuses études sur l'art
et l'iconographie ; les informations ont été
puisées dans l'archéologie même, dont voici
désormais une des applications les plus fécondes;
enfin, cette imagerie est pieuse, puisqu'en elle
tout concourt à faire aimer Dieu et ses saints et
à provoquer des sentiments de foi et de religion.
Un tel résultat, certes, n'est pas mince. Il
équivaut à une mission.
Pénétrons maintenant dans le détail. Les
I. Cette imagerie est \:i s|)éei.ilitt^ de la miisoii Stjeari. Ses dessi-
nateurs appartiennent à l'école de St-Luc et travaillent .sous la
direction du baron Bétliune, son fondateur. Grâce A cette école, il
s'est produit un mouvement considérable en faveur de l'art chrétien.
images de Saint-Augustin et de Saint-Jean,
quant au format, sont de trois sortes : petites,
moyennes, grandes. La composition reste la
même pour toutes, seulement les formes sont
diminuées ou agrandies, suivant la destination.
Quant au type, il est triple également : colorié,
monochrome ou noir. Les images coloriées sont
assurément les plus belles: est-il quelque tableau
comparable, pour la suavité, à la Vierge de Lour-
des ou à la Crucifixion traitée d'une manière si
e.xquise .' L'image monochrome est en or bistré :
c'est sévère, mais riche. Le noir rappelle, à s'y mé-
prendre, les gravures des anciens livres d'heures,
sur fond criblé qui fait détacher en blanc, à l'aide
de simples traits, les motifs qui y sont figurés.
L'iconographie appelle l'attention sur deux
points : les attributs et l'entourage. Chaque saint
est caractérisé, comme il convient, de façon à le
faire reconnaitre,en rappelant les principaux traits
de sa vie. L'entourage comprend trois éléments :
un sol fleuri, symbole de félicité éternelle; un fond
avec dossier, symbole d'honneur et de culte ou un
ciel étoilé,pour exprimer le séjour de la béatitude;
enfin, une arcade, avec des colonnes pour supports,
ce qu'on nommait au moyen âge un tabernacle,
autre motif emprunté au culte liturgique.
Les sujets sont très variés. Voici la vie du
et gjrrairtnr liirga tic
r.'
•iiOici' "Jf iisf. f r nos
ûf raûirc nns asiTiiûrr.
Christ, celle de la Vierge, les apôtres, les saints
de tous les ordres, même la Toussaint. Comme
spécimens du genre de la gravure noire, je
REVUE DE l'aKT CHRÉTIKN.
1885. 4""-' LIVRAISON.
528
îRctiue De rsïrt cfjrcticn.
n'hésite pas à signaler l'arbre de Jessé, la Con-
ception de la Vierge, la IMajesté de Dieu et le
Christ de pitié, quatre t}'pes qu'on a eu la
bonne pensée de remettre en faveur et qui sont
empruntés aux meilleures sources du XV<" siècle
expirant.
J'ai parlé de corrections. Il en est deux qu'il
importe de signaler : à la Nativité, l'enfant
J5
horlus coachwtts.fons aianatua
edo 5um viii .vcritiitî et
.. ._
.vita-.Ticmo vcnit a<)Pa-
trcTn.TiJgi pcrme.(j..ii.xivo> j
Jésus a été habillé, l'Evangile et la convenance
l'exigeaient; la Circoncision a été rectifiée de la
manière la plus chaste. Je félicite sincèrement de
ces améliorations.
Une légende, texte ou nom, parfois sous forme
d'invocation, explique le sujet. Une seule fois,
une image est anépigraphe, par oubli sans doute.
En général, les principes iconographiques
.sont fidèlement observés quant au nimbe, à
l'auréole et à la nudité des pieds. Toutefois, je
relèverai quelques infractions, afin qu'on les
évite ultérieurement. Le nimbe ne convient
pas aux bienheureux à qui l'Église n'accorde
qu'un rayonnement autour de la tête ; par con-
séquent, la B. Marguerite Alacoque et le B.Jean
Berchmans ne peuvent en être gratifiés. Le
nimbe exprime l'état de béatitude parfaite, la
plénitude de la grâce et de la gloire: le Saint
-Siège seul en dispose par la canonisation solen-
nelle. Une charmante image mortuaire représente
l'âme d'une jeune enfant enlevée au ciel par
un ange : or cette enfant est niinbce et aurcolce,
double attribut qui ici n'a pas sa raison d'être,
puisqu'il ne s'agit même pas à\m& sainte (').
I. Cette imnge est toute symbolique : elle a pour objet de consoler
les parents ddsolés par la perle de leur enfant, en leur rappelant
Ste Scolastique est accompagnéed'une colombe
nimbée, enveloppée dans une auréole circulaire ;
cette colombe est son âme. De la sorte ne
pourrait-on pas la confondre avec l'Esprit-
Saint(')? Une retouche serait nécessaire, puisque
le moyen âge n'a pas mis en vogue ce type.
Continuons nos observations. Je désirerais une
plus scrupuleuse exactitude dans les portraits
bien connus de certains saints, comme saint
Charles Borroniée, saint François de Sales, etc. ; je
rétablirais, pour saint Jean Népomucène, l'étole
sur la mozette, pour être d'accord avec les rubri-
ques; je substituerais, pour saint Joseph, les fleurs
d'amandier au lis qui est une invention moderne;
j'ajouterais un nimbe crucifère, comme à Su-
biaco, à l'agneau de Ste Agnès, afin de bien
attester que cet agneau est le Christ, son époux ;
je voudrais que sur l'écusson papal, les clefs
eussent le panneton en haut, car elles sont faites
pour ouvrir le ciel ; enfin, peut-être serait-il à
propos de moins rajeunir quclcjucs piiysionomies,
(|ue la bL^atitudc éternelle est l'apanage des .Tinos c|ui quittent cette
terre revêtues de la robe si pure de l'innocence baptismale.
(N. delaR.)
I. Cette confusion n'est pas à craindre, puisque le nimbe de la
colombe n'est pas orné de la croi.x, caractéristique de la divinité.
(N. delà R.)
116it)Iiograpî)ic.
529
par exemple saint Louis de Gonzague, qui devient
ainsi un enfant et saint Thomas d'Aquin, trop
transformé en adolescent ? Je n'ignore pas que cet
air juvénile exprime mieux l'immortalité qui
rajeunit pour toujours le saint admis au bonheur
éternel, mais ce symbole n'est pas assez ancré
dans la tradition pour qu'on puisse l'adopter
sans inconvénient et, d'ailleurs, ce ne serait pas à
quelques-uns, mais à tous les saints qu'il faudrait
l'appliquer.
Encore quelques mots. Saint Martin coupant
son manteau est représenté en évêque : c'est con-
traire à la tradition iconographique et à l'histoire;
le fait révélant un soldat, le costume militaire était
indispensable ('). La Vierge ne doit pas darder
des rayons de ses deux mains ouvertes : de la
sorte on semblerait vouloir reproduire la médaille
viiraciileitse, basée sur une vision qui n'a pas été
approuvée, et d'ailleurs la Congrégation des
Rites a rigoureusement défendu un tableau de
cette nature, en souvenir de l'apparition. Saint
Gorgon manque de son attribut caractéristique
qui est le faucon sur le poing. Pourquoi deux
nimbes à saint Denis, un à la tête coupée qu'il tient
dans sa main gauche et l'autre au-dessus du cou,
là oia la tête a disparu.' Le nimbe étant fait pour
le chef, là où il n'existe plus, il convient de sup-
primer son ornement qui n'a plus sa raison d'être.
L'Esprit-Saint souffle à l'oreille de saint Grégoire
son inspiration : la colombe divine doit être
perchée sur son épaule et ne pas voler en l'air.
Saint Hilaire ne terrasse pas un dragon dans son
iconographie normale, mais chasse des serpents
de l'île Gallinara; n'oublions pas la tonsure à saint
Pierre, le front chauve à saint Paul, ni l'enfant
jÉSU.s blotti dans le cœur de sainte Gertrude; pas
de chapelet aux mains de saint Antoine de
Padoue,le rosaire franciscain ayant été condamné
par le Saint-Siège. Le vrai type de saint François
d'Assise est une croix dans la main droite. Gothi-
ciser le chiffre de la Compagnie de JÉ.SUS conduit
inévitablement à le confondre avec celui qu'adop-
tèrent, au X V*-' siècle, les Franciscains, à l'instiga-
tion de saint Bernardin : on ne doit pas s'écarter
du type choisi par saint Ignace (2).
Il est des esprits chagrins et des caractères
mal faits qui se plaisent à dénaturer les intentions
les plus claires et qui s'effarouchent au moindre
mot de critique. La critique prouve exclusivement
l'indépendance du jugement et le désir de voir
perfectionner une œuvre presque irréprochable.
Ce n'est donc ni mauvaise volonté, ni mésestime,
bien au contraire.
1. Le savant auteur de l'article n'ignore pas que l'art du moyen
âge s'affranchissait aisément de la réalité historique, afin de toucher
plus vivement les sentiments pieu.\ des fidèles : c'est ainsi qu'on a
souvent représenté l'apôtre saint Pierre avec la tiare papale, pour
rappeler qu'il a été le prenïier des souverains pontifes, etc.
(N. de la R.)
2. Ce type ne peut pas avoir été le chrisme moderne en vogue
depuis le XVIP siècle. (N. de la R. )
J'ai assez fait l'éloge de la société de Saint-
Augustin pour que ni elle ni sa clientèle ne se
méprennent sur le sentiinent vrai qui m'inspire.
Son imagerie m'a vivement intéressé et je ne lui
marchande pas mon admiration. Mais, puisqu'elle
s'est posée sur le terrain religieux et du moyen
âge, il était de mon devoir de lui rappeler à la
fois les décisions du Saint Siège, au.Kquelles per-
sonne ne peut se soustraire, et les enseignements
de l'archéologie. J'attache une telle importance
à cette imagerie, destinée à être éminemment
]5opulaire, que je tiendrais à ce qu'elle répondît,
de tous points, à l'idéal que nous nous proposons
et qu'elle a presque atteint, à la satisfaction de
ceux qui unissent dans une même affection
l'Eglise et l'art chrétien.
LE TOMBEAU DU CARDINAL DE TULLE,
A SAINT-GERMAIN LES BELLES, par René
Fage; Limoges, Ducourtieu.x, 1885, in-8° de 16 p.
Hugues Roger, abbé bénédictin de Saint-Jean
d'Angely, fut nommé évêque de Tulle, en 1342
et, la même année, créé cardinal prêtre du titre
de Saint-Laurent in Daiuaso.W mourut en 1363 et
fut inhumé à Saint-Germain en Limousin, où un
chapitre fut fondé en son nom, postérieurement
à son décès et en exécution d'un legs. M. Fage
raconte sommairement sa vie. Il aurait pu y
ajouter ce détail qu'en 1351, il fut représenté en
pied au soubassement du tombeau de Clément
VI, son frère, à l'abbaye de la Chaise-Dieu, en
tête de la famille, comprenant quarante-quatre
personnes (B21II. du Coin, des trav. histor., sect.
d'archéologie, 1884, p. 419). Baluze a conservé
dans ses manuscrits, à la Bibliothèque nationale,
la description de la tombe émaillée du car-
dinal, qui fut brisée à la Révolution. INI. Fage a
reproduit ce texte important, qui mentionne, à
la statue du défunt, un amict historié (fait assez
rare) ; au soubassement, les apôtres, les vertus,
saint Martial et sainte Valérie, des patrons et, en
tête « JÉ.SUS en croix )~>, tandis qu'au.x pieds figure
<< Jésus assis, monstrant son costé ouvert, entre
deux anges dont l'un porte sa couronne, l'autre
la croix et les clous», c'est-à-dire la scène du ju-
gement dernier.
Remarquons l'appropriation de cette icono-
graphie: le sang divin rachète le défunt, qui se
présente avec confiance au tribunal suprême,
escorté des vertus qu'il a pratiquées pendant sa
vie, et assisté de ses patrons et des apôtres dont
il a continué, comme évêque, la mission ici-bas.
Nous remercions sincèrement l'infatigable
archéologue limousin de nous avoir révélé un
document si précieu.K sous le rapport de l'art
local, de l'histoire et de l'iconographie.
530
îRctiuc tic r3rt cbréticn
ARTISTI IN RKLAZIONE COI GONZAGA
SIGNORI DI MANTOVA, RICERCHE E STUDI
NEGLI ARGHIVI MANTOVANI, per A. Bertolotti.
Modena. Vincenzi, 1SS5, in-S'^, de 226 pages.
M. Darcel a établi deux catégories d'archéo-
logues : les voyageurs et les sédentaires. Je serais
tenté d'y ajouter : les pressés et ceux qui ne le sont
pas. Ces derniers n'arrivent jamais à point, mais
ils laissent des manuscrits. Les premiers — le
chevalier Bertolotti appartient à ce groupe —
publient au fur et à mesure de leurs découvertes,
ou du moins, quand ils trouvent leur dossier
suffisamment garni. Ils ont bien raison, car c'est
un moyen sûr et efficace de faire progresser la
science.
L'activité et la fécondité de l'archiviste de
Mantoue sont vraiment prodigieuses. Un livre
succède toujours à un autre et l'inédit en fait le
fond. La mise en œuvre consiste à coordonner et
expliquer les documents.
Les artistes de la cour des Gonzague n'étaient
guère connus. Voici toute une révélation d'archi-
tectes, ingénieurs, mécaniciens, peintres, minia-
turistes, sculpteurs, graveurs, mosaïstes, doreurs,
fondeurs, ferronniers, ivoiriers, tablettiers, musi-
ciens, orfèvres, brodeurs, etc. Peu sont natifs du
duché même : les ducs de Mantoue prennent
presque partout. Rome parait leur principal
centre d'approvisionnement.
Un recueil de textes n'est guère susceptible
d'analyse, glanons-y cependant un peu.
D'abord, faisons honneur à nos compatriotes.
Il y a des français : Jean Macchier, sculpteur en
marbre et ivoire, qui est cité en 161 8 (p. 86-87);
Jeannin Bahuet, de Nancy, peintre, à la date de
1592 (p. 157-158); Nicolas Rogiers, orfèvre de
Paris.en 1604 (p. 99, 185). Les tableaux du Poussin
étaient très recherchés (p. 185).
En fait de flamands, je citerai Rubens (p. 36-38,
167, 169); l'orfèvre Jacques Roymans, d'Anvers,
de 1594 à 1611 (p. 184-186); le peintre Henri
de Honthorst, en 1595 (p. 1 86- 187); le musicien
Guillaume Dillen, en 1621 et 1671 (p. 138-139) ;
l'ingénieur Guillaume Trompette, de Busquoy, en
1603 (p. 147-148) ; le peintre Inigo Grifed, en
1629 (p. 164); l'orfèvre Jodoco Otts (p. 100) ; en
1604, il est question de « diamants trarvaillés à la
flamande pour une rose» (p. loo).
Les de Gonzague aimaient et protégeaient les
artistes. Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient
fait don d'une abbaye aux chantres de la chapelle
papale.
Ils avaient musique de chambre et musique de
chapelle. Suivant l'usage du temps, on y admet-
tait des i. castrati » ou <,< eunuchi » (p. 120, 122,
126, 129, 140) et, quand on en manquait, on en
faisait: « Kdi anni 13 e non è castrato, cio puo
farsi » (p. 141) ; « Ilputtino ha buona voce... et
ha gran desiderio di farsi castrare » (p. 130). Une
seule fois, une femme est mentionnée, parce que
<i la prattica di haver donne che cantano riesce
difficilissima ~» et quand on eut la « Camilluccia >>,
on s'en dégoûta vite, à cause de son avidité :
« di natura avida, arpia che non si satia »
(p. 128).
La mode était aux galeries. La cour de Man-
toue eut la sienne. On y mit d'abord des antiques,
entre autres le célèbre buste de Virgile (p. 80),
pour lequel les archéologues ne se trompèrent
que de nom. Les artistes contemporains fournirent
leurs œuvres et, à défaut des originaux, on se
contenta de copies.
M. Bertolotti a reproduit deux lettres, datées
de Venise du 27 mars et du 19 juin 162 1, signées
<< Aluise Gaetano, maestro di mosaico délia
Sercnissima Republica » (p. 68-69). Dans la
première, il est parlé du portrait en mosaïque du
duc de Mantoue, « havendo io fatto di mosaico
il ritratto di V. A. S. », qui s'est brisé dans le
transport et qu'il remplace par un autre. Dans la
seconde, il rappelle au duc que son père lui
avait commandé des oiseaux en mosaïque pour
mettre à une fontaine, <î;alcuni ugelli di mosaico
per servirsene a certa fontana, potendo dette
mie opère resistere ail' injurie del tempo per il
corso di centenara d'anni ». Il lui en envoie trois
et le remercie d'avoir bien accueilli son portrait :
« il rittratto fatto da me e riuscito di gusto della
V. A. S. » Zani a signalé des travaux de Gaetano,
datés de 1590 a 1617; ils sont signés Cajetanus F,
Notons au hasard quelques passages dignes de
mention au point de vue de l'histoire, des mœurs,
et de la pratique de l'art.
(Page n) Jean Magni écrivait au duc, en 1608,
au sujet de la toile du retable peinte par Rubens
pour la CItiesa nuova, à Rome : ce tableau est
maintenant au musée de Grenoble et l'église des
oraloriens n'en a qu'une copie.
(P. 70). L'ambassadeur à Rome tient au courant
des découvertes: en 1512, il entretient son
maitre de la grande statue du Tibre, qui est au
Vatican.
(P. 75). On demande à Jules Romain : « dui
dessegni che siano belli », pour, « una bella
sepoltura di marmorecon un epitaphio », où sera
enterrée une chienne <i morta di parto ». C'est
vraiment grotesque.
(P. 88). Le célèbre orfèvre Caradosso con-
fectionne un vase « di grande e bella forma,
composto di 49 pezi di cristallo, ligati in
argento dorato e smaltato e intagliato, molto
ben commisse » et, pour mille ducats, ' une
écritoire, (( el piu bel calamaro che sia al età
nostra » (p. 89).
15 i b l i 0 5 r a p f) i c
531
(P. 95). L'horloger Cherubino Parlaro, en 1531,
offre de faire une horloge semblable à celle que
lui avait commandée le pape, qui la garde dans
sa chambre. Le cadran porte six heures (comme
les cadrans de Rome actuellement) et marque
les minutes. A la même époque, Raphaël
dessinait au Vatican des cadrans de vingt-
quatre heures, ce qu'on retrouve encore à Venise
et à Padoue (').
(P. 100). Voici, comme rareté, un « rubis
blanc ». Puis viennent les travaux du tourneur
Cléophas de Donato, qui se font en ivoire et en
baleine, « balena » (p. 108); une boîte à savon,
faite par Mastro de Corni, en 151 1, « un vasello
a tener sapone » (p. 109); un collier en corne, par
Abram, en 1514, « colana de corno bellissima »
(p. iio) ; un coche doré, en 1630, « indorai la
galleria et un cocchio di S. A. » (p. 65) ; « une
couronne de laurier dorée, apposée à la tête du
cercueil }> du musicien Luzasco, en 1607 (p. 132);
les essais en plomb faits sur les médailles : « due
medagli in pionbo délia testa di V. A. stanpate
in su le stanpe di aciaio per vedere se a V. A. vi
fusse inpedimento di cosa nessuna », en 1594
(p. 184) ; les modèles en cire pour l'orfèvrerie,
avant de la fondre, en 1595, « ho fatto tutti li
modelli di cera per li candelcri che riescano molti
belli e sono pronto per gettarli de argento »
(p. 187) ; les travau.x de porcelaine, « lavori de
porcelana », en 1526 (p. 192); les cylindres de
fer-blanc où se roulaient les toiles pour leur
expédition, nommé canons « canonni », à cause de
leur forme, en 1591 (p. 177); les caisses d'embal-
lage, recouvertes de toile cirée, « incerato » et de
toile ordinaire pour que l'eau n'y pénètre pas ;
un orgue d'albâtre, « organo d'alabastro, opra
e.xcellentissima», qui coûta 600 ducats et exigea
huit mulets pour le transport, en 1522 (p. 115) (2).
Ces indications sommaires, qui, en plus d'un
endroit, compléteront le Glossaire archéologique,
montrent suffisamment l'intérêt qui s'attache au
livre de M. Bertolotti, terminé, pour la commo-
dité du lecteur, par une table très détaillée des
matières, et une seconde table réservée aux noms
des artistes, disposés alphabétiquement.
ARTXSTI VENKTI INROMA NE! SECOLI XV,
XVI E XVII, STUDI E RICERCHE NEGLI
ARCHlvi ROMANI, per A. Bertolotti ; Vcnezia,
1884, in-4" de 99 pages.
1. Froissart, dans ses Poésies, décrit ainsi un cadran analogue, en
1393 :
« En ce dyal, dont grans est li mérites,
Sont les heures XXII II descrites ^.
2. En 1863, je signalai, dans la galerie des Inscriptions, au Vatican,
un cippe romain, où est sculpté un intérieur d'atelier. Or, parmi les
objets exposés, figure un petit orgue à tuyaux. Feu M. de Surigny, à
qui je le montrais, en fit un croquis : cela ne lui suffisant p.as, il en fit
prendre un moulage. L'un et l'autre sont inédits ; on les trouvera
dans son cabinet et il est à désirer qu'ils en sortent piomptement au
profit de l'arcliéologie.
M. Bertolotti a entrepris ce qu'on peut nommer
la Bibliothèque des artistes en Italie. Ce volume
s'ajoute à nombre d'autres sur le même sujet et
complète avantageusement la série O.L^ne foule
d'artistes vénitiens y sont signalés : Rome était
un centre d'attraction, et les papes ne se faisaient
pas faute d'y convier les sommités étrangères.
Tous ces documents inédits ont une grande
valeur historique et archéologique. Il y a là
une somme considérable de travail pour avoir
dépouillé tant de registres décompte, mais aussi
une mine pour ainsi dire inépuisable à l'usage de
ceux que ces recherches spéciales intéressent.
On ne peut avoir la main à tout et celui qui
écrit ou feuillette les vieux papiers n'a guère le
temps d'aller courir les églises et les palais pour
constater ce qui y existe encore. J'aurais voulu, à
l'occasion de chaque artiste, une note sur ce que
l'on possède encore de lui : le texte aurait
provoqué la recherche et l'objet subsistant aurait
souvent permis d'apprécier le mérite de l'artiste,
surtout s'il est peu ou point connu. Ce travail de
récension eût été fort long, je n'en disconviens
pas, mais aussi fort utile et pratique,et de la sorte,
certaines notions auraient pu entrer dans les
guides. Par exemple, voici des détails sur l'érection
de l'autel du Saint-.Sacrement à Saint-Jean-de-
Latran, sous Clément VIII; la reconstruction de
l'église de Sainte-Balbine, sous Urbain VIII en
1625 (p. 68) ; la sculpture et la pose du beau
plafond de l'église des Saints-Côme-et-Damien
en 1632 (p. 79).
Je relèverai de-ci de-là quelques détails : deux
artistes français sont nommés : Etienne Furiio,
peintre, qui travailla aux loges Vaticanes en
1562 (2) et restaura les mosaïques d'Orvieto, de
1560 à 1570 (p. 20) ; Antoine Stella, peintre, en
1580 (p. 22) ; puis un ébéniste, Michel de Smidt,
de Bruges, en 1640 (p. ']'6).
Nous trouvons une définition de Va/icoua, qui
est le tableau d'un retable : « Unum quadrum
sive acconam, apponendam supra altare » (p. 22,
ann. 1 577). On y ajoute les armes et le portrait du
donateur : <.< In capite dicte ancone... apponi
facere insignia et arma dicti D. Joannis Francisai,
sculpta in ligno » (ibid.) ; w oltre le altre figure
doveva csservi il ritratto di csso Antonio >> {ibitl.,
ann. 15S2).
Rome fournissait des antiques au monde
entier, Venise s'en enrichit aussi (p. 26, ôj).
En 1519, François Benedetti reçoit 50 ducats
pour une salière de cristal (p. 28) et 25, en 1520,
pour une tasse d'améthyste.
Simplicio Ricio fut chargé de faire un
1. Voir la liste de ses publications dans le Bulletin monumental,
1885, p. 329.
2. Le travail complet des loges monta à 19,000 francs de notre
monnaie (j). 21).
532
Ectiiic De rart cf)céticn.
saint Georges en diamant,au prix de 500 ducats,
en 1522, en collaboration avec François Bene-
detti : «; Un san Georgio a cavallo, con un drago (•)
secondola forma e modello di cera e quai cavallo,
huomo et drago dievo tutti esser fatti e lavorati
de diamanti e di quella stessa grandezza di esso
modello et dieve esser fatti et lavorati, tai diamanti
de relievo et cavo. » Ce texte devra entrer dans le
supplément du Glossaire arcluologique où M. Gay
a omis la taille du diamant en relief et creux.
Les diamants sont parfois de couleur jaune:
« Una gargantilija con dentro 62 diamanti
gialdi >■>, en 1610 (p. 70) : de pointus qu'on les
faisait auparavant (") on les taille en table, « due
diamanti ridotti di ponta in tavola » (1523, p. 30).
En 1459, '^ pape s'en fait une croix, « crucis de
diamantibus » (p. 12).
Vingt-deux écus sont comptés, en 1550, à
Marco Venetiano, « per un calamaio d'ebano,
lavoratod'oro macinato, perservitio délia caméra
di Nostro Signore» (p. 31).
Au XVIe siècle, l'orfèvre François Colonella
mettait dans son contrat qu'il recevrait, en plus
de ses émoluments, « cera, pepe, mance ed altre
cose ordinarie che si suole dare » (p. 36). Le poivre
était rare alors : de là l'usage des épiées.
Le pape offrit à la duchesse d'Urbin, en 1547,
un cheval lurc, dont la housse fut brodée d'or
filé ; tout le harnachement était en velours violet
(p. 50). En 1627, Guillaume Barotta prit un pri-
vilège pour le lamé d'or, qui est encore en grande
vogue à Rome: « modo di battere ori et argenti
per tagliare e filare sulla seta per fare lama d'oro
c d'argento, tagliate ad usanza di Fiorensa e di
Milano» (p. 80).
Urbain VIII, en 1632, commanda un carrosse:
« carrozza coperta di sachetta rossa, e dentro
guernita di veluto cremesino, con chiodatura,
indoratura, frangie e passamano d'oro )> (p. 79),
et Innocent X, en 1650, un riche fauteuil, avec
escabeau, en noyer sculpté (ibid.).
En 1624, Urbain VIII fit faire pour la chapelle
papale des « paramenti d'altari », en « damaschi
d'oro » et, pour les quatre basiliques à visiter dans
l'année jubilaire, en \<. drapi d'oro et d'argento »
(p. 8o)-
1. Ailleurs, il est dit « cavallo, uomo et serpente. 1> Les anciens
textes parlent de môme, ce que n'établit pas le Glossaire archéolo-
gique mx mot dragon. Je ne ferai qu'une citation: en 1649, décrivant
une tombe, Justel dit que la femme a « A ses pieds un serpent ».
Or, c'est « un dragon ou serpent ailé ». (Bull, de la Sue. arch. du
Limousin, 1885, p. 113, 115).
2. Le défaut de connaissances archéologiques donne lieu parfois A
de singulières méprises. Voici comment est appréciée la tiare de Sixte
IV, qui, suivant la coutume du temps, se termine sur sa tombe par
une pierre précieuse en pointe : « En faisant le tour de cette tombe
merveilleuse, j'arrive à la tiare de Sixte IV et je remarque que cette
coiffure, prétendue pacifique autant que m.ajestuouse, se termine,
comme un casque prussien, en pointe pyramidale, luisante et acérée.
Ah ! cette tiare n'est donc pas tout à fait pacifique. 11 y a du Jules II
et du Borgia dans ce bonnet à houppe gueniére. » (Florence et
Home, par l'abbé Deramey, Paris, 1885, in-8", p. 32).
En 1637, France.sco Darduino introduit à
Rome le cristal coulé (•), « introdurre l'arte
di far cristalli e specchi » (p. 82) et, en 1528,
Vincenzo Galera, à Viterbe, son pays natal,
« modo d'imbiancare la cera gialla all'usanza di
Venezia » (p. 83). Le mot Cire, dans le Glossaire
archéologique, ne parle pas du blanchiment, dont
le procédé vient de Venise.
En 1634, les cendres de la célèbre comtesse
Mathilde ayant été transportées à Rome, 2000
écus furent dépensés à son monument dans la
basilique de Saint-Pierre (p. 69).
En 1591, Asprello accommodait l'orgue d'Ara-
celi. Le contrat désigne certains jeux: « li trom-
boni, il tremolante, il fluto, rossignoli » (p. 53).
En 1574, Bernardino Aldighesi, de Vérone,
vitrait le couvent de Monte-Magnanapoli de
verres ronds, < di vetro fatto ad occhi » (p. 50);
on en a encore de curieux spécimens à Saint-
Etienne-le-rond et, en 1 591, le cardinal Camer-
lingue, par un bando, revendiquait le privilège de
faire des lunettes, «qualsivoglia sorte d'ochiali»
pour les héritiers de Jean de Facchinis (p. 51).
L'usage des lunettes était fréquent au XV« siècle,
à en juger par les gravures et les peintures,
mais on les trouve dès le XIV^. M. Gerspach
(L art de la verrerie, p. 177) cite cette épitaphe
de l'an 13 17, qui se voit à Florence et désigne
Salvino d'Armato comme l'inventeur:
QUI GIACE
SALVINO D'ARMATO DEGLI ARMATI
DI FIRENZE
INVENTOR DEGLI OCCHL^LI
DIOGLI PERDONIE A PECCATA
ANNO MCCCXVII
X. B. DE M.
LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE, par
A. Lecoy DE LA Marche, Paris, A. Quantin, 1885.
In-8°, de 357 pp. — Pri.\: broché, 3 fr. 50; cartonné,
4 fr. 50.
LA première partie de l'ouvrage de M. Lecoy
de la Marche concerne les manuscrits ; cette
branche de l'archéologie est approfondie depuis
longtemps ; nous la trouvons ici résumée avec
une grande compétence par l'éminent conféren-
cier de la Sorbomc
La seconde partie offre un intérêt plus vif par
la nouveauté du sujet. L'histoire de l'art charmant
de l'enlumineur (l'auteur l'appelle la miniature,
terme dont il démontre lui-même l'impropriété)
I. D'après M. (jerspach i^Art de la verrerie, p. 309-310), la pre-
mière fabrique ser.ait anglaise et daterait de 1623 ; « en 1673, cette
matière était d'un emploi courant. » Cependant, « en France, la
verrerie de St-Louis, la première en date pour le cristal, ne put le
fabriquer qu'en 1782. » Rome .aurait donc eu une avance considérable
sur notre pays.
T5ibliograpf)ie.
533
n'a été qu'ébauchée par le comte de Bastard,
mort trop jeune pour accomplir cette tâche à
laquelle il semblait réservé. Cependant les études
archéologiques ont accumulé les matériaux, et
le moment est propice pour reprendre l'œuvre
de ce maître illustre. M. Lccoy de la Marche a la
science voulue pour le tenter; toutefois, comme
il nous en prévient, il ne nous offre aujourd'hui
qu'un premier essai, une esquisse, faite au point
de vue de la vulgarisation.
Quelques grandes lignes se dégagent de cet
aperçu, auquel on a reproché trop sévèrement de
manquer de classification et de méthode. Sans
distinguer les écoles régionales, auxquelles il ne
croit guère, l'auteur étudie l'enluminure par
nations; au point de vue chronologique, sa
classification est dominée par la distinction très
nette et très rationnelle entre la phase kicratiqiic
et la phase 7iaturaliste. Dans les premiers temps
l'enluminure exécutée par les clercs dans un but
religieux revêt un caractère essentiellement
mystique ; mais à partir de saint Louis, cet art
délicat se répand dans le monde profane, la
convention est progressivement abandonnée,
l'artiste copie les costumes contemporains, et la
peinture sur vélin mène doucement au tableau sur
bois en honneur à la fin du moyen âge. L'auteur
repousse la théorie de l'influence byzantine,
invoquée à tout propos, et développée naguère
par M. Baes dans un travail que nous avons
analysé dans ces colonnes (V. Revue de l'Art
chrétien, année 1885, p. 368.
L'auteur nous montre le développement graduel
d'un autre caractère des soi-disant miniatures.
La figure entre d'abord dans le délinéament de
la lettre; elle tend à se réfugier dans l'espace
enfermé par les jambages ; bientôt le peintre
agrandit l'initiale pour en faire le cadre des
motifs les plus variés et des scènes les plus
étendues ; la lettrine historiée apparaît, emprun-
tant son sujet au passage du livre qu'elle illustre ;
il n'y a plus dès lors qu'un pas à franchir pour
arriver au tableau pur et simple.
La période gothique inaugure la phase natura-
liste, l'âge d'or de l'enluminure, gloire de l'école
française. La gouache se substitue à l'aquarelle
et le pinceau remplace la plume ; Vhistoire
s'émancipe de la lettrine; le symbolisme se réduit
à un noble idéalisme; enfin le portrait fait son
apparition et devient la grande préoccupation
des artistes.
L'auteur s'arrête à la peinture d'histoire, aux
livres d'heures, au.x camaïeux, et aborde le récit
de la décadence de l'art de l'enluminure qu'a-
mène la Renaissance, et qui conduit à la pein-
ture moderne.
Nous avons tenu à dégager les grandes lignes
de cet intéressant chapitre, pour venger l'auteur
du reproche, qui a été fait injustement à ces pages
si neuves et si intéressantes, d'avoir manqué de
précision. Elles sont illustrées de vignettes assez
bien choisies; mais quelques planches en couleur
eussent été bien mieu.x à leur place qu'une foule
de gravures au trait, dont l'aspect maigre et sec
n'a rien de commun avec l'effet riche et vigou-
reux des ornements dont il s'agissait de donner
des spécimens; les prétendusy(?6--j'//«;7i?en zinc en
donnent au contraire une idée fausse, notamment
dans les \et\.vc5 fi/igrnnces c\. dans les ornements
étoffés d'or et de gouache.
Quant à la reliure, objet du dernier chapitre,
son histoire est bien écourtée. Dans un article
que nous comptons donner prochainement nous
publierons des estampages de plats de reliures en
cuir des XV"-" et X VI^ siècles, qui prouveront quel
intéressant développement on peut donner à cette
matière. L. C.
BIBLIOTHÈQUE DK L'ENSEIGNEMENT
DES BEAUX-ARTS. — Suite (■).
LA librairie Quantin continue à faire paraître,
à de courts intervalles, les intéressants
volumes de sa Bibliothèque de l'enseigueinent des
Beaux-Arts. Nous venons de recevoir trois nou-
veaux volumes de cette collection destinée à
mettre, au niveau de toutes les intelligences et
de toutes les bourses, les premiers éléments de
toutes les branches de l'histoire des arts. Ces
volumes sont:
I. Lart byzantin, par G. Bavet. Dans ce petit
traité de 320 pages, l'auteur fait connaître,
d'une manière claire et succincte, cet art oriental
ou quasi-oriental, qui, comme il le fait observer,
a eu, depuis quelque temps, ses admirateurs
outrés et ses détracteurs. « L'art byzantin, dit-il, a
été tour à tour fort attaqué et fort prôné. Pendant
longtemps on ne s'en est guère occupé que
pour lui prodiguer des épithètes désobligeantes;
le mot même de byzantin, qu'il s'agît de peinture
ou de politique, éveillait aussitôt des idées
fâcheuses. Il était établi qu'on désignait par là
un art qui n'avait créé que des types laids et
disgracieux, et qui, condamné à l'immobilité
dès sa naissance, n'avait su ni progresser ni se
transformer Un point est digne de remarque:
détracteurs et apologistes ont souvent suivi
même méthode; avant de parler des rapports de
l'art byzantin avec les autres arts, beaucoup ne
se donnent pas la peine de l'étudier chez lui et
dans ses œuvres. C'est à cette tâche que sera
consacré ce livre.» M. Bayet remplit heureuse-
ment cette tâche. Le livre I parle de l'art byzantin
I. Voyez ci-dessus, II, p. 305 et 111, p...
534
Ectiut De rart cfjrctien.
avant le VI'^ siècle; le livre II embrasse le VII«
au IX<= siècle; le livre III le IX*= et suivants
jusqu'à l'époquedes croisades; le livre IV l'époque
des croisades jusqu'aux temps modernes; enfin
le livre V est consacré à l'étude des influences
byzantines.
2. Médailles et monnaies, çdir Fk. LenoRMANT.
Résumersousune forme abrégée et qui s'adresse,
non plus aux spécialistes, mais au grand public,
l'histoire des monnaies et médailles envisagée au
point de vue de l'art dans l'antiquité, dans le
moyen âge et dans les temps modernes, tel est le
but que s'est proposé l'auteur de ce manuel,
trop tôt enlevé à la science. Il l'a atteint, et l'on
peut dire que ce petit volume met le lecteur
entièrement au courant de tout ce qui concerne le
côté artistique dans la connaissance des monnaies
et des médailles de toutes les époques.
3. Histoire de la musique, par H. Lavoix, fils.
W. Lavoix fait l'histoire de la musique, et prin-
cipalement des instruments de musique, depuis
les temps les plus reculés jusqu'aujourd'hui.
Le livre premier traite de la musique dans l'anti-
quité; il étudie tous les monuments graphiques,
de quelque nature qu'ils soient, qui peuvent
fournir des données sur la musique des anciens.
Le livre II, consacré au moyen âge, embrasse
l'époque comprise entre le VIII>=et le XVI"^ siècle.
Le livre III fait connaître la musique et les
grands musiciens du XVII« et du XVIII<= siècle
en Italie, en Allemagne et en France. Enfin le
livre IV et dernier parle des modernes.
E. R.
VICTOR GODARD-FAULTRIER. Inventaire
du musée d'antiquités Saint-Jean et Toussaint. —
Angers, in-8°, 595 pages. — Imp. Lacherze et Dolbeau.
— 2= éd. 1884.
DE nombreux travaux justement estimés ont
fait à M. Godard Faultricr une réputation
méritée. Toutefois avant d'examiner l'ouvrage
dont nous avons transcrit le titre, nous devons
dire que ce volume ne répond pas exactement au
but que devait se proposer l'auteur. C'est, en
somme, un catalogue de musée. A ce titre il n'est
nullement pratique, trop lourd, trop volumineux,
d'un prix trop élevé, il ne peut pas servir aux
visiteurs d'un musée, partant n'est pas vendable.
Si au contraire il est rédigé plus particulièrement
à l'intention des personnes qui travaillent dans
leur cabinet, il peut leur fournir de précieuses
indications; il serait, dans ce cas, parfaitement
conçu s'il était terminé par une bonne table
générale de nature à faciliter les recherches.
Malheureusement cette table n'existe pas.
Cet inventaire débuteparuncnoticesurlemusée
dont il catalogue les objets. Nous allons parler
rapidement de cette introduction. Elle apprend
au lecteur que le musée fut fondé le 24 avril
1841 par arrêté du maire d'Angers, M. Farrun, et
que ce n'est que le 29 novembre 1874 que son
administration put prendre possession de la salle
Saint-Jean. « Cette vaste pièce, dit M. Godard-
Faultrier, toute pleine encore des souvenirs chari-
tables du célèbre comte d'Anjou, Henri II, roi
d'Angleterre, et de son sénéchal, n'a pas moins,
dans œuvre, de treize cent cinquante mètres
superficiels. Son rectangle est divisé en trois nefs,
par quatorze colonnes médianes et vingt-deux
colonnes engagées. Ces trente-six fûts à bases
et chapiteau.x encore romans, soutiennent vingt-
quatre voûtes du commencement du XIII<^ siècle
(style Plantagenet) hautes d'environ douze mètres
sous clef A ces vingt-quatre voûtes correspondent
autant de travées qui ont l'avantage de faciliter
le classement de la collection par ordre chrono-
logique, de manière que le visiteur ayant pour
point de départ les travées d'entrée où sont
déposés les plus anciens objets, s'avance dans
l'immense salle jusqu'au fond où se trouvent
classés les plus jeunes.»
Pour notre part, nous apprécions ce mode de
classification. Malheureusement peu de musées
ont un local qui permette de le vulgariser.
Quelques pages plus loin l'auteur attire l'at-
tention sur les si.x travées du fond (côté ouest) et
sur douze colonnes du même côté, dont huit sont
engagées dans les murs et quatre posées dans le
vide. Au-dessus des chapiteaux on voit des croix
peintes, la plupart à double traverse, forme
essentiellement orientale. Monsieur Godard-
Faultrier estime qu'il y a là un problème à
résoudre: il écarte l'idée de croix de consécration
et, visant une brochure de M. Marchegay, pense
que les chevaliers du Temple, qui s'étaient em-
parés de l'aumônerie Saint-Jean, antérieurement
à l'an 1200, ont pu tracer ces croi.x à double
traverse « qui semblent être là comme le cachet,
le sceau spécial de cette milice. » Péan de la
Tuilerie qualifie de chevaliers du Temple les
hospitaliers de Jérusalem. Pourquoi, en en faisant
la remarque, AL Godard-Faultrier n'observc-t-il
pas que ces deux milices ont une origine et une
vie absolumentdistinctes? Les confondre n'est pas
possible, et cependant la confusion a été faite.
Llle vient de ce qu'à l'anéantissement de l'ordre
du Temple, plusieurs de ses biens ont été donnés
aux chevaliers de Saint-Jean.
Quelle est la caractéristique du style Planta-
genet ; c'est ce qu'avec beaucoup de raison,
AI. Godard-Faultrier a pensé devoir dire à ses
lecteurs. Tous ne connaissent pas ce mode d'ar-
chitecture propre à l'Anjou : « C'est notamment
une voûte surhaussée, où le sommet des arcs
diagonau-x est toujours plus élevé que la clef des
lie i fj I i 0 ff r a p f) i e
535
aics-doubleaux et que celle des formerets. Cette
disposition donne de la profondeur aux voûtes
qui, dans ce système, se confondent avec leurs
pendentifs, lesquels se prolongent jusqu'à l'aba-
que des chapiteaux des colonnes établies quatre
par quatre sur plan carré!» Quelle est l'origine
du nom de « Plantagenet » donné à ce style ?
M. Godard-Faultrier répond à cette question :
« Il y a plus de quarante ans que nous crûmes
devoir donner le nom de Plantagenet à notre
architecture angevine : on devine sans peine
qu'elle le doit à cette circonstance qu'elle naquit
et se développa sous les règnes des comtes
d'Anjou, Henri II et Richard Cœur de Lion, rois
d'Angleterre. » Après avoir rapidement étudié
quelques-unes des constructions de l'hôpital,
l'auteur de l'inventaire signale quelques rares ver-
rières du XII'-" siècle aux fenêtres de la chapelle,
puis certaines peintures murales, « lesquelles
gagneraient, sans doute, à être débadigeonnées ».
Nous passons sous silence, ne pouvant faire de ce
compte-rendu un volume entier, le chapitre plein
d'intérêt, qui est consacré à l'aumônerie. La grande
salle Saint-Jean n'a pas cessé d'être « hospita-
lière» ; elle ne reçoit plus de malades, mais elle
donne asile aux épaves du passé. Nous conve-
nons avec l'auteur que des remerciements sont
dus à l'administration qui, sur l'initiative de M. le
conseiller municipal Bouvet « a organisé, pour
les musées, des commissions qui, sans gêner les
franches coudées des directeurs, peuvent au
besoin leur servir d'appui et les éclairer en maintes
circonstances.» Que de municipalités devraient
suivre un pareil exemple!
Il n'y a plus rien à dire du musée Saint-Jean. Il
a comme annexe, sur la rive gauche de la Maine,
les ruines de l'église Toussaint affectées dès 1843
au dépôt «des gros objets d'antiquités pouvant
être plus ou moins bien conservés en plein air.»
En 1028, Girard, chantre et chanoine de l'église
cathédrale d'Angers, commença les constructions
de l'église Toussaint,fortpetite,en forme de trident,
à deux absidioles semi-circulaires. « Elle renfer-
mait un puits dont on voit l'orifice. L'eau du
baptême et du saint sacrifice s'y puisent. La
cathédrale de Nantes possède le sien, il en existait
un également à Saint-Maurice d'Angers ('). »
Dans le cimetière établi à proximité de l'église
Toussaint on a trouvé plusieurs auges sépulcrales.
Une, notamment, renfermant des restes de
chaussures et de vêtements, les débris d'un bâton
de bois, long de i m. 70 que surmontait une croix
grecque en étain. « Ce bâton probablement can-
toral, occupait la droite du défunt. Également
à sa main droite, mais en dehors du cercueil, on
vit un calice d'étain avec pédoncule, en partie
I. Et à Saint-Jean de l'oitiers. 11 yen a un dans la crypte de l'église
souterraine de la Creuse, et dans beaucoup d'autres églises romanes.
brisé. Il était dans un petit creux, formé de gros-
sières ardoises. Toujours en dehors du cercueil,
mais à gauche, vers le nord, on aperçut une autre
petite grotte oii était un vase de verre avec pé-
doncule en pointe, ayant la panse en forme de
gobelet. Cette lampe contenait une substance
durcie et oléagineuse. Point de charbons, ni de
pots thurifères. Tous ces débris sont actuellement
déposés au musée, salle -Saint-Jean.»
Vers 1048, l'aumônerie Toussaint devint un
monastère bénédictin et, en 1128, passa aux
chanoines réguliers de l'ordre de Saint- Augustin,
dont le premier abbé, placé à la tête de ce
monastère vers 1 140, fut un nommé Robert. Dans
sa tombe.découverte en mars 1845, on a rencontré,
entre autres objets, une très belle crosse en cuivre
doré, dont la volute représente un serpent ailé ou
dragon ayant pour langue une petite croix latine.
Nous n'insisterons pas davantage sur l'intro-
duction à l'inventaire du musée Saint-Jean et
Toussaint, elle est très bien faite et l'analyse que
nous en avons donnée démontre assez son intérêt.
L'inventaire se divise en vingt-six parties qui
renferment: les inscriptions; la sigillographie ;
le blason ; la numismatique; la ferronnerie; les
bronzes et cuivres ; les plombs et étains ; les
émaux ; les ivoires ; les bois sculptés; les pierres
sculptées et autres ; les marbres ; les albâtres; la
céramique ; les plâtres ; les peintures ; les verres
et vitraux; les chartes et lettres; les photogra-
phies; les lithographies; les gravures; les vues et
cartes gravées; les dessins, aquarelles, lavis; les
estampages sur papier; les instruments de mu-
sique; l'ethnographie.
La forme de catalogue donnée aux différentes
parties que nous venons d'énumérer, les fait
échapper à une analyse plus complète. D'ailleurs,
chacun y trouvera, selon la nature de ses travaux,
d'utiles indications.
Au point de vue matériel, la direction des
musées d'Angers a fait une bonne innovation.
Elle a créé la «vitrine-portefeuille» dans laquelle
sont exposées chaque mois les reproductions gra-
phiques qui n'ont pu être encadrées. L'inventaire
en fait suite aux divisions déjà signalées et est
suivi de celui des vitrines des châtellenies de
Frémur et Angers.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur
l'inventaire que nous venons d'analyser, il con-
tient encore quelques parties que nous conseillons
au.x travailleurs d'étudier.
En somme, c'est une très bonne source de
renseignements. Il serait bon qu'on fit le même
travail pour tous les musées et tout en insistant
sur les critiques que nous avons cru devoir faire,
nous félicitons M. Godard-Faultrier.
G. C.A.LLIER.
REVUE DE l'art CHRÉTIEN
1885. — 4"'*^ LIVRAISON.
536
îRcuuc ne ract chrétien.
^m ©évioTïîques. '^m
BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE DU COMITÉ
DES TRAVAUX HISTORIQUES. Paris, imp. Nat,
1885, iii-S°, n" I.
J'Y relève deux inscriptions de 1270 et 1282,
à Clennont-Ferrand (p. 15) ; les tapisseries
de St-Pierre de Saumur, que j'ai publiées dans
y Epigrapliie de Alaiuc et Loire {\\e. de saint Pierre)
et que M. Palustre date de 1546 et dit fabriquées
à Tours par Jean Du val (p. 17-18); les statuts
des orfèvres de Poitiers (1456) et le prieuré
d'A vailles, ordre de Saint-Benoît, dont j'ai donné
le texte (p. 19-24, 99-103) ; l'inventaire du
connétablede St-Paul (1476), par MM. Darcel et
Gauthier (p. 24-57) > '^ manufacture de tapisse-
ries de François et Raphaël de la Planche, à
Paris, par Guiffrey (p. 60-76) ; une inscription
de 1449, à Nîmes, par Bondurand (p. 80-82) ;
une clôture de chapelle à la cathédrale deChalon,
dessin de 1499, avec im fac simile, par M. de
Lasteyrie (p. 83-87) ; l'inventaire de Jacques Le
Roy de la Grange, par Lhuillier (p. 103- 1 1 1) ; le
marché pour la construction d'un orgue, à Chalon,
S" I535,par Bénet (p. 102-103); deux basiliques,
dont une avec portique et double abside opposée
(IV*^ siècle environ), à Thélcpte (Tunisie), par
Pédoya (p. 136-149) ; Note sur un ivoire repré-
sentant les litanies de la Vierge, par A. de R'Ion-
taiglon (p. 1 15- II 8).
Je m'arrêterai à ce dernier article pour le faire
rentrer dans le cadre ordinaire de l'iconographie
chrétienne. Page 115, l'ivoire est déclaré « du
XIV'' siècle » ; le procès-verbal du Comité dit
au contraire: <i commencement du XVI'= siècle»,
et c'est lui qui a raison; il n'y a donc là probable-
ment qu'une erreur typographique.
Le sujet représente : en haut, le Père éternel
bénissant et disant : Tota pjilchra es, arnica inea,
et maeula non est in te ; au milieu, la Vierge,
mains jointes et cheveux flottants ; autour, les
attributs qui la proclament créature exception-
nelle dans le monde et annoncée à l'avance par
les prophètes. Ces attributs sont : le lis entre les
épines, la tour de David, le miroir sans tache,
l'ctoile de Jacob, le puits des eaux vives, la cité
de Dieu, la porte du ciel, la plantation de roses,
la tige de Jessé, le soleil, la lune, le cèdre du
Liban, la fontaine scellée et le jardin fermé.
Chaque emblème est expliqué par une inscription,
incomplète ou mal gravée, que M.de Montaiglon
interprète: page 117, « le génitif rose » ne
signifie pas « rosa niystica », mais/Aî^^rt/zo rosœ.
Tous les textes sont empruntés à la liturgie, qui
les a tirés de l'Écriture et non « des litanies »,
qui n'étaient pas encore formulées et qui, d'ail-
leurs, n'expliquent pas une partie des emblèmes,
tels que : Civitas Dei, Eleeta ut sol, Pulchra ut
luna, Cedrus Libani, etc.
Quant au sujet lui-même, il importe de lui
restituer son vrai nom, qui est : La Conception de
la Vierge Marie. Sa vogue commença à la fin du
XV*' siècle, lorsque le pape Si.Kte IV institua
l'office de la Conception, qui devint promptcmcnt
populaire. Je n'en dis pas davantage sur ce motif
iconographique, si fréquemment reproduit au
XVP siècle, surtout dans les livres d'Heures,
parce que M. Maxe-Werly doit en faire l'objet
d'une notice spéciale à propos d'un bas-relief de
l'église inférieure de Bar-le-Duc.
X. B. de M.
gazette archéologique.
Sommaire des n"s 5-6. — 1885.
TEXTE. — Sculptures antiques trouvées à Carthage,
par Ernest Babelon et Salomon Reinach. — Orfèvrerie
bretinmc, par L. Palusire. — Miniatures inédites de l Hor-
tui detieiarum (fin), par R. DE Lasteyrie. — Aiguière en
bronze du musée de Budapest, par É. MOLINIER. — Notice
sur un plan inédit de Rome à ta /in du XIV" sièete, par
Eugène MUNTZ. — Figurittes sardes du Cabinet des mé-
dailles, par G. Perrot. — Chronique.- Académie des
inscriptions et belles-lettres. — Société nationale des an-
tiquaires de France. — Nouvelles diverses. — Bibliogra-
phie. — Sommaires des recueils périodiques.
PLANCHES. — xvil-xviii-xix. Sculptures antiques
trouvées à Carthage. — XX-XXI. Croi.K de Saint-Jean-du-
Doigt. — XXII. Aiguière en bronze du musée de lludapest.
— XXIII. Plan de Rome, miniature du livre d'Heures du
duc Berrj'. — xxiv. Figurines sardes du Cabinet des
médailles.
M. L. Palustre, qui promet une étude sur l'orfè-
vrerie bretonne, signale, en attendant, le calice de
Saint-J ean-du-Doigt, portant ces trois lettres : G.
F. H., qu'il traduit: Guillaume et François Hocain
(deux orfèvres de Quimper) ; et la belle croix
processionnelle du XVL" siècle du trésor de la
même localité, (due peut-être aux mêmes artistes)
dont il donne les deux faces en phototypic.
Monsieur E. Molinier publie une de ces belles
aiguières ou aquamanile Qn bronze, dont d'assez
nombreuxéchantillonsfigurent dans les musées,et
qui constituent de bons spécimens de l'art de fondre
le bronze au moyen âge. Le type dont il s'agit
remonte au XIL' siècle, et représente un centaure.
Il appartient au musée de Buda-Pest. M. Molinier
répudie pour ces sortes d'objet le nom à'aquania-
nilc qui a, au moyen âge, le sens de bassin, plutôt
que d'aiguière ou de vase. Il se livre à une inté-
ressante dissertation sur le sens iconographique
de la forme de centaure donnée à cet objet.
BULLETIN MONUMENTAL.
SOMM.MRE DU N" 3, \IAI-JUL\ 1885.
Le lit du dtie Antoine de Lorraine, au m.usée lorrain de
Nancy, par M. LÉON Germaix, avec deux héliographies •
'Bit)Iiog:rapï)ic
537
— V Église de Saiiit-Jouin-lez-Marnes, par M. Jos. Ber-
THlîLÉ, (premier article). — Inscriptions et devises horaires,
par M. le baron DE Rivières (suite). — Recueil de pein-
tures et sculptU7-es héraldiques, Plouha, Lanloup. N.-D. de
Conforts, etc., par M. P.\UL Chardin, (premier article),
avec une planche et si.\ figures. — Les fouilles de Saint-
fust, par M. P. C.^XAT DE Chizy. — Société française
d'Archéologie. Admission de nouveau.K membres. Nécro-
logie. — Chronique. — Réunion des Sociétés Savantes
à Paris en 18S5. — Verrières de J. Van Osteen. — Le
château de Varaignes. — Fondation de la Société du
musée d'Aubusson. — Une revue Américaine d'Archéo-
logie. — ISiBLIOGRAPHlE. — Artisti subalpini in Roma,
par A. Bertolotti. — Les Anciennes provinces de la
France, par ROLLAND DE Denus. — Le Petit Triatwn,
par G. Des JARDINS. — L'Abbaye de Fontenay près
Caen, par P. C.\REL (avec figures). — Le vieux Toulouse
disparu, par F. Mazzoli. — Contribution to North ame-
rican etîmology.
La galerie des Cerfs au nouveau ]\hisce Lorrain
de Nancy est ornée d'un lit monumental à
baldaquin, provenant du duc Antoine et de sa
femme, Renée de Bourbon, orné des devises et
armes de ses nobles propriétaires, et sculpté avec
beaucoup d'art. M. L. Germain nous fait con-
naître, par photographie et par texte, ce remar-
quable spécimen de l'ancien mobilier français. Il
tire ensuite des registres de comptes conservés
dans le trésor des Chartes de Lorraine les noms
des nombreux menuisiers qui ont travaillé à
le confectionner ; parmi eux figure le menuisier
Mansuy (15 17), qui n'est autre que le célèbre
sculpteur Mansuy Gauvain, lequel commença
par sculpter le bois.
Comme le remarque M. L. Germain, dans cette
œuvre d'artistes indigènes, rien ne trahit l'in-
fluence italienne ni les tendances païennes, moins
générales au début du XVI<= siècle qu'on ne le
croit communément. Il n'est rien de plus naturel
et de plus ingénieux à la fois, que les3'mbolisme
de la décoration du lit du duc Antoine. Elle se
rapporte directement à la désignation des deux
époux, à l'ardeur et à la perpétuité de leur chaste
amour.
Poursuivant l'étude de l'église romane de
Saint-Jouin-les-Mans, M. Berthelé rectifie et
complète ce qui en a été dit jusqu'ici. La façade
est une des belles pages de la sculpture poitevine
du XII'= siècle ; le chevet et une partie du
transept ont été fortifiés au XII^^ siècle. Les
voûtes sont du XIII" siècle, selon M. Berthelé,
non dy XV« siècle, comme l'a avancé M. Ledain.
rkvue archéologique.
Sommaire du n° de janvier-février, 1885.
TEXTE. — Le sceau de Obadyahou, fonctionnaire royal
israélite, par M. Clermont-Ganneau. — Deux stèles de
Laraire (Archéologie gauloise) (suite et fin), par M. Ed.
Flou EST. — Exploration archéologique du département
de la Charente, par M. A. F. Lierre. — Souvenirs du
Caucase, fouilles sur la grande chaîne, par M. G. Bapst.
— Timbres d'amphores trouvés à Mytiline, par M. Al.
SORLIN-DORIGNV. — Xote sur la crosse et sur Paniieau
de fean II de la Cour (VAtibergenville, par M. G. BOUR-
BON. — Deux moules asiatiques en serpentine, par M. Sa-
LOMON Reinach. — Inscriptions grecques inédites de
Haurân et des régions adjacentes (suite et fin), par M.
Clermont-Ganneau. — La poterie des Miraghes et des
tombes des géants en Sardaigne, par M. A. B.\UX. —
Chro}iigue d'Orient, par M. SalOMON Reinach. — Le
Scolie du moine Néophitos sur les chiffres indous, par M.
Paul Tannery. — Bulletin Mensuel de l'académie des
inscriptions. — Société nationale des Antiquitaires de
France, (présidence de M. Guillaume). — Nouvelles
archéologiques et correspondance. — Bibliographie, MM.
A. von Vussow et Laforge.
PLANCHES. — I. Église de St-Amant. Façade. —
II. Eglise de St-Amant. Détails d'architecture. — m.
Fouilles de M. Bapst dans le Caucase, figurine de Bronze.
— IV. Fouilles de M. Bapst dans le Caucase, Bijoux. —
v. Fouilles de M. Bapst dans le Caucase, Bijoux.
Sommaire du n° de mars-avril.
TEXTE. — Trois tombeaux archaïques de Phocée, par
M. WÉber. — L'Église prieurale de Cliampvoux (Nièvre),
par M. H. de Curzon. ~- Le rempart limite des Romains
en Allemagne, par M. G. DE L.v NOE. — Études sur quel-
ques cachets et anneaux de V époque Mérovingienne ( suite),
par M. Deloche. — Les tioms royaux }iabatéens employés
comme noms divins, par M. Clermont-G.^nnEau. — Le
dieu gaulois du soleil et le symbolisme de la roue (suite),
par I\l. H. Gaidoz. — Obsen'ations sur les monnaies à lé-
gendes en pehlvi et p>ehlvi-arabe, par M. Ed. Drouin,
(suite). — Tête antique du Musée Fol, par M. Emile
Duval. — Les Antiquités de Bordeaux, par M. Camile
Jullian. — Bulletin Mensuel de l'académie des Inscrip-
tions. — Société Nationale des antiquaires de France
(présidence de M. Guillaume). — Nouvelles archéolo-
giques et Correspondance. — Bibliographie, M. Schulm-
berger.
PLANCHE.S. — VI. L'Eglise prieurale de Champvoux,
plan. — VII, VIII et ix. Les remparts limites des Romains,
Cartes, plans et profils. — X. Tète antique du musée Fol.
Sommaire du n» de mai.
TEXTE. — Le monument >! Efl.itoun eft Lycaottie et
une imcription hittite, par M. G. Perrot. — ; La seconde
stèle des guérisons miraculeuses découverte à Èpidaure,\fzx
M. S. Rein.\CH. — Cariutères généraux de Parchaïsme
grec, par M. M.4X. CollignON. — Les bronzes de Teli
et le fer en Sardaigne, par M. Clermont-Ganneau.
— Études sur quelques cachets et anneaux de lépoque
Mérovingienne (suite), par M. Deloche. — Nécrologie.
Le comte Alexis Ouvarov, par M. LOUIS LÉGER. — Bulle-
tin mensuel de l'académie des inscriptions. Société natio-
nale des Antiquaires de France (présidence de M. Guil-
laume). — Nouvelles archéologiques et Correspondance.
Bibliographie. — De Perrot.
PL.-\XCHES. — XI. Le monument d'Etlatoun en
Lycaonie, face principale. — xil.Le monument d'Eflatoun
en Lycaonie, face latérale.
Sommaire du n° de Juin.
TEXTE. — Quelqxtes bromes du musée de Tifiis,^?iV
M. G. Bapst. — Mouches et filets, par M. Clermont-
G.\NNE.\U. — Etudes sur quelques cachets et anneaux de
lépoque méroz'ingienne (suke), par M. DELOCHE. — Les
monuments antiques de Rome (suite) par M. E. Muntz. — ■
Le dieu i^aulois du soleil et le symbolisme de la roue (suite),
par M. H. G.\IDOZ. — Observations sur les monnaies â
légendes en pehlvi en pehlvi-arabe (suite), par M. Ed.
538
IRctiuc De rart cï)rcticn.
Drouin. — L! inscription p/téuicieniu de Masoub, par
M. Ci.ermont-Ganneau. — Vin/rodi/clion de la méde-
cine dans le Latin m et à lionu\ par i)/. le Docteur René
Briaie. — Bulletin mensuel del'Acadi^miedesinscriptioiis.
Société nationale des antiquaires de France (présidence
de M. Guillaume). Nouvelles archéologiques et Corres-
pondance. — Bibliographie de M. Camille julian.
PLANCHES. — XIII. Épées du musée de Tiflis. —
XIV. Haches du musée de Tiflis. — xv et xvi. Objets
divers du musée de Tiflis. — xvil. Inscription phénicienne
de Maroulen.
Nous avons parlé en son temps de la découverte
faite à Evreux de la croi.x et de l'anneau de
l'évêquejcanll de laCour d'Auberzenville (XIII^
siècle). On en trouvera de jolies gravures, d'après
les dessins de M. Danet, dans le numéro de
février àe\?iRev2iearc/icologiq!ie.l.di même livraison
contient une belle vue en photot)'pie de l'église
romane de Saint-Amant.
L'église de Champvou.x, perdue dans une
charmante vallée de la Nièvre (près de Chaul-
gnes) remarquable par ses proportions courtes et
élevées, est celle d'un ancien prieuré bénédictin,
dont il ne reste debout que le transept et le chceur.
M. H. de Curzon l'attribue au XI'^ siècle, et fait
remonter au XII'-' les nefs presque entièrement
détruites. Il consacre une description architecto-
nique claire et précise à ce monument antique,
d'arciiitecture simple et presque barbare. Sa
triple abside la rapproche de l'église de Saint-
Autrille près Graçay ; et de ce type est dérivé
celui dont on trouve le plus bel exemple à
Chàteau-AIeillant.
Au point de vue des études générales sur le
symbolisme et l'iconographie, il est utile de
signaler l'article magistral consacré par M. H.
Gaidoz au dieu gaulois du soleil et au symbo-
lisme de la roue, qu'on retrouve notamment dans
les roîulles celtiques.
La grande sculpture grecque ne manque pas
de points de contact avec les œuvres des admi-
rables imagiers de l'époque chrétienne. A ce
titre, et au point de vue des principes généraux à
déduire de l'histoire universelle de l'art, nous
croyons intéressant de signaler la remarquable
conférence par laquelle M. Collignon a ouvert
son cours d'archéologie à la faculté des Lettres
de Paris. Elle avait pour sujet les caractères
généraux de l'archaïsme grec ; M. Collignon y a
donné, avec clarté et élégance, un aperçu des
plus remarquables d'une des grands époques de
l'art.
le règne de jésus-christ.
Sommaire de la livraison d'Avril 1885.
TKXTE. — Cotnmiinications de la Société. (Le Comité.)
— Inauguration de la Société des Fastes de Provence, par
P. Peloux. — Appel en vue du Concours pour iSSç, par
A. DE S. — Le passé, le présent, l'avenir, par F. DE L. —
Dom Joseph de Martinet, par L'aiîbÉ Si.mian. — Bolscne-
Orvieto (Suite), par Mgr BARlilER DE MONTAULT. —
Monument du Kcgne, par A. F. — L'ABBÉ BUREAU. — A.
DE S. — E. DE L. — ]i.SVS-Euc/iaristie ; Soleil des âmes,
par I. B. Bouquet. — Biuiograthie du Rîîgne : Saint
François d'Assise; Tous à Canossa, par A. DES.
ILLUSTRATIONS. XXXVIII. — Dernière Cène, vitrail
de Saint-Etienne du Mont, Phototypie Braun. xxxix. —
Groupes vivants de Campobasso, Héliogravure Uujardin.
XL. — Objets du Musée de Paray, Lampe de Loni, Fron-
ton de Tabernacle, Similigravure Petit. XLI. — L'éternité,
par Rubens, à Madrid, Phototypie Braun. —
En décrivant les sept tableaux du miracle de
Bolsène, peints sur les parois latérales de la
chapelle d'Orviéto, Mgr Barbier de Montault,
sous forme de digression, résume la question des
attributs de la dignité pontificale.
Les archéologues sont déconcertés au sujet de
l'origine et de la raison d'être de la triple couronne
de la tiare. Notre auteur ne fournit malheureuse-
ment pas encore la solution désirée, mais il signale
de nombreu.x documents qui pourront servira la
trouver. Les gants pojitijicanx étaient toujours
blancs, et se portaient avec la chape aussi bien
qu'avec la chasuble. Il n'y a rien à ajouter à ce
sujet au récent et savant travail de M.E.Molinier.
La question du manteau papal s. été développée
par Mgr Barbier de Montault dans la semaine du
cierge (^). Le Bulletin monumental a traité de
l'agrafe {^). 'Le pavillon mériterait une monogra-
phie spéciale, déjà esquissée d'une manière re-
marquable dans notre Revue par M. Charles de
Linas (3). Nous trouvons ici de nouveaux docu-
ments en grand nombre.L'auteur croit qu'on pour-
rait rattacher l'origine du pavillon à Constantin,
qui accorda au pape les insignes souverains.
La France moderne et païenne, issue de la
Révolution, laquelle était issue de la Renaissance,
se prépare à célébrer avec orgueil.en 1889, l'anni-
versaire de la chute d'un régime essentiellement
chrétien. La Société des Œuvres eucharistiques de
Paray-le-Monial a fondé, depuis trois ans déjà, la
Revue : Le Règne de JE S i S-CHRIS T pour pré-
parer une sorte de protestation, faite au nom du
Sacré-Cœur, contre cette solennité hostile, dans
son principe, au Chrlst et à son Eglise. Dès à
présent elle institue un concours international des
sciences, des lettres et des arts pour l'année 18S9,
année qui coïncide avec le second anniversaire
séculaire des promesses du Sacré-Cœur. Des prix
de 10,000, S,ooo, 1000 et 500 francs sont proposés
pour une série de sujets choisis dans toutes les
branches de l'activité intellectuelle : théologie,
philosophie, histoire, économie sociale, politicpie,
sciences, architecture, arts décoratifs, drame,,
poésie, musique. Voici les questions du [programme
qui intéressent les arts.
1. Paris. 1877, t. IX.
2. 1880, p. 695.
3. V. année 1884, pp. s et su v.
1l5it)liograpbic.
539
6" Catégorie. — Architecture.
L. Un .ire de triomphe en l'honneur de la ROYAUTÉ
EUCHARISTIQUE, :\ élever en avant de Saint-Pierre de
Rome, en dégageant la colonnade du Bernin jusqu'au fort
Saint-Ange.
7= Catégorie. — Arts Décor.atifs.
M. Décoration somptuaire d'une basilique déroulant
l'histoire des conquêtes sociales de l'eucharistie.
(.S'inspirer des Victoires de Riibens et des cartons de
Lamyeire. Musée des arts décoratifs.)
N. Rostre d'action de grâce, ex-voto en style salomonien,
sur la montagne de Sion, en regard de l'ancien Temple
(Thème sculptural : à Jehovah, pour le retour des 12 tribus
d'Israël, et l'Arche d'alliance retrouvée).
8" Catégorie. —Drame, poésie.
O. Composition dramatique montrant l'action de la
PRÉSENCE réelle, pour l'apaisement d'une grande crise
populaire. (Genre d'Eschyle ou de Calderon).
9= Catégorie. — Musique.
P. Oratorio à l'Eucharistie triomphante au Ciel, après
le jugement dernier.
Nous avons été les premiers à applaudir bien
chaleureusement à l'œuvre, sublime dans son but,
entreprise par les fervents zélateurs de la dévotion
au Sacré-Cœur de JÉSUS. Mais nous croyons
rêver en constatant dans quelle étrange formule
artistique se résume ici cette œuvre de restaura-
tion chrétienne.
Après avoir inscrit sur sa bannière cette noble
devise : Restauration du règne de Notre-Seignenr
Jésus-Christ, le jour où il s'agit deconfesser solen-
nellement le CHRIST à la face du monde païen par
une manifestation monumentale du génie artis-
tique chrétien, on ne trouve guère pour proclamer
sa gloire, que des accents païens ; on ne conçoit
qu'un trophée aux formes païennes.un monument
qui ne sera, aux détails près,que celui que les Ro-
mains eussent élevé à Jupiter; et parmi toutes les
traditions artistiques si pieuses et si saintes d'une
douzaine de siècles chrétiens, on ne trouve ni un
accent, ni une hymne, ni un monument architectu-
ral, ni un joyau d'orfèvrerie, qui soit digne de glo-
rifier le Seigneur, à l'égal des œuvres des hommes
dont le baptême n'a point anobli les fronts
et purifié les âmes ! Kt, parmi les chrétiens,
ceux qui sont retournés au.x idoles comme
Rubcns, sont estimés meilleurs maîtres à suivre
dans ce grand œuvre, que ceux qui ont peint
à genoux comme l'angélique moine de Fiesole !
C'est luie injure à la civilisation chrétienne, et
nous protestons de toute l'ardeur de nos senti-
ments d'artistes et de chrétiens.
SEMAINE RELIGIEUSE.
La Semaine religieuse de Clerniont nous fait
l'honneur de reproduire en abrégé une partie de
l'article sur les Vases eucharistiques paru dans
notre numéro de janvier dernier. Rien ne nous
paraît plus désirable, que de voir répandre par
la voie des publications religieuses diocésaines,ces
notions si utiles sur la liturgie. Mais il serait juste
envers Monsieur le chan. J. Corblet, auteur de
l'article si aimable envers la Revue, que notre
estimée consœur voulût bien indiquer la prove-
nance de ses extraits. Cuique suuni.
bulletind'histoire ecclésiastique et
d'archéologie religieuse des diocè-
ses de valence, digne, etc.
Sommaire du iso de mai-juin 1885.
Histoire du Cardinal Le Camus,^Ax M. l'abbé Charles
Bellet. — Documents relatif s aux représentations théâ-
trales en Dauphinéde 14SJ à /jj-jjpar M. le chan. ULYSSE
Chevalier, membre n. r. du Comité des travaux histo-
riques et scientifiques.
Sommaire du n° de juillet-aout 1885.
Justine de la Tour-Gouvernet, baronne de Poét-Cétard,
épisode des co)itroi.-erses religieuses en Dauphiné durant
les vingt premiè) es années du X Vil" siècle, par M. le chan.
TOUPIN, aumônier de la Visitation à Romans. — Les
é-i'êques de Saint- Paul-Trois-Châleaux au quatorzième
siècle, par M. le chan. AlbanÎlS, historiographe de l'église
de Marseille. — Notice sur l'église de Notre-Dame du
Bourg, ancienne cathédrale de Digne, par M. le chanoine
Cruvellier, professeur au grand séminaire de Digne. —
Table des matières du tome cinquiè>ne (\%q^-:,). — Chro-
niqice du diocèse de Valence, par le Comité de 'Rédaction.
BULLETIN DES COMMISSIONS ROYALES
D'ARTS ET D'ARCHÉOLOGIE DE BELGIQUE.
M. D. Van de Casteele fait l'historique des
grès-cérames namurois, dont M. H. Schuermans
aie premier admis l'existence, mais qu'on cro}ait
généralement être des produits dinantais. Il
complète ce que M. Van Du}-zc a publié sur J.-B.
Chabotteau, le principal fabricant de vases de
grès à Namur. La façon de Gienzhausen y était
usitée. Chabotteau eut dans cette ville une
poterie entre 1639 et 1650; et son atelier subsista
jusque dans la seconde moitié du siècle suivant.
M. l'abbé G. Van de Vyvere signale deux
pierres tombales d'époque et de caractère bien
différents, qui n'ont de commun entr'elle que la
forme trapézoïdale, forme extrêmement rare,
que l'auteur de l'article ne cherche du reste pas à
expliquer. L'une de ces pierres est peut-être la
plus vieille dalle tumulaire des Flandres; elle se
trouve dans l'église de MuUem près d'Audenarde,
et date de l'époque romane, époque où cette
forme était relativement fréquente. La seconde
se trouve dans l'église collégiale de Tcrmondc et
appartient au X\'L siècle.
L. C.
540
Eeuue De ratt cfjrcticn.
s. JS.-S. ^. .^ .^ ."?- rA;. ,>Ai "
Inîier bibltograplnque.
arcï)cologte etBeauT^:^rts^'^
jTrance.
AUard (Paul). (*) — Histoire des persécutions
DANS LES DEUX PREMIERS SifcCLES, D'aPRIlS LES DOCU-
MENTS ARCHÉOLOGIQUES. — Paris, Lecoffre, i vol.
in-8°, 1S85.
Barbier de Montault (X.). — L'inscription
DE LaGrange-lescou (Tarn-et-Garonne). Montau-
ban, Forestié, 18S5, iivS'', 14 pp. et pi. (Extrait du
BidUtin delà Socirté archéologique de Tani-et-Garonne.)
Barbier de Montault (X.). — Les clochettes
DE Langres et d'Orléans, notes archéologiques.
Montauban, Foresiié, 18S5, in-S^, 3 pp.
Barreau (l'abbé). — Description de la cathé-
drale, DES vitraux de Bourges et des autres
monuments de la ville, 2"= édition, augmentée.
Châteauroux, imp. Majesté, in-8°, 27g pp. et pi. 4 fr.
Bartliéleniy (P.). — François Laurana, au-
teur du monument de Saint-Lazare dans l'an-
cienne cathédrale de Marseille. Marseille, impr.
Barlatier-Feissat, i88j, in-8", 13 pp.
Bordes (P.). — Foix (ARiboE), ses tours et son
CHATEAU. Foix, impr. Gadrat aîné. In-i6, 149 pp.
2 fr. 75.
Bouchet (C). — Une mtniature de manuscrit
DU xii'= sit;cLE. Vendôme, impr. Lemercier, 1885, in-S',
15 pp. et chromolith. (Extrait du Bull, de la Soc. ar-
ch'eol. Scient, et littéraire du Vendômois).
Bourcard(G.). — Les estampes du XVIIP siècle,
ÉCOLE française ; guide-manuel de l'amateur.
Avec une préface de Paul Eudel. Paris, Dentu. In-8',
581 pp. 25 fr.
BcLi.EiiN DE l'Académie d'Hippone. — w xix.
Bône, impr. Thomas. In-8'^, cxLin-192 pp. et supplé-
ment de 28 pp. 5 fr.
Burckliardt (J.). — Le Cicérone, guide de
l'art antique et de l'art moderne en Italie.
Traduit par Auguste Gérard, sur la 5^ édition, revue
et complétée par le docteur Wilhelm Bode, avec la
collaboration de plusieurs spécialistes. Première partie.
Art ancien. Paris, Firmin-Didot et C''-'. Pet. in-8"
XLViii-200 pp. et 4 pi. 6 fr.
I. Les ouvrages marqués d'un astérisque (*) sont ou seront
l'objet d'un article bibliographicjue dans la Revue.
Champeaux (A. de). (*) — Le meuble : Antiqui-
té, MovEN AGE ET RENAISSANCE. Paris, lih. Quantin.
In-8", 320 pp. avec grav. 3. fr. 50.
Costes (H.). — Les Institutions monétaires
DE LA France avant et depuis 1789, in-8<', 349 pp.
Paris. Guillaumin et C'^
Daremberg (Ch.) et Saglio (Ed.). - - I^iction-
naire des antiquités grecques et romaines d'.-v-
prés les textes et les monuments, contenant
l'explication des termes qui se rapportent aux
mœurs, aux institutions, a la religion, aux arts,
AUX sciences, etc., et en général a la vie publique
et privée des anciens. Avec 3,000 fig. d'après
l'antique, dessinées par P. Sallier et gravées par
M. Rapine. (Fascicule Coe-Con). Paris, Hachette et
C'"=. In-4'^, pp. 1281 à 1440. 5 fr.
L'ouvr&ge se composera de 20 fascicules.
Delaunay (E.) et Morancé (L.). — Guide du
touriste dans LA VALLÉE DU LOIR. La Chartre-sur-lc-
Loir, lib. Hausseray-Chambris. In-8'^, vii-191 pp.
Demoustier (R.). — Notice historique sur les
TRAVAUX d'agrandissement DE L'ÉGLISE DE NOTRE-
Dame Saint-Vincent. Lyon, imp. Paris, 1885, in-4°,
19 pp.
Dieulafoy (M.). — L'Art antique de la Perse;
AcHÉMÉNiDES, Parthes, Sassaniues. Troisième par-
tie: la Sculpture persépolitaine. Paris, lib. Des Fossez
et C''. Grand in-4", 112 pp. avec 124 fig. et 19 pi.
hors texte. 25 fr.
Duplessis (M.). — Inventaire de la collection
Hennin. Table. Paris, Champion. 2 vol. in-8 " à 2 col.
Première partie, vi p. et p. i à 208, et portrait de M.
Hennin; deuxième partie, p. 209 à 428. 12 fr.
Dutuit (E.). — Catalogue historique et des-
criptif DES tableaux et dessins DE REMBRANDT.
Description de tous les tableaux connus et des dessins
du maitre existant dans les galeries publiques et pri-
vées ou ayant figuré dans des ventes publiques. In-4°,
VI-120 pp. et 25 planches en héliogravures ou eau.x-
fortes gravées par Flameng, W'altner, I^alauze, etc.
Paris, Lévy.
Duval (R.). — Inscriptions svriaques de Sala-
mas, EN Perse. — Paris, imp. Nationale, in-8°, 28 pp.
et planches. (Extrait an Journal asiatique.)
Ephrussi (C). — Exposition d'œuvres de maî-
tres anciens, tirées des collections privées de
Berlin, en 1883. — Paris, Quantin, in-8", 24 pp.
(Extrait de la Gazette des beau.xarts, avril et juillet
1884.)
Eudel (P.). — L'Hôtel Drouot et la Curiosité
EN 18831884, avec une préface PAR Cha.MP-
fleury. — • (4"-' année.) In- 18 jésus, viii-424 pp. Paris,
Charpentier et C'^ 3 fr. 50.
Fage (René). (*) — Le tombeau du cardinal
DE Tulle, a Saint-Germain-les-Belles. — Limo-
ges, Duccnirticux, 1885, in-8", de 16 pp.
loibUograpbic
541
Faucon (M.). — • Notice sur la construction de
l'église de la Chaise-Dieu (Haute-Loire), son
fondateur, son architecte, ses décorateurs
(1344-I352), d'après LES DOCUMENTS CONSERVÉS AUX
ARCHIVES DU Vatican. Paris, imp. Nationale, in-8°,
62 pp. et 3 pi. (Extrait du Bulletin du Comité des tra-
ï'aux historiques.)
Fichot (C). — Statistique monumentale du
DÉPARTEMENT DE l'Aube. — Paris, Qaantin 1884,
in-S-^, tome i'^'', pp. 201, à 495, 18 pi. et nombr. grav.
Gay (Victor). — Glossaire archéologique du
Moyen Age et de la Renaissance. (*) — 4^ fasci-
cule. Paris, Société bibliographique, 1885, in-4° fig.
Germain (L.). — L'étole de saint Charles
BORROMÉE dans LE TRÉSOR DE LA CATHÉDRALE DE
Nancv. — Nancy; 1885, in-S", 15 pp. (Extrait des
Afém. Je la Soc. d'archéol. lorraine, 1884.)
Gerspach. (*) — L'art de la verrerie; par Gers-
pach, administrateur de la manufacture nationale des
Gobelins. — In-S*', 320 pp. avec 149 fig. Paris,
Quar.tin.
Godard-Faultrier (Victor). (*) — Inventaire
du MUSÉE d'antiquités Saint-Jean et Toussaint.
— Angers, in-8°, 595 pp. Lnp. Lachère et Dolbeau.
2' éd. 1884.
Guiffrey (J.). — Inventaire général du mobi-
lier de la couronne sous Louis XIV (1663-17 15).
Première partie. — Grand in-S", xvi-430 pp. et grav.
Paris, imprimerie Ménard et Augry ; librairie Rouan.
25 francs.
Gulh et Koner. — La vie antique. Manuel
d'archéologie grecque et romaine, 2<= partie. La vie
des Romains, traduite par F. Trawinski, avec notes de
O. Riemann. — Paris, Rothschild, 1885, iii-8°, 540 pp.
Hanriot (C). — Notions sur l'histoire de l'art
EN Grèce. — Paris, Leroux. In 8°, 42 pp. 2 fr.
Hénault (l'abbé). — Supplément aux recherches
historiques sur la fondation de l'église de
Chartres. — Paris, in-8'', de 40 pp.
Lasteyrie (R. de). — Notice sur une croix du
xiii'= siècle conservée a gorre (Haute-Vienne).
— (*) Paris, 1885, in-8', 16 pp. et 2 pi. (Extrait du
Bull, archéol. du Comité des travaux hisl. et scient.)
Lecoy de la Marche (A.). (*) — Les manus-
crits ET LA miniature. -- Paris, A. Quantin, 1885,
in-8°, de 357 pp. — Prix : broché fr. 2,50 ; cartonné,
fr. 4,50.
Magne (L.). — Conférence sur le vitrail,
FAITE A LA HUITIÈ.ME EXPOSITION DE l'UNION CEN-
TRALE DES ARTS DÉCORATIFS EN 1884. — Paris,Quantin,
1885, in-4", 18 pp. (Extrait de la Revue des Arts
décoratifs. )
Martha (Jules). Manuel d'archéologie étrus-
que El' ROMAINE. — Paris, Quantin, in S", 1885.
Michelant (H.). — L'imitation de Jésus Christ,
historique de l'ornementation des manuscrits et expli-
cation des planches. — Paris, Cruel et Engelmann.
In-4°, 130 pp. 750 fr.
L'explication seule : 25 fr.
Miintz (Eugène). (*) — Les artistes célèbres
DoNAiELLO. — Paris, J. Rouani, 28, Cité d'Antin,
in-4°, 1885.
Musset (C;.). La Chakente-Inférieure avant
l'histoire et dans la légende, avec carte préhisto-
rique en trois couleurs. — Paris, lib. Maisonneuve frères
et Leclerc. In-8°, 174 pp. 3 fr. 50.
Niepce (L.). — Archéologie lyonnaise. III.
Les trésors des églises de Lyon. — Lyon, lib.
Georg; Paris, Em. Le Chevalier. Gr. in-8', 1 14 pp. 7 fr.
Pailloux (X.). — Monographie du temple de
Salomon, par le R. P. Xavier Pailloux, S. J. In-folio,
X11-516 pp. et 25 pi. hors texte. — Paris, Jouaust et
Sigaux; Roger et Chernoviz.
Paysages et monuments du Poitou, photographiés
par Jules Robychon, imprimés en photogly|;tie par la
maison Boussod et Valadon (Goupil et Cie), à Paris.
Notices i)ar divers auteurs. In-f''. Livraisons i, 2 et 3.
Perrin (.\ ). Catalogue du médaillier de Sa
voie du musée d'Annecy, — Chambéry, lib. Perrin.
In S", XII 112 pp. avec fig. 4 fr. 50.
Prost (V.). — Dijon pittoresque et Dijon qui
s'en va. — Contenant 100 planches lithographiées
par Lippe, avec notices explicatives et une étude
historique par un groupe d'amateurs. Livraisons I à V.
Dijon, lib. Lamarche. In-4°, i à 20 pp. et 5 pi.
L'ouvrage sera publié par livraison à i fr.
Rouaix (P.). — Dictionnaire des arts décor.v
TIFS, a l'usage des ARTISANS, DES ARTISTES, DES
a.m.ateurs ET DES ÉCOLES. — Ouvrage illustré de très
nombreuses gravures. Livraisons i et 2. Paris, librairie
illustrée. Gr. in-S", 16 pp. avec 21 grav.
Il parait 2 livraisons à 10 cent, chaque semaine.
Wagnon (A.). — Traité d'archéologie compa-
rée; LA SCULPTURE ANTIQUE, ORIGINES, DESCRIPTION,
CLASSIFICATION DES MONUMENTS DE l'ÉgVPTE ET DE
LA Grèce. — Paris, Rothschild. Gr. in 8°, 173 pp. et
16 pi. 25 fr.
— --^— -ailcinaiïnc et autricDc. ----——
Adamy (Doc. Dr. R.). — Die Einhard-Basilika
zu Steinbach im Odenwald. ■ — Im Auftrage des
histor. Vereins f das Groszherzogth. Hessen unter-
sucht u. beschrieben. Mit 24 Zinkiitzgn. u. 4 Taf in
Lichtdr, Hannover, Heiwing. In-fol., vii-36 pp. 15 fr.
Bohn (Rich). — Der Te.mpel des Dionysos zu
Pergamon. — Mit I (rad.)Taf u. 2Vignetten. [Aus :
« Abhandlgn. d. k. preuss. Akad. d. Wiss, zu Berlin. »
Berlin, Di.immler. In-4", ii pp. 2 fr.]
542
îRcuue Dc l'art cfiréticn.
Ewerbeck (Prof. Frz.). — Die Renaissance in
BiîLGiEN UND HoLLAND. — Eiiie Sammlg. v. Gegen-
stiinden der Architektur u. Kunstgewerbe in Orig.-
Aufnahmen, gezeichnet u. hrsg. v. F. E. unter Mit-
wirkg. V. Architekten Alk. Neumeister und Emil
IMouris. Fasc. IX et X. Leipzig, Seemann. In-foL, 24
tableaux et 16 pp.
Chaque fascicule : 5 fr.
Fritsch (K. E. O.) — Denkmaler deutscher Re-
naissance. 6= livraison. Berlin, Wasmuth. In Mappe.
In-foL, 25 pi. 32 fr.
Hefner-Altenek (J.-H. von). Eisenwerke, oder
OrNAMENTIK der SCHMIEDEKUNST DES MlTTELAL-
TERS UND DER RENAISSANCE, t. II, I™ et 2<= Uvraisons.
]'"rancfort-sur-le-i\Iein, Relier, in-4'\
K.ATALOG DES KUNSTLERISCHEN NaCHL.ASSES UND
DER KuNST-U. — Antiquitaten-Sammlung v. Hans Ma-
kart, hrsg. v. dem Vormunde der Kinder Makart's A.
Streit. Wien, von \\'aldheim. In-4, x-95 pp. et illustra-
tions. 12 fr. 60.
Meyer (Jul.) et LÛche (Ilerm). — Allgemeines
Kunstler-Lexikon. Unter Mitwirkg. der namhaf-
testen Fachgelehrten des In-u. Auslandes. (Nagler's
Kiinstler.Lexikon). 34= livraison. Leipzig, Engelmann.
In-8'', vol. III, 657-712 pp. 2 fr. 20.
Myskovszky (V.). — Kunstdenkmale desMit-
ÏELALTERS UND DER RENAISSANCE IN UngARN.
lo'^livr. Vienne, Lehmann, in-fol.
Prill(Rapl.Jos.)(*) — DieSchloszkirchezuWech-
SELBURG, DEM EHEMALIGEN KlOSTER ZSCHILLEN. Zur
Erinnerg. an die 700 jiihr. Jubelfeier der Kirchweihe
a m 15. Aug. 1884 gezeichnet u. beschrieben. Leipzig,
H. Lorenz. In-fol. m, 48 pp. et 12 planches. 25 fr.
Schaffhausen. — Der Onyx von Sanct Castor
IN CoBLENZ, — in-8°, et 2 pi. (Extrait du Jahrbuch
des Vereins von Alterthiimsfrettnden im Rheinlande
1885.)
Schiibler (Joh. Jac). — Intérieurs und Mobi-
LiAR DES 18 Jahrh., n.\ch Ekfijdg. d. J. J. Sch.
Nachbildungen der Orig.-Stiche in Fcsm.-Licht-
DR. Mit. e. Einleitg. v. Dr. Alb. Ilg. Wien, SchroU
et C°. In-fol., 4 pp. et 25 tableaux. 32 fr.
Monnoyer (Jules). Archéologie populaire du
CANTON DE Rœulx. — Mons, lib. Hector Manceaux.
In-8°, 121 p. et 4 pi. 2 fr. 50.
.^....^^.,^.,^^^^.^. (jBspagnc.^-— ———---'
Contreras (R.). — Estudio descriptivo de los
MONU.MENTOS ARABES DE GRANADA, SeVILLA V COR-
doba, o sea La Alhambra, El Alcazar, v La Gran
Mezquita de Occidente. — Tercera edicion, con
grabados y pianos. Madrid, P2st. tip. de Ricardo Fe.
In-4°. 37i^PP- 10 fr.
Œtats^îînis,
Brown (F.). Assyriology: — The Use and Abuse
in Old Testament Study. — New- York. In-120, 95
pp. 7 fr. 60.
^^taliC'
Bertolotti (A.). (*) — Artisti in relazione coi
GONZAGA signori di mantona richerche e stadi
negli ARCHivi MANTORANi. — Modena, Vincenzi, in-8",
de 226 pp. 1885.
Bertolotti (A). (*) — Artisti veneti in romanei
secoli XV, XVI ET XVII STuni e ricerche negli
ARCHivi ROMANI. — Venezia, 1S84, in-4", de 99 pages.
C0LLEZ10NE DI 0GGETT1 d'arte appartenenti ad
ILLUSTRE PERSONAGGIO ROMAND ED A S. E. IL SIGNOR
DUCA dTsola. — Roma, tip. Econoniica. In-8°, 78 pp.
Fornoni (ing. Elia). — L'antica basilica Ales-
sandrina e i suoi dintorni : lettura. Bergamo, tip.
Gaffuri e Gatti. In-8°, 84 pp., con 3 tav. 2 fr. 50.
Funghini (V.). — Relazione sui monumenti
antichi e sui musei regionali al Congresso deglï
INGEGNERI ED ARCHITETTI Dl TORINO. ■ — ArCZZO, tip.
Racuzzi. In-S", 28 pp.
Gnecchi (F.). — Monete e medaglioni inediti
nel R. Gabinetto numismatico di Brera (Milano).
Camerino, tip. Mercuri. In-8°, 78 pp. et 4 pi. 4 fr.
Guardabassi (Fr.). — Della istituzione di una
C.ATTEDRA di ARCHEOLOGIA ITALICA NELLA LIBERA
universita di Perugia : MEMORIA. — Perugia, tip.
Umbra. In-8", 19 pp.
Lutzow (Carlo de). — I Tesori d'arte dell'
Italia : — opéra illustrata da 50 acqueforti et 250
incisioni in legno. Milano, frat. Trêves edit.-tip. Disp.
I a 26. — Ogni dispensa, con i o due incisioni ail'
acqua forte, oltre ai disegni del testo : 3 fr.
L'ouvrage complet : 75 fr.
Melani (Alfredo), architetto. Scoltura italiana;
Parti I et II: Statuaria e scultura ornamen-
tale : CON note sulle arti minori che si riferis-
CONO ALLA scoltura. — Milano, Hoepli edit. In-32,
xviii-196 jjp., con 56 tavole et 26 figure. 2 fr. 50.
Nolhac (Pierre de). — Les collections d'anti-
quités de Fulvio Orsini — (Extrait des Mclaitges
d'archcolvgie et d'histoire publiés par l'Ecole française
de Rome). Rome, Philippe Cuggiani, 1 8S4, in-8°.
Papadopoll (conte Nicola). — Memoria sul
valore deli.e monete veneziane, letta all' Isti-
TUTO VeNETO NELL' ADUNANZA DEL 26 GENNAIO 1885.
— Venezia, tip. Antonelli, con 2 tabelle riassuntive.
In-4", 40 PI).
J. C.
* ^.^-^LJL^.^::^^^ ^'Ji* ^ ^.^£JL£,i,Â,^^ ^r*
)*
^
OJjroniciue.
^
»<
SOMMAIRE. — KXPOSITTON D'AN vers. — EXPOSITIONS DIVERSES : Cologne,
Munster, Paris, Berlin, Turin.— ÉCOLES D'ART.— ŒUVRES NOUVELLES : Objets d'art
religieux ; statues ; constructions d'églises ; les arts au Vatican et à Rome ; couronne de N.-D.
de Boulogne; basilique de Fourvière. — RESTAURATIONS ET DESTRUCTIONS : Remparts
d'Avignon ; églises d'Avivault et de Javarzay ; Mont Saint-Michel : église N.-D. de Saint-
Étienne ; église de Courcôme ; église de Vendée ; église de Marollos-lez-Kraults ; église Saint-
Nicolas à Tournai ; église Saint-Étienne sopra lacco k Rome ; peintures à Venloo ; Chapitre de
Valence. — NOUVELLES ET TROUVAILLES : Peintures murales à Antibes ; peintures
du X'' siècle à Rome; table des noces de Cana ; pierres tombales à Gand. — CONGRÈS ET
EXCURSIONS: Congrès archéologique de France k Montbrisson ; excursions de la Société des
Archives de Saintonge, de la commission des Arts des Saints, de la Société historique de Com-
piègne, de la commission historique du Nord ; Congrès eucharistique à Fribourg. — MUSÉES. —
CONCOURS.
>*
^0 L-.W-LNV_.VJLJJrVO. ^^
eCrposition D'Jinucrs.
otioTOGi^jiffllUgg 'EXPOSITION d'Anvers
^^^^ ^" "* --.-i>-^» attire en ce moment les
visiteurs de toutes les na-
tions. C'est par elle que
nous cominencerons notre
chronique.
Quand on a franchi l'or-
gueilleux et trop monu-
mental portique, et qu'on
se trouve en face de la galerie centrale, le coup
d'œil est superbe. Les Halles sont vastes, légères,
sainement construites, et leur structure offre
l'aspect satisfaisant d'une construction de bon
aloi, oi^i rien ne cloche, où tout est bien équilibré,
naturellement conçu et disposé. Le décor (sauf
des réserves déjà faites qu'il nous déplairait de
rappeler encore) est de bon goût, et les fanons
iiéraldiques qui pendent sous les charpentes,
donnerit grand air et belle perspective à l'en-
semble.
On tombe d'emblée dans la section belge. C'est
justice : la nation qui a organisé l'une des exposi-
tions internationales les plus réussies qu'on ait
vues jusqu'ici, doit se présenter la première dans
ce palais de l'industrie, dont elle fait fièrement
les honneurs. Restons donc chez elle, puisque
nous y sommes à si bon droit, et voyons d'abord
ses produits. Il est entendu que nous ne nous
occuperons que de ce qui nous regarde, de l'art
envisagé au point de vue des principes des siècles
chrétiens; nous ne promettons pas toutefois de
ne pas nous laisser distraire un peu à l'occa-
sion, par quelque objet d'un intérêt notable en
rapport indirect avec notre spécialité.
Ainsi, puisque la Flandre est l'antique pajs de
la haute lisse, force nous est de nous arrêter dès
l'entrée devant les tapisseries de M]\I. Braquenié
à Malines. Cette maison montre à l'étranger une
pièce magistrale e.xécutée pour le Sénat belge.
C'est une tenture offrant trois pages glorieuses
de l'histoire nationale. Au centre, Philippe le Bon
recevant les ambassadeurs d'Orient, au temps où
Bruges était le comptoir de l'Europe ; au.x côtés,
le baptême de Jacques Van Artevelde, le fameux
tribun des communiers gantois ; et les archiducs
Albert et Isabelle chez Rubens. La technique
est d'une perfection irréprochable. Les cartons de
\V. Geefs sont d'un mérite remarquable. Dans le
panneau central, on retrouve le sentiment grand
de style des splendides miniatures des Clu-oniqites
du Haiimiit,a.\'cc un fini et une louche réalistiques,
qui sont le contingent de l'art moderne. La figure
grave de Philippe le Bon, dans son ample costume
écarlate, est d'un puissant effet.
En face de cette puissante maison, se présente
le modeste atelier-école d'Inguelmunster, dont
le caractère commande a priori la sympatiiie et
l'indulgence. En regard de si rudes voisins, ses
produits ont besoin d'une bienveillante disposi-
tion. Un grand panneau de verdure, style XVII''
siècle, soutient vaillamment l'examen ; mais à
côté, on voit un sujet d'histoire qui fait maigre
figure: Philippe le Bel recevant les échevins de
Bruges au château d'Inguelmunster, et leur
octroyant une sauvegarde pour les reliques du
saint Sang (1297). L'exécution matérielle paraît
e.'^cellente, et il faut savoir gré aux chefs de cet
établissement plein d'espérances, d'avoir inspiré
leurs artistes de ce sujet tiré de l'histoire locale.
Mais ils compromettront l'avenir de leur insti-
tution, s'ils ne cherchtMit à porter plus haut l'idéal
de leurs jeunes haute-li.ssiers au point de vue du
BEVUtt DK l'akT CHKâTIKN
1885. — 4""^ LIVRAISO.N
544
IRctiuc De l'3rt chrétien.
style. Le tableau en question est d'un style
bâtard, d'une composition vulgaire, d'un dessin
mou, et d'un coloris confus. A coté, les panneaux,
style W'atteau, sont jolis dans leur genre délicat.
Des convictions artistiques, un style franc, un
idéal élevé, voilà ce qui peut rendre féconde l'en-
treprise d'Inguelmunster. On sent qu'une école
d'art à bons principes fait défaut à côté de la
fabrique.
— Kl?t ■■ >Oi—
Plus loin la faïencerie de Boch frères et la fabri-
que de meubles de Zech, mêlent leurs produits
dans deux cheminées monumentales adossées,
style Renaissance. Nous y remarquons de jolis
carreaux céramiques de foyer à ornements héral-
diques stylisés, et des imitations réussies des
faïences de Rhodes. L'un des manteaux, composé
de petits carreaux, est orné de paysages peints sur
faïence à la sépia par Shiperus. L'autre, plus
remarquable, offrant des vues architecturales hol-
landaises,genre Delft.est peint en bleu, entre deux
émaux, d'après les cartons de Fumière. — La
maison Boch a ressuscité l'ancienne vaisselle
vieux Tournai par une imitation parfaite, dont
on voit à côté un bel étalage ; elle reproduit
aussi avec une rare perfection, les décors de
Delft, de Rouen et de Sèvre.
Prenons à droite la galerie latérale, qui nous
fait pénétrer en pleine Belgique. Nous rencon-
trons d'abord la belle exhibition des sociétés
sœurs Saint-Augustin k Bruges et Saint-Jean
l'Évangéliste à Tournai, qui a fièrement rem-
porté trois diplômes d'honneur. Nos félicitations
à nos éditeurs. Nous leur avons consacré déjà tout
un compte-rendu, et nous avons été d'avance de
l'avis du jury.
Sans être prévenu et renseigné, nous aurions
eu quelque peine à trouver le compartiment de
l'École Saint-Luc de Gand, qui a conquis deux
diplômes d'honneur, et représente à peu près
notre idéal à l'Exposition. Nous lui avons déjà
consacré deux articles. Bornons-nous aujourd'hui
à regretter son exiguïté, et à exprimer notre
indignation en présence de l'acte de la plus basse
méchanceté qui s'en, est pris lâchement à la belle
peinture exposée par M. R. de Pauw. Son Philo-
sophe, il est vrai, a acquis, à ce misérable attentat,
une célébrité de bon aloi, à laquelle la modestie
de la mise en scène l'aurait peut-être dérobé.
Avec S. M. le roi des Belges, nous félicitons
l'auteur d'avoir si bien emprunté le pinceau de
Pourbus.
Accordons quelques instants aux principaux
éditeurs belges. Nous [ïrévenons nos lecteurs, que
nous ne jetons partout qu'un regard hâtif. Nous
commettrons, sans aucun doute, bien des oublis,
dont nous leur demandons pardon d'avance.
Un missel de la maison Dessain attire notre
attention par son cachet ancien, avec son im-
pression rouge et noire, son papier jaunâtre et ses
gravures à fonds noirs constellés. En y regardant
de plus près, nous y découvrons un fâcheux
éclectisme. Une gravure de pleine page, le Cruci-
fiement, offre la technique des xj'lographies fran-
çaise et flamande du XVL" siècle; une Vierge de
Fra Angelico se rencontre au pied de la croix
avec un saint Jean raphaëlesque. La tête de
page en regard appartient au genre des compo-
sitions autrichiennes mises en œuvre par Pustet,
et les ornements accessoires sont des emprunts
déguisés faits à Saint-Jean de Tournai. Dans la
reliure il y a plus d'originalité, et de bonnes copies
du moyen âge, voire même d'heureuses composi-
tions.
M. J. S. Schavye de Bruxelles expose de belles
reliures en cuir à impressions dans le genre du
XV*" siècle, soit à froid, soit à chaud, et une inté-
ressante restauration d'un diptyqueduXII<'siècle,
avec plaques d'ivoire sculpté, enchâssées dans des
tables d'or ornées de gemmes et de filigranes.
M. Ch. Peeters de Louvain se présente avec
l'ouvrage excellent de M. E. Reusens, ( E/c'ments
et archéologie chrétienne) et M. Claesen, de Liège,
avec une brillante collection d'albums, petit
in-folio, de publications sur l'architecture et les
arts décoratifs. L'art national, de E. Colinet et
VExposition de l'art ancien au pays de Liège
sont les plus recommandables.
La ville de Bruxelles occupe un vaste com-
partiment dont le contenu n'est guère de notre
compétence. Nous ne comprenons pas l'habitude
qu'on a prise, d'encombrer les expositions sco-
laires de cahiers de devoirs d'élèves ; ce ne sont
plus des spécimens de savoir faire, mais des
stoks de produits. Nous avons ouvert des cahiers
de dessin de l'école primaire n° 3. La méthode
qui y est mise en pratique n'est rien moins que
perfectionnée. Des combinaisons de figures recti-
lignes.genre parqueterie, n'offrent à l'intelligence
de l'enfant que le vide, et dansée vide,elle respire
nécessairement mal à l'aise. Quant à l'exercice
de la main et de l'œil, il est réduit à un mé-
canisme presque aveugle par le canevas de
rectangles se reproduisant sur le modèle, qui sert
de guide au copiste. Par ce système, on peut
parvenir à faire faire à un jeune élève un travail
remarquable sans qu'il s'en doute et sans qu'il en
retire de fruit. C'est l'antithèse de l'excellente
méthode de l'école Saint-Luc, qui forme vérita-
blement l'éducation de l'œil, et doit engendrer
des artistes.
C&ro nique,
545
Nous aurions beaucoup à dire, si la place le
permettait, de l'enseignement du dessin dans les
écoles belges, d'après ce qu'on en voit à l'Expo-
sition. Il est d'une bonne moyenne, mais il offre
ce caractère fâcheux, qu'on y trouve peu de
devoirs fortement sentis, exécutés avec convic-
tion et amour. On oublie un point important :
l'art doit sortir du cœur et il faut en général faire
dessiner au jeune homme ce qu'il aime, autant que
de chercher à lui faire aimer ce qu'il dessine. — Je
ne parlerai pas pour le moment des produits les
plus élevés de l'enseignement artistique bruxel-
lois. Quand je me présentai dans le compartiment
de l'Académie royale des Beaux-Arts, j'étais en
compagnie de mes deux neveux, jeunes gens
bien élevés ; j'ai vite compris que je n'avais qu'à
m'esquiver avec eux, ce qui m'amena à visiter
avec intérêt un compartiment curieux oii se
voient les projets de restauration de l'église de la
Chapelle par Jamaer, et de nombreux moulages
de fragments d'architecture de cette église, de
l'Hôtel-de-ville et de la Maison du Roi,
Nous le répétons au lecteur, nous ne faisons
que glaner au hasard de notre promenade. Une
vitrine portant la firme A. Gilbert et C"-' attire
notre attention par une originale confusion de
principes. Il s' s.g\\.àe. porcelaine e}i fer, fin d'autres
termes, de vaisselle en fer émaillé. La peinture
sur émail reproduit, à s'y méprendre, l'aspect de
la vaisselle en porcelaine ; quand vous prenez
l'objet en mains, sa légèreté vous surprend, et le
bras est porté en l'air par l'effort non équilibré
que vous faisiez par avance pour le lever. Cette
fausse manœuvre est le résultat du mécompte qui
se produit en même temps dans un esprit judi-
cieux, et celui-ci se révolte de ce qu'on ait voulu
lui donner le change. Voilà bien l'art industriel
moderne pris en flagrant délit d'absurdité.
Comment? en changeant la matière, nous con-
servons et la forme et l'usage de l'objet ; le décor
doit-il varier ? — Oui, monsieur le chaudronnier ;
devenez émailleur, ce qui est superbe, mais
laissez-là la céramique. N'avez-vous donc pas
réfléchi au caractère essentiel du vrai décor sur
porcelaine, qui est d'offrir un dessin délicat sur
un fond naturellement blanc? Ce beau fond blanc
laiteux de l'émail felspathique, voilà le point de
départ d'un art décoratif sui generis, qui a ses
règles et sa physionomie. Votre émail sur métal
n'en rendra jamais la transparence et la pureté ;
dès lors la fausseté est choquante. Pénétrez donc
votre art, creusez l'intéressant problème qui se
pose devant vous ; la logique vous apprendra à
choisir des fonds forts et solides, sans aucune
prétention à la limpidité, et servant de champ à
un décor plat mais vigoureux, qui doit accuser
le caractère métallique de la paroi. Je vous donne
ma recette pour rien ; employez-la, et au lieu de
vos contrefaçons de porcelaine, vous créerez ainsi
un genre nouveau et réellement artistique. — Je
crois que le voisin, iVI. Th. Moll, de Gosselies,
est aussi dans le cas de profiter du conseil.
L'art splendide du peintre verrier n'est repré-
senté que par quelques fenêtres secondaires, ou
comme valeur, ou comme importance. M. A.
Verhaegen a orné de figures dignes du plein
moyen âge le sanctuaire minuscule élevé par
l'École St-Luc de Gand. Nous trouvons plusieurs
grandes verrières dans les avenues obscures
de la salle des fêtes, parmi lesquelles celles de
M. Capronnier (notamment le Baptême de N.-S.)
se distinguent par un dessin correct, une gamme
douce, mais aussi par l'absence de cette vigueur
du trait, qui est propre à la technique de la
vitrerie, et de ce style décoratif, qu'impose le
rôle architectonique du vitrail. Les vitraux de
M. Capronnier sont de jolis transparents ; ils
marquent la décadence de l'art dans les mains de
celui qui en fut l'un des premiers restaurateurs.
Son tableau de la Résurrection offre cependant
une certaine grandeur d'allure. Les produits
des ateliers de MM. Stallens et Janssens ont
beaucoup plus de style, et un coloris franc, mais
pèchent par le dessin et l'harmonie. Les anges
àuCouronnement de Marie sont froids et raides,
certaines draperies sont lourdes, et le ton violet des
nuages stylisés est malheureux. Le grand vitrail
qui représente la bénédiction d'une madone est un
peu de l'école Capronnier. Ces deux messieurs
travaillent pour les cathédrales ; M. S. Coeck
expose un vitrail de dimensions plus modestes,
représentant saint François d'Assise et saint
Dominique. L'ensemble est assez bon ; le style
vise celui du XI V'= siècle, les figures sont un peu
modernes. Au-dessous nous trouvons l'essai d'une
industrie artistique imitée des Anglais, et que
nous voudrions voir se développer en Belgique:
un panneau de peinture sur faïence ; la Créa-
tion d'Adam et d'Eve est d'assez grand style ;
pourquoi, au pourtour, une bordure d'agnus
Bel ?
Un genre de vitrerie que les anciens n'ont pas
connu, est largement représenté: celui du vitrail-
portrait ! Signalons une verrière assez jolie, que
nous avons rencontrée dans la section autri-
chienne : V Adoration des Mages, par M. Cari.
Geyling de Vienne. Cet artiste a plus de style
que M. Capronnier, et plus de dessin que le verrier
anversois. Il est loin toutefois des anciens.
La ferronnerie artistique, qui a fait tant de
progrès depuis l'impulsion donnée par l'école
néo-gothique flamande, est dignement repré-
546
iRcUuc De rart cfjrcttcn.
sentée, dans le genre Renaissance, par MM. L.
Pierretet F. Dcsmedt de liruxcUes. On voit dans
leur étalage une bien jolie lanterne, et les chenets
dessinés par M. Beyaert sont de véritables
œuvres d'art.
— ?Oi " iCH—
Saluons avec éloge la réduction du fameux
puits de Quentin Massys, exécutée par son
compatriote Van Boeckel; avec ce travail comme
chcf-dœuvre, celui-ci aurait jadis passé maître
dans la gilde des fcvrcs anversois. Mais je
doute que pareil privilège eût été concédé à M.
G. Halin de Liège, avec son coffre-fort gothique
et monumental pour trésorerie. L'ouvrage est
de grand style, aycc sa belle polychromie, et les
principaux détails ont été copiés sur de bons
modèles, mais utilisés d'une manière peu judi-
cieuse. Étudions,parexemple,les grandes et belles
pentiires ; leurs ramifications ont évidemment
été tracées pour relier solidement ensemble
les ais d'un vantail en bois ; le forgeron a copié
jusqu'aux pauvres petits clous d'attache, qui
n'ont certes pas été chassés dans la tùle. Au
surplus, quel besoin avait-on de cette lourde
corniche qui surmonte le meuble? — Le coffre-
fort non moins monumental de M. Mathys-de
Clerck de Bruxelles, en style plus récent, possède
à un plus haut degré le caractère du fer ouvré
dans son détail. Ses fiches monumentales parais-
sent toutefois faiblement reliées à la griffe des
penturcs , et la corniche offre des ornements
étranges en fer qui exagèrent aussi la lourdeur du
couronnement.
— f©<^-X>f-
Mais nous avons franchi les frontières de l'art
chrétien. Un étalage pol)-chrome nous y rappelle.
C'est un calvaire, un crucifix, \w\& putà, <t\. une
sainte Agnès, exposés par M. Mathias Zens. Il y
a dans ces objets, d'un mérite incontestable, un
mélange singulier de qualités et de défauts.
Notre impression est, qu'elles manquent de naï-
veté, dans le meilleur sens du mot. Proportions sa-
vantes, draperie souple et étudiée,figures .souffre-
teuses plutôt qu'ascétiques, ou coquettes et jolies
plutôt que belles, décor pictural délicat, élégant,
mais fade. L'auteur a visiblement en vue de
concilier (déplorable utopie) les principes de
l'ancien art chrétien, avec les préjugés les moins
plausibles des dévots inféodés au goût moderne.
M. Zens, d'ailleurs, e.xposedes meubles d'ancien
style dont nous ne ferons pas la même critique.
M. Rigidîotti d'Anvers expose une collection
de statues polj-chromécs tl'une remarijuable
vulgarité.
La maison Louis Grosse exhibe de riches
broderies religieuses en bon style. Ce n'est pas la
première fois, que nous avons l'occasion de faire
l'éloge de cette maison, très avantageusement
connue en Belgique, et qui n'a pas de rivale en
France. Si l'on étudie toutefois .ses travaux en
détail, on remarque ce qui manque à la perfection
de ses produits : c'est l'accent de conviction,
et une certaine perfection dans l'expression des
figures. Il s'y manifeste une tendance au senti-
ment moderne, comme si l'artiste ne faisait pas
son idéal du style dans lequel il travaille pres-
qu 'exclusivement.
Laissonslafoule s'ébahir devant l'autel colossal,
en marbre blanc et cuivre e.xposé par M' M. Ver-
linde d'Anvers. C'est un édifice soi disant gothi-
que, non pas un meuble sacré ; et son tabernacle,
servant à la fois d'habitacle pour le T. S. Sacre-
ment, et de support pour l'exposition, offre une
disposition que n'admettra aucun curé soucieux
de la bonne observance des règles liturgiques.
— K3i - ieM—
Nous terminerons notre e.xamen rapide dans
le compartiment belge, par la perle des objets
d'art chrétien qui y sont e.xposés. Nous voulons
parler du splendide (le mot est intentionnel) du
splendide autel tout en émail, pur style XIIL'
siècle, qu'e.xpose M. Wilmotte. Cette merveille,
destinée à une chapelle privée d'un seigneur
portugais, est le pendant de l'autel de Saint-
Théodore, qui a été le joyau de l'exposition
nationale de Bruxelles en 1880. Mensa, taber-
nacle et retable sont en cuivre doré et émaillé,
rehaussés de pierreries. Pareil objet ne peut
être décrit en peu de mots, nous ne pouvons
que le signaler à l'admiration du visiteur, avec
la paire de beau.x candélabres qui l'accom-
pagnent, et en féliciter chaudemont l'auteur.
Nous voulons parler ici de l'habile orfèvre ;
quant à l'artiste qui en a conçu et tracé le
ravissant dessin, le baron Béthune, il est au-
dessus de nos éloges. — Monsieur Bourdon, de
Gand, qui a relevé en Belgique l'orfèvrerie
religieuse, ne nous présente pas une œuvre
capitale comme son confrère liégeois, mais il nous
offre un choix de ses produits les plus riches,
exécutés avec ce talent, dont l'éloge n'est plus à
faire. Ses émaux approchent de plus près, que
ccu.x de M. Wilmotte, des nuances des anciens,
si difficiles à rendre. Ses verts notamment, sont
un peu moins crus.
chronique.
547
ecrposition universelle Des 38caur=Hrts
à HnDers.
'ARCHEOLOGUE chrétien éprouve
toujours une très médiocre satisfac-
tion à parcourir les expositions d'art
moderne. Que ces exhibitions soient
universelles, qu'elles soient nationales ou régio-
nales, il en sort généralement plus attristé que
satisfait, plus fatigué que, même dans une modeste
mesure, édifié.
L'exposition d'Anvers n'échappe pas à cette
règle et ne pénètre pas le visiteur d'impressions
meilleures. Elle a beau être cosmopolite, fran-
çaise, belge, allemande, russe, ou hollandaise, on
y rencontre bien peu d'oeuvres inspirées par
la foi, servant d'expression à un sentiment
chrétien ; mais en revanche, pas mal de peintures,
et de sculptures surtout, où ce sentiment est
bien décidément blessé. — On a très justement
blâmé les nudités trop nombreuses, — moins
nombreuses cependant que celles admises d'or-
dinaire au.v salons de Paris et de Bruxelles, et
moins choquantes souvent — et la place trop en
évidence qu'elles occu[3ent dans toutes les salles.
On a même attribué à ce fait le peu de succès
de l'exposition et l'abstention de beaucoup de
familles d'Anvers, même de beaucoup d'étrangers
qui ont visité l'exposition universelle de l'Indus-
trie. Nous ne contesterons pas la vérité de cette
remarque, seulement, en examinant par le détail
l'exposition de l'Industrie, il faut constater dans
les produits qui sont du domaine de la plastique
tout autant d'indécences que dans l'exposition
des Beaux-Arts. On a partout d'excellentes occa-
sions de fermer les yeux.
Pour ce qui regarde cette dernière, les opéra-
tions du Jury, dès les débuts, ont soulevé bien
des objections, bien de justes réclamations ; il en
a été de même pour la distribution des récom-
penses, ce qui est inévitable.
Nous ne discuterons pas celles-ci. Nous félici-
terons seulement, et bien sincèrement, M. Merson,
de la médaille en or qui lui a été décernée
pour ses trois tableaux. Son Loup de Giibbio est
une œuvre réussie, toute imprégnée du parfum
des Fioretti. Ce loup énorme, un peu vieilli, mais
parfaitement réel qui, d'un air paterne, vient
solliciter la pitance convenue que lui tend, en
camarade, le boucher derrière son étal, tandis
qu'une fillette s'enhardit, tout en regardant sa
mère.à passer la main sur le dos velu du carnassier
autrefois si redouté; ce monde qui s'agite autour
de la fontaine du marché, parmi lequel un soldat
armé d'une pique, jette un coup d'ceil de défiance
sur le loup, dont sans doute il n'aperçoit pas le
nimbe, — tout cela fait une scène charmante.
un panneau plein de poésie chrétienne, bien
digne du musée de Lille auquel ce tableau
appartient. Un même sentiment et un charme
aussi poétique se dégage du Saint Antoine
prêchant aux poissons. Il est difficile de mettre à
l'actif de l'art chrétien La Vierge a!tx Anges de
M. Bougereau. Un artiste dont la patrie est en
ce moment livrée à la tourbe des jouisseurs
unis entre eux par la haine de l'Église, et
qui s'arrange de façon à dîner de celle-ci en
peignant /a Vierge aux Anges, sauf à souper de
la Mythologie, en offrant aux appétits matériels
des tableaux comme la Jeunesse de Bacc/ius, un
tel artiste peut assurément être un dessinateur
habile, un élégant brosseur de chairs satinées, —
mais il sera toujours un homme sans conviction,
un peintre sans élévation d'âme; il fera donc bien
de ne pas toucher aux pures et saintes figures
que vénère la foi catholique. — Dans la sculpture,
il n'y a guère à citer que le grand bas-relief en
marbre de M. Lombard, élève de M. Cavelier,
représentant sainte Cécile.
C'est une œuvre très distinguée, très élégante,
dont le style se sent un peu de Ghiberti, et des
statuaires du commencement de la Renaissance
italienne. Nous voudrions bien demander à des
œuvres de cette nature un peu de sainte austérité;
mais à l'exposition d'Anvers, il n'est pas permis
de nous montrer difficile. Contentons-nous donc
de la gracieuse modestie qui respire dans le
marbre de l'artiste.
Si distinction décernée par le Jury a été bien
méritée, c'est assurément la médaille donnée aux
dessins exposés par la Commission des Monuments
historiques. C'est presque une collection de petits
chefs-d'œuvre que les dessins tirés des archives
de cette Commission ! Comment, Messieurs, vous
comprenez à merveille les oeuvres du passé de
votre grand art national : vos aquarelles, M.Ch.
Lameire, d'après les peintures de N.-D. du Tertre
à Chàtelaudren, représentant la légende de
sainte Marguerite, les scènes de l'Ancien et du
Nouveau Testament, sont charmantes ! Vos des-
sins du Palais des Ducs de Lorraine, M. Bœs-
willavald, sont très remarquables ! On peut en
dire autant des dessins de MM. Dary, Oradon,
Sauvageot et de presque tous les artistes qui ont
exposé dans cette salle ; il faut mettre encore
au-dessus d'eux et citer comme des œuvres hors
pair les deux dessins de AI. Ed. Corroyer, ses
projets de la restauration générale, face Est et
face Sud, de l'Abbaye et des fortifications du
Mont Saint-Michel, — je pourrais en citer encore
beaucoup d'autres, — et voici, qu'en présence
d'une pléiade d'artistes aussi capables de com-
prendre la beauté et la grandeur des monuments
de leur pays, la France nous offre le désolant
spectacle d'églises meublées trop souvent par les
548
Ectjuc oc r3rt chrétien.
adroits fabricants de pacotille de Paris, vrais
travaux de cuistres, où l'éclectisme moderne
tend les pièges les moins déguisés, au béat
cosmopolitisme et à la vanité du goût provincial
— et d'autre part elle montre à l'étranger le triste
désarroi dans lequel son art moderne, représenté
même comme à Anvers par ses adeptes les plus
en renom — se plonge de plus en plus ! En
vérité, c'est à ne pas y croire, ou plutôt, c'est à
penser que deux courants contraires se disputent
la France, et que malheureusement, le courant
le plus large tout à la fois et le plus puissant,
celui qui est poussé par cette puissance aussi
mystérieuse que capricieuse que l'on nomme la
mode — porte les arts du dessin, comme la litté-
rature, vers les abjections de ce que l'on a nommé
le réalisme, — vers la sensualité grossière et la
satisfaction des appétits du paganisme moderne !
Ce n'est pas qu'au point de vue chrétien, la
moisson à faire dans les compartiments réservés
aux autres nations, soit bien considérable. La
Belgique dont, par la force des choses, l'exposition
est numériquement beaucoup plus considérable
que celle des autres pays, nous présente bien peu
de travaux à noter dans le domaine de l'art
chrétien. C'est à croire que tous les artistes qui
s'adonnent à la peinture et à la sculpture au point
de vue de la décoration des églises et de la
splendeur du culte, se sont systématiquement
abstenus d'entrer en lice. S'il en était ainsi, ce
n'est pas nous qui leur jetterions la première pierre.
— L'organisation des expositions, le placement
et la disposition des tableaux et des statues, la
répartition des récompenses, — tout ce qui dans
les exhibitions modernes est l'apanage du pou-
voir exécutif, se trouve confié, presque toujours
à des hommes plus ou moins officiels, très peu
enclins à favoriser la poursuite de l'idéal chrétien ;
c'est l'académie qui leur tient à cœur, et l'éclec-
tisme qui leur sert de principe. Il y a tout avan-
tage à éviter ce contact.
Cependant quelques artistes ne l'ont pas redouté.
Signalons un beau tableau de M. Hendricx
représentant la sainte Vierge, assise sur un trône,
tenant l'enfant JÊSU.S, et ayant à ses côtés saint
Jean-Baptiste et sainte Emilie. La tête de Marie
et celle des autres saints sont d'un beau senti-
ment; l'ensemble de la composition est d'une
tonalité à la fois vigoureuse et chatoyante. En un
mot, c'est une œuvre digne du peintre auquel on
doit les remarquables chemins de croix des
églises Notre-Dame et Saint-Joseph à Anvers;
travaux très remarquables et comme on n'en
rencontre pas à l'exposition. Les autres peintures
dont les sujets dénotent de la part de leurs
auteurs des aspirations religieuses, ne méritent
pas d'être signalées. L'exposition de l'Autriche
qui a été organisée avec soin et qui ne contient,
généralement que des œuvres de choix, renferme
sept beaux cartons coloriés d'Ed. Steinle, compo-
sés pour des peintures exécutées par ce maître
dans le Dôme impérial de Francfort. L'artiste
excelle à ce genre d'aquarelles qui montrent ses
compositions de grand style, sous un aspect
particulièrement séduisant. Un autre peintre
autrichien, M. Joseph Frenkwald, a exposé éga-
lement deux aquarelles et deux cartons très
réussis. L'une des aquarelles est l'esquisse des
peintures murales qui décorent l'une des chapelles
de l'église votive de Vienne, l'autre, traitant la
légende de saint Pasquale, appartient au musée
de Triest. Un peintre viennois, connu surtout
par ses portraits que l'on pourrait croire peints
au XVI'^ siècle, RI. Canon a exposé un pan-
neau destiné à servir de retable à l'autel d'un
oratoire domestique. C'est une Sainte Vierge avec
l'Enfant JÉSUS, entouré d'anges. Sous le rapport
du style des draperies, et même de l'expression
des têtes d'anges on peut ne pas être d'accord
avec l'artiste, mais la couleur de son petit retable
vous charme par un éclat et une harmonie
qui, à certains égards, rappelle les peintres
flamands. — Dans les salons de l'exposition
allemande, on regrette l'absence de cette pléiade
d'artistes religieux dont Deger était le chef, les
Millier et Ittenbach, les représentants autorisés.
Si chez eux le style manquait d'ampleur, ils
avaient la foi, la sincérité et l'amour de leur art,
c'est beaucoup et ce sont ces qualités qui leur
ont assuré des succès et un public fidèle. Cette
école est cependant représentée encore par un
peintre un peu plus jeune et qui les surpasse
tous. M. Von Gebardt qui expose «la Résurrec-
tion de la fille de Jaïre» tableau de la jeunesse
de l'artiste. Je soupçonne l'ange gardien de ce
peintre d'avoir mis dans son berceau le don le
plus précieux que la Providence puisse faire à
l'enfant appelé à la vocation de l'artiste: l'origina-
lité. Mais j'entends l'originalité vraie, et qui n'a
que peu ou point conscience d'elle-même. A notre
sens, quoique dénué de qualités d'exécution hors
ligne, la Résurrection de la fille de Jaïre, est le
meilleur tableau religieux de l'exposition. Du
reste, des tendances assez bizarres se manifestent
dans la peinture religieuse en Allemagne ; un
Christ appelant à lui les petits enfants en est un
produit peu recommandablc. On ne s'éloigne
presque jamais de la tradition sans tomber soit
dans la bizarrerie, soit dans la trivialité.
Sans doute, en parcourant les salles qui sont
affectées à l'exposition des gravures, des dessins,
des plans d'architecture, on pourait relever encore
plus d'un travail de mérite et noter, dans plus
d'un endroit le résultat d'études consciencieuses.
Toutefois, il n'y a, même dans ces régions, rien qu i
s'impose d'une manière absolue à l'attention du
Cbronique.
549
visiteur. Si vous aimez les peintures de genre et
de paysage, vous trouverez quelques panneaux
réussis en France, en Belgique, en Allemagne, en
Autriche. Dans les compartiments de ces derniers
pays vous trouverez aussi quelques portraits
traités magistralement. Mais si vous voulez
vous élever à des régions plus hautes, vous n'en
aurez pas plus l'occasion à l'exposition d'Anvers
que dans les autres exhibitions modernes.
eCrposittons Diticrscs.
NE exposition des arts industriels, due
à l'initiative de l'Association des
métiers, aura lieu dans le courant de
l'année prochaine, à Cologne. Une
section historique et rétrospective sera attachée à
cette exposition, à laquelle prendront seuls part
la province rhénane, la Westphalie et les districts
environnants.
A
l'occasion de la réunion à Munster de
_ __ l'assemblée générale des associations ca-
tholiques d'Allemagne, a lieu dans cette ville
une exposition des objets de l'art chrétien
(architecture, plastique, peinture, graphique), et
de produits des métiers et industries qui se
trouvent en rapport avec cet art : orfèvrerie,
argenterie, fonderie, fabrication d'orgues, bro-
derie, céramique, imprimerie, etc.
Tous les artistes et artisans de l'Allemagne
qui s'adonnent à l'art religieux ont été invités à
prendre part à cette exposition.
LE salon d'architecture, à la dernière expo-
sition des Beaux-Arts de Paris, était assez
remarquable. Nous avons à y relever quelques
restaurations qui sollicitaient les regards, notam-
menilavilla et le château deNaJac,ça.T MM.Benon-
ville et Pons, restitution considérable et curieuse,
le château du Grand Pressigny, par M. Chaîne, le
domaine du Châtelet-les-Daiiies, en Brie, par
M. Cuvillier, reconstruction complète ; le chalet
et la ferme sont un spécimen des plus curieux
de l'architecture du moyen âge.
L'agrandissement du Palais de Justice de
Rouen, projet de M. Lefort, avait déjà été fort
apprécié à Rouen même, par le Congrès des
architectes. Il faut encore citer le Palais de Justice
de Mcau.x, par MM. Breasson et Camut, une
chapelle dans un château, par M. Wable et quel-
ques relevés d'anciens monuments français et
étrangers.
M. Albert Ballu présentait un spécimen d'ar-
chitecture mauresque, le Musée d'Alger, ancien
palais des hôtes du Dey, intéressant spécimen de
cette architecture qui s'est installée en Afrique et
dans le Sud de l'Espagne avec la civilisation
mauresque, et qui a disparu avec elle. — M. Alfred
Normand donnait également deux belles vues de
r Alhainbra. M. Degeorge exposait le plan et les
dispositions grandioses de l' Abbaye de Vczelay,
et M. Devrez, dans une jolie aquarelle, les ruines
de la Rotonde dite de Lanleff (Côtes-du-Nord),
curieuse étude des édifices circulaires. M. Mayeux,
saisi par le côté pittoresque du Clocher de Roscojf,
a eu l'ingénieuse idée d'en faire admirer unique-
ment la silhouette. M. Gautier exposait Une Tour
du Château de Monthoison ( Vienne) ; M. Magne,
une vue d'un Petit Hospice et constructions annexes
à Albart {Cantal). La porte centrale de F église
Saint-Maclou à Rouen, par M. Quatesous, est un
beau dessin d'une fidélité et d'une élégance par-
faites.
M VAN KIRTIS,dans IcCourrierde l'Art,
, fait l'éloge de l'excellente organisation
des Kunstgewcrbcschuloi d'Allemagne, et de l'en-
seignement méthodique et soigné qui s'y donne.
Il signale, à Berlin, l'exposition des travaux des
élèves, accusant des eftorts sérieux, notamment
des travaux intéressants de serrurerie et de
menuiserie ; les jeunes filles ont eu un succès
d'estime avec leurs ouvrages de broderie, de
dentelles, etc.
Il m'a dté donné, ajoute-t-il, de voir tout récemment une
exposition analogue à Leipzig : les élèves de VAcadcinie
des Beaux-Arts et ceux de la Kunstgenicrbeschitle avaient
réuni leurs travaux dans les mêmes salles. Ici, la méthode
d'enseignement me semble plus rationelle et dirigée vers
des applications immédiates à l'industrie locale : beaucoup
de gravures sur bois, de lithographies et d'eaux-fortes,
comme il convient à une ville qui occupe une des premières,
sinon la première place sur le marché de la librairie.
C'est à cette exposition également que j'ai remarqué des
essais fort réussis de peinture sur verre, art qui devient à
la mode en .Allemagne. \'ous n'ignorez pas d'ailleurs qu'il
existe à Berlin un Institut royal de peinture sur verre, qui
a déjà produit de très bons résultats, grâce à l'habile direc-
tion de M. Bernhardt. Une des dernières productions
sorties de l'atelier de cet artiste sont des vitraux, que le
grand-duc de .Mecklembourg-Schwerin a oft'erts à l'église
votive de Berlin. Le public a été admis à les visiter à
Charlotlenbourg, oîi ils sont restés exposés pendant quel-
ques semaines. Ces vitraux, exécutés sur les cartons du
professeur Geselschap, représentent : au milieu, la Résur-
rection ; à droite, m/«/ J/<j/r, et saint Lue 'k gauche, le
n'ai rien îl dire du dessin et de la composition, qui sont
d'une correction et d'une solennité conformes au sujet.
J'ai admiré surtout l'art du peintre-verrier, qui a su fondre
les couleurs les plus variées de manière à former un tout
des plus harmonieux. Cette harmonie des tons est due à
l'einploi du 7'erre antique, qui passe des nuances claires
aux nuances sombres, permettant ainsi de produire des
ombres naturelles, difficdes à obtenir au moyen du pin-
ceau.
550
iReouc Dc î'3rt cf) ré tien.
LA remarqua.h\e exfiosiiion internationale d'or-
^ fèvrerie, de joaillerie et de hronses àe'Hwrem-
berg a été cet été \a. great attraction artistique de
l'Allemagne. Nous en parlerons ultérieurement.
NOUS empruntons encore au Courrier de
l'Art de très intéressants renseignements
sur le sort, éminemment intelligent, fait aux
constructions féodales élevées dans le Parc ou
Jardin public de Turin à l'occasion de l'exposition
nationale italienne de 1884. (V. Revue de l'Art
chrétien. Année 1885, p. 112.)
Le village et le château sont entrés dans une phase as-
surée d'existence paisible et régulière, absolument comme
s'ils existaient depuis des siècles. La ville de Turin, pro-
priétaire du grand parc du Valentino, a acquis le bourg et
le château ; leur entretien est désormais à sa charge, et,
pour mieux témoigner de ses intentions bien arrêtées à cet
égard, elle a nommé un Conservateur, et a été on ne peut
mieux inspirée en faisant choix du marquis de Villanova,
l'ancien président de la Commission d'art ancien qui, l'an
dernier, construisit cet ensemble d'édifices du moyen âge.
Les visiteurs du Parc, qui a repris son aspect primitif
par l'entière disparition des constructions provisoires de la
dernière exposition, pénètrent gratuitement dans le bourg
habité maintenant par plusieurs familles d'ouvriers. Toutes
les boutiques sont ouvertes eifervet opus.
Le serrurier de Crescentino avec ses fils et ses aides,
tous très habiles, très intelligents, continue à produire ses
merveilles en fer battu. Le grand magasin de céramique
exploité, pendant l'exposition de l'an dernier, par
M M. Issel, de Gênes, et Farina, de Faenza, est aujourd'hui
dirigé par deux gentilshommes qui sont de vrais artistes,
le comte Cursis, et IVI. Balduino, qui se sont voués à cette
belle industrie d'art. Il en est de même pour les sculpteurs
en bois et tous les autres métiers.
eCcolcs D'Hrt,
'A distribution des prix aux élèves de
l'école Saint-Luc, à Gand, a offert,
cette année, un attrait tout particulier.
%^, Un membre dti jiuy de l'exposition
universelle d'hygiène et d'éducation de Londres
de 1884, le rév. Frère O'Reilly, docteur en
sciences de l'Université de Londres, était venu
exprès à Gand, pour remettre au directeur de
l'École Saint-Luc, le cher Frère Mares, la
médaille d'or qui lui a été décernée. Il a pris la
parole en français et rappelé avec quelle sévère
impartialité et quelle compétence, le jury de
Londres avait formulé ses jugements et accordé
les récompenses ; puis il a félicité l'école Saint-
Luc de ses magnifiques travau.x et Je cher Frère
Mares des excellentes méthodes d'enseignement
qu'il a adoptées et vulgarisées. M. le sénateur
Lammens a ensuite attaché la médaille sur la
poitrine du bon Frère, aux acclamations enthou-
siastes de l'assemblée.
Aux côtés du président avaient pris place
MM. les sénateurs Casier-de Hemptinne et
Lammens, le baron Surmont de Volsberghe,
MAL D. Casier, de Kerchove-Borluut, P. de
Hemptinne, le cher Frère directeur de l'Institut
St-Amand, le cher Frère Pothamien (D'' M. F.
O'Reilly), le Rév. M. ¥. Salter, curé à New- York,
le Rév. Edw. Plaetsier, missionnaire apostolique
en Angleterre, Arthur Verhaegen, etc.
Un excellent discours a été prononcé par
M. Désiré Casier. L'orateur a fait un rapproche-
ment frappant entre deux expositions d'art qu'il a
visitées récemment à Paris ; d'une part une ex-
position rétrospective de tableaux appartenant à
l'époque du moyen âge ; d'autre part l'e.xposition
dite des indépendants. Il montre d'une façon sai-
sissante où mène l'indépendance dont se targuent
les artistes modernes qui ont arboré cette ban-
nière : l'indécence de leurs productions dépasse
encore leur ignorance du dessin, de la couleur,
de la forme sculpturale. Il termine en formulant
le vœu que les élèves de l'école Saint-Luc ne
s'affilient jamais à la franc-maçonnerie et aux
sectes condamnées par l'Eglise, et les exhorte à
prendre à cet égard des engagements solennels.
NOUS signalons au.x directeurs d'écoles de
dessin, aux artistes et aux amateurs, deux
sources qui leur sont ouvertes pour l'acquisition
de reproductions diverses d'œuvres d'art.
L'Union centrale des Arts décoratifs est en
mesure de répondre à toutes les demandes qui
seront faites pour les acquisitions de moulage
par le plâtre, de reproductions photographiques
et galvanoplastiques.
D'un autre côté, on peut s'adresser à M. Oron-
zio Lelli, Corso de'Tintori, 95, à Florence, pour
obtenir de fidèles images des chefs-d'œuvre des
Andréa Pisano, Alberto Arnoldi, Turino di
Sano, Andréa Oreagna, Jacopo délia Quercia,
Donatello, Michelozzo-Michelozzi, Nanni d'An-
tonio di Banco, Filippo Brunellcschi, Lorenzo
Ghiberti, Luca et Andréa délia Robbia, Antonio
Rossellino, Mino da Fiesole, Andréa Verrocchio,
Desiderio, da Settignano, Matteo Civitali, Bene-
detto da Maiano, Michelangelo, Buonarroti,
Benvenuto Cellini, Benedetto da Rovezzano,
Lorenzo Marrina, Antonio Federighi, Alessandro
Leopardi, des deux Sansovino, etc., etc.
Sir J. Savile Lumley, ambassadeur d'Angle-
terre à Rome, s'est servi du moulage de M. Oron-
zio Lelli, d'après le triomphant David de. Dona-
tello, pour commandera la Société anonyme des
bronzes de Bruxelles une épreuve à cire perdue
de l'immortel chef-d'ceuvre du Museo iiazionale
florentin.
chronique.
551
œCuurcs noutielles.
N de nos abonnés, M. R. Lambinet de
Bordeaux, nous adresse de très justes
réflexions au sujet de la notice sur
la crosse, la mitre et la chape, offertes
récemment à S. G. Mgr Freppel, et en particulier
du préambule relatif à l'art chrétien.
« Je reconnais, dit notre correspondant, que, malheu-
reusement, la décoration et l'ameublement des églises
n'ont généralement rien d'artistique, et qu'il serait bien
nécessaire d'y remédier.
« Cependant les moyens qu'indique votre savant corres-
pondant ne me paraissent pas suffisants. Les archéologues,
les artistes chrétiens et les directeurs d'ateliers auront
beau unir leurs talents et leurs connaissances pour pro-
duire des œuvres d'art, les églises n'en seront pas mieu.x
meublées pour cela ; on n'achètera pas ces œuvres d'art,
parce qu'elles ne plairont pas à la majorité des acheteurs.
« Ce qu'il faut réformer d'abord, ce n'est pas l'atelier qui
connaît, qui sait travailler, qui possède des documents et
des modèles ; ce (|u'il faut réformer avant tout, c'est le
goût des clients qui cherchent surtout l'effet produit. Peu
importe que tel ornement soit d'un style pur et d'un goût
délicat, pourvu qu'W /asst- lù reffcl. Ue l'i les grosses bro-
deries en bosse, les larges galons posés sur le dos d'une
chasuble coinme des colonnes torses sur la façade d'un
monument ; de là les bronzes à tapages, avec des fleurs
coloriées et des enchevêtrements de volutes et de feuil-
lages; de W les statues au.x poses souvent grotesques, badi-
geonnées de gros rouge et de gros bleu avec d'énormes
fleurs d'or.
«Tout cela n'est pas beau, mais cela plaît parce que le
bon goût est complètement oblitéré chez les clients. »
Rien de plus juste, et tous les efforts de la
Revue de l' Art clirétien tendent à opérer la restau-
ration du bon goût. Nous sommes convaincu
que la plupart de nos lecteurs et amis peuvent
beaucoup, en développant autour d'eux le senti-
ment artistique, l'estime pour l'art sincère et
digne, le mépris pour le clinquant, et le goût des
œuvres sérieuses, durables dans leur matière, pures
de style, sobres de formes et consciencieusement
ouvrées. Nous ne saurions assez insister, avec
notre correspondant, sur la nécessité de cet apos-
tolat artistique :
« Ce qui perd l'industrie, ajoute notre correspondant,
c'est la concurrence effrénée des fabricants, c'est cette
course au clocher .'i qui fera meilleur marché ; aussi les
industriels se copient mutuellement leurs modèles, et il
n'est pas rare de voir, un candélabre, par exemple,
fabriqué par la maison F ,dont le pied appartient à la
maison C...., la tige à la maison P...., les branches à la
maison A...., et les bobèches à la maison T....
«Je déplore ces procédés qui sont tout simplement du
pillage.
« L'espèce de corporation que propose votre honorable
correspondant serait très utile, mais il faudrait qu'elle
réunît non seulement les archéologues et les connaisseurs,
mais aussi les grandes maisons et tous les membres
influents du clergé, désireux de faire cesser l'état de choses
actuel.
« 11 faudrait aussi établir dans les séminaires des cours
d'archéologie afin de développer le goût des jeunes prê-
tres, ou au moins donner plus d'extension à ceux qu'on
y fait déjà.
« Unissons pour cela nos efforts,et espérons une prompte
réussite qui en sera la récompense. »
Nous souscrivons à tous ces vœu.x et ne néglige-
rons rien pour aider à leur réalisation.
ILcontinue à pleuvoir des statues sur la France,
et le temps n'est pas loiii où sa population
en bronze ou en marbre sera comparable à
celle en chair et en os. Rien qu'à Paris, à l'occasion
des fêtes du 14 juillet, on a inauguré celles du
médecin aliéniste Philippe Pinel, celle de Voltaire,
celle du maréchal Kellermann, (le vainqueur de
Valm)-), celle de ]-?éranger ; et en province, vers la
même date, celles de l'abbé Grégoire le conven-
tionnel (Luneville), et du mathématicien Et.
Bezout (Nemours). Le monument de Blanqui
vient d'être inauguré au Père-Lachaise. Citons
encore la statue du docteur Crevau.x, inaugurée
en juin, à Nancy, celle de Niepce, à Chàlons-sur-
Saône ; celle de l'amiral de Villaret de Joyeuse, à
Auch. Nicolas Leblanc aura bientôt la sienne au
Conservatoire des Arts et Métiers de Paris.
LE 19 juillet, Mgr de Lydda a béni soleniiel-
lement l'enceinte de l'église qui doit rem-
placer à Merville celle détruite par un incendie
il y a quatre ans. Déjà les inurailles sont élevées
presqu'à la hauteur des fenêtres.
La bénédiction de la première pierre de la
nouvelle église de N.-D. de Brebières (Laval) a eu
lieu en juillet.
Dimanche 7 juin a eu lieu à Prinkipo, près de
Constantinople, la pose de la première pierre
de la nouvelle église des RR. PP. F'ranciscains.
La consécration de la basilique de Notre-
Dame de Pontmain (.Mayenne) a eu lieu l'hiver
passé.
Le 15 juin. Son Éminence le cardinal-arche-
vêque a consacré l'église de Lacroi.x; Falgarde,
(Aquitaine).
PAR un bref du 17 février 1885, S. S. Léon
XIII a accordé à Mgr l'évêque d'Arras
l'autorisation de couronner Notre-Dame de Bou-
logne ; la cérémonie a eu lieu avec grand éclat le
23 août ; nous lisons à ce sujet dans la Soiiaiiu
religieuse de Cambrai :
« Le modèle adopté pour la couronne de Notre-Dame
est celui de la couronne de Godefroid de Bouillon, conser-
vée jusqu'à la Révolution de 1790, dans le trésor des
chanoines de la basilique de Boulogne. C'était une cou-
REVUE DE L ART CHRETIEN.
1885. 4""^ LIVRAISON.
552
Ecti lie Dc rart cf) t étien
ronne murale, analogue à celle qui est généralement
employée de nos jours pour timbrer les armoiries des cités
urbaines, c'est-à-dire un bandeau métallique, orné de huit
tours en saillie. Telle était, d'après les anciens inventaires,
la couronne qui fut otierte au héros de la Croisade par
ses compagnons d'armes, après la conquête de Jérusalem.
On sait qu'il refusa de la porter, ne voulant pas, disait-il,
être couronné d'or et de pierreries dans une ville où le
Sauveur des hommes avait été couronné d'épines, et qu'il
l'envoya sur-le-champ à sa sainte mère, la comtesse Ide,
pour être déposée aux pieds de la \ierge miraculeuse,
dans l'église de sa ville natale. C'était, d'après \ Inventaire
officiel du mobilier de la cathédrale, dressé par les délé-
gués de la municipalité de Boulogne, le 14 janvier 1791 :
« Une couronne de vermeil, entourée de huit reliquaires,»
— d'autres textes donnent : <: liiiit Chasteaitx, ou huit
tours » ~ dans lesquelles étaient des reliques de la
Terre-Sainte.
S'inspirant de cette donnée historique, le talent bien
connu de M. Bapst aura su, nous n'en doutons point, créer
une œuvre originale qui reproduira, en l'illustrant,rantique
conception des orfèvres byzantins si misérablement
détruite à l'époque la plus néfaste de notre histoire
nationale. »
LES échafaudages qui, depuis plusieurs mois, surchar-
geaient les tours de la nouvelle basilique de Four-
vière à Lyon, ont été enlevés complètement, et laissent
voir les deux croix et la statue de saint Michel surmontant
l'abside.
Les deux croix, destinées à soutenir deux immenses
oriflammes aux couleurs de la Sainte Vierge et aux armes
de Lyon, sont portées sur un fût octogone reposant lui-
même sur un piédestal. Des aigles, aux ailes déployées,
soutiennent la colonne. Le piédestal, d'un style conforme
à celui de toute la basilique, est en bronze ; les arêtes
seules sont dorées. Dans toute leur hauteur et sur toute
leur surface, les croix, ainsi que l'archange, sont dorées,
ce qui produit un etïet splendide lorsque le soleil donne
sur la colonne.
La cr)-pte est livrée aux mosaïstes qui achèvent la
décoration de l'abside.
SA Sainteté Léon XIII vient d'ériger une
cliapelle en l'honneur des saints Cyrille et
Méthode, à Rome.
Le plan est dû au regretté M. Fontana, archi-
tecte des Palais Apostoliques, et les motifs de la
décoration ont été fournis par M. Bonanni, son
élève. Les peintures sont de M. Grandi. On
remarque surtout le tableau de l'autel représen-
tant les deu.K Apôtres à droite et cà gauche du
Sauveur, au pied duquel le Souverain Pontife est
agenouillé dans l'acte de dédier la chapelle
qui vient d'être achevée.
UNE correspondance de Rome adressée au
Courrier de l'Art signale la protection
éclairée donnée aux arts par Sa Sainteté:
« J'ai eu l'occasion de vous signaler plus d'une fois déjà
la part prise par le Pape actuel à la restauration des mo-
numents religieux et à la décoration de certaines salles au
Vatican. Voici une preuve nouvelle de sa sollicitude pour
l'art. Deux salles de l'aile Sud de l'appartement Borgia
viennent d'être décorées, par son ordre, de fort belles
t.ipisseries qu'on ne sortait jadis de la Flareria que dans
les grandes solennités religieuses. Ces tapisseries pro-
viennent toutes de la manufacture des Gobelins de Paris
et datent, sauf une seule, qui est toute récente, des règnes
de Louis XIV et de Louis X\'. Elles représentent pour la
plupart des sujets bibliques : Suzanne et ses jii^es, Esther
devant Assuérus, le Jm^ement de Salonion, Joseph et ses
f lires, le Baptême du Christ. Comme sujets empruntés à
l'histoire de France, on remarque le Mariage de Louis
XIV avec l'Infante d' Espagne et l' Audience de l'ambassa-
deur d'Espagne chez le roi de France. Cette dernière est
composée par Le Brun, les autres par de Troy et Jean
Restout. L'imprimerie du Vatican a publié en même temps
un ouvrage de Mgr David Farabulini, intitulé : l'Arte
degli Arazzi e la nuova i^alleria dei Gobbelins al Vaticano.
La première partie de cette publication traite de la tapis-
serie en général dans ses rapports avec l'art religieux et
de la protection dont elle a été l'objet sous Léon X et
Clément XI, fondateur de la manufacture à! Arazzi de
Rome. La seconde partie contient une description détail-
lée des tapisseries dont nous venons de parler. )>
ïlcstaurations et ©cstriicttons. --=
E ministère des Beaux-Arts vient d'affecter une
première somme de 7,000 fr. à la restauration des
remparts de la ville d'Avignon.
— î©^-— ^©^-
du ministre de l'instruction
L
PAR arrêté du ministre de l'instruction publique,
M. Edouard Corroyer, architecte du Mont Saint-
Michel, vient d'être nommé inspecteur général des édifices
diocésains, en remplacement de M. Ballu, décédé.
UNE subvention a été accordée par la Commission des
monuments historiques pour la restauration des
églises d'Airvault et de Javarzay.
ON reçoit du Mont Saint-Michel de très mauvaises
nouvelles.
Depuis quelque temps, la mer a fait des dégâts considé-
rables dans le mur de la courtine située dans le voisinage
de la digue et des tours Boucle et de la Liberté.
L'ertet produit par chaque marée est très sensible et on
s'attend à des accidents graves qui forceront sans doute
le gouvernement à s'occuper enfin de la préservation de
ce monument, un des plus beaux types de l'architecture
au XV" siècle.
Le moyen le plus efficace consisterait à détruire la
digue, que l'on a élevée à si grands frais et si inconsidé-
rément.
DES réparations et travaux d'embellissement ont été
exécutés à Notre-Dame de Saint-Etienne. Leur
ensemble est un mélange du style byzantin et du style de
la Renaissance.
La voûte du chœur est historiée avec soin. Au-dessus
de l'autel, au milieu de dessins or et grisaille, figurent
quatre images jiarlantes des principaux versets des litanies
de la Sainte Vierge. Les piliers qui soutiennent la nef
du milieu sont décorés de grandes figures de saint
chronique.
553
Etienne, saint Pierre, saint Paul, etc., sur fond or craquelé,
imitant la mosaïque. Les vitraux sont l'œuvre de M.
Bégule, de Lyon. Les travaux de décoration sont de
MM. Zacchéo et Bégule.
—>©<—.— KIM—
MM. Formigé et Fenand, architectes, vont restaurer
très prochainement l'église de Courcôme, une des plus
anciennes et des plus intéressantes de la Charente (X"-',
XP' et XI P' siècles). Le projet total s'élève à 46 ou
47,000 fr.
La première partie des travaux qui est sur le point
d'être commencée, en absorbera 38,000. La commission
des monuments historiques a alloué 20,000 ; la commune
2,000 ; la fabrique 40c ; le conseil général, 3,160. Total :
25,560. Reste à trouver : 12,440 fr., que l'on espère obtenir
du ministère des cultes.
L'église de Courcôme a conservé trois arcades de la
construction de 970. Nous espérons qu'elles seront
respectées, malgré l'aspect peu agréable qu'elles donnent
au carré du transept de l'édifice.
— ?Oi ■■ i&i—
LE conseil général de la Vendée a bien mérité de
l'archéologie.
Dans sa session ordinaire d'avril dernier, plusieurs
délibérations ont en effet été prises par lui, en faveur de
certaines églises remarquables de ce département.
Au nom de la Commission de l'instruction publique,
M. le baron de la Tour du Pin a présenté tout d'abord un
rapport tendant à ce qu'il soit pris des mesures pour la
conservation d'une partie de l'ancienne église de Belle-
ville, qui offre un intérêt historique réel. Le conseil général
a immédiatement émis un vote conforme.
Autre rapport de M. Bourmaud, concluant à l'alloca-
tion par l'Etat des subventions qui suivent : 3,763 fr. pour
la restauration de l'église de Beauvoir ; — 2,080, pour
réparer l'église de Moutier-sur-le-Lay. — Le conseil
général a également adopté ces conclusions et voté en
même temps une subvention départementale de 2,000 fr.
payable en quatre annuités égales, pour la restauration de
l'église de Mareuil, monument historique de haute valeur.
Si tous les conseils généraux avaient un égal souci de
la conservation des anciens édifices, que d'intéressantes
pages ne disparaîtraient pas à tout jamais du grand livre
de notre histoire nationale !
(Bulletin d'archcologie du diocèse de Valence.)
LES étrangers visitent avec intérêt, dans l'église de
MaroUes-lez-Braults, un groupe en terre cuite,
représentant la mise au tombeau de Notre-Seigneur,
semblable à celui de la cathédrale du Mans.
Le savant auteur de la Vie de M. Marquis-Ducastel
attribue ces deux groupes aux deux MériUon, père et fils,
sculpteurs au Mans. Si l'on en croit au contraire M.
Angibault, le groupe de Marolles serait l'œuvre d'un autre
artiste, également du Mans et nommé Charles Hoyau, qui
l'aurait exécuté en 1635.
Le groupe et le retable dont il fait partie viennent
d'être l'objet d'une restauration picturale exécutée par
M. Beugler du Mans.)
LA partie de la charpente de l'église de St-Jouin-des
Marnes, qui avait été refaite il y a trois ans, a dû
être consolidée récemment (nous disons consolidée par
euphémisme).
LA restauration de l'église Saint-Nicolas à
Tournai, curieux monument de l'époque
de transition entre le style roman et l'ogival, se
poursuit activement sous l'habile direction de
M. Carpentier. L ensemble du vaisseau a déjà
repris l'élégance que comporte son style si
monumental. On a scrupuleusement conservé
l'antique appareil de la maçonnerie et reproduit
avec fidélité les anciennes lignes architectoniques.
Nous avons fait ailleurs quelques réserves que
la franchise nous oblige à rappeler (').
Mais à part ces divergences sur des points
secondaires, nous ne pouvons que louer les soins
consciencieux et la science archéologique qui
président à ce travail intéressant. On y met à
présent la dernière main en restaurant le chevet
du chœur, précieux reste de la pleine période
romane, défiguré aux siècles derniers d'une
manière barbare. Les travaux ont amené des
découvertes intéressantes qui, sans doute, ne
seront pas les dernières. On a mis au jour une
dalle funéraire plate, gravée en relief et datée de
13S0, un bas-relief sculpté dédié à la mémoire
de Baudouin d'Hainin, seigneur de Fontaine
{*h 1420), dont la famille fit élever lajolie chapelle
de Notre-Dame, contiguë au transept Nord (2),
enfin une autre petite pierre sculptée en 1560, et
couverte encore de sa polychromie ancienne, qui
représente en haut relief, au pied de Notre Dame,
la nombreuse famille d'Arnould de Gueldres.
On vient aussi de mettre à découvert, à gauche
du maître-autel, une crédence qui paraît dater du
XI Ve siècle.
LE gouvernement ayant le projet d'agrandir la caserne
Sainte-Marthe à Rome, vient d'avertir le supérieur
général des moines Sylvestrains, qu'il ait à se pourvoir
d'un autre local pour sa résidence généralice. L'église et
le couvent vont tomber sous le marteau des démolisseurs.
L'église de Saint- Etienne .y^'y^/vz Cacco, ainsi nommée d'une
statue qu'on trouva sur son emplacement, est bâtie sur les
ruines de l'ancien temple de Sérapis. Cette église remonte
à une très haute antiquité : elle est à trois nefs, soutenues
par quatorze colonnes anciennes en marbre de dit^'érentes
qualités. Sur le mur de la nef à. droite, on voit une belle
fresque de Pierin del Vaga, représentant Marie qui tient
son fils mort sur les genoux. Les fresques de la tribune
sont très belles, elles sont l'œuvre de Consolano.
Tout cela sera détruit pour faire place ;i une caserne !
Et le gouvernement procède avec son sans-gêne ordinaire,
sans consulter l'autorité ecclésiastique ; il supprime
l'église, invitant simplement les religieux à déloger sous
bref délai. Cette façon cavalière de traiter les choses
sacrées soulève l'indignation des fidèles. Les monuments
de la piété de nos ancêtres sont menacés partout ; car il
suffit au gouvernement du plus léger prétexte pour les
abattre et les profaner. Et cela se fait dans la capitale du
monde chrétien ! (Moniteur de Rome.)
1. Elles concernent la grande rose de la façade, que nous déplorons
de voir bouchce, la belle voûte lambrissée, que nous regrettons qu'on
n'ait pas rétablie..-\joutons que les pierres de couverture des reuipants
des pignons n'offrent pas le dos d'Ane aigu usité à l'époq\ie du
monument; nous nous demandons aussi, si des difficultés insurmon-
tables s'opposaient au rétablissement des bas-côtés dans leur état
primitif.
2. Nous avons en effet trouvé dans les archives de la paroisse
que cette chapelle s'appelait : Chapelle Desjonlaines. (V. Une no-
tice sur cette église dans le Bulletin de la Sociétl historique de
Tournai.)
554
IRcDuc Dc rsrt cbrctien.
UN singulier acte de vandalisme commis dans une
église réformée d'Alkmaar (Hollande), est dénoncé
par le journal Le SUr, de Maestrirht . M. Keyser, archi-
tecte îi \'enloo, qui connaissait dans l'église d'Alkmaar
l'existence de peintures datant du X\'I"^^ siècle et dont le
caractère dénotait l'influence italienne, allait parfois faire,
d'après elles, des études spéciales. Un jour, à son grand
étonnement, il trouva un menuisier en train de briser les
panneaux (ces peintures sont sur bois). Le menuisier avait
acheté ces bois de l'administration. M. De Keyser racheta
le lot et ramena son trésor à V'enloo où, ne trouvant pas
d'emplacement favorable, il vint les déposer provisoire-
ment à l'église de St-Servais à Maestricht. Plusieurs
musées ont fait des tentatives pour obtenir ces précieux
restes, mais on nous assure, dit Le Ster, que l'intention
de l'architecte est de bâtir une église où les peintures de
celle d'Alkmaar trouveront une place convenable.
LE Chapitre de la cathédrale de Valence (Espagne) a
montré, il y a peu de temps, plus d'estime pour les
objets d'art confiés à ses soins.
Un jour, raconte la Sematjie callwlique de Toulon^ se
présenta sans se faire connaître, dans la sacristie de la
cathédiale mentionnée plus haut, où l'on garde ce qu'on
appelle le Trésor, le baron de Rothschild, accompagné de
M. Trénor, son correspondant.
Le sacristain, selon l'usage, exposa aux regards de
l'étranger, parmi les objets précieux, une paix d'argent
qui pesait une quarantaine d'onces de ce métal. Cet objet
fixa l'attention du baron qui, sans doute, en connaissait
la valeur.
— Je désire acheter cette Paix, dit-il au sacristain.
— Les choses de l'église ne se vendent pas, répondait
le cicérone.
— Je vous donne cinq mille douros pour ce morceau
d'argent.
— Cinq mille douros!
— Cet étranger est quelque fou, commença à penser le
sacristain, en replaçant la Paix dans son étui, renfermant
dans l'armoire ce qu'il en avait retiré, et en allant
quérir un chanoine.
— Cet étranger a offert cinq mille douros pour la Paix
d'argent.
— Elle est de Benvenuto Cellini, elle ne se vend pas.
— J'en donne dix mille.
— C'est inutile, elle ne se vend pas.
— Ayez la bonté de réunir votre Chapitre, et dites-lui
que le baron de Rotschild offre cinquante mille douros,
et qu'il attend la réponse chez M. Trénor.
Nous avons su que la question fut débattue par le
Chapitre, et que celui-ci ne voulut pas se défaire du joyau
artistique du ciseau de Benvenuto Cellini.
Un détail. Le Chapitre est tellement pauvre, qu'il pleut
dans la cathédrale, et qu'il n'a pas la moindre ressource
pour faire les réparations les plus urgentes.
j:?outicllC9 et Troiiuailles.
'.r-/ VENIR d'Aa/ilies, annonce qu'une intéres-
sante découverte vient d'être faite dans l'église
d'Antibespar M. Joseph Félon. 11 s'agit d'une
série de peintures représentant en dix-sept
panneaux les mystères de la vie du Christ.
Ces peintures étaient à peine visibles, placées qu'elles
étaient dans une chapelle obscure et recouvertes d'une
couche de peinture, retouches faites au XVII'^ siècle, qui
dérobaient en partie l'œuvre primitive. M. Joseph Félon
ayant entrepris la restauration de ces peintures, fut assez
heureux pour découvrir une date (131 5), placée au bas du
sujet principal. Ce panneau représentant La l 'ierge au
Rosaire, est véritablement l'œuvre d'un maître, très supé-
rieur à ceux qui l'entourent, parmi lesquels cependant, six
d'entre eux ont un véritable mérite ; ce sont : Le jardin
des Oliviers, Le Fortement de Croix, L'Aseension, La
Pentecôte, V Assomption et Le Calvaire. Ces intéressantes
compositions, d'une grande perfection d'exécution, jointe
à une étude vraie et simple de la nature, sont peintes au
blanc d'œuf. Les ditîlérentes qualités d'exécution, ainsi que
l'unité du sujet traité, portent à croire qu'on se trouve là
en présence d'une œuvre produite par un maître italien et
ses élèves, probablement de passage à Antibes, quand ce
travail leur fut confié. Le maître se réservant le sujet
principal, avait pu faire exécuter, d'après ses cartons, le
reste de la besogne par des élèves d'inégale force. Le
travail de restauration de ces peintures, entrepris et mené
abonne fin par M. Félon, permettra désormais d'en ap-
précier la beauté.
D'APRÈS une communication récemment faite à
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de
Paris, par AL Le Blant, directeur de l'École française de
Rome, on aurait découvert, non loin de l'emplacement de
Vatriuni des Vestales, certaines substructions fort ancien-
nes, qui ont appartenu peut-être aux « Greniers d'Agrip-
pine » ou au palais de Caligula. Dans ce mur s'ouvre un
couloir dont les parois portent des images de saints, pein-
tes au X" siècle. Elles représentent, pour la plupart, des
moines illustres d'Orient et d'Occident. Ailleurs, on a retiré
du sol des sarcophages remontant sans doute au onzième
siècle, et dont les cuves et les couvercles sont couverts
de bas-reliefs magnifiques. — En outre, M. Wallon,
secrétaire perpétuel de l'.Académie, a lu une communica-
tion du Père Delattre, qui dirige en ce moment des fouilles
dans une basilique, à Carthage. Le Père Delattre signale
la découverte d'un/tv/ d'orgue en terre cuite, qu'il n'hésite
pas à faire remonter au deuxième siècle ; il consulte à ce
sujet l'Académie des Inscriptions. Celle-ci a naturellement
proposé de renvoyer cette communication à l'Académie
des Beaux-Arts qui, plus compétente, tranchera la question
et assumera la responsabilité d'une décision dangereuse.
Les plus anciennes orgues connues étaient du règne de
Pépin-le-Bref et se trouvaient à Compiègne, dans l'église
Saint-Corneille, au VHP' siècle. On comprend l'intérêt
qui s'attache à la découverte du Père Delattre.
On lit dans le Bulletin Critique (i avril 1885).
UNE découverte bien inattendue vient d'être .faite
dans les fouilles que ^l. P. Paris, membre de l'École
d'Athènes, a entreprises ù Élalée en Phocide. 11 s'agit du
lit de table ou accubitits sur lequel Notre-Seigncur était
couché aux noces de Cana. C'est une grande pierre en
marbre, longue dc 2"'33, large de o"'64, épaisse de o"'33 ;
elle porte sur une des tranches l'inscri[)tion suivante :
« Outfls estin o tithos apo Kanatès Galileas, opoti ta hydor
oinon epoiêsen o Kyrios lu'mon lesous Cliristos : C'est ici
la pierre de Cana en Galilée où Notre-Scigneur Jk.SUS
CHRisr changea l'eau en vin. » Cette pierre avait été
signalée par Antonin de Plaisance, pèlerin de la fin du
Vl" siècle, qui dit même s'y être étendu et y avoir gravé
les noms de ses parents : AV uctubuinius in ipso accubitu,
iibicgo indignusparentunt nteorum nomiiia scripsi. M. Ch.
Diehl, qui nous donne, dans le dernier lUillctin de cotres-
pondancc hellénique, un excellent mémoire sur cette
chronique.
555
découverte, a eu l'idée de chercher ces noms sur la pierre ;
il y a déchiffré dans un coin une inscription gravée à la
pointe dont la fin seulement est conservée. On y lit : «. kai
th iiutros mou Aiitoninnu. » Ceci a une grande impor-
tance, car l'autre inscription est évidemment postérieure à
la translation de la pierre, tandis que celle d'Antonin a été
gravée à Cana. Elle fixe donc l'identité du monument.
Comment est-il venu à Élatée ? M. Diehl pense qu'il y
aura été transporté de Palestine à Constantinople et qu'il
y aura été pris par quelque baron latin de la quatrième
croisade, pourvu d'un domaine en Phocide.
LES travaux des Braemgaten à Gand, ont amené une
découverte de réelle importance. Un coup de mine
a mis à nu une dalle tumulaire comme il en existe peu et
comme la ville de Gand n'en possédait point. Cette pierre
en granit de Tournai, mesure i"'5o sur o"'90. L'inscription,
formant bordure, est ainsi conçue: Hier Ui^het asscheric(k )
i'iiH(d)er coiiderbonh die starf in (t) jaer.... ende sente
j II de II az'ond.
Au centre de la dalle se trouve gravé un dessin figurant
une construction militaire, barbacane ou porte de ville,
formée de maçonnerie crénelée surmontée d'une échau-
guette couverte d'un toit à quatre pans. La porte, placée au
centre de cette construction, est à deux battants bardés de
massives pentures terminées en queue d'aronde, et croisil-
lonnées. Chaque battant a quatre pentures ; une chanie est
tendue d'un montant à l'autre. Une herse ferme le haut de
la baie, flanquée de deux archères latérales et surmontée
de deux lucarnes trifoliées. Trois baies ogivales lancéolées
à élégants meneaux éclairent l'échauguette.
Sur le chemin de ronde de ce travail militaire sont
postés deux guerriers. L'un porte l'arbalète à cric sur
l'épaule, l'autre tient un large glaive de la forme dite :
Ihidelaire.
Le costume de ces deux personnages rappelle exacte-
tnent celui des communiers gantois représentés dans les
fresques de la Leugemiete.
Ces soldats portent un haubert de mailles dont le
capuchon indique l'usage. Ils sont postés en sentinelle
et peuvent donc se dispenser de revêtir le casque indis-
pensable pour un assaut ou une bataille. Au-dessus de leur
surcot de mailles, ils portent une robe de parement rouge,
troussée à la ceinture et d'un effet pittoresque. Les lignes
du dessin, ainsi que les lettres formant l'inscription, sont
reinplies d'un émail conservé à peu près intact. Il est
alternativement blanc, rouge et noir et semble composé de
minium, de céruse ou d'un pigment noir quelconque
mêlés à une résine telle que la gomme laque.
Le type de l'inscription, et les détails d'architecture se
rapportent vraisemblablement à la seconde moitié du
XI IL- siècle.
(Flandre.)
ON a trouvé des restes d'un ancien château au village
de Uonk-Maldeghem entre (land et Bruges, à l'en-
droit où se trouvait l'abbaye de Soetendaele jadis si
renommée. Ces restes indiquent une assez grande anti-
(juité. On continue les fouilles et la Commission des
monuments a dû se rendre sur les lieux.
CCongrès et ecrcursions.
OUS remercions ici l'aimable corres-
pondant,qui a bien voulu nous envoyer
le compte-rendu de la 52"^ session du
Congres archéologiqiie de France, tenu
à Montbyisson.
La Société française d'archéologie fondée en 1S34 à
Caen parArcisse deCaumont,a tenu du 25 juin au 2 juillet
son congrès annuel dans le département de la Loire, à
Montbrisson et à Roanne. Le nouveau directeur de la
Société, M. le comte de Marsy, a été bien inspiré dans le
choix de ces localités et il a été très heureusement secondé
par la Diana, Société archéologique du Forez, dont l'im-
portance est assez connue pourcju'il nous suffise de rappe-
ler son nom.
Le 25 juin, à 3 heures, une centaine d'archéologues, dont
plus de moitié étrangers au Forez et au Lyonnais, se
réunissaient dans la belle salle héraldique de la Diana,
qui devait servir de lieu de réunion au Congrès.
M. le comte de Poncius, prcsidentde la Z^/rt«rt,a d'abord
remercié la Société française d'avoir choisi le Forez pour
lieu de sa réunion et a prié I\L de Marsy d'ouvrir le
Congrès.
Avant de remercier la Diana et les Forésiens, a dit
I\L de Marsy, en commençant son discours, j"ai un premier
devoir de reconnaissance à remplir, envers les membres
de la .Société dont je viens d'être appelé à diriger les tra-
vaux. Et, après avoir rappelé en quelques mots l'origine
de la Société, ainsi que les services qu'elle a rendus depuis
un demi-siècle, et rendu un juste hommage à la mémoire de
de Caumont, le directeur a remercié, en termes émus, son
prédécesseur M. Palustre, aujourd'hui directeur honoraire,
MM.de Laurière et Gaugain, de Dion et de Soultrait,
Pict-Lataudrie, Ledain, Noguier, de Roumejoux, de Fon-
tenelles, etc., d'avoir répondu à son appel et d'être \ enus
lui prêter leur bienveillant concours pour cette réunion.
Rappelant ensuite la découverte de la salle de la Diana
par M. Anatole de Barthélémy et sa restauration par le
duc de Percigny,il a remercié M. le vicomte de Meaux d'a-
voir bien voulu, depuis vingt-cinq ans,rcmplir les fonctions
d'inspecteur de la Société dans la Loire, et l'a prié de pré-
sider cette première séance qui a été remplie par deux
lectures, l'une de AL H. Gounard, sur la décoration de /a
Diana, l'autre de M. Steyert, sur les publications archéo-
logiques faites dans la région depuis trente années.
On comprendra facilement que nous ne puissions ren-
dre compte des discussions auxquelles ont donné lieu les
dix-sept questions du programme. Qu'il nous suffise de
dire que si toutes n'ont pas reçu une solution définitive,
les renseignements apportés par les savants réunis à
Montbrisson ont fourni de précieux éclaircissements sur
la plupart d'entre elles. Parmi les vœux adoptés par le
Congrès, signalons celui qui a trait à la conservation des
monuments historiques de France et d'Algérie et qui était
tout d'actualité, puisque le lendeinain, la Chambre se
décidait enfin h voter en seconde lecture un projet qui,
resté depuis six ans dans les cartons, y sommeillerait en-
core sans le mouvement de pétitionnement provoqué par
la Société des Antiquaires de France, et qui a donné de si
heureux résultats — ainsi que celui qui, sous forme de
remerciement à Son Eminence le Cardinal-.Vrchevéque
de Lyon, exprime le désir de voir partout s'établir, dans
les grands séminaires, l'enseignement archéologique, si vi-
vetnent prôné |)ar de Caumont et qui a donné les meilleurs
résultats pour la conservation des monuments religieux
dans tous les diocèses où il a été appliqué.
Les excursions ont été des plus variées. Parmi les mo-
556
Eetjuc De rart cbrcticn
numents romains, la ville de Moind, avec son tlidâtre et
ses bains, mérite l'attention. Couzan est un château de
1 époque féodale d'une grande importance, Lespinasse,
Roanne, montrent des donjons qui remontent peut-être au
XII' siècle ; Boisy est un beau type de la fin du XV siècle ;
l'ury-le-Comtal donne des spécnnens fort intéressants de
la décoration intérieure du temps de Louis XIV et ses
plafonds, ses alcôves et ses cheminées fourniraient des
modèles de premier ordre à nos sculpteurs. Nous ne ferons
que rappeler les maisons et les vieu.\ hôtels de Saint-
Rambert, de Saint-Bonnet-le-Chàteau et de Charlieu, de
peur de nous laisser entraîner trop loin.
Parmi les monuments religieux, le premier en date, et
peut-être le moins connu, est l'église de Saint-Romain-le-
Puy,reconstruiteau commencement de la période romane,
et qui comprend bon nombre de matériaux sculptés
mérovingiens et carlovingiens, les restes si importants du
portail de l'église de Charlieu et de son cloître, l'abbaye
de la Bénisson-Uieu, l'église d'Ambiesle, ses vitraux et son
triptyque, daté de 1466, dû à un m utre flamand et dont la
restauration a été assurée par les elîbrts de iM. Jeannez,
qui s'est constitué le défenseur des monuments du Roan-
nais et dont la société a reconnu les ser\ices en lui décer-
nant une de ses grandes médailles ; l'église de N.-D. de
lEspérance de Montbrisson, dont le docteur Rey vient
de publier la description.
Nous devons une mention spéciale au reliquaire de
Montverdun,dont S. Ém. le Cardinal avait bien voulu auto-
riser M. le chanoine de Saint-Palgent à faire l'ouverture.
La lance sarrasine, qui a servi au martyre de l'abbé de
Lérins, a tout particulièrement fi.xé l'attention des mem-
bres du Congrès, ainsi que les étoftés qui l'enveloppaient.
Ajoutons que le reliquaire offert en 16S7 par l'archevêque
de Lyon, Camille de Neufville est un remarquable objet
d'orfèvrerie.
Des allocations ont été accordées pour la restauration
d'un certain nombre d'édifices ainsi que pour des fouilles.
De grandes médailles en vermeil ont été décernées à
MM. L. Palustre, pour sa publication de la Renaissance
en France^ V. Durand, Gounard, Jeannez et le docteur
Plicque ; des médailles d'argent à MM. Félix Thiollier,
Rochigneux, l'abbé Boutillier, Henri Nodet, le colonel
(iazau et Mougnis de Roquefort, ainsi qu'à AI. le lieute-
nant Espérandieu.
L'année prochaine, le Congrès se réunira à Nantes.
AU mois de mai, les membres de la Société
des Archives de Saintonge, conduits par
M. Audiat, président, descendaient à la gare de
La Rochefoucauld (Charente).
La première visite fut pour l'église. Portail du
XIII'^ siècle, belle flèche octogonale de la même
époque, rosace du XVI*^.
On s'arrêta à l'admirable cloître du XV'^ siècle,
de l'ancien couvent des Carmes, aujourd'hui
occupé par le collège. Comme ensemble et
comme conservation on ne saurait comparer ce
monument qu'au fameux cloître roman de
Nieul-sur-l'Autize (Vendée); il n'y manque pas
une pierre et ses délicates moulures semblent
garder la trace du ciseau qui les a taillées.
Enfin on fut au château, cette remarquable
construction, en grande partie du XV'' et du
XVI<-" siècle. L'escalier, les galeries Renaissance,
la chapelle gothique, firent éclater de nombreux
témoignages d'admiration.
On visita encore l'ancienne église Saint-Pierre,
dont il ne reste que l'abside du XI L" siècle,
l'ancien prieuré de Saint-Florent, fondé en l'an
1060, dit-on, et dont l'église, bâtie sans doute peu
de temps après, offre quelques modillons et une
jolie voûte en berceau.
Le vieux pont sur la Tardoire, avec la vieille
tour carrée qui le domine, fut visité en passant.
Ensuite on partit pour Rancogne, dont on
visita les belles grottes au château de Rancogne.
On poussa jusqu'à Rochebertier, pour voir la
curieuse grotte préhistorique du Placard, explorée
avec tant de succès par MM. P^ermond et de
Maret.
LA Commission des Arts de Saintes a fait
une e.xcursion archéologique en avril. Les
excursionnistes ont été reçus à la gare de la
Rochelle par M M. les présidents de l'Académie et
de la Société des Arts et Sciences de la ville. On
se dirigea ensuite — tout en examinant rapide-
ment sur le passage plusieurs édifices religieux et
profanes, — vers l'hôtel de ville, dont on admira
la magnifique restauration faite par M. Lisch.
Bientôt eut lieu le départ pour Esnandes. 28
membres s'y trouvèrent réunis. Bâtie sur un plan
rectangulaire, l'église, entourée de douves, offre
un curieux spécimen d'église-forteresse du XIV'=
siècle. Sur la partie supérieure des murs, larges
de plus de trois mètres, règne un chemin de ronde,
qui permet de circuler tout le long de l'édifice.
Les parapets sont munis de créneaux, mouchara-
bis, guérites, meurtrières. La façade (Ouest),
dont la partie inférieure est du XI 1'= siècle, est
pourvue de mâchicoulis ; à droite du portail,
on reconnaît la statue décapitée de saint Martin,
patron de l'église.
L'intérieur proprement dit de l'église n'a reçu
aucune restauration. Cependant une partie des
grandes fenêtres étaient murées : elles ont été
remises en leur état primitif A droite et à gauche
de l'abside — disposées du Nord au Sud, — • des
casemates servent actuellement de sacristies. Un
escalier de pierre donne accès sur les voûtes de
ces casemates formant esplanades ou tribunes,
mais sans balustrades.
L'ameublement de l'église laisse fort à désirer.
LE 29 juillet 1885,1a Commission historiqtie
du Nord accomplissait son excursion an-
nuelle, qui avait pour but, cette année, la visite
et l'étude du camp romain d'Estrun, désigné,
comme beaucoup d'autres, sous le nom de camp
de César, et l'examen des objets trouvés aux
fouilles d'Iwuy, où l'on vient de découvrir des
vestiges importants de l'époque gallo-romaine.
(ffôronique.
557
IA Société historique de Compicgne s'est
_/ rendue au mois de juillet à Domremy poser
une pierre commémorative portant l'inscription
suivante :
A JEANNE D'ARC
la
SOCIÉTÉ HISTORIQUE
de
Compiègne
24 juillet 1885.
LE quatrième congres eucharistique (qui se
tient en ce moment à Fribourg) a inscrit à
son programme les points suivants ;
L'art et ses diverses manifestations au service
de la sainte Eucharistie ; architecture, sculpture,
peinture, musique ; règles et traditions. — Musées
et bibliothèques eucharistiques. — Monuments
en l'honneur de la divine Eucharistie.
■ xnusées.
ARMI les nouvelles acquisitions du
musée de Cluny il faut signaler deux
superbes émau.K de Léonard Limosin
provenant de l'hùpital Sainte-Croix à
Joinvillc, deux portraits à rapprocher de celui
que nous signalions dans notre dernière livraison.
(V. p. 393) à la suite du Messager des sciences de
Gand. Ils ont été achetés 45000 frs. — Appelé à
répartir entre plusieurs musées le legs de
M. Audéoud, M. Darcel a pris pour Cluny une
collection précieuse de meubles espagnols des
XVL et XVIP siècles, une très belle horloge
du XVI<= et un pastoiire napolitain. — Les
pastoiires étaient des groupes de l'adoration des
mages et des bergers, qui servaient jadis, à la
fête de Noël, à former des crèches et des reposoirs.
Ce sont des figures de céroplastie, peintes, re-
haussées d'or, et groupées pittoresquement dans
des paysages en relief. On les couvrait de vête-
ments d'une richesse extraordinaire.
ON s'occupe de créer au musée de Cluny une nouvelle
salle d'exposition entre les bâtiments de l'ancienne
abbaye et les ruines du palais des Thermes.
L'emplacement choisi est l'espace compris entre la
chapelle, l'entrée des anciens bains romains, et le vieux
mur de côté qui s'élève en bordure du jardin et au milieu
duquel avait été reconstruit le portail de l'ancienne église
.Saint-Benoit.
Cet espace, formant une cour.'i ciel ouvert, va être pour-
vu d'une toiture et transformé ainsi, à peu de frais, en une
vaste salle qui, en raison de son élévation, pourra recevoir,
comme sujets d'expos ition, des objets de très grande di-
mension.
La construction de cette nouvelle salle nécessite le
déplacement du portail de Saint-Benoit, chef-d'œuvre
d'ornementation sculpturale, dont la fai^ade, qui donne
sur la cour dont nous venons de parler, va se trouver
reportée du côté du jardin.
— r€! ' i6M—
OX \-ient de prendre l'empreinte des ferrures de la
plus ancienne porte de Notre-Dame de Paris, celle
de droite, quand on regarde la façade. Ce moulage est
destiné au musée des monuments du moyen âge et de
la Renaissance, au Trocadéro.
Les ferrures de cette porte, aussi bien que celles de la
porte placée à gauche, ont été réparées il y a une dizaine
d'années, par M. Boulanger, qui a exécuté les ferrures de
la porte centrale sur les dessins de VioIlet-le-Duc,car cette
porte, quoi qu'on ait dit, n'avait jamais eu d'ornements de
cette nature.
Le dessin des ferrures que l'on moule actuellement est
aussi léger que varié et original ; aucune pièce ne ressemble
à celle qui lui correspond. Un des panneaux offre une
petite figure d'homme dont le corps finit en poisson ; sa
tête est ornée de deux belles cornes. C'est ce personnage
en fer qui a donné lieu à la légende de Bicornet ('J.
— HSi ■ i©^—
LA ville de Vannes va posséder enfin un musée.
Depuis quelques années déjà existe à Vannes un
musée départemental d'archéologie, l'un des plus riches
de France pour les antiquités celtiques et les monnaies
mérovingiennes. On leur avait attribué pour local la Tour
i/u ComictabU de l'ancien Château de l'Hermine.
Cette tour est d'un grand intérêt historique, mais ses
dimensions, et surtout la manière dont le jour y arrive,
étaient défavorables au musée. Aussi s'occupe-t-on aujour-
d'hui du transfert de ces collections dans le bel Hôtel de
ville que la municipalité vient de faire élever dans le haut
de la cité.
— »©i ■■ ig>^—
DES mouleurs attachés au musée du Trocadéro sont
occupés, en ce moment, à mouler la partie supérieure
de la porte principale du Palais des Ducs de Lorraine, à
Nancy, dite la Porterie d^Anloiiu.
o
N a inauguré cet été le musée d'Aubusson, dû à
l'initiative de AL L. Gravier.
-40i • .'04—
FEU le révérend John FuUer Russell avait réuni dans
sa résidence A'Jiagle House, près d'Enfield, une
intéressante collection de peintures religieuses datant
presque toutes des XI V" et XV" siècles ; le XV'i'-' n'y avait
accès ciu'à titre d exception. Parmi les œuvres de l'école
de Sienne se faisait surtout remarquer une série de
treize petits panneaux provenant de la décoration d'un
autel, œuvre d'Ugolino da Sienna ; ces peintures avaient
fait partie de la collection Ûttley avant d'entrer chez
.\L FuUer Russell. "Lw. Xational Oallery \\ifM.,\\. la vente
après décès de ce dernier, qui a eu lieu par les soins de
MM. Christie, Manson et Woods, d'acheter deux des
panneaux d'Ugolino.
I. Nos pères, en montrant cette figure, disaient qu'elle représentait
le serrurier Bicornet. U était chargé de ferrer les portes de Notre-
Dame dans un délai convenu, et il ne lui restait plus qu'une nuit.
U trouva tout simple de se donner au diable. Celui ci arrive, met un
tablier de cuir et prête assistance à Hicornet. I3ien avant l'aube, les
portes étaient placées. Bicornet remercia le diable qui, à son tour,
lui fit cadeau de ces deuN cornes.
558
îRctiuc De l'art cfjrcticn,
D
ANS le courant du mois prochain on commencera
les travaux pour la construction du musée Urbain
à Rome, d'après les dessins de Tingénieur Sneider.
Le musée occupera une surface de onze mille mètres
carrés, au milieu du jardin botanique en face de l'église de
Saint-Grégoire-au-C«7/«^.
LE Bayerisches National Muséum de Munich s'est
enrichi dans ces derniers temps de précieuses
acquisitions ; citons une coupe en vermeil, finement
ciselée, travail augsbourgeois très curieux du XI V" siècle;
une magnifique serrure du XIV'= siècle, ainsi que les
ferrures très ouvragées de la porte du Rittcrsaal du
château royal de Hochstaïdt de la même époque, et la
grille célèbre de l'ancien jardin d'Eichstœdt. Parmi les
armes et armures, un fusil de chasse avec incrustations
d'or et d'argent, daté de 1621 et signé: Henneguy de
Metz. Les experts prétendent que ce fusil a été fabriqué
pour Louis XIIL Dans l'importante série de costumes
on remarque une collection de chaussures depuis le
XV'' siècle jusqu'à nos jours. Citons encore quelques
vitraux d'une exécution remarquable, dont un de 1515
représentant le blason de la famille Pirkheimer, un Christ
assis en granit, du XI 1 1= siècle, mesurant i'", 28 de hauteur,
provenant de l'ancien couvent des Bénédictins de Reichen-
bach ( Haut-Palatinat), une pierre funéraire du chevalier
Ulrich Pusch, ('1458) et un superbe autel de la chapelle
Saint-Maurice de Morizbrunn, près d'Eichstadt ; Renais-
sance allemande primitive.
CConcourjs.
'N concours est ouvert pour la décora-
tion intérieure de la chapelle de
Charleinagne à Aix. Quoique le
^: programme, en langue allemande, de
ce concours nous ait été communiqué un peu tard,
nous croyons être utile aux archéologues, aux
artistes, et enfin au vénérable monument qu'il
s'agit de restaurer, en traduisant le texte de ce
programme et en le faisant connaître à nos
lecteurs. L'église du Munster d'Aix-la-Chapelle
qui existe depuis plus de mille ans, a vu plus d'un
styledc décoration revêtir sa massive construction.
Nous souhaitons, avec les auteurs du programme,
que la restauration projetée soit aussi conforme
que possible au caractère de l'édifice, et en accen-
tue la gravité imposante.
Concours pour la dccoration intt'rieure de /'église
du Munster à Aix-la-Chapelle.
Le chapitre et l'association du Karls-Verein pour la
restauration de la chapelle de Cliarlemagne, ont ouvert
un concours pour la décoration de l'Octogone carlovingien
de l'église ; ce concours sollicite l'envoi d'aquarelles qui
doivent répondre aux conditions suivantes:
i' Les esquisses coloriées doivent être exécutées à deux
échelles différentes, à savoir:
a). Un plan général de la décoration à l'échelle de i "/„,
de la grandeur d'exécution; les décorations sur le déve-
loppement des piliers et des voîues, étant traitées comme
esquisse;
b). Une feuille de détail au 20""' de la grandeur d'exé-
cution; comprenant l'un des angles de l'Octogone, avec les
surfaces des murs, des piliers et des voûtes du pourtour et
de la tribune. Cette feuille doit être traitée de façon à don-
ner l'idée la plus précise possible de la technique à suivre
pour l'exécution du travail, — à l'aquarelle ou à la goua-
che — elle doit faire connaître clairement l'intention de
l'artiste, aussi bien sous le rapport de la composition que
de la coloration.
c). Un dessin de la décoration du pavement à établir
sous la coupole, l'ambulatoire et la tribune de l'étage, à
l'échelle d'un 20""-' de la grandeur d'exécution. (Le dessin
de la huitième partie de la surface de l'aire suffira.)
1° Les surfaces à décorer sont les suivantes:
a). Le champ des voûtes, l'épaisseur des arcs du pour-
tour et de la tribune, de même que les deux voûtes en
berceau de la tour ; (la coupole principale de l'Octogone
est delà décorée d'une mosaïque.)
h). Toutes les surfaces des piliers et des murs de l'inté-
rieur.
c). Le pavement de l'Octogone et de son ambulatoire au
rez-de-chaussée et sur les tribunes.
3° L'exécution des peintures doit se faire en couleurs
minérales de Keim, ou en d'autres couleurs reconnues
pour leur solidité et leur durée, — soit sur l'enduit des
murs et des voûtes, soit sur la surface des pierres, des pi-
liers et des murs ; les dessins suivants devront donner à
cet égard les renseignements les plus exacts.
4" Pour la décoration des fenêtres et de l'épaisseur des
arcs, de même que pour les surfaces latérales entre les
arcatures des tribunes, on peut éventuellement faire usage
de mosaïques.
5" Les peintures doivent, aussi bien par le style du
dessin que par la gamme de la coloration, répondre au
caractère des peintures de l'époque carlovingienne, c'est-à-
dire de la première période du moyen âge. — Pour ce qui
concerne les figures et le style qu'il convient d'adopter à
cet égard, on pourra consulter comme point de départ, les
peintures murales de l'église abbatiale de Saint-Georges
dans l'île de Reichenau, publiées par Krauss de même que
le Coiiex likhci ti de la biblioth. de Trêves, et pour ce qui
regarde le décor ornemental, les manuscrits de la période
carloxingienne conservés dans les bibliothèques de Paris,
\'ienne et Gotha. Des restes peu considérables de pein-
tures, qui probablement datent du règne d'Othon III, se
trouvent encore à l'église du Munster, à des endroits dé-
signés plus clairement dans les dessins. (Pour l'e.xécution
des peintures, l'attention des concurrents est appelée sur
un vœu émis par l'administration royale des constructions
le 29 mai 1884, approuvé par son excellence M. le ministre
du culte, le 4 août, de la même année.)
6" Au sujet des compositions, qui doivent être exclusi-
vement religieuses, il n'est pas fait de prescriptions.
7" La décoration du pavement doit être exécutée au
moyen d'une technique,se rapprochant autant que possible
du pavement des anciennes constructions chrétiennes de
Rome {San Clémente et d'autres), c'est-à-dire, dans des
mosaïques en marbre de différentes couleurs.
Chaque concurrent recevra, à sa demande adressée par
écrit au comité du Karls-Verein à Aix-la-Chapelle, contre
payement de 5 marks, une coupe autographiée, à l'échelle
d'un 20' ", deux plans terriers et la coupe de l'ensemble
du monument à l'échelle de i "/"• L'envoi des esquisses
et dessins doit être fait au 31 décembre de cette année,
au |)résident du Karls-Verein pour la restauration du
Munster d'Aix-la-Chapelle, M. le Dr Claessen, conseil-
Cbroniquc.
559
1er de régence. L'envoi devra être accompagné d'un pli
cacheté, contenant le nom et l'adresse de l'artiste.
Pour la formation du Jury, on s'adressera à Messieurs :
I" (îeh. Obcrbaurath Adler à Berlin.
2" Essenwein, Conservateur du Musée germanique à
Nuremberg.
3" Geh. Regierungsrath, Professeur Hase, à Hanovre.
4" Professeur Pierre Jansen à Dusseldorf.
5" Welter, peintre à Cologne.
6" Professeur Ev/erbeck à Aix-la-Chapelle.
Le premier prix est de 3000 marks ; le second est de
1500 marcks.
Dans le cas où le jury, — dont au moins trois membres
doivent être présents pour prendre une décision, — ne
croirait pas pouvoir décerner de prix, la somme de 4500
marks restera à sa disposition, pour la partager entre les
travaux relativement les meilleurs. Toutefois il est entendu
que ni le chapitre, ni le comité du Karls-V'erein ne
prennent d'engagement relatif à l'exécution d'aucun des
projets envoyés au concours.
Après le verdict du Jury, les projets seront exposés
publiquement, pendant quinze jours.
Le programme des concours ci-dessus, a été approuvé par
le comité du Karls-Verein dans sa séance du 15 mai 1885.
Le Président du Karls-Verein
Claessen Le Secrétaire
Ober-Regierungsrath a. D. DuEUSC
.Staats-Prokurator a. D.
Extrait du vœu émis par la division des
constructions, du ministère des travaux publics,
dans sa séance du 29 mai 18S4, concernant la
décoration de l'Octogone carlovingien.
La division recommande de la manière la plus expresse
de renoncer pour la décoration, à tout revêtement en
marbre, aux piliers et aux murs — à l'exception du pave-
ment qui peut recevoir un décor modeste de cette nature.
Elle recommande au contraire, — en s'inspirant des
exemples et modèles existants, — une peinture de style
ancien au moyen de couleurs minérales de Keim. —
Comme modèles pour les peintures de figures qu'il y aura
lieu d'exécuter aux endroits sur lesquels doit porter l'accent
de la décoration, on indique les peintures murales récem-
ment découvertes à l'ilede Reichenau, dans l'église abba-
tiale de Saint-Georges, celle du Coder Ekbcrti de Titves,
enfin pour les peintures décoratives les manuscrits de
l'époque carlovingienne qui se trouvent à Paris, \'ienne
et Gotha.
En ce qui concerne la décoration en mosaïque, on en
recommande un emploi très restreint, parce que, si dans ce
mode de décoration il n'était pas procédé avec beaucoup
de tact, le danger de dénaturer le monument serait a
redouter. Se prévalant d'opinions émises antérieurement,
on recommande de réserver seulement pour la décoration
en mosaïque, l'épaisseur des arcades et des ébrasements
des fenêtres; encore celle-ci devra-t-elle être d'une tonalité
très calme, afin de conserver, aussi complètement que
possible, dans la restauration actuelle, le caractère simple
et monumental du vénérable édifice, caractère qui cer-
tainement a existé autrefois.
L. G.
wWMc î)e0 matières. Hnnée ISSo»
p. I
et
139
13
et
1S5
p-
41
53
et
311
P-
159
168
et
299
P-
193
P-
279
Le Symbolisme chrétien au IV^ siècle, d'après les poèmes de Prudence, par
Paul Ali.ard pp
Anciens ivoires sculptés, par Ch. de Limas pp.
Études d'archéologie et d'histoire sur Villeneuve-lez-Avignon, par labbé F. Fuzet...
Des vases et des ustensiles eucharistiques, par l'abbé J. Corislet pp.
(Voir la suite au tome IV.)
Le beau esthétique et l'idéal chrétien, par le B"" Jean Bethune de Villers
Broderies et tissus, conservés autrefois à la cathédrale d'Angers, par L. de Farcv. pp.
(Voir la suite au tome IV.)
Crosse, Mitre et Chape offertes à Mgr l'évèque d'Angers, par L. de Farcv
Sculpture du XV^ siècle, par L. de Farcy
Les deux bénédictions de Jacob, sculpture sur bois du musée de Verdun (Meuse),
par l'abbé Jules Didiot p. 281
Le trésor de l'église de Sainte-Marie près Saint-Celse, à Milan, par Mgr X. Barbier
DE MONIAULT p. 287
Origine de la croix de Lorraine, par Léon ("iErmain
Le triomphe de saint François, par E. Cartier
Calices de saint Gérard et de saint Josse, d'après les archives bénédictines, par
C. K.OHAULT DE FlEURV
Peintures murales romanes à la cathédrale de Tournai, par L. Cloquet
Les crucifix champlevés polychromes, en plate peinture, et les croix émaillées,
par Ch. de Linas p. 453
CCorrcsponDancc.
L'église royale de Saint-Nicolas à Bari, (X. B. de M.). — Les cheveux de la Sainte
Vierge et les reliques des Saints Innocents, (B. Chaiîau). — Dalmatique de Thibault
de Nanteuil, (L. Marseaux). — L'émail de Poitiers et la dalmatique de Beauvais,
(Ch. de Linas) p
L'église de Fours, près Avignon, (Fr. de Fontaine, X. B. de M., F. Fuzet) p.
Règne de Jésus-Christ. — Sculptures de Solesmes et les Richier, (J. Didiot). — Un
dernier mot sur les saints à la cathédrale de Châlons, (4"^ travée), (P. Lucot). ... p.
l^oiiucUcs et jtnclangcs.
Une heure à l'exposition rétrospective de Rouen, (I>. de Farcv). — Exposition
romaine à Turin, (C. Rohault de Fleurv). — Peintures murales d'Andressein,
(J.-M. Richard). — Excursion delà Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, (X.). p.
Émaillerie byzantine. La collection Svenigorodskoi, (Ch. de Linas). — Encore l'émail
7
et
479
P-
329
P-
419
P-
437
P-
442
65
202
69
546
iRctJuc De l'3rt chrétien.
de Poitiers. — Miniature du terrier de l'évêché d'Avignon, (F. Fuzet). — Une ancienne
custode à reliques, (B. de V.). — Les anciens vitraux de Flêtre, (I. de Coussemaker).
— Le monogramme 1 H S sur les hosties, (V. A.nuîrosiani). — A propos d'une
Image du Sacré-Cœur. — Le plafond du Pérugin, à la salle de l'Incendie
du Bourg, (X. B. de M.)
Fouilles à Saint-Ouen de Rouen, (G. A. P.). — Quelques remarques sur l'ancienne
étoffe dite Stauracis ou Stauracinus, (V. Ambrosiani). — Inventaire du mobilier
de Mgr Louis Martini, évêque d'Aoste, (P.-É. Duc). — Inventaire des meubles
qui se sont trouvés à l'église d'Auzeville (Meuse), (Cillant). — Trésor de la
cathédrale d'Aoste, (P. Duc)
Le stauracis et la quadrapola. — Une Bible du XIIP siècle. — Inventaire de la
chapelle St-Georges, au prieuré d'Aquitaine, à Poitiers, en 1627, (X. B. de M.).
— Les Inscriptions Funéraires, (Ph. van der Haeghen). — Excursion de la Gilde
de Saint-Luc et de Saint-Thomas, (J. H. et G. F.)
203
P- 338
491
TratJaur Des Socictc.s satiantcs.
FRANCK. — Société des antiquaires de France
Société de l'histoire de Paris.
Société de l'histoire ecclésiastique de Paris
Société de l'histoire de France
Société académique de Saint-Quentin
Société Éduenne
Société des sciences, belles-lettres et arts de Tarn et Garonne.
Société historique et archéologique du Maine
Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise.
Société littéraire, historique et archéologique de Lyon
Société d'agriculture, sciences et arts de la Marne
Société historique et archéologique du Périgord.
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Société de Saint-Jean
Société archéologique du Limousin
Société des antiquaires de Normandie
Société historique de Gompiègne.
Académie de Reims
Société des antiquaires de l'Ouest
Société archéologique de l'Orléanais
Société des sciences historiques de l'Yonne
Société archéologique de la Charente
Société archéologique d'Avranches
Société d'émulation d'Abbeville
Association française pour l'avancement des sciences
Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis
Comité archéologique de Senlis
Société française d'Archéologie
Réunion des sociétés savantes, ;\ la Sorbonne
Comité des travaux historiques
Académie du Var
Société centrale des Architectes de France
Comité des travaux historiques
Société académique de l'Oise
Société archéologique de Béziers.
Société des sciences morales de Seine-et-Oise
Académie de Bordeaux
Académie de Rouen
Société des Antiquaires de Picardie.
Société archéologique de Chauny
pp- 84, 233,
366, 517
p. 85
p- 365
p. 8s
p. 86
p. 86
p. 87
p. 87
p. 87
p. 88
p. 88
p. 88
... pp. S9,
236, 36s
p. 232
pp-
232, 513
P- 233
P- 233
P- 234
pp-
234, 365
P- 235
P- 235
P- 235
... ... pp.
235, 514
P- 235
p. 236
P- 237
P- 237
p. 238
P- 3(>3
P- 363
P- 365
P- 370^
P- 513
P- 514
P- S'4
P- SIS
P- 5'5
p. 516
P- S17
P- 517
Cable Des matières.
547
p-
p-
p-
p-
518
89
90
90
.. pp 90
, 239,
368
p-
238
p-
36S
p-
369
p-
239
p-
5.8
..
p-
369
pp.
92, 241,
371,
519
pp.
117. 254,
395.
540
Académie d'Arras •
BELGIQUE. — La Société d'art et d'tiistoire du diocèse de Liège
Institut arcliéologique liégeois
Société archéologique de Namur
Commission royale d'art et d'archéologie de Belgique
Académie royale des sciences de Belgique
Société des sciences, arts et lettres du Hainaut
Cercle archéologique de Mons
ROME. — Académies et sociétés savantes de Rome
Académie pontificale d'archéologie
LONDRES. — Institut royal des architectes britanniques
Bibliographie
Index-Bibliographie
CCbroniquc.
PREMIÈRE LIVRAISON : ^VRES ---^^ ^^^ , ^ ^r^a^r^x^^:::
(Oradour-sur-Vayres, Besançon, PéronvUle, S'^'" "f f^'^^^^^^X^" J^ de sàint-Paul à Londres. Hôtel
SchaerheecK Equateur ^°-\l^^^^^^^^T,oT: aul^^^^^^^^^ cathédrale de Rouen. Clocher de
de ville de Samt-Nicolas. — RESTAU «.a 1 xwi-mo . a „ . , „ x r--,r,H Vaii^ps de
sLnt-rront . Périgueu. Hôtel de ville de Louvain. -f^J^^^^^^^^^^^^''^^^
Bavonville, de Braine le Comte, de Saint-Eustache à Paris. Tour de uio
deTmonuments historiques. La Marienhurg. C^-^jation de moments et soç^^^^^^^^
en Allemagne. Travaux à Rome. Dôme f J^-- " "f ^edsout Un Albert Durer et plusieurs
Bucherie, à Paris. Trouvailles à Tulette, à «^^^^'S"'^^' j^^Jf^;f^^°"%XjSÉES - VENTE.
^ V, ^* rrnvrrRTTc; VT -FXrnRSIONS. — EXPOSITIONS. ^ MUSt-tb. vcini
Rembrandt. ^ CONGRES ET EXCURSIONb_ Imagerie - ŒUVRES NOUVELLES =
2^ LIVRAISON. - Chapelle des Arts. - Ecoles d Art. -- l'^^g^"^" saint-Vincent de Rouen.
Peintures murales à Châlons. Broderies à C;^^^-"-^°"7-J;;;73%ts Dames du St-Sacrement
Basilique de Saint-Martin à Tours. Peintures ^u Panthéon. Chapelle des D ^^^^^^^
A Rome. Cathédrale de Westminster. Médaille de Léon ^"^- " f/^/ ,"r;^,,^ >, ,^ -.l^^éj^ale
Vitraux deSaint-Étienne-du-Mont. Les Beaux-Arts à la chambre des députés. ""^'^^^^^^ ilu/Te
ir Châlons. Chapelle de la Sainte-Vierge à Reims. ^.Hse de Samt-G^rmam-ds-Pré . T^^^^^^
Philippe-Auguste et porte de Saint-Denis. Palais des Papes .\ ^^^S"""" ^^ff™^/^.;"^ Château de
. Rou'en. Ta'pisseHes de Pontoise. Château ^^-^^^^!^^-^°^:::^^Z^':^^;Z:^^:^^^
^^^^^^/r^^^SSTsZZ^T^^^^: œuvres de Guido^eni et de Gé a d
Dorornementde saint Ebbon à Sens. Antique autel chrétien ^^-!:--^-rsÏÏnt-rarie-r.r^^^^
Le cnrisiopnore. , , „. rTTTTVR TTSTMOIJ VELLES : Églises de ChâtiUon-sur-Indre,
Cl,,nd,rnaeor, d. Cheralle-Haulcurs, d. S.n., de Lourde. P«'"'""» *",'"' du dSm. d'AI,-.,-
S.l„t-Vl„c.n,-d.-Pa„, d= Marseille au '"'^"''''^'''j^l'ZTJeu.i <1. Bo„„e-Nouvell. J Rouen.
re,„^:::traTe/d\•:M;;.rr■^:Llr:^rsr2:^i%o^..our., norenoe KO... .= -
ruTiL^S .T .KOUV.,...S : C.oouv.r.. .^ Tourn.^ îî-^tcnHsSSs"".; ' P-^ocr Ha
SITIONS; Paris, Nurenberg, Anvers, etc.... — CONGKta
Sorbonne. à Lille. - MUSÉES. EXPOSITIONS DIVERSES: Cologne, Munster, Paris,
... LIVRAISON. --- ^^^,-j;^^-^^^;^^^;\ôuVErLE?: Obi' ^ d'art religieux. Statues. Constructions
Berlin, Turin. -Ecoles d'Art. -ŒUVRh-biNUU n de Boulogne Basilique de Fourvière. -
d'égiise. Les arts ^ ---" ^J^^^^^ J:rp::ts d'^^
RESTAURATIONS ET Db.bTRUCTIONb. ^^^P^;'^"^ courcôme É"lise de Vendée. Église de MaroUes-
r^;ar:°'iirs^;ôu.trrr:r;i.^'^;i:.rsïï,u!L,.„„:„.,,, w . Ho„e. Pei„.ure..
548
îRctiuc Oe ratt cfjtétien.
Venloo. Chapitre de Valence. — NOUVELLES ET TROUVAILLES : Peintures murales ;\ Antibes.
Peintures du X' siècle à Rome. Table des noces de Cana. Pierres tombales à Gand. — CONGRÈS ET
EXCURSIONS: Congrès archéologique de France à Montbrisson. Excursions de la Société des
Archives de Saintonge, de la Commission des Arts de Saintes, de la Société historique de Compiègne,
delà Commission historique du Nord. Congrès eucharistique à Fribourg. —MUSÉES. — CONCOURS.
lîccrologic.
M. Ernest Deger. ...
M. Henri Dobbelaere.
M. Cartuyvels
M. Georges Fuchs. ...
Questions et réponses.
Plaques de foyer en fonte de fer. — Notre-Dame de Bon-Secours, de Nancy. — La Vierge A l'encrier.
Notre-Dame de Bon-Secours, à Nancy. -- Les décanats wallons
Broderies religieuses
P- 275
P- 275
p. 275
p. 276
P-
P-
P-
^37
277
417
TatJle Des ïilancijes
Triptyque byzantin en ivoire. — Face antérieure.
Id. Id. Id. — Face postérieure.
Étoffe brodée et mitre à l'exposition de Rouen.
Vierge en ivoire à l'exposition de Rouen.
Crucifix de la cathédrale de Léon. — Face.
Id. Id. Id. — Revers.
Crosse offerte à IVIgr l'évêque d'Angers.
Mitre Id. Id. Id.
Chape Id. Id. Id.
Miniature du terrier de l'évêché d'Avignon.
Sculpture du XV siècle : parabole du mauvais riche.
XII-XIII. Sculpture du XVI' siècle: Les deux bénédictions de Jacob.
XIV et XV. Fouilles à Saint-Ouen de Rouen.
XVI. Calices de saint Gérard et de saint Josse.
XVII. Peintures murales à la cathédrale de Tournai.
XVIII. Crucifix en émail champlevé du musée du Louvre.
XIX. Crucifix limousin, écusson de croix limousin et écusson d'émail cloisonné (Rhin).
I.
II.
m.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
Ifignettcs intercalées Dans le tejcte.
Croix de l'autel du tombeau de Galla
Placidia p
Croix de la patène Stroganow p
Revers de l'hiérothèque de Limbourg-sur-
la-Lahn p
Flambeau allumé entre deux cyprès inclinés p
Premier feuillet du diptyque de Ruffus
Probianus p
Poignées (i'épées p
Camée byzantin de la collection V. Gay ... p
Peintures murales d'Andressein p,
» >■ » p
26
26
28
29
3'
33
37
76
77
P-
Le mystère d'Emmaiis
Fragment de l'architecture de la cathédrale
de Gand p.
Dessin d'une partie de la chasuble de Raoul
de Beaumont p.
Six chasubles conservées h la cathédrale
d'Angers pp. 181
Crucifix peint dans le S(Krame7itatre de Roda p.
Croix de Reccesvinth. (Revers) p.
Ex-~>olo de Swinthila p.
Une ancienne custode à reliques du musée
d'antiquités de la ville de Gand p.
IIO
12S
169
183
189
190
191
Cable Des matières
549
Monogramme I H s ... pp. 225, 226, 227,
Chalumeaux eucharistiques à l'abbaye de
AA/^ilten
Ambon de la rotonde du Saint-Sépulcre à
Bologne
Aube de saint Bertulphe
Croix de Lorraine pp. 332, 335,
Objets divers trouvés dans les fouilles de
Saint-Ouen à Rouen. ... pp. 346, 347,
Ornement sacerdotal orné de croix
Chapiteau symbolique à la Lihde
Vue de la cathédrale d'Anvers
Fer à gaufres du XV= siècle. Besançon. ...
Tombeau de sainte Claire
Cathédrale d'Assise
Fer à hosties conservé au couvent de
Greccio '.
Hostie faite avec le moule de Greccio.
228, 229 j Légende de sainte Marguerite, pp. 44;, 446, 447, 448,
450, 451
p. 248 Crucifix émaillé en //<^/é?/t■^>^/7/r(? p. 455
Type restitué du crucifix de Jean Garnier. p. 457
p. 249 Type de croix limousine ; revers p. 458
p. 250 Revers de crucifix limousin p. 459
336, 337 Crucifix limousin à silhouette réservée ... p. 460
Écussons de croix limousine p. 465
348, 349 Croix ornée d'émaux p. 467
p. 252 Type de croix allemande p. 468
P- 377 Types de croix allemande p. 469
p. 383 Crucifix allemand p. 470
p. 384 I Type de croix allemande, revers p. 471
p. 422 Médaillon en émail cloisonné p. 471
p. 424 Crucifix, de Sa.inte-Marie ùiderSc/imtrgassc,
à Cologne ; recto p. 472
p. 436 Christ manceau en bronze p. 473
p. à2(> j Image liturgique p. 527
j" Images liturgiques p. 528
Table par nonis D'auft-'lirg^ #^
AllarI) (Paul). — Le Symbolisme chrétien au IV siècle, d'après les poèmes de Prudence p. i.
AmkrOSIANI (Archip. V. ) — Quelques remarques sur l'ancienne étoffe dite Stauracis ou Stauracinus. p.
Barbier de Montault (Mgr X.). — Le trésor de l'Église Sainte-Marie près Saint-Celse, à Milan, pp. 287
L'église royale de Saint-Nicolas, à Bari (Correspondance) p.
La monographie de l'église de Fours, près Avignon (Id.) p.
Le monogramme I H S sur les hosties (Nouvelles et Mélanges) ... p.
A propos d'une Image du Sacré-Cœur (Ibid.) p.
Le plafond du Pérugin, h la salle de l'Incendie du Bourg (Ibid.) p.
Le stauracis et la quadrapola (Ibid.) p.
Une Bible du XIII'^ siècle (Ibid.). — Inventaire de la chapelle St-
Georges, au prieuré d'Aquitaine, à Poitiers, en 1627 (ibid.).
Bibliographie pp. 93, 243, 375, 3S6,
BetHUNE DE VlLI.ERS(B ""].).— Le beau esthétique et l'idéal chrétien
Bibliographie
Callier (G.). — Bibliographie
Cartier (E.). — Le triomphe de saint François
Chabau (B.). • — Cheveux de la Sainte Vierge et les reliques des Saints Innocents (Correspondance!.
Chaillot (L.). — Bibliographie
Cloquet (L.) ^ — Peintures muiales romanes à la cathédrale de Tournai
PP- '07, "4, 246, jS',
P
526,
P-
P-
P-
P-
P-
... p.
... p.
389, 532,
PP- 53.
... p.
P-
Bibliographie
CORBI.ET (Abbé J.). — Des vases et des ustensiles eucharistiques
Bibliographie
De Coussemaker (I.). — Les anciens vitraux de Flètre (.Nouvelles et mélanges)
UlDIOT (Abbé J.). — Les deux bénédictions de Jacob, sculpture sur bois du musée de Verdun (Meuse), p.
P-
P-
P-
168,
P-
P-
P-
Règne de Jésus-Christ (Corresp.). — Sculptures de Solesmes et les Richier (Ibid.).
Duc (Ch"^ P.-E.). — Inventaire du mobilier de Mgr Louis Martini, évêque d'Aoste (Xouv. et Mél.).
Trésor de la cathédrale d'Aoste (Ibid.)
Farcv (L. de). — Broderies et tissus, conservés autrefois i'i la cathédrale d'Angers ... pp.
Crosse, Mitre et Chape, offertes ;\ Mgr l'évêque d'Angers
Sculpture du XV^ siècle
Une heure à l'exposition rétrospective de Rouen (Nouvelles et Mélanges)
139
351
479
65
202
225
229
230
491
494
536
159
100
534
419
65
107
442
536
511
--J
2S1
510
355
362
299
193
279
69
550
lacuuc Dc rart cfjcctien.
FuzET (Abbé F.). — Études d'archéologie et d'histoire sur ViUeneuve-lez-Avignon
La monographie de l'église de Fours, près Avignon (Correspondance)
Miniature du terrier de l'évêché d'Avignon (Nouvelles et Mélanges)
Fontaine (Fr. DE,i. — La monographie de l'église de Fours, près Avignon (Correspondance)
Germain (LÉON). — Origine de la croix de Lorraine
Plaques de foyer en fonte de fer (Questions et réponses). — Notre-Dame de
Bon-Secours, de Nancy (Ibid.)
Les décanats wallons (Questions et Réponses).
GiLLANT. — Inventaire des meubles qui se sont trouvés à l'église d'Auzeville (Meuse)
Helbig (J.). — Excursion de la Gilde de St-Thomas et de St-Luc (Nouvelles et j\Iélan,^'es)
Notre-Dame de Bon-Secours (Questions et Réponses)
Bibliographie PP'
LiNAS (Ch. de). — Anciens ivoires sculptés PP-
Les crucifix champlevés polychromes, en plate peinture, et les croix émaillées.
L'émail de Poitiers et la dalmatique de Beauvais (Correspondance)
Émaillerie byzantine. La collection Svenigorodsiioi (Nouvelles et Mélanges) ...
Bibliographie PP-
LUCOT (Abbé P.). — Un dernier mot sur les saints à la cathédrale de Châlons (4« travée) (Corresp.)...
MaLLAT (J.). — Bibliographie P-
Richard (Abbé J. -M.). — Peintures murales d'Andressein (Nouvelles et Mélanges) p.
ROHAULT DE Fleurv (G.) — Calices de saint Gérard et de saint Josse P-
Exposition romaine à Turin (Nouvelles et Mélanges) p.
Van DER Haeghen (Ph.) — Les Inscriptions Funéraires (Nouvelles et mélanges) p.
p. 41
p. 202
p. 21S
p. 202
p- 329
p- 137
p. 277
p. 362
p- 495
P- 277
92, 371
13, 185
P- 453
p. 67
p. 203
241, 519
p. 511
246
75
437
73
495
^ 6abtc analj)ttque. ^
A.
Abbeviile (soc. d'EmuL), 235. 250
Académie — des Inscript, et Helles-Lettres,
&9. 238, 365 — de Belgique, 238. 266 — de
Rome, 23g — de Bordeau.v, 315 — de
Rouen, 516 — de Reims, 234 — d'.Ainietis
518 — des Beaux-Arts à Bruxelles, 54_f, —
d'Arles, 363 — du Var, 365 — pontif.
d'Arch. à Rome. 518
Adam, 394. 456, 466 — (crâne de), 210
Adamy, (Doct.), 541, ïi8
Adeline(J.), 39:;
Agaune (abb. d"). i86, 325
Agen — musée, 389 — fiesques. 443
Agiothyrides, 13
Agneau pascal, 294
Agnès (Ste), 240, 526
Agnus Dei. 90, 94, 100, 130
Agrafe, 266 — pontificale, 538 — de chape, 368
Aigre, 246
Aigret (chan.). 506
Aiguière, 294
AirvauU (égl. d'), 547
Aitchison (G.), 370
Aix-la-Chapelle (mosaïque d'), 401
Ajuda (calice à), 34
Albae. 180
Albanès (abbé J.-H.), 254
Albarine (vallée de 1'), 88
Albert-Durer, (V. Durer)
Alger (écoled ), 258
.Allard (P.), 139, 212, 520, 540
Allart, 390
Allemagne, 39 — prfèvr. . 477 — émaux, 514
Allemand (J. 1'). Em. 423
Allonville (Cte d'), 242
Allou (Mgr A.), 117
Aller lions, 248
Amand (S.), monast, 246
Amand (J.)sculp. , 369
Ambasac (châsse d'), 460
Ambièle (egl. d"|, 556
Ambrosiani (archip. V.), 229, 251, 351, et
suiv. , 491
Ame (Symb. de 1'), 144, 451
American journ. of arch. , 393
.Ameublement eccl. , 92
.\mict historié, 529
Amiens — calice, 54 — inscription, 85 —
histoires, 242
.\nchin (orfèv. à), 414
André (St), 17, 297 — autel port., 82
Andressein, 2 — église, 75
Angers, i5i — objets offerts à l'év. , 193 —
broderies, 29g — musée, i;34 — église, 535
Angoulême, 235 — art. chrét. 232
Anjou (armoriai de 1'), 380
Anneau pastoral, 130 — épiscopal et pontifi-
cal, 538
Annequin, archit., 91
.Annonciation (iconogr. de 1"), 24
Amibes (fresque â), 554
Aniigny, 517 — sarcophages, 315
.Antiquaires — de France. 84,232, 366, 517 —
de l'Ouest, 365 — de Normandie, 233
.Antoine (.Si) deP., 529
.Anvers. 326 — guide. 382 — Verriers à, 368 —
démolition, 405 — artistes, 530 — exposi-
tion, 408. 543
Aoste — dipt. d'.Astyrius, 90 ^ inventaire, 355
— trésor, 362
Apariccio, 188
Appareillage de pierres, 86
Appert (M.), 270
Apôtres, 17, 453 — symboles, 146
AquamaniU, 530
Aquitaine, 392
Arabie (carte de 1), 188
Aradou, 507
Araman (G. d'), archit. ,108
Arbellot (abbé), 414
Arbois (Jubainville d'), 518
Arbres paradisiques, 28, 39
Arcachon (égl. d'), 400
Archanges, 252
Archéologie chrét. , 247
Architectes, 91 — -anciens, 268 — Avignonais,
168 — Britanniques (soc. ), 36g — Français
(soc.), 370 — hist. des. 516
Architecture, — à Vienne. 389 — à l'exposition
d'Anvers, 547 — au salon de Paris, 549
Archives — hist. de la Saintonge, 237
Ardagh (calice à), 156
Aréthas(St), 19
Arendt(Ch. ), 397
Argenterie, g2, 367, 386, 390
Aria (M. d'), 397
Ariège, 131
Arius, 232
Arles I.Acad. d'), 363
Armellini, 240, 518
Armoriai de l'.Anjou, 380
Amault (A.), 403
Arnoul (J.), sculp. , 90
Arras. — eath., 317 — biblioth., 392 — orfèv.,
414 — Acad. , 518
Art — ancien, 35 et suiv., 211 — byzantin, 35
et suiv., 216, 533 — chrétien, 16, 414, 426
— religieux, 103 à 195, 513 — civil, 165
industriel, 544 — Franc. 347 — Français,
412 — Italien, 38g — .Arabe, 188 — Espa-
gnol, 188 — Persan et Hindou, 190 — Russe,
204 — Mosan, 248 — Rhénan, 248 —
Revue de l'.Art français, 393 — évolution
del'. , 192
Arts. — décoratifs, 239, 257, 219 — hédoniques,
105 — plastiques, 105 — exposition des
Arts décor. , 134 — chapelle des, 399 — à la
cour d'Avignon, 167
Artistes. — anciens, 168, 393 et suiv., 513 —
Cambrésiens, 412 — Lorrains, 412 — Mon-
tois, 369 — Vénitiens, 531 — à la cour de
Gonzague, 530
Assise — cath. 423 — reliquaires, 324 —
calices, 56 — St François d'., (V. François)
Assomption, 480
Asters, 25
Asturies (orf. des), 191
Astyrius (dipt. d'j, 90
.Atelier de St-|ean. 358
Athos (Mont). 203
Attitude contorsionnée, 368
Audiat, 237. 254
Audebert (P.) archit., 168
.Augemer, 19g
Augnat (reliq. à), 168
Augustin (Soc. de St-), 526, 544
Aumônières, 72
.Auss'm Weerth (E.), 373
Autel, 259 — chrétien, 267 — des reliques, i.\-]
— table et parement, 279 — moderne, 546
Autun (égl. d'), 313
Avignon, 326 — arts, 108 — peintures, 252
Avioth, égl., 245-509
Avranches (Soc. arch.), 235-514
Avril (Baron d'), 415
Bach, 256
Racquin (J. ) enl. , 369
Baes (E.), 368
Bagdad (ivoire de), 190
Bahrfeldt (M.), 397
Bahuet (J.) peiiiu, 530
Ballu (.Al.) archit., 549
Bancol, 267
Bapst (G.), 367, 518
Baptême. — du Christ, 100 — symb,, 140
Barbe (Ste), 88, 366
Barilégl. St-N'ic), 65
Bar-le-Duc (musée), 55
Bar-sur-.Aube (calice), 53
Barrât, 244
Barrau (abbé), 66, 514
Barreau (abbé), 540
Barta, 254
Barthélémy (.A. de), 84, 252, £56 —(P.), 540
Bartolomeo (Ben. di), sculpt. , 391
Basile le Grand (St), 22
Basilewski (A.)(coll.), 56, 136, 203, 248
Basilique de St-\Villibrord, 80
Bas-reliefs, à Maredsous, 100 — à St-Paul-
lez-Dax, 367 — funér. 548
Basse-Normandie, 233
Bastard (Cte de), 89, 267, 391
Battel. 221
Battesto(B. di) sculpt., 391
Baudry(P.), 265,463
Bauly, 363
Baye't (G.). 216, 527— (Ch.), 188, 215
Baveux (invent.), 198
Bayonville (égl. de). 126
Bazas (dioc. de), 515
Beauvois (égl. de), 548
Berard (abbé F.), 117
Bernard (L. C. ), 117
Beeswillevald, 547
Belleville (égl. de), 548
Bellini (|.). 84
Bergmans (P.), 392
Berlin (égl. votive). 544
Bernhardt, verrier, 544
Berthelé, 254, 537
Bertolotti (H.), 530 et suiv., 542, 397
Beyarl, 546
Bible, 493
Bibliographie, 88 et suiv., 241 et suiv., 371 et
suiv.. 519 et suiv.
Bieujac (égl. de), 254, 400
Bijoux chrétiens, 110
Binche (hist de), 368
Biville (calice à), 55
Biaise (St), 22 — statue, 506
Blanc (Ch.), 254
Blancait (L.), 117
Blanchart (L.), 410 — J.-B., 393
Blandecques, 460
Blant (E. ). 546— (Ch. ). 239
Blasset (NI.), sculpt., 250
Blazimont (égl. de), 515
Blignv. 253 — vierge en ivoire, 115
BIondel(S.). 388
Boch (Frères), 544
Bohn (R. ), 541
Boissoudy (.A. de), 117
Bolsène (Chap. du St-Corporal), 538
Bonami, archit., 546
Bonnel (l'abbé J.I, 254
Bordes (P.), 540
Bord i au, 408
Bordier (H.), 395
Borin. 395
BoiligeiJ.). 398
Bourcard (G. ), 540
Bouchet (C), 540
Bourdon, 235, 546
Boutellier (.M. ), 93, 117
Boutkowski. n8
Brackeleer (de), 133
Braine-lc-Comte (égl. de), 128
Braquenier, 543
Braqueinont'(M.), 88
552
Eeuiic Dc rart chrétien.
Breasson et Camut, arcliit., 349
Brebières (égl. de), 546
Bressers, 410
Bretagne. 234
Bretoa (G. le), 69
Brie (tapisserie, darïs la), 42
Broderie, 69, 168, 190, 193, 197. 353, 260, 413,
417. 546 — à Milan, 489 — à Angers, 299
— ,i Dînant, 500 — sa reliure, 480
Broglie (duc de), 85
Broisse (de la), 366
BrownlG. ), 542
Brugsch (H.), 118, 397
Bruges (école d'art de), 69, 125
Brugelette (égl. de), 392
Brugsch (H.), 397
Brun, 394
Bruxelles, 326 — musées, 462 — palais de
Justice, 381 — -verriers, 366
Buda-Pestli, 368 — exposition, 271 — musée, '
209
Buhot de Kersers, 367, 413
Bulletin monumental, 130, 251, 389, 536
Bulliot(M.), 86
Bumet-Leuis, 86
Burckhardt (J.), 540
Burgos (S.), orf. , 271
Burgos — calice, 54 — ciboire, 25, 324
Bursae, 180
Byzantin — style, 14, 368, 444, 517 — camées,
37 — sources du, 247 — triptyque, 13 —
objets, 15 — émaux, 203 — V. art.
Cabanel, 261
Cablion, 393
Caen (Puy à), 363
Cagnat (.M.), 85
Cahier, 214
Cahors (peintures murales), 233
Cailhat, 56
Calendriers portatifs, 84
Calice, p. 72, 253 — de St Chrodegand, 365 —
iconogr. du, 482 — de St Josse, — de
quête, 116 — papal, 483
Calices, 53 et suiv. — à Milan, 482
Callier (G.), 287
Calmon, 233
Calvaire, 515
Calvinistes (ravage des), m
Cambrai (artistes de), 412
Cambron (abbé de), 369, 451
Cambrure des statues, 368
Camées, 290 — byzantins, 37
Canipani (A.), 398
Campo-liasso, 251
Camps romains, 242
Cannaert, 225
C ino (.Mfonso), 435
Canton Salazar ( !.. ), 120
Cappa. 180
Capronnier, 545
Caravaca de Diano d'Orba, 227
Carini (Isid. ), 518
Carinliiie, 461
Cariez, 363
C.irlovingienne (sculpt. ), 413
Carniellagne, peintre, 108
Carnac, 234
Carocci (G.), 120
Caron, 413-517
Carpcntier, 548
Carrache, 435
Carrelage, 260 — funéraire, 233
Cartier (E.), 102, 117, 159, 419, 510
Carton, 383
Cartuyvels (Mgr). 259, 275
Casan (Jean delà), 268
Cassel (lîxpos. à), 129
Casier (D.), 545
Caslan (.V), 238, 383, 412, 395
Cast.agnary, 412
Castellana (poterie de), 367
Caster (abbé Van). 221
Caslillon (sur Dordognc), 268
Castiglione (S. da), 388 — église, 400
Casteele (Van de), 248
Catacombes (St-Calliste), 267
Cates (A.), 370
Cathédrale de Cologne, 106
Catlierine (Ste), 277
Cathedra, 32
Caucase (monuments du), 216
Cau-Durban, 78
Cavalcaselle (G. B.), 120
Cazot (chan. ), 506
Cèdre, 27
Ceinturon, 260
Celse (St-jA Milan, trésor, 287
Celles (égl. de), 247, 500 — château à, 500
Cellini(Benv. ), 294, 325
Cène (la Ste), 110
Centaure, 536 — iconogr., 432, 536
Céramique (evpos.de), 408
Cerceau (du), archit., 517
Cerf (abbé). 412
Cernicchi (J.), 398
Cesnola (D. di). 397
Chabau(abbé B.), 65, 117
Chabotteau, verrier, 539
Chaillot, 107 — église, 400
Chaire, archit., 549
Chaise-Dieu (abb. de la), 383, 529
Châlons, 88 — cathédrale 259, 530 — vitraux,
88, 203
Chalumeaux, 61 — eucharistiques, 248
Chambly, 237
Chambre des députés, 262
Champeau (H. de), 114, 254 — {.\. de), 540
Champigneulle, 270
Champvoux (égl. de), 538
Chandernagor (égl. du S.-C), 400
Chantilly, 242
Chape, 70, 116, 200, 299
Chapelle à deux étages, 80 — à la Neste
(.\rcachon), 116 — des.\rts A Paris,399, 257
Chapiteau cubique (origine), 115
Charabotte, 48
Chardin (P.), 390
Charente, 4, 246 — soc. arch., 235
Charles le Bon (autographe de). 479
Charlemagne, 95 — image, 98 — statue, 373
Charlieu(égl. de), 536
Charpin d'Eugerolle, 88
Chasgnon (Jean), brodeur, 116
Châsse. — de St Thomas Becket, 72 — à
Salin, 116 — à Aoste, 362 — de Bellac, 392
— limousine, 413 — â Nivelles, 414 — sculp-
tée, 515
Chasteté, (personnif. de la), 432
Chasuble, 69 — de Raoul de Beaumont, 169
Château, 87 — d'.-Vigremont, 90 — de
Vianden, 79 — Sigmaringen, 265 — de
Gontier, 260 — de Foix, 268 — des Comtes,
à Gand, 265 — de Durban, 268 — de Celles,
502
Chàtelet (verrerie à), 368
Chatillon (P. du), 56
Chàtillon-sur-lndre (égl. de), 366, 400
Chauny (soc. arch. de), 517
Chelles (calice à), 55
Chenevières (de), 389
Cheratte-Hauteurs (égl. de), 400
Cheret, peint., 110
Chérubin, 290
Chevalier, 254
Cheveux delà Ste Vierge, 65
Chiazavelle (abb. de), 481
Chilandari, 215
Chrismale, 311
Chrismes, 454 et suiv.
Christ, 84, 97, 205 — triomphant, 16 — de
pitié, 292, 528 ^ entre 7 chandeliers, 251 —
monogramme du, 227
Chrisliansberg (château de), 135
Christophore,
Ciboire, 311
Ciliorium, 311, 240
Cimetière franc, 130 — de Ste Domitillc, 240
— croix de, 515
Cinci, 256
Cinqueu.x — égl. de, 237
Circoncision, 322
Cividale, 213
Claesens, 544
Clair (R. P.), 232
Claire (G. de) orf., 248 — Claire (Ste), tom-
beau, 422
Claye (Durand), 370
Clément (St), 24
Clément (F.), 254
Clerck (M. de), 546
Clermont. 236
Clermont-Ganneau (C), 117, 365
Clermont-Tonnerre, 8
Cloches, 267
Clodion, 125
Cloitres, 269
Cloquet (L. ), 120, 213, 220, 222, 382,442, 517
Clôture de chœur, 248
Clou (St), reliq., 82
Clouet (F.), 393
Clovis (tour de), 127
Cluny (musée), 134
Coblentz (expos. ), 129
Cœck (S. ), 545
Collet (M.), 113
Cologne, 538
Cochin. graveur, 116
Cochin (Ch. N.), 393
Codex, 464
Cœur, 206, 221
Coffret d'ivoire, 367
Cognoule, sculp. , 368
Cogrevoix (.\nt.), 112
Colfs(J. F.). 256, 385, 397
ColUgium ciiltoritm martyrum^ 461
Collignon, 517
Collorca, 180
Colombe, 84 — eucharistique, 317 — icono-
graphie de la, 319
Colomb (Christ.), 130
Colonella (F. ), orfèvre, 526
Cologne, 326 — calice, 53 — croi.v, 469 à 472
— sculpture, 279
Columba, 312
Comaque (.Maître), 247
Comité. — arch. de Senlis, 237 — des travaux
hist., 363, 386, 513
Comité — d'art religieux, 195 — archéol. de
Senlis, 237
Commission — des antiq. et des arts de la Seine,
87 — royale d'art et d'arch. de Belgique, 90,
239, 368, 539 — des monuments hist. de
France, 547
Compas (dessins de), 355
Compiègne (soc. hist.), 233
Conception (de la Ste Vierge), 528
Concours, 273, 538, 558, 265, 558
Confessionnate, 251
Congrès, 131 et suiv., 268 et suiv., 412 et
suiv., 550 et suiv.
Congrès, — catholique, 232 — de soc. sa-
vantes, 87 — archéol. de France, 415
Conil (abbé), 88
Coninck (de), peintre, 90, 414
Conques, 65, 217 — trésor. 476
Consécration (tablette de), 488
Constantin, 98, 232
Contrems (R. ), 542
Contrefaçon, 91
Copenhagvie (musée), 461
Coppin (.-\. ), sculpt., 369
Corbeny. 255
Corbeilles (de pain), 143
Corblet (abbé j.), 64, 311 et suiv., 395
Corporal (St). 251
CoyporaUa, i8o
Corps (vase symbol. du), 148
Correspondances, 65, 202, 510
Corroyer ( E. ), 547
Cosmati (iiist. des), 74
Cosme, 24
Costes (H.), 540
Coucy, 242
Cable analytique.
553
Couîllard (abbé). 72
Couissinier (abbé), 326
Courajod (L.), 84, 189, 236, 366, 389. 475
Courcône (égl. de), 548
Couleurs liturgiques, 94
Couloires, 60
Counhaye, 518
Couronne, 147
Couronnement de N.-D. de Boulogne, 547
Couronnement de laSte Vierge, 466
Courtines. 94
Courtrai (musée). 135
Cousin (Jean), miniat., 515
Cousin (Jean), verrier, 109
Coutances (calhédrale), 252
Couvercles de sépulcres, 413
Couzun (chat, de), 556
Cozette, 234
Crahay, 89
Crécy, 250
Crémaillère, 502
Cristal (coffret en), 388
Croix, 16, 130. 191 — doubles, 330 — à double
traverse, 207, 236, 50D — grecque, 445
— de Hongrie, 332 — de Jérusalem, 332 —
de Lorraine, 329 — épiscopale, 538 — de
procession, 72, 289 — stationales, 453 et
suiv., — triomphales, 374 — reliquaire, à
Tournai, 82, 26. 392 — pectorales à Milan,
488 — cimetériale, 515 — deGorre, 236. 364
— d'Oignies, 507 — - de Moulte-joie, 367 —
à Milan, 481 — sur les vêtements liturgiques,
352. 493 — en ivoire, 185 — diverses, 453
et suiv. — comme bijou, iio — Symbolisme
de la, I, 449
Croix {P. de la), V. Lacroix —
Croix (égl. de), 123
Croiselte. 208
Croissant, 456
Croquet (abbé), 128
Cros (M.), 89
Crosse, 197, 198, — de St Lizier, 269
Crucifix, 185 — éinaillés, 455, 185
Crucifixion, 209, 214
Cucuron (G ), archit. , io3
Cuillère antique, 235 — eucharistique, 73
Curadoso (01 f.), 524
Curzon (H. de). 538
Curzon (R.), 462
Custode à reliques à Gand, 219
Cuvelier, 549
Cuve baptismale romane, 514
Cyprès, 25, 27, 30
Czobor (abbéi, 82
D.
Dalles funér. , 348
Dalmatique, 67. 171, 180
Damasquinerie, 389
Damien. 24
Damuys (L. ), 252
Dani. 398
Daniel, 150
Dantzig, 326
Darcel (A ). 203. 386, 530
Daristot(Tlv). peintre, io6
Darlein (de), 247
Daumet (M. ). 122
Daurade (égl. delà), 532
Davie (V.), 196
Davillier (collect. ), 47
Daret(M.}. 538
Daremberg (Ch), 540
Dasy. 547
Declercq. 460
Découvertes, 116, 129, 267, 406, 442, 554
Décoration postiche, 408
Décoratifs (arts), voyez Arts, 114
Décrets de la S. C. des R., 107
Delaltre (P.), 413
Delbeke. 405
Dedelit (abbé), 267
Deger(l':.), 275. 548
Degeorge. archit., 549
Dehaisne (clian. ), 414
Dejace (Ch. ), 90
De Jonghe (le flamand), sculpt.. 91
Delaforge(E. ), 117
Delaherde, 72
Delaunay (R.), 261, 540
Delft (ex'pos.), 408
Dello, peintre, 90
Delisle. 236, 89, 117
Delmarmol (baron), 90, 506, 500
Delvigne (chan.), 499, 254, 83
Demari (F.). 398
Demay (G.), 395
Démétrius(St), 21
Démolitions — à Anvers, 405 — à Florence,
406
Demoustier (R.), 540
Denais(J.), 380, 395
Denis (St), 523
Deribbe (V. Ribbe),
Desavary (Ch. ), 13
Descenet, Ch.), 29
Desclée, De Brouwer, 520
Desclée. Lefebvre, 520
Desfossés, peintre, 116
Desmottes, 326
Despierres (.M*^ G.), 395
Dessains, 544
Dessin (niéth. de), 544
Dessins, 367
Dessus d'autel, 367
Desvernay (M.), 88
De Thuin (Jehan), sculpt., 369
Devillers (L.), 369
Devrez, archit., 549
Deusy (E.), 466
Deydon (G.), 115
Diana, 555
Dickirch, 79
Diehl, 550
Dieulafoy (M.), 254, 540
Didiot (chan. ].), 281, 510
Didron (E.), 215, 402
Dijon (St Bénigne), 313
Dillin (G.), music-, 530
Dinant, 496 à 303
Dinanderie, 92, 388
Dion (de), 254
Dionnerie (G. de la), 326
Diptyque — à Vérone, 90 — d Anastasius, 92
— d'Astyrius, 50 — consulaire à Liège, 90
— à Bourges, 91 — de Rufius Probianus,
131 — en ivoire à Aoste, 362
Dobbelaere (H.), 275
Dominico Leonardelli, 251
Donatello. 513, 519
Donk-Maideghem (château de), 550
Dosveld. 443
Doucet, 265
Doughty (C). 395
Dow (G.). 266
Dragon. 448
Drames liturgiques. 514
Dresde (expos, à), 129
Drivai (chan. Van), 518
Drouyn. (L.). 515
Dubois (chan.), 90
Duc (chan. P.). 355. 362
Duché de Luxembourg (excursion au Gr'), 79
Duche->nes (abbé), 367
Ducourl, 400
Ducourtrai, 233
Ducrocq, 234
Dufour (abbé), 254
Dufûurcet, 2j^6
Duhamel (L.), 395
Diimichen {].), 118
Dumon. 363, 254
Dumoulin (P.). 393
Dumoustier, 394
Duplcssis (M.), 540
Duplessis (M.). 84 — (G.), 84
Duployé (abbé), 243
Dupré(A.),
Duquesnelles (V.), 234
Duquesne, 416
Durand (J.). 252 — (M.), 87
Durer (Albert), 130, 238
Durieu (A.), 412, 363
Dusseldorf (école de), 133
Doullon (maison), 114
Dubrœucq, 369
Dutilleux, 515
Dutuit (E, ), 125, 540
Duval(J.). 530 — (R.). 540
Dzyalinska (collect.), 454
E.
Eborariî, 36
IJchternacht. 79 — fresques. 443
Ecoles d'art, 188. 207, 257 — Française, 413
— d'Occident. 189 — Espagnole, 188 —
de la Meuse et du Rhin, 211 — de l'entre
Sambre et Meuse, 508 — Flamande de sculpt..
102 — Montoise, 369 — des Richiers, 250
— de Giotto, 368 — de St-Luc à Gand. 252,
4IO' 545 — Macédonienne. 36 — d'Avignon,
168 — de A. D. à Limoges, 265 — de St-
Etienne, 257
Ecolle (abbé), 238
Ecusson papal, 528
Eden. 27
Eglise — personnif. de 1", 27, 87, 210, 211, 215
Eglises nouvelles, 122. 260, 400, 551 — à nef
urâque. 131 — forteresses. 556 — votive,
257 — circulaire, 83 — de St-Gangulfe et
de N.-D. à Trêves. 81, — d'Elincon, 233 —
nouvelles à Merville, Prinkipo, Pontmain,
Lacroix, Brebières, 546
Eitelberger (R.), 118
Elena, 256
Elie (enlèv. d"), 252
Elincon {égl. d"), 233
EIle{Ferd.). 116
Eloi (calice de St), 35
Embrun 'calh. de). 84
Email à Poitiers, 67
Email (peinture d"). 383 — d'or, 271
Emaillerie, 92, 108, 199, 248, 366,453,507 —
byzantine, 213 — limousine, 72
Emailleurs, 241 — limousins. 513 — diction-
naire des. 241
Emmaûs (miracle d'), iio
Encaustique (peinture à 1'), 89
Encensoir — Lille, 414
Encrier (porté par la S. V.), 138
Enfer, 451, 466
Enluminure, 249, 518, 527 — à Mons, 369 —
(V. miniature)
Enseignement du dessin, 545
Enseignes milit. rom,, 130 — sculpt., 235 — du
duc de Guise. 245 ^de pèlerinage, 220, 517
Epée. 33
Ephrusi (C. ), 540
Epigraphie. 35
Epine (N.-D. de l"), 244
Epiphanie (iconog. de 1"). 252
Epitaphe, 90
Equateur (temple national de I"), 123
Eristrate (V.). 19
Ermonnol, 414
Ernault. 366
Erondello, 394
li^scudar, archit., 108
Escurial, 115
Esnandes. e.xc. ù, 356
Espagne — art., 188 — emaillerie, 466
Essen, 213. 468
Essenwein (M.). 81, 118
Esthétique, 102. 102. — chrétienne, 160 — des
industries d'art, 109
Estrun , 556
Etage (chapelle à), 80
Etampage. 499
Etienne (St), 264
Etienne-du-.\Iont(égl.deSt-), 251,262,264, 402
Etoffes, 169. 208, 351, 491
Eiole, 168. 201 — de saint Charles B.. 251
Eucharistie, 110. 312 — symbole de 1', no.
141. 150- hisl. de r, 109
Eucharistiques (vases), 53. 311
KKVUE UK I.'.XKT CIIUÉTIEN.
1885. — 4""^ LIVRAISON.
554
iRctiuc Dc l'art chrétien.
Eudel(P.), S40
Eustache (St). 19
Eustache (égl. de St-), 187
Evangéliaires, 205, 249
Evangélistes, 205 — emblèmes des, 462
Eve, 230, 376
Eve (les) verriers montois. 369
Evreux (tombes), 364 — croix, 538
Ewerbeelc (Prof.), 542
Excursions, 79. 131, 268, 550 — v. Congrès
Expositions, 132. 195, 238, 544 — à Rouen, 69
— à Turin, 73, 545 — en Allemagne, 129
— des arts, déc. A Paris, 269 — à Anvers,
407. 545
Ex voto, 187, 191
Fagan (L. ), 109
Fage(R.), 380, 529, 540, 595
Faïencerie, 544
Falke([. de), 109
Famille (sainte), 510
Farabulini, 256
Farcy(L. de), 184, 189, 201, 270, 279, 299,
447. 473
Faucon (Si.). 107, 117, 363, 540
Faussaires, 368
Fauteuil de bronze à Sens, 400
Féaux (M.), 89
Ferdinand de Navarre, 186
Fermigé et Ferrari, arcliit., 548
Ferretri (C ), 398
Ferronnerie artisliqu;', 545
Fers à gauffres, 384 — à hosties, 227, 437
Ferémaillé, 545
Férule, 207
Fibules, 266 — franques, 347
Fichot (C. ), S40
Filigranes francs, 348
Filimonov (G. ), 242
Flabellum, 64 — 250
Flamand (J.), peintre, 91
Flamands (artistes), 530 — triptyque, 556
Flandrin, 435
FIêtre (vitraux à), 223
Flexion du torse des statues, 368
Flore ornementale, 269
Florence, 214, 367 — église de l'Ermite, 405
Florentin (D.), 389
Floris, 102, 112,449, 5°i
Flouest, 517
Foix, 268
Fontaine (F. de), 202
Fontaines (égl. de), 402
Fontaine-l'Évêque (chat, de), 369
Fontena. archit. , 546
Fontenillo (P. de), 233, 591
Fonts baptismaux, 248
Forestier (E. ), 363, 412
Forest (abb. de), 443
Forez (excurs. dans le), 550
Fornoni, 542
Fortune (roues de la), 391
Fouille — dans les catac, 267 — à Rouen, 333
Fournier (¥,.), 117
Fours (égl. de), 41, 202
Fouquières, 394
Franc (art), 347 — cimetière, 343 — verrote-
rie des, 506
Francfort-sur-.\Iein (calice de), 53
Franciscain (chrisme des), 523
François (F.), sculpt., 90
François(.St), d' .assise — hist.,419 — portr.,428
Frenkwald (j.). 5.(8
Fréminet (les), 394
Freppel (Mgr), 122
Frère-Jean (M.), 295
Fresnes-Leguillon, 253
P'resques, 412 — ;\ Rome, 75 — au Panthéon,
124 — à Avignon, 85 — d'UgoIin de Prête,
109, 110 — roman'js à Oberzcll, 379 — à
Mons, 406, 443 — à Tournai, 442 etsuiv. —
à Hastière, 495
Fristot (P.), 109
Fritsch(K.E.O.), 542
Fush (G. ), 279
Furno (Et.), peintre, 525
Furtwaengler (.A.), 337
Fuzet (abbé), 52, 202
Gaetano (.W.), music, 530
Gaidoz (M.l. 85, 367,538
Galaberd (E), 87
Galerie nationale de Londres, 135
Galle (E.), 72
Galland, 269
Ganay (marquis de), 227
Gand, 271 — cathéd. , 127 — musée, 135, 219
— anc. boucherie, 138 — ,chât. de Gérard
le diable, 265 — ■ égl. Ste-Elisabeth, 128 —
école Sl-Luc, (v. Luc) -- les guerres à,
404 — verriers à, 318 — dalles tum., 550
Gand (Olivier de), peintre, 91
Gants liturgiques, 72, 538
Ganterie à Grenoble, 88
Gap (cathéd. de), 84
Garnand (coUect. ), 207
G.arnier (J. ). émailleur, 241, 457, 476
Garnier (J. ), 395
Garrignon (M.), 132, 268
Garrignon. 132
Garucci, 64
Gaudechon, 72
Gaudrac (P.), peintre, 108
Gaulois, vases. 414 — chev., 518
Gauriac(P. de), archit. 108
Gausseron (P. H.), 395
Gautier, archit., 549
Gaussen, 242
Gauvain (M.), 537
Gay (V.). 24r. 558, 466, 471, 541
Gazette archéologique, 114, 391, 253, 536
Gazette des B. -A. , 388
Gebardt (V. ), 548
Généalogie de N.-S. , 391, 527
Geneviève (Ste), 124
Georges (M), 88
Georges (St), 19, 205, — légende, 450
Gerardmer, 25t
Germain (L.), 27, 117, 245, 250, 254, 329 et
suiv.; 537, 541
Gertrude (.Ste), 529
Gestozo y Perez (P.), 397
Geymuller (baron de), 367
Geyhng (C. ), verrier, 545
Gerspach, 541
Gherardo, peintre, 91
Glasson (E.), 117
Gil Tannes, peintre, 91
Gildemyn (L. ), 410
GildedeSt-Thomas et de St-Luc, 79, 132,259,49s
Giltant, 361
Giotto, 108, 368, 428
Giron (L. ), 412
Glanville (H. de), 72
Glyptique, 185
Gnecchi (F.), 542
Gobaldo (abbé), 252
Godard-Faultrier, 117, 252, 412, 520, 541
Gonse (L.), 389
Gonzague (les), 324
Gorlin (calice deSt), 55
Gorre (croix de). 236. 364
Gothique (art), 385
Goudard, 254
Goujon (Jean), 389, 407
Goupil (collect.). 516
Gourgé (égl. de), 3Ô6
Ûou.sct (P. ). onl., 369
Goustat (abbé). 37s
Goût. 166
Gouvéa (L. de). 116
Goy (de), 84
Gran (calice k), 53
Grandet, 254
Grandi, peintre, 516
Grandselve (abb. de), 413
Grantrnont (abb. ), 235
Grave (M.). 87
Graveurs, 253
Gréau, 367
Grégoire (St), 524 — Thaumaturge (St). 24 —
de Nazianze. 22
Grenoble. 88
Grès, 92
Grignon, 254
Gros(H. etCh.), 117
Grosse (I. ), 199, 546
Grossolz (coupe de), 190
Gualandi, 250
Guardabassi (P.), 542
Guarrazar (croix de), 190
Guas [].]. archit., 91
Guelon (abbé M.), 108, 117
Guerbert, 414
Guerédin (Le), 435
Gueret. 326
Guérin (P. ). 237
Guibert(L.). 363, 513
Guide, 117, 118
Guides : .\nvers, 382 — de la peinture du
Mont Athos, 40
Guido René, 266
Guiffrey (.M. J.), 85
Guiftrey (G.), 541
Guigne, 366
Guillemin (B. ), ri2 — J. sculpt., 113
Guinard (M. .S.), 114
Guioux {Ch. ), 373
Guiroux, 412
Gulh, 541
Gunhilde, -i68
Guyon, grav. , 253
Guy (L.), peint.. 88
H.
Hadelin (Statue deSt), 501
Hal, 220
Hahn(G.), 546
Hamard, 85
Hamy (E. T.), 395
Hanriot (C. ), 541
Harbaville, 13
Harduin (M ), peint. 90
Hardy (H.), 395
Hario(V. d'). 251
Harmignies, 130
Hasard, 414
Hauser(A.),397
Hastières — iresques, 443 — restauration, 495
Hautelisse — anc. 530 -- modernes, 543
Haute-Rive, 265
Hauteville, 88
H.ivard (H.), 366
Ha\'dn, 106
Hébert, 261, 124
Hédoniques (arts), 105
Hefner-.-\lteneck (J. H.), 542, 118
Hegelbrouck (N. ), grav., 393
Heiss (A. ), 395
Helbig (J.), 81
Helbig(W.), tt8
Hclleputte (G. ). 505 et suiv
Heltnken (F. ), 1 19
Hendrick (L. ), 543
Hendricy (maître Martin), sculpt., 112
Henné (P.), 369
Henri VIII (blason de), 449
Henriet (Cl.), verrier. 119
Henrotte (M.), 90
Henry (M.), 89
Henzey (L.), 89
Hermann(R. K), 118
Herment, 266
Hcrrault (abbé), 541
Hériard (G.), 370
Héricher (Le), 235 (v. Le Héricher)
Herradc de Landsperg (abbesse), 391
Héron de Villefosse. 84. 255
Heudon. peintre. 116
Hilaire (St). 525. 529
Hildesheim. 249 — égl. .Si-Michel, 39 —
calice, 53
Cable analytique.
555
Histoire — (société de I') de France 85
(soc. de r) de Paris, 85
Hocam (F. S,), orf., 530
Hodgetts (J.-F.), 395
Hoduni, peintre, no
HohenzoUern, 326
Holbein (H.), 84, 372
HoUand [A. de), peint., 91
Holosericum, 492
Honfleur (église d'), 401
Hongrie (orfèvrerie en), 271
Honthorsl (A.), peint., 530
Hope (B.), 370
Hortus deliciaruvi, 391
Hosties (fers à), 435
Houdon (stat. ), 116
Houx (J.).393
Hubac, 394
Hucher (H.), 117
Huchez, 255
Hugo d'Oignies, 449
Humbert, 261
Hunnewell (J.), 119, 398
Huy (verriers à), 388
Hymans (H. ), 238, 371, 397
Hypogée de Poitiers, 366
Icônes histor'uirum veferis Testamenti, 84
ciconoclastes, 35,404 — empereurs, 247
Iconograpliie, 17, 35, 95, 108, 137, 139, 206,
211, 232, 247, 251, 277, 316, 376, 431, 527,
529 — byzantine, 84 — de la Ste Vierge,
92, r37, 528 — de l'âme, 148, 247 — de
l'eucharistie, 49 — des couronnes, 247 —
du centaure. 436, 536 — du Sacré-Cœur, 229
— de la roue, 538 — de l'épiphanie, 252
— du calice, 482
Idéal, 167
If, 30
Images — du Sacré-Cœur, 229 — de la Ste
Vierge, 93 — liturgiques, 259, 520
Imagerie, 414, 526
Impens (M, ). r33
Indécences. 347
hifnlae, 180
Ingelmunster (tapiss. ), 543
Innocents (reliques des Sts), 65
Inscriptions funéraires, 495
Inscriptions et Belles- Lettres (.Acad. des), (V.
Académie)
Institut — .irchéol. liégeois, 90 — des archit.
britanniques, 369
Instruments de la Passion, 253
Inventaire — d'un mob. ecclés. , 93 — àAuze-
viUe, 361 — à Aoste, 355 — à Poitiers, 494
Irrigo-Grifed (J.), peint,. 530
Italie (sculpture en), 91, 3S9
Italiens (les artistes), 91
Ittenback. 548
Ivoires sculptés, t3, 185 et suiv., 364 — by-
zantins, 13 — de Bagdad, 190
J.
Jacob, 243 — bénédiction de, 286
Jacob(M. .-V). 255
Jacquemain. 245. 255
Jacques (St) le Majeur, 17 — le Persan. 25
— de Galice (peler, à). 476
Jacquot (A. ), 412
Jadart, 234
Jaennicke (F.), 118
Janssens, 410
Janvier, 242
Javarzag (éi^l. de), 547
Jean, (St), 210, 463 — Chrysostome, 23 — ■
l'Evangél. , 17 ; soc. de, 544 — Baptiste,
130, 205 — iconogr. , 292
Jean (soc. deSt-), l'Evangél., 408, 526
Jean (salle de St-) à Angers, 528
Jean (St) Xép., 528
Jean II (tombe de). 364
Jeanne d'.Vrc. 124, 137. 260
Jérùme (St), 231
Jersey, 235
Jérusalem (découv. à), 365
Jésus (monogr. de), 227
Jésuites (chiffre, des), 523
Job (Légende de), 443
Jodare, 363
Jonas, 153
Joseph (St), 528
Joubert {.À.),Z^
Jourdan, 255 —
Joyaux de la couronne, 367
Jubés, 245 — ^ de Pagny, 403 — de Rouen, 125
Jugement d'Eve, 230
Jugement dernier, 379, 529
Juliot, 113. 367
Jungman (J.), 102, n8
Juni (J. de), sculp. , 91
Justinar, 393
Labarte, 204, 213, 250
Labordes, 268
Labye(C.), 397
La Croix (P. de), 67, 234, 565 et suiv., 328,
413 — (H.), 528
La Croix (égl. de), 546
l.afaye(M.), 84
Laferrière (chan. J.), 518
Lahondés (de), 132
Lahogue, peintre, 116
Lambert (G.), 365
L^mbeth (poterie). 114
Lambinet IR. ), 546
Lameire (Ch. ). 260, 264, 547
Lami (S.), 117
Lammens (J.). 545
Lanciani (Ch. ), 256, 412
Langre (cathéd. ), 391
Lanterne des morts, 517
Laon iSte Face à), 243
Lapo (Ar. di), 423
La Rochelle — calice à. 55 — excurs. à, 556
Larochefoucauld (excursion à), 556
Larrons, 214, 466
Lasteyrie (F. de), 84, 541 — (R. de), 84, 236,
253. 345. 363. 391. 513
Latin (style), 444
Latran (triclinium de), 95 — abside, 262
Laurent (vitrail de St-), 253
Laurière (de), 295
Laurens, 26r
Laval (cathéd. de), 402
Lavanchy, 255
Lavigerie (cardinal de), 236
Lavoix, 255
Lazare — parabole, 280 — résurrection, 379
Le Blant, 392, 549
Leclerc (J.). peintre, 90
Lecœur, peintre, 116
Lecombe, 125
Lecoy de la Marche (A. ), 388, 507, 5i7,.54i, 395
Lecuyer (C. ), 369
Ledain(B.), 378, 537, 395
l.edoulx (.L), sculpt.. 392
Lefebvre, 255
Lefort, 255. 446. 516
Lefort (nrchit. ), 549
Légende — dorée. 112 — St Celse, 288 — de
Ste Marguerite. 402, 444 — de Job, 443 —
de Tristan et du St-Graal, 405 — de St
Georges. 450
Legrand (collection), 460
Leguillon (1), 117
Le Héricher, 235, 51
Lehner (Doct.), 92, iig
Leipzig (.-Vcad.), 544
Lejeune (Th. ), 368
Lekat (S.). sculpL, 369
Lelli (Or.), 545
Lemaire (Ch. ), 370 — Lemaire (J.), 267
Lenoir (musée), 390, 412
Lenormant (F.), 58, 203
Léon XIII, 95 — les arts sous, 546
Léon (trésor de la cathé. de), 185
Léonard de Vinci, 131
Leoni (P.), sculpt., 91
Lepage (H.), 251
Le prince (L. ), verrier, 109
Leroy (Jehan), 369
Lespinasse (e.xcurs. à), 556
Leasing, 105
Levasseur (Nicolas), 109
Levin (T.), 119
Levy (H.), 261
Leyners (H. et U.), 90
Lexique d'art, 381
LhuUier, 4r2
Liber ponti/icatis, 367
Liège, 92,204, 235, 275 — musée dîocés. , 462
— diptyque consulaire, 90 — soc. diocés.
d'art et d'arch. . 89 — Vierge, 204 — verre-
ries, 368
Liénard(F.),28i
Liesse, 243
Lièvre, 246
Lille — (musée), 135 — ■ Congrès cath. 414
Limbourg-sur-la-Lahn (hiérothèque), 31, 206
Limoges — école de, 258, 241, 248.513 —
émaux, ^54 et suiv. — orfèvrerie. 414 — ■
reliquaire. 363 — soc. arch., 232
Limousin (Léonard), 393
Linas (Ch. de), 64, 68, 192, 200, 248, 266, 351,
368, 392, 453, 515 et suiv.. 517, 519, 538
Linde (la), 88, 375
Litanies de la Ste- Vierge, 364
Litres, 447, 508
'•it. 537 —de N.-S., 549
Liturgie, 105
Livres de raison, 363
Loke (abbé L. ). 120
Lombard. 547 — (style), 247
Longpérier, 203, 243, 347
Longuemar, 232
Lorraine — artiste de, 412 — croix de, 329
Looz-Corswarem (de), 130
Lot (Soc. des études du), 233
Louis XII (portrait de), 366
Louis (culte de St), Ii5
Louis (St) de G.. 529
Louvain (hôtel de ville de), 126
Louvre (ciboire de Montmajor), 325
Lubke(W.),397
Luc (École de Saint-), 125, 207, 258. 545
Lucas (Ch. ). 369, 395
Luciani (C. S.). 398
Lucot, 83, 244, 255
Lucques, 221
Ludolf (St), 203
Ludwig (H.), 397
Lune, 456
luternay, 234
Luthiers, 412
Lutrins. 500
Lutzelburger (H.), 84
Lutzow (C. de), 542
Luxembourg (V. Duché)
Luzenac, 268
Lyon, ir3, 223 ^ trésor de l'église, m —
sculpture, 112 — soc. arch-, 88 — basilique,
517
M.
Macchier (J.). Sculpt., 530
Maçon, 112
Madrozo, 256
Madrid (calice à), 54
Maestrichl — Reliquaires, 206 — châsse, trésor
de St-Servais. 249 — ciboire, 324
Magasin pittoresque, 185, 392
Magne, 400, 549, 541
Main bénissante, 445
Maille, peintre, 238
Maillet de Boulay, 72
M.aillot (M.), 124', 261
Maine (Soc. arch., du), 87, 99
Majesté divine, 454 et suivant, 528
Mallat, 232
Mallortie (H.), 568
Manipule. 168. 180
Manne (Miracle de la), 141
556
ïRetiue De l'art chrétien.
Mans (le), 253
Mansle, 246
Mansiiy Gauvain, sculpt. 137
Manteau papal, 538
Mantz(P.). 388
Manuscrits— enluminés, 72, 89, 526 — grec, 130
Mapaï. 180
Marcaux (L. ), 417
Marceuil (égl. de), 548
Maredsous (r.bb. de"), 50, 497 — antiq. fran-
ques, 40. 130
Mares (F.), 545
Margarita. 322 — Marguerite (Ste), 461 —
légende, 405 à 444
Marie — culte de Ste, 92 — iconogr., 529 —
Marie Majeure (Ste), 267
Marienburg (restauration de la), 28
Marionneau {Cli. ), 117
Marmol (Del.), Voy. Delmarniol
Marne (Soc. de se. et arts), 1S8
MaroUe-la-Brault. 548
Marseille. 252 — égl. St-Vincent de P., 402
MarthafJ.), 541
Marthe (Ste), 461 — Martigny (P.), 143. 148,
153 — Martin (St), 100, 529 — Martini
(t^O. 523
Marsy (comte de), 234,238,255,389,515, 550
Martini (S.), peintre, 168
Martyrs — symbol. , p. 147
Mascarel, 2^8
Masini (C. ), 398
Masmo (Bar. A.). 598
Massart, graveur, 116
Masson (capil ), 88
Massonier(P. ), peintre. 108
Mauriac (relitj. à), 65
Mayence (reliq. à), 65
Mayeu.v, arclit., 509
Ma,\-\Vcrly(L.), 518
Méandres, 443
Médailles, 528 — de Léon XIll, 261 — mira-
culeuse, 529
Meissonier, 261
Melani (.A.). 120, 542
Melchisédec (Mgr), 398
Melluil (J.l, sculpt., 369
Mély (M. F. de), 117
Menard (P.), 395
Menard (R.), 118
Ménologe de Basile II, 29, 190, 207, 447
Mercure (S.), 19
Mermillod (Mgr), 12g, 498
Mérovingiennes (antiq. ), 129, 347
Merson, 547
Merville (égl. de), 546
Mesier archit. , 168
Messager des sciences, 392
Messes de Mozart, 106
Méthode de dessin. 544
Metz, 213, 373
Meuse (école de la), 277, 479
Meyer (J.) et Liiche (H.), 542
Michel (St), 130, 518 — image, 100, 5rs —
ordre, 1115 — église, 250
Michel (E.), 2:5
Michelant (H.), 541
Michel-.\nge, it6, 513
M ilan — cal icc, 56 — St- Ambroise, 204 — trésor
de St-Celse, 287 479
Miller (K), 397
Mimerai (J.), 112
Mindcn (ciboireà). 324
Minerve à Rome (agiothyride de la), 31
Miniatures, 112, 218, 236, 268. 397, 388, 391.
526 —de Mirepoi.v, 366 — V. enluminures
flamandes, 443 — de Jean Cousin, £15
Mirabello, 227
Mircpoix, — cathéd., 131,252— miniature, 366
Missel, 517 — à Milan, 479
Miséricorde (les œuvres de) 280
Mitres, 71, 170, 199, 250 — A Namur, 506
Mobilier, liturgique, 232 — d'église 93, 193
— restauration, 509
Moderne (Revue de l'art), 115
Moind (e.vcur.sion à), 556
Molay (potiers de), 223
Mohnier (E.), 241,253, 255, 367,368,516,
519, 520
Molmenti (P. G.), 398
Momper(Josse de), peint., 90
Monnaies, 528
Monnoyer (J.), 542
Monnier (CI.), 369
Monogrammes, 109 — du Christ, 225
Mons, 326, 369 — peinture murale à, 412
Monstrances, 72
Montaiglon (de), 386, 517 et suiv.
Montaigne (château de ^Iichel-), 265
Montargis (musée de), 134
Montault (Mgr B. de), 17, 65, 109, ti8, 137,
167, 202, 226, 242, 251, 252, 287, 32g, 355,
389, 47g, 4gt, 510, 526, 538, 540, 395
Montbras (chat, de), 137
Monlbrisson, i6g
Montvoisin (collect.), 475
Monteauban (Luthiers de), 412
Montpellier (soc. de St-Jean), 282
Mont-Beuvray, 86
Mont-Cassin, 243
Mont-Doré 240
Mont-Major (abb. de), 325
Mont-Verdun (reliq.), 556
Montpezat (égl. de), 3g6
Mont-Saint-Michel, 514, 547
Monum. à St Augustin, i2.i
Monulphe (S.), 90
Monza, 252, — couronne votive, 204
Morbihan, 234
Moreau (P.), it6
Morière (R. de), arch. 108
Morlatte (tapisserie), 388
Mosaïques du Panthéon, 124, 389 — chré-
tiennes en Italie, 95 — romaines, 75 —
d'.\ix-la-ChapelIe, 401
Mosane (émaillerie), 197
Moscou, 326
Moulages, 545 — musée des, 134
Moussin (calvaire), 514
Moutier sur la Lnv (cgi. de), 548
Mcwat (M.), 85, 518
Mozart, 106
Mudejar (style), gi
MuUen (égl. de), 539
Millier, 548
Multiplication des pains, 142
Munich, 213 et suiv. — calice à, 53 — église
du Saint-Esprit, 124
Munster (expos.), 129
Muntz (È. ), 84, 95, 118, 252, 256, 326, 367,
389, 393, 513, 517, 519, 541
Murillo, 435
Musset (G,), 541
Musées, 134, 415, 557 — des mon. français, 412
— Lenoir, 390 — de Verdun, 281 — d'Agen,
983 — dePérigueux,88 — de l'Ermitage, 203
— de Rome, 135— de Madrid, 185— Germa-
nique, 222 — de Trêves. 82 — de Namur,
506 — de Magdebourg, 135
Musique, 105 — d'église, 271, 414 — histoire
de la, 528
Mutcher (R,), 119
Myskovszky (V.), 542
Mystère d'Emmaiis, ito
Mysticisme, 419
N.
Nageotte (E.), 118
Namur, gg — calice, 54 — soc archéol. , 22,
90 — St-Nicolas à, 22 — reliques, 249 —
cathédr.ale, 265, 50g — verriers à, 361 —
trésor deN.-D., 49g, 505 — musée, 506
Nancy, 251.277 — artist. , 524 — calice, 55
— N.-D.de Bon .Secours, 137 — musée, ^27
Nantes, 8i —cathéd., 84
Nantes (Thibaut de), 66
Nantiiy, 88
Narboiinc, 474
Nativité. 480 — iconogr., 252, 522
Naturalisme, 42g
Nature (étude de la), 426
Nella, 356
Neuilly sur Thelle, 237
Neuvy au Baraguon, 84
.Nevers, g3 — verriers, 390
New-York, 131
Nexrat (abbé), 255
Nicai5e(A. ), 517
Nicaise (.S.), 23 s
Nicard(M.), 84
Nice (école de), 253
Nielle, 49g
Niepce (L. ), ico, 541
Nimbe (iconogr., du), 451, 528
Ninivites (bénitier de), 154
Nivelles, 250, — châsse, 414
Noibac (P. de), 542
Noquier, 132
Normandie (e.\cursion en), 132
Normand (A.), archit., 549
Notaire (N.-D. de Pitié à), 78
N.-D. de Bon Secours, 277
Novgorod, 326
Nu (le) dans l'art, 166
Numismatique, 256
Nurenbt rg — exp. , 407, — musée, 462
o.
Obéissance (personnif. del'), 432
Obermillenger, 326
Oberzei:,378
Octapulum, 493
Odile (Ste), 277
Odiot, 56
Œnochoé, 349
Œuf (symbolisme de 1'), 348
Œuvres nouvelles, 121
Oignies (école d'), 507
Oise, 514
Ombre, 445
Opéra, 106
Orante, 84, 44g
Orcival (peler.). 243
Ordre —de St-.Michel, 515 — leutoniquc, 128
Orfèvrerie, 72, 108. 248, 366, 414, 545 — reli-
gieuse, 82, g2— Française, 54, 236 — Franque,
348 — Gallo-romaine, et Belgo-romaiiie,
506 — à Toulon, 412 — à Toulouse, 413^
Bretonne,53o—.AIIeniande,477— Limousine,
414 — école de la Meuse, 4gg — exposition
de Nurenberg, r33
Orfèvres, 324— au vif: sjède, 205- limousins.
?,^3 — Asluriens, 191 — Montois, 36g — de-
Poitiers, 530
Orgues, 526, 530, 54g
Origine du style ogival, 385
Orléanais (soc. arch.), 235
Ornements sacerdotaux, 67, 69, 168 . 193 —
pontificaux, 266, 367, 405 — de Dinant, 500
O' Reilly(Fr.), 545
Orvieto (chapelle du StCorporal), 110, 169,-
251. 538
Oscelles 208
Osnabnick (calice), 3
Ostensoir, 481
Otte(D.), 119
Otte (H.), 468
Otto(j.), orf., 530
Ossuaires bretons, 234
Ostoga (S), 398
Oubliette, 243
Ouest (.\ntiquaires de 1'), 315
Ouradou, 25g, 122
Ouvarof, 258
Oviédo (trésor), igt
Oxford, 326
Pacotille, 194
Padoue (baptistère de), 747
Pagnv (jubé de),
Paigiié (R), 3g3
Pailloux (X), S41
l'aix, 483, 506
Palad'Oro, 210, 214, 247
Cable analî^tique.
557
Palais des empereurs à Trêves, 8i — des papes
à Avignon, 265 — de justice à Bruxelles, 381
Pales, 57
Paléographie, 35
Palerme (archives de), 6
Paliard (com. ), 230
Palliiim vir^alium, 210
Palme (synibol.), 147, 447
Palustre (L.). 84. 232, 1^38, 252, 366, 413, 530,
550, 118
Pamiers — congrès de, 131, 268, 131 — monu-
ments de, 131
Pantelemon (S. ), 20
Panthc^on (peintures du), 124, 261, 401
Papadopoli (Comte de), 542
Papal — manteau, 538 — écu, 528 — pavill. , 537
Papillon, 243
Paploie (abbé). 351
Parabole du mauvais riche 280
Paradis, 27
Paramenla, 180
Paray (basilique de), 123
Parement — d'autel, 279 — de lutrin, 94
Paris (M.). 271 — P. A., 363, 412
Paris — calice de VI^ s., 55
Parroys (J. de). 412
Pascal (abbé), 323
Passepont. 269
Passion (instruments de la), 392
Pasquier, 78, i :2
Pateiger (M.), 81, 83
Patène liturj^ique, 252
Pâtes de verre, 290
Patroni (abbé R. ), 225
Pavages émaillés. 266
Pavement du XIII^ à Gand, 267
Pavillon eucharistique, 94, 327 — papal, 537
I\aul (St), 255,529 — (égl. de St-),à Liège, 138
Paulin (reliq. de St), 116
Pauvreté (pcrsonnif. de la), 431
Pauw (R. de), 131, 133. 410, 544
Pauwels, 460
Pay (J. de), 119
Peeters (Ch.), 544
Peigne liturgique, 250
Peintres, 88, 91, 176, 239 — Français, 410 —
du Roi. 176 — Avignonais, 168 — Montois,
369, 392 — verriers, 270
Peintures, 104 — anciennes, 264, 266, 443 —
modernes, 411, 557, 548 — chrétiennes, 425
— murales, 76, 8i, 260, 379, 405, 508 — au
Vatican, 401 — au Panthéon, (V. Panthéon) —
à Reims, 412 — à Tournai, 444 — à Liège,
130 — à Munich, 124 — àAssise,423 — à An-
tibes, 554 — en It.die, 423 — àOrvieto, 251
— votives à Andressein, 268 — aux catacom-
bes, 246 — à l'encaustique, 89 — de ma-
nuscrits, 89 — sur verre, 237, 270, 412, 544
— d'émail, 241, 393, 453
Peladun (J.), 396
Pèlerinage, 476
Pellisson. 237
Peut à col, 297
Péplums, 493
Percieslav (calice à), 57
Père éternel, 230
Perelola. 253
r*érigord (soc. arch. du), 88
Périgueux — musée, 8i — clocher de Saint
Front. 126
Pcrizoniuin, 210
Peronne, 243
Péronville (égl. de), 122
Perreal (M^ J.), 267
Perrin (A.), 120
Perrin, (A.), 541
Pcrrot (G.) et Chipiez (Ch.), 396
l'ersécution, 520
Perspective, 445
Pérugin, 230, 434
Petteney (F. comte de), 397
Pexrucave 233
Peyrocaxe, 233
Pezzé, 256
Picardie — dict. de, 242 — antiquaires de, 517
Pierre (St), 17, 205, 513 — croix de, 66
~ in Montorio, 267 — coupole de, (à
Rome), 129
Pierret et Desmedt. 546
Pfahel (égl. de), 402
Pharon (F.), 118
Phené-Spiers (R.), 370
Philippe (St). 20
Phylactères romans, 507
Pierre tombale, 363
Piet-Lataudrie, 72
Piéta. 292. 528
Pigorini, 20
Pihan (abbé). 66. 514
Pile romaine de Luzenac, 268
Pillov, 255, 367
Pilon (G.), 366
Pinaigrier (les), verriers, 169, £03
Piolin (Dom P.), 99, 118
Pise, 212
Pistoïa (calice à), 56
Pitié (Christ de), 528
Plafond du Pérugin, 230
Plainpied (égl. de), 413
Planig (égl. de), 470
Plantagenet (style), 528
Plaques de foyer, 136, 502
Plateresque (style), 91
Plate peinture, 458 et suiv.
Plock (calice à), 51
Poignaha, 180
Poinçon d'orfèvre, 369
Poinssot, 255
Poitiers, 228, 234, 253, 367 — émail à, 67,
218 — vitrail, 116, 289 — fresque, 443 —
hypogée, 366 — chap. St-Georges, 494 —
orfèvre, 530 — Bibliothèque, 493
Pognon, 396
Poldi-Pezzoli (musée), 455, 463
Polychronne, 378
Pommeras (Beugnvde) 113
Poncet (P. P.), 396
Poncin (D. ), 397
Poncius (Comte de), 550
Pont du XV<ï siècle, 268
Pontifical de Clément VI, 380
Pontificales (armoiries). 522
Pontificaux (attributs), 538
Ponlmain (égl. de), 546
Pontoise (tapisserie à), 265
Porcelaine, ^44
Porée (abbé)". 189
Porphyrogenète, 36
Porta-Nigra, 81
Porte St-Denis, 265
Portrait, 520, 527
Portsmouth (exposition de), 468 1
Posen (exposition), 12g, 133
Poterie — italienne, 367 — Lambeth, 114
Potiers, 233 1
Pottier (abbé), 413 !
Pouille (art dans la), 319
Poussielgue, 56, 198
Prarond, 235 '
Précy (égl. de), 237 '
Préraphaéliste, 425
Présentation au Temple, 510
Prélrogrande, 256
Prévost (G.), 333 et suiv.
l'rilKJ.). 373-lR-).542
I*riiikii>o, 546
ProcopL". 21
Piophî'tios, 36
l'ioportions du corps lumiain, 25
l'iost (V.), 541
Pulliny, 255
Tiipitrc de chœur, 390
Purificatoire, 60
Purgatoire, 188
l'uvis de (havannes, 261
Puy (P. du), peintre, 108
l'uy de Caen, 363
Pyxide, 248
Pyxis, 312
Q-
Quadrapola, is, 49, 352
Quaiesous, 549
Qincauld (P.), 241
Quicherat (J.), 396
Quiniperjorfèvr. à), 530
Racinet (A.), 398
Racinet, 118, 255
Raguenet de St-Albin (O. ), 396
Rains (Michel de), arch., 369
Ramé (A.), 233, 366
Ramée (O. ), 396
Ramon (S.), 243
Rancé (abbé), 232
Rancogne (exe. à), 556
Raphaël, 166
Ravenne (ivoire de), 31
Raverat (baron), 88
Raynaut (E. ), archit. , 108
Reâd (Ch. ), 366
Réalisme, 106, 189, 513
Reccesvinth (couronne de), 190
Règne de Jésus-Christ, 109, 251, 510, 539
Reichensperger (.A.), 80
Reims, 253, 266 — égl. St-Maurice, 252 —
basilique, 264 — .Académie, 284 — calice,
55 — pupitre d'église, 390 — peinture 412
Reiners (O. ), 393
Reithoftér (M.), 88
Relieurs (parisiens), 85
Religieux (art), 105
Reliquaire de la Ste Croix, 219 — à Aoste,
362 — h Limoges, 2,63 — à Milan, 485 —
à Dinant, 500
Reliques, 248
Reliure. 479, 527
Rembrandt, 131, 435
Rémi (calice de St). ~,y
Renaissance, 160
René (d'.Anjou), chapelle de 176
René (chasubl. de St), 118
Renet, 350
Renoncule, 25
Renonville, arch , 544
Reproduction d'œuvres d'art, 545
Résurrection de Lazare, 379 — symb. de,
150. 348
Restaurations, 125. 128, 402, 414, 547
Retables, 247, 362 — de l'égl. de St-Denis à
Liège, 92
Reusens (E. chan. ), 82, 213, 247, 49g, 544
Revue — Lyonnaise, 1 10 — des arts décoratifs,
114. 394 — des questions hist. , 202 — ca-
tholique, 393 — archéol., 537 — de l'art
français, 115. 253, 393
Rhénane (émaillerie), 476
Ribbe (C. de), 90
Ricci, 495
Riccio (S.), bijoutier, 525
Richard (J. M.), 79, 366
Richier (Ligier), 102, 250, 510 — (Jacob), 112
Riess (C. ), 397
Rigidiotti, 546
Rinikelstein (chat, de), 405
Riocourt, 255
RiscolM.), 187
Ristoro (Frn), 423
Ro.inne lexcur. à), 550
Rohais (\'an), 235, 250, 255. 383
Robbia (délia), 253
Robert, 255, 364
Kohiano (Comte .\. de), 452
Rocamadour (pèlerinages), 467
Rochotin. 366
Roda (Sacranientaire de), 189
Rodoifo, 188
Roettiers (N. ), grav., 253
Rofler (U' de), 405
Rogeron (L. ), 396
Rogiers(Xic. ), orf., 524, 530
Rohault de Kleury, 365, 396
Roisin (baron de)', 81
558
IRcuue Dc rart chrétien
Roman (M.), 233. 412
Romane, architecture, 247 — peinture, 444
Rome — calice des catacombes, 57 — places
de, 73 — égl. Ste-Marie-Majeure, 123 —
Académie et soc. sav.. 239 — pyxide
à, 325 — restaurations, 129 — démoli-
tions, 239
Ronchaud(L. de), 118
Rondot (N.), 86, 112. 396, 510
Roonis. 410
Rosaire franciscain, 529
Rose (de la), 394
Rose de Lancastre, 449
Rossi (de), 26, 64,140, 151, 228,240, 246, 521
Rossano. 130
Rouaix (P.), 541
Rouam, 242
Roubaix (école de), 258
Roue — iconogr. , 538 — de la Fortune, 38,
85. 391
Rouelle, 347. 367, 469
Rouen, 129, 265, 233 — St-Ouen. 130, 266,
338 — vitraux, 260 — prieuré de Bonne-
Nouvelle, 403 — sarcophage, n6, — exposit. ,
69, 380 — musée, 464 — Académie, 516 —
typog. anc. , 133 — Union cath., 232
Rouillet (A.), 396
Roumejoux (A. de), 391
Rousseau (J.). 372, 399
Rousteau. 242
Roye (St Pierre), 243
Roymans (J. ), orf. , 524
Rozenberg (A.), 119
Rubens. 388. 435, 530
Rupert (Don. I, vierge de, 92
Rupin (E. ), 65
Rupriuh-Robert (M.), 115, 269
Russie, 203
Saalburg (la), 405
Sablon (N.-D. au), à Bruxelles, 27
Sacré-Cœur, 221, 229 — égl du, 257
Sacrements (Symboles des), 139
Sacristie (tableau de), 239
Sacro-volto, 221
Sagesse (personnif. de la), 36
Saintes, 237
Saint-.^mand. (égl. de), 538
Saint-.\ugustin (soc. de), 408, 414
Saint-.Autrille (égl. de), 538
Saint-Denis (porte), 127
Saint-Dominique de Silos (calice à), 54
Saint-Etienne — égl. de, 547 — école de dessin,
257 — du Mont (vitraux), 109 — (égl.), 251,
202. 401
Saint-Germain-en-Laye, 515 — verrerie à, 390
Saint-Germain-des-Prés (restauration), 264
Saint-Germain-lez-Belly, 5:9
Saint-Gévire, 88
Saint-Giron, 266
Saint-Hubert (égl. de), 507
Saint-Jean de Verges (égl. de), 132
■Saint-Jean du Doigt (calice à), 56
Saint-Jouin-lez-Marnes — abb. de, 378, 548 —
égl. de, 537
Saint-Just-en-Chausséc, 514
Saint-Laurent-des-Mortiers, 87
Saint-Laurent (Comte G. de), iio, 117,251,414
Saint-Lizier. 26, 1 16
Sainte-Marie (E. de), 396
Samt-Merry (égl. de), 412
Saint-Mihiel. 250, 510
Saint-Nicolas (hôtel de ville de), 125
Saint-Nicolas-en-Glain, 90
Saint-Omer (ciboire h), 316
Saint-Paul (A. de), 252
Saint-Paul-lez-Dax (égl. de), 367, 413
Saint-Paul de Léon, 234
Saint-Pétersbourg, 203
Saint-Pierre à Roye. 213
Saint-Quentin — basilique, 86 — soc. aca-
dém. , 86
Saint-Romain-le-Puy (égl. de), 556
Saint-Servant (calice à), 56
Sainte-Suzanne (R. de), 243
Saintonge et .\unis (Académ. de), 237
Saints (iconog. des), 16 et suiv.
Saint- Vulpain (égl. de), 250
Saint-Valery-sur-Somme, 250
Salomon (hist. de). 391
Saladin (H.), 345, 3B9
Sambin (H.), 44
Samit, 491
San Gallo (S. et A.), 367
Sarachaga (niarq. de), 54, 109, 251
Sarcophage, 236 — à Rouen, 116, 130, 344 —
à .-^ntigny, 361 — de St-Celse, 288
Saroldo (J.), verrier, 391
Sarte (.^ndré del"), 435
Saucourt, 250
Sautenay, 87
Sauvageot, 547
Sauvage (abbé), 390
Saux (égl. de), 391
Savigny (mon. de), 457
Scabcllitnt, 463
Scaulz (M.), 40
Sceaux byzantins, 84
Schaerbeek (égl. de). 123
Schaffhausen. 542
Schavye (J. S.), 544
Schlumberger (G.), 8.|, 210, 216, 396
Schmitz, 242
Schnutgen (abbé), 82, 464
Schoen (Martin), 84
Schoy (M.), 127
Schii'bler (J.), 542
Schuermans (H.), 90, 204, 242, 368, 390, 53g
Schulz (abbé), 204
Scolastique (Ste), 512
Scrot (prof.), 85
Sculpteurs, 91,393 — Italiens, 391 — Montois,
369 — Lyonnais, 112
Sculptures, 84, 92 — Italienne, 513 — Grecque,
538 — Carlovingienne, 413 — en bois, 279 —
moderne, 547
Scyphus, 326
Sedelle(P.), 389
Segners (J.), 397
Seine-et-Oise (Comm. des antiq. des arts), 87
Selmersheim, 237
Semaines religieuses, 116, 253
Séminaires (archéol. dans les), 155
Semper (D'' H.), 516
Senanque (abbaye de), 317
Senlis (comité arch. de) 237
Sens, 266, 367 — cathéd. , 412 — ornement,
367 — fauteuil de choeur, 400 — ■ calice, 56
— Scyphus. 326
Sentein, 268
Sépultures — à Rouen, 343 — l-'ranque, 266
.Sernin (égl. de St-), 123
.Serpent — symb. du, 376 — d'airain, 145
Serurain, 255
.Servant! Collio (Conte .S. ), 398
Sevastianov, 203
Sévcrin (St), 23
Sèvres (école de), 269
Shaub (chan. .\.), 119
.Shiperus, 544
Siclv (J. F.), 120, 397
Sicile, 176
Sienne, 205-207
Sigmaringen (chat, de), 265
Signe de la croix, 449
Signy (abb. de). 386
.Silvin (A.), 394
Sirènes, 391
Sisto (Fra), 423
Sixte (St), 88
.Slingeneyer. 235
Société — française d'archéol., 131, 238 —
centrale d'archit. dc France, 132, 370 — de
l'hist. dc Paris, 84; eccl. 305 — de l'hist.
dc France, 84 — Académie de .Saint-tjucn-
tin, 86; de l'Oise, 514; ICduenne, 87 —
Société archéol. du NIaine, 87; du Limou-
sin, 232, 5n : de Lyon, 88 ; de Compiêgne,
233 ; de la Marne, 88 ; dc l'Orléanais, 235 ;
du Périgord, 88 ; de l'Yonne, 235 ; du
dioc. de Liège, 89 ; de la Cliarente, 235 ;
d'.-\vranche, 235 ; de Seine-et-Oise, 515 ;
d'.AbbeviUe, 235 ; de Chauny, 317 ; du
Hainaut, 368 ; de Mons, 369 — Soc. des
arts décoratifs,; des amis desmon. hist. ,137
— de Saint-Jean l'Ev. , 232, 257, 399 — de
Saint-Jean à Paris, 232 — de Saint -.Augustin
(V. Augustin), — des antiquaires de
France, (V. antiquaires), — diverses, 132
— savantes (V. travaux de soc., 84, 232,
3636! 513
Sol fleuri (symb. ), 527
Solesmes — sculpt. de, 91, 102, 510
Soleil (iconog. du), 538
Solis (V.), 84
-Soltikoff, 50, 2D3, 326
Solvay (L.), gi
Sommerard (du), 204
Sorgues (palais de), 85
Souchières, 25,9
Souhaut (abbé). 102, 250, 510
Soupairac (abbé), 392
Souzdal (calice à), 57
Spitzer (coUect. ). 6g, 241, 326, 369, 454 et
suiv.
Springer (R. ). 119
Stalle, 449 — de Celles, 501
Stallens et Janssens, 545
Stamira, 91
Station Magdalénienne, 88
Stassov (VI. ), 233, 242
Statuaires castillans, 188
Statues, 546 — pluie de, 121 — équestre de
Charlemagne, 373
Stauracis, 207, 351, 491
Stavelot, 91 — autel portatif, 475
Stegman, 256
.Stein (H.), 72, 182
Steinheil (M.), 387
Steinle (E.), 548
Stella (.Ant.), peintre, 525
Stephani (L.), 2^3
Stevenson, 73, 240
Steyart, 555
.Stockholm, 463
Stollae, 180
Storax, 491
.Strasbourg (bibl. de), 391
Stroganov (G.), 203
Style ogival (origine du), 385
Stylet, 347
.S'«/>/f(i'.///<7/m, 210, 453 et suiv.
Susthov (égl. de), 368
Svenigorodskoi, 203
.Swinthila (ex voto). 190
Symbolisme, 161, 212, 536 — de l'agiolhyride
HarbaviUe. 35
Symbolesévangéliques, 1B9— de laSte-Trinité,
108 — de la synagogue, 2n
.Synagogue, 210 — symb., 211
Syracuse (catacombe de), 247
Tabernacle, 233, 253, 527 — du VI S<-', 240
— en tourelle, 224
Table d'autel, 279
Tablettes de consécration, 387
Tacca(P.), sculpt., 367
Taillancourt, 136
Taillebois (E.), 118
Tapis, 193
Tapisseries, 547 — de Flandre, 412 — de
Brie, 412 — de Bruxelles, 90 — de Rubens,
iio — en .Angleterre, 388
Tarasque, 447
P.ardieu (.\. ), 243. 256, 266, 447
Tarentaise (ciboire), 326
Tarn et tiaronne (soc. de se. 1. et .A.), 87
Tatton Sykes. 261
r.au, 144. —salle du. 195
Tcrlut, 236
Termonde. 539
Tessier (abbé), 414
Thedenat (abbé), 517
Cable analî^tique.
559
Théodelinde, 204
Théodore (St), le gén., 18 — ( Thyron), 78
Theotokos, 84
Thevenonyrov, 253
Thierry, 112
Thiou. 8S
Thirion (H.). 396
Tholin (G.), 389
Thomas (St), 19
Thorwaldsen (musée de), 135
Tiare, 138
Tiercelin, 491
Tissus, 168, 190, 345, 493 — à Angers, 299
Titulus, 185, 209, 452, et suiv.
Triptyque émaillé, 368
Tobie, 239
Tombeau, 84, — de Ste Claire, p., 422
Tombes, 363 — Méroving., 127 — trapézoï-
dales. 539
Tongrcs, 212, 216
Torlonia (duc), 73, 129, 135
Torro (J.), 394
Toul (églises de). 116
Toulon — orfèvr. à, 412, — hist., de 365
Tour — ciboires en, 316 — de Philippe-Au-
guste, 264
Touret (abbé), 517
Torrignano (sculpt. ), 91
Tournai, 205, 213 — fresques, 406, 442 et
suiv. — reliq. de la Ste Croix, 26. 392, —
diptyque, 38g — égl. St-Nicolas, 548 —
porcelaine, 544
Tours (basil. de), 261
Toxiri (A.), 120
Trabe, 279
Tracy (H. de), 199. 460
Tranchant, 256
Trappistes aux catac. , 267
Travaux de soc. sav. , 84, 232, 363, 513
Trendelenburg (.A.), 119
Trésor de Trêves, 82 — de St-Celse à Mi-
lan, 287. 479 — d'Aoste, 362 — des Sœurs
de N. -D. à Kamur, 499, 506
Trêves, —école, 248 — monuments. 79 —
trésor. 366, 386 — évangéliaire. 379 —
excursion à, 79
Trocadéro (musée), 134
Trône, 33
Trouvailles, 129
Trzemeszno (calice à), 57
Tschudi (H. de), 391
Tugdual (St), 367
Tulette (découverte à). 130
Tulle (tombeau du card. de), 523
Tumuli, 236
Tunay. 88
Turin (exp.. de), 73, 112
Tusson (monast. , de), 246
u.
Ubaghs, 256
Ugolino d'Hario, 251
Unac, 133
Union cent, des Arts déc, 270
Urbain II, 266
Urbain de Gheltof (G. M.), 398
Ursule (Ste), 277
Ussé(chàt. , de), 366
Ustensiles eucharisticiues, 311
Utreclit (Christ d'), peint., 91
V.
Vacquez (M.), 85
Vagny, 289
Vaillant, 356
Vaillant, 235, 253
Val-Dieu (égl. de), 123
Valence, 267
Valère (S.), 523
Vais, 131
Van Assche (A.), 128, 400, 410, 504
Van Battele (J.), peintre namurois. 236
Van Boeckel, 546
Van Caloen (Dom G.), 90, 100. 120
Van Caster (abbé). 120, 22t
Van Costenoble (abbé), 225
Vandalisme, 265 et suiv., 403, 553 et suiv.
Van de Casteele, 90, 248, 539
Van der Cruisse. 326
Van der Eycken, arch. , 91
Van Duyse (H.). 531
Van Drivai (chan.), 518
Van der Haeghen, 495
Vanderspeeten (P.), 392
Van der Weyden (R.), peintre, 91, 392
Vandrichen (M.), 90
Van de Vyvere (abbé), 539
Vandin (É.), 235, 256
Van Eyck, 404
Van Even, 239. 368
Van Havermaet (M.), 133
Van Hove (M.), 133
Van Lande (F.), archit. 91
Van Mander (Cari). 375. 396
Van Kerkhove (P.), 410
Van Orley (J.), 90. 238 — (B.). 368
Van Ouwater (V.), 392
Van Papenhove (A.), sculp. , 239
Van Pulaere (E. ), 412
Van Robais, 235, 250, 255, 383, 120, 396
Van Ruymbeke (J. ), 135
Var (Académie du), 365
Varenberg (E. ), 393
Varsovie (ciboire à), 326
Vasconcellos (J. de), 120
Vase — de fleurs, 193 — symbole du corps.
149 — euchar. , 311 — funér. 266
Vasseur (Ch. ), 369, 392
Vassiviêres, 243
Vatican — peintures, 401 — musée, 459
Vauden (E. ), 396
Vecht, 131
Vénétie, 247
Venise, 214. 240, 412 — calice, 57 — palais
des Doges, 129 — reliure. 206 — égl. St-
Sylvestre. 218 — arts, 525
Vénitiens à Limoges, 514
Ventes, 136
Venuto, 240
Verdun (Nie. de), 475
Verdun — cath. de. 510 — sculpt. au musée
de, 281
Verhaegen (A.), 261. 496. S4S
Verlinde, 546
Verly (Max.). 413
Vernacht, 260
Vernat(G.). menuis. du Roi. 116
Verniers (A.), 242
Vernoux, 123
Vérone (diptyque A), 90
Verre — décor du, 11 j — pâtes de, 290 —
façon de Venise, 90, 368, 390
Verrerie ancienne en France, 390
Verrières de Châlons, 244 — (V. l'i/nii/x)
Verriers. 109
Verroteries franques, 506
Vertus (échelle des). 391. 516
Vesica piscis. 458 et suiv.
Vesly (L. de). 343
Vestimenta, 168
Vienne (arch. à), 389
Vierge. 84. 92. 205, 463 — Cheveux de la Ste.
65 — du XII« sièc, 253— type singulier, 137
Vices, 516
Vigne. 25
Vigouroux (abbé), 396
Vilant (P. de), peintre, 198
Villant (Pierre du), 176
Villard (E.). 227
Ville, 90
Villers (abb. de). 265
Villers-sur-Authie. 235
Vinieu, 250
Vinci (L. de), 131, 412
VioUet le Duc, iç6
Viscardo (Girgl. de), sculpt., 391
Vitrail, à Poitiers, 116, 329
Vitraux, 109, 132, 223, 260. 262, 270. 526,
528, 545, 544 — à Flêtre. 223 — à St-Lizier,
269 — à Châlons. 244
Vocabulaire de termes d'art. 381
Vœu national, 257
Vogiié (de), 249
Voile de calices, 59, 94
Voisin (Mgr), 444
Volumes, 17, 207
Von Kirtis, 128, 545
Vorarlberg, 463
Vorst (abb. de), 443
Vraie-Croix (reliq. de la), 82
MV.
Wable. archit.. 549
Wagnon (.\. ), 541
Waldniann, 114
Waroux (château de), 90
W'aulsort (abb. de). 507
Wauters (A. D. ). 392
W'aziers, 326
Weale (J.). 119. 213. 271. 382
Weehselburg (château de), 373
Weerth. 242
Westminster (cath. de). 261
W'ethered. 370
Wetteren, 221
Willebrordus (Bau-\'erein). 80 — égl. de St-
Wilmensky, 81
Wilmotte. 500, .S46
Wilten, 248
Witte (baron de), 203
Wolf (baron de). 462
Wolter (dom). 498
Wolvinus (autel de), 204
Woutiers (M. ), peintre, 392
Wurzbach (A. von). 119
Ygolin de Preste (fresques à), icg
Yonne (soc. des sciences hist. à), 23s
Ypres (Halle de). 405
Vvart (B.). 394
Zamon (calice à). 57
Zeghers (D.), peintre. 90
Zens (M.). 546
Zonghi, 256
Zurbaron. 435
Zurodelli (Cr.). 398
ERRATA.
Page
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
75, 2
S3, 2
103, 2
105, 2
i45> I
i53> 2
153- 2
154. 2
3Si> 2
352, I
354, I
»
»
361, 2
363, 2
364, 2
369, I
» I
» »
372, I
382, 2
» 2
391, i
» I
393,
406, I
col. in fine Pai-niers lisez : Pmniers.
» 8 ligne : «'t? l^anetUe lisez : </i? Vei-iieilh.
» 23 » Hiibger lisez : Kiigler.
» passim Hauslick lisez : Haiislick.
» notes : S ligne : Jahhala, lisez : Kabbala.
» 17 ligne: Traversa, lisez: traverse.
» 18 » passa, lisez : passe.
» 21 » primes, lisez : prismes.
>> 37 » f /« Adviau.) lisez : (^/« Adrian.)
» 26 » OTÙpi, lisez : oriipa;.
notes : 4 ligne : ffari^ps;, lisez : cttjcjgî;.
» 8 ' » 0'î-a-jp5}.àrc7;;, lisez : araupoXâyp/;;.
» 10 » stauropala, lisez : stauropata.
col. note rt .• I ligne : Bataduran lisez : Balaudraii.
Carton, lisez : Castaii.
Gavre, lisez : Gorre.
De Broeucq, lisez : i?// Broeucq.
Pilavoiue, lisez: Pidavaine ;
Wancqueliu, lisez : Wauquels.
Fredemau, lisez : Vredeman.
Rempant, lisez : Rampant,
versan, lisez : versant.
Carccrès, lisez : Cacercs.
Rienaclt, lisez : Reinach.
2 »24et25>> XVII^etXVIP (répétition démentie
par le sens du texte.)
I » 3 » Castres, lisez : Caster.
I » 13 » Hegelbrojick, lisez : Heylbroiick
I » 16 » Reines, lisez : Reiiiers.
» dern. > dédaraient, lisez : déparaient.
» II » Provence, Vis&z : province.
» 33 )) CV matin, lisez : /é? matin.
»
»
»
»
»
»
»
»
»
6
16
41
52
53
12
6
6
24
25
Irgne :
»
»
»
»
»
»
»
»
I
41
415, I
442 et 443, lisez : 342 et 343.
451, I
555- 2
)> 2
»
»
»
556,
»
»
»
»
»
19
5
9
50
19
34
42
19
25
29
40
43
43
»
envie, lisez : envoie.
» Monthrisson, lisez : Montbrison.
» Id. Id. Id.
» Id. Id. Id.
,v> Pondus, lisez : Poneis.
» Pict-Lataudric, lisez : Pict-Lataudrie.
» Fontenelles, lisez : Fontenilles.
» Gounard, lisez : Gonard.
» Ambiesle, lisez: Ambièle.
» Monthrisson, lisez : Alontbrison.
» Saint-Palgent, lisez: Saint- Pnigent.
» Gonnard, lisez : Gonard.
» Gazait, lisez: Gaza.
» Mougnis, lisez : Mougirs.
h:M'&:3
f^mm^^^m-'
n
'■.f'»^ <o 'î^
>^»
*
>î^^
M^P
^|j^MâKMâ»Yiâ8b.TTiAlr?WkLi
f^uMfil^
ë^^r